La gestion du service de l eau



Documents pareils
Réalisation d une adduction d eau potable à pompage solaire

GUIDE MÉTHODOLOGIQUE DES PROJETS D ALIMENTATION EN EAU POTABLE ET TEXTES LÉGISLATIFS ET RÉGLEMENTAIRES

Agences de Bassins Hydrauliques & Gouvernance de l eau

Ministère des Mines, de l Industrie et des PME PROGRAMME NATIONAL «PLATE-FORME MULTIFONCTIONNELLE POUR LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETE (PN-PTFM)

Résultats et impacts

Présentation du Programme

SYNTHESE DE PRESENTATION DU PPILDA

Présentation du projet

L électricité pour plus de villageois au Sénégal : Le projet Electrification Rurale SENEGAL (ERSEN)

La FAFEC «Gnèna-Yèter», la «Banque» des Femmes rurales du Nord de la Côte d Ivoire

CONGRES INTERNATIONAL SUR L ASSURANCE ET LA RÉASSURANCE DES RISQUES AGRICOLES. Partenariat Public Privé dans l Assurance Agricole

Résumé. 1 Les chiffres du recensement général de la population et de l habitat (RGPH2) de 2009 sont en cours exploitation. Les données seront rendues

Le système de protection sociale en santé en RDC

Lundi 5 novembre, programme Solidarité Eau 32 rue Le Peletier, Paris, 6 ème étage SOMMAIRE

la Stratégie nationale d extension de la couverture maladie du Mali Comment le Rwanda a informé Health Economics and Policy Association (AfHEA)

Faire le bon choix: un comparatif des technologies d approvisionnement en eau en milieu rural.

UNE MEILLEURE CROISSANCE, UN MEILLEUR CLIMAT

Comptes rendus d Activités Techniques et Financières du Service de l Eau Potable Année 2004

LE SYSTÈME DE PROTECTION SOCIALE EN SANTÉ DU SÉNÉGAL

* Extraits d'un entretien effectué dans le Karyassa 'supres de membres d'un clan Tamashek, les Kel Taddak. Document présenté par Etienne Le Roy.

Monitoring des AEP et maîtrise d ouvrage communale en milieu rural : quelles leçons pour une mise en œuvre efficace?

Réalisation d une adduction d eau potable à pompage solaire

Conférence régionale du Forum d Action pour la gouvernance Locale en Afrique Francophone

Mode de gestion des bornesfontaines KAYES, MOPTI ET SEGOU, MALI

EVALUATION FINALE BKF/012

MISE EN OEUVRE DU BUDGET PARTICIPATIF DANS LES COLLECTIVITES LOCALES DE KAOLACK ET KEUR BAKA

CENTRALES HYDRAULIQUES

Vision stratégique du développement culturel, économique, environnemental et social du territoire

LES INDUSTRIES EXTRACTIVES

Stratégie locale en faveur du commerce, de l artisanat & des services

«La Mutualité Française ouvre de nouveaux chantiers innovants.»

PLAN R E V A RETOUR VERS L AGRICULTURE

Le point sur la couverture du risque maladie au Niger

INVESTIR AU TCHAD. Le Tchad est un pays d agriculture et d élevage, un pays dont le peuple est laborieux, un pays dont le sous sol est promoteur.

Réforme sectorielle de l eau en milieu rural au Ghana : un changement majeur de politique et de structure

Présentation : A. A. TOSSA

INTEGREE DES RESSOURCES EN EAU

Gestion Participative Territoriale :

POLITIQUE DE COHÉSION

RESUME SYNTHETIQUE DE L IMPACT DES DELESTAGES SUR L ACTIVITE ECONOMIQUE ET LE BIEN ETRE DES POPULATIONS

Organisation des Nations Unies pour le développement industriel

C ) Détail volets A, B, C, D et E. Hypothèses (facteurs externes au projet) Sources de vérification. Actions Objectifs Méthode, résultats

PROMISAM - II. Formation en Suivi /Evaluation des Plans de Sécurité Alimentaire 2009

L électricité hors-réseau

Position de l ASTEE sur l innovation en matière de services d eau et de déchets

Expert International en Gestion des ressources en eau Coresponsable - Maroc

EAU ET MILIEUX AQUATIQUES. Les 9 es programmes d intervention des agences de l eau

LE SECTEUR DE L EAU EN JORDANIE : ENJEUX ET ENSEIGNEMENTS. Présentation des enjeux du secteur

«ÉCO-SOLIDAIRE» LE DISPOSITIF LA RÉUNION, ILE SOLAIRE ET TERRE D INNOVATION PLUS D UN MILLIER DE FOYERS RÉUNIONNAIS BÉNÉFICIAIRES

Comité national d évaluation du rsa Annexes

COOPERATION DECENTRALISEE. CESR 5 octobre 2007

PREMIERE CONFERENCE DES HAUTS RESPONSABLES CHARGES DE L ETAT CIVIL DES ETATS MEMBRES DE L OCI

EVALUATION FINALE SEN/024. Programme d Appui à la Mise en Œuvre de la Réforme de l Enseignement technique et Formation professionnelle

La Charte. forestière. du Pilat. Un engagement collectif pour une gestion durable de la forêt

Participation des habitants et contrats de ville Quels enjeux? Quelle mise en oeuvre?

Système de Gestion Informatisée des. Exploitations Agricoles Irriguées avec Contrôle de l Eau

LE PROGRAMME D AUTO ASSISTANCE DE L AMBASSADE DOSSIER DE DEMANDE

CONTRAT DE VILLE DE NOUVELLE GENERATION

AGENT DE VOIRIE POSITIONNEMENT DU POSTE DANS LA STRUCTURE MISSIONS

NOGENT-LE-ROTROU (28 - Eure-et-Loir) Redynamisation du centre commercial «Les Gauchetières» Note descriptive du projet

L Assurance agricole au Sénégal

Titre : La Mutuelle Communautaire de Santé de Yaoundé : Un mécanisme solidaire de financement collectif d accès aux soins de santé de qualité.

Intervention de M. Assane DIOP Directeur exécutif, Protection sociale Bureau international du Travail, Genève ***

Pompes à eau potable solaires pour les communautés

Oeuvrer pour que les populations rurales pauvres se libèrent de la pauvreté aux Comores

GUIDE PRATIQUE des opérateurs privés. Edition 2014 BANQUE OUEST AFRICAINE DE DÉVELOPPEMENT

Analyse des Performances Sociales de CREDI - Togo Centre de Recherche-action pour l Environnement et le Développement Intégré

Centre national de la danse Mesures en faveur de la formation, de l insertion, des conditions de vie et de la diversité des jeunes créateurs

COMMENT OBTENIR DES SUBVENTIONS EUROPEENNES

OFFICE NATIONAL DE L'EAU POTABLE

Page 02 Page 05 Page 08 Page 11 Page 13 Page 15 Page 17 Page 20 Page 28 Page 32 Page 34 Page 36 Page 37

REFERENCES PROFESSIONNELLES

MAQUETTE GENERALE MASTER DIDL.

LA FINANCIÈRE AGRICOLE DU QUÉBEC PLAN D ACTION DE DÉVELOPPEMENT DURABLE

1-Thème du chantier : LE DEVELOPPEMENT DURABLE

Activité 45 : La responsabilité de l Homme sur son environnement géologique

Rapport d activités 2012

Promulgue la loi dont la teneur suit : TITRE I

Les stocks de proximité : enjeux, opportunités et limites. Le cas des pays du Sahel

Charte. pour. de la coopération décentralisée. le développement durable

Note sur l extension de la couverture d assurance maladie au Rwanda

APFP. Les Pays, moteurs de stratégies de développement territorial et de gouvernance locale. Contribution de l Association de

Rapport final IGF-AC, edition 2013, Kinshasa

Etude sur les Maisons des Services Publics en Europe (hors la France)

ACTED. Bien que les guerres soient officiellement terminées, il persiste des conflits localisés à l Est du territoire.

Ce document constitue une base de discussion pour la commune Les textes encadrés sont des commentaires sur les différents articles

Compte rendu de la journée technique du mardi 23 septembre organisée par ODIT France à la Maison du Tourisme Paris

PRESENTATION DU PROGRAMME D ACTION NATIONAL DE LUTTE CONTRE LA DEGRADATION DES TERRES ET DES FORETS EN RDC

LES ORIENTATIONS DU 10 ème PROGRAMME D INTERVENTION DE L AGENCE DE L EAU RMC

educationsolidarite.org

Termes de référence pour le recrutement d un consultant en communication

APPEL A MANIFESTATION D INTERET CAHIER DES CHARGES DE SELECTION DU GESTIONNAIRE

Office National des Produits Pétroliers ******** NOT AN OFFICIAL UNCTAD RECORD APPROVISIONNEMENT ET DISTRIBUTION DES PRODUITS PETROLIERS AU MALI

ERDF au service de la Transition Energétique en NPDC

August ASSOCIATION CANADIENNE DE LA CONSTRUCTION MÉMOIRE PRÉBUDGÉTAIRE 2015 Comité permanent des finances

CHARTE D ÉTHIQUE PROFESSIONNELLE DU GROUPE AFD

Sommaire INTRODUCTION / Le contexte général de la commune / L état des réseaux / Le diagnostic des ouvrages d épuration...

Action de soutien à la mobilité

Alliance Globale pour la Résilience AGIR Sahel et Afrique de l Ouest

Transcription:

collection Etudes et Travaux Editions du Gret Ministère de la Coopération La gestion du service de l eau dans les centres secondaires En Afrique, les centres secondaires croissent très rapidement depuis une dizaine d années. Ils constituent des pôles de développement privilégiés au milieu d un monde rural en crise. Pour les jeunes ruraux qui quittent leurs villages, ces petites villes offrent une alternative à l exode vers les capitales, déjà surpeuplées. Mais pour que ces centres secondaires restent attractifs, il faut qu ils offrent des services publics de qualité, à un prix raisonnable. En ce qui concerne l eau potable, la solution la plus intéressante est la construction de petites adductions avec des bornes-fontaines publiques. Qui dit adduction dit gestion, organisation du service, frais de fonctionnement. Qui va se charger de cette organisation, qui va payer l eau, qui va entretenir le réseau? L État? Ses moyens sont bien limités, surtout dans le contexte actuel d ajustement structurel. Une entreprise privée? Quelle sera pour elle la rentabilité économique de ces petits réseaux? Les communes? Le vent de démocratie et de décentralisation qui a soufflé sur l Afrique leur a donné G.R.D.R. La gestion du service de l eau dans les centres secondaires P ROGRAMME S OLIDARITÉ EAU La gestion du service de l eau dans les centres secondaires du bassin du fleuve Sénégal des ailes, mais leurs moyens restent très limités? Ces questions sont au coeur du débat actuel et l enjeu en est important : c est tout l aménagement du territoire qui est en cause, ainsi que le développement d un monde rural qui semble engagé dans un inéluctable déclin. Stéphane Hessel, Ambassadeur de France, Président du ps-eau. Groupe de recherche et d échanges technologiques 213, rue La Fayette 75010 Paris (France) Tél : (33-1) 40 05 61 61. Fax : (33-1) 40 05 61 10. Prix : 90 F ISBN : 2-86844 - 066-5

Actes du séminaire organisé par le ps-eau, en décembre 1994 à Paris avec le soutien du ministère de la Coopération, du GRDR et de l AFVP. La gestion du service de l eau dans les centres secondaires du bassin du fleuve Sénégal Sous la direction de Didier Allély et Bernard Collignon collection Etudes et Travaux Programme Solidarité Eau, sous-programme bassin du fleuve Sénégal. Editions du Gret Ministère de la Coopération

Sommaire 5 Le programme Solidarité-Eau. 7 Le séminaire sur la gestion de l eau. 9 Carte de localisation des projets cités Thème 1 Politique des États riverains et de la Coopération française 13 Introduction. 15 Harimakan KEITA. Problématique de l'approvisionnement en eau potable de la région de Kayes (Mali). 21 Antoine Diokel D. THIAW et Eric DAGASSAN. La gestion de l'eau dans les centres secondaires du Sénégal. 33 Ahmedou Ould Mohammed MAHMOUD. La politique de gestion des équipements d'aep en Mauritanie. 37 Pierre ICARD. Gestion des ressources en eau et hydraulique rurale. Politique sectorielle. 43 Corinne ETAIX. Décentralisation, développement communal et local. Thème 2 Quels modes d'alimentation en eau? 47 Introduction. 49 Antoine MALAFOSSE. Hydrogéologie sommaire de la région du bassin du fleuve Sénégal. 53 Didier ALLELY. Choisir et dimensionner des infrastructures et des équipements en impliquant les populations. 59 Bruno VALFREY. La gestion et la maintenance des petits réseaux d AEP au Sénégal. 67 Antoine MALAFOSSE. Guidimakha. Le choix des populations entre un forage équipé et un contre-puits. 73 Samba TOURÉ. Le réseau d'eau d'agnam. Un exemple de gestion communautaire au Sénégal. 79 Mamadou DEME. Synthiane : Une expérience impliquant les communautés à toutes les étapes du projet. 3

Thème 3 Le recouvrement des coûts 85 Introduction. 87 Bernard COLLIGNON. Le recouvrement des coûts du service de l'eau dans les centres secondaires. 97 Régis TAISNE. La gestion communale de l'eau au Rwanda. 105 Marc VINCENT. Un exemple de gestion de point d'eau : le forage d'ajar Soninké. 107 Xavier LITRICO. L'eau pour tous en ville? La revente de voisinage au Bénin. 113 Bernard GAY. Le coût de l eau en Mauritanie. 121 Abderhamane N'DIAYE. Comparaison de divers systèmes de recouvrement des coûts en Mauritanie. Thème 4 Approche institutionnelle 125 Introduction. 127 Bernard COLLIGNON. Approche institutionnelle de la gestion du service de l'eau dans les centres secondaires. 134 Discussion sur l approche institutionnelle. 137 Philippe BONNEVAL. La gestion des adductions par les villageois dans le Sine Salloum. Conclusions Le rôle des différents types d'intervenants 145 Table ronde sur le rôle des différents types d intervenants. 155 Liste des participants. 4

Préambule Le programme Solidarité eau s/c GRET, 213 rue La Fayette 75010 Paris Tél : (1) 40 05 61 23. Télécopie : (1) 40 05 6110 (61 11) Un lieu privilégié d échanges et de concertation Créé en 1984, le programme Solidarité Eau (ps-eau) facilite les initiatives locales de coopération internationale. Il est piloté par un ensemble d Ong, de collectivités, de professionnels de l eau et de représentants des pouvoirs publics. Il s est donné pour objectif d accroître l impact des actions entreprises par la mise en concertation, la valorisation et la diffusion des expériences de chacun. Pour permettre aux associations et aux collectivités de mieux faire entendre leur point de vue et de conjuguer leurs efforts, de nombreux outils d appui ont été élaborés, ainsi que des espaces de concertations thématiques (eau et santé dans les quartiers urbains défavorisés, chloration de l eau dans les PVD...) et géographiques (bassin du fleuve Sénégal, Maghreb Machrek...) La tendance actuelle est de confier de plus en plus de responsabilités aux collectivités et aux associations pour une mise en oeuvre des actions au plus près des populations. Il s agit de faire appel à de nouvelles compétences en associant les usagers et les structures locales à la définition de leurs besoins et des moyens nécessaires à leur développement. Depuis sa création, le ps-eau propose de confronter et d enrichir les expériences de chacun, notamment par le biais de séminaires, pour promouvoir un développement réellement durable et respectueux des identités. Cet ouvrage sur la gestion du service de l eau est une illustration de la démarche entreprise par le programme, mettant en exergue la richesse du processus de concertation en cours sur le bassin du fleuve Sénégal. Le bassin du fleuve Sénégal : un programme prioritaire pour améliorer la cohérence des actions. Depuis 1989, le bassin du fleuve Sénégal fait l objet d un sous-programme prioritaire au sein du programme Solidarité Eau. La zone concernée touche plus particulièrement les régions administratives de Kayes au Mali, du Trarza, du Brakna, du Gorgol et du Guidimakha en Mauritanie, de Saint- Louis et de Tambacounda au Sénégal. Bien que des différences existent entre la haute vallée du fleuve Sénégal, la région du delta et les régions de Dierry, de nombreuses similitudes font de cette région une entité relativement homogène, avec au moins un point commun : le fleuve Sénégal. De nombreux organismes nationaux et internationaux interviennent sur le bassin du fleuve Sénégal, en particulier dans le domaine de l eau : administration et pouvoirs publics locaux centralisés ou décentralisés, collectivités locales et territoriales des trois pays, entreprises et artisans du secteur privé, associations villageoises et intervillageoises, groupements, coopératives, groupements d intérêts économiques, fédérations d associations, associations d émigrés originaires de la zone, organisations non gouvernementales du Sud et du Nord, collectivités locales et territoriales du Nord à travers des relations de jumelage, et organismes de coopération bilatérale ou multilatérale. Les interventions vont du projet de distribution en eau potable à l irrigation de plus ou moins 5

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires grandes surfaces, en passant par des actions d assainissement ou des programmes de santé liés à l eau. La très grande diversité des acteurs et des différences importantes dans leurs modes d intervention induisent de graves incohérences dans les actions conduites et les démarches suivies. Il n est pas rare que des acteurs intervenant dans une même zone et dans un même domaine conduisent des programmes avec des approches complètement antagonistes. Pourtant, tous les acteurs possèdent de réelles compétences qui, judicieusement associées, pourraient conduire à une meilleure efficacité. Le but du sous-programme Bassin fleuve Sénégal est d encourager une harmonisation et une plus grande cohérence (aux plans technique, social, humain et économique) des actions entreprises. Son rôle est également d aider à une meilleure utilisation des compétences pour accroître l efficacité des actions. Un but, trois fonctions Pour améliorer la cohérence des actions sur la région et mettre en relation les compétences existantes, le ps-eau Bassin fleuve Sénégal s est fixé trois fonctions : fournir appui et conseil aux porteurs de projets ; développer des actions d information ; offrir un lieu d échange et de concertation. Pour assumer ces fonctions, le ps-eau dispose d une structure très légère, qui s appuie considérablement sur ses partenaires en France et sur le terrain. Basé en France, le programme travaille en étroite relation avec les acteurs de terrain afin de demeurer en phase avec les réalités de la région. Pour compléter les compétences et étendre l échange d expériences à d autres régions du monde, le programme développe en outre des relations avec d autres partenaires, européens en particulier. L appui conseil L appui-conseil consiste à apporter aux porteurs de projets des conseils méthodologiques et techniques pour leurs projets, mais aussi et surtout à les mettre en relation avec des compétences existantes dans les domaines ou les zones concernées. L information L une des difficultés rencontrées par les intervenants travaillant dans le domaine de l eau sur la région du fleuve Sénégal concerne le manque d information. Pour pallier cette difficulté, le ps-eau a mis en place plusieurs outils : une lettre d information, trimestrielle, ouverte à tous, présentant des expériences, des projets, les politiques en place, des réflexions ou des manifestations ; des réunions thématiques et des séminaires examinant des aspects particuliers considérés comme prioritaires. Ces rencontres, qui regroupent des spécialistes, des responsables politiques et techniques, des porteurs de projets, sont ouvertes à tous. des cahiers techniques, qui correspondent souvent à des synthèses des rencontres thématiques, sont publiés et diffusés. La concertation Enfin, le ps-eau Bassin fleuve Sénégal joue un rôle de concertation entre les différents intervenants travaillant sur la région. Un répertoire des actions présentant de façon synthétique qui fait quoi sur la région a été publié dans ce sens. Cet ouvrage, qui a pour objet de faciliter les contacts entre intervenants travaillant dans une même zone et/ou dans un même domaine, est complété par des réunions de concertation régionales ou départementales regroupant des acteurs intervenant dans une même région. Contacts : Secrétaire exécutif du programme Solidarité Eau : Pierre-Marie Grondin Sous-programme Bassin fleuve Sénégal : Didier Allély Membres du comité de pilotage du ps-eau, bassin fleuve Sénégal : Association Drôme Ouro-Sogui Sénégal, CCFD, Cimade, Cités Unies France, Comité de jumelage de Commercy, Coordination des animateurs de développement, Fédération des pays de Rhône-Alpes, Formation et développement, GRDR, Ingénieurs Sans Frontières, ministère de la Coopération, Peuples Solidaires, Réseau des associations pour le développement de la vallée du fleuve Sénégal. 6

Préambule Le séminaire sur la gestion de l eau C est dans le cadre de ses fonctions d information et de concertation que le ps-eau Bassin fleuve Sénégal a organisé, les 1er et 2 décembre 1994, un séminaire sur La gestion du service de l eau dans les centres secondaires du bassin du fleuve Sénégal. Contexte du séminaire Pour améliorer l approvisionnement en eau potable des centres secondaires et des petits villages du bassin du fleuve, de nombreux points d eau modernes (puits busés ou forages) ont été réalisés au cours de ces vingt dernières années. Un nombre important de ces réalisations a été équipé de systèmes de pompage mécanisé (pompes à motricité humaine, pompes motorisées, pompes solaires, pompes éoliennes) et d adduction d eau. Les modes d exploitation de ces points d eau mécanisés varient beaucoup entre les pays et même à l intérieur de chaque pays. La responsabilité de la gestion peut être confiée à une société d Etat, à des comités de gestion villageois, au secteur privé et parfois à plusieurs structures en même temps. Si la multiplication de ces points d eau a permis, au moins dans un premier temps, d améliorer la fourniture de l eau, en quantité et en qualité, dans certaines zones de la région, plus de la moitié des équipements en place ne fonctionnent plus de façon régulière. Cette situation oblige la population à se rabattre sur des marigots, sur le fleuve, ou sur des puits qui ont été délaissés pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Les problèmes de santé existants avant la réalisation du point d eau mécanisé perdurent ainsi malgré les efforts engagés. Les causes de ces dysfonctionnements sont nombreuses : pannes des équipements, manque de pièces détachées ou de compétences pour les réparations, manque de trésorerie pour la prise en charge des coûts de réparation, manque de clarté quant aux responsabilités pour leur prise en charge... En fait, on constate souvent que l origine du problème est liée à la gestion financière de la structure mise en place, à l organisation de cette gestion et au fonctionnement général de la structure qui en est chargée. Un état des lieux pour dégager des enseignements L objectif de ce séminaire était de faire un état des lieux de la situation sur le bassin du fleuve Sénégal, d étudier les problèmes rencontrés et les politiques en place, d échanger quelques résultats d expériences de façon à encourager certaines lignes de conduite visant à améliorer la gestion du service de l eau. Cet échange apparaissait d autant plus important qu il existait, et qu il existe toujours, de nombreux projets de réalisation ou de réhabilitation de points d eau mécanisés impliquant des partenaires multiples et divers. Ce séminaire a réuni une centaine de personnes, membres ou responsables d organismes et d organisations très divers, qui n ont jamais l occasion ou l habitude de se rencontrer et d échanger expériences et points de vue. Ont ainsi pu débattre autour d une table, des représentants des trois Etats du bassin du fleuve Sénégal, des bailleurs de fonds, des collectivités locales et territoriales, des organisations non gou- 7

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires vernementales, des associations d émigrés et des organisations villageoises, ainsi que des professionnels de l eau du secteur privé. Cette rencontre a surtout permis à chacun de connaître et de reconnaître l existence des différents types d intervenants, d ouvrir le dialogue. Objet de cet ouvrage Cet ouvrage présente les différentes interventions et les synthèses des conclusions et remarques qui ont pu être faites au cours de ces deux journées. Les cinq parties correspondent aux thèmes développés au cours du séminaire : Les politiques des Etats riverains et de la coopération française. Quels modes d alimentation en eau? Le recouvrement des coûts. L approche institutionnelle. Table ronde L objectif du ps-eau, à travers la publication de ce document, est de diffuser auprès d un public plus large les enseignements qui ont pu être tirés de ce séminaire. Nous espérons ainsi contribuer à la réflexion et à l amélioration des actions dans les projets d approvisionnement en eau des centres secondaires. 8

carte Le Bassin du fleuve Sénégal

Le programme Solidarité Eau Le ps-eau est le lieu de rencontre privilégié entre les pouvoirs publics, les collectivités locales, les professionnels de l eau et les ONG. Il était donc particulièrement bien placé pour provoquer une rencontre sur le thème de la gestion du service de l eau dans les centres secondaires. Une centaine de participants ont ainsi débattu pendant deux jours de tous les aspects du problème. Les débats ont été très animés et cet ouvrage en donne les principales conclusions. Il ne propose pas de recettes miracles, mais des pistes pour approfondir la réflexion et mettre au point de nouveaux modes de gestion du service de l eau. Le sous-programme Bassin du fleuve Sénégal Depuis 1989, le bassin du fleuve Sénégal fait l objet d un sous-programme prioritaire au sein du ps-eau. Il regroupe en France des représentants de collectivités locales et territoriales, des pouvoirs publics, d ONG, d associations de migrants et de professionnels de l eau. Il est géré par un comité de pilotage représentatif de chacune de ses composantes. Stéphane Hessel, Ambassadeur de France, président du ps-eau Cette édition a été financée par le Ministère de la Coopération, Direction du développement économique et de l environnement, Bureau de la gestion des ressources naturelles et de l environnement. Maquette : Bernard Collignon, Solange Münzer (Gret).

Thème 1 Politique des Etats riverains et de la Coopération française Rapporteur : Bernard Collignon

Politique des Etats riverains et de la Coopération française Le contexte actuel de la distribution d eau en Afrique est celui du désengagement rapide de l État, simultanément à l émergence de nouveaux acteurs. Cette évolution est particulièrement sensible au niveau des centres secondaires. Dans ces petites villes de quelques milliers d habitants qui se multiplient rapidement depuis quelques années, l État n a pas encore mis au point de méthodologie d intervention précise. Rappelons à ce sujet que, jusqu à présent, les deux champs d excellence de l État étaient : - l hydraulique villageoise, prise en charge en régie directe par les directions de l hydraulique ; - l alimentation en eau des grandes villes, assurée par des entreprises publiques assez performantes. Au cours de l atelier, trois représentants des directions de l hydraulique ont présenté les politiques nationales du Mali, du Sénégal et de la Mauritanie. Ceci a permis de comparer ces politiques, dans un contexte commun de désengagement de l État. Deux représentants du ministère français de la Coopération ont présenté ensuite la politique d intervention de l aide française dans cette région. Présentation des interventions Problématique de l approvisionnement en eau de la région de Kayes. Harimakan KEITA. L État malien est très présent dans la gestion des programmes d alimentation en eau de la région du fleuve, car il s agit surtout d hydraulique villageoise. Les travaux sont organisés et planifiés par l État et les bailleurs de fonds qu il a réunis. Très intéressé par l émergence de nouveaux acteurs qui pourraient appuyer son action, l Etat n a cependant pas encore défini une politique de désengagement. La gestion de l eau dans les centres secondaires du Sénégal. Antoine Diokel THIAW et Eric DAGASSAN. La situation du Sénégal est assez exceptionnelle, car de nombreux réseaux de distribution d eau existent en milieu rural. Il y en a plus de 200 dans la seule région du fleuve, soit beaucoup plus que dans les deux pays voisins. Ces aménagements ont été, pour la plupart, réalisés depuis moins de 10 ans à l initiative de l État, qui a assuré leur financement en mobilisant le cas échéant des bailleurs de fonds étrangers. Un service spécialisé de la direction de l hydraulique (la DEM, direction de l exploitation et de la maintenance) a assuré jusqu à présent la maintenance de ces nombreux réseaux. Mais cette tâche devient très lourde, alors que le nombre de réseaux et leur vétusté augmentent chaque année. L État sénégalais souhaite donc transférer à d autres opérateurs une partie de la charge de cet entretien (communautés rurales, entreprises, associations locales). Il entend cependant continuer à assumer un certain nombre de fonctions régulatrices indispensables, comme la standardisation des équipements et la surveillance des ressources en eau souterraines, qui ne sont pas illimitées. La politique de gestion des équipements d AEP en Mauritanie. Ahmedou O.M. MAHMOUD. L évolution institutionnelle en Mauritanie est très rapide depuis trois ans. L État, qui souhaite se 13

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal désengager d activités où sa présence n est pas indispensable (construction des réseaux, vente de l eau...), affiche une politique claire de promotion de nouveaux opérateurs (collectivités locales, secteur privé). Cette volonté se heurte cependant à une difficulté majeure : ces nouveaux opérateurs sont encore très fragiles et ne manifestent pas toujours un fort empressement à prendre en charge la distribution de l eau. Gestion des ressources en eau et hydraulique rurale. Pierre ICARD. A l heure où tout le monde parle de désengagement de l État, le ministère français de la Coopération entend soutenir les efforts des directions nationales de l hydraulique pour évoluer sans remettre en cause certaines grandes fonctions régulatrices : la gestion des ressources naturelles (en eau) ; une planification saine des efforts sur l ensemble du territoire, particulièrement en ce qui concerne les programmes engagés sur financements internationaux. Décentralisation, développement communal et local. Corinne ETAIX. Une autre préoccupation du ministère français de la Coopération est de promouvoir de nouveaux acteurs publics aptes à relayer l État dans certaines de ses fonctions. Il s agit notamment des collectivités locales et des associations de développement. Ce souci se traduit par le financement de projets d appui et de promotion aux opérateurs locaux, par la mise en place d outils de financement originaux (FIL : fonds d investissement locaux) et par un appui institutionnel à la décentralisation (formation des cadres des collectivités locales, appui pour l élaboration de nouvelles réglementations...). Dans cet effort, le ministère de la Coopération entend aussi mobiliser les collectivités locales du Nord, intéressées à travailler avec des collectivités locales du Sud (jumelages-coopération). 14

Politique des Etats riverains et de la Coopération française Problématique de l approvisionnement en eau potable de la région de Kayes RÉPUBLIQUE DU MALI Un Peuple Un But Une Foi Ministère des Mines, de l Énergie et de l Hydraulique M. Harimakan KEITA directeur adjoint de l hydraulique et de l énergie 1. Présentation de la région La région de Kayes occupe la partie ouest du Mali. Elle est limité à l ouest par la République du Sénégal, à l est par la région de Koulikoro, au nord par la République islamique de Mauritanie et au sud par la République de Guinée. Sa superficie est de 120 760 km 2, sa population d environ 1 236 000 habitants. Sa densité est de l ordre de 10 habitants par km 2. Le climat est de type sahélien au nord (Nioro, Diéma, Yélimané) et soudanais au sud (Kéniéba et Kita). Les hauteurs pluviométriques varient de 1 200 mm à Kéniéba à 700 mm à Nioro-Diéma. La région est traversée par le fleuve Sénégal et ses affluents. Le Bafing, le Bakoye et le Baoulé drainent la partie ouest du plateau Manding. La Falémé forme la frontière avec la République du Sénégal. A ces principaux cours d eau, il faut ajouter deux rivières temporaires : la Kolombiné et le Karakoro sur la rive droite du Sénégal. Le relief est dominé par des plateaux gréseux dont l altitude est comprise entre 200 et 350 m et dont le plus grand ensemble est le plateau Manding. Des plaines s étendent au nord de ce plateau avec quelques collines couvertes de latérite. Du point de vue administratif, la région de Kayes est divisée en sept cercles et 1 533 villages administratifs : Kayes, Kita, Kéniéba, Bafoulabé, Nioro, Yélimané, Diéma. La population est très diversifiée. On y rencontre des Malinkés (Kita, Kéniéba et sud Bafoulabé), des Sarakolés (Kayes, Yélimané, Nioro, Diéma), des Kassonkés (Kayes, Bafoulabé), des Peulhs (Kayes, Nioro, Kéniéba, Diéma) et des Maures (Nioro, Yélimané, Diéma). L agriculture et l élevage sont les activités économiques de la région. Les principales cultures sont : le mil, le maïs, l arachide et plus récemment le coton. Le cercle de Kita est le principal grenier de la région tandis que les cercles du nord pratiquent plus d élevage. Le cheptel de la région, très important, est exporté vers les pays voisins (Sénégal, Côte-d Ivoire, Guinée). Les populations de la région de Kayes pratiquent églement la pêche le long des principaux cours d eau (lac de retenue de Manantali), l orpaillage dans le cercle de Kéniéba et le petit commerce le long de la ligne de chemin de fer Dakar- Bamako. 15

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal En dehors du chemin de fer, les principaux axes routiers relient les cercles au chef-lieu de la région et à Bamako. L état des routes laisse beaucoup à désirer, surtout pendant la saison des pluies où la plupart d entre elles sont impraticables. Cela nuit beaucoup au développement de la région qui devrait être axé, dans un proche avenir, sur les exploitations minières de Sadiola et les eaux du barrage de Manantali. 2. Alimentation en eau des populations de la région de Kayes Les populations de la région de Kayes s approvisionnent à partir de deux sources principales : les eaux de surface et les eaux souterraines. Les eaux de surface A cause de la sécheresse qui persiste depuis plus de vingt ans, les lacs et les rivières et une partie des fleuves tarissent pendant la saison sèche. Ces eaux de surface ne sont généralement pas traitées avant consommation. Seules les villes de Kita et de Kayes bénéficient d une eau traitée chimiquement. Dans le reste de la région, les eaux de surface, autour desquelles se concentrent beaucoup d activités, sont polluées et donc causes de maladies (ver de Guinée, diarrhée, maladie de la peau...). Les eaux souterraines Les eaux souterraines constituent les principales ressources d AEP, surtout pendant la saison sèche. Elles sont exploitées grâce à des forages équipés de pompes, des puits modernes à grand diamètre et des puits traditionnels. a) les forages Les 3 472 forages recensés dans la première région ont été réalisés dans le cadre de projets d hydraulique villageoise dont les principaux sont : la Banque mondiale (Kita, Kéniéba, Bafoulabé) ; le Prodeso (Kayes, Yélimané) ; l Odik (Nioro, Diéma, Bafoulabé) ; la CEAO (Kayes, Yélimané, Diéma, Nioro) ; le CM, italien (Kayes, Yélimané) ; le Fed (Nioro, Diéma) et la Bid (Nioro). Les ouvrages sont tous équipés de pompes de marques très variées (India Mali, India Mark II, Vergnet, Badin Mono, Abi Vergnet...). Le débit de ces pompes est de l ordre de 1 m 3 /h. Les pompes installées dans les cercles de Kita, Bafoulabé et Kéniéba fonctionnent très bien grâce au réseau de maintenance mis en place par le projet de la Banque mondiale. Dans cette zone, les pièces de rechange sont disponibles et des agents villageois ont été formés à l entretien et à la maintenance. Ailleurs, la plupart des pompes ne fonctionnent pas, faute de pièces de rechange et de réparateurs. Cette situation devrait s améliorer grâce à un programme de réhabilitation de 600 points d eau, financé par la Banque mondiale. Le taux de couverture en forages des villages de la première région est assez bas et inégal. Il est de l ordre de 60 à 80 % dans les cercles de Kita, Bafoulabé et Kéniéba et de 40 à 50 % dans le reste de la région. Le taux de satisfaction des besoins en eau potable est de l ordre de 42 %, ce qui demeure faible par rapport à l objectif de 80 % préconisé pour l an 2002. b) Les puits modernes à grand diamètre Les 280 puits à grand diamètre de la région ont été construits aussi bien dans les villages pour les besoins de la population, qu en dehors, pour les besoins de l élevage (puits pastoraux). Ces gros ouvrages ont été réalisés dans le cadre des projets soutenus notamment par le Fed, la Bid et surtout le Prodeso. Cependant, il faut noter qu une importante partie de ces puits a été financée par les collectivités villageoises et des ONG. A cause de la sécheresse, la plupart de ces puits tarissent en saison sèche (mai-juin) rendant difficile l approvisionnement en eau potable. Les puits à grand diamètre sont plus nombreux dans les cercles du nord (Yélimané, Nioro, Diéma) mais leur exploitation artisanale rend la qualité de l eau souvent douteuse. En outre, le manque d abreuvoirs pour les animaux autour des puits, renforce les mauvaises conditions d hygiène. 16

Politique des Etats riverains et de la Coopération française Cependant et malgré leur coût exorbitant (plus de 300 000 F CFA le mètre linéaire), les ruraux préfèrent les puits à grand diamètre. Les populations non desservies à domicile s approvisionnent aux fontaines publiques où l eau coûte 10 F le seau de 20 litres. c) Les puits traditionnels Ces puits, profonds de 10 à 20 m, se trouvent dans presque toutes les concessions. Leur construction ne répond pas aux normes techniques requises. Les parois sont nues (sans buses) et les diamètres petits (moins d un mètre). La qualité de l eau (souvent non potable parce que peu éloignée des latrines ou autres sources de pollution) et les quantités fournies (pas d eau en saison sèche) sont aléatoires. Le plus grand nombre de puits traditionnels se concentre dans les cercles de Kita, Bafoulabé, Kayes où la faible profondeur de la nappe facilite leur construction. Dans les cercles de Yélimané, Nioro et Diéma, ils sont moins nombreux du fait de conditions géologiques peu favorables (peu d eau et grandes profondeurs). 3. La gestion de l eau dans la première région Les adductions d eau a) Dans les grandes localités Dans la région de Kayes, seules trois grandes villes bénéficient d une adduction d eau moderne : Kayes, à partir du fleuve Sénégal ; Kita, à partir du fleuve situé à 25 km de la localité ; Nioro du Sahel, à partir des forages. Dans ces localités, où les travaux ont été réalisés par l État grâce à des prêts, la gestion de l eau est confiée à la société Énergie du Mali (EDM). La distribution se fait à partir de branchements, privés et publics, tous dotés de compteurs d eau. Pour les branchements privés, les quantités relevées au compteur sont facturées à la fin de chaque mois par l EDM. La gestion est ici simplifiée car ne bénéficie de l eau que celui qui paye. b) Adduction des centres semi-urbains ou ruraux Dans ces centres, les installations ne sont pas financées par l État malien mais par les populations elles-mêmes, souvent avec l aide d ONG ou de villageois émigrés. Ainsi des cercles de Yélimané et Nioro, où les adductions, fort nombreuses, sont totalement financées par les émigrés. Quant à la gestion, les systèmes varient d un village à l autre et nous évoquerons ici deux cas typiques : Cas de Balandougou (cercle de Kita) Dans cette localité, l adduction d eau a été réalisée à partir d un forage avec la participation financière des populations et d une ONG. Il s agit d une adduction sommaire puisqu il n y a que des branchements publics. Pour financer le fonctionnement des installations (le groupe électrogène fonctionne 2 ou 3 heures par jour), le village dispose des revenus de la vente des produits d un jardin entretenu collectivemen et d un atelier de soudure. Pour le moment tout va bien mais le renouvellement des équipements (pompes et groupe électrogène) doit être envisagé. Cas de Sambaka (cercle de Yélimané) Dans cette localité, l adduction est financée entièrement par ses ressortissants émigrés en France. Toutes les concessions bénéficient d un branchement et les quantités consommées sont payées à la fin de chaque mois. Un ou deux branchements publics desservent les moins nantis, où l eau est vendue au prix de 25 F CFA le seau de 20 litres. Les recettes issues de la vente de l eau assurent le fonctionnement des équipements, pas leur renouvellement. Dans ces deux cas, des problèmes existent et l on doit réfléchir à la pérennité des installations. Des sources de financement sûres doivent être recherchées pour le fonctionnement et le renouvellement des équipements à long terme. 17

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal B. Collignon Gestion des forages équipés de pompe à motricité humaine Les forages équipés de pompe ont été réalisés par des projets financés grâce à des prêts ou des subventions et leur mode d acquisition varie d un projet à l autre. Dans la zone de Kita, Kéniéba et Bafoulabé, la participation demandée aux villageois est de 148 000 F CFA, dont 120 000 pour la pompe, 20 000 pour le ciment des aménagements autour du point d eau, 8 000 pour le prix d un premier lot de pièces de rechange. Les villageois participent euxmêmes au creusement du puisard pour recueillir les eaux perdues et souvent à l aménagement de l accès au site de forage. Paysans transportant une buse pour un puits. La participation des villageois aux travaux est une bonne manière d évaluer leur intérêt pour le projet. Dans la zone Odik la participation communautaire est de 100 000 F CFA et dans la zone CM, de 150 000 F CFA. Selon une décision prise il y a quelques années, les dépenses d entretien de la pompe reviennent aux villageois. La direction de l hydraulique et de l énergie, grâce à ses équipes d animation et de sensibilisation, a mis en place un comité chargé du fonctionnement et de la gestion de la pompe dans chaque localité. Ce comité est composé d un président, d un secrétaire, d un caissier, de deux agents de maintenance et d une femme chargée de la salubrité. Une caisse villageoise assure les dépenses nécessaires : paiement des pièces de rechange et rémunération du réparateur de la pompe. Le mode d alimentation de cette caisse est laissée au choix des villageois. Certains préconisent des cotisations mensuelles et par famille ; d autres l alimentent à partir des recettes issues de la vente des produits du champ collectif, ou des recettes des activités organisées par la communauté. Ces structures fonctionnent bien dans les petites localités où le président du comité est également chef de village, et dans les localités où les revenus des populations le permettent (cercles de Kita, de Kéniéba et Yélimané). Ailleurs, les caisses des villages sont vides et à chaque panne, il faut interpeller les populations pour une nouvelle cotisation. Cette procédure est lente et les pompes demeurent souvent longtemps sans réparation. Le bon fonctionnement de la pompe dépend également du degré de pénurie d eau dans les villages. Partout où il y a une source d eau alternative, les équipements sont délaissés en cas de panne. Dans certains villages du cercle de Kéniéba où les activités d orpaillage sont très développées, l eau des forages est vendue sur place et génère beaucoup d argent qui sert à la réparation des pompes et à l installation de points d eau supplémentaires. 18

Politique des Etats riverains et de la Coopération française Ainsi, la pérennité des forages dépend : de la bonne organisation et du degré de motivation des populations ; du degré de pénurie d eau ; du type ou de la marque de l équipement ; de la disponibilité des pièces de rechange et de personnel d entretien et de maintenance ; des revenus financiers des populations. Le manque actuel de législation sur les forages accentue les difficultés de leur gestion (conflit entre éleveurs et agriculteurs, entre nomades et sédentaires, entre ceux qui payent et ceux qui ne payent pas). En outre, la politique en place pousse les populations à prendre en charge les dépenses d équipements. Face à cela, les communautés villageoises ont besoin d une meilleure organisation, d une grande mobilisation et d activités générant des ressources financières. Concernant les adductions simples dans les centres secondaires, le mode de gestion de l EDM devrait servir d exemple (des compteurs à tous les branchements, un paiment régulier). A l avenir, les populations devront être mieux informées des avantages et inconvénients des équipements ; elles devront participer physiquement et financièrement à leur réalisation. Lorsque le coût élevé de l installation nécessite une aide extérieure, il est particulièrement indispensable que les villageois s engagent à assurer la pérennité de l ouvrage. L alimentation en eau se fera à partir des forages existants dans les localités et concernera une vingtaine de centres. La source d énergie sera solaire. Deux centres sont dores et déjà opérationnels. Un château d eau et un mini-réseau de distribution desserviront des bornes-fontaines. Participation des populations : environ 3 000 000 FCFA. Le système solaire, peu coûteux à l entretien, simplifiera sans doute la gestion mais une réflexion appropriée doit conduire à mieux définir comment les populations prendront ces installations en charge. b) Adduction des centres semi-urbains et ruraux par la KFW Ce très vaste programme concerne toutes les localités de plus de 5 000 habitants. Une étude a déjà porté sur une vingtaine de centres et la première opération débutera dans 9 d entre eux. L adduction sera sommaire et à partir des forages existants. Dans un premier temps, il n y aura que des branchements publics. Source d énergie : groupes électrogènes. Participation des populations : environ 5 000 000 F CFA. Si les premières expériences s avèrent positives, l opération s étendra à près de 40 centres. L eau sera vendue sur place afin de générer les fonds nécessaires au bon fonctionnement des installations. Une étude socio-économique a prouvé que beaucoup de centres peuvent remplir les conditions demandées. Un autre objectif de ce projet est d élaborer un schéma directeur d AEP pour les centres semiurbains et ruraux. 4. Programmes en cours dans la région de Kayes Adductions dans les centres secondaires Deux programmes sont en cours : a) Adduction des centres de la zone Odik (Kaarta) Programme de forages d eau a) Réalisation de 400 forages à Kéniéba et Bafoulabé C est l un des objectifs de la composante hydraulique rurale du projet Santé, population, hydraulique rurale (PSPHR). Dores et déjà, 320 forages sont réalisés à Kéniéba et les 85 prévus à Bafoulabé sont en cours de réalisation. Le programme prendra fin en 1995. Ces forages intéressent les arrondissements de Oussoubidiagna, Diallan, Diakon et Goundara. Ils seront équipés de pompes India Mali. La participation villageoise sera de l ordre de 170 000 FCFA. 19

