CHAP 8 LES INEGALITES SONT-ELLES COMPATIBLES AVEC LA JUSTICE SOCIALE? Introduction : 1. L idéal démocratique, bien analysé par Tocqueville, est marqué par une «passion pour l égalité». Il est donc intéressant de confronter cet idéal avec la réalité inégalitaire de nos sociétés. La démocratie est toujours à construire et il est important d avoir conscience de l écart entre les grands principes qui en sont au fondement et l état actuel de nos sociétés. 2. Les inégalités constituent un champ d étude particulièrement dynamique des sciences sociales. Ce thème très présent dans le débat public vise à analyser et à expliquer les principales évolutions des inégalités économiques et sociales en exploitant toute la complémentarité du double regard de l économiste et du sociologue. L approche économique conduit à s interroger prioritairement sur les conditions de répartition des ressources monétaires, l approche sociologique permet d élargir la réflexion en envisageant les modalités de la construction sociale des inégalités. Il faut d abord s interroger sur les notions d égalité, de différence et d inégalité. Toutes les différences sont-elles des inégalités? N existe-t-il pas un paradoxe entre l aspiration à l égalité et la volonté d être différent les uns des autres? A quelle condition une différence devient-elle une inégalité? Il faudra, ensuite s interroger sur la diversité des inégalités? Comment mesurer les inégalités? Comment comprendre les évolutions actuelles des inégalités économiques et sociales? 3. Enfin, les sociétés démocratiques se prétendent plus justes socialement. Les inégalités constatées ne seraient plus héréditaires mais le fruit du talent, de l effort, du mérite. Peut-il y avoir une inégalité qui ne soit pas une injustice? Dans ce cas, la société doit-elle tendre vers plus d égalité? L égalitarisme ne va-t-il pas tuer l esprit d invention et d entreprise? Toute inégalité est-elle injuste? Quel est le niveau d inégalité le plus efficace pour la société? Ne faut-il pas remplacer l idéal égalitaire par la recherche de l équité? Doiton traiter tous les groupes sociaux de la même façon? Ne faut-il pas accorder aux plus démunis plus de droits qu autres? 4. Le souci de se rapprocher de l égalisation des conditions et d éradiquer la misère la plus flagrante va être à l origine des régimes de protection sociale qui naissent à la fin du XIXème siècle. Les principes démocratiques, s accommodant fort mal de la pauvreté et de la misère, il s agit de procurer à chaque membre de la société une garantie de ressources suffisantes pour assurer sa subsistance. Les risques de l existence, également appelés risques sociaux, sont pris en compte par les Etats et les époques de manière très variable. Leur couverture, c'est-à-dire le système de protection sociale retenu, peut être assuré par une multiplicité de techniques, même si deux grandes orientations dominent. Les choix vont donc se structurer autour de systèmes, soit plutôt orientés vers le principe de responsabilité, soit plutôt basés sur le principe de la solidarité. 81 COMMENT ANALYSER ET EXPLIQUER LES INEGALITES? Introduction : Différences et inégalités 1. Un homme et une femme sont différents pourtant la société démocratique les considère comme des égaux. En réalité, il existe de nombreuses inégalités entres les hommes et les femmes. Inégalité dans l emploi, dans les revenus, dans le partage des tâches, dans l accès aux postes politiques Même s il existe selon François Dubet une sorte de loi sociologique selon laquelle presque toutes les différences deviennent des inégalités, toutes les différences ne sont pas pour autant synonymes d inégalités. Il faut donc se demander dans quelles conditions historiques et sociales une simple différence sociale (ou culturelle) peut devenir une inégalité sociale (ou culturelle). La différence sociale suppose une distinction des individus ou des groupes à partir d un certain nombre de traits distincts (l homme/la femme, le jeune/la personne âgée, le noir/le blanc ) sans que cela implique une hiérarchie et un sentiment d injustice. En revanche, si la société accorde collectivement une valeur plus grande aux hommes qu aux femmes, si elle hiérarchise les positions sociales, elle transforme la différence en inégalité. Une inégalité est une différence qui se traduit par un accès socialement différencié à certains avantages ou désavantages sociaux. Si chacun était identique aux autres, il ne pourrait exister d'inégalité. Toutefois, ces différences ne suffisent pas à faire une inégalité. Pour qu'elles le deviennent, il faut qu'elles se traduisent par un accès inégal entre ces individus différents, en raison de leur différence, à certaines ressources rares et valorisées. Ainsi, à partir d'une différence biologique entre le sexe masculin et le sexe féminin, les sociétés ont construit une hiérarchie entre l homme et la femme qui s est accompagnée d'une domination des hommes sur les femmes, se traduisant notamment par un accès privilégié des hommes aux ressources économiques, politiques ou culturelles. Ces inégalités, fondées sur des différences, vont être considérées comme naturelles («l homme est plus fort que la femme», «l homme a un cerveau plus volumineux que celui de la femme», «l homme est un être doué de raison alors que la femme est un être sensible» ) alors qu elles sont sociales et historiques.
Ainsi, les inégalités reposent-elles explicitement ou implicitement sur des formes de hiérarchisations sociales dont les normes et valeurs collectives sont au fondement. Les inégalités sont donc historiquement et socialement construites et il existe une dynamique des inégalités : les inégalités d hier ne sont pas toujours celles d aujourd hui qui ne seront pas nécessairement celles de demain. 2. Lorsqu'on observe une société, on s'aperçoit très rapidement des différences et des inégalités qui placent les individus ou les groupes sociaux aux différents niveaux de la hiérarchie sociale. Différences de modes de vie, de rôles, de statuts, de pouvoirs, de prestige, de culture, inégalités des revenus..., autant de critères qui permettent de cerner la stratification. Les inégalités de revenus et de patrimoine : elles induisent des inégalités de niveau et de mode de vie. Elles évoluent en fonction des époques et des sociétés. Elles sont moins acceptées dans les sociétés démocratiques que dans les sociétés traditionnelles. Les inégalités de genre : la place des femmes dans la plupart des sociétés est en général subordonnée, inférieure, dépendante de celle des hommes. Ainsi, les activités extérieures au foyer (la guerre, la politique, l activité professionnelle ) ont la plupart du temps été réservées aux hommes. Les femmes sont restées souvent cantonnées dans des activités intérieures au foyer (la fécondité, l éducation, les tâches domestiques ). Les premières ont toujours été valorisées par rapport aux secondes ce qui renforçait la «domination masculine». Les hommes et les femmes ont donc des statuts et des rôles différents. Les inégalités de classes ou de groupes sociaux : certains groupes sociaux, pour des raisons économiques, culturelles, religieuses, se trouvent dans la position d imposer aux autres groupes leur normes et leurs valeurs qui deviennent dominantes (la Bourgeoisie dans les pays développés, les groupes religieux dans des sociétés en développement ). Les inégalités démographiques : elles opposent les sexes (les femmes ont une espérance de vie plus longue que celle des hommes), les générations (les jeunes générations ont plus de mal à accéder à un emploi stable que leurs aînés ce qui retarde leur fécondité), les âges (les personnes âgées sont plus sensibles aux épidémies que les jeunes), et les catégories sociales (les ouvriers ont, à 35 ans, une espérance de vie inférieure de 6 ans à celle des cadres supérieurs). Les inégalités de pouvoir : un député sur cinq est une femme alors que plus de la moitié de la population française est composée de femmes. Alors que les employés et les ouvriers représentent plus de la moitié de la population active, seul 1% des députés proviennent de leurs rangs. Et encore, certains élus ont quitté leur profession d origine depuis de longues années. A l inverse, les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent 59 % de l ensemble. Avec les professions libérales, ils forment les trois quarts des députés. Une élite sociale monopolise la politique. Les inégalités de prestige : jusqu à une époque récente le «trader», qui spécule sur les variations de prix des actifs, était plus valorisé dans notre société que l inventeur, l infirmière ou l assistante sociale dont l utilité sociale est bien plus grande. Dans d autres sociétés, l ancien, le prêtre, le guerrier, ont plus de prestige que le riche. 3. L espace des inégalités sociales est donc multidimensionnel. Les inégalités concernent tout à la fois l accès aux ressources proprement économiques (revenu, patrimoine ), aux ressources sociales ou politiques (conditions d existence, éducation, santé, accès au pouvoir ) et symboliques (titres scolaires, pratiques langagières ). Elles prennent donc des formes multiples et se renouvellent constamment selon les mutations structurelles de la société (sociales, économiques, technologiques, idéologiques ). Les inégalités spécifiquement économiques traduisent un partage inégalitaire des richesses et correspondent à toutes les différences de revenus et de patrimoine entre individus ou entre groupes sociaux. Elles ont, au sein des économies marchandes, une place particulière car elles constituent souvent une matrice sans être la seule sur laquelle se développe une multiplicité d inégalités sociales. Par exemple, les inégalités de revenu et de patrimoine donnent naissance à des inégalités d accès au logement, d accès à la santé, etc. Les inégalités sont donc interactives. Plus encore, elles sont liées entre elles par des processus cumulatif qui alimentent la polarisation de la structure sociale : les avantages des uns s additionnent pendant que les désavantages des autres se renforcent mutuellement. Une autre caractéristique des inégalités économiques et sociales est qu elles ont tendance, comme le démontrent les études sur la mobilité sociale, à se reproduire d une génération à l autre. Groupes sociaux différenciés Stratification sociale Inégalités
