L Accueil Social à la Ferme
PREFACE Pourquoi ce dossier? L accueil social à la ferme, tel que le réseau CIVAM le conçoit, consiste à recevoir à domicile et dans son exploitation agricole des personnes jeunes ou adultes dont les situations de vie, d éducation, de travail les amènent à être en rupture avec leur entourage, la société. L objectif de tels accueils est d abord la rencontre, dans un contexte souvent différent du leur. Ces échanges sont une occasion partagée de réfléchir à la place de chacun, à nos modes de vie, de production, de consommation. L accueil social à la ferme dans le réseau CIVAM est donc d abord une affaire de relations humaines, où la ferme et ses activités offrent un cadre, un contexte, un support concret et intégré dans une dimension socio-économique réelle. Pour autant, parce qu accueillir suppose disponibilité, «pédagogie», rigueur, maîtrise de son outil de production et d autres compétences spécifiques aux situations des publics accueillis, nous pensons qu il est nécessaire de reconnaître et d accompagner l activité d accueil social comme partie intégrante du métier d agriculteur. Ceci suppose de la rétribuer à sa juste valeur, de lui offrir un cadre réglementaire simple et reconnu, de permettre la formation des agriculteurs accueillants. Ces propositions constituent les orientations des travaux CIVAM sur le sujet actuellement. Devant la diversité des situations observées et l accroissement des demandes, les CIVAM du Massif Central ont conduit un projet multi - partenarial visant à mieux connaître les pratiques d accueil social réalisées sur les fermes. Des enquêtes ont été réalisées dans 48 familles d accueil agricoles, permettant de brosser un portrait des accueillant(e)s et de dresser un panorama des compétences qu ils mettent en œuvre. A partir de plusieurs hypothèses émises au sujet de l accueil social familial à la ferme, la grille d analyse mise en œuvre permet de préciser ce qu est l activité d accueil social à la ferme. Les nombreuses informations collectées ont été synthétisées et sont présentées dans cet ouvrage, conçu pour différents usages : outil de formation, d accompagnement de projet, support de discussion et de réflexion. Il accompagne d autres supports disponibles, réalisés à partir de ces mêmes travaux : film, site Internet, brochures, etc., afin de promouvoir et d affermir l accueil social à la ferme. 3
Sommaire L ACCUEIL SOCIAL A LA FERME MODE D EMPLOI DE L OUVRAGE Les CIVAM, porteurs d initiatives locales... 5 Repères sur le travail social et ses déclinaisons en agriculture... 6 REPERAGE... 7 PROBLEMATISER... 7 PERSPECTIVES... 8 Qui fait de l accueil social à la ferme aujourd hui?... 10 LES AGRICULTEURS ACCUEILLANTS SONT-ILS DES PAYSANS ATYPIQUES?... 11 LES AGRICULTEURS ACCUEILLANTS ONT-ILS UN PARCOURS PROFESSIONNEL PLUS DIVERSIFIE QUE LES AUTRES?... 14 Y A-T-IL UNE «PREDISPOSITION» POUR FAIRE DE L ACCUEIL SOCIAL A LA FERME?... 15 S AGIT-IL D ABORD D UNE ACTIVITE FEMININE?... 17 L activité d accueil social à la ferme en Massif Central... 18 LES PERSONNES ACCUEILLIES... 19 LES PRESCRIPTEURS... 20 QUEL EST L INTERET DE LA FERME POUR LES PUBLICS ACCUEILLIS?... 21 Quelles compétences pour accueillir?... 24 DES COMPETENCES DE DIFFERENTS ORDRES... 25 LES BESOINS EXPRIMES... 26 Quelle(s) stratégie(s) pour développer l accueil social à la ferme?... 28 LEVER LES FREINS AU DEVELOPPEMENT DE L ACCUEIL SOCIAL A LA FERME... 29 RENDRE VISIBLE ET STRUCTURER L ACCUEIL SOCIAL A LA FERME... 30 FONCTIONNER EN INTER RESEAU POUR DONNER PLUS DE VISIBILITE ET DE POIDS AUX PROPOSITIONS... 33 SOUTENIR LA PROFESSIONNALISATION DE L ACCUEIL SOCIAL A LA FERME... 34 COMPLETER LA DIMENSION SOCIALE DANS LA DEMARCHE D AGRICULTURE DURABLE... 35 En guise de conclusion... 37 Annexes... 40 Annexe 1 - Présentation succincte de l action ACFAM... 41 Annexe 2 Eléments méthodologiques de l étude ACFAM... 47 Guide d entretien destiné aux agriculteurs-trices accueillant(e)s... 47 Questionnaire destiné aux prescripteurs de l accueil social à la ferme... 49 Grille d analyse des enquêtes «agriculteurs accueillants»... 50 Grille d analyse des enquêtes «prescripteurs»... 51 Annexe 3 - Résultats d entretiens avec des accueillants de jeunes en difficulté (Sauvegarde de l Enfance, PJJ)... 52 Annexe 4 : Récapitulatif des différents types d accueil social avec leur cadre juridique... 57 Annexe 5 Proposition d amendement LMA 07-2010... 59 Annexe 6 - Panorama de l accueil social à la ferme ailleurs en Europe... 61 Annexe 7 Agriculture et Services Ouvrons les perspectives!... 68 Glossaire... 70 Tous nos remerciements vont... 72 Mai 2011 Mise à jour septembre 2012 4 4
LES CIVAM, PORTEURS D INITIATIVES LOCALES CENTRES D INITIATIVES POUR VALORISER L AGRICULTURE ET LE MILIEU RURAL Un réseau construit sur les valeurs et objectifs de l éducation populaire, pour renforcer les capacités d initiative des agriculteurs, des ruraux, pour maintenir des campagnes vivantes et accueillantes, par un développement durable et solidaire, dans le respect des attentes de la société. Les CIVAM en quelques chiffres 150 groupes locaux et fédérations 10 000 acteurs 200 salariés dans 17 régions et 46 départements Né dans les années 50 à l initiative d instituteurs, le mouvement CIVAM s est construit sur les valeurs de l éducation populaire. Son objectif était alors de permettre aux familles agricoles d acquérir une véritable autonomie. Des valeurs qui restent d'actualité La promotion de l autonomie des acteurs économiques et sociaux, gage d équilibre personnel et de créativité collective. La solidarité et l échange, plus que jamais indispensables pour faire face à la mondialisation et sans lesquels l autonomie peut devenir individualisme. L esprit d ouverture et de travail en partenariat avec tous les acteurs ruraux et les citadins. La création d activités basées sur la durabilité des pratiques, pour le respect des hommes et de l environnement. La laïcité et la défense de l'égalité des chances pour tous dans les territoires ruraux par la diffusion du savoir. Contact Fédération Nationale des CIVAM 71 boulevard Sébastopol 75002 PARIS Tél. 01 44 88 98 58 Fax 01 45 08 17 10 e-mail : fncivam@globenet.org site web : www.civam.org Aujourd hui, dans la continuité des engagements fondateurs et dans un souci constant d indépendance, il accompagne les initiatives d agriculteurs et de ruraux. Ensemble, ils participent au développement durable d un milieu rural ouvert sur l ensemble de la société. Les missions Animer des associations et des groupes qui agissent localement pour mettre en valeur les potentiels de leur région. Former des agriculteurs, des acteurs ruraux et des animateurs porteurs de projets. Innover dans les techniques agricoles respectueuses de la santé et de l environnement ainsi que dans les dynamiques économiques et sociales du milieu rural. Coordonner les initiatives, en partenariat avec les responsables locaux, pour un développement durable et solidaire. Diffuser des informations, des analyses, des ressources documentaires ; essaimer l expertise et les expériences innovantes, en interne et en externe. 5 5
Questions préliminaires REPERES SUR LE TRAVAIL SOCIAL ET SES DECLINAISONS EN AGRICULTURE 6 6
Cette fiche résulte d un travail de réflexion mené avec Saül KARSZ, philosophe, maître de conférences en sociologie, à l'université Paris V, membre de l'association "Pratiques sociales" et consultant formateur en stratégies d'intervention sociale. Dialogue avec Saül KARSZ, journées CIVAM sur l accueil social à la ferme mars 2010. REPERAGES 1.1) Questions de définition, questions stratégiques Accueil et accompagnement à la ferme : des démarches évidentes qui ne vont vraiment pas de soi! Commençons par une entrée philosophique, pour s arrêter sur les mots, mais aussi ne pas céder sur les mots. Par exemple, l expression «jeunes en difficulté» : s ils ont des difficultés, cela signifie qu il faut les accompagner, les aider, les sauver. Mais si l on dit de ces jeunes qu ils ont des caractéristiques (telles que ), on change de posture. Accueil et accueil social, accompagnement et accompagnement social : le social est une énigme Vous êtes en train de fabriquer une nouvelle compétence, on revit la scène primitive de la genèse du travail social Dès que le terme «social» apparaît, il faut le prononcer très vite pour ne pas avoir à l expliquer! C est un mot valise, énigmatique. Quelle est la différence entre une aide ménagère et une femme de ménage? L une fait du travail social et pas l autre. L une cause et pas l autre. Le travail social, c est d abord la parole. Ailleurs, on n imagine pas que le travail ne puisse pas être social. Tout travail est par définition social. La difficulté à expliquer ce que l on fait est donc normale. Ce n est pas nécessaire de comprendre pour agir, mais pour aller de l avant et pas à n importe quel prix! 1.2) Quelques caractéristiques de la situation L accueil à la ferme, c est : Des difficultés de communication et d échanges entre pairs, D importants efforts physiques et mentaux et relativement peu de reconnaissance, Une complexité croissante des publics accueillis, Une conciliation pas toujours aisée entre accueil, exploitation agricole, vie personnelle et familiale, Une nécessité objective et un désir subjectif d aller de l avant. 2.1) Le travail social PROBLEMATISER Le travail social, c est un appareil d Etat régi par une politique sociale dont le rôle n est pas d aider les gens ; il ne s agit pas que les gens aillent bien ou mieux mais qu ils aillent «comme il faut». Le travail social n a pas été inventé pour résoudre les problèmes des gens. Les fous sont fous avant, pendant et après avoir consulté leur assistante sociale. Le travail social passe par les questions matérielles, mais il ne peut pas les résoudre, il ne peut que proposer des solutions palliatives. Pour autant, le travail social ne sert pas à rien. Il est puissant sur les idéologies (morales, sexuelles, éducatives, ) avec lesquelles les gens vivent, se supportent, supportent les autres, supportent leurs conditions de vie. Il importe de ne pas se tromper de cible. En raccourci, le travail social est une idéologie. Est social le problème dans lequel la dimension idéologique est explicite. Il y a du social quand on s occupe de valeurs, de principes. Les idéologies sont des discours, mais aussi des manières de faire (exemples : qui tient quelle place à table, architecture et distribution des espaces, ). Il ne faut pas forcément réduire cela à de l idéologie politique. 7 7
Il existe 3 figures avec lesquelles le travail social fonctionne. Les trois sont présentes en même temps chez chacun de nous, à des doses différentes : La charité : on donne (l obole, des raisons de vivre, ). Nous vivons avec des conceptions très ancestrales. On pense par exemple que les toxicomanes sont en souffrance. Or c est oublier que la drogue est aussi une jouissance. L être humain ne peut pas supporter la souffrance permanente. Et l aliénation dans tout cela, direz-vous? Celui qui fait 2 h de RER le matin pour gagner 1 500 et se pense privilégié par rapport à ceux qui n ont pas de travail, n est-il pas lui aussi aliéné? La prise en charge : savoir ce qui est bon pour autrui, «Ne vous inquiétez pas, je vais vous aider à trouver ce qui est bon pour vous». Certains demandent cette prise en charge : «Dites-moi ce que je dois faire?» Ca peut marcher Mais on tombe parfois sur des bénéficiaires qui ne veulent pas bénéficier des bénéfices que je leur propose Certes, on ne dit pas «C est un salaud!» mais plutôt «C est un cas lourd». Ou alors on se dit que la personne a plus de problèmes que prévu, on va donc faire encore plus, on va «mettre le sujet au centre», une autre manière de signifier «On va pas te rater!» La prise en compte : accompagner, faire quelques pas avec quelqu un, sans chercher à le sauver. 2.2) L accueil à la ferme relève-t-il du travail social? Si cela revient à s occuper d autrui, il faut aller plus loin dans la définition. Quand vous dites «accueil éducatif», il manque un adjectif pour qualifier de quelle éducation, de quel modèle éducatif on parle. De même avec l accueil social. Il faudrait pouvoir dire «l accueil à la ferme se déploie dans l éventail suivant : a) b) c)». Dire «retrouver la dignité» par exemple, c est très joli, mais bon Il n est pas sûr que l accueil à la ferme relève du travail social, mais il ne faut pas voir cela comme une tare, un manque. Vous déplorez le manque de reconnaissance de cette activité. Encore faut-il être reconnaissable. Etre reconnu, oui, mais par qui voulez-vous l être? Par qui devez-vous l être? 2.3) Pourquoi des agriculteurs font-il de l accueil social? Pour arrondir les fins de mois, Pour des raisons personnelles, des contentieux à solder. Nous avons tous des dettes réelles ou imaginaires à solder, Pour le bien-être d autrui, Pour meubler les silences conjugaux, Pour des raisons idéologiques (militance), Pour mener une action politique sans aller dans tel parti ou tel groupe. L accueil social, c est-à-dire pour nous idéologique, consiste à rajouter une dimension manquante à la ferme ou à mettre à nu (dé couverte) d une dimension déjà à l œuvre. Autrement dit, l agriculture, avec ou sans accueil, est toujours sociale. Le réseau est le lieu de fabrication de concept. Il ne faut pas se réduire à «nous, on n est que des agriculteurs». 3.1) Qui sont les personnes accueillies? PERSPECTIVES Autrement dit, comment perçoit-on les personnes accueillies? Ou encore, quelle étiquette leur met-on? J entends parfois «Je prends les gens comme ils sont» : c est prétentieux! Ou encore «Je prends les gens dans leur dimension humaine», hummmm, vous voulez dire «pas comme des chiens»?! Les personnes ne sont pas réductibles à leurs symptômes! 8 8
«Il est toxicomane». Non! Il n est pas que toxicomane. La prise en compte, c est dire qu autrui est ce que vous dites mais aussi tout le reste. Les gens en difficulté ne vont pas que mal. Des personnes accueillies, je vous suggère de ne pas dire qu elles sont fragiles. 3.2) Une décision majeure : prise en charge et idéal compassionnel / prise en compte et orientation démocratique Prendre en compte, c est aussi reconnaître que la «lie de la Terre» peut gérer ses affaires, se débrouiller. Certains départs (de lieux d accueil notamment) peuvent résulter d «un raz le bol d être pris en charge». 3.3) Des questions incontournables : éthique, morale, formation, L éthique, une appellation à contrôler, qui a à voir avec la morale, la déontologie mais qu il faut différencier! La déontologie est la morale d une corporation (ordre des médecins, des avocats, ). La morale établit le bien et le mal une fois pour toutes. Par exemple, Moïse qui monte (c est làhaut que ça se passe ) sur le Sinaï pour recevoir de qui vous savez les Tables de la Loi déjà écrites. Sa mission, c est de redescendre avec La morale ne peut qu être limitative. L éthique ne peut qu être personnelle, telle Antigone qui décide d enterrer son frère malgré l ordre établi. L éthique est ce que je décide, moi, par rapport à ce qui est établi. L éthique est forcément orientée. Il n y a pas «une» éthique. Se positionner, c est afficher son éthique (personnelle), sa déontologie (de réseau). Cela revient aussi à s interroger sur ce que nous voulons encourager. Formation / formatage? J ai entendu parmi vous : «Ce qu il faut, c est l intuition éducative / l élan». D où ça sort, qu estce que c est? C est spontané, disent certains. Je n en suis pas convaincu. Ce serait plutôt un résultat d une certaine éducation, de livres lus ou pas, de mes connaissances et ignorances, de rencontres faites et d autres esquivées. Donc l intuition n est pas première non plus. Toute formation comporte un volet «formatage». Il faut de la formation pour réduire notre taux d ignorance. En soi, l ignorance n est pas grave, mais c est l accueilli(e) qui paie (les pots cassés ). Exemple : un éducateur pour autiste qui dirait «Ici, on accueille des gens qui ne communiquent pas». Non, vous voulez dire que vous n avez pas la bonne table d écoute. Le risque de la formation, c est de croire qu elle a une fin. Dire «J ai terminé ma formation» sousentend que je n ai plus rien à apprendre Que faire alors? L analyse des pratiques permet de combattre un grand danger : la fatigue des accueillants. Elle permet de changer de regard sur les choses face auxquelles on se retrouve. Par exemple, les difficultés scolaires : elles ne sont pas que du fait de la personne qui en souffre. Elles ne sont pas étrangères à l école, au système dans lequel on est. «Ce n est pas moi qui cause mon malheur, je le porte, c est déjà pas mal». Comment qualifier ce que l on fait? Le terme le plus approprié est peut-être «accompagnement social». On n est pas obligé de se bagarrer sur l étiquette, mais il faut bien réussir à se présenter. Accompagner quelqu un sur une tranche de sa vie, c est comme marcher ensemble. Quelle reconnaissance? La reconnaissance s obtient si on se donne les moyens d être reconnu. Qu avons-nous aujourd hui pour nous identifier? Peut-on se passer de reconnaissance pour développer l accueil à la ferme? Est-ce que cela ne nous condamne pas à rester dans des dispositifs expérimentaux à la marge, parallèles ou est-ce que cela nous donne une plus grande souplesse, une plus grande autonomie? La souplesse, c est prendre des risques, sortir des cadres, oser 9 9
QUI FAIT DE L ACCUEIL SOCIAL A LA FERME AUJOURD HUI? 10-10 -
On pensait que / on entend souvent que «Ceux qui font ça ne sont pas des gens comme les autres»?... et par exemple que : Ceux qui font de l accueil social sont des paysans «à la marge», «des anciens soixantehuitards» ou encore des néo-ruraux, Ce sont surtout des gens qui ont eu un parcours professionnel non agricole, Il y a une «prédisposition» à faire ça, Ce sont les femmes en grande majorité qui mettent cette activité en place. En fait, qui fait de l accueil social aujourd hui dans le monde agricole? LES AGRICULTEURS ACCUEILLANTS SONT-ILS DES PAYSANS ATYPIQUES? Ce ne sont pas les marginaux du monde agricole! S il y a effectivement des accueillants qui se revendiquent «différents» du fait de leur parcours ou de leurs choix, il nous semble que la plupart des fermes enquêtées ne sont pas tenues par des personnes «à la marge». Nous avions émis l hypothèse que ce sont : Surtout des fermes avec des animaux donc des éleveurs qui accueillent (parce que la relation à l animal est intéressante en accueil social), Plutôt des fermes petites ou moyennes (des fermes ayant besoin d un revenu complémentaire, sans possibilité d agrandissement, ), Plutôt avec jardin, maraîchage (pour une diversité d activités à faire avec l accueilli(e)), Plutôt avec plus d 1 ETP (pour pouvoir conjuguer correctement accueil et agriculture, avoir du temps, ne pas être seul(e) face aux situations difficiles, ). Est-ce que cela se vérifie parmi les personnes enquêtées? Observons les principales caractéristiques des fermes enquêtées : 46 accueillant(e)s sur 48 1 des familles d accueil enquêtées sont ou ont été agriculteurs : 40 exploitations familiales (28 EA individuelles, 5 EARL, 7 GAEC) et 1 GAEC «non familial», 5 sont jeunes retraités, 1 est salariée de la ferme d un lycée agricole, 1 n est pas agriculteur mais dispose de 7 ha de terrains (avec chevaux). Les agriculteurs sont quasiment tous éleveurs d animaux : 12 en vaches laitières, 14 en vaches allaitantes, 3 mixtes, 4 avec poneys ou chevaux, 5 en caprin et 3 en ovin, 1 en porcs, 2 en volailles, 2 en maraîchage, 2 en arboriculture et/ou vigne, 6 pratiquent la vente directe de fromages, 1 celle de vente directe de viande bovine et 1 vend tous ses produits (viande, miel, volailles, œufs, légumes) à la ferme, 6 sont en agriculture biologique, 6 disposent de gîtes, chambres d hôtes ou camping à la ferme. 19 sur 46 (41 %) se sont installés hors cadre familial, En moyenne, 1,5 UTH travaillent à l année sur l exploitation, Les agriculteurs qui accueillent sont très souvent en couple (39 / 46 agriculteurs enquêtés) et ont fréquemment 2 enfants ou plus (35 familles concernées dont 9 ont 4 enfants et plus). 1 Nous avons réalisé 48 enquêtes auprès de 46 agriculteurs, 1 personne qui possède 7 ha de terrains avec quelques chevaux mais qui n a pas le statut d agriculteur et 1 personne salariée d un LPA. Cette précision explique que parfois nous nous référons aux 48 enquêtés, d autres fois aux 46 agriculteurs. - 11-11
