La refondation de l'école maternelle : continuités et changements

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Transcription:

La refondation de l'école maternelle : continuités et changements Viviane BOUYSSE Inspectrice générale de l Education nationale Saint-Etienne, 16 octobre 2013

Une nouvelle carte d identité pour l école maternelle, cycle autonome (Code de l éducation, article L321-2, modifié par la loi du 8 juillet 2013, article 44) La formation dispensée dans les classes enfantines et les écoles maternelles favorise l'éveil de la personnalité des enfants, stimule leur développement sensoriel, moteur, cognitif et social, développe l'estime de soi et des autres et concourt à leur épanouissement affectif. Cette formation s'attache à développer chez chaque enfant l'envie et le plaisir d'apprendre afin de lui permettre progressivement de devenir élève. Elle est adaptée aux besoins des élèves en situation de handicap pour permettre leur scolarisation. Elle tend à prévenir des difficultés scolaires, à dépister les handicaps et à compenser les inégalités. La mission éducative de l'école maternelle comporte une première approche des outils de base de la connaissance, prépare les enfants aux apprentissages fondamentaux dispensés à l'école élémentaire et leur apprend les principes de 2 la vie en société. ( )

Des objectifs pluriels Objectifs de l éducation en milieu collectif durant la petite enfance (Eurydice) : favoriser le «développement affectif, social, motivationnel et cognitif des jeunes enfants». Echos dans la concertation pour la refondation de l Ecole : 2 familles d objectifs à privilégier : langage ; compétences psycho-sociales / aptitudes socio-affectives : confiance en soi ; auto-régulation (émotions, modes d action) ; motivation intrinsèque pour les apprentissages (vouloir savoir, vouloir savoir-faire et non vouloir faire plaisir) ; capacités de coopération avec les autres. 3

«Dépasser l opposition récurrente et stérile» entre deux modèles pédagogiques (Eurydice) ; les coordonner. Deux modèles pédagogiques : Approche dite développementale, centrée sur l enfant, favorisant les apprentissages dits indirects ou incidents. Interventions plus marquées de la part de l enseignant animé par des intentions didactiques précises, favorisant les apprentissages structurés. Pertinence pour des objectifs différents Accord sur l importance de l activité et de l initiative de l enfant comme moteurs de son développement MAIS ce développement n intervient pas dans un vide culturel. Orientation de l action éducatrice déterminante pour les enfants issus des milieux culturellement défavorisés. 4

Pourquoi? Une école maternelle qui était devenue trop uniforme dans un style pré-primaire Espace de la classe : aménagements (coins restreints) + invasion d écrits. Journées scolaires : construction indifférenciée le plus souvent. Activités et modes de groupements : du collectif inadapté à certaines activités. Des exercices sur fiches : des formes symboliques imposées avant le contact avec le réel parfois. Modalités des évaluations (des supports écrits nombreux) et des comptes rendus aux familles. 5

Des risques à éviter Quand la logique propédeutique devient prévalente (préparation au CP), les risques de l anticipation sont rarement évités. Un travail précoce très formel celui qui suppose un rapport distancié et réflexif au langage et à soi (à son activité) - ne peut bénéficier qu à ceux qui ont acquis les dispositions adéquates à l extérieur de l Ecole. Plus ce travail est installé tôt, plus les écarts se creusent. Cumul d avantages pour les uns // Désavantages qui ne se compensent pas pour les autres. 6

Un «programme» qui devrait rendre cette progressivité visible et possible Problème du programme de 2008 qui n exclut rien pourtant : «Programmes par compétences» (dès 1995) : c est l horizon qui est donné, pas le chemin pour s en approcher. Marge permanente de progression (horizon qui s éloigne) du fait de la définition «illimitée» de la compétence (savoir-agir en situation fondé sur la mobilisation adaptée et efficace de ressources) ; risque de «sur-norme». Programmes de 2008 ayant accentué ce fait par l absence d explicitation des attendus épistémologiques, didactiques ou autres qui aident à construire un parcours. Centration accentuée sur la section de grands (parce que moment terminal) et les objectifs très particuliers d acquisition liés à son appartenance au cycle 2 : de fait, objectifs propres au cycle 1 ignorés parce qu ils perdent leur visibilité. 7

