Etude d'attac Pays d'arles, Modes de gestion Eau & Assainissement ACCM 6 novembre 2014
Contexte : Cette étude fait suite à l'amo de novembre 2013 et la saisine de l'accm d'octobre 2014. - L'AMO de 2013 qui concluait à une comparaison peu distincte entre les différents modes de gestion nous paraissait partielle. - La saisine de 2014 concluant un intérêt pour une DSP sur 12 ans nous parait partiale. Elle reprend, sans la citer, l'amo de Groupement Service Public 2000/ Soler Couteaux Llorens (marché attribué au 7 juillet 2014) qui ne nous a pas été communiquée. Cette saisine comporte de nombreux oublis, notamment concernant les différents types de régie, non étudiés, et un chiffrage du coût du service inexistant. Méthode : Nous proposons donc de continuer & compléter le travail d'analyse comparative de l'amo de 2013 et de corriger les erreurs & absences de la saisine de 2014.
Étude des modes d organisation La gestion directe : - La régie directe : la collectivité assure avec son propre personnel et sur le budget général, la gestion du service. - La régie à autonomie financière : gestion par la collectivité d un service public industriel et commercial avec un budget propre, et éventuellement un conseil d exploitation et un directeur. (les comptes sont retracés dans un budget annexe au budget de la collectivité). - La régie à personnalité morale et autonomie financière : c est une structure publique, un EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial), qui est opérateur ; elle jouit d une autonomie juridique, d un budget propre, a un conseil d administration, un directeur et un président. Elle peut fonctionner avec ou sans contrat d objectifs (ou contrat cadre) avec la ville.
Étude des modes d organisation (suite) Nécessité juridique de personnaliser ou d autonomiser la gestion du service public de l eau : - depuis le décret-loi du 28 décembre 1926, deux types de régies sont juridiquement possibles pour gérer un SPIC en gestion directe : la régie autonome ou la régie personnalisée (EPIC) - Seules les villes ayant conservé sans interruption un mode de gestion en service intégré depuis 1926 peuvent le maintenir. L'ACCM ne rentrant pas dans le cadre de l'article 84 de la loi n 98-546 du 2 juillet 1998, codifié à l'article L. 2221-11 du CGCT, et conformément à l'article L. 2221-4 du CGCT, l'accm, si elle se prononce pour un retour en régie directe, doit opter soit pour une régie dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière, soit de la seule autonomie financière.
Étude des modes d organisation (fin) La gestion par un opérateur privé : - La régie intéressée : Le régisseur est chargé d exploiter un service. Il est rémunéré par la collectivité, et est intéressé au résultat de l exploitation. Le risque est essentiellement porté par la collectivité. - L affermage : Le fermier est chargé d exploiter et d entretenir à ses risques et périls un service public. Il ne réalise pas les investissements. Le fermier se rémunère directement sur l usager. - La concession : Le concessionnaire est chargé par la collectivité de construire, financer, exploiter et entretenir un ou des ouvrages publics et de gérer le service. Le risque économique est supporté par le concessionnaire. La durée des contrats est généralement longue (max 20 ans pour l eau). Le concessionnaire se rémunère sur l usager. Ces différents modes de gestions sont bien détaillés dans les différents documents étudiés. ATTAC Pays d'arles n'a pas de remarques particulières à ajouter aux analyses précitées.
Comparaison des modes de gestion : Matrices AFOM Scénario Régie dotée de l'autonomie financière (ou EPIC) Atouts - Cohérence du service public sur l ensemble du territoire - Maîtrise publique du service : maîtrise institutionnelle, technique et du prix en fonction du service - L ACCM peut prendre en charge une avance de trésorerie pour la mise en place de la régie - Unité de gestion (maîtrise d ouvrage + exploitation) - Disponibilité des informations relatives au service (sous réserve d un contrôle de gestion efficace) - Adaptabilité facilitée aux évolutions du service - Gestion du service de l'eau sur un temps long - Possibilité de mise en place d'une politique publique cohérente sur tout le cycle de l'eau incluant la protection des captages par une gestion agricole sans intrants chimiques. Scénario DSP de type affermage Atouts - Large transfert de risques vers le délégataire - Responsabilité civile et pénale principalement transférées au délégataire - L ACCM s affranchit de la gestion du personnel de statut privé - Prise en charge par le délégataire des relations avec les usagers (domestiques et non domestiques) et les tiers - Possibilité de dédouaner partiellement l'accm de ses responsabilités quant au tarif et la qualité du service par effet rebond de la perte de maîtrise. - Possibilité d'avoir un CE vraiment enrichissant. - Autonomie et souveraineté dans la production et la gestion de l'eau et l'assainissement déconnectée du risque boursier. - Investissement dans l'eau à 100% sans part actionnariale ni «frais de sièges», ni bénéfices.
