Module 2 Miser sur la relation maître-élève Les éléments essentiels pour une gestion de classe efficace Partir du bon pied Miser sur la relation maître-élève Établir des règles et des attentes claires Utiliser les stratégies verbales et non verbales Gérer l environnement Renforcer les comportements appropriés Appliquer des conséquences éducatives Gérer ses émotions Soutenir la collaboration écolefamille Cible 1 Éléments clés Objectifs Objectif général Les éléments essentiels pour une gestion de classe efficace L importance de la relation maître-élève Comment établir une relation significative avec les élèves Comprendre l importance de la relation maître-élève au sein d une dynamique de groupe. Objectifs intermédiaires 1. Développer et maintenir une relation significative et un milieu de vie sécurisant. 2. Favoriser le développement d une relation positive entre les membres du groupe. 3. Maintenir un climat favorable tout au long de l année au sein du groupe. L importance de la relation significative Les recherches ont démontré toute l importance qu il convient d accorder au développement d une relation significative avec les élèves de sa classe. Dans les classes où les enseignants créent des liens significatifs avec leurs élèves, on observe un rendement scolaire plus élevé, une meilleure régulation des émotions de la part des élèves, un désir plus grand de relever des défis et moins de problèmes de comportement (Bergin et Bergin, 2009). Les élèves rapportent aussi y être plus heureux.
Créer une relation significative avec les élèves, c est leur donner des repères et les guider. C est soutenir tous les élèves de la classe, incluant ceux qui se retrouvent démunis et vulnérables, par rapport aux difficultés qu ils rencontrent. Plusieurs auteurs (Lecompte, 2006; Marsollier, 2004; Neufeld, 2006) nous aident à comprendre pourquoi la relation pédagogique est si importante et quelles sont les habiletés nécessaires à l accompagnement des élèves. Ces auteurs soutiennent l importance du développement d une communauté éducative sécurisante à l école. De façon plus spécifique, pour les élèves en difficulté, Lecompte (2006) invite les intervenants à devenir des tuteurs de résilience. Il propose un modèle, Le triangle fondateur de la résilience (voir la figure 2.1), pour favoriser l émergence des forces de l élève. Selon lui, c est en tissant des liens significatifs et en ayant des repères (lois/règles) soit un cadre structurant, que les élèves donnent un sens et une orientation à leur investissement en classe. Le modèle insiste tout autant sur la relation maître-élève que sur l importance des limites et d un cadre sécurisant à mettre en place. Les deux éléments sont complémentaires et nécessaires. Lien (Généré par l adulte) La relation significative Loi (Établie par l adulte) Un cadre structurant Sens (Créée par le jeune; réoriente l énergie vers d autres buts) Mouvement-Changement Figure 2.1 Le triangle fondateur de la résilience chez les jeunes (Lecompte, 2006) 2 Service régional de soutien et d expertise, régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec
La façon d accompagner un élève a une influence directe sur la relation maître-élève. L enseignant, par son attitude, peut adopter une posture de «celui qui sait» devant «ceux qui ignorent» ou, au contraire, se considérer comme une personne ressource et adopter une posture spécifique à l accompagnement, soit d être physiquement et humainement là, d être présent. Le développement d une relation significative se crée par de simples gestes au quotidien. Voici quelques exemples : Avoir des attitudes favorables : le regard, le ton de voix, la proximité physique et même le toucher peuvent être rassurants. Rechercher des ressemblances : chercher des points d intérêts communs, les élèves recherchent les ressemblances ou les similitudes de ceux qu ils aiment. Protéger la relation : prioriser la relation plus que la conduite ou les réalisations et aider l élève à rester en contact avec l adulte. Accueillir et écouter : se rendre totalement disponible pour s ajuster à l élève tel qu il est et lui transmettre la certitude qu il est compris dans ce qu il dit et ce qu il vit. Cette compréhension de l autre permet de dépersonnaliser et d avoir une lecture plus objective. Clarifier et discerner le sens de ce qu il vit et de ce qu il recherche : les résonnances affectives de ses échecs sont envahissantes. Il faut donc l aider à démêler ce qui est confus afin de favoriser la connaissance de lui-même lors de ses apprentissages. Les gestes de médiation de l enseignant ainsi que le questionnement de l élève sont des stratégies permettant à l élève de mieux comprendre ses propres processus (le module sur la pédagogie traite de ces concepts). Renforcer les comportements positifs de l élève : rendre l élève confiant dans son cheminement, dans l effort qu il engage; marcher à ses côtés, le rassurer par rapport à ses hésitations, le soutenir face aux échecs et favoriser le développement du sentiment de compétence à chacune des occasions offertes par l élève. Intervenir de façon amicale et «nourrir l affectif» : être aux aguets, maintenir le lien pendant notre absence ou dans l application de conséquences négatives, avoir un système disciplinaire basé sur l apprentissage et la réparation plutôt que sur la correction. Créer une communauté d attachement avec les autres adultes de l école : afin d assurer un sentiment de continuité, fournir du soutien à ceux qui en ont la responsabilité principale et minimiser les réactions d anxiété chez les élèves vulnérables lors de changements. Service régional de soutien et d expertise, régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec 3
La présence rassurante de l enseignant permet le développement d un climat de classe sécurisant; d accepter la hiérarchie, c est-à-dire l idée qu un adulte est responsable d un élève et peut répondre à ses besoins; d être plus tolérant autant chez l élève que chez l adulte; de jouer son rôle d éducateur et d avoir une influence afin de guider l élève; de répondre à la demande de l autre pour faire plaisir dans un premier temps et favoriser par la suite les apprentissages. En plus de ces attitudes à exploiter, accompagner un groupe d élèves comporte d autres dimensions importantes à mettre en place à propos des dynamiques de groupe. Cet accompagnement nécessite le développement de compétences dans l animation d un groupe. Bien qu il demeure le premier responsable du climat de classe, l implication de tous les élèves est essentielle pour obtenir un climat sécurisant. Il ne peut à lui seul assumer l entière responsabilité de la résolution des problèmes du groupe. La vie en classe est une œuvre collective qui nécessite la collaboration de tous et de toutes, notamment, amener tous les élèves à prendre part à l établissement d une certaine qualité de vie en classe. L enseignant doit tenir compte de la dynamique qui s installe dans le groupe et des enjeux relationnels à l intérieur de celui-ci. Les élèves devront apprendre à s affirmer et d autres à laisser un peu de place. L enseignant a donc un rôle à jouer afin de faire prendre conscience aux élèves de leur comportement et de la place qu ils occupent au sein du groupe. La création et le maintien d un climat de confiance au sein du groupe ne relèvent ni du hasard ni du miracle. Il faut y travailler constamment pendant un certain temps, surtout avec des élèves qui se protègent constamment en adoptant des stratégies telles que l agressivité, le retrait, la passivité ou encore l hyperactivité. Malheureusement, souvent le temps consacré à l établissement d un climat de confiance dans le groupe est d environ 15 à 30 minutes en début d année. Au-delà de cette durée, plusieurs enseignants perçoivent l établissement d activités permettant aux élèves d entrer en relation, de prendre conscience de leur comportement, de reconnaître leurs forces, de se fixer un objectif de groupe est une perte de temps et n est pas prévu au programme. Pourtant, un climat de confiance aide les élèves à produire un travail de qualité, à s entraider, à contribuer au déroulement d un climat calme favorisant les apprentissages et à réduire les interventions disciplinaires. La capacité d entrer en relation est un apprentissage de tous les instants qui s apprend au contact des autres élèves et principalement par un modèle qu est l adulte. L enseignant est un adulte signifiant, un modèle, et un repère 4 Service régional de soutien et d expertise, régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec
pour les élèves. Ceci est particulièrement vrai pour les élèves plus vulnérables. L exigence première qu impose ce milieu de vie, est celle d apprendre à vivre ensemble dans des contextes différents (la classe, l école et la communauté). Selon Marsollier (2004, p. 9) : «La qualité des relations que crée l enseignant à chaque moment avec ses élèves constitue, aujourd hui plus que jamais, une composante déterminante non seulement pour leur réussite scolaire, mais aussi pour la diffusion de valeurs humaines dans les comportements sociaux. Selon que l adulte cherche à cultiver avec eux une attitude vraiment relationnelle ou qu il se laisse déborder par ses propres dérives réactionnelles, il accompagne, facilite ou bien entrave l épanouissement de l élève». Les élèves doivent ressentir l acceptation de tous dans leurs forces et faiblesses, et ce, malgré leurs différences. Par son attitude, l enseignant tente de leur démontrer qu ils ont de la valeur quoi qu ils fassent. L animation d un groupe-classe favorisant l implication des membres consiste à : faire prendre conscience aux élèves de l impact de leurs comportements au sein du groupe; favoriser les interactions positives entre les membres; utiliser les compétences de chacun; reconnaître les élèves en tant que personnes (les appeler par leur prénom, souligner les points forts, les bons coups, etc.); reconnaître leurs idées, leurs talents, leurs ressources; encourager le plus grand nombre possible de membres à prendre des initiatives; déléguer, leur permettre d assumer des fonctions officielles ou non officielles; favoriser l apprentissage d une plus grande maîtrise de soi; exercer plus d influence sur les autres. «C est par ses capacités à gérer de façon constructive les résistances des élèves à ne pas vouloir se comporter comme il le voudrait que s apprécient tout particulièrement les compétences pédagogiques d un enseignant. Se mettre à la disposition des besoins de l apprenant demande à l enseignant d adopter parfois un comportement en totale rupture avec celui qu il manifeste habituellement face au groupe, c est-à-dire le mode de communication directif et frontal. Lâcher prise s oppose à la pensée mécanique rigide et au désir de vouloir pleinement contrôler la situation.» (Marsollier, 2004, p. 157) Service régional de soutien et d expertise, régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec 5
L enseignant peut favoriser l implication du groupe dans la résolution de problèmes à l intérieur du groupe et adapter ses interventions. Tous les élèves ont des besoins qui leur sont propres, l enseignant doit avoir confiance que son accompagnement peut faire la différence pour l élève et pour le groupe. Il ajuste ses perceptions et ses attentes à la lecture de la compréhension des comportements du groupe. Il apprend à lâcher prise devant les résistances du groupe et à bannir certaines demandes pouvant être irréalistes pour les capacités de ce dernier. Lâcher prise permet à l enseignant de prendre ses distances par rapport aux pensées et aux sentiments trop réactifs qui l inciteraient à appliquer des formes rigides de discipline telles que des punitions, des menaces, des retraits de privilèges, des sermons, etc. Ces formes de discipline n ont pour effet que d augmenter la résistance de l élève et du groupe d élèves plutôt que de les inciter à se mettre en action positivement. C est sur la base du respect que se développe un climat harmonieux et sécurisant dans la classe. Dans un groupe, il y a les plus volubiles, les plus enthousiastes et les plus extravertis qui prennent une grande place, ainsi que les plus réservés, les plus timides et les plus calmes qui en prennent moins et que l on a tendance à oublier. L enseignant doit amener les élèves à relever leurs propres défis par rapport à ces attitudes. Un climat de classe n est jamais installé définitivement. Le mouvement au sein du groupe contribue à modifier l ambiance dans un groupe : l arrivée ou le départ d un élève, l éclatement d un conflit entre des membres, la formation de nouvelles alliances, un long congé, etc. Ce n est donc pas seulement en début d année qu il faut intervenir sur les interactions entre les membres, mais tout au long de l année. Il n existe pas de recette miracle, mais certains éléments de base à la vie de classe contribuent significativement au maintien d un climat harmonieux. Les modules portant sur la dynamique de groupe élaborent davantage sur les stades de développement de la maturité d un groupe, permettant de donner une orientation aux interventions à mettre en place. La fiche 2.1 propose aux enseignants un instrument pour évaluer leurs attitudes et leurs actions en lien avec l établissement d une relation maître-élève positive. 6 Service régional de soutien et d expertise, régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec