L aventure épique de la General Motors du Canada (milieu des années 1800-1918) Au milieu du 19e siècle, un jeune homme de Tyrone, en Ontario, vit sur une terre qu il a déboisée avec la hache qu il a lui-même fabriquée. Les haches de ce cultivateur se vendent un bon prix au marché de Bowmanville, mais celui-ci souhaite mettre ses talents à profit dans un projet de plus grande envergure. Après avoir longtemps examiné les dessins d un vieux catalogue de voitures à chevaux, il décide de se construire un traîneau qui serait tiré par des chevaux. «Une seule qualité, la meilleure» 1869 : Première usine McLaughlin à Enniskillen Pendant que l agriculteur travaille sur son projet, un voisin lui demande s il pourrait acheter le traîneau une fois celui-ci terminé. L agriculteur lui propose plutôt d en fabriquer un autre identique. Les deux hommes conviennent d une date de livraison, mais le forgeron itinérant à qui a été confié l exécution de la ferronnerie est en retard et l agriculteur doit par la suite travailler jour et nuit pour terminer le traîneau à la date prévue et ainsi tenir sa promesse. Ne voulant plus revivre la même situation, il ajoute par la suite sa propre forge à son entreprise agricole qui se transforme bientôt en atelier de fabrication de chariots de ferme. L agriculteur, Robert McLaughlin, ouvre une usine de voitures à chevaux à Oshawa, en Ontario; il ouvrira par la suite des succursales dans l ensemble du pays. La société devance bientôt des fabricants établis et acquiert la réputation d offrir des produits de qualité supérieure.
De la voiture hippomobile à la voiture automobile L un des trois fils de Robert McLaughlin veut devