Sécurité alimentaire : Les collectivités territoriales ont-elles un avantage comparatif? Les récentes émeutes de la faim à Maputo, au Mozambique, ont servi à rappeler brutalement que les augmentations des prix des denrées alimentaires ont souvent un impact immédiat et dévastateur sur les pauvres. Depuis le début de l année 2010, les prix du blé ont fait un bond de près de 70 pour cent et l indice FAO des prix alimentaires a atteint son plus haut niveau des deux dernières années. En fait, on se trouve peut-être au bord d une seconde crise alimentaire mondiale, à peine trois ans après le déferlement de violences qui a balayé plus de 40 pays dépendant fortement des importations alimentaires. Il est largement admis que la sécurité alimentaire repose sur la création de structures de soutien efficaces pour l agriculture familiale qui produit 80 pour cent de la nourriture consommée dans les pays en voie de développement. Bien que la crise alimentaire de 2007 2008 ait entraîné l augmentation des promesses de financement agricole dans les régions les plus vulnérables du monde, peu de progrès ont été réalisés pour traduire le financement en un accroissement de la productivité agricole. Un pourcentage élevé de ces fonds doit être dépensé au niveau local pour améliorer l accès aux marchés, aux moyens de production, au crédit et aux services agricoles. Il existe un consensus pour dire que la réponse à la sécurité alimentaire mondiale doit être conduite par les pays, mais peu de stratégies nationales ont élaboré des structures de gouvernance qui prennent en compte le potentiel existant à l échelon des collectivités locales. Qu entend-on par sécurité alimentaire? La sécurité alimentaire existe lorsque toutes les personnes, à tout moment, ont accès physiquement, socialement et économiquement à une nourriture suffisante, saine et nutritive répondant à leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires, afin de pouvoir mener une vie saine et active. C est la définition de la sécurité alimentaire la plus communément admise et acceptée par la majorité des organisations travaillant dans ce domaine. Partant de cette définition, il existe quatre dimensions importantes en matière de sécurité alimentaire : Disponibilité Une offre d aliments en quantité suffisante, de qualité appropriée, fournis par la production nationale ou les importations (y compris l aide alimentaire). Accessibilité Accès à des ressources alimentaires suffisantes pour assurer un régime nutritif. Utilisation Une alimentation adéquate, l utilisation de l eau potable, l assainissement et les soins de santé, permettent d atteindre un état de bien-être nutritionnel où tous les besoins physiologiques sont remplis. 22
Stabilité Pour atteindre la stabilité, une population, les ménages ou les individus doivent avoir accès à des quantités suffisantes de nourriture, à tout moment. Il ne doit pas y avoir de risque de perdre l accès à cette nourriture suite à des chocs soudains (par exemple, une crise économique ou climatique) ou des événements cycliques (par exemple, des situations qui provoquent une insécurité alimentaire saisonnière). Qui sont les principaux acteurs concernés par la sécurité alimentaire? Les marchés mondiaux jouent un rôle important dans la sécurité alimentaire. Ils ont une incidence sur la subsistance et le bien-être des personnes tant par le prix des aliments achetés par les consommateurs en bout de chaîne, que par les conditions des producteurs agricoles dans les économies en développement. Outre les effets du marché mondial, la sécurité alimentaire est affectée également par les parties prenantes à tous les niveaux, depuis les organisations internationales jusqu aux gouvernements centraux, en passant par l administration locale et les organisations communautaires. Un certain nombre de grandes organisations internationales traitent des questions de sécurité alimentaire mondiale. Parmi celles-ci, on recense notamment plusieurs organisations des Nations Unies (y compris la FAO, le FIDA, le PAM, le PNUD et d autres), des institutions financières internationales et des agences de développement bilatérales, des ONG internationales et des institutions de recherche (dont Oxfam et l IFPRI, pour n en nommer que quelques-unes). La récente crise alimentaire a conduit à la création d une Équipe spéciale de haut niveau (High Level Task Force, HLTF) sur la crise alimentaire mondiale, composée entre autres d organisations des Nations Unies, de la Banque mondiale, du FMI et de l OIT, au service de l élaboration d un cadre d action global (Comprehensive Framework for Action, CFA) pour coordonner tous les acteurs impliqués dans les questions de sécurité alimentaire. Au niveau national, il existe une grande variété d approches, qui sont circonscrites par le contexte spécifique du pays, la situation de sécurité alimentaire, la structure du secteur public et les ressources disponibles en termes de sécurité alimentaire. La coordination entre les différents ministères centraux, en particulier le ministère de l Agriculture et le ministère du Commerce (ou leurs équivalents) ainsi que les autorités locales, devrait être une priorité dans le traitement des questions de sécurité alimentaire. Comment les collectivités locales peuvent-elles contribuer à la sécurité alimentaire? Les collectivités locales sont idéalement placées (et sont généralement mandatées) pour concentrer leurs efforts sur différentes variables composant l équation de la sécurité alimentaire. Elles fournissent l infrastructure de base qui accompagne la production et la distribution de cultures vivrières (y compris les routes, puits, barrages, marchés, etc.), tranchent les différends concernant les titres fonciers, fournissent un espace de rencontre 23 Poursuivre les OMD grâce aux collectivités territoriales