A Comment peut-on mesurer les inégalités? 1 La mesure des inégalités économiques a) Quel indicateur retenir? Revenu, niveau de vie et patrimoine. 1. La mesure des inégalités de revenus et des patrimoines suscite régulièrement des controverses dans le débat public. Quel revenu ou patrimoine retenir? Qui doit-on comparer? Comment peut-on mesurer les écarts? En France, on part des revenus fiscaux c est-à-dire de ceux qui sont déclarés aux impôts. Afin de prendre en compte l'ensemble des revenus, l'insee épluche les déclarations d'impôt. Sur cette base, il évalue «le revenu disponible», l'argent dont dispose effectivement chaque ménage pour consommer et épargner. Pour y parvenir, il ajoute aux revenus déclarés les prestations sociales non imposables (comme les allocations familiales et logement) et en retire les principaux prélèvements directs (impôt sur le revenu, taxe d'habitation, contribution sociale généralisée et contribution à la réduction de la dette sociale). L information sur les revenus réels est donc incomplète par une partie des revenus du travail au noir échappe aux impôts et l évasion et la fraude fiscale sont élevées dans les couches aisées de la population. Revenu disponible brut = Revenus primaires Prélèvements obligatoires + Revenus de transfert Les revenus primaires sont les revenus que les ménages tirent directement de l'activité économique. Ils sont issus de la valeur ajoutée et comprennent : Les revenus du travail c'est-à-dire essentiellement le salaire brut, les primes, les avantages en nature et les participations aux bénéfices. Cependant, le salarié ne touche effectivement que le salaire net : Salaire net = Salaire brut - Cotisations sociales du salarié Les revenus mixtes des non salariés. Il s'agit du bénéfice des entrepreneurs individuels et les honoraires bruts des professions libérales. Ils reflètent la rémunération du travail effectué par le propriétaire et éventuellement les membres de sa famille, et la rémunération du capital qu il a apporté en tant qu'entrepreneur. les revenus de la propriété ou du patrimoine : il s'agit des loyers perçus par les propriétaires qui louent des biens immobiliers ou des terres, des dividendes et des intérêts reçus par les détenteurs d'actions ou d'obligations ou de comptes d'épargne. Les prélèvements obligatoires concernent les cotisations sociales versées par les ménages et les impôts sur le revenu et le patrimoine. Les revenus de transfert regroupent l'ensemble des prestations sociales. Il s'agit de transferts, en espèces (allocations familiales par exemple) ou en nature (remboursement des frais médicaux, par exemple), aux ménages qui sont destinés à alléger la charge financière que représente pour ceux-ci la protection contre un certain nombre de risques ou de besoins ; ils sont effectués par l'intermédiaire de régimes organisés de façon collective (Sécurité sociale au sens large qui distribue des prestations d'assurance à ceux qui ont cotisé) ou par les administrations publiques (l'etat au sens large qui distribue des prestations d'assistance aux pauvres). Revenus du travail Impôts sur le revenu et le patrimoine l Etat Revenus de transfert de l'etat Revenus mixtes Revenus primaires Revenu disponible Revenus de la propriété Cotisations sociales Revenus de transfert de la Sécurité sociale Le revenu disponible est donc le revenu dont disposent les ménages pour consommer et épargner après urance redistribution.
2. Les inégalités sont mesurées en France sur la base du concept de niveau de vie, qui se distingue des notions de revenu ou de pouvoir d achat. En effet, pour mesurer les inégalités, on ne peut pas se contenter de connaître le revenu disponible d un ménage. Avec un revenu identique, un ménage composé d un couple et de trois enfants n aura pas le même niveau de vie qu un ménage sans enfants. C est pourquoi il faut calculer le revenu par unité de consommation. Dans un ménage, un certain nombre de biens et services sont consommés collectivement (automobile, logement ). L arrivée d une personne supplémentaire dans la famille n entraînera donc pas une diminution du niveau de vie par personne d une unité supplémentaire. C est la raison pour laquelle, les économistes attribuent des coefficients à chaque membre du ménage : Coefficient 1 pour le premier adulte ; Coefficient 0,5 pour les autres adultes et les enfants de 15 ans et plus ; Coefficient 0,3 pour les enfants de moins de 15 ans. Ainsi, avec un revenu annuel de 40 000, une famille composée d un couple et d un enfant de 10 ans aura un niveau de vie par individu de (40 000/1,8) 22 222 alors qu avec le même revenu une famille de deux enfants de plus de 15 ans et d un enfant de moins de 15 ans disposera de (40 000/2,8) 14 285 par individu. Cette méthode pose deux types de problèmes. Premièrement, elle tend à sous-estimer les coûts supportés par les familles monoparentales avec des enfants en bas âge. Deuxièmement, les parts sont proportionnelles au revenu. Un enfant de riches coûte plus cher qu'un enfant de pauvres. C'est vrai, par exemple, en termes de logement, mais le fait que la prise en compte du coût des enfants ne soit pas plafonnée tend à minimiser le revenu disponible des plus aisés. 3. Le patrimoine correspond à l'ensemble des avoirs d'un ménage. Il comprend les biens immobiliers, fonciers, les actifs financiers (actions, obligations, comptes d'épargne) et monétaires, et les actifs professionnels détenus par les ménages. L automobile, les bijoux, les œuvres d art ne sont pas comptabilisés dans le patrimoine des ménages. b) La mesure de la dispersion. 1. La dispersion d une série statistique s intéresse à l étendue des écarts entre les valeurs extrêmes de cette série ou entre une valeur et sa valeur médiane. La dispersion permet d étudier les différences de revenu à l intérieur d une catégorie. La dispersion se mesure à l aide des déciles. La population est divisée en 10 parties égales. Le premier décile (D1) en matière de niveau de vie comprend donc les 10% des personnes les plus pauvres. Du point de vue des revenus, on distingue deux types de décile : Le décile pointé correspond au revenu qui délimite les tranches ; Le décile moyen correspond au revenu moyen de chaque tranche de 10% de la population. On peut aussi diviser la population en tranche de 1% (les centiles), de 20% (les quintiles) ou de 25% (les quartiles).
La dispersion des niveaux de vie mensuels des individus en France métropolitaine en 2009 (En euros) Déciles Limite supérieure du décile % du revenu total % cumulé du revenu Revenus moyens du décile D1 866 3,6 3,6 659 D2 1 084 5,3 8,9 983 D3 1 263 6,4 15,3 1 175 D4 1 421 7,2 22,5 1 341 D5 1 590 8,2 30,7 1 504 D6 1 776 9,1 39,8 1 682 D7 2 008 10,2 50,0 1 888 D8 2 348 11,8 61,8 2 166 D9 2 987 14,2 76,0 2 619 D10 ~ 24,0 100,0 4 435 Ensemble ~ ~ 100 1 845,2 Revenu du plus riche des plus pauvres Revenu moyen des 10% les plus riches D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10 Revenu médian Revenu du plus pauvre des plus riches Lecture = En France, en 2009, un individu appartenant aux 10% des ménages les plus pauvres avaient un niveau de vie inférieur à 866 par mois et gagnait en moyenne 659 par mois. Au sommet de l'échelle, un individu appartenant aux 10% des ménages les plus riches avait un niveau de vie supérieur à 2 987 par mois et gagnait en moyenne 4 435 par mois. 2. Le niveau de vie médian est le revenu qui partage la population en deux parties égales? 50% gagnant moins que ce revenu et 50% plus. Il correspond au niveau de vie du cinquième décile. Le niveau de vie moyen est supérieur au niveau de vie médian, ce qui dénote une concentration des revenus vers le haut de l échelle de distribution, résultant du fait que les revenus sont bornés vers le bas de distribution (salaire minimum, minima sociaux), alors qu ils ne sont pas bornés vers le haut, avec des revenus qui peuvent être très élevés, ce qui relève la moyenne mais pas la médiane. Lecture = En France, en 2009, le niveau de vie médian est de 1 590 par mois ce qui signifie que la moitié de la population gagne moins et l autre moitié gagne plus. Le revenu moyen se monte à 1 845,2 par mois. 3. Le rapport inter-décile est fréquemment utilisé comme indicateur des inégalités. Il peut se calculer de deux façons : D9/D1 ou P90/P10 = Revenu du plus pauvre des plus riches/revenu du plus riche des plus pauvres Lecture = En France, en 2009, le plus pauvre des plus riches gagne (2 987/866) 3,45 fois plus que le plus riche des plus pauvres. D10/D1 = Revenu moyen du décile le plus riche/revenu moyen du décile le plus pauvre.
Lecture = En France, en 2009, les 10% les plus riches gagnent en moyenne (4 435/659) 6,7 fois plus que les 10% les plus pauvres. 4. La courbe de Lorentz va mesurer le degré de concentration des niveaux de vie ou du patrimoine (ensemble des avoirs). En abscisse, on a les effectifs cumulés croissant de la population en % ; En ordonnée, on a les effectifs cumulés croissants des revenus ou du patrimoine en % ; La bissectrice représente la droite d égalité ou d équirépartition (10% des ménages possède 10% du patrimoine total, 20% des ménages en possède 20%...). Lecture = En France, en 2010, 80% des ménages possédait 35% du patrimoine total du pays ce qui revient à dire que les 20% les plus riches possédaient à eux-seuls 65% de la richesse totale alors que ce n était que 62% en 2003 et 60% en 1998. Plus les courbes de Lorentz sont éloignées de la bissectrice, plus l inégalité est grande. L inégalité des patrimoines est plus forte que l inégalité des revenus. 5. Le coefficient de Gini : Il s'agit d'un indicateur qui vise à résumer la courbe de Lorenz. L'indice de Gini est égal à deux fois la surface délimitée par la courbe de Lorenz et la première bissectrice. Par construction, l'indice de Gini est compris entre 0 (distribution uniforme: tous les ménages disposent du même revenu) et 1 (distribution où tous les ménages sauf un ont un revenu nul). Plus l'indice de Gini est proche de 1 (ou de 100 selon les sources), plus l inégalité mesurée est importante. Les inégalités de revenus entre différents pays Pays Coefficient de Gini Islande 25,8 Japon 24,9 France 32,7 Etats-Unis 40,8 Royaume-Uni 36,0 Belgique 33,0 Allemagne 28,3 Russie 39,9 Brésil 57,0 Chine 46,9 Inde 36,8 (Source : PNUD, 2008) Lecture = l'inégalité est en moyenne 1,5 fois moins forte en Europe et au Japon qu'aux Etats-Unis ou dans les pays émergents. c) La mesure de la disparité. 1. Mesurer la disparité consiste à comparer l écart existant entre les valeurs centrales qui caractérisent deux ou plusieurs populations statistiques. C est la mise en évidence des écarts entre des groupes différents (les PCS, les femmes, les groupes d âges, les zones géographiques ).