Descriptif sommaire des activités proposées aux personnes accueillies Le chiffre indique le nombre de fois où cette activité a été citée dans les enquêtes Participation à toutes les activités de l exploitation et plus spécifiquement : Participation aux soins des animaux : petit élevage (basse-cour 6, porc fermier 4, élevage bovin 14, élevage équin 4, élevage caprin 3), Travaux des champs, cultures : 6, Bricolage, entretien du matériel, des bâtiments, des abords, des clôtures : 12, Jardinage, maraîchage : 17, Participation à l accueil d autres publics : 3, Bois : 3, Aucune participation des accueillis à la vie de la ferme : 4, Activités domestiques, vie de famille : 40 (cuisine, ménage, activités avec les enfants de la famille ), Loisirs à la maison (tricot, lecture, dessin, TV ) : 13, Autres promenades 6, activités hors ferme et hors domicile (sports, clubs, ) : 6, Scolarité : 14. Quelles pistes d analyse et quelles compétences sont décelables à travers ces constats? a) L importance du lien aux animaux Les témoignages confirment l intérêt de la présence animale sur la ferme : tous les agriculteurs accueillants enquêtés ont un élevage comme activité principale ou ont des animaux de basse-cour ou encore quelques chevaux. Une majorité utilise l élevage comme support d activité. Il faut souligner ici que la recherche des personnes à enquêter s est effectuée sans demander, à priori, quelle était l orientation technico-économique de leur exploitation. Pour de nombreux prescripteurs (cela reste à approfondir), l accueil dans une ferme est intéressant justement en raison d une activité d élevage. Toutefois, dans 3 situations, les accueillis, des enfants de l ASE pour le coup, ne s intéressent pas à la ferme ni aux animaux : «Aucun ne s est intéressé à la vie de l exploitation, aucun n est même allé voir un petit veau», «Elle n est pas du tout impliquée sur l exploitation, elle ne participe pas au travail de l exploitation», «Au début, elles allaient à la ferme ; avec les animaux, elles pourraient trouver une relation particulière, surtout avec les chevaux, mais non, elles ne viennent pas ; pourtant, pour les enfants, c est gratifiant de voir les mises bas, pas pour elles, elles c est jeux vidéo, télé». Pour en savoir plus, se reporter aussi à l annexe 3 (résultat des enquêtes de familles d accueil de jeunes de la PJJ). Nous avions aussi émis l hypothèse de l importance du jardin, qui se trouve confortée dans les enquêtes réalisées. Le jardin offre la possibilité d avoir une partie réservée pour la personne accueillie (comme le petit élevage). L activité se réalise dans le calme, permet d observer le cycle de la nature. La consommation des produits frais apporte son lot d enseignements et d échanges autour de l alimentation, b) Des fermes «ordinaires» mais avec des gens «bien dans leurs bottes» En général, ce sont des agriculteurs qui ont «vraiment» fait le choix de leur métier, qu ils soient d origine agricole ou non. C est sans doute l une des raisons qui expliquent que la proportion d agriculteurs installés sur le tard peut y apparaître plus élevée. 45 % ont fait autre chose avant de s installer. S y ajoute aussi une femme devenue exploitante agricole en son nom lors de son veuvage et qui a laissé les terrains de son mari, plus éloignés, pour développer la ferme qui venait de sa famille, ce qui se rapproche presque d une nouvelle installation. Ils / elles ont choisi d accueillir parfois encouragés par le milieu agricole local (3) ou par d autres tiers (famille, milieu social pour 8). D autres fois, ils ont subi des remarques «T aurais mieux fait d aller faire des ménages», «A l école, ils ont l étiquette d être placés», «Même on m a fait comprendre qu ils méritaient pas, que pour eux c est pas utile de tant s en occuper, qu en plus, ils sont plus gâtés que leurs enfants». 12-12 -
Ils assument leur statut d agriculteur-trice et aussi leur choix d accueillir même si certains ne referaient pas cela, tout en étant contents d avoir accueilli et cela participe à leur capacité à accueillir, notamment des personnes en manque de repères. Reprenons l exemple de cette femme qui, au décès de son mari agriculteur, s est trouvée devant un choix à faire : poursuivre ou quitter l activité agricole? Elle a délibérément choisi de continuer, par passion et parce qu elle s était toujours investie dans ce métier. Ses enfants l y ont motivée aussi, car ils voulaient prendre la suite. L accueil familial est venu se greffer par-dessus, car après avoir accompagné les parents et beaux-parents âgés, l expérience était concluante. Aujourd hui, l accueil familial de personnes dépendantes constitue une activité et un revenu à part entière, permettant l installation successive des deux fils dans le GAEC. c) L intérêt économique de l accueil? Précisons d emblée que faire de l accueil social à la ferme en tant qu activité économique peut être très discutable. Selon les organismes prescripteurs et les cadres proposés, les situations et les revenus diffèrent énormément : Bénévole indemnisé (pour les frais d hébergement). Quelques exemples illustrent ces différences, qui s expliquent par les règlementations et/ou les moyens dont disposent les structures demandeuses des accueils : Famille d accueil pour la PJJ : 27,90 / jour et / jeune (lors de l enquête, tarif revalorisé à 31 / jour le 1 er avril 2011), pour la Sauvegarde de l Enfance : 25 / jour et / enfant, Famille d accueil en séjour de rupture pour des SDF : 50 / jour / personne. Assistant(e) familial(e) : l agrément du Conseil général ouvre l accès à un statut salarié rémunéré. Dans ce cas, la personne agréée peut participer à la ferme en tant que conjoint(e) collaborateur-trice. Montant de la rémunération : «C est quand même moins que le SMIC pour les avoir 24 h/24 : à peine 800 brut / mois + indemnités pour les habiller 40 /mois, l indemnité loisirs 15 /mois, un peu d argent de poche, finalement, ça nous coûte, faut pas faire ça pour l argent, que pour l argent» ou encore «faut pas être regardant, on est un peu de sa poche, il faut en garder 2 pour être bien payée». Accueillant(e) familial(e) : l agrément du Conseil général est ici compatible avec le statut d agriculteur-trice mais dans ce cas, il est difficile de s occuper de 3 personnes dépendantes (nombre maximal autorisé par agrément). Ceux qui pratiquent ce type d accueil privilégient l accueil temporaire à des périodes plus creuses pour l activité agricole. Ou bien c est l un des conjoints qui met en place cet accueil et s en occupe à plein temps, mais on ne peut pas toujours pour autant parler d accueil social à la ferme, la ferme n étant pas forcément un support utilisé. En matière de rémunération, «Une fois déduits la nourriture et le logement, ça me revient à un SMIC à 8,82 brut». Prestation : parfois développé dans le prolongement de l accueil pédagogique ou éducatif, l accueil social peut être réalisé sous forme de prestations facturées à l organisme demandeur (centre social par exemple). Les lieux de vie habilités par la PJJ fonctionnent également sur facturation d une prestation (en général avec un coût de journée autour de 100 / jeune). L accueil d enfants à la semaine (exemple : Secours Populaire, ) est facturé autour de 330 / enfant. Notre point de vue est de défendre une juste rémunération de l accueil social à la ferme, pour clarifier, d une part le statut de la personne accueillie qui n est ni un stagiaire, ni un ouvrier agricole! et pour reconnaître, d autre part la contribution de l agriculteur et des activités qu il propose dans le projet pédagogique ou le projet de vie de la personne accueillie. Certains pays (exemple : Pays-Bas) ont déjà établi un coût journée «normalisé» pour rétribuer les agriculteurs faisant de l accueil social. - 13-13
LES AGRICULTEURS ACCUEILLANTS ONT-ILS UN PARCOURS PROFESSIONNEL PLUS DIVERSIFIE QUE LES AUTRES? a) Ont-ils un niveau de formation plus élevé? Le niveau de formation explique-t-il leur capacité à élargir leur approche de l agriculture, à «faire autrement», à porter un regard critique et à remettre en cause leur pratique? Le fait d avoir moins peur du changement, de la différence, d oser prendre des risques (pour eux, pour la personne accueillie, pour la ferme, pour la famille), leur vient-il d un niveau de formation plus élevé? Répondre à ces questions n est pas toujours facile, car le niveau de formation n était pas mentionné explicitement dans le guide d entretien des enquêtes réalisées en Massif Central (voir annexe 2). Exemples de diplômes des accueillants : certificat d étude, formation d aide soignante, formation d éducatrice spécialisée, diplôme d assistante sociale, CESF, monitorat d équitation, formation supérieure en commerce, BTA élevage, médecin homéopathe, BEPA élevage, BPREA, BTS agricole, plombier-chauffagiste, BAA (administration) puis formation continue, CAP mécanicien puis formation agricole adulte. On n observe donc pas forcément de grands niveaux d études pour environ la moitié des enquêtés mais par contre, une assez grande diversité de «profils». Ce sont plutôt des concours de circonstances familiaux (par exemple : décès du père de l une qui a mis fin a une probable carrière d aide soignante, décès du mari de l autre, mariage avec un agriculteur pour une 3 ème, héritage et reprise de l exploitation familiale, ) qui les ont conduits à s orienter vers le métier de paysan(ne) avec une formation agricole adulte à la clé pour 1/3 d entre eux. D autres ont volontairement choisi l agriculture : l une après 20 ans dans l éducation spécialisée, une autre comme ASH, sept autres encore pour élever leurs enfants et travailler à domicile : «Arrêter de faire des km pour aller travailler à l extérieur, profiter de la vie à la campagne puisqu [elles] ont choisi de vivre avec un agriculteur». b) Des parcours plus variés Parmi les enquêtés, 55 % ont toujours été agriculteurs-trices. 19 personnes enquêtées ont fait «autre chose» avant de s installer : vendeuse, employée en maison de retraite, aide soignante, éducatrice spécialisée, ASH, formatrice CESF, assistante maternelle, associée d exploitation, femme de ménage, technicienne de commercialisation, agriculteur-trice (ailleurs), journaliste, éducatrice Avant son installation, Solange a travaillé dans la chaussure. Le couple vient du Vaucluse, elle s est installée en chèvres hors cadre familial sans formation ; son conjoint a travaillé en usine puis à l hôpital local. Dans un autre cas, Alain a travaillé aux impôts. Il suit une formation adulte de niveau BTA pour s installer avec sa 1 ère épouse en 1980. Un an plus tard, il achète le domaine, où Marie, sa 2 ème épouse, médecin, le rejoint en 1992. Ce sont soit des «vocations tardives» soit des «vocations refoulées» qui s expriment après une première carrière professionnelle. L installation en agriculture est alors envisagée avec une composante qui permettra de valoriser les compétences acquises pendant cette première carrière. C est le cas d Isabelle, éducatrice spécialisée pendant 20 ans, fille de paysans, qui a toujours eu l idée de combiner agriculture et travail social. L accueil social à la ferme lui a offert cette possibilité. 14-14 -
D autres fois, le projet d accueil naît progressivement, au vu des besoins qui existent et en côtoyant des publics qui pourront être les publics accueillis plus tard. Les origines agricoles, l entourage familial, feront le reste et conduiront finalement à la combinaison des deux activités. C est le cas d Agnès, employée en maison de retraite, qui démarre son activité d accueillante familiale PA-PH lors de son mariage avec Michel, agriculteur. Isabelle ancienne employée en maison de retraite, demande son agrément d assistante familiale car la maison est grande et les enfants sont partis. Elle sait «qu elle peut apporter à ces enfants», tout en étant à la maison pour aider aux tâches administratives de son mari. c) Une approche élargie du métier d agriculteur Les éléments précédents (une installation plus tardive, l exercice d un autre métier, le mûrissement d un projet professionnel qui allie agriculture et activité sociale, ) expliquent probablement que la vision de l agriculture portée par les agriculteurs accueillants enquêtés dépasse les «cadres habituels». Ainsi, on peut remarquer que ce sont des gens qui ont une démarche différente, qui ont une approche globale de leur métier d agriculteur, dépassant l entrée technique ou économique de leur activité de production. Peut-on dire que, plus que les autres agriculteurs, ils réfléchiraient davantage à leurs choix, qu ils seraient en veille permanente pour se remettre en cause, démontrant une capacité à faire du lien entre leur activité quotidienne et ce qui se passe autour d eux, dans et en dehors du monde agricole? On observe par exemple : Qu ils / elles ont souvent une approche environnementale (agriculture bio, agriculture durable, ) 12/46, Qu ils / elles ont aussi une approche sociale de leur métier, qu ils relient facilement aux autres constituants de la société : la plupart recherchent un lien avec le consommateur (vente directe 18/46, magasin de producteur, ), Qu ils / elles parlent souvent de donner un sens à leur métier d agriculteur ou de l amplifier (15/46). Par conséquent, s ils se plaignent parfois de ne pas être compris par leurs pairs, ce n est pas toujours du fait de l accueil mais de leur approche globale de l agriculture. Y A-T-IL UNE «PREDISPOSITION» POUR FAIRE DE L ACCUEIL SOCIAL A LA FERME? Pourquoi ces personnes font-elles de l accueil, social qui plus est? D où cela leur vient-il? Par quoi cela est-il déclenché? Pour un tiers des familles interrogées, l accueil social à la ferme fait suite à une expérience dans laquelle la famille a été confrontée à une situation difficile : il peut s agir : Du contexte familial lui-même, exemple : avoir accompagné ses parents âgés et se sentir capable de le faire pour d autres, avoir un enfant handicapé, avoir été mal accueillie dans sa belle famille en parallèle du déshéritage du mari, avoir vécu un divorce difficile, avoir subi une mésentente familiale qui imposait de s éloigner géographiquement, avoir été bien accueillie en France : «Je me dis que c est mes origines, nous on a été accueillis ici, quelque part, inconsciemment, je suppose que j ai envie de rendre ce qu on m a donné quand on était jeune», avoir vu ses parents accueillir de jeunes Marocains les week-ends (au Maroc) et héberger 3 enfants qui avaient perdu leurs parents : «C est pas pour rien qu on en soit venu à faire de l accueil» ), avoir vécu une dégringolade sociale et financière : «Je viens d un milieu très aisé, qui a volé en éclats, il a fallu s adapter, on avait des filles au pair à notre service, on croit que c est partout pareil, ça m a obligé à m adapter et être beaucoup à l écoute des autres et ça m a donné envie d aller vers les autres», - 15-15
D un changement sur l exploitation, amenant le besoin de se réorienter (un accident de travail, un jeune qui part au lieu de s installer, l obligation de déménager pour des raisons foncières ou conflit avec le propriétaire (2 accueillants) ou la famille (2) ou d augmenter les revenus de l exploitation au moment où les produits subissent une réelle récession (3). Dans 50 % des cas, l accueil familial se met en place suite à une réflexion conduite par : Une formation, une confrontation avec d autres (3), suite à une émission (1), L engagement dans un mandat électif et «l élargissement des horizons» (2), Le conjoint qui amène un changement de représentation (2), L exercice d une profession dans le domaine éducatif ou social (11/46), ainsi, on peut observer que plusieurs accueillants ont travaillé en tant qu éducateur, assistant(e) social(e) ou formatrice en ESF, L envie de prendre une place spécifique sur l exploitation, tout en restant travailler à domicile parfois pour pouvoir continuer à s occuper de ses propres enfants (7) «Mon mari voulait pas que j aille travailler à l extérieur», «J avais ma place sur l exploitation, mais je voulais aussi faire autre chose», «Pour être en accord avec mes idées, je voulais garder un pas pour la profession et je voulais garder du temps pour moi, pour les filles à la maison, ça nous permet de garder une activité tout en étant à la maison», Ou encore une certaine prise de conscience de son mode et de son cadre de vie, qui donne l envie de «faire partager la chance qu on a de vivre dans un environnement privilégié» (1). Dans un autre tiers des cas, l accueil est envisagé au départ (mais ce n est pas forcément la raison essentielle) pour répondre à un besoin de revenu supplémentaire du ménage agricole tout en permettant de travailler sur place : «Pourquoi j accueille? D abord pour travailler, avoir une activité salariée, ça a le côté pratique de le faire à la maison». Cela se confirme pour des éleveurs ovins, laitiers ou lorsque les surfaces sont diminuées à l initiative d un propriétaire. Une famille témoigne clairement que «les revenus générés par la ferme permettent juste de payer les dépenses engagées. Mais mon mari ne se voit pas faire autre chose. Ca ne permet pas à la famille de vivre et il a fallu envisager une 2 ème activité. Je voulais voir grandir mon 3 ème enfant, j ai recherché un travail à domicile. Avant mon mariage, j avais travaillé en maison de retraite, je me suis naturellement orientée vers l accueil familial. Aujourd hui, nous avons 2 adultes handicapés, qui aident même à la ferme! Bref, ça arrange tout le monde!». Enfin, 14 familles enquêtées expliquent qu elles font de l accueil social à la ferme parce qu on est venu le leur demander (exemple : 1 par le CAT, 1 par des familles qui plaçaient leurs papys-mamys en chambre d hôtes avant de partir en vacances, 1 autre par une maison d enfants, 1 autre par un foyer ADAPEI, 1 autre par l hôpital psychiatrique du secteur, 2 par le Secours Populaire, 2 autres par les médecins de famille, etc.). Pour un couple par exemple, l accueil de jeunes en difficulté s est mis en place sur sollicitation et cela coïncide avec les divers engagements (professionnels, confessionnels, associatifs) de la famille. Ils sont bénévoles indemnisés et ils ne revendiquent pas l aspect professionnel de l accueil, contrairement à d autres qui parlent de «métier» et/ou de «recherche de revenu complémentaire», Des questions en suspens : se tourne-t-on «encore» vers le milieu rural parce qu on y projette des représentations liées aux «valeurs traditionnelles» : famille, travail, valeurs chrétiennes, repères naturels, milieu équilibrant, ressourçant??? Sachant qu aujourd hui ce n est pas toujours mis en avant par les accueillants!!! 16-16 -
Parfois, ces situations s entrecroisent. Il se peut par exemple qu on vienne solliciter telle famille parce que l on sait dans le secteur que ce sont des gens engagés localement, reconnus, qu ils ont l expérience d un enfant handicapé, etc. Ce cas, pas si rare, témoigne finalement d une forme de reconnaissance implicite, informelle, de compétences liées au savoir-faire familial face à une situation «sortant de l ordinaire». Il n est pas évident de mettre des mots sur ces compétences, qui relèvent pour une part de la parentalité et qui sont jusque-là souvent mises en œuvre par des gens qui, fondamentalement, ont des convictions, des «personnalités» («Ici, on m appelle Ste Thérèse» ; «On dit de moi que j ai toujours été très diversifiée, très impliquée»). Est-ce à dire que l accueil social à la ferme n est pas «professionnalisable» ni extensible? Non, car si les «pionniers» sont des convaincus, des praticiens par certains côtés, qui ont pu apprendre par l expérience dans leur famille, les sollicitations peuvent toucher aujourd hui tous les agriculteurs, dans la mesure où ils sont capables d envisager un prolongement à leur activité de production. Notre conviction, qui n était au départ qu une intuition, est que le développement de l accueil social à la ferme ne peut pas être qu une affaire de «militants». D ailleurs, cela ne l est pas aujourd hui, ou du moins, si certains se revendiquent militants, ils savent différencier ce qui relève de l engagement d accueillant et ce qui relève de l aspect militant. En outre, la plupart des accueillants et des prescripteurs interrogés ont soulevé des besoins qui peuvent être satisfaits par une démarche de professionnalisation des accueils : Les agriculteurs sollicités ont besoin de se situer par rapport aux dispositifs d accompagnement existants et d être accompagnés, de faire équipe avec des professionnels éducatifs et médico-sociaux. Chacun doit être dans son rôle. «On fait parti d une équipe tout de même, c est-à-dire que chaque enfant a un responsable éducatif, un inspecteur, nous c est la famille d accueil, on ne remplace pas non plus le Papa ou la Maman, chacun doit être à sa place». Les prescripteurs de l accueil social ont besoin de garantie quant aux lieux d accueil. Un projet pédagogique, un agrément, une convention ou un contrat d accueil sont des outils pour cadrer la «mission» confiée à la famille d accueil. Parfois, cela s accompagne de quelques journées de formation, pas systématiques. La mission que nous nous sommes donnés consiste bien à éclaircir ce qu on attend des familles d accueil agricoles, de façon à permettre à d autres de s y investir et de répondre ainsi à des besoins réels. S AGIT-IL D ABORD D UNE ACTIVITE FEMININE? Proportion de femmes responsables de l activité d accueil social à la ferme : 87 % des situations enquêtées. La place prépondérante des femmes dans la mise en place et le développement de ces activités sur la ferme est vérifiée dans notre échantillon. Lorsqu un agrément est nécessaire, ce sont plutôt elles qui l assument. Cela renforce-t-il la séparation traditionnelle des tâches selon le genre? Il est vrai que l accueil et les activités de services renvoient plus à la sphère domestique (éducation des enfants, soins aux anciens ou aux personnes dépendantes, ). En même temps, l agrément d assistante familiale, d accueillante familiale ou de famille d accueil peut être plus intéressant que le statut de conjointe collaboratrice Toutefois beaucoup sont en couple et dans ces cas le conjoint tient une place non négligeable, même s il n est pas reconnu par l institution (agrément individuel, quand il y en a un) : «Il avait besoin de ton autorité, à toi», «Il faut être à deux, faut être en couple, même si on n est pas toujours d accord», «Quand ma femme pouvait plus la supporter, elle l envoyait vers moi avec les chevaux», «Si j ai besoin de m absenter pour aller chez le médecin, je sais que tu es là, d ailleurs c est marqué dans notre contrat». - 17-17
L ACTIVITE D ACCUEIL SOCIAL A LA FERME EN MASSIF CENTRAL 18-18 -
