» ne procède pas de mécanismes immuno-allergiques. Sa pathogénie reste encore obscure (1),

Documents pareils
Association lymphome malin-traitement par Interféron-α- sarcoïdose

Docteur, j ai pris froid!

Avis 29 mai XYZALL 5 mg, comprimé B/14 (CIP : ) B/28 (CIP : ) Laboratoire UCB PHARMA SA.

F.Benabadji Alger

LES NOUVEAUX ANTICOAGULANTS

Migraine et Abus de Médicaments

Tout sur la toux! La toux est une des principales causes de. La classification de la toux. Les caractéristiques de la toux selon son étiologie

Des désensibilisations inhabituelles : le chat, Alternaria. Michel Miguéres AART, janvier 2011

Thérapeutique anti-vhc et travail maritime. O. Farret HIA Bégin

La goutte la maladie des rois

Les voies aériennes unifiées la rhinite et son lien avec l asthme: mythe ou réalité?

Spondylarthropathies : diagnostic, place des anti-tnf et surveillance par le généraliste. Pr P. Claudepierre CHU Henri Mondor - Créteil

Migraine et céphalées de tension: diagnostic différentiel et enjeux thérapeutiques

PRINTEMPS MEDICAL DE BOURGOGNE ASSOCIATIONS ANTIAGREGANTS ET ANTICOAGULANTS : INDICATIONS ET CONTRE INDICATIONS

Unité d enseignement 4 : Perception/système nerveux/revêtement cutané

La Maladie Thrombo-Embolique Veineuse (MTEV) et sa prise en charge médicamenteuse

UTILISATION ET PRECAUTION D EMPLOI DES AINS Professeur Philippe BERTIN, Chef de Service de Rhumatologie, CHU Limoges Octobre 2009

La migraine. Foramen ovale perméable. Infarctus cérébral (surtout chez la femme)

Médicaments en vente libre : Considérations pour la pratique de la thérapie physique au Canada

Il est bien établi que le réseau d eau hospitalier peut

Prise en charge de l embolie pulmonaire

Céphalées de tension. Hélène Massiou Hôpital Lariboisière, Paris

Les nouveaux anticoagulants oraux, FA et AVC. Docteur Thalie TRAISSAC Hôpital Saint André CAPCV 15 février 2014

Hospital Anxiety and Depression Scale (HADS)

Le reflux gastro-oesophagien (280) Professeur Jacques FOURNET Avril 2003

Quoi de neuf dans la prise en charge du psoriasis?

Carte de soins et d urgence

Le RIVAROXABAN (XARELTO ) dans l embolie pulmonaire

EXEMPLE DE METHODOLOGIE POUR L ELABORATION D UN PROTOCOLE DOULEUR Marie AUBRY Infirmière référente douleur Hôpital TENON AP-HP Paris XX e SOMMAIRE

I - CLASSIFICATION DU DIABETE SUCRE

Les formes cliniques. Maxime Breban

Assurance Maladie Obligatoire Commission de la Transparence des médicaments. Avis 2 23 Octobre 2012

Colette Franssen Département d Anesthésie Réanimation CHU Sart Tilman LIEGE

e-santé du transplanté rénal : la télémédecine au service du greffé

3 ème rencontre autour de la DCP

Les Nouveaux Anticoagulants Oraux (NAC) Société STAGO -HOTEL MERCURE 22 Novembre Troyes

DOSSIER - AEROSOLTHERAPIE PAR NEBULISATION

EVALUATION DES TECHNOLOGIES DE SANTÉ ANALYSE MÉDICO-ÉCONOMIQUE. Efficacité et efficience des hypolipémiants Une analyse centrée sur les statines

Nouveaux Anticoagulants. Dr JF Lambert Service d hématologie CHUV

ORL et Allergies. DESC Allergologie

Module digestif. II. Prévention du reflux gastro-œsophagien :

Fibrillation atriale chez le sujet âgé

Céphalées. 1- Mise au point sur la migraine 2- Quand s inquiéter face à une céphalée. APP du DENAISIS

Vaccinations pour les professionnels : actualités

Cancer bronchique primitif: données épidémiologiques récentes

Réintroductions alimentaires chez l enfant. M. Hofer - J.Wassenberg Immuno-allergologie Service de pédiatrie - CHUV

Mieux informé sur la maladie de reflux

Migraine : traitement de la crise. Comment utiliser les triptans?