Indice de disparité = Niveau de vie moyen d un groupe social/niveau de vie moyen d un autre groupe Distribution du revenu salarial annuel par sexe ou catégorie socioprofessionnelle sur l'ensemble des salariés en 2009 en euros courants Décile Ensemble Femmes Hommes Cadres Professions intermédiaires Employés Ouvriers 1er décile (D1) 2 400 1 990 2 930 12 310 5 970 1 470 1 850 1er quartile (Q1) 9 390 7 830 11 790 24 210 15 600 5 940 7 340 Médiane (D5) 17 300 15 640 18 870 33 120 21 760 13 840 15 410 3ème quartile (Q3) 24 290 21 920 26 600 45 220 27 210 18 400 19 680 9ème décile (D9) 34 410 29 780 39 020 64 620 33 010 22 750 23 890 D9/D1 14,3 15,0 13,3 5,2 5,5 15,4 12,9 Moyenne 19 270 16 430 21 870 38 430 21 450 13 050 14 320 Lecture : En France, en 2009, les femmes à temps complet ont un revenu salarial moyen inférieur de 20% à celui des hommes. 2. Ces statistiques comportent un certain nombre de limites : Les personnes qui ne vivent pas dans des ménages "ordinaires", comme celles qui habitent en maison de retraite, en habitat mobile ou n'ont pas de domicile ne sont pas prises en compte. Soit 1,5 million de personnes, souvent peu fortunées ; Les ressources des indépendants sont également mal connues et souvent sous-estimées. Ainsi, les revenus des ménages agriculteurs sur petite exploitation sont supérieurs de 14% aux revenus des agriculteurs de grande exploitation... On ne sait rien en particulier des revenus des 5% les plus aisés: les statistiques fournies par l'insee s'arrêtent à ce seuil (on ne les a que depuis 2011). Or, c'est justement après cette barrière que les revenus progressent le plus. Enfin, le niveau de vie réel dépend beaucoup du coût du logement. Ceux qui accèdent à la propriété remboursent des emprunts, mais ils se constituent un capital, alors que les locataires versent un loyer à fonds perdus. Les plus avantagés sont les propriétaires qui ont achevé de rembourser leurs emprunts immobiliers. Au total, suivant son statut à l'égard du logement, un même niveau de revenu correspond donc à un niveau de vie très différent. Par exemple, une personne seule peut espérer trouver à Paris un studio à louer d'une vingtaine de mètres carrés pour un peu moins de 600 euros mensuels, s'il ne vise pas les arrondissements les plus huppés. Pour y accéder, il lui faut un salaire de 1 800 euros, ce qui exclut d'emblée la moitié la moins favorisée de cette population. A Poitiers, pour ce loyer et toujours en centre-ville, notre célibataire peut obtenir environ 60 m2. On mesure ici à quel point le coût du logement se répercute sur la perception qu'ont les ménages de leurs revenus. 2 La mesure des inégalités sociales a) Les différences entre les proportions. 1 Taux de réussite au baccalauréat selon la catégorie socioprofessionnelle des parents Il y a 50 ans Aujourd'hui Enfants de cadres 45 % 90 % Enfants d'ouvriers 5 % 45 % Différence 40 points 45 points Rapport 9 2 Source : Ministère de l'éducation nationale. Année des données : 2002 1. Il y a un demi-siècle, 45 % des enfants de cadres obtenaient le baccalauréat, contre seulement 5 % des enfants d ouvriers. Désormais, 90 % des enfants de cadres l obtiennent, contre 45 % des enfants d ouvriers. Que nous disent ces données sur l évolution des inégalités sociales d accès à ce diplôme de fin d enseignement secondaire? La conclusion dépend largement de l indicateur que l on utilise.
2. La façon la plus simple de mesurer une inégalité consiste à calculer la différence entre deux proportions. Il y a 50 ans, le taux d obtention du baccalauréat était de 45 5 = 40 points plus élevé chez les enfants de cadres que chez les enfants d ouvriers. Si l on veut mesurer les évolutions de la même façon, on peut très facilement vérifier que la proportion de bacheliers parmi les enfants de cadres a augmenté de 90 45= 45 points, tandis que parmi les enfants d ouvriers elle n a augmenté que de 45 5= 40 points. Mesurées par les différences entre proportions, les inégalités d obtention du baccalauréat ont augmenté au cours des 50 dernières années. b) Les rapports entre proportions. 1. Il y a 50 ans, les enfants de cadres étaient neuf fois plus nombreux à obtenir le baccalauréat que les enfants d ouvriers. Pour le vérifier, il suffit de faire le rapport entre 45 %, taux des enfants de cadres et 5 %, taux des enfants d ouvriers. Par conséquent, le rapport entre leurs taux d obtention du baccalauréat a diminué : il y a 50 ans, les enfants de cadres étaient neuf fois plus nombreux à être bacheliers que les enfants d ouvriers, ils ne sont plus que (90 % divisé par 45 %) deux fois plus nombreux aujourd hui. Mesurées par les rapports entre proportions, les inégalités d obtention du baccalauréat ont diminué au cours des 50 dernières années. c) Les taux de variations par rapport au maximum de variation possible. 2. Le problème avec ces deux premières façons de mesurer les inégalités, c est d abord qu elles se contredisent, et ensuite qu elles ne sont pas adaptées à la comparaison de pourcentages, parce que ceux-ci ne peuvent pas dépasser 100 %. Par exemple, pour maintenir un taux d obtention du bac neuf fois plus élevé que celui des enfants d ouvriers, les enfants de cadres devraient désormais être 405 % à l obtenir! 3. Pour en tenir compte, il y a une première mesure possible, qui consiste justement à comparer la variation réelle des pourcentages, à la longueur du chemin qui restait à parcourir pour atteindre la proportion maximum de 100 %. Dans notre exemple, on voit ainsi qu en 50 ans, les enfants de cadres ont amélioré leur taux d obtention du bac de (90 45=) 45 points, alors qu ils pouvaient l améliorer au maximum de (100 45=) 55 points. Ils l ont donc amélioré de (45 divisé par 55 multiplié par 100 =) 82 % du maximum de variation possible. De leur côté les enfants d ouvriers on amélioré leur taux d obtention du baccalauréat de (45 5) divisé par (100 5) = 42 % seulement du maximum de variation possible. Les enfants de cadres ont réduit plus vite que les enfants d ouvriers la distance qui les séparait de l idéal des 100 % d une classe d âge au baccalauréat. Il y a 50 ans Aujourd hui Variations (en points) Variations maximales possibles Enfants de cadres 45% 90% 45 55 Enfants d ouvriers 5% 45% 40 Rapport 4. Mesurées par les taux de variation par rapport au maximum de variation possible, les inégalités d obtention du baccalauréat ont augmenté au cours des 50 dernières années. d) Les rapports de chance relative ou odds ratio. 1. Ce n est pas ce taux de variation par rapport au maximum de variation possible qui s est imposé parmi les sociologues pour mesurer les inégalités, mais plutôt une autre mesure, qu on appelle les «odds ratio» en anglais, ou en français les «rapports de chances relatives». Pour comprendre de quoi il s agit, il faut d abord expliquer ce qu est un «odds», ou «chance relative», et ensuite ce qu est le rapport entre ces chances relatives. 2. Qu est-ce qu un «odds», ou «chance relative»? Imaginez que 50 % des enfants de cadres obtiennent le bac (comme c était en réalité le cas vers la fin des années 1960). Dans ce cas, 50 % d entre eux ne l obtiennent pas : on dira qu il y a autant d enfants de cadres qui obtiennent le bac que d enfants de cadres qui ne l obtiennent pas. Maintenant, si 75 % des enfants de cadres obtiennent le bac (comme c était le cas cette fois dans les années 1980), alors 25 % des enfants de cadres ne l obtiennent pas, et dans ce cas, on dira qu il y a (75 divisé par 25) 3 fois plus d enfants de cadres qui obtiennent le bac que d enfants de cadres qui n obtiennent pas le bac. Le terme «odds» vient de l anglais et désigne à l origine les «cotes» dans les paris sportifs dont les Britanniques sont friands : si vous voulez parier là-dessus, sachez que désormais les chances d obtenir le bac pour les enfants de cadres sont de 9 contre 1! 3. Ensuite, qu est-ce qu un «rapport» de chances relatives? Pour les enfants de cadres, la chance relative d obtenir le bac était donc de 0,82 contre 1 dans les années 1980, et de 9 contre 1 désormais. Et pour les enfants d ouvriers? Il y a 50 ans, 5 % des enfants d ouvriers obtenaient le bac, et donc 95 % d entre eux ne l obtenaient pas. Donc leur chance relative d avoir le bac était de 5 divisé par 95 = 0,052 contre 1. Ca veut dire que les enfants d ouvriers avaient 0,052 fois plus de chances d obtenir le bac que de ne pas l obtenir. Ou dit beaucoup plus simplement, en calculant l inverse, qu ils avaient (95 divisé par cinq) 19 fois plus de chances de ne pas obtenir le bac que de l obtenir...