Comparaison des modes de gestion : Matrices AFOM Scénario Régie dotée de l'autonomie financière (ou EPIC) Faiblesses - Prise en charge de la totalité des risques d exploitation par l ACCM - Nécessité de mettre en place très rapidement des moyens humains et techniques spécifiques (système d information, télésurveillance...) - Pas de sanction directe possible en cas de non atteinte des objectifs - Complexité de la présence de 2 statuts et d un doublement des instances de représentation du personnel - Soumission au Code des marchés publics pour les achats et sous-traitances (délais, lourdeurs administratives) - Respect des règles de droit public et de la comptabilité publique, moins souple que le droit privé pour la gestion d un SPIC - Pas de profits ou plus-values possibles, service sans bénéfices pour l'actionnaire. - Meilleur respect du Code du travail et conventions collectives, moins souple que les pratiques observées dans le privé. Scénario DSP de type affermage Faiblesses - Accès indirect à l information du service - Evolutions institutionnelles lourdes ou relatives à la tarification rendues difficiles pour la durée de la délégation - Difficultés d adaptation du contrat aux évolutions du service (par exemple si souhait de prendre en compte des nouveaux objectifs de développement durable, etc) - Risque sur la qualité et/ou le niveau du renouvellement dit «fonctionnel», difficile à circonscrire dans un contrat - Choix de gestion liés à la liberté de gestion du délégataire pouvant pénaliser le choix du mode de gestion à l échéance du contrat - Contrôles et pénalités limités au cahier des charges - Service de personnels et matériels mutualisés n'offrant aucune sécurité ni priorité pour le service délégué. - Manque de transparence dans la comptabilité (point faible des législations en vigueur). - Oblige un contrôle très strict et fastidieux pour faire respecter les contrats, plus apparenté à un rapport de forces qu'un échange concernant les règles. - Perte d'efficacité technique par la prédominance des intérêts financiers sur la qualité du service : effet pervers de la rentabilité d'un service. - Délégataire soumis aux choix du groupe (si Véolia, Suez, Saur), pas d'autonomie dans la délégation dédiée.
Comparaison des modes de gestion : Matrices AFOM Scénario Régie dotée de l'autonomie financière (ou EPIC) Menaces - Risques de transition élevés - Pas de transfert automatique du personnel du délégataire - Difficultés possibles de recrutement de personnel qualifié - Risque de moindre maîtrise des coûts, notamment optimisation du personnel - Risque de dérive de la performance du fait de l absence de système de pénalités - Aléas quant au transfert automatique du personnel du délégataire - Risque de voir l'ancien délégataire se débarrasser et transférer sur le service des personnels «incompétents». - Retour entier de compétence à l'accm, plus de fusible en cas de problèmes. - Chances moindres de récupération de l'amortissement sans passer par le judiciaire, d'où un démarrage d'activité sur les réserves propres de l'accm. Scénario DSP de type affermage Menaces - Incertitudes liées à l environnement concurrentiel - Risques contentieux liés à la procédure de mise en concurrence - Aléa quant au transfert automatique du personnel du délégataire (conséquences au plan social et au plan de la préservation du savoir-faire) - Réticence éventuelle des salariés actuels de devenir employés d une société dédiée - Risque de perte de maîtrise du service par l ACCM en cas de contrôle insuffisant ou de conflit avec le délégataire - Risque de maîtrise juridique du cahier des charges par les services spécialisés du délégataire aboutissant à la rédaction d'un contrat mal équilibré pour l'accm. - Aléa boursier limitant la connaissance de la santé financière du délégataire et sa volonté réelle d'investir le service délégué (plutôt qu'autre chose). - Risque fort d'incompréhension et de rejet des usagers. - Risque fort d'incompréhension et de rejet des électeurs. (note : alors qu'il s'agit d'un service public, il est curieux de voir que le public est systématiquement absent des AMO. A se demander pour qui le service est rendu?)