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal endémiques de la région afin d éradiquer ce fléau. Les études d implantation ont commencé et les travaux de forages sont prévus pour 1995. Les cercles de Kayes, Yélimané, Diéma et Nioro seront les principaux intéressés. L opération est financée par la coopération japonaise. d) Autres programmes AFVP b) Réhabilitation de 600 pompes dans la région Ce programme réalisé dans le cadre du PSPHR débutera en janvier 1995. Il s agira de : réparer la pompe ou la changer ; former les agents villageois et les équiper pour la réparation ; mettre en place un réseau de pièces détachées par la création de magasins ; aménager les alentours des forages par la construction de murs de protection, des aires de pompes, des canaux d évacuation des eaux perdues afin d améliorer les conditions d hygiène ; organiser les populations pour la prise en charge des points d eau. Les cercles intéressés par ce programme sont : Kéniéba, Yélimané, Nioro, Diéma. c) Programme japonais de lutte contre le ver de Guinée Ce programme prévoit de réaliser 230 forages positifs équipés de pompes dans 145 villages En dehors de ces vastes programmes financés par l État, grâce à des prêts et des subventions, il existe beaucoup d autres petits programmes initiés par les collectivités villageoises elles-mêmes et les ONG. Ainsi les localités de Yélimané, Kayes et Nioro, qui entendent réaliser leurs propres adductions. Des ONG envisagent aussi d intervenir à Bafoulabé et Kita dans le surcreusement des puits à grand diamètre. En conclusion, le problème de l alimentation en eau de la région de Kayes demeure entier malgré les efforts du gouvernement et des populations. Les conditions économiques, sociales, géologiques et autres constituent encore de sérieux handicaps. La gestion de l eau potable attend toujours un cadre juridique viable. L objectif devrait concerner aussi bien le fonctionnement des équipements que leur renouvellement, voire leur extension. Cette nécessité d améliorer la gestion vaut autant pour l EDM que pour les populations. La prise en charge de leur propre sort par les populations reste la devise. La décentralisation prônée par l État gagnerait à s étendre au domaine de la gestion de l eau. 20

Politique des Etats riverains et de la Coopération française La gestion de l eau dans les centres secondaires du Sénégal RÉPUBLIQUE DU SÉNÉGAL Ministère de l Hydraulique Direction de l exploitation et de la maintenance (DEM) Antoine Diokel THIAW, Directeur de la DEM Eric Dagassan, Conseiller technique 1. La politique d hydraulique rurale Généralités L approvisionnement en eau potable des populations rurales et du cheptel a toujours constitué pour les pouvoirs publics une préoccupation majeure, en vue d atteindre, d ici à l an 2000, l objectif de 35 litres par habitant et par jour recommandé par l Organisation mondiale de la santé (OMS). Le taux de desserte actuelle, au Sénégal, est de 25 litres par habitant et par jour. Pour cette raison fondamentale, le gouvernement, à travers le 8 ème Plan national de développement économique et social, a accordé une priorité de tout premier ordre à l aménagement et à la maintenance hydraulique. Pour répondre aux besoins en eau sans cesse croissants des zones rurales où vivent près de 60 % de la population, l État du Sénégal a mis en oeuvre de vastes programmes d installation de systèmes d approvisionnement destinés en priorité à l alimentation en eau des populations et du cheptel. L exécution de ces différents programmes, qui a connu une accélération à partir de 1981, avec l appui de la communauté internationale des bailleurs de fonds, a permis de porter le nombre de forages motorisés ou solaires en milieu rural à 719 unités (130 nouveaux équipements sont en cours de réalisation). Il faut ajouter 124 points d eau équipés de pompes manuelles et 198 unités équipées de pompes éoliennes. Ce patrimoine d hydraulique rurale, réparti à travers le pays et dont le coût actuel de remplacement est estimé à près de 100 milliards FCFA, constitue un élément essentiel du dispositif hydraulique mis en place par l État dans le cadre de l amélioration des conditions de vie des populations rurales. Pour atteindre l objectif de 35 l/hab./j., la réalisation d environ 500 forages motorisés supplémentaire s avère nécessaire d ici l an 2000, portant le nombre total d ouvrages à gérer à 1200 unités. Concernant le bassin du fleuve Sénégal (départements de Dagana, Podor, Matam, Bakel) le tableau 2 (page suivante) présente, quelques éléments significatifs de la politique de l eau dans cette région et des moyens hydrauliques mis à la disposition des populations. Tenant compte du 21

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal Tableau 1 Besoins en eau potable (en milliers de m3/jour) 1993 307 1994 315 1995 323 1996 331 1997 339 1998 347 1999 356 2000 365 caractère primordial d une bonne conservation de ce patrimoine, l État a, dès 1949, mis en place une structure de maintenance pour la mise en oeuvre des activités liées à l exploitation des installations d hydraulique rurale. Cette structure de maintenance a connu des évolutions et mutations diverses qui ont suivi le rythme d accroissement des forages motorisés. L importance grandissante des coûts récurrents résultant de la mise en place de ce patrimoine et la nécessité d impliquer davantage les usagers dans la prise en charge des installations d hydraulique rurale, ont amené les autorités à institutionnaliser et à généraliser, en 1984, la création de comités de gestion au niveau de tous les systèmes d approvisionnement en eau gérés par les services publics de l hydraulique. Contexte organisationnel La gestion de l ensemble du patrimoine d hydraulique rurale est assurée au sein du ministère de l Hydraulique par la Direction de l exploitation et de la maintenance (DEM) avec la participation des collectivités bénéficiaires. Les principales activités de la DEM dans ce domaine comportent : le suivi et la maintenance des installations d exhaure de l eau et des systèmes de distribution et de stockage ; la promotion des actions de valorisation des points d eau ; l encadrement et le suivi des comités de gestion de forage ainsi que la formation et la sensibilisation des usagers ; le renouvellement et la réhabilitation des installations et équipements d hydraulique rurale ; l évaluation des charges récurrentes, la définition et le choix des équipements d hydraulique en milieu rural. La Direction de l exploitation et de la maintenance, dans l exécution de ses tâches, s appuie au niveau central sur trois divisions : la Division de l exploitation qui assure le suivi et l entretien préventif des installations. Elle participe à la conception et au choix des équipements. Cette division est chargée d étudier la rationalisation des types de matériels selon les conditions d utilisation, et de calculer les charges récurrentes. En outre elle est responsable des Tableau 2 Investissements dans les adductions (en millions de F CFA) Dagana Podor Matam Bakel RÉGION SÉNÉGAL Investissements 124 2 376 2 147 1 494 6 141 45 000 Forages motorisés et solaires 4 66 45 44 159 719 Population (en millions) 0,9 8 Nombre d habitants par forage 5 660 11 127 22

Politique des Etats riverains et de la Coopération française Figure 1 Évolution du nombre de forages motorisés dans la région du fleuve actions et de la valorisation des installations hydrauliques, et de l élaboration des procédures de gestion ; la Division de la maintenance, qui est chargée de l organisation et de l exécution de toutes les interventions lourdes sur les installations d hydraulique rurale. Elle est responsable de l approvisionnement et de la gestion du stock de pièces détachées, et assure la formation et le perfectionnement des conducteurs de forages et du personnel d intervention ; le Bureau de la formation, de l animation et de la sensibilisation, responsable de la mise en place des installations hydrauliques et de l encadrement des comités de gestion et du suivi des conducteurs de forage. Il participe à la formation et au perfectionnement des conducteurs de forage. La DEM s appuie également sur les brigades décentralisées de maintenance situées à Ndioum et Matam pour la région administrative du fleuve (région de Saint-Louis), Goudiry pour le département de Bakel et Louga, Linguère, Diourbel, Thiès, Kaolack, Fatick, Tambacounda, Kolda, Ziguinchor et Sédhiou pour le reste du pays. Justifications d une réforme à envisager La croissance rapide du nombre de forages motorisés ou à énergie solaire en milieu rural (passé de 106 en 1980 à 719 actuellement pour l ensemble du pays, et de 28 à 159 pour les départements de la région du fleuve), et l impérieuse nécessité d en assurer la conservation et le bon fonctionnement ont fait que le sous-secteur de l exploitation et de la maintenance des forages ruraux est l objet de soins particuliers. Devant l augmentation des besoins financiers requis (50 000 à 500 000 F CFA par mois suivant les villages riverains du fleuve, hors réparations et amortissement du matériel d exhaure) pour la conduite adéquate des opérations de mainte- 23

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal Figure 2 Contributions (en millions de F CFA) de l Etat et des comités de gestion au financement du service de l eau. On constate bien le transfert progressif des charges de l Etat (budget de fonctionnement et d équipement) vers les comités de gestion. n a pas permis de juguler la dégradation progressive des installations en raisont de la forte sollicitation dont elles font l objet. Dès lors, la DEM, confrontée à des difficultés multiples, doit mettre en oeuvre une stratégie efficace de gestion et de maintenance des installations qui commande une implication accrue des usagers, du secteur privé et des collectivités locales. Un pas dans le sens de la réforme : la fédération des comités de gestion nance des installations d hydraulique rurale, l État a initié une politique de responsabilisation des bénéficiaires à travers la constitution de comités de gestion des forages ruraux. Ces structures institutionnalisées depuis 1984 contribuent actuellement à la prise en charge des coûts récurrents des installations mises à leur disposition (cf. Figure 2). Cette contribution représente actuellement 100 % des coûts d exploitation (carburant, lubrifiants et salaire du conducteur de forage) et près de 30 % des charges d entretien (petites pièces d usure pour dépannages mineurs). L entretien, les réparations, le renouvellement, l amélioration des installations existantes restent à la charge de l État. A ce propos, il convient de préciser que les comités de gestion ont, au titre de la gestion 1993, contribué pour 1,3 milliard FCFA, pour l ensemble du pays, à la couverture des dépenses d exploitation de près de 650 forages motorisés ruraux. Toutefois, cet effort appréciable des usagers, conjugué aux crédits mis à disposition par l État, Malgré une contribution appréciable (cf. Figure 2) dans la gestion des forages motorisés, les comités de gestion connaissent de sérieuses difficultés de fonctionnement réduisant fortement leur efficacité. Le regroupement autour d instances fédératives apparaît comme une des solutions permettant de les redynamiser et de créer un cadre de concertation et de promotion de projets productifs communs. Ce regroupement permettra également de favoriser et de rationaliser l appui que les communautés rurales et les organisations non gouvernementales (ONG) apportent à ces comités. Il facilitera l implication du secteur privé dans la gestion des ouvrages et favorisera la standardisation des équipements d exhaure et facilitera la création d un circuit d acquisition et de distribution de pièces de rechange. Il sera envisagé au niveau de l arrondissement, du département et de la région, aussi bien qu au niveau national. La mise en place de ces structures est envisagée de manière progressive, dans tout le pays, jusqu à la fin de l année 1995. D ores et déjà, une opération test a démarré dans les régions administratives de Kaolack et de Fatick. 24

Politique des Etats riverains et de la Coopération française 2. Contraintes et limites du système actuel d exploitation et de maintenance des forages ruraux Les dispositions susmentionnées, bien qu ayant permis d améliorer de façon sensible l organisation de la gestion des forages ruraux, manifestent actuellement des insuffisances qu il convient de relever : grande diversité et vétusté des équipements de pompage. Cette diversité des marques et types d équipements qui découle des procédures d acquisition a toujours représenté une contrainte majeure dans la constitution et la mise en place de stocks de pièces détachées ; coûts élevés d exploitation et de maintenance des forages motorisés ; insuffisance des crédits budgétaires alloués aux activités de maintenance et lourdeur des procédures pour leur mobilisation ; insuffisance du personnel des services chargés de la maintenance ; niveau de revenu très faible des populations rurales bénéficiaires des points d eau ; absence de cadres juridique, réglementaire et organisationnel adéquats pour les comités de gestion qui rencontrent beaucoup de difficultés à assumer correctement leurs E. Dagassan responsabilités. Ces difficultés résultent notamment : de conflits de compétence entre les responsables des comités et les autorités locales ; de la non-contractualisation des relations entre les partenaires impliqués dans la gestion des points d eau motorisés ; des difficultés de recouvrement des cotisations des usagers au niveau de certains comités ; de l insuffisance de la formation des responsables de comités de gestion et des conducteurs. Conséquences des contraintes Le chateau d eau est indispensable pour alimenter en eau plusieurs villages éloignés les uns des autres. La conjonction des contraintes susvisées a conduit à la défaillance du système actuel de gestion des installations hydrauliques qui s illustre actuellement par : une dégradation prématurée des installations hydrauliques et du parc automobile des brigades de maintenance ; l augmentation du nombre de forages à l arrêt et des délais de remise en état exceptionnellement longs ; la multiplication du nombre de forages fonctionnant mal et qui risquent à brève échéance de s arrêter ; la baisse drastique des actions de sensibilisation, de concertation, d information et de formation à l endroit des usagers et des conducteurs de forage ; une détérioration de la régularité et de la qualité du service public de l eau en milieu rural. La mise en place d un système de gestion efficient, moins onéreux pour les finances 25

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal 26

Politique des Etats riverains et de la Coopération française publiques et impliquant les usagers, les collectivités locales et les organismes privés, s avère urgente si l on veut préserver les importants investissements réalisés dans le sous-secteur de l hydraulique rurale. De plus, la mise en oeuvre imminente des grands projets de réalisation d installations d approvisionnement en eau en milieu rural (CEAO II, Programme de consolidation hydraulique, etc.) qui contribuera à accroître considérablement les charges récurrentes liées à l exploitation du patrimoine d hydraulique rurale (1 200 forages motorisés en l an 2000 pour l ensemble du pays), justifie largement une réforme du système de gestion des forages motorisés. 3. Les modes de gestion du service des eaux en milieu rural dans le bassin du fleuve Sénégal Seront étudiés successivement : un exemple fréquent de mode de gestion de la ressource en eau, puis quelques cas particuliers (plutôt orientés vers une gestion autonome de cette ressource, sans intervention de l État) et plus particulièrement : les projets d équipements solaires FED 6 et FED 7 de forages dans les départements de Podor et par la suite de Matam, Kaolack et Fatick ; le village de Fanaye Dieri dans le département de Podor ; le village de Gollere dans le département de Podor ; les villages d Agnam dans le département de Matam ; le projet Synthiane d alimentation en eau de six villages dans le département de Matam. tableau 3) et, dans environ 60 % des villages, une aide financière des émigrés ; pour dépenses, les frais de carburant et lubrifiants, le salaire du conducteur de forage, quelques frais d entretien des installations, quelques frais divers. Tableau 3 Mode de collecte des cotisations dans les 95 points d eau enquêtés, équipés de moyens d exhaure motorisés (région de Saint-Louis) par personne 1 1 % par homme 3 3 % par femme mariée 6 6 % par famille 16 17 % par carré 31 33 % par bassine 0 0 % par tête de bétail 38 40 % par troupeau 10 11 % par charrette 44 46 % Les frais de réparation des matériels, d entretien, de renouvellement et d amélioration des installations en place restent à la charge de l État. La réussite de ce mode de gestion est très variable dans la région du fleuve (cf. tableau 4 page suivante). C est ainsi que l on constate une situation financière différente selon les comités. Au regard de cette situation (comptes d exploitation des comités de gestion des forages de la région du fleuve), une réforme du mode de gestion de la ressource en eau s avère indispensable. Cas particuliers Cas général Dans plus de 95 % des cas dans le bassin du fleuve et comme presque partout au Sénégal, la gestion de l eau est assurée par un comité de gestion villageois, élu par la population, ayant : pour recettes, les cotisations des habitants (cf. a) Programme FED 6 Après étude socio-économique dans le département de Podor il a été décidé d alimenter en eau potable 34 villages aptes à s investir : 24 villages à partir de l énergie solaire (19 d entre eux sont actuellement fonctionnels) ; 8 villages par le moyen classique de l élec- 27

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal Tableau 4 Situation financière des comités de gestion enquêtés Dagana Podor Matam Bakel TOTAL % bénéficiaire 1 18 12 19 50 42 % équilibré 0 1 3 3 7 6 % déficitaire 2 19 23 17 61 52 % TOTAL 3 38 38 39 118 tropompe, à partir de forages existants ou à créer ; 2 villages par traitement de l eau du fleuve ou de ses affluents. Après une campagne d animation et de sensibilisation des populations concernées, organisée préalablement à l implantation des ouvrages, il a été décidé de répartir les charges financières de la manière suivante : versement d une caution de 140 000 à 200 000 F CFA avant démarrage des travaux ; cotisation mensuelle test de 400 F CFA par carré pendant 6 mois (durée moyenne des travaux) ; après mise en service et détermination du coût réel de gestion des installations, versement d une cotisation mensuelle pendant 5 ans (durée d amortissement du matériel) à déterminer d un commun accord. L ensemble de ces sommes (actuellement de l ordre de 12 000 000 F CFA) est destinée à financer toutes les charges afférentes à de telles installations, sans l aide de l État, et plus particulièrement : à régler les frais annuels forfaitaires d entretien à la société SEEE désignée à cet effet (le premier versement étant effectué au moment de la mise en service des installations) ; à être en mesure de remplacer, en temps utile, le matériel usagé (environ 5 ans). A l heure actuelle, aucune statistique n est possible quant à la réussite du projet, la première installation n étant en service que depuis fin 1991. Passé l enthousiasme initial, certains problèmes de collecte sont apparus. Il est nécessaire de préciser que le fournisseur, la société Siemens, a accepté de garantir le matériel solaire pendant 5 ans et de confier la charge de cette garantie à la société SEEE déjà citée plus haut. b) Programme FED 7 Conçu sur les mêmes principes d utilisation de l énergie solaire et d autonomie financière des comités de gestion, ce programme concerne actuellement 23 villages dans les départements de Dagana (2 villages), Podor (14) et Matam (7). Il se différencie du précédent par le mode de collecte des sommes prévues avant mise en service des installations. La caution initiale et la cotisation test (6 mois) sont remplacées par une caution initiale de 400 000 à 600 000 F CFA. Les sommes collectées sont actuellement de l ordre de 8 000 000 F CFA. La première installation sera mise en service en décembre 1994. Note : l ensemble des sommes collectées, soit environ 20 millions F CFA, est reversé aux succursales de la Caisse nationale de crédit agricole (CNCA) ouvertes à Richard-Toll, Ndioum et Matam. Ces sommes sont productrices d intérêts. c) Village de Fanaye Diery (environ 6 000 habitants, département de Podor) Devant les difficultés rencontrées pour élire un comité de gestion fiable (le forage n a que peu fonctionné depuis sa mise en service en 1992 et est arrêté, actuellement, depuis deux mois), les vil- 28

Politique des Etats riverains et de la Coopération française lageois ont décidé de créer l association Ndoro (nom poular), regroupant les habitants, les émigrés et les natifs du village installésailleurs au Sénégal, afin de mieux gérer les installations hydrauliques mises en place par l État depuis 1992. Une collecte a été faite avec succès malgré l augmentation substantielle des cotisations (passées de 500 à 1000 F CFA / carré / mois). La somme récoltée (plusieurs centaines de milliers de francs) permet d envisager, avec une chance sérieuse de réussite, la réouverture du forage en décembre 1994. Cette expérience mérite d être suivie. immédiatement 15 F CFA par tête. Le collecteur au point d eau reçoit 10 % des sommes perçues. La somme collectée est actuellement de l ordre de 250 000 F CFA par mois. Une partie est reversée sur un CCP à Saint-Louis. Le solde créditeur de ce compte (non productif d intérêts) est, à ce jour, de 1 466 580 F CFA. e) Les villages Agnam (environ 10 000 habitants, département de Matam) Le long de la route nationale n 2 allant de Dagana à Matam, entre les villages de Horé d) Le village de Gollere (environ 3000 habitants, département de Podor) Le principe de gestion reste classiquement fondé sur le système du comité, mais élu par la population pour une durée déterminée, suivant un principe d élection tournante par quartier. Les risques divers de tension et de friction au sein de la La formation des pompistes. population sont ainsi évités. Un des points Une autre particularité, dans forts de la ce village, est le mode de collecte des cotisations : l eau prélevée politique de la DEM. à la borne-fontaine ou à la potence est payée immédiatement de la manière suivante : 5 F CFA la bassine de 25 litres ; 100 F CFA / fût de 200 litres ; 50 à 75 F CFA par chambre à air, suivant le type utilisé. Note : l eau nécessaire au bétail est facturée mensuellement à l abreuvoir, suivant l importance du troupeau. Les bergers transhumants paient Caritas Fondé et de Thilogne, à environ 70 km de Matam, on rencontre l ensemble des villages regroupés sous le nom de «Agnam». L ensemble de ces 14 villages, étalés sur une distance de 7 km, est alimenté en eau potable par trois forages motorisés situés à : Agnam Civol (depuis 1981) (château d eau de 100 m 3 /11,5 m) ; Agnam Thioulel Thialel (depuis 1991) (château d eau de 100 m 3 /19m) ; Ouro Mollo (depuis 1991) (château d eau de 100 m 3 /19 m). Une association pour le développement d Agnam (Alda) a été créée en vue d aider les populations concernées à résoudre leurs problèmes quotidiens et, entre autres, leur alimentation 29

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal E. Dagassan en eau potable. Elle regroupe les habitants, les émigrés et les natifs de ces villages installés ailleurs au Sénégal. Récemment, pour des raisons diverses, les représentants des villages d Agnam Civol, Ouro- Ciré et Sinthiou-Ciré ont quitté l association et créé leur propre comité de gestion. 11 villages restent donc regroupés dans l Alda. Gestion d Agnam Civol Les trois villages d Agnam Civol, Ouro-Ciré et Sinthiou-Ciré ont une population totale de 2950 habitants. Le total mensuel des cotisations s élève à 230 000 F CFA (78 F CFA / hab). La gestion est équilibrée. Il n existe pas de véritable caisse d avance. En cas de problème financier, le comité de gestion décide d une collecte spéciale. Chaque village doit apporter chaque mois la somme décidée d un commun accord et définit donc le mode de collecte qui lui convient (en moyenne 300 F CFA / foyer / mois). Gestion Alda L association Alda assure la gestion du réseau qui alimente 11 villages, avec une population totale de 6 800 habitants. Le total mensuel des cotisations s élève à 516 000 F CFA (75 CFA/hab). Concernant les équipements hydrauliques existants : l Alda a réalisé les forages en 1988 ; les équipements d exhaure et les superstructures ont été réalisés par l Etat, dans le cadre du «programme spécial de l hydraulique» en 1992. Chateau d eau et panneaux photovoltaïques. Les pompes utilisant des générateurs photovoltaïques demandent peu d entretien et leurs charges de fonctionnement sont très réduites. Mais gare aux coûts de renouvellement du matériel que les comités de gestion ont bien du mal à couvrir. l Alda, en partenariat avec la ville d Hérouville Saint- Clair dans le cadre d un jumelage coopération, a mis en place, en 1992, une conduite DN 125-110-125 mm, reliant les deux châteaux d eau de 100 m3, le long de la route nationale, et raccordé les 11 villages intéressés à ce tuyau. Des compteurs d eau ont été mis en place à chaque piquage (un piquage, fermé par une vanne, a été mis en attente, au droit d Agnam Civol, en vue d un éventuel raccordement ultérieur). Un seul comité gère l ensemble des installations. Chaque village a la charge de la somme forfaitaire à rassembler suivant une facturation par habitant propre à chacun d eux. A une date donnée, chaque mois, le comité de gestion se réunit afin de recevoir l ensemble des collectes. Une caisse d avance existe. Elle est actuellement de l ordre de 200 000 F CFA. Un renouvellement du comité de gestion est envisagé à brève échéance. Il aura la charge de sensibiliser la population à la facturation de l eau à partir des m 3 enregistrés par les compteurs en place à l entrée de chaque village raccordé, et de mettre en application les décisions prises. Il serait souhaitable que la Direction de l exploitation et de la maintenance du ministère de l Hydraulique leur communique un prix du m 3 d eau tenant compte de toutes leurs charges de gestion et en particulier de l amortissement du matériel d exhaure. 30

Politique des Etats riverains et de la Coopération française f) Village de Synthiane (environ 5 600 habitants, département de Matam) Ce projet, en cours de réalisation depuis novembre 1993 (fin des travaux prévue pour janvier 1995), d un montant estimé à 2 000 000 FF, soit 200 000 000 F CFA, est destiné à améliorer l alimentation en eau potable de six villages situés aux alentours du village de Synthiane, à l est de Matam. Le maître d ouvrage est l association TUFNDE ENDAM (Solidarités villageoises), représentative des habitants des six villages et des émigrés qui en sont originaires. Cette association a réuni une contribution financière importante : 180 000 FF (18 000 000 F CFA), intégralement apportée par les émigrés. Pour assurer le montage financier et la maîtrise d oeuvre de son projet, elle a mobilisé l assistance des ONG françaises Ingénieurs sans frontière (ISF) et l Association française des volontaires du progrès (AFVP). L investissement humain dans la réalisation du chantier est important. Les habitants assurent la maind oeuvre non qualifiée. Leur participation aux travaux est excellente. Les six villages ont élu 31 délégués (dont 12 femmes), désignés au prorata de la population de chaque village. L assemblée des délégués se réunit sur une base bimensuelle et décide du montant des cotisations, de l emplacement des points d eau à construire, etc. Elle choisit un bureau de 12 membres chargé du suivi quotidien. La nature juridique de ce comité reste à préciser et les relations avec l Etat doivent encore être définies. Le document de projet a évalué les charges de gestion à 180 F CFA/m 3. Le comité a adopté un système de redevances mensuelles fixées à 500 F CFA/foyer, à 100 F CFA/gros animal et 50 F CFA/petit ruminant. Le proche avenir montrera le bien-fondé d une telle décision. 4. Projet de réforme du système actuel de maintenance des installations d hydraulique rurale Objet de l étude Tableau 5 Nappes captées par les forages dans chaque département Dagana Podor Matam Bakel Total % Quaternaire 2 2 4 3 Paléocène 2 2 1 C.T./ Eocène 2 1 3 2 Continental T. 7 2 4 13 8 Maestrichtien 4 55 38 7 104 65 Paléozoïque Cambrien 9 9 6 Socle/Birrimien 3 15 18 11 Non déterminé 6 6 4 Total 4 66 45 44 159 1 La réforme préconisée a pour objectifs : de rétablir l élément «eau» dans son statut de ressource finie ayant une grande valeur économique et une importance certaine sur le plan social. Il s agira d amener les usagers à prendre conscience de la rareté, donc de la valeur économique de l eau ; de promouvoir activement le recours à des mécanismes de participation qui permettent d associer la communauté (usagers, collectivités locales) à la planification et à la mise en oeuvre des programmes d hydraulique rurale ; de repenser le rôle de l Etat dans le domaine de l exploitation et de la maintenance des installations hydrauliques en milieu rural, afin d y associer davantage la population et les institutions locales, publiques et privées. En d autres termes, il s agira de respecter le principe fondamental selon lequel les installations hydrauliques doivent être gérées à l échelon compétent le plus bas ; 31

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal de formuler et mettre en place à échelle locale des mécanismes efficaces et équitables de partage des coûts et des charges des installations d hydraulique rurale entre les parties concernées (usagers, collectivités locales, Etat). Cette réforme repose donc, d une part, sur une plus grande responsabilisation des usagers dans la prise en charge effective des coûts récurrents des installations mise à leur disposition, et, d autre part, sur une implication accrue d opérateurs privés dans les activités d exploitation et de maintenance. Dans ce nouveau système de gestion des forages ruraux, l Etat, à travers la DEM, se limitera exclusivement à ses missions fondamentales de planification, réglementation, coordination, conseil et arbitrage, partout où le service public de l eau pourra être assuré de façon adéquate par la communauté (comités de gestion et collectivités locales) et ses partenaires privés. Etat d avancement du projet Une requête de financement d une «Etude de la réforme du système actuel de gestion des forages motorisés» a été introduite auprès de la Caisse française de développement. Une consultation restreinte, lancée auprès de bureaux d études spécialisés, est envisagée. La durée prévisionnelle de l étude est de six mois. Un dossier définitif peut être envisagé pour la fin 1995. 32

Politique des Etats riverains et de la Coopération française La politique de gestion des équipements d approvisionnement en eau en Mauritanie Etat des lieux sur la gestion du service de l eau en Mauritanie Ahmedou Ould Mohammed MAHMOUD Conseiller technique au ministère de l Hydraulique et de l Energie 1. Politique sectorielle Objectifs L objectif principal de la politique du secteur est de permettre à tous les Mauritaniens l accès à l eau potable à moyen terme. Cette politique s articule autour des orientations suivantes : désengagement progressif de l Etat en matière d exécution de travaux, d exploitation et de maintenance des ouvrages ; promotion et développement des opérateurs économiques privés intervenant dans le secteur de l hydraulique rurale (entreprises de travaux, coopératives, bureaux d études, gestionnaires privés, artisans-réparateurs, commerçants revendeurs de pièces détachées) ; adéquation des équipements avec leur environnement socio-économique, et en particulier avec les besoins et les possibilités réelles des populations ; implication des populations bénéficiaires à tous les stades des projets d alimentation en eau, et leur responsabilisation dans la prise en charge des équipements mis à leur disposition ; définition d une clé de répartition des charges réaliste entre l Etat et les populations utilisatrices. Mise en œuvre La mise en oeuvre de cette politique obéit à des critères sélectifs et objectifs, notamment dans la programmation des interventions. a) En matière de création de points d eau : identification des besoins réels ; susciter une attitude active et responsable des demandeurs ; cohérence avec le plan d aménagement du territoire ; préservation de l environnement. 33

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal b) Les normes de programmation reposent sur les critères sélectifs suivants : création d un point d eau moderne dans chaque localité de plus de 150 habitants ; système de distribution par borne-fontaine dans les localités de plus de 2 000 habitants ; réseau complet de distribution dans les localités de plus de 5000 habitants. du projet CEAO I portant sur la création de 400 points d eau comportant des puits et des forages à pompes manuelles. Depuis, de nombreux autres programmes ont été réalisés, et l on compte aujourd hui près de 160 stations de pompages réparties sur l ensemble du territoire national. Les premiers programmes ont été réalisés sous le sceau de l urgence et souvent dans l improvisation. Les équipements étaient mis à la disposition des collectivités bénéficiaires et l Etat prenait Modes de gestion et de recouvrement des coûts Le système d approvisionnement en eau du secteur rural a considérablement évolué pendant les deux dernières décennies. Jusqu au début des années 70, le puits constituait le seul système d approvisionnement en eau potable des populations rurales. Les deux dernières décennies de sécheresse ont eu pour conséquences : un abaissement du niveau des nappes phréatiques Gret qui a conduit à la disparition de la plupart des puits traditionnels et à l assèchement de nombreux puits cimentés ; une sédentarisation massive des populations nomades qui a engendré une explosion démographique dans les grandes agglomérations urbaines et l émergence d un grand nombre de localités rurales et semi-urbaines. Les nouvelles contraintes techniques liées à l abaissement continu des nappes phréatiques et la nécessité de faire appel aux nappes souterraines généralement profondes, ainsi que l ampleur et l urgence des besoins à satisfaire, ont nécessité l introduction de nouvelles techniques de forages et de moyens d exhaure beaucoup plus performants. Le premier programme de forages a été réalisé en 1979 dans le cadre du projet 36 forages. Mais c est surtout à partir de 1985 que des programmes d hydraulique villageoise et pastorale de grande envergure ont vu le jour avec le démarrage en charge la totalité des coûts de fonctionnement, d entretien, de maintenance et de renouvellement. Avec l augmentation du nombre de stations de pompage, les charges récurrentes devenaient de plus en plus lourdes à supporter par l Etat, qui a décidé d en reporter une partie sur les collectivités bénéficiaires. Cette décision fait l objet de la circulaire 139 du 29 mars 1989, qui répartit ainsi les charges entre l Etat et les structures chargées de la gestion des points d eau (comités villageois, groupements coopératifs ou pré-coopératifs) : les structures responsables de la gestion du point d eau assument les charges de fonctionnement et d entretien courant ; la Direction de l hydraulique continue à assurer le suivi, l entretien périodique, les réparations importantes et le renouvellement éventuel des équipements d exhaure. 34

Politique des Etats riverains et de la Coopération française Pour couvrir une partie des charges de la maintenance, une taxe de 10 UM/m 3 a été instituée, qui devait être versée sur un compte du Trésor créé spécialement à cet effet (compte spécial n 933/36, Cellule de maintenance de la direction de l hydraulique). Cette situation a prévalu jusqu à la réforme administrative de 1986 (création des communes), dont le principal objectif était de responsabiliser les populations en leur permettant de s organiser librement et de s impliquer dans L implantation leur développement. C est ainsi d éoliennes ne que la gestion des ouvrages peut s envisager hydrauliques a été confiée aux que sur des sites communes, qui ont signé individuellement avec le ministère de réputés très ventés. En Afrique de l Hydraulique et de l Energie un l Ouest, deux protocole d accord définissant zones sont les droits et obligations des différentes parties, notamment le particulièrement propices : le littoral paiement par la commune de atlantique, au nord 10 UM m 3 en échange de la de Dakar, et le prise en charge par la Direction Sahel. de l hydraulique des opérations de maintenance et du renouvellement des équipements. A l usage, il s avère que la gestion communale directe pose des problèmes et risque à terme de compromettre les efforts entrepris par l Etat en vue d assurer l approvisionnement en eau potable des populations et du cheptel : d une part, les mauvaises conditions d exploitation et d entretien constatées sur la plupart des stations de pompage ont pour effet d augmenter les charges de maintenance (multiplication de pannes) et de réduire la durée de vie des équipements ; d autre part, le taux de recouvrement de la redevance reste très faible (de l ordre de 20 %) malgré les recettes souvent importantes générées par la vente de l eau et qui sont généralement utilisées à d autres fins. Tout cela sans compter qu en raison de la faiblesse du niveau de la redevance, même avec un taux de recouvrement de 100 %, on arriverait à peine à couvrir 15 % du coût total de la maintenance. Dans ce contexte, l Etat doit continuer : à supporter la quasi-totalité des coûts de maintenance des stations de pompage ; à procéder au renouvellement des équipements de ces stations ; à faire face aux investissements nécessaires à l accroissement du taux de couverture des besoins. Devant l impossibilité pour l Etat de faire face à toutes ces charges, et l expérience non concluante de la gestion communale, il a paru indispensable de trouver un nouveau système de gestion et de définir une nouvelle clé de répartition des coûts de façon à garantir la pérennité du système d approvisionnement en eau dans le secteur rural. Le système de gestion retenu a été adopté par le décret n 93.124 de décembre 1993. Il repose sur les principes essentiels suivants : gestion confiée à un concessionnaire privé ; prise en charge effective du coût de l eau par les populations bénéficiaires ; transfert progressif des tâches de maintenance vers le concessionnaire ; suivi et contrôle de la gestion par l administration. Compte tenu de la grande diversité de situations résultant de l existence d une large gamme de stations motorisées qui diffèrent par le contexte socio-économique, la situation géographique, les divers types d usages, la nature des équipements, etc., il importait d observer une certaine souplesse dans le choix du mode de gestion qui doit être adapté à chaque cas. C est ainsi que l exploitant peut être un groupement d éleveurs, un groupement coopératif ou précoopératif, un comité de gestion villageois, une personne physique ou morale, ou une régie communale personnalisée. La clé de répartition des coûts entre l Etat et les collectivités bénéficiaires fixée par le décret se présente comme suit : l Etat prend en charge l investissement initial ; les collectivités bénéficiaires étant appelées à contribuer à cet investissement ; tout les frais inhérents au fonctionnement, à l entretien, au personnel, à la maintenance et au renouvellement des équipements sont pris en compte dans la structure de tarification de l eau précisée dans le cahier des charges. 35

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal Les équipements et infrastructures mis à la disposition des collectivités bénéficiaires restent propriété de l Etat. C est le ministère chargé de l hydraulique qui décide du mode de gestion, du système de tarification et assure le contrôle technique et financier de l exploitation de ces équipements. A cet effet, il élabore les cahiers des charges qui définissent les conditions d exploitation des équipements. La commune, principal bénéficiaire du service d approvisionnement en eau potable, est associée à tout ce qui touche à l exploitation des ouvrages (élaboration du cahier des charges, suivi et contrôle des conditions d exploitation). Elle doit notamment assurer le suivi de la distribution aux points de vente et veiller à la qualité du service. L exploitant est choisi par le ministère chargé de l hydraulique, en rapport avec les autorités administratives et communales. Il a pour mission d assurer l approvisionnement en eau de la population et de gérer les ouvrages conformément aux dispositions des cahiers des charges. Il perçoit une indemnité destinée à couvrir les obligations liées à sa charge. Le tarif de l eau est établi par arrêté du ministre chargé de l hydraulique. 3. Problèmes rencontrés La mise en oeuvre de ce dernier système de gestion débute. Cependant on peut déjà, compte tenu de l expérience des systèmes précédents, identifier des problèmes rencontrés lors de la conception du système ou susceptibles d apparaître pendant son application. L un des problèmes pour la mise en oeuvre du système de gestion est la grande diversité des situations. Cette diversité porte à la fois sur la nature des équipements et leur état à la date de leur remise au concessionnaire, sur le niveau des revenus des populations, la possibilité de confier la maintenance à des privés locaux, etc. structure de tarification doit être adaptée aux cas de figures spécifiques. Malgré l existence d équipements en fonctionnement depuis plus d une dizaine d années, il n existe que peu de données fiables sur leurs charges de fonctionnement. Les données existantes sont souvent incomplètes et limitées dans le temps. Les équipements semblent dans beaucoup de cas sur-dimensionnés. La faiblesse du niveau de service dans la plupart des mini-réseaux limite considérablement l accès à l eau d une grande partie de la population, et donc les consommations globales, ce qui alourdit les charges fixes unitaires. Ce problème est posé dans la majeure partie des centres. Le niveau de revenu est très faible dans une grande partie des cas et de nombreuses populations n ont pas l habitude d acheter l eau. L insuffisance de l éducation sanitaire constitue un handicap devant le développement du système. En l absence d une conscience claire de l importance de l eau potable sur le plan sanitaire et du coût financier des maladies d origine hydrique aussi bien pour l individu que pour la collectivité nationale, les populations se rabattent vers les ressources d approvisionnement traditionnelles généralement polluées, dès que le prix de l eau dépasse un seuil donné. La mise en oeuvre de la nouvelle politique de gestion des équipements nécessite quelques actions d accompagnement dont les principales portent sur : le renforcement des capacités de l administration dans le suivi de la gestion dont elle est responsable ; la formation d artisans réparateurs pour la maintenance ; la mise en place d un réseau de commercialisation des pièces détachées. Compte tenu de cette diversité de situation, on ne peut pas appliquer un tarif uniforme. La 36

Politique des Etats riverains et de la Coopération française Gestion des ressources en eau et hydraulique rurale. Eléments de politique sectorielle. RÉPUBLIQUE FRANÇAISE Ministère de la Coopération Direction du développement (DEV/ERN) Pierre ICARD, charge de mission au ministère de la Coopération Bureau de la gestion des ressources naturelles et de l environnement A. L organisation de la coopération dans le secteur de l eau 1. Au sein de la Direction du développement du ministère de la Coopération, la répartition des fonctions est la suivante : Pour la sous-direction du développement économique et de l environnement (DEV/E) : le bureau Gestion des ressources naturelles et environnement (DEV/ERN) est chargé de la définition et de la mise en oeuvre de stratégies permettant d assurer la durabilité de la production et du développement. Sur le plan sectoriel, il intervient dans la gestion des ressources naturelles dominantes dans les économies africaines : forêts, mines, pêche, faune, énergie et eau (y compris l approvisionnement en eau potable des populations en milieu rural et dans les gros centres ruraux) ; le bureau Infrastructures et services collectifs (DEV/EIC) intervient dans le cadre général de la recherche de la compétitivité des facteurs collectifs de la production. A ce titre, il est concerné par le thème des «services publics urbains marchands», notamment des sociétés de distribution d eau. Pour la sous-direction du développement Institutionnel (DEV/I) : le bureau des collectivités locales et du développement urbain (DEV/ILU) traite les aspects relatifs à la structuration des collectivités locales et à l organisation des services locaux urbains (eau, assainissement...), à l exception des services publics marchands ; le bureau de l initiative privée et de la vie associative (DEV/IVA) est concerné par les actions menées par les ONG et le milieu associatif. 2. En ce qui concerne la Caisse française de développement (CFD) : les thèmes «alimentation en milieu rural et irrigation» sont pris en compte au sein des divisions techniques 1 (développement rural), alors que les aspects urbains (service public marchand) et semi-urbains (alimentation en eau des gros centres ruraux) sont traités par les divisions techniques 2 (infrastructures et industries) dans les différents départements géographiques. 37

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal L articulation des actions du ministère avec la CFD s est rodée dans le cadre des grands programmes hydrauliques du conseil de l entente. Le ministère prend en charge les appuis institutionnels, les bases de données, les études, la formation. Le FAC finance des projets à but méthodologique, des projets pilotes, des projets «à risque», voire des projets de recherche appliquée (fracturation hydraulique, étude des milieux fissurés). La CFD finance les grands programmes d équipement. B. Les orientations prioritaires la définition et la promotion d une politique nationale de l eau fixant les orientations et les principes-cadres de l action de l Etat, et permettant de proposer des mesures institutionnelles, réglementaires et financières propres à assurer la maîtrise et l équilibre financier du secteur, de rationaliser les programmes d investissements et le choix des ouvrages, d organiser le suivi des ressources et des équipements, et d en optimiser la gestion ; le transfert des fonctions opérationnelles au secteur privé ou associatif (fonction d entreprise, fonction de maintenance, fonction de gestion...). 1. Les appuis institutionnels Aux administrations de l eau Après la grande sécheresse du début des années 70 au Sahel, la période 75-88 a été marquée par l explosion de l hydraulique villageoise et des grands travaux, et par l irruption des bailleurs de fonds dans un secteur qui leur était jusqu alors peu familier. Les financements importants ont permis de réaliser près de cent mille points d eau, dont environ dix mille avec l aide française. Cependant, peu d Etats ont défini une stratégie sectorielle susceptible de créer un environnement propice aux programmes d investissement et de définir un cadre d intervention aux multiples intervenants. L activité dans les domaines juridiques et réglementaires est restée marginale. L Etat a voulu prendre en charge l ensemble des composantes de la filière d approvisionnement, jusqu à la commercialisation des pièces détachées. Dans le même élan, les grands offices de travaux, souvent suréquipés par les bailleurs de fonds, se sont développés sans préoccupation de gestion. Devant ce constat, l objectif général des actions développées par le ministère de la Coopération vise à recentrer les administrations sur leurs missions de service public, en les dotant des outils techniques indispensables. Les points d application de ces actions sont : Aux usagers, aux collectivités locales, au secteur privé L insuffisante association des usagers, alors que la gestion du point d eau est souvent le premier projet susceptible de rassembler les villageois autour d un objectif commun, a certainement été un facteur prépondérant des échecs rencontrés. Dès 1985, l aide française a développé dans le cadre des programmes régionaux du Conseil de l entente une stratégie faisant de la collectivité rurale un partenaire actif. Cette approche demande à être poursuivie et renforcée pour permettre la mise en place d un nouveau dispositif de développement par le renforcement des organisations territoriales et professionnelles de la société civile, dotées de mandat et de ressources financières. Cette approche nécessite des évolutions de nature politique (démocratisation, décentralisation...). Elle nécessite également une évolution des mentalités : l eau «bien social» doit devenir un bien marchand et la vente d eau une opération économique permettant d assurer l équilibre du compte d exploitation des équipements. Elle demande enfin que soient mis à la disposition des usagers et des collectivités rurales les moyens juridiques, fiscaux, financiers et techniques nécessaires. Il s agit d un champ que l aide française a commencé à explorer (définition des statuts juridiques des installations, appui à l organisation de la maintenance, et des gestionnaires de régies d eau, etc.) et qui 38