LES PERSONNES ACCUEILLIES a) Qui sont les accueillis des personnes enquêtées? Des accueils spécifiques dans 38 lieux d accueil : De personnes handicapées : 3 familles d accueil (FA), De personnes âgées : 5 FA, De personnes âgées et/ou handicapées : 3 FA, De jeunes en difficultés (PJJ / Sauvegarde) : 8 FA, D enfants de l ASE : 15 FA, De malades : 2 FA thérapeutiques (troubles psychologiques, schizophrénie), De publics diversifiés (SDF, femmes en difficultés, toxicomanes ) : 4 FA. Des accueils mixtes dans 10 autres : 1 famille a accueilli un adulte handicapé à la demande d une assistante sociale du Conseil général et des familles du Secours Populaire puis un autiste de l ADAPEI, 1 famille accueille des ados de la Sauvegarde (3-4 ados avec un éducateur) et des familles venant du Secours Populaire, 1 famille accueille des scolaires (écoles primaires) et des polyhandicapés/autistes de l ADAPEI, 1 famille accueille des adultes handicapés par groupe de 5-6 de l ADAPEI et des personnes âgées d une Maison de retraite, 1 famille accueille des familles et randonneurs mais aussi des ados en réinsertion sociale d une association d insertion, 2 familles accueillent des enfants de maisons d enfants qu elles intègrent à des groupes d enfants «normaux» également des polyhandicapés, non-voyants et autistes pour le Conseil général ou pour des institutions, 1 famille combine accueil PJJ et accueil thérapeutique, 1 famille a un double «agrément» ASE / PJJ, 1 famille accueille des stagiaires étrangers et des personnes adultes en précarité. Tous ces accueils n ont pas forcément lieu pour autant en même temps. b) Y a-t-il des accueils spécifiques au(x) territoire(s)? Dans la Loire, il n y a pas ou peu d accueils de personnes âgées ou d adultes handicapés dans le cadre de l agrément «accueillant familial» du Conseil général. La combinaison des deux métiers est compliquée si elle est faite à temps plein et avec le maximum de personnes autorisées (3). «Pour que la personne soit bien accueillie, il faut être plusieurs pour se dégager des gros travaux. Ce n est pas forcément compatible (la ferme) avec l accueil de personnes très dépendantes, par exemple en GIR1 2». Aujourd hui, ceux qui s intéressent à ce type d accueil en restant agriculteur s orientent préférentiellement vers la proposition de séjours temporaires venant soulager les aidants familiaux ou les accueillants familiaux permanents. Ces accueils, très peu développés en France, sont actuellement recherchés et le prochain décret suite au rapport de M me Valérie ROSSO- DEBORD 3 insiste sur la nécessité de mettre en place des modalités de remplacement des familles d accueil permanentes. Dans la Loire, on observe surtout de l accueil de jeunes ou d enfants dans le cadre de l ASE. La plupart du temps, c est la conjointe qui a le statut d assistante familiale délivré par le Conseil général. 2 Groupe Iso ressource, qui établit la dépendance des personnes selon une série de critères prédéfinis. Classement de 1 (très dépendant) à 6 avec des aides financières décroissantes. 3 Vers un nouvel accueil familial des personnes âgées et des personnes handicapées, Rapport de Valérie ROSSO-DEBORD Députée de Meurthe-et-Moselle, Parlementaire en mission auprès de Xavier BERTRAND, Ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité et de Valérie LETARD, Secrétaire d État à la solidarité, 2008. - 19-19
En Ardèche, les accueils semblent plus diversifiés mais on peut constater que les personnes enquêtées dans ce territoire accueillent davantage de personnes souffrant de troubles divers (troubles psychiques, addictions, dépendances physiques). Dans les départements de Midi-Pyrénées sillonnés, on observe une importance relative des accueils familiaux de PA-PH agréés par les Conseils généraux parmi les enquêtés, de même qu en «Haute-Auvergne» (Haute-Loire). Mais globalement, chaque accueil est représenté sur les territoires visités. Ainsi, ces observations ne peuvent pas nous permettre de tirer des conclusions certaines quant à une «orientation départementale» de l accueil social à la ferme. Il faut en outre remarquer que, régulièrement, c est parce qu un accueil de tel public s effectue chez quelqu un que son entourage, ses voisins, se posent la question et se mettent eux-mêmes à accueillir un public similaire. Il peut y avoir un petit effet d entraînement local et cela peut amener à la constitution de groupes d accueillants bien utiles pour partager ses difficultés, ses pratiques. LES PRESCRIPTEURS a) Quelle démarche ont eu les accueillants pour concrétiser des accueils à la ferme? Vers qui se sont-ils tournés? Le plus souvent, les volontaires se sont adressés au Conseil général, à une ou plusieurs institutions (pour personnes âgées, handicapées, jeunes en difficulté ) ou en dernier lieu à des réseaux (exemples : Accueil Paysan, CIVAM). Quelques exemples : 1 famille d accueil a été la pionnière de l accueil familial de personnes âgées dans son département et a interpellé son Conseil général pour qu il mette en place la procédure d agrément jusque-là inexistante, 1 autre s est proposée pour répondre à la demande d une association qui s était adressée à la Chambre d Agriculture. Or le mari est élu, il s est senti concerné, 1 autre a développé une structure d accueil dans le cadre d un projet mêlant agriculture et éducation spécialisée, puis s est vue interpellée pour diversifier ses publics. b) Ou bien, qui est venu les chercher? Et pourquoi est-on venu les chercher? Des familles qui recherchaient un lieu d accueil temporaire pour leurs parents âgés au moment des vacances. Or il y avait une chambre d hôtes 1 CAT (aujourd hui ESAT) : «Je me suis dit pourquoi pas? J avais envie de mixer les publics. Je trouve qu il ne faut pas vouloir ranger les gens dans des cases, il faut de la souplesse», Des centres sociaux, le Secours Catholique, qui cherchent à placer des enfants difficiles : «Certains sont placés ici parce que je suis éducatrice spécialisée. On pratique le tarif colonie alors que ça demande plus. Je voulais garder un tarif accessible aux familles modestes, je crois que je vais devoir faire deux tarifications, dont une pour les institutions. Ça me permettrait d embaucher quelqu un qui m aide avec les enfants en difficulté. Quand on annonce un prix, ce n est pas reconnu», La Sauvegarde de l enfance pour mettre en place des accueils à la ferme de jeunes en situation socio-éducative difficile (parents défaillants, mais pas forcément en manque de moyens financiers), Le Conseil général, après un agrément obtenu rapidement, parce que (par exemple) une personne handicapée de 61 ans, refusant d aller en maison de retraite, souhaitait fortement aller vivre dans une ferme. 20-20 -
QUEL EST L INTERET DE LA FERME POUR LES PUBLICS ACCUEILLIS? a) D abord l espace rural pour se défouler Globalement, toutes les personnes enquêtées pensent que la ferme, mais surtout la vie à la campagne, l espace pour courir, se défouler, éventuellement aller cogner sur un arbre, prendre un animal par le cou, pouvoir faire du vélo sans danger majeur, comprendre la vie des animaux, des plantes, (en italique, les paroles des accueillants) à travers la saisonnalité, le rythme imposé par ces êtres, apporte de l équilibre aux enfants, ça leur permet de se calmer et puis aussi de voir qu à la campagne, il faut s organiser différemment qu à la ville, ça fait affronter les réalités. Pour quelques-uns qui notent que les enfants ne s impliquent pas du tout dans la ferme, ils ont tout de même tendance à investir les lieux : «l espace finalement, elle en profite au maximum, elle fait beaucoup de cabanes», «ici au moins ils sont tranquilles, ils peuvent crier, il n y a pas les voisins», «elles ne se rendent même pas compte du bienfait que ça leur fait d être à la campagne, mais c est normal, elles ont la tête trop pleine de ce qu elles ont vécu». Pour une autre accueillante ASE, «L accès à la ferme : c est bien quand ils sont petits : les animaux, l espace, le tracteur (ajoute la jeune fille accueillie), le grand air. Il y a beaucoup de dangers mais on est là. Il y a un espace de vie autre que dans un appartement. Beaucoup de place, la liberté de bricoler, d aller au jardin, d aller et venir. La possibilité aussi de reporter de l affection sur les animaux. A l adolescence, comme ailleurs, c est plus compliqué parce qu ici, on est loin de tout», «A la campagne, il y a également moins de tentation et de lieux pour se fournir et cela c est un atout pour des jeunes en difficultés, notamment à cause de l alcool et la drogue», «Chez nous, c est un petit village, les enfants ne sont pas anonymes, les villageois savent de quelle maison ils viennent, leurs bêtises non plus du coup ne sont pas anonymes, les adultes du village jouent également un rôle éducatif». b) La relation à l animal pour retisser du lien Dans la majorité des situations et en particulier, lorsqu il y a des handicapés ou des personnes souffrant de troubles psy, les accueillis aiment le rapport à l animal, «Je sais que quand il y a des enfants handicapés qui viennent ici et qu ils tendent la main, l instinct de la chèvre, petite ou grande, c est de téter la main de l enfant. Ceux qui aiment les animaux, ils vont d eux-mêmes les voir, y a toujours la bestiole qu on choisit, les stagiaires, c est pareil, il y a une communication entre eux», «Pour les handicapés, il s agit d un outil d approche pour se familiariser avec les animaux, pour maîtriser des comportements à partir d un projet élaboré avec les éducateurs». c) La ferme, un lieu d activités «qui comptent» et de responsabilisation Les accueillants de personnes handicapées sont unanimes sur la grande importance de la ferme, dont les activités récurrentes structurent la journée, donnent une place avec possibilité de prise de responsabilité sur des activités accessibles (dans plusieurs cas, ce sont les accueillis qui s occupent du cochon familial, par exemple) : «Les travaux de la ferme offrent des activités récurrentes qui structurent sa journée, l occupent en lui évitant de s ennuyer et donc réduisent ses comportements compulsifs (exemple : boulimie). S il nous apporte une aide non négligeable, cela nous donne aussi du souci. Au début, par exemple, il donnait beaucoup trop d aliments concentrés aux moutons, en dehors des moments de distribution et de ma surveillance. Beaucoup d animaux en ont été malades et en sont morts. Nous allons mettre en place un petit atelier cochon pour la consommation familiale dont Daniel sera responsable : il aura un atelier pour lui seul, ce sera très valorisant. Ça risque moins et il aura la fierté de nourrir la famille», «Finalement faire garder nos moutons a été une grande fierté pour lui, c est la première fois depuis longtemps qu on ne lui avait pas demandé une telle responsabilité». - 21-21
Le jardin offre aussi la possibilité de réserver un espace dédié aux personnes accueillies, où elles pourront faire des choix de cultures, pratiquer et être responsable de leur production depuis le semis jusqu à la récolte. L entretien des abords, des clôtures, le bricolage sont aussi des occasions d apprendre et de valoriser (notamment visuellement) ce qui a été fait. Selon plusieurs accueillants d enfants de centres sociaux et/ou d enfants de la Sauvegarde notamment, un rural aussi bien qu un agriculteur peut proposer les qualités d accueil recherchées : de l espace, une basse-cour, un jardin La différence, c est la perception qu ont les accueillis de la personne qui les reçoit, ce qui influence la relation qui va pouvoir être tissée : «Quelqu un qui ne vivrait que de l accueil n a pas les mêmes contraintes qu un agriculteur. Nous il faut vraiment qu on ait une production, c est un impératif. Encore maintenant je leur dis J ai l impression d être en vacances avec vous et ils le perçoivent comme ça. Ce sont des choses qu ils me renvoient». Ce qui compte, c est que la personne qui s occupe de ces enfants ne soit pas un travailleur social ou éducatif (même s il l a été ), c est un paysan qui prend du temps pour quelqu un d autre, pour lui faire découvrir son cadre de vie et de travail. La participation des personnes accueillies sur la ferme peut aussi être perçue comme une contribution à «l économie réelle». On sort de l occupationnel, les accueillis font leur place et c est ce qui est valorisant. Ces constats ne sont pas nouveaux et des institutions, des foyers de vie, ont également mis en place des ateliers ou des exploitations agricoles dont l objectif est le même : donner une place réelle, à travers l activité économique, à des personnes en difficulté. Les différences principales avec l accueil social à la ferme sont de trois ordres : en général, ces structures fonctionnent avec des groupes plutôt qu avec des individus, les responsables ne sont pas des agriculteurs (au sens cotisants MSA) et le personnel est d abord constitué de travailleurs sociaux. Quelques fois, certains agriculteurs souhaitant développer l accueil social franchissent le pas et créent de telles structures (souvent sous statut associatif). d) Un intérêt variable selon les publics La plupart des accueillants partagent l avis selon lequel la ferme ne constitue un support intéressant que pour certains publics, les enfants ainsi que les personnes handicapées en particulier. Le placement dans une famille agricole peut par exemple répondre à un souhait, tel Jean-Jacques, arrivé en mai 2009 dans sa famille d accueil agricole actuelle. Il a 61 ans, est handicapé. Après avoir été salarié, il est placé en CAT à la mort de ses parents et y reste durant 20 ans. A 57 ans, refusant d aller en maison de retraite, il est accueilli par une 1 ère famille d accueil où il s ennuie. Il demande à aller dans une ferme. «Il se rend utile en s occupant de la basse-cour, du jardin, des cochons pour la consommation familiale, de l entretien des abords. Il voit ce qu il a à faire. Il a une mobylette mais part peu, il est toujours occupé et se plait enfin dans sa nouvelle vie». Les personnes adultes en difficulté également peuvent s y retrouver. En revanche, les personnes âgées séjournant dans le cadre de l accueil familial agréé par le Conseil général sont souvent moins intéressées, ou capables, de prendre part à la vie de la ferme. La venue en famille d accueil peut être pour elles l alternative à la maison de retraite, où l on rentre de plus en plus tard. Les personnes accueillies en long séjour sont donc de moins en moins autonomes. Ainsi, pour l une des accueillantes de personnes âgées, la ferme n est plus aussi importante qu à ses débuts, quand elle accueillait des retraités encore valides. Avec le temps, les personnes accueillies arrivent chez elle de plus en plus âgées et dépendantes (on reste plus longtemps chez soi). Sa pensionnaire actuelle a 101 ans La précédente est décédée à 92 ans. Pour elle, ce qui compte c est le contexte rural (espace) et la convivialité. Elle propose toujours d aller avec elle au jardin, mais sans trop de succès. Pour les jeunes de la PJJ, c est différent. La venue dans une famille agricole n est en général pas un choix de leur part. Mais le projet éducatif qui les concerne peut contenir un volet où la ferme joue un vrai rôle pédagogique. 22-22 -
Extrait du protocole d accord signé entre des réseaux agricoles et le Ministère de la Justice en juin 2009 : «Article 3 : Objectifs L accueil dans une ferme constitue une étape dans le parcours du jeune. Il participe à la construction de son projet d insertion, élaboré en concertation avec le jeune, ses représentants légaux et le service de la PJJ concerné. L intérêt de cette démarche est de sensibiliser un jeune à l environnement rural, de manière à lui faire connaître des expériences et acquérir des savoir-faire lui permettant de développer ses capacités de socialisation et le cas échéant, de procéder à des choix en vue de la construction d un projet professionnel. L accueil dans une ferme répond à l un ou à l ensemble des objectifs suivants : Lui offrir la possibilité de rompre avec son contexte quotidien, si ce dernier est facteur d instabilité, de mal être ou d exclusion, Permettre un rapprochement du jeune avec la nature et les animaux, dans un environnement de vie en plein air, Favoriser son intégration et sa socialisation par l acquisition de règles de vie communes, Prendre en compte la singularité de chaque jeune, accueilli dans un cadre familial et/ou collectif, Le sensibiliser et l éduquer à l environnement naturel et à sa préservation, ainsi qu à la qualité de l alimentation, Lui faire découvrir les métiers agricoles et les activités de la vie à la ferme, Le préparer à une formation aux métiers de type agricole ou artisanal». 23-23 -
QUELLES COMPETENCES POUR ACCUEILLIR? 24-24 -
Le référentiel de compétences liées à l exercice de la combinaison agriculture accueil a été formalisé par l équipe des formatrices des EPL partenaires ((re)voir annexe concernant le projet ACFAM), à partir de l analyse des activités. Récapitulons succinctement les compétences mises en évidence par les personnes enquêtées : maîtrise, patience, empathie, pédagogie DES COMPETENCES DE DIFFERENTS ORDRES Des compétences d ordre technique : «Maîtriser les gestes médicaux de base (nourrir une personne invalide, distribuer les médicaments, accompagner un diabétique, assurer les gestes de 1 ers secours, lever/coucher une personne, )» ; «S occuper des enfants (santé, alimentation, suivi scolaire )» ; «Des compétences d aide-soignante : aide à la toilette, 1 ers secours» ; «Il faut une certaine souplesse mais aussi de la maîtrise» ; des compétences «pédagogiques» (être capable de transmettre des savoirs de base (exemple : comment se comporter avec les animaux, avoir un peu de raisonnement logique pour savoir estimer les quantités d aliments à distribuer, ), savoir donner du sens à ce qu on fait et l exprimer). Des compétences d ordre relationnel : «Assurer un cadre de vie et donner des repères, s organiser pour avoir du temps disponible pour l accueilli(e), jauger les capacités de la personne accueillie» ; «Pas d accompagnement particulier, en tout cas, on s en rend plus ou moins compte, on essaie surtout d être nous-mêmes. On fait comme si c était les nôtres [nos enfants]. Pas plus de passe-droits ou de restrictions. Mais on s attache à avoir un comportement plus maîtrisé, à être plus rigoureux dans ce qu on dit» ; «Assurer un cadre de vie et donner des repères, s organiser pour avoir du temps disponible pour l enfant, garantir un équilibre dans la famille (par rapport aux enfants naturels, aux adultes), éviter les cassures, rester calme en cas de difficulté / maîtriser ses émotions, savoir garder de la distance (fin des accueils à 18 voire 21 ans, pas toujours facile sur le plan émotionnel)» ; «Savoir poser des règles, faire preuve d écoute, de souplesse, accepter de refaire toujours la même chose au même moment de la journée» ; «Il faut une grande disponibilité, un bon système nerveux, une grande capacité d écoute. Après, ce qui compte, c est ce qu on est : 90 % des choses que les enfants apprennent, c est par mimétisme». Des compétences d ordre administratif : Comprendre les mécanismes de fonctionnement du Conseil général, les procédures d agrément, faciliter l autonomie des personnes accueillies notamment sur le plan administratif (courriers, démarches ). Autres compétences : «Accepter le regard des autres (famille de l enfant, éducateurs, ses propres enfants, ) sur l éducation qu on donne, le regard qu on porte aux enfants accueillis, gérer la relation parfois délicate avec la famille naturelle de l enfant». - 25-25
LES BESOINS EXPRIMES Les enquêtes «agriculteurs accueillants» et «prescripteurs» ont permis de discuter des besoins avec les premiers intéressés. Une activité méconnue et parfois encore dévalorisée La plupart des familles d accueil ont vécu l incompréhension voire l hostilité de leur entourage. Aujourd hui, elles témoignent plutôt d une certaine indifférence à leur égard et la plupart d entre elles ont été, de ce fait, vraiment disponibles pour nous et heureuses que l on s intéresse à elles. Du côté des prescripteurs, l accueil social à la ferme n est pas une «solution» souvent envisagée, faute d en connaître l existence et/ou d avoir des relais locaux et/ou d avoir les garanties nécessaires à la qualité de l accueil. La faible gratification financière peut, à ce niveau, participer à la méconnaissance de l accueil social à la ferme. D une manière générale, un besoin de reconnaissance Du point de vue des agriculteurs accueillants, la priorité est d abord d obtenir une plus grande reconnaissance de leur travail, d être considérés comme des interlocuteurs à part entière et pas seulement comme des «hébergeurs». Pour les prescripteurs, cela passe par la fourniture de «garanties professionnelles» capables de démontrer l élargissement des compétences des agriculteurs et ruraux. S il faut laisser à chacun la liberté de son parcours d accueillant(e), il nous semble aujourd hui qu un cadrage minimum et surtout harmonisé faciliterait la reconnaissance et le développement de l accueil social. Cela passe, entre autres, par la voie de la formation agricole continue (CFPPA). La proposition de formations intéresse, mais de façon modulaire, sur des courtes durées. Cela implique également une plus large promotion de cette activité. Des sujets communs où s exprime un besoin de formation Parmi l ensemble des sujets abordés, les suivants sont les plus partagés par les accueillants lorsqu on les questionne sur les aspects sur lesquels ils voudraient avoir un appui : Gérer les départs / décès, Poser les limites, Savoir planifier, organiser son temps, Etablir des règles de vie, Savoir profiter des instants vécus à l instant T, ne pas attendre de retours, se préparer aux déceptions / frustrations, Savoir solliciter de l aide. Mettre en évidence les spécificités liées à la combinaison accueil agriculture Les accueillants interrogés revendiquent d être d abord des agriculteurs et entendent garder ce statut qui les distingue des personnels éducatifs et médico-sociaux. C est cette «casquette» qui leur permet d établir des liens différents avec les accueillis, surtout lorsque ceux-ci vivent des périodes difficiles. «Il ne faut pas non plus formater les accueillants, vouloir à tout prix mettre les gens dans des cases (accueillis ou accueillants), mais plutôt favoriser la mixité des publics, croiser les regards, permettre l existence de formules d accueil variées qui apporteront chacune une parcelle de réponse». 26-26 -