L ANGINE. A Epidémiologie :

«Les lombalgies chroniques communes à la consultation de rhumatologie du CHU de Fès»

Céphalées vues aux Urgences. Dominique VALADE Centre d Urgence des Céphalées Hôpital Lariboisière PARIS

Artéfact en queue de comète à l échographie hépatique: un signe de maladie des voies biliaires intra-hépatiques

1- Parmi les affirmations suivantes, quelles sont les réponses vraies :

Le diagnostic de Spondylarthrite Ankylosante? Pr Erick Legrand, Service de Rhumatologie, CHU Angers

SUPPLEMENT AU DIPLÔME

La migraine : une maladie qui se traite

GASTRO-ENTEROLOGIE. Variabilité. A des entrées. B des sites anatomiques. C inter-individuelle. D intra-individuelle

Exposé n 5: Bases IMS, Thalès Quel apport pour la sécurité d emploi des médicaments?

Création de procédures inter-services pour la gestion des essais de phase I à l Institut Gustave Roussy

Essais cliniques de phase 0 : état de la littérature

{ Introduction. Proposition GIHP 05/12/2014

Croissance et vieillissement cellulaires Docteur COSSON Pierre Nb réponses = 81 sur 87. Résultats des questions prédéfinies

La maladie de Still de l adulte

Hypersensibilité immédiate déclenchée par un prick-test à l amoxicilline. Immediate hypersensitivity triggered by amoxicillin skin prick test.

Orthèse Narval O.R.M. L orthèse innovante et confortable dans le traitement du SAOS

Les fiches repères d INTEGRANS sont réalisées par ARIS Franche-Comté dans le cadre du programme INTEGRANS. Plus d infos sur

Comprendre. son Psoriasis du Cuir Chevelu

Incontinence anale du post-partum

Essais précoces non comparatifs : principes et calcul du nombre de sujets nécessaire

Effets sur la pression artérielle rielle des traitements non-médicamenteux

Base de données bibliographiques Pubmed-Medline

Nouvelle option thérapeutique pour les enfants présentant cette forme rare et sévère d arthrite

ARBRE DÉCISIONNEL INTERACTIF

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE AVIS. 10 mai 2006

Recommandation Pour La Pratique Clinique

TITRE : «Information et consentement du patient en réadaptation cardiovasculaire»

RÉSUMÉ DES CARACTÉRISTIQUES DU PRODUIT. Bisolax 5 mg comprimés enrobés contient 5 mg de bisacodyl par comprimé enrobé.

LASER DOPPLER. Cependant elle n est pas encore utilisée en routine mais reste du domaine de la recherche et de l évaluation.

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE

INTERFERON Traitement adjuvant du mélanome à haut risque de récidive. Dr Ingrid KUPFER-BESSAGUET Dermatologue CH de quimper

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE AVIS. 23 mai 2012


Traitement de l hépatite C: données récentes

Conduite à tenir devant une morsure de chien (213b) Professeur Jacques LEBEAU Novembre 2003 (Mise à jour mars 2005)

La Dysplasie Ventriculaire Droite Arythmogène

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE AVIS DE LA COMMISSION. 10 octobre 2001

Validation clinique des marqueurs prédictifs le point de vue du méthodologiste. Michel Cucherat UMR CNRS Lyon

I Identification du bénéficiaire (nom, prénom, N d affiliation à l O.A.) : II Eléments à attester par un médecin spécialiste en rhumatologie :

Traiter la goutte sans être débordé

Algorithme d utilisation des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)

Point d information Avril Les nouveaux anticoagulants oraux (dabigatran et rivaroxaban) dans la fibrillation auriculaire : ce qu il faut savoir

Hôpital performant et soins de qualité. La rencontre des extrêmes estelle

Médecine en Médecine en Exigences techniques

27 ème JOURNEE SPORT ET MEDECINE Dr Roukos ABI KHALIL Digne Les Bains 23 novembre 2013

Le case management de transition (CMT) Une illustration de pratique avancée en soins infirmiers

Item 169 : Évaluation thérapeutique et niveau de preuve

SURVEILLANCE DES SALARIES MANIPULANT DES DENREES ALIMENTAIRES

ACTUALITES THERAPEUTIQUES. Dr Sophie PITTION (CHU Nancy) Metz, le 2 Juin 2012

MÉMOIRE RELATIF À L ÉVALUATION DU RÉGIME GÉNÉRAL D ASSURANCE MÉDICAMENTS PRÉSENTÉ PAR LA FÉDÉRATION DES MÉDECINS SPÉCIALISTES DU QUÉBEC

Transcription:

RESUME DES COMMUNICATIONS DE LA JOURNEE TOULOUSAINE D ALLERGIE DU 29 MARS 2003 MISE AU POINT SUR L INTOLERANCE A L ASPIRINE ET AUX AINS Professeur Pascal DEMOLY Explorations des allergies Maladies Respiratoires INSERM U454 Hôpital A. de Villeneuve CHU de Montpellier 34295 Montpellier - Cedex 5 E.mail: demoly@montp.inserm.fr Décrit très rapidement après la commercialisation de l aspirine, l «intolérance à l aspirine» ne procède pas de mécanismes immuno-allergiques. Sa pathogénie reste encore obscure (1), faisant probablement intervenir l inhibition des cyclo-oxygénases (2) et des polymorphismes génétiques des enzymes de la cascade de l acide arachidonique (3). Historiquement, Fernand Widal décrivit en 1922 que le bronchospasme induit par l aspirine s observait surtout chez un type de patient particulier, présentant un asthme sévère avec polypose naso-sinusienne (4). L association à des éruptions cutanées, de type urticariennes avec ou sans angio-œdèmes, est décrite. Les formes strictement ORL ou strictement cutanées sont tout aussi fréquentes. Enfin, l allergie vraie à l aspirine et certains AINS est exceptionnelle et n est évoquée que lorsque la réaction est particulièrement rapide après la prise médicamenteuse et n a lieu qu avec une seule classe d AINS (5). La prise en charge thérapeutique impose au préalable d avoir fait un diagnostic précis. Celui-ci, bien que non encore standardisé est stéréotypé. Diagnostic de l «intolérance à l aspirine» Quelque soit la forme clinique (respiratoire ou cutanée), le diagnostic est aisément évoqué. Le démontrer avec certitude n est cependant pas toujours facile ni même possible. La valeur

prédictive de l histoire clinique, loin d être parfaite, est nettement meilleure pour les formes respiratoires que pour les formes strictement cutanées (6, 7). Les tests de provocation orale, bronchique ou nasale sont fiables (1) mais exposent aux bronchospasmes sévères. Les tests cutanés sont inutiles (sauf dans de rares formes cliniques allergiques). Les tests biologiques ne sont pas encore assez fiables (8). Prise en charge thérapeutique Le traitement de l «intolérance à l aspirine» est avant tout préventif, par éviction absolue de l aspirine et des AINS. Information adaptée et listes d éviction sont indispensables. Les réactions croisées avec d autres AINS sont d autant plus fréquentes que la forme clinique est respiratoire et que ces derniers sont de puissants inhibiteurs de la cyclo-oxygénase de type 1 (1, 6, 9). Ces réactions croisées sous-tendent d ailleurs la théorie pharmacologique, évoquée à l origine par Szczeklik (1), selon laquelle l inhibition des cyclo-oxygénases est la cause de cette intolérance. En fait jamais démontrée formellement, cette théorie semble se confirmer par l observation récente d absence de réactions chez l intolérant à l aspirine avec les inhibiteurs sélectifs de la cyclo-oxygénase 2 (9). Pour les formes strictement cutanées, il est pratiquement toujours possible de trouver une classe d AINS supportée (10). Cette recherche se fait par test de provocation sous haute surveillance hospitalière. Le traitement de l asthme et de la rhino-sinusite sous-jacente (dans les formes respiratoires) est difficile, ces deux affections évoluant pour leur propre compte, en dehors de toute prise d aspirine ou d AINS, et le plus souvent de façon sévère. Les règles suivent les recommandations internationales (GINA, ARIA). Les antileucotriènes ne mettent pas à l abri d un bronchospasme sévère. La polypectomie est fréquemment suivie de récidives ; certains auteurs pratiquent une nasalisation des cavités sinusiennes ce qui permet une meilleure pénétration des corticoïdes locaux et un résultat plus satisfaisant. Chez certains sujets, un traitement par aspirine ou par AINS peut se révéler indispensable (coronaropathies, rhumatismes ). Une «désensibilisation» ou induction de tolérance peut alors être proposée (1). Comme l avait observé Fernand Widal au début du siècle (4), il existe une période réfractaire après une crise d asthme déclenchée par l ingestion d aspirine, au cours

de laquelle, une nouvelle prise d aspirine ne provoque pas de réaction. L induction de tolérance est obtenue en administrant progressivement, sur plusieurs jours, des doses croissantes d aspirine, de telle sorte qu une dose thérapeutique de 250 à 500mg soit parfaitement tolérée. La tolérance ainsi obtenue, est croisée avec les AINS. Cette période réfractaire dure de 2 à 5 jours, ce qui veut dire que si le malade interrompt le traitement, l «intolérance à l aspirine» réapparaîtra au terme de ces 2 à 5 jours. Cette méthode ne doit pas être considérée comme un traitement de l asthme à l aspirine car les résultats sont décevants sur la symptomatologie asthmatique même si les signes de rhinite, eux, semblent plus souvent améliorés. Conclusion Le diagnostic d «intolérance à l aspirine et aux AINS» repose donc principalement sur l histoire clinique et les tests de provocation orale sous haute surveillance hospitalière. Les tests biologiques sont toujours expérimentaux. La clinique est très hétérogène, les mécanismes (en tout cas ce que l on en connaît) également. Il faut très clairement distinguer les formes avec et les formes sans symptômes respiratoires. L Académie Européenne d Allergologie et d Immunologie Clinique (11), propose du reste, de supprimer le terme «intolérance» et de parler d «hypersensibilité» à l aspirine. La prise en charge est relativement stéréotypée. Références 1. Szczeklik A, Stevenson DD. Aspirin-induced asthma: Advances in pathogenesis and management. J Allergy Clin Immunol 1999 ; 104 : 5-13. 2. Vane JR. Inhibition of prostaglandin synthesis as a mechanism of action for aspirin-like drugs. Nature-New Biol 1971 ; 231 : 232-5. 3. Sanak M, Simon HU, Szczeklik A. Leukotriene C4 synthase (LTC4s) promoter polymorphism and risk of aspirin-induced asthma. Lancet 1997 ; 350 : 1599-600. 4. Widal F., Abrami P., Lermoyez I. Anaphylaxie et idiosyncrasie. Presse Med, 1922 ; 30 : 189-93. 5. Van Joost T, Asghar SS, Cormane RH. Skin reactions caused by phenylbutazone. Immunologic studies. Arch Dermatol 1974 ; 110 : 929-33. 6. Stevenson DD. Challenge procedures in detection of reactions to aspirin and non-steroidal anti-inflammatory drugs. Ann Allergy 1993 ; 71 : 117-8. 7. Demoly P, Messaad D, Benahmed S., Hillaire-Buys D, Blayac JP, Godard P, Michel FB, Bousquet J. Les réactions immuno-allergiques d origine médicamenteuse : données épidémiologiques et cliniques. Thérapie 2000 ; 55: 13-9. 8. Lebel B, Messaad D, Kvedariene V, Rongier M, Bousquet J, Demoly P. Cysteinyl-leukotriene release test (CAST) in the diagnosis of immediate drug reactions. Allergy 2001; 56: 688-692. 9. Dahlen B, Szczeklik A, Murray JJ. Celecoxib in patients with asthma and aspirin

intolerance. N Engl J Med 2000 ; 344 : 142. 10. Quiralte J, Blanco C, Castillo R, et al. Intolerance to nonsteroidal antiinflammatory drugs : results of controlled drug challenges in 98 patients. J Allergy Clin Immunol 1996 ; 98 : 678-85. 11. Johansson SGO, Hourihane JO B, Bousquet J et al. An EAACI position statement from the EAACI nomenclature task force. Allergy 2001; 56:813-24.

Rhinites ou rhinosinusites : Faut-il faire la différence et comment? J. PERCODANI La rhinite se définit comme une atteinte inflammatoire ou infectieuse du cornet inférieur. La rhinosinusite correspond à l atteinte de la muqueuse nasale associée à l atteinte d une ou plusieurs cavités sinusiennes. Il existe des formes aiguës, dont l évolution est inférieure à quatre semaines, des formes récidivantes pour lesquelles il existe une résolution complète des signes cliniques, endoscopiques et radiologiques entres les épisodes, et des formes chroniques dont la durée d évolution dépasse quatre semaines malgré une prise en charge adaptée. Il existe des arguments anatomiques, physiologiques, cliniques et radiologiques qui conduisent actuellement à parler non plus de rhinite ou de sinusite mais de rhinosinusite. Sur le plan anatomique, sinus et fosses nasales sont tapissés par la même muqueuse respiratoire sécrétoire et ciliée, par ailleurs, toutes les cavités sinusiennes s ouvrent dans la cavité nasale par un ostium permettant le drainage et l aération sinusienne. Sur le plan physiologique, il n existe pas de zone frontière entre les muqueuses nasale et sinusienne mais de simples variations dans les composants cellulaires selon les sites. Ces similarités anatomiques et histologiques se traduisent par une atteinte muqueuse globale. Sur le plan clinique, les troubles olfactifs ou les algies faciales sont des signes fonctionnels très fréquemment allégués par les patients et qui doivent faire suspecter mais qui ne traduisent pas forcément une atteinte sinusienne associée. Sur le plan radiologique, plusieurs auteurs ont montré l existence d anomalies tomodensitométriques chez les patients porteurs d une rhinite chronique allergique ou non. Au vu de ces arguments, il semble donc préférable d utiliser le terme plus juste de rhinosinusite à celui de rhinite ou de sinusite. Si l atteinte nasale et sinusienne sont le plus souvent concomitantes, il existe des formes

cliniques où l atteinte nasale est prédominante et à l inverse des formes où l atteinte sinusienne est au premier plan. L intérêt de différencier ces formes tient au fait que leur prise en charge peut être différente.