CMNS COMMISSION DES MONUMENTS, DE LA NATURE ET DES SITES RAPPORT DE LÉGISLATURE GENÈVE 2006-2010



Documents pareils
Fiche de recommandations. Panneaux solaires et préservation des sites bâtis

Vision stratégique du développement culturel, économique, environnemental et social du territoire

Genève La Praille. SOVALP - Société simple de valorisation de terrains à Genève La Praille

Rénovation à très haute performance énergétique (Minergie-P )

PROJET DE PÔLE COMMERCIAL SAINT-LOUIS A BREST

Château des Ducs de Bretagne, France : l accessibilité permet la réappropriation par les habitants de Nantes du château-musée

Exposé au Comité spécial sur les coopératives de la Chambre des communes 7 août 2012

DE LA STRATEGIE LEADER. Appel d offres Novembre 2014

ÉTUDE PRÉPARATOIRE - SECTION IV SCHÉMAS DIRECTEURS. EP4-SD-LI-02a «AN DER UECHT» PROJET D AMÉNAGEMENT GÉNÉRAL DE LA COMMUNE DE KÄERJENG

RD 852-B M Secrétariat du Grand Conseil. Date de dépôt : 9 avril 2013

J.9. Annexe DOSSIER D ENQUÊTE PRÉALABLE À LA DÉCLARATION D UTILITÉ PUBLIQUE

Brou-sur-Chantereine Elaboration du PLU Compte-rendu de la réunion publique de présentation du diagnostic 20 janvier

PROJET DE RESTAURATION DE L ANCIEN COUVENT DE LA VISITATION. Monument Historique. Place de la République LE MANS

Immobilier : le point sur la stratégie de rénovation des bâtiments à Genève

AVIS. Objet : Demande de permis de lotir à Franc- Waret (FERNELMONT) Réf. : CWEDD/05/AV.276. Liège, le 14 mars 2005

CREDIT D ETUDE EN VUE DE LA CONSTRUCTION D UNE PASSERELLE SUR LE RHONE RELIANT LES COMMUNES D ONEX ET DE VERNIER.

Compte rendu de la journée technique du mardi 23 septembre organisée par ODIT France à la Maison du Tourisme Paris

Musées et paysages culturels

La réforme du permis de construire et des autorisations d urbanisme

NOGENT-LE-ROTROU (28 - Eure-et-Loir) Redynamisation du centre commercial «Les Gauchetières» Note descriptive du projet

DUBROVNIK. Hors les murs - un paysage en echo avec la ville - DOCUMENT SOUMIS AU DROIT D'AUTEUR

L Envol La destination shopping et détente de Montélimar

Stratégie et développement du groupe SOGARIS en logistique urbaine pour l agglomération parisienne

Immobilier : le point sur la stratégie de rénovation des bâtiments à Genève

3. Ligne Eaux-Vives - Moillesulaz

Eco quartier Vauban Freiburg - Allemagne

ANGLE RUE LÉOPOLD, 6 RUE DU FOSSÉ AUX LOUPS, 29 CET ÎLOT EST AFFECTÉ AU LOGEMENT : NON À L AUDITORIUM - RADIATEUR

Le financement du projet

PROJET TOSA INFORMATIONS GÉNÉRALES

Une autre façon de vivre à Lyon BBC. Bâtiment Basse Consommation

- 1 - Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Conseillers généraux,

LE W, UN ÎLOT VIVANT DANS LA VILLE

RÈGLEMENT CO CONSTITUANT LE CONSEIL LOCAL DU PATRIMOINE CHAPITRE I CONSTITUTION DU CONSEIL LOCAL DU PATRIMOINE

Introduction. 1. Les engagements de McGill

Table des matières... i. Liste des figures...fehler! Textmarke nicht definiert. Liste des tableaux...fehler! Textmarke nicht definiert.

IMMOBILIER D ENTREPRISE

UN NOUVEAU CADRE DE VIE...

Consultation sur la répartition des fonds fédéraux pour les fonds d'agglomération

Plan directeur cantonal

Conseil d administration Genève, novembre 2008 PFA/BS POUR DISCUSSION ET ORIENTATION

Promenade numérique à Neuchâtel Promouvoir une mobilité douce et valoriser l urbanisme durable

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Conseillers/ères,

RAPPORT DU CONSEIL COMMUNAL AU CONSEIL GÉNÉRAL

4.6. LES MILIEUX NATURELS ET OBJETS CLASSES DE LA COMMUNE DE BERNEX ETAT DES CONNAISSANCES

DISPOSITIONS APPLICABLES A LA ZONE N

L A T O U R D E P E I L Z Municipalité

Les mesures pour relancer la construction de logements

modifiant la loi générale sur le logement et la protection des locataires (LGL) (I 4 05) (Pour favoriser la réalisation de logements)

pour un pacte écologique local : questions aux futurs élus locaux

Consultation d acquéreurs en vue de la réalisation du programme de la Z.A.C. des Bergères ILOT DE LA ROTONDE - LOT N 19

LA DEFENSE / SEINE ARCHE OIN LA DEFENSE

Secrétariat du Grand Conseil PL 9928-A

Regard sur le béton. Maison «Mannaz» à Wasseiges

GARE AVIGNON TGV : LES NOUVEAUX SERVICES. 15 avril Contact presse régionale : Emmanuelle Enjolras : / emmanuelle.enjolras@sncf.

MUNICIPALITÉ D'ÉCUBLENS/VD PRÉAVIS No 7/2009

Les compensations écologiques sur la ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique

DISPOSITIF RÉGIONAL ET DEPARTEMENTAL EN FAVEUR DES HOTELS D ENTREPRISES

CENSI BOUVARD. Residhome Apparthotel Paris Nanterre. Nanterre (92)

Atelier-débats Le jeudi 26 mars 2015, à 19h Mairie du 12 ème arrondissement

Charte de Qualité. Les Plus Beaux Villages de Wallonie. Association sans but lucratif

Depuis Bureaux d exception à louer ( De 250 à m 2 )

CRÉDIT DE CONSTRUCTION POUR LA RÉALISATION D UN GROUPE SCOLAIRE SUR LE SECTEUR L LA CONCORDE ET POUR LE DÉPLACEMENT D UNE PARTIE DU PARKING FMCV

Schéma Directeur Accessibilité

10 Cycle de vie des immeubles de bureaux

STATUTS DE LA SECTION DE LANCY DU PARTI SOCIALISTE SUISSE

Construction d un nouveau bâtiment pour la Haute Ecole fribourgeoise de travail social et la Haute Ecole de santé Fribourg

Secrétariat du Grand Conseil PL 9365-A. Rapport. Date de dépôt: 30 août 2005 Messagerie

Stratégie locale en faveur du commerce, de l artisanat & des services

Au-delà du commerce lui-même, l'urbanisme

Procès-verbal de la réunion du Conseil Municipal

Séminaire du 17 octobre 2014 «La gestion des milieux aquatiques dans la loi MAPTAM et le SAGE : quels enjeux pour la Baie de Saint Brieuc?

Guide. de la copropriété

DISPOSITIF RÉGIONAL ET DEPARTEMENTAL EN FAVEUR DES PÉPINIÈRES D ENTREPRISES

Emmanuel MACRON, ministre de l Economie, de l Industrie et du Numérique

L essentiel de la réforme des autorisations d urbanisme

RESTRUCTURATION DE LA BIBLIOTHEQUE DE TOURS

CONSEIL DES MINISTRES

PCAR n 3083 «Îlot Square Léopold» à Namur Survey & Aménagement Février 2014 Rapport d options

Aménagements de l avant-gare de Paris Montparnasse

Pose de la passerelle de la future gare «Entzheim-Aéroport»

ATELIER PARISIEN D URBANISME. Le parc de bureaux parisien et son potentiel de transformation

Plan Climat énergie Territorial. notre défi pour l avenir du territoire!

Actualité du projet immobilier Capitalisation des créances non bancaires par émission d ORABSA

Immeuble, Le Square Duvernay

Direction des Services Techniques. Phase I : DIAGNOSTIC. de type «R, X, L» : Ile Fanac

DEMANDE DE SOUTIEN - RAVIV. Fonds de Soutien à l Initiative et à la Recherche

CENTRALES HYDRAULIQUES

Chapitre IV. La certification des comptes

PLAN DE SITUATION C'est le plan qui localise votre terrain PCMI 1. SAINT DENIS - Bellepierre Parcelle AY 592. Ech : 1/ 2000 ème

Secrétariat du Grand Conseil PL Projet de loi sur la vidéosurveillance

Guide des autorisations d urbanisme

L ARC SYNDICAT MIXTE. Bilan du mandat décembre 2012-mars 2014 Perspectives

Sondage : les résultats!

DOSSIER PREALABLE AU LANCEMENT D UNE CAMPAGNE

Ascenseur indépendant : ascenseur incliné 2

Opération d Intérêt National Etablissement Public d Aménagement. Point d étape projet urbain Bordeaux Saint-Jean Belcier du 12 février 2015

Transcription:

CMNS COMMISSION DES MONUMENTS, DE LA NATURE ET DES SITES RAPPORT DE LÉGISLATURE GENÈVE 2006-2010

Département de l urbanisme Office du patrimoine et des sites CMNS COMMISSION DES MONUMENTS, DE LA NATURE ET DES SITES RAPPORT DE LÉGISLATURE GENÈVE 2006-2010

Table des matières Table des matières 5 Préface 12 Abréviations 1Introduction 14 «La loi, rien que la loi» Les directives du chef du département L inégalité devant la loi Le mode de travail de la CMNS La répartition des tâches entre CMNS et SMS 29 Les toits de la ville: des terrains à bâtir La loi sur les surélévations L aménagement des combles en logements et bureaux 32 La loi sur l énergie 33 Procédés de réclame, panneaux d affichage et signalétique 34 La disparition des cafés et restaurants historiques Deux cas significatifs 106 Groupe «études d aménagement» Adoption de plans de site Plans directeurs communaux et plans directeurs des chemins pour piétons Plans directeurs de quartier (PDQ) Plans localisés de quartier (PLQ) Développement du périmètre PAV Modification de limites de zone Lignes de tramways Projet de parking sous-lacustre au centre-ville 4Rapports en annexe 134 Rapport des délégués au Fonds cantonal des monuments, de la nature et des sites et à la Commission d attribution de la subvention à la restauration des bâtiments Fonds cantonal des monuments, de la nature et des sites (FMNS) Subventions à la restauration de bâtiments (SRB) 137 Rapport des délégués CMNS aux autres commissions du DCTI Commission d urbanisme (CU) Commission d aménagement du territoire (CAT) Groupe d experts Praille-Acacias-Vernets (PAV) 17 Organisation, composition et fonctionnement de la CMNS La nouvelle loi sur les commissions officielles Organisation Composition Fonctionnement Membres 2006-2010 Délégations Fonctions spéciales Présidence 20 Un contexte en mutation Priorité au logement La pression immobilière Priorité aux transports publics Le trafic automobile Les économies d énergie Le renforcement de la sécurité La protection des cours d eau et du lac 3L ordinaire des sous-commissions 38 Sous-commission monuments et antiquités (SCMA) Monuments classés ou en voie de classement Bâtiments inscrits ou en cours d inscription à l inventaire Interventions dans la zone protégée de la Vieille-Ville et du périmètre sud des anciennes fortifications Le cas du Grand-Lancy: adoption d une zone 4 B protégée 116 Rapport de l archéologue cantonal En ville A la campagne Sites accessibles au public La diffusion des connaissances 121 Rapport de la conservatrice cantonale des monuments Trois conservateurs successifs Requêtes et chantiers Mesures conservatoires Procédures de classement Subventions fédérale et cantonale Publications et conférences Journées du patrimoine 124 Rapport de l historienne des monuments 5Inventaires, études, bibliographie 140 Inventaires et études 141 Bibliographie 2Des défis pour la sauvegarde du patrimoine 24 Les grands dossiers conflictuels Le projet de Jean Nouvel pour le Musée d art et d histoire (MAH) Le projet de port et de plage des Eaux-Vives (PPEV) et l agrandissement du port de la Société nautique de Genève (SNG) 61 Sous-commission architecture (SCA) La ville: densification et adaptation Interventions dans les ensembles et secteurs protégés du XIX e et du début du XX e siècle Interventions dans les bâtiments des périmètres protégés Du bâtiment à la rue, de la propriété privée à l espace public Les villages en zone 4 B protégée 95 Sous-commission nature et sites (SCNS) Nature et paysage Les quais et les ports La sécurisation des falaises du Rhône Le coteau de Cologny: un site sacrifié La renaturation des cours d eau et des zones humides 127 Rapport du conservateur de la nature et du paysage 130 Rapport des délégués à la Commission du Vieux Carouge La destination des anciennes maisons carougeoises L esthétique des bâtiments Nouvelles constructions de logements Aménagement de l espace public 2 3

Préface Le présent rapport a fait l objet d un mandat de l Office du patrimoine et des sites à M mes Erica Deuber Ziegler et Cecilia Maurice de Silva, qui ont été chargées, au nom de la Commission des monuments, de la nature et des sites, de sa conception, de sa rédaction et du suivi de sa réalisation. Département de l urbanisme Office du patrimoine et des sites Rue David-Dufour 5, Case postale 22, 1211 Genève 8 Tél. +41 22 546 60 95 dps@etat.ge.ch www.ge.ch/patrimoine Rédaction Erica Deuber Ziegler Cecilia Maurice de Silva Rapports annexes Alain Carlier, Babina Chaillot-Calame, Sabine Nemec-Piguet, Patrice Reynaud, Jean Terrier, Bertrand von Arx Relecture Armand Brulhart, Babina Chaillot-Calame, Fabrice Jucker, Maurice Lovisa, Sabine Nemec-Piguet, Patrice Reynaud, Carmelo Stendardo Relecture du chapitre SCNS: Françoise Chappaz, Chantal Scaler, Michel Strazza Un beau territoire, mais exigu, une ville internationale, attractive, donc convoitée, une agglomération en expansion traversée d un nouveau réseau de tramways, mais une crise du logement aiguë: dans ces conditions, même si le canton dispose d un appareil légal de protection des monuments et des sites exigeant, l exercice de la sauvegarde du patrimoine reste difficile et les critiques ne manquent pas pour déplorer, selon les intérêts des uns et des autres, tantôt les pertes tantôt les blocages. Malgré tous les efforts déployés, l action n est pas toujours suffisamment efficace. L utilité du présent rapport de législature de la Commission des monuments, de la nature et des sites pour les années 2006-2010 doit être expressément soulignée. Très circonstanciée, l analyse montre les principaux défis, les progrès réalisés (5 nouveaux classements, 53 nouvelles inscriptions à l inventaire, 8 nouveaux plans de site, etc.), la recherche de compromis dans les ajustements entre conservation du patrimoine et modernisations nécessaires (nouveaux modes de vie, nouvelles technologies, nouveaux be - soins, loi sur l énergie, loi sur les surélévations, etc.), les principes guidant l action, le sérieux des ap - proches, le casse-tête de la gestion harmonieuse des espaces publics (pris d assaut par le trafic, la signalé- tique, les dispositifs de sécurité, la publicité, etc.). Elle témoigne du succès de la politique cantonale de renaturation des cours d eau, mais aussi des me - naces qui pèsent sur les rives du lac, trop attirantes. Le travail de la Commission interagit avec celui de l Office cantonal du patrimoine et des sites du Département de l urbanisme en étroite collaboration et en bonne intelligence. Les acteurs de l archéologie cantonale et de l inventaire des monuments d art et d histoire, mais aussi de la conservation de la nature et du paysage du Département de l intérieur, de la mobilité et de l environnement sont impliqués. Les connaissances qui résultent année après année de toutes ces activités à la fois de gestion de projets, d expertise et de recherche scientifique enrichissent notre culture, notre mémoire. Loin d être accessoire dans le devenir de notre cadre de vie, la conservation des monuments, de la nature et des sites assure ainsi la pérennité de l identité de Genève, la beauté de notre environnement bâti et naturel. Elle est une carte maîtresse, irremplaçable, dans l aménagement du territoire, dans l invention de son futur. François Longchamp Conseiller d Etat chargé du Département de l urbanisme Remerciements à Nadine Doublier, Anaïs Lemoussu, Yves Peçon, Isabelle Schmid Bourquin, Alexandre Wisard Graphisme Pierre Lipschutz, promenade.ch Impression Atar Roto Presse SA, Genève Etat de Genève, septembre 2012 Photos Babina Chaillot-Calame (page 8), Cecilia Maurice de Silva. 4 5

Abréviations ACG AEG APV BIT CAT CEVA CFF CGI CGN CMNS CU CVC DAEL DCTI DGNP DIM DPS DT DTP DU EMS FAI FMNS ICOMOS ISOS IVS LAT LCI LDTR LGZD LPMNS Association des communes genevoises Archives d Etat de Genève Action patrimoine vivant Bureau international du travail Commission d aménagement du territoire Raccordement ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives- Annemasse Chemins de fer fédéraux Chambre genevoise immobilière Compagnie générale de navigation Commission des monuments, de la nature et des sites Commission d urbanisme Commission du Vieux Carouge Département de l aménagement, de l équipement et du logement (ancien nom du DCTI, puis DU) Département des constructions et des technologies de l information (ancien nom du DU) Direction générale de la nature et du paysage Département de l intérieur et de la mobilité Direction du patrimoine et des sites (ancien nom de l OPS) Département du territoire (ancien nom du DIM) Département des travaux publics (ancien nom du DAEL, puis DCTI, puis DU) Département de l urbanisme Etablissement médico-social Fédération des architectes et ingénieurs Fonds cantonal des monuments, de la nature et des sites Conseil international des monuments et des sites Inventaire fédéral des sites construits d importance nationale à protéger en Suisse Inventaire fédéral des voies de communication historiques de la Suisse Loi fédérale sur l aménagement du territoire Loi cantonale sur les constructions et installations diverses Loi cantonale sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d habitation Loi cantonale générale sur les zones de développement Loi cantonale sur la protection des monuments, de la nature et des sites MAH OAC OCSTAT OIG OIFP OMC ONG OPS PAC-MICA PACA PAV PDC PDQ PLQ PPE PPEV PS RPMNS RPPMNF SAP SCA SCANE SCMA SCNS SDN SECOE SGA SIG SMS SNG SOVALP SRB TCOB TPG UDC WWF Musée d art et d histoire Office des autorisations de construire Office cantonal de la statistique Organisations intergouvernementales Ordonnance concernant l Inventaire fédéral des paysages, sites et monuments naturels Organisation mondiale du commerce Organisations non gouvernementales Office du patrimoine et des sites Périmètre d aménagement coordonné Mon Idée-Communaux d Ambilly Péri mètre d aménagement concerté d agglomération Praille-Acacias-Vernets Parti démocrate-chrétien Plan directeur de quartier Plan localisé de quartier Propriété par étage Plage-parc des Eaux-Vives Parti socialiste Règlement général d exécution de la loi cantonale sur la protection des monuments, de la nature et des sites Règlement cantonal pour la protection du paysage, des milieux naturels et de la flore Société d art public Sous-commission architecture Service cantonal de l énergie Sous-commission monuments et antiquités Sous-commission nature et sites Société des nations Service de l écologie de l eau Société générale d affichage Services industriels de Genève Service des monuments et sites Société nautique de Genève Société simple de valorisation de terrains à Genève-La Praille Subventions à la restauration de bâtiments Tramway Cornavin-Onex-Bernex Transports publics genevois Union démocratique du centre World Wildlife Fund 1 INTRODUCTION 12 13

1. INTRODUCTION «La loi, rien que la loi» «La loi, rien que la loi» Les directives du chef du département La législature 2006-2010 s est ouverte, pour la CMNS, sous le signe de la «stricte application de la loi». Dès sa première séance plénière de mars 2006, M. Mark Muller, conseiller d Etat en charge du DCTI nouvellement élu, a tenu à exprimer ses attentes en matière de traitement des dossiers soumis à cette instance: le département ne soumettrait désormais à l analyse de la CMNS que les dossiers se référant à ses attributions spécifiques, telles que définies à l ar - ticle 5 du règlement d application de la loi sur la protection des monuments, de la nature et des sites (LPMNS); la commission n émettrait plus qu un seul préavis pour chaque procédure d autorisation de construire; les préavis de la CMNS devraient être rendus dans le mois suivant l enregistrement de la requête, en application de l article 3 de la loi sur les constructions et installations diverses (LCI). Cette nouvelle approche, que la CMNS s est efforcée de respecter, a eu plusieurs conséquences. L inégalité devant la loi La première conséquence, d une certaine importance, ressortit de l inégalité de traitement. A Genève, la protection du patrimoine s articule sur deux lois cantonales principales: la LPMNS, qui donne le cadre général et contient les mesures de protection telles que le classement, l inscription à l inventaire et le plan de site; la LCI qui comprend les zones protégées et à la - quelle est rattachée la protection des ensembles bâtis du XIX e et du début du XX e siècle. Jusqu alors, la CMNS était saisie des dossiers d autorisation de construire portant tout à la fois, premièrement, sur des objets effectivement protégés par ces deux lois et, deuxièmement, sur des objets à protéger, c est-à-dire relevés dans le recensement architectural du canton 1 comme étant susceptibles d être inscrits à l inventaire, mais non encore inscrits. Il faut savoir que les inscriptions à l inventaire qui auraient dû logiquement découler, village par village, quartier par quartier, des recensements effectués, restent aujourd hui largement inachevées, les procédures ayant été suspendues dès les années 1990, apparemment parce qu elles exigeaient trop de temps et de moyens en personnel. Cette anomalie avait déjà été mise en évidence au cours de la législature précédente: «Cet état de fait provoque [ ] une inégalité de traitement: par exemple, dans tel village, les objets les plus remarquables ont été mis à l inventaire, voire classés, dans tel autre, des objets de même valeur ne bénéficient d aucune protection» 2. Désormais donc, la CMNS ne devait plus être saisie de ces objets, le travail d appréciation étant laissé au Service des monuments et sites (SMS) chargé, lui, d initier cas par cas les inscriptions à l inventaire, au gré de l apparition des demandes de démolition, de transformation ou de restauration de tels objets. La CMNS a souhaité s accorder le temps d une réflexion sur ces questions, dresser un bilan après trente ans de protection du patrimoine depuis l adoption de la loi de 1976 et l introduction du dispositif de recensement et d inscription à l inventaire, et envisager les évolutions nécessaires. Elle a suscité la création d un groupe de travail LPMNS 3 qui s est notamment penché sur l inégalité de traitement juridique des objets sur l ensemble du territoire cantonal et sur la possibilité de proposer des modifications de la loi de nature à corriger ce défaut, voire à simplifier les procédures d inscription à l inventaire ou à leur substituer d autres mesures de protection plus générales, comme l inscription des objets singuliers à préserver dans une zone protégée. Le groupe de travail LPMNS s est réuni six fois au cours de l année 2006, mais il n a pas pu poursuivre son travail, ses observations demeurant dans les tiroirs 1 Recensement commencé en 1977 sous l égide du Service des monuments et sites (SMS), soit le recensement des villages et de 36 secteurs de la périphérie urbaine, ainsi que les recensements thématiques suivants: maisons rurales, patrimoine industriel, logements économiques, monuments militaires, patrimoine ferroviaire, patrimoine funéraire, cafés et restaurants historiques. 2 Commission des monuments, de la nature et des sites. Rap - port de législature 2002-2006, p. 63. 3 Didier Mottiez, juriste au DU, a participé à ce groupe de travail. Maison villageoise, route du Grand-Lancy 96, construite dans les années 1840, propriété de la commune de Lancy depuis 1979. Située dans le périmètre classé des rives de l Aire, de valeur 4+ au recensement architectural du canton sans que la procédure d inscription n ait été ouverte, elle a été démolie en 2011. L immeuble qui lui fait face, chemin des Courtillets, a remplacé en 2007-2009 une maison villageoise de la même époque et de la même valeur. Photo Suzanne Kathari. Lorsque la CMNS s est faite l écho de ces ré - flexions en séance plénière, M. Mark Muller lui-même s en est expliqué 4, rappelant que «l un des objectifs prioritaires du Conseil d Etat est de construire des logements», un impératif motivant la concentration des moyens financiers sur le secteur du logement en crise. Il a par ailleurs rappelé la hiérarchie des prio - rités en matière de conservation du patrimoine: d abord les objets classés, inscrits à l inventaire ou situés dans un plan de site, ensuite le corpus des ensembles du XIX e et du début du XX e siècle, les villages protégés, enfin le patrimoine du XX e siècle (les grands ensembles comme Budé et Le Lignon plutôt que les cas isolés). Quant à la révision de la loi, il fallait «trouver un instrument de protection plus léger que l inscription à l inventaire». Outre la lourdeur de la procédure, cette protection équivalait, estimait-il, quasiment à un classement. Il annonçait à cette occasion un projet à l étude visant à adopter un nouveau régime pour les villages protégés. Le SMS a donc seul pris en charge les bâtiments recensés dignes de protection 5 mais non inscrits à l in - ventaire en dehors des zones protégées. Lorsque surgit une demande d autorisation de construire sur un objet digne d être protégé mais non inscrit à l inventaire, le SMS doit, dans la règle, ouvrir une procédure de mise à l inventaire. Mais l usage de cette pratique, prévue à l article 4 de la LPMNS, amène une nouvelle situation d inégalité de traitement dans la mesure où la mise à l inventaire d un objet concerné par une simple de - mande en autorisation de construire peut engendrer des délais allant jusqu à 18 mois. Au surplus, les bâtiments situés en «zone grise», non encore recensée, demeurent dénués de toute mesure de protection, si bien qu il arrive que certains objets échappent à la protection que leur qualité devrait leur assurer. Il serait par ailleurs urgent que la radiographie opérée par le recensement architectural du canton à partir de 1977, et qui a servi de base à l élaboration des valeurs du patrimoine bâti et aux inscriptions à l inventaire, puisse être périodiquement révisée au risque de devenir définitivement obsolète. 4 Séance plénière du 26 juin 2007. 5 Jusqu aux valeurs 4+ et 4 du recensement architectural du canton. 14 15

1. INTRODUCTION Organisation, composition et fonctionnement de la CMNS Le mode de travail de la CMNS La deuxième conséquence des directives du chef du département concerne le contenu des préavis de la CMNS, qui a dû changer quelque peu son mode de travail. N étant plus en mesure, comme par le passé, de suivre les dossiers d autorisation de construire jus - qu au projet définitif, elle a perdu le contrôle de l évolution des projets. La CMNS a dû émettre des préavis plus circonstanciés et documentés, pour mieux prévenir d éventuelles atteintes au patrimoine au fil de l évolution des dossiers, suivis et préavisés par le seul SMS 6. En même temps, s agissant d objets protégés, les requérants ont été amenés à solliciter plus souvent la CMNS pour une consultation en amont de la procédure de demande d autorisation de construire afin d éviter un premier préavis négatif et d orienter d emblée les projets dans un sens positif. Quant à la rapidité de ses travaux, la CMNS s est efforcée de répondre à cette demande tout à fait légitime, mais qu elle n a pas toujours réussi à honorer dès lors qu il s agissait de dossiers particulièrement complexes et litigieux. 6 Pour prendre connaissance du suivi des projets, la CMNS a toutefois eu un accès permanent aux préavis du SMS. La répartition des tâches entre CMNS et SMS La répartition des tâches s est trouvée affectée par ces changements. Le travail du SMS a considérablement augmenté pour le suivi des dossiers et des chantiers. Pour un nombre de dossiers à peu près stable (2474 préavis en 2005 et 2524 en 2006), le nombre de préavis émis par les sous-commissions de la CMNS a diminué de 548 entre 2005 et 2006 et de 115 entre 2006 et 2007; le nombre de préavis émis par le SMS a augmenté en proportion inverse de 598 entre 2005 et 2006, de 117 entre 2006 et 2007. Le travail de la CMNS ne s en est pas pour au - tant trouvé diminué, de nouvelles lois (surélévations, énergie) étant venues au cours de la législature rendre plus complexes les dossiers soumis. L ampleur et l importance des enjeux de certains projets ont aussi fortement contribué à charger la commission et l ont contrainte à des analyses plus approfondies: Praille-Acacias-Vernets (PAV), Musée d art et d histoire (MAH), plage-parc et port des Eaux-Vives (PPEV) et agrandissement de la Société nautique de Genève (SNG), raccordement ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives- Annemasse (CEVA), tramway Cornavin-Onex-Bernex (TCOB), bâtiment William-Rappart (OMC). Ces dossiers compliqués, impliquant plusieurs lois, voire des dérogations aux lois en vigueur au nom de l intérêt public prépondérant, ont nécessité des délégations dans des groupes de travail ad hoc et n ont pas manqué de provoquer des discussions tendues, des votes serrés, et de faire aboutir des préavis parti - culièrement détaillés. Dans son précédent rapport de législature 2002-2006, la commission avait dressé son autoportrait, retracé son histoire et rappelé ses missions et leurs bases légales. Celles-ci n ont pas changé. La nouvelle loi sur les commissions officielles Le Grand Conseil a toutefois adopté en 2009 une nouvelle loi sur les commissions officielles 7 qui a eu entre autres conséquences de modifier le calendrier et la composition de la CMNS. Toutes les commis sions officielles de l Etat de Genève commenceront désormais à siéger le 1 er juin suivant le renouvellement du Grand Conseil et du Conseil d Etat et rendront leur rapport le 31 juillet de l année suivante. C est ainsi que les travaux de la CMNS, commencés en mars 2006, ont été prolongés jusqu au 31 mai 2010. Le nombre des membres de la CMNS a été fixé à 20 8. La nouvelle loi insiste sur les devoirs des membres: assiduité aux séances, secret de fonction, dis - ponibilité de temps pour effectuer les travaux exigés par le traitement des dossiers soumis. Organisation La CMNS a continué à déléguer ses pouvoirs aux trois sous-commissions traditionnelles, monuments et an - tiquités (SCMA), architecture (SCA), nature et sites (SCNS) et au groupe «études d aménagement», émanation de l assemblée plénière pour tout ce qui touche à l aménagement du territoire. Elle a continué à se retrouver en plénière une fois par mois, sauf en été, pour discuter d objets d intérêt général: recensements, inventaires, classements, plans directeurs communaux, projets d une certaine ampleur tels que CEVA, MAH, PPEV, etc. La répartition du travail entre les sous-commissions a subi plusieurs changements par rapport à la législature 2002-2006 et même en cours de législature, changements surtout dictés par des considérations pratiques et destinés à équilibrer les charges. La SCMA a traité toutes les requêtes relatives aux objets protégés au sens de la LPMNS, soit les objets classés et inscrits à l inventaire, les objets ins- crits dans le périmètre protégé de la Vieille-Ville et du secteur sud des anciennes fortifications 9 et, en principe, les objets inscrits dans un certain nombre de plans de site, sous réserve de ceux traités en SCA. Elle s est occupée du patrimoine du XX e siècle, du patrimoine industriel, ainsi que des demandes de démolition, de recensement, de classement, d inscription à l inventaire et de plan de site. La SCA a été saisie de tous les dossiers ayant trait aux zones protégées suivantes: plan de site de la Rade, secteurs protégés de Coutance-Saint-Gervais, de Mont-Blanc-Cornavin et des ronds-points de Rive et de Plainpalais 10, villages en zone 4 B protégée, hameaux et périmètre de protection des rives du lac sous réserve des attributions de la SCNS. La SCNS a traité les dossiers relatifs aux sites naturels protégés, notamment aux périmètres protégés des rives du lac, des cours d eau, des forêts. Le groupe «études d aménagement» a examiné l adoption de plans de site, plans directeurs communaux (PDC), plans directeurs de quartier (PDQ), plans localisés de quartier (PLQ), modifications de limites de zone, lignes de tramways, etc. Il a aussi procédé à la critique de la cartographie du potentiel de surélévation des immeubles résultant de la loi sur les surélévations. Outre les délégations dans les autres commissions du DCTI mentionnées ci-dessous (cf. «Délé ga - tions»), la CMNS a siégé dans des groupes de travail, pour la mise au point de projets et le suivi de chantiers, comme ceux de la gare Cornavin ou de la salle du Conseil d Etat. 7 Loi A 2 20 adoptée le 19 septembre 2009 et entrée en vigueur le 1er décembre 2009, en remplacement de la loi de 1965. 8 C est en apparence moins que la commission précédente (24 membres, parmi lesquels 3 suppléants), mais en réalité le chiffre reste à peu près stable, soit 23, dans la mesure où les 3 membres de droit avec voix consultative (conservatrice des monuments, conservateur de la nature et du paysage et archéologue cantonal) ont été sortis du compte. 9 Pour le secteur sud des anciennes fortifications, la SCMA a pris le relais de la SCA en avril 2006. Cependant, les dossiers concernant les ensembles protégés du XIX e et du début du XX e siècle ainsi que les procédés de réclame qui leur sont attachés ont continué d être traités par la SCA. 10 Le rond-point de Plainpalais, inscrit dans un plan de site, échoit à la SCMA quand l objet n appartient pas à un ensemble du XIX e et du début du XX e siècle. 16 17

1. INTRODUCTION Organisation, composition et fonctionnement de la CMNS Composition Fonctionnement Membres 2006-2010 Délégations Nommée par le Conseil d Etat, la commission a compté 24 membres selon la composition suivante: un membre par parti représenté au Grand Conseil et désigné par lui, et trois membres proposés par l Asso ciation des communes genevoises (ACG), dont un représentant de la Ville de Genève; les autres membres ont été présentés par des associations d importance cantonale actives dans la protection du patrimoine bâti ou naturel (Patrimoine suisse Genève, Action patrimoine vivant, Le Boulet, WWF, Pro Natura), ainsi que par les associations professionnelles (Fédération des architectes et ingénieurs, Chambre genevoise immobilière, Fédération genevoise des métiers du bâtiment, Chambre genevoise d agriculture). A l archéologue cantonal et au (à la) conservateur/trice des monuments, est venu s ajouter dès 2007 le conservateur cantonal de la nature et du paysage, tous trois membres de droit selon la LPMNS. L historienne des monuments a été désignée parmi les membres de la CMNS. La CMNS a été assistée dans ses travaux, avec compétence et diligence, par le SMS dirigé par Sabine Nemec-Piguet, remplacée mi-2009 par Maurice Lovisa. Les collaborateurs/trices du SMS ont assuré le secrétariat de toutes les séances. La CMNS s est réunie en séance plénière en principe tous les derniers mardis du mois. Les sous-commissions se sont réunies en principe, pour la SCMA, deux ou trois fois par mois, pour la SCA une ou deux fois par semaine, pour la SCNS deux fois par mois. Le groupe «études d aménagement» s est réuni une fois par mois, le premier lundi suivant la séance plénière. Selon les besoins, des visites sur place ont été assurées par une délégation assistée d un(e) collaborateur/trice du SMS. Ces visites ont donné lieu à des rapports écrits ou oraux, plus ou moins poussés selon les cas et illustrés par des photographies et des documents historiques. Dans tous les cas où cela a été nécessaire, notamment pour documenter une de mande de démolition, voire une proposition d ins - cription à l inventaire ou de classement, des études historiques ont été demandées, soit à l historienne des monuments, soit aux autres historien(ne)s de l art membres de la CMNS, soit à des collaborateurs/ trices de l Office du patrimoine et des sites (OPS), notamment parmi celles et ceux qui œuvrent à la préparation des ouvrages des Monu ments d art et d histoire du canton de Genève, soit encore à des spécialistes extérieurs mandatés par le SMS. C est dire qu au-delà des préavis touchant aux demandes d aménagement, construction, restauration, rénovation, transformation ou démolition, le travail et les réflexions de la CMNS contribuent, année après année, à la connaissance générale du patrimoine genevois. A ce sujet, un souhait est émis par la CMNS: que cette riche documentation soit cataloguée et tenue à sa disposition pour les be - soins de ses travaux. Jacques BAUD, architecte, UDC (2006-2007) non rem - placé / Pierre BAERTSCHI, conservateur des monuments (2006), remplacé par Bernard ZUMTHOR (2007-2008), remplacé par Sabine NEMEC-PIGUET (2008-2010) / Philippe BEUCHAT, architecte, ACG / Alain CARLIER, architecte, FAI / Armand BRULHART, historien de l art, APV / Dominique CERUTTI, entrepreneur, Fédération genevoise des métiers du bâtiment / Babina CHAILLOT-CALAME, historienne de l art, Le Boulet / Françoise CHAPPAZ, politologue, WWF / Jean-Marc COMTE, architecte, PDC / Isabelle CLADEN, architecte, Patrimoine suisse Genève / Erica DEUBER ZIEGLER, historienne de l art, APV / Anita FREI, historienne et architecte, Les Verts (2006-2008) remplacée par Lauren BADDELEY, architecte / Jean- Noël GENÊT, architecte, ACG (2006-2007) remplacé par Hubert DETHURENS, viticulteur / Gilbert HENCHOZ, architecte-paysagiste, ACG / Fabrice JUCKER, architecte, Parti libéral / Cecilia MAURICE-DE SILVA, historienne de l art, Patrimoine suisse Genève / Roger MEYLAN, viticulteur, Chambre genevoise d agri culture / Jean- Jacques OBERSON, architecte, WWF / Patrice REYNAUD, architecte, CGI / Chantal SCALER, architecte, Parti radical / Françoise SCHENK-GOTTRET, juriste, PS / Athanase SPITSAS, architecte, FAI / Carmelo STENDARDO, architecte, FAI / Michel STRAZZA, architecte, MCG / Jean TERRIER, archéologue cantonal / Barbara TIRONE, architecte, Pro Natura / Bertrand VON ARX, conservateur cantonal de la nature et du paysage. Commission du Vieux-Carouge (supprimée en 2010, la surveillance de la zone protégée de Carouge étant désormais assurée directement par la CMNS): Babina CHAILLOT-CALAME, Cecilia MAURICE-DE SILVA. Fonds cantonal des monuments, de la nature et des sites et Commission d attribution de la subvention à la restauration: Armand BRULHART, Patrice REYNAUD. Commission d urbanisme: Alain CARLIER. Commission d aménagement du territoire: Anita FREI (2006-2008), remplacée par Lauren BADDELEY (2009-2010). Groupe d experts PAV (constitué en 2008): Alain CARLIER. Fonctions spéciales Babina CHAILLOT-CALAME, historienne des monuments. Pierre BAERTSCHI, conservateur des monuments (2006), remplacé par Bernard ZUMTHOR (2007-2008), remplacé par Sabine NEMEC-PIGUET (2008-2010). Jean TERRIER, archéologue cantonal. Bertrand VON ARX, conservateur cantonal de la nature et du paysage. Présidence Durant la législature 2006-2010, la CMNS a été présidée successivement par Fabrice JUCKER (2006), Anita FREI (2007), Erica DEUBER ZIEGLER (2008) et Carmelo STENDARDO (2009-2010). 18 19