Politique des Etats riverains et de la Coopération française Les forages garantissent plus de disponibilité et une meilleure qualité d eau par rapport aux points d eau traditionnels. Ils génèrent en contre-partie des coûts récurrents plus élevés qu il faudra recouvrir. B. Collignon devrait mobiliser les acteurs de la coopération décentralisée. Un second objectif concerne la promotion ou le renforcement, au travers des projets, d opérateurs de développement spécialisés, à gestion de type privé, appuyant la mise en place de dispositifs permettant de gérer les équipements et la ressource. Des actions d appui à l émergence de l ingénierie africaine sont déjà engagées dans le cadre des programmes du Conseil de l entente. Concernant l autonomisation des micro-entreprises (artisans réparateurs, mécaniciens, puisatiers...), l Association française des volontaires du progrès (AFVP) mène un programme régional d appui et de promotion. Les actions dans ce domaine doivent s intensifier. La réorganisation des marchés (réduction de la taille des appels d offres, programmation annuelle des travaux, augmentation des délais de réalisation), la promotion de technologies adaptées et la prise en compte des demandes et des capacités locales lors du dimensionnement des installations doivent permettre l accès aux travaux des opérateurs nationaux. Aux organisations régionales En ce qui concerne les ressources en eau partagées, qu il s agisse des grands fleuves ou des aquifères transfrontières, la mise en place d une coopération régionale est recherchée, dans le but d accompagner et de renforcer la mise en oeuvre de procédures de gestion rationnelle. Par gestion de l eau, il faut entendre tout ce qui a trait au dispositif administratif et technique, et aux prescriptions qui en résultent pour assurer une utilisation de la ressource satisfaisant à la fois l intérêt des Etats concernés et les besoins d approvisionnement des usagers publics et privés. 2. L amélioration des conditions de vie La pérennité de la distribution Devant les difficultés rencontrées pour la maintenance des pompes, la nécessité d un dispositif d entretien décentralisé fondé sur la participation volontaire des villageois a été reconnue dès 1983, puis formalisée en 1985, tant par la définition claire des responsabilités (l entretien des 39

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal moyens d exhaure est dévolu aux villageois, et l entretien des ouvrages de captage à l administration), que par la mise en place d un dispositif à trois niveaux, désormais classique (les comités de points d eau villageois, le réseau d artisans réparateurs privés et le réseau de vente de pièces détachées). B. Collignon. Toutefois, les bilans de fin de décennie on fait apparaître des taux équipements non utilisés allant jusqu à 50 % selon les régions et les pays. Les causes principales de ces échecs sont : la mauvaise appropriation des équipements par les villageois, la multiplication des types et marques de pompes, la mauvaise implantation des points d eau, l absence de service après-vente structuré. La priorité doit donc être de faire fonctionner les équipements déjà mis en place, avant de faire nouveaux investissements. Cela se traduit par la mise en oeuvre de programmes de restructuration des dispositifs décentralisés fondés sur : le paiement de l eau par les villageois, et leur participation à l investissement initial ; le renforcement des réseaux d artisans ; la réduction du nombre de modèles de pompe et l harmonisation régionale des parcs ; la réorganisation du service après-vente ; la révision des normes équipements. Ces principes qui font de la communauté villageoise le partenaire principal nécessitent une volonté ferme de l Etat qui doit définir et formaliser les principes d organisation et de mise en oeuvre de la maintenance décentralisée. Scène d affluence devant un point d eau. Quand l eau est trop rare, sa quête devient un cauchemar. Ce sont souvent les enfants qui en font souvent les frais. La demande pour de nouveaux équipements existe dans les pays qui ont été touchés tardivement par le développement de l hydraulique villageoise (Guinée, Tchad...) ou dans des régions plus difficiles qui imposent pour les nouveaux programmes une approche améliorée et une meilleure adaptation du cycle des projets : programmation détaillée sur la base d enquêtes, demandes formulées par les villages, prise en compte des aspects sanitaires, annualisation des programmes de travaux... Au sein de l aide française, la Caisse française de développement joue un rôle prépondérant dans le financement des grands programmes d équipement comme la troisième phase du programme hydraulique du Conseil de l entente, ainsi que dans la mise en oeuvre à grande échelle des méthodes et des techniques testées dans les projets FAC (programme de réhabilitation des pompes de la région de Tillabéry au Niger). 40

Politique des Etats riverains et de la Coopération française La desserte des gros bourgs ruraux Au cours de la dernière décennie, l essentiel des investissements a été orienté vers la desserte du centre des grandes villes ou des villages. L amélioration des conditions d alimentation en eau dans les quartiers périphériques et les centres secondaires (gros bourgs ruraux de 1500 à 5000 habitants) est restée faible. La desserte des gros bourgs ruraux est donc également considérée comme prioritaire. Là encore, les objectifs à atteindre concernent le plan opérationnel et le plan institutionnel : aider les Etats à définir le cadre institutionnel et juridique de la desserte en eau (clarifier la notion de point d eau et le statut juridique des dispositifs de captage et de distribution). Définir les principes fondamentaux permettant la mise en oeuvre du programme national d alimentation en eau des centres secondaires, avec l objectif de doter l ensemble des installations d un cadre de gestion autorisant le désengagement de la puissance publique. A partir des opérations pilotes et des études à but méthodologique en cours, quelques principes destinés à orienter les actions peuvent être dégagés : la stratégie de desserte doit s appuyer sur les demandes solvables pour les biens et services demandés. Elle doit aussi être globale, c est-à-dire, au-delà d un modèle technique, proposer des modalités de gestion, des procédures financières viables sur la durée de vie des équipements et intégrer l environnement social du point d eau ; la participation des collectivités à la conception et au financement des aménagements paraît seule à même de garantir la bonne exploitation et la gestion équilibrée des installations (recouvrement des coûts de fonctionnement et de renouvellement des équipements d exhaure) ; les modalités de gestion permettront le recours à des opérateurs spécialisés. Les systèmes de gestion pourront combiner le mode associatif pour la distribution (gestion courante) et le mode privé (concession au secteur informel ou au secteur moderne) pour la production (gestion à moyen et long terme). L objectif de rentabilité, appréciable à l échelle d un groupe d installations ou d une région, n exclut pas le principe de subventions pour la mise en place d infrastructures destinées à fonctionner sur le long terme. L amélioration qualitative de la desserte Les maladies liées à l eau constituent, en Afrique, le problème majeur de santé publique. L approvisionnement en eau potable est un facteur essentiel de disparition ou de diminution des maladies d origine bactérienne, virale ou parasitaire. Si l exécution systématique de forages a permis d améliorer l approvisionnement en eau des populations rurales, l impact sanitaire est jusqu à présent resté faible. En effet, l eau délivrée par les forages équipés de pompes est potable, mais l eau consommée ne l est plus car les contaminations se produisent durant le transport et le stockage. Plus qu un objectif, la fourniture d eau potable devient une obligation qui peut se traduire en terme opérationnel par des programmes d assainissement, de suivi qualitatif de la ressource, de potabilisation des eaux, des études d impact et des actions d éducation sanitaire. 3. La gestion des ressources en eau Le constat effectué à la fin de la décennie internationale de l eau potable et de l assainissement en 1990, brièvement évoqué plus haut, a fait ressortir la nécessité de s abstraire d une approche trop sectorielle pour faire de la politique de l eau une composante d une politique de gestion des ressources naturelles dont les objectifs fondamentaux consistent à garantir la préservation d une qualité de vie minimale, mais aussi la durabilité de la production économique. 41

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal Trop longtemps considérée comme un simple fluide ou un produit chimique, l eau doit être aujourd hui envisagée comme un milieu de vie qu il faut préserver en quantité, en qualité et en diversité. Les ressources en eau doivent être gérées comme un patrimoine précieux, et leurs usages organisés pour permettre la satisfaction optimale de l ensemble des besoins, éviter les gaspillages, empêcher des dégradations irréversibles et assurer les recyclages. Tous ces problèmes ne peuvent plus être résolus de façon sectorielle et séparément les uns des autres, mais doivent être abordés dans le cadre d une approche intégrée à échelle géographique de chaque unité hydrographique. Ce concept de gestion intégrée par bassin versant élaboré par l école française de l eau s est imposé comme un modèle, et son adaptation sera encouragée par la diffusion de l expérience française et par la promotion d un partenariat entre les institutions françaises et les institutions nationales ou régionales. Les actions auxquelles la coopération française est disposée à apporter son appui concernent l amélioration de la connaissance, la mise en place d instruments de simulation et de suivi de l exploitation des grands aquifères et des bassins fluviaux, la mise en place de réseaux d observations et de mesures permettant de suivre évolution du milieu naturel. En matière de gestion également, le cadre juridique et réglementaire est à définir dans une dimension régionale. 42

Politique des Etats riverains et de la Coopération française Décentralisation, développement communal et local Trois axes principaux d intervention Corinne Etaix, chargée de mission au ministère de la Coopération (DEV/I) Bureau des collectivités locales et du développement urbain Appui institutionnel La coopération française accompagne les programmes de décentralisation et de déconcentration en cours dans certains pays d Afrique au travers d un appui à : l élaboration du cadre institutionnel et réglementaire nécessaire à une définition claire des nouvelles responsabilités et procédures engendrées par ces processus ; la réorganisation des services de l Etat parallèlement à la mise en place des réformes liées à la décentralisation. Ainsi le ministère de la Coopération s attache-til à promouvoir la décentralisation comme facteur d efficacité dans la gestion des services locaux et de rapprochement entre décideurs et administrés, permettant une meilleure appréhension des problématiques sociales. L objectif est d accompagner l émergence d une véritable démocratie locale, fondée sur la participation et l implication des populations, et s exerçant dans le cadre d un Etat de droit, avec transparence et efficacité. Cette préoccupation, qui tient compte de la diversité et de la spécificité des situations géographiques, intègre également la dimension spatiale du développement où décentralisation et aménagement du territoire se conjuguent. Renforcement des municipalités Nouvel acteur dans l univers institutionnel des Etats africains, la collectivité locale éprouve souvent des difficultés à asseoir sa légitimité. Dépourvue de moyens financiers adéquats lui permettant d offrir un minimum de services et de réaliser des investissements locaux, elle n est souvent pas en mesure de satisfaire les attentes socio-économiques des populations. L ensemble des actions menées par la coopération française dans ce domaine vise à faire émerger l échelon local comme niveau de reconstruction de la confiance et de l intérêt des populations dans la gestion des affaires locales. Le souci est d aider les municipalités à accroître leurs capacités de gestion, afin de leur permettre d exercer de 43

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal manière continue et efficace les responsabilités techniques, administratives et financières qui leur sont conférées dans le cadre des réformes de décentralisation. Ceci se traduit par un appui à l organisation des services et procédures municipales, par un renforcement des capacités de gestion, d analyse financière et économique (appui à la maîtrise d ouvrage), par une mobilisation accrue des ressources fiscales, par l équipement matériel des services, par la réalisation équipements communaux et la réhabilitation d infrastructures, ainsi que la formation du personnel municipal et la sensibilisation des élus. La coopération française s attache à : mettre en place des infrastructures et services de base visant à améliorer la qualité de vie des populations (eau, énergie, transport, déchets, production, distribution) ; renforcer ses moyens d intervention dans la conception et la réalisation de programmes et projets locaux ; mettre en oeuvre des procédures lui permettant de rendre compte à ses administrés. Structuration des collectivités rurales En milieu rural, les stratégies de développement ont évolué ces dernières années d une approche de type «gestion de terroirs» visant à mettre en valeur le patrimoine naturel agro-sylvo-pastoral, vers une démarche plus globale qui s efforce d associer les communautés rurales à l ensemble du développement intégré de leur région. sociaux) et la mise en place de systèmes de financement décentralisés avec pouvoirs de décision et de gestion détenus localement. Des instances réunissant les représentants des populations sont instaurées. Ces assemblées, qui ont à statuer sur la justification technique, économique et financière des investissements locaux, assument des responsabilités qui, dans le cadre de la décentralisation, pourraient être dévolues aux collectivités territoriales rurales ; mais celles-ci, dans la majorité des pays, ne sont pas encore en place. Les appuis proposés visent également à promouvoir l émergence de véritables opérateurs locaux, prestataires de services compétents, capables d intervenir sur des bases contractuelles en tant que maîtres d ouvrage délégués ou maîtres d oeuvre à la demande des collectivités locales. L ensemble des intervenants français ayant une expérience dans ce domaine est associé à la mise en oeuvre de cette coopération (administrations de l équipement, de l intérieur, des finances, villes et collectivités locales dans le cadre de la coopération décentralisée, ONG) qui s attache à promouvoir la reconnaissance du rôle des collectivités locales comme acteurs du développement : acteurs institutionnels responsables de la démocratie locale et garants de la participation des citoyens aux décisions ; acteurs économiques, favorisant l accès aux services de proximité, engagés dans les actions de développement local rural et urbain ; acteurs sociaux engagés dans les actions de formation, de santé, de réduction des inégalités. Pour permettre le «développement local» qui est l objectif de ces stratégies, l aide française favorise la structuration de la société civile rurale en appuyant la maîtrise d ouvrage des demandes d investissements villageois (aménagements fonciers, équipements de production, équipements 44

Thème 2 Quels modes d alimentation en eau? Rapporteur : Didier Allély

Quels modes d alimentation en eau? La plupart des projets d alimentation en eau reposent sur des études de faisabilité technique sérieuses. Pourtant, l implication des communautés d usagers, au moment des choix techniques et méthodologiques, est souvent insuffisante, voire tout à fait négligée. Certes, l éventail des options techniques est large et chacune entraîne des enjeux qui peuvent rendre le choix difficile. Mais, le choix du mode d alimentation en eau est le point clef qui déterminera le succès, ou pas, de tout projet hydraulique. L objectif étant la mise en place d un système viable et durable, cet atelier a tenté, à partir d expériences déjà conduites, de répondre à deux questions principales : -quels sont les éléments à prendre en compte pour atteindre la meilleure adéquation possible entre critères techniques et situation hydrogéologique, géographique, économique et sociale? -quel doit être le rôle des communautés dans le choix des techniques et des systèmes, et à qui revient la maîtrise d ouvrage? Présentation des interventions Hydrogéologie sommaire de la région du bassin du fleuve Sénégal. Antoine MALAFOSSE. Pour mieux analyser les ressources en eau souterraines existantes, l auteur décrit sommairement les différentes zones géologiques et hydrogéologiques du bassin du fleuve. Six principaux sousensembles présentent chacun des caractéristiques propres. Les capacités, les niveaux de captage et la qualité de l eau varient considérablement d un sous-ensemble à l autre. Le choix et le dimensionnement des infrastructures et des équipements et l implication des populations. Didier ALLÉLY. De nombreux échecs, en matière de gestion de l eau, résultent du manque d implication des communautés d usagers au moment du choix des insfrastructures à mettre en place. Après avoir présenté les principales difficultés liées à cette non prise en compte des populations, l auteur propose un processus de sélection des technologies fondé sur une réelle participation communautaire. Ce processus vise, pour une prise en charge des installations plus responsable et durable, à donner d abord les moyens du choix aux populations concernées. C est sous cet angle que l auteur présente les éléments déterminants à prendre en compte dans le choix d un mode d approvisionnement en eau. La gestion et la maintenance des forages et adductions d eau potable au Sénégal. Bruno VALFREY. L auteur, qui a conduit une étude sur une trentaine de petits centres équipés d ouvrages hydrauliques motorisés au Sénégal, présente brièvement l état des lieux sur la gestion et la maintenance de ces centres. Il met en évidence les difficultés liées aux choix techniques, à l organisation des comités de gestion et au manque de définition du rôle des différents protagonistes. Enfin, sur la base d expériences, notamment celle, assez novatrice, du projet de Caritas Kaolack (voir la présentation de ce projet dans le thème 3), l auteur expose différents scénarios et présente plusieurs propositions pour la mise en place des comités de gestion. - 47 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Le projet Guidimakha : le choix des populations entre un forage et un contre-puits. Antoine MALAFOSSE. Cette étude de cas porte sur le choix entre deux types d ouvrages et d équipements proposés à des communautés villageoises : le forage équipé d une pompe manuelle ou le forage et son contrepuits. Après avoir présenté la méthodologie et la démarche d animation et de formation suivie par les responsables du projet, l auteur analyse le choix des villageois. Il montre que les demandes d installation de pompes ont été largement inférieures aux prévisions et que les populations de plusieurs sites ont refusé le point d eau proposé. Le réseau d eau d Agnam : un exemple de gestion communautaire au Sénégal. Samba TOURÉ. L auteur analyse l expérience conduite par plusieurs villages d Agnam qui s approvisionnent en eau au même système d adduction. Il expose le fonctionnement du partenariat, l implication des villageois et le processus suivi pour la mise en place d un système de gestion technique et financière. Les difficultés pour définir le rôle de chacun dans la mise en oeuvre et la gestion d un tel projet apparaissent clairement dans l exposé. Cette situation, d autant plus marquée quand les orientations et l organisation n ont pas été prévues avant la mise en fonctionnement du réseau, est commune à de nombreux projets d hydraulique. Le projet d adduction d eau de 6 villages autour de Synthiane : une implication de toute la communauté aux différentes phases. Mamadou DEME. L exemple de Synthiane, région à forte émigration, illustre l importance de l implication de l ensemble des populations (villageois et émigrés), à chacune des phases de la mise en oeuvre d un projet. Après un bref rappel historique, l auteur expose la démarche de partenariat et de concertation qui a prévalu durant tout le montage et la réalisation du projet. Il présente comment les associations d émigrés préparent l avenir, en tenant compte de l évolution de l émigration en Europe. - 48 -

Quels modes d alimentation en eau? Hydrogéologie sommaire de la région du bassin du fleuve Sénégal Antoine MALAFOSSE bureau de géologie appliquée, Burgeap La zone qui nous intéresse et qui couvre les régions situées autour du fleuve Sénégal, dans trois pays, présente du point de vue géologique et hydrogéologique des aspects variés. L objectif est de comprendre les différents gîtes des eaux souterraines du bassin, pour définir leurs modalités de captage. Dans cette optique, cette zone peut être divisée en plusieurs sous-ensembles que l on décrira en descendant le fleuve d est en ouest (cf. carte page suivante). Dans ces cas, un ouvrage de captage des eaux souterraines ne pourra être réalisé que si deux difficultés majeures sont résolues : -la localisation de l ouvrage. Au droit d une ou de plusieurs fractures alimentées en eau, ou dans une nappe alluviale dont on estime qu elle a un débit suffisant ; -les moyens importants que nécessite la réalisation d un ouvrage dans cette zone : forage ou puits creusé à l aide de moyens mécaniques lourds (sondeuse au marteau fond-de-trou, compresseur, explosifs...). 1. La zone du socle A l amont de Bakel (jusqu à 20 kilomètres à l ouest de Bakel) Une première zone englobe toute la région de Kayes, le Guidimakha, aussi bien malien que mauritanien. Elle est peu présente au Sénégal. C est une zone de socle : pénéplaine antécambrienne formée de roches très dures, compactes, sans perméabilité originelle, parfois fracturées. Les ressources en eau sont alors limitées aux zones fracturées du socle, bien que ces fractures soient parfois dénoyées, et aux petites nappes alluviales que l on peut trouver à proximité ou au droit d oued, des affluents du fleuve ou du fleuve luimême. 2. Le sédimentaire De Bakel au Delta (80 kilomètres avant Saint- Louis) On entre alors dans la zone du bassin sédimentaire sénégalo-mauritanien. Celui-ci se présente tout d abord sous l aspect d une cuirasse latéritique recouvrant le Continental terminal (CT). Ce Continental terminal est le faciès continental sableux et gréso-argileux déposé après l éocène, lors de l émersion du bassin sénégalo-mauritanien. Il s étend sur environ 300 km jusqu à Rosso. Par endroits, au bord du fleuve, affleure l éocène moyen dit lutétien, argilo-marneux ou calcaire. Les dépits quaternaires sont constitués d allu- - 49 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Figure 1 Localisation du bassin sédimentaire sénégalo-mauritanien - 50 -

Quels modes d alimentation en eau? vions marines et fluviales le long du fleuve Sénégal. Cette coupe géologique sommaire permet de délimiter trois ensembles aquifères. La nappe alluviale du fleuve Sénégal En aval de Bakel, le fleuve coule sur ses alluvions. Directement alimenté par les eaux de surface, le niveau de cette nappe varie en fonction des crues du fleuve, de la pluviométrie, et connaît donc de fortes variations annuelles. Lorsqu on s éloigne du fleuve, vers le nord ou le sud, le niveau Nappe située dans le Continental terminal Cette nappe est en contact direct avec la nappe alluviale, mais située dans des formations géologiques différentes, à dominante calcaire. Le long du fleuve, les niveaux statiques et les débits obtenus sont très variables, ce qui explique sans doute le petit nombre de forages exploitant cette nappe. Dans la zone qui nous intéresse, on trouve le toit de cette nappe à quelques dizaines de mètres du niveau du sol, profondeur qui peut aller jusqu à 85 mètres. Étant donné ses caractéristiques variables, il est déconseillé d utiliser cette nappe comme ressource en eau. Figure 2 Coupe schématique de la vallée du fleuve Sénégal entre Bakel et le delta (ELOUARD P. -BRGM. 1962). vallée fleuve Sénégal vallée plateau du CT statique de cette nappe s abaisse très rapidement (voir Figure 2). Cette nappe se limite à la zone alluviale du fleuve, de ses affluents et du lac Rkiz, et aux terrains situés en bordure de la plaine alluviale. Elle se prolonge dans les sables dunaires qui recouvrent une bonne partie du Trarza mauritanien. C est cette nappe qu exploitent la majorité des puits traditionnels, particulièrement en bordure du fleuve, dans le Trarza et les environs du lac de Rkiz. Les débits captés peuvent être très importants, mais également très variables en fonction de la saison. Cette nappe ne peut donc pas être toujours utilisée de façon durable et pérenne (difficulté de capter des gros débits en saison sèche). Aquifère du Maestrichtien A la différence du précédent, cet aquifère, grâce à la présence de faciès sableux à son sommet, constitue un aquifère continu et homogène aux caractéristiques hydrodynamiques, généralement bonnes, et relativement constantes sur la totalité du bassin sédimentaire sénégalais. Il constitue donc logiquement la ressource d eau la plus exploitée au Sénégal. Sur la zone du fleuve, on trouve cet aquifère à des profondeurs situées entre 50 et 100 mètres. Situé sous une couche géologique imperméable (argile), il est captif ; son niveau piézométrique est donc plus proche de la surface. - 51 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires L épaisseur de cet aquifère est très importante et on ne s intéresse ici qu à son épaisseur utile, c est-à-dire celle des sables de bonne perméabilité et de faible salinité. Sur ce point, la plupart des études faites estiment que les 100 à 200 premiers mètres sont productifs. Figure 3 Qualité chimique des eaux du bassin sédimentaire sénégalo-mauritanien (BRGM-1976) 3. Le delta du fleuve A l ouest, en bordure de mer, l eau salée est présente dans les terrains du quaternaire et envahit le Continental terminal formant un biseau salé sous l eau douce. L eau des puits est salée jusqu à plus de 80 kilomètres à l intérieur des terres. Dans cette zone, la nappe du Maestrichtien est également fortement salée. La provenance de cette salinité est cependant plus ancienne. Ce biseau salé a fortement progressé ces dernières années, notamment à cause des sécheresses persistantes. Bibliographie ELOUARD P. (BRGM). 1962. Étude géologique et hydrogéologique des formations sédimentaires du Guebla mauritanien et de la vallée du Sénégal. Conclusion En résumé, pour être durables et obtenir une eau de bonne qualité, les ouvrages de captage d eaux souterraines dans cette zone devraient capter l aquifère du Maestrichtien. Il faut cependant noter, si l on se place d un point de vue régional, que les ouvrages existants couvrent déjà théoriquement les besoins en eau potable. Étant donné la profondeur de cet aquifère, ces ouvrages sont nécessairement des forages avec un équipement d exhaure motorisé. DIENG B. 1987. Paléohydrogéologie et hydrogéologie quantitatives du bassin sédimentaire du Sénégal. Essai d explication des anomalies piézométriques observées. Thèse, École nationale supérieure des mines de Paris. DGRH. 1993. Synthèse des ressources en eau. Cartographie des systèmes aquifères. Etude publiée par la direction du Génie rural et de l hydraulique du ministère de l Hydraulique, Projet PNUD/DGRH/DADSGSen/87/006. - 52 -

Quels modes d alimentation en eau? Choisir et dimensionner des infrastructures et des équipements en impliquant les populations L adéquation des critères techniques par rapport à la situation hydrogéologique, géographique, économique et sociale (1) Didier ALLÉLY, coordinateur sous-programme Bassin du fleuve Sénégal du Programme Solidarité Eau 1. Analyse du contexte et des compétences locales Dans le passé, beaucoup d erreurs ont été commises en transférant des technologies d approvisionnement en eau potable ou d assainissement de pays industrialisés vers des pays en voie de développement. L évaluation des conditions préalables et des adaptations technologiques à apporter n a pas toujours été suffisante. De même, on a parfois transféré directement des expériences positives menées dans certains pays en voie de développement vers d autres régions, sans vérifier si cela conduirait à nouveau au succès. Les erreurs possibles quant au choix de la technologie et de son dimensionnement peuvent être très nombreuses. Nous ne citerons ici que les principales. a) Considération insuffisante ou inexistante de la situation en place, de l environnement et des compétences locales. Les conditions macroéconomiques, les compétences techniques et logistiques municipales locales, la disponibilité de pièces détachées, l acceptation par les communautés des technologies prévues sont autant d éléments à prendre en compte dans l élaboration d un projet. b) Non-prise en compte de l expérience des systèmes d approvisionnement existants. Il est souvent préférable de s appuyer sur les structures ou fonctionnements existants pour mettre en place des systèmes techniquement plus performants. D autre part, le fonctionnement existant permet d évaluer les compétences et la capacité de prise en charge du processus par la communauté. c) Non-respect des conditions préalables. Les nouvelles technologies sont souvent présentées comme une révolution technique mais on ne peut confirmer ce postulat si toutes les conditions préalables ne sont pas respectées. Même si les compétences nécessaires au fonctionnement et à la maintenance existent localement, l implantation de ces technologies peut échouer pour d autres raisons : problèmes financiers, de suivi, de disponibilité en pièces détachées, de gestion et d acceptation par les bénéficiaires. d) Non-respect ou considération insuffisante des besoins et des préférences des futurs utilisa- (1) Le texte de cette présentation reprend en partie les ouvrages publiés par l IRC, cités en bibliographie. - 53 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Les étapes d un processus de sélection de technologies fondé sur la participation communautaire 1. La communauté demande un appui pour la réalisation d un projet d approvisionnement en eau. 2. Conduite d une étude de base impliquant la communauté incluant, entre autres, une étude de la situation existante des besoins, et une analyse des problèmes rencontrés par ses membres. 3. Récolte d informations locales englobant entre autres la confirmation des données collectées par des personnes ressources locales. 4. Analyse des données conduisant à une identification des technologies qui semblent les plus appropriées. 5. Présentation et discussion avec la communauté sur les technologies les plus appropriées (avantages, inconvénients, limites et implications de chacune des technologies). 6. La communauté décide de la ou des options technologiques en considérant leurs conséquences... 7. et suivent les autres étapes du cycle d un projet... f) Méconnaissance du coût réel du fonctionnement et de la maintenance sur le court et le long terme. Les équipements ne nécessitant aucun entretien n existent pas. Il est indispensable d estimer les coûts récurrents et leur évolution dans le temps. g) Supposition rapide et trop optimiste de la prise en charge des coûts de fonctionnement et de maintenance par les différents protagonistes (État, communes, utilisateurs...). Les villageois se sont engagés à payer, alors qu on ne sait pas dans le détail ce que ce coût va représenter exactement pour chaque individu ou famille. On constate souvent que lorsque l eau est payante, sa consommation diminue considérablement par rapport aux prévisions théoriques, en particulier si le paiement est lié à la quantité consommée. On peut ainsi passer de 35 litres théoriques, norme conseillée par l Organisation mondiale de la santé, à 5 litres par homme et par jour au démarrage d un projet. Dans ce cas, le paiement de l eau se fait sur la base d un volume plus restreint et le recouvrement des coûts ne peut être que partiel. La plupart de ces erreurs résultent du manque d implication des communautés concernées. Il est donc indispensable d adopter une autre approche, reposant sur l implication des utilisateurs dans les différentes phases de préparation et de réalisation d un projet. Note : La communauté peut englober différents groupes ayant des préoccupations, priorités, et capacités différentes (hommes - femmes, quartiers, ethnies, castes...). Il est important de reconnaître ces différents groupes et de rencontrer et écouter, séparément peutêtre, leurs membres. teurs (payeurs). Ceci peut déboucher sur un refus des nouveaux systèmes et, par conséquent, sur celui de la prise en charge des coûts de fonctionnement et de maintenance. e) Méconnaissance des capacités économiques et financières. Les coûts de fonctionnement et de maintenance peuvent être supérieurs aux capacités de la communauté. 2. Comment choisir un système d approvisionnement en eau? Ce pompiste semble rêveur devant la station de filtration qu il va devoir entretenir. Les systèmes trop sophistiqués échappent à la maîtrise des comités de gestion. Le choix est souvent difficile et il faut pour cela s entourer d un maximum d éléments. Identification de la demande L objectif de la consultation de la communauté est de déterminer les besoins ressentis en matière - 54 -

Quels modes d alimentation en eau? d approvisionnement en eau potable, de déterminer leur capacité et leur volonté de payer, puis leur préférence pour des options d amélioration du système existant. Après avoir déterminé la consommation actuelle en eau potable ou à d autres fins (bétail, jardinage ou autres activités économiques), il convient de discuter avec la communauté et en particulier les femmes, en tant qu utilisatrices, du niveau de service actuel et de le comparer aux besoins en termes de volume livré, de prix payé, de qualité et de conditions d accès et de variations saisonnières. La connaissance des problèmes sanitaires locaux, l allègement attendu de la corvée d eau, les expériences passées, etc., sont autant de facteurs qui permettent aux villageois de déterminer ce qu ils attendent d une amélioration de l AEP. Intérieur Enfin, la volonté de d une station payer et la capacité financière des foyers et de la de filtration. communauté doivent être estimés avec le plus de justesse possible. Détermination du milieu Par milieu, on comprend : les ressources hydrogéologiques, le milieu physique, les caractéristiques socio-économiques des communautés et du centre considéré ainsi que l analyse de la situation existante en matière d AEP. Il convient de déterminer également le milieu élargi, c est-à-dire l ensemble des normes et législations, des plans nationaux et schémas directeurs ainsi que les capacités institutionnelles. Une attention particulière est portée sur les points suivants : quantité, qualité et localisation des ressources en eau ; situation existante de l approvisionnement en eau potable et accessibilité ; typologie de l habitat, mode de lotissement et taille des parcelles ; croissance et origine ethnique de la population ; nombre de foyers et taille moyenne d un foyer ; projection de la croissance de la population ; B. Collignon mouvements migratoires ; type d activités économiques et potentiels d expansion ; revenus moyens des populations ; dépenses moyennes (biens essentiels, nourriture, vêtements) ; prix actuel de l eau ; présence d artisans-réparateurs ; disponibilité de matériaux et de pièces détachées par type d équipement ; état de l assainissement ; importance des maladies d origine hydrique ; rôle des autorités locales, départementales, régionales et nationales ; statuts des institutions communautaires. Identification des différentes options techniques Les options techniques peuvent être très variées dans un centre secondaire. Tout d abord, il est possible d opter pour une rénovation, une amélioration ou une extension d un système existant. On - 55 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires peut alors penser aux différentes perspectives possibles, tout en intégrant des limites à l expansion. Il convient cependant d étudier tous les types de systèmes d AEP susceptibles d être mis en place dans le contexte d un centre secondaire (voir encadré ci-contre). Outre les caractéristiques techniques et financières de chacune des options, en termes d équipements, de débits et de coûts, les critères suivants sont à considérer : participation communautaire dans le choix de la technologie ; équipement compatible avec la source d eau ; Les options techniques d approvisionnement en eau dans le bassin du fleuve Sénégal Eaux souterraines : - puits ; - forage, associé ou non à un contre-puits ; - puits-forage. Eaux de surface : - le fleuve et ses affluents ; - marigots ou mares. Systèmes de distribution : - distribution par gravité ou pompage ; - source d énergie : électricité, carburant, solaire, éolienne ; - niveau de service : borne-fontaine publique, robinet au niveau de la concession, robinets à l intérieur des habitations ; - taille du réseau : une seule communauté ou liaison entre plusieurs communautés ou villages. Option du traitement de l eau : - systèmes de traitement centralisé : traitement chimique classique (coagulation, floculation, sédimentation, filtration rapide, désinfection) ; - pré-traitement et filtration lente ; Systèmes de traitement au niveau familial : - filtre individuel, - stockage prolongé ; - ébullition de l eau, - désinfection par chloration. participation communautaire dans le choix du site d implantation ; facilité d utilisation et d entretien ; faibles coûts d entretien et de fonctionnement ; type d énergie utilisé (diesel, solaire, éolienne) ; disponibilité et coût des pièces de rechange ; participation au développement local ; complémentarité entre différents systèmes d AEP ; harmonisation entre systèmes de même type ; accessibilité aisée ; possibilités d expansion ; niveau de coût de remplacement ; bonne évacuation des eaux usées et réutilisation. Identification des options de gestion des activités La gestion des AEP peut être centralisée, partiellement décentralisée ou autogérée par les structures locales. Statut juridique contractuel, composition des comités, participation des femmes, cohésion sociale, savoir-faire, capacité organisatrice, structure du pouvoir, contrôle des autorités locales, rôle du secteur privé, soutien apporté par les directions de l hydraulique, sont autant d éléments à considérer quant à l organisation de la gestion. En termes financiers, il convient d analyser les options de recouvrement des coûts (à déterminer) tels que : fonds communautaires (communes, associations...) ; taxation indirecte (impôts locaux) ; système de tarification unique (forfait mensuel ou annuel) ou proportionnel (lié à la consommation ou à la taille de la famille) ; redevances d utilisateurs (branchements privés) ; vendeurs d eau privés ; subventions (associations de migrants en particulier) ; contributions en nature (céréales...). - 56 -

Quels modes d alimentation en eau? Sélection d un système La question posée est : Comment mettre en place des systèmes rentables et garantissant un bon fonctionnement?, c est-à-dire comment mettre en place un système viable? Des critères de sélections sont ici indispensables pour aider à L entretien des pompes à l examen des options motricité humaine techniques possibles et est généralement choisir un système rentable et viable, notam- simple et peu coûteux. Cette ment grâce à son technologie acceptation par la communauté. est bien adaptée à une gestion communautaire Viabilité et capacité du point d eau. des ressources et conditions environnementales. La viabilité des ressources en eau est déterminante pour apprécier la longévité du système ainsi que la possibilité d exploiter une même nappe plusieurs fois. Une meilleure qualité de l eau pourrait être un motif de satisfaction et de demande effective de l utilisation d un système AEP, surtout si la population est consciente des problèmes de santé liés à la qualité de l eau. D autre part, toutes les dispositions devront être prises pour limiter les risques de pollution de la ressource. Viabilité par rapport aux capacités de maintenance décentralisées. La présence de réparateurs, effective ou potentielle, et la disponibilité en pièces détachées pour les équipements choisis sont des éléments indispensables pour assurer la pérennité des équipements à mettre en place. Potentiel de développement du centre. Le potentiel de développement d un centre est un élément important pour décider du niveau d investissement. Ce critère de sélection dépend principalement des activités économiques du centre, de la croissance démographique et du mouvement migratoire. D. Allély Compatibilité entre système ancien et nouveau système. La proximité d autres sources alternatives est de nature à perturber l utilisation des points d eau mis en place. Cette tendance est d autant plus importante en période de saison des pluies. Capacité du système à s adapter à la croissance du centre secondaire. La conception d un système doit prévoir des possibilités d extension. Capacité et volonté de payer. La capacité des populations, et surtout leur volonté de payer déterminera le mode d accès au système ainsi que sa rentabilité. Cette volonté sera fonction : du type d activité économique, du niveau et de la périodicité des revenus, de la priorité financière accordée aux dépenses liées à l eau. - 57 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Capacité du système à satisfaire la demande. Le système doit pouvoir satisfaire la demande en termes de volume et de niveau de service. Informations nécessaires à la sélection de technologies Les critères de sélection des technologies sont d ordre : communautaire, institutionnel, technique, environnemental. Chacun de ces domaines englobe un large éventail de points à évaluer lors de la planification de projets. Les critères communautaires sont particulièrement décisifs : -données sur la consommation en eau (eau de boisson et autres) ; -données sur la population, sa croissance, ses tendances à la migration ; -plan de la répartition de la population dans le village, en tenant compte des édifices et lieux publics (mosquées, marchés, cimetières...) ; -organisation foncière sur la zone concernée ; -services attendus ; -capacité et volonté de recouvrir les coûts de fonctionnement, de maintenance et de renouvellement des infrastructures et équipements ; -volonté et niveau d engagement vis-à-vis de la participation communautaire (dont étude de la situation existante) ; -capacité d organisation et de gestion ; -aspects culturels (utilisation particulière de l eau, traditions...). Les conditions et capacités communautaires doivent être évaluées en impliquant la communauté elle-même. D autre part, les structures d appui local (administrations, organismes de coopération, Ong, collectivités locales et territoriales) doivent être consultées pour mesurer les appuis possibles. Capacité à gérer le système proposé. La capacité organisationnelle de la communauté sera appréciée par le degré de cohésion sociale, le nombre de points d eau en panne, le nombre de groupements villageois et leurs réalisations, la présence d une association de développement et enfin le dynamisme des autorités locales. Rentabilité financière. Les coûts récurrents comprennent les coûts d exploitation, d entretien et de maintenance et ceux liés au remplacement des équipements. Le mieux serait de minimiser ces coûts afin que le système soit rentable. Cependant, la rentabilité du système dépend également de la consommation effective, du prix payé par les usagers ainsi que de leur capacité à payer. Plus simplement, le montant des recettes doit couvrir les dépenses. Pour qu un système soit viable, il faut que les coûts de son exploitation et de son entretien soient recouverts, et qu une provision minimale soit prévue pour le renouvellement des équipements. Le recours parfois à d autres sources que celles de la contribution des usagers, telles que des donations, des subventions, un accès au crédit, peut permettre de faire face aux grosses dépenses imprévues. Bibliographie IRC (a). 1994. Management for sustainability in Water Supply and Sanitation Programs in Rural and Peri-urban Areas. Selection of Technology and service levels for water supply and sanitation. Ed. IRC (La Haye - Pays Bas). IRC (b). 1993. Les femmes, l eau et l assainissement - vers une approche d équilibre entre hommes et femmes. IRC (c) et DEP. 1993. Mission de formulation sur l équipement en système d AEP des centres secondaires au Burkina Faso avec l étude de cas de Bousse, Toma, et de Bitou. F. Brikke : IRC - K. Dera et B. Kere : DEP ministère de l Eau - D. Traoré - C. Toé. PS-Eau. Didier Allély. 1994. Eléments de réflexion pour une démarche de développement en partenariat, progressive, adaptée, et concertée. Ed. Programme Solidarité Eau (Paris) - 58 -

Quels modes d alimentation en eau? La gestion et la maintenance des petits réseaux AEP au Sénégal Bruno VALFREY Association française des volontaires du progrès (AFVP) Ingénieurs sans frontières (ISF) Résumé Le Sénégal dispose d un nombre important de petits réseaux d AEP en milieu rural. Cette situation est originale dans les pays du Sahel, où la norme en matière d hydraulique rurale est plutôt le forage équipé d une pompe manuelle. A ce jour, il y a plus de 700 réseaux AEP au Sénégal, dont la plupart ont été mis en place à partir de la fin des années 1970. La gestion de ces ouvrages a été confiée à des comités de gestion villageois qui prennent actuellement en charge la majeure partie des coûts de fonctionnement des ouvrages et une partie des coûts d entretien et d amortissement. La maintenance de ce patrimoine est assurée exclusivement par une structure dépendant directement du ministère de l Hydraulique. Confronté à une conjoncture économique difficile, l État se désengage de la gestion et de la maintenance de ces réseaux, transférant une part toujours plus importante des coûts récurrents aux comités villageois. Cependant, de nombreux facteurs de blocage entravent l exploitation optimale de ce patrimoine : flou dans les futures orientations de la politique nationale et vide juridique, vétusté et sur-dimensionnement de certains ouvrages, manque de formation et de responsabilisation des comités, centralisation excessive des activités de maintenance, faible développement des opérateurs privés. Cet article, après avoir fait le bilan de la situation actuelle et analysé les points de blocage, présente l expérience pionnière menée par Caritas dans la région de Kaolack, puis un certain nombre de recommandations concernent l appui aux comités de gestion. 1. Présentation de l étude Cette étude, réalisée avec le concours financier du Fonds d aide et de coopération, est le fruit d une collaboration entre l Association française des volontaires du progrès et Ingénieurs sans frontières. A partir d une enquête sur un échantillon d une trentaine de petits centres équipés d ouvrages hydrauliques motorisés, cette étude a pour objectifs : de faire le point sur la gestion et la maintenance des petits centres au Sénégal, tant au niveau de la politique nationale qu au niveau des comités villageois ; d identifier les principaux blocages entravant le fonctionnement des comités ; de faire des propositions concernant l appui aux comités de gestion, dans le cadre de la politique de désengagement actuellement menée par l État sénégalais. - 59 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Cette communication est une note d étape de ce travail d évaluation. La publication du rapport définitif de cette étude est prévue pour mai 1995. Soulignons que cette étude doit beaucoup aux travaux effectués par monsieur Dagassan, au sein de la DEM, et Monsieur Rochette, consultant auprès du PNUD. 2. Etat des lieux Bref historique Au Sénégal, la gestion des ouvrages hydrauliques motorisés est confiée à une structure dépendante de l État : actuellement la direction de l exploitation et de la maintenance, rattachée au ministère de l Hydraulique. Basée à Dakar, cette direction est également décentralisée à Louga (formation des conducteurs de forage, réparations importantes) et dans une douzaine de brigades réparties sur l ensemble du territoire. Les 700 centres motorisés actuellement placés sous la responsabilité de la DEM devraient passer à 1200 d ici l an 2000. La mission confiée à la DEM est très lourde : planification, formations, diagnostic de pannes, interventions, etc... Un important travail d informatisation des données nécessaires à la gestion de ce patrimoine a également été entrepris depuis quelques années (base GEFOR). Aujourd hui la DEM souffre de contraintes très importantes en moyens humains et financiers, qui l empêchent de mener à bien sa mission. L État souhaite donc se désengager d une partie de ses prérogatives au profit des bénéficiaires, des collectivités locales ou même d opérateurs privés. Un premier pas dans cette direction a été fait en 1984, avec la création des comités de gestion des forages, associations à but non lucratif représentant les usagers d un forage et ayant pour mission d assurer la récolte des fonds nécessaires au fonctionnement, à l entretien et aux réparations des ouvrages. Depuis la création de ces comités, on a constaté un très net transfert des charges financières de l État vers les usagers. De 1984/1985 à 1991/1992, la part de l État est passée de 1,1 MF CFA à 0,9 MF CFA (million de francs CFA) par forage, alors que dans le même temps la part des usagers passait de 0,8 MF CFA à 2,2 MF CFA par forage. La situation est désormais relativement inquiétante. Malgré la faible fiabilité des données, on peut estimer qu une centaine des 700 forages du Sénégal sont régulièrement en panne, certains Tableau 8 Financement des réseaux d eau potable par l Etat (budget d investissement et de fonctionnement) et par les comités de gestion (budgets exprimés en millions de F CFA). PÉRIODE NOMBRE DOTATION DE L ETAT APPORT FORAGES FONCTIONNEMENT INVESTISSEMENT COMITÉS 1981/82 167 230 - - 1982/83 196 280 - - 1983/84 210 280 - - 1984/85 250 280-206 1985/86 292 328-348 1986/87 380 258 130 409 1987/88 423 388 109 578 1988/89 430 388 250 763 1989/90 475 368 335 904 1990/91 552 346 335 1046 1991/92 605 224 725 1495 1992/93 618 54 525 1280-60 -

