ÉVALUATIONS POSTUROMÉTRIQUES ET ISOCINÉTIQUES APRÈS LIGAMENTOPLASTIES DU LCA BOISSIN Rebecca, PHILIPPOT Rémi, CHALENCON François, VERDOT François-Xavier, SCHNEIDER Loïc, EDOUARD Pascal, FARIZON Frédéric Saint-Etienne
INTRODUCTION Rupture du ligament croisé antérieur (LCA) = lésion fréquente, souvent chirurgicale Plusieurs techniques de reconstruction (pas de recommandation mais une adaptation aux patients), variant : Selon le type de transplant utilisé : tendon rotulien (TR), ischio-jambiers(ij)... Reconstruction mono- faisceaux ou anatomique double faisceaux...
La rupture du LCA = perte d informations proprioceptives = conséquence sur le contrôle postural mais peu d étude de la posture après chirurgie. MISSAOUI B, PORTERO P, BENDAYA S, HANKTIE O ET THOUMIE P. Posture and equilibrium in orthopedic and rhumatologic diseases. Neurophysiologie Clinique-Clinical Neurophysiology, 2008; 38:447-457. La iatrogénie liée au prélèvement de la greffe lors de la chirurgie du ligament croisé antérieur (LCA) reste un problème actuellement non résolu : Le déficit musculaire 2 ans après une plastie du LCA significatif et prélèvement-dépendant =conclusions du symposium de la SFA 2007 Intérêt de l évaluation de la récupération posturale et musculaire dans le suivi des ligamentoplasties du LCA.
Ainsi les objectifs de notre travail étaient : De réaliser une évaluation du déficit musculaire, de la posture, de la marche : après ligamentoplastie du LCA. De rechercher des corrélations entre les évaluations isocinétiques, posturomètriques et l évaluation de la marche. D obtenir des éléments de comparaison entre deux techniques chirurgicales de ligamentoplastie du LCA
MATÉRIEL ET MÉTHODE Etude prospective, multicentrique, non randomisée, 2 opérateurs «séniors», 1 évaluateur indépendant. Inclusion : 30 patients porteurs d une laxité chronique isolée répartis en 2 groupes homogènes (1 opérateur par groupe) Tous opérés d une ligamentoplastie intra-articulaire sous arthroscopie : - soit par une technique au TR, type Kenneth-John. (groupe 1) -soit par une technique aux IJ avec reconstruction double faisceaux du LCA (groupe 2)
Exclusion : antécédents chirurgicaux sur le même genou et/ou sur le genou controlatéral lésion méniscale et /ou cartilagineuse associée Rééducation: systématisée et adaptée au type de chirurgie. Suivi et évaluation A 6 mois post op (dans le même centre,au même moment de la journée pour tous les patients et toujours dans le même ordre) Evaluation clinique : IKDC subjectifs et objectifs
Evaluation posturomètrique Plate-forme de force Win posturo et le logiciel PosturoPRO -Mesures yeux ouverts/ yeux fermés/ bipodal/monopodal. -Meilleur essai retenu -Analyse de la surface moyenne des déplacements du centre de pression (CP) et la vitesse de déplacement du CP. Evaluation de la marche : Tapis de marche Gaitrite - Un cycle de 3 essais à vitesse de marche normale, un cycle à vitesse de marche rapide. - Mesures de paramètres spatiaux, temporels, spatiaux temporels.
Evaluation de la récupération musculaire: Test isocinétique sur dynamomètre con-trex MJ, human kinetics. -Echauffement sur vélo -Test coté sain puis opéré -2 vitesses 60 /s (puissance musculaire) et 240 /S (réponse musculaire) -Etude du peak torque et calcul du déficit résiduel pour extenseurs et fléchisseurs
Notre série : RÉSULTATS 30 patients revus à 6 mois postopératoire Pas de perdu de vue 18 du groupe 1 (KJ), 12 du groupe 2 (double fx ). Tous les patients étaient sportifs : 3 en compétition, 12 à haut niveau. Délai moyen accident chirurgie 5,5 mois. Pas de différence significative entre les 2 techniques
Résultats cliniques : Une complication: 1 patient du groupe double fx a présenté une raideur importante ayant nécessité une mobilisation sous AG à 4 ½ m. Pas d autre complication précoce: pas d infection, pas d autre raideur, pas d algodystrophie, pas de douleur, pas de rupture 2d, ni de lésion méniscale. IKDC objectif ( pas de différence significative entre les 2 groupes) IKDC A IKDC B IKDC C IKDC D 6 MOIS 27 3 0 0 IKDC subjectif significativement amélioré 68,75 80,24
Résultats posturomètriques: Surface (S de deplacement du centre de gravite) Vitesse (V de deplacement centre de gravité) Bipodal : YO Bipodal: YF Appui genou sain Appui genou opéré YO/YF: -surface de déplacement du CG et vitesse de déplacement :pas de différence significative Différence sain/opéré 214,6 200,3 520,4 515,1 5,24 14,15 14 42,1 39,9 2,23
Genou sain /genou opéré: - surface de déplacement du CG était de 520,4 en appui sur le coté sain et de 515,1 en appui sur le côté opéré -Vitesse de déplacement du CG 42,4 en appui sur le côté sain et 39,9 en appui côté opéré. Surface et la vitesse moyenne de déplacement du CG plus importantes en appui sur le membre sain qu en appui sur le membre opéré ( écart moyen de surface : 5,24 /vitesse de 2,22).