1. INTRODUCTION Un contexte en mutation Un contexte en mutation Priorité au logement Au cours de la législature écoulée, Genève (282 km 2 ) a largement passé le cap des 450 000 habitants sans avoir su répondre au besoin urgent de logements: fin 2009, elle comptait 457 628 habitants (dont 189 313 en ville de Genève) et 261 500 emplois, effectif le plus élevé jamais atteint dans le canton. En dépit de la priorité accordée dans les textes et les paroles au logement, le nombre annuel de logements effectivement construits a atteint en 2008 son chiffre le plus bas depuis des décennies: soit 1083 logements, dont 29,9% subventionnés, 10,7% à loyers libres, 34,8% destinés à la vente (PPE) et 23,8% de villas 11. Fin juin 2009, le taux de vacance des logements était de 0,21%. Les collectivités publiques n ont pas réussi à enrayer cette pénurie et leurs propres investissements dans le logement sont depuis dix ans en décroissance profonde 12 contrairement à celles du secteur privé (immeubles en PPE, villas) 13. La pénurie d appartements à louer entraîne aujourd hui une flambée des prix. Les projets de logements esquissés au cours de la législature précédente ont peiné à entrer en phase de réalisation (La Tulette à Cologny) ou sont toujours en attente (Mon-Idée-Communaux d Ambilly à Thônex). Pour faire face à la pénurie, le Conseil d Etat a mis en chantier de nouveaux grands projets visant à densifier la ville. Premier d entre les grands projets: le PAV, présenté en 2007, soit le déploiement du centre-ville sur le secteur Praille-Acacias-Vernets avec tours, mixité activités-logements, espaces publics, équipements, etc. Seconde mesure adoptée: la loi sur les surélévations. Comme sous l Ancien Régime, quand le corset des fortifications et l impossibilité de déployer la ville à l extérieur entraîna la surélévation des im - meubles pour y loger les habitants et leurs activités (cabinotiers), l étroitesse du territoire cantonal et le statut quasi sacré de la zone agricole (qui vaut à Genève d avoir conservé une campagne à bien des égards remarquable) ont provoqué l adoption par le Grand Conseil en 2008 d une loi sur les surélévations visant à gagner du terrain en hauteur, exclusivement pour créer des logements. En cas de conflit entre conservation du patrimoine et nouvelle construction, la pesée des intérêts doit, dans l esprit du président du DCTI, favoriser en général la construction, voire l extension des bâtiments et, en particulier, leur surélévation et l occupation des combles. Un potentiel de près de 5000 appartements est avancé. On trouvera plus loin 14 un chapitre consacré à cette question controversée. La pression immobilière Si l essor de l agglomération et la demande croissante de logements et d infrastructures qui l accompagne ont comme résultantes directes de fortes mutations du tissu urbain et rural, elles entraînent aussi des effets pervers sur la conservation des bâtiments anciens, notamment sur les plus modestes à loyers bas. La loi sur les surélévations elle-même, supposée créer du logement, ne manque pas de provoquer une pression sur le bâti urbain le plus fragile. Genève s est révélée ces dernières années particulièrement attractive non seulement pour les or - ganisations internationales actuellement Genève compte 25 organisations internationales gouver - nementales (OIG), 174 missions et représentations permanentes et plus de 170 organisations internationales non-gouvernementales (ONG), mais aussi pour les entreprises de haute technologie et, surtout, pour le trading, donc pour les investisseurs étrangers. Mais si la construction de surfaces d activités s est redéployée en 2006-2007, elle est aussitôt redescendue, en 2008-2009, à son niveau le plus bas depuis des décennies 15. 11 «Logements neufs construits, selon le type de bâtiment, de - puis 1985», Office cantonal de la statistique OCSTAT, Statistique du parc immobilier, mise à jour le 11.03.2011. 12 Les chiffres des dépenses de l OCSTAT indiquent, pour 2009, 31 millions pour le logement contre 3609,8 millions pour les travaux de routes et de génie civil. Voir «Dépenses pour la construction, selon le type de maître d ouvrage et la nature des travaux, depuis 1985», OCSTAT, Statistique suisse de la construction, mise à jour le 17.11.2010. 13 Ibid. 14 Voir p. 29-31. 15 «Surface d activité utile des bâtiments neufs, mixtes et sans logement, autorisés, en construction et construits, dans le canton de Genève, depuis 1990», OCSTAT, Statistique du parc immobilier, mise à jour le 11.03.2011. Les besoins d extension des organisations internationales, la nécessité de procéder à la rénovation de leurs bâtiments, l adaptation aux nouvelles normes énergétiques des monuments fondateurs, tels que le Palais des Nations et le premier bâtiment du Bureau international du travail (actuel bâtiment William- Rappart abritant l OMC), ont par ailleurs retenu l attention de la CMNS et contribué à développer des solutions de protection patrimoniale compa - tibles avec le statut d inviolabilité de ces bâtiments au titre de l accord de siège conclu entre les orga - nisations internationales qui les occupent et la Confédération. Priorité aux transports publics Avec le développement de Genève, le seuil de tolérance de l infrastructure routière s est trouvé dépassé et le trafic en permanence engorgé. Genève disposait au XIX e siècle d un des réseaux de tramways les plus performants d Europe. L ambitieux projet de rendre à Genève ses tramways démantelés dans les années 1960 s est poursuivi durant la législature avec l achèvement de la ligne Nations-Acacias-Lancy- Pont-Rouge-Palettes, la poursuite du chantier de la ligne Cornavin-Meyrin-CERN et l ouverture du chantier de la ligne Cornavin-Onex-Bernex (TCOB). Sur les grandes radiales nord et ouest de la ville, mais aussi au centre, sur l Ile où les ponts sont en voie de reconstruction, autour de la gare Cornavin, à Saint- Gervais, à Plainpalais, à la Jonction, ces projets d ingénieurs transforment profondément le paysage routier, sans beaucoup d égards pour les aspects liés au patrimoine. Il faut souligner ici que Genève fait fi sur ces grands axes de l Inventaire des voies de communication historiques de la Suisse (IVS) et des recommandations techniques émises par la Confédération pour leur conservation. Il suffit de songer à la route de Meyrin et à la construction qui l enjambe à la hauteur de Balexert! Le grand projet de liaison ferroviaire CEVA a passé en 2009 l obstacle d un référendum populaire 16. Le trafic automobile Le trafic automobile n a cependant pas été totalement négligé: des tranchées couvertes sont en chantier ou en projet sur deux grands axes de desserte transfrontalière, route de Meyrin pour la traversée du village de Meyrin achevé 17, route de Thonon pour la traversée du village de Vésenaz (approuvé par un vote référendaire populaire en 2009 18 ). Le projet de parking sous-lacustre de 850 places et 80 places deux roues, rue Pierre-Fatio-Jardin Anglais-quai Gustave- Ador, refait surface à intervalles réguliers en demande d autorisation de construire. Le projet présenté en 2007 a suscité un préavis négatif de la part de la CMNS 19. Les économies d énergie Si les coûts de l énergie, les préoccupations envi - ronnementales et les principes du développement durable ont accéléré le redéploiement des transports publics, ils ont aussi conduit à l adoption, dans l ensemble de la Suisse, de nouvelles normes d isolation des bâtiments et encouragé l usage de capteurs solaires 20. Le 7 mars 2010 était adoptée à Genève une révision de la loi cantonale sur l énergie 21. Pré - cipitant le rythme des actions déjà engagées dans ce domaine, cette modification met notamment l accent sur la consommation énergétique du parc immobilier genevois où se trouvent les plus grands potentiels d économie. L enveloppe des bâtiments et le paysage s en trouvent évidemment affectés: changement ou doublement des fenêtres, isolation thermique des murs, capteurs solaires sur les toitures. Un label de qualité MINERGIE destiné aux bâtiments neufs et rénovés a été créé. Le concept d éco-quartier s impose lentement. 16 Premier coup de pioche en novembre 2011, malgré des re - cours encore pendants pour le traitement de la gare de Champel. 17 Achevé en 2011. 18 En chantier en 2011. 19 Le Conseil d Etat s est déterminé en 2011 pour l abandon d un nouveau parking sous-lacustre au profit d un parking sous la rue Pierre-Fatio. 20 L article 9 de la loi fédérale sur l énergie adoptée en 1998 préconise que «les cantons créent dans leur législation des conditions générales favorisant une utilisation économe et rationnelle de l énergie ainsi que le recours aux énergies renouvelables». 21 En remplacement de la loi de 1986. 20 21

1. INTRODUCTION Le renforcement de la sécurité Comme dans le reste du monde occidental, les me - sures sécuritaires se sont renforcées. Celles-ci ne se limitent pas au renforcement des forces de police et de surveillance, elles se manifestent aussi dans l espace public et dans les bâtiments dont elles transforment subrepticement les accès, la visite et l aspect: vidéo-surveillance, alarmes, éclairage, grilles, chevaux de frise, fils de fer barbelés et blocs de ciment autour des bâtiments des organisations internationales, accès par cartes à puce, fermeture des entrées d immeubles, des temples et des églises, fermeture des estacades des ports, etc. La campagne n est pas épargnée. Sur le coteau résidentiel de Cologny, convoité pour ses vues imprenables sur le lac, les clôtures et les haies ont eu raison de cet avantage et le promeneur frustré ne rencontre plus sur son parcours que de rares échappées entre les obstacles de thuyas et de murailles enfermant les propriétés. Le long de la route de Vandœuvres, pourtant voie de communication historique recensée et à protéger, l emmurement des propriétés porte atteinte aux qualités du parcours et à la substance des éléments d accompagnement traditionnels de la chaussée 22. Les mesures règlementaires contre le feu exercent aussi leurs ravages: à l extérieur des bâtiments, les tours d escaliers de secours vont déparer les façades, comme à UNI-Bastions (1868-1872). A l intérieur, elles obligent à cloisonner des espaces classiques reliant les halls d entrée aux escaliers et aux galeries: qu il s agisse d UNI-Bastions, de la Comédie (1911-1913) ou de l Ecole des Beaux-arts (1904), les mêmes vitrages doivent en finir avec les espaces ouverts déployés pour le confort et la qualité de vie des usagers. A l intérieur du Palais de justice (1707-1712), la CMNS a dû s opposer fermement à un projet de double circulation sécurisée (visiteurs/ détenus) qui aurait notamment détruit l ordonnance des escaliers et des paliers. La protection des cours d eau et du lac L observation de l actualité environnementale entre 2006 et 2010 fait apparaître, sur un sujet prioritaire de cette aube du XXI e siècle le domaine de l eau une contradiction flagrante: l Etat de Genève mène, après un siècle d assèchement et de canalisation, une remarquable politique de renaturation des cours d eau du canton par le biais d un service ad hoc, avec un budget confortable et l appui finalement acquis du monde agricole. Mais résistera-t-il aux désirs de nouvelle emprise urbaine sur le lac que ce soit pour un nouveau parking sous-lacustre sur la rive gauche, un parc-plage aux Eaux-Vives par comblement du plan d eau, l extension du port et des bâtiments de la Société nautique de Genève, un encore un vaste pôle privé de détente et de loisirs sur le site de Genève-Plage? Depuis longtemps pareille pression ne s était exercée à l encontre de la Rade et du Petit-Lac genevois. 2 DES DÉFIS POUR LA SAUVEGARDE DU PATRIMOINE 22 Voir, par exemple, route de Vandœuvres 62-68, photos p. 57. 22 23

2. DES DÉFIS POUR LA SAUVEGARDE DU PATRIMOINE Les grands dossiers conflictuels Les grands dossiers conflictuels Le projet de Jean Nouvel pour le Musée d art et d histoire (MAH) La CMNS a été consultée en 2008, avant l engagement par la Ville de Genève de l étude du «projet d intention» élaboré dix ans plus tôt 23 pour la restauration et la transformation du MAH. La présence de l architecte Jean Nouvel, prix Pritzker d archi - tecture 2008, a paré cette consultation d une aura particulière. La CMNS a soutenu la restauration du bâtiment, mais un débat long et houleux l a fortement divisée sur le principe de l installation, dans la cour centrale 24, de grandes plateformes à structure d acier ancrées dans les façades existantes et surmontées d un restaurant panoramique émergeant au-dessus de l ancien édifice 25. Les nouvelles circulations, les passerelles de liaison entre l ancien et le nouveau bâtiment, l accès séparé au restaurant, les ascenseurs ont paru envahissants. Quant à la manière dont les plateaux s arrimeraient au bâtiment existant sans lui porter atteinte, l étude restait à mener. La CMNS a pris note de l installation sur la promenade de l Observatoire d un parvis aménagé dans l axe d entrée du musée et doté d un pavillon vitré (billetterie, information, magasin et buvette) et d un parc de sculptures, mais a regretté que le projet se contentât d occuper la cour sans tenir compte du statut urbain de l îlot dans son intégralité, soit l ensemble remarquable situé entre les promenades de l Observatoire et du Pin, relié par des ponts à la ville et formé par des bâtiments dotés chacun d une cour de part et d autre du passage Burlamachi. Le MAH est un des monuments majeurs de Genève par sa taille, le caractère exceptionnel de son architecture Beaux-arts inspirée du Petit-Palais, le site dans lequel il s insère et sa fonction. Il n est pas classé, sa position dans la zone protégée du secteur sud des anciennes fortifications ayant jusqu à présent paru une protection suffisante. La demande de classement, déposée par Patrimoine suisse Genève en 2008, a reçu un préavis favorable de la SCMA, mais la CMNS, en plénière, a décidé de surseoir à son adoption 26. Au terme d une analyse approfondie du projet, la CMNS s est finalement déclarée à la majorité «confiante dans les vertus d une architecture séduisante et spectaculaire venant occuper la cour d un bâtiment ancien de haute valeur, pour l aider en quelque sorte à survivre» 27 et favorable à l engagement de l étude du projet sous réserve d une série de recommandations. Elle a notamment préconisé de poursuivre l étude du projet dans un esprit d ouverture et de réversibilité: d étudier toutes les possibilités de sauvegarde des éléments anciens, de limiter l impact des nouvelles structures sur le bâtiment existant en étudiant des structures nouvelles autonomes, par exemple, pour les plateaux, un dispositif autoporté préservant les façades existantes. En tout état de cause, elle s est déclarée favo - rable à l excavation de la cour et à sa couverture vitrée, deux propositions préconisées par le cahier des charges de l appel d offre de 1998. Elle a enfin recommandé d étudier la réorga - nisation générale du MAH sur la base d un programme muséographique profondément renouvelé, répondant aux attentes scientifiques et culturelles de notre époque. La nouvelle direction du MAH a constitué en 2010 un comité consultatif pour l assister dans sa tâche 28. 23 Résultat d un appel d offre lancé en 1998, à l issue duquel fut choisi le projet proposé par le bureau J. Nouvel-Jucker-DVK. 24 La CMNS est en principe défavorable au noyautage des cours. 25 L art. 87 de la LCI relatif aux zones protégées de la Vieille- Ville et du secteur sud des anciennes fortifications stipule que «le gabarit de hauteur des constructions ne doit pas dépasser la hauteur des bâtiments existants» et qu une dérogation aussi importante aux dispositions de l alinéa 1 ne peut se justifier que d une «amélioration esthétique». 26 Ce préavis favorable a finalement été adopté par la commission au printemps 2012. Le classement demandé par APV de l ensemble de l îlot entre rue Charles-Galland et promenade du Pin a également été préavisé favorablement. 27 Préavis adopté en séance plénière le 25 décembre 2008. 28 Cette commission consultative a rendu son rapport en 2011, sans apporter de changement significatif au projet, dont la de - mande d autorisation de construire définitive a été déposée en novembre 2011 et soumise à la CMNS qui a émis un préavis favorable sous réserve d un projet modifié. Musée d art et d histoire, état actuel et projet d extension de Jean Nouvel par remplissage de la cour et surélévation. Photos Cecilia Maurice de Silva. Elévation et coupe: Fondation pour l agrandissement du Musée d art et d histoire. 24 25

2. DES DÉFIS POUR LA SAUVEGARDE DU PATRIMOINE Les grands dossiers conflictuels Projet de port et de plage aux Eaux-Vives devant les parcs. Plan Etat de Genève, DT, retouché en jaune pour indiquer l emprise actuelle du quai et des ports sur le lac. Page de gauche: le plan d eau concerné. Ci-dessous : le plan d eau vu de La Grange. Photos Cecilia Maurice de Silva. Le projet de port et de plage des Eaux-Vives (PPEV) et l agrandissement du port de la Société nautique de Genève (SNG) Ces projets sont ceux qui ont provoqué le travail le plus intense de la CMNS, en raison de l ampleur de leur emprise sur le lac, de leur développement in - tempestif et des controverses qu ils suscitent. Le site est «hyperprotégé» (loi sur la protection générale des rives du lac, LPMNS et loi sur les eaux); il im - plique des objets classés (sites archéologiques souslacustres, domaine de La Grange); il est inscrit à l Inventaire fédéral des sites construits d importance nationale (ISOS), voisin du périmètre du plan de site de la Rade et du périmètre de la Rade et du Rhône inscrit à l Inventaire fédéral des paysages, sites et monuments naturels d importance nationale (OIFP). Le plan d eau lui-même avec sa flore et sa faune est protégé par la législation fédérale. Les six projets qui ont été mis à l enquête pu - blique quatre demandes d autorisation de construire et deux de démolir visent à transformer radicalement l aménagement, la topographie et l usage de la rive gauche du lac entre le Jardin Anglais et Genève-Plage. Selon l «Etude d impact» 29 fournie, l emprise globale des projets est de 27,39 ha: 13,29 ha pour les projets de parc-plage, de quai et d esplanade et 14,10 ha pour les deux nouveaux ensembles portuaires soit près du tiers de la largeur du lac entre Eaux-Vives et Sécheron ou plus de trois fois la surface de la plaine de Plainpalais (8 ha). La perte de surface lacustre par suite de ces comblements serait de 10,78 ha (dont 6,31 ha émergents et 4,47 ha immergés). La CMNS a dû procéder à une pesée d intérêts entre ces projets répondant, pour ce qui concerne la plage, à un intérêt public prépondérant, et ce patrimoine protégé, cher au cœur des Genevois et attrait touristique majeur: le «bout du lac» est universellement connu et constitue la carte de visite de Genève. La zone littorale possède une importante végétation aquatique, elle abrite poissons et oiseaux dont 29 «Etude d impact sur l environnement. Rapport d enquête préliminaire (REP)», décembre 2009, p. 46. la quantité diminuerait de manière significative par la disparition de cette ressource alimentaire 30. Les projets se sont concrétisés à l occasion d une série de grands chantiers publics (CEVA, tranchée couverte de Vésenaz), avec l idée d utiliser leurs dé - blais pour créer un parc-plage en remblais sur le lac. Depuis longtemps, la création d une plage supplémentaire, l accroissement des places d amarrage dans les ports genevois, le désencombrement du port de la rive gauche de la Rade et la libération du quai marchand étaient des revendications que les autorités cherchaient à satisfaire. De son côté, la SNG voulait agrandir son port pour lequel elle dispose d une concession de l Etat de Genève. En s engageant à financer une nouvelle grande digue nord, la SNG rendait possible l accroissement de son port de deux tiers (1025 places) et, en aval, l agrandissement du port public du Port-Noir (226 places pour bateaux et 244 places pour dériveurs 31 ) ainsi que la réalisation du parc-plage des Eaux-Vives. Après une première consultation de la CMNS en 2009, le projet conduit par l Etat de Genève (PPEV) a subi une réduction et plusieurs réaménagements. Un an après, au prix d une longue et difficile discussion, envenimée par le caractère mensonger des images de synthèse proposées par les requérants et largement diffusées auprès du public, la CMNS a 30 «Etat écologique du Petit-Lac en 2008», DT-SECOE. 31 Le projet du Port-Noir se limite au déplacement des activités portuaires de la Rade vers la nouvelle infrastructure sans augmentation de sa capacité. 26 27

2. DES DÉFIS POUR LA SAUVEGARDE DU PATRIMOINE Les toits de la ville: des terrains à bâtir rendu un préavis favorable aux projets, sous réserve de plusieurs modifications et compléments: oui à la fouille de sauvetage de la station lacustre de Plonjon, la plus vaste et la plus intéressante de la Rade (265 x 55 m), classée depuis 1923 et qui va disparaître sous les remblais, ses quelque 3 000 pilotis restants étant extraits pour étude 32 ; oui au comblement du lac pour le parc-plage; non à la destruction de la promenade exceptionnelle formée par le quai et de l environnement paysager des deux grands parcs La Grange et des Eaux-Vives, avec l ordonnancement étagé du paysage des rives: les maisons de maître à mi-pente, le quai, le bassin d eau comme un miroir. Invi ta - tion à inscrire le projet dans la continuité historique du lieu, en veillant à conserver le quai dans toute sa largeur et sa linéarité et à établir la plage en contrebas; conformément à la loi fédérale sur les eaux, exigence d une véritable compensation à la perte de surface lacustre; refus d un bâtiment de vestiaires parallèle au rivage et obstruant les vues; réduction de la longueur du môle du Port-Noir (285 m) et de l étendue totalement exagérée de la grande digue nord de la SNG (510 m); Vue du Port Noir, la portion de lac à combler. Photo Cecilia Maurice de Silva. conservation du club house de Charles Liechti (1932-1933, surélevé en 2002) et demande de projet modifié, réduit, pour le port de la SNG, ses bâtiments et ses circulations; demande de compléments pour l aménagement de la place Alinghi, qui doit rester domaine pu blic, et pour le projet d extension de Genève-Plage; conformément à la loi fédérale sur l aménagement du territoire (LAT), demande d un plan directeur de la Rade et du Petit-Lac urbain; respect des qualités paysagères du site nocturne et des normes fédérales environnementales d éclairage, en évitant notamment de perturber la faune et la vision nocturne paisible du plan d eau 33. 32 «Projet de fouille archéologique de la station littorale de Genève/Plonjon. Programme de sauvetage scientifique et devis estimatif pour les recherches des années 2009 à 2012», 2009, p. 5. La fouille a commencé en 2011 et le sort des pieux extraits reste incertain. Les autorités ont même envisagé la presse s est faite l écho de cette idée de les débiter et de commercialiser ces souvenirs des temps préhistoriques 33 En novembre 2010, le DCTI a délivré les autorisations, mais le WWF a interjeté recours. Le recours est toujours pendant. La loi sur les surélévations En 2006, le Grand Conseil votait la loi sur les sur - élévations modifiant la LCI. Devant la menace d un référendum brandie par diverses associations (Asloca, syndicat SSP-VPOD, Patrimoine suisse Genève), des négociations furent engagées par M. Mark Muller. Elles conclurent à la nécessité d amender la loi votée en inscrivant l obligation d établir des cartes indicatives du potentiel de surélévation d immeubles existant en 2 e et 3 e zones urbaines, la Vieille-Ville et le secteur sud des anciennes fortifications demeurant exclus de la loi. La loi ainsi amendée fut soumise en 2008 à un nouveau vote du Grand Conseil. Restait à déterminer, secteur par secteur, quels immeubles se prêteraient à une surélévation et lesquels ne pourraient pas être touchés. C est le sens des cartes indicatives préparées par le DCTI au cours des années 2008-2009. Sauf exception, la loi sur les surélévations ne s applique pas aux zones protégées. En 2 e zone, elle prévoit désormais (art. 23 et 27), deux étages supplémentaires (soit 6 m) pour autant que la largeur de la rue le permette. A noter que ces hauteurs étaient déjà possibles selon la LCI par le biais de dérogations accordées cas par cas. La nouveauté, c est que ces gabarits ont désormais un caractère ordinaire, qu il s agisse d immeubles existants à surélever ou de nouvelles constructions, mais seu - lement pour autant qu il s agisse de construire des logements et que l harmonie des rues soit préservée. Les surélévations d immeubles dans les zones concernées peuvent être demandées au titre de la loi sur les surélévations, mais aussi au titre d une dé - rogation LCI dont la portée reste en vigueur. La loi sur les surélévations ne supplante d ailleurs pas les autres lois régissant la construction et la conservation du patrimoine, en particulier ni la LDTR qu elle ménage en rendant impossible le remplacement de logements existants par des logements acquis par sur élévation, ni les dispositions de la LCI sur les en - sembles du XIX e et du début du XX e siècle, ni la LPMNS, ni la loi sur les zones de développement (LGZD). La loi sur les surélévations a requis tout au long de la législature l attention de la CMNS, qui a dû émettre des préavis sur les cartes indicatives, puis examiner, cas par cas, les premières demandes de surélé - vation dont le rythme va désormais en s accélérant. Pour la cartographie, la CMNS a critiqué un dé - coupage arbitraire ne tenant pas compte de l histoire du développement urbain, notamment ni de la présence de la puissante ceinture fazyste ni de la cohérence historique de chaque quartier. Elle a déploré que les objets et périmètres protégés ne figurent pas explicitement sur les cartes. L élaboration des cartes s est appuyée sur quel - ques critères simples: âge des immeubles, largeur des rues, hauteurs maximales, existence d ensembles du XIX e et du début du XX e siècle. Combinée de manière mécanique sans visite des lieux, cette méthode a produit ici et là quelques aberrations que la CMNS a épinglées. La CMNS a pris note que la plupart des immeubles anciens du XIX e et du début du XX e siècle sont en principe exclus de surélévation, tandis que pra - tiquement tous les immeubles postérieurs à 1945 sont donnés comme surélevables. Reste la difficile question de l harmonie des rues, quand celles-ci sont composites, avec des immeubles anciens et plus récents. Si les cartes dégagent le potentiel de surélévation des immeubles, elles ne disent évidemment rien de l art ni de la manière de faire, chaque cas devant être étudié pour lui-même. Pour certains, il s agit d un attique en retrait, pour d autres d un étage ou plus. II faut tenir compte des critères que les cartes n ont pas pris en compte, tels que l architecture particulière des couronnements et des toitures, l étroitesse des cours, l ensoleillement et tout autre problème de voisinage, l harmonie des rues, la cohérence des îlots, les accents des carrefours, etc. La CMNS a estimé que dans les cas d architecture médiocre, comme dans certaines rues composites des Pâquis, des reconstructions avec les infra - struc tures nécessaires seraient préférables à des surélévations. En conclusion, la CMNS regrette qu alors que s amorcent des surélévations parfois laborieuses dans le bâti historique du centre-ville, on continue de construire, en périphérie urbaine et dans les 28 29

2. DES DÉFIS POUR LA SAUVEGARDE DU PATRIMOINE Les toits de la ville: des terrains à bâtir Deux exemples de surélévation: en haut, sur un immeuble moderne, rue des Délices 2, en bas sur une ancienne fabrique, rue de la Coulouvrenière 25. Photos SMS / Jean-Charles de Bortoli (haut), Cecilia Maurice de Silva (bas). communes suburbaines, dans des gabarits bas et à développer la zone villas. Réponse adéquate à la crise du logement? Risque de voir le centre-ville se densifier à outrance, perdre l ensoleillement de ses rues et de ses cours, détruire son harmonie architecturale et urbaine, manquer d espaces et d équipements publics, s enlaidir? Produire du logement trop cher? La légis - lature qui s ouvre devra accorder une attention extrême à ces questions. L aménagement des combles en logements et bureaux L aménagement de logements et de bureaux dans des combles et des surcombles qui ne s y prêtent pas, particulièrement dans des bâtiments de la ceinture fazyste aux toitures à faible pente, mais aussi dans les ensembles de la fin du XIX e et du début du XX e siècle, a posé quelques difficultés à la CMNS. Celle-ci a-t-elle la possibilité de réserver son préavis quand le projet enfreint les dispositions de la LCI relatives au maintien des gabarits des toitures des immeubles protégés ou situés en zone protégée ou à celles relatives à l éclairage des combles 34? L Office des autorisations de construire (OAC) ne devrait-il pas retenir les dossiers non conformes? Comment émettre un pré - avis d ordre esthétique quand manifestement un projet est légalement irréalisable? La CMNS s est résolue à émettre dans ces cas des préavis négatifs, sauf exception (par exemple l immeuble rue Saint- Victor 4 (v.1860-1870), où elle a admis une modifi - cation du gabarit de la toiture en raison de sa très faible pente et de son aspect inesthétique). Un débat sur l habitabilité des surcombles aux toits à faible pente et des toits à la Mansart a mobilisé une séance plénière en 2009. Exemples: rue du Mont-de-Sion 8 (v. 1880), projet accepté pour une salle de conférence et une bibliothèque; rue François-Bellot 9 (v. 1880), projet refusé pour du logement; rue du Devin-du-Village 15 (1923-1924), projet refusé, et rue des Charmilles 17 (1925-1926), projet accepté sous réserve, dans ces deux derniers cas pour éviter d altérer l unité des ensembles. On a fait remarquer que la question de l habitabilité n était pas du ressort de la CMNS. Alors pourquoi l OAC ne résout-il pas la question avant de transmettre le dossier au SMS? L OAC ne veut à aucun prix censurer la possibilité d aménager les combles, mais le type de prises de jour en zone protégée ou dans des ensembles protégés (lucarnes, velux, tabatières, puits de lumière, etc.) dépend des souscommissions qui doivent jouer pleinement leur rôle. Il arrive évidem ment aussi que le DCTI passe outre l avis de la CMNS. Surélévation de la toiture d un immeuble de la ceinture fazyste pour rendre les combles habitables, rue Saint- Victor 4, avant et après travaux. Photos SMS / Carmen Alonso (haut), Cecilia Maurice de Silva (bas). 34 Art. 130 du règlement d application de la LCI: a) la base de l ouverture ne doit pas être située à plus de 1,50 m du sol; b) le sommet de l ouverture ne doit pas être situé à moins de 1,80 m du sol; c) ce type de jour ne peut être créé que sur un toit dont la pente est égale ou supérieure à 35 ; d) la surface de la projection verticale de l ouverture ne peut être inférieure au dixième de la surface de la pièce ni, au minimum, à 1 m 2 ; etc. 30 31

2. DES DÉFIS POUR LA SAUVEGARDE DU PATRIMOINE La loi sur l énergie Procédés de réclame, panneaux d affichage et signalétique La cause était mal partie: capteurs solaires contre conservation des toitures, isolation thermique contre enveloppe traditionnelle des bâtiments, isolation des fenêtres contre substance matérielle d origine des menuiseries et des vitrages, etc. Mais nécessité fait loi. Au cours de la législature s est faite jour cette évidence: la protection du patrimoine et l amélioration énergétique des bâtiments (la réduction des déperditions d énergie et des dépenses de chauffage) ne sont pas incompatibles, pour autant que chacun comprenne le point de vue de l autre et fournisse un effort, d un côté pour accepter cette nouvelle technologie dans les bâtiments anciens, de l autre pour améliorer l aspect esthétique des dispositifs mis au point par l industrie. Le dialogue s est grandement amélioré à la suite d une décision des services cantonaux compétents de réunir leurs expertises: le SMS et le Service cantonal de l énergie (SCANE) ont pris l habitude de confronter leurs points de vue sur les projets soumis à demande d autorisation. Cas échéant, pour favoriser des solutions compatibles avec la conservation du patrimoine, des aides financières sont proposées par l OPS en plus des aides du SCANE. En consacrant en 2008 aux fenêtres anciennes un excellent cahier de la série Patrimoine et architecture 35, l OPS a contribué à l information et lancé un appel aux architectes et aux métiers du bâtiment. Dans la foulée, un groupe de travail s est constitué, avec les auteurs de cette publication (représentant Patrimoine suisse Genève, la Chambre genevoise immobilière, la Fédération genevoise des métiers du bâtiment, l Union suisse du personnel de l immobilier, le SCANE et l OPS) en vue de trouver des moyens pour simplifier et accélérer des procédures touchant à l isolation des fenêtres sur les bâtiments existants. Cette demande de simplification est liée à un litige au sujet du délai légal d application de la mise aux normes de l isolation thermique des fenêtres des bâtiments, fixé par l Etat à 2011. Les propriétaires estiment ne pas avoir suffisamment de moyens pour les mettre en œuvre, a fortiori pour les interventions dans les bâtiments protégés qui s avèrent longues et souvent coûteuses. Le chef du DCTI a donc confié à l OPS la mission d examiner un moyen de faciliter cette mise aux normes. L OPS a obtenu qu il n y ait pas de remise en question sur les matériaux (bois) et que la solution de la pose de doubles fenêtres, permettant une amélioration de la situation et une préservation des fenêtres anciennes, soit favorisée. Des questions se posent pourtant si un changement des fenêtres s avère nécessaire. Le DCTI a décidé en 2009 qu aucune autorisation ne serait désormais nécessaire pour ces mises aux normes dans les bâtiments non protégés. Pour les bâtiments protégés, le DCTI préconise pour l avenir une procédure facilitée, permettant aux requérants d être dispensés d un préavis de la CMNS pour autant que les détails d exécution soient soumis à l OPS. Affaire à suivre. La CMNS s est penchée à réitérées reprises sur la problématique de l impact esthétique des panneaux solaires sur le paysage des toitures dans les villages protégés, sur des projets de remplacement ou d isolation des fenêtres ainsi que d isolation des murs 36. Le traitement séparé d immeubles faisant partie d un ensemble reste problématique. Exemple: rue Théodore-Flournoy 8 (1955-1956), un immeuble des squares Montchoisy, désormais protégé par un plan de site alors en cours d adoption, où le remplacement des fenêtres ne doit pas introduire dans l ensemble une dissonance matérielle, chromatique ou formelle. Nul doute que des compétences ont été acquises et qu à l avenir la question de l amélioration du coefficient thermique sous un angle technique, par un examen systématique des solutions possibles adaptées aux divers types de construction, y compris aux bâtiments anciens dont la substance doit être conservée, devra faire partie des réflexes de la CMNS. Il y a un réel enjeu à faire comprendre aux techniciens et ingénieurs le point de vue des conservateurs du patrimoine, mais aussi pour les architectes et les conservateurs du patrimoine à acquérir des compétences spécifiques en la matière. La lecture des préavis dénote, au cours des quatre années écoulées, une approche cohérente de ces questions par la CMNS 37. 35 Les fenêtres, vues sur un patrimoine, Patrimoine et architecture, 16. Office du patrimoine et des sites DCTI, 2008. 36 Pour le détail, voir SCA, p. 69-70. 37 En 2011, deux projets de loi ont été déposés au Grand Conseil cherchant à faciliter les rénovations énergétiques des bâtiments protégés, par exemple à permettre l installation de panneaux solaires sur les monuments historiques en se passant de l avis de la CMNS ou en modifiant la composition de ses membres. S afficher, se distinguer, se rendre visible pour expliquer, orienter, se mettre en valeur, se vendre sous-entend habituellement présence, contraste, forte visibilité, recherche d un choc visuel. Ces besoins entrent par définition en contradiction avec l idée d intégration au site, d harmonisation avec le contexte telle que préconisée notamment par les règlements applicables en zones protégées. L information et la publicité dans l espace pu - blic ne méritent en effet pas moins d attention que les bâtiments de la part de la CMNS. Ajoutées à la signalisation indispensable au trafic urbain et, avec le retour des tramways, aux poteaux, câbles et caténaires compliqués poussant le long des artères genevoises, elles ont tendance à être envahissantes et à brouiller le dessin des architectures et de l urbanisme. Il faut contrecarrer la surenchère et le gigantisme: limiter les enseignes et les marquages chromatiques (gare aux difficultés avec les pharmacies au vert expansif!), tenir les inscriptions sous les cordons des rez-de-chaussée, contenir la grandeur des toiles de tente pour laisser lisible l architecture des arcades et des entrées, confiner les inscriptions aux lambrequins des toiles, rechercher la finesse des mécanismes, modérer la portée des éclairages et veiller au traitement équitable entre voisins. Mais la référence aux précédents ne suffit pas, quand la CMNS souhaite justement faire évoluer les habitudes vers une meilleure intégration à l environnement. Par exemple, place du Molard, les toiles de tente devraient se conformer aux exigences récentes de la CMNS au vu des efforts d aménagements intégrés réalisés par la Ville de Genève pour les terrasses des cafés et restaurants. A Genève, l affichage commercial, comme l affichage culturel, associatif et sportif relèvent d une convention périodiquement renouvelée entre la Ville et l Etat de Genève d une part et la Société générale d affichage (SGA) d autre part. Un important dossier de nouveaux panneaux d affichage de la Société générale d affichage (SGA) a été examiné par la CMNS. Elle a évalué l impact des panneaux dans les sites protégés et contre des bâtiments protégés, où les dispositions légales et réglementaires offrent des moyens de maîtrise, et préavisé défavorablement toute une série d emplacements en se référant aux règles fixées par le concept de plan directeur de l affichage de la Ville de Genève elle-même 38. Le projet de signalétique culturelle du site de la cathédrale et des monuments et sites touristiques de la Vieille-Ville, même porteur des meilleures intentions du monde, présente aussi des risques d invasion, surtout dans des rues et places relativement resserrées où la circulation et les vues se passeraient bien de ces obstacles. La CMNS a exprimé ses réticences en demandant la réduction du nombre et de la dimension des poteaux. Il en va de même de la signalétique, avec panneaux et oriflammes, des bâtiments universitaires, des institutions culturelles et des salles de spectacles, sans compter les batteries de caissettes à journaux, ces dernières ayant finalement obtenu l aval de la CMNS 39. 38 Approuvé par le Conseil administratif le 3 mai 2006. 39 Pour le détail, voir p. 74-77. 32 33