Quels modes d alimentation en eau? Tableau 9 Transfert progressif du financement des réseaux de l Etat (zone hachurée) aux comités (grisé). 100 % 80 % 60 % 40 % 20 % 0 % 1984/85 1985/86 1986/87 1987/88 1988/89 1989/90 1990/91 1991/92 1982/93 depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois. Le manque de moyens dont souffre la DEM ne suffit pas à justifier cette situation. L analyse du fonctionnement des comités doit également permettre de trouver des explications. Il est important de souligner que malgré ses difficultés, la DEM continue à se moderniser et à augmenter ses capacités opérationnelles. Par exemple, deux nouvelles brigades ont été créées en 1994 grâce à un financement japonais, et la brigade de Tambacounda est en passe de devenir le deuxième centre de maintenance de la DEM pour les réparations importantes. Un gros effort est également fourni par certaines brigades pour apporter un appui (méthodologique, comptable...) aux comités de gestion. Le fonctionnement des comités Les fonctions du comité La plupart des comités remplissent (sans en avoir toujours les moyens) le rôle d exploitant du point d eau. C est le comité qui se charge de la collecte des sommes nécessaires au fonctionnement, à l entretien, à la réparation, voire (très rarement) à l amortissement des ouvrages. C est lui qui fixe le prix de l eau et donc les possibilités de chacun d accéder à l eau. C est lui qui représente les usagers face aux autres intervenants. Les fonctions du comité sont donc nombreuses, mais rarement perçues comme telles par ses membres. Organisation Globalement, le fonctionnement des comités suit celui des associations villageoises : une assemblée des usagers ou des villages polarisés (c est-àdire regroupés autour d une adduction commune) se réunit régulièrement et élit un bureau d une douzaine de membres, chargé de la gestion de l ouvrage. Du comité dépendent un certain nombre de personnes éventuellement rémunérées : conducteurs du forage, fontainiers, gardiens, collecteurs... On constate que les comités sont plutôt conçus comme des structures de représentation sociale, ce qui implique que les membres sont choisis davantage en fonction de leur assise sociale que de leurs capacités réelles à gérer un ouvrage collectif. L analyse détaillée des circuits d argent et de prise de décision au sein des comités, trop complexe pour prendre place ici mais riche d enseignements, paraîtra dans le rapport final. - 61 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Le système de cotisation Le système de cotisation est révélateur du fonctionnement des comités de gestion, et en particulier de la prédominance des aspects sociaux sur les aspects purement économiques. En effet, le mode de cotisation observé dans la plupart des petits réseaux ruraux est le forfait mensuel (par famille ou par carré). Ce système représente à lui seul 95 % des cas au Sénégal. Pourtant, le paiement à la bassine est incontestablement le système de cotisation le plus sain du Certains comités particulièrement modernes fonctionnent comme de petites sociétés d exploitation. Chaque borne-fontaine est équipée d un compteur (et d un robinet d arrêt!) et confiée à un revendeur privé. Le comité se contente alors de relever le compteur et d émettre une facture en fin de mois, en fonction d un prix au mètre cube fixé à l avance. Cependant, ce système de recouvrement n est observé que dans les centres secondaires suffisamment importants. L impact social d un tel système reste à étudier (quelle est la part de la population qui peut acheter l eau régulièrement?). Facteurs de blocage A partir des considérations développées cidessus, essayons de faire le bilan des points de blocage que nous avons mis en évidence. Facteurs techniques B. Collignon Chèvres autour point de vue de la gestion d un abreuvoir. financière du forage, malgré Les troupeaux aussi ses défauts : augmentation des exigent de l eau, charges fixes (obligation de mais il n est pas rémunérer les fontainiers-collecteurs), et limitation de l accès toujours facile de réunir dans un du point d eau aux familles les même comité de plus riches (disposant en général de revenus exogènes, émi- gestion éleveurs et citadins. gration par exemple). Le système de forfait mensuel, même s il provoque de nombreux dysfonctionnements (mauvais recouvrement des cotisations, absence de contrôle des coûts en fonction de la quantité consommée), est choisi car il minimise le coût social de la prise en charge de l ouvrage hydraulique. Voir à ce sujet le travail accompli par R. M. Rochette pour le PNUD. Certains choix techniques discutables ont contribué à augmenter les coûts récurrents des réseaux mis en place, sans rapport avec les capacités financières des comités. En particulier : standard de qualité trop élevé : notamment, le forage, ouvrage coûteux et complexe d entretien, devrait être réservé à certaines situations particulières ; sur-dimensionnement des installations, provenant essentiellement du fait que les projets ont été conçus en fonction d objectifs définis à l échelle nationale (ex : 35 litres par jour et par habitant), sans tenir compte des spécificités régionales et surtout des habitudes villageoises (concurrence des points d eau traditionnels) ; non-standardisation des équipements, posant de nombreux problèmes en termes de maintenance (gestion des stocks, marques disparues du marché, etc. ) ; - 62 -

Quels modes d alimentation en eau? centralisation excessive des activités de maintenance ; asservissement du choix des implantations d ouvrages à des considérations politiques, voire simplement électorales. Facteurs liés à l organisation des Comités de Gestion Parmi ces facteurs, les principaux sont les suivants : manque d outils de gestion, notamment dans l analyse des coûts et la détermination du prix de l eau nécessaire à l équilibre financier du comité ; prédominance des personnes socialement fortes dans le comité, aux dépens des compétences (souvent détenues par les jeunes), et surtout des femmes ; mauvaise définition du rôle du conducteur de forage, et exploitation fréquente de celui-ci (faible niveau de rémunération, arriérés), souvent en conflit avec le comité ; mauvaise maîtrise du système de cotisation ; conflits inter-villageois dans le cas où le forage polarise plusieurs villages ; manque de transparence dans la gestion de l argent ; absence de structures bancaires véritablement adaptées aux besoins des comités ; circuits de prise de décision flous, ce qui provoque souvent des paralysies en cas de panne ou de difficultés financières ; absence de provisions pour renouvellement, ou même de provisions pour réparations à caractère exceptionnel. Facteurs liés au statut des comités de gestion On retiendra : -l absence ou l insuffisance de la contractualisation entre les comités, l État, les conducteurs de Forages, les opérateurs privés ; -le flou juridique sur le statut exact des comités de gestion (notamment en ce qui concerne la concession de l exploitation du point d eau par l Etat) ; -la faible capacité de négociation des comités face aux autres intervenants. A tous ces facteurs s ajoute actuellement le flou absolu concernant les orientations de la politique nationale, et le rôle des différents intervenants : l État, les opérateurs privés et les collectivités locales. Analyse de l expérience Caritas Kaolack Caritas mène depuis plus de dix ans une expérience très intéressante de gestion d ouvrages hydrauliques dans la région de Kaolack : 52 forages sont actuellement fonctionnels, avec des innovations dans le fonctionnement des comités et des choix, quant à la maintenance des ouvrages, dont il semble indispensable de tirer des enseignements. Les aspects les plus intéressants de l expérience Caritas sont les suivants : -forte implication des usagers dans la conception, la réalisation et la gestion des infrastructures, tant physiquement que financièrement ; -statut juridique : chaque comité est constitué en GIE, et le forage est officiellement concédé par l État au comité ; -formation et appui : des séminaires spécifiques à chaque fonction du comité (président, secrétaire, trésorier) sont régulièrement organisés ; de plus, les comités reçoivent un appui méthodologique très utile dans le calcul du prix de l eau (compte tenu des provisions). -chaque comité constitue des provisions pour renouvellement, déposées sur des comptes bancaires. La totalité de l épargne des comités représente en 1994 plusieurs dizaines de millions de francs CFA, et certains comités ont déjà fait l expérience du renouvellement de tout ou partie de leurs infrastructures ; -le projet hydraulique est inséré dans une démarche plus globale de développement et d autonomisation des associations paysannes, la gestion du forage servant de moteur pour la définition et la prise en charge d autres projets ; - 63 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires -création d une Fédération des comités, euxmêmes rassemblés en comités de secteurs ; même si cette structure en est à ses balbutiements, et que rien ne prouve que les comités accepteront d en financer le fonctionnement, la fédération constitue déjà un lieu d échange pour les comités, et pourrait dans l avenir assurer une certaine capacité de concertation à l échelle régionale, sinon nationale ; - création d une structure de maintenance privée au service des comités (le GIE Hydraulique villageoise et développement rural) ; là encore de nombreux aspects sont discutables (mutualisme, dépendance financière), mais la plupart des comités ont accepté le principe de leur participation aux frais du GIE, et celui-ci, s il parvient à étendre et diversifier son action, pourrait constituer le premier exemple d une structure de maintenance privée fonctionnelle à une échelle régionale. L expérience de Caritas est en tous cas unique au Sénégal. Il reste maintenant à savoir ce qui est transposable aux comités mis en place sous l égide de la DEM dans d autres régions. 3. Perspectives et propositions Les différents scénarios d évolution Concernant la maintenance, quatre scénarios sont envisageables : -maintien de la DEM dans ses prérogatives actuelles, avec augmentation conséquente de ses moyens, notamment au niveau des brigades décentralisées ; -privatisation partielle : abandon par la DEM d une partie de ses prérogatives au profit d opérateurs privés contrôlés par la DEM ; -la carte des collectivités locales : certaines fonctions de la DEM sont transférées aux collectivités locales, telles que les communautés rurales ; -privatisation complète, service public minimum (planification, conception, suivi, réglementation, arbitrage, etc.). Le scénario qui paraît le plus probable est celui de la privatisation partielle de la DEM. Un flou artistique entoure cependant les modalités concrètes du désengagement de l État. Il convient de savoir quelle est la mission minimale de service public que souhaite conserver l État, quelles sont les capacités de prise en charge des collectivités locales et des opérateurs privés. En d autres termes, la ligne de partage entre secteur privé et public reste à définir. Il est à noter qu une étude sur ce thème est actuellement en projet pour 1995. Concernant l exploitation des points d eau en milieu rural, cinq scénarios : -maintien de la situation actuelle : l État reste propriétaire des infrastructures ; -concession des points d eau aux comités villageois, avec renforcement de ceux-ci, qui deviennent responsables de l ensemble des tâches d exploitation ; -concession de l exploitation à une structure privée, pour une durée limitée (par affermage, des GIE ou des PME prenant la forme de petites SONEES privées) ; -concession de l exploitation aux collectivités locales, qui deviendraient alors des petits syndicats des eaux à l échelle d une communauté rurale ou d un arrondissement ; -exploitation des réseaux les plus importants par la SONEES. Là encore ces différents scénarios peuvent se recouper ou évoluer dans le temps. Propositions pour la mise en place et l appui des comités de gestion La gestion technique et financière d un petit réseau AEP ne peut être correctement assurée par un comité villageois que si (et seulement si) celui-ci a été impliqué depuis le début dans la conception et la réalisation du réseau. Cela suppose une démarche participative, progressive, fondée sur la concertation entre les futurs bénéficiaires (le comité), les services de l État, les partenaires financiers, les entrepreneurs et les fournisseurs. Cette démarche est très rarement suivie lors de la mise en place des réseaux : le quantitatif prime sur le - 64 -

Quels modes d alimentation en eau? qualitatif et l urgence sur la pérennité. Il paraît donc indispensable : - de susciter et d appuyer la création et la structuration des comités de gestion bien avant la réalisation proprement dite des ouvrages ; - de vérifier la représentativité du comité, son dynamisme, avant de l impliquer dans le D. Allély dimensionnement des ouvrages et les choix techniques ; -d assurer un minimum de formation, notamment en gestion et en comptabilité, pour que le comité dispose des outils nécessaires à une gestion correcte des ouvrages ; -de favoriser les échanges d expériences entre les comités et de susciter éventuellement - si le besoin en est ressenti - la création de structures de concertation ou fédératives ; -d assurer un minimum de suivi des comités de la part d une structure indépendante, notamment pour la définition d un prix de l eau adapté à chaque situation ; -de contractualiser les relations entre le comité villageois et les autres intervenants, notamment les fournisseurs ou prestataires de services. Il est clair que ces recommandations peuvent difficilement être mises en oeuvre dans une campagne de réalisation d ouvrages dont l Etat ou un bailleurs de fonds serait maître d ouvrage, ce qui a été le cas jusqu à présent. En matière de création de petits réseaux AEP, il serait peut-être judicieux de favoriser les petits projets, et surtout d inclure la réalisation des ouvrages et leur prise en charge dans un processus de développement plus large (au-delà de l hydraulique). Une assemblée L appui aux comités de gestion pourrait prendre la forme villageoise. Pour assurer la vie de centres d appui-conseil d un comité de décentralisés, répondant aux gestion, demandes directement exprimées par le comité, notamment de nombreuses assemblées sont en offrant une gamme de formations (organisation, gestion, indispensables. comptabilité, etc. ). Cet organisme pourrait également servir de commissaire aux comptes des comités, et faciliter la mise en relation de ceux-ci avec les opérateurs privés (pour la maintenance). Suite à donner à cette étude Cette étude n a aucune prétention à l exhaustivité, loin de là. Beaucoup de recherches restent à faire. En particulier, le suivi rapproché sur une période suffisamment longue (six mois ou un an) d un échantillon de forages devrait permettre de dégager des données plus précises sur le fonctionnement des comités. La question de la valorisation des ouvrages hydrauliques (par une utilisation autre que la satisfaction des besoins domestiques) mériterait également d être étudiée. Le prix de l eau en milieu rural au Sénégal, en fonction des régions, demeure inconnu. - 65 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires 4. Conclusion Il paraît intéressant, pour essayer de synthétiser les résultats de cette étude, d analyser la gestion des petits réseaux d AEP au travers des notions de service et de valeur de l eau, rarement prises en compte par les décideurs ou les concepteurs de projets. On néglige souvent la capacité des populations concernées à évaluer leurs propres besoins, notamment en terme d accès à l eau. La gestion d un ouvrage hydraulique doit avant tout être considéré comme l expression de l acceptation par les usagers d un service en parfaite adéquation avec leurs besoins. L eau a un coût financier, l eau a un prix, mais ces notions ne sont pas aussi immédiates aux yeux des populations que celle de valeur de l eau. La valeur de l eau correspond à la place qu occupe la satisfaction des besoins en eau dans l échelle de priorité des populations rurales, et aussi à l investissement (social, financier) que sont prêts à faire les usagers. Cette notion peut certes évoluer sous l effet de campagnes d information ou de sensibilisation. Mais ne pas en tenir compte serait prendre le problème de la gestion à l envers. Il ne faut pas perdre de vue que l objectif principal de la mise en place d un ouvrage hydraulique est de fournir une eau abondante et de bonne qualité à tous. C était l objectif de la DIEPA, c est aussi autour de cet objectif que s articulent les recommandations d organismes internationaux tels que l Organisation mondiale de la santé. Si l on souhaite que le patrimoine hydraulique d un pays comme le Sénégal soit utilisé au maximum de ses capacités, et qu il soit géré par les usagers, il faudra repenser le système actuel de gestion et réformer l organisation de la maintenance. Il faut surtout penser la gestion au niveau des comités villageois : c est indéniablement à cet échelon que tout se joue. Cette étude n est qu un premier pas dans cette direction. Il paraît maintenant indispensable d affiner notre connaissance actuelle du fonctionnement et des dysfonctionnements des comités, et surtout de mettre en oeuvre des programmes particulièrement innovants destinés à les appuyer dans leur lourde tâche, et à leur donner les moyens de gérer correctement les ouvrages qui leur ont été confiés. Bibliographie ROCHETTE R. M. 1994. Planification des ressources en eau. Rapport du consultant socio-géographe. Ed. PNUD. DAGASSAN E. et CISSE D. 1994. Méthodes et résultats de la collecte des cotisations dans les points d eau équipés de moyens d exhaure motorisés. Ed. DEM (Dakar). CARITAS Kaolack. 1993. Rapport d activités 1992-1993. VAN WIJK-SIJBESMA C. 1989. L eau, à quel prix? La participation communautaire et la prise en charge des coûts d entretien par les usagers. CIR (La Haye). ETIENNE J. 1993. Alimentation en eau des petits centres africains. Aspects socio-économiques et culturels. Mémoire ENPC-ENGREF-CERGRENE (Paris). - 66 -

Quels modes d alimentation en eau? Le choix des populations entre un forage équipé et un contre-puits Méthodologie et démarche suivie pour proposer ce choix et impliquer les populations. Projet Guidimakha. Antoine MAFAFOSSE. Burgeap, bureau de géologie appliquée. I. Rappel du contexte du projet Le Guidimakha est situé à l extrême sud-est du territoire mauritanien, région la plus arrosée du pays, mais qui souffre de son éloignement de la capitale et de son enclavement. Le climat, de type sahélo-soudanien avec alternance d une saison des pluies et d une saison sèche, connaît, depuis quinze ans, une diminution sensible de la pluviométrie, compromettant la production agricole et fourragère, et s accompagnant de dégradations intenses de la couverture végétale. La géologie de cette zone, bien que le relief soit dans l ensemble plat, est extrêmement complexe. Les traits spécifiques, notamment pour ce qui concerne l hydrogéologie, sont les suivants : -un substratum dur ou très dur ; -des formations d altérations peu épaisses et très généralement dénoyées ; -une fracturation souvent intense du socle, mais des fractures parfois dénoyées ; -des niveaux d eau en général peu profonds (moins de 30 mètres) ; -une réalimentation par infiltration limitée, et des aquifères souvent salés en dehors des zones alluviales. Les conditions climatiques qui régnaient avant la sécheresse étaient habituellement favorables à la culture pluviale de sorgho (plus de 400 mm/an) et à l élevage extensif de bovins. Elles ont permis un peuplement ancien en gros villages d agriculteurs soninkés, situés sur le cours des oueds et fortement organisés. Les récentes années sèches ont accéléré le processus de sédentarisation des pasteurs peulhs et maures en petits villages, souvent isolés et défavorisés. Parallèlement, les deux centres urbains du Guidimakha, Sélibaby, capitale régionale et Ould- Yengé, chef-lieu de département, ont connu un très fort gonflement du nombre de leurs habitants. Alors que l agriculture pluviale et l élevage, fragilisés par la sécheresse, restent très peu productifs, le maraîchage de contre-saison a connu un fort développement, ainsi que les cultures irriguées dans les villages riverains du fleuve Sénégal. L artisanat et le commerce restent assez traditionnels, mais l émigration, grosse pourvoyeuse de revenus chez les Soninkés a permis à certains, désormais de retour, d acquérir des compétences techniques intéressantes. II. Choix des techniques proposées Dans ce contexte, aussi bien hydrogéologique que socio-économique, le forage en petit diamètre, réalisé au marteau fond-de-trou et captant des zones fissurées du substratum, était sans nul doute l ouvrage le mieux adapté à ces conditions. - 67 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Pour ce qui concerne l équipement d exhaure de ce forage, le projet a défini deux possibilités : -l installation d une pompe à main, avec prise en charge locale de la maintenance et de l entretien. Nous reviendrons plus en détails sur les modalités de celles-ci ; -l exploitation du forage par contre-puits permettant un débit instantané plus élevé avec des charges d entretien sans doute plus coûteuses à long terme, mais mieux maîtrisées par les individus. Les travaux de forage qui ont été effectués sont résumés dans le tableau 1. L équipement des 161 forages positifs est détaillé dans le tableau 2. III. Méthodologie de l animation, formation des populations 1. Sélection des villages Etape fondamentale de la réussite, la sélection a été fondée sur la liste des travaux préconisés par le bureau d études et sur la connaissance qu ont de la région les autorités administratives. Dans chacune des quatre préfectures concernées, une réunion présidée par le préfet a eu lieu, afin : -d amender, puis d entériner la liste de travaux présentée par le bureau d études, cette liste devant ensuite servir de référence permanente ; Tableau 1 Taux de succès des forages Nombre Total Forages Forages Piézomètres % de sites forages positifs négatifs succès Prévisions Usage humain 103 337 150 177 10 - Usage pastoral 10 23 10 13 - - Total 113 360 160 190 10 44 Réalisations Usage humain 145 312 157 143 12 - Usage pastoral 11 16 4 11 1 - TOTAL 156 328 161 154 13 49 Est classé forage positif, tout ouvrage équipé pouvant servir à l alimentation humaine ou animale du fait de son débit mais aussi de la qualité de son eau. Tableau 2 Equipement et destination des forages positifs. Utilisation Pompe Contre- Pompe Pompe Reconnaissance Total manuelle puits solaire diesel Alimentation humaine 66 74 4 1-145 Maraîchage 3 6 - - - 9 Pastoralisme - 2 - - - 2 Reconnaissance AEP - - - - 5 5 TOTAL 69 82 4 1 5 161-68 -

Quels modes d alimentation en eau? -d informer les autorités et les responsables des modalités d intervention du projet, ainsi que du système de maintenance adopté ; -d obtenir l implication des autorités administratives pour les interventions d animation. 2. Réunions d animation Trois réunions au moins ont été organisées dans chaque village, après la première information associant l administration territoriale (lettre circulaire, tournée conjointe ou réunion à la préfecture). Réunion de sensibilisation Elle vise à donner aux villageois les éléments du choix entre forage équipé d une pompe et forage équipé par contre-puits. Les avantages et les contraintes de chacun des ouvrages ont été détaillés, notamment : Pour le contre-puits : -participation des villageois, c est-à-dire : - la mise en place d un comité de point d eau ; - le paiement de 55 000 UM au projet, correspondant aux travaux de démarrage du chantier ; - la prise en charge (nourriture, logement, thé) de l équipe des puisatiers (4 personnes) pendant toute la durée des travaux (de 3 à 12 mois) ; - la fourniture de 6 manoeuvres pendant toute la durée du chantier ; -pas de contrainte d organisation pour l exhaure ; - eau de qualité médiocre ; - nécessité d entretenir les abords ; - coût de l exhaure par cordes et puisettes. En outre, les villageois ont été informés des risques d échec et des interventions successives du projet (animation, géophysique, implantation, travaux) et du débit probable des ouvrages (0,6 à 1 m 3 /h pour un forage équipé d une pompe, 0,6 à 3 m 3 /h pour un forage / contre-puits. A ce stade, il leur a été demandé de se prononcer sur les points suivants : -refus ou acceptation du point d eau, -choix entre contre-puits et pompe. Pour la pompe : -nécessité de mettre en place une organisation (comité de point d eau) ; -nécessité d une caisse alimentée régulièrement, avec une participation financière initiale de 55 000 UM 1, description du réseau d entretien (responsable villageois, artisanréparateur, commerçant-dépositaire) ; -propreté de l eau ; -rapidité d exécution ; -pas de participation en main-d oeuvre/travail des villageois ; -coût estimatif de la maintenance et du renouvellement de la pompe, les villageois devant prendre en charge l intégralité de l entretien. Réunion d information Organisée 10 jours au moins après la précédente (délai de réflexion), elle vise à : -enregistrer la décision des villageois, -préciser, pour le point d eau choisi, les modalités de participation et les engagements du village, et présenter le contrat de concession, -demander la mise en place d un comité de point d eau (3 personnes dans le cas du contre-puits, 6 personnes dans le cas d une pompe), avant la réunion suivante. (1) Pour les pompes manuelles, l utilisation de la caisse était la suivante : 43 500 UM étaient remis au Projet. Le Projet utilisait cette somme pour réaliser un aménagement anti-bourbier (coût forfaitaire de 35 000 UM) et pour rémunérer le dépositaire des pompes à Sélibaby pour la préparation et la livraison des pompes dans les villages (coût forfaitaire : 8 500 UM), 11 500 UM restaient au village, qui les utilisaient pour payer l installation de la pompe par un artisan-réparateur formé et équipé par le Projet (de 7 000 à 9 000 UM, tarif discuté directement entre le village et l artisan). Le solde restait dans la caisse du Comité pour les dépenses futures d entretien de la pompe, à la charge intégrale du village. - 69 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Forage équipé d une pompe manuelle Réunion d organisation Après un délai de réflexion de 10 jours, elle vise à : -enregistrer la composition du comité de point d eau, et vérifier sa représentativité, - repréciser les responsabilités de chaque membre de ce comité, - demander, dans le cas de la pompe, la constitution d une caisse correspondant à une année de charges d entretien et de renouvellement (de l ordre de 15 à 20 000 UM par an). Visite de contrôle Lors d un bref passage dans le village, l animation contrôle la caisse du comité. 3. La formation des membres du comité Contre-puits raccordé à un forage Les stages n ont concerné que les comités de pompes. Regroupant pendant 4 jours les membres de 8 à 10 comités (50 à 60 personnes) dans un local adapté (école...), ils ont permis : -de donner aux secrétaires une formation sommaire à la comptabilité ; -de repréciser le fonctionnement du système de maintenance (livraison des pompes, réparations, rémunération des artisans et du dépositaire) ; -de donner à chacun conscience de ses responsabilités et de détailler le contenu du contrat de concession de l ouvrage ; -de former (en 2 jours), les responsables de pompes à l entretien courant (remplacement de pièces d usure, réamorçage, lubrification). Toutes les formations prévues n ont pas pu être réalisées suite aux événements ayant eu lieu dans la région. - 70 -

Quels modes d alimentation en eau? IV. Résultats et commentaires 1. Le choix du type d ouvrage Tel que défini dans le document de projet, les critères de choix du type d ouvrage étaient les suivants : Installation d une pompe manuelle : -lorsque l infrastructure était destinée à la consommation humaine, uniquement ; - existence d une capacité financière : pouvoir payer la maintenance et l entretien ; - existence d une capacité commerciale : circuit de transport pour les pièces détachées ; - existence d une capacité organisationnelle des villageois : création du comité de point d eau ; - existence d une capacité technique : proximité d un artisan-réparateur formé ; Creusement d un contre-puits : -consommation d eau destinée à l élevage et/ou au maraîchage ; -pas de capacité à payer l entretien d une pompe, mais l existence d un investissement humain pour le chantier des puits, ainsi que la constitution d une caisse destinée à la rémunération des puisatiers. 2. Résultats Fillette utilisant une pompe à main. La pompe à main protège bien la qualité de l eau de la nappe. Mais le village doit s organiser pour assurer son entretien. AFVP Les résultats de l animation sont donnés dans le tableau 3. Sur les 146 villages programmés, 106 ont eu au moins un forage positif et 2 autres bénéficient d un puits captant, 4 villages ont été abandonnés par le projet suite à la disparition de leur population, 34 villages (23 %) ne pourront avoir de nouveaux points d eau, tous les forages réalisés étant négatifs. Les villageois ont choisi le contre-puits beaucoup plus souvent que la prévision faite à partir des critères de choix établis dans le document de projet (cf. paragraphe 1). - 71 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Villages 3. Commentaires Tableau 3 Résultats de l animation Animés Nombre Nombre de refus d accords Nombre 215 69 146 % 100 32 68 Points d eau Total Choix du Choix contre-puits de la pompe à main Nombre 173 109 64 % 100 63 37 Le refus des villageois Devant le nombre important de refus, un nombre plus important de villages a été animé (deux fois plus que prévu). Les villages qui refusent le point d eau proposé, après avoir éventuellement fait le choix du type d ouvrage, expriment tous une raison économique : le village n aurait pas les moyens financiers suffisants pour réunir les 55 000 UM demandés. D autres raisons objectives de refus sont évoquées : -des travaux de fonçage de puits sont déjà en cours dans le village ; - les ressources en eau traditionnelles sont estimées suffisantes ; -l alimentation en eau de qualité n est pas prioritaire pour les hommes, qui décident, alors qu il existe une forte demande chez les femmes ; -le village a le souvenir de projets où l infrastructure était cadeau et espère avoir le même traitement ; -les conflits internes au village bloquent toute décision. Choix des villageois et prévisions du projet Le décalage entre les prévisions du projet et le choix des villageois s explique par des raisons le plus souvent propres aux villageois : - un problème de méfiance vis-à-vis des pompes : des exemples de pompes en panne de longue durée dans la région ont eu un impact négatif sur les villageois qui préfèrent la sécurité et la facilité offerte par les contre-puits ; - problèmes d organisation : les villageois disent bien être capables de cotiser une fois pour une pompe mais ne sont pas sûrs de pouvoir maintenir une somme suffisante dans la caisse du comité de point d eau. -la nécessité de devoir faire la queue à la pompe (alors qu on voit jusqu à 12 femmes en train de puiser ensemble, sur le même puits) a un effet de repoussoir sur les femmes qui craignent les bousculades. Mais d autres raisons externes peuvent prévaloir : -le montage des pompes dans les villages où les forages sont déjà réalisés aurait certainement un effet très favorable, pendant la période de pénurie (avril, mai), étant donné le bon débit et la facilité de manoeuvre des pompes SEEE ; -il y a eu tendance, par exemple, de la part du projet, à regrouper les pompes dans le Sud, afin de faciliter la mise en place du système de maintenance. - 72 -

Quels modes d alimentation en eau? Le réseau d eau d Agnam : un exemple de gestion communautaire Samba TOURÉ. Association de liaison pour le développement d Agnam (ALDA). La région d Agnam Situation : sous-préfecture de Thilogne, département de Matam. Nombre d habitants : 15 000, dont une forte population émigrée (85 % des hommes de 18 à 50 ans). Trois groupes de villages : A l est : Toulel Thialle, Godo, Yero-Yabé, Mberla. Nombre d habitants : environ 3 000. Equipements santé : néant. Equipements scolaires : 1 classe (depuis 1990). Au centre : Thiodaye, Civol, Ouro-Ciré, Sinthiou, Ciré-Mata. Nombre d habitants : environ 7 000. Equipements santé : 1 dispensaire, 1 case de santé. Equipements scolaires : 2 écoles (5 classes par école). A l ouest : Lidoubé, Ouro-Molo, Asndé-Balla, Ndiakir, Hodio, Goly. Nombre d habitants : environ 5 000. Equipements santé : 1 dispensaire. Equipements scolaires : 2 écoles (1 de 3 classes, 1 d une classe). La différence entre la quantité d eau utilisée actuellement à Agnam et celle utilisée deux ans auparavant (quand on allait la chercher au puits) n est pas négligeable. Avant, chaque habitant utilisait 12 litres par jour en moyenne, maintenant il en consomme 40 litres. La mise à disposition de l eau change beaucoup de choses dans la vie de la personne. 1. Présentation de l ALDA L association a été créée en 1980, avec pour objectif de renforcer les liens de solidarité entre les habitants d Agnam, en vue d une vie meilleure. Son budget propre annuel est en moyenne de 50 000 FRF. Les instances de l ALDA sont : -le congrès qui se tient tous les cinq ans à Agnam ; -le conseil international (une réunion entre deux congrès). L ALDA a retenu cinq grands axes de travail qui sont, par ordre de priorité : l hydraulique, l agriculture (au sens large), l éducation et la formation, la santé et les affaires sociales, la culture et le sport. - 73 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires 2. Réalisations de l ALDA Hydraulique 1983 : réalisation de 3 puits (villages d Ouro- Molo, Ouro-Ciré, Godo). 1985 : adduction d eau (villages d Agnam Thiodaye et Agnam Civol) en forage réalisé par la coopération chinoise. 1986 : début des travaux du réseau d eau desservant l ensemble des villages. 1994: extension du réseau d eau (villages d Asndé-Balla, Ndiakir, Hodio). Éducation et formation -Participation financière à la construction des salles de classe d Agnam Thiodaye. -Achat de livres et de cahiers pour les élèves. -Financement de la formation de deux personnes aux fonctions d entretien et de maintenance du réseau d eau d Agnam. -Participation à la mise en place d un programme de formation et de développement économique. Manifestations culturelles et sportives Organisation de tournois de football aux villages (coupe de l ALDA ), et de journées culturelles à Agnam, à Hérouville St-Clair et à Paris. 3. Le jumelage Agnam - Hérouville St-Clair Un jumelage-coopération a été créé sur les principes de la Fédération mondiale des villes jumelées, entre la commune d Hérouville St-Clair et la communauté rurale d Agnam, en 1986. Objectif : mettre en oeuvre le développement économique, social et culturel de la zone d Agnam. Le partenaire local associé est l Association de liaison pour le développement d Agnam (ALDA ). La principale réalisation de ce jumelage concerne le secteur hydraulique. Il s agit de la réalisation, de 1987 à 1992, d un réseau touchant l ensemble des villages, pour un coût total d environ 5 000 000 FF. Le rôle du jumelage a été la coordination du projet, son montage financier et le contrôle des dossiers (techniques, administratifs, financiers). Santé -Participation financière à la construction de la maternité de Thiodaye et à la construction de la case de santé de Godo. -Aide à l ouverture un dépôt de médicaments en 1986 à Agnam. -Financement et organisation de deux campagnes de vaccination pour l ensemble des enfants d Agnam. -Avec Pharmaciens sans frontières du Calvados, envoi de médicaments d une valeur de 2 000 000 FCFA) pour maintenir un dispositif permanent de vente de médicaments à des prix accessibles et permettant de renouveler le stock. 4. Le réseau d eau d Agnam Fiche descriptive Objectifs : -mettre à la disposition de 15 000 habitants de l eau potable en quantité (25 litres par jour) et de bonne qualité ; -abreuver les animaux domestiques et les troupeaux. - 74 -

Quels modes d alimentation en eau? Installations techniques : -1 ancien forage (Agnam Civol) : débit : 30 m 3 par heure ; réservoir : 100 m 3 ; -2 nouveaux forages (Agnam Toullel-Thialé et Agnam Ouro-Molo) : débit : 50 m 3 par heure par forage ; réservoir : 100 m 3 par forage ; -20 km de canalisations reliant tous les villages ; -62 bornes-fontaines ; -5 abreuvoirs publics villageois. Partenaires pour la réalisation : -l ALDA : (association inter-villageoise) ; -la communauté rurale : (conseils ruraux, élus des habitants des villages) ; -l État sénégalais, représenté par le ministre de l Hydraulique ; -les partenaires extérieurs (Hérouville Saint- Clair et Garbsen), villes française et allemande, jumelées avec les villages d Agnam. Rôle de chaque partenaire dans le projet a) La population, constituée de trois parties : -la population de base : ce sont les personnes qui demeurent aux villages, chargées de fournir la force de travail pour creuser les tranchées et les remblayer après la pose des tuyaux. Ceci pour la canalisation principale reliant les forages et les canalisations desservant les quartiers (à l intérieur des villages) ; -le conseil rural, représentant civil et administratif : le responsable moral ; -l ALDA : structure associative inter-villageoise, composée de sections. Chaque section a un rôle spécifique à remplir dans la vie de l association et dans le projet. La section de l ALDA France était l initiatrice du projet et l interlocutrice directe des partenaires européens. Elle était donc associée, avec les responsables de la municipalité d Hérouville St-Clair et de Garbsen chargés de ce partenariat, à toutes les études du projet, financières et techniques. L ALDA France et les partenaires du Nord discutaient d abord sur des propositions : quand ils s étaient mis d accord, ils les envoyaient aux partenaires locaux (sénégalais) et aux sections de l ALDA dans les autres pays. Quand nous recevions en retour des suggestions ou des amendements, nous les validions. L ALDA Dakar était l intermédiaire entre les partenaires locaux (les autorités sénégalaises, les entreprises) et les différentes sections de l ALDA. Elle est devenue l administratrice de l association à l issue du congrès d août 1989. L ALDA Agnam était l hôtesse du projet. Elle accueillait les entreprises qui réalisaient le réseau et surveillait les travaux. Les autres sections de l ALDA participaient au financement du projet mais n avaient pas de tâches précises à effectuer en raison de leur éloignement. b) Les partenaires extérieurs : -la municipalité d Hérouville Saint-Clair (par l intermédiaire de Jangui Lecarpentier et P. Lescens) était le principal acteur avec qui l ALDA France travaillait pour réunir tous les éléments indispensables (techniques, financiers) pour réaliser le projet ; -la municipalité de Garbsen : sa participation a été principalement financière. c) L Etat sénégalais : L Etat sénégalais donnait son accord de principe à cette intervention extérieure. Il a participé à la réalisation du projet et assuré le suivi et la réception des travaux. Le processus de mise en place d un système de gestion efficace Le coût des infrastructures (5 000 000 FRF) justifiait la mise en place d un système de gestion efficace. A cet effet, des études ont été entamées en même temps que l élaboration du projet. Dès le début, l objectif était que le réseau soit autogéré techniquement et financièrement par la population. - 75 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Tableau 14 Dépenses et recettes mensuelles (en F CFA avant la dévaluation) Dépenses Quantité Prix unitaire Total Energie Gas-oil 1 000 l 250 250 000 Huile 6 bidons 4 000 2 000 Graisse 2 500 1 000 Entretien, réparations Salaires de 2 conducteurs 30 000 60 000 Entretien courant-transport 18 000 TOTAL DES DÉPENSES 353000 Recettes Vente de l eau 18 000 m 3 24,52 373 000 Subvention ALDA 68 433 TOTAL DES RECETTES 441 433 Deux éléments indispensables étaient à prendre en compte pour atteindre cette autonomie : -technique : disposer d un personnel qualifié ; -financier : faire payer l eau aux consommateurs à un prix supportable. En 1986, un Agnamois, M. Mamadou Moussa KANE, s était porté volontaire pour devenir technicien du réseau. D après un contrat établi entre lui et l ALDA, il s est engagé à suivre un stage de formation à l entretien des forages, et à rester à Agnam pour travailler dans le réseau quand il serait réalisé. De son côté, l ALDA s est engagée à lui verser un salaire mensuel de 35 000 FCFA (700 FF) durant les six mois de la formation et pendant la réalisation des différentes phases du projet. Comme il deviendrait le surveillant des chantiers, son salaire serait maintenu durant les travaux de chaque chantier. Il serait au chômage non rémunéré durant l arrêt des travaux (fin d un chantier avant le démarrage d un autre). Son salaire serait pris en charge par les habitants quand ils commenceraient à utiliser le réseau. M. Mamadou Moussa KANE a bien assumé les responsabilités qu on lui avaient confiées pendant la réalisation du projet. Il a également acquis un savoir-faire en plomberie pendant que les travaux de canalisation étaient en cours d exécution. Une deuxième personne chargée de l entretien du réseau, Tidiane Gangué, a pu bénéficier d une courte formation en mécanique. Le réseau dispose donc déjà d un personnel qualifié pour l entretenir. Aspects financiers Nous n avons pas voulu faire payer les consommateurs audessus de leurs moyens. Nous avons comparé le prix de l eau payé par les villages qui disposaient déjà de forages à cette époque. A Agnam, les trois villages desservis par l ancien forage payaient un forfait de 250 FCFA par foyer et par mois. Nous avons calculé que si nous proposions un prix de 75 FCFA (1,50 FF), par mètre cube et par mois, en raison de 15 000 habitants consommateurs (sans compter les animaux), le réseau serait autofinancé et le prix avoisinerait le prix forfaitaire appliqué habituellement, soit 250 FCFA par foyer et par mois. Notre proposition était basée sur une famille de quatre personnes, nous avons donc estimé que pour quatre personnes 300 FCFA par mois serait un prix acceptable. Ce nouveau réseau comprend en outre trois forages connectés entre eux pour que l eau soit disponible à tout moment, ce qui n était pas le cas quand il n existait qu un seul forage (qui ne fonctionnait que quatre heures par jour en moyenne, était souvent en panne et restait plusieurs jours sans être réparé). Nous avons estimé que quand l eau serait disponible 24 h/24 h, la consommation par habitant serait de l ordre de 1 m 3 /mois, soit 33 litres par jour. Donc si cette proposition était acceptée et appliquée le réseau serait autofinancé sur la base de : 75 CFA x 15 000 habitants = 1 125 000 FCFA collectés par mois. En mai 1993, lors d une réunion chez le président à Ouro-Mol, les membres du comité ont demandé au technicien du réseau de calculer les - 76 -

Quels modes d alimentation en eau? dépenses mensuelles. Les dépenses (carburant, huile, graisse et salaires du personnel) étaient de 335 000 FCFA (avant la dévaluation). Ce montant était donc payé par les consommateurs (jusqu à la dévaluation en janvier 1994). L ALDA a alors proposé au comité de gestion de calculer la consommation de chaque village, à partir de la somme récoltée : à la fin de chaque mois, diviser la somme de 335 000 FCFA par le nombre de m 3 d eau consommés dans ce mois, puis, une fois le prix du m 3 connu, le multiplier par le nombre de m 3 d eau consommés par village. Le désir de l ALDA n était pas seulement de faire payer aux consommateurs le prix réel de l eau afin que le réseau s autofinance tout de suite, mais de rendre conscients les consommateurs de la valeur de l eau et de la nécessité des dépenses. Bilan de la gestion actuelle du réseau Si le prix proposé de 75 FCFA le m 3 était retenu, nous aurions une recette de 18 000 m 3 x 75 FCFA, soit 1 350 000 F CFA, ce qui permettrait l autofinancement, d une part, l entretien et l amortissement d autre part. Pour mesurer l eau consommée, nous avons décidé d installer des compteurs. Pour faire comprendre aux habitants d Agnam ce projet d équiper le réseau de compteurs et les habituer à cette nouvelle méthode, nous avons proposé à chaque village de payer son compteur. Formation du comité de gestion Un document pour la gestion du réseau a été élaboré, qui réglemente le fonctionnement du réseau, et définit les responsabilités de toutes les parties liées à l avenir de cet ouvrage. Mais ce contrat n est pas encore validé. Il y a un désaccord entraînant le retard de la signature. C est un tiraillement entre nos partenaires du Nord et l État sénégalais portant sur la dotation du projet à la collectivité agnamoise. Le ministre délégué de l Hydraulique sénégalais souhaite que l article 4 du document soit formulé ainsi : Le système d approvisionnement en eau, réalisé dans la communauté rurale d Agnam, fait partie intégrante du patrimoine hydraulique de l État sénégalais et est mis à la disposition de la collectivité. Nos partenaires d Hérouville Saint-Clair proposent une autre formulation : Le système d approvisionnement en eau, réalisé dans la communauté rurale d Agnam, fait partie intégrante du patrimoine hydraulique de l État sénégalais et est mis à la disposition de la collectivité pour la part réalisée par le gouvernement sénégalais (réservoirs, forage de Civol). Pour la partie réalisée par la ville d Hérouville Saint-Clair (forages, canalisations, bornesfontaines), elle est mise à la disposition de la communauté rurale et sa remise à la collectivité est envisagée dès lors que le conseil rural aura montré sa capacité à gérer le réseau. L ALDA, initiatrice de cette réalisation et grâce à qui ces différents partenaires ont pu se réunir et réaliser ensemble ce projet d adduction d eau, préférerait qu il y ait un consensus, que ce projet de protocole soit écrit en tenant compte de la place de chacun dans l ouvrage : nos partenaires, l État et la population concernée. Le 20 février 1994, la section de l ALDA - Paris a décidé d employer toute son énergie pour régler ces problèmes de validation du protocole. Depuis avril 1992, il a été tenté de mettre en place un comité de gestion. Pendant les journées d inauguration, les 15, 16 et 17 avril 1992, nos partenaires du Nord qui étaient présents à cet événement, souhaitaient qu un comité de gestion soit instauré avant leur départ vers la France. Une réunion a été tenue le 17 à cet effet. Nos amis ci-dessus cités, tenaient bien à ce que le président de ce comité soit, de préférence, nommé par le président de la communauté rurale. Ils souhaitaient donc que la responsabilité de la gestion du réseau soit placée dès maintenant sous l autorité du conseil rural. Cf. Tableau de l amortissement de réseau d Agnam page suivante. - 77 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Étude de l amortissement du réseau d eau d Agnam (décembre 1992, étude est estimative en francs français) L ancien forage d Agnam Civol (2582 consommateurs), et les locaux abritant les motopompes, ne sont pas pris en compte dans cette étude. Nombre de consommateurs : environ 15 000. Nombre de m 3 consommés par mois : 18 000. Ce calcul d amortissement fixe un prix de 1,30 F (130 FCFA) par m 3 au lieu des 75 FCFA préconisés. L écart entre le prix tient compte de l amortissement et le prix qui a été proposé est de 55 FCFA (0,55 F). Cela montre que les conséquences de la dévaluation se font sentir dans tous les secteurs d activité économiques. Mais pour ne pas compliquer davantage les palabres de la gestion du réseau et pour ne pas encore alourdir les charges ménagères, l ALDA pense que le prix de 75 FCFA peut être maintenu pour le moment si les consommateurs l acceptent, et que le réseau continue à être géré publiquement ou sociétairement. Investissement Caractéristiques Valeur 2 forages Profondeur 160 m 980 000 2 réservoirs 2 x 100 m3 400 000 2 équipements pompage diesel 2 x 50 m3/h 390 000 Canalisations Longueur 20 km 1 065 000 Bornes-fontaines publiques 62 442 000 Compteurs des villages 18 30 000 Total 3 307 000 1. Amortissements Valeur Durée Amortiss. amortiss. annuel Forages 980 000 55 17 818 F Réservoirs 400 000 60 6 667 F Motopompes 54 320 h/an 390 000 8 48 750 F Canalisations 1 065 000 15 71 000 F Bornes-fontaines 442 000 40 11 050 F Compteur 30 000 30 1 000 F Total annuel des amortissements 2. Entretien et maintenance Mensuel Annuel Force motrice Gas-oil 7 000 F 84 000 F Huile 360 F 4 320 F Graisse 156 285 F 300 F Entretien et maintenance Nettoyage réservoirs 200 F Réparations mécaniques 360 F 4 320 Réparations plomberie 180 F 2 160 F Assainissement 180 F 2 160 F Personnel d entretien 1 200 F 14 400 F Total des charges de fonctionnement 111 860 F Total général (amortissement et fonctionnement) :268 145 F - 78 -