Objectif : que les enfants vivent bien leur petite enfance tout en s engageant à leur mesure et à leur manière dans les apprentissages. Avec les petits, premiers apprentissages = apprentissages incidents selon des modalités contextualisées (situations dites fonctionnelles ; interactions très personnalisées), non «didactisées» ; apprentissage par observation-imitation-répétition, par essais-erreurs exploitant les occasions. Imitation : «passage dans et par le corps de l enfant» (J. Méard, AGEEM 2009). Référence aux «neurones miroir». les enfants imitent davantage les séquences d action qui produisent le résultat souhaité (A. Florin). 8

En fin de GS, le parcours réussi à l école maternelle doit rendre les «enfants» capables de se comporter en «élèves». Ils doivent être devenus capables d entrer dans des modalités didactisées et décontextualisées de travail, avec ce que cela suppose de fragmentation, de progressivité dans un corpus sélectionné n ayant parfois aucun lien avec les besoins immédiats. Ecole maternelle = temps de la transition : transformation des manières d apprendre et des modalités d enseignement ; initiation aux codes et pratiques scolaires. 9

Des besoins variés à respecter : y répondre. Besoins physiologiques : repos, repli, propreté, nourriture, eau ; besoins psychomoteurs : motricité globale et fine, prise de risques en sécurité, etc. ; besoins de jeu (rêverie, création ; activité gratuite); besoins de découvertes et de connaissances : imitation, exploration, observation, action ; répétition, remémoration ; imagination-imaginaire ; attention esthétique ; besoins d expression langagière et de communication : échanges ; confidences ; jeux avec le langage. Jeunes enfants : besoins de «désordonner leur monde pour comprendre comment il s ordonne». B. GOLSE 10

Des besoins variés à respecter : y répondre / suite Un sujet particulier : besoins sociaux et socialisation Importance de l accueil en première scolarisation : favoriser une séparation en douceur avec les parents (présence acceptée un moment ; substituts tolérés). Pour le jeune enfant, processus de socialisation = processus d intégration à des cercles sociaux divers (famille, classe, école, autres selon modes de vie) ET, en même temps, acquisition d une première autonomie personnelle. Evolution fréquente : à côté / comme / avec. Ne pas vouloir faire du collectif trop vite. La socialisation n est pas un préalable mais s organise dans et par la mise en activité, en situation, avec une 11 régulation attentive des adultes éducateurs.

Une pédagogie pour faire agir, réussir et comprendre Les enfants doivent AGIR, c est-à-dire prendre des initiatives (et non exécuter) et «faire» (essayer, recommencer, etc.). REUSSIR : aller au bout d une intention, d un projet voire de la réponse à une consigne, et de manière satisfaisante. COMPRENDRE : ce qui suppose une prise de distance, une prise de conscience. C est dans cette «réflexivité» que se construit la posture d élève. INTERACTIONS, ETAYAGE INDISPENSABLES 12

Faire une juste place à 4 «familles» de situations le jeu : abondant et sous toutes ses formes avec les petits, toujours présent avec d autres formes avec les grands ; la recherche / la résolution de problèmes : place limitée en début d année avec les petits (favoriser alors l exploration, l investigation) puis place grandissante ; l imprégnation culturelle : abondante à tous les niveaux ; les activités dirigées (jeux, exercices) : de très ponctuelles avec les petits elles deviennent régulières avec les grands, sans être envahissantes. 13

L espace, une variable déterminante Son organisation doit permettre de créer un sentiment de sécurité, d orienter les activités, d autoriser les initiatives, de susciter de la motivation, de favoriser les interactions. Pour cela, repenser la nature et la fonction des «coins» en relation avec les besoins ; enrichir l environnement : penser aux besoins d exploration sous toutes les formes avec les petits, aux besoins de structuration avec les grands ; se questionner sur les équipements de classe et d école ; mutualiser ; revoir les usages des espaces extérieurs. 14

La place et le rôle de l enseignant(e) Mise en scène : structurer espace, temps, groupe. Langage : disponibilité du PE pour des interactions personnalisées avec les enfants. Regard / Attention : pour les enfants, important = éprouver la satisfaction de faire les choses par soi même sous le regard d un adulte qui témoigne de la réussite. Médiations : démonstrations (cf. pédagogie Montessori) ; faire avec (jeux, livres, etc.) ; parler avec. 15

La section de grands : une «classe-palier» Lui réserver des marques de la forme scolaire : des temps d activités individuelles sous consignes collectives ; des exercices dirigés au tableau ; des cahiers (un cahier d écriture) ; une prise en charge de soi (plus d ATSEM) des moments où l on va «faire comme» au CP. Des atouts mis en évidence par une évaluation récente. MAIS Bien doser la place du scolaire, dans la gestion du temps, dans l espace-classe. 16