2. DES DÉFIS POUR LA SAUVEGARDE DU PATRIMOINE La disparition des cafés et restaurants historiques La disparition des cafés et restaurants historiques Les cafés font l Europe. Ils vont de l établissement préféré de Pessoa à Lisbonne aux cafés d Odessa, hantés par les gangsters d Isaac Babel. Ils s étirent des cafés de Copenhague, dans lesquels passait Kierkegaard pendant ses promenades méditatives, aux comptoirs de Palerme [ ] Des - sinez la carte des cafés, vous obtiendrez l un des jalons essentiels de la notion d Europe. Georges Steiner Les menaces qui pèsent sur les cafés et restaurants historiques de Genève sont bien connues et ne manquent pas d inquiéter la CMNS, comme la Ville de Genève et les associations de protection du patrimoine. Sous la précédente législature, à la suite de la disparition en 2002 de l aménagement intérieur de la brasserie Bagatelle, place des 22-Cantons, le SMS avait commandé un recensement de ces établissements. Cet état des lieux a été réalisé et documenté avec, pour chaque établissement, des valeurs indicatives que la CMNS doit encore entériner. Il de - vrait servir de référence pour contribuer à préserver l existence et le cadre des plus intéressants d entre eux 40. Selon quels critères? L ancienneté évidemment, la qualité de l architecture et de l aménagement intérieur, soit mobilier et décor, l histoire de l établissement souvent un lieu de mémoire lié aux événements dont il a été le théâtre, sa valeur sociale et symbolique. Quel type de protection? L ins cription à l inventaire, le classement sont des mesures fortes presque toujours condamnées à se heurter à la défense de la liberté de commerce. Deux cas significatifs Le Relais de l Entrecôte, rue du Rhône 49, a succédé à la brasserie Bavaria (1912, rénovée en 1942). Celleci était devenue célèbre au temps de la SDN, quand les séances plénières se déroulaient encore à la salle de la Réformation sise à deux pas. Chefs d Etat, ministres, diplomates, délégués et journalistes du monde entier se retrouvaient à la Bavaria, où deux caricaturistes hongrois, alors réfugiés à Genève, Derso et Kelen, contribuèrent au rayonnement de la brasserie en faisant les caricatures de ses célèbres clients 41. L établissement est situé dans le périmètre du plan de site de la Rade. En 2006, l exploitant a reçu son congé de la part du propriétaire de l immeuble et a fait recours. La CMNS a été alertée. Le règlement du plan de site de la Rade stipule (art. 8, al. 1): «Les rez-de-chaussée des bâtiments sont, en règle générale, destinés aux activités commerciales ouvertes au public et compatibles avec le quartier, à l exclusion des activités administratives et d autres activités qui ne s intègrent pas au caractère des lieux. Les rez-de-chaussée des bâtiments affectés à des activités qui contribuent directement à l animation des espaces publics, telles que boutiques, restaurants, cafés ou autres commerces, conservent cette destination.» Il est apparu au cours de la procédure devant les tribunaux que cette disposition ne garantissait pas la pérennité d un établissement public tel que restaurant ou café, tout commerce ouvert au public, y compris une bijouterie, répondant à ce critère 42. La CMNS, décidée à sauvegarder la dernière des brasseries Belle Epoque des Rues- Basses et des fronts du lac, a fait exceptionnel adopté en 2007 une résolution en séance plénière demandant au Conseil d Etat d initier une procédure de classement du Relais de l Entrecôte 43 et de prendre les me sures de protection nécessaires afin de garantir la pérennité des cafés et restaurants historiques de Genève selon la liste indicative du recensement du SMS. Le café-bar Cristallina, sis rue du Rhône 29, a fait en 2007 l objet d un changement d affectation au profit de l agrandissement de la bijouterie voisine. Parce que cet établissement était également situé dans le périmètre du plan de site de la Rade, ce 40 Inventaire des cafés et restaurants genevois, Etat de Genève, Service des monuments et des sites, 2005. Patrimoine suisse Genève a consacré à ce sujet un excellent dossier paru dans Alerte, 110, automne 2009. 41 En 1942, la brasserie a subi une rénovation par l architecte Jean Falciola et l ensemblier Louis Amiguet. Le décor de boiseries à panneaux et rosaces sculptées et le nouveau mobilier sont conservés, mais les célèbres caricatures qui ornaient la brasserie sont aujourd hui propriété d un collectionneur privé genevois. 42 L arrêt du Tribunal administratif du 19 octobre 2004 au sujet de l installation d une agence bancaire à la place d un café au rond-point de Rive fait jurisprudence: il admet que les différentes catégories d activités énumérées dans le règlement sont «interchangeables» dans la mesure où elles sont ouvertes au public. 43 Le Conseil d Etat a adopté le classement, mais le propriétaire a interjeté recours. Relais de l Entrecôte, rue du Rhône 49, avec ses boiseries, vestiges de l ancienne brasserie Bavaria. Photos SMS /Martin Widmer. 34 35

dossier a également soulevé la question de l interprétation des termes du règlement du plan de site. On peut évidemment avoir une opinion différente de celle du Tribunal administratif et considérer qu un restaurant ouvert au public le jour et une partie de la nuit répond mieux au souci d animation de l espace public qu un commerce destiné à une clientèle plus ponctuelle, telle une bijouterie, une agence bancaire ou une boutique. S il est possible de modifier l affectation des établissements publics dans cette zone protégée, notamment au motif de perspectives de rendement plus favorables, cela signifie que les demandes de changement d affec - tation peuvent s opérer au profit des commerces les plus rentables au risque de créer une «monoculture marchande». Or, tel n était pas, une fois encore, l objectif recherché par le Conseil d Etat en adoptant ce règlement. En conclusion et sous peine de vider de leur substance les prescriptions légales et règlementaires édictées dans le but de maintenir le caractère et l animation typiques de certains quartiers protégés de notre ville, on devrait interpréter et appliquer ces prescriptions de manière plutôt restrictive. Si finalement la bataille a été perdue pour le Cristallina, désormais disparu, la CMNS se félicite du maintien de l ancien café des Marins, quai Gustave- Ador 55, et de la bonne réhabilitation de la façade de l immeuble qui l abrite. Elle souligne aussi l intérêt pour l agrément ur - bain du foisonnement des terrasses qui a profondément modifié, ces dernières années, l atmosphère des rues dès l arrivée du printemps. La Ville de Genève, comme Carouge, s efforcent d en contrôler la qualité esthétique et de contenir leur emprise sur le domaine public. 3 L ORDINAIRE DES SOUS-COMMISSIONS Restaurant Quai 55, quai Gustave-Ador 55, ancien café des Marins après rénovation. Photos Cecilia Maurice de Silva. 36 37

Sous-commission monuments et antiquités (SCMA) Sous-commission monuments et antiquités (SCMA) La SCMA s est réunie 115 fois au cours de la légis lature. Monuments classés ou en voie de classement Depuis l adoption de la LPMNS en 1920, les monuments et sites classés sont les «joyaux de la couronne» patrimoniale. L accès à ce statut privilégié, assurant l entrée dans la longue durée, n est pas exempt de conflits, certains pouvant mener jusqu au Tribunal fé déral, comme ce fut le cas ces dernières années du classement du complexe immobilier avantgardiste de Marc-J. Saugey, Mont-Blanc Centre (1951-1954), arrêté par le Conseil d Etat en 2004 mais encore en procédure de recours. Procédures de classement 23 procédures de classement se sont trouvées en cours d instruction durant la législature écoulée, dont 13 initiées pendant la législature 44. Seules 5 ont été menées à terme jusqu à l arrêté de classement du Conseil d Etat: domaine de La Gara à Jussy (XVIII e -XIX e siècle), église du Sacré-Cœur à Genève (1858-1860), domaine de Courtenod (Courtenaud) à Céligny (1842), ancien domaine de Ruth (Notre-Dame-du-Lac) à Cologny (XVIII e -XIX e siècles), villa Leclerc à Carouge (1904-1905, recours rejeté). La demande de classement du Centre William Rappard (ancien BIT, 1923-1926) 45 a été transformée en convention de conservation liant le Canton et l OMC, propriétaire et utilisatrice du bâtiment. Celle de la cité-jardin d Aïre (1926-1927) 46 a été transformée en plan de site incluant tout le secteur de La Concorde (encore à l étude). Ancien domaine de Ruth (Notre-Dame-du-Lac) à Cologny. Photos Cecilia Maurice de Silva. 44 La majorité des demandes de classement émanent des associations de sauvegarde du patrimoine (Patrimoine suisse Genève, Action patrimoine vivant et Association pour le patrimoine industriel), quelques-unes émanent de la CMNS et de l OPS. La Ville de Genève a demandé le classement du Relais de l Entrecôte conjointement à la CMNS. 45 Demande émanant d Action patrimoine vivant. 46 Demande émanant de Patrimoine suisse Genève et Action patrimoine vivant. Villa Leclerc, chemin du Bief-à-Dance 14 à Carouge, avant restauration. Photo SMS / Pierre Baertschi. Domaine de Courtenod à Céligny, avant et après restauration. Photos SMS / Yves Peçon (haut), Verena Best-Mast (bas). 38 39

Sous-commission monuments et antiquités (SCMA) Domaine de La Gara à Jussy, «grange musique», après transformation. Photos Verena Best-Mast. Ensemble immobilier de Mont-Blanc Centre, rue de Chantepoulet 1-5. Centre William Rappart, ancien BIT, peinture sur toile dans le hall d entrée, signée et datée G.L. Jaulmes 1940, «Le travail dans l abondance». Photos Cecilia Maurice de Silva. 40 41

Sous-commission monuments et antiquités (SCMA) Immeuble Clarté, façade nord et hall d entrée après restauration. Photos Cecilia Maurice de Silva La vingtaine de procédures en cours, dont certaines sont à l évidence «plantées» Musée d art et d histoire (1906-1910), salle de gymnastique de la rue du Tir (1951-1953), villas florentines route de Chêne 35/avenue Godefroy 2 (1910), domaine de Chapeau - rouge à Russin (XVII e -XIX e siècles), gare Cornavin (1926-1932), etc. n a pas empêché une très grande vigilance de la CMNS à l égard de ces objets menacés, directement ou dans leur environnement immédiat. Interventions Contrairement à certaines idées reçues, le classement n empêche aucunement des transformations, parfois même importantes. Sur la totalité des 264 objets classés du canton, 75 ont été soumis à des interventions au cours de la législature écoulée, soit entre le tiers et le quart d entre eux. La plupart des projets ont exigé une visite sur place et des demandes de compléments et de modifications. Les interventions se déroulent parfois avec bonheur. Elles constituent alors des moments de vérité par excellence, la mise à nu des murs favorisant l étude des structures, les découvertes archéologiques et le dévoilement de vestiges dissimulés (peintures, anciennes couleurs de crépis et de badigeons, papiers peints et matériaux oubliés). Le plaisir peut s accroître de l étude historique menée en parallèle. Chaque cas est particulier, par son âge, sa destination, les vicissitudes de son histoire et les interventions subies au fil du temps. Ces quatre dernières années, la SCMA a connu le meilleur et le pire. Quelques cas exemplaires Dans le meilleur figure l immeuble Clarté (1931-1932), premier immeuble genevois du XX e siècle à être classé et candidat, avec l œuvre de Le Corbusier, au Patrimoine mondial de l humanité de l UNESCO. Le rapport de la conservatrice des monuments 47 souligne l exemplarité des chantiers successifs de ce monument privé, en propriété par étage (PPE), qualité impossible sans une préparation minutieuse, des financements publics, des architectes et des corps de métier compétents, sans oublier l enthousiasme des conservateurs successifs des monuments et de la CMNS. L immeuble revenait de loin! Il a fait l objet d une étude historique, de sondages, d un relevé détaillé assorti d un cahier des charges de mainte- Collège Calvin, éléments d origine de la toiture, soit les lucarnes aux joues peintes en faux appareil de brique et la charpente mise à nu. Photos SMS / Olivier Zimmermann. nance, jusqu aux modes de mise en œuvre et au choix des couleurs, destiné à orienter les propriétaires souhaitant entreprendre des travaux dans leur appartement 48, enfin d un colloque de l ICOMOS 49. S agissant d un immeuble classé, l Etat peut exercer son droit de préemption en cas de vente d un ap - partement. La SCMA a regretté qu en dépit de plusieurs préavis favorables, l Etat n ait pas cherché à acquérir un appartement-pilote pour le tenir, d une manière ou d une autre, à la disposition des visiteurs. Au collège Calvin (1558-1559, agrandi en 1902-1904), la restauration de la vaste toiture et des combles du bâtiment sud-ouest avec leur magnifique charpente et leurs étonnantes lucarnes du XVI e siècle, s est déroulée sous de bons auspices: bonne documentation historique, expertise des solives et des tuiles (échelonnées du XVI e au XX e siècle), découverte, sous les ferblanteries de la restauration du 47 Voir p. 121. 48 Atelier d architectures Laurent Chenu, «CLA immeuble Clarté, cahier d inventaire», Genève, DCTI, DPS, mars 2006. Il faudrait un semblable travail pour l immeuble classé de Marc-J. Saugey, Miremont-le-Crêt, également en PPE et soumis à des interventions ponctuelles répétées. 49 «L immeuble Clarté de Le Corbusier. Mise en valeur du patrimoine bâti. Chercher et trouver des solutions», colloque du 2-3 no - vembre 2007, Genève, Musée d art et d histoire. 42 43

Sous-commission monuments et antiquités (SCMA) Collège Calvin, aile sud-ouest, avant et après restauration. Photos Cecilia Maurice de Silva (haut), SMS/ Olivier Zimmermann (bas). XIX e siècle, des joues anciennes des lucarnes en colombage enduites de rouge à joints blancs pour imiter la brique. Le rafraîchissement intérieur du bâtiment a commencé et sera suivi de la restauration des façades et des sculptures du porche. La restauration du théâtre de l Orangerie du parc La Grange (1854) est achevée. La SCMA, à travers l intervention de la conservatrice des monuments et un subside du fonds cantonal de conservation des monuments, de la nature et des sites, a pu obtenir de justesse le replacement sur ce petit joyau des vitrages à l ancienne. La SCMA ne s est pas opposée à la création d une cafétéria de facture résolument contemporaine dans l espace, clos de murs, des serres et des couches et a suggéré que celui-ci, désormais désaffecté par le Service des espaces verts et de l environnement de la Ville de Genève, retrouve une fonction liée à la culture florale ou à la pédagogie botanique. Au parc La Grange, la SCMA a aussi préavisé favorablement le projet d abattage de 64 arbres et l élagage de 17 arbres dans les cordons boisés. Ces abattages inaugurent une nouvelle politique de conservation et de remplacement des arbres des parcs publics de la Ville de Genève, fondée sur des plans de gestion à long terme (15 à 20 ans) et sur des études sanitaires, environnementales, écologiques, paysagères et historiques. La compensation systématique d un arbre abattu par un autre, prévue par le règlement touchant à la conservation du patrimoine arboré sans prise en compte des pousses naturelles et des emplacements, avait fini par altérer le dessin du parc et les vues. Le domaine de Courtenod (Courtenaud) à Céligny appartient aux découvertes heureuses. Jamais relevé dans aucun recensement, probablement par sa position en limite du canton de Vaud dans l enclave de Céligny, il était pourtant mal parti. Une visite effectuée en 2006 par une délégation de la SCMA, suite à une demande d autorisation de construire, amena à constater que des travaux urgents d assainissement du sous-sol y étaient en cours et qu une dalle avait été coulée en infraction, sans égard pour la valeur patrimoniale du bâtiment. La villa et ses dépendances de 1842, dont l aménagement et les matériaux d origine se trouvaient dans un état de conservation exceptionnel, ont pu être classées en Orangerie du parc La Grange après restauration. Photo SMS / Nadine Doublier. 2008 grâce à l accord rapide du propriétaire; la maison principale a été restaurée avec succès; la restauration des dépendances est en cours. A Pregny-La-Tour, soit château de l Impératrice à Pregny-Chambésy (XV e siècle, agrandi aux XVII e - XVIII e siècles, partiellement reconstruit en 1751-1760), propriété de la Ville de Genève louée à la mission d Italie auprès de l ONU, la restauration a posé quel - ques problèmes techniques du fait des exigences de la bureautique et de la sécurité. Elle a toutefois été particulièrement satisfaisante pour les remarquables décors du grand salon (toiles peintes 50 et stucs 51 ) du grand salon et de la salle à manger (dessus de porte peints 52, boiseries et stucs 53 ). A noter qu une excellente étude historique a préparé le chantier 54. Des interventions complexes Certaines interventions complexes ou contestées ont exigé des délégations répétées de la SCMA sur les chantiers. C est le cas de la maison Tavel où, par mesure (excessive?) de prévention, on a procédé 50 D après Joseph Vernet (1714-1789) et son graveur Jean- Philippe Le Bas (1707-1783). 51 Des frères stucateurs Peter Anton (1732-1806) et Andreas (1722-1787) Moosbrugger. 52 D après François Boucher (1703-1770). 53 Des mêmes frères Moosbrugger. 54 Véronique Palfi, «Pregny-La-Tour ou domaine de l Impéra - trice. Rapport historique pour le service de la conservation du patrimoine de la Ville de Genève», automne 1996. 44 45

Sous-commission monuments et antiquités (SCMA) Hôtel de Ville, Tour Baudet, salle du Conseil d Etat relookée. Photo Cecilia Maurice de Silva. La Pastorale, route de Ferney 106, dépendances rénovées. Photo SMS / Yves Peçon. à la dépose des dix figures sculptées et polychromées ornant la façade gothique (après 1334), en réalité dix gros blocs porteurs dont les figures ne formaient que la face extérieure. Les blocs entiers ont été remplacés par des copies en pierre (sable et ciment) à partir de moulages en plâtre des figures remontant à 1911 55. Sur les façades, les badigeons anthracite à joints blancs, recréés lors de la restauration de 1981-1986, ont été refaits à l identique. D autres projets ont exigé la participation à des groupes de travail dirigés par la conservatrice des monuments. C est ainsi qu un groupe de travail continue de suivre l important projet de rénovation de la gare Cornavin de Julien Flegenheimer (1926-1932). Les parties historiques les plus dignes de protection, soit les façades, le hall central, le quai n o 1, les vestiges de l ancien buffet et les peintures «touristiques», seront préservées sans empêcher les transformations souhaitées par les CFF. La réfection des portes de ferronnerie disparues a été confiée à l artiste Carmen Perrin. La CMNS a par ailleurs préconisé, jusqu à présent en vain, que les abords im - médiats de la gare, appartenant au domaine public de la Ville de Genève ou relevant de la Fondation des parkings, soient également réhabilités en véritable place urbaine digne de son importance. Un groupe de suivi a aussi accompagné le ré - aménagement contesté, imposé, mais réversible de la salle du Conseil d Etat sise dans la tour Baudet, à l Hôtel de Ville. Celui-ci a été rondement mené en été 2010 pour améliorer le confort de cette salle de 1488-1489, restaurée en 1901-1902, insuffisamment chauffée et mal éclairée et que ne supportaient plus nos conseillers. Les boiseries ont été restaurées mais l ensemble remarquable de peintures du XVI e siècle, d avant et d après la Réforme, était encore en cours d étude et de nettoyage 56 à la fin de la législature. Après le refus de la CMNS de laisser ouvrir une baie supplémentaire dans une des façades de la tour et malgré ses réticences, les fenêtres et le mobilier ont été changés et un faux-plafond lumineux mur-àmur en plexiglas opalescent et un parquet en bois lazuré anthracite ont été posés sur les structures créées par la restauration du début du XX e siècle. L importance historique, symbolique et patrimoniale de cette salle aurait pourtant justifié, à défaut 55 Moulages conservés au Musée d art et d histoire. 56 Dépoussiérage, enlèvement des dépôts crasseux, colmatage des trous, fixage des soulèvements de l enduit par injection de chaux. d un plus grand respect pour ce haut lieu de l histoire genevoise, l organisation d un concours. Des préavis défavorables D autres bâtiments publics classés sont dans le collimateur des interventions, notamment le Palais de justice (1707-1712), corset devenu trop étroit pour l institution judiciaire actuelle et qui risque de perdre sa substance s il se prête à une adaptation continue aux besoins. La SCMA a préconisé une étude apte à dégager une vision d ensemble et s est notamment opposée au projet d ascenseurs dans les cages d escalier du XVIII e siècle et de circulation complexe propre à nuire à l ordonnance classique des lieux. La SCMA se félicite de l abandon de ces projets qu elle a préavisés défavorablement 57. Il faut relever que l Etat a tendance à maltraiter ses bâtiments en développant des projets dans l urgence des besoins des services utilisateurs. Il occupe, ou met à disposition de tiers, des bâtiments pres - tigieux dans lesquels les transformations se dé ve - loppent de manière intempestive, alors qu elles devraient impérativement se fonder sur une bonne connaissance des lieux et des cahiers des charges de conservation on y gagnerait du temps et de l argent! C est ainsi que dans l ancien hôtel particulier de Tournes (1715), rue de la Taconnerie 7/rue de l Hôtel de-ville 11, la SCMA s est opposée à l aménagement de WC dans la grande galerie arrière du XVIII e siècle, mais n a pas été entendue, et qu à La Pastorale (1830-1835), elle s est opposée au déclassement du bûcher et à sa transformation en salle de conférences en demandant une affectation et une réhabilitation mieux adaptées à ce type de bâti. Les utilisateurs font qu il se passe à La Pastorale des choses incontrôlables, comme l aménagement de surfaces de parking entre les dépendances, des atteintes aux boiseries intérieures pour la mise aux normes des équipements d électricité et de sécurité ou la disparition d éléments de souches de cheminée en terre cuite lors de la réfection des toitures. Suite aux problèmes rencontrés au cours de la précédente législature sur le chantier de la salle Mozart à la Tour Baudet et sur l immeuble sis rue de l Hôtel-de-Ville 6, un protocole de collaboration avait pourtant été mis au point entre l Office des bâtiments du DCTI et 57 Les développements nécessaires des juridictions pénales et civiles ont finalement amené les autorités à décider en 2010 de déménager la justice pénale hors de la ville, au Petit-Lancy, dans un immeuble naguère occupé par le Crédit Suisse. 46 47

Sous-commission monuments et antiquités (SCMA) La Pastorale, une des deux dépendances avant et après rénovation, avec un escalier intérieur nouvellement créé. Photos SMS / Yves Peçon (haut), Cecilia Maurice de Silva. l OPS. Un réel effort devrait maintenant se déployer pour établir un dialogue entre acteurs des différents offices du DCTI. La Ville de Genève est, quant à elle et depuis deux décennies, plus respectueuse de son patrimoine. Elle a récemment renoncé à transformer l Alhambra (1918-1920) en «Maison de toutes les musiques», projet sur lequel la SCMA avait exprimé toutes ses réticences en préconisant le maintien de la jauge actuelle et une restauration dans les règles de cette salle de variétés, de théâtre et de cinéma, la plus ancienne de Genève conservée. La SCMA est toujours dans l attente du traitement du décor intérieur, dont elle a conseillé de conserver les vestiges Art Déco et de s en inspirer pour le choix des matériaux et des couleurs des murs et du plafond. Parmi les préavis défavorables émis par la SCMA, citons encore les refus successifs d un projet de salle de réunion souterraine sous le parvis de l Eglise russe et d un projet de parking souterrain de 148 places sur la parcelle classée de l église Saint-François, rue Prévost-Martin. Les monuments classés les plus en vue de la Vieille-Ville ne sont pas épargnés par les demandes d ascenseurs, d occupation des combles, de multiplication du nombre des salles de bain au mépris des typologies anciennes, en particulier des circulations, des espaces d accueil et du caractère imposant des suites, comme à l hôtel Lullin-de Saussure (1707) ou à l hôtel sis rue Calvin 9 (1702). La SCMA reste préoccupée du sort de certains grands domaines classés, comme celui du Grand- Malagny à Genthod (milieu XVIII e siècle), soumis à un vaste projet de réhabilitation/transformation du groupe horloger Franck Muller Watchland SA, ou celui de Ruth (Notre-Dame-du-Lac) à Cologny (XVII e - XIX e siècles), dont les bâtiments ont été amputés de leur espace de jardin pour un lotissement de villas particulièrement resserré, admis par un plan de site discutable initié par la commune au profit d un promoteur immobilier 58, ou encore celui de Chapeau - rouge à Russin (entre 1506 et 1768, dépendances 58 Voir aussi p. 106-107. A noter que la magnifique grange du XVIII e siècle de ce domaine classé et son pigeonnier tombent en ruine, un fait sur lequel la CMNS attire l attention depuis une trentaine d années. Ensemble immobilier de Mont-Blanc Centre, hall d entrée resté dans son état d origine. Photo Cecilia Maurice de Silva. XIX e siècle), démantelé entre plusieurs propriétaires et dont la demande de classement, portant sur la seule maison de maître et sa cour, a été initiée en 2005 à la suite d une demande d autorisation de construire. A cette occasion, la CMNS a préconisé qu un soin particulier soit apporté à l exceptionnelle qualité des dépendances (la plupart inscrites à l inventaire), à la conservation, voire au rétablissement de l ensemble de la cour et des murs qui l enferment, aux espaces entre les bâtiments et à leur articulation les uns par rapports aux autres, ainsi qu aux vues et aux perspectives 59. Un PLQ a, hélas, ouvert la possibilité de construire deux immeubles perpendiculaires à la maison de maître côté jardin, très près de sa façade arrière (le premier achevé en 2008); et la dépendance d habitation, sise dans le prolongement sud de la maison de maître, a été entièrement vidée de sa substance, en infraction. Quand donc cesserat-on à Genève de sacrifier l assiette de protection des monuments classés à des PLQ envahissants? 60 En 2010, soit 23 ans après le classement de la maison de Saussure à Grange-Canal (début XVIII e siècle), s ouvrait la fosse d un immeuble à ériger au droit de la façade d une des dépendances du domaine. Le DCTI n a pas voulu entrer en matière pour la définition d une assiette de protection qui aurait permis au monument classé de ne pas être déprécié par la promiscuité de la nouvelle construction. Autre exemple: au Château Rothschild (1858-1859), propriété de l Etat restée à l usage usufruitier des donateurs et soumis à une procédure de clas - sement non encore aboutie, la SCMA a préavisé défavorablement le projet de piscine et de spa enterrés sous le perron du château, côté parc, qui a cependant été autorisé. A noter toutefois qu il n a pas été réalisé à ce jour. La CMNS attire l attention sur les difficultés rencontrées dans la procédure de classement et la restauration du complexe de Mont-Blanc Centre avec son cinéma, Le Plaza (1951-1954). A l expérimentation que suppose sa restauration en raison de techniques constructives propres aux années 50 s ajoute la question de la rentabilité de l espace du cinéma désaffecté. Saisi par un recours du propriétaire, le Tri bunal fédéral a entériné le classement des es paces communs du bâtiment administratif et commercial 59 Voir photos p. 86. 60 En 2011, un projet de 4 immeubles affecte le jardin du do - maine, dans l axe de la façade principale de la maison de maître, sur l autre versant de la route des Molards, obstruant les vues. Des recours des propriétaires sont en cours. 48 49

Sous-commission monuments et antiquités (SCMA) mais a rejeté celui du cinéma jugé non rentable. Le conservateur des monuments a fait établir un inventaire de la substance d origine de toutes les parties classées du complexe et un cahier des charges de leur conservation. La CMNS a soutenu l option, dans les espaces communs, d interventions respectueuses de l état d origine (typo logie des circulations, revêtement des sols, huisseries, matériaux et couleurs), mais il reste difficile de convaincre le propriétaire, comme d habituer les commerçants à l idée d un classement patrimonial interdisant de chambouler les typologies des arcades et des entrées. Le pro - priétaire a adressé au DCTI une demande de dé - classement de l ensemble, que la CMNS a pré avisée défavorablement. La procédure, particulièrement âpre, est en cours. Les infractions ne font pas défaut jusque dans les monuments classés. Quand le mal est fait, il est ensuite difficile sinon impossible de revenir en arrière. L immeuble place du Bourg-de-Four 5, d origine médiévale, appartient à l ensemble classé de la place. Il est le dernier de la ville à posséder encore des bancs en bois au sens ancien du terme d étal couvert établis contre le rez-de-chaussée de la façade de part et d autre de l entrée de la cave. Pendant des travaux de transformation, suivis par les différents services de l OPS, plusieurs éléments anciens ont été mis au jour à l intérieur, dont des peintures à motifs de rinceaux sur les murs et sur le plafond entre les solives. Pour des travaux d assainissement et de protection contre les eaux pluviales, les bancs en bois de la devanture ont été massacrés: disparition des volets et des subdivisions des vitrages, couleur crème sur les menuiseries et pour le badigeon du crépi encadrant l entrée, renvois d eau en alu - minium, espaces des vitrines occupés par des photocopieuses éclairées nuit et jour. Les demandes réitérées de restitution de l état antérieur formulées par la CMNS sont restées lettre morte. Ensemble immobilier de Mont-Blanc Centre, garde-corps extérieurs et intérieurs en acier et verre armé. Photos Cecilia Maurice de Silva. «Bancs» de l immeuble place du Bourg-de-Fourg 5, avant et après rénovation. Photos SMS (haut), Cecilia Maurice de Silva (bas). 50 51

Sous-commission monuments et antiquités (SCMA) Bâtiments inscrits ou en cours d inscription à l inventaire Interventions dans des bâtiments classés : temple de Chêne-Bougeries pendant et après restauration; mairie de Vandœuvres, ancien domaine de Clairefontaine, route de Vandœuvres 104, après restauration; chapelle de la maison forte d Adda, à Corsinge, Meinier, décor peint en grisaille du XVII e siècle, après restauration; château de Tournay à Pregny, façade nord-ouest, avant et après restauration. Photos Jacques Berthet (a, b), Philippe Calame (c), SMS (d, e), Cecilia Maurice de Silva (f). Procédures d inscription à l inventaire Mi 2010, le canton comptait 1006 objets inscrits à l inventaire, parmi lesquels 53 ont été adoptés par le Département au cours de la législature écoulée. L inachèvement de l opération résultant du recensement architectural du canton exige, comme il a été dit 61, de procéder à des inscriptions cas par cas, au gré des demandes de transformation et de démolition. A la fin de la législature, 37 bâtiments étaient en cours d instruction, auxquels il faut ajouter plusieurs dizaines de bâtiments du XX e siècle dont l instruction est restée en panne. Les raisons et les circonstances de ces mises sous protection, moins contraignantes que le classement mais obligeant néanmoins au maintien des bâtiments, sont multiples: pour les associations de sauvegarde du patrimoine, la CMNS et le SMS, plus rarement les propriétaires, l inscription à l inventaire, qui s applique à des objets moins importants que ceux qui appellent le classement, permet d éviter une démolition, de préserver la substance patrimoniale d un bâtiment en cas de projet d intervention, de sauvegarder l œuvre d un architecte, voire les spécimens remarquables d une époque ou d un type de construction, des lieux de mémoire sociale, des témoignages d une histoire. Pour les propriétaires, elle permet d échapper à l interdiction de construire en zone agricole, puisque la loi fédérale sur l aménagement du territoire prévoit une dérogation pour les bâtiments protégés, qui peuvent ainsi être transformés; elle permet aussi d obtenir une dérogation pour la mise aux normes énergétique d un bâtiment, quand celle-ci est de nature à nuire à ses caractéristiques architecturales et à son esthétique. Dans nombre de cas, ce n est pas le maintien du bâtiment qui est mis en cause, mais sa substance patrimoniale ou son environnement immédiat. Exemples: la Maison de la Tour à Saconnex-d Arve (XVI e -XVIII e siècles), en cours de transformation et de procédure d inscription à l inventaire demandée par la SCMA; le domaine Dugerdil à La Plaine (XVIII e siècle), avec La Petite-Boissière, chemin de la Petite-Boissière 36, démolie en 2007. Photo Cecilia Maurice de Silva. des bâtiments autour d une cour, inscrits à l inventaire et dont l une des propriétaires, par souci de cohérence de l ensemble à la suite de la vente de l une des dépendances, demandait aussi l inscription des jardins, requête refusée par le DCTI. Les bâtiments menacés par des projets d aménagement et proposés à l inscription à l inventaire font évidemment l objet de pesées d intérêts. C est le cas des bâtiments des voyageurs des gares des Eaux- Vives et de Chêne-Bourg (1888) 62, du site de Genève- Plage (1931-1932), du domaine de la Gene vrière à Onex (maison de maître de 1833-1835, transformée dès 1902) ou du «château» de Versoix (XVIII e siècle, 1942), tous en cours de procédure d inscription mi 2010. La plupart des demandes de démolition d objets recensés avec des valeurs d inscription à l in - ventaire (notamment 3 et 4+), mais non effectivement inscrits, ont nécessité la consul tation de l historienne des monuments 63 et la commande d études historiques pour motiver son préavis 64. Si la SCMA a accepté la démolition du temple de la Roseraie (1960-1961), elle a refusé celle de la jolie villa locative chemin de la Petite-Boissière 36 (1856), sans être pour autant suivie par le DCTI qui l a autorisée. 61 Voir p. 14-15. 62 Voir photos p. 112. 63 Voir son rapport, p. 124-126. 64 Voir p. 18. 52 53