Enfants de cadres Enfants d ouvriers Il y a 50 ans Aujourd hui Chance d avoir son bac (1) 45% 90% Chance de ne pas l avoir (2) 55% 10% Rapport = chances relatives (1/2) 0,82 9 Chance d avoir son bac (1) 5% 45% Chance de ne pas l avoir (2) 95% 55% Rapport = chances relatives (1/2) 0,052 0,82 Odds Ratio Rapport des chances relatives 15,7 10,9 4. «L odds ratio», c est le «rapport» (ratio) entre les chances relatives des uns et celles des autres, donc ici le rapport entre les chances relatives des enfants de cadres d avoir le bac et celles des enfants d ouvriers. Il y a 50 ans, cela donnait 0,82 (les chances relatives des cadres) divisé par 0,052 (les chances relatives des ouvriers) est de 15,7. Il y a 50 ans, les enfants de cadres avaient 15,7 fois plus de chances que les enfants d ouvriers d obtenir le baccalauréat plutôt que de ne pas l obtenir. 5. Mesurées par les odds ratios, les inégalités d obtention du baccalauréat entre enfants de cadres et enfants d ouvriers ont diminué au cours des 50 dernières années, de 15 fois plus de chances relatives à 11 fois plus de chances relatives. 6. De tout ce qui précède, il ressort que nous disposons d au moins quatre mesures, qui donnent des conclusions contradictoires, soit «noires» (les inégalités ont augmenté), soit au contraire «roses» (elles ont diminué), pour reprendre les termes employés par le sociologue Jean-Claude Combessie dans le dernier des articles qu il a consacrés à cette question (Analyse critique d une histoire des traitements statistiques des inégalités de destin. Le cas de l évolution des chances d accès à l enseignement supérieur, Actes de la recherche en sciences sociales, n 188, 2011). Or, la thèse défendue par ce sociologue, c est qu aucune de ces mesures n est «meilleure» ou plus valable que les autres. D autres sociologues ne sont pas de cet avis, mais pour Jean-Claude Combessie, il n y aurait en particulier aucune bonne raison «statistique» de préférer les odds ratios aux taux de variation par rapport au maximum de variation possible. B La démocratisation de la société s est accompagnée d une réduction des inégalités 1 Une réduction des inégalités économiques à long terme a) La réduction des inégalités de revenus 1. Depuis le début du XXe siècle, on observe une diminution des inégalités de revenus dans la plupart des pays développés. La disparité des salaires entre PCS ou entre hommes et femmes a diminué. La dispersion des revenus entre le premier et le dernier décile a également diminué entre les années 1910 et les années 1980. En 1913, les 10% des ménages français les plus riches touchaient 45% du total des revenus et 30% en 1945. Cette baisse a été initiée par la crise de 1929. Cependant, en France, les inégalités ont à nouveau augmenté pendant les trente glorieuses. Elles n ont diminué qu après 1968. Ceci semble conforme à la loi de Kuznets selon laquelle lorsqu'un pays démarre, les inégalités s'accroissent dans un premier temps puis elles diminuent. Ceci prend la forme d une courbe en U renversé. Lors des révolutions industrielles, les inégalités économiques augmentent car il n existe pas de règles sociales limitant les appétits individuels d enrichissement. C est ce que l on observe dans les pays émergents ou les inégalités augmentent rapidement. Ensuite, elles diminuent car les travailleurs acquièrent des droits sociaux et parce que l Etat intervient au nom de la cohésion sociale.
2. A la suite des travaux de Tomas Piketty, Emmanuel Saez et Camille Landais, on peut donner plusieurs explications à cette baisse de l inégalité des revenus à long terme : Les crises économiques provoquent krach boursier, faillite bancaire, faillite d entreprises, qui diminuent la valeur du patrimoine des plus riches et des revenus qu ils peuvent en tirer. Ainsi, les Etats-Unis ne comptaient plus fin 2008 que 6,7 millions de millionnaires, contre 9,2 millions un an plus tôt. Les guerres détruisent également une partie du patrimoine économique. Or, les riches ont plus à perdre dans ces destructions que les pauvres. Les luttes sociales ont également un rôle dans la réduction des inégalités car elles portent sur le partage de la valeur ajoutée. Les grands conflits sociaux comme ceux de 1936 ou de 1968, ont aboutit, en France, à un partage plus favorable aux salariés et à une réduction des inégalités de revenus. L impôt progressif, dont le taux augmente plus que proportionnellement aux revenus, diminue le revenu disponible des riches et bloque une partie de l accumulation de patrimoines qui fournit des revenus supplémentaires aux revenus d activité. L'économiste Thomas Piketty rappelle que Roosevelt, à peine arrivé à la Maison Blanche, avait plus que doublé le taux marginal de l'impôt fédéral sur le revenu applicable aux plus riches, le faisant passer de 25 % à 63 %, avant de le porter à 91 % en 1941. Il était resté supérieur à 70 % jusqu'au début des années 1980 et jusqu'à ce que Reagan le ramène autour de 30 %. L Etat-providence qui met en place un salaire minimum, des revenus d assurance et des revenus d assistance pour corriger l instabilité des revenus et pour augmenter les revenus des plus pauvres. Montant moyen du revenu annuel, des prélèvements et des prestations pour un individu en France en 2008 (En euros) 20% les moins riches Entre les 20% et les 40% les moins riches Entre les 40% et les 60% les moins riches Entre les 60% et les 80% les moins riches Les 20% les plus riches Ensemble Revenu avant redistribution 7 200 15 200 20 870 27 770 53 760 24 960 Cotisations sociales - 560-1 260-2 090-2 980-5 640-2 510 Impôts et prime pour l'emploi 1 + 100-60 - 500-1 240-5 590-1 460 Revenu après prélèvements 6 740 13 880 18 280 23 550 46 530 20 990 Prestations sans conditions de ressources 970 590 590 490 460 620 Prestations sous conditions de ressources 2 780 380 220 130 10 300 Aides au logement 1 190 240 50 20 10 300 Minima sociaux 3 920 110 50 40 20 230 Revenu disponible 10 600 15 200 19 190 24 230 47 030 22 440 (Source : Insee 2009) En France, en 2008, un individu qui fait partie des 20% les plus riches gagne en moyenne 7,5 fois plus que l'individu qui fait partie des 20% les plus pauvres. Les impôts et les cotisations sociales corrigent légèrement cette inégalité puisque qu'après ces prélèvements obligatoires l'individu, qui fait partie des 20% les plus riches, gagne en moyenne 6,9 fois plus que celui qui fait partie des 20% les plus pauvres. Mais ce sont les prestations sociales qui réduisent le plus les inégalités. Les prestations sans conditions de
ressources (allocations familiales, allocation pour garde d'enfant...) ne modifient pas beaucoup les écarts car les 20% les plus pauvres touchent 2,1 fois plus que les 20% les plus riches. En revanche, les prestations réservées à ceux dont les ressources sont insuffisantes (allocation logement, bourses scolaires, RSA...) diminuent fortement les inégalités puisque les 20% les plus pauvres reçoivent en moyenne 2 890 euros contre 40 euros pour les 20% les plus riches. Au total, après redistribution de l'etat et de la Sécurité sociale, l'individu, qui fait partie des 20% les plus riches, dispose d'un revenu disponible 4,43 fois plus important que l'individu appartenant aux 20% les plus pauvres. La redistribution a augmenté de 47% le revenu de départ de celui qui fait partie des plus pauvres et a diminué de 12,6% le revenu de celui qui appartient au 20% les plus riches. Les effets de la redistribution en France en 2010 b) La réduction des inégalités de salaire 1. En France, si l on se place sur longue période et que l on observe le rapport entre le salaire maximum des 10 % les mieux rémunérés et le salaire maximum des 10 % les moins biens payés, les inégalités ont augmenté entre les années 1950 et le milieu des années 1960. En 1951, le salarié le moins payé des 10% des salariés les plus riches gagnait 3,4 fois plus que le salarié le mieux payé des 10% des salariés les plus pauvres. Quinze ans plus tard cet écart inter-décile s élevait à 4,2. Depuis, les inégalités salariales ont nettement diminué. Les mieux payés touchaient quatre fois plus en 1966 contre trois fois plus en 2009. Cette période est notamment marquée par les accords de Grenelle de 1968 qui débouchent sur une hausse de 35 % du salaire minimum garanti (le Smig à l époque). En effet, l'écart entre les salaires reste faible : ceux-ci sont protégés par un SMIC assez élevé (équivalent au double du RSA, environ) et aussi par des grilles salariales qui encadrent l'évolution des salaires et empêchent l'apparition de trop grandes inégalités. Lecture : En France, en 1951, le salarié le plus pauvre des 10% les plus riches gagnait 3,4 fois plus que le salarié le plus riche des 10% les plus pauvres.