Quels modes d alimentation en eau? Le projet d adduction d eau dans six villages autour de Synthiane Une expérience impliquant les communautés à toutes les étapes du projet. Mamadou DEME. Tufnde-Edam. Le caractère novateur du projet de TUFNDE - ENDAM est lié à sa démarche pédagogique. C est un projet qui regroupe six villages du département de Matam (au Sénégal) liés par le fait d être oubliés des programmations hydrauliques ou économiques de l État sénégalais. Synthiane, Gana Balol, Lewe Damga, Lewe N Guenar, Faboly et Gourel Foulbé n ont pratiquement aucune infrastructure sauf, depuis l indépendance, une école avec une salle de classe construite par les autorités sénégalaises. Un peu d histoire Tout ce qui existe dans ce village a été réalisé par les villageois eux-mêmes. Les neuf puits du village de Synthiane ont été réalisés par les gens de Synthiane. Les puits de Lewe, de Faboly et de Gourel Foulbé ont été construits par les habitants ; seul le puits de Faboly a été réalisé dans le cadre de la construction de la route nationale 2 et laissé après les travaux pour usage domestique aux habitants du village. Ainsi, ces 6 villages qui ont également en commun l histoire et la géographie, donc des liens particulièrement forts, ont décidé d unir leurs moyens pour réaliser ce que chaque village ne pouvait faire seul. A partir des expériences de l émigration, nous avons créé une association de fait, en 1980, qui a obtenu une aide canadienne. Avec cette aide, qui était au départ de 6 000 F, nous avons créé un fonds commun pour des réalisations hydrauliques bénéficiant à tous les villages. Une structure associative a également été créée sur la base des cotisations des ressortissants de ces six villages résidant en France, à Dakar, en Côte-d Ivoire, au Gabon, au Zaïre et en Centrafrique. Partout où se retrouvaient des ressortissants de ces six villages, était constituée une sous-section locale chargée chaque mois de recueillir les cotisations des villageois pour réaliser des opérations hydrauliques. Entre 1980 et 1989, nous avons été en relation avec une association d émigrés, qui avait laissé espérer la réalisation d un forage dans le cadre des campagnes hydrauliques CEAO. dont l État sénégalais bénéficiait. Deux villages proches en ont profité à deux reprises mais aucun des six villages n a été touché. Malheureusement, il en a été de même pour l électrification. A chaque fois, nous étions oubliés. - 79 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires B. Collignon Réflexion et démarche du projet Nous avons donc décidé, compte tenu du retard dans les promesses gouvernementales, de procéder d une autre façon. A partir de l association de fait que nous avions créée, qui s est dotée d une personnalité juridique, nous avons lancé un appel à partenariat aux associations non gouvernementales françaises. Une seule a répondu : Ingénieurs sans frontières (ISF) et plus particulièrement la section de Poitiers. ISF et TUFNDE-ENDAM ont mis en place (à parts égales) un partenariat d étude, d auscultation, de recherche, de conseil, de sensibilisation et d animation autour du projet. Les deux partenaires L accès à l eau au Sahel est l une des préoccupations majeures des populations. Un des premiers investissements financés par les émigrés pour équiper leur village est la construction de puits. discutaient ferme. Je peux vous assurer qu on a beaucoup discuté. La négociation s opérait à deux niveaux. Compte tenu des différences de culture, il fallait se mettre sur la même longueur d onde. Egalement à l intérieur de TUFNDE-ENDAM, nous avions à négocier car il fallait passer d un système à un autre. Les anciens qui avaient le pouvoir de décision, devaient le transférer aux jeunes, ce qui n était pas évident. Il fallait donc mettre en place ces deux pôles de négociation tout en poursuivant l étude technique du projet. Toute une série de missions a eu lieu dans chacun des six villages. A chaque fois, il fallait que TUFNDE-ENDAM soit d accord avec l opportunité de la mission, qui sinon n avait pas lieu. A ce niveau, nous avons été respectés par les partenaires, surtout en tant que maître d ouvrage potentiel, susceptible à la fin des travaux de prendre la relève et de continuer le processus de gestion du forage. Nous avons donc travaillé selon un partage des rôles. Nous avons mobilisé nos moyens financiers et surtout nous sommes engagés à ce que l ensemble des efforts villageois soit mis à la disposition des travaux du forage le moment venu. ISF s est engagé, à travers ses compétences et ses réseaux, à trouver les moyens financiers supplémentaires. Les villageois, qui apportaient une partie, même modeste, des financements, se sont engagés à travers les - 80 -

Quels modes d alimentation en eau? associations des jeunes à se mobiliser sur l ensemble des travaux. Au lieu de mettre en place une politique de prestation de services, nous avons décidé de mobiliser nos propres forces physiques pour contribuer au développement de ce projet. De novembre 93 à ce jour, toute une série d étapes a été franchie : le forage a été foré, le château d eau a été construit, les canalisations ont été pratiquement toutes posées. Les objectifs établis par le partenaire ISF pourront donc être atteints. maraîchage. Déjà le projet de lutte anti-érosive, en particulier autour des installations hydrauliques, a été lancé et a mobilisé beaucoup de monde. Le niveau de participation pour les travaux traduit bien le résultat de la démarche que nous avons suivie. Préparer l après-émigration Concertation avant décision Parallèlement, il y a eu une démarche de sensibilisation, d information circulatoire. Avant qu une décision soit adoptée, l information fait le tour de tous les pays où les villageois se trouvent. Chaque section locale doit donner son avis sur telle ou telle proposition qui émane du village ou d un autre pays. Par exemple, lorsque nous avons réalisé un dossier technique pour mettre en place le processus d organisation de la gestion de l eau après la mise en route du forage, ce document a été soumis à l approbation de l ensemble des ressortissants et des villageois, où qu ils se trouvent. Une longue discussion, avec des allers et retours entre les différents groupes, a été également lancée sur la détermination du prix de l eau. Un calcul théorique sur le coût global de l eau a été établi par le volontaire ISF-AFVP et le comité de gestion et différentes possibilités de recouvrement des coûts ont été envisagées : vente à la mesure ou vente au forfait. Après l étude des avantages et inconvénients des différents systèmes et la circulation des différents avis, la décision finale est revenue aux villageois, les principaux concernés par la gestion courante. Il a été décidé, qu au moins dans un premier temps, la vente de l eau se ferait de façon forfaitaire. Le coût de l eau a été estimé à 700 FCFA par foyer et par mois. L implication de tous, quel que soit le village et quel que soit le lieu de résidence, a permis de montrer à chacun qu il jouait un rôle. Grâce à cela, nous avons pu envisager sérieusement de nouveaux projets ensembles : lutte anti-érosive et Le comité de gestion, ayant la charge de récupérer les fonds, peut s appuyer aussi sur d autres ressources financières. Tout en donnant au comité de gestion la charge d organiser la relève financière, la gestion des installations et l ensemble des coûts récurrents qui y sont liés, les caisses fondées par TUFNDE-ENDAM, dans les différents pays, continueront à verser les cotisations mensuelles. Ceci permettra de garder des liquidités suffisantes, le moment venu, pour permettre au comité de gestion d être doté de moyens complémentaires. En effet, nous prenons en compte une étape qui va venir : c est l étape de l après-émigration. Nous savons que compte tenu des difficultés à venir en France et dans les pays européens, l émigration vieillit et ne se renouvellera pas. Comme la majorité des émigrés va, d ici 10 ans, accéder à la retraite, les caisses villageoises en France risqueront de faire face à des problèmes de trésorerie pour régler des échéances ou réaliser des projets importants. La réflexion doit être menée, avec l appui des comités de gestion, pour faire face à la post-émigration. Il va falloir mettre en place des outils et des richesses locales pour prendre en charge les forages. Nous en sommes à ce niveaulà de notre réflexion. - 81 -

Thème 3 Le recouvrement des coûts Rapporteur : Bernard Collignon

Le recouvrement des coûts Le recouvrement des coûts est l un des éléments les plus importants à prendre en compte, lors de l élaboration d un nouveau système de distribution d eau. En effet, la plupart des structures chargées de la gestion du service de l eau ne parviennent qu avec difficulté à financer le fonctionnement et l entretien des installations. Certains équipements finissent même, faute de moyens, par tomber définitivement en panne. Au cours de ce séminaire, cette problématique a très souvent été abordée. Elle se décline en trois questions. a) Combien ça coûte, comment évaluer le coût réel du service eau potable, quels sont les éléments à prendre en compte et quel est leur poids respectif dans le coût total (fonctionnement, maintenance, gestion, amortissements, extensions...)? b) Qui paiera, qui doit prendre en charge les coûts ou comment les répartir entre les intervenants : usagers, communes, État, bailleurs de fonds...? c) Quels sont les modes de recouvrements possibles : vente de l eau à l unité, abonnement mensuel, redevance annuelle...? Les débats sur ce thème ont été particulièrement vifs, notamment à propos de la question : qui doit payer le service eau potable? Présentation des interventions Le recouvrement des coûts du service de l eau dans les centres secondaires. Bernard COLLIGNON. L auteur procède à l analyse économique du service de l eau (les composantes du coût de l eau, la fréquence à laquelle il faut les financer, les charges fixes et variables...). Il montre qu une distribution par bornes-fontaines est généralement possible à moins de 2 FF/m 3, dont environ la moitié couvrira les charges de fonctionnement et l autre moitié les provisions pour le renouvellement du réseau. L importance de ces diverses composantes est illustrée par quelques exemples africains. Les populations rurales peuvent-elles supporter seules la charge du service eau potable? L État, les collectivités locales et les bailleurs de fonds doivent-ils y contribuer? L auteur compare enfin de manière très synthétique deux systèmes de recouvrement des coûts (par abonnement forfaitaire ou paiement à l unité). Il analyse leurs avantages et inconvénients respectifs, particulièrement le fort surcoût qu entraîne la vente à la bassine. La gestion communale de l eau au Rwanda. Régis TAISNE. Cette étude de cas concerne le recouvrement des coûts par les régies communales de l eau au Rwanda. Bien que ce pays ne fasse pas partie du bassin du fleuve Sénégal, cette étude a été retenue car le Rwanda est l un des pays africains où les structures communales sont les plus développées. Après avoir rappelé les particularités du pays, l auteur procède d abord à une analyse comparative des coûts des systèmes de distribution d eau (à partir d une source, par adduction gravitaire, par pompage). Cette dernière solution apparaît comme 5 à 10 fois plus coûteuse que les autres. Puis il analyse soigneusement les comptes d une structure communale de gestion de l eau. Celle-ci pratique un système de péréquation du prix de vente entre toutes les familles. L auteur démontre que la grande majorité des familles - 85 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires finance le service offert à une petite minorité, celle qui utilise l adduction par pompage. Les régies sont très fortement structurées et elles réalisent des provisions pour renouveler l équipement, ce qui n est pas si courant ailleurs. Par contre, elles hésitent à réaliser les travaux de réparation indispensables. Leurs recettes sont d ailleurs inférieures aux prévisions. Un exemple de gestion de point d eau : le forage d Ajar Soninké. Marc VINCENT. Pour analyser la gestion d un forage en milieu rural, Marc Vincent interroge le président d un groupement villageois. Cet exemple montre bien comment la gestion du point d eau joue un rôle structurant sur la communauté, en l obligeant à adopter de nouveaux modes d organisation interne. Une réussite dans ce domaine favorise ainsi l émergence d autres activités communautaires. L eau pour tous en ville? La revente de voisinage au Bénin. Xavier LITRICO. Cette étude de cas porte sur l une des activités les plus importantes dans les quartiers pauvres des grandes villes : la vente d eau. L auteur analyse la revente de l eau dans un centre secondaire du Bénin. C est une situation tout à fait comparable à celle que l on rencontre dans toute l Afrique de l Ouest : les vendeurs d eau privés du secteur informel interviennent en aval des entreprises publiques, au plus près des usagers. Il s agit d un petit métier dont les revenus ne sont pas négligeables. La filière est occupée par des membres des classes moyennes, qui peuvent payer un abonnement et qui revendent l eau 4 à 6 fois plus cher que l entreprise publique. Ce service de proximité est très utile, mais peu équitable : ce sont les familles les plus pauvres qui paient l eau le plus cher. Faute de pouvoir payer ce service, deux tiers des familles retournent d ailleurs aux points d eau traditionnels pollués dès le début de la saison des pluies. Le projet Alizés (puits et éoliennes en Mauritanie). Bernard GAY. Dans le cadre d un projet pilote d alimentation en eau dans le Trarza mauritanien, l auteur analyse les différentes composantes du coût de l eau, selon diverses hypothèses techniques (éolienne, générateur photovoltaïque et énergie fossile).il montre l impact des conditions économiques (matériel financé par des prêts à divers taux).? L énergie éolienne se révèle compétitive dans cette zone qui est bien ventée. Par contre, l énergie solaire implique des équipements coûteux difficiles à amortir. Comparaison de divers systèmes de recouvrement des coûts en Mauritanie.Abderhamane N DIAYE. L auteur compare les divers modes de recouvrement qui ont été adoptés par les villageois, dans le cadre d un programme de diffusion d éoliennes. Cette communication illustre bien les multiples solutions possibles et l intérêt qu il y a à laisser les communautés villageoises décider elles-mêmes du mode de paiement. - 86 -

Le recouvrement des coûts Le recouvrement des coûts du service de l eau dans les centres secondaires Bernard Collignon, hydrogéologue consultant 1. Le coût réel de l eau La présente communication traite du coût réel de l eau, c est-à-dire de l ensemble des dépenses qu il faut engager pour produire de l eau potable et la mettre à la disposition des usagers. Notre étude porte principalement sur les centres secondaires des pays africains, c est-à-dire des villes de 2 000 à 10 000 habitants. Ces centres connaissent une croissance de population très rapide depuis deux décennies (de 3 à 7 % l an), liée à l exode rural. Dans ces centres secondaires, nous nous intéresserons surtout aux systèmes d exploitation décentralisés, c est-à-dire gérés par les collectivités locales ou par des régies d usagers. En effet, les systèmes d exploitation centralisés dans les capitales semblent avoir peu d avenir. 1.1. Décomposition du coût de l eau Nous avons procédé à une décomposition du coût de l eau en un certain nombre d éléments, bien identifiables pour les gestionnaires locaux d un système d approvisionnement en eau. Il ne s agit donc pas d utiliser les rubriques d un quelconque plan comptable, mais celles qui sont les mieux appropriées au pilotage de l exploitation par des associations locales, représentant les usagers. Ces rubriques ont été utilisées pour la construction des tableaux des pages suivantes. Charges fixes et charges proportionnelles (variables) On distingue classiquement des charges fixes, indépendantes de la consommation (personnel, abonnement à l électricité...) et des charges variables selon la quantité d eau consommée (carburant, consommation d électricité, usure des pompes, produits de javellisation...). Cette distinction a été traduite sur le tableau des divers postes de dépense, page suivante. Examinons quelques conséquences du poids relatif de ces diverses charges pour l équilibre financier des structures de gestion : a) Si le réseau est sur-dimensionné (calculé par exemple sur la base de 30 ou 40 l/jour/habitant), les charges fixes seront fortes, et il faudra les répartir sur un volume d eau distribué plus faible que prévu. Le coût de l eau risque d être prohibitif pour les familles pauvres et de réduire encore la quantité d eau vendue. - 87 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Tableau 1 Caractéristiques des charges récurrentes pour la distribution d eau par bornes-fontaines - 88 -

Le recouvrement des coûts Fonctionnement Main-d oeuvre pompiste / gardien fontainier / surveillant de réseau gestionnaire de la régie des usagers Énergie et consommables carburant abonnement électricité consommation d électricité produits chlorateurs produits de traitement des eaux brutes Frais administratifs papeterie local Maintenance Main-d oeuvre plombier mécanicien comité de régie collecteurs de redevances ou gardiens de bornes-fontaines Lubrifiants Pièces moteurs pour l entretien pour les réparations Réparations du réseau plomberie conduites génie civil Prestataires de service spécialisés Frais de gestion expert comptable mutuelle, fédération... déplacements Provisions pour le renouvellement des équipements moteur générateur photovoltaïque ou éolienne pompe conduites génie civil Extension du réseau Frais financiers gestion de trésorerie intérêts des emprunts pertes sur les dépôts (dévaluation, érosion monétaire) b) Faut-il installer des branchements particuliers dans les centres secondaires? Pourquoi pas, mais seulement si le surcoût que cela entraîne (particulièrement le renforcement indispensable du réseau) est entièrement couvert par ce que paient les usagers branchés. c) La pose de compteurs d eau sur les raccordements privés permet de limiter très efficacement le gaspillage et de réduire le dimensionnement des réseaux. On baisse ainsi la part des charges fixes. A quelle échéance devra-t-on payer? La périodicité à laquelle les charges doivent être payées est un élément tout à fait déterminant de leur recouvrement effectif par les comités de gestion. Le tableau 1 détaille la périodicité typique de diverses composantes du coût de l eau. Par exemple, les charges de carburant doivent être payées très régulièrement, faute de quoi la distribution d eau s arrête rapidement. Les usagers sont bien conscients de cette nécessité. On constate effectivement que les comités de l eau arrivent en général à les recouvrer. Par contre, le renouvellement du génie civil n intervient que tous les 30 à 50 ans. Même si les provisions ne sont pas constituées, le service est quand même assuré pendant plusieurs décennies. Les usagers ne perçoivent pas facilement la nécessité de ces provisions. On constate d ailleurs qu il n existe pratiquement aucun comité de l eau qui constitue régulièrement les provisions nécessaires pour renouveler le génie civil. Les documents de projet prévoient souvent la constitution de telles provisions pour renouvellement. Et par la suite, les évaluateurs se désolent systématiquement de ce que ces provisions n aient pas été réellement effectuées. Cela ne devrait pourtant pas les étonner : c est une observation pratiquement universelle (quelle est la commune française qui constitue des provisions pour renouveler ses infrastructures lourdes?) ; constituer des provisions pour des durées de 10 à 30 ans est très dangereux dans des pays où les banques font parfois faillite, et où les taux d intérêts réels sont négatifs, quand - 89 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Tableau 2 Charges récurrentes annuelles de quelques adductions (en F CFA) NB : On parle de provisions pour renouvellement (une opération financière dont la signification est assez claire pour les usagers) plutôt que d amortissement comptable, un terme plus technique qui serait utilisé pour une comptabilité d entreprise. Coût du m 3 (FRF) 6 5 4 3 2 Provisions Maintenance Fonctionnement 1 0-90 -

Le recouvrement des coûts ce n est pas la dévaluation qui frappe l épargne des plus démunis ; on ne peut guère attendre de populations dont le système de production économique est en péril qu elles épargnent pour la génération suivante. Le pompage photovoltaïque (solaire) La gestion des installations de pompage par énergie solaire illustre très bien l importance du facteur périodicité des charges. Ces systèmes entraînent peu de charges d entretien, qui sont pourtant celles que les comités de l eau recouvrent le plus facilement. Ils n incitent donc guère les comités de gestion à s organiser, puisque l eau coule pendant plusieurs années, même en l absence de paiement de l eau. Par contre, ces systèmes entraînent de fortes charges de renouvellement à moyen terme (onduleur, panneaux) pour lesquelles il faudrait constituer de fortes provisions. Celles-ci sont d autant plus difficiles à réunir que les usagers se sont habitués à une eau pratiquement gratuite. Quelques exemples On trouvera dans le tableau 2 quelques exemples de calculs du coût de l eau pour divers systèmes de distribution d eau. Ils n ont pas du tout la prétention d être représentatifs de tout ce qui existe. Ces exemples sont donnés pour illustrer notre réflexion et il faut bien se garder d en tirer des généralisations hâtives quand au coût de divers modes de distribution d eau. 1. Sénégal - Kaolack (Rochette, 1994) : adduction par pompage dans un forage profond ; distribution vers plusieurs villages ; structuration forte en comités par village, par adduction et par zone, avec un fort appui d une ONG (Caritas). 2. Sénégal - Agnam (ALDA, 1994) : adduction par pompage à partir d un forage équipé d une électro-pompe immergée et d un générateur ; bornes-fontaines ; régie des usagers organisée à l échelle de l adduction et employant son propre personnel d entretien. 3. Mauritanie - Alizés (Gay, 1994) : puits équipé d une éolienne de pompage, sans réseau de distribution ; comité de gestion par puits + fédération des comités ; entretien par une petite entreprise locale. 4. Bénin (Litrico, 1994) : adduction par pompage dans un puits ; distribution vers 12 bornesréservoirs distribuées selon une maille serrée dans un centre secondaire de 3 500 habitants ; structuré en comité de gestion avec appui AFVP. 5. Rwanda (Collignon, 1990, Ferry, 1992) : adduction gravitaire à partir d une source en région de montagne ; régie des usagers organisée à l échelle de la commune, soit 4 adductions à gérer. 6. Rwanda (Collignon, 1990, Ferry, 1992) : adduction par pompage (turbine et pompe volumétrique) à partir d une source en région de montagne ; régie des usagers organisée à l échelle de la commune, soit 4 adductions à gérer. Conclusions a) Dans cinq cas sur six, la charge annuelle de l eau distribuée par les petits réseaux décentralisés semble assez raisonnable, même en y incluant des provisions pour renouvellement : 3 à 16 FF par habitant et par an, soit 0,2 à 1 % du revenu moyen en milieu rural. Ce ratio est comparable à celui que l on consacre à l eau potable dans les pays industrialisés (0,5 à 1 %). Un seul système d AEP est nettement plus coûteux (une adduction par pompage au Rwanda), car il fait appel à une technologie sophistiquée (turbine et pompe refoulante avec 450 m de HMT!!). b) Le coût du m 3 d eau se situe généralement entre 1 et 1,7 FRF le m 3. Ces coûts sont inférieurs à ceux auxquels est produite l eau dans les grands systèmes urbains d Afrique (de 2 à 5 FRF le m 3 ). Ce n est pas mystérieux : il s agit de systèmes de distribution simplifiés, assurant un service minimal (pas de branchements particuliers) et reposant en partie sur le bénévolat (les membres du comité de gestion ne sont pas rétribués). - 91 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires c) Les provisions pour renouvellement constituent environ la moitié des charges (30 à 65 %). Dans la plupart des cas, leur poids financier ne semble pas insupportable pour les usagers. Mais nous avons vu ci-dessus qu il était généralement difficile de les constituer, pour des raisons sociopolitiques (dynamique des associations locales) et financières (manque de fiabilité des systèmes bancaires). 2. Les revenus des ménages Pour parler de recouvrement des coûts, il faudrait d abord savoir s il existe un client solvable, prêt à payer le service proposé? Y a-t-il une demande solvable pour ce service de distribution d eau par bornes-fontaines? La faillite plus ou moins déclarée de quelques entreprises de distribution d eau en Afrique pourrait en faire douter. Le tableau 3 indique les PNB de quelques pays africains (et de quelques groupes d autres pays, pour comparaison). On voit que le PNB par habitant situe ces pays parmi les plus pauvres de la planète (à l exception du Sénégal, ils font tous partie des pays moins avancés (PMA), selon le charmant euphémisme de la Banque mondiale). Facteur aggravant, ce PNB per capita a baissé sensiblement depuis 1965. Toutefois, ces revenus annuels moyens (300 à 700 $/hab.) semblent suffisants pour le paiement d un service de distribution d eau minimal (à raison de 1 à 3 $ par personne et par an). Ce qui ne signifie pas que tous les usagers y auront accès, car de nombreuses familles vivent avec des revenus nettement plus faibles que la moyenne nationale. 3. Qui paie quoi? Cette question peut sembler saugrenue. En effet, le consommateur d un service paie généralement l intégralité de celui-ci, après avoir décidé de l utiliser. Le cas des systèmes de distribution d eau dans les zones rurales est un peu particulier, parce que le client (la population des villages), n a guère Tableau 3 Données macro-économiques par pays - 92 -

Le recouvrement des coûts Femmes prenant l eau à un forage artésien. Quand l eau coule à profusion, chacun vient se servir. Mais attention au gaspillage, car finalement, la facture sera salée. été consultée avant l installation du système. Il n en connaît généralement pas bien le coût et se retrouve simplement un jour devant la facture d entretien! Il s agit d un problème important de maîtrise d ouvrage. L État (ou les bailleurs de fonds) se sont souvent substitués aux maîtres d ouvrage locaux (villages et communes) avant d engager de gros investissements. Une analyse plus fine de la capacité et de la volonté à payer des usagers aurait peut-être conduit à d autres choix. La faible volonté à payer des usagers est illustrée par un phénomène bien connu : pendant la saison des pluies, les points d eau payants sont délaissés au profit de points d eau gratuits, même si leur qualité semble douteuse. Qui doit prendre en charge les coûts du service, ou comment répartir ces charges entre plusieurs intervenants? a) Le service des usagers les plus pauvres mérite une subvention publique : 10 à 40 % des usagers resteront encore longtemps à l écart des systèmes payants et continueront à s approvisionner à des points d eau gratuits (puits traditionnels, marigots, citernes pluviales...). En termes de santé publique, il est donc indispensable d essayer d améliorer les conditions sanitaires de ces points d eau. C est du ressort des services techniques de l État et des collectivités locales. B. Collignon b) Les usagers un peu plus aisés utiliseront un service payant à faible coût : la borne-fontaine. Ils pourront payer une redevance annuelle ou payer l eau à l unité. Il semble normal que ces usagers paient au moins toutes les charges de fonctionnement et de maintenance (soit une moitié des charges totales). Éventuellement, l État (et les bailleurs de fonds) subventionneront les investissements et le renouvellement des installations. c) Les usagers plus aisés pourront souvent se payer un branchement particulier. Il est alors impératif de poser un compteur et de facturer les volumes d eau consommés, faute de quoi ces abonnés feront financer leur propre approvisionnement par les plus pauvres, en leur revendant l eau par exemple. En ce sens, la politique des «branchements sociaux», chère à certaines sociétés fermières, n a rien de très social. d) Les communes pourraient participer au financement des investissements initiaux. Exemple : les communautés rurales du Sénégal qui investissent dans les puits 30 à 50 % du produit des impôts directs locaux. e) Des structures intercommunales pourraient relayer les communes pour des investissements lourds, à longue durée d amortissement. Exemple : le Fonds régional de l eau de Zinder (au Niger), grâce auquel un impôt local supplémentaire assez - 93 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Tableau 4 Répartition des charges entre divers acteurs Fonctionnement Maintenance Renouvellement Renouvellement Extensions Investissements Usagers OK OK possible non possible Communes utile possible possible Intercommunales possible possible possible Etat Bailleurs internationaux souhaitable effectif mais pas souhaitable lourd est mobilisé (11 % des impôts directs). Malheureusement, ce fonds travaille au seul bénéfice des urbains (ce qui n est pas inexplicable : l impôt est accaparé par ceux qui ont le pouvoir ; pour qu il y ait une réelle redistribution par l impôt, il faut une pression populaire forte, relayée par une structure politique démocratique). f) L État : ses capacités d investissements sur fonds propres sont pratiquement nulles depuis plus de dix ans dans les pays sahéliens, mais il peut mobiliser des dons et des prêts de bailleurs de fonds étrangers. g) Depuis 20 ans, les bailleurs de fonds étrangers ont subventionné plus de 90 % des investissements publics pour le secteur de l eau au Sahel. Cette situation est évidemment malsaine, car ces financements ne sont jamais garantis. Il faut cependant en tenir compte, puisqu ils joueront encore un rôle important dans les prochaines décennies. grand intérêt de mécanismes financiers nouveaux comme les fonds d investissements locaux). Les usagers vont donc continuer à supporter directement l essentiel des charges de fonctionnement et de maintenance, et cela semble à leur portée, pour autant que l on garde des standards de distribution raisonnables (par bornes-fontaines publiques et une dotation de 10 l/jour/hab., ce qui correspond aux consommations mesurées là où les usagers paient l eau à la bassine). Les bailleurs de fonds seront certainement encore sollicités pour subventionner les investissements initiaux, ou le renouvellement du génie civil des adductions existantes. Accepteront-ils d augmenter leurs concours (alors que l aide publique représente déjà 10 à 15 % du PNB des pays sub-sahariens)? Dans tous les cas, il est à souhaiter qu ils le fassent en soutenant les initiatives et la maîtrise d oeuvre locale, faute de quoi, il est illusoire d espérer que les usagers s organisent pour gérer une infrastructure qu ils n ont pas décidée. Conclusions Il n y a guère de soutien à attendre des Etats africains qui sont actuellement soumis aux fortes contraintes de l ajustement structurel. Les collectivités locales pourraient être mobilisées pour les charges à périodicité de 2 à 5 ans (renouvellement des pompes), mais n ont généralement pas les outils financiers nécessaires (d où découle le 4. Comment recouvrer les coûts? Le prix de vente est un concept bien distinct de celui du coût de l eau. Il renvoie à une politique commerciale, qui peut intégrer des facteurs non économiques (soutien aux régions ou aux populations défavorisées, redistribution du produit de - 94 -

Le recouvrement des coûts l impôt au travers de services publics subventionnés...). Les formes de facturation du service de l eau que l on rencontre sont très nombreuses, mais nous nous contenterons d analyser les deux cas les plus fréquents : la vente à l unité et la redevance périodique forfaitaire. a) La vente de l eau à l unité (au seau, au fût...) C est le mode de recouvrement le plus pratiqué en ville. Un vendeur d eau est installé derrière la borne-fontaine, et il encaisse 5 à 20 F CFA pour chaque bassine d eau remplie. Il paie chaque mois à la société fermière le volume d eau distribué. Avantages : ce système se met en place simplement, dans le cadre de l économie informelle ; il ne demande pas une forte organisation sociale ; le gaspillage est limité ; les responsabilités de chacun (société fermière, vendeur, client) sont clairement définies. Inconvénients : Borne-fontaine à comme il n y a pas de monnayeur. pièces de monnaie de Un gadget pour moins de 5 F CFA, le prix technocrate qui ne de vente ne peut varier fonctionne pas très que par grands sauts (5, longtemps sans un 10, 15 F CFA) ; fontainier. la vente de l eau à l unité entraîne des charges de personnel importantes (il faut pratiquement doubler le prix de vente de l eau pour couvrir les salaires des vendeurs, bien que cette activité soit un tout petit commerce et que ces vendeurs ne gagnent guère que le SMIC) ; en saison des pluies, les familles les plus pauvres se détournent des points d eau payants pour aller vers des points d eau gratuits dont la qualité est souvent médiocre. b) La redevance forfaitaire (mensuelle, trimestrielle, annuelle) C est un mode souvent utilisé en milieu rural (au Rwanda, au Burundi, au Sénégal) et parfois dans les centres secondaires ou même les grandes villes (comme Port-au-Prince). L abonné paie tous les mois, tous les trimestres ou tous les ans une redevance forfaitaire, auprès d une structure qui joue le rôle d intermédiaire avec la société fermière (régie d usagers, exploitant local privé, commune...). AFVP Avantages : les usagers achètent le service annuel en une fois, lorsqu ils ont des revenus monétaires importants (après la récolte de coton par exemple) ; les charges liées à la distribution de l eau sont réduites au minimum ; en saison des pluies, les usagers continuent à s approvisionner aux bornes-fontaines. Inconvénients : ce système implique une bonne structuration de la communauté, plus facile à obtenir en milieu rural qu en milieu urbain ; ce système ne pousse pas les usagers à économiser l eau et il peut y avoir du gaspillage. - 95 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Bibliographie ALDA. 1994. Le réseau d eau d Agnam. Un exemple de gestion communautaire au Sénégal. Communication présentée dans ce recueil. Banque mondiale. 1990. Rapport sur le développement dans le monde 1989. Banque mondiale. 1994. Social Indicators of Development. BATARD J-P. 1991. Modélisation d une tarification de l eau en milieu rural. Rapport AFVP. Caisse française de développement. 1993. Situation économique et financière en 1992 des Etats d Afrique, de l océan Indien et des Caraïbes. COLLIGNON B. 1990. Les opérations du secteur hydraulique au Rwanda. Rapport de mission AFVP. FERRY A. 1992. La gestion des infrastructures hydrauliques en milieu rural Rwandais. Rapport AFVP. GAY. 1994. Le coût de l eau en Mauritanie. Communication présentée dans ce recueil. IRC. Le prix de l eau. LITRICO X. 1994. Étude économique et institutionnelle de la vente de l eau dans deux centres secondaires du Bénin. Mémoire ENGREF. Rapp. AFVP. ROCHETTE R.M. 1994. Planification des ressources en eau. Projet PNUD SEN/87/OO6. Rapport du consultant socio-géographe. AFVP Borne-fontaine siphonante. Un système de distribution fiable et peu coûteux, où le gaspillage reste limité si les usagers sont obligés d apporter leur tuyau personnel. - 96 -

Le recouvrement des coûts La gestion communale de l eau au Rwanda Expériences de l AFVP et de CARE International Régis TAISNE. Ingénieurs sans frontières (ISF) Le Rwanda connaît actuellement des événements dramatiques. Il est bien évident que dans l immédiat, les problèmes qui se posent au pays sont immenses. L expérience accumulée durant les dix dernières années en matière de décentralisation et plus particulièrement de gestion communale de l eau est tout à fait intéressante. Elle sera une base pour le redémarrage du service de l eau dans les communes. 1. Le Rwanda (Sud) et de Gisenyi et Ruhengeri (Nord) soit une moyenne de 300 hab/km 2 ). Plus de 90 % de la population vit en milieu rural. L habitat y est très dense, mais avec la particularité d être extrêmement dispersé, chaque paysan ayant son habitation au milieu de sa parcelle. Seuls 12 centres urbains dépassent les 5 000 habitants, et il n y a que quelques centres de négoce répartis le long des routes. L accroissement démographique atteint des sommets avec 3,7 % par an d où une pression foncière tout à fait excessive. Les revenus des paysans sont très faibles (moins de 1 000 FF par an), et peu monétarisés (environ un tiers). Une population rurale, dense et dispersée Le Rwanda est un petit pays (26 338 km 2 dont environ 10 % de parcs nationaux), de montagnes et de collines (altitudes variant de 1 000 m à 4 500 m). Avec plus de 7,2 millions d habitants, le Rwanda a la plus forte densité de population d Afrique (entre 200 h/km 2 à l est du pays et 1 200 h/km 2 dans certaines régions de Butare L échelle communale Le Rwanda est divisé en 144 communes, d une population moyenne de 50 000 habitants. La politique menée par le gouvernement rwandais est fondée sur la décentralisation ; la commune est considérée comme la cellule de base du développement du pays, avec un rôle administratif, juridique, économique et social. Sous la responsabilité du bourgmestre (nommé), des élus (conseillers communaux), des équipes de cadres techniques - 97 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires grande partie de la population, avec des coûts d investissement puis de fonctionnement très faibles. Ces sources peuvent également alimenter des adductions gravitaires ou par pompage. Le choix de l échelon communal Conformément à la politique de décentralisation, l État a transféré, surtout à l échelon communal, la responsabilité de l approvisionnement en eau potable (investissements et gestion). Pour des raisons financières évidemment, mais en accompagnant ce désengagement par la nomination de techniciens au niveau des préfectures et en définissant avec les opérateurs, des outils de formation et de gestion pour les responsables. La maîtrise d ouvrage : la commune AFVP communaux ou détachés de l administration centrale (services administratif, agricole et d élevage, de formation et d animation...) encadrent ou, mieux, appuient la population. Le bourgmestre, responsable à part entière du développement de sa commune, se trouve directement placé sous l autorité du ministère de l Intérieur et du développement communal. L approvisionnement en eau potable Le captage de source est le point d eau le moins coûteux et le plus simple à entretenir. Les choix en matière de réalisation d ouvrages sont généralement délégués aux communes (sauf pour les zones nécessitant de grosses infrastructures) et un effort a été fait pour associer les populations à ces choix. Cette responsabilité inclut la définition des priorités, l implantation des ouvrages, la recherche des financements, le contrôle des travaux (avec l appui du ministère des Travaux publics, de l énergie et de l eau). L investissement monétaire provient à 99 % de l aide extérieure, les budgets communaux étant essentiellement mobilisés pour couvrir les charges de fonctionnement, en particulier de personnel. En revanche, la commune assure l organisation de la participation des usagers aux travaux. Ces travaux communautaires (Umuganda) sont le seul pouvoir d investissement local. Dans le cas des captages de source, cette participation sous forme de travaux ou d apport de matériaux locaux peut représenter la moitié des coûts. Le Rwanda dispose d importantes ressources en eau. Dans la plus grande partie du pays, il existe des émergences naturelles au pied ou à flanc des versants. Pour l approvisionnement en eau potable, la présence de ces sources (environ 20 000 sources dont 6 000 captées) représente un atout majeur. Elles permettent en effet d alimenter une Le fonctionnement : la régie communale La gestion des ouvrages et donc le recouvrement des coûts sont plutôt, là encore, réalisés à l échelon communal. C est ainsi qu en 1987, les régies communales de l eau ont été officiellement - 98 -

Le recouvrement des coûts créées (des «caisses de l eau» séparées de la comptabilité communale existaient déjà depuis quelques années). Trois types de régies ont été proposées. Le choix est porté préférentiellement sur les régies associatives (gestion par les usagers), les régies administratives (communes) étant plutôt prévues en cas de défaillance des usagers, et les régies professionnelles pour les systèmes complexes. Dans le cas des régies administratives (peu d exemples) ou professionnelles (aucun cas), les usagers se contentent de payer leur cotisation. Pour la suite, nous ne parlerons que des régies associatives. La régie associative Le principe directeur de la régie associative est donc de confier aux usagers eux-mêmes leur point d eau. Les usagers d un même point d eau se constituent en association et élisent en leur sein un représentant, un collecteur pour les cotisations et un surveillant pour le petit entretien. L ensemble de ces comités sont fédérés au niveau communal pour constituer le comité de la régie (assemblée générale des représentants des points d eau) qui est l organe de décision de la régie. Il décide en particulier du budget, du mode et du montant des cotisations... Un bureau permet de suivre au jour le jour les activités (voir organigramme). Dans tous les cas, la commune reste propriétaire des installations et de tous les travaux neufs. La commune en délègue à la régie associative le fonctionnement, l entretien (et en théorie le renouvellement) ainsi que le recouvrement des charges. Les autorités communales restent donc très présentes dans le suivi de la régie : toutes les décisions de la régie sont soumises pour approbation au conseil communal. Les cotisations : forfaitaires avec péréquation Le mode de cotisations le plus simple et le plus répandu, en milieu rural, est le forfait. Ce mode a été choisi car plus de 80 % de la population sont alimentés en eau par des sources et adductions gravitaires dont les coûts d entretien ne sont pas proportionnels à la consommation. Il n y a donc pas de problème de gaspillage sauf dans les zones à faibles ressources en eau. Il permet en outre d exonérer les indigents. La vente de l eau à l unité est plutôt réservée aux systèmes d adduction par pompage où les coûts de production (et d amortissement) sont très importants et en partie proportionnels. Le vendeur d eau, posté à chaque borne-fontaine, est rémunéré au m 3 vendu (15 à 20 %), mesuré au compteur. Dans les communes qui disposent de plusieurs systèmes d approvisionnement en eau (sources Organigramme de la régie associative Bureau de la régie élection AG des représentants = Comité de la régie Représentants des points d eau Comité de point d eau élection Groupement d usagers Comité de point d eau élection Groupement d usagers Comité de point d eau élection Groupement d usagers - 99 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Tableau 1 Régie associative dekyniami. Budget 1992 (exprimé en FF) Prévu Réalisé soit R1 Formation 2 857 257 1 % R2 Entretien 25 238 21 072 56 % R3 Salaire pompiste 4 414 4 043 11 % R4 Matériel de bureau 2 381 5 230 14 % R5 Nouvel aménagement 952 984 3 % R6 Per diem 2 940 2 671 7 % R7 Transport 1 476 938 3 % R8 Divers 952 2 143 6 % Total 41 212 37 337 100 % Frais technique : R2+R3+R5+R7 32 081 27 037 Frais administratifs 9 131 10 300 Poids des frais administratifs 22% 28% Tableau 2 Régie associative de Kyniami. Travail des fontainiers. adductions gravitaires, voire adductions par pompage) le cas général est de procéder à une péréquation des coûts à l échelle de la régie (et donc de la commune) : une seule et même cotisation pour tous les usagers, quel que soit leur point d eau. Ce choix est dicté par la volonté d uniformisation sur le territoire de la commune, ce qui semble le plus égalitaire. Cependant, dans le cas des communes ayant des adductions par pompage, un complément sous forme de vente à la consommation est instaurée : chaque usager d un quelconque point d eau paye une cotisation forfaitaire annuelle pour l accès à l eau en général, et il y a un paiement à l unité pour l eau provenant des adductions par pompage. Ce système a aussi pour avantage de limiter les gaspillages d eau pompée. Les cotisations forfaitaires sont perçues annuellement par le collecteur, ou plus souvent par les responsables et élus communaux. Répartition Usagers du temps bénéficiaires Suivi de chantier 16 % 90 % Entretien des sources 6 % 8 % Entretien adductions gravitaires 7 % 8 % Entretien adductions pompage 16 % 2 % Sous-total terrain 45 % Travail de bureau 16 % Formation 6 % Réunions 8 % Travail avec la régie 10 % Sous-total administratif 40 % Congés 10 % Autres 6 % TOTAL 100 % 3. Quelques enseignements Une quinzaine de régies associatives ont effectivement fonctionné entre 87 et 93, malgré les difficultés économiques et politiques et la guerre. C est peu en rapport avec le nombre théorique de régies (environ 135 communes rurales), mais déjà significatif. L AFVP et CARE International ont suivi durant cette période trois régies, à Giti, Kinyami et Rutare (nord-est du Rwanda, en préfecture de Byumba), parmi les premières créées. L analyse qui suit porte sur ces trois régies, particulièrement sur celle de Kinyami pour les données quantitatives. - 100 -