Sous-commission monuments et antiquités (SCMA) La Tour de Lancy, maison forte d origine médiévale, rampe du Pont-Rouge 6, restaurée, puis flanquée d un immeuble de bureaux. Photo Cecilia Maurice de Silva. Anciens salons de la Société littéraire, rue de la Corraterie 19, avant travaux. Les boiseries en chêne ont depuis lors été irrémédiablement altérées par l application, en infraction, d une peinture blanche indélébile. Photos SMS. Interventions Les interventions sur les bâtiments inscrits ou en voie d inscription à l inventaire ont été un peu plus nombreuses que sur les objets classés. Les projets soumis ont suscité de nombreuses visites sur place, quelquefois un préavis favorable avec ou sans les réserves d usage concernant les détails d exécution (matériaux, couleurs, analyses, etc.), presque toujours des demandes de modification ou de compléments, beaucoup plus rarement des refus. Les tendances sont les mêmes que pour les monuments classés. Ainsi, les bâtiments universitaires, devenus vétustes, sont soumis à la pression des besoins d espace et de réhabilitation: la vénérable Université des Bastions (1868-1872) sera finalement restaurée et augmentée d une salle souterraine sous le parvis, sans la surélévation que la SCMA avait désavouée; l ancienne Ecole de chimie (1878-1879) sera restaurée, tout comme l ancienne Ecole de médecine (1875-1876) qui s étendra toutefois en occupant la cour au prix d un difficile accrochage aux façades existantes. La Tour de Lancy, rampe du Pont- Rouge 6 (XIV e -XVIII e siècles), propriété de Rolex, située dans le périmètre de la gare CFF (projet SOVALP), a été restaurée et son environnement immédiat remis en valeur. Dans le beau domaine de Pierre-Grise, à Genthod (1858-1860), aux mains de l Hospice général et occupé par un internat pédago-thérapeutique de la Fondation officielle de la jeunesse, la maison de maître, déjà transformée naguère avec un programme privilégiant l accueil et la sécurité aux dépens de la substance patrimoniale, a subi une nouvelle augmentation de sa jauge d accueil et ses dépendances ont été transformées dans le même sens, alors que la SCMA préconisait plutôt une nouvelle construction sur la parcelle. L inscription à l inventaire n évite ni dommages, ni même saccages. On citera l exemple navrant de la détérioration, en 2009, durant un chantier placé sous la surveillance du SMS, d une partie du décor des salons de l ancienne Société littéraire, rue de la Corraterie 19 (1869), pourtant inscrits à l inventaire en 2008: les riches boiseries de chêne verni foncé, accordé aux frises et médaillons peints des murs et des plafonds, ont été décapés et peints en blanc de manière irréversible. Ces infractions, dûment signalées mais soumises à amendes dérisoires, sont heureusement rares. Citons encore des travaux désastreux effectués sans autorisation à l intérieur du château de Bourdigny (1773), transformé depuis une vingtaine d années par une société de promotion immobilière et vendu par étage (PPE): dalle de béton coulée sur les sols existants, surélevant ceux-ci de 12 cm et noyant les bases des cheminées, faisant disparaître les plaques de fonte des foyers, obligeant à découper toutes les boiseries intérieures des portes, des socles, des armoires, sans compter l abais sement des plafonds et des appuis de fenêtres qui en est résulté. La SCMA a demandé la restitution de l état ancien, en particulier la démolition de la dalle, et la reconstruction dans les règles de l art des parties basses de toutes les portes et boiseries. 54 55

Sous-commission monuments et antiquités (SCMA) Interventions dans des bâtiments inscrits à l inventaire: Clos Voltaire, rue de Lyon 49A, après restauration; orangerie du parc Mon Repos après restauration; grange de l ancien presbytère de Chancy avant et après transformation; cure de Bernex après restauration et extension. Photos SMS (a, c), Cecilia Maurice de Silva (b, d, e, f). La Chandoleine, Fondation Hardt pour l étude de l Antiquité classique, chemin Vert 2 à Vandœuvres, orangerie et serre de 1860-1863 par Samuel Darier, après restauration; villa mauresque, route de Sous-Moulin 3 à Chêne-Bourg, avant et après restauration; route de Vandœuvres 62-68, entrée de l ancien domaine du Petit-Chougny, état ancien et après rénovation. Photos Cecilia Maurice de Silva (a, c, f), SMS (b), Jean-Marc Comte (d), Emmanuel Foëx (e). 56 57

Sous-commission monuments et antiquités (SCMA) Interventions dans la zone protégée de la Vieille-Ville et du périmètre sud des anciennes fortifications Domaine agricole des Poses Basses à Jussy, bâtiment de grange, écurie et étable inscrit à l inventaire et transformé en logement. Photos SMS / Olivier Zimmermann. Dans ces deux secteurs très protégés, les demandes d ascenseurs, d occupation des combles, de surélévations 65, d excavations des terrasses, de nouvelles salles de bains et de penderies, voire de spas, vont bon train. La SCMA doit contribuer à trouver des compromis pour diminuer les atteintes à l aspect général des façades et des toitures et éviter que les nouvelles exigences des modes de vie ne détruisent la substance patrimoniale des intérieurs. La restauration des façades de l immeuble rue René-Louis-Piachaud 1 (après 1666-XVIII e siècle) s est accompagnée de l aménagement de deux appartements dans les combles et d un ascenseur. Rue de la Cité 13 (XVIII e siècle) et rue de la Tour-de-Boël 5 (XVIII e siècle), des projets de surélévation avec ascenseur ont été également acceptés 66. Quai de la Poste 2-4 (1872-1873), dans l ancien immeuble Boissonnas, les deux étages de surélévation demandés ont été limités à un seul. Pour ne pas créer de précédents, un projet de spa dans les caves rue Beauregard 8 (1774-1778) a été préavisé défavorablement par la CMNS mais malheureusement autorisé par le DCTI. Sous la terrasse surplombant la rue de la Tertasse, un garage a été autorisé dans la muraille à l usage de l hôtel particulier place du Grand-Mézel 3 (début XVIII e siècle) mais pas le projet de bibliothèque déposé dans la foulée. L ins - tallation d un bar à vin a été acceptée à l étage de la Tour du Molard (1591, restauré en 1906-1907). Notons que des dégâts d eau Grand-Rue 34 (XV e siècle) ont nécessité la réfection d un plafond peint du XVII e siècle et amené la SCMA à demander l établissement d un inventaire des décors peints anciens subsistant dans la Vieille-Ville. Enfin, la SCMA a préavisé un très grand nombre de demandes de transformations d arcades commerciales dans la Vieille-Ville touchant à l éclairage et aux enseignes, inscriptions, vitrines, stores, etc. En effet, depuis quelques années, la Ville de Genève, compé- Immeuble rue René-Louis-Piachaud 1, après restauration et rénovation partielle. Photo Cecilia Maurice de Silva. Plafond peint, Grand-Rue 34. Photo SMS / Paula Bozonnet. tente pour délivrer les autorisations dans le domaine précis des enseignes et inscriptions, mais qui, pour les zones et les bâtiments protégés, doit re quérir le préavis de la CMNS, a systématiquement entrepris des démarches de mise en conformité, y compris à titre rétroactif sur des objets non autorisés 67. 65 Voir aussi p. 31. 66 L ascenseur autorisé Tour-de-Boël 5 ne desservira cependant pas l étage des combles. 67 Sur ce point particulier, voir aussi p. 33. 58 59

Sous-commission architecture (SCA) Le cas du Grand-Lancy: adoption d une zone 4 B protégée Il arrive que certaines demandes de démolition ré - vèlent de graves lacunes dans le dispositif légal de protection: telle maison est trop modeste pour être classée ou même inscrite en tant que telle à l inventaire, alors même qu elle fait partie d un ensemble villageois ancien. Le village ne se trouvant pas en zone 4 B protégée, les tentatives de plan de site menées jusqu à présent pour protéger ce type de construction n ont pas abouti. C est ce qui est arrivé au Grand-Lancy, absent de la liste des villages à protéger lors de l adoption en 1961, dans la LCI, des dispositions sur les zones protégées. Les projets de la commune d agrandissement de ses locaux administratifs sur le parc de sa mairie classée, la multiplication des demandes de démolition de la part de la commune et de privés, les études historiques nécessaires à instruire ces demandes ont fini par conduire à une démarche groupée de l OPS et de la CMNS: une présentation du patrimoine immobilier du Grand- Lancy à la commission d aménagement du Conseil municipal, de nombreuses discussions et, enfin, l annonce reçue avec une grande satisfaction en 2010, de l acceptation par ce même Conseil de la création d une zone 4 B protégée pour une des portions bâties les plus anciennes de la commune, située à l ouest de la route du Grand-Lancy, sur la crête du vallon de l Aire, au lieu-dit «Village du Grand-Lancy» 68. Subsiste un regret: que cette zone de protection bienvenue ne s étende pas à l ensemble de ce village, anciennement constitué par noyaux sur le vaste quadrilatère du plateau dominant la confluence de l Aire et de la Drize. Portion du village du Grand-Lancy nouvellement inscrite en zone 4 B protégée. Détail du haut : maisons route du Grand-Lancy 8-26. Photos Cecilia Maurice de Silva (haut), Google Maps (bas). La SCA s est réunie 195 fois au cours de la législature. La ville: densification et adaptation La modification du patrimoine construit de la ville s effectue par l action de multiples facteurs, essentiellement, ces dernières années, par la densification de la ville et l adaptation des bâtiments et des espaces publics à de nouveaux besoins, ceux-ci en nombre toujours croissant. La densification se manifeste dans l occupation des combles, dans la subdivision et la réorganisation des logements existants mais aussi dans des surélévations de bâtiments toujours plus nombreuses, de même que dans l occupation d espaces urbains, telles les cours intérieures des îlots, qui n étaient pas forcément destinés à recevoir des constructions. Prenons l exemple très significatif du projet aberrant de construire un bâtiment disproportionné au cœur d un ensemble déjà très dense de neuf im - meubles de logement (divers architectes, 1912-1932) établi entre la rue de Lausanne et la voie ferrée. à la hauteur de la rue des Garages. Le plan d ensemble d origine, conçu par Maurice Braillard, comporte en son centre deux grandes cours conçues en jardins suspendus, qui surmontent des garages et sont desservis par un double escalier monumental. La CMNS a émis un préavis défavo rable au projet de remplacement d un des jardins intérieurs de l îlot construit par Jean Camoletti, avenue Blanc 2-4/rue du Valais 2-4/rue des Garages 3 (1927-1929), par un bâtiment supplémentaire qui aurait compromis l équilibre harmonieux entre le bâti et ses espaces libres. Le DCTI a toutefois délivré l autorisation, réfutée en - suite pas le Tribunal fédéral suite au recours déposé par la Ville de Genève qui a initié l élaboration d un plan de site. Ces questions sont examinées ci-après secteur par secteur. L adaptation constante et nécessaire des espaces commerciaux et publics est développée au chapitre des espaces publics 69. Interventions dans les ensembles et secteurs protégés du XIX e et du début du XX e siècle Les demandes d autorisation concernant des bâtiments appartenant à des ensembles protégés (art. 89 et suivants de la LCI) ont constitué la partie la plus importante des dossiers traités par la SCA: entretien courant, occupation des combles, installation d ascenseurs, transformation ou adaptation à de nouveaux besoins, mise aux normes thermiques, surélévations. Entretien courant des bâtiments L altération des bâtiments, due notamment aux conditions ambiantes (intempéries, pollution), rend nécessaire leur entretien. Les pierres naturelles (calcaires, molasses) et les menuiseries sont les plus fortement touchées. Toute mesure conservatoire im - plique la préservation de l «authenticité» des édifices, d où l importance fondamentale d une protection préventive des ouvrages, avant que la dégradation n intervienne. L intervention doit rester aussi modeste que possible et avoir pour but premier de permettre un ralentissement de cette dégradation, non la re - constitution d une «jolie surface» d apparence neuve. La perte de substance patrimoniale est souvent le fait d interventions d entretien répétées au cours du temps et qui finissent par décomposer la cohérence d une architecture. Ce constat est particulièrement visible dans tous les bâtiments d une facture très composée, avec décors subtils jusque dans la matérialité de leur réalisation et la hiérarchie de leur disposition (couleurs, frises peintes, cartouches, sculptures, traitement de surface des pierres de taille, ferronneries, menuiseries, lambrequins de stores, carrelages de ciment des halls d entrée, luminaires, etc.). En matière de restauration, la SCA désavoue: l application de crépi isolant extérieur avec effacement des modénatures des façades, en particulier des encadrements de fenêtre et de porte, 68 Zone 4 B protégée adoptée à l unanimité du Grand Conseil en 2011, qui n a pas manqué de relever l incongruité de la lacune. 69 Voir p. 73-83. 60 61

Sous-commission architecture (SCA) des nettoyages abrasifs agressifs pour la pierre, tels qu hydro-gommage, sablage (exclus pour les pierres tendres), l usage de peintures à deux composants (imperméables et isolantes) sur des enduits traditionnels, l application de peinture sur des éléments de pierre non peints à l origine (simili, encadrements, soubassements, etc.), l application de crépi ciment sur des maçonneries anciennes. Elle recommande généralement: la conservation de l authenticité historique des éléments d origine (la commission joint à son préavis la liste des éléments caractéristiques dignes de protection), des procédés de ravalement traditionnels ou un simple brossage à l eau, selon les règles de l art préconisées par la charte de l Association romande des métiers de la pierre 70, qui recommande notamment l emploi de matières premières conformes aux spécificités des modes de bâtir traditionnels de nos régions et compatibles avec les matériaux existants, la restauration ou la restitution dans les règles de l art des décors extérieurs et intérieurs avec un respect scrupuleux des matériaux, techniques et teintes d origine, le recours éventuel à un atelier spécialisé dans ce domaine, assorti du conseil au requérant de faire une demande de subvention à la restauration, la conservation des volets et des fenêtres en bois et des ferronneries d origine, l application d enduits traditionnels à la chaux et de peintures minérales de type microporeuses sur les enduits à base de chaux, de vérifier si des traces de peintures anciennes subsistent sur les fonds de façade, lesquelles pourront servir de référence, un remplacement des seules zones dégradées de l enduit. Transformations d appartements: le problème des typologies Lors de changements d affectation successifs, la typologie des appartements est souvent détruite. La SCA demande fréquemment que soit conservée la distribution principale d origine dans la mesure où le programme le permet (alcôves ou, au moins, leur mouluration au plafond, cuisine, garde-manger, etc.), ce qui évite notamment la perte des modénatures du décor intérieur. La commission préconise la conservation et la réparation des éléments d origine murs avec leurs percements, sols et parquets, cheminées encore en place, corniches et moulures de plafond, boiseries et huisseries, armoires (souvent utilisées pour faire passer des conduits et gaines mais qui permettent de reconnaître les dispositifs originaux), le maintien des anciens galandages ou au moins de leur disposition d origine en cas de remplacement, la limitation des nouveaux percements. Pour les bâtiments inscrits à l inventaire, elle de - mande notamment le maintien (volume et surface) des pièces maîtresses, de la superposition des pièces d eau et des chambres, de la structure porteuse ancienne, qui doit rester libre d intervention, et des plafonds anciens qui peuvent être cachés sous des faux-plafonds réversibles. Si le bâtiment a une valeur patrimoniale importante, la SCA peut refuser des modifications induites par un projet inadapté et joindre à son préavis la liste des éléments dignes de protection. Cela a été fait dans le cas de programmes trop lourds, comme l installation d un cabinet médical rond-point de Plainpalais 5 (1871-1873), autorisée malgré le pré - avis défavorable de la CMNS, ou celle d un institut de radiologie route de Florissant 1 (1909-1910), l une et l autre particulièrement destructrices par la multiplication des points d eau, le déplacement des galandages, l effacement des éléments des décors d origine. La SCA ne s oppose toutefois pas toujours à des réunions de pièces ou à des inversions typologiques. L occupation des combles Les occupations de combles s accompagnent presque toujours d installations d ascenseurs à créer ou à remplacer. La SCA apprécie d ordinaire que les installations anciennes de qualité soient conservées, voire adaptées. Quand le remplacement des ascenseurs est conçu de manière à en assurer l accès à des personnes à mobilité réduite et que la valeur patri- 70 «Charte d éthique et de bienfacture pour la réfection de monuments et de bâtiments», ARMP, Groupe romand des services de conservation du patrimoine bâti, Lausanne, 2001. moniale des installations existantes n est pas exceptionnelle, elle accepte leur remplacement sous réserve, par exemple, d une exécution entièrement vitrée préservant les qualités spatiales de la cage d escalier et la diffusion du jour naturel tombant de la verrière zénithale. Elle peut demander également que les revêtements et les décors de la cage d escalier (maçonnerie, ferronneries, revêtements décoratifs) soient maintenus, et recommande l adoption d un langage fidèle à l existant en cas de mise aux normes de la cage d ascenseur (rehaussement des grillages, prolongement des ferronneries). Lorsque la typologie de l édifice ne permet pas l installation d un ascenseur intérieur, elle préconise la mise en place de dispositifs extérieurs, de préférence vitrés, qui ménagent au mieux les montées d escaliers et leurs prises de jour. Le problème des toitures L occupation des combles pose souvent des problèmes d habitabilité (espace, vide d étage, éclairage 71, équipement, etc.), mais elle pose surtout toujours celui des percements de la toiture et de leur traitement architectural: lucarnes, châssis de toiture, verrières, exutoires. Voir l exemple très discuté du boulevard Jaques-Dalcroze 7 (v. 1880-1890). La SCA examine le rapport des nouvelles ouvertures avec la composition des façades (par exemple: une lucarne centrale flanquée de lucarnes latérales disposées dans l axe des fenêtres situées à l aplomb) et avec le volume général de la toiture. Si le bâtiment appartient à un ensemble, elle peut demander une exécution identique à celle des bâtiments contigus, comme elle l a fait à l avenue Théodore-Weber 24 (1930-1931) ou à la rue Emile-Yung 1 (1931-1932), et recommander le rétablissement d ouvertures antérieures plus en phase avec l architecture. Dans tous les cas, elle proscrit désormais les terrasses négatives («baignoires») du type de celles réalisées naguère à rue Charles-Galland 15, et les doubles registres d ouvertures, étrangers au vocabulaire architectural local. 71 La somme des largeurs des lucarnes ne doit pas excéder le tiers de la façade, conformément aux dispositions réglementaires, art. 130 du règlement d application de la LCI. En cas de pente de toit insuffisante (<35 ) et pour garantir une bonne habitabilité des combles, la SCA recommande la mise en place de lucarnes plutôt que des châssis de toiture. Exemple à ne pas suivre: «baignoire» en toiture, rue Charles-Galland 15. Photo Cecilia Maurice de Silva. Lucarne, avenue Miremont 33, vue intérieure pendant travaux. Photo SMS / Gil Chuat. 62 63

Sous-commission architecture (SCA) Immeuble place Claparède 1-3: les nouvelles lucarnes aux vitrages agrandis acceptés par la SCA ont cependant altéré le dessin des avant-corps en toiture. Photo Cecilia Maurice de Silva. Grande variété de lucarnes : boulevard Jaques-Dalcroze 7 et angle rue Ferdinand-Hodler 5/boulevard Helvétique 15. Photos Cecilia Maurice de Silva. La SCA recommande généralement: de ménager les charpentes et l intégrité des toitures (nombre et largeur réduits des ouvertures ou, a contrario, leur regroupement en un élément plus important, évitant la multiplication des chevêtres), d adapter les prises de jour aux qualités architecturales du bâtiment et non l inverse, d aligner les nouvelles ouvertures sur les fenêtres existantes, d en harmoniser les proportions et de veiller à leur exécution la plus fine (ferblanteries, menuiseries verre et métal) ou la plus élégante pos - sible (Stebler) pour atténuer la visibilité des nouveaux percements (pose affleurée à la couverture) tout en favorisant l apport de lumière (joues vitrées), de les disposer de façon adéquate: pas de grandes lucarnes (rue Verte 11, 1904-1905), a fortiori sur une toiture d angle ou une tourelle (avenue de Miremont 33, 1910-1911), une distance suffisante aux noues, aux arêtes et aux émergences, d aligner les nouvelles lucarnes en retrait de la façade, de remplacer les vitrages par des verres de faible épaisseur pour affiner le détail (quai des Bergues 25, 1833-1835), d éviter de crépir les souches de cheminée en briques apparentes, lors de la création de terrasses ou d une intervention significative en toiture entraînant une modification des gabarits, d étendre un même principe à tous les immeubles d un ensemble (boulevard des Tranchées 14/ route de Florissant 1, 1909-1910, avenue de Sainte-Clotilde 15, œuvre de Léon Bovy, 1900, rue des Maraîchers 40, 1911-1912). Surélévations: le problème des ensembles Au motif d une «requalification» ou d une «mise en valeur» des édifices, des demandes de plus en plus nombreuses concernent des ensembles qui ne peuvent en principe, de par la loi (au sens des art. 89 et suiv. de la LCI), pas être surélevés. Pour les surélever, il s agit donc de prouver qu ils n en sont pas. C est ainsi que la notion d ensemble, que le législateur s était attaché à définir à travers une liste indicative d exemples très bien documentés 72, se trouve 72 Répertoire des ensembles du XIX e et du début du XX e siècle, Genève, SMS, DTP, 1991. 64 65

Sous-commission architecture (SCA) Immeubles rue de la Scie 5-7, surélévation autorisée, mais non encore réalisée. Photo Cecilia Maurice de Silva. au centre d un débat juridique récurrent, exacerbé par la pression immobilière et économique et qu illustrent quelques dossiers emblématiques. Le statut d ensemble a par exemple été dénié à deux immeubles rue de la Scie 5-7 (1899-1900), au profit d un projet de surélévation qui constitue un véritable cas d école au vu de la loi sur la surélévation des immeubles. Prenant nettement le contre-pied du préavis défavorable de la CMNS, le DCTI a estimé qu il ne s agissait pas d un ensemble d immeubles à protéger au sens des art. 89 et suivants de la LCI mais d un seul immeuble et en a donc autorisé la surélévation 73. Il s avère pourtant, comme le confir- ment les plans et la demande d autorisation d origine, que les deux immeubles ont bel et bien été conçus en 1899 comme un ensemble par l architecte Léon Bovy 74. Autre exemple: la SCA a jugé non recevable la surélévation sans augmentation du nombre des appartements de deux immeubles avenue de la Grenade 6-8 (1876-1878), partie de l ensemble de la rue de la Grenade de Francis Gindroz. Ses arguments: leur parfaite identité (même si l un a subi, en 1923, une surélévation par Adrien Peyrot et Albert Bourrit, à l occasion de laquelle la charpente originale a été replacée), ainsi que l harmonie particulière de la rue (symétrie en miroir) et du quadrilatère. Le requérant a fait recours. Autre exemple: la surélévation de trois immeubles place des Philosophes 12-14 (1865-1866) et 16 (1932-1933), compris dans la zone protégée de la Vieille-Ville et du secteur sud des anciennes fortifications, préavisée négativement pas la CMNS et néanmoins autorisée, ce qui a suscité des recours de la part des associations de sauvegarde du patrimoine 75. Autre exemple encore, rue Jean-Jaquet 1 (1936-1937), où la surélévation demandée, au motif de la création d un appartement, im - pliquait un dépassement du gabarit légal de nature à rompre l homogénéité parfaite de cet ensemble moderniste, à la silhouette «achevée», composé de 3 étages sur rez couronnés par un étage en retrait, lui-même déjà surmonté d un attique en retrait. L argumentation des détracteurs de la protection du patrimoine se veut délibérément juridique et non architecturale, même devant l évidence d ensembles constitués ou d objets isolés d une qualité patrimoniale qui justifierait amplement une mise sous protection (comme à la rue des Voisins 3, d Henri Garcin et Charles Bizot, 1911). Certaines demandes posent le problème grave du précédent: si le DCTI autorisait la surélévation illégale des immeubles rue du Château 4-6 (Charles Bizot, 1905) situés dans un ensemble urbain de 5 îlots et 25 bâtiments, tout requérant pourrait s en prévaloir par la suite. 73 Le recours de Patrimoine suisse Genève a été rejeté. 74 Demande d autorisation de construire (AEG, Travaux A 116, p. 82 et annexe 172) «deux immeubles pour le compte de la Société Genevoise de l Epargne immobilière». 75 La chambre administrative de la Cour de justice a annulé en 2011 les autorisations délivrées par le DCTI. Immeubles place des Philosophes 12-16, autorisations de surélever cassées par la chambre administrative de la Cour de justice. Façades arrière des immeubles rue de la Servette 43-49, surélévations réalisées pour des logements. Photos Cecilia Maurice de Silva. 66 67

Sous-commission architecture (SCA) Immeuble place du Cirque/ rue Bovy-Lysberg 2, surélévation réalisée pour des bureaux. Immeuble rue des Délices 2, surélévation réalisée pour des logements. Photos Cecilia Maurice de Silva (haut), SMS / Jean-Charles de Bortoli (bas). La plupart des projets soulèvent la question du traitement du ou des étages ajoutés qu il s agisse des matériaux, des couleurs, du rythme des ouvertures, etc. (rue des Délices 2, 1951-1953), quand ils ne se heurtent pas simplement à l impossibilité légale d une intervention d ensemble suffisamment rentable (rue de l Athénée 31-35, 1931-1933). Si l ensemble des dossiers de la Vieille-Ville et du secteur sud des anciennes fortifications a été traité par la SCMA, la SCA a cependant continué à recevoir certains dossiers pour lesquels elle avait été consultée précédemment, tel celui de la transformation de l ancienne Caisse d Epargne, actuellement banque Paribas (rue de la Corraterie 4, 1972-1974). Une très longue procédure, un projet qui a beaucoup varié dans le temps, six consultations pour cette seule législature, un préavis défavorable aux locaux techniques en toiture et à la surélévation 76, le non respect du préavis de la SCA et des conditions de l autorisation 77 ont abouti à un résultat qui n a ni convaincu ni satisfait la CMNS: les nouvelles façades sont peu respectueuses du contexte très particulier de la rue de la Corraterie, notamment par la teinte discordante mais «à la mode» de leur nouvelle «peau» de verre (pour laquelle aucun échantillon n a été soumis à la CMNS avant exécution) et par l exclusion de l expression d une hiérarchie de fa - çade, que la grande cohérence de cette zone protégée aurait pourtant dû imposer. La SCA a suivi attentivement l évolution du projet de réfection des façades et de surélévation du bâtiment jouxtant le Victoria Hall, rue Bovy-Lysberg 2 de John Camoletti (1877-1878) dévolu à des bu - reaux. Moyennant une dérogation selon l art. 87 al. 2 de la LCI, elle a préavisé favorablement ce projet malgré son expression contemporaine en nette rupture (claustra de béton) avec l expression des toitures à la Mansart du front bâti environnant. Cette surélévation au traitement fortement contrasté suscite aujourd hui des avis pour le moins partagés. Mise en conformité thermique L exigence légale d une mise en conformité thermique la plus stricte et rapide possible des bâtiments 78 a provoqué une multiplication des demandes impliquant une modification parfois substantielle de l enveloppe du bâti. Les dossiers sont fréquemment déposés sous forme d APA 79, ce qui ne constitue pas toujours un mode adéquat pour traiter de ce problème. La SCA recommande de toujours envisager, en priorité, la conservation et la réparation des fenêtres d origine existantes afin de conserver l homogénéité des façades et le décor intérieur, surtout si l édifice s inscrit dans un ensemble mais aussi pour pérenniser son caractère architectural. Elle demande une réversibilité des interventions et émet des préavis défavorables au remplacement des fenêtres en bois par des dispositifs en PVC, aluminium ou «boismétal». Il en va de même du traitement des volets. Des améliorations peuvent souvent être obtenues par le remplacement des verres et la pose de joints. Des mesures d accompagnement telles qu un sur - vitrage intérieur, la pose d une double fenêtre (avec adaptation du système de store), un ajustage avec calfeutrage constituent également de bonnes solutions, répondant aux exigences d isolation phonique et thermique mais présentant l avantage d une intervention réversible qui préserve la fenêtre d origine. La question de la subdivision des vitrages par des petits bois reste sujette à controverse. Face à un important nombre de divisions et dès lors que l atteinte portée à la fenêtre d origine constituerait un moindre mal par rapport au principe d un remplacement complet avec évacuation des fenêtres existantes, il arrive parfois que la SCA admette, dans des bâtiments d intérêt secondaire et lorsque l architecture le permet, que le verre soit posé d une seule pièce avec des intercalaires à l endroit des petits bois. Quand les fenêtres existantes ne peuvent être réparées, la SCA recommande un remplacement qui re conduise les dimensions des sections, la compo - sition et la structure des vitrages, le matériau et la 76 L article 87 LCI alinéa 1 stipule que «le gabarit des hauteurs de constructions ne doit pas dépasser la hauteur des bâtiments existants». 77 Le préavis de la CMNS du 11 octobre 2005 demandait que la commission suive les étapes successives de ce dossier «en validant les différents échantillons avant la réalisation», le choix des matériaux et de leur teinte étant jugé fondamental pour l expression des différentes strates du bâtiment, notamment le socle, qui devait être en rapport avec ceux des bâtiments voisins. Les travaux ont débuté sans qu aucune demande n ait été effectuée dans ce sens. 78 Voir p. 32. 79 La demande d autorisation par procédure accélérée s accompagne de dossiers la plupart du temps insuffisamment documentés pour ce type de travaux. 68 69

Sous-commission architecture (SCA) couleur des fenêtres d origine. Un remplacement ponctuel ou, en dernier recours, de l ensemble des menuiseries doit faire l objet d un rapport justifi - catif accompagné du relevé des fenêtres existantes. Cette exigence permet de préserver l homogénéité des façades d un ensemble de bâtiments. Une information pour les régies ou les représentants des copropriétés peut s avérer très utile 80. Un cas d école: à saint-jean, rue d Erme non - ville 9 et avenue Devin-du-Village 15-17 formant un en semble avec ceux contigus de l avenue De- Warens, les projets soumis par un même architecte prévoyaient une rénovation des façades avec remplacement des fenêtres d origine par des fenêtres en PVC. La commission a d emblée relevé la qualité de cet ensemble de six bâtiments, d architecture parfaitement identique, conçus et bâtis par les architectes Peyrot, Bourrit et Henssler (1927-1933) et a demandé un projet modifié. Cet ensemble, comme ceux des rues voisines, montre précisément une particularité en ce qui concerne les fenêtres, composées chacune de 16 volumes de verre (8 par vantail) avec petits bois structurels d une grande finesse. Celle-ci rendait complexe une intervention d amélioration de l isolation thermique qui ne modifiât pas leur as - pect caractéristique; les fenêtres, vues de l intérieur, étaient en très bon état et leur face extérieure ne nécessitait qu une restauration usuelle. La conservation/restauration avec pose de joints et remasticage s avérait la solution optimale pour l édifice. Malgré une mise au point avec le SMS et une subvention accordée au propriétaire, ce principe n a pas été ap - pliqué à l ensemble des me nui series, dont certaines ont été remplacées par d épais et laids encadrements. Interventions dans les bâtiments des périmètres protégés L attribution des dossiers touchant à ces domaines ayant varié au cours de la législature, entre SCMA, SCA et SCNS, ceux-ci sont regroupés, pour ce qui concerne les bâtiments, dans le présent chapitre, qu ils aient été traités par l une ou l autre des souscommissions. Plan de site de la Rade Les pourtours de la Rade de Genève sont évidemment très exposés tant aux attentes des usagers les plus divers qu aux projets de rénovation périodiques, en particulier en ce qui concerne le parc immobilier hôtelier. Les hôtels des quais ont tous subi ces dernières années de nombreuses transformations, restaurations, mises aux normes et au goût du jour. Citons la longue et exemplaire restauration de l hôtel Beau-Rivage (1864-1865) avec rehaussement de la toiture, les travaux intérieurs et la transformation mineure du dispositif d entrée de l hôtel Métropole (1852-1854), la rénovation de la toiture de l hôtel Longemalle (ancien Touring-Balance, 1905), les travaux d actualisation de l hôtel Richemond (1925-1926) où la nouvelle superstructure abrite un étage de chambres, la modification de la toiture de l hôtel d Angleterre (1871-1872, agrandi en 1910), où la superstructure abrite le groupe froid avec carrossage. C est l hôtel des Bergues (1829-1834) qui a subi les transformations les plus radicales: contrairement aux dispositions en vigueur (art. 7 du règlement du plan de site de la Rade), le toit a été refait et surélevé, les combles ont été modifiés pour l aménagement d un spa, les lucarnes ont changé de forme et se sont multipliées. Des bâtiments de logement se voient aussi transformés, parfois de façon importante, comme lors de la réunion de deux appartements dans le bâtiment d Eugène Corte, quai Wilson 39 (1904-1906), devant demeurer réversible pour garantir à nouveau leur usage indépendant dans le futur, mais qui n en a pas moins entraîné de fortes modifications typologiques. Comme au Palais Schaefer de Marc Camoletti, quai Wilson 43 (1895-1896), où, en l absence d une do - cumentation suffisante pour une rénovation d appartement de cette qualité, la CMNS a de mandé l inventaire des éléments caractéristiques dignes d être conservés. Quai Gustave-Ador 54 (1954-1955), le projet de réfection de l enveloppe du dernier bâtiment conçu par Marc-J. Saugey, visant à améliorer ses qualités techniques et énergétiques et à réaffecter partiellement des surfaces de bureaux en 80 Voir la publication consacrée à la question en vue d une information à tous les milieux concernés : Les fenêtres, vues sur un patrimoine, Patrimoine et architecture, 16. Office du patrimoine et des sites DCTI. Immeubles rue des Etuves 3-5, propriété de la Ville de Genève, démolition/reconstruction voisinant avec une restauration dans ce tissu médiéval protégé par un plan de site. Photos Cecilia Maurice de Silva. logements, a fait l objet d une mise au point at ten - tive avec les mandataires: composition et détails techniques de la façade pour une nouvelle enveloppe respectueuse de la modénature existante et de son expression architecturale, respect du socle et du couronnement, maintien et mise en valeur des éléments dignes d intérêt tels que retraits dans le socle, œuvre artistique au rez-de-chaussée (malgré cela démontée), escalier monumental hélicoïdal, autorisation de fermer le rez-de-chaussée pour un usage commercial, etc. D une manière générale, la CMNS se félicite de l état de conservation des fronts bâtis de la Rade. Mais les changements d affectation des établissements publics préoccupent la CMNS autant que la Ville de Genève: ceux-ci sont évoqués au chapitre des cafés et restaurants 81. Ils affectent le plan de site de la Rade, dont l objectif est au moins autant la préservation de la qualité du patrimoine bâti que celui de son usage public et de l animation de la ville. Le présent rapport consacre ci-après 82 un long passage aux problèmes de la dégradation des espaces publics dont la maîtrise est de plus en plus problématique. Le pourtour de la Rade est concerné au premier chef. Plan de site de Coutance-Grenus La restauration systématique des immeubles du périmètre s est poursuivie avec des hauts et des bas. A la réussite des restaurations des propriétés de la Ville de Genève, rue des Etuves (XVI e -XVII e siècles), fait écho la catastrophe de l immeuble rue de Coutance 10/place Grenus 5 (1826-1827). Le cas vaut la peine d être analysé, tant il est vrai que tous les éléments étaient réunis pour réussir l intervention, qu il s agisse de la connaissance historique du bâtiment, de la compétence spécifique de l architecte mandataire ou de l attention du conservateur des monuments et de la CMNS. Or, les travaux ont été entrepris avant la réalisation de l appartement-test exigée par la CMNS et en contravention avec toutes ses recommandations. L immeuble comprend quatre niveaux de colonnes toscanes superposées soutenant les galeries de liaison entre les deux corps d habitation entourant la belle cour intérieure. Les six appartements avaient conservé leur typologie d origine, avec des boiseries, portes et embrasures remarquables, ce qui imposait le maintien de l aménagement existant. Or, cet exceptionnel ensemble néoclassique a été détruit quasiment sous le nez des observateurs. Et les injonctions de la CMNS de restituer, sur la base de la riche documentation existante, les espaces et la typologie d origine, ainsi que les boiseries et les décors dans les trois étages dignes d être conservés, sont restées lettre morte. Les vitrines du rez-de-chaussée et les ouvertures en toiture n ont pas non plus été réalisées en conformité avec les plans visés ne varietur. Menace de plainte pénale, amende, il n empêche que la perte patrimoniale est irréversible. Au terme de la législature se profilait, enfin, la réhabilitation de l alignement, si important dans le 81 Voir p. 34-35. 82 Voir p. 73-83. 70 71