c) La réduction de la pauvreté 2. En France, la pauvreté monétaire a diminué puisqu on comptabilisait 9,2 millions de pauvres en 1970 et qu il n y en a plus que 7,3 millions en 2004. Ceci s explique par la montée en charge progressive du système de protection sociale. En effet, dans les années 70, les retraités n avaient pas suffisamment cotisé pour toucher une retraite à taux plein (le Sécurité sociale n a été mise en place qu en 1945). Depuis les années 70, la couverture des retraites s est améliorée et l Etat a créé un minimum vieillesse pour ceux qui avaient une retraite insuffisante. L aide sociale, réservée aux populations pauvres, s est également améliorée (création du RMI en 1988 devenu RSA socle en 2009). Cependant, la crise de 2008-2009 a fait remonter le nombre de pauvres à 8,6 millions en 2010. 3. La pauvreté a également diminué au niveau mondial. Pour la première fois depuis trois siècles, le nombre de pauvres et de très pauvres diminue et il ne s agit pas de variations à la marge. En effet, le nombre de personnes très pauvres chute de 1 280 millions à 760 millions ; ainsi 520 millions de personnes sont sorties de la misère. Dans le même temps le nombre de personnes pauvres diminue de 650 millions (de 2 800 à 2 150 millions). C est seulement depuis 1992 que le recul de la pauvreté est plus rapide que la croissance de la population mondiale, de telle sorte que les nombres de pauvres et de très pauvres diminuent. C est la conséquence d une accélération de la baisse du pourcentage de pauvres (et de très pauvres) : en 16 ans il passe de 51 % à 32 %, un gain de presque 20 points, alors qu il avait fallu 170 ans pour obtenir une baisse de 40 points. Ce recul de la pauvreté ne s est pas fait d une manière uniforme. L essentiel s est produit en Asie et plus particulièrement Asie de l Est. Ainsi en Chine environ le quart de la population a franchi le seuil de pauvreté, soit plus de 300 millions de personnes. Près de la moitié des pauvres qui ont franchi ce seuil dans le monde sont donc des Chinois. En revanche dans les pays d Afrique subsaharienne la pauvreté a peu reculé. Evolution du nombre de pauvres dans le monde (en milliers) Evolution du taux de pauvreté dans le monde (en %)
2 Une réduction des inégalités sociales à long terme a) La réduction des inégalités de genre 1. Les inégalités ne peuvent se résumer à des inégalités économiques. Les inégalités sont aussi sociales. Elles sont extrêmement nombreuses et variées, et il serait impossible de toutes les répertorier : inégalités à l école, inégalités entre hommes et femmes, inégalités régionales ou entre quartiers, inégalités face à la mort Là aussi, on observe une réduction des inégalités sociales à long terme. 2. Les inégalités entre les hommes et les femmes se sont également atténuées à long terme. On peut l observer à différents niveaux : Au niveau économique, les femmes ont investi massivement le travail salarié. L écart entre le travail professionnel masculin et le travail professionnel féminin s est réduit. Les femmes n ont plus besoin de demander l autorisation de leur mari pour travailler (1965) et peuvent jouir librement de leurs revenus. Elles ont investi des métiers qui étaient autrefois quasi exclusivement masculins (médecin, conducteur de bus, armée ). Les femmes, qui gagnaient en moyenne un tiers de moins que les hommes en 1951, ont réduit cet écart à un cinquième en 2011. Inégalités salariales entre hommes et femmes à temps complet en France (en % du salaire des hommes) Au niveau juridique, les femmes se sont émancipées de l autorité masculine. Elles sont devenues peu à peu autonomes et responsables vis-à-vis des parents, du mari et des enfants. Avec l accès aux moyens contraceptifs modernes (1967) et le droit à l avortement (1975), les femmes ont pu dissocier sexualité et procréation. Elles ont pu gérer leur calendrier des naissances en fonction de leurs études et de leur carrière professionnelle. Elles ont obtenu l égalité en matière d autorité parentale (1970), le droit de divorcer par consentement mutuel (1975) et le droit de dénoncer la violence conjugale (1994). Au niveau politique, les femmes deviennent peu à peu des citoyennes comme les autres. Elles ont acquis le droit de vote en 1944 bien après d autres pays. Avec la loi sur la parité (1999), elles accèdent aux postes politiques. Part des femmes candidates et élues à l'assemblée nationale
3. Cette réduction des écarts entre hommes et femmes peut être attribuée : A la réussite des filles à l école : elles poursuivent leur scolarité plus longtemps que les garçons et ont plus de diplômes ce qui les incitent à s engager dans la vie active et avoir plus d ambition. Le modèle de la femme active a dévalorisé celui de la femme au foyer. Aux mouvements féministes : ils ont mené des combats syndicaux et politiques pour obtenir les mêmes droits que les hommes et pour faire reculer les discriminations sexistes. A l Etat qui a dû légiférer pour satisfaire cet idéal égalitaire : afin ne pas perdre la voix des électrices, les gouvernements se sont emparés du thème de l égalité entre hommes et femmes (loi sur la contraception et l avortement, égalité parentale, loi sur la parité en politique, création d un secrétaire d Etat à la condition féminine, loi sur la parité politique, nomination de ministres femmes ). b) La réduction des inégalités scolaires 4. L école s est démocratisée. L école participe à la démocratisation de la société d une part parce qu elle transmet des connaissances qui compensent les handicaps culturels de ceux qui ne sont pas nés dans des milieux culturellement favorisés et d autre part parce qu elle sélectionne les individus en fonction de leurs résultats et non en fonction de leur origine sociale pour dégager une élite républicaine. Pour réaliser ces idéaux, l Etat a : Augmenté considérablement les dépenses consacrées à l éducation pour le secondaire et le supérieur. Fixé (en 1995) des objectifs ambitieux de réussite : 80% d une génération au niveau bac. Multiplié avec l aide des régions le nombre de lycées et d universités. Incité les parents et les élèves à la poursuite des études (gratuité des livres scolaires, commissions d appel des décisions ). Cet effort de l Etat s est traduit par une démocratisation quantitative : le nombre de bachelier a ainsi été multiplié par 17,7 entre 1951 et 2011. Le nombre de bacheliers généraux a doublé depuis 1965 et les baccalauréats technologiques et professionnels ont permis d amener au niveau bac des élèves qui étaient autrefois dirigés plus rapidement vers la vie active. Évolution de la proportion de bacheliers dans une génération (en %) 1951 1961 1971 1981 1991 2001 2010 Baccalauréat général 5,4 10,8 17,3 18,7 30,6 34,7 35,7 Baccalauréat technologique - - 4,1 7,3 12,8 19,9 17,0 Baccalauréat professionnel - - - - 2,8 12,4 15,3 Ensemble 5,4 10,8 21,4 26,0 43,5 67,0 68,0 - Enfants de cadres 41 67 67 71 84 90 89 - Enfants d ouvriers 2 5 9 17 30 45 50 Nombre de bacheliers 30 000 59 300 167 300 222 400 416 250 499 230 531 800 (Source : Ministère de l éducation nationale, DEP, 2011)
Cet effort de l Etat s est aussi traduit par une relative démocratisation qualitative. Les taux de réussite au baccalauréat selon l origine sociale des parents se sont rapprochés. Le taux de réussite des filles a peu à peu dépassé celui des garçons. c) Comment peut-on expliquer cette réduction des inégalités sociales? 5. Pour Tocqueville, on devrait assister à un rapprochement des niveaux et des modes de vie entre les individus, même s il pense que l égalité absolue est inenvisageable. Plusieurs mécanismes poussent les sociétés démocratiques vers cette égalité : La «passion pour l égalité» : dans une société où tous les individus sont égaux en droit, les inégalités, surtout lorsqu elles apparaissent injustes, sont insupportables. Elles provoquent une «frustration relative» qui pousse les individus à agir pour les réduire. Les inégalités sont moins légitimes dans les sociétés égalitaires que dans les sociétés inégalitaires. Par exemple, l école aujourd hui est beaucoup moins inégalitaire qu elle ne l était au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et pourtant, elle est bien plus critiquée sur le plan de l égalité des chances qu il y a 40 ans. La passion pour l égalité qu on retrouve en France vient, selon Tocqueville, de l existence passée de privilèges. La monarchie absolue y a été renversée parce que c'était le pays d'europe où les conditions socioéconomiques avaient déjà commencé à se rapprocher les unes des autres. En Amérique, où tous les individus étaient, dès le départ, égaux en droit, cette passion pour l égalité serait moins partagée. La moyennisation de la société : dans une société démocratique, l information sur les modes de vie des classes sociales aisées devient accessible. Les milieux populaires peuvent ainsi essayer d imiter les riches sans avoir les mêmes moyens (le tourisme de masse, par exemple). Les classes sociales ont donc tendance à se rapprocher et à se fondre dans une vaste classe moyenne comme le pensait Henri Mendras. La mobilité sociale : si la société démocratique assure l égalité des chances, il n y a plus transmission héréditaire des positions sociales. Les postes élevés dans la hiérarchie vont devenir accessible aux plus méritants quelque soit leur origine sociale. La culture de classe aura plus de mal à se transmettre et les individus, au cours de leur vie ou d une génération à une autre, pourront connaître des mobilités sociales ascendantes ou descendantes qui les rapprocheront. La «destruction créatrice» : la liberté d entreprendre et d innover, la concurrence qui l accompagne, ont le pouvoir de remettre en cause les situations acquises. Les fortunes traditionnelles peuvent péricliter et de nouveaux riches peuvent apparaître. Le processus de destruction créatrice remet en cause les positions sociales de façon assez régulière. L Etat-Providence : l impôt progressif, dont le taux croît avec le revenu, frappe davantage les riches et bloque l accumulation des richesses. Il permet une redistribution aux plus pauvres par le biais des revenus d assistance ou des prestations universelles, ce qui va réduire les inégalités. 6. Cependant, cette passion pour l égalité engendre des risques pour la démocratie. Elle présente plusieurs effets pervers. L individualisme et le repli sur la sphère privée : les sociétés démocratiques rendent les individus individualistes et matérialistes. Chacun cherche à améliorer sa situation matérielle. On s isole alors de ses concitoyens et se retire à l écart avec sa famille et ses amis. On assiste donc à un repli sur la sphère privée. D où une perte du sens civique et un affaiblissement du fonctionnement de la démocratie.