Clarifier le statut Quelles que soient les situations, accueils avec ou sans agrément, des insatisfactions demeurent : exercer la combinaison agriculture / accueil social reste encore une démarche souvent complexe du point de vue du statut (fiscal et social notamment). La plupart du temps, les professionnels et l encadrement technique du monde agricole considèrent cette situation comme marginale et ne disposent pas de moyens d accompagnement ni de conseils spécifiques. Ceci conduit souvent les porteurs de projets et les agriculteurs déjà accueillants à se retrouver isolés, sans moyens d intervention et de négociations sur les rémunérations ou indemnités qu ils perçoivent, sur la définition des conditions de travail, les relations avec l institution, les modalités d agrément Dans le cas des accueils agréés par les Conseils généraux, la situation des assistants familiaux (accueil d enfants de l Aide Sociale à l Enfance) est bien balisée. D autre part, de récents décrets ont amélioré les conditions d exercice des accueillants familiaux, bien que les situations diffèrent d un département à l autre. En revanche, pour les autres accueils ne nécessitant pas d agrément, les situations sont plus diverses et l appui des réseaux (CIVAM, Accueil Paysan et GIFAE par exemple pour l accueil de jeunes sous protection judiciaire) a permis d harmoniser un cadre d exercice. Pour autant, la reconnaissance de l accueil social jusque dans la définition du métier dans le Code Rural apporterait une clarification officielle sur la place que peut tenir l agriculteur accueillant parmi les dispositifs d accompagnement médico-sociaux. Un besoin d accompagnement des familles d accueil plus rigoureux Les publics accueillis sont parfois en grande détresse ou difficile à supporter. Pourtant, de nombreuses familles enquêtées témoignent de relations insatisfaisantes avec la structure en charge des personnes accueillies : éloignement, absence de relais alors que les familles sont ellesmêmes mobilisées 24h/24, sentiment de tenir un rôle secondaire dans le dispositif mis en place, Les familles d accueil ne doivent être ni une solution de placement d urgence ni celle qui fait face aux problèmes quand les autres structures démissionnent La dimension éducative, voire sanitaire, de ce qui se produit pendant les accueils doit être (mieux) prise en compte (les situations et les relations diffèrent selon les lieux, les publics et les interlocuteurs) et davantage soutenue. Des «créneaux à développer» La question du vieillissement préoccupe également la plupart des responsables locaux d où une demande partagée de développer des dispositifs d accueils complémentaires aux placements institutionnels classiques. La question se pose également pour les personnes handicapées vieillissantes, en sortie d ESAT. La plupart sont orientées vers les maisons de retraite où elles n ont pas vraiment leur place. Or les statistiques du Ministère de la Santé montrent clairement une fonte des effectifs des familles d accueil agréées et donc des personnes accueillies. D une part, bon nombre de ces accueillants sont également vieillissants, même s il n y a pas de limite d âge à l exercice de l accueil familial PA-PH. D autre part, le travail de l accueillant familial reste encore insuffisamment valorisé et quasiment aucune solution de répit n est offerte. Il existe donc un espace de travail pour des agriculteurs-trices qui pourraient légitimement proposer à ce public des accueils temporaires pendant des périodes où l activité agricole est moindre. En Massif Central, cet aspect de l accueil social à la ferme revêt un intérêt particulier dans la mesure où la plupart des anciens sont des ruraux et pourraient trouver leur place dans ce dispositif. - 27-27
QUELLE(S) STRATEGIE(S) POUR DEVELOPPER L ACCUEIL SOCIAL A LA FERME? 28-28 -
Quels sont-ils? LEVER LES FREINS AU DEVELOPPEMENT DE L ACCUEIL SOCIAL A LA FERME La difficulté à combiner deux activités souvent chronophages «Il faut faire des choix dans les activités qu on se donne. On ne peut pas tout mener de front : assurer la production agricole et faire de l accueil social. Surtout de l accueil social sur du long terme parce que c est très prenant physiquement et nerveusement, il faut aller au rythme des accueillis, être très à l écoute et pendant ces moments-là, on ne peut pas se consacrer à la ferme. J ai failli y laisser ma santé. Il faut être aidé à certains moments». La plupart des prescripteurs sont également prudents quant à la combinaison accueil / agriculture, conscients que ce sont deux activités qui demandent un investissement en temps important. Au final, il ressort que certains types d accueils à la ferme, notamment de personnes dépendantes, pourraient être davantage développés sous forme temporaire, palliant ainsi le manque de solution d accueil temporaire (congés / maladies des accueillants permanents) tout en conjuguant les contraintes de l activité agricole (pointes de travail à certaines périodes). L isolement, le manque d écoute réelle «Quand on a été chercher les filles à la pouponnière, il a fallu leur faire le trousseau de suite, elles n avaient que les affaires qu elles portaient sur elles. Heureusement, j étais avec une amie! Puis on n a eu aucune nouvelle des services sociaux pendant un mois (l assistante sociale était malade mais je ne suis tombée que sur des cas comme ça!). Puis ça a été le ballet des éducateurs et des AS! 5 ou 6 en 7 ans! Et à chaque fois il fallait réexpliquer depuis le début. Ça c était l enfer. On vous dit Oui on va vous rappeler. Et puis on ne vous rappelle pas. Le fait d être éloignés de la ville principale (55 km 1 heure) ne nous aide pas. J ai le sentiment que si ça va bien, on nous laisse nous débrouiller. Et si ça va mal, c est guère mieux». La garantie d avoir accès à un(e) référent(e) de la personne accueillie est une condition soulevée par tous, quelque soit le type d accueil. Son absence, fréquente parmi les enquêtés, est vécue comme une contrainte forte. Les partenariats mis en place par le réseau CIVAM insistent sur ce point. Les accueils qui fonctionnent aujourd hui le mieux restent ceux où la structure prescriptrice est en mesure, quelle que soit la distance, d assurer une veille permanente pendant le séjour et de se déplacer avant, voire pendant le séjour pour jouer si nécessaire un rôle de régulateur. La relation affection / distance à gérer «On nous dit : Occupez-vous en mais ne les aimez pas. C est un métier qui implique beaucoup de sentiments. Ce côté relationnel n est pas assez pris en compte». La capacité à se distancier de l accueilli(e) et des difficultés qu il/elle rencontre s acquiert notamment au contact des autres accueillants : le partage d expérience facilite la «déculpabilisation» de ne pas aimer l autre. Le rôle de l accueillant est, comme le disent très bien certains, de stimuler l activité, transmettre sa passion, écouter, favoriser l autonomie. C est ce positionnement particulier d intervenant social, ni thérapeute ni confident, qui confère, selon nous, un caractère professionnel à l activité d accueil. - 29-29
Accueillir seule des personnes en difficulté «Cet été, j ai accueilli des enfants vraiment difficiles. Il faudrait être plus nombreux. Deux ont failli en noyer d autres!... Ce ne sont pas des enfants à laisser sans surveillance et ça, ce n est pas reconnu. On (les gens de l extérieur) a l impression que c est les vacances, donc on pense que c est facile de s en occuper. Si on ne fait que de l accueil ordinaire, c est tout à fait gérable, mais dès qu on a des enfants plus compliqués Il y a des associations difficiles à gérer dans un groupe». Trouver le public qui nous correspond «Pour des jeunes, il vaut mieux se lancer dans l accueil d enfants. Il faut du réseau et de l expérience pour faire de l accueil de personnes âgées». L accueil de publics dits difficiles est d abord une volonté de l accueillant, mais pour autant, il n est pas facile de passer de l idée à l action. Des étapes préalables peuvent être encouragées pour «se tester» : accueil de groupes accompagnés par leurs référents, accueil en courts séjours, chantier Le regard des autres «On n est pas compris, on est vu comme des pestiférés». Cette accueillante reconnaît que le dialogue est facile avec les institutions. C est davantage avec l entourage que l accueil pose problème. «Beaucoup ne savent pas ce que c est et se demandent pourquoi j accueille tous ces vieux», «L activité est bien perçue par les voisins, mais ce n est pas pour autant qu ils le feraient Ça leur fait peur». «Je pense qu ils [les autres agriculteurs] ne me perçoivent pas comme agricultrice parce que la personne qui était là avant moi faisait aussi du maraîchage et on l appelait le jardinier (or ici, agriculture rime avec élevage). Une femme en plus On est plutôt dans le modèle agricole traditionnel». Expliquer ce qu est l accueil social à la ferme aujourd hui, en particulier au sein du monde agricole, apparaît un préalable nécessaire. Les formations mises en place dans les EPL partenaires 4 auront sans doute pour effet corollaire de «démystifier» cette activité. L ensemble des actions proposées par le réseau CIVAM et ses partenaires (comme Accueil Paysan) vise également cet objectif. RENDRE VISIBLE ET STRUCTURER L ACCUEIL SOCIAL A LA FERME Clarifier ce qu on entend par accueil social à la ferme L accueil à la ferme peut-il être un travail social? Pourquoi il ne suffit pas de le constater, pourquoi faudrait-il définir [ ]? Parce que s il y a définition, nous avons quelque chance de savoir de quoi nous parlons, de quoi on nous parle, de quoi on évite de parler. S il y a définition, il devient possible de discuter, sans se limiter à échanger des phrases convenues, sans trop succomber au sous-entendu, autrement dit au malentendu. Y compris sur un plan pratique : en comprenant un peu mieux les multiples dimensions en jeu, [on] peut gagner en efficacité En sachant un peu mieux à quoi il s agit de faire face, on saurait davantage ce qu il s agit d aider. Saül KARSZ 4 Etablissements Publics Locaux de formation agricole, en particulier ceux de Roanne-Chervé (42), Brioude- Bonnefont (43), Tulle-Cornil (19) et Montauban-Capou (82) 30-30 -
Les travaux d enquêtes et d analyse des pratiques d accueil social en Massif Central ont alimenté les journées de rencontres CIVAM organisées en mars 2010. Extraits. L évolution du métier d agriculteur au regard de l accueil éducatif et social pratiqué dans le réseau CIVAM L une des questions fréquemment posées à notre réseau concerne la contribution des agriculteurs à l éducation à l environnement et au développement durable (EEDD) et plus récemment à l appui et l accompagnement de publics fragiles. Pourtant, les agriculteurs ne sont ni formateurs ou enseignants, ni assistants sociaux ou éducateurs Que vient-on chercher à la ferme que l on ne trouverait pas ailleurs, en dehors de biens et services agricoles et agro-alimentaires classiques? En quoi cela modifie-t-il le champ de compétences des agriculteurs concernés? Comment s adaptent-ils à ces nouvelles demandes? Et enfin, réciproquement, dans quelle mesure la pratique d activités d accueil, notamment social, a- t-elle une incidence sur le métier d agriculteur? Au moment où l agriculture connaît de nouvelles mutations, où les manières de soutenir et de réguler ce domaine d activités sont repensées, il est en effet important de redéfinir le champ de compétences désormais couvert par les agriculteurs, qui vont bien au-delà de la production agricole. Développement des services 5, nouveaux liens ville-campagne, attentes croissantes d une société mondialisée qui se cherche des racines et de nouveaux repères,, l agriculture n est pas à la marge des évolutions actuelles et des questionnements qu elles amènent. Au sein du réseau CIVAM, les pratiques des agriculteurs qui innovent offrent quelques repères Que vient-on chercher aujourd hui à la ferme? DES INFORMATIONS ET DU LIEN AUTOUR DES PRODUITS ALIMENTAIRES La production de masse, l organisation structurée en filières de production et la distribution via des centrales d achat ont progressivement éloigné les producteurs des consommateurs. A la suite de plusieurs crises sanitaires et la perte de confiance dans la qualité des produits alimentaires, on assiste à un regain d intérêt du consommateur qui recherche davantage de garanties. Les enjeux écologiques s invitent également dans les débats et une partie des consommateurs, encore minoritaires mais en nombre croissant, souhaite développer une consommation plus citoyenne («consom action»). Ceci implique pour chacun de comprendre les circuits de production et de distribution, de mesurer les impacts sociaux, environnementaux, économiques de chacun, pour être en mesure de remplir son panier en toute connaissance de cause. Le développement des AMAP mais aussi de bien d autres réseaux locaux de vente directe se réclame de cette mouvance. Des particuliers, des associations ou encore des collectivités (écoles, ) viennent ainsi chercher à la ferme des informations et retrouver du lien avec les produits et les producteurs, la relation humaine ayant tendance à donner davantage confiance que l étiquette DES RACINES ET DES REFERENCES Urbanisation et réduction du nombre d agriculteurs obligent, le fossé se creuse entre ruraux et urbains. Bien conscients de ne plus détenir le «savoir du terroir», les citadins viennent se forger ou renforcer une identité au gré des visites à la ferme. On peut percevoir ce besoin au travers des opérations De Ferme en Ferme par exemple, qui connaissent toujours un franc succès. Tout au long de l année, l accueil éducatif à la ferme permet, avec l aide de divers outils développés par le réseau ou ses partenaires, de contribuer à sensibiliser les visiteurs et à les accompagner vers une consommation plus «responsable». Auprès des professionnels et des institutions du monde agricole, le réseau CIVAM propose un modèle d agriculture durable, dont est il est porteur depuis 30 ans et qui fournit des exemples de pratiques viables et respectueuses à la fois de l homme et de son environnement, en réponse aux défis d aujourd hui. 5 Voir annexe 7 sur les prolongements des travaux du réseau CIVAM sur le thème «agriculture et services» - 31-31
DES LIEUX D ACCUEIL (RE)STRUCTURANTS A travers ses pratiques, le réseau CIVAM témoigne de sa vision du monde agricole et rural dans le contexte actuel. Forts de ce constat, de nouveaux acteurs n hésitent pas à solliciter le réseau pour intervenir dans le champ social. L accueil social à la ferme ne mobilise depuis plusieurs années qu une petite partie des adhérents CIVAM et de quelques autres réseaux mais ces nouvelles pratiques questionnent toute la profession. Des services sociaux de plus en plus nombreux (re)découvrent l intérêt du placement familial (séjours de plus ou moins longue durée) de personnes en difficulté : précarité, rupture familiale, délinquance juvénile, isolement, handicap, Une partie d entre eux réclame que ces séjours s effectuent en famille et à la ferme, le métier d agriculteur offrant justement une combinaison vie privée / vie professionnelle étroite et donc un accompagnement 24 h/24 dans certains cas. Par ailleurs, la vie à la ferme, en lien étroit avec la nature et le vivant, le cycle des saisons, est jugée capable de redonner les repères qui souvent font défaut à ces personnes fragilisées. DE NOUVELLES COMPETENCES A CLARIFIER ET METTRE EN VALEUR Les CIVAM mènent actuellement des travaux destinés à affiner la représentation que se font les agriculteurs accueillants, mais aussi les prescripteurs de ces séjours, de l intérêt de partager la vie d une famille agricole dans le cadre d un accueil social. Pour les agriculteurs qui investissent ces activités d accueil, qu elles soient éducatives ou sociales (et souvent on se tournera vers l une ou l autre, rarement les deux à la fois), ce ne sont donc pas que des compétences de producteur ou même de commercial qu il faut développer. Selon les publics accueillis et les besoins exprimés, d autres ressources peuvent être mobilisées. Des capacités propres à la pédagogie sont nécessaires pour rendre accessibles et concrets, avec l aide de la ferme comme exemple, des sujets parfois complexes (l agriculture durable dans l économie d aujourd hui, ). L accueil social exige quant à lui les qualités d écoute, d empathie, de patience, et des compétences autour du prendre soin qui peuvent être partagées avec des personnels médicosociaux ou éducatifs. Un certain nombre d agriculteurs engagés dans ce type d accueil a d ailleurs pu suivre des formations spécifiques, voire ont pu pratiquer, dans une vie professionnelle antérieure, des métiers du champ social ou médical. La mise en évidence des compétences nouvelles développées par les agriculteurs accueillants fait l objet d une recherche-action à l échelle du Massif Central. D ores et déjà, de nouvelles combinaisons d activités apparaissent, à l intersection de l agriculture et du travail social et/ou éducatif. Vécues soit comme une diversification, soit comme de la pluriactivité, elles permettent le maintien, voire la création d emplois en milieu rural et contribuent à la cohésion sociale sur les territoires. 32-32 -
Enjeux et questionnements des participants «Il y a un gros travail de définition à faire pour chaque type d accueil pour savoir quelles sont les bases que l on demande aux paysans faisant de l accueil. Par exemple, tout le monde ne peut pas faire de l accueil PJJ. Comment permettre que ceux qui veulent le faire se sentent à l aise, comment les orienter au mieux?». «En tant que réseau(x) et plus particulièrement en tant qu animateur(s), jusqu où va-t-on pour permettre (ou pas) aux agriculteurs de développer l accueil à vocation sociale? Faut-il encourager la professionnalisation. Si on se lance dans la construction de formations, sur quelles bases construire les modules?». «Face aux difficultés rencontrées par les personnes accueillies, il est nécessaire d avoir des compétences professionnelles, que l on soit agriculteur ou autre. On ne s improvise pas accueillant. Si l on rencontre des difficultés à développer ces types d accueil en France, c est sans doute parce que cela paraît bancal. Compétences et formation ne sont pas deux termes interchangeables et l un n implique pas l autre. Être professionnel laisse présupposer des compétences, mais sans garanties absolues En parallèle, l intérêt des compétences, c est qu elles sont relatives». «Toute activité nouvelle requiert d autres compétences, en plus de celles que l on développe dans son métier de base. C est le cas en agriculture lorsqu on crée une activité d accueil, cela dépasse la production de lait, de viande ou autre. Donc, pour acquérir ces compétences, il y a besoin de formations mais pas uniquement techniques. Parfois, les compétences sont déjà présentes sur les exploitations». «Qu est-ce que les prescripteurs, toutes les organisations qui nous demandent de faire des accueils avec leurs publics, attendent exactement? Est-ce qu on ne voudrait pas faire jouer un rôle d éducateur, d assistante sociale ou autres aux agriculteurs, et ce, à moindre coût?». «Est-ce qu on ne se met pas la barre trop haut? En se posant toutes ces questions de professionnalisation, est-ce qu on ne cherche pas à se justifier? N est-on pas légitime à développer de l accueil social dans nos fermes?». «Quand on parle d accueil social, on ramène l agriculture sur le terrain, alors qu aujourd hui on assimile l agriculture à une activité hors-sol délocalisable, une source de minerai (lait, viande, céréales ) comme une autre. En témoignent les spéculations actuelles, les crises Avec l accueil social, quelque part, on revient aux fondamentaux». FONCTIONNER EN INTER RESEAU POUR DONNER PLUS DE VISIBILITE ET DE POIDS AUX PROPOSITIONS Les enquêtes auprès des accueillants et prescripteurs du Massif Central ont contribué à alimenter une réflexion nationale sur le statut de l activité d accueil social prenant appui sur la ferme. Un groupe de travail a ainsi réuni les deux réseaux agricoles actuellement les plus concernés par l accueil social, Accueil Paysan et CIVAM, et un juriste (F. Varennes) afin de faire des propositions visant la reconnaissance et la professionnalisation de l activité d accueil social à la ferme auprès des Ministères concernés. Ce chantier s est fortement inspiré des résultats des enquêtes et de la mutualisation progressivement effectuée à l échelle du Massif Central. - 33-33