Sous-commission architecture (SCA) La «dent creuse» de l ancienne mairie de Plainpalais, sur le rond-point de Plainpalais. Photo Babina Chaillot-Calame. paysage des quais, des immeubles quai des Bergues 9-17/ rue des Etuves 10-12 bis (façades harmonisées en 1840-1846), laissés vides après avoir été déstructurés, certains reconstruits mais tous convertis en bureaux dans les années 70 et qu il aurait été tellement avantageux de rendre au logement 83 Plan de site du rond-point de Plainpalais Dans ce périmètre, c est le projet de démolition du petit bâtiment de l ancienne mairie de Plainpalais (1853), d un étage sur rez-de-chaussée, qui a retenu l attention de la CMNS. Depuis longtemps, celui-ci abritait un café. En préavisant favorablement son remplacement par un nouveau bâtiment, la CMNS n a pas pu empêcher l adoption d un projet relativement médiocre et l octroi d une dérogation autorisant un gabarit nettement supérieur à celui du front construit le long de la plaine de Plainpalais 84. Dans le même périmètre, rue de Carouge 1, et en dépit du règlement du plan de site, la CMNS a dû accepter la disparition d un commerce au profit d une agence bancaire aux vitrines sans intérêt, et par-dessus le marché aveugles. Périmètre Mont-Blanc-Cornavin protégé par un règlement spécial Le règlement spécial Mont-Blanc-Cornavin stipule que les gabarits sont déterminés de manière à permettre un raccord harmonieux avec les bâtiments contigus (art. 7, al. 3). L îlot square Pradier et rue Pradier 4 présente un gabarit général homogène entre anciennes et nouvelles constructions. Dès lors, la SCA n a pas pu entrer en matière pour la surélévation proposée de l hôtel Cristal (1978). Périmètre Rôtisserie-Pélisserie protégé par un règlement spécial Certaines transformations d envergure sont ac - cueillies favorablement par la CMNS dès lors qu elles peuvent revaloriser de manière significative des ensembles urbains. Tel a été le cas de l îlot rue de la Rôtisserie, notamment les n os 2-8 (1922-1923), un ensemble maintenu au sens de l art. 89 de la LCI, divisé en trois parcelles mais propriété unique, au plan en forme d anneau ouvert ancré sur une forte déclivité. Cet îlot très préservé (agrégation, volu - métrie d origine, mixité des affectations) a été transformé par un unique mandataire. La CMNS a examiné attentivement les propositions de modification de gabarit, notamment en regard de l impact sur les façades qui se retournent au-dessus d un bâtiment central bas à l arrière, et demandé notamment une harmonisation générale des lucarnes. Le projet, réussi, a restitué les verrières assurant l éclairage zénithal de la galerie marchande; la surélévation vitrée de deux niveaux de son élément le plus bas à l arrière a préservé la césure significative entre les deux corps de bâtiments, de même que la luminosité de leur cour. Périmètre de protection générale des rives du lac Le périmètre protégé des rives du lac a essuyé quelques tempêtes, à commencer par l important projet de parc-plage et de nouveau port public aux Eaux-Vives, ainsi que d agrandissement du port de la SNG présenté au chapitre des dossiers conflictuels 85. La CMNS a pu se rendre compte à cette occasion que la loi de protection générale des rives du lac visait essentiellement à préserver les rivages contre des bâtiments intempestifs, sans effet sur le rivage en lui-même ni sur le lac. On ne peut que regretter que la protection des quais historiques s arrête aux limites du plan de site de la Rade et laisse ouverte la possibilité d une rupture dans la 83 Le projet mis en œuvre dès 2011 reste hélas entièrement dévolu à des bureaux. 84 Fin 2011 et suite à un blocage émanant d un propriétaire voisin, le projet de remplacement a été abandonné au profit du maintien et de la transformation de l ancienne mairie en agence bancaire. 85 Voir p. 26-28. linéarité du dispositif à la hauteur de l embarcadère des Eaux-Vives, alors même que les quais se pour - suivent au-delà selon le même dessin remarquable. L extension de l OMC a fait l objet d une votation référendaire municipale. Si la CMNS a préconisé de protéger le bâtiment ancien du BIT (1923-1926) au titre de monument historique, ce qui est désormais fait par une convention liant l Etat de Genève et l OMC 86, le peuple a accepté le principe d une extension empiétant sur le parc Barton et le changement d affectation de la zone de verdure en zone de construction. A Versoix, place Bordier, le long de la route de Suisse à la hauteur de Port-Choiseul, soit dans le périmètre de protection des rives du lac, la construction de quatre immeubles de logements et locaux commerciaux avec garage souterrain a été préavisée défavorablement par la CMNS. Le projet, qui impliquait un changement de zone, est resté sans suite. Les autres interventions dans le périmètre protégé des rives du lac, notamment tout le traitement du coteau de Cologny, relevant de la compétence de la SCNS, elles sont analysées au chapitre de l ordinaire de cette sous-commission 87. Le cas du domaine de La Malvande (XVIII e siècle) à Pregny-Chambésy est exposé au chapitre du groupe «études d amé - nagement» 88. Du bâtiment à la rue de la propriété privée à l espace public La Ville de Genève est propriétaire de son «domaine public», mais «l espace public», bien qu en constant renouvellement, est également soumis à certaines contraintes imposées à la propriété privée. En prise directe avec la rue, les rez-de-chaussée des édifices sont, par la nature même de leur affectation, tout aussi dynamiques et fluctuants que celle-ci. Afin de garantir une relation privilégiée entre l espace commercial privé et l espace public, la SCA proscrit d emblée les vitrines mortes ou aveugles et veille au maintien de l activité commerçante installée dans les rez-de-chaussée. L arcade commerciale: allégeance à l architecture Si l arcade n a de cesse de se métamorphoser pour s adapter à des exigences commerciales toujours nouvelles, ses modifications doivent cependant respecter le caractère architectural pérenne des bâtiments protégés en évitant toute intervention susceptible de porter atteinte au caractère d ensemble et à l homogénéité du bâti. La SCA désavoue toute intervention (peinture ou revêtement) susceptible de masquer ou d interrompre la lecture des éléments architecturaux importants, tels que modénatures, socles, jambages, cordons, piédroits, pilastres, bossages de pierre, décors sculptés, embrasures, ferronneries, etc. Elle de - mande une bonne inscription des éléments rapportés. Pour ce qui concerne les stores, la SCA recommande le maintien des anciens mécanismes lorsque cela est possible ou la discrétion des nouveaux. Afin de garantir les vues sur les procédés de réclame perpendiculaires, elle proscrit la pose de stores en corbeille, peu adaptés à l architecture du XIX e et du début du XX e siècle et occultant les perspectives le long des façades, recommandant plutôt la pose de stores à projection droite de dimensions adaptées au support architectural. Les procédés de réclame ne doivent pas occulter les prises de jour; ils doivent être circonscrits généralement à l environnement immédiat de l arcade et fixés de préférence sur les marquises ou sur les éléments de la vitrine prévus à cet effet. Pour limiter l impact des procédés d éclairage publicitaires, notamment afin de préserver le confort des habitants, la SCA proscrit leur pose aux étages d habitation et recommande de les maintenir au dessous du cordon de telle sorte que celui-ci reste lisible. Elle est toujours défavorable à la superposition de caissons lumineux en potence, l ensemble des procédés ne devant pas outrepasser les dimensions légales. 86 Voir aussi p. 20 et 38. 87 Voir p. 98-100. 88 Voir p. 108. 72 73

Sous-commission architecture (SCA) Transformation de l arcade du cinéma Hollywood en espace Apple rue de Rive 4. Photo Cecilia Maurice de Silva. Un cas exemplaire Dans le cas d ensembles de très grande qualité, tels que celui de la rue de Rive 2-8 (1923-1924), la SCA s applique à encourager et diligenter les interventions permettant un retour progressif des arcades vers leur unité et leur structure d origine. Ainsi la transformation de l arcade du cinéma Hollywood en espace Apple rue de Rive 4 s inscritelle dans une opération de réhabilitation générale de l îlot par la restauration et le complément des éléments en boiseries situés au-dessus des vitrines du rez-de-chaussée, la conservation/ restauration des fenêtres du 1 er étage dont les vides de jour sont restés libres d enseignes, celles-ci ayant été intégrées aux panneaux de bois prévus à cet effet. Le résultat s avère très satisfaisant. La signalisation dans l espace public Comment satisfaire aux besoins de signalisation pratique, commerciale, culturelle, etc. tout en préservant équilibre et harmonie dans les sites urbains, tant pour l image esthétique des rues, des places, des espaces verts et des plans d eau, que pour la sécurité, l intégrité et le confort des différents usagers du domaine public (piétons, cyclistes, transports collectifs, transport motorisé individuel)? La législation cantonale (RLPR du 9 juin 2000) a été complétée, le 3 mai 2006, d un concept directeur de la Ville de Genève intégré au Plan directeur communal, qui propose une coordination des principes généraux d implantation des procédés de réclame et d affichage. Il vise notamment à limiter et coordonner «l affichage papier» publicitaire et les «panneaux peints» de l affichage culturel 89. La mise en conformité (avec effet rétroactif) des pro - cédés de réclame qu a entraînée cette modification de la loi a amené la SCA à examiner 1004 dossiers durant cette législature (sans compter ceux concernant la Vieille-Ville et le secteur sud des anciennes fortifications examinés par la SCMA 90 ). La loi impose de traiter de manière différenciée l affichage commercial, publicité à caractère privé, et l affichage culturel, associatif ou sportif, plus dense au centre ville, qui revêt de manière prépondérante un caractère d intérêt public. L implantation des panneaux d affichage doit préserver l harmonie des lieux et prendre en compte leurs caractéristiques topographiques et urbanistiques pour éviter d obstruer les vues des bâtiments et des sites protégés (lac, parcs, places et squares) et de rompre le rythme des alignements d arbres, d entraver la circulation piétonne et les accès aux bâtiments et de menacer la sécurité routière. Leur esthétique doit respecter les lignes directrices de la Ville de Genève concernant le mobilier urbain et l éclairage public, leur harmonisation et leur com - patibilité réciproque: poubelles, arbres, bancs, terrasses de café, distributeurs de billets, poteaux de signalisation des arrêts, horaires des TPG, respect de la transparence des abribus, colonnes Morris. Leur format doit être adapté au contexte: simplicité et neutralité des formes, déclinaison du modèle en différentes tailles et formes, cohérence esthétique. Prio - rité est donnée aux panneaux sur piètement évitant des fixations à des supports existants possibles mais inadéquats (murs, grilles, poteaux, candélabres, etc.). Quand leur implantation autonome est impossible, il faut utiliser un support constituant un fond homogène. D une manière générale, dans les zones protégées où un affichage trop abondant dégraderait l environnement, un regroupement de celui-ci est 89 Règlement d application de la loi sur les procédés de réclame du 11 octobre 2000. Voir aussi p. 33. 90 Voir p. 59. Panneau lumineux devant la Maison des arts du Grütli, rue du Général-Dufour 16. Photo Cecilia Maurice de Silva. préconisé, priorité étant donnée à l affichage culturel (panneaux trapézoïdaux, banderoles éphémères, oriflammes, affichage sur palissades de chantier et autres formes d affichage temporaire) et aux plans de ville avec un contrôle très strict de l affichage commercial «pour compte propre» en principe circonscrit au lieu où s exerce l activité annoncée. Si la nécessité de protection de la Vieille-Ville est à cet égard indiscutable, le secteur du plan de site de la Rade, avec l avantage évident que constitue sa forte visibilité pour y installer de la publicité, est aussi fortement sollicité et le contrôle des procédés de réclame y est d autant plus nécessaire. Il en va de même pour les plans de site et autres secteurs protégés à très forte activité commerciale comme le Molard, le secteur Mont-Blanc-Cornavin ou le rondpoint de Plainpalais. Une exception: la rue Chaponnière Une densité commerciale particulièrement forte (restaurants, vie nocturne), le caractère pittoresque du secteur concerné (Pâquis, secteur de la gare Cornavin), la difficulté de faire appliquer rétroactivement la loi en respectant une égalité de traitement et plusieurs recours interjetés auprès du Tribunal administratif ont motivé certaines dérogations en échange de la garantie d une remise en conformité de ces dispositifs lors de prochains changements d enseignes (le procédé perpendiculaire composé de 13 éléments lumineux empiétant sur l étage d habitation rue de Berne 11/ rue Chaponnière 6, 1858-1859, ne pourra être reconduit, de même que les procédés de réclame illégaux rue Chaponnière 5). Le mobilier urbain La loi prescrit que pour préserver l aménagement et le caractère architectural original des quartiers protégés, les enseignes, attributs de commerce, panneaux, réclames, vitrines mobiles et autres objets soumis à la vue du public doivent s harmoniser avec le caractère des quartiers. Pallier les nuisances visuelles, prévenir ou limiter l encombrement incontrôlé de l espace public induisant une vision chaotique et confuse du paysage urbain, valoriser ses espaces publics par un équipement représentatif sont également les objectifs déclarés du concept directeur du mobilier urbain de la Ville de Genève. Cette dernière a établi un catalogue d objets recommandés répondant aux critères de son Plan directeur cantonal: banc «Genève», bacs d orangerie, caissettes à journaux uniformisées, supports d expositions, balises touristiques et culturelles, bancs, poubelles, etc. 74 75

Sous-commission architecture (SCA) Considérant néanmoins le foisonnement de sup - ports de toutes sortes, leur impact négatif sur le paysage urbain, notamment par la perte de lisibilité des informations essentielles, la commission a dû fréquemment réitérer sa demande d un concept général qui considère aussi l ensemble de l affichage publicitaire et culturel et des autres supports d informations: «panneaux peints» trapézoïdaux de l affichage culturel temporaire, panneaux d informations de la Ville de Genève, indicateurs touristiques, etc. Des projets concernant l installation de totems WiFi sur la promenade des Bastions, la plaine de Plain - palais et le pourtour de la Rade lui ayant été soumis, La CMNS a émis des réserves quant à une prolifération de ce genre de mâts de repérage. Si un réel effort a été consenti par la Ville pour la gestion de ses déchets, la CMNS s est néanmoins déclarée défavorable à la mise en place d espaces de récupération dans la promenade des Bastions, au Jardin Anglais ou sur l esplanade de Saint-Antoine en raison de la sérieuse atteinte que le type de conteneur et les emplacements choisis porteraient à des espaces figurant parmi les plus beaux de la ville. La CMNS a considéré qu un même type d installation s adapte difficilement à toutes les situations ur baines (rues, carrefours, parkings, parcs et sites d exception, proximité de monuments historiques, édifices patrimoniaux). Pour les parcs et promenades, elle a proposé à la Ville d étudier une solution spécifique qui soit à même de s intégrer dans ces lieux sensibles en respectant leurs qualités spatiales et patrimoniales. Place Neuve, à l entrée de la promenade des Bastions, avant adoption de nouvelles caissettes à journaux. Place du Bourg-de-Four, après adoption de nouvelles caissettes à journaux (avec panneaux d affichages de votation). Rue des Terreaux-du-Temple, caissettes à journaux recto et publicité sur les tramways. Rue des Alpes, caissettes à journaux verso. Route de Chêne à Chêne-Bourg, abribus des TPG. Rues-Basses, banc et poubelle à un arrêt des TPG. Photos Cecilia Maurice de Silva. Aménagements viaires et dispositifs de modération de trafic La commission a salué le projet d aménagement de la place Longemalle et de la rue Neuve-du- Molard, qui permettra de relier cet espace important de la ville avec celui, magnifiquement requalifié, de la place du Molard, et s est interrogée sur l impact d un tel aménagement sur le plan de circulation du quartier et sur les espaces urbains adjacents. Elle a regretté que le parcage des deux roues, prévu au cœur de la place, entre en conflit avec l arborisation existante, les vues et les accès à la place, et n ait pas été prévu à ses entrées, rue du Rhône et rue de Rive, ou même hors de ses limites, de façon à véritablement libérer l espace pour les piétons. Panneaux indicateurs recto-verso, place Neuve, à l entrée de la rue de la Corraterie, zone protégée (désormais supprimés). Photos Cecilia Maurice de Silva. 76 77

Sous-commission architecture (SCA) Stationnement des véhicules, avenue de la Gare-des-Eaux-Vives. Photo Cecilia Maurice de Silva. Elle a demandé une requalification complète de la place de Hollande à la géométrie actuellement mal définie, traversée par une voie de circulation doublée d une ligne de tram rendant le parcours du piéton problématique, et disqualifiée par une dissémination d infrastructures techniques (poteaux, armoires SIG, trappes, regards). La commission a toujours insisté sur le fait que la qualité d un quartier et sa valeur patrimoniale sont autant dues aux bâtiments qu aux espaces publics. Par ailleurs, elle estime que ces installations (notamment les dispositifs «zone 30») qui ont un fort impact sur l espace de la rue ne tiennent souvent aucun compte de la proximité de bâtiments ou de zones protégées, les projets soumis ne s inscrivant pas non plus toujours dans une réflexion sur l espace urbain qu ils modifient. Les aménagements de modération du trafic ont fréquemment reçu un accueil défavorable de la part de la SCA, compte tenu de la multiplicité des dispositifs qu ils impliquent (monticules d asphalte, seuils, totems, panneaux de signalétique routière, bacs à fleurs et à arbres, marquages de sécurité multicolores, sur-épaississement des revêtements routiers, etc.). La SCA a par exemple jugé que le projet d aménagement de la place des Alpes était entrepris hors de toute vision d ensemble, et a vivement regretté que ce soient des dispositifs routiers qui marquent et organisent l espace urbain, avec leur seule logique, sans tenir compte de la qualité du lieu: elle a refusé, à proximité immédiate du monument Brunschwick (1877-1879), la pose de provi-blocs de couleur jaune et noire à l aspect de finition «provisoire» et re - commandé de les remplacer par des mini-seuils gris, des bordures et des trottoirs de type «Ville de Genève». Une gestion délicate: l espace public des bords de la Rade A côté du front bâti des quais, l espace public correspondant au périmètre du plan de site de la Rade fait l objet d une attention constante. La CMNS se félicite de la réfection très réussie du pont de la Machine et de la passerelle de l ancien barrage avec l ajout de nouveaux éléments: une plateforme en bois inscrite dans le projet «Le Fil du Rhône» pour favoriser les bains de soleil et l accès à l eau, ainsi qu un débarcadère pour les Mouettes genevoises. Elle a suivi de près ce chantier, se souciant en particulier de la qualité des matériaux et du vocabulaire formel des nouveaux aménagements. Elle a insisté sur l importance du maintien de la guirlande lumineuse du pont. Emanant d un groupe privé et promis à une existence éphémère, le projet de relookage du pont du Mont-Blanc a été, lui, très controversé: il ne répondait pas aux normes admises quant à la largeur des voies; il posait des problèmes d accrochage des pistes cyclables prévues en encorbellement sur le fleuve, sans compter leur raccord à la circulation générale environnante; il proposait des formes de mâts d éclairage sans lien avec les dispositifs existants, etc. La CMNS a déploré une vision insuffisante et à très court terme. Elle a recommandé une mise au concours de ce projet qui puisse mieux l inscrire dans une vision élargie et cohérente de l aménagement global de la Rade. Après un interminable débat public, les pavil - lons des glaciers ont enfin trouvé dans les modèles proposés en 2010 par la Ville de Genève une solution simple, qui a satisfait la majorité et, pour certains, Pont de la Machine et passerelle de l ancien barrage après restauration, avec une nouvelle plateforme pour lézarder au fil du Rhône. Photos Cecilia Maurice de Silva. 78 79

Sous-commission architecture (SCA) Nouveaux pavillons des glaciers, quai Gustave-Ador et quai du Mont-Blanc. Photos Cecilia Maurice de Silva. de nouveaux emplacements au ras de l eau, sur les anciens quais marchands. La SCA a suivi la restauration de la pittoresque buvette du monument Brunschwick, ancienne cabane rustique du gardien du monument (v. 1880, restauré en 1907). Elle a préconisé, pour l instant en vain, un traitement adéquat des abords immédiats, passable - ment malmenés, de ce charmant édifice (niveau et matérialité du sol à motifs décoratifs de pavés gris et rouges, parasols, paillottes, débarras). Des travaux ont été entrepris dans le port luimême. On a rénové et assaini le pavillon des Mouettes genevoises, sur le quai marchand des Pâquis, dans le respect de ses matériaux, formes et dimensions. A cette occasion, la commission a demandé que la situation et la signalétique à cet endroit du quai soient clarifiées, que soit enlevés le container accolé au pavillon et l édicule de vente de billets situé sur le quai promenade. Le résultat s avère satisfaisant. La CMNS a accueilli favorablement le projet de nouveau bâtiment pour la police sur le quai marchand des Eaux-Vives mais elle a émis toute réserve sur la suppression des autres activités portuaires à l intérieur de la Rade sur la rive gauche, redoutant leur remplacement par des activités strictement marchandes et touristiques. On trouve l expression de cette préoccupation au chapitre des dossiers conflictuels 91, avec la demande expresse de la CMNS d un plan directeur pour les rives du lac en ville. La SCA a partagé avec la SCNS 92 la préoccu - pation suscitée par la fermeture des estacades du port. Mise devant le fait accompli et pour limiter les dégâts, la SCA a préconisé pour ces barrières du métal galvanisé pour les poteaux et une finition mate des câbles et filets métalliques garantissant une meilleure homogénéité avec les autres éléments existants sur les estacades (échelles, barrières) 93. Craignant qu à l instar des dispositifs d exposition de la Ville de Genève au quai Wilson 94, les installations éphémères ne tendent à se pérenniser, la CMNS a formulé à réitérées reprises des réserves sur divers projets situés dans le périmètre du plan de 91 Voir p. 26-28. 92 Voir p. 97. 93 Voir photo p. 97. 94 Voir p. 96-97. Au bord de la Rade: buvette du monument Brunswick, place des Alpes ; baraquements au port des Mouettes, quai du Mont-Blanc. Photos Cecilia Maurice de Silva. 80 81

Sous-commission architecture (SCA) site de la Rade (création des «Iles de la Rade», exposition temporaire «Génome» sur l Ile Rousseau). La Rade et son jet d eau, scintillant la nuit de toutes leurs lumières, symbolisent Genève en tant que métropole internationale. La nécessité de limiter et de contrôler cet éclairage, de maintenir l équilibre visuel le long des rives du lac ont suscité l adop - tion par la Ville de Genève d un «Plan lumière» dont les cinq principaux critères guident l ensemble des projets et études touchant à l espace public: «concevoir une stratégie globale d urbanisme lumière, va - loriser le cadre et l image de Genève, éclairer mieux, consommer moins, coordonner et collaborer». Les propositions d éclairage nocturne des édifices situés dans le périmètre protégé du plan de site de la Rade ont donc retenu plus particulièrement l attention de la SCA, qui a demandé de limiter ces éclairages. Ainsi le cordon lumineux autour de la Rade doit-il être préservé dans sa continuité avec une couleur et une intensité constantes (le remplacement de l ensemble de ses ampoules par de nouvelles ampoules économiques conformes aux nouvelles normes énergétiques doit se faire selon les recommandations de la commission); l éclairage des immeubles locatifs et commerciaux doit quant à lui toujours se subordonner à celui des monuments classés tels que le temple de la Fusterie (Jean Vennes, 1713-1715), ou des bâtiments présentant un intérêt patrimonial particulier, tels que le Palais Wilson (Jacques-Elysée Goss, 1873-1875). Quelques dissonances demeurent: lorsque l hôtel Président Wilson (1963 95 ) a revu l illumination de son rez-de-chaussée, la CMNS s est déclarée défavorable aux 33 projecteurs posés au sol sur le domaine public et privé. Installés en infraction, ces procédés d éclairage diffusant durant la nuit des lumières multicolores sont toujours en place en dépit des demandes de la CMNS. Embarcadère des Mouettes, quai du Mont-Blanc. Un bar improvisé quai Wilson. Pavillon de glacier en hiver et chantier naval, quai Gustave-Ador. Photos Cecilia Maurice de Silva. 95 L hôtel a été agrandi en 1993, entièrement rénové en 2003, puis partiellement en 2008. Eclairage nocturne: hôtel Beau Rivage au quai du Mont-Blanc ; cordon lumineux de la Rade au quai Gustave-Ador. Photos Cecilia Maurice de Silva. 82 83

Sous-commission architecture (SCA) Les villages en zone 4 B protégée L évolution des villages et de leur paysage peut aisément se mesurer le temps d une législature: en l espace de quatre ans, la densification et l adaptation du bâti à de nouveaux besoins ont entraîné de nombreuses communes dans une redéfinition des bases de leur existence, dans une nouvelle histoire, dans la transformation progressive mais significative de leur environnement. En ce qui concerne la conservation, l ère de l em paillage est dépassée. Depuis plusieurs années, la sub stance patrimoniale des villages se décline en termes de structure porteuse, typologie de l habitat et des bâtiments ruraux, rapport des pleins et des vides en façade et en toiture, harmonie et adéquation des ma tériaux et des couleurs, espaces extérieurs, cours, jardins, terrasses, vergers, seuils, limites, murs, murets, portails, haies, préservation des vues proches et lointaines. Des problèmes inédits apparaissent avec la multiplication de nouveaux types d équipement tels que piscines, déchetteries, téléphonie mobile, parkings, mesures de modération de trafic, sans compter les capteurs solaires et les isolations thermiques, indispensables mais générateurs de nouvelles perturbations. Pour les piscines et les constructions annexes en particulier, la SCA regrette la prolifération de ce type d équipements privés au détriment d installations col lectives. Elle préconise des installations peu visibles du domaine public, exécutées en harmonie avec les qualités esthétiques des villages (teintes sobres sans revêtement intérieur bleu, matériaux traditionnels, ossature bois, couverture en tuile, ferblanterie en cuivre, teintes en rapport avec le tissu bâti à proximité). Pour les déchetteries publiques, elle recommande leur regroupement dans des zones dé robées à la vue en évitant les espaces publics les plus plaisants des villages 96. La même pré occupation dicte les préavis de la SCA en matière de téléphonie mobile: pas d objets in habituels et inadaptés aux spécificités villageoises, solutions avec mât fortement réduit, em - placements peu visibles, éventuellement arborisés. La préservation de la substance architecturale des bâtiments reste toutefois l objectif majeur de la SCA, Modeste dépendance, chemin des Fours 8 à Cologny, avant et après transformation. Photos Cecilia Maurice de Silva. même lorsque ceux-ci sont modestes, dans la mesure où la relation des bâtiments entre eux, le rapport qu ils entretiennent avec le domaine public, leur volumétrie, leur implantation, l image traditionnelle des façades, la présence d une cour et d un mur d enceinte déterminent la qualité du tissu villageois. En règle générale, la commission se réfère aux va leurs du recensement, mais elle constate souvent que celles-ci, établies il y a vingt ou trente ans, devraient être révisées. Pour les transformations, la SCA préconise: le respect des structures horizontales et verticales: limitation des percements dans la maçonnerie d origine, maintien du solivage traditionnel avec chape collaborante, pas de dalles en béton armé sur un bâtiment de valeur 4+, 96 Voir Choulex, p. 90-91, où une déchetterie a été créée à la place d une fontaine publique au centre de la rue villageoise, en face du café des Amis. le respect des façades: adaptation de l expression des portes de grange, traitement adéquat des nouvelles baies au rez-de-chaussée pour éviter notamment l effet d arcades commerciales, le respect des fenêtres: pas de PVC, finesse d exécution, maintien des partitions des fenêtres existantes (petits bois structurels), préservation des modénatures volets bois, la préservation du paysage des toitures mis en péril par l occupation généralisée des combles et la transformation des granges en logements: limitation, en nombre et en dimension, des percements en toiture, pas de châssis de toiture importants pour éclairer des espaces secondaires, pas de double registre, cas échéant verrière plutôt que multiplication de lucarnes, pas de terrasses négatives dites «baignoires», maintien de la finesse des bords de toits et des ferblanteries, l adéquation des matériaux, des sections et des couleurs lors de l adjonction de vérandas et d annexes (abris de jardin, couverts à voitures, etc.), le maintien d espaces extérieurs de qualité: pas de cloisonnements, de haies et de végétation inappropriés (essences locales préconisées), cours ouvertes, revêtements de sol perméables, pas de modification importante de la topographie naturelle (creusements de cours, de caves et décaissements excessifs, etc.). Pour les nouvelles constructions, la SCA préconise: la préservation de la silhouette villageoise et des vues lointaines, la limitation du nombre des châssis de toiture et leur positionnement régulier à l exclusion du double registre, pas de privatisation excessive des espaces extérieurs peu compatible avec le contexte villageois, et qui donne une image propre à la zone villas en fermant visuellement tout rapport à la rue, un aménagement d espaces extérieurs communs, le regroupement des places de parking et un traitement approprié des parkings souterrains, notamment de leurs rampes d accès et de leurs émergences, un traitement des limites (murs, clôtures, haies) qui soit en harmonie avec les caractéristiques environnantes. Russin, chemin de la Croix-de-Plomb 2, renouvellement des boiseries de la porte de grange. Photo Cecilia Maurice de Silva. Russin, route des Molards 4, transformation d une ancienne ferme. Photo Cecilia Maurice de Silva. 84 85

Sous-commission architecture (SCA) Russin, château Fazy, chemin de la Croix-de-Plomb 28, avant et après obturation du portail. En dessous, dans l axe, portail du jardin de l ancien billard du château Fazy qui garde, lui, sa transparence. Par comparaison, ouverture de la cour de la ferme Penet, chemin de la Croix-de-Plomb 16-22. Photos Erica Deuber Ziegler (a), Cecilia Maurice de Silva (b, c, d). Russin, Grand-Cour, route des Molards 12-18, traitements différenciés après subdivision du domaine: parking, haie et panneau de contrôle électrique SIG (ce dernier non autorisé) dans la cour commune altérée, piscine dans le jardin des dépendances privatisé. Photos Cecilia Maurice de Silva. Cas d école: Gy, Meinier, Choulex Le recensement systématique des projets déposés dans les trois communes limitrophes de Gy, Choulex et Meinier pendant la dernière législature fournit une bonne illustration des problèmes rencontrés et des principes d intervention préconisés par la SCA. Dans ce petit territoire rural de la rive gauche, éloigné de la ville et fidèle à sa vocation agricole, amplement ouvert sur des champs labourés et des vues imprenables sur le lointain, se rencontrent tous les cas de figure énoncés précédemment. Ainsi se remodèlent, s étendent et se densifient ces villages, subrepticement ou de façon très visible, mais en tous cas avec une constance particulièrement remarquable durant ces dernières années et en changeant de manière significative leur physionomie. Gy, des trois la plus petite commune, se montre la plus volontariste: elle a délibérément décidé d augmenter son parc immobilier dans son centre et sur sa périphérie, afin d attirer une nouvelle population tout en consolidant ses équipements publics. Meinier, dont le développement s est amorcé dès les années 60, continue son essor en se densifiant et en s étendant, tout en se souciant de la conservation de son patrimoine bâti et naturel. Les vives contestations qui ont pu accom pagner, encore dans les années 80, la sauvegarde de la Tour n auraient plus cours aujourd hui. La restauration attentive du mas sis route de Covéry 1 (XVIII e siècle, transformé et agrandi au XIX e siècle) est un bon exemple de cette évolution. La tenue d un concours d architecture pour un ensemble de logements et un centre intergénérationnel, route de la Repentance/route de Gy/chemin du Stade 8 à 22, a engendré une réalisation que la SCA a jugée d un grand intérêt architectural: un langage résolument atypique, une implantation originale et souple, la qualité des espaces col lectifs, enfin une bonne intégration au site et une valeur ajoutée à la vie sociale de la commune. 86 87

Sous-commission architecture (SCA) A Meinier, mas route de Covery 1, avant et après restauration et transformation. Photos Cecilia Maurice de Silva. A Gy, Résidence Quatre Epis, quatre nouveaux immeubles villageois en PPE au chemin de l Egalité. Réussite architecturale desservie par la brutalité du traitement de l entrée du parking souterrain. Photos Cecilia Maurice de Silva. A Meinier, immeubles de logements et centre intergénérationnel en construction, route de la Repentance/route de Gy/chemin du Stade 8-22. Photo Cecilia Maurice de Silva. 88 89

Sous-commission architecture (SCA) A Choulex, route de Choulex 129, accès à de nouveaux immeubles aux dépens d un mur ancien et d un environnement maltraités. Photos Cecilia Maurice de Silva. Le Café des Amis, route de Choulex 132, avant et après rénovation. En face, la fontaine marquant l arrivée de l eau potable au village après 1900, à l emplacement d un puits du XVIII e siècle, a été démolie au profit d une déchetterie (un «éco-point sans tri» avec goulotte et container enterré) et remplacée par une simple borne en fonte. Panneau de contrôle électrique, bacs à fleurs et banc complètent l aménagement de cette petite place publique. Photos Cecilia Maurice de Silva (a, b, c), Muriel Décaillet (d). Choulex fait également preuve d un beau dynamisme, animé tant par les autorités communales que par une vigoureuse émulation entre promoteurs. De nouvelles constructions s étendent le long de la route de Choulex, grignotent le bas du coteau tout autant que le centre qui se transforme luimême de manière irréversible: modernisation radicale du café des Amis (XVII e -XVIII e siècle) qui a perdu son âme, destruction programmée du splendide bâtiment villageois qui abritait autrefois l épiceriecafé Zurcher, projet de remplacement ab surde d une des fontaines de la rue principale par une déchetterie (refusé par la CMNS), démolition de ses plus anciens murs de pierre. Souvent la commission ne peut que déplorer le manque de vision de ces nouveaux développements, le caractère incohérent des implantations en deuxième rang, dé pour vues de dessertes planifiées et qui défigurent le village, sa silhouette, son inscription dans le territoire et son identité. Façade pignon de la ferme qui abritait l ancienne épicerie-café Zurcher, route de Choulex 162. Photo Cecilia Maurice de Silva. 90 91

Sous-commission architecture (SCA) Ancienne campagne Wettstein, place de Brunes à Bardonnex, livrée à un lotissement de petits immeubles. Photos Cecilia Maurice de Silva. Difficultés, échecs, réussites, questions Il y a l adaptation forcée d un programme à un bâtiment qui ne le supporte pas: par exemple, à Presinge, l EMS La Louvière (fin XIX e siècle). Il y a la difficulté à donner un visage à notre nouvelle architecture villageoise, comme en atteste à Bardonnex, place de Brunes, le projet d immeubles locatifs sur l ancienne campagne Wettstein (1747). Il y a des «accidents», comme à Versoix, route de Suisse 70, l effondrement d une maison du XVIII e siècle inscrite dans l alignement historique du bourg, par suite de percements excessifs et non autorisés dans l ancienne structure porteuse (remplacée par une nouvelle construction d expression contemporaine). Heureusement, il y a aussi de belles réussites: comme sur les flancs du coteau de Villette, route de Villette 26, à côté de la maison de maître néoclassique de Château-Blanc (1851), la construction d une villa résolument contemporaine et l heureuse affirmation de la modernité dans un contexte très préservé; ou encore, dans le centre du vieux hameau d Anières, rue de l Aspergière 2-4, la transformation très convaincante de deux bâtiments contigus (XVIII e siècle) comportant une subtile surélévation de toiture et une très bonne intégration de l intervention contemporaine. Il y a des sauvetages heureux: comme celui de la maison Bianchi (avant 1718-XIX e siècle), occupant une position stratégique au centre du vieux village de Vandœuvres, conservée grâce à une meilleure adap tation du nouveau programme au bâtiment existant. Certaines malfactures, comme, à Troinex, la restauration ratée d un boîton néo-gothique (avant 1812, transf. autour de 1900), certains acharnements thérapeutiques (que la commission s est du reste refusée à cautionner), comme à Chêne-Bourg le combat d une association d habitants pour la préservation d une petite bergerie très dégradée et irréparable au détriment de la construction d un en - semble de logements doivent susciter une réflexion de la CMNS sur la légitimité de tout conserver et les limites à ne pas dépasser dans la sauvegarde. Nouvelle construction, route de Suisse 70 à Versoix. Villa, chemin de Villette 26, au cœur du vieux village de Villette. Rénovation d un mas, chemin de l Aspergière 2-4 dans le vieil Anières. Sauvetage de la maison Bianchi au cœur de Vandœuvres, chemin du Manoret 2. Photos Cecilia Maurice de Silva (a, b, c), Babina Chaillot-Calame (d). 92 93