Le recul de l exercice de la liberté politique et la tyrannie de la majorité : comme tous les citoyens se replient sur leur sphère privée, on assiste à un désintérêt pour les affaires publiques (petite société contre grande société). Les membres des sociétés démocratiques ne voient plus le lien entre leur intérêt individuel et l intérêt collectif : ils s éloignent de la vie politique, et tombent dans la «mollesse intellectuelle». Un certains désenchantement vis-à-vis de l enrichissement : Tocqueville constate que cette course à l'égalité et au bien-être à laquelle se livrent avec passion les hommes démocratiques ne semble pas les combler totalement (la consommation de produits de luxe révèle cette insatisfaction). En effet, la démocratie est une société de masse, une société de semblables isolés les uns des autres, où règnent la mélancolie, la crainte de perdre, la peur des autres et l'envie. Le message est clair : l'égalité seule mène à l'impasse et l individualisme négatif guette. Dans les sociétés contemporaines, on assiste en effet à une montée de l abstention politique, de la baisse du taux d adhésion à un syndicat ou à un parti politique, à une professionnalisation de la politique. L Etat despotique : les individus seraient prêts à renoncer à leur liberté si on leur garantit l égalité. L Etat- Providence, en garantissant la satisfaction des besoins de la population, amoindrirait leur désir de liberté. Pour les économistes et les penseurs libéraux, la recherche de l égalité entre les citoyens passe par une privation plus ou moins importante de la liberté : intervention de l État, réglementation, système de redistribution,... Le conformisme et le refus de la différence : au nom de cet idéal égalitaire, les individus cherchent à être parfaitement égaux entre eux. Cela conduit à nier, à refuser toute différence. Le conformisme s installe, qui peut mener à l intolérance ou au racisme. Tocqueville parle même de «tyrannie de la majorité» pour désigner cette dérive qui conduit à ne pas prendre en compte les intérêts de la minorité. C Les sociétés démocratiques n ont pas mis fin aux inégalités 1 Le retour des inégalités économiques a) La hausse des inégalités de revenus 1. Les inégalités de revenus ont recommencé à augmenter à partir des années 1980 dans la plupart des pays de l OCDE. On peut observer trois tendances : Les pays anglo-saxons sont les plus inégalitaires alors que les pays scandinaves sont les plus égalitaires, ce qui permet d opposer les pays libéraux et les pays socio-démocrates. La hausse des inégalités dans les pays de l OCDE du milieu des années 1980 à la fin des années 2000 (Coefficient de Gini)
L inégalité a fortement augmenté dans les pays les plus égalitaires (Allemagne, Suède, Finlande ) et relativement moins dans les pays inégalitaires (Royaume-Uni, Etats-Unis ). La France fait exception puisque les inégalités de revenus sont restées relativement stables. Part des 10% les plus riches aux Etats-Unis (en % du revenu total) Ce sont les revenus des 1% les plus riches qui ont augmenté le plus durant ces deux décennies. Cette progression a été plus forte dans les pays anglo-saxons (les Etats-Unis ont retrouvé un niveau d inégalité supérieur à celui du début du XXe siècle pour les 10% les plus riches qui s'accaparent 50% du revenu total) qu en France, en Allemagne ou au Japon. Ce ne sont pas les bas revenus qui ont décroché. Ce sont les hauts revenus, et en particulier les très hauts salaires qui ont explosé. Les «working rich» ont remplacé les rentiers du premier XXème siècle. Aux Etats-Unis, les 1% les plus riches s accaparent 19% du total des revenus en 2007. Part des 1% les plus riches dans les pays de l Ocde (en % du revenu total) b) La hausse des inégalités de salaire 2. Les inégalités salariales ont-elles aussi augmenté dans la plupart des pays développés à l exception de la France si l on retient l écart inter-décile. Ainsi, aux Etats-Unis, le salaire minimum des 10% des salariés les plus riches est 5,1 fois supérieur au salaire maximum de 10% les plus pauvres en 2009 alors que cet écart n était que de 3,4 en 1973. On peut observer à ce niveau plusieurs tendances : Les inégalités salariales sont plus fortes aux Etats-Unis et au Royaume-Uni que dans les pays de l Europe continentale ou au Japon. Les inégalités salariales ont augmenté plus vite aux Etats-Unis et au Royaume-Uni que dans les autres pays. En revanche, elles ont diminué en France. Ce sont les plus hauts salaires qui ont connu les progressions les plus fortes. Comme le montre une étude de l Insee, entre le milieu des années 1990 et 2008, la part des très hauts salaires dans l ensemble de la masse salariale (pour les temps complets) s est fortement accrue. Les 1 % les mieux rémunérés - 132 000 personnes touchant au moins 18 400 euros bruts par mois - percevaient 5,5 % de la masse salariale en 1996 contre 6,9 % en 2008. Dès lors, les inégalités salariales ne se creusent pas principalement entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres, mais au niveau des 5 % ou 1 % des plus hauts salaires.
La dispersion des salaires dans les pays de l OCDE (déciles pointés) Les salaires en France ont eu tendance à se rapprocher de façon relative, mais en euros l écart s accroit nettement, notamment depuis les années 1980. Cette situation est mécanique, puisque l immense majorité des augmentations (et notamment du Smic) sont décidées en pourcentages. 1 % de 1 000 euros = 10 euros, mais 1 % de 10 000 euros = 100 euros. La hausse en pourcentage laisse les inégalités relatives inchangées, mais pas les inégalités absolues. Sur longue période, il est sans doute plus juste d observer les écarts relatifs, mais les données absolues permettent de comprendre pourquoi le sentiment d inégalités croissantes s accroît : dans la vie courante, on considère plus souvent l écart en euros que celui en pourcentages. c) La hausse des inégalités de patrimoine 3. Le patrimoine est très inégalitairement réparti du fait qu il se transmet par héritage. Le patrimoine est aussi cumulatif : l argent produit de l argent, le patrimoine immobilier permet de toucher des loyers et de réaliser des plus values. On peut faire deux observations : Les inégalités de patrimoine sont beaucoup plus fortes que les inégalités de revenus. En France, le patrimoine moyen des 10% les plus riches (1,2 million d ) est 920 fois supérieur au patrimoine moyen des 10% les plus pauvres (1 350 ) en 2010 alors que l inégalité entre le niveau de vie moyen des 10% les plus riches et celui des 10% les plus pauvres n est que de 1 à 9 pour la même année. Les inégalités de patrimoine ont augmenté ces vingt dernières années. En France, elle est passée de 1 à 680 en 2004 à 1 à 920 en 2010 ce qui a augmenté le patrimoine moyen des 10% les plus riches de 400 000 alors que celui des 10% les plus pauvres ne progressait que de 114. 5 Evolution des patrimoines en France entre 2004 et 2010 2004 en euros 2010 en euros Variation en % Variation en euros 10 % les moins fortunés 1 237 1 351 9,2 114 Entre les 40 et les 50 % 79 755 115 964 45,4 36 209 10 % les plus fortunés 842 349 1 243 367 47,6 400 977 Rapport entre le patrimoine moyen des 10 % des ménages les moins riches et celui des 10 % les plus riches Ecart entre le patrimoine moyen des 10 % les moins riches et celui des 10 % les plus riches (en euros) 680,78 920,17 841 152 1 242 016 Source : Insee 2012
d) Comment expliquer la hausse des inégalités économiques? 1. 1 ère explication : Le progrès technique serait responsable d une forte demande de travailleurs qualifiés. Il génère de nouvelles tâches qui requièrent plus de travailleurs qualifiés que de non qualifiés. D où une tension sur les salariés qualifiés qui expliquerait une hausse plus rapide de leurs salaires. L inégalité progresserait par le haut. Cependant, cette thèse ne résiste pas longtemps à l examen. En effet, les jeunes ont fortement augmenté le niveau de leur diplôme pour répondre à cette demande de travailleurs qualifiés. Certains sociologues parlent même d une «inflation scolaire» et le diplôme a tendance a perdre de sa valeur marchande. D autre part, le progrès technique n a pas fait disparaître la demande travailleurs non qualifiés. Celle-ci a même augmenté dans le secteur tertiaire. Enfin, comment expliquer que l écart entre les cadres et les ouvriers n augmente pas en France alors qu il augmenterait aux Etats-Unis bien que ces deux pays connaissent la même vague de progrès technique? 2. 2 ème explication : La mondialisation serait responsable de la pression à la baisse sur les bas salaires. En mettant en concurrence les travailleurs du Tiers-Monde et ceux des pays développés, les firmes transnationales obtiendrait une modération de la hausse du pouvoir d achat des bas salaires alors que les cadres ne seraient pas soumis à cette concurrence. L inégalité progresserait par le bas. Là encore, cette explication ne semble pas pertinente. D une part, tous les secteurs ne sont pas exposés à la concurrence internationale. Le pouvoir d achat des vendeuses, des caissières, des assistantes sociales n est pas dépendant de la mondialisation. D autre part, les cadres peuvent être soumis à cette concurrence internationale (utilisation des ingénieurs et informaticiens indiens ou chinois par exemple). Enfin, c est aux Etats-Unis que la progression de l inégalité est la plus forte alors que ce pays est moins soumis à la concurrence internationale que la France, l Allemagne ou le Japon, par exemple. 3. 3 ème explication : Les modifications du rapport de force entre salariés et entreprise. Le développement du chômage et de la précarité, l externalisation des emplois vers des PME sous-traitante et le développement du capitalisme financier ont modifié le rapport de force entre les salariés et les entreprises. Les syndicats n ont plus été capable de diffuser les avantages sociaux des salariés des secteurs les plus favorisés aux autres. Les salaires réels ont progressé moins vite que la valeur ajoutée dans les années 1980 alors que celle des dividendes augmentait. Cependant, si on observe bien cette baisse de la part des salaires dans la VA dans la plupart des pays développés et une hausse de celle des dividendes à partir des années 1980, ceci ne peut expliquer la hausse des inégalités de salaires. D une part, le partage de la valeur ajoutée s est plutôt stabilisé à partir des années 1990. D autre part, ces sont les très hauts salaires (les 5% ou les 1% les mieux payés) qui sont responsables de la hausse des inégalités. 4. 4 ème explication : La rareté de certaines compétences. Dans chaque domaine de compétence, le meilleur peut extraire une rente qui dépend de l étendue du marché qu il est capable de fournir. Ainsi, le footballer le plus talentueux de sa génération sera réclamé par tous les grands clubs de football, si bien qu il pourra obtenir un salaire très élevé qui entraînera vers le haut celui des ses concurrents moins doués. La «superstar» fixe la norme. Ce modèle explicatif peut s appliquer à des artistes, des sportifs mais aussi à des professions indépendantes (avocats, banquiers d affaires, chirurgien ) et, en partie, aux cadres dirigeants recrutés par des cabinets de recrutement. Cependant, cette explication est insuffisante car la rémunération des PDG peut différer sensiblement d un pays à l autre.
5. 5 ème explication : La déréglementation de la fixation des salaires des cadres dirigeants. Autrefois, les patrons se fixaient des règles éthiques pour la fixation de leurs salaires. Ainsi, le banquier américain John Pierpont Morgan, fondateur de la banque JP Morgan, estimait au début du XXe siècle que le «top management» ne devait pas avoir un salaire (hors dividendes) qui excède vingt fois celui d'un salarié moyen. Si ces règles n étaient pas respectées, l Etat se chargeait de fixer des normes plus strictes ou corrigeait les excès par l impôt. Ainsi, au Japon, la distribution de stocks-options aux dirigeants était interdite jusqu en 1997. De même, en Allemagne, les traditions de cogestion ont pendant longtemps encadré les rémunérations patronales. Mais, à partir des années 1980, la norme évolue. Les managers, qui sont souvent aussi les administrateurs d autres grandes sociétés, s octroient des avantages financiers de plus en plus élevés : stockoptions (possibilité d acheter à un cours préférentiel des actions de la société qui pourront être revendues lorsque le cours sera plus élevé), distribution d actions gratuites, prime d accueil («Golden hello»), prime de sortie (les «parachutes dorés»), retraite prise en charge par l entreprise En France les dirigeants des sociétés du CAC 40 ont gagné en moyenne 4 millions d'euros en 2007, soit environ deux siècles de salaire médian. De même, en 2009, en pleine crise, les traders français recevront 1 milliard d' de bonus soit 62 000 personnes au Smic pendant un an. Les traders américains recevront quant à eux 140 milliards de $!!! Le triomphe du capitalisme financier a fait sauter les barrières éthiques des dirigeants sans que l on puisse établir un lien entre ces revenus mirobolants et la performance des entreprises qu ils dirigent. La composition des revenus des 1% les plus riches aux Etats-Unis (En % du revenu total des américains) 6. 6 ème explication : La forte croissance des valeurs boursières et immobilières a permis aux ménages qui ont une forte propension à épargner de dégager des plus-values importantes et de bénéficier de revenus du patrimoine (intérêts, dividendes) en forte augmentation. Aux Etats-Unis, la part des revenus des 1% les plus riches dans le revenu total du pays est passée de 3,6% en 1976 à plus de 12% en 2007. La moitié de cette hausse peut être attribuée aux revenus du patrimoine et aux plus-values boursières et immobilières. 7. 7 ème explication : La baisse de l impôt sur le revenu et le patrimoine en faveur des plus riches. Depuis les années 1980, on a assisté dans les pays développés à une baisse du taux marginal d imposition sur le revenu et à un quasi disparition de l impôt sur le patrimoine et l héritage. Ainsi, le bouclier fiscal en France plafonne le taux d'imposition global des contribuables à 50% de leurs revenus. Ce système empêche donc la réduction des inégalités et toute augmentation d impôt pour les plus riches. Comme le dit Camille Landais, les fils des «working rich» d aujourd hui sont potentiellement les rentiers de demain. Le bouclier fiscal a été supprimé en 2012 ainsi que l impôt sur la fortune ce qui, là aussi, a profité aux plus riches. En conséquence les prélèvements sociaux sont dégressifs pour les plus riches. 8. 8 ème explication : au bas de l échelle, à l inverse, on a réduit la hausse des prestations sociales et du salaire minimum au prétexte que ces hausses favorisaient l assistance et la paresse. 2 Le maintien des inégalités sociales a) Le maintien des inégalités de genre 1. Les inégalités entre les hommes et les femmes n ont pas disparu. 1 ère Les inégalités domestiques : Les femmes consacrent deux fois plus de temps aux tâches domestiques et aux tâches éducatives (environ 5 heures par jour) que son conjoint et cette situation n a guère évolué en trente ans. Les hommes ont vu leur temps de travail domestique augmenter de 1 mn en 31 ans et celui des femmes a diminué de 22 mn. Malgré la présence désormais massive des femmes sur le marché du travail, l inégalité du partage des tâches domestiques semble donc particulièrement résistante. les femmes. Ainsi, les femmes ont chaque jour, en semaine une demi-heure de temps libre en moins, et 4 heures au total chaque week-end.
Les tâches dites «féminines» (effectuées à plus de 80% par les femmes) sont des tâches quotidiennes, routinières, peu valorisées et effectuées à l intérieur de la maison (le linge, la cuisine, le ménage). Les taches dites «masculines» (effectuées à plus de 80% par les hommes) sont moins nombreuses, plus occasionnelles, plus valorisées et extérieures au foyer (le jardinage, le bricolage). Les activités «mixtes», partagées à peu près à égalité, concernent les enfants, les courses, les animaux, les tâches administratives. Evolution du partage des tâches domestiques Hommes Femmes Part des femmes en % 1999 (en heures) 2010 (en heures) Evolution (en minutes) 1999 (en heures) 2010 (en heures) Evolution (en minutes) L habillage et les devoirs scolaires sont des activités principalement maternelles. L accompagnement lors des trajets est également une fonction principalement maternelle, mais dans une moindre mesure. En revanche, le coucher et les loisirs sont des «emplois» plus mixtes : dans plus de 40 % des familles, pères et mères participent à égalité au coucher de leurs enfants et, dans plus de 60 % des familles, on observe une répartition égalitaire de la participation aux loisirs. Participation des pères et des mères aux activités parentales (en % des déclarations) 1999 2010 Temps domestique 1:59 2:00 1 3:48 3:26-22 66 63 - dont ménage, cuisine, linge, courses, etc.. - dont soins aux enfants et aux adultes 1:04 1:08 4 3:06 2:35-31 74 70 0:11 0:18 7 0:27 0:36 9 79 67 - dont bricolage 0:30 0:20-10 0:04 0:05 1 12 20 - dont jardinage, soins aux animaux 0:14 0:14 0 0:11 0:10-1 44 42 2 ème Les inégalités dans l emploi : Ce partage inégal a des conséquences importantes sur l activité et sur la carrière professionnelle des femmes. Le taux d emploi féminin est plus faible que le taux d emploi masculin et décroit avec le nombre d enfants et la jeunesse de l enfant. Les femmes seules sont les plus actives et les femmes avec des enfants sont les moins actives. Le taux d activité est nettement plus faible pour les mères de famille nombreuse, surtout si l un des enfants a trois ans ou moins. Les mères les moins diplômées sont les moins présentes sur le marché du travail. Les écarts de taux d'activité entre les plus diplômées et les moins diplômées ont tendance à s'accroître avec le nombre d'enfants présents au domicile. Les femmes occupent l essentiel des emplois à temps partiel. Lorsque le nombre d enfant devient trop élevé, les femmes, qui veulent concilier travail professionnel et travail domestique, optent pour le temps partiel au détriment de leurs carrières. Enfin, les femmes choisissent des métiers compatibles avec leur double tâche. Les femmes, qui ont un emploi, se trouvent concentrées sur un petit nombre d emplois «dits» féminins : infirmière, institutrices, caissière, vendeuses dont les horaires offrent une certaine souplesse. Or ces emplois sont souvent moins rémunérés que les emplois «dits» masculins.
Au total, on comprend pourquoi les femmes subissent des inégalités de salaire et de carrière. Moins présente dans l entreprise, moins disponible pour le travail professionnel, elles subissent préjugés et discrimination des employeurs, ce qui se traduit par des écarts de 20% dans les revenus à travail égal Métiers où les femmes sont très majoritaires Les femmes sont encore peu présentes dans les postes de dirigeants. Après plus de cinquante ans d exercice du droit de vote, les femmes sont encore minoritaires en tant qu élues sur la scène politique alors qu elles constituent 55 % de l électorat. Moins d un député sur cinq est une femme en France en 2007. La proportion de femmes conseillères municipales est passée de 25 % en 1995 à 50 % en 2001 dans les communes. En revanche, le nombre et la part des femmes parmi les maires restent beaucoup plus limités : 7% des maires des communes de 3 500 habitants ou plus sont des femmes, soit deux points de plus qu en 1995. De même, si les femmes représentent aujourd hui plus de 45 % de la population active, elles sont moins nombreuses à accéder aux plus hautes strates des hiérarchies professionnelles. Elles ne représentent qu un peu plus d un quart de l encadrement et seulement 14 %, en 2010, des emplois de direction et d inspection. 2. On peut expliquer cette perpétuation de l inégalité entre hommes et femmes par plusieurs facteurs : La socialisation différenciée : au cours de l enfance, les familles transmettent des normes sexuées à leurs enfants qui sont intériorisées par les garçons et par les filles ce qui se répercute plus tard dans leur comportement à l âge adulte (explication de type durkheimien). Le choix rationnel des femmes : les filles réussissent mieux à l école que les garçons mais elles s orientent dans des filières et vers des métiers qui vont permettre de mieux concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle (explication de type wébérien). La discrimination sexiste : les hommes, monopolisant les postes de responsabilité au niveau du travail professionnel et en politique, ont tendance à privilégier leur sexe au moment des embauches, des promotions ou des choix de candidatures (explication de type interactionniste). Socialisation différenciée Inégalité dans le partage des tâches domestiques Double journée de la femme Moindre disponibilité supposée Inégalités salariales Emplois dits féminins Emplois à temps partiel et précaires Moindre taux d emploi Discrimination dans l emploi
b) Le maintien des inégalités scolaires 3. L école continue à sélectionner socialement : L accès aux filières sélectives et prestigieuses est de plus en plus fermé aux enfants de milieux populaires. Dans les années 50, 29% des étudiants des grandes écoles étaient d origine populaire. Dans les années 90 ce taux tombe à 9%. La sélection sociale se fait donc plus tard mais elle a lieu. Les enfants d ouvriers, qui représentent 40% des élèves ne 6 ème, ne représentent plus que 8% des élèves des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). A l inverse, 15% des élèves de 6 ème sont des enfants de cadres contre 55% des étudiants des CPGE. 1951-1955 1973-1977 1989-1993 Ecole polytechnique 21,0 14,8 7,8 Ecole nationale d administration 18,3 15,6 6,1 Ecole normale supérieure 23,9 17,2 6,1 HEC 38,2 31,5 11,8 Ensemble 29,0 21,2 8,6 Dans l ensemble des 20-24 ans 90,8 84,6 68,2 Les filières à l intérieur du système scolaire sont socialement marquées. Les deux-tiers des enfants de milieu populaire se retrouvent dans les séries technologiques et professionnelles alors que les trois-quarts des enfants de cadres se trouvent dans la filière générale, en particulier dans la section S. L accès aux études supérieures (inscription immédiate dans un établissement d enseignement supérieur) et surtout l obtention d un diplôme bac +2 ou bac + 3 varient fortement selon le type de bac. Presque tous les bacheliers généraux poursuivent des études supérieures. L université reste leur premier choix, mais les filières sélectives les attirent de plus en plus. 13 % vont en classes préparatoires aux grandes écoles, dont ils constituent la très grande majorité des étudiants. Près de la moitié des bacheliers technologiques choisissent les sections de techniciens supérieurs et moins de 20 % poursuivent en université hors IUT. Les bacheliers professionnels ne sont qu une minorité à s engager dans des études supérieures, où leur réussite est faible. Il s ensuit une «frustration relative» de ces derniers qui obtiennent des diplômes supérieurs à ceux de leur père mais qui n accèdent à des positions sociales plus élevées. c) L apparition d inégalités intergénérationnelles 4. Les cohortes nées jusqu à la fin des années 1940 bénéficiaient d un net progrès générationnel : d une génération à la suivante, les conditions d emploi étaient plus favorables à l entrée sur le marché du travail, le niveau de vie augmentait régulièrement, l accès était plus fréquent à l éducation et à la propriété d un logement. Ce progrès s est fortement ralenti, voire interrompu à plusieurs égards, pour les générations des années 1950 et 1960. Ces dernières, assez tôt dans leurs parcours de vie, ont été confrontées à la crise économique, plus particulièrement aux deux chocs pétroliers et aux périodes de conjoncture difficile du début des années 1980 et du milieu des années 1990. 5. Les générations les plus récentes vivent une situation contrastée. Plusieurs années de bonne conjoncture au tournant des années 2000 ont contribué à leur redonner un niveau de vie plus élevé que les générations précédentes au même âge. Elles ont ensuite bénéficié de taux d intérêt faibles qui leur ont à nouveau facilité l accès à la propriété, malgré la hausse des prix de l immobilier. Toutefois, cette amélioration semble très dépendante du contexte macroéconomique, qui peut facilement se retourner, comme lors de la crise économique initiée en 2008.
6. Les inégalités entre générations s accompagnent d inégalités intra-générationnelles. L accès à l emploi est ainsi étroitement lié au niveau de diplôme. Ce dernier met davantage à l abri du chômage et garantit plus souvent un emploi stable, mais de plus en plus au prix d un déclassement en matière de salaire et de statut d emploi. Les non-diplômés, de leur côté, apparaissent plus dépendants de la conjoncture, non seulement à la sortie des études mais aussi durant le début de leur carrière. Enfin, la fragilité de ce progrès générationnel, ainsi que l importance accrue des transferts intergénérationnels de patrimoine, laissent envisager une augmentation des inégalités selon la catégorie et/ou l origine sociale. Ainsi, depuis le début des années 2000, on observe un retour des jeunes générations vers la propriété, mais l écart de taux de propriété a tendance à augmenter entre les catégories socioprofessionnelles. d) L apparition d inégalités intra-catégorielles 1. A l'intérieur de chaque groupe, des cadres aux ouvriers, les niveaux et les conditions de vie peuvent être disparates selon le parcours professionnel ou individuel. Ainsi, un enseignant issu d'un milieu favorisé qui hérite d'un appartement de sa famille n'aura pas le même niveau de vie que son collègue locataire ; un ouvrier travaillant à EDF dont l'emploi et la progression de salaires sont garantis, n aura pas la trajectoire professionnelle qu un ouvrier de PME. Avec le chômage et la précarité, l'emploi est plus que jamais source d'inégalités (sécurité de l'emploi, rémunérations, conditions de travail, réalisation de soi et intégration dans les collectifs, etc). La mesure des inégalités à un instant «t» est donc erronée, il faut pouvoir mesurer les inégalités sur une cohorte en suivant la carrière des individus et comparer l'ensemble des revenus perçus pour pouvoir établir des comparaisons pertinentes. Dans leur ouvrage «Le nouvel âge des inégalités» Pierre Rosanvallon et Jean-Paul Fitoussi insistent sur ces nouvelles inégalités à l'intérieur de chaque catégorie : les inégalités intra-catégorielles. L intensité de ce type d inégalités pousse même les deux auteurs à s'interroger sur la pertinence de la stratification sociale en termes de professions et catégories socioprofessionnelles (PCS). 3 Les inégalités sont cumulatives et font système 1. Il y a un lien entre inégalités de revenu et inégalités de patrimoine. En effet, plus les revenus sont élevés, plus on a la possibilité d épargner, donc de se constituer ou d augmenter son patrimoine. Cela est d autant plus vrai que les hauts revenus accèdent plus facilement au crédit, car leur capacité de remboursement est importante. Ils peuvent donc faire un emprunt immobilier pour financer l acquisition d un logement par exemple. Par ailleurs, ce patrimoine est source de revenus, et ces revenus ont tendance à augmenter plus vite que les revenus du travail. Ceci contribue ainsi à accroître les inégalités entre ceux qui ont un patrimoine et ceux qui n en ont pas. Les inégalités économiques sont donc cumulatives. Revenus élevés Taux d épargne élevé Importance des placements Hausse des revenus du patrimoine
2. Les inégalités économiques et sociales se cumulent et se renforcent c est ce qui explique pourquoi dans nos sociétés de classes où le statut social, bien qu il soit acquis, peut se transmettre néanmoins d une génération à une autre. Les inégalités de revenus engendrent des inégalités d accès au logement qui créent elles-mêmes des inégalités face à l école qui débouchent elles-mêmes sur des inégalités devant l emploi. Le logement crée des inégalités scolaires à double titre, d abord parce que disposer d une chambre ou d un coin à soi est un atout pour pouvoir travailler, ensuite parce que les établissements scolaires accueillent les élèves d une même zone géographique (principe de la carte scolaire), les cités où se concentrent les populations pauvres économiquement et culturellement donnent naissance à des écoles ghettos. La non-mixité sociale nuit à la qualité de l enseignement, les résultats scolaires sont corrélés à l origine sociale des élèves. De l autre côté, les plus favorisés cumulent les avantages et peuvent transmettre plus facilement leur position sociale. Les inégalités de revenus et de patrimoine se renforcent, les conditions de vie sont facilitées, l accès aux soins, à la culture favorise la réussite scolaire...on peut ajouter à ces mécanismes le rôle de l homogamie. La tendance à se marier dans un milieu social identique au sein renforce ce cumul des handicaps ou des avantages. Capital culturel élevé Niveau de diplôme élevé Emploi stable et qualifié Bonne santé Origine sociale favorisée Logement et lieu de résidence privilégié Revenus élevés Epargne Constitution d un patrimoine Revenus du patrimoine 3. Les inégalités tendent donc à se reproduire de génération en génération, ce processus cumulatif conduit à une certaine polarisation de la société : les cadres fabriquent des futurs cadres et les ouvriers des futurs ouvriers. Néanmoins, les transfuges existent car la structure des emplois se modifie, le nombre d emplois qualifiés progresse ce qui offre des opportunités d ascension sociale aux enfants des classes populaires ou des petites classes moyennes (employés qualifiés, artisans-commerçants).