Le recouvrement des coûts Budget et postes de dépenses Frais d entretien : les adductions avant les sources Les frais d entretien des ouvrages représentent plus de la moitié des dépenses. Ils sont avant tout consacrés aux adductions : l entretien des sources, nécessaire mais jamais indispensable en terme de continuité de l approvisionnement en eau (indépendamment de sa qualité) n est pour ainsi dire jamais réalisé. Le tableau de répartition des activités des fontainiers (tableau 2) est à cet égard significatif : rapporté à l usager, les fontainiers passent 100 fois plus de temps sur les adductions par pompage (15 fois plus sur les adductions gravitaires) que sur les sources! Ceci ne prend pas en compte le temps (et le salaire) du responsable de la station de pompage. Les salaires des fontainiers (2 à Kinyami et Rutare, 1 à Giti) étaient jusqu en 92 pris en charge sur le budget général des communes. Avec les restrictions budgétaires, le second fontainier est devenu tâcheron, payé par la régie. Des frais administratifs en hausse Les frais administratifs représentent environ le quart des dépenses et la tendance est nettement à l augmentation. Ils comprennent le matériel de bureau dont les quittanciers (d autant plus indispensables que le nombre d usagers est important) et les per diem pour les membres du bureau de la régie (et les commissaires aux comptes). Ces perdiem n étaient à l origine pas prévus, mais ont été vite indispensables compte tenu du temps de travail important demandé aux responsables. Ils ont en effet la gestion de l approvisionnement en eau potable de 45 000 personnes, regroupées en 280 associations d usagers, soit autant de représentants à suivre, former, et réunir! Des provisions difficiles à conserver Jusqu en 91, les régies constituaient une épargne déposée sur un compte rémunéré auprès des banques populaires. Les régies de Kinyami et Rutare avaient accumulé plus de 100 000 FF en trois ans. Ces réserves étaient bien perçues comme La régie de Kinyami Au nord-est du Rwanda, Kinyami est une commune de 43 000 habitants, soit environ 8 000 familles et 117 km 2. La commune comportait au moment de l étude (fin 92) : 252 sources captées alimentant 7 000 familles, 2 adductions gravitaires avec 35 bornes-fontaines publiques (600 familles) et une adduction par turbo-pompage avec 27 BF (175 familles) plus le centre de santé, soit un taux de desserte effectif de la population d environ 97 %. La régie a été créée en 1988. des provisions pour les travaux importants. En pratique, les dépenses ne sont engagées que sur les adductions. Les provisions sont en fait dégagées grâce aux travaux d entretien des sources, non réalisés, bien qu ils aient été budgétisés. Durant cette période on peut donc constater que si les régies n arrivaient pas à obtenir des taux de cotisations toujours satisfaisants (45 à 80 % sur les trois régies), elles avaient aussi beaucoup de mal à les dépenser (économies sur les travaux à réaliser). Cette peur de dépenser est en partie liée à l origine des responsables des régies associatives (un agriculteur président à Kinyami, un instituteur à Rutare). Élus par les usagers, ils ne sont pas nécessairement, au départ, formés à la gestion comme peuvent l être les bourgmestres. D où des risques de mauvaise gestion, voire de détournements et donc de suspicion. Cette masse d argent épargnée est également à rapprocher des budgets communaux de l ordre de quelques centaines de milliers de francs par an. Ainsi des provisions prévues sur 25 ou 30 ans doivent rapidement dépasser ces budgets. Et avant même d en arriver là, au bout de quelques années, des responsables ont été sollicités par leur bourgmestre pour que cette épargne soit mise à disposition de la commune. A partir de 1992, l épargne des régies a diminué pour deux raisons principales : la baisse des taux de collecte des cotisations, parallèlement à l augmentation des coûts d entretien. Deux dévaluations successives du franc rwandais, en 90 et - 101 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires 92, ont entraîné une hausse du prix des pièces de rechange, presque toutes importées sans que le pouvoir d achat, ni le montant acceptable des cotisations, aient suivi. A Kyniami, le budget de 1992 ne prévoit plus aucune provision, et celles déjà constituées diminuent petit à petit : de 50 % à Kinyami en deux ans (soit de 75 % en FF), une moitié pour assurer les dépenses de fonctionnement, l autre pour constituer un stock de pièces détachées (à l abri des dévaluations). Le recouvrement des coûts Comme l immense majorité des communes rwandaises, les trois communes suivies ont opté pour un forfait annuel entre 4,5 FF/an et 6 FF/an et une vente à l unité sur les adductions par pompage entre 4 FF/m 3 et 6 FF/m 3. L expérience prouve que même après plusieurs années d existence, et avec un suivi très proche pendant les premières années, l équilibre financier des régies est très précaire. Plusieurs causes sont conjoncturelles (la situation économique et politique, et évidement la guerre) d autres plus structurelles (la distance entre la régie et les usagers et la péréquation des coûts de l eau). Difficultés économiques et politiques Le Rwanda a connu depuis ces dernières années une crise économique sans précédent avec la baisse des cours du café (qui représente 60 à 80 % des revenus des paysans) et la guerre (en 92, près de 40 % du budget de l Etat a été consacré aux dépenses militaires). Les 3 communes de Giti Kinyami et Rutare, proches des zones de combat, ont dû faire face à l afflux de déplacés de guerre (triplement, voire plus, de la population). Pendant les premières années, le rôle et l implication de l administration communale et en tout premier lieu du bourgmestre a été un facteur clef du bon fonctionnement des régies, sans que cela ne soit d ailleurs qu une question d autorité. La conviction et l implication personnelles de certains bourgmestres a été prépondérante. Ceux-ci ont largement aidé à l émergence des régies, perçues comme de véritables partenaires, en les laissant prendre une place privilégiée dans les programmes d approvisionnement en eau potable (et donc en leur cédant une part de leur pouvoir). Et heureusement! car avec l avènement du multipartisme, les bourgmestres et les élus locaux ont perdu une bonne part de leur autorité (ou ne l ont en tout cas pas investie dans l appui au régies). Tableau 3 Calcul des cotisations par famille à Kyniami (en FF). Système de péréquation. (*) Source : 4 % / an ; génie civile et adduction : 1 % / an ; électromécanique : 4 % / an (**) Vente à 5,7 FF/m 3 avec 40l/j/famille (ce qui est observé sur le terrain) - 102 -

Le recouvrement des coûts Tableau 4 Régie associative de Kyniami. Système de péréquation sources / adductions (prix exprimé en FF). 252 sources 2 adductions gravitaires 1 adduction par pompage forfait forfait forfait vente d eau Nombre de familles payantes 7 001 594 174 174 Charges théoriques 15 000 5 636 26 667 Recettes théoriques 40 006 3 394 994 14 500 Taux de couverture théorique 267 % 60 % 4 % 54 % 58 % Cotisation de 5,7 FF par an et par famille Vente de l eau pour l adduction par pompage : 5,7 FF / m3 Cependant, l émergence d une opposition a été accompagnée d une démagogie électorale tout a fait préjudiciable : promesse d eau gratuite, dénonciation des travaux communautaires... Dans ces conditions de baisse de l autorité communale, le recouvrement des cotisations était devenu quasiment impossible (16 % de taux de cotisation en 92 contre 61 % en 91) tant pour des questions économiques que politiques. La péréquation : un forfait identique pour des services différents Les coûts de fonctionnement et de renouvellement diffèrent selon les ouvrages : ils représentent à Kinyami quelques francs français par famille et par an pour les sources, quelques dizaines pour les adductions gravitaires et quelques centaines pour les adductions par pompage (tableau 3). Le système de cotisation forfaitaire avec une péréquation communale peut paraître le plus égalitaire puisque tous les usagers payent le même prix. Sur Kinyami et sur Rutare, comme dans beaucoup d autres communes un système de péréquation est doublé d un paiement à la consommation sur les adductions par pompage (les vendeurs sont rémunérés d où un surcoût de 15 %, plus des difficultés de recouvrement). Il apparaît très clairement que les usagers des sources supportent en grande partie les coûts de fonctionnement des adductions (tableau 4), mais que la charge par famille demeure très élevée pour celles alimentées par l adduction par pompage. Trop élevée pour la majeure partie de la population, et c est là un effet pervers, les usagers des adductions par pompage (habitant sur les crêtes) sont les plus riches, et avec le système de péréquation leur consommation est subventionnée par le reste de la population. Le coût de l eau a ainsi écarté environ 80 % des familles des systèmes d adduction par pompage. Ces familles ont continué à s approvisionner aux sources, au fond des vallées, pour 20 fois moins cher. De plus, une adduction crée de nouveaux points d eau, alors que les captages de source ne rapprochent pas l eau des consommateurs (il y a «seulement» une amélioration de la qualité). A Kinyami comme dans les autres communes, les taux de cotisation les plus importants ont d ailleurs toujours été observés dans les secteurs pourvus d une adduction gravitaire (pour les adductions par pompage, au contraire, les taux de collecte sont très bas car les usagers doivent payer la cotisation et leur consommation, ce qui apparaît comme un double paiement). Enfin, contrairement à une adduction, une source ne tombe jamais en panne. La régie engage très peu de travaux sur les sources et les fontainiers n y travaillent pour ainsi dire pas. Les ressentiments des usagers des sources s en trouvent renforcés, car ils comprennent qu ils payent pour les autres et acceptent mal de payer le même prix pour des services différents. La cotisation est alors vite perçue comme un impôt supplémentaire, d autant que la commune est souvent très présente dans le recouvrement des impayés. - 103 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires 4. Conclusion et perpectives : quelques suggestions L expérience de gestion communale de l eau est très riche. Elle servira sans aucun doute lors du redémarrage des services publics et en particulier de l eau potable dans les communes rurales. En effet, le principe de la gestion de l eau par les bénéficiaires est plus que jamais nécessaire, tant sur le plan financier que du point de vue de la participation aux travaux d investissement ou d entretien (reprise de l Umuganda) ; la commune rwandaise représente une réalité sociale et politique forte. L expérience et l analyse des difficultés rencontrées doivent également servir, et plusieurs axes semblent intéressants : Proximité des usagers avec leur régie L expérience montre que la régie, même involontairement, se coupe rapidement des usagers. En effet, une régie gère facilement 200 à 300 points d eau (280 à Kinyami, 250 à Rutare, 200 à Giti). Quel débat démocratique et concret peut-il y avoir? Les représentants des points d eau deviennent rapidement de simples courroies de transmission entre le bureau et les usagers, même si au départ les membres du bureau sont des représentants de points d eau comme les autres. Réunir l ensemble des responsables est compliqué : tenue des listes, convocations individuelles, assemblée générale... Il y a donc un risque de bureaucratisation ou de lourdeur, tout à fait important. La constitution d un échelon intermédiaire (secteur) a été envisagé, mais il risque également d être plus administratif. Un regroupement sur la base d intérêts communs La péréquation à l échelle de la commune provoque, comme on l a vu, des effets pervers. De fait, sur le plan de ses activités, et conséquemment des finances, la régie s occupe avant tout des adductions (en particulier des adductions par pompage). Les services, que les usagers des différents types de points d eau attendent, ne sont pas les mêmes. Il en est logiquement de même pour le prix à payer. Un comité par source? Les usagers des sources ne trouvent finalement qu un intérêt très faible dans les régies. La faiblesse des taux de recouvrement des cotisations en est une preuve significative. Or, la majeure partie de l entretien d une source peut être réalisée directement par les usagers, quitte à faire appel une fois tous les 5 ans à un maçon ou au fontainier pour refaire un peu d enduit. Les coûts d entretien sont à leur portée. Pour l investissement lui-même, la part des usagers en matériaux locaux et travail peut facilement représenter 50 % des coûts. Le système des banques populaires permettraient aux groupements d usagers d avoir accès au crédit pour le financement de l autre moitié (quitte à ce qu une aide extérieure apporte une garantie minimale). Ce serait donc aux usagers de s organiser pour cela et de passer commande au fontainier pour le captage et le génie civil. Une régie par adduction? Pour les adductions, l échelle du point d eau n est pas envisageable en raison de la présence d ouvrages collectifs (captages, réservoirs, réseau...). Une organisation commune semble indispensable, et ce dès les études. Le système de régie associative apparaît alors tout à fait pertinent. En outre, le service rendu étant réel et visible, la participation des usagers peut être accrue pour couvrir l ensemble des frais, et maintenue sous forme de forfait. Ce système exclut cependant les adductions par pompage dont les frais réels des gestion dépassent largement les moyens financiers de la population. Rôle de la commune Le rôle des communes reste de toute façon important, en particulier pour l accès aux financements extérieurs indispensables pour la construction des adductions, que ce soit elles qui les gèrent, ou qui aident les régies d adduction à les rechercher ; d où leur appui initial pour la création de régies. Elles ont également un rôle important d arbitrage et de règlement des conflits, entre usagers d un même système (lorsque le pouvoir de négociation et la pression sociale des autres usagers trouve ses limites), ou entre les comités ou régies. - 104 -

Le recouvrement des coûts Un exemple de gestion de point d eau Le forage d Ajar Soninké (Mauritanie) Propos recueillis auprès de SY Mamadou, président du groupement Ladji Hamadi, par Marc VINCENT, Groupe de recherche et de réalisation pour le développement rural dans le tiers-monde (GRDR) Le village d Ajar Soninké est situé à environ 65 km au nord-ouest de Sélibaby, capitale régionale du Guidimakha mauritanien. Il s agit d un chef-lieu de communes, regroupant environ 9 000 habitants répartis en 23 villages et campements. Le village d Ajar Soninké, fondé en 1910 par des familles soninké, abrite actuellement plusieurs familles peules et maures installées à la périphérie du village. La population d Ajar Soninké est estimée à environ 2 000 habitants, répartis en 150 concessions. Le village comporte une école de 6 classes et un poste de santé très délabré (un nouveau dispensaire est en cours de construction). En 1987 s était créé à Ajar Soninké un groupement coopératif dénommé Ladji Hamadi (du nom du fondateur d Ajar). Composé de 37 membres au départ, ce groupement en comprend actuellement 154 dont 90 femmes et concerne la quasi totalité des familles du village. Créée initialement autour de la culture d un champ collectif et d un jardin maraîcher, la coopérative a pris en charge la gestion d une banque de céréales installée en janvier 1989 avec l appui de la FAO. En février 1991, le programme hydraulique villageoise, financé par la Caisse française de développement, a réalisé un forage dans un village d Ajar Soninké. Ce forage dont le débit d exploitation serait de 48 m 3 /jour est équipé d une pompe à main SEEE. La participation exigée du village pour l installation du forage était de 55 000 UM (le taux de change actuel étant approximativement 1 ouguiya = 5 F CFA). C est le groupement qui a avancé l argent de la participation sur la caisse de la banque de céréales. La pompe est tombée en panne quelques jours après son installation et il a fallu encore débourser 9 000 ouguiyas pour la réparer. C est encore le groupement qui a avancé cet argent. Le village s est alors réuni et a décidé d un commun accord que le groupement précoopératif prendrait en charge la totalité des frais d entretien liés au fonctionnement de la pompe et ferait en échange payer l eau au village. Un tarif a ainsi été fixé par le groupement : 1 à 2 UM le seau et 5 UM la bassine. C est une femme, Assa Mangassa, membre du groupement et logeant à proximité du forage, qui a été chargée de percevoir les redevances. Elle tient un cahier de compte (elle-même n est pas alphabétisée mais elle se fait aider par ses enfants ou des parents). Elle reverse régulièrement l argent au trésorier du groupement, Demba Sankaré, qui - 105 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires signe le cahier de la gérante à chaque versement. En un an, les bénéfices du forage ont permis de rembourser à la banque de céréales la somme totale de 64 000 UM nécessitée par l installation et la première réparation du forage. Ce système de redevance se poursuit jusqu à ce jour. L argent issu de la vente de l eau est conservé dans une caisse spécifique (dont le montant n a pu être précisé en l absence du trésorier). A titre d exemple, le forage aurait rapporté environ 60 000 UM entre décembre 93 et juin 94 (pendant l hivernage, les recettes sont beaucoup plus faibles). Lors des assemblées générales du groupement, le bureau présente les comptes et en D. Allély. général, les membres du groupement votent une petite subvention à certains membres du bureau à titre d encouragement. Lors de la dernière assemblée générale qui a eu lieu en septembre 1994 (la précédente datait d avril 94), la gérante du forage a ainsi reçu 3 000 UM (mais rien n a été versé au trésorier). Il est à noter que la pompe n est jamais retombée en panne depuis 1991. Le groupement précoopératif d Ajar Soninké gère également, Paysage avec une file de femmes revenant du puits C est aux femmes et aux enfants qu incombe la charge d aller chercher l eau, parfois à plusieurs kilomètres. Avoir de l eau plus près de chez soi, voilà ce qui motivera les usagers pour accepter de la payer. depuis décembre 91, un moulin à mil financé en partie par le fonds Self Help de l ambassade des USA. La participation du groupement pour la mise en place de ce moulin, environ 140 000 UM est également issue de la caisse de la banque de céréales. Elle a pu être remboursée rapidement grâce aux bénéfices issus de l exploitation du moulin qui a permis en l espace de deux ans de dégager une recette de plus de 400 000 UM. Le bénéfice issu de l exploitation du moulin s élevait à 170 000 UM en février 1994, dont une partie a servi à grossir le fonds de roulement de la banque de céréales. Le groupement a également participé, toujours au cours de l année 91, au financement de la reconstruction de l école, en partie à crédit et en partie sous forme d une subvention non remboursable, issue des recettes du champ collectif et du jardin maraîcher. Il est à noter que le jardin maraîcher, de 3 000 m 3, exploité par le groupement, est alimenté à partir du forage qui est situé à moins de 60 m de la clôture du jardin. Le groupement, en tant que gestionnaire du forage, bénéficie gratuitement de son utilisation, ce qui facilite grandement l exploitation du jardin, cultivé de manière collective et dont les produits viennent grossir la caisse du groupement. Notes prises à Avare, le 27/10/94-106 -

Le recouvrement des coûts L eau pour tous en ville? La revente de voisinage dans un centre secondaire du Bénin Xavier LITRICO, étudiant à l École nationale du génie rural, des eaux et des forêts, Centre de Montpellier (ENGREF) Djougou est une ville du Bénin de 50 000 habitants desservie par un réseau d eau potable géré par la SBEE, la société fermière nationale. Après l abandon par la commune de la distribution d eau par bornes-fontaines publiques dans les années 80, un système assez efficace de revente informelle de l eau s est mis en place : des abonnés privés, faisant partie des couches aisées de la population revendent l eau à la porte de leur maison. Le prix de revente de l eau, très supérieur au tarif de la SBEE, est restrictif pour la majorité des familles, qui s approvisionnent toujours au puits. Cette activité de revente rapporte un revenu de l ordre du revenu moyen au Bénin, et ne demande qu un faible investissement initial. 1. L eau potable au Bénin L approvisionnement des villes est effectué par une société nationale, la SBEE. Jusqu au milieu des années 1980, les villes du Bénin possédant un réseau d approvisionnement en eau potable distribuaient l eau à la population par l intermédiaire de bornes-fontaines. Les branchements privés ne concernaient qu une faible partie de la population. Ces bornes-fontaines étaient gérées par les communes. L eau était distribuée gratuitement à la population, et les communes devaient payer les factures à la SBEE (Société béninoise d eau et d électricité), la société nationale chargée de l approvisionnement en eau des villes. Les communes ont accumulé les impayés, et ce mode de distribution a été abandonné pendant les années 1980. La SBEE favorise actuellement la distribution de l eau par branchements privés à travers la politique de branchements dits sociaux : le branchement est gratuit, et l abonné ne paye qu une avance sur consommation de 12 000 F CFA (soit 120 FF). Cette politique laisse en fait de côté la population qui ne peut honorer les factures d eau bimensuelles. Cette partie de la population représente la majorité des familles des centres secondaires, qui se trouvent contraintes de s approvisionner aux points d eau traditionnels (puits ou marigot) ou chez les revendeurs. A Djougou, le réseau d eau potable ne fournit ainsi que 4 litres par habitant et par jour en moyenne, soit guère plus de 20 % des besoins minimaux selon les normes DIEPA (20 l/hab/jour). Un système informel de redistribution de l eau a été mis en place : les personnes ayant un branche- - 107 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires ment revendent l eau au voisinage. Cette revente concerne une grande partie de la consommation de la ville. Le branchement est parfois demandé à des fins uniquement commerciales, et dans ce cas la famille de l abonné n y consomme pas d eau. 2. La revente de l eau à Djougou : une activité commerciale informelle Djougou est une ville de 50 000 habitants située dans l Atakora, un département du nord du Bénin. Cette sous-préfecture est destinée à devenir la préfecture de l Atakora-Sud, dans le cadre des réformes structurelles et de la décentralisation. Djougou est desservie par un réseau géré par la SBEE qui recense 518 abonnés. Il est rare qu un branchement privé soit uniquement utilisé pour la consommation personnelle de la famille abonnée. Dans les rues de la ville on rencontre de nombreux revendeurs d eau installés sous des paillotes, qui sont en fait des abonnés «normaux». Il s agit d abonnés privés qui revendent l eau à la porte de leur maison. Le compteur est la Figure 1 Evolution du nombre d abonnés de la SBEE à Djougou. La forte augmentation, à partir de 1989, est une conséquence de la politique des branchements dits «sociaux». 500...................................... 400...................................... 300...................................... 200...................................... 100...................................... 0 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 plupart du temps installé sur le mur extérieur de la concession, ce qui témoigne du caractère commercial de l activité ; l eau n est parfois pas utilisée pour la consommation personnelle de la famille, mais uniquement pour la vente! La vente en elle-même est assurée par des membres de la famille de l abonné (ses enfants, le plus souvent), présents toute la journée de 7 à 19 heures en saison des pluies, et jusqu à 23 heures en saison sèche. Ces enfants ne sont pas rémunérés, et le produit de la vente est reversé au chef de famille à la fin de la journée. L investissement initial d une telle installation est très faible : le branchement social est gratuit, et seuls restent à la charge du revendeur l achat d un robinet, d un tuyau en plastique ou galvanisé, et le prix de l éventuel aménagement (maçonnerie, paillote...). Ceci n excède pas une somme de 15 000 F CFA dans la majorité des cas (soit 150 FF). 3. Un système de redistribution qui fonctionne assez bien La revente est en effet bien organisée, malgré son caractère informel ; les revendeurs fonctionnent tous de la même façon, les prix qu ils pratiquent sont du même ordre (il y a quelques disparités selon les quartiers, mais les prix sont très homogènes à l intérieur d un même quartier - 15 F CFA pour 20 litres). L eau est vendue au seau ou à la bassine, avec un tarif dégressif selon la quantité (une bassine de 40 litres coûte moins cher que deux seaux de 20 litres). Cette activité concerne une grande partie de la consommation d eau de la ville. On peut avoir une estimation de la part de la revente dans la consommation d eau de Djougou : en se basant sur une consommation quotidienne de 20 litres d eau potable par jour pour les personnes possédant un branchement, les 518 foyers (avec 5,6 personnes en moyenne par foyer) reliés au réseau devraient consommer 21 000 m 3 d eau par an (ce chiffre est vraisemblablement supérieur à la réalité : la consommation journalière par habitant est souvent inférieure à 20 litres, car l eau du puits est utilisée même par les familles possédant un branchement). - 108 -

Le recouvrement des coûts Figure 2 La consommation d eau varie fortement entre la saison sèche et la saison humide. 12000.................................................................................................. m 3 pompés 10000.................................................................................................. m 3 refoulés 8000.................................................................................................. 6000.................................................................................................. 4000.................................................................................................. 2000.................................................................................................. 0 janvier février mars avril mai juin juillet aout sept. octobre nov. décembre La consommation de Djougou s élevant à 80 000 m 3 d eau en 1993, il y aurait donc près de 60 000 m 3 d eau qui seraient revendus, soit 75 % de la production de la SBEE. Cela représente un chiffre d affaires annuel de 36 millions de francs CFA. 4. Une activité soumise à de grandes variations de la demande Pendant la saison des pluies, la consommation d eau du réseau devient beaucoup plus faible, car les puits fournissent de l eau, de moins bonne qualité, mais gratuite. La revente augmente lorsque les puits tarissent, pendant la saison sèche. La consommation d eau varie ainsi de 1 à 3 entre la saison des pluies et la saison sèche. On observe aussi de grandes variations selon les années : un vendeur qui revend plus de 180 m 3 en deux mois, peut voir son volume de vente diminuer de moitié d une année sur l autre. Les raisons de ces variations sont multiples, la plus simple étant une coupure due à des factures non honorées. 5. Les revendeurs font partie d une tranche relativement aisée de la population Pour les 19 revendeurs interrogés, l argent rapporté par la vente de l eau n est qu un revenu d appoint ; ils ont une autre activité principale (6 sont commerçants, 3 cultivateurs, 3 professeurs à l école coranique, 3 tailleurs, 2 mécaniciens, un menuisier et un gérant de station-essence), ce sont leurs enfants qui s occupent de la vente de l eau. Ils ont tous une activité «honorable» qui leur permet d assurer le paiement des factures bimensuelles d eau même si l argent provenant de la vente de l eau ne suffit pas à les payer (ce qui arrive lorsqu il est utilisé à d autres fins). 6. Le prix de l eau : les revendeurs prélèvent une marge importante Les revendeurs ne tiennent pas de comptabilité de leur «commerce», ce qui explique en partie le discours de ceux qui se plaignent de perdre de l argent. - 109 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Tranche Tarif (m 3 / 2 mois) (FCFA / m 3 ) de 0 à 20 115 de 20 à 60 196 plus de 60 248 L eau leur est facturée par la SBEE au tarif habituel des branchements privés, ils sont donc considérés comme des abonnés normaux. Le prix de vente fixé par un revendeur n est pas calculé de façon rationnelle. Les prix sont homogènes dans un quartier et s alignent sur le prix du marché. Les prix ont d ailleurs récemment augmenté suite à la dévaluation et à l ajustement des tarifs de la SBEE. Il faut cependant être conscient du fait que les usagers peuvent difficilement comparer les prix des différents revendeurs, car les contenances des seaux de mesure varient selon les points de vente. Les usagers qui achètent l eau aux revendeurs payent une eau (certes de bonne qualité) au prix fort : les revendeurs prélèvent une marge importante (150 à 200 %). Cette règle est générale dans les villes du tiers monde : les usagers les plus pauvres payent l eau plus cher. Les prix pratiqués sont assez élevés (autour de 600 F CFA/m 3 ) et induisent des marges importantes : pour une consommation bimensuelle de 100 m 3, un revendeur paye environ 200 F CFA le m 3 à la SBEE. Sa marge bénéficiaire est donc de 400 F CFA/m 3, et son bénéfice devrait être de l ordre de 40 000 F CFA par 2 mois, soit 20 000 F CFA par mois, ce qui correspond à peu près au revenu moyen au Bénin. Cela ne constitue pas une somme énorme, mais qui reste très intéressante dans la mesure où l investissement initial est très faible. Tous les revendeurs annoncent cependant un bénéfice de l ordre de 3 à 4 000 F CFA par mois, pour la saison des pluies. Raisons les plus probables : l absence de comptabilité, le piochage quotidien dans la caisse, ainsi qu une réticence à afficher ses revenus. 7. Les volumes vendus Sur les 19 revendeurs interrogés, 5 revendent entre 50 et 90 m 3 sur deux mois, 10 revendent entre 100 et 170 m 3, et 4 revendent de 180 à 300 m 3. Ces consommations moyennes bimensuelles établies à partir des factures 93/94 fournies par les revendeurs cachent une grande dispa- Figure 3 L activité d un vendeur varie fortement d une année à l autre et d une saison à l autre m 3 / 2 mois 1992 1993 1994 350.................................................................................................. 300.................................................................................................. 250.................................................................................................. 200.................................................................................................. 150.................................................................................................. 100................................................................................................... 50.................................................................................................. 0 janv-fév. mars-avril mai-juin juil-août sept.-oct. nov.-déc. - 110 -

Le recouvrement des coûts Figure 4 Nombre de revendeurs dans chaque tranche de consommation (sur un échantillon de 19 vendeurs du centre ville) 8..................................................... 7...................................................... 6...................................................... 5...................................................... 4...................................................... 3...................................................... 2...................................................... 1...................................................... 0 50 100 150 200 250 300 L influence de la dévaluation du franc CFA sur la marge des revendeurs Avant la dévaluation du franc CFA, le seau de 10 litres se vendait 5 FCFA (soit 500 FCFA le m 3 ). Après la dévaluation de janvier 1994, les prix de la SBEE ont augmenté de 15 % ; et à Djougou, les deux seaux de 10 litres se vendent 15 FCFA (soit 750 FCFA/m 3 ), ce qui représente une augmentation de 50 %! En effet, il n existe pas de pièces de valeur inférieure à 5 FCFA, ce qui fait que les revendeurs n ont pas pu (ou voulu) répercuter la simple augmentation de 15 % de la SBEE. La marge des revendeurs s est donc élargie à cette occasion. X. Litrico Une borne-fontaine publique à Guene. Dans cette petite ville du Nord du Bénin, l eau est facturée sur la base d une redevance annuelle. rité saisonnière : les volumes revendus peuvent varier dans de grandes proportions au cours d une même année pour un même revendeur. 8. Les bornes-fontaines publiques Il y a quelques années, la commune de Djougou distribuait gratuitement de l eau par des bornes-fontaines publiques. Elle réglait les factures de la SBEE sur son budget de fonctionnement. Après leur abandon par la commune, qui ne pouvait plus honorer les factures d eau, certaines bornes-fontaines ont été reprises par des particuliers, qui sont considérés comme de simples abonnés par la SBEE. Ils ne bénéficient pas de tarif préférentiel, et fixent eux-mêmes le prix de vente de l eau. Ils sont donc dans la même situation que les revendeurs, mis à part le fait que la SBEE demande au repreneur d une borne-fontaine de payer les dettes de son prédécesseur. Cette condition limite bien évidemment les éventuelles candidatures, et incite plutôt les gens à s installer comme revendeurs. Sur les 28 bornesfontaines existantes à Djougou, 8 seulement fonctionnent. - 111 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Photo Litrico 9. Conclusion Un revendeur d eau installé à domicile. Pour s installer revendeur d eau à Djougou, un peu de maçonnerie et un tuyau de plastique suffisent. Les revendeurs sont souvent les enfants du propriétaire du branchement. à ces populations peu solvables d accéder au réseau. De plus, le réseau, déjà saturé en saison sèche, devra subir d importants et coûteux aménagements pour satisfaire les besoins d une population grandissante. Une partie plus importante de la population devra donc recourir aux services des revendeurs, et donc payer leur eau plus cher. La politique des branchements sociaux, plus que de favoriser l accès à l eau pour les plus pauvres, a permis à une catégorie relativement aisée de la population de devenir revendeurs, à un faible coût. Quant aux familles les plus pauvres, elles sont contraintes d acheter l eau à des prix cinq à six fois supérieurs à celui de la première tranche tarifaire de la SBEE. L activité de revente de l eau est donc caractérisée par : un investissement initial faible ; un investissement humain très important ; une grande variabilité des chiffres d affaires selon les saisons ; pas de comptabilité rationnelle ; un prix de vente élevé qui pénalise les familles à faibles revenus, mais un marché local qui fonctionne relativement bien ; une activité d appoint pour personnes déjà relativement aisées qui peuvent dégager une marge bénéficiaire importante. Dans une perspective à long terme, la population de Djougou va fortement augmenter, comme dans la plupart des centres secondaires en Afrique, et occupera les zones d extension de la ville. Ce sont ces quartiers qui souffrent déjà d un manque de puits et de l éloignement du réseau. La politique de la SBEE en faveur du développement des branchements privés ne permettra pas Bibliographie COLLIGNON Bernard. 1993. Amélioration de l alimentation en eau potable de la ville de Djougou. Rapp. AFVP, Cellule hydraulique, SOD. LITRICO Xavier. 1994. Etude économique et institutionnelle de la vente de l eau dans deux centres secondaires du Bénin. Rapport de stage ENGREF, AFVP. SEMBENE Alain. 1993. Document de projet d hydraulique urbaine à Djougou. Rapport AFVP, Cellule hydraulique, SOD. - 112 -

Le recouvrement des coûts Le coût de l eau en Mauritanie Bernard GAY. Groupe de recherche et d échanges technologiques (GRET) Pourquoi payer l eau? L eau a un coût que l on peut attribuer à 5 facteurs : la construction du point d eau et ses aménagements ; l extraction de l eau ; son transport et sa distribution ; le traitement de l eau ; la collecte des fonds et leur gestion. Dans le système traditionnel africain, seuls comptaient en général le coût de fabrication des puits et le puisage. Les points d eau modernes apportent une plus grande disponibilité et une qualité bien meilleure de l eau, mais génèrent en contrepartie des coûts plus élevés. Le jeu en vaut-il la chandelle? Un gain de confort ou de qualité n est pas forcément souhaitable. Il peut entraîner des effets pervers : l augmentation très forte du coût de l eau interdira aux catégories moins aisées d y accéder, et on pourra se retrouver à l opposé du but recherché! Par ailleurs, il faut noter que la nécessité de récupérer de l argent pour l eau produit de nouveaux frais de collecte qui vont jusqu à doubler le coût final! Là aussi il faut veiller à rester dans des limites acceptables par tous. Il est nécessaire de concevoir des systèmes qui permettent de répartir les coûts de l eau différemment selon les niveaux de revenus de manière à obtenir une meilleure équité (à faibles revenus, faible facturation de l eau). Ceci est à étudier au cas par cas, par et avec les usagers eux-mêmes. Les coûts d investissement On a pris l habitude de faire payer les investissements d eau potable par les Etats (et par l aide extérieure via les Etats). Les populations ont par contre toujours à assurer les coûts de fonctionnement. Ces derniers sont souvent beaucoup plus faibles que les investissements, ce qui conduit à un prix de l eau abordable. Toutefois, si l on considère que les populations auront à renouveler ellesmêmes les équipements, il faut incorporer au coût de l eau leur amortissement. Dans ce cas, la facture grimpe. - 113 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Figure 1 Le coût des éléments du service de l eau Payé par l Etat Payé par les usagers Investissement Fonctionnement Le point d eau L exhaure Transport Distribution Traitement Collecte des fonds Figure 2 Comparaison du coût de différents systèmes de pompage contre-puits station motorisée pompe solaire (1400 W) éolienne 3 m pompe manuelle 50 000 F 100 000 F 150 000 F 200 000 F 250 000 F - 114 -

Le recouvrement des coûts Tableau 1 Le coût à l investissement de divers systèmes de pompage Systéme de pompage Coût Débit par jour Investissement d investissement (à 20 m) pour 10 m 3 /jour Pompe manuelle 8 000 F 8 m 3 10 000 F Eolienne 3 m 25 000 F 12 m 3 21 000 F Pompesolaire (1400 W) 210 000 F 35 m 3 60 000 F Station motorisée 60 000 F 100 m 3 6 000 F Contre-puits 40 000 F 20 m m 3 20 000 F Dans la mesure où l État providence est une notion de plus en plus combattue, il me paraît utile de mettre en place aujourd hui des mécanismes qui permettent aux collectivités de gérer ellesmêmes les coûts de l eau. Dans cette démarche il y a trois paliers successifs : 1) gestion uniquement des coûts de fonctionnement des installations avec une répartition équitable de ces coûts sur les usagers, en fonction de leurs ressources ; 2) gestion partielle des coûts de renouvellement (pour en faire comprendre et accepter le principe) ; 3) gestion totale : fonctionnement et renouvellement (l étape 3 est rare aujourd hui). Les différents systèmes de pompage et leurs coûts d investissement Le tableau 1 montre qu une pompe solaire représente un investissement bien supérieur à tout autre système de pompage. La pompe manuelle est par contre le moins cher des équipements modernes. Ceci pourrait être compensé par les quantités d eau fournies par jour, mais les différences de débit ne sont pas suffisamment fortes pour justifier cet écart. Le photovoltaïque est donc bien un des systèmes les plus chers à l investissement. Cette question du coût élevé de l investissement pose le problème de l appropriation par les communautés d usagers ; la collecte de l épargne et sa gestion pour le renouvellement des équipements représentent une difficulté importante et augmentent d ailleurs nettement les coûts annuels de l eau (ce qui n est souvent pas pris en compte dans les calculs économiques comparatifs). Les risques de perte de l épargne sont d autre part importants. Si l objectif est de préparer le renouvellement des équipements par les populations, un ensemble de dispositifs financiers très stricts est à mettre en place, sur une période d autant plus longue que l équipement devra durer. Le choix d un équipement est à relier à deux questions : quelle part du renouvellement va être supportée par les populations? Est-il envisageable de réaliser et de gérer une épargne pour le renouvellement? Le mode de calcul des coûts d amortissement La difficulté principale est donc de réaliser pratiquement les provisions pour amortissement. Accessoirement, une seconde difficulté apparaît : il s agit du mode de calcul des sommes à épargner annuellement. Le choix des valeurs concernant deux paramètres importants - la durée de vie des équipements et le taux annuel d inflation - conduisent à de fortes variations de ces montants annuels. Le tableau 2 page suivante montre que, dans - 115 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Tableau 2 Amortissement des équipements Figure 3 Répartition des coûts de maintenance mutuelle Al Nasim Tableau 3 Maintenance Projet Alizés Frais de structure 24% 27% Véhicule Pièces 33% Main-d œuvre 16% - 116 -

Le recouvrement des coûts le cas du projet Alizés en Mauritanie (éoliennes de pompage), le coût du renouvellement des investissements est compris dans une fourchette de 0,6 à 1,7 FF/m 3 (2 500 à 8 000 FF/an), selon la durée du prêt et son taux d intérêt. Le cas le plus réaliste avoisine toutefois 1,5 FF/m 3 (7 000 FF/an). Concernant les pompes solaires du Programme régional solaire (PRS), le coût de renouvellement demandé est inférieur (de l ordre de 0,6 FF/m 3, soit 5 à 8 000 FF/a), car l amortissement des panneaux solaires n y a pas été intégré. Rappelons qu il représente quand même plus de la moitié de l investissement. Tableau 4 Le coût de la maintenance dans le programme PRS (photovoltaïque) Coût total filière UM/an FF/an Amortissements 260 000 11 304 Fonctionnement 900 000 39 130 Déplacements 720 000 31 304 Frais de personnel 996 000 43 304 Frais de siège 240 000 10 435 Impôts 150 000 6 522 Frais suivi extérieur 750 000 21 739 4 516 000 196 348 Les coûts de maintenance Nous examinerons 2 cas : a) Le projet Alizés qui installe des éoliennes multipales de 3 m de diamètre, avec un puits et deux bassins de stockage. Leur débit est d environ 15 m 3 /jour pour 15 m de HMT (hauteur manométrique totale de refoulement). b) Le projet photovoltaïque du PRS qui installe des pompes solaires à des profondeurs plus importantes, pour un débit de 30 à 40 m 3 /jour. Les coûts de forage ne figurent pas dans les données du tableau 3 (ni l investissement, ni le fonctionnement). Aujourd hui, un village paye environ 1 800 FF par an pour assurer les coûts d entretien du système éolien et du puits, soit 0,4 FF/m 3. Demain, dans un système où la maintenance sera optimisée et en comptant les coûts centraux de la structure de gestion, ce montant devrait baisser jusqu à 0,3 FF/m 3. Il se divise en 4 parts à peu près égales entre les coûts de maind oeuvre, de déplacements, de pièces et de structure régionale (mutuelle). Réparti sur 30 pompes 40 pompes 50 pompes UM/pompe 150 533 112 900 90 320 FF/pompe 6 545 4 909 3 927 UM/m 3 14 10 8 FF/m 3 0,59 0,45 0,36 Frais suivi extérieur Impôts Frais de siège Marge Frais de personnel Amortissement Fonctionnement Déplacements - 117 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Les chiffres du tableau 4 (page précédente) montrent que dans le PRS le coût de maintenance est de l ordre de 0,5 FF/m 3 (5 000 FF/an). La structure de maintenance ayant une part de coûts fixes, plus le nombre de pompes sur une région donnée est important et plus la maintenance sera bon marché pour chaque point d eau. Elle peut de ce fait varier du simple au double. Ceci met en lumière l importance du critère de concentration géographique en matière de maintenance d équipements spécifiques (tels les systèmes de pompage). Dans ces montants ne figure pas le coût de la collecte de l argent que nous étudierons plus loin. La collecte de l argent La collecte de l argent est un poste très important du prix de l eau payé par l usager. Pour récolter 1 franc il faut dépenser 1 franc et donc faire payer 2 francs! Le coût d un fontainier en Mauritanie varie de 175 à 350 FF/mois. Cela équivaut à des coûts variant de 0,3 à 1 FF/m 3, représentant jusqu à 50 % du prix de vente de l eau. Le fait de mettre en place des fontainiers permet de faire payer chaque litre d eau consommé. Cela a aussi l avantage de créer des emplois. Ce service n en n est toutefois pas vraiment un! D autres systèmes de collecte existent qui ne font pas appel à cette sorte de salariat, qui ne peut être comparé à une réelle prestation (instituteur, infirmier). En milieu rural il est souvent possible de trouver des solutions moins chères. La constitution de provisions pour le renouvellement des équipements représente des frais de gestion supplémentaires auxquels il est nécessaire d ajouter les risques de dévaluation ou de détournement des fonds. Dans le projet Alizés, la mise en place prospective d une structure régionale garantissant la sécurité et la gestion des fonds de renouvellement représente un coût de 0,3 FF/m 3. Ce coût s ajoute à celui, pour chaque collectivité, de la collecte de l argent dans chaque famille. Tableau 5 Le coût de la collecte de l argent - 118 -

Le recouvrement des coûts Tableau 6 Coût de l eau - Projet Alizés UM / an FF / an UM / m 3 FF / m 3 Maintenance éoliennes 30 000 1 304 6 0,27 Maintenance puits 3 000 130 1 0,03 Renouvellement éoliennes 20 000 870 4 0,18 Renouvellement puits 18 000 783 4 0,16 Collecte de fonds 30 000 1 304 6 0,27 Mutuelle (frais structure) 30 400 1 322 6 0,28 131 400 5 713 28 1,20 Le coût de revient total Figure 4 Coût de l eau - Projet Alizés Le tableau 6 présente la structure totale du coût de l eau dans le projet Alizés. Dans le contexte de la mise en place d une structure mutuelle régionale de gestion des renouvellements, on arrive à 5 700 FF/an par système de pompage, soit 1,2 FF/m 3. La maintenance représente 25 %, le renouvellement 29 %, la collecte et la gestion des fonds 53 %! mutuell (frais structure) collecte de fonds maintenance puits maintenance éoliennes renouvellement éolienne La valeur absolue des sommes collectées renouvellement puits Calculer le prix de l eau par m3 a pour effet de désincarner les montants qui seront collectés parmi les usagers. «Quelques ouguiyas du seau, ce n est rien!» entend-on souvent. Qui peut dire le contraire? En fait je considère ce raisonnement comme assez spécieux car finalement, les sommes collectées par toute une communauté en un an sont très fortes. Or, cette communauté a peut-être d autres priorités pour de tels montants. A quel moment a-t-elle eu à faire ce choix? Quels projets d équipements hydrauliques permettent aux usagers de se prononcer sur le coût réel de l eau qu ils sont prêts à payer en fonction du service rendu et du choix des équipements? Pour notre part, nous pensons que les projets devraient accorder davantage d attention à cette démarche. Il s agit de faire connaître aux populations les montants annuels et non de leur parler uniquement du coût au m3 qui ne leur évoque rien. Le coût annuel de l eau doit être comparé aux capacités financières des communautés ainsi qu aux autres besoins d équipements collectifs. Ce choix doit être assuré par les usagers. Ceci est encore plus vrai en matière d irrigation quand le système de pompage, comme les - 119 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Tableau 4 Projet Alizés : calcul du prix du m3 d eau en fonction du taux de consommation UM/m 3 80................................................................ 70................................................................ 60................................................................ 50................................................................ 40................................................................ 30................................................................ 20................................................................ 10................................................................ 0 Prix de revient 100 % vendu 2/3 vendu 1/3 vendu pompes solaires, produit de l eau toute l année quelle que soit la demande. On constate alors souvent des taux de consommation de l eau pompée inférieurs à 50 % sur l ensemble de l année. Le prix de vente de l eau Le taux de consommation Le calcul du prix au m 3 doit être pris avec beaucoup de prudence. En effet, il faut considérer de très près la différence entre le prix de revient du m 3 et le prix de vente. Toute l eau pompée n est pas vendue, surtout en ce qui concerne les équipements d énergie renouvelable qui fonctionnent non pas à la demande mais quand il y a du vent ou du soleil. Les usagers ont des besoins qui fluctuent. D autre part, la demande va baisser beaucoup lorsque l eau devient payante. Plus l eau est chère et moins il s en vend. Les taux de revente sont souvent bas, de l ordre de 60 à 80 %. Le prix de revient étant par exemple de 2 FF/m 3, le prix de vente sera donc de 2,7 FF/m 3 dans le cas d un taux de consommation de l eau pompée de 75 %. L exemple du tableau 4 montre, dans le cas du projet Alizés, les niveaux de prix de vente qu il faut atteindre en fonction du taux de revente. Même en considérant une approche purement économique, un optimum est à trouver en ce qui concerne le prix du m 3 permettant de collecter le maximum d argent. Il est d ailleurs certain que différents prix peuvent être pratiqués en fonction des usages afin de récolter le maximum d argent de la vente de l eau. Cependant, l impératif économique n est pas le seul critère de décision concernant le prix de l eau. L eau faisant par nature partie des besoins vitaux, l objectif des programmes d équipement est de fournir à tous une quantité minimale (10 litres par jour). Lorsque l eau est trop chère cet objectif n est pas atteint. Il s agit donc de mettre en place avec les Etats, les collectivités et les usagers, un système qui permette d assurer ce service de la manière la plus viable possible. Le rôle des agents de développement est de permettre ces négociations et de faciliter la mise en place des choix réalisés en commun. Toute l eau pompée n est pas vendue. Le prix de vente de l eau est alors souvent supérieur de 10 à 40 % au prix de revient. - 120 -

Le recouvrement des coûts Comparaison de divers systèmes de recouvrement des coûts en Mauritanie Intérêts et limites Abderhamane N DIAYE. Animateur du programme Alizés Le présent exposé concerne un programme d hydraulique villageoise qui a lieu dans la région du Trarza, en Mauritanie. Ce programme associe fortement les usagers, qui doivent financer la maintenance des points d eau. Bernard Gay a présenté ci-dessus les paramètres qui déterminent le coût de l eau dans ce projet. Nous allons voir maintenant les différents systèmes de recouvrement, testés et mis en place progressivement, en négociant avec les usagers. Donc, plus on fournit d efforts pour aller chercher l eau, et moins l eau coûte cher. Pour la collecte des fonds, le village a pris trois volontaires et divisé le village en trois parties dans le sens vertical. Ces trois collecteurs ont chacun trois familles de leur choix qui ne payent pas l eau ou qui lui en versent la valeur. Chaque collecteur reçoit l équivalent de 17 UM par jour. Exemple : 12 familles payent 10 UM par jour, 1. Cotisations différenciées : l exemple d Oum El Koura Le village est divisé en trois couronnes. Pour des raisons d équité, la vente de l eau se passe comme suit : les familles se trouvant aux alentours immédiats, de 5 à 50 m, payent 10 UM par jour et par famille ; la deuxième catégorie, de 50 à 100 m, payent 5 UM par jour et par famille ; la troisième catégorie, de 100 à 300 m et plus, paient 2 UM par jour et par famille. - 121 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires 17 familles payent 5 UM par jour, 24 familles payent 2 UM par jour. 2. Les jetons : deuxième procédé de participation et de recouvrement Exemple : Garack est un gros village avec deux éoliennes. On y utilise des jetons, principalement : pour éviter l utilisation abusive de l eau ; pour éviter de recruter un collecteur de cotisations. Le prix du jeton est d un ouguiya (UM) et un jeton donne droit à un seau de 10 à 30 litres. Le gardiennage est assuré par des jeunes femmes handicapées-moteur. Le village les paye chacune 2 500 UM et leur donne des semences pour faire deux à trois planches dans l enceinte de l éolienne. Elles ont donc des semences en plus de leur salaire, et l eau d arrosage gratuitement. Cette méthode, jugée par les villageois comme la plus équitable, est utilisée par une quinzaine de villages du Trarza. 3. Cotisation mensuelle : l exemple de Zem-Zem Le système de participation et de collecte est typiquement calqué sur l organisation sociale et la hiérarchie du village. Pour assurer la maintenance et le fonctionnement des équipements, sept familles se partagent le village : elles ont chacune un branchement tiré à domicile et payent 1 000 UM par mois ; elles peuvent donner l eau à qui elles veulent. Le collecteur-gardien a droit à l eau gratuitement. Ces sept familles sont des chefs coutumiers, des responsables politiques ou des commerçants. Malgré la précarité du système, les villages arrivent tant bien que mal à honorer leurs engagements vis-à-vis de la société assurant la maintenance des installations. Malgré notre volonté à vouloir maintenir le système, beaucoup de problèmes se dressent devant nous. 4. Les problèmes Après les dures années de sécheresse, nous avons perdu beaucoup d animaux, seules sources de revenus. Difficulté de collecter les cotisations : les gens attendent toujours que l argent vienne de l extérieur (d un fils ou d un parent émigré). Difficultés de payer un gardien, qui coûte parfois plus cher que la maintenance. La personne qui doit payer est absente ou malade. Sans travail et avec une lourde charge familiale, nous ne pourrons qu avoir des problèmes de recouvrement. En plus du contrat, nous avons des charges secondaires que la garantie ne couvre pas. 5. Recommandations Malgré ces problèmes quotidiens, nous ne voulons plus que ces aides nous soient fournies comme un assistanat, mais comme un moyen de développement. Comme le dit le proverbe chinois : «Ne me donne pas de poisson, apprends-moi à pêcher». C est ainsi que nous souhaitons de la part des organismes de développement : la formation de petits réparateurs pour les pannes légères ; l organisation de journées d étude en vue de sensibiliser et vulgariser les systèmes de gestion des points d eau et de la prise en charge des équipements. Ne plus être des éternels assistés, voilà notre objectif principal. C est pour cela qu une dynamique a conduit à l adhésion totale de villageois à la mutuelle «eau potable» pour assurer une longue vie aux installations déjà acquises, et éventuellement les multiplier. - 122 -

Thème 4 Approche institutionnelle Rapporteur : Bernard Collignon

Approche institutionnelle Pour assurer la distribution de l eau potable dans les centres secondaires, des fonctions très diverses doivent être assurées : maîtrise d ouvrage, surveillance des ressources en eau, planification, étude techniques et travaux, gestion et maintenance des réseaux... Qui doit assurer ces différentes fonctions, quel acteur social est le plus compétent pour jouer chacun de ces rôles : -un opérateur unique? C est apparemment la solution la plus simple, mais quel acteur aura toutes les compétences nécessaires? -plusieurs acteurs? C est plus sain, car cela permet un certain contrôle, mais cela nécessite une définition très claire des rôles et des compétences de chacun. Après un rappel de ces différentes fonctions, le débat a porté sur le problème du partage des responsabilités des différents intervenants : État et services techniques nationaux, sociétés nationales, communes, associations d usagers, régies locales de l eau, vendeurs d eau, opérateurs privés... Présentation des interventions L approche institutionnelle de la gestion du service de l eau dans les centres secondaires. Bernard COLLIGNON. L auteur a d abord présenté la typologie des opérateurs du secteur de l eau potable : secteur public ou secteur privé ; opérateurs nationaux ou décentralisés ; collectivités locales de droit public ou associations d usagers de droit privé. Il décrit ensuite les grandes fonctions que ces opérateurs doivent assumer : -la maîtrise d ouvrage des infrastructures ; -la surveillance des ressources en eau et la planification des investissements prioritaires ; -l étude et la construction des points d eau et des réseaux ; -le contrôle de la qualité des travaux et la réception des ouvrages ; -l exploitation technique du système de distribution d eau et leur maintenance ; -le recouvrement des coûts et la gestion du service -le contrôle de la qualité de l eau. Enfin, il analyse les compétences des opérateurs pour assumer leurs fonctions. Cette analyse est appuyée sur de nombreux exemples pratiques africains (au Sénégal, en Mauritanie, au Bénin, au Rwanda et au Cameroun ). La politique nationale en Mauritanie. Ahmedou Ould Mohammed MAHMOUD. En complément de la communication précédente, l auteur analyse la politique nationale de son pays dans le domaine de l alimentation en eau. Il illustre bien la difficulté dans laquelle se trouvent actuellement plongées les administrations publiques africaines : elles sont partagées entre le souhait d améliorer la qualité du service public (et donc d assurer de nombreuses prestations en régie directe) et l exigence des bailleurs de fonds de réduire le train de vie des États. Ce dilemme est d autant plus délicat que les autres opérateurs (entreprises privées, communes...) ne se bousculent pas pour prendre en charge les fonctions délaissées par l État. - 125 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires La gestion des adductions par les villageois dans le Sine Salloum (Sénégal). Philippe BONNEVAL. Depuis plus de 10 ans, Caritas Kaolack est à la base d un programme ambitieux d alimentation en eau des villages du Sine Salloum. Tout le travail est axé sur la responsabilisation des communautés villageoises, qui assument ici un vrai rôle de maître d ouvrage. L expérience décrite par l auteur est particulièrement intéressante du fait de sa dimension : pas moins de 50 forages et de 250 villages. L auteur montre que les communautés villageoises sont capables de gérer des infrastructures assez complexes, et de mobiliser les fonds nécessaires pour assurer l entretien et le renouvellement des pompes. Afin d affronter les situations difficiles, les comités villageois ont mis une partie de leurs moyens en commun, au sein d une fédération régionale. Cette expérience très prometteuse est suivie de près par l administration qui envisage d en tirer des enseignements pour définir une nouvelle politique nationale en ce domaine. - 126 -

Approche institutionnelle Approche institutionnelle de la gestion du service de l eau Bernard Collignon, hydrogéologue consultant Pour approvisionner en eau un centre secondaire, il ne suffit pas d installer une pompe et une borne-fontaine. Encore faut-il gérer l installation, en couvrir les charges récurrentes, partager la ressource entre divers utilisateurs, remplacer le matériel défaillant, contrôler la qualité de l eau... Le plus souvent, l ensemble de ces fonctions ne sont pas assurées par un seul acteur, mais par plusieurs qui collaborent entre eux. Une telle collaboration implique une claire définition des rôles et des responsabilités de chacun. Faute de l avoir fait, de nombreuses adductions d eau tombent en panne, chacun rejetant la responsabilité sur quelqu un d autre. 1. Typologie des opérateurs Les acteurs qui interviennent dans le domaine de l alimentation en eau potable peuvent être classés en trois catégories : a) le secteur public ou secteur privé ; b) les opérateurs centralisés ou décentralisés ; c) les collectivités locales de droit public ou les associations d usagers de droit privé. Le secteur public ou secteur privé Dans tous les pays sahéliens, le service de la distribution de l eau est assuré dans les grandes villes par une société d État monopolistique, à qui ce service est concédé (SONEES, SONELEC, EDM). Il s agit d un établissement public qui se doit d équilibrer ses comptes. Par contre, en milieu rural, le service de l eau est placé sous la responsabilité directe d un service, à titre plus ou moins gracieux, du ministère de l Hydraulique ou des Travaux publics. Les centres secondaires se situent entre ces deux systèmes. Très peu représenté officiellement dans la distribution d eau, le secteur privé joue malgré tout un rôle important en aval des systèmes de distribution publics : les revendeurs et les porteurs d eau approvisionnent finalement une grande partie des usagers. Cette activité, qui appartient au secteur dit «informel», est un peu passée sous silence dans les études officielles. La privatisation des services publics est à la mode. Les États africains sont asphyxiés par la dette extérieure et les bailleurs de fonds les poussent sans trop de ménagements à privatiser les sociétés publiques de distribution d eau (et d électricité). Notons que cette tendance s affirme aussi fortement en Europe et en Amérique latine. - 127 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Opérateurs centralisés ou décentralisés La société nationale qui assure la distribution en ville est construite sur le modèle de ses homologues des pays du Nord. Elle est moderne, centralisée, informatisée... Elle draine tous les cadres nationaux de haut niveau grâce à des salaires bien plus élevés que ceux de la fonction publique. Une telle structure centralisée est-elle bien préparée à assurer la gestion de l eau dans une multitude de centres secondaires? On peut en douter (au même titre que pour d autres structures d État, comme les services de l agriculture ou de l artisanat). Par contre, depuis 10 ans, on observe un dynamisme nouveau des collectivités locales, qui revendiquent une plus large autonomie. Cette tendance a été encouragée par le vaste mouvement de démocratisation qui a touché la plupart des pays africains. Elle a été prise en compte par de nombreuses lois récentes portant sur la décentralisation des services publics. Les collectivités locales (au premier rang desquelles les communes) ne peuvent certainement pas mobiliser les compétences techniques des services centraux de la capitale, mais sont plus proches des usagers et connaissent mieux leurs demandes. Elles ont une capacité de réaction rapide et peuvent ainsi proposer des services qui correspondent mieux aux attentes des citoyens. Collectivités locales de droit public ou associations d usagers de droit privé La distribution de l eau est l un des services publics principaux ; il apparaît généralement en tête des besoins lors des enquêtes effectuées auprès des populations. De plus, ce service assure la distribution d un bien collectif (l eau) qui, dans certaines régions du Sahel, est rare. Il semble donc naturel d en confier la maîtrise à un organisme public. Mais les appareils publics sont lourds, rigides et coûteux. C est pourquoi il est tentant de déléguer la gestion de ce service à des structures allégées, reposant partiellement sur le bénévolat : des associations d usagers. C est le modèle qui s est imposé en hydraulique villageoise, et plus personne n imaginerait confier la gestion des pompes manuelles à l administration. 2. Les fonctions à assurer Les acteurs que nous venons d énumérer assurent chacun un certain nombre de fonctions. Comment se décomposent ces fonctions? La maîtrise d ouvrage des infrastructures Ce domaine est la prérogative du «propriétaire» de l infrastructure. Il s agit : d analyser la demande en eau ; de traduire cette demande en projets d infrastructures ; d assurer le montage financier ; d implanter les ouvrages ; de passer les marchés d étude technique et de construction avec des entreprises ; de contrôler la qualité des travaux et de les réceptionner ; de définir les règles d utilisation. L analyse des besoins et des demandes Il faut distinguer entre les besoins (tels qu ils sont définis par les experts, c est-à-dire 25 à 35 litres par jour et par habitant ) et la demande (moyenne des consommations réelles quand l eau est disponible : 10 à 15 l/j.h). Bien répondre à la demande constitue la légitimité du maître d ouvrage. Le financement des investissements Le maître d ouvrage (commune, ville, association d usagers) ne dispose généralement pas des fonds nécessaires pour payer l ensemble des travaux. Il doit donc faire appel à des organismes de financement, souvent internationaux. - 128 -

Approche institutionnelle La surveillance et gestion des ressources en eau Ce point est particulièrement important pour les régions où la ressource est rare ou vulnérable, au Nord-Sahel par exemple, où la recharge est faible, ou dans les zones côtières, menacées par l intrusion des eaux salées. La maintenance des équipements de pompage et des réseaux Elle peut requérir des compétences pointues qui ne sont pas présentes sur place (pour les pompes et les générateurs par exemple). L exploitant doit alors pouvoir mobiliser un opérateur spécialisé (public ou privé) dans un délai raisonnable. Les études des travaux à réaliser Il s agit d étudier un système de distribution d eau qui réponde bien à la demande, au meilleur coût et qui soit simple d entretetien et de maintenance. Le maître d ouvrage local ne dispose généralement pas des compétences techniques nécessaires (au contraire de l État). La construction des points d eau et des réseaux Il ne s agit pas seulement de construire des ouvrages, mais de le faire dans les «règles de l art», de garantir la qualité et de fournir un service après-vente. Le contrôle de qualité des travaux et réception des ouvrages Il s agit de vérifier la conformité des travaux aux études et contrats et de tester la fiabilité des infrastructures, avant d en accepter la livraison. Les collectivités locales ne disposent pas des moyens humains nécessaires pour ce contrôle, mais elles peuvent se faire assister par les services techniques de l État. L exploitation technique du système de distribution d eau Elle devrait pouvoir être totalement assurée localement, pour limiter les coûts de personnel (l exploitation déficitaire des réseaux AEP des centres secondaires par les entreprises publiques est largement dûe à des charges de personnel trop lourdes). Le recouvrement des coûts et la gestion des systèmes Quel que soit le mode choisi, le recouvrement des coûts ne fonctionnera que si la structure qui s en charge bénéficie de la confiance des usagers et donc accepte d être contrôlée par eux. Le contrôle de la qualité du service Ce contrôle porte à la fois sur des paramètres facilement contrôlables par les usagers (le prix de vente, la quantité d eau distribuée, les heures d ouverture des bornes, les pannes) et sur des paramètres qui exigent des analyses compliquées (la qualité de l eau ). La définition des standards Pour assurer la maintenance des installations, il faut pouvoir disposer des pièces nécessaires. Un matériel relativement standardisé à l échelle nationale, permet de réduire le volume des stocks. La planification des investissements prioritaires à l échelle nationale Une telle planification semble nécessaire, pour limiter les déséquilibres interrégionaux. Cependant, les organes de planification sont rarement démocratiques et le risque de favoriser une clientèle régionale ou politique n est pas négligeable. D où l importance d outils de planification rigoureux : cartes des ressources en eau, des taux de desserte, du coût moyen de l eau..., qui facilitent la prise de décisions sur une base objective. - 129 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Sénégal Diostribution d eau dans les grandes villes par les communes (système plus ou moins périmé) Etat 3. Quelques exemples Examinons, à partir de quelques exemples, comment les acteurs de la distribution de l eau se partagent les tâches, avec plus ou moins de bonheur. concession SONEES facturation paiement aléatoire commune distribution gratuite élection Usagers Bénin Vente de l eau par des particuliers dans les villes La distribution d eau par les communes, au Sénégal Au Sénégal comme dans d autres pays africains (Cameroun, Bénin), la distribution d eau par bornes-fontaines a d abord été assurée par les communes. Le maître d ouvrage, l État, avait concédé l exploitation du service à une entreprise publique qui vendait l eau aux communes, sur la base d un tarif au mètre cube. Cette eau était alors redistribuée aux usagers par l intermédiaire de bornes-fontaines gratuites. Les communes étaient censées recouvrer leurs charges grâce à une taxe municipale de l eau, au recouvrement tellement aléatoire que les communes n ont bientôt plus honoré leurs factures. Il en a résulté une dégradation continue du service (panne ou fermeture de bornes, horaires de distribution limités) et la faillite de ce système de distribution. Cet exemple illustre combien les communes sont mal outillées pour assurer le recouvrement des coûts d un service public marchand. Etat concession SBEE facturation paiement vendeur d eau vente paiement Usagers La concession des bornes-fontaines à des privés, au Bénin Suite à la faillite du système des bornesfontaines communales, plusieurs États ont privatisé partiellement la distribution d eau, en concédant l exploitation des bornes-fontaines à des particuliers qui revendent l eau aux usagers. Ce système, qui a cours au Bénin comme dans la majorité des capitales africaines (Kigali, Lomé, Bamako...), fonctionne souvent bien. Les revendeurs privés font ainsi la preuve du dynamisme du petit commerce, même dans des pays dont l économie semble sinistrée. Mais les prix ont parfois tendance à s envoler, ce qui écarte des bornes-fontaines la majorité des familles, bien que les infrastructures aient été financées par l État (voir la communication de X. Litrico sur la revente de voisinage au Bénin). - 130 -

Approche institutionnelle L exploitation communautaire des forages, au Sénégal Dans les centres secondaires de la région du fleuve, au Sénégal, l État tente de transférer progressivement aux usagers la gestion du service de l eau. Dans ce cas, ce sont les usagers qui financent le fonctionnement et la maintenance des adductions ; l État reste présent au travers d un service technique qui assure des prestations payantes pour l entretien des réseaux. Les usagers élisent les membres d un comité de gestion élisant lui-même un bureau exécutif, lequel met en place un système de vente. Cette distribution d eau à l échelle locale fonctionne assez bien et elle constitue un facteur puissant de structuration des communautés locales. Mais la filière maintenance reste très lourde, car très centralisée. De plus, les communautés locales n étant pas maîtres d ouvrage, elles hésitent à réaliser des investissements importants (comme le remplacement d une pompe). Les régies communales, au Rwanda Au Rwanda, les communes bénéficient d une solide position institutionnelle. Elles ne gèrent pas elles-mêmes les adductions d eau, mais en délèguent l exploitation à des régies communales de l eau. Celles-ci sont des structures électives représentatives des usagers. Elles emploient un ou deux ouvriers permanents chargés de l entretien des réseaux (les fontainiers). Elles perçoivent auprès des familles une redevance annuelle pour couvrir les charges d entretien des réseaux. La commune détermine avec la régie le montant de la redevance, arbitre les conflits éventuels et recherche des bailleurs de fonds pour financer les infrastructures (voir dans le même recueil la communication de Régis Taisne). Sénégal Distribution d eau dans les centres secondaires de la région du fleuve engage et contrôle fontainier distribution bureau usagers facturation paiement réparations comité de gestion Etat service technique DEM Rwanda Gestion de l eau à l échelle des communes engage et contrôle paiement reversent recettes élection élection bureau de la régie élection, contrôle Etat assistance technique commune concertation paie et commande Le piratage du réseau public, en Haïti A Port-au-Prince, la distribution d eau est assurée par un établissement public à vocation commerciale (la CAMEP). Mais l image de l État et du service public est très mauvaise auprès des habitants, après plusieurs décennies de dictatures sanglantes. De nombreux usagers ont donc décidé de se débrouiller seuls, en piratant le réseau de distribution public. Le réseau est ainsi fortement vendeur vente, paiement proportionnel AG de la régie comité de point d eau cotisation forfait usagers représentant fontainier (maintenance) élection - 131 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires dégradé et l eau n arrive que dans le moitié des quartiers de la capitale. Des entrepreneurs privés ont pris le relais du service public défaillant. Ils amènent l eau en ville par camion-citerne et la vendent à de petits commerçants qui la revendent à leur tour aux usagers les plus démunis. Ce sont ainsi les familles les plus pauvres qui paient l eau la plus chère. Un bon exemple des excès auxquels mène le «tout libéral», quand aucun mécanisme régulateur ne vient garantir un minimum de service public. 4. Qui fait quoi? Après avoir détaillé les principales fonctions d un service de l eau et les acteurs susceptibles de les assurer, tentons de les mettre en correspondance. Qui est le mieux placé pour assurer la maîtrise d ouvrage, l étude des réseaux d adduction, leur construction, leur entretien...? La maîtrise d ouvrage La maîtrise d ouvrage reste pour l instant assurée par l État dans la plupart des pays d Afrique, mais la situation est sans doute appelée à évoluer. Les communes, si l on veut que s affirme leur position de collectivité locale, devraient jouer un rôle croissant dans ce domaine. L analyse des besoins Elle relève bien sûr des communes mais également des associations représentatives des usagers, dont le point de vue peut différer de celui d une clientèle très «politique». L expertise de cette demande peut être assurée par les services techniques nationaux ou des bureaux d études privés. Le financement des investissements Il peut provenir de l État, des communes, des usagers ou des bailleurs de fonds internationaux. Le débat est encore vif à ce sujet. Il est certain que les bailleurs de fonds continueront à financer les ouvrages durant encore quelques années, mais il faudra bien un jour que les collectivités locales prennent cette responsabilité, si elles veulent améliorer leur crédibilité. La surveillance et la gestion des ressources en eau Elles ne peuvent que difficilement être décentralisées étant donné l importance de l enjeu et le fait que les ressources naturelles, en particulier les eaux souterraines, appartiennent à la communauté nationale. Ces fonctions doivent donc être assurées par les services techniques nationaux, ou éventuellement une entreprise publique à laquelle l État délègue cette tâche. La centralisation est particulièrement importante dans des pays comme le Sénégal ou la Mauritanie, où 80 % de la population est alimentée à partir des mêmes nappes aquifères. Les études techniques Alors que cette activité était jusqu à présent monopolisée par les services techniques de l Etat, on observe en Afrique la multiplication de bureaux d études privés performants. Ils emploient les jeunes diplômés ou les cadres «déflatés» par l Etat, à l heure des politiques d ajustement structurel. La construction des points d eau Certains États continuent à réaliser de nombreux travaux en régie directe (Mauritanie, Guinée, Cameroun, Tchad), avec des brigades de travaux de l administration. Ces structures sont lourdes et peu efficaces. Elles devraient passer le plus rapidement possible le relais à des entreprises privées, mises en concurrence, de façon à stimuler leur productivité. Le contrôle de qualité des ouvrages Il est particulièrement difficile à assurer par les maîtres d ouvrage locaux. En effet, les communes sont totalement démunies face à des entreprises dont la compétence technique est nettement plus forte. Comment assurer alors la réception des ouvrages dans de bonnes conditions? Les collectivités locales devraient pouvoir s appuyer sur des - 132 -

Approche institutionnelle prestataires techniques extérieurs de haut niveau. C est assurément l un des rôles les plus intéressants des services techniques nationaux que de fournir une telle assistance aux communes. La maintenance des réseaux Comme il s agit de systèmes simples (une pompe, un petit réservoir et quelques bornesfontaines), leur maintenance ne requiert généralement pas l intervention d une entreprise nationale. Un mécanicien et un plombier locaux suffiront souvent pour la maintenance du réseau. L exploitation L exemple sénégalais montre à quel point l exploitation des adductions peut devenir une charge pour l État. Il semble alors logique de la reporter sur les collectivités locales, moyennant un transfert simultané de droits et de moyens. Celles-ci s appuieront sur des prestataires de service privés (réparateurs et commerçants). Les filières de pièces détachées publiques (comme celle de l UNC au Niger) ont fait la preuve de leur inefficacité. Le recouvrement des coûts L expérience de presque tous les pays africains montre que les communes sont mal placées pour assurer directement la vente de l eau. Les opérateurs privés s en sortent mieux. Par contre, pour garantir le service public (notamment le prix de vente), une structure représentative des usagers est indispensable. Le contrôle de la qualité de l eau Il relève quant à lui des services techniques nationaux, seuls susceptibles de faire preuve de l objectivité nécessaire. En effet, les communes - c est le cas dans tous les pays du monde - ont ten- Qui fait quoi? Services techniques nationaux Etat Commune Association d usagers Entreprise publique Entreprise privée Bureau d études privé Bailleurs de fonds Maîtrise d ouvrage Analyse des besoins et des demandes Financement des investissements Surveillance et gestion des ressources en eau Etudes des travaux à réaliser Construction des points d eau et des réseaux Contrôle de qualité des travaux et réception des ouvrages Exploitation technique du système de distribution d eau Maintenance des équipements de pompage et des réseaux Recouvrement des coûts et la gestion des systèmes Contrôle du service public (prix, horaires, qualité eau...) Planification des investissements prioritaires à l échelle nationale - 133 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires dance à certifier la qualité de l eau qu elles distribuent, indépendamment de sa qualité réelle. La planification des investissements Pour ce qui est de la planification des investissements, le débat reste ouvert quant à son utilité réelle. Il est évident qu une certaine dose de planification est préférable à une implantation anarchique des équipements mais il faut bien être conscient que cette planification est souvent en contradiction avec une décentralisation poussée. Toute planification ne peut donc être harmonieuse et efficace, dans le contexte actuel de décentralisation, que si elle se fait sous le contrôle directs de représentants élus des habitants. On en est parfois loin! 5. Conclusions Des années 60 au début des années 80, presque toutes les fonctions ont été monopolisées par des opérateurs publics nationaux. Cette centralisation a incontestablement eu des avantages : mise en place progressive de politiques nationales de l eau ; formation d experts et de cadres nationaux ; développement massif des infrastructures en milieu rural (le nombre de forages a été multiplié par plus de 50 en 30 ans). En revanche, cette concentration des responsabilités a également eu des inconvénients : atrophie du secteur privé ; manque d opérateurs locaux, surtout en dehors des capitales qui drainent les ressources humaines les plus qualifiées ; faible développement des municipalités dont le rôle se réduit à la collecte de quelques impôts ; montant élevé des charges de structure des entreprises publiques hyper-centralisées, ce qui rend le coût de leurs prestations insupportable pour les maîtres d ouvrage locaux. Face à cette situation, la mode est aujourd hui à la privatisation (politiques d ajustement structurel) et c est certainement une piste qui mérite d être explorée, si elle permet de palier les points faibles des entreprises publiques. Il ne faudrait toutefois pas jeter le bébé avec l eau du bain et sacrifier à la mode les fonctions régulatrices et redistributives qu il faut continuer d assurer au niveau national : la planification des investissements sur la base d une analyse globale des besoins ; le contrôle de la qualité ; la standardisation des équipements ; la bonne gestion de la ressource. Un partage des tâches entre des acteurs de divers niveaux institutionnels est indispensable, avec une définition claire des rôles et des responsabilités de chacun. La collaboration de ces acteurs nécessite une contractualisation soignée et des mécanismes d arbitrage. Discussion M. Mahmoud Ministère mauritanien de l Hydraulique Tous les équipements hydrauliques publics appartiennent à l État, unique maître d ouvrage. Il arrive que des communes exécutent un ouvrage mais cela est rare, tous les financements transitant par l État. C est l État également qui analyse les besoins et la demande, en concertation avec les autorités politiques et administratives locales. L Etat encore qui assure en général seul le financement des investissements publics. Cela étant, beaucoup d ONG et d associations de migrants financent également des équipements. Enfin, beaucoup d ouvrages - puits, forages, motopompes - sont réalisés par les populations locales avec leurs moyens propres, l État - 134 -

Approche institutionnelle Creusement d une tranchée. D autres travaux, comme le creusement des tranchées, seront effectués directement par les usagers. Caritas n appuyant ces projets collectifs ou individuels que dans la mesure de ses possibilités. La surveillance et la gestion des ressources en eau relèvent, aux termes même du Code national de l eau, des missions de l État. Un décret d application sur les différents modes d utilisation, actuellement en cours d élaboration, en complétera d ailleurs les dispositions. Les études préalables et les travaux sont, pour l instant, conduits par le ministère de l Hydraulique qui, malgré sa volonté de désengagement, souhaite conserver une capacité d intervention minimale pour des infrastructures revêtant un caractère social ou d urgence. Il gardera donc en l état son parc actuel de matériel de forage. Dans tous les autres cas, son objectif est de confier les travaux aux entreprises privées, dont le nombre va croissant. Le contrôle des ouvrages et de la qualité de l eau est assuré par des bureaux d études nationaux, dont on a encouragé la promotion, ou internationaux. L administration nationale dispose toutefois de moyens d intervention ponctuelle. L exploitation du système de distribution dans les centres urbains est assurée par la SONELEC, société nationale qui assure la desserte par bornesfontaines. La part de la population desservie par branchements privés reste faible, même dans les grandes villes. Un programme social récent de la Banque mondiale a permis de raccorder les nouveaux quartiers périphériques. Dans les centres secondaires, la distribution était jusqu à présent assurée par les communes mais l on s oriente vers la concession de ce service à des entreprises privées. Le cahier des charges établi dans ce cas stipule que les dépenses de fonctionnement et d entretien courant des installations incombent au concessionnaire, la maintenance lourde étant, elle, attribuée à l État, du moins tant que le concessionnaire n a pas encore à sa disposition les personnels compétents. L État aide d ailleurs à leur formation, puisqu il a prévu d abandonner cette fonction à court ou moyen terme. Le recouvrement des sommes dues est assuré dans les grandes agglomérations urbaines par la SONELEC et dans les centres de seconde importance par les concessionnaires. Il convient à ce propos de préciser que ces derniers placent les provisions destinées au renouvellement des équipements sur un compte d État. La détermination du prix de vente ainsi que celle des horaires de mise à disposition, relèvent bien évidemment de l État, comme d ailleurs la planification des investissements prioritaires. M. Dagassan Ministère sénégalais de l Hydraulique Monsieur Mahmoud nous a dit qu il avait pu trouver à l occasion de ce séminaire des informations sur un certain nombre de projets privés en - 135 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Mauritanie. Tous les acteurs de bonne volonté (ONG, structures de migrants, villes jumelées) ne doivent pas oublier qu il existe dans chaque pays une structure nationale qui cherche à rassembler toutes les informations disponibles en amont des travaux. Il est de l intérêt de tous de lui transmettre toutes les informations disponibles sur les nouveaux projets. M. Causse Fédération des pays de Rhône-Alpes Il est ressorti des rencontres sur la coopération décentralisée qui ont eu lieu l année dernière à Dakar que seuls les conseils ruraux étaient en situation de savoir ce qui se passe réellement sur le territoire des communautés rurales. Il faudrait donc que les acteurs de la coopération établissent une relation directe avec les conseils ruraux, à charge pour ceux-ci d informer les administrations compétentes. M. Mahmoud Ministère mauritanien de l Hydraulique Nombre de financements ne sont pas soumis à l approbation de l État en effet, mais les ONG et les associations d émigrés doivent prendre la précaution d informer l administration au préalable, ne serait-ce que dans un souci de respect de la loi. Il sera par exemple bientôt interdit en Mauritanie de procéder à des forages sans autorisation. C est au ministère que doit revenir la responsabilité de gérer les ressources en eau (limitées) qui appartiennent à l ensemble de la communauté nationale. M. Keita Ministère malien de l Hydraulique Je précise qu il existe actuellement au Mali un système informatique qui contient toutes les données sur les eaux souterraines et que l on peut le consulter au ministère. M. Diara Réseau des associations pour le développement de la vallée du fleuve Sénégal Je rejoins M. Causse dans son analyse. Bien que l on constate une évolution positive des structures de l administration centrale, il n est pas toujours possible, dans un cas d urgence par exemple, d attendre son accord pour forer un puits ou de lui transmettre au préalable toutes les informations concernant un projet. On ne peut ignorer qu en milieu rural, rares sont les villages bénéficiant d un point d eau qui ne soit pas financé en partie par les émigrés, tandis que la DNHE a longtemps manqué d informations sur le domaine hydraulique, et que ce problème persiste à l heure actuelle. Mme Puychaffret Comité de jumelage Marolles en Hurepoix - Lahamané J aurais souhaité des précisions sur l approche institutionnelle de la gestion du service de l eau au Mali. Tous les forages appartiennent-ils à l État? Existe-t-il des textes réglementaires et législatifs régissant ce service? M. KEITA Service de l Hydraulique, Mali Un projet de Code de l eau est en cours d élaboration dans notre pays, où tous les forages sont pour l instant propriété de l État, même si les collectivités les gèrent librement. Ce sont les communautés villageoises elles-mêmes qui fixent les règles d accès aux ressources en eau. - 136 -

Approche institutionnelle La gestion des adductions par les villageois dans le Sine Salloum Philippe Bonneval, secrétaire général de Caritas Kaolack Responsable de l ONG Caritas Kaolack au Sénégal, je décrirai simplement la structure de notre programme d hydraulique villageoise, et les étapes par lesquelles nous sommes passés pour le conduire. Trois opérateurs Notre programme comprend aujourd hui 50 forages concernant 276 villages, ce qui représente 120 000 personnes. Trois grandes institutions sont représentées : la Fédération des forages du Sine Saloum (qui existe depuis décembre 1993) ; l ONG Caritas Kaolack (qui est une ONG d église assurant un service d action d urgence et un service de développement) ; un GIE d hydraulique villageoise pour le développement rural, qui est une petite entreprise mutualiste puisqu elle est fondée par trois organisations paysannes. Le GIE a quatre domaines d intervention : il est responsable du fonçage des puits, des aménagements de surface, des équipements de forages et de la maintenance du matériel hydro-agricole. Ses fonctions sont l étude d aménagements hydrauliques, la réalisation de chantiers, la maintenance du matériel et le monitoring, c est-à-dire le suivi des nappes et de l écosystème. La Fédération des forages du Sine Saloum est composée d un bureau dont dépendent six comités de secteur - correspondant aux départements où nous intervenons -, qui regroupent les 50 comités de gestion de forage de ces 276 villages. Un peu d histoire Caritas Kaolack, qui offre un appui institutionnel et financier à ces organisations, est née en 1981. Les demandes de forage nous ont été présentées par différentes institutions : les associations paysannes, les autorités administratives, le service régional de l hydraulique, et les structures de l église locale ainsi que les différentes missions catho- - 137 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires Organigramme du programme d hydraulique villageoise mis en place par Caritas Kaolack au Sine Saloum GIE / HVDR Personnel salarié Fédération des forages du Sine Saloum 264 villages polarisés relations hiérarchiques relations fonctionnelles Directeur exécutif 48 comités de gestion Caritas Kaolack 6 comités de secteur Prestataires de service (Apec, Cesao) Equipe salariée de Caritas Bureau de 3 membres AG de la fédération Coordinateur Assemblée générale du GIE Bureau Cellule provisioire d appui Bureau D.R. Caritas liques, porte-parole des demandes des populations. Le premier forage a eu lieu dès 1983 et les forages suivants ont été réalisés par tranche, en raison de la faiblesse de nos budgets, limités à trois millions de francs CFA par an pour le fonctionnement. Notre stratégie a d ailleurs été d aller à la rencontre des villages demandeurs en leur faisant comprendre que nous n avions aucun moyen. Notre politique était de les soutenir pour qu ils règlent eux-mêmes leurs problèmes hydrauliques, et de les inciter à se constituer en comités de gestion avant même la réalisation du forage. Composé de quatre délégués par village polarisé, représentant respectivement les hommes, les femmes, les éleveurs et les maraîchers, chaque comité se chargeait de négocier les autorisations avec la communauté rurale, la sous-préfecture, la région, et enfin avec le ministère de Hydraulique. Lorsque le programme a été mis au point par les différentes instances, nous avons passé un protocole d accord avec la direction des études hydrauliques du ministère, qui a accordé son autorisation de forage et a proposé d en assurer la supervision hydrogéologique, le contrôle des entreprises et la réception. Deux évolutions majeures ont marqué ces treize années, la première ayant eu lieu en 1986. L objectif était de satisfaire les besoins des hommes et des animaux, mais aussi de promouvoir les cultures irriguées pour compenser le manque de cultures vivrières. Or, la plupart des forages ont capté la nappe du Maestrichtien, qui dans notre zone est fortement minéralisée et qui n est donc pas apte à l irrigation. Pour mobiliser les eaux de surface à des fins agricoles, nous avons mis en place un programme de puits et d aménagements de surface et créé une petite brigade de puits. Cette brigade, qui a réalisé les puits de façon mutualiste, est ensuite devenue un GIE. La seconde évolution date de 1990 : les populations se montrant aptes à autogérer leurs comités - 138 -

Approche institutionnelle de gestion et à les autofinancer, nous nous sommes retirés de la maîtrise d oeuvre du programme pour devenir des partenaires. L autonomisation du GIE d hydraulique villageoise et des comités de gestion est passée par la mise en place de comités de secteur, qui avaient pour objectif d assurer une concertation entre les comités de gestion et d assumer l animation des forages. En aidant les villageois à s organiser, l objectif final de Caritas étaient d encourager la création d une fédération des comités de gestion. De fait, les comités de secteur ont élu un bureau provisoire en décembre 1993 qui aujourd hui travaille sur le statut juridique, la mission et les orientations de la Fédération des forages. Après qu il eut été décidé, en décembre 1993, de rendre autonomes les équipes de génie civil, le GIE s est Tranchée trouvé investi de quatre d une conduite. missions : les puits, les Pour alimenter en aménagements de surface, le forage et la mainte- eau des villages dispersés, nance. il faut poser des km de conduites dont l entretien n est pas toujours simple. Priorité à la formation engagé une politique de communication en deux volets : formation et information. En matière d information, les comités de gestion se réunissent en assemblée générale deux fois par an pendant trois jours, pour mettre en commun leurs objectifs, leurs activités et leurs résultats. Ces réunions ont immanquablement à leur ordre du jour une visite sur le terrain, et cela depuis douze ans. Par ailleurs, des journées d information des élus sont organisées afin de négocier des subventions d équipement et, dès l origine, les responsables politiques, députés et ministres concernés, ont été associés à l entreprise. En 1991 enfin, une revue-bilan a été publiée et largement diffusée. En matière de formation, Caritas s est attachée à la formation des animateurs locaux, des présidents, trésoriers et secrétaires des comités de gestion ainsi qu à celle des conducteurs d engins. Caritas Quelle avait été la démarche? Dès 1981, les forages avaient été considérés comme un mal nécessaire, ce qui signifie qu ils devaient être limités aux villages pour lesquels n existait aucune autre alternative. La sélection de ces villages a résulté d une concertation entre les autorités nationales et régionales, et naturellement les élus locaux. Les choses se sont déroulées progressivement et ce n est que lorsque la population eut démontré sa capacité à maintenir la pompe en fonctionnement et à l autofinancer que nous sommes allés de l avant. Dans le même temps, nous avions - 139 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires La maîtrise d ouvrage locale Aucun programme standard d équipement n est imposé par le projet : chaque comité de gestion décide lui-même de ce qui lui est nécessaire et des études hydrauliques qu il commande. Certains se sont contentés d un contre-puits, d autres ont souhaité aller beaucoup plus loin. C est le comité de gestion qui contacte les entreprises et qui exprime les besoins sur la base des recensements effectués à l échelle locale. Caritas insiste pour un renouvellement du comité de gestion tous les 3 ans. Le statut des comités de gestion Caritas a toujours considéré comme indispensable la participation maximale des bénéficiaires aux projets en cours. C est pourquoi nous avons toujours demandé une participation financière aux frais exposés par les forages ainsi qu un investissement en hommes pour tous les travaux non spécialisés : travaux de maçonnerie, logement et nourriture des ouvriers ont été bénévoles. Il a aussi été demandé à la population locale de fournir les matériaux disponibles. Un apport minimal de 750 000 francs CFA a été exigé pour chaque installation de pompe, ainsi que le paiement des bornes-fontaines et 20% du montant de l adduction, réglé par la communauté rurale. Chaque comité de gestion doit aussi s engager à ce que l eau soit payée à son juste prix, les tarifs étant définis par les villageois en fonction d un budget élaboré avec le gestionnaire de Caritas. L aspect juridique de la question n est pas le moins important et, en 1986, la promulgation d une nouvelle loi a permis d instituer tous les comités de gestion de forage en GIE. Tous les GIE ont été dotés d un statut qui implique en particulier leurs membres fondateurs, c est-à-dire tous les cotisants. Les GIE ont été incités à se doter d un règlement intérieur qui a été traduit dans la ou dans les langues locales. Chaque GIE a ouvert un compte bancaire destiné à recevoir ses provisions pour amortissement. La constitution des comités de gestion répond à un souci permanent de transparence. A chaque étape du forage, les factures successives ont été transmises au GIE. La gestion mensuelle a lieu sur la place publique et les comptes sont transmis une fois par an au ministère de l Hydraulique. Enfin, la volonté de partenariat avec l ensemble des acteurs intéressés a été constante. Quelles perspectives? Caritas a, en collaboration avec le ministère de l Hydraulique, engagé une réflexion visant à vulgariser la démarche entreprise. Dans le cadre de la régionalisation en cours, je souhaite que l on puisse faire valoir les réalisations de ce mouvement associatif villageois. J aimerais qu il soit associé à la planification, à la gestion et à la réalisation des ouvrages hydrauliques. Dans ce domaine, il n y a pas de doute : la responsabilisation de tous les acteurs favorise l émergence de réelles capacités d autogestion et d autofinancement, ainsi qu une plus grande participation de la société civile aux stratégies de développement local et régional. - 140 -