Sous-commission nature et sites (SCNS) La SCNS s est réunie 82 fois au cours de la légis - lature. Nature et paysage Boiton néo-gothique, chemin Jacques-Ormond 8 à Troinex, avant travaux, et après une restauration ratée. Photos SMS (haut), Benoît Dubesset (bas). Dans son écrin de montagnes, toutes françaises, le bassin genevois offre la douceur de ses rives lacustres, de ses pentes et de ses coteaux, le charme et l utilité 97 de ses multiples rivières et vallons, mais aussi le danger de ses falaises, celles du Rhône, de l Arve et de l Allondon. Les cordons boisés des cours d eau, les grands bois frontaliers de Jussy et de Versoix entretiennent en marge du territoire agricole une réserve précieuse d oxygène, de flore et de faune. La mission de la SCNS concerne tous ces trésors naturels et paysagers. Pourtant, depuis 2006, elle n est plus consultée que sur des projets touchant à des objets dûment protégés («la loi, rien que la loi»). La surveillance de la SCNS concerne aussi les gravières, dont la mise à jour du Plan directeur lui est soumise. (Elle n a hélas aucun pouvoir face à l altération outrageuse du Salève par l effet de l exploitation de ses carrières). La SCNS examine attentivement la distance des constructions par rapport aux forêts protégées par la loi, une question non négligeable, tant il est de venu malaisé de la faire respecter depuis qu elle a été ra - menée à 10 m. Il s agit là à la fois d un vrai problème paysager, les propriétaires s accaparant ces espaces, les clôturant et les utilisant jusque dans les ravins (cabanes de jardin, composts, dépôts d objets, etc.), et d un problème plus grave de survie de la faune quand cette utilisation frauduleuse entre en contradiction avec le tracé des corridors biologiques 98. Pour les mêmes raisons, la SCNS s occupe du paysage nocturne et refuse les excès d éclairage, par exemple sur les giratoires des zones protégées, selon les recommandations de l Office fédéral du paysage et les directives émises dans les documents cantonaux sur les impacts des éclairages nocturnes sur la faune. Dans les zones protégées, elle veille au patrimoine des arbres 99 et s inquiète de la qualité des plantations, notamment des haies, toujours plus hautes, avec toujours plus de thuyas et de lauracées au lieu d espèces indigènes et toujours plus de compléments de canisses et de bâches en plastique Le coteau de Bernex, vue sur la plaine de l Aire et le Salève à partir du point culminant du canton. Table d orientation. Photos Cecilia Maurice de Silva. 97 Voir Les moulins à eau du bassin genevois. Patrimoine et ar - chitecture, 17. Office du patrimoine et des sites DCTI, 2009. 98 «Sans mesures volontaristes et ciblées, le développement urbain en cours dans le bassin genevois menace la survie d une grande partie des espèces animales et végétales sauvages et, indirectement, le cadre de vie de la population de l agglomération trans - frontalière». «Corridors biologiques», Monitoring du plan directeur cantonal, n o 3, Domaine Nature, paysage, agriculture, Genève, 2008. 99 La politique de la Direction générale du domaine nature et paysage du canton de Genève en matière de patrimoine arboré a été présentée en séance plénière de la CMNS le 15 décembre 2008. 94 95

Sous-commission nature et sites (SCNS) Le quai Wilson, admirable en hiver, s anime chaque été de laids panneaux d exposition dégradant les vues. Photos Cecilia Maurice de Silva. coloré! La SCNS a proposé que soit entreprise une campagne cantonale de mise en conformité. La SCNS s oppose généralement à l intrusion d installations inappropriées dans les sites protégés ou cherche au moins à en réduire l impact. Ainsi, au Signal de Bernex, elle a préconisé la minimalisation d une table d orientation dans ce site classé, défiguré par des aménagements subreptices (goudronnage des chemins, prolifération des panneaux indicateurs, poubelles, barrières, haies, bordures en pavés de béton). Son préavis n a cependant pas été suivi par le DCTI et le projet a été exécuté tel que déposé. La demande de la CMNS de mise en ordre du site n est quant à elle pas restée sans suite et les lieux ont re - trouvé une certaine cohérence. A Genthod, route de Malagny 22, dans le périmètre de protection des rives du lac, la SCNS a demandé un plan détaillé et un plan d aménagement paysager pour les radiers de fondation des halles d exposition projetées par Watchland. A Satigny, chemin de l Ardère 25, elle a préavisé défavorablement la construction d une porcherie dans un périmètre figurant à l Inventaire fédéral des paysages, sites et monuments naturels d importance nationale. Les quais et les ports Les quais du bord du lac sont devenus une préoc cu - pation permanente de la SCNS. On trouve évidemment l écho de cette inquiétude au chapitre des dossiers conflictuels 100, notamment pour ce qui concerne le déplacement du port historique des Eaux-Vives hors de la Rade, protégée pourtant par un plan de site et inscrite à l Inventaire fédéral des paysages, sites et monuments naturels d importance nationale. La SCNS a par ailleurs demandé à réitérées reprises que soient enlevés les panneaux que la Ville de Genève aligne durant la belle saison sur les quais de la rive droite entre la jetée des Pâquis et le parc Mon Repos, qui déparent le quai Wilson et cachent le panorama. S ils ne sont pas à proprement parler illégaux, ils sont en revanche profondément attentatoires à la qualité exceptionnelle du rivage. Suggérant de né gocier l abandon de cette pratique pour préserver les quais et la Rade, la SCNS a soutenu la demande d un plan directeur des rives urbaines du lac comprenant l usage des quais. La décision d autoriser la fermeture des estacades portuaires sur le lac à Genève et dans d autres communes riveraines (Versoix et Anières) pour assurer la sécurité des bateaux de plaisance n a pas été bien accueillie par la CMNS qui en avait préavisé défavorablement le projet en 2007 101. Ne s acheminait-on pas vers une privatisation déguisée de l espace public? Ces portails barrant les pontons ont effectivement un impact désagréable dans le site lacustre et posent la question de l intérêt public prépondérant, seul motif de dérogation possible à de telles constructions dans le plan de site de la Rade et le périmètre protégé des rives du lac. Pour la SCNS, ils ne constituent pas une réponse adéquate aux déprédations commises sur les bateaux, qui restent accessibles par l eau peu profonde ou par contournement des obstacles. La sécurisation des falaises du Rhône La SCNS a suivi les arrachages et les déboisements réalisés sur les hauteurs des rives du Rhône en aval de la Jonction. Elle n a pas manqué de souligner leur impact impressionnant sur le paysage urbain. Pour les falaises de Saint-Jean, elle s est inquiétée de l aspect du nouveau dispositif de sécurisation mis en place, comprenant barrières, treillis, poteaux de chêne tous les 10 mètres, que la végétation recouvrira à terme. Au vu des impératifs de sécurité, la Grille fermant une estacade sur le quai Gustave-Ador. Photo Cecilia Maurice de Silva. SCNS a admis les dérogations nécessaires pour la réalisation de ces ouvrages, sous réserve que lui soient fournis des détails d exécution et des échantillons des barrières proposées. Le projet ayant été réalisé dans l urgence, la SCNS n a malheureusement pas pu suivre les travaux. La SCNS a demandé que la réfection par la Ville de Genève de la passerelle de la promenade du Bois-de-la-Bâtie soit l occasion d imaginer un projet plus élégant que l ouvrage actuel. Une étude et des prototypes de barrières ont été réalisés pour l ensemble de ce grand parc public avec des variantes de mise en œuvre. Pour minimiser l impact dans le site, la SCNS s est prononcée en faveur du modèle le plus léger, modulable en fonction des objectifs de sécurité, sur la passerelle, aux abords des falaises ou le long des chemins pédestres. 100 Voir p. 26-28. 101 Voir p. 81. 96 97

Sous-commission nature et sites (SCNS) Coteau de Cologny: villa en construction, chemin de Ruth 28, et projet de villa abandonné (le «trou»), chemin de Bellefontaine 28. Photos Cecilia Maurice de Silva (haut), Patrice Reynaud (bas). Le coteau de Cologny: un site sacrifié Depuis 2006, dans le périmètre protégé des rives du lac, la SCNS n est plus saisie que des projets exigeant une dérogation à la loi 102. Or, le grignotage du coteau de Cologny va bon train et il arrive même que des bouchées doubles laissent durablement des plaies béantes sur son flanc. La SCNS consacre une grande partie de son temps à ces dossiers de villas à construire en dérogation, à Cologny, accessoirement à Collonge- Bellerive, Anières et Hermance, soit sur la rive gauche privilégiée du lac, tenue à l abri des nuisances du chemin de fer et des avions. Les projets soumis comportent un nombre important de parkings souterrains, piscines et pool-houses, avec re mo delages topographiques, terrassements, levées de terre, murs de soutènement Les dossiers de requête en autorisation de construire sont souvent vagues, voire carrément incorrects sur le calcul de la densité, l indication des niveaux du terrain naturel et celle de l occupation des sous-sols qui figurent pourtant parmi les éléments majeurs de l intégration d un volume dans le site. A ce sujet, la SCNS a reçu du Service de l ins pec - tion de la construction les clarifications suivantes: En 5 e zone, la surface de sous-sol ne peut excéder 20% de la surface de la parcelle, néanmoins le département peut admettre une surface de soussol non comprise dans le calcul du rapport de surfaces si la construction de garages au sous-sol permet de renoncer à l édification de garages en surface (art. 59 de la LCI). Ce calcul est systématiquement vérifié par l OAC. En règle générale, les locaux en sous-sol, pour au tant qu ils soient chauffés et éclairés, sont considérés comme habitables, mais c est la défi nition du local telle qu indiquée par l architecte sur les plans d au - torisation qui permet de l affirmer. Ces intitulés sont systématiquement vérifiés par l OAC lors de la de - mande d autorisation de construire, mais ils ne sont pas remis en cause ni contrôlés après construction. Dans son Rapport de législature 2002-2006 103, la CMNS avait rendu compte de la réflexion engagée sur les règles d intervention induites dans ce secteur par la loi sur la protection générale des rives du lac du 4 décembre 1992. L étude menée par le groupe «études d aménagement» de la CMNS, appuyée sur un reportage photographique éloquent, mettait en évidence la nécessité de reformuler l article 7 de la loi, en remplaçant la limitation des hauteurs exprimée en termes de niveaux deux niveaux avec toiture plate ou un niveau avec toiture habitable par la limi tation du gabarit maximal des faîtes à 9 m soit deux niveaux de 4 m posés sur un socle de 1 m. Elle mettait également en question l orientation obligée des faîtes parallèlement au lac, en constatant que celle-ci n était pas forcément un bon facteur d in - tégration 104. Ces conclusions ont été approuvées en 2006 par la CMNS et transmises au DCTI en vue d une modification de la loi. Le débat a mis en évidence la faiblesse des dossiers de demande d auto risation de construire dans le périmètre et une anomalie, pour ne pas dire un vice de fonctionnement. Difficile dans ces conditions de mener une politique de sauvegarde d ensemble, prenant en compte l histoire, l environnement, la topographie, les qualités paysagères, le bâti existant, les matériaux, les couleurs, les vues, les terrassements, les murs, l impact de la végétation, les haies, la voirie, etc., bref tout ce qui est précisément visé par le concept de périmètre de protection. Mais ces propositions sont restées dans les tiroirs; c est même un des grands échecs de la législature. Mais, avec l accélération des demandes de construction, le problème récurrent de demandes de dérogation pour le nombre d étages, en parti culier quand le terrain présente une forte déclivité, et l occupation accrue des sous-sols, il est urgent de les en ressortir. Le bilan après presque vingt ans d appli cation de la loi est en effet alarmant. Certaines réalisations sur le coteau de Cologny ont bénéficié de dérogations im - portantes et quelques-unes sont franchement détestables. Le sort calamiteux de l ancien domaine de Ruth (Notre-Dame-du-Lac, XVIII e -XIX e siècle) 105 illustre 102 Loi sur la protection générale des rives du lac, art. 13: «Si les circonstances le justifient et que cette mesure ne porte pas atteinte au but général poursuivi par la présente loi, le département peut déroger aux articles 6 à 11 de la présente loi après consultation de la commune, de la commission des monuments, de la nature et des sites, le cas échéant de la direction générale de la nature et du paysage et de la commission consultative de la diversité biologique.» 103 Voir p. 55-56. 104 «Réflexions sur la loi de protection des rives du lac», CMNS, sept. 2006. 105 Voir p. 48 et 106. 98 99

Sous-commission nature et sites (SCNS) les difficultés d une protection efficace. Il faut impérativement une législation plus claire qui propose, pour le périmètre de protection des rives du lac 106 : un gabarit maximal à 10 m 107 à partir du terrain naturel sans distinction de traitement architectural (toiture plate ou toiture à pans), pour chaque projet, un plan des aménagements extérieurs prenant en compte le voisinage im - médiat, en particulier la couture avec les terrains adjacents (reportage photographique de la parcelle et de son proche environnement), le préavis de la CMNS sur les couleurs des nouveaux bâtiments, un règlement d application pour les créations de terrasses et de murs de soutènement, la suppression de la notion de faîtages parallèles au lac qui génère, en l état, un paysage des plus ennuyeux, la clarification de la notion de taux d occupation qui entre dans le calcul du rapport de surface limité, sans dérogation possible, à 0,2 108, une implantation des maisons en fonction du terrain naturel (il arrive qu on propose des projets de maisons pour terrain plat à implanter dans la pente!), la pose de gabarits avant l octroi d autorisation. La renaturation des cours d eau et des zones humides La renaturation de cours d eau et de rivages, de plans d eau et de zones humides, ainsi que la remise à ciel ouvert partielle de nants se poursuivent avec succès. On doit ces résultats très satisfaisants à une politique au long cours, à l unanimité des autorités cantonales et communales (tous les plans directeurs communaux de la législature comportent un volet «re - naturation des cours d eau»), à des moyens financiers importants (plus de 45 millions de francs investis à ce jour), à la faveur de la CMNS, au savoir-faire acquis dans ce domaine par les services publics et les entreprises privées, à la complicité des associations de sauvegarde (Pro Natura et WWF), à l engagement des agriculteurs et, enfin, à la coopération avec la France où tous les cours d eau principaux du canton, à l excep tion de la Seymaz et du Rhône, prennent leur source. Depuis la signature en 1997 du Protocole d accord transfrontalier pour la revitalisation des rivières francogenevoises, les contrats de rivières 109 couvrent au jour - d hui les principaux cours d eau genevois. Ils com - prennent assainissement, lutte contre les crues, gestion des ressources, revitalisation des cours d eau, mais aussi remise en valeur paysagère, préoccupation pour la faune et la végétation, accès et promenades. En 2007, la SCNS a préavisé favorablement la nouvelle carte des surfaces in construc tibles dans le canton de Genève en rapport avec la loi sur les eaux 110. Le conservateur cantonal de la nature et du paysage est devenu en 2007 membre de droit de la CMNS, au même titre que la conservatrice cantonale des monuments et l archéologue cantonal. La collaboration plus étroite établie avec les services de l Etat, dont la Direction générale de la nature et du paysage et celle de l eau (en particulier le Service de renaturation des cours d eau), a permis de nourrir fructueusement les avis de la SCNS sur les questions liées à l eau, mais aussi sur celles liées aux forêts. Ces échanges sont importants et permettent de mieux comprendre les intérêts parfois antagonistes entre conservation du patrimoine bâti et naturel et de trouver des conciliations. En 2005, le groupe «études d aménagement» avait estimé que les projets de renaturation de la Versoix, d importance cantonale, voire nationale, de - vaient être privilégiés. La renaturation de la Versoix à la prise d eau du canal de la Papeterie de Versoix est à cet égard intéressante, parce qu elle met aux prises l usine utilisatrice de l eau, la défense du patrimoine hydraulique de la Versoix, la protection des eaux, des poissons, du paysage et du patrimoine bâti. L objectif des ingénieurs: limiter les crues et les débordements dans le bourg, augmenter la dynamique alluviale en amont du barrage, créer un nouveau lit en aval pour 106 En 2011, le projet de modification de la loi était prêt à être soumis à M. Mark Muller. 107 Hauteur moyenne entre les façades aval et amont. 108 Loi sur la protection générale des rives du lac, art. 3. 109 Il s agit d une procédure d origine française impliquant des accords techniques et financiers. Les contrats de rivières portent sur l ensemble d un bassin versant d une ou plusieurs rivières; ils sont passés entre les collectivités locales concernées (maîtres d ouvrage) et leurs partenaires: l Etat, la Région, le Département, l Agence de l eau (organisme public dépendant de l Etat) ainsi que les usagers (industriels, agriculteurs, fédérations de pêche, associations écologiques, etc.) 110 Remplaçant celle de 1975. Travaux de renaturation de la Versoix jusqu à son embouchure dans le lac et réaménagement de la plage de la Bécassine. Photos DIM/Service de renaturation (a, b), Cecilia Maurice de Silva (c, d). favoriser la migration des poissons et garantir la stabilité de la rive droite opposée à l usine et, en particulier, des talus. L ob jectif des défenseurs du patrimoine in dustriel: maintenir et restaurer le barrage, la prise d eau du canal des Usiniers, les vannes existantes. Dif - férents projets ayant été soumis en consultation, la variante prévoyant le maintien du barrage et de la prise d eau a finalement été retenue, car elle avait aussi l avantage pour les ingénieurs de garantir la stabilité des rives en aval. Dans ses préavis, la SCNS s est montrée soucieuse d éviter une renaturation trop artificielle (enrochements bétonnés), de trouver des solutions de refuge et de déplacement aisés pour la faune, ainsi que des moyens de peuplement piscicole. L opération a pu s appuyer sur l excellent recen se ment du patrimoine hydraulique de la Versoix menée par le SMS 111, qui ne souligne pas seulement les caractéristiques exceptionnelles du patrimoine du passé, mais aussi le potentiel énergétique précieux de la rivière dans l avenir. Malheureusement, en phase de réalisation, cette belle unanimité a capoté: l intervention a massacré ce qui restait du patrimoine industriel, notamment le canal des Usiniers à la hauteur de la centrale hydroélectrique de la papeterie. A son em - bouchure dans le lac, au lieu-dit la Bécassine 112, la renaturation de la Versoix impliquait au contraire la disparition d installations passées (murs, terrasse et port de l Institut F.-A. Forel de l Université de Genève) au profit de la reconstitution d un delta plus naturel, facilitant la migration des poissons, tout en conservant les accès publics au lac et les espaces de baignade. En 2008, la SCNS a accepté le projet de renaturation et d aménagement du parc public en demandant que les travaux soient suivis par le SMS notamment pour la restauration et la mise en valeur du mur de l ancienne propriété Bartholoni voisine. La réhabilitation de l ancien potager, l aménagement de places de parking et l implantation de sanitaires sont toujours à l étude et sont suivis par le SMS. Mais c est de loin la Seymaz qui a retenu le plus l attention de la SCNS. Pour l étape n o 3 de la renatu- 111 Ce recensement a fait l objet d une publication: Bénédict Frommel, La Versoix patrimoine hydraulique, SMS, DAEL, 2005. 112 La Bécassine (selon Lacroix) ou Bécassière (selon Barde), du nom de la maison que Charles Bartholoni, bâtisseur de la villa de Sans-Souci au bord du lac, sur la rive droite de la Versoix, fit bâtir en 1883 pour loger la gouvernante et le précepteur de la maison. 100 101

Sous-commission nature et sites (SCNS) ration de la Haute-Seymaz, en aval de la plaine de Sionnet, sur les communes de Choulex et de Puplinge, entre les ponts de Chevrier et de Bochet, la SCNS a demandé que les travaux d extension de la prison de Champ-Dollon soient coordonnés avec ceux de la re na - turation de la rivière et du chemin pédestre qui la longe. Suite aux oppositions des propriétaires riverains, le projet tel que soumis en de mande d autorisation dé - finitive a été abandonné. Pour assurer la continuité du programme, un nouveau projet doit être étudié. Le site de l ancienne usine de pompage de Vessy sur l Arve est un autre exemple réussi de réhabilitation sur la base d une collaboration entre des forces initialement contraires: réhabilitation et changement d af - fectation du barrage et des bâtiments, création d un complexe muséographique relevant du patrimoine industriel, remplacement de deux bâtiments annexes, sécurisation pour l accès au public (parking, garde- La Seymaz à Sionnet, avant et après les travaux de renaturation. Photos DIM/Service de renaturation. corps), installation d un système de répulsion des poissons à la sortie du canal de fuite de Vessy, etc. La SCNS a soutenu ce projet de réhabilitation du site, de transformation du barrage et d aménagements piscicoles. Elle s est préoccupée de la matérialité des façades des nouvelles constructions et a souhaité la transparence de la façade de la maison Rœsgen à re - construire et son intégration dans le site «comme une sorte de signal». Le conservateur cantonal a suivi ce chantier complexe, mené en plusieurs étapes. Le nant de Couchefatte, chemin du Moulin-Roget à Avully, avant et après les travaux de renaturation. Photos DIM/Service de renaturation. 102 103

Sous-commission nature et sites (SCNS) Le nouveau pont Hans-Wilsdorf sur l Arve coupe le quai Ernest-Ansermet au carrefour de la rue de l Ecole-de-Médecine. Photo Cecilia Maurice de Silva. Le nant de Cartigny, avant et après les travaux de renaturation. Photos DIM/Service de renaturation. Cours d eau traités pendant la législature Renaturations: la Laire et le bief du Moulin de la Grave, la Drize à Grange-Collomb et le nant de la Bisto - quette, la Versoix, le barrage des Usiniers, son embouchure et ses affluents, l Aire, 2 e étape, la sécurisation de Lully, l Hermance, l embouchure et le tronçon de 725 m entre le Pont-Neuf et le Pont-des-Golettes, la Seymaz, tronçon entre les ponts de Chevrier et de Bochet et le tronçon urbain à travers Chêne-Bourg, le nant de Cartigny, le nant d Arnais à Satigny, le nant de Pré-Gentil à Satigny, le nant du Petit-Saint-Loup et ses milieux humides à Versoix. Autres interventions: remise à ciel ouvert du nant de Couchefatte à Avully, construction d un bassin de rétention du ruisseau Le Marquet à Collex-Bossy, aménagement d un biotope à Dardagny, aux abords du nant des Charmilles, aménagement du ruisseau des Eaux-Froides, l Allondon au pont de Russin, aménagement de l étang Blanchet, Teppes du Biolay à Russin, remise à ciel ouvert du bief du Petit-Céard à Versoix, création d une nouvelle passe à poissons à la centrale hydroélectrique de la Vieille-Bâtie sur la Versoix, entretien de la réserve naturelle de la Pointe-à-la- Bise à Collonge-Bellerive, nouvelle estacade pour les Mouettes à la Perle-du- Lac, comblement du lac aux Eaux-Vives pour un parcplage (PPEV) et agrandissement des ports du Port- Noir et de la Société nautique de Genève, construction du pont Hans-Wilsdorf sur l Arve, à la place de la passerelle de l Ecole-de-Médecine, création d un bassin de baignade à Port-Gitana, à Bellevue, considéré comme un envahissement du plan d eau on rêve quand on pense au PPEV (la SCNS a finalement admis exceptionnellement une dérogation pour ce projet en recommandant qu il ne serve pas d exemple pour d autres interventions riveraines), aménagement d un étang (biotope) au Centre de Lullier à Jussy, aménagement de la réserve naturelle de Mategninles Fontaines à Meyrin, création de plusieurs biotopes dans les bois de Jussy. 104 105

Groupe «études d aménagement» Groupe «études d aménagement» Adoption de plans de site La CMNS a demandé, encouragé et suivi l adoption de plusieurs nouveaux plans de site 113. L outil du plan de site a été inscrit en 1976 dans la LPMNS pour assurer une protection à un ensemble de bâtiments, à leurs abords, à leur assise territoriale. Le premier plan de site adopté en 1978 fut celui de la Rade, objet, aujourd hui, de nombreuses attaques. Ont suivi les plans de site d Hermance et de Dardagny, ajoutant une protection supplémentaire à celle de la zone 4 B protégée, puis les plans de site de Coutance-Grenus, du rond-point de Plainpalais, etc. Sur les 11 plans de site à l étude au cours de la législature écoulée, 8 ont été adoptés dont 3 sont en force après avoir fait l objet de recours. Il s agit des sites suivants: hameau de Chevrens, Anières (avec modification de zone), squares de Montchoisy, Genève (1927-1954, recours rejeté), Grange-Canal, Chêne-Bougeries (XVIII e -début XX e siècle, recours rejeté), ancien domaine de Ruth (Notre-Dame-du-Lac), Cologny, Le Lignon, Vernier (1964-1967), cité-jardin du Mervelet, Genève (1921-1925), cité-jardin du Bouchet, Genève (1933-1934), hameau de la Petite-Grave, Cartigny (avec modification de zone, recours rejeté). La CMNS a en outre préavisé favorablement les plans de site de Budé (1958-1964), de Meyrin-Parc (1960-1964), de la cité-jardin d Aïre-La Concorde (1920-1923), du hameau de Vessy, ainsi que de l ensemble résidentiel, avenue Blanc/ rue des Garages/ rue de Lausanne (1927-1929) 114, tous encore en cours d instruction. Les conditions d adoption d un plan de site peuvent être plus ou moins favorables. L ancien domaine de Ruth à Cologny (XVIII e - XIX e siècle) est l un des domaines les plus anciens et, jusqu à récemment et en dépit de la perte d une grande partie de ses terres agricoles les mieux protégés de la région. Il est compris dans le périmètre de protection générale des rives du lac. Bien que les bâtiments aient subi quelques transformations au début du XX e siècle, ils ont gardé une substance architecturale remarquable. Pour répondre au projet d un promoteur d achat de la parcelle et de lotissement de sa partie non bâtie, la commune de Cologny a initié l étude d un plan de site, comme le prévoit le règlement du périmètre de protection. Son but: favoriser une opération immobilière, tout en maintenant la présence de l Institut international Notre-Damedu-Lac, locataire des bâtiments. Les négociations ont été serrées. La CMNS s est considérablement inquiétée de l impact des nouvelles constructions avec parkings souterrains et terrasses, accès véhicules, murs, haies et barrières qui risquaient de détruire la perception de l ancien espace domanial et ses déga - gements sur le lac et la Rade. Elle a préconisé le classement des bâtiments 115 et la définition, dans le plan de site, d une assiette suffisante à l arrière de la maison de maître jusqu à mi-coteau. Aujourd hui, même si les bâtiments ont été classés, le plan de site adopté ne répond, hélas, pas à ces demandes et l environnement des bâtiments classés est dévasté. A l inverse, le plan de site des squares de Montchoisy, intervenu après qu un refus conservatoire eut été opposé à une demande de surélévation, remplit totalement son objectif. Rappelons que cette opération d urbanisation de l ancien domaine de Montchoisy à partir de 1927 a eu lieu dans le cadre de l «appel pour la Grande Genève» sous l im - pulsion de Camille Martin et du promoteur H.-Louis Wakker. Pour les quatre squares ouverts largement arborisés, prenant en compte le stationnement des véhicules auto mobiles dans des garages souterrains, il y avait ur gence: les demandes d intervention se multipliaient surélévation avec atteinte à la cohérence de l ensemble des gabarits et modification inadaptée de l expression du couronnement des im - meubles, fermeture des balcons au profit de vérandas, mise aux normes énergétiques des fenêtres, réfection des façades. Le plan de site a créé les conditions d un respect à long terme de l architecture de l ensemble, avec une information aux propriétaires indiquant les procédures à suivre en cas 113 Pour les interventions dans les périmètres des plans de site existant, voir p. 70-72, 78-83. 114 Voir p. 61. 115 Classement obtenu par la Société d art public (Patrimoine suisse Genève) en échange de son acceptation du plan de site (un marché de dupes!). L ancien domaine de Ruth à Cologny est dévasté par le chantier de sept villas de luxe en ordre serré. Photos Cecilia Maurice de Silva. Plan des Town Houses du domaine Notre-Dame du Lac. Imodeco SA Promotion d une huitième villa coupant la vue du lac à la terrasse de la maison de maître. Equinoxe Investments SA 106 107

Groupe «études d aménagement» Plans de site adoptés : la cité du Lignon (Vernier), la cité-jardin du Bouchet (Genève-Petit-Saconnex), les squares de Montchoisy (Genève-Eaux-Vives) et Grange-Canal (Chêne-Bougeries). Photos SMS (a), Google Maps (b, c, d). de travaux d entretien courant (peintures dans les cages d escalier, interventions sur les fenêtres, les balcons, etc.) Un petit nombre de cas, toujours à l étude, se sont prêtés à une valse hésitation. La protection, très attendue, du domaine de La Malvande (XVIII e siècle) à Pregny-Chambésy piétine. Les promoteurs d un grand projet hôtelier, administratif et résidentiel sur cette parcelle malmenée par son étranglement entre la voie ferrée et la bretelle de l autoroute du Vengeron ont demandé une modification du périmètre de protection générale des rives du lac pour en exclure complètement le domaine. La CMNS, relevant la position incongrue de la limite de ce périmètre qui passe entre la maison de maître et ses dépendances, et convaincue de l opportunité d un projet hôtelier dans cette zone, a accepté le principe de cette modification à condition de sauvegarder, par l élaboration d un plan de site, l ensemble des bâtiments anciens inscrits à l inventaire et de maîtriser leurs abords, soit cour, salle d arbres, esplanade, murs, plantations et vues, ainsi que de contrôler les nouvelles implantations. En outre, la zone de fond étant la 5 e zone villas, il fallait en changer pour disposer de plus de liberté dans l aménagement de la parcelle. Ce plan de site devait constituer un préalable à la présentation au Grand Conseil du projet de loi créant une zone 4 B destinée à un établissement hôtelier, à des activités admi - nistratives et à l habitat et modifiant le périmètre de protection générale des rives du lac autour du domaine de La Malvande. Quant à la mise sous protection de l ensemble industriel de la SIP (dès 1860) à Plainpalais, les propriétaires ont préféré, à l hypothèse d un plan de site, l inscription à l inventaire d une partie des bâtiments désormais en cours. Plans directeurs communaux et plans directeurs des chemins pour piétons Plusieurs plans directeurs communaux ont fait l objet de présentations détaillées aux séances plénières de la CMNS de la part des représentants des autorités municipales et de leurs mandataires. Ces présentations, souvent longues, ont occupé entre un tiers et la moitié du temps des séances plénières. Il s agit de ceux d Aire-la-Ville, Avully, Bardonnex, Bernex, Carouge, Chancy, Chêne-Bourg, Collex-Bossy, Cologny, Corsier, Genève, Hermance, Jussy, Laconnex, Lancy, Meyrin, Plan-les-Ouates, Pregny-Chambésy, Presinge, Puplinge, Satigny, Thônex, Vernier et Veyrier. Les discussions, relativement brèves, ont nourri les réflexions plus substantielles du groupe «études d aménagement», dont les rapports ont été entérinés par la plénière. Les commissaires ont notamment relevé les problèmes suivants: Nécessité de travailler dans une dimension intercommunale L exercice du plan directeur communal, exigé par la loi cantonale sur l aménagement du territoire, s il fonctionne assez bien dans les communes rurales vivant dans un relatif isolement, au milieu de paysages agricoles, ne se conçoit pour les autres, plus proches de la ville ou carrément parties de l agglomération urbaine, qu en relation avec les communes voisines. C est en particulier le cas de Vernier, Lancy, Meyrin ou Thônex, confrontés, hors de leur noyau villageois primitif, au continuum souvent désordonné de leur tissu urbain avec celui de leurs voisins, à la hiérarchie du réseau routier régional, au trafic de transit, etc. Or, ces plans directeurs sont traités chacun pour lui-même, la plupart du temps sans coordination avec les communes voisines concernées. Nécessité de prendre en compte le Projet d agglomération Cette coordination s imposerait pourtant d autant plus qu existe le Projet d agglomération francovaldo-genevois, qui vient de remporter le 8 e Grand prix européen de l urbanisme 2010. Celui-ci concerne 204 communes, 770 000 habitants et 50 000 travailleurs transfrontaliers. Il associe les partenaires transfrontaliers dans une charte d engagement, signée en 2007, pour plus de solidarité, de cohésion et d équité dans la planification des développements futurs, qu il s agisse d urbanisation, de mobilité, de logement, d économie, de formation, d environnement, d agriculture, de santé, de social et de culture. Or, la plupart des plans directeurs analysés par la CMNS n en tiennent tout simplement pas compte, même dans le cas de communes frontalières. Difficulté des projets d extension Les communes suburbaines devraient piloter de réels projets de ville, plutôt que de poursuivre des développements additionnels dans les différents quartiers. Mais, hélas, les communes ne peuvent agir que sur les secteurs dont elles ont la maîtrise. Comme le démontrent les cas de Vernier ou de Meyrin, il n existe la plupart du temps plus de grands terrains disponibles et les marges de manœuvre sont aujourd hui trop faibles pour réaliser des projets d envergure. Résistance des communes Et quand ces terrains disponibles existent, il arrive que les communes refusent de les prendre en considération. C est ainsi que dans son plan directeur, la commune de Puplinge refuse d entrer en matière sur l aménagement voisin du secteur des communaux d Ambilly (PAC-MICA), dont l image est à ses yeux «inacceptable» à l exception du couloir vert prévu. La CMNS estime que Puplinge devrait intégrer les enjeux transfrontaliers du PAC-MICA, dont le développement pourrait se poursuivre sur Puplinge dans les secteurs de Mon Idée et des Grands-Prés. Nécessité de prendre sérieusement en compte le patrimoine architectural et urbain Les rapports existant entre protection du patrimoine et développement sont diversement posés. Le plan directeur de Lancy n a pas de place pour l analyse des tissus anciens et aucune démarche de mesure de protection n y est abordée («L aspect pittoresque du bâti ancien n a pas été retenu comme une donnée essentielle»). Le patrimoine bâti devrait 108 109

Groupe «études d aménagement» Nouvelle attention accordée aux plans de cheminement des piétons et aux chemins de randonnée pédestre: chemin des Secrets à Cologny inauguré en 2007; quai de Corsier (commune de Collonge-Bellerive) où les haies bouchent la vue du lac pour assurer l intimité des propriétaires des embarcadères. Photos Cecilia Maurice de Silva. 110 pourtant être pris en compte dans la planification du territoire, aussi impérativement que les cours d eau, les jardins et autres biotopes. Les documents soumis par Puplinge, Collex-Bossy, Chancy et même Genève présentent les mêmes lacunes, se dispensent de la lecture de la morphologie des tissus anciens et négligent la question du patrimoine. Les plans directeurs devraient intégrer un plan de conservation du bâti ancien et de ses qualités architecturales, une analyse et une mise en valeur des objets sin - guliers, des bâtiments publics, des commerces, des sites culturels, du tissu bâti et des espaces (rues et chemins, places, cours, jardins, vergers, espaces de transition, murs, seuils). Ces éléments devraient permettre de définir des principes de développement avec des projets plus ambitieux que de combler les vides et de densifier les zones villas. Exemple: à Collex-Bossy, qui se considère comme rurale, mais est en réalité une poche dans un secteur frontalier en pleine urbanisation, les promoteurs cherchent à densifier la zone à bâtir sans prendre en compte aucun objectif de protection. La pertinence des exigences de la zone 4 B protégée est ainsi mise en crise dans tous les villages ayant subi un fort développement et dont les éléments anciens sont minimisés. Pour la préparation de leurs plans directeurs, la plupart des communes associent à leurs mandataires, architectes et urbanistes, des bureaux d étude de la mobilité et du trafic, ainsi que de l environnement naturel. Il en résulte une lecture très attentive de ces domaines dans les documents. Pour le patrimoine bâti, les plans directeurs s appuient presque exclusivement sur les données du recensement architectural du canton, souvent vieilles de vingt à trente ans, sans tenir compte des inventaires et des travaux plus récents. Il en résulte une lecture indigente du patrimoine. Le sentiment de la CMNS à cet égard est que sa réflexion et sa délibération arrivent trop tard, quand l étude est bouclée et que la consultation n a que peu de prise sur l issue finale. Pour corriger ce défaut, la CMNS préconise d inscrire désormais dans le cahier des charges des plans directeurs l obligation de recourir aux services de spécialistes de l histoire de l architecture et du territoire aptes à faire le point sur les questions du patrimoine bâti. Bonne prise en compte de la protection de l environnement Par contraste, tout ce qui touche à l environnement naturel est la plupart du temps remarquablement traité dans les plans directeurs et suscite la complète adhésion de la CMNS, tant du point de vue de l analyse que des propositions, voire des actions en cours (eaux, nature et paysage, sols et agriculture). Le développement durable est désormais inscrit dans les esprits, il reste à y faire entrer comme un bien culturel et un gage de qualité de vie le patrimoine bâti. Plans directeurs de quartier (PDQ) Lancy-Les Semailles C est le deuxième plan directeur des Semailles soumis à la CMNS, le premier s étant heurté au refus du Conseil municipal de Lancy. L urbanisation du plateau qui s étend à l ouest du village du Grand- Lancy, commencée dans la deuxième moitié du XIX e siècle, a fait apparaître un lotissement de villas individuelles ou locatives au carrefour chemin des Semailles/ chemin des Rambossons, dont certaines ont retenu l attention de la CMNS (en particulier chemin des Semailles 17 et 20). La commission a jugé nécessaire de reconsidérer les valeurs attribuées à ces maisons dans le recensement architectural du secteur des Semailles et a recommandé d intégrer ces villas dans le projet de rond-point prévu dans le PDQ sur ce carrefour afin qu elles servent de repère historique. Elle a mis en garde contre l insuffisance future du réseau de transit et de desserte dans ce secteur à densifier, en particulier depuis que l avenue des Communes-Réunies a été largement dévolue au tramway. CEVA Plan de quartier Gare des Eaux-Vives, Master plan de la gare de Chêne-Bourg Dans le cadre du projet de liaison ferroviaire CEVA, deux projets d aménagement particuliers ont été soumis à l appréciation de la CMNS: celui de la gare des Eaux-Vives et celui de la gare de Chêne- Bourg. Le CMNS a souhaité que les gares souterraines de Jean Nouvel intègrent la création de 111

