Document de synthèse : Hépatite B et hépatite C Sommaire : Au Canada, l hépatite B et l hépatite C demeurent de graves enjeux de santé publique en raison de taux de prévalence élevés, de coûts élevés pour le système de santé et d une demande croissante de ressources en matière d éducation, de prévention, de surveillance, de soins et de traitement. En 2009, la Coalition canadienne des organisations vouées à l hépatite B et C («la Coalition») a demandé aux gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux de répondre, d ici 2012, à six demandes nationales, déterminées par consensus et formulées en 2008 par un comité formé d'organismes canadiens. Après avoir passé en revue le bulletin de rendement émis par la Coalition en 2011 afin de mesurer la réponse des gouvernements aux six demandes, et conformément à la conviction de la Coalition voulant qu il est crucial pour les pouvoirs publics d'adopter une stratégie nationale coordonnée, entièrement financée et exhaustive pour lutter contre les hépatites B et C, la Coalition recommande que trois domaines prioritaires soient abordés dans les meilleurs délais par tous les niveaux de gouvernement par le biais de mesures concrètes sous forme de politiques, de programmes et de services. Ces domaines prioritaires sont les suivants : 1. Sensibiliser les populations à risque concernant les hépatites B et C et prévenir ces infections chez ces mêmes populations. 2. Améliorer l accès aux soins de santé et à l assurance médicaments. 3. Appuyer les communautés et les groupes par le biais d un financement stable appuyant la prévention, l éducation, les soins et des services de soutien. Les faits en bref : - L hépatite B et l'hépatite C sont des maladies du foie causées par les virus de l'hépatite B (VHB) et de l'hépatite C (VHC) et qui menacent le pronostic vital; environ 600 000 personnes en sont atteintes au Canada, dont un grand nombre sont infectées à leur insu 1.
- Au Canada, la prévalence de l hépatite B chronique se situerait entre 0,7 et 0,9 % 2, alors que la prévalence de l hépatite C se situerait entre 0,8 et 1 %, et est à la hausse 3. - L hépatite B et l hépatite C sont à l origine de nombreux cas de cirrhose, d hépatopathie décompensée et de carcinome hépatocellulaire, et donc liées à un besoin accru de transplantation du foie 4. - Il n existe aucun vaccin contre l hépatite C, mais en revanche, on peut prévenir l hépatite B par la vaccination 5. - Pour le traitement de l hépatite B, il existe de nombreux agents comme le peginterféron alfa-2a, l entécavir, la lamivudine, la telbivudine et l adéfovir permettant d ajuster le traitement en fonction de l'âge du patient, de l ampleur de la réplication virale, du statut de l AgHBe, de la présence d inflammation, des taux d alanine aminotransférase (ALT) et des risques de cirrhose et de carcinome hépatocellulaire (CHC) 6. - Le traitement de référence actuel contre l hépatite C est le peginterféron alfa en association avec la ribavirine 7. Associés aux injections d interféron et aux comprimés de ribavirine, les plus récents agents contre l hépatite C (bocéprévir et télaprévir) sont nettement plus efficaces contre les cas d hépatite C de génotype 1 8. Des associations par voie orale ne contenant pas d'interféron devraient arriver sur le marché dans les deux à cinq prochaines années 9. - De façon générale, les coûts annuels associés à l hépatite C pour le système de santé canadien sont de l ordre d environ 500 millions de dollars. On prévoit que ce chiffre doublera d ici 2010 pour atteindre le milliard 10. Les coûts globaux pour la société liés au fait de ne pas traiter les cas d'infection par les virus de l hépatite B et C ajoutent au fardeau économique de ces maladies sur la société canadienne; la progression de la maladie et l hospitalisation représentent les composantes les plus importantes des coûts tout au long de l évolution de la maladie 11. - On prévoit que la prévalence des séquelles d une infection au VHC augmentera, surtout chez les personnes ayant besoin d une transplantation de foie. Domaines prioritaires Sensibiliser les populations à risque et prévenir l hépatite B et C chez ces populations Au Canada, les taux les plus élevés d infection par le virus de l hépatite C sont signalés chez les utilisateurs de drogues injectables, la plupart du temps par suite du partage de matériel pour l injection de drogues; le taux de prévalence de l hépatite C chez les utilisateurs de drogues est d environ 69 % 12. Les taux de prévalence de l hépatite C signalés chez les détenus, les hommes ayant des relations sexuelles avec d autres hommes (HARSAH), les jeunes de la rue et les Autochtones sont de 28 %, 5 %, 5 % et 3 %, respectivement 13. Dans le cas de l'hépatite B, même si la prévalence varie en fonction des sous-groupes au Canada, on signale de
moins en moins de cas depuis l arrivée des programmes de vaccination 14. Les personnes qui courent un risque accru d hépatite B sont les HARSAH, les personnes séropositives pour le VIH et les immigrants récents 15. Il a été démontré qu il est bénéfique de mettre en place d une part un programme universel de vaccination contre l hépatite B chez les nourrissons afin de maximiser la protection dans la population et d autre part un registre national de vaccination pour évaluer l effet du programme 16. De nombreuses études indiquent qu une gamme de stratégies comme la mise sur pied de programmes de distribution et de récupération d'aiguilles, des stratégies d information, la prévention du surdosage, l usage de méthadone comme cure de désintoxication et comme traitement d'entretien ainsi que des établissements d injection et de consommation supervisées sont des moyens sûrs, peu coûteux et efficaces de prévenir la transmission de l hépatite B et de l'hépatite C 17. De plus, on a montré que les programmes de tatouage stérile («sécuritaire») en prison réduisaient la transmission de l hépatite C dans les établissements fédéraux 18. Améliorer l accès aux soins de santé et à l assurance médicaments Un meilleur accès aux services de santé dans toutes les communautés et la normalisation de l assurance médicaments peuvent améliorer de façon significative la qualité de vie des personnes infectées et ainsi réduire les coûts pour le système de santé en lien avec l hépatite B et l hépatite C, deux maladies qu il est désormais possible de traiter. On a démontré que la séropositivité quant au virus de l'hépatite C est corrélée à des dépenses médicales accrues, et que des programmes de prévention visant à atténuer les sources de vulnérabilité comme la santé mentale et la dépendance, en plus du traitement contre l'hépatite C, sont requis pour diminuer les coûts médicaux et améliorer les résultats en matière de santé 19. L amélioration de l accès aux soins de santé pour les personnes atteintes d'hépatite B et d'hépatite C et les personnes à risque de contracter ces infections passe aussi par l'adoption de mesures visant à réduire la stigmatisation et la discrimination liées à l usage de drogues et à l'hépatite B ou C 20. Parmi les autres domaines où l accès aux soins de santé pourrait être amélioré, notons la surveillance et la réduction du temps d'attente pour une consultation auprès d'un spécialiste et la création d'un programme national d'obtention et de don d'organes. Quant à l assurance médicaments, la normalisation des régimes d'assurance et des processus d approbation à la grandeur du pays entraînerait une meilleure uniformité de la couverture et éliminerait du coup les inégalités entre les provinces et les territoires au Canada. Une telle normalisation assurerait aussi une approbation plus rapide et mieux coordonnée des médicaments pour différents sous-groupes, par exemple les personnes infectées par le VIH. Appuyer les communautés et les groupes par le biais d un financement stable appuyant la prévention, l éducation et des services de soutien
En dépit du Programme de prévention, de soutien et de recherche pour l hépatite C lancé par l Agence de la santé publique du Canada en 1999, 21 l instabilité et les retards caractérisant le financement du gouvernement fédéral ont miné la capacité des organismes communautaires à offrir des programmes de sensibilisation (programmes de réduction des méfaits et d information), de soins et de soutien, éléments qui font tous partie intégrante des principaux objectifs à long terme du Programme. En conséquence du manque de financement et de ressources humaines, il est difficile pour les organismes locaux de joindre les personnes courant le plus grand risque. La disponibilité des fonds au sein d une province ou d'un territoire varie grandement d une région à l autre, entraînant des inégalités dans les services offerts. De plus, il n existe aucun autre programme de ce genre voué à la lutte contre l hépatite B qui soit appuyé par l Agence de la santé publique du Canada. Recommandations : Que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux adoptent des mesures pour lutter contre l épidémie nationale d hépatite selon une perspective de santé publique. Mener des campagnes encourageant les membres des communautés, y compris les babyboomers et les immigrants, à subir un test de dépistage de l'hépatite B et de l'hépatite C. Élaborer d une part un programme universel de vaccination contre l hépatite B chez les nouveau-nés afin de maximiser la protection dans la population et d autre part un registre national de vaccination pour l évaluation du programme. Appuyer et mettre sur pied des mesures de soutien visant la réduction des méfaits chez les personnes à risque, en particulier chez les utilisateurs de drogues injectables et les détenus des prisons fédérales. Élaborer des programmes de prévention de grande portée visant à réduire les sources de vulnérabilité et des programmes permettant de cerner et de traiter les personnes infectées par le virus de l'hépatite C qui ne se savent pas porteuses du virus. Normaliser les régimes d'assurance médicaments et les processus d approbation des médicaments afin d éliminer les inégalités entre les provinces et les territoires au Canada. Promouvoir la continuité et l élargissement du financement offert aux organismes communautaires afin d assurer l adéquation des interventions de prévention, de sensibilisation, de soins et de soutien en lien avec l hépatite B et C. Références 1. Agence de la santé publique du Canada (ASPC) (2012). Hépatite. À l adresse http://www.phac-aspc.gc.ca/hep/index-fra.php. 2. ASPC. Hépatite B : Informez-vous. 2010. À l adresse http://www.phac-aspc.gc.ca/hcai-iamss/bbp-pts/hepatitis/hep_b-fra.php.
3. Centre de la lutte contre les maladies transmissibles et les infections, Direction générale de la prévention et du contrôle des maladies infectieuses, ASPC (2010). L hépatite C au Canada : Rapport de surveillance de 2005-2010 (p. 1 à 42). 4. Idem. 5. ASPC. (2012). Hépatite. À l adresse http://www.phac-aspc.gc.ca/hep/index-fra.php. 6. ASPC. (2008). Rapport sommaire : Infection par le virus de l hépatite B au Canada. 7. ASPC. (2009). Gestion et traitement de l hépatite C chronique. À l adresse http://www.phacaspc.gc.ca/hepc/faq-fra.php#d1. 8. Bacon, B. R., Gordon, S. C., Lawitz, E. et al. (2011). Boceprevir for previously treated chronic hepatitis C virus genotype 1 infection. The New England Journal of Medicine, 364(13), 1207-1217. 9. Sharma, P., & Lok, A. S. (2011). Interferon-free treatment regimens for hepatitis C: are we there yet? Gastroenterology, 141(6), 1963-7. 10. Comité consultatif mixte de l Initiative de recherche sur l hépatite C de Santé Canada et des IRSC, Hepatitis C As A Roadmap For Integrated Communicable Disease Prevention and Control: A Strategy for the Renewal of the Health Canada/Canadian Institutes of Health Research (CIHR) Research Initiative on Hepatitis C (Ottawa : 2005). 11. Krajden, M., Zagorski, B., Alvarez, M. et al. (2010). Health care costs associated with hepatitis C : A longitudinal cohort study. Canadian Journal of Gastroenterology, 24(12), 717-726. Jacobson, I. M., McHutchison, J. G., Dusheiko, G. et al. (2011). Telaprevir for previously untreated chronic hepatitis C virus infection. The New England Journal of Medicine, 364(25), 2405-16. McHutchison, J. G., Manns, M. P., Muir, A. J., Terrault, N. A. et al. (2010). Telaprevir for previously treated chronic HCV infection. The New England Journal of Medicine, 362(14), 1292-303. Poordad, F., McCone, J., Bacon, B. R. et al. (2011). Boceprevir for Untreated Chronic HCV Genotype 1 Infection. The New England Journal of Medicine, 364(13), 1195-1206. Zeuzem, S., Andreone, P., Pol, S. et al. (2011). Telaprevir for retreatment of HCV infection. The New England journal of medicine, 364(25), 2417-28. 12. Centre de la lutte contre les maladies transmissibles et les infections, Direction générale de la prévention et du contrôle des maladies infectieuses, ASPC (2010). L hépatite C au Canada : Rapport de surveillance de 2005-2010 (p. 1 à 42).
13. Idem. 14. ASPC. (2008). Rapport sommaire : Infection par le virus de l hépatite B au Canada. 15. Idem. 16. Mackie, C. O., Buxton, J. a, Tadwalkar, S., et Patrick, D. M. (2009). Hepatitis B immunization strategies: timing is everything. CMAJ : Canadian Medical Association Journal - Journal de l Association medicale canadienne, 180(2), 196-202. 17. Association des infirmières et des infirmiers du Canada (AIIC). (2011). La réduction des méfaits et les drogues actuellement illicites. 18. Bonnycastle, K. D. (2011). The Social Organisation of Penal Tattooing in Two Canadian Federal Male Prisons: Locating Sites of Risk for Empirically-Based Health Care Interventions. The Howard Journal of Criminal Justice, 50(1), 17-33. 19. Krajden, M., Zagorski, B., Alvarez, M. (2010). Health care costs associated with hepatitis C : A longitudinal cohort study. Canadian Journal of Gastroenterology, 24(12), 717-726. 20. Centre de la lutte contre les maladies transmissibles et les infections, Direction générale de la prévention et du contrôle des maladies infectieuses, ASPC (2010). L hépatite C au Canada : Rapport de surveillance de 2005-2010 (p. 1 à 42). 21. ASPC. (2011). Le Programme de prévention, de soutien et de recherche pour l'hépatite C. À l'adresse http://www.phac-aspc.gc.ca/hepc/prsp-ppsr-fra.php.