Cette dynamique nationale se poursuit et s étoffe. En effet, sollicités pour témoigner de notre recherche-action, les CIVAM, avec Accueil Paysan, participent à une plateforme en construction entre les acteurs de l «agriculture sociale et thérapeutique». D abord initiée via un projet européen dans plusieurs pays qui ont croisé leurs expériences en la matière (voir annexe 8), cette plateforme se concrétise à l échelon régional en Rhône-Alpes depuis 2010 au travers du projet ASTRA. Elle rassemble deux types d acteurs : d une part des institutions d accueil (type ESAT, Foyer, ) qui disposent d un support agricole pour leurs publics, d autre part les représentants de nos réseaux d agriculteurs pratiquant l accueil social chez eux. Bien que ne partageant pas les mêmes statuts, ni les mêmes entrées avec les personnes accueillies, les objectifs généraux sont communs et les liens souvent constructifs. Des formations croisées sont ainsi d ores et déjà organisées (la 1 ère journée a eu lieu le 9 juin 2011 sur le sujet du handicap). Au-delà de Rhône- Alpes où cette dynamique commence à «prendre», de telles plateformes peuvent émerger dans d autres régions. Notre ambition à terme est que toute personne à la recherche d information sur l accueil social agricole trouve aisément son chemin et soit bien orientée, quel que soit son territoire. Des actions conjointes sont menées en ce sens par les réseaux CIVAM et Accueil Paysan pour la construction d outils communs (portail Internet, guides, formations, par exemple). SOUTENIR LA PROFESSIONNALISATION DE L ACCUEIL SOCIAL A LA FERME La plupart des prescripteurs comme des accueillants considèrent la professionnalisation comme une condition essentielle du développement de l accueil social à la ferme. Certains accueillants la revendiquent clairement, d autres, souvent autodidactes, reconnaissent qu elle ne pourra vraisemblablement pas être évitée. Pour ces derniers, c est surtout la crainte de devoir retourner sur les bancs de l école qui les incite à la réserve Mais tous sont suffisamment clairvoyants et responsables pour savoir que la reconnaissance passe par la possibilité de fournir des garanties de compétences et que cela implique la formation ou la validation des acquis de l expérience. Dans le réseau CIVAM, la professionnalisation apparaît indispensable au regard des exigences de qualité du service rendu et de nos demandes pour l inscription de l accueil social parmi les activités de diversification agricole reconnues. Ainsi, la question de la professionnalisation fait plutôt consensus, excepté du côté des pouvoirs publics qui craignent «une aggravation des charges publiques» 6 causée par l accès aux aides à l installation de porteurs de projet actuellement non pris en compte ou encore par une éventuelle hausse des tarifs pratiqués dans le cas des accueils agréés et des indemnités dans les autres cas. Actuellement, certains placements en familles d accueil (exemple : malades psychiatriques envoyés chez des accueillants familiaux de PA-PH au lieu de familles d accueil thérapeutique) sont dans cette logique d économie de moyens, ce qui ne va pas sans poser des problèmes au quotidien pour les personnes concernées. Néanmoins, pour les accueils à la ferme de personnes âgées et de personnes handicapées, des textes ont été rédigés en lien étroit avec la Direction Générale de la Cohésion Sociale (DGCS) du Ministère de la Santé et ont contribué au décret d août 2010 améliorant le statut des accueillants familiaux agréés par les Conseils généraux. 6 Termes employés dans le courrier de réponse du président de la commission des finances du Sénat, motivant l irrecevabilité de l amendement proposé par les réseaux agricoles pour la modification de l article L722-1 du Code Rural en juillet 2010 (voir annexe 7). A l occasion de la rentrée parlementaire de septembre 2012, la proposition est renouvelée. Affaire à suivre 34-34 -
Concernant les accueils de jeunes ayant commis des actes de délinquance et pris en charge par la PJJ, le Ministère de la Justice a signé le 17 juin 2009 un accord cadre national avec les réseaux agricoles à dimension sociale (CIVAM, GIFAE, Accueil Paysan) qui avaient co-rédigé ce document sur la base de leurs expériences réciproques. C est un pas important vers la reconnaissance de l accueil social de ce public dans les fermes, qui doit aussi générer des partenariats régionaux entre PJJ et réseaux agricoles. Des journées de rencontres et de formations régionales ont ainsi été mises en place. La 1 ère a eu lieu en Rhône-Alpes le 14 décembre 2009 à Mornand en Forez (42). Un essaimage a suivi dans d autres régions, y compris en dehors du Massif Central : Ile-de- France en octobre 2010 ; PACA en novembre 2010 ; Languedoc-Roussillon en janvier 2011 ; Midi- Pyrénées en février 2011 Malgré ces étapes encourageantes et les bonnes volontés de part et d autre, les choix politiques et budgétaires de ces dernières années ne permettent pas pour l instant de réellement démultiplier les accueils à la ferme, pourtant bien moins coûteux qu une journée de prise en charge en établissement pénitentiaire Le Minagri rechigne à la reconnaissance de l accueil social sur les fermes comme activité intrinsèquement agricole. Sur la question du statut, un dépôt d amendement a été réalisé au moment de la Loi de Modernisation Agricole votée en juillet 2010. Rédigé sur la base des enseignements de l enquête ACFAM en Massif Central, le texte final est une production collective des réseaux CIVAM et Accueil Paysan avec l appui méthodologique et juridique de la Caisse Centrale de la MSA. La manifestation d intérêt de plusieurs groupes parlementaires, de droite comme de gauche, n a pas suffi à faire modifier l article L722-1 du Code Rural qui définit l activité agricole. Néanmoins, cela a permis d introduire ce sujet dans les débats parlementaires, ce texte demeurant la base des négociations actuelles. Mais sur le terrain, on peut noter des avancées : le bon accueil réservé aux référentiels proposés au printemps 2011 aux services SRFD des DRAAF en vue de l ouverture de SIL et de BPREA dans les CFPPA partenaires de notre étude en Massif Central en atteste. En Rhône-Alpes, la Chambre Régionale d Agriculture a également sollicité le réseau CIVAM pour organiser et animer un échange interrégional avec la région de Malopolska (Pologne), partenaire de la région Rhône- Alpes et demandeuse d informations sur l accueil social à la ferme. L échange a eu lieu en septembre 2009 et s est fortement appuyé sur les familles déjà enquêtées et les animateurs mobilisés dans le cadre de cette étude. Bien qu il soit encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives de cette étude et de ses prolongements, notamment à l échelle nationale, on peut ainsi constater un regain d intérêt pour l activité d accueil social à la ferme. Cela justifie d autant plus la nécessité de proposer un cadre et un accompagnement aux agriculteurs que l accueil social intéresse. COMPLETER LA DIMENSION SOCIALE DANS LA DEMARCHE D AGRICULTURE DURABLE Le réseau CIVAM travaille depuis les années 1985-1990 sur la diffusion de pratiques d agriculture durable, basées sur l autonomie fourragère et énergétique, dans des exploitations de polyculture élevage qui restent à dimension humaine, maintiennent voire créent de l emploi. Cette expérience déjà ancienne légitime les contributions du réseau dans les débats actuels, qu il s agisse du Grenelle de l Environnement (2007) et de ses suites ou de la réorientation de la Politique Agricole Commune. En outre, les crises qui traversent successivement le monde agricole amènent les agriculteurs et animateurs du réseau à accompagner les changements de pratiques dans un nombre croissant de fermes. Pour ce faire, des indicateurs sont élaborés, qui constituent en quelque sorte le tableau de bord de l agriculteur. Centrés sur la mesure des aspects techniques, économiques et environnementaux de la démarche d agriculture durable, ces indicateurs doivent encore être enrichis par les données issues de notre étude sur l accueil social en Massif Central afin de mieux prendre en compte la fonction sociale de l agriculture. - 35-35
Du point de vue économique, l activité d accueil contribue à l emploi rural, notamment celui des femmes qui en sont le plus souvent à l origine. En générant des revenus supplémentaires, quoique souvent irréguliers, l accueil favorise le maintien d exploitations «ordinaires», le plus souvent en polyculture-élevage. Du point de vue social, la tradition d accueil en milieu rural est ancienne, elle se renouvelle aujourd hui : des organismes sociaux cherchent à inclure des séjours à la ferme, de durée variable, parmi les solutions qu ils développent pour les personnes qu ils suivent. Souvent motivée, au départ, par une vision angélique et une grande méconnaissance de la vie de paysan, cette demande offre l occasion aux paysans d expliquer le métier. Pour les agriculteurs accueillants, recevoir et accompagner quelqu un suppose le désir d échanger, de transmettre, de s ouvrir à d autres sujets. Personne ressource, témoin, relais, intervenant social, la place de l agriculteur accueillant n est pas encore clairement définie et son statut quasi inexistant. La plupart des enquêté(e)s attend donc une reconnaissance officielle et une prise en compte des compétences, qui devraient encourager d autres agriculteurs à se lancer. La pratique de l accueil social nous amène aussi à nous interroger sur les causes de la pauvreté, de la précarité qui touche l ensemble de nos sociétés contemporaines et notamment le monde paysan. Alors que l organisation des productions et des marchés à l échelle mondiale menace la pérennité de nombreuses exploitations, que 8 pauvres sur 10 dans le monde sont des paysans, il n est pas anodin que certain(e)s d entre eux impulsent une agriculture plus sociale et solidaire. Au-delà de «l indignation» citoyenne face à la misère, il s agit, de manière diffuse et à l échelon local, de remettre en cause le modèle de société contemporain, son idéologie économique présentant l individualisme et la concurrence comme meilleures voies pour l allocation des ressources. Dans ce contexte, l accueil, tout comme d autres activités telles que la commercialisation en circuits courts, permet justement au monde agricole de se réapproprier une fonction et une place au cœur des rapports sociaux, inhibées par l injonction de production qui lui est faite depuis les années 1960. A travers l accueil social à la ferme, c est finalement la responsabilité sociale des entreprises agricoles que l on met en évidence et ses déclinaisons pratiques que l on définit. Du point de vue environnemental, l accueil social à la ferme présente des intérêts. En effet, la modernisation de l agriculture a conduit les agriculteurs à s émanciper de leur environnement physique et social, non sans conséquence sur le milieu naturel et les rapports sociaux. Dans les années 1985-1990, les adhérents du réseau CIVAM ont réorienté leurs façons de produire et lancé des travaux pour proposer des critères de durabilité, qui offrent un tableau de bord à tous ceux qui cherchent à lutter contre les dégâts environnementaux de l agriculture intensive. L accueil social n est pas encore inclus dans ces critères de durabilité et ses effets sur l environnement ne sont pas encore mesurés quantitativement. Pour autant, l analyse des activités d accueil social en Massif Central nous apprend que cette diversification permet, en complétant le revenu agricole, d éviter ou de limiter l intensification des pratiques de culture et d élevage mises en œuvre pour sécuriser le revenu. L accueil à vocation sociale apparaît donc complémentaire de l ensemble des mesures agri-environnementales existantes. 36-36 -
EN GUISE DE CONCLUSION - 37-37
Rappelons tout d abord que ce document permet de clore et de diffuser le résultat des enquêtes et analyses des activités menées en Massif Central entre 2009 et 2011. Sa vocation première est d être un support de formation ou encore d accompagner votre réflexion sur la mise en place d une telle activité dans votre ferme, dans votre association. Les enquêtes d agriculteurs accueillants ont ouvert, on l a vu, de nouvelles perspectives, notamment sur la manière d accompagner ces familles d accueil. Parmi les principales préconisations pour développer l accueil social à la ferme, rappelons la nécessité : D encourager plutôt l accueil temporaire à la ferme, en particulier pour les publics qui réclament beaucoup d attention ou très dépendants. Il y a de vrais besoins pour assurer le remplacement des familles d accueil permanentes (PA-PH entre autres) et des aidants naturels, De favoriser des formations courtes, de proximité, qui facilitent la mise en place de l accueil («choix» du public, législation, droits et devoirs de l accueillant, contexte et enjeux de l accueil social à la ferme aujourd hui, ) et son suivi (échanges de pratiques, évolutions règlementaires, outils éducatifs, préparation au départ (fin de l accueil), ), De faire en sorte que l accompagnement des familles d accueil (et peut-être pas seulement agricoles ) ne soit plus «réduit à sa plus simple expression». Permettre le rapprochement et l animation de groupes d agriculteurs accueillants soit par territoire soit par type d accueil nous paraît être la base sur laquelle des interventions et de la formation continue peuvent venir se greffer. Cela permettrait de répondre à des besoins exprimés : par exemple, des formations au secourisme, sur la conduite à tenir face à des addictions, face à l agressivité, au désintérêt. Il s agirait notamment de renforcer les compétences techniques des agriculteurs qui se proposent de faire un travail social, pour lequel ils apprennent aujourd hui «sur le tas». Mais nous devons être prudents. Il ne s agit pas de recréer ou de renforcer des «cases dans lesquelles on range définitivement les gens». La souplesse, la capacité d innovation des uns et des autres constituent aussi l intérêt majeur de l accueil à la ferme. C est justement parce qu ils n ont pas de formation au travail social que ces agriculteurs réagissent différemment aux comportements et aux actes des personnes qu ils accueillent. Par les dispositifs de formation que nous contribuons à mettre sur pied, il s agit donc de les sécuriser sans les formater Les accueillants que nous avons rencontrés sont des gens ordinaires et ne recherchent pas «la gloire». Ils ont témoigné avec sincérité de leur expérience et il ressort que, s ils ne font rien d extraordinaire à leurs yeux, ils savent se remettre en question, ils sont très peu dépendants des primes PAC parce qu ils font des productions peu ou pas subventionnées ou parce qu ils recherchent l autonomie de leur système de production et ont décidé (ils ne se sont pas faits imposer leurs choix) de leur propre gré de faire ce qu ils font, avec détermination, en prenant des risques, en osant s aventurer. Faire de l accueil social est une forme d engagement à travers lequel transparaissent sans doute leurs valeurs personnelles. Pour autant, cela n est pas réservé à des militants et l accueil social mérite un accompagnement professionnel ainsi qu une reconnaissance de la part de la société qui trouve là des alternatives adaptées, empreintes d humanité et économes! Les dispositifs issus de ces enquêtes doivent ainsi concourir à faire connaître et reconnaître le travail réalisé par ces agriculteurs, si l on souhaite réellement que davantage d agriculteurs puissent s y engager et que davantage de publics puissent en bénéficier. 38-38 -
L issue de l étude en Massif Central n est donc pas la fermeture du dossier. A l origine de ce travail, nous nous étions donnés pour mission d étudier comment l agriculture contribue à l accueil, quels sont les besoins à combler et comment faire reconnaître cette fonction sociale. Mais de nouvelles questions apparaissent : inversement, comment l accueil social influence-t-il les pratiques agricoles? Comment relier ces activités au champ de l agriculture durable, que le réseau CIVAM s emploie à baliser (par la formulation d indicateurs de l agriculture durable et par la mise au point et la diffusion de techniques)? Jusqu où les agriculteurs peuvent-ils avoir leur place dans le travail social? À l heure où le monde agricole mue une nouvelle fois, où se pose la question du maintien d un nombre suffisant de fermes dans l espace rural et tandis que les crises se succèdent, il ne faudrait pas projeter trop vite des attentes trop grandes sur les agriculteurs, ni à l inverse les mettre à l écart des maux de notre société. Autant d éléments de débat qui expliquent le bon accueil voire presque l attente des agriculteurs à nous rencontrer à l occasion des enquêtes, comme s ils (elles) souhaitaient une sorte de reconnaissance, de considération. Les visites que nous avons faites ont souvent été vécues comme une occasion, assez rare, de prendre la parole et d exister en tant qu acteurs sociaux (même si mal rémunérés ). Il faut également noter l intérêt porté par beaucoup pour la formation, le souhait de se rencontrer, d échanger, de confronter les expériences. Ayant entamé ce travail, nous sommes donc appelés à prendre en compte les attentes des personnes enquêtées et à proposer des dispositifs d accompagnement et de formation correspondants. D ores et déjà, le chantier continue. Pour des campagnes vivantes, solidaires et citoyennes - 39-39
ANNEXES 40-40 -
Annexe 1 Présentation succincte de l action ACFAM ACFAM (ACcueil social FAMilial à la ferme) en Massif-Central (2009-2011) Objectifs Depuis les années 1950, le réseau CIVAM, porteur des valeurs et méthodes de l éducation populaire en milieu rural, accompagne des agriculteurs dans la mise en place d activités innovantes. En Massif Central, les évolutions en matière d accueil à la ferme nous ont conduit à travailler sur la problématique suivante : comment faciliter la mise en place et la reconnaissance d activité(s) d accueil social à la ferme, tant pour ceux qui le pratiquent depuis plusieurs années et ont accumulé de l expérience que pour ceux qui démarrent? Le groupe de travail réuni autour de ce sujet a construit progressivement l action «ACFAM» dont les objectifs sont les suivants : Répondre à la demande sociale croissante en matière d accueil, en proposant une offre de services à la personne reconnue et de qualité, Développer l emploi agricole et notamment l emploi des femmes, très souvent à l origine de la mise en place des activités d accueil sur les exploitations, Faciliter la mise en œuvre par des agricultrices, au titre de la diversification, d une activité d accueil social contribuant ainsi à l évolution des systèmes de production agricole, notamment en zone de moyenne montagne, dans le cadre de l économie sociale et solidaire, Faciliter l installation sur les territoires du Massif Central, notamment des personnes accueillies ayant des projets en milieu rural. Concrètement, l action consistait à repérer et identifier pour chaque type d accueil le métier de l agricultrice - accueillante «sociale» grâce à une analyse des activités d accueil pratiquées. Dans un second temps, le groupe s est proposé de formaliser, avec l aide des accueillantes et des prescripteurs (collectivités, institutions, ) les besoins. Parmi ces besoins, deux éléments sont particulièrement ressortis : un besoin de formation à la pratique de l accueil social dans le cadre d une combinaison avec le métier d agriculteur et un besoin de reconnaissance statutaire pour une activité complémentaire. Les travaux ont donc permis de recenser les compétences mises en œuvre, de construire un référentiel métier et d envisager la création de formation(s). Par ailleurs, ils nous ont amenés à formuler des propositions en termes de statuts. Ainsi, il s agit bien de faire reconnaître par l ensemble des acteurs une activité, un métier, un savoir-faire, des besoins de qualification, d animation et de structuration, pouvant déboucher sur un statut adéquat pour ces activités d accueil social à la ferme. Enfin, l ensemble de ces travaux contribue à faire émerger un réseau Massif Central autour de l accueil social à la ferme, pour assurer le suivi et la vulgarisation, la diffusion et l accompagnement des pratiques, en mutualisant les expériences territoriales locales. - 41-41
Les acteurs du projet Corinne MELLETESNOUF FR CIVAM Auvergne CFPPA BrioudeBonnefont Monique CHAUVEL Sylvie ROBERT Elsa PEGOURDIE FN CIVAM CFPPA Tulle-Cornil Jean-Paul KERVEILLANT CILDEA CFPPA RoanneChervé Marie-Ange THEVENON Lisette TEULIERES Semailles CFAA MontaubanCapou Carole TAURIGNAN Hélène BOURY Semailles Les partenaires financiers Projet cofinancé par l'union Européenne. L'Europe s'engage avec le Fonds européen de développement régional Coordonnées du pilote Nom : FR CIVAM Auvergne Adresse : 48 avenue de la Résistance 63600 AMBERT Tél. : 04 73 61 94 04 Mail : mellet.civam@wanadoo.fr Nom de la personne chargée du suivi du dossier : Corinne MELLET-ESNOUF 42-42 -
Méthodologie Mise en route d un partenariat interrégional Le projet ACFAM s est déroulé sur 4 régions : Auvergne, Limousin, Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes. Dans chacune, un groupe-pilote a été constitué sur la base d un binôme animateur CIVAM formateur EPL 7. Cette double compétence au sein de chaque groupe-pilote a été recherchée pour atteindre les objectifs du projet. Les groupes CIVAM et les EPL sont ancrés dans leur territoire. Cet ancrage leur confère légitimité et proximité avec le monde agricole, dans lequel il s agit de repérer les accueillants à enquêter. Les animateurs CIVAM ont été plutôt missionnés sur la réalisation des enquêtes, tandis que les formateurs des EPL ont mis leurs compétences au service de la construction des référentiels. Pour que chaque groupe-pilote fasse effectivement duo et que chacun s approprie bien la thématique, une partie des enquêtes a été réalisée à deux, l analyse également. Selon les territoires, des administrateurs bénévoles CIVAM et/ou des accueillants ont été associés au groupe-projet régional. Les groupes-projets en Massif Central et les membres du comité de pilotage 7 Etablissement Public Local, comportant en général plusieurs centres dont un CFPPA (Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole) - 43-43
Une construction collective de la démarche Le démarrage du partenariat interrégional a nécessité plusieurs rencontres préalables, accompagnées en parallèle par un stage étudiant 2 ème année de VetAgro Sup de Clermont-Ferrand (anciennement ENITA). Le groupe d étudiants a commencé un travail de terrain auprès des partenaires dans chaque groupe-pilote puis auprès d un échantillon d accueillants en vue de proposer un guide d entretien, accompagné de sa grille d analyse. Leur stage a donc eu pour mission de faire un 1 er lien concret entre les membres du groupe interrégional, de préparer et dégrossir son travail et de lui permettre de démarrer les enquêtes rapidement à partir du printemps 2009. Des entretiens semi directifs pour collecter l expérience des accueillants La construction d un guide d entretien semi directif s est imposée assez vite au groupe de travail interrégional. Aidés par une enseignante chercheuse de VetAgro Sup Clermont, il nous fallait trouver l outil permettant de recueillir avec le moins de déformation possible les différents aspects de l exercice du métier d accueillant-e et de sa combinaison avec le métier d agriculteurtrice. Il s agissait donc plutôt d une collecte qualitative, n excluant pas d obtenir des informations quantitatives (sur le revenu, les effectifs accueillis, ). Des tests du guide d entretien ont d abord été réalisés par les étudiants stagiaires de VetAgro Sup, puis par chaque binôme qui a ainsi pu s en approprier le déroulement. Après quelques ajustements, chacun est reparti enquêter dans son territoire. La réalisation des enquêtes Elle passe d abord par la recherche de personnes à enquêter L ancrage local et la connaissance du territoire ont facilité la tâche. D autre part, les prescripteurs (Conseil général, Sauvegarde, ADAPEI, associations d insertion, ) ont également été en mesure de nous mettre en relation avec de nouveaux accueillants. Ensuite, c est la prise de rendez-vous, pas toujours évidente car le sujet est complexe et peut être confondu, de prime abord, avec une forme de contrôle des pratiques. Mais en général, assez rapidement, aucun malentendu ne subsiste et au contraire, les accueillants enquêtés expriment leur satisfaction à trouver des interlocuteurs intéressés par une activité qui est souvent méconnue, ignorée voire méprisée et à parler de leur métier : «C est intéressant que le milieu professionnel se penche sur ce qui se passe sur le terrain!». L enquête se déroule au domicile des agriculteurs, parfois seulement avec celui / celle qui a la responsabilité de cette activité, parfois en couple, parfois aussi avec la ou les personnes accueillies sur tout ou partie de l entretien, selon leur besoin de présence, leur acceptation d une personne étrangère, leur envie aussi d apporter des éléments d information. Il n y a pas de consignes particulières à ce sujet hormis celle de bien noter qui parle de quoi. Un enregistrement sonore est souhaité afin de conserver une trace fidèle de l entretien et de pouvoir retravailler ensuite avec la grille d analyse. Chaque enquêteur demande l autorisation d en faire usage en début d entretien. La plupart du temps, cet enregistrement est autorisé. Les entretiens durent entre 1h30 et 2h00. Analyse des entretiens et mutualisation Les notes et enregistrements sont repris à l aide d une grille d analyse dont l objectif est d abord de faire ressortir les compétences mises en évidence par la personne enquêtée en vue d établir le référentiel de compétences. La mutualisation a pour objet de prioriser les compétences et de déceler les apports communs, les particularités, qui doivent permettre une meilleure approche de ce qu est l accueil social à la ferme, de ses déclencheurs, de ses mécanismes, de ses intérêts et limites, des compétences à mettre en œuvre, des besoins exprimés par les accueillants pour pérenniser et développer leur activité. 44-44 -
Contexte et résultats attendus Vers une reconnaissance des activités d accueil social à la ferme Lorsque le réseau CIVAM a commencé à s intéresser à la thématique de l accueil social à la ferme, la question était marginale au regard des autres préoccupations du monde agricole et parce que les expériences anciennes de prise en charge de personnes en difficulté chez des paysans n avaient pas laissé que des bons souvenirs. C est donc un peu à contre-courant qu une poignée de paysans administrateurs du réseau CIVAM a remis l accueil social à la ferme «au goût du jour». Plusieurs raisons les y ont encouragés, à commencer par l existence de familles agricoles disséminées dans le monde rural, perpétuant et adaptant au contexte d aujourd hui une vieille tradition d accueil. On retrouve souvent dans ces familles des personnes en rupture, qu elle soit familiale, sociale, économique, La poursuite de ces accueils laisse présager qu ils sont bénéfiques aux personnes accueillies, c est une chose que nous avons voulu vérifier. Mais elle témoigne aussi de l intérêt que peut y porter le monde paysan, qui certes, sait faire preuve de générosité et d humanité, mais cherche aussi à trouver les moyens économiques de continuer à vivre au pays. Quelle place fait-on à l accueil social parmi les diverses activités agricoles d aujourd hui? Comment cette activité est-elle renouvelée aujourd hui et comment lui permettre de se développer et de conforter l emploi, le revenu, la reconnaissance de ceux qui la pratiquent? Telles sont les questions à l origine de ce travail, qui intéresse désormais un nombre croissant d interlocuteurs. Dans le cadre des recherches de financements pour mener à bien ce travail, puis lors des enquêtes, nous avons constaté l intérêt manifesté aussi bien par des professionnels agricoles, des élus, des techniciens. Les difficultés actuelles du monde agricole n y sont peut-être pas pour rien, mais tous ont bien conscience que le seul aspect économique ne peut suffire à démarrer un accueil social à la ferme. Au contraire, la professionnalisation de cette activité apparaît nécessaire pour lever des points de blocage : Apporter des garanties quant aux compétences mises en œuvre et à la «motivation» des accueillants, Permettre une vraie réflexion avant de développer l accueil social à la ferme, Structurer un suivi et un accompagnement des familles d accueil jusque là souvent très isolées, Permettre un conseil et une orientation des porteurs de projet, toutes les formes d accueil social n étant pas forcément compatibles avec une activité agricole, Proposer des formations adaptées et une validation des acquis de l expérience, Permettre la reconnaissance de l accueil social à la ferme comme une activité s insérant à part entière dans les activités agricoles d aujourd hui, d autant plus dans un contexte de cheminement vers une agriculture durable (c est-à-dire une fonction sociale reconnue). - 45-45
Un zoom sur ce qu il se passe en Massif Central fondé sur une hypothèse de départ Partant de l hypothèse que l accueil social se développe davantage dans les exploitations de taille petite ou moyenne, car «on a plus de liberté de modifier son emploi du temps pour être avec la personne accueillie», le réseau CIVAM a concentré son étude de l activité d accueil social à la ferme sur le Massif Central. en prenant appui sur les ressources locales En Rhône-Alpes, les CIVAM de la Loire (CILDEA) et de l Ardèche (Paysage) ont été mobilisés pour l étude menée en Massif Central. Chacun d eux avait en effet une expérience dans le domaine, Paysage du fait de son réseau d accueil social à la ferme déjà constitué, le CILDEA du fait de la mise en place d un groupe d agriculteurs accompagnateurs déjà sensibilisés aux questions sociales et de son travail d animation et de coordination pour le placement d enfants de la Sauvegarde de l Enfance dans des familles agricoles et rurales. Raison supplémentaire, la Chambre d Agriculture de la Loire avait commencé un travail d information auprès des agriculteurs ligériens sur le sujet dans le cadre d un programme Equal au début des années 2000. Aujourd hui, la Fédération Régionale des CIVAM Rhône-Alpes est mobilisée pour le développement de l accueil social à la ferme et noue des partenariats étroits avec les réseaux Accueil Paysan et ASTRA. En Midi-Pyrénées, le CIVAM Semailles s implique depuis de nombreuses années auprès de l association des Accueillants Familiaux du Tarn-et-Garonne (AFTG) pour l amélioration de l accueil familial de personnes âgées et/ou handicapées. Il a participé à la rédaction du guide déontologique national «Mettre en place l accueil familial de PA-PH en milieu rural» (2007). Plus récemment, une expérience d échanges entre des personnes handicapées italiennes et françaises a eu lieu prenant comme support les fermes adhérentes à Semailles. En Auvergne, la Fédération Régionale des CIVAM a piloté le projet Akène, prélude à l action ACFAM, sur la thématique de l accueil éducatif. Ses diverses actions de développement de l accueil social de jeunes, d abord avec le projet Capacité (jeunes de banlieues) en relation forte avec la FR CIVAM Limousin, l ont conduit à organiser des formations et à accentuer les efforts de communication et de recrutement d accueillants dans la région. Actuellement, la FR CIVAM Auvergne s implique dans la formation des accueillants ainsi que l organisation et le suivi d accueils à la ferme pour des personnes en situation de handicap. D autre part, chacun de ces CIVAM participe à diverses actions coordonnées par la FN CIVAM au sein du réseau : mise en place de séjours de rupture à la ferme pour des personnes en grande précarité accompagnées par l association parisienne Aurore, relais local auprès de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) pour le développement et l animation d un réseau de fermes d accueil de jeunes en difficulté. Pour clore ce panorama, il nous faut mentionner les EPL de Roanne-Chervé, Brioude-Bonnefont, Tulle-Cornil et Montauban-Capou mobilisés également dans le projet ACFAM en Massif Central en raison de leur implication dans la mise en place de formations «services en milieu rural» (SMR) notamment et dont les équipes de direction et pédagogiques sont elles-mêmes convaincues de l importance du maintien d un tissu de fermes important, toutes tailles confondues, en particulier dans les territoires de moyenne montagne. avec des perspectives nationales Ces diverses actions conduites par les CIVAM en Massif Central et les connaissances accumulées grâce aux enquêtes menées dans le cadre du projet ACFAM entre 2009 et 2010, encouragent d autres groupes, d autres fédérations et essaiment. D autre part, comme on l a vu, les résultats des enquêtes contribuent au processus de professionnalisation et de reconnaissance de l activité d accueil social à la ferme souhaité par les CIVAM. 46-46 -
Annexe 2 Eléments méthodologiques de l étude ACFAM Guide d entretien destiné aux agriculteurs-trices accueillant(e)s Introduction à lire en début d entretien (chapeau) Bonjour, je suis M. ou M me X de l organisme Y. Tout d abord, je vous remercie de m accueillir et de me consacrer un peu de votre temps. Je souhaiterais vous interviewer dans le cadre d un projet vous concernant directement. Ce projet se fait à l échelle du Massif Central et concerne l accueil familial. Il est mené par le CIVAM en coopération avec d autres organismes. Nous sommes actuellement dans la phase où nous cherchons à interviewer un maximum de personnes en lien avec ce projet. Vos réponses contribueront à orienter la suite de notre travail. Quelques questions pourront vous paraître vagues et sans lien apparent. Ne vous inquiétez pas, c est volontaire. Nous aimerions vous enregistrer, si vous n y voyez pas d inconvénient. Ceci faciliterait notre travail par la suite. Nous tiendrons évidemment confidentiel tous vos propos. Si vous le voulez bien, nous allons maintenant commencer. (Voir guide d entretien interrogation de la personne sur un point concernant le chapeau) : Si vous n y voyez pas d inconvénient, nous préférions en parler à la fin du questionnaire pour ne pas influencer vos réponses.) Début du questionnaire Questions 1. Pouvez-vous vous présenter et nous dire ce que vous faites dans la vie? 2. a) Pourquoi accueillez-vous? b) Pouvez-vous nous parler de l accueil tel que vous le pratiquez en insistant sur les liens entre l accueil la vie de la ferme? 3. Comment les personnes accueillies sont-elles perçues par votre entourage (proche à plus lointain)? Relance Pouvez-vous décrire vos activités, votre parcours et vos projets? Qu est ce qui vous a donné envie d accueillir? Quels types de publics accueillez-vous? Quelles visions ces publics là ont de la vie à la ferme? Avec quels organismes avez-vous l habitude de travailler? Pouvez-vous me décrire une journée type en insistant sur les liens qui existent entre l accueil et la vie de la ferme? Pouvez-vous nous parler du cadre familial (conjoint, enfants)? Comment vos enfants vivent cette activité au quotidien? Quelles sont vos relations avec le voisinage? Et le nouvel accueilli? Avez-vous déjà vécu un départ? Comment cela s est-il passé? - 47-47
4. Rencontrez-vous des difficultés? Dans le passé, avez-vous rencontré des problèmes importants en lien avec l accueil? Y-a-t-il des difficultés spécifiques liées à la ferme? En quoi la ferme vous a permis de les surmonter? Comment avez-vous surmonté ces difficultés? Et quand vous êtes malade ou que vous devez vous absenter, comment faites-vous? 5. Quels sont vos activités extérieures, centres d intérêts? 6. Est ce que les gens savent ce que vous faites? 7. Que pensez-vous des différentes formes d accompagnements qui existent pour les accueillants? 8. Y a-t-il quelque chose d autre dont vous auriez aimé parler, qui n a pas été évoqué et notamment en termes de compétences? Comment vous êtes-vous fait connaître? Ressentez-vous une reconnaissance/ ou jugement du monde extérieur? Ressentez-vous une reconnaissance/ ou jugement du monde agricole? Ressentez-vous une reconnaissance/ ou jugement du monde administratif? Pensez-vous avoir besoin de formation, d accompagnement? Si non, pourquoi n en avez-vous pas besoin? Si oui, quels types de formations, rencontres ou échanges de pratiques aimeriez-vous suivre, dans quel cadre? A la fin de cette interview, pensez à bien remercier les personnes interrogées pour le temps qu ils vous ont consacré. Ne pas oublier de mettre à chaud ses impressions, ses ressentis... Importance de savoir qui est responsable de l accueil pour permettre ensuite une adaptation dans la lecture de la grille. 48-48 -
Questionnaire destiné aux prescripteurs de l accueil social à la ferme PARLEZ-NOUS DE L ACCUEIL EN FAMILLE / DES FAMILLES D ACCUEIL DANS VOTRE DEPARTEMENT 1. Quel état des lieux faites-vous aujourd hui de l accueil social? Panorama de l existant à travers la vision de l enquêté, les données statistiques éventuellement existantes, De quel(s) type(s) d accueil vous occupez-vous (votre institution / structure) et selon quel mode de fonctionnement (recrutement? agrément? contractualisation? rémunération? place des familles d accueil dans les dispositifs médico-socio-éduc ), Nombre de familles d accueil connues dont x agricoles, Ancienneté de l accueil familial (origines, ), Qui fait quoi (hommes/femmes ; âge ; statuts ; types d accueils, etc.), Quels sont les dispositifs de suivi, de formation, d accompagnement existants? 2. Qu attendez-vous des familles d accueil que vous agréez / sollicitez? Puis relancer avec des formulations permettant de faire un inventaire des qualifications exprimées en termes positifs mais aussi "négatifs". Objectif : avoir le sentiment des enquêtés sur les différents types d accueil. Quels sont les différents critères auxquels vous êtes attentifs avant (d'agréer / solliciter) une famille d'accueil? Pourriez-vous indiquer les critères conduisant à un refus (d'agréer / solliciter) une famille candidate? 3. Lorsqu il s agit d une famille agricole, pensez-vous qu il soit important, intéressant, de faire un lien entre la ferme et l accueil? Y a-t-il selon vous des spécificités lorsque l'accueil est pratiqué par une famille ayant une activité agricole? Et si oui, lesquelles? Peut-il y avoir un intérêt à lier les deux activités et si oui, pouvez-vous indiquer la nature du ou des liens susceptibles d'exister? Peut-il, d'après vous, y avoir des inconvénients à ce que les deux activités soient exercées simultanément? 4. A votre avis, quels sont les besoins dans ce domaine? Faut-il encourager le développement de l accueil social, en général et en particulier chez des agriculteurs? ou au contraire limiter cette activité? Pourquoi? Faut-il faire connaître l accueil social? Faut-il revaloriser ce travail? Pourquoi? Si oui, comment? Faut-il davantage de formation des accueillants, d accompagnement? De quel type? Sur quoi? Autres? - 49-49
Grille d analyse des enquêtes «agriculteurs accueillants» La famille qui accueille. Personnes Statut Activités Rôle dans l accueil A B C D L accueil Public(s) accueilli(s) Précisez les prescripteurs Origine de l activité d accueil 1) Journée type (tâches après tâches) 2) Compétences à se faire expliciter : Technique : Relationnel : Administratif : Autres : 3) Lien entre l activité agricole et l accueil : Descriptif : Vision de l accueil par les autres agriculteurs : Juridique : Fiscaux : Economique : 4) Environnement des réseaux Professionnel de l accueil : Professionnel de l agriculture : Familial : Autres réseaux : 5) Difficultés rencontrées 6) Besoins de formation 7) autres compétences 8) le ressenti de l interviewer lors de l entretien 50-50 -
Grille d analyse des enquêtes «prescripteurs» Nom structure date lieu Le service / L organisme qui «envoie» les personnes accueillies Personnes Statut Activités Rôle dans l accueil Le(s) public(s) concerné(s) Le(s) territoire(s) d action Temps et énergie dépensés pour obtenir le rendez-vous 1) Etat des lieux de l accueil pratiqué par la structure Nombre de familles d accueil Type d accueil Statut (agrément, bénévole indemnisé, ) Ancienneté de l accueil Genre (accueillants ou accueillantes?) Général (dont) Agricole 2) Compétences à se faire expliciter (à travers l expression des attentes vis-à-vis des familles d accueil et des critères de recrutement) Technique : Relationnel : Administratif : Autres : 3) Lien entre l activité agricole et l accueil Regard sur l accueil social en milieu agricole (réaction à «chaud», ) Y a-t-il un ou des intérêts à lier accueil et agriculture? (et pourquoi) Spécificités (Oui / Non et si oui lesquelles?) Inconvénients de la combinaison accueil / agriculture? 4) Accompagnement Est-ce une volonté de la structure? Est-ce encouragé par la structure? Descriptif de l existant : Evaluation de l accompagnement existant (suffisant, efficace, ) : 5) Perspectives et conditions du développement Quel avenir selon les enquêtés pour le dispositif dont ils ont la responsabilité actuellement? Et en particulier pour l accueil chez des agriculteurs? A quelles conditions? (reconnaissance, (re)valorisation, promotion, diffusion, nouvelle structuration (ex familles relais en complément ) 6) Autres éléments 7) Le ressenti de l interviewé lors de l entretien Ambiance - 51-51
Annexe 3 Résultats d entretiens avec des accueillants de jeunes en difficulté (Sauvegarde de l Enfance, PJJ) 1. POURQUOI LE FAITES-VOUS? Des motivations diverses, souvent plusieurs en même temps, sont exprimées : Poursuite d une activité professionnelle antérieure dans le domaine de l insertion / volonté de valoriser des compétences acquises dans le domaine social (formations, stages, métiers antérieurs), Eduquer / plaisir d accompagner des enfants, des jeunes dans leur parcours et de les voir évoluer. «C est très gratifiant, on le fait avec beaucoup de bonheur». «Humainement, on s y retrouve». «Neuf fois sur dix, on n a pas l impression de parler de la même personne avec les éducateurs. Parce qu il est en famille, reconnu comme individu, le jeune qu on accueille à la maison n a pas le même comportement qu en groupe. On le voit changer». «A chaque fois, je suis sur les rotules, mais c est super, j ai besoin d avoir des gamins à m occuper», Constat de besoins dans ce domaine, opportunité d activité en adéquation avec ses aspirations personnelles, Volonté d accueillir sur son exploitation, de faire partager sa passion, de faire profiter à d autres de son savoir-faire et d un cadre de vie privilégié, Contourner les difficultés de mobilité inhérentes à certaines productions agricoles (élevage) en faisant venir les gens sur son exploitation. Recherche de la différence, de l enrichissement culturel. «Si vous saviez ce que eux nous apportent!», Goût pour l accueil de publics en difficulté et maturité pour le faire, expérience à partager «la maison est vivante», «on se fait bousculer dans nos habitudes, mais aujourd hui, on peut se laisser déranger par des évènements extérieurs, ce n est pas forcément un problème». 2. QUI SONT LES JEUNES ACCUEILLIS? En général, il s agit plutôt d adolescents (jusqu à 18 ans) mais certains accueillent de très jeunes enfants (enfants en danger dans leur famille, divorces difficiles, ). D autres reçoivent des jeunes adultes dans le cadre d un suivi qui se prolonge (jusqu à 25 ans, voire plus). 3. D OU VIENNENT LES JEUNES QUE VOUS RECEVEZ? PAR QUEL(S) INTERMEDIAIRE(S) LES RECEVEZ- VOUS / COMMENT S EFFECTUE LA MISE EN RELATION? Centres éducatifs renforcés (CER) ou centres éducatifs fermés (CEF), DDASS, PJJ, CLSH, Centres médico-éducatifs, Mairie de Paris, Cap&Vie, Aide Sociale à l Enfance, Maisons d Enfants. 52-52 -
4. QUE LUI FAITES-VOUS FAIRE SUR LA FERME? En l absence de cadrage précis, chacun propose des activités et un niveau d implication différent sur l exploitation, en fonction de la motivation et de l autonomie du jeune. Certains projets éducatifs sont spécifiquement centrés autour de l activité (exemple : chantiers en milieu forestier / atelier de production en lieu de vie) dans une pédagogie de l effort. Parfois, cela peut être rejoint par la volonté d offrir une expérience dans une activité professionnelle pouvant amener le jeune à intégrer une formation. Toutefois, la plupart du temps, la priorité semble être de redonner un cadre et un rythme de vie aux jeunes. L exploitation n est alors «qu un» support aux multiples atouts (voir paragraphe suivant), qui n est pas systématiquement utilisé. Témoignages : «Ils participent aux chantiers de débardage, sachant que les chevaux sont dressés. Le jeune doit seulement apprendre la conduite de l outil». «Ils essaient de participer aux travaux de l exploitation, mais c est dur pour eux. Au départ, le placement est souvent vécu comme une sanction et le milieu rural comme un trou paumé». «Ils s occupent des animaux». «Ils ne conduisent pas les machines, ce serait trop dangereux, ou seulement en présence d un adulte, dans des conditions qui présentent le minimum de risques. Ca n empêche pas les surprises». «Ils participent un peu aux travaux de l exploitation, ça dépend. Ils se lassent vite de l espace, ils n y sont pas habitués. Il leur manque les HLM. Ils n ont pas toujours droit au portable. Ce n est pas facile pour eux. Ils disent Je vais mourir ici». «Ils m accompagnent dans les travaux de maraîchage, dans le verger : il y a toujours à faire. En plus, on peut se parler, il n y a pas de machine, donc pas de bruit. On n est pas obligé de se regarder dans les yeux pour se comprendre, c est un moment propice aux confidences». «On n est pas agriculteurs mais il y a beaucoup d espace, on va se balader, ramasser des champignons. Ils font du foot, des jeux, ils aiment bricoler». 5. QUELS SONT LES EFFETS ATTENDUS / LES «PLUS» LIES A L ACTIVITE AGRICOLE. QUELS INTERETS D ACCUEILLIR UN JEUNE EN DIFFICULTE DANS UNE FERME? La plupart des personnes interrogées sont unanimes sur ce point : l exploitation agricole se révèle être un support privilégié pour accueillir des jeunes «déphasés». Plusieurs éléments propres à l activité agricole semblent l expliquer : Le lien avec les animaux : il permet de redécouvrir la relation à l autre, comment communiquer sans violence, la patience, la persévérance. La présence animale est apaisante pour certains, stressante pour d autres. Observer la réaction des jeunes permet de mieux les appréhender, pour eux, cela joue l effet d un miroir. Il semble important de disposer de plusieurs espèces animales sur l exploitation : il n y a pas deux jeunes pareils, on ne peut pas savoir à l avance ce qui va les passionner, ce qui va leur faire peur. L aspect éducatif est plus fort quand la ferme a plusieurs facettes. Dans le cas des chevaux : le cheval est une masse imposante, sur laquelle la violence verbale n a que peu de prise. Le jeune a alors besoin de trouver une autre forme de communication. En plus, le cheval a la capacité de «pomper» l irascibilité, même si ce n est pas prouvé scientifiquement. Dans le cas des chèvres : c est un animal intéressant symboliquement, toujours un peu rebelle (contrairement au mouton), la chèvre est une «petite délinquante» qui n obéit pas toujours. Ça questionne les jeunes, quelque chose se joue dans la relation avec l animal. Dans le cas du dressage de chiens de troupeau : les jeunes sont en situation d éducateur, ils doivent avoir un langage cohérent, un comportement maîtrisé. C est un miroir de leur relation avec les autres, - 53-53
Le travail est souvent manuel, on peut aussi travailler dans le silence / le calme, ce qui permet de discuter tout en travaillant, sans forcément se regarder dans les yeux. Opportunité de se dévoiler. Il est important de montrer les gens au travail. Aujourd hui, on ne voit plus les gens travailler en ville : plus d artisans ou cachés derrière des barricades (cf. bâtiment), dans des bureaux, Les jeunes ne savent pas à quoi correspond concrètement le métier de leurs parents. L activité est souvent physique : cela permet de réapprendre le goût et le plaisir de l effort. Elle offre la possibilité d obtenir au final une production concrète, valorisante pour celui qui l a faite, Avoir une activité de production nécessite de respecter un rythme de travail : pour faire du fromage, il faut traire. Et pour traire, il faut se lever. C est l activité qui dicte les règles de base, ce n est pas l éducateur, ce qui peut faciliter l échange (éducateur et non censeur). Idem avec la saisonnalité : pour pouvoir récolter des céréales l été prochain, il faut semer maintenant! Cela ouvre des perspectives, oblige à se projeter dans l avenir. On n est plus dans l instantané, «je veux / j obtiens». on réapprend la patience, la persévérance. On reprend un rythme de vie régulier (manger / dormir à des heures «normales» par exemple), Lien fort avec l alimentation, or tout le monde est concerné par l alimentation : réapprendre à bien manger, Si le jeune est bien accompagné, il peut devenir assez vite autonome sur certaines activités, prendre quelques responsabilités, sans pour cela avoir un gros bagage technique. «Le travail de la terre n est pas un frein». Accessibilité, L activité agricole requiert souvent du travail en entraide avec les voisins, le partage de matériel, donc des échanges sociaux fréquents. Vivre dans un milieu ouvert, socialisé, L essentiel est d être passionné par ce qu on fait. «Si j avais été passionné par la mécanique, peut-être aurais-je accueilli dans un garage». «Souvent, les gens qui travaillent dans le milieu agricole sont des passionnés, car il faut une dose de passion et d abnégation pour faire ce genre de métier astreignant», L activité agricole regroupe souvent une diversité d activités : bricolage, soins aux animaux, aux plantes, transformation des produits, contact avec le client si vente directe, conduite, etc. Chacun peut y trouver quelque chose qui lui plaît un minimum, La campagne, c est reposant. Ils prennent l air. «Pour certains, c est un peu comme des vacances. Parfois, ça leur rappelle leurs grands-parents». 6. ACCUEILLIR UN JEUNE DANS VOTRE FAMILLE VOUS A-T-IL AMENE A MODIFIER VOS HABITUDES ET VOTRE CADRE DE VIE (AMENAGEMENT D UN ESPACE POUR LE JEUNE, RYTHME DE VIE, COHABITATION AVEC LES ENFANTS, )? Ce qui revient le plus : Il est important d accueillir le jeune dans les conditions d une vie de famille ordinaire : «Justement il ne faut pas s adapter au jeune. C est le jeune qui doit s adapter / se réadapter à la vie familiale». «Il faut qu il retrouve un milieu ordinaire, avec un rythme de vie normal». «On ne change pas nos habitudes familiales, sauf si on reçoit un musulman, au niveau des repas. Mais en même temps, ce n est pas vraiment une contrainte, au contraire, ça fait partie de l échange culturel!». 54-54 -
Néanmoins, l accueil d un jeune en difficulté demande beaucoup de disponibilité «Il ne faut pas modifier ses habitudes mais il faut pouvoir être quasiment en permanence avec le jeune, on ne peut pas se permettre de le laisser vraiment tout seul. Ça demande donc de s organiser pour avoir des choses à lui proposer, l occuper». «Les jeunes que l on reçoit sont déscolarisés. Il faut pouvoir les occuper pendant la journée». «Il y a besoin d aménager son temps pour accueillir». Par conséquent, il est souvent admis qu il est plus simple d accueillir un jeune en difficulté quand ses propres enfants sont déjà élevés «Mes enfants ont tendance à être très autoritaires. Les enfants se protègent aussi». «Il ne faut pas modifier ses habitudes familiales, justement à cause de nos enfants». «C est plus facile maintenant que les enfants sont partis». «Ma fille n accepte pas que les jeunes que nous recevons puissent être violents envers nous». «C est une autre vision de la vie que nos enfants découvrent, ils sont plus ouverts». «On ne peut pas mélanger tous les publics» (pas seulement à propos des enfants de la maison, mais surtout entre jeunes accueillis). 7. QU EST-CE QUI FACILITE L ACCUEIL D APRES VOUS? Etablir une convention entre l accueillant, la structure responsable/service social pour préciser les informations utiles au bon déroulement du séjour (les objectifs, les conditions de l accueil, les responsabilités de chacun, les assurances, le prix de journée, les astreintes (besoin d avoir un contact dans le service 7j/7 et 24h/24 en cas de difficulté, pouvoir compter sur les éducateurs) + signée aussi par le jeune pour qu il s approprie les objectifs (possibilités de rédiger des avenants pour adapter les objectifs à chaque jeune et à chaque séjour qu un jeune réalise s il revient régulièrement, pour tenir compte de la progression). Ne pas se tromper d objectif : «s installer pour faire de l accueil, ça peut être gênant : il faut quand même savoir de quoi on parle, être professionnel dans son activité». 8. QUELLES DIFFICULTES RENCONTREZ-VOUS SUR CETTE ACTIVITE? QUELS FREINS? (ET PAR CONSEQUENT, QUELLES CONDITIONS DE REUSSITE?) «L accueil PJJ, ce n est pas évident», «L accueil PJJ, c est difficile». Pour la famille accueillante : Bien se connaître, connaître ses limites pour ne pas se mettre en danger, Avoir atteint une certaine maturité, un certain âge qui permet ce recul, une certaine autorité aussi : «on ne peut pas faire ça à 30 ans», Avoir élevé ses enfants au préalable, accueillir un jeune en difficulté peut déstabiliser la famille, ses règles d éducation (pas unanimité), Tenir le coup sur la durée : ceux qui accueillent le font sur des périodes de quelques jours ou semaines à la fois, parfois quelques mois. Tous ne sont pas prêts à accueillir en séjour. Ceux qui envisagent de mettre en place ce type d accueil préfèrent un accueil temporaire, à la journée, - 55-55
Bénéficier d un vrai suivi par les éducateurs des services sociaux, qui ne doivent pas «se débarrasser» des jeunes quand ils sont dans la famille d accueil, Etre plusieurs pour accueillir (souvent il s agit de couples et dans le cas des lieux de vie, il y a plusieurs salariés) : «Il faut être bien accompagné(e), j ai un mari autoritaire qui met bien les limites par exemple», Trouver les bons interlocuteurs : le service qui fera le lien et plus encore la personne dans le service qui deviendra l interlocuteur privilégié, dans la durée (les changements / mutations, ne sont pas toujours bien vécus). Et en même temps, l on peut penser que ce type d évènement aide à se construire, l adaptation participe de la construction de l individu, Etre reconnu dans son activité d accompagnateur et pas seulement comme offrant le gîte et le couvert : «dédain des services à notre endroit». Cette reconnaissance peut se traduire par le fait d être associé au projet éducatif mis en œuvre pour le jeune. Cela passe aussi par une valorisation économique de l accueil : 30 à 50 euros / jour / jeune pour les familles d accueil alors que les lieux de vie reçoivent 175 euros / jeunes / jour. «Il faut se donner les moyens de motiver les accueillants et de pérenniser ce type d accueil, surtout s il y a une carence d offre!» (dit par lieu de vie), Incompréhension de l entourage (voisins, famille), La question du statut n est pas toujours abordée comme un problème. Souvent, 3 possibilités sont mentionnées : famille d accueil agréée par le Conseil général, Tiers digne de confiance (accordé par le juge) ou lieu de vie (structure éducative particulière qui nécessite de disposer des formations adéquates). Selon les situations, les projets personnels, certains vivent mieux que d autres l absence d un statut spécifique à l accueil de jeunes en difficulté sur les exploitations. 56-56 -
Annexe 4 Récapitulatif des différents types d accueil social avec leur cadre juridique ACCUEIL PUBLIC CONCERNE CADRE JURIDIQUE STATUT DE L ACCUEILLANT(E) Accueil familial social Personnes âgées et/ou adultes handicapées 1 à 3 maximum / accueillant Loi de modernisation sociale de janvier 2002 Décrets d application du 1 er janvier 2005 et Profession libérale avec une demande d agrément au Conseil général et un contrat d accueil entre Accueil familial temporaire Accueil familial thérapeutique Accueil familial de toxicomanes Accueil familial de mineurs ou placement familial Lieu de Vie et d Accueil Personnes âgées et/ou adultes handicapées Malades mentaux 1 à 3 maximum / accueillant Toxicomanes suivis par des centres de soins spécialisés conventionnés par la DDASS Enfants mineurs 1 à 3 maximum / accueillant Jeunes < 21 ans, et/ou personnes en situation de handicap, de précarité ou d'exclusion sociale Minimum 3 et maximum 7 personnes/lieu (maximum 3 par accueillant) du 3 août 2010 Loi de 2002 Décrets d application du 1 er janvier 2005 Loi de 1989 sur l accueil familial Loi du 18 Août 1993 Cadre très précis de la protection de l enfance (ASE) Code de l'action sociale et des familles (CASF) Autorisation CROSMS CASF Loi n 2002-2 du 2 janvier 2002 Art D316-1 et suivants l accueillant et l accueilli Même statut que pour l accueil familial social permanent L accueillant est salarié de l hôpital psychiatrique, avec un contrat de travail. Il est considéré comme une annexe de l hôpital. L accueilli reste avant tout un patient de l hôpital Pas de statut spécifique à la fonction d accueil. L accueillant n est pas salarié. Il est indemnisé L accueillant est salarié du Conseil général (statut d assistant(e) familial voir CASF, art. L. 421-2, art. L. 421-3 et suivant(s), art. D. 451-100 et suivant(s), art. L. 421-15 et D. 421-27) Structure animée par une ou plusieurs personnes, dénommées permanents de lieux de vie, qui organisent et garantissent la mise en oeuvre des missions qui lui sont confiées. L accueillant est salarié du lieu de vie - 57-57
ACCUEIL PUBLIC CONCERNE CADRE JURIDIQUE STATUT DE L ACCUEILLANT(E) Accueil familial de jeunes de la PJJ, de jeunes de foyers Enfants mineurs suivis par les services de la PJJ, enfants de foyers pour lesquels un séjour dit «de rupture» ou «séjour relais» est jugé bénéfique par la structure Cadre juridique pour les lieux de vie (décret N 2004-1444 du 23 décembre 2004) Pas de statut spécifique pour l accueillant. L accueillant est indemnisé. Une convention nationale existe entre le Ministère de la Justice et 3 réseaux agricoles (CIVAM, Accueil Paysan et GIFAE) depuis Accueil de jour dans le cadre d une réflexion sur l insertion par le travail Accueil d adultes en situation de précarité Séjours de vacances pour jeunes de banlieue Accueil éducatif Jeunes adultes handicapés, Jeunes de la PJJ Personne qui, suite à des accidents de la vie, est en perte d autonomie Enfants de banlieue 1 à 2 par famille Centres de loisirs avec des publics variés, mixité CSP / valides/handicapés etc. Cadre de l insertion des travailleurs handicapés, des jeunes chômeurs Vide juridique complet Convention avec la structure organisatrice Législation sur les séjours de vacances (déclaration jeunesse et sports) pour la structure organisatrice (Association en lien avec des centres sociaux) DDASS/jeunesse et sport Décret n 2002-883 du 3 mai 2002 modifié par le décret n 2004-154 du 17 février 2004 paru dans le BO du 20 février 2003 le 17 juin 2009 Pas de statut spécifique pour l accueillant, qui peut soit être indemnisé, soit facturer une prestation Pas de statut spécifique pour l accueillant. Celui ci est indemnisé Pas de statut spécifique pour l accueillant. Celui ci est indemnisé Pas de statut spécifique L accueillant facture une prestation ou est indemnisé, selon la nature de l activité 58-58 -
Annexe 5 Proposition d amendement LMA 07-2010 APRÈS L ARTICLE 11 SENAT Projet de loi de modernisation de l agriculture et de la pêche N 200 Commission Gouvernement AMENDEMENT N Présenté par ---------- Article additionnel après l article 11 Article L 722-1 du code rural I Après l article 11, insérer l article additionnel suivant : A l article L.722-1, est modifié le 2 ème alinéa ainsi rédigé : «1 Exploitations de culture et d'élevage de quelque nature qu'elles soient, exploitations de dressage, d'entraînement, haras ainsi qu'établissements de toute nature dirigés par l'exploitant agricole en vue de la transformation, du conditionnement et de la commercialisation des produits agricoles lorsque ces activités constituent le prolongement de l'acte de production, ou structures d'accueil touristique ou social, précisées en tant que de besoin par décret, situées sur l'exploitation ou dans les locaux de celle-ci, notamment d'hébergement et de restauration ;» Exposé des motifs Actuellement, l article L.722-1 du code rural prévoit une affiliation au régime agricole des structures d accueil touristiques situées sur l'exploitation ou dans les locaux de celle-ci. Les activités d accueil social réalisées sur les exploitations agricoles ne sont donc pas visées. Or, dans le cadre des politiques d insertion, de nombreuses initiatives sont réalisées sur les exploitations agricoles pour favoriser l insertion sociale de personnes en situation de handicap ou de difficulté et leur permettre de se reconstruire par le lien à la terre. Cet amendement repose sur la volonté de faire reconnaître l accueil social à la ferme comme partie intégrante des fonctions attribuées à l agriculture et comme vecteur vers l insertion de personnes en situation de rupture ou de fragilité. 59
La prise en compte de cette activité comme une activité agricole dès lors qu elle est exercée dans le prolongement de l activité agricole avec l exploitation agricole comme support constitue la reconnaissance d une réalité dans de nombreuses zones rurales. Comme le tourisme à la ferme, l activité d accueil social répond à plusieurs objectifs : Le maintien d exploitations agricoles dans les zones rurales, La création d activités génératrices de lien social, L intégration de l activité exercée dans les projets d aménagement du territoire, La reconnaissance de l exploitation agricole comme lieu d accueil et d accompagnement social de publics variés (jeunes / adultes ; handicapés / valides ; hommes / femmes ; etc.). Dernier aspect et non le moindre, le projet d installation pourra prendre en compte une activité complémentaire d insertion et permettre de consolider des projets économiques intégrant une dimension sociale. Dans ce sens, les politiques d installation devront intégrer ces projets mixtes à dimension économique et sociale et donner au porteur de projet l assurance d une viabilité à terme. 60
Annexe 6 Panorama de l accueil social à la ferme ailleurs en Europe 8 INTRODUCTION La définition générale de l agriculture sociale 9 ne fait pas l objet d un consensus en Europe. Il y a différentes manières de qualifier ce phénomène : agriculture pour la santé, jardinage thérapeutique, jardins d insertion De même, il y a différentes formes de liens entre agriculture et santé, agriculture et insertion. Il est donc important de forger une vision commune européenne pour en faire un secteur reconnu, solide et en développement. C est une ambition du projet So Far. Cela doit nous mener à un plan d action européen basé sur les intérêts et les avis des acteurs concernés des différents pays participant au projet So Far. Pour ce faire, dès 2008, de nouveaux forums sont organisés, au niveau de chaque pays puis à Bruxelles avec des représentants de chaque forum national ou régional. La suite de ce document vise à présenter de façon synthétique des données qui sont utiles à nos débats. Elles portent sur les similarités et spécificités des formes d'agriculture sociale et thérapeutique dans nos pays. L AGRICULTURE SOCIALE C EST QUOI? Il s agit d un concept nouveau et aussi traditionnel. Il a pour origine les systèmes d entraide très présents dans les zones rurales avant l industrialisation de l agriculture et l émergence du système de santé publique. Aujourd hui, il a pris des formes très différentes et nouvelles. D un point de vue économique, il s agit d une activité en lien avec la multifonctionnalité de l agriculture, D un point de vue technique, cette agriculture a tendance à utiliser des technologies qui diminuent les effets négatifs de l agriculture sur l environnement, D un point de vue social, l agriculture sociale : Offre une opportunité de développer des activités d insertion et de santé basées sur la proximité, Contribue à la cohésion sociale en promouvant une philosophie de l insertion, Peut aussi permettre de nouveaux liens avec des secteurs et activités différents du fait d une approche pluridisciplinaire. Son impact politique est significatif. Ceux qui s y impliquent sont motivés et actifs. Ils animent ou font partie de réseaux qui promeuvent ce sujet devant des publics plus larges. LES EFFETS SUR LES BENEFICIAIRES Les bénéficiaires comme les agriculteurs ou techniciens témoignent des impacts bénéfiques de ces formes d accueil en milieu rural et agricole : «Je ressens de l énergie, du plaisir, de la relaxation, de la satisfaction et de la motivation du fait de travailler en lien avec la nature et les autres personnes». 8 D après une intervention pour les CIVAM de Gérald ASSOULINE (sociologue), QAP, le 26 mars 2010. 9 Pour simplifier l appellation, les participants au réseau So Far en Europe nomment agriculture sociale, les formes d accueil en milieu agricole, rural ou péri-urbain, qui mobilisent les pratiques agricoles ou maraîchères, à des fins d insertion et thérapeutique. 61