Résultats gaitrite: Vitesse de marche normale Vitesse de marche rapide Tps du pas (s) côté sain 0,52 0,42 TPS pas côté opéré 0,53 0,43 tps pas sain/opéré 0,01 0,01 %de S d appui coté sain 61,1 58,7 % S d appui coté opéré 59,3 57,45 de temps de pas(s) 0,3 0,01 de longueur de pas 1,69 3,48 Surface d appui moins importante du coté opéré (à vitesse normale et rapide) A vitesse rapide, la différence de temps de pas est significative.
Résultats isocinétiques : Extenseurs : Fléchisseurs: -Déficit residuel 15,8% en moyenne Déficit 18,5% en moyenne pour le groupe double fx Déficit 13,5% pour le groupe KJ -Déficit résiduel 34,75% en moyenne Déficit 31,5% en moyenne pour le groupe double fx Déficit 38% en moyenne pour le groupe KJ
Corrélations entre les différentes évaluations: Corrélation entre l évaluation posturomètrique et l évaluation par le gaitrite à vitesse normale: différence (côté sain / côté opéré) de vitesse de déplacement du centre de gravité évaluée en posturométrie corrélée à la différence (côté sain/ côté opéré) du % de surface de contact évaluée au gaitrite à vitesse normale. (R= 0,65) Corrélation entre l évaluation posturométrique et l évaluation isocinetique. déficit des extenseurs à 240 /s corrélé à la différence vitesse de déplacement du centre de gravité (R=0,605)
DISCUSSION Posture : mieux contrôlée, en appui monopodal, sur le membre opéré qu en appui sur le membre sain. Attention plus importante en appui sur le genou opéré? Augmentation de l attention du contrôle par crainte et pour protéger son genou opéré. Ceci reste à confirmer. Isocinétisme : déficit musculaire moyen résiduel > 20% (limite autorisant la reprise des sports à pivots) à 6 mois Intérêt du bilan isocinétique avant d autoriser la reprise sportive. - déficit moins marqué avec la technique aux IJ
Gaitrite : A vitesse normale : surface de contact du coté opéré < surface de contact du coté sain du côté sain. intérêt pour la rééducation : faire travailler l appui du côté opéré de façon plus importante et faire une rééducation proprioceptive de ce côté. A vitesse rapide : différences coté sain /coté opéré plus marquées (surface de contact mais aussi de temps de pas). Evaluation de la marche à cette vitesse plus sensible et «déficits» résiduels du coté opéré plus marqués. Ainsi l évaluation de la marche, après ligamentoplastie, même par le simple examen clinique, devrait être réalisée à vitesse de marche rapide.
CONCLUSIONS Après ligamentoplastie du LCA le contrôle postural, la marche et la force musculaire sont modifiés. Nous pouvons en déduire des conduites à tenir pour la rééducation et le suivi des ligamentoplasties (travail de l appui plus important du coté opéré, intensification de la rééducation proprioceptive, travail de la marche à vitesse rapide, importance de la récupération musculaire... ) Quelques corrélations entre les différents moyens d évaluations. -moyen d évaluation le plus simple et le plus reproductible : Gaitrite. -Ces corrélations constatées doivent être confirmées et si possible étoffées par une étude sur un plus grand nombre de sujets. Le but étant à terme de limiter les évaluations à celles étant les moins invasives et les plus reproductibles.
Le nombre insuffisant de sujets ne nous a pas permis de comparer les deux techniques opératoires. Notre étude nous permet de faire des constatations importantes qui doivent modifier certaines de nos pratiques. Une étude sur un plus grand nombre de sujets permettrait de confirmer les corrélations observés et de comparer les deux techniques chirurgicales.
MERCI