pour les groupes communautaires (y compris les coopératives agricoles) et contrôlent la sécurité alimentaire locale. Les collectivités territoriales sont les organismes les plus proches et les plus directement responsables des petits exploitants agricoles et elles devraient donc disposer des connaissances et des incitations pour aborder les questions de sécurité alimentaire locale. Le niveau local est aussi le plus à même d appréhender les variables locales telles que les conditions météorologiques et les modes de plantation des cultures, les courants d échanges locaux et les synergies ainsi que les causes de l insécurité alimentaire chronique et transitoire. Ce sont donc les collectivités locales qui doivent agir pour atténuer les effets du changement climatique censés avoir le plus fort impact sur la sécurité alimentaire. Des interventions telles que le reboisement, la lutte contre l érosion, le terrassement et la plantation de couvre-sol peuvent contribuer à l effort d atténuation des menaces et doivent être adoptées au niveau local. Le succès des interventions locales devrait être partagé avec d autres collectivités locales et intégré dans les plans nationaux de développement afin de construire des plans de sécurité alimentaire partant de la base. Pourquoi les collectivités locales n ont-elles pas réalisé pleinement leur potentiel pour améliorer la sécurité alimentaire? Les questions les plus problématiques et endémiques pour les collectivités locales sont le manque de financement, de moyens et de personnel, tout particulièrement dans les pays en voie de développement où les administrations locales sont souvent de petite taille, en manque de personnel et sous-financées. Augmenter le recouvrement des recettes à court terme et promouvoir le développement économique local à long terme, peuvent aider à atténuer ces problèmes. Quand il s agit de sécurité alimentaire, il est particulièrement important de renforcer les liens entre les programmes des collectivités locales et les stratégies nationales engagées par les ministères de l Agriculture et du Commerce. En même temps que l on développe les moyens, il est important qu il y ait également une bonne coordination avec les ministères nationaux afin de maintenir la cohérence entre les régions. Quels types d interventions ont démontré leur efficacité? Les investissements dans les petites exploitations agricoles ont démontré leur utilité, surtout s ils sont associés à des politiques qui protègent les droits fonciers, facilitent les échanges, réduisent le risque et soutiennent l action collective. Au Malawi, par exemple, des subventions «intelligentes» de 258 millions USD accordées à environ deux millions de ménages agricoles sont parvenues à augmenter la production de maïs, réduisant le pourcentage de population vivant sous le seuil de pauvreté de 50 à 40 pour cent en seulement deux années. En Indonésie, la stabilité des prix de production et le subventionnement des intrants ont contribué à une diminution importante de la pauvreté absolue dans les années 1980 et 1990. En termes de réduction de la pauvreté, la 24
croissance du PIB générée par l agriculture peut être jusqu à quatre fois plus efficace que la croissance dans d autres secteurs. Les investissements qui soutiennent la création et le fonctionnement de coopératives agricoles et de coopératives de producteurs ont également démontré leur utilité et peuvent aider à corriger le déséquilibre entre les petits agriculteurs et les autres intervenants dans la chaîne de valeur. Les coopératives ou associations de producteurs peuvent faciliter l échange d information sur le marché, faciliter l accès au crédit et à la technologie ou améliorer la gestion de l eau et la logistique. Quelles sont les clés pour débloquer le potentiel des collectivités locales en matière de renforcement de la sécurité alimentaire? Pour l avenir, il est crucial de veiller à ce que le rôle des autorités locales en matière de renforcement de la sécurité alimentaire soit intégré dans les plans nationaux de développement. Les autorités locales doivent également bénéficier d une autonomie suffisante pour traiter des questions spécifiques à leur région particulière. Grâce notamment au développement de l infrastructure et des marchés, des services de vulgarisation agricole, des droits fonciers et de l eau, de l autonomisation des femmes et de la protection de l environnement, il est possible pour les collectivités locales d être à la pointe de la production agricole et de la croissance économique locale. Mais pour ce faire, les collectivités locales doivent être dotées de la capacité d identifier les projets appropriés, ainsi que les compétences, le personnel et le financement afin de gérer les projets du début à la fin. Il doit y avoir une communication appropriée entre les ministères des gouvernements locaux, les ministères de l Agriculture et du Commerce et les autorités locales. Il est également important de veiller à ce que les autorités locales reconnaissent l ensemble des mécanismes de sécurité alimentaire à leur disposition et grâce auxquels ils peuvent réduire l insécurité alimentaire potentielle. En règle générale, les autorités locales conceptualisent l insécurité alimentaire uniquement en termes de déficits saisonniers ou de temps de crise. Ajouter des variables telles que la nutrition, le revenu des ménages, les titres fonciers et l infrastructure à la discussion des options possibles peut accroître considérablement l impact des collectivités locales sur la sécurité alimentaire. Questions à débattre : 1. Le but de cette session est d examiner comment les réformes politiques peuvent débloquer le potentiel des collectivités locales afin de promouvoir et soutenir la sécurité alimentaire. Six questions fondamentales seront abordées par ce groupe : 2. Comment les collectivités locales peuvent-elles avoir un impact mesurable sur la sécurité alimentaire? 25 Poursuivre les OMD grâce aux collectivités territoriales
3. Quels sont les liens éventuels qui peuvent être développés entre les collectivités locales, les ministères nationaux et les organisations internationales? 4. Comment peuvent être renforcées les capacités des collectivités locales à faire face à la sécurité alimentaire? 5. Quels sont les moyens de garantir que les interventions publiques locales visant la sécurité alimentaire ciblent les populations les plus vulnérables? 6. Comment les autorités locales peuvent-elles intégrer les quatre éléments de la sécurité alimentaire dans leurs opérations de lutte contre l insécurité alimentaire? 7. Comment les collectivités locales peuvent-elles s assurer que les actions visant la sécurité alimentaire fassent partie d un programme de durabilité tant fiscale qu environnementale? 26