Ces effets peuvent être classés comme suit : Des effets physiologiques : santé physique, développement de la motricité, de la force, les rythmes du jour et de la nuit Des effets psychologiques : estime de soi, responsabilité, enthousiasme Des effets sociaux : interactions, relations, intégration dans le groupe Il s agit là d un important sujet de discussion : quels effets et comment les mesurer? On dispose d études et de résultats basés sur des questionnaires d enquête sur les effets du travail et de nouveaux liens sociaux sur des patients psychiatriques. Il y a aussi des études sur la médiation animale et les résultats sur les personnes âgées ou souffrant d addictions. Mais pour le moment, il n y a pas d étude systématique et représentative. Il y a donc des besoins en matière de recherche socio-économique et sociale/santé pour produire des faits scientifiques. FORMULATION DES IMPACTS POSSIBLES Hypothèses d impacts Pour les usagers Pour ceux qui offrent l accueil Pour les autorités Acteurs LES FORCES ET LES DEFIS Le patient La personne handicapée La personne exclue Institution (publique, privée) Entreprise (privée, sociale, petite / moyenne / grande) Exploitation individuelle Coopérative Association Locales Régionales Nationales Européennes Indicateurs Aller mieux Vivre avec sa maladie ou handicap Refaire surface Efficacité Qualité Temps passé Sécurité Réactivité Transparence Résultats Coût /efficacité Développement du territoire Emploi Selon le point de vue des professionnels, un tableau présentant les forces et les faiblesses, les menaces et les opportunités de l agriculture sociale, peut être synthétisé comme suit : Forces Pratiques et Relations : gros potentiel, pratiques adaptées au public, assez bon marché, en petits groupes ou en individuel, Dimension territoriale : intégration au niveau territorial, socialement et économiquement ; nouvelles relations, intérêt des consommateurs, effets sur le paysage et l environnement, Dimension entrepreneuriale : innovation et diversification pouvant impliquer de jeunes agriculteurs, Bénéficiaires : bénéfices importants, soutien des familles et des associations. Faiblesses Règlements et lois : le cadre juridique ; diffusion encore limitée; fossé entre la demande importante et l offre limitée, dépendance à l égard des subventions publiques, manque de reconnaissance des spécificités de cette activité, forte hétérogénéité, Démarrage : difficultés pour démarrer ; distances (au figuré et au sens propre) ; intégration interculturelle et interprofessionnelle peu aisée ; confusion des rôles et des compétences, non reconnaissance des compétences, Système local (proximité) : préjugés à l égard des handicapés qui peuvent être surmontés ; manque de transports publics et isolement. 62
Menaces Politiques et Institutions : pas de changement institutionnel, manque d intérêt, cloisonnement des interventions, Acteurs : concurrence entre acteurs ; privatisation du système de santé et de ses critères de gestion, Pratiques : non régulées, accidents, abus. Opportunités Système local (proximité) : sensibilité croissante de la société, réputation positive, nouveaux entrants en agriculture, Politiques et Institutions : nouveau cadre juridique ; meilleure reconnaissance et appui ; agriculture multifonctionnelle, évolutions en Europe, Pratiques : passage d un modèle médicalisé à un modèle social, insertion et prise en charge par la collectivité ou communauté, Réseaux : les relations et les réseaux s élargissent, Marketing : réputation/image de plus en plus positive. Certaines limitations ralentissent le développement de l agriculture sociale, comme : La séparation entre secteurs d intervention sociale, santé et agriculture, La nouveauté des systèmes de prise en charge, autre que médicalisée, L inadaptation des politiques de soutien, Le risque de standardisation de l accueil, qui pourrait remettre en cause les valeurs spécifiques de ce modèle. LA DYNAMIQUE DE L AGRICULTURE SOCIALE EN EUROPE Un mot clé pour comprendre l organisation et la diffusion des projets et des pratiques d agriculture sociale en Europe est la prise de conscience. Cette prise de conscience concerne les autorités publiques (agriculture, santé, emploi, travail, éducation ) susceptibles de s appuyer sur l agriculture sociale, les agriculteurs et techniciens des structures d accueil, les associations et enfin les territoires. Mais cette prise de conscience est inégale : En Flandres, les acteurs publics impliqués en agriculture y sont sensibles et les règlementations sont élaborées dans le cadre des politiques agricoles, Aux Pays Bas, ce sont les politiques de santé et d emploi qui prédominent, Dans d autres pays, cette prise de conscience est plus faible et les projets restent des projets pionniers, sans soutien politique cohérent et harmonisé. En Italie, la prise de conscience progresse mais il reste difficile de définir des règles communes. Ce sont surtout les territoires et les autorités décentralisées qui se battent pour faire reconnaître des règlementations basées sur le renforcement des circuits locaux de production et distribution alimentaires éthiques (ou équitables, type AMAP). Une des questions qui se pose est de savoir comment le contexte local se structure pour encourager les pratiques et projets d agriculture sociale. Et qui peut l impulser? La possibilité de qualifier les impacts de ces pratiques, de les élargir et de communiquer sur les bonnes pratiques, contribue à cette prise de conscience par un public plus large, public, privé, individuel, collectif ou associatif. Quatre étapes pourraient être distinguées, dans le développement de l agriculture sociale, la prise de conscience par les différents acteurs pouvant être impliqués et la mise en place d un cadre légal et réglementaire adopté au plan local, régional et national. 63
Ces différentes étapes diffèrent du fait de la prise de conscience inégale par les politiques de santé et insertion et les politiques agricoles. Situation émergente : peu d expériences, volonté d action fondée sur une forte motivation, les autorités reconnaissent les acteurs publics et les fermes individuelles travaillent sur leurs propres projets, à partir d un engagement personnel des agriculteurs. Faible prise de conscience dans la société. Développement de la multifonctionnalité de l agriculture : les expériences se multiplient, de la part d acteurs associatifs ou privés, mais pas de prise de conscience des politiques de santé qui financent les structures publiques, engagement fort d agriculteurs individuels, non aidés par les politiques agricoles à ce titre (France). Reconnaissance de l agriculture sociale : intérêt croissant des politiques et institutions de santé et d insertion, pour des initiatives relevant du privé ou de l associatif (Flandres). Réputation établie de l agriculture sociale : les pratiques et projets sont nombreux, fortement ancrés sur les territoires (Hollande). 64
SIMILARITES ET DIFFERENCES EN EUROPE Des points communs peuvent être identifiés : Production animale, horticulture, maraîchage, entretien paysager, comme principaux champs d action, Des produits d agriculture biologique et intenses en travail, Gestion du paysage, Des réseaux locaux, une forte stratégie de réseau, Engagement et motivation. L accueil n est pas perçu seulement comme un «business», Dans tous les pays, l agriculture sociale est ancrée localement, Les publics bénéficiaires sont souvent identiques : personnes handicapées (mentales, physiques, psychiatriques), addictives (drogue, alcool), enfants, adolescents, ex-détenus en ré-insertion, chômeurs longue durée, personnes âgées Il y a aussi une grande diversité entre pays quant à la terminologie, la situation des usagers dans les structures d accueil (occupationnelle ou contractuelle) et les structures de financement. Origine de l agriculture sociale : Italie : les années 70 avec la fermeture des institutions psychiatriques et le début des coopératives sociales, Allemagne : foyers ruraux au début du XX ème siècle, créés souvent du fait de motivations religieuses ou éthiques, avec l agriculture en autosuffisance. Dans les années 70, développement des ateliers protégés. Approches pédagogiques et fermes éducatives dans les années 90, Irlande : dans les années 70, création par des communautés religieuses, Pays Bas : dans les années 70, création par des communautés religieuses, Slovénie : dans les années 90, avec le développement du privé et du public dans le social et la santé, Flandres : développement ancien (avec la communauté de Geel), France : les fermes éducatives et pédagogiques ont vu leur développement se consolider dans les années 80. Pour les structures d accueil en insertion et santé, le phénomène est plus récent et date plutôt des années 1990-2000. Objectifs : Santé : dans tous les pays. Il faut noter que 70-80 % des accueillis sont des hommes, Traitements thérapeutiques : ils sont limités dans les structures d accueil, on insiste sur l occupationnel, le relationnel et la réhabilitation par le travail, L insertion ou la ré-insertion : les bénéficiaires sont payés et salariés (Italie, France, Slovénie), Education : réseaux en France (1 200 fermes), Flandres, Pays Bas, Allemagne, La diversité des formes d organisation et des structures existe presque partout. Caractéristiques : Pays Bas, Flandres : avant tout des fermes individuelles avec une diversité de publics accueillis, Italie : principalement des coopératives sociales, où les usagers sont contractualisés comme salariés, Allemagne, Irlande, Slovénie : fermes associatives, surtout ciblées vers des publics avec des déficiences intellectuelles, France : diversité de projets et d organisations avec une présence forte des formes associatives pour les jardins d insertion et les structures d accueil thérapeutique. Structures d appui prédominantes : Prévalence du privé (santé /agriculture) : Pays Bas, Flandres, Prévalence du secteur social et associations (social et emploi) : Italie, France, Prévalence du secteur public/santé : Allemagne, Slovénie, Irlande. 65
Pourcentage des fermes privées et institutionnelles 90 80 70 60 50 40 30 20 10 0 Netherl Flanders Germany Ireland Private f. Institut f. Quelques spécificités : En Allemagne, certains changements s opèrent dans les types de publics accueillis dans les ateliers protégés : la part des personnes à handicap moins sévère est en augmentation, Aux Pays Bas, l agriculture sociale y a «une valeur économique» et c est le seul pays. La formation, le contrôle qualité, la professionnalisation, sous l impulsion des acteurs publics jouent un rôle important. La demande d accueil en agriculture va de pair avec les difficultés agricoles, En France, l agriculture sociale est très déconcentrée, voire éclatée. Le système institutionnel y est complexe. Les fermes thérapeutiques sont créées avant tout pour l accueil et l activité agricole y est complémentaire de l hébergement. Seules les structures associatives reçoivent un soutien public. D où l intérêt d une stratégie européenne pour ouvrir ce système notamment aux structures privées, En Slovénie, les institutions responsables de la santé et de l insertion sont ouvertes sur l environnement local et utilisent les ressources locales (fermes individuelles) pour diversifier et décentraliser les activités de services aux usagers. Réseaux : Centres régionaux et nationaux : Pays Bas et Flandres, Réseaux cloisonnés : Allemagne, Italie, France, Projets éclatés : Irlande, Slovénie. Estimation du nombre de fermes sociales (Source : Jan Hassink 2007) : Pays Nombre % du total Pays-Bas 700 0,7 Italie 450 0,01 Allemagne 150 (ateliers) 0,03 50 (fermes éducatives) 48 (accueils addictions) 50 (autres) Flandres 260 0,4 Irlande 90 0,08 Slovénie 20 < 0,01 France 1200 > 0,02 66
Le cadre réglementaire et légal : Italie : Réglementation pour les coopératives sociales de type A (santé, éducation) et B (insertion par le travail); pas pour les fermes individuelles privées, Allemagne : Réglementation pour les ateliers protégés de plus de 120 bénéficiaires, Flandres : Réglementation agricole et soutien pour les fermes privées commerciales (35 % des revenus seraient liées à la production agricole) : 40 euros/jour/personne, Pays Bas : Réglementation générale : les fermes d accueil ont accès aux budgets de soutien au secteur d agriculture sociale : 60 euros/jour/personne, Slovénie : Réglementation sur les fermes et les structures d accueil. Le modèle réglementaire a un impact sur l équilibre entre agriculture et activité d accueil, tout comme sur le nécessaire accompagnement en termes de professionnalisation (compétences, pratiques d accueil, pratiques agricoles). Et on voit que chaque système gère de façon variée la codification des pratiques, leur accréditation ou certification, le système de contrôle qualité La discussion sur les critères d évaluation de la qualité des services rendus est proche de celle sur la définition. D une part, les codes et critères peuvent laminer les valeurs spécifiques de chaque expérience, car le principal facteur de réussite réside dans l engagement et le contact humains, difficiles à mesurer et standardiser. Ces caractéristiques, humaines, éthiques devraient être à la base du développement de l agriculture sociale, des politiques et du système de contrôle ou évaluation de la qualité, D autre part, les règles, les standards de qualité peuvent aussi jouer un rôle important pour prévenir les abus et les négligences, s agissant de publics vulnérables. Un système de soutien public peut justifier l adoption de critères pour aboutir à la certification, Une troisième possibilité pourrait être la description des exigences pour garantir le bon fonctionnement (dimension positive) d une structure d accueil, au lieu d un contrôle qualité et d une approche en termes de certification (qui fixeraient ce que les acteurs ne doivent pas faire). 67
Annexe 7 Agriculture et Services Ouvrons les perspectives! A PARTIR DE L ACCUEIL SOCIAL A LA FERME, UN ELARGISSEMENT DES REFLEXIONS Dans le réseau CIVAM, à travers l accueil social à la ferme, la mise en place de circuits courts de commercialisation, etc., nous sommes persuadés que les activités de service font évoluer les pratiques agricoles, qu elles sont un gisement d activité et donc d emplois ruraux sous-exploité, mais Nous devons réussir à le démontrer! Malgré les évolutions progressives, notamment la transition écologique amorcée aujourd hui par la plupart des acteurs du monde rural et des réseaux agricoles, de nombreux emplois restent menacés par la restructuration agricole, toujours en cours. Certaines activités réalisées par les agriculteurs, l accueil social en est un exemple, ne sont pas reconnues et ne peuvent donc pas être développées en tant qu activités professionnelles. Convaincus que la multifonctionnalité est une caractéristique majeure de l agriculture et son maintien un enjeu crucial dans le développement des territoires ruraux, nous pensons qu il faut construire les éléments de connaissance et de réflexion permettant de penser l agriculture au-delà de ses fonctions institutionnellement reconnues (production et aujourd hui environnement), Nous voulons aussi encourager nos réseaux à transformer ces expériences ponctuelles et souvent individuelles en action collective, à l échelle territoriale pour stimuler le développement local et des emplois durables et à l échelle nationale pour plaider en faveur de politiques plus justes. Nous souhaitons une appréhension intégrée et partagée des territoires ruraux. UNE NOUVELLE MUTATION DES METIERS DE L AGRICULTURE Après plusieurs années d accompagnement collectif de porteurs de projet, nous constatons qu une transition du métier d agriculteur et de ses relations avec le reste de la société s opère progressivement. Ces évolutions modifient le paysage social et économique, elles sont potentiellement facteur de nouvelles ressources, mais selon des conditions et finalités qui restent à clarifier. D ores et déjà, des difficultés sont à lever : dispersion des références et expériences, statut «entre-deux», faiblesse des revenus, manque de garanties, absence ou insuffisance de la prise en compte dans les politiques publiques Afin de préparer et participer aux changements agricoles et ruraux qui s amorcent, les CIVAM souhaitent proposer une analyse critique et éclairante vis-à-vis des décideurs publics et de l ensemble des acteurs ruraux. LE SUJET QUI PEUT ETRE ABORDE SELON PLUSIEURS ANGLES Il touche à la multifonctionnalité de l agriculture, qui est reconnue, contrairement à celle de l agriculteur-trice : les fonctions devraient être multiples mais le métier unique. A travers les activités locales de notre réseau, nous voyons pourtant exister une agriculture de service non détachée de l agriculture de production. Partout en Europe, cette évolution de l agriculture s observe, Il concerne également les formes de l entreprise agricole : les paysans-chercheurs se heurtent à des blocages divers, dont ceux liés à la réglementation et cela se vérifie actuellement à propos des agriculteurs pratiquant l accueil social. Il convient donc de démontrer la viabilité de ces entreprises agricoles et rurales afin qu elles soient reconnues et que soit satisfaite notre finalité de maintien de territoires ruraux vivants, 68
Enfin, il fait écho aux politiques menées et à l abandon d une agriculture territoriale au profit du renforcement des filières, qu elles soient longues ou courtes. Entre logique de filière et logique de territoire, le modèle managérial, les modèles économiques et les finalités s opposent souvent, ainsi que les résultats en termes d emplois ruraux et de durabilité de l agriculture. Selon nous, la vitalité des campagnes et la pérennité des fermes passent par des organisations et des coopérations territoriales qui dépassent le strict cadre agricole, ce que tendent à démontrer des initiatives déjà existantes ou en émergence. 69
GLOSSAIRE ACFAM ADAPEI AFTG AMAP AS ASE ASH ASTRA BAA BEPA BO BPREA BTA BTS CAP CASF CAT CEF CER CESF CFPPA CIVAM CLSH CROSMS CSP DATAR DDASS DGCS DRAAF EA EARL EEDD EPL ACcueil social FAMilial à la ferme Association Départementale des Amis et Parents d Enfants Inadaptés Accueillants Familiaux du Tarn-et-Garonne Association pour le Maintien d une Agriculture Paysanne Assistant(e) Social(e) Aide Sociale à l Enfance Agent de Service Hospitalier Agriculture Sociale et Thérapeutique en Rhône-Alpes Baccalauréat en Administration des Affaires Brevet d Etudes Professionnelles Agricoles Bulletin Officiel Brevet Professionnel Responsable d Exploitation Agricole Brevet de Technicien Agricole Brevet de Technicien Supérieur Certificat d Aptitude Professionnelle Code de l Action Sociale et des Familles Centre d Aide par le Travail Centre Educatif Fermé Centre Educatif Renforcé Conseiller en Economie Sociale et Familiale Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole Centres d Initiatives pour Valoriser l Agriculture et le Milieu rural Centre de Loisirs Sans Hébergement Comité Régional d Organisation Sociale et Médico-Sociale Collectif Sans-Papiers Délégation interministérielle à l Aménagement du Territoire et à l Attractivité Régionale Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales Direction Générale de la Cohésion Sociale Direction Régionale de l Alimentation, de l Agriculture et de la Forêt Entreprise Agricole Entreprise Agricole à Responsabilité Limitée Education à l Environnement et au Développement Durable Etablissement Public Local 70
ENITA ETP ESAT ESF FA FN CIVAM FR CIVAM GAEC GIFAE GIR HLM MSA PAC PACA PA-PH PJJ QAP SDF SIL SMR SRFD UTH Ecole Nationale d Ingénieurs de Travaux Agricoles Equivalent Temps Plein Etablissement et Services d Aide par le Travail Economie Sociale et Familiale Famille d Accueil Fédération Nationale des Centres d Initiatives pour Valoriser l Agriculture et le Milieu rural Fédération Régionale des Centres d Initiatives pour Valoriser l Agriculture et le Milieu rural Groupement Agricole d Exploitation en Commun Groupement International des Fermes d Animations Educatives Groupe Iso Ressource Habitation à Loyer Modéré Mutualité Sociale Agricole Politique Agricole Commune Provence Alpes Côte d Azur Personnes Agées Personnes Handicapées Protection Judiciaire de la Jeunesse Quadratic Assignment Procedure (Procédure d Assignations Quadratiques) Sans Domicile Fixe Spécialité d Initiative Locale Services en Milieu Rural Service Régional de Formation et de Développement Unité de Travail Humain 71
Tous nos remerciements vont : Aux administrateurs nationaux et locaux des CIVAM, agriculteurs pratiquant l accueil ou non, qui ont porté le projet, mis leur temps à disposition pour la mise en route de ce chantier collectif, les recherches, l organisation des enquêtes en région et la mutualisation ; Aux personnels CIVAM et aux équipes des réseaux locaux mobilisés en Massif Central, chargés en particulier des enquêtes de terrain ; citons particulièrement la FR CIVAM Auvergne, le CILDEA (42) et le CIVAM Semailles ainsi que la FN CIVAM ; Aux personnels de direction et aux formatrices des CFPPA de Roanne, Tulle et Brioude et du CFAA de Montauban, investis dans la construction des référentiels et la mise au point de formations associées ; A tous les agriculteurs et agricultrices accueillants qui ont accepté de recevoir nos équipes et de partager leurs expériences, leurs analyses, ainsi qu aux personnels des institutions, salariés, bénévoles, élus ou encore responsables de projets,, que nous avons interviewés et pressés de questions! A nos accompagnateurs de l enseignement et de la recherche, en particulier Armelle MAUMELAT et ses étudiants de Master à VetAgro Sup Clermont, qui ont renforcé notre équipe en apportant notamment un appui méthodologique ; Aux membres et aux animateurs des réseaux d accueil en milieu rural croisés au fil des travaux, qui ont contribué à faire avancer notre propre réflexion ; Aux partenaires techniques et aux personnes ressources consultées qui ont bien voulu enrichir de leur présence et/ou de leurs conseils les comités de pilotage, en particulier Martine BRUNSWIG (Délégation Régionale au Droit des Femmes Auvergne), Guitty PICHARD (VIVEA Rhône-Alpes) ; Odile STEFANINI et Bernard LABONNE (DATAR Massif Central) ; A tous les auteurs, chercheurs, journalistes,, que nous n avons pas toujours eu le plaisir de rencontrer mais dont les témoignages écrits disponibles ont nourri nos travaux ; Aux partenaires financiers sans lesquels le projet n aurait pu aboutir : l Europe, l Etat, la DATAR Massif Central, les Régions Auvergne, Limousin et Rhône-Alpes, ainsi que le VIVEA 10 Rhône-Alpes. 10 Fonds pour la formation des entrepreneurs du vivant 72 72