Groupe «études d aménagement» Plans localisés de quartier (PLQ) Grand-Lancy, maison de maraîcher, chemin des Semailles 18, et villas périurbaines de qualité, chemin des Semailles 20 et 17, menacées par le PDQ Lancy-Les Semailles. Photos SMS /Philippe Calame. Les bâtiments des voyageurs des gares PLM des Eaux-Vives et de Chêne-Bourg. Photos Cecilia Maurice de Silva. «fenêtres sur la ville», notamment par une trans - parence des équipements et une descente de la lumière naturelle dans les gares enterrées, et que les esplanades des gares deviennent des espaces publics de grande qualité, d où sa demande d assurer la conservation des vieux bâtiments des voyageurs de 1888. Elle a sévèrement critiqué le projet de plan de quartier Gare des Eaux-Vives pour son manque d ampleur, la médiocrité de la solution du tunnel d accès aux trains à partir de la route de Chêne, le triste alignement de barres d immeubles sur l avenue de la Gare-des-Eaux-Vives, des émergences trop marquées, la boucle de rebroussement du tram disqualifiant l espace urbain Le Master plan de la gare de Chêne-Bourg a reçu un accueil plus favorable, la CMNS acceptant le principe d un déplacement du bâtiment des voyageurs pour la mise en valeur de l espace de la place. La CMNS s est prononcée sans réserve en faveur du PLQ des Vergers à Meyrin. Mais elle a émis deux préavis contradictoires dans le cas du PLQ du Pré-Collomb à Versoix prévoyant la démolition de plusieurs bâtiments de l alignement de l ancien bourg de Versoix-la-Ville sur la route de Suisse 119-133. Une étude historique et un rapport de l historienne des monuments, fondés sur la valeur individuelle de ces bâtiments, fortement remaniés au cours du temps, ont conclu à la possibilité de leur démolition. Une visite sur place et un rapport de la SCA ont conduit à un avis inverse en montrant comment ces maisons, dont plusieurs figurent déjà sur le premier plan de 1774 de la ville neuve conçue par Choiseul, avaient été intégrées dans le projet dont elles demeuraient des témoins indispensables. L avis de la SCA était de les préserver dans le cadre d un projet de remise en valeur de l axe routier traversant Versoix, tenu comme d importance nationale par l Inventaire fédéral des voies de communication historiques de la Suisse (IVS). Le plan directeur de Versoix de 2007 précise par ailleurs l importance du plan Choiseul avec son système viaire, son rondeau, son port et ses vestiges plus ponctuels, notamment certains bâtiments, et indique: «Bien que le développement ultérieur de l urbanisation ait passablement brouillé la composition générale, ces traces historiques n en constituent pas moins un magnifique héritage culturel [ ] il existe un potentiel important de mise en valeur des éléments les plus significatifs du plan d origine.» La commune s est, pour sa part, opposée à ces démolitions. Développement du périmètre PAV En ce qui concerne le développement du périmètre Praille-Acacias Vernets (PAV), la CMNS a pris acte de l inventaire des bâtiments mené par le SMS sans se prononcer. Elle a salué le projet d étendre la ville sur cette portion du territoire favorisée par sa large ouverture, soulignant la nécessité de respecter le Versoix-la-Ville, groupes de maisons du XVIII e siècle, vestiges du plan Choiseul, route de Suisse entre 119 et 133, menacés par les immeubles-barres du PLQ du Pré-Colomb. En face (à droite sur la photo du haut), les maisons contemporaines 128-150 sont inscrites dans le périmètre protégé des rives du lac. Photos Cecilia Maurice de Silva. paysage de la moraine de Lancy par rapport au développement intensif de tours, particulièrement du projet SOVALP, et a rappelé l attention à porter à la présence de la Drize et de l Aire canalisées et du site palafitte préhistorique de la plaine de la Drize. Elle a enfin désigné un délégué dans l organe de consultation associé au suivi du projet 116. 116 Voir son rapport p. 138. 112 113

Modification de limites de zone Les modifications de limites de zone sont l affaire du Grand Conseil et passent par l adoption d une loi. Outre le cas de la Malvande à Pregny-Chambésy, évoqué ci-dessus au chapitre des plans de site 117, la CMNS a préavisé favorablement une proposition de modification du périmètre de protection des rives du lac autour du Centre William Rappard à Genève pour permettre l extension de l OMC, à condition que les barrières nécessaires à la clôture du site soient intégrées dans des aménagements paysagers de grande qualité et que le bâtiment historique de l ancien BIT (1923-1926) fasse l objet d une mesure de protection. Plusieurs projets de construction ont exigé des modifications de limites de zone, que la CMNS a préavisées favorablement : ainsi à Plan-les-Ouates, route de Saint-Julien-chemin des Vuattes, et à Lancy- Trèfle-Blanc, pour la densification de ce secteur contigu au Bachet-de-Pesay. Dans d autres cas, comme à Russin, chemin des Christophes, ou à Peney-Dessus (Satigny), chemin de Châteauvieux, des projets de construction ont été soumis en limite de zone 4 B protégée et de zone agricole. Des projets de qualité auraient exigé une dérogation ou la modification de la limite de zone, deux solutions préconisées par la CMNS, mais refusées par le DCTI. C est regrettable car, dans ces deux cas, la limite tracée il y a cinquante ans passe en diagonale dans les champs sans tenir compte ni de l orthogonalité du tissu bâti du village ni de la topographie particulière des promontoires. Lignes de tramways La CMNS a examiné les dossiers d approbation des plans des nouvelles lignes de tramways: n os 12 et 17, tronçon place Neuve-rue de la Confédération, projet situé dans le périmètre de la zone protégée de la Vieille-Ville et du secteur sud des anciennes for tifi - ca tions, et TCOB (Cornavin-Onex-Bernex)-secteur des Deux-Eglises. Pour la rue de la Corraterie à Genève et pour la place des Deux-Eglises à Onex, la CMNS a demandé avec in sistance l élaboration de projets respectueux des sites. Partout ailleurs, priorité ayant été donnée à la résolution technique des tracés au détriment de la qualité des espaces publics, la largeur des voies réservées au tramway, les impacts des supports de câbles, la lourdeur des mâts et des caténaires, leur fixation sur les immeubles, les aménagements au sol, les préséances portent en nombre d endroits une atteinte grave aux perspectives des rues et des places, à l usage hiérarchisé du réseau viaire historique. Cette approche fait fi des recommandations fédérales en matière de conservation des voies de communication historiques. Projet de parking sous-lacustre au centre-ville Le projet de construction d un parking sous-lacustre de 850 places et 80 places deux roues au centre-ville (rue Pierre-Fatio-quai Gustave-Ador-Jardin Anglais), dans le périmètre du plan de site de la Rade et de la ceinture fazyste, de surcroît un site IFP d importance nationale, a rencontré une nouvelle fois l opposition de la CMNS, qui s était déjà exprimée en 2005 sur une demande préalable. Ce projet, avec ses émergences, trémies d accès, concentration de véhicules, va à l encontre de toutes les recommandations visant à libérer les centres urbains de l emprise de l automobile et de réaménager l espace public pour mettre en valeur sa dimension patrimoniale et d usage. Le périmètre de la Rade est un des espaces les plus représentatifs de Genève, qui attend de longue date un projet global d aménagement apte à lui rendre une qualité d ensemble à la hauteur de son histoire et de sa valeur. Les autres grands dossiers traités par le groupe «études d aménagement» sont exposés dans les cha - pitres qui précèdent: Port et plage des Eaux-Vives (PPEV)-Agrandissement du port de la Société nautique de Genève (SNG) 118, mise en valeur du potentiel de surélévation d immeubles 119 et création d une zone 4 B protégée-village du Grand-Lancy 120. 117 Voir p. 108. 118 Voir p. 26-28. 119 Voir p. 29-31. 120 Voir p. 60. 4 RAPPORTS EN ANNEXE 114 115

4. RAPPORTS EN ANNEXE Rapport de l archéologue cantonal Rapport de l archéologue cantonal Le rôle du Service cantonal d archéologie consiste à rechercher, dégager, étudier et documenter le patrimoine archéologique genevois. Une mission délicate à l heure où se dessinent de vastes projets d aménagement qui bouleverseront le sous-sol du canton. Dans ce contexte, il apparaît primordial de renforcer une politique prospective afin d anticiper les grands chantiers à venir. La carte archéologique du canton, intégrée au Système d information du territoire de Genève (SITG), favorise la mise en œuvre d une telle approche. Sur cette base, des sondages sont régu - lièrement entrepris en fonction des réalisations futures, dont les plus ambitieuses sont répertoriées dans le Plan directeur cantonal, outil indispensable à l orientation des travaux de prospection. Parmi les nombreuses interventions nécessitées par la multiplication des chantiers ouverts sur le territoire du canton, l activité des archéologues s est déployée autour de quelques thèmes particulièrement intéressants. En ville Dans le périmètre de la cité, les découvertes réalisées dans la cour du collège Calvin et sur l esplanade de Saint-Antoine laissent entrevoir le fort potentiel offert par ces deux projets d aménagement urbain qui permettront d explorer de grandes surfaces lorsqu ils se réaliseront. Les recherches dans cette zone située sur le tracé des anciennes fortifications viendraient compléter les résultats obtenus lors des fouilles réalisées dans le parking souterrain de Saint-Antoine, à l ancienne prison et dans l enceinte du Palais de justice. Des origines du quartier, situées en l état actuel des recherches dans le Second âge du Fer, jusqu au déploiement des fortifications bastionnées après la Réforme, c est tout un pan de l histoire genevoise dont on espère ainsi pouvoir enrichir la documentation. Le projet d aménagement d une plage artificielle empiétant sur le lac, le long du quai Gustave Ador, implique la fouille exhaustive de la station littorale de Plonjon dans le cadre d un programme de fouilles réa - lisées par l Université de Genève qui devrait se terminer en 2012. Cette intervention permet de sauver une do - cumentation exceptionnelle qui serait, même sans ce chantier, vouée à une disparition irrémédiable par l ef - Fouilles dans les ruines du château de Rouelbeau, Meinier. A côté des trous de poteaux d une palissade de protection de la première bâtie en bois de 1319, mise au jour d un corps de logis adossé au mur d enceinte. Photo Service cantonal d archéologie/ Michelle Joguin Regelin. fet de la forte érosion subie par cette zone. Elle fournira une image détaillée du mode de vie des agriculteurs qui s installèrent à Genève au cours du Bronze final, entre les années 1000 à 850 avant notre ère. A la campagne Plusieurs chantiers ont élargi nos connaissances sur les origines, l organisation et le développement des établissements antiques qui jalonnaient notre ter - ritoire. La poursuite des fouilles de la villa galloromaine de Vandœuvres, l intervention d urgence déployée sur la pars urbana du domaine antique à l origine du village de Perly et le démarrage d un programme ambitieux à Corsier, où l église médiévale est édifiée dans l environnement immédiat de constructions romaines, sont autant d interventions visant à restituer le cadre de vie du monde rural durant l Antiquité. La continuation du vaste programme déployé autour du château médiéval de Rouelbeau offre chaque année son lot de découvertes. Il s agit d un chantier unique associant le sauvetage des ruines de la forteresse à l étude des vestiges d une bâtie en bois plus ancienne édifiée sur le même emplacement. Ce dossier est d autant plus précieux qu il s attache à la mise en valeur d un patrimoine Fouilles d une villa gallo-romaine du Bas-Empire (III e -V e siècle) à côté du temple de Vandœuvres, place de Vandœuvres. Photo Service cantonal d archéologie/ Denis Genequand. 116 117

4. RAPPORTS EN ANNEXE Rapport de l archéologue cantonal Temple de Saint-Gervais, vue partielle du site archéologique inauguré en 2009. Photo Service cantonal d archéologie/ M. Berti. Dégagement des vestiges d un établissement antique à Perly, chemin du Village-de-Perly 21-23. Découverte d un four de tuiliers gallo-romain dans les bois de Chancy, sentier du Bois de Fargout. Photos Service cantonal d archéologie/ Denis Genequand (haut), Gaston Zoller (bas). 118 global intégrant les recherches archéologiques au sein du vaste programme de renaturation des sources de la Seymaz. En effet, il devient plus que nécessaire aujourd hui de jeter des ponts entre les différentes composantes qui façonnent notre environnement de vie, le cadre naturel ne pouvant être séparé de sa dimension culturelle et de la relation que l homme entretient avec lui. Nous espérons bientôt pouvoir présenter un projet de conservation et de mise en valeur de ce site exceptionnel qu il s agira donc d intégrer au sein du biotope marécageux restitué. Un dernier exemple est donné par une intervention réalisée sur le coteau de Choully. Dans ce cas, la mise en œuvre d un réservoir d eau a révélé des traces d oc - cupation remontant à des périodes reculées, celle du Néolithique final étant de loin la plus intéressante. Pour obtenir une vision plus complète de toutes les interventions menées par le Service cantonal d archéologie, nous renvoyons le lecteur à notre site Internet qui met en ligne les chroniques archéologiques annuelles 121. Sites accessibles au public La mise en valeur du patrimoine archéologique ainsi que sa diffusion auprès du public font également partie des missions du Service cantonal d archéolo- gie qui se doit de porter ses activités à la connaissance de tous. Dans cette perspective, plusieurs découvertes ont été conservées et sont désormais accessibles à un public élargi. Le site aménagé sous la cathédrale Saint-Pierre, dont la nouvelle présentation muséographique a été inaugurée à l automne 2006, a été honoré deux ans plus tard de la Médaille Europa Nostra dans le cadre du Prix du patrimoine culturel de l Union européenne. La cérémonie de remise officielle de cette distinction s est tenue à Genève le 4 novembre 2008 en présence du président d Europa Nostra entouré des représentants des autorités fédérales, cantonales et municipales. Le week-end de portes ou - vertes qui a suivi, avec un stand présentant les activités du Service cantonal d archéologie ainsi que des visites commentées du site, a rencontré un très vif succès. Le 27 avril 2009, le nouveau site archéologique sous le temple de Saint-Gervais était inauguré en présence de M. Mark Muller. La présentation des dé - couvertes relatant l histoire antique de ce quartier de la rive droite est fondamentale: le site correspondant 121 Terrier Jean. Découvertes archéologiques dans le canton de Genève en 2006 et 2007. Genava, 56, 2008, 85-106. www.ge.ch/patrimoine/sca/docs/pub/genava_2006-2007_intro.pdf Terrier Jean. Découvertes archéologiques dans le canton de Genève en 2008 et 2009. Genava, 57, 2010, 149-182. www.ge.ch/patrimoine/sca/docs/pub/genava_2008-2009_intro.pdf 119

4. RAPPORTS EN ANNEXE Rapport de la conservatrice cantonale des monuments à l une des occupations sédentaires connues les plus anciennes du territoire genevois, vers 4000 avant notre ère. La population genevoise est encore venue en nombre aux portes ouvertes organisées à cette occasion et sollicite régulièrement le Service cantonal d archéologie pour l organisation de visites guidées, le site étant accessible uniquement sur demande. D autres lieux permettent de matérialiser des pages d histoire de la cité par l intermédiaire de vestiges particulièrement intéressants. Ainsi, l église de La Madeleine dont les origines sont liées à l établissement d un cimetière vers la fin de l époque romaine; ou encore le parking de Saint-Antoine qui intègre un immense pan des fortifications bastionnées du XVI e siècle, celles précisément qui subirent la tentative d escalade des troupes du duc de Savoie en 1602. Enfin, des promenades archéologiques sont proposées aux visiteurs, à l instar de l ancien prieuré de Saint-Jean dont les vestiges sont conservés dans un petit parc public de la rive droite du Rhône, à côté du pont Sous-Terre. Il en va de même des recherches réalisées sur la somptueuse demeure antique du parc La Grange dont les résultats sont présentés dans le cadre d un concept paysager contemporain. La diffusion des connaissances Dans le cadre de notre collaboration avec le Musée d art et d histoire, la réalisation de salles d archéologie régionale, en germe dès la fin des années 90, a enfin abouti en 2009. Elles offrent un parcours allant des premiers témoignages du Paléolithique en 13 000 avant notre ère jusqu au développement des paroisses rurales dès l an Mil et invitant les visiteurs à poursuivre leur périple à travers le temps à la découverte des sites archéologiques ou verts au public en ville. Une convention signée en 2011 par MM. Mark Muller, président du DCTI, et Patrice Mugny, conseiller administratif de la Ville de Genève en charge du Département de la culture, définit précisément les axes de travail et les rôles du Service cantonal d archéologie et du Musée d art et d histoire, dès lors engagés, chacun selon ses compétences, à défendre le patrimoine archéologique genevois. Enfin, le dynamisme de l archéologie genevoise et la qualité des résultats obtenus, tant sur le plan scientifique que dans le domaine de la mise en valeur des sites, ont incité le comité d Archéologie suisse, association regroupant plus de 2200 membres, à tenir son assemblée générale annuelle à Genève le 13 juin 2009. A cette occasion, un numéro spécial de la revue publiée par cette association a été consacré aux récentes découvertes réalisées dans la campagne genevoise 122. C est le même intérêt qui a conduit le Groupe de travail suisse pour l archéologie du Moyen Age et de l époque moderne, organisme qui rassemble tous les acteurs de la profession, à organiser son assemblée générale à Genève en octobre 2009. 122 L archéologie en territoire genevois. Archéologie suisse, 2, 2009. Trois conservateurs successifs Fait exceptionnel, la législature a vu défiler trois personnes au poste de conservateur cantonal des monuments. En novembre 2006, Pierre Baertschi, en fonction depuis 1991, soit pendant presque seize ans, a été remplacé par Bernard Zumthor. Premier conservateur dans une fonction désormais celle d un employé de l Etat, comme dans la plupart des autres cantons, en lieu et place du précédent statut privé, Pierre Baertschi s est consacré à la sauvegarde du patrimoine cantonal et, par de nombreuses publi - cations, à la diffusion du savoir auprès du public. Bernard Zumthor étant parvenu à l âge de la retraite en juin 2008, c est Sabine Nemec-Piguet, jusqu alors cheffe du SMS, qui a repris la charge, devenant la première conservatrice cantonale des monuments à Genève. L autre particularité de cette période a été la réunion des postes de conservateur des monuments et de directeur de l Office du patrimoine et des sites (OPS) au moment de la nomination de Bernard Zumthor. Ces passages de témoin ont généré des distributions de rôles transitoires et une intense activité d adaptation des acteurs à leurs nouvelles fonctions dans l ensemble de l organisation de l OPS et du SMS, lui-même repourvu d un directeur en 2009 en la personne de Maurice Lovisa. Requêtes et chantiers Le (la) conservateur(trice) est membre de droit de la CMNS et assiste donc à ses séances, notamment aux séances plénières et à celles de la SCMA. Le contrôle du bon état de conservation des monuments classés et la surveillance des chantiers qui les touchent lui incombent. Depuis 2008, la conservatrice est assistée par Yves Peçon, conservateur adjoint. C est ainsi qu au cours de la législature, une cinquantaine de chantiers se sont déroulés sous son contrôle, certains encore en cours. Rappelons les plus importants, également évoqués au chapitre de la SCMA 122. Le chantier de restauration de l immeuble Clarté de Le Corbusier (1931-1932), commencé en 2004 par l enveloppe extérieure après une menace de travaux d office et à l initiative de l Etat, s est poursuivi de manière exemplaire par les rénovations successives des appartements en PPE 123. Ces interventions se sont appuyées, notamment, sur l important travail d inven - taire réalisé en 2006 124, dont les recommandations portant sur la sauvegarde des typologies et de la substance intérieure ont été incluses dans le règlement de copropriété de l immeuble (une première!). Par ailleurs, Clarté a pu bénéficier d un colloque de l ICOMOS tenu en 2007 en complément de l important volume des travaux préparatoires qui ont fait de cette intervention un modèle. Les conser vateurs cantonaux des monuments successifs lui ont consacré beaucoup d énergie en veillant à la fois au respect de l œuvre architecturale de Le Corbusier et à l obtention de subventions publiques exceptionnelles, tant de la part du canton que de la Confédération 125. Le chantier du collège Calvin s est ouvert en été 2008 par une discussion sur le choix des tuiles pour la vaste toiture du bâtiment sud-ouest (1560-1561, restauré et agrandi en 1887-1889). La conservatrice, d entente avec la CMNS et après expertise d une spécialiste des tuiles de Suisse romande, est revenue sur l idée d un remplacement général des tuiles an - ciennes par des tuiles plates rouges et a préféré faire fabriquer à la tuilerie de Bardonnex un produit plus adéquat, de couleur jaune. Le maître d œuvre a procédé à la dépose des tuiles existantes et à la récupération de toutes les tuiles anciennes encore en état de remplir leur fonction. Un tel chantier nécessite une adaptation des solutions à chaque nouvelle étape. Des groupes de travail sont parfois mis en place pour accompagner le suivi de projets ou de chantiers particulièrement délicats. Le(la) conser va teur(trice) a ainsi participé à plusieurs groupes concernant des immeubles classés, ou en cours de classement, comme l ancien domaine de Ruth (Notre-Dame du Lac), objet d un morcellement commandé par un plan localisé 122 Voir p. 38-60. 123 Une publication de l OPS est à paraître, sous la direction de l architecte Jacques-Louis de Chambrier. 124 Atelier d architectures Laurent Chenu, «CLA immeuble Clarté, cahier d inventaire», Genève, DCTI, DPS, mars 2006. 125 Pour un montant des travaux de 14 millions de francs, la restauration des façades et des parties communes a bénéficié de subventions cantonale et fédérale d un montant de 2,7 millions de francs. 120 121

4. RAPPORTS EN ANNEXE Rapport de la conservatrice cantonale des monuments Pregny-La-Tour, château de l Impératrice, chemin de l Impératrice 10, salon avec décor intégré de toiles peintes, inspirées des marines de Joseph Vernet, dont l œuvre a été largement diffusée par les gravures de Jean-Philippe Le Bas, et de stucs attribués aux frères Peter Anton et Andreas Moosbrugger. Photos SMS / Sandra Pointet. de quartier, la gare Cornavin, en cours de transformation, ou encore la salle du Conseil d Etat à la Tour Baudet soumise à une rénovation/restauration. Mesures conservatoires Parmi les charges liées à la fonction de conservateur, les mesures conservatoires 126 méritent d être relevées. Au cours de la législature, l Association pour le patrimoine industriel (API) a introduit auprès du Conseil d Etat une demande de mise sous protection de l atelier de reliure-dorure de feu Pierre-Louis Wermeille en octobre 2008, afin d éviter la destruction de ce matériel par l Office des faillites qui souhaitait restituer les locaux vides au propriétaire de l immeuble, la commune de Lancy. Des mesures conservatoires ont été immédiatement ordonnées afin de sauvegarder l atelier et l API s est portée acquéreuse du fonds. Procédures de classement Il incombe également au conservateur de mener les procédures visant au classement des immeubles patrimoniaux exceptionnels. Durant la législature, 14 pro - cédures de classement ont été initiées (dont une procédure demandant le renoncement à un classement) et 5 ont été menées à terme 127. Ce chiffre peut sembler faible au regard des procédures ouvertes ou en cours. On peut toutefois remarquer que le rythme des adoptions du Conseil d Etat en matière de classement a varié au cours de son histoire et que les années 90 ont connu un certain ralentissement. Il reste à évoquer le cas d un recours, celui de l immeuble sis route des Franchises 28 (Frédéric Mezger, 1928-1932), au Petit-Saconnex, dernier vestige de la «Cité Vieillesse» à Vieusseux. L association Patrimoine suisse Genève a recouru contre une décision du Conseil d Etat de rejeter le classement, mais n a pas obtenu gain de cause. Subventions fédérale et cantonale Un changement s est opéré en 2008 en matière d octroi de subventions fédérales pour la conservation des monuments historiques. Le conservateur, de concert avec les services fédéraux, s est attelé à la mise en place de la première «convention-pro- 126 Selon l art. 5 de la LPMNS : «En cas d atteinte ou de danger imminent, l autorité compétente prend les mesures de sauvegarde appropriées. Elle peut notamment ordonner l arrêt immédiat des travaux et, le cas échéant, le rétablissement de l état antérieur des lieux». 127 Voir la liste au chapitre de la SCMA, p. 38. gramme» entre la Confédération et le canton pour la période 2008-2011, accordant un montant global de 949 939 francs de subventions à des tiers et aux fouilles archéologiques. FMNS Le montant des subventions à des tiers sur le Fonds des monuments, de la nature et des sites pour la période 2006-2010 s est élevé à CHF 2 066 390 pour 27 bâtiments, dont 19 appartenant à des collecti - vités publiques ou privées et 8 à des particuliers. SRB Les subventions à la restauration des bâtiments ont été, quant à elles, réparties comme suit: montants annuels nombre d objets 2006 464 475. 11 2007 797 855. 25 2008 1 760 016. 21 2009 1 879 115. 30 2010 1 288 765. 20 Publications et conférences Durant la législature écoulée, un effort tout particulier a été fourni pour transmettre les résultats de recherches historiques, présenter des chantiers exemplaires et les expertises qui les accompagnent, publier le résultat de recensements thématiques, ouvrir enfin un espace de discussion et de débats destiné aux différents acteurs notamment les associations professionnelles impliqués dans la sauvegarde du patrimoine. Grâce à des partenariats, plusieurs publications ont ainsi pu voir le jour. L Office du patrimoine et des sites a conduit l édition de trois cahiers de la série qu il dirige depuis 1996, Patrimoine et architecture (chez Infolio éditions), ainsi qu un numéro hors série: Les fenêtres, vues sur un patrimoine (mai 2008), Le temple de Chêne, 1758-2008 (hors série, novembre 2008), Les moulins à eau du bassin genevois (mai 2009), Restaurer et créer. Le traitement créatif de la lacune en peinture murale (avril 2010). Immeuble à l abandon, route des Franchises 28: dernier vestige de la Cité Vieusseux dont le classement demandé par Patrimoine suisse Genève a été refusé. Photo Cecilia Maurice de Silva. Sous l égide de l Office, la connaissance de l architecture contemporaine a été complétée grâce à la parution de l ouvrage L architecture à Genève 1976-2000 de Jean-Marc Lamunière (Infolio, 2007). Conjointement avec les auteurs, Suzanne Kathari et Natalie Rilliet, l Office a participé à l Histoire et Guide des cimetières genevois (Slatkine, 2009), per - mettant au public de prendre connaissance de l important travail de recensement des cimetières entamé en 2004. Toujours dans un esprit de partage des connaissances historiques du patrimoine bâti et de son adaptation aux temps modernes, l Office, en partenariat avec la Fédération des architectes et ingénieurs de Genève et la Fédération des métiers du bâtiment, a mis en place en 2008 un cycle de conférences tenues désormais traditionnellement au printemps. Sous le titre de «Recenser, conserver, transformer le patrimoine», les interventions ont abordé les thèmes suivants: «Le patrimoine industriel du canton de Genève» (mai 2008), «Le patrimoine rural du canton de Genève» (avril 2009), «Grands domaines, serres et orangeries» (avril 2010). Journées du patrimoine L Office du patrimoine et des sites est un des partenaires principaux de la manifestation annuelle des Journées du patrimoine. Les thèmes abordés au cours de la législature ont largement associé nature et culture, paysage et architecture, environnement et société: 2006 Les jardins, cultures et poésie 2007 Le bois 2008 Lieux de délices 2009 Au fil de l eau 2010 Cycles de vie Depuis leur création, le succès des Journées du patrimoine ne s est pas démenti. 122 123

4. RAPPORTS EN ANNEXE Rapport de l historienne des monuments Rapport de l historienne des monuments Bien qu inscrit dans la loi, le statut de l historien/ne des monuments est mal connu. Dans le règlement d application RPMNS, il est dit «Un des membres de la commission, désigné par le Conseil d Etat, exerce la fonction et porte le titre d historien des monuments» 128. L historien/ne des monuments, tout comme les autres délégués de la commission, traite les objets soumis à la LPMNS, mais il a également latitude, sur demande du SMS, d établir des rapports concernant des objets qui ne sont pas au bénéfice d une mesure de protection mais «présentant un intérêt historique» 129. Dans ce dernier cas, essentiellement des demandes de démolition, il s agit de documenter scientifiquement les dossiers et d orienter le SMS vers une éventuelle demande de mise sous protection (classement, mise à l inventaire, plan de site) ou, à l inverse, vers une autorisation de démolir, voire vers une documentation de l objet avant démolition. L activité de l historien/ne des monuments est liée à une législature. En principe, l historien/ne des monuments est déléguée à la SCMA, mais il est ar - rivé lors de la législature 2006-2010 qu elle soit appelée à documenter et à présenter des dossiers traités dans d autres sous-commissions. 128 Règlement général d exécution de la loi sur la protection des monuments de la nature et des sites, RPMNS, Chapitre 1, Organe d exécution, Section 3, Tâches spéciales, art. 10, Historien des monuments. 129 Ibid. Chemin Sur-Beauvent 3 à Confignon Avenue de Miremont 17 à Genève Rue de Genève 82 à Chêne-Bourg Photos Babina Chaillot-Calame Avenue des Allières 4 à Genève Chemin Charles-Borgeaud 2 à Onex Chemin de la Fruitière 16-18 à Collex-Bossy Photos Babina Chaillot-Calame Rue de Bernex 261 à Bernex. Photo Babina Chaillot-Calame 124 125

4. RAPPORTS EN ANNEXE Rapport du conservateur de la nature et du paysage Ce statut «double», qui permet à l historien/ne de traiter des objets soumis à la LPMNS, mais également des objets non protégés, génère parfois certaines incompréhensions de la part des mandataires extérieurs qui peuvent voir leur dossier traité par la même personne à plusieurs stades de la consultation: lors d une visite avec le SMS, lors de l établissement d un rapport, lors de l analyse du dossier en sous-commission et éventuellement à l occasion de sa demande de mise sous protection. Durant la législature 2006-2010, la pression im - mobilière a engendré une forte augmentation des demandes de démolition sur des objets non protégés, notamment entre 2008 et 2009. Afin de ne pas trop ralentir le traitement de ces dossiers, qui né - cessitent d être documentés rapidement, plusieurs études historiques ont été confiées en parallèle à des historiens de l art indépendants. Chacune de ces études a servi à l établissement d un rapport de l historienne des monuments sur lequel le SMS s est appuyé, soit pour autoriser la démolition des bâtiments concernés, soit pour demander l ouverture d une mise sous protection. Moyennant la mise en place de certaines règles (visites en présence de l historien de l art mandaté accompagné de l historienne des monuments et du SMS, suivies d échanges entre toutes les parties) cette solution a été, dans la majorité des cas, concluante. Elle a permis de réduire le temps de traitement des dossiers, de faire appel, si possible, à des historiens spécialisés dans des domaines particuliers (patrimoine XVIII e, XIX e et XX e siècles, patrimoine industriel, patrimoine rural, villages ou sites spécifiques) et de décharger l historienne des monuments, qui, comme tous les autres membres de la CMNS, se doit de conserver son activité professionnelle en dehors de la commission. A l exception de deux objets (chemin des Troënes 3 à Lancy et rue des Délices 12bis à Genève), les demandes de mise sous protection recommandées par l historienne des monuments ont été suivies par l administration. Il s agit essentiellement de de - mandes de mises à l inventaire, pour lesquelles on peut citer les dossiers suivants: chemin Sur-Beauvent 3 à Confignon, av. des Allières 4 à Genève, avenue de Miremont 17 à Genève, chemin Charles-Borgeaud 2 à Onex, rue de Genève 82 à Chêne-Bourg. Chemin du Manoret 2 à Vandoeuvres Photo Babina Chaillot-Calame A l occasion de la législature 2006-2010, l historienne a été appelée à documenter et à présenter plusieurs dossiers traités en SCA: la demande de dé - molition-reconstruction du bâtiment du rond-point de Plainpalais 2A 130 et celui de la banque UBS au passage des Lions/ rue du Rhône/rue de la Confédé - ra tion/rue du Commerce. En zone 4 B protégée, les recommandations pour le maintien de plusieurs bâtiments ont également été suivies par la SCA: rue de Bernex 261, chemin de la Fruitière 16-18 à Collex-Bossy et chemin du Manoret 2 à Vandœuvres. 130 Voir photo p. 72. La mission générale du conservateur de la nature et du paysage consiste à assurer le maintien et le développement de la flore et de la faune sauvages et indigènes de notre canton au bénéfice de la population. Il s agit notamment de garantir une protection efficace et une gestion appropriée des sites les plus riches en biodiversité, soit les réserves naturelles. La mise en réseau et le maintien des connections entre ces «réservoirs» doivent également être garantis pour permettre un échange génétique entre les populations animales et végétales, facteur incontournable pour la conservation de notre biodiversité cantonale. Enfin, une attention doit aussi être apportée à la nature «banale» qui joue un rôle im - portant dans le bon fonctionnement à long terme de cette nature représentant notre cadre de vie, ce qu une grande partie de la population semble avoir oublié. Enfin, la pérennité et le renouvellement du paysage naturel font également partie de ses tâches. La forêt couvre près de 13% de la surface du canton, autant que le lac et les cours d eau, l espace rural encore près de 40%. Ainsi, dans notre «cantonville», l espace urbain et périurbain ne représente qu un tiers du territoire. Néanmoins, contrairement à ce qu on a coutume de penser, ces lieux abritent aussi une partie de la faune et flore indigènes (la «nature en ville»), certaines espèces ayant trouvé auprès des aménagements de l homme des habitats de substitution, compensant ceux perdus naguère lors des remaniements des espaces naturels. Le conservateur de la nature et du paysage est rattaché à la Direction générale de la nature et du paysage (DGNP) au sein du Département de l intérieur et de la mobilité (DIM). Cette situation lui permet d apporter une vision transversale dans l analyse des dossiers pour une meilleure intégration des aspects liés à la conservation de la nature et du paysage. A noter au passage que la composition de la SCNS est très variée, ce qui favorise un examen des dossiers sous de nombreux angles différents et permet l obtention d une plus-value certaine pour les requérants pour autant que les préavis soient pris en compte dans la synthèse finale des services. L essentiel des activités du conservateur est exécuté au sein de son propre département, mais en collaboration avec les autres départements, notamment avec le DCTI dans le cadre de l application du volet nature et paysage de la LPMNS. Pendant la législature, il a notamment lancé le projet de mise en conformité des périmètres de réserves naturelles afin d en améliorer la protection et d en préciser la gestion, notamment du point de vue de leur usage par le public. Il a aussi contribué à l élaboration d un nouveau règlement de protection du paysage, des milieux naturels et de la flore (RPPMNF) entré en vigueur en 2007 en remplacement de différents outils légaux obsolètes. Une activité importante consiste à identifier les richesses naturelles parmi les espèces de la flore et de la faune. A ce titre, il s est agi d identifier en les listant les espèces indigènes de la flore, ainsi que le degré de menace qui pèse sur celles-ci. Cet exercice mené avec les experts botaniques, notamment des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève par le biais d une convention de collaboration, a permis d aboutir en 2006 à une liste rouge, puis plus récemment à une liste des espèces prioritaires. Des inventaires et listes rouges semblables sont en cours pour les mousses et les lichens. Sur le terrain, de nombreux sites dont la gestion avait été délaissée depuis une décennie ont pu être revitalisés, notamment grâce aux contributions financières issues du programme de relance de l économie de la Confédération. Il s agit principalement des sites marécageux en forêts de Jussy et de Versoix qui ont bénéficié d un agrandissement substantiel pour leur permettre à terme d obtenir la reconnaissance «d importance nationale». Parmi les sites existants d importance nationale, comme le marais des Prés-de-Villette, l ancienne boucle du Rhône au Moulin-de-Vert et les vallons de la Laire et de l Allondon, les interventions ont consisté à assurer le maintien de la fonctionnalité de ces milieux secs ou humides. De nombreux autres projets de revitalisation ou de gestion sont menés pour améliorer la qualité des habitats naturels et renforcer leur mise en réseau. A noter que le Fonds cantonal des monuments, de la nature et des sites (FMNS) finance également une partie de ces projets, notamment ceux d importance nationale. Au sein de la SCNS, la tâche consiste principa le - ment à alimenter les discussions avec les connaissances de terrain et les projets en cours. Comme support, le «Bilan Nature» établi par la DGNP identifie l état existant sur la base des activités des dix dernières 126 127