Approche institutionnelle Discussion M. Touré Alda, Sénégal Comment avez-vous calculé la somme que les utilisateurs futurs des forages devraient régler d avance? Par ailleurs, les comités de gestion de forage constitués en GIE sont-ils considérés d utilité publique? M. Bonneval Caritas Les budgets prévisionnels sont calculés selon une méthode qui s apparente à celle que Bernard Collignon a exposée ce matin. Caritas indique aux comités de gestion les frais auxquels ils s exposent en fonction de ce qu ils ont décidé en matière d indemnités, d amortissements..., et l on tient compte par ailleurs de la consommation attendue. Le prix de l eau est réactualisé après une année de fonctionnement du forage. Les mauvais payeurs se voient appliquer des pénalités qui peuvent aller jusqu à la fermeture des forages si ces derniers sont trop mal gérés. Quant au statut de GIE, il donne aux forages une sorte de carte d identité. Cela étant, Caritas a reçu du ministère de l Hydraulique l autorisation de forer, mais n a jamais demandé la concession des forages pour les paysans. Il y a donc une tolérance mais aucun accord formel. Pour Installation d une pompe Pour certains travaux, comme la pose des pompes immergées, il faut recourir à une entreprise spécialiée. ce qui est de la mission de service public, elle est réelle mais pas illimitée puisque celui qui ne cotise pas n aura pas d eau. M. Malafosse Burgeap, France Le modèle exposé est-il durable et reproductible? Quel est le rôle exact de Caritas? En un mot, si Caritas n existait pas, le système perdurerait-il? M. Bonneval Caritas Caritas est à l origine d une dynamique. Mais son objectif a toujours été que les paysans puissent un jour se passer Photo CARITAS d elle et l association souhaite qu ils parviennent à l autogestion et à l autofinancement en 1998. Nous avons été surpris du succès rencontré d emblée. En effet, alors que le principe du contrat de maintenance avait été adopté en décembre 1993, dès août 1994, 2,5 millions FCFA avaient été recueillis à ce titre, les deux tiers des versements pour les forages et les moulins ayant été effectués spontanément. Chaque comité de gestion cotise au comité de secteur pour la somme de 50 000 F CFA par an. Reste maintenant à déterminer la cotisation à la Fédération des comités de forages. Il est prévu d autoriser les branchements indivi- - 141 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires duels, jusqu à présent interdits, et de percevoir une taxe sur ces branchements pour couvrir les frais de fonctionnement de la fédération. M. Dagassan Ministère sénégalais de l Hydraulique Quel est le prix de revient du mètre cube dans une telle structure? M. Bonneval Caritas Je ne peux avancer de prix moyen, chaque comité de gestion pratiquant son propre prix, en fonction de ses coûts de fonctionnement, mais aussi de ceux du pompage de l eau, forcément variables. M. Collignon AFVP, France Une telle question appelle bien évidemment des réponses différentes, qui reflètent la structure de chaque réseau. Par exemple, pour l adduction d eau de Kounkoudian (qui fait partie des systèmes installés avec l aide de Caritas à Kaolack), le prix de revient atteint environ un franc français par mètre cube. Dans le nord du Bénin, l équilibre financier de la régie de l eau de Guéné repose sur un tarif à peu près équivalent. Ce prix recouvre la somme des charges de maintenance et des provisions pour renouveler le matériel de pompage. M. Bonneval Caritas Vous incluez dans ce prix l amortissement du forage, du génie civil et de l adduction. Pour notre part, nous demandons aux comités de gestion de n intégrer dans le prix du mètre cube que l amortissement des motopompes, des bornes-fontaines et des abreuvoirs, pas celui des châteaux-d eau, ni celui du réseau d adduction. M. Mahmoud Ministère mauritanien de l Hydraulique Si M. Collignon prend en compte le coût de fonctionnement, de maintenance et de renouvellement des équipements, le prix de revient annoncé de un franc par m3 me paraît bas. En Mauritanie, il s établirait plutôt à quatre francs. M. Gay Gret, France M. Bonneval pourrait-il préciser le rôle respectif des comités de secteur et de la Fédération des comités de forages vis-à-vis des comités de gestion? M. Bonneval Caritas Notre principal objectif en 1986 était de ne pas accroître les effectifs de l équipe du projet. Mais les besoins d appui des comités de gestion étaient immenses. Nous avons donc choisi de mettre en place des comités de secteur pour assurer l encadrement et le suivi nécessaires. Ces comités sont d abord des instances de concertation. Ils tiennent quatre à cinq réunions annuelles, où les comités de gestion échangent leurs expériences. Ils aident également ces derniers sur le terrain et s assurent qu ils s acquittent bien de leurs devoirs. Dans le cas contraire, ils sont habilités à fermer les forages. La Fédération des comités de forage a pour objectif à court terme d assurer la concertation au niveau régional. Pour la première fois, c est sous sa responsabilité que se tiendra bientôt l assemblée générale des cinquante comités de gestion (qui jusqu à présent était convoquée et financée par les soins de Caritas). Nous souhaitons que ce soit elle qui négocie directement avec l État la privatisation des forages. - 142 -

Table ronde Le rôle des différents types d intervenants Animateur : Marc Lévy

Le rôle des différents types d intervenants Table ronde Le rôle des différents types d intervenants Marc LÉVY, Gret, animateur de la table ronde Intervenants : Bernard Collignon, AFVP. Hervé Conan, Vergnet. Ahmedou Ould Mohamed Mahmoud, ministère de l Hydraulique et de l énergie de Mauritanie. Abderhamane N Diaye, animateur du projet Alizés. Raymond Pinard, Comité de jumelage Vert Saint-Denis / Keur Macène. Mamadou Deme, Tufnde-Endam. M. Lévy (Gret) Nous savons ce qu il a coûté à Galilée de prétendre contre tous ses contemporains que la terre était ronde. Il est aujourd hui une question d actualité, non moins intéressante : pourquoi les tables dites rondes ne sont-elles pas rondes et pourquoi devraient-elles l être? Tout simplement parce qu autour d une table ronde, on débat mieux. C est ce que nous allons essayer de faire autour de cette table ronde qui ne fait pas exception à la règle puisque les participants dans la salle se trouvent face aux intervenants de la tribune... Une fois cette règle du jeu précisée, un mot d introduction à notre échange. Nationalisation ou privatisation, centralisation ou décentralisation de la gestion de l eau? Tel n est pas l enjeu de notre débat qui est bien plutôt de savoir exactement qui fait quoi et qui doit faire quoi dans le contexte actuel de privatisation, de décentralisation et de déréglementation? Je donne immédiatement la parole à M. N Diaye, animateur du programme Alizés, qui représente les usagers. Pense-t-il que la société civile prendra le relais des États qui se désengagent? Quel rôle entend-elle jouer dans le nouveau contexte? M. N Diaye (Alizés) Je ne parlerai que de petits villages, les seuls dont je connaisse la situation. Le plus grand d entre eux ne compte pas plus de mille cinq cents habitants. Nous, villageois, souhaitons que l État se désengage mais en prenant auparavant les précautions nécessaires. Si nous ne voulons plus être traités comme des assistés, nous reconnaissons que des structures de transition sont indispensables. Nous voulons, avant qu il ne se désengage, que l État prenne le soin de mettre en place une structure permettant aux villages d accéder à une auto-prise en charge. M. Mahmoud (ministère mauritanien de l Hydraulique) Le désengagement devient un objectif prioritaire -de façon plus ou moins implicite -des États concernés. S il est aujourd hui un principe acquis, c est par nécessité, les ingénieurs publics ne pouvant assurer à eux seuls cette tache de maintenance alors que nombre de fonctions importantes sont déjà dévolues à l État, tels la programmation, la gestion, le suivi, ou encore le contrôle de qualité. - 145 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal En outre, selon le contexte, le secteur privé peut se montrer plus efficace car il n est pas soumis à des procédures lourdes et coûteuses. Cependant, l objectif n est pas d aller du tout État au tout privé : le désengagement doit se dérouler d une manière prudente et progressive. Dans le cas de la Mauritanie, le rôle de l État consiste toujours à assurer les services de maintenance en raison du manque de personnel qualifié. M. N Diaye (Alizés) Je rappelle à M. Mahmoud que les populations doivent faire face à des contraintes déjà fort nombreuses. Pensons par exemple à la situation des éleveurs de vaches, victimes de la sécheresse. Les cultures sont de moins en moins bonnes et les animaux, de plus en plus rares, sont vendus pour subvenir aux besoins vitaux. Comment dès lors peut-on demander aux habitants de financer la maintenance, alors qu ils doivent déjà assurer le financement des dispensaires, payer les médicaments, et bien sûr les taxes et les impôts? Au lieu de parler de désengagement étatique, j estime qu il faudrait plutôt songer à étudier une solution de remplacement d un système par un autre. M. Lévy (Gret) Vous voulez dire qu il y a souvent partage des pertes et non des bénéfices, l État déficitaire se retournant vers les populations, par une augmentation d impôts par exemple? M. Mahmoud (ministère mauritanien de l Hydraulique) Nous avons conscience que les revenus des populations rurales sont faibles et que c est pour certains un problème que de prendre en charge le coût de l eau. Ce désengagement n est pas fait de gaieté de coeur mais le réalisme l impose. Pour être certain que les populations disposent en permanence d eau potable, il faut éviter qu elles s en remettent entièrement à l État qui, faute d argent, peut être amené à se retirer au bout de deux ou trois ans, avec pour résultat une absence totale d eau. On l a souligné à plusieurs reprises, la diversité des régions reflète la diversité des revenus et donc celle des capacités de financement, mais les populations doivent supporter le coût de l eau au moins pour partie, la part de l État étant variable selon le contexte. A mon sens, tout ce qui relève de l entretien et de la maintenance devrait être pris en charge par les collectivités bénéficiaires, tandis que les États doivent continuer à réhabiliter les forages arrivant en fin de vie ainsi que les équipements d eau tels que les châteaux d eau ou les canalisations principales. M. Lévy (Gret) Nous avons évoqué le problème de la maintenance. Ce contexte de désengagement modifie-t-il le rôle des sociétés privées? M. Conan (Vergnet) J interviens depuis six ans dans le domaine de l hydraulique villageoise, et j ai régulièrement rencontré cette notion de désengagement de l État. Cependant, je ne crois pas que ce désengagement change beaucoup de choses en ce qui concerne les opérations de maintenance sur les pompes, qui ne sont en fait que rarement effectuées par les services concernés. Quoi qu il en soit, la prise en charge des réalisations hydrauliques structure les collectivités villageoises, et le rôle d un fournisseur n est pas de supplanter les équipes antérieures de l administration. Certaines vérités s imposent désormais comme des évidences : l eau n est pas gratuite, une pompe doit s entretenir, et cela a un coût. La décentralisation de la gestion des points d eau implique la mise en place d un système de maintenance dont le coût puisse être pris en charge par les villageois. Les interventions ne pouvant être le fait de personnes équipées de véhicules lourds venant de la capitale, en raison du prix du transport, il faut trouver un système de maintenance proche des villageois. C est le rôle du fournisseur que de mettre à disposition les pièces détachées nécessaires, à un prix acceptable, tout en rendant - 146 -

Le rôle des différents types d intervenants cette activité rentable et attractive. D où la mise en place d un système de revendeurs régionaux pour qui il s agit là d une activité, et d une source de revenus, complémentaires. La structure choisie est la suivante : un représentant national dessert des magasins qui procurent aux artisans réparateurs des mallettes de pièces détachées en dépôt-vente, ce qui suppose un climat de confiance avec le revendeur. La gestion de ces réseaux est délicate en raison de la difficulté à assurer une continuité de service ; il faut en effet trouver un revendeur capable de gérer efficacement les stocks, ce qui rare. Pour conclure, le rôle du fournisseur est donc d assurer un service après-vente minimum, c est-àdire que les pièces détachées soient accessibles, mais aussi de s impliquer dans une relation avec les artisans réparateurs par le biais d une formation technique, la fourniture de ces mallettes de pièces détachées permettant de maintenir le contact et d assurer la logistique de la maintenance, en appui du développement local autour des points d eau. L évolution intervenue au fil des ans, considérée avec un peu de recul, permet de se rendre compte des progrès accomplis : on est sur la bonne voie, celle de la maintenance des équipements par les villageois eux-mêmes. M. Lévy (Gret) Les associations de migrants dans la région du fleuve Sénégal interviennent depuis longtemps dans le domaine de l hydraulique. Est-ce que le désengagement de l Etat a modifié la répartition des financements que ces associations assurent? M. Deme (Tufnde-Endam) Je suis convaincu qui si une certaine paix sociale règne dans différents pays d Afrique, c est grâce au concours financier des migrants, qui participent par exemple pour 41 % au PIB du Sénégal. Si le gouvernement sénégalais a accepté les contraintes draconiennes qui lui étaient imposées par le FMI et par la Banque mondiale, c est qu il savait pouvoir trouver auprès de ces associations un relais financier important qui contrebalancerait les effets néfastes de ces mesures. Le gouvernement sénégalais a d ailleurs entrepris un vaste effort de responsabilisation des Sénégalais émigrés et il les pousse à financer des investissements d équipement. Il faut bien savoir que les associations de migrants finançaient largement ces investissements sans que les autorités publiques consentent à le reconnaître : elles auraient dû admettre que des associations de droit privé se substituaient, par force, à un État qui n assumait pas entièrement son rôle. L État sénégalais trouve dans les associations de migrants des partenaires pour ses projets en matière d hydraulique comme pour ses autres projets. M. Lévy (Gret) Les associations de migrants font-elles une distinction nouvelle dans leurs financements depuis que l Etat s est désengagé? Préfèrent-elles financer l équipement ou le fonctionnement? M. Deme (Tufnde-Endam) Il n y a pas de règle fixe mais une adaptation au cas par cas. D une manière générale, il est certain que l État trouverait dans les associations villageoises et dans les associations de migrants des partenaires dotés d une bonne volonté beaucoup plus affirmée s il accompagnait son désengagement d un transfert des capacités de décision. M. Dagassan (ministère sénégalais de l Hydraulique) Je tiens à souligner qu au Sénégal au moins, tous les fournisseurs se sont engagés, sous réserve d être payés, à assurer la maintenance des pompes à moteur. M. Diara (Réseau des associations pour le développement du bassin du fleuve Sénégal) On se doit de constater que l intervention de l État est très souvent limitée aux milieux urbains et que le milieu rural est négligé. Dans ces zones, ne - 147 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal sont menés à bien que des programmes internationaux élaborés à Genève ou à New York et qui sont loin de toujours coller à la réalité. S il existe des puits modernes et des forages dans le bassin du fleuve Sénégal, c est, dans la plupart des cas, grâce à l intervention des associations de migrants. Continueront-elles à financer de tels projets? Oui, en quelque sorte malgré elles. Préfèrentelles payer l eau ou les équipements? Si le choix leur était donné, elles préféreraient sans aucun doute financer l installation d une pompe dont la durée de vie est d une dizaine d années. Mais, dans les faits, elles financent indirectement, aussi, la consommation d eau de par leur contribution fiscale. Il faut savoir aussi que les migrants qui cotisent aux associations étaient pour la plupart d entre eux des smicards qui gagnent à présent moins que le SMIC, quand ils ne sont pas chômeurs. Confrontés désormais à des problèmes financiers équivalents à ceux de l État qui se désengage, ils aimeraient que celui-ci assume maintenant une partie au moins de ce qu il n assumait pas jusqu à présent. M. Deme (Tufnde-Endam) Les possibilités de partenariat entre l État et les associations de migrants sont importantes, mais il faut que l État planifie les étapes de son désengagement et qu il fixe des règles. Cependant, des difficultés subsistent qui ont trait, notamment, aux recours en cas de conflit. Quel sera, par exemple, l instance d arbitrage entre l État et les associations villageoises gestionnaires des forages? Une clarification juridique est nécessaire. Selon le droit sénégalais, les ressources naturelles appartiennent à l État, qui les gère au nom de la collectivité nationale. Mais si l État délègue son pouvoir de gestion, où s arrête sa responsabilité et où commence celle du concessionnaire? M. Dagassan (ministère sénégalais de l Hydraulique) Je tiens à rappeler que les programmes FED 6 et FED 7 représentent un ensemble de plus de cinquante points d eau dans la seule région du fleuve. Par ailleurs, quarante-deux centres vont être réceptionnés en janvier 1995 dans le cadre du budget BOAD financé par la communauté internationale. C est bien entendu l État sénégalais qui est à l origine de ce programme et qui a recherché et trouvé les financements nécessaires! M. Keita (ministère malien de l Hydraulique) M. Diara a déploré que les États n interviennent pas en milieu rural. Cela est faux, en tout cas au Mali, où 85 % des 14 000 forages actuellement réalisés le sont en dehors des centres urbains. Ces derniers ont été jusqu à présent les grands absents des programmes d approvisionnement en eau potable, n en bénéficiant que de manière sporadique. Une politique hydraulique globale en leur faveur est d ailleurs en cours d élaboration. En outre, je réfute absolument que l État malien se soit totalement désengagé dans le domaine de l eau. C est bien toujours lui qui procède à la recherche des financements, conduit les enquêtes préliminaires et monte les projets en matière hydraulique, avant de les soumettre aux bailleurs de fonds. M. Kebe (Arakef, GRDR) Les besoins dans les trois pays du bassin du fleuve Sénégal sont immenses, tant en matière d éducation que de santé ou d hydraulique. Les carences sont patentes. Il est vrai qu aujourd hui les associations de migrants sont les principaux bailleurs de fonds dans cette zone. Mais elles savent qu elles ne pourront poursuivre leur action à l avenir, sans l aide des États. Elles ont investi des sommes importantes pour améliorer les conditions de vie de leurs familles restées au pays. Malheureusement, les ressources provenant de l émigration sont appelées à se tarir, les pays d accueil ayant stoppé le flux d immigration : ainsi dans le cas de la France la population immigrée ne se renouvelle plus. En outre, elle est fortement touchée par le chômage, si bien que ses revenus s en trouvent notablement amoindris. Il est donc évident que, même si leurs ressources sont faibles, les États ne peuvent se désengager totalement. - 148 -

Le rôle des différents types d intervenants M. Arnou (Cinam) Au cours de la réalisation d un programme d adduction d eau potable dans six centres semiurbains au Mali, financé par la KFW, nous avons été confrontés à la difficulté de constituer le fonds de garantie qu exigeaient les futures entreprises de maintenance pour s assurer qu elles seraient réglées. Tous les centres ne disposaient pas des moyens nécessaires. Après concertation avec les commandants de cercles, les gouverneurs, les comités de développement et les instances politiques, nous avons réussi à obtenir qu une certaine partie de la taxe de développement régionale et locale soit versée à l association d usagers, qui a ainsi pu doter ce fonds de garantie d une somme placée sur un compte ouvert à son nom. Ce sont les comités de cercle qui ont voté ce provisionnement et son affectation. Voilà un exemple de financement d un projet hydraulique par le biais de l impôt. Peut-être pourrait-il inspirer d autres pays qui pourraient suivre cette voie? M. N Diaye (projet Alizés, Mauritanie ) Au sud de la Mauritanie, les villageois sont habitués à traverser le fleuve pour aller se faire soigner, s approvisionner en denrées de première nécessité ou bien encore téléphoner, au Sénégal. Ils ont longtemps nourri l espoir d atteindre le niveau de vie de la population sénégalaise qui, même s il est faible, est néanmoins supérieur au leur. Voilà pourquoi ils ne peuvent pas comprendre aujourd hui que l État se désengage des actions qu ils avaient si ardemment souhaitées. Quant à nous, migrants, ne sommes-nous pas des otages dans nos pays d accueil? Si les États, au lieu de se dessaisir de leurs responsabilités renforçaient au contraire leur action dans les domaines précités, nous pourrions espérer rentrer au pays. En revanche, s ils abandonnent leurs missions, nous sommes condamnés à rester à l étranger pour faire vivre nos villages d origine. M. Keita (ministère malien de l Hydraulique) Il est clair que l approvisionnement en eau potable est une mission qui relève des États. Nul d ailleurs ne le remet en question. Nous envisageons seulement qu ils se dessaisissent de certaines fonctions, en particulier de la gestion et de l exploitation du service de l eau. Ils conserveraient toutes leurs prérogatives en matière de recherche des financements et de montage des projets. Un désengagement partiel aurait d ailleurs certains avantages, notamment celui de promouvoir le secteur privé et d y créer des emplois qualifiés. Je souligne enfin que les associations de migrants ont nécessairement une vision régionale du problème de l eau alors que les États sont garants de l équité de traitement entre toutes les régions de leur pays. Au Mali par exemple, la région de Kayes est beaucoup plus favorisée que celle de Gao ou Tombouctou. Il appartient à l État de réduire les disparités qui en résultent. M. Lévy (Gret) Comme je l avais dit en introduction, notre débat n est pas de savoir si les États doivent se désengager totalement ou non, mais bien plutôt de savoir quelles missions, dans le contexte actuel de désengagement des pouvoirs publics, ils peuvent laisser à d autres sans dommage. M. N Diaye (projet Alizés) Dans mon village, les femmes vont chercher l eau à douze kilomètres! Je ne conteste pas l action des associations de migrants. Je reproche simplement à ces dernières de n agir que dans leur secteur, alors qu il serait bon qu elles mènent à bien des réalisations partout où il en est besoin et élaborent des projets de développement plus globaux. Un mot sur le récent Code de l eau adopté en Mauritanie. Je me félicite de ce texte qui devrait permettre de régler les litiges fréquemment rencontrés lors du creusement de puits ou l installation de pompes et d empêcher l implantation anarchique - 149 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal des équipements. Il est fréquent que certains s y opposent, arguant que la terre de leurs ancêtres ne peut être creusée à l endroit de l implantation choisie. M. Mahmoud (ministère mauritanien de l Hydraulique) Je pense que la polémique n a pas lieu d être entre États et associations de migrants. Chacun sait que ces dernières apportent des financements complémentaires indispensables et les États apprécient à sa juste valeur leur travail. N étant pas un politique, je ne puis répondre vraiment sur ce point. J apporterais seulement, en tant que conseiller technique au ministère de l Hydraulique mauritanien, quelques compléments d information. En effet, si notre débat a pris cette tournure, opposant action des États et action des associations de migrants, peut-être est-ce parce que les migrants mauritaniens que nous avons entendus parlent d abord au nom des habitants de la vallée, grande région d émigration vers la France, mais qui ne regroupe que 10 % de la population du pays. C est notamment ce qui biaise leur appréciation sur le vieillissement de la population émigrée. L émigration est également forte vers les pays arabes, notamment dans le Golfe, et même vers les autres pays d Afrique. Enfin, il existe de nombreuses régions mauritaniennes où l émigration est quasiment inexistante et où des ouvrages sont quand même réalisés par l État. Il a été mené à terme au Sénégal un projet qui a permis l exploitation de cent points d eau, ONG et collectivités travaillant avec des équipements financés par les pouvoirs publics. Mon rôle n est pas de vanter la politique de l État, mais il est des informations que l on ne peut ignorer. En outre, si la plupart des régions de Mauritanie sont encore sous-équipées en électricité et en lignes téléphoniques, il existe d importants projets de développement concernant notamment les grandes villes. Concernant le Code de l eau, bien que sa gestion puisse être concédée à des collectivités, la ressource doit continuer à être gérée par l État, qui peut interdire le pompage au-delà d un certain débit. L eau est une ressource publique, et les litiges éventuels entre les collectivités ou le secteur privé et l administration peuvent être réglés soit par un arbitrage spécifique, soit devant les tribunaux. Pour en venir aux fournisseurs, on constate trop souvent l absence de service après-vente faute de personnel compétent, ainsi qu en raison de la multiplication des marques de pompe. Il faut le souligner, les bailleurs de fonds imposent presque toujours les marques des matériels, allant à l encontre des politiques de standardisation qui permettraient une maintenance moins coûteuse. M. Conan (Vergnet) Les règles de la Caisse française de développement imposent certes que le matériel soit d origine française ou européenne, mais elles prévoient qu il puisse être d origine locale. Il est vrai que certains bailleurs de fonds imposent un type de pompe, mais la volonté de standardisation exprimée par les États est de plus en plus prise en compte, et la Banque mondiale mène une politique dans ce sens. A l heure actuelle, on compte en général trois ou quatre types de pompe en Afrique, et l on peut citer l exemple de la Guinée qui a réussi à imposer aux bailleurs le financement de deux types de pompe seulement, peut être grâce à une volonté politique plus forte que les autres. M. Malafosse (Burgeap) L expérience de la société Vergnet est surtout fondée sur les pompes à motricité humaine. Or, le débat porte en fait sur la gestion des forages motorisés, ce qui représente un problème beaucoup plus aigu en terme de standardisation. On est ainsi en présence de plus de cinquante types de pompe au Sénégal. M. Cruse (ministère français de l Environnement) Mon expérience au ministère de l Environnement et à la Caisse française de développement rejoint ce qu a exposé M. Conan. Il faut faire valoir auprès des bailleurs de fonds ce problème - 150 -

Le rôle des différents types d intervenants de la multiplication des matériels, et savoir être ferme dans les commissions mixtes. Dans une perspective de long terme, les pouvoirs publics des pays concernés doivent avoir le courage de refuser les projets qui ne favorisent pas la standardisation. Il est à noter à ce propos que certains des projets financés par la Caisse française de développement portent d ailleurs sur des matériels non français, afin de répondre aux problèmes d approvisionnement en pièces détachées. M. Dagassan (ministère sénégalais de l Hydraulique) Chaque pays a le droit de limiter à trois les marques de pompe à conseiller en cas d appel d offres sur les marchés internationaux. Un choix est donc possible, y compris celui de refuser. M. Diarra (Réseau des associations pour le développement de la vallée du fleuve Sénégal) Je tiens à revenir à la question des immigrés, pour souligner qu il y a d autres positions que celle qui a été exposée ici. Je pense qu il faudrait explorer les possibilités de coopération inter-étatique, se demander comment aider les immigrés, et les intégrer dans les programmes globaux. Il pourrait être profitable par exemple que l État se charge de l installation, c est-à-dire que les services hydrauliques, qui disposent des compétences nécessaires, nous aident lorsque l on finance un forage ou une pompe. M. Deme (Tufnde-Endam) A mon sens, l enjeu du débat sur l immigration est le suivant : l immigration vers l Europe n est pas comparable avec celle que connaît l Afrique, la principale différence résidant dans la disparité des pouvoirs d achat. Au Sénégal par exemple, l État n assume plus son rôle de source de financement, l essentiel des ressources financières provenant principalement de France et d Europe. Or, cette population immigrée a tendance à vieillir. Par ailleurs, les politiques européennes visent de plus en plus à limiter la venue des immigrés mais aussi à couper le cordon entre les deuxièmes générations nées dans les pays d accueil et celles restées en Afrique. Cette politique aura pour résultat de tarir les transferts de fonds. Et, quand les ponts seront coupés entre les deux parties, qui assumera ce rôle à la fois vis-à-vis de l État et en direction des villages? M. Lévy (Gret) Nous avons parlé de la redistribution des rôles des associations de migrants et de l État ; quelles en sont les modalités et les conséquences pour les ONG d appui du Nord? M. Collignon (AFVP) Il est révélateur que peu d ONG figurent dans les schémas institutionnels que nous avons étudiés aujourd hui. Caritas est ainsi à la marge du schéma que nous a présenté M.Bonneval, ce qui procède d un positionnement institutionnel plus clair que ce qui se faisait auparavant. Il y a une dizaine d années, les ONG se substituaient aux bailleurs de fonds, aux collectivités locales, ou encore aux maîtres d oeuvre locaux. Le problème de standardisation des pompes en donne une illustration : les ONG ont longtemps cherché le modèle de pompe idéale, mais toutes celles qu elles ont révélées se sont avérées déficientes ou mal adaptées à la dynamique locale. Ce manque d efficacité provient de ce qu elles jouaient un rôle qui n était pas le leur, en remplaçant l État ou les entreprises privées, sans prendre en compte les artisans locaux. C est de moins en moins le cas aujourd hui, les ONG assumant une fonction de ferment et d intermédiation, en facilitant l émergence d un contrat ou en permettant une concertation entre des acteurs institutionnellement éloignés. On pourrait donc en arriver à la situation dans laquelle les ONG des pays du Nord n auraient plus que de très rares fonctions dans les pays du Sud : elles recentreraient alors leur action sur l information, dans leur pays d origine, concernant la situation dans les pays du Sud. - 151 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal M. Lévy (Gret) J invite M. Pinard à nous expliquer le rôle que peut jouer une collectivité locale française qui souhaiterait se faire bailleur de fonds. M. Pinard (jumelage Vert Saint-Denis / Keur Macène) Tout comité de jumelage a un rôle d intermédiation. L esprit qui préside à la constitution d un comité de jumelage est un esprit d amitié, une recherche de connaissance mutuelle et, quand l un des partenaires est plus pauvre que l autre, de coopération. L aide ne passe pas obligatoirement par un apport d argent ou de matériel, elle peut consister à mettre en relation des intervenants capables de mener à bien des projets indispensables. S il apparaît que ni l État ni les ONG présentes sur le terrain n ont prévu quoi que se soit alors qu il existe un besoin particulièrement criant, la collectivité locale française jumelée interviendra. Il faut, auparavant, que la collectivité partenaire ait exprimé un besoin spécifique et que celui-ci ait été évalué. Ainsi, la commune de Keur Macène considérait avoir impérativement besoin d un camion-citerne. Nous lui avons fait observer que le problème de fond ne serait pas résolu, puisque l on ne saurait pas davantage où trouver de l eau potable. Aussi avons-nous conçu un système de traitement de l eau. Ensuite, nous avons réuni un tour de table regroupant ministères français et sénégalais et différentes ONG afin de mener le projet à son terme. Notre mission n était pas achevée pour autant et nous discutons maintenant avec les acteurs locaux de la gestion de l eau. Pour nous, municipalité française, l interlocuteur principal est la commune mauritanienne, jeune entité qui doit acquérir une autorité dont les coutumes locales ne l ont pas dotée. Il n est pas question pour nous de prendre parti : nous jouons le rôle de l ami venu de l extérieur qui se limite à mettre en garde lorsqu il le faut et qui relance la discussion sans jamais jouer le rôle d arbitre. Tel est le sens du jumelage. M. Argoulon (CCFD) A mon avis, la question cruciale est celle des fonds d amortissement. Je rappelle à toutes fins utiles qu il faut parvenir à un intérêt annuel de 7 % et non de 12,5 % sur huit ans pour reconstituer l investissement initial. Cela dit, les infrastructures d adduction d eau ne pourraient-elles pas faire l objet d un fonds d État doté de 10 % de l investissement initial chaque année? Comment ne pas voir qu un comité de gestion ne peut gérer à lui seul son fonds d amortissement? Plusieurs d entre eux doivent se grouper et prendre contact avec une banque sérieuse pour obtenir des intérêts suffisants à la reconstitution des investissements : c est impératif. M. Lévy (Gret) Le désengagement des États a-t-il été à l origine d un changement de relation entre eux et les banques de développement? M. Argoulon (CCFD) Dans le cadre de ma fonction de conseiller à la CCFD, je suis parvenu à faire admettre que pour chaque somme donnée il fallait exiger la constitution d un compte d amortissement et contrôler que les sommes nécessaires y étaient dûment versées. Ce n est prendre personne à la gorge que d imposer de telles procédures : les particuliers eux-mêmes agissent de cette manière, et c est une sage précaution pour l avenir. Alors que les fonds de retraite américains spéculent sur les matières premières, pourquoi les fonds d adduction d eau du Sahel devraient-ils, eux, prendre des risques? M. Wong (HSF) L association technique pour le développement qu est Hydraulique sans frontière étudie actuellement la réalisation d un barrage en Mauritanie. Pour l heure, les engagements de financement sont de 25 % pour l État et de 15 % par les associa- - 152 -

Le rôle des différents types d intervenants tions de migrants : cela contredit ce qui a été avancé à différentes reprises sur le désengagement de l État. Par ailleurs, notre association, elle aussi, s efforce de se rendre inutile... Enfin, certaines des informations qui ont été données sont très préoccupantes et je crains que l on ne tue la poule aux oeufs d or en multipliant les forages dans une nappe phréatique dont nul ne semble se préoccuper de savoir comment la réalimenter. M. Pinard (jumelage Vert Saint-Denis / Keur Macène) Pour ce qui est des amortissements, je suis convaincu que le problème serait résolu si les communes mauritaniennes avaient un budget, des ressources garanties et si l utilisation des fonds était contrôlée. La difficulté principale vient de ce que la commune mauritanienne est une institution trop faible pour jouer son rôle de gestionnaire. Faut-il rappeler qu en France, les communes n ont pas de fonds d amortissement? Le fonds d amortissement est une précaution indispensable si l on ne doit gérer qu un seul équipement, par exemple un point d eau. Mais que penser des ONG qui placent leur argent dans des SICAV françaises tout en continuant à lever des fonds? Les États du tiersmonde devraient, à mon avis, accepter de transférer une partie de leurs ressources aux collectivités locales. Ainsi les dotations aux amortissements devraient-elles, au lieu de rester une épargne dormante, profiter aux communes. M. Lévy (Gret) Nous arrivons au terme de notre débat : que cette table ronde n ait pas été ronde nous aura sans doute évité de tourner en rond... S il était une seule chose à retenir de notre échange, ce serait le besoin impérieux d une plus étroite collaboration entre tous les partenaires intéressés à la gestion du service de l eau. S il en est qui trouvent un intérêt à cesser leur collaboration ou n ont pas intérêt à ce que s institue un réel partenariat, qu ils partent sur la pointe des pieds! M. Allély (ps-eau) Je remercie vivement tous les participants, en particulier ceux venus d assez loin, de leur contribution à nos échanges, qui ont été particulièrement riches et fructueux. M. Keita (ministère malien de l Hydraulique) Nul ne conteste que l action des associations de migrants, des ONG et des villes jumelées complète fort utilement celle des États en matière d approvisionnement en eau potable. Mais une plus étroite coopération serait nécessaire entre tous les partenaires. Il conviendrait également d assouplir les conditions générales de financement des opérations, de favoriser la promotion des entreprises privées du secteur de l eau, mais aussi de donner les moyens à nos bureaux d études locaux de participer à une réunion comme celle-ci... - 153 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal Liste des participants au séminaire Réseaux Cités Unies France Mme B. NACK Les Jolivets 36200 Le Pêchereau (France) Programme Solidarité Eau M. D. Allély, M. P.M. Grondin 213 rue La Fayette 75010 Paris (France) Réseau des associations pour le développement de la vallée du fleuve Sénégal M. H. Diarra 3-9, rue Marc Seguin 75018 Paris (France) Pouvoirs publics et bailleurs de fonds Ministère malien des Mines, de l industrie et de l hydraulique Direction nationale de l hydraulique et de l énergie M. H. Keita, directeur national adjoint. BP 66 Bamako (Mali) Ambassade de Mauritanie en France M. BA 89, rue du Cherche-Midi 75006 Paris (France) Ministère sénégalais de l Hydraulique Direction de l exploitation et de la maintenance M. E. Dagassan, conseiller du directeur BP 2041 Dakar (Sénégal) Ministère français de la Coopération 1 bis, avenue de Villars 75007 Paris (France) M. Icard, bureau de la gestion des ressources naturelles et de l environnement (DEV/E) 20, rue Monsieur 75007 Paris (France) Mme C. Etaix, bureau des collectivités locales et du développement urbain (DEV/I) M. J. BIAU, bureau de la vie associative (DEV/I) Ministère français de l Environnement 20, avenue de Ségur 75007 Paris (France) M. Cruse, bureau du développement durable et des conventions internationales (DGAD/SAI) M. Dargnies, bureau du partenariat associatif (DGAD/SDDS) Ministère mauritanien de l Hydraulique et de l énergie M. Mahmoud, conseiller technique, chargé de l hydraulique au cabinet du ministre BP 4913, av. Gamal Abdel Nasser Nouakchott (Mauritanie) Caisse française de développement 5, cité du Retiro75008 Paris (France) M. Deniau, responsable division infrastructures et industries M. Clavel, chargé de l environnement - 155 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal Unicef France, Comité de Paris pour l Unicef Mme Epstein 7, rue Saint- Lazare 75009 Paris (France) San Evry Place de l Agora BP 62 M. Ledret 91000 Evry cédex (France) Collectivités locales et territoriales Comité de jumelage Cesson - Bababé M. Gauchais, M. Gérault 9, square Prospérité 77240 Cesson (France) Comité de jumelage Chilly Mazarin - Diéma Mme Soudrie Hôtel de ville 91380 Chilly Mazarin (France) Fédération des pays de Rhône-Alpes M. Causse 100, quai de la Rize 73000 Chambéry (France) Jumelage avec Diarranguel M. DIA 35, av. Leclerc 69007 Lyon (France) Les Amis du jumelage Marolles - Lakamané Mme D. Puichaffret 34 bis, rue de l Eglise 91630 Marolles en Hurepoix (France) Comité de jumelage Vert-Saint-Denis / Keur Macene M. Pinard 6, allée des Fauvettes, Vert St Denis 77240 Cesson (France) Organisations non gouvernementales AFFDU M. Delavault 4, rue de Chevreuse 75006 Paris (France) AFVP (Association française des volontaires du progrès) BP 207 Linas 91311 Monthléry cédex (France) M. B. Collignon, M. Valfrey AFVP Sénégal -ISF - BP 1010 Dakar - Sénégal M. Chesneau 11, rue Simonet 75013 Paris (France) Caritas M. Bonneval BP 482 Kaolack (Sénégal) Malliance M. Duhamel Moulin du Grillon 91410 Dourdan (France) CCFD M. Argoulon 4, rue Jean Lantier 75001 Paris (France) OMCI de Commercy M. Jannot Mairie de Commercy 55200 Commercy (France) Cerads M. Moulinier 2, place du carrousel 92160 Antony (France) - 156 -

Liste des participants Cimade Mme Salabéry, M. Laurenson 176, rue de Grenelle 75007 Paris (France) Cinam M. Arnou 63, rue du Caducée 34090 Montpellier (France) Croire M. Diakité 164, rue Saussure bât 9-75017 Paris (France) M. Tite 36 rue des Landes - 33230 Coutras (France) ISF Toulouse, Melle Bries, M. Vasseur ENSAE, 10 av. Ed. Belin 31055 Toulouse ISF Orléans, M. Duboisset ESEM, rue Leonard de Vinci BP 6747 45067 Orléans cédex ISF Paris IV M. Garin, M. Lafont, Melle Lecarpentier ENSTA, 32 Bd. Victor, 75015 PARIS Programme Alizés - Gret M. N Diaye BP. 5261 Nouakchott (Mauritanie) Ecti M. Aberlen 3, rue Logel Bach 75017 Paris (France) SOS - Sahel International France Mme Delubac 94, rue Saint-Lazare F 75442 Paris cédex 09 Genève Ties-Monde M. Mackinnon 53, rue Carouge CH 1205 Genève Une goutte d eau pour l Afrique M. Menager La Courbelle 63570 Brassac-les-mines (France) GRDR P. Beaujault, J. Dohen, H. Farsi, H. Kebe, G. Pierson, B. Poitevin, T. Vallée 20, rue Voltaire 93100 Montreuil (France) Professionnels de l eau Gret B. Gay, C. Hennart, M. Levy 213, rue La Fayette 75010 Paris (France) Hydraulique sans frontières M. et Mme Wong 20, route du Sécheron 73000 Jacob-Chambéry Ingénieurs sans frontières M.Taisne, M. Valfrey 1, place Valhubert 75013 Paris (France) ISF Poitiers, M. Ang, M. Lesbron ENSMA, BP 109-86960 Futuroscope cédex ANTEA, groupe BRGM M. Gageonnet BP 6119-45100 Orléans cédex 02 (France) BURGEAP M. A. Malafosse, M. Vailleux 70, rue Mademoiselle 75015 Paris (France) CERGRENE M. Morel, M. L Huissier, M. Verdeil La Courtine BP 105 93167 Noisy-le-Grand cédex (France) ENGREF M. Litrico 21, bd Louis Blanc 34000 Montpellier (France) - 157 -

Programme Solidarité-Eau, bassin du fleuve Sénégal Séminaire sur la gestion du service de l eau dans les centres secondaires du fleuve Sénégal SAGEP M. Nicolau 9, rue Schoelcher 75014 Paris (France) Syndicat des Eaux d Ile de France M. Cavard 185, rue de Bercy 75012 Paris (France) Vergnet SA M. Conan 6, rue Henri Dunant 45140 Ingre (France) Associations d émigrés Alda-Agnam M. Ba, M. Touré 122, rue Falguière - 75015 Paris Arbre M. Salle ARMDVF - Diéma Ville M. Sidibe 23, rue du Retrait 75020 Paris (France) Association pour le développement d Ouro Sogui M. DIA 3, square de Verdun 75010 Paris (France) Association villageoise de Danthiady Mme Attalah 30 place de l étang 77176 Nancy cédex 581 (France) Association de Diarranguel M. Abderhamane Résidence du maréchal Leclerc, Apt E41 76300 St Pierre-de-Boeuf (France) Association de Faleya M. Coulibaly, M. Kamissoko 73, Etienne Dolet 94230 Cachan (France) Association franco-malienne d Oussoubidiagna M. Dembele, M. Diarra 7, rue du Moutier 93130 Noisy-le-Sec (France) Association des jeunes de Waly en France M. N Diaye 69, bd Poniatowski 75012 Paris (France) Association de Sinthiou Garba M. N Diaye 9, place Albert Camus 95210 Saint Gratien (France) Association de Thiarene M. Cisse 29, chemin de l Arabesque 95800 Cergy Saint-Christophe (France) CRTA M. Sidio s/c Ould Bamsa, 1 allée Edgard Degra Marly-le-Roi GIE Barobe M. Aro 216 bis, rue Saint-Denis 75002 Paris (France) Guidimaka Xéry Kofo M. Diabira 43, rue Pinel -93200 Saint-Denis (France) Thilogne Association développement M. Bocoum, M. M Bodji 13, allée de Liothain 54320 Maxeville Tufnde-Edam M. Deme BP 37 78995 Elancourt cédex Association de Doumga Rindiaw M. Dia, M. Diop 1, rue Pal Doloy, HLM porte C 02700 Quissy centre (France) - 158 -

Les outils de communication du ps-eau Le ps-eau édite et diffuse des documents d information et de conseils techniques réalisés par des spécialistes ou par les groupes de travail du programme. Sont actuellement disponibles : Des cahiers techniques L eau potable et la santé. Annuaire des professionnels de l eau en Afrique de l Ouest. Bassin fleuve Sénégal : actions non gouvernementales et jumelages. Pratiques d approvisionnement en eau dans le municipe de Pintade au Brésil. Les périmètres irrigués dans la vallée du fleuve Sénégal. L énergie solaire photovoltaïque. Eléments de réflexion pour une démarche de développement. Des ouvrages d information Solidarité Eau, les élus et la coopération décentralisée. Juillet 1992,70 FF. Etude de faisabilité de mécanismes européens pour le développement de la coopération décentralisée dans le domaine de l eau. Décembre 1993. L eau et la santé dans les quartiers urbains défavorisés. Mai 1994, 70 FF. La gestion du service de l eau dans les centres secondaires. Mai 1995. 90 FF. Des cassettes vidéo (en prêt) 70 cassettes de formation et d information : Les gardien de l eau. Profession puisatiers... Une vidéo de présentation du programme et de sensibilisation à la coopération internationale décentralisée sur le thème de l eau est également disponible. Une exposition itinérante Le ps-eau a réalisé, en collaboration avec la Cité des Sciences et de l Industrie de la Villette et le CRITT-Verseau, une exposition itinérante sur l eau et le développement. Sa présentation sur 32 m 2 comprend 15 panneaux présentant l implication de collectivités locales, d associations et de professionnels de l eau dans les actions de coopération avec les pays en développement. Une lettre d information Le ps-eau édite une lettre trimestrielle d information sur les activités de ses partenaires. Tous les documents produits par le ps-eau sont disponibles sur simple demande.