Comparaison des modes de gestion : Matrices AFOM Scénario Régie dotée de l'autonomie financière (ou EPIC) Opportunités - Facilité institutionnelle d évolution du périmètre du service - Accroissement de la connaissance du service, notamment au regard des enjeux de gestion patrimoniale - Adaptabilité aux évolutions climatiques et aléas non quantifiables. - Reprise de la valeur éthique du bien commun. - Pleine compétence du service, interlocuteur unique pour les usagers. Scénario DSP de type affermage Opportunités - Délégation du service : gestion des problèmes par un tiers. - Appartenance à un grand groupe (si Véolia, Suez, Saur) facilement identifiable pour la carrière des personnels cadres. - Profits et plus-values possibles. - Si bénéfices, impôts collectés. - Gain potentiel de sens concernant le travail d'intérêt général pour les personnels (mission de service public vs salarié d'un groupe privé). - Gain tarifaire pour l'usager, à investissement égal. - Maîtrise des investissements et des amortissements. - Message politique important sur la capacité à prendre en main un service délégué par les électeurs. - Diminution des risques de corruption. - Amoindrissement (à très petite échelle) du poids des lobbies
Comparaison des modes de gestion : Différentiel du coût du service Régie Rachat compteurs 664k sans objet (investissement & amortissement) DSP Création Régie 170k sans objet Parc matériels 1.280k sans objet (investissement & amortissement) (note) * soit, 2.114k à investir en dotations d'entrée de régie, à quoi s'ajoute une réserve de liquidité pour supporter les charges d'exploitation. (Les chiffres cités sont ceux de l'amo 2013) * concernant les compteurs d'eau et le parc matériels, ils sont amortis sur la durée de la DSP. Concernant le siège, les coûts inhérents au service dédié sont inconnus Charges salariales Hypothétiquement identiques dont facturation (11 ETP) 500k inconnu Frais de siège sans objet * inconnu Impôts sur les sociétés sans objet * inconnu Bénéfices sans objet * inconnu (note) * il n'y a pas de données disponibles. On estime les coûts de ces lignes inférieurs de l'ordre de 25 à 30%. L'écart est de l'ordre de 40% entre le SEDIF et Eau de Paris par exemple. * SEA a distribué entre 1997 et 2011 1,145 k de participation à ses agents et 12,3M sous forme de dividendes et d impôts sur les bénéfices, généralisable à la période 1997-2012
Choix du meilleur mode de gestion : D'après les données ACCM : - Nous n'avons aucune donnée chiffrée disponible nous permettant de reprendre l'analyse de l'amo 2013 : les différents modes de gestions y sont bien comparés et le coût initial de la création d'une régie bien détaillé. Néanmoins, le surcoût lié notamment aux profits du délégataire laissent à penser qu'il s'agit d'associations loi 1901 à but non lucratif. - La saisine de l'accm justifiant une DSP sur 12 ans n'est ni comparative, ni chiffrée et nous fait part d'une réflexion intéressante sur le fait qu'on ne peut pas créer une régie... parce qu'il faudrait la créer (gestion du personnel, gestion clientèle, gestion des risques d'exploitation)
Choix du meilleur mode de gestion : Au vu des comparatifs (matrices AFOM, coût du service) présentés ci dessus, la solution la plus appropriée réside, pour l'intégralité du territoire communautaire, dans la création d'une régie à autonomie financière ou un EPIC. - Choix de critères sociaux, environnementaux, techniques, économiques et démocratiques de longue durée. - Choix de critères de transparence, connaissance des réseaux, chiffrage du coût du service, maîtrise du service et adaptabilité. Nous y ajoutons une question de principe qui est que l'eau n'est pas et ne doit pas être une marchandise. Au vu des «aspects pénalisants» détaillés dans l'amo 2013 et la saisine 2014, le meilleur choix est sans conteste l'epic (Etablissement Public à Caractère Commercial) : - répondant ainsi aux craintes liées à la reprise des personnels - répondant aux craintes liées aux risques d'exploitation L'EPIC se dotant d'une charte (contrat cadre) avec l'accm : - répondant ainsi aux craintes liées à la qualité et la performance du service
ATTAC Pays d'arles remercie messieurs - Michel Vauzelle (Président de la région PACA), - Hervé Schiavetti (Maire d'arles), signataires en 2012 de la pétition exigeant un retour à la gestion publique de l'eau dans la communauté ACCM. L'eau n'est pas une marchandise Sources : - https://france.attac.org/img/pdf/plaquette_eau_def.pdf - https://france.attac.org/archives/spip.php?rubrique343 - https://france.attac.org/attac/les-commissions/commission/eau - https://france.attac.org/archives/img/pdf/guide-de-l-eau.pdf - http://www.attac.org/groups/aquattac ATTAC Pays d'arles Maison de la Vie Associative Boulevard des Lices 13200 Arles arles@attac.org