4. RAPPORTS EN ANNEXE Rapport du conservateur de la nature et du paysage Le castor est présent. Ci-dessous : crapaud commun en migration printanière. Photos DGNP. Noyer à Meinier. Orchidée Ophrys araneola. Le flambé. Falaises du Moulin-de-Vert en hiver, Aire-la-Ville. Le Rhône et le Fort-l Ecluse vus du bois de la Grille, Vernier. Salamandre tachetée. Photos DGNP. années et propose des perspectives pour les années à venir. Ce document permet donc de vérifier et de préciser les objectifs en lien avec les demandes analysées. Parmi les difficultés récurrentes identifiées dans les dossiers soumis, on retrouve constamment l absence d une vision globale. Chaque dossier est jugé pour lui-même, alors que les impacts, notamment sur le paysage, sont toujours d ordre plus général. Ainsi, par exemple, lors de constructions nécessitant l abattage d arbres, l impact ne concerne pas seulement la perte de tel ou tel individu plus ou moins remarquable, mais c est toute une image, parfois typique du canton, notamment avec ses vieux chênes ou l arborisation des rives du lac qui est en jeu. La procédure actuelle rend possible un saucissonnage des demandes aux dépens d une approche globale. D autres éléments qui peuvent avoir des im - pacts importants hors du périmètre analysé ne sont pas non plus intégrés dans l analyse des dossiers. On peut citer la production de remblais par les constructions souterraines faramineuses, notamment dans le périmètre de protection des rives du lac à Cologny. La destination des déblais produits ne faisant pas partie du dossier à analyser, la problématique n en est que déplacée ailleurs dans le canton, au détriment du paysage en zone rurale notamment. Dans le même registre, l absence répétée d une vision supra-parcellaire lors de modifications importantes de terrain conduit à des aberrations qui impactent le paysage et le cadre de vie de nombreux citoyens bien au-delà du seul dossier concerné. En conclusion, le plus grand enjeu de la participation du conservateur de la nature et du paysage aux séances de la SCNS reste de faire prendre conscience que la bonne santé des «petites fleurs et grenouilles» n est que la pointe de l iceberg de ce qu on appelle «nature», qui représente finalement non seulement notre cadre de vie quotidien, mais aussi l un des attraits principaux de notre canton auprès des partenaires économiques et touristiques. 128 129

4. RAPPORTS EN ANNEXE Rapport des délégués à la Commission du Vieux Carouge Rapport des délégués à la Commission du Vieux Carouge Place du Temple 5 après restauration. Photos Babina Chaillot-Calame. Rue Saint-Joseph 42 après restauration. Rue Ancienne 86. La Commission du Vieux Carouge (CVC) s est réunie une quarantaine de fois pendant la législature écoulée, à raison de 8 à 10 séances par année, soit moins d une fois par mois. Elle a eu pour tâche d analyser les dossiers d autorisation de construire concernant les bâtiments et les aménagements publics compris dans le périmètre du plan de site du Vieux Carouge. Pour rappel, le plan de site du Vieux Carouge, adopté en 1982, fait état de trois catégories de bâtiments classés en raison de leur intérêt architectural ou historique: les bâtiments maintenus, en catégorie A, qui ne «peuvent faire l objet que de travaux d entretien ou de transformations utiles à une amélioration des locaux» et ceux en catégorie B, qui «peuvent être transformés si les éléments intéressants de leur substance architecturale sont sauvegardés». Les transformations sur les bâtiments appartenant à la catégorie «autres» doivent répondre aux différents articles du plan de site (conditions particulières, gabarit, esthétique des bâtiments, toitures et destinations) 131. Les interventions sur les bâtiments au bénéfice d une mesure de classement ou d inscription à l inventaire n ont pas été traitées par la CVC, cette compétence relevant de la seule CMNS. Les bâtiments du centre historique de Carouge présentent une certaine homogénéité et l analyse des dossiers soumis à la CVC met en relief la récurrence de plusieurs types d interventions. Le rapport de cette dernière législature se subdivise ainsi en cinq thèmes: La destination des anciennes maisons carougeoises Rez-de-chaussée commerciaux Le rez-de-chaussée est en principe «destiné à des activités artisanales et commerciales» 132. Les ar - cades commerciales de Carouge sont de plus en plus exploitées par des cafés-restaurants ou par des activités du secteur tertiaire. Dans le premier cas, ces exploitations engendrent de nombreuses demandes pour des aménagements saisonniers (terrasses, cabanons à glace, sas d entrée) pour lesquels la CVC a souvent dû émettre des préavis négatifs dans le but d éviter l envahissement du domaine public et de préserver l espace des rues et le dégagement des places qui font la spécificité du Vieux Carouge. Dossiers traités: place du Marché 4 et 20, rue Saint- Joseph 42, place du Temple 5. Dans le deuxième cas, la réhabilitation des ar - cades en bureaux ou agences bancaires a pour consé- 131 Plan de site du Vieux Carouge, Règlement du 21 juillet 1982. 132 Ibid. Cette référence vaut pour toutes les citations suivantes. Rue de Veyrier 2/rue Vautier 27, après restauration avec de nouvelles lucarnes disproportionnées. Photo Cecilia Maurice de Silva. quence des requêtes pour des transformations de vitrines, des remplacements de serrurerie ou encore des obturations d éléments vitrés. Il faut également relever la difficulté de rendre ces arcades accessibles aux personnes handicapées (seuil surélevé, largeur des ouvertures). Afin de conserver la substance des vitrines anciennes et caractéristiques du centre historique de Carouge, de faire perdurer l activité commerçante des rues et d éviter les vitrines mortes, la CVC a également demandé la modification de plusieurs projets. Dossiers traités: place du Marché 20/ rue Jacques-Dalphin 23, rue Vautier 43, rue Saint- Victor 23, rue Ancienne 86. De manière générale, les arcades commerciales de Carouge changent souvent d exploitant, d où les nombreuses demandes d autorisation et de mise en conformité portant sur la signalétique des commerces: taille et emplacement des potences ou en - seignes murales, réunion de plusieurs arcades sous une seule toile de tente, coloris, inscriptions et taille des toiles de tente. Nombre de ces éléments peuvent altérer fortement la lecture architecturale des façades ou créer une rupture d échelle. Exemple: rue Jacques-Dalphin 29. La CVC a rencontré des difficultés dans le traitement de dossiers concernant des chaînes de magasins ayant pour habitude de s installer avec leur propre signalétique qui s avère souvent trop intrusive dans le cadre d un site protégé, notamment des pharmacies dont l image publicitaire a un impact visuel trop fort dans le Vieux Carouge. Exemples: pharmacies Plus et Amavita, rue Ancienne 84 et place du Marché 1. Etages et cours Les étages des maisons carougeoises sont «principalement destinés à l habitation». Les maisons traditionnelles sont la plupart du temps subdivisées par étage, chacun abritant un logement desservi par une coursive extérieure située côté cour. Durant cette dernière législature, plusieurs propriétaires ont souhaité développer l affectation commerciale de ces Rue des Moraines 2 bis, les façades malencontreusement dépouillées de leur crépi. Photo Babina Chaillot-Calame. maisons ou bien les transformer en logement unifamilial. Ces transformations entraînent la disparition de la typologie d origine de la maison, l adjonction de systèmes de circulation verticaux intérieurs au dé - triment de l usage des coursives extérieures ainsi que la fermeture et la privatisation des cours. Exemples: rue Ancienne 23, rue Joseph-Girard 4. En règle générale et bien que dans certains cas divisée sur ce sujet, la CVC s est opposée à tout noyautage des cours, tentant ainsi de pré server l ouverture, l accès et la qualité de ces espaces caractéristiques et privilégiés du Vieux Carouge. Exemples: rue du Marché 10A, rue Ancienne 53, place du Temple 5. Combles La maison carougeoise est relativement petite et basse, généralement de 2 étages sur rez. Les aménagements et transformations de combles sont donc très fréquents. Ils posent des questions récurrentes: nombre et dimension de jours en toiture qui ont une incidence sur les conditions d habitabilité de ces espaces et l esthétique des toitures. L exclusion des ouvertures en double registre permet de préserver l aspect du paysage des toitures et de faire respecter le règlement selon lequel «l aménagement de plus d un niveau dans les combles est interdit». Si les ouvertures sous forme de lucarnes traditionnelles sont largement admises dans le Vieux Carouge, en revanche leur réalisation doit souvent être affinée (épaisseur des jambages, profil des chapeaux, section de la menuiserie et des petits bois, adaptation de la ferblanterie). Exemples: rue de Veyrier 2/ rue Vautier 27, rue Saint-Joseph 39, rue du Collège 3, rue Jacques-Dalphin 20. L esthétique des bâtiments Bien que le règlement du plan de site prévoie des façades dont les «matériaux et teintes [sont] en harmonie avec ceux des constructions existantes» et que 130 131

4. RAPPORTS EN ANNEXE Rapport des délégués à la Commission du Vieux Carouge «le département peut exiger la présentation d échantillons», on doit constater que cette disposition n est pas toujours respectée dans la pratique. Le choix des teintes donne lieu à des interprétations subjectives, les échantillons sont difficiles à obtenir et ils dif - fèrent souvent de la réalisation finale. Dans le dossier rue Saint-Victor 23, la CVC a bien accueilli le projet de restitution de l harmonie d origine de la façade en supprimant les interventions malheureuses de 1946 (traitement symétrique des deux arcades, suppression des prises de jour en double registre). Le règlement stipule que «les murs sont crépis selon les règles de l art»; à ce jour, malgré une dénonciation pour infraction et des interventions répétées, la CVC n a toutefois pas été en mesure d obtenir la restitution du crépi des façades du bâtiment rue des Moraines 2bis. Nouvelles constructions de logements La CVC a suivi avec grand intérêt deux projets de création de logements. Rue Ancienne 67, diverses consultations, visites et demandes de compléments ont permis de développer, pour la communauté d Emmaüs, un projet de logements de grande qualité en lieu et place d anciens hangars. Citons également le projet de réhabilitation en logements des anciennes halles désaffectées, rue Vautier 43. Aménagement de l espace public La CVC a accueilli favorablement le projet de valorisation de l espace public pour la zone comprise entre la rue Jacques-Dalphin, la place du Temple et la place du Marché. Elle a en effet relevé que le projet contribuait à mettre en valeur une partie de l espace compris dans le plan de site du Vieux Carouge au moyen de la création d une zone piétonne, l aménagement de zones 20 et 30 km/h, le déplacement des usagers de la circulation routière et du stationnement et finalement la simplification des aménagements publics, en permettant de dégager les rues, les bâtiments et leur accès. Anciennes halles, rue Vautier 43, avant, pendant et après restauration et transformation. Photos Boris Siebold (sauf première image de la page 132, Cecilia Maurice de Silva). 132 133

4. RAPPORTS EN ANNEXE Rapport des délégués au Fonds cantonal des monuments, de la nature et des sites et à la Commission d attribution de la subvention à la restauration des bâtiments Rapport des délégués au Fonds cantonal des monuments, de la nature et des sites et à la Commission d attribution de la subvention à la restauration des bâtiments Fonds cantonal des monuments, de la nature et des sites (FMNS) Le FMNS est alimenté par des subventions fédérales et cantonales constituant ensemble un patrimoine annuel d environ 4 millions de francs. Il est destiné à trois entités différentes: au patrimoine bâti classé pour subventions à la restauration, études, documentation, à l archéologie cantonale pour fouilles, études, documentation (travail en partie planifié, en partie incertain du fait des interventions dites de sauvetage), au patrimoine naturel et paysager pour subvention à des projets de sauvegarde et de réhabilitation, études, documentation. Sur le montant global, 25% vont au patrimoine bâti et 75% sont partagés, selon une clé de répartition qui varie en fonction des projets, entre l archéologie et la nature. Les subventions peuvent aller directement à des services de l Etat (monuments et sites, nature et paysage, archéologie), à des communes, à des institutions (y compris les Eglises), et à des privés. A noter que, dès 2008, a été mise en œuvre dans le cadre de la Réforme de la péréquation financière et de la répartition des tâches entre la Confédération et les cantons (RTP), une convention-programme 2008-2011 entre la Confédération (OFC) et le Canton de Genève (OPS) incluant un plan quadriennal. Le Conseil consultatif comprend le/la conservateur/trice des monuments, le conservateur de la nature et du paysage, le directeur du domaine nature et paysage du Département du territoire, l archéologue cantonal et deux délégués de la CMNS. Il se réunit 3 ou 4 fois par an. Sa mission: proposer la répartition des montants et voter le budget annuel; prendre connaissance des projets, chacun amenant sa liste de travaux pouvant être subventionnés; se tenir informés de l utilisation des fonds; contrôler les comptes. La liste des objets subventionnés pendant la lé gislature correspond à une partie des chantiers du bouclement des comptes des plus anciens au lan - cement des nouveaux suivis par la SCMA, la SCNS, le/la conservateur/trice des monuments, le conservateur de la nature et du paysage et l archéologue cantonal. Signalons-en quelques-uns, particulièrement significatifs: le temple de Chêne-Bougeries, les orgues de plusieurs églises et temples (Sainte- Croix, Saint-Germain, Hermance, Fusterie), les cloches de la cathédrale, la maison Tavel, le domaine de Chandoleine, Fondation Hardt pour l étude de l An - tiquité classique, à Vandœuvres, la maison forte d Adda à Corsinge, les fouilles de Rouelbeau à Meinier, la renaturation de diverses rivières (Seymaz, Versoix, Aire), la replantation d arbres à Evordes et à Corsier, le réaménagement du Signal de Bernex, les plans de gestion des Mouilles d Onex et du Moulin de Vert, des bois de Jussy et de Versoix. Certains chantiers, comme celui de Rouelbeau, sont à la fois subventionnés comme site naturel et archéologique, d autres, comme la fouille de la station littorale de Plonjon, sont pris en charge sur un autre budget de l Etat, en l occurrence celui du CEVA et du projet de parc-plage aux Eaux-Vives. Subventions à la restauration de bâtiments (SRB) La sous-commission SRB dispose annuellement d un montant d environ 1,8 million de francs. Elle est chargée d attribuer des subventions à la restauration de bâtiments uniquement de logement aux mains de particuliers. Elle se compose de deux représentants de la CMNS, ainsi que de représentants des associations patronales et syndicales de l Indus - trie genevoise de la construction, des régies et du Ras semblement pour une politique sociale du logement. Elle se réunit une fois par mois. Sous la présidence de Patrice Reynaud, au cours de la législature écoulée, elle a mis au point un système précis, applicable aux demandes d autorisation de construire concernant les immeubles qui disposent d une mesure de protection (inscription à l inventaire, plan de site, ensemble du XIX e et début XX e siècle, village en zone 4 B protégée). Précisons que seules les restaurations sont subventionnées, mais que ce principe a été quelque peu modifié ces Immeuble, rue Charles-Giron 1, façade après restauration. Photo Cecilia Maurice de Silva. 134 135

4. RAPPORTS EN ANNEXE Rapport des délégués CMNS aux autres commissions du DCTI Immeuble, rue Ferdinand-Hodler 7, après restauration. Photos SMS / Gil Chuat. dernières années, dans la mesure où sont désormais aussi prises en considération des rénovations de fenêtres lorsque le requérant se donne la peine de les remplacer par des modèles en bois de facture traditionnelle. Le système est le suivant: la souscommission SRB prend en compte, sur le devis général, les montants destinés à la restauration (crépis, peintures, menuiserie des fenêtres, tuiles, aménagements extérieurs et fondations jusqu alors non pris en compte, échafaudages, relevés, documentation, etc.). Ces montants peuvent être subventionnés dans une proportion qui varie de 5 à 20%, pouvant aller exceptionnellement jusqu à 50% pour des dé cors peints par exemple. Le SMS vérifie ensuite les factures et établit une fiche illustrée et chiffrée. En cas de dépassement supérieur à 10% du montant prévu, le dossier repasse devant la sous-commission SRB. Citons quelques exemples: restauration des fa - çades et de la cage d escalier rue Ferdinand-Hodler 7 (1897); restaurations extérieures rue Liotard 37 (1903), rue de la Tour-Maîtresse 4-6 (1899), rue Baulacre 5-11/ rue du Vidollet 23-27 (ensemble de Beaulieu, Honegger Frères, dès 1947), rue Charles- Giron 1 (1911), rue de la Tour 4 (vers 1880). De loin, le montant le plus important a été attribué à l im - meuble Clarté de Le Corbusier. Commission d urbanisme (CU) La commission d urbanisme compte 13 membres. Un délégué de la CMNS en est membre titulaire. La CU examine les projets de planification directrice, les plans localisés de quartier, les demandes de renseignements et les plans directeurs communaux. Les dossiers importants déposés au DCTI sont souvent soumis à la fois à CMNS et la CU, les préavis respectifs des deux commissions devenant alors complémentaires. Ils peuvent se rejoindre dans leur conclusion, en particulier pour ce qui touche à l aspect paysager des sites. L approche de chacune des deux commissions étant très spécialisée, le rôle du délégué de la CMNS y revêt une certaine importance, sa mission visant à expliciter et à rendre plus concrets les préavis de chacune d elles. La mise en convergence des différents préavis reste toujours dévolue à l administration afin que les projets qui lui sont soumis puissent évoluer d une manière dynamique. Lui incombent aussi la gestion proprement dite des projets et les médiations nécessaires entre les parties. Les grands projets nécessitent l engagement dans les services d architectes coordinateurs. Quelques dossiers importants soumis aux deux commissions pendant la législature écoulée: les gares CEVA (Pont Rouge, Bachet-de-Pesay, Champel-Hôpital, Eaux-Vives et Chêne-Bourg), les nouvelles lignes de tramway (notamment la ligne TCOB entre la place Cornavin et Bernex), les projets d urbanisation des communaux d Am - billy, de la Chapelle-Les Sciers et de Meyrin-Les Vergers, le parc-plage public des Eaux-Vives (PPEV), l extension du Port-Noir et du port de la Société nautique de Genève (SNG), différents plans directeurs communaux avec leur plan directeur des cheminements piétons, la reconstruction du site Artamis (ancien site SIG), la surélévation de l ensemble immobilier Constel - lation Grande Ourse à la pointe du plateau de Saint-Jean, rue du Devin-du-Village 8-10/ rue du Vicaire-Savoyard 1, 2-14, d Honegger Frères et René Parodi (1953-1958). Dans les opérations d urbanisme soumises à la CU apparaissent presque toujours des contraintes découlant de l histoire des lieux et du bâti, et que les concepteurs des projets doivent prendre en compte. Le rôle du délégué de la CMNS à la CU a été de rappeler et de défendre cette dimension patrimoniale dans le processus de fabrication des «morceaux de ville» que sont les plans localisés de quartier. Commission d aménagement du territoire (CAT) La CAT regroupe une cinquantaine de membres issus d organismes concernés par la planification territoriale (partis politiques, représentants des communes, associations diverses, groupements de propriétaires, milieux patronaux et syndicaux, agriculteurs). Elle a pour mission de participer, avec le département, à la «définition des projets de concept de l aménagement cantonal et de schéma directeur cantonal» ainsi qu au «développement du Projet d agglomération franco-valdo-genevois». Pendant la législature écoulée, elle s est réunie en plénière sous la présidence de M. Mark Muller. Après avoir assuré le suivi du Plan directeur cantonal et sa né cessaire adaptation aux besoins émergents, comme le projet de développement urbain de Bernex, elle a, dès 2009, porté son activité sur l étude et la validation du processus de projet pour le nouveau plan directeur cantonal 2015-2030. Rappelons que le Plan directeur cantonal est, conformément à la loi fédérale sur l aménagement du territoire, la pierre angulaire de l aménagement territorial cantonal. C est un document de référence et de coordination, qui définit les grandes orientations et les conditions de leur mise en œuvre. Il en - gage les autorités. Les membres de la CAT ont pris part à diverses séances à caractère informatif (présentation de statistiques démographiques, projection des besoins en termes de logements et d activités, présentation des grandes orientations du projet, etc.) et ont poursuivi la réflexion en sous-commissions ad hoc. Le travail a surtout porté sur l évaluation des fiches 136 137

4. RAPPORTS EN ANNEXE de mesures du projet de nouveau Plan directeur cantonal, préalables à l élaboration des schémas cartographiques. Quelques séances spéciales ont eu pour objet une thématique plus généraliste, telle que l évaluation de l opportunité de la planification de tours (PAV, centres périphériques, bordures de zone agricole). En parallèle, les membres de la CAT ont pris une part active dans la démarche participative initiée par le projet d agglomération franco-valdo-genevois, en assistant, dans la mesure du possible, aux diverses tables rondes organisées dans le cadre des «péri - mètres d aménagement concerté d agglomération» (PACAs ou axes de développement régionaux). Les réflexions et les débats ont ensuite permis: de s assurer de la prise en compte des questions relatives à la protection du patrimoine dans les planifications à large échelle ainsi que de la poursuite d une politique cantonale de sauvegarde efficace. Les bases institutionnelles, législatives et pratiques permettant une réelle capacité de gestion et d intervention doivent être maintenues, tandis que la systématisation et l objectivation des questions relevant du patrimoine doivent être un but poursuivi par les milieux concernés une meilleure définition et une clarification, en amont, de ce que l on entend par «protection» (et éléments qui en relèvent) limitant, sans doute, les antagonismes. de militer pour la conservation et la valorisation des éléments relevant d une importance patrimoniale ou paysagère majeure. La protection des grandes entités «rurales» et «naturelles», celle des rives du lac et des cours d eau, le maintien des secteurs ou objets protégés et de leur cohérence (grands domaines, hameaux, villages) ainsi que la valorisation des espaces publics et des centres ont fait l objet d une attention toute particulière. L opportunité de s inspirer de la substance patrimoniale présente pour hiérarchiser les interventions et dégager de la qualité dans le projet de développement du canton a été mise en exergue. de proposer une réflexion quant à la qualité urbaine et à la formalisation de la croissance (nouveaux quartiers et densification), son aboutissement se trouvant dans une utilisation parcimonieuse du territoire et dans la cessation des mutations territoriales à caractère périurbain (objectif non atteint). D un point de vue plus informel, la CAT a permis aux délégués de la CMNS d échanger et de dialoguer avec les représentants des différents groupes d intérêts actifs dans la région. Le processus est constructif, nonobstant le nombre d acteurs en présence qui rend difficile l émergence d un consensus et d une influence clairement définissable. Groupe d experts Praille-Acacias-Vernets (PAV) Dans le cadre de l avancement des études pour l urbanisation des quartiers Praille-Acacias-Vernets, la direction générale PAV a souhaité en 2009 que chacune des 3 commissions consultatives du DCTI (CU, CAT et CMNS) délègue un représentant pour participer au groupe d experts du dossier. Etant donné l aspect urbanistique des projets en cours sur ce vaste secteur, le rôle du délégué de la CMNS reste relativement modeste. Le recensement du patrimoine bâti réalisé en 2006 par le SMS (29 objets dignes d intérêts recensés) a servi de base au délégué pour rappeler aux urbanistes l intérêt que présentent un certain nombre de bâtiments au titre de patrimoine culturel de ces anciens quartiers de banlieue. Le délégué a essayé de faire valoir ces «énergies qui dorment» dans le patrimoine et à défendu une prise en compte d un environnement large où chaque objet digne d intérêt puisse être intégré dans le projet d urbanisme. Les contradictions et tensions entre programme et site devraient conduire à revisiter le secteur afin que les objets patrimoniaux trouvent leur place dans le futur PAV. Cette mission du délégué de la CMNS devra être poursuivie dans le groupe d experts. Il sera nécessaire de faire comprendre l intérêt d un projet de transformation du territoire plutôt que de destruction/ reconstruction (table rase), puisque le secteur de Praille-Acacias-Vernets forme déjà aujourd hui un paysage urbain attachant. 5 INVENTAIRES, ÉTUDES, BIBLIOGRAPHIE 138 139

5. INVENTAIRES, ÉTUDES, BIBLIOGRAPHIE Inventaires et études Bibliographie Les activités de la CMNS, comme toutes celles qui touchent à la sauvegarde du patrimoine, génèrent et stimulent études et inventaires. Le nombre, la qualité et la richesse des parutions présentées ici ne représentent qu une partie des travaux menés pour documenter, informer, analyser les monuments et sites du canton. La CMNS souhaiterait que l OPS tienne à jour un catalogue des travaux comman - dités dans le cadre des activités du département. Ce catalogue, qui devrait être accessible aux chercheurs, pourrait être complété par la liste des études commandées par l unité de conservation du patrimoine architectural de la Ville de Genève, voire par les autres communes genevoises. Les membres de la CMNS tireraient grand bénéfice et gain de temps de la possibilité de pouvoir consulter un tel répertoire et les études elles-mêmes. Ces études et inventaires sont de diverse importance. Les études peuvent servir à documenter un monument classé avant travaux, à justifier un plan de site, à motiver l opposition à une démolition et à engager une procédure d inscription à l inventaire. Les inventaires ont une portée plus grande, par exemple la mise en valeur de l œuvre d un architecte, le recensement d un type d installations, de bâtiments ou encore de décors sur l ensemble du territoire cantonal. Ces tâches sont confiées à des collaborateurs de l OPS ou à des mandataires privés. Il est impossible de les relever ici dans leur totalité. Les inventaires des Monuments d art et d histoire du canton de Genève, des maisons rurales, des monuments militaires, des cimetières sont publiés et figurent dans la bibliographie ci-après. Il en va de même de l étude «Honegger frères: inventaire, évaluation qualitative et recommandations» (2006), commandée par l OPS et menée par Franz Graf, Philippe Grandvoinnet et Yvan Delemontey. Ces dernières années, l OPS a confié à Bénédict Frommel, assisté d Enis Arikok, l inventaire du «Secteur Praille-Acacias-Vernets» (2006). C est aussi ce collaborateur des Monuments d art et d histoire du canton de Genève, auteur de différentes études relatives au patrimoine industriel et ferroviaire de Genève, les unes publiées et citées ci-dessous, les autres inédites (moulins, pont de la Machine, site Sodeco, gares des Eaux-Vives et de Chêne-Bourg, etc.) qui a été chargé par l OPS de l inventaire du périmètre de la SIP (2006). Christine Amsler est actuellement engagée dans l inventaire des grands domaines du canton. Les études monographiques utiles à la conservation du patrimoine sont nombreuses: hormis celles confiées à l historienne des monuments, Babina Chaillot-Calame 132, citons, entre autres, l analyse et l in - ventaire minutieux de Cecilia Maurice de Silva sur le complexe de Mont-Blanc Centre, les études récentes de Catherine Courtiau sur l Alhambra, l ancienne Ecole de chimie, l Université Bastions, La Console, la basilique Notre-Dame, ou encore l étude confiée à Frédéric Elsig des peintures murales de la salle du Conseil d Etat à la Tour Baudet parue en 2012. 2006 Aballéa Sylvie, Nicolas Schätti. «Le premier vitrail digne de ce nom que nous possédions à Genève. Les cartons de Jean-Henri Demole pour le vitrail de l Escalade au temple de Saint-Gervais à Genève (1904)». Genava, 54, 151-164. Courtiau Catherine. Zschokke: un nom, une renommée. Gollion: Infolio. Deuber Gérard. «La maison Tavel au Moyen Age. Une résidence aristocratique à Genève, XIII e -XVI e siècle», Genava, 54, 3-97. La Corbière, Matthieu de. «Les fortifications de Genève au Moyen Age». Genava, 54, 109-125. Lassalle Victor. «Quelques sources d inspiration des sculpteurs de la cathédrale Saint-Pierre de Genève». Genava, 54, 127-149. L ingénieur Nicolas Céard (1745-1821) et la route du Simplon. Textes de Livio Fornara, Michel Lechevalier, François Dubosson, Léopold Pflug. Genève: La Baconnière. Keller Silvio, Maurice Lovisa. Monuments militaires dans les cantons de Vaud et Genève. Inventaire des ouvrages de combat et de commandement. Berne: Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports. Le Nant d Avril. Fiches rivières n o 11. Genève: DT, Service de renaturation des cours d eau. Roland Isabelle, Isabelle Ackermann, Marta Hans- Moëvi, Dominique Zumkeller. Les maisons rurales du canton de Genève. Bâle: Société suisse des traditions populaires/ Genève: Slatkine. Rue Rousseau 16, rue Lissignol 9. Genève: Ville de Genève, Département de l aménagement, des constructions et de la voirie. Sigel Brigitt, Catherine Waeber et Katharina Midici- Mall (dir.). Utilité et Plaisirs. Parcs et jardins historiques de Suisse. Gollion: Infolio. Terrier Jean. «Découvertes archéologiques dans le canton de Genève en 2004 et 2005». Genava, 54, p. 325-364. Victoria Hall, rénovation 2006. Genève: Ville de Genève, Département de l aménagement, des constructions et de la voirie. Vision Praille-Acacias. Journal de bord. Ateliers de projet IAUG 2004-2006. Genève: Institut d architecture de l Université de Genève/ Gollion: Infolio. 2007 Bischoff Christian, Isabelle Claden et Erwin Oberwiler. Paul Waltenspühl, architecte, 1917-2001. Archi - tecte, ingénieur, professeur. Gollion: Infolio. Bonhôte Philippe et al. Genève 2020. Co-habitations. Concours international d architecture et d ur ba - nisme. Densification du secteur Praille-Vernets- Acacias à Genève. Genève: FAS Genève/Gollion: Infolio. Brunier Isabelle. «Un ouvrage défensif peu connu. L éphémère fort d Arve (1589-1596)». Genava, 55, 159-168. Chaillot-Calame Babina, Mairie de Vandœuvres: restauration des dépendances. Vandœuvres: Com - mune de Vandœuvres. Le Foron. Fiches rivières n o 8, 2 e éd. Genève: DT, Service de renaturation des cours d eau. Lamunière Jean-Marc. L architecture à Genève 1976-2000. Essai de répertoire. Genève: DCTI/Gollion: Infolio. Lescaze Bernard. Au bonheur de l eau: histoire de Genève-Plage. Genève: Association Genève-Plage/ Slatkine. Marchand Bruno et Philippe Meier. Jean-Marc Lamunière, architecte. Genève: FAS Genève. Marchand Bruno (dir.). Jean-Marc Lamunière: regards sur son œuvre. Gollion: Infolio. Patrimoine genevois. Etat des lieux. Textes réunis par Leïla El-Wakil. Gollion: Infolio. Schätti Nicolas. «Jean Prindale et l activité des ateliers de sculpture franco-flamands à Genève et en Savoie au tournant des XIV e et XV e siècles». Art + architecture en Suisse, 58, 13-22. La Versoix. Fiches rivières n o 2, 3 e éd. Genève: DT, Service de renaturation des cours d eau. Walker Corinne. La rue de Beaumont. Un square entre ville et campagne. Genève: Thierry Lombard. 2008 Amsler Christine, Isabelle Bovay, Miltos Thomaïdes (dir.). Jardin, jardins. Trois siècles d histoire des jar - dins à Genève. Genève: Institut et musée Voltaire, 28 mai-1 er nov. 2008/Gollion: Infolio. Buyssens, Danielle. La question de l art à Genève: du cosmopolitisme des Lumières au romantisme des nationalités. Genève: La Baconnière. 132 Voir son rapport p. 124-126. 140 141

5. INVENTAIRES, ÉTUDES, BIBLIOGRAPHIE La conservation des voies de communication historiques. Guide de recommandations techniques. Berne: Confédération suisse, Office fédéral des routes, Commission fédérale des monuments his - toriques, Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage. Graf Franz, Christian Bischoff, Giulia Marino. Un chef d œuvre de l architecture des années 1950 à Ge - nève: les salles de sport de la rue du Stand. Paul Waltenspühl, architecte, 1951-1953. Lau sanne: EPFL. Les fenêtres, vues sur un patrimoine, Patrimoine et architecture, 16. Genève: Office du patrimoine et des sites DCTI. L Hermance. Fiches rivières n o 4, 2 e éd. Genève: DT, Service de renaturation des cours d eau. Lapaire Claude et al. Emotion(s) en lumière: le vitrail à Genève. Genève: APAS/La Baconnière. Matos-Wasem Rafael (dir). Genève à pied. 10 parcours à thèmes. Genève: Ville de Genève/Slatkine. Nemec-Piguet Sabine (dir.). Le Temple de Chêne, 1758-2008. Genève: Office du patrimoine et des sites/ Gollion: Infolio. Terrier Jean. «Découvertes archéologiques dans le canton de Genève en 2006 et 2007». Genava, 56, 85-106. 2009 L archéologie en territoire genevois. Archéologie suisse, 2, 2009. Frommel Bénédict. A la découverte du patrimoine hydraulique de la région genevoise: une sélection de 12 destinations. Genève: Musée d histoire des sciences. Frommel Bénédict. «Le patrimoine au fil de l eau de la Divonne et de la Versoix». In Patrimoine industriel de l électricité et de l hydroélectricité. Chambéry: Université de Savoie, 51-54. Kathari Suzanne et Natalie Rilliet. Histoire et guide des cimetières genevois. Genève: Slatkine. Lescaze Bernard. L envol d une ville: histoire de l aéro - port de Genève. Genève: Slatkine. Lüthi Dave, Gaëtan Cassina (dir.). La profession d architecte en Suisse romande (XVI e -XX e siècle). Lausanne: Etudes de lettres. Marchand Bruno. François Maurice architecte. Gollion: Infolio. Monnoyeur Pierre. Le Collège Calvin: histoire d une architecture, XVI e -XX e siècle. Genève: Slatkine. Les moulins à eau du bassin genevois. Patrimoine et architecture, 17. Genève: Office du patrimoine et des sites DCTI. Racalbuto Bruno. «Le kiosque des Bastions: une histoire genevoise d architecture de la musique». Art + architecture en Suisse, 60, 3, 27-32. La Seymaz. Fiches rivières n o 10, 2 e éd. Genève: DT, Service de renaturation des cours d eau. Terrier Jean, Michelle Joguin Regelin. «Le château de Rouelbeau: une bâtie en bois édifiée au bas Moyen Age dans les environs de Genève». Mittelalter, 14, 4, 113-134. Walker Corinne. Histoire d un hameau genevois: Sierne à travers les siècles. Avec la participation de Gérard Deuber, archéologue, et d André Longchamp, photographe. Genève: Georg. Courtiau Catherine (dir.), XX e. Un siècle d architecture à Genève. Promenades. Genève: Patrimoine suisse Genève/ Gollion: Infolio. 2010 Graf Franz (dir.). Honegger frères: architectes et constructeurs, 1930-1969: de la production au patrimoine. Genève: Office du patrimoine et des sites/ Gollion: Infolio. Lapaire Claude. James Pradier (1790-1852) et la sculp ture française de la génération romantique. Catalogue raisonné. Milan: 5 Continents. Restaurer et créer. Le traitement créatif de la lacune en peinture murale. Patrimoine et architecture, 18. Genève: Office du patrimoine et des sites DCTI. Winiger-Labuda Anastazja, Bénédict Frommel, David Ripoll, Isabelle Brunier, Matthieu de La Corbière. Genève ville forte. Développement urbain et fortifications. Les Monuments d art et d histoire du canton de Genève 3. Berne: Société d histoire de l art en Suisse. Voir aussi: les parutions annuelles des Journées européennes du Patrimoine, l Inventaire des voies de communications de la Suisse (IVS), sous: http://ivs-gis.admin.ch le Système d information du territoire genevois SITG: www.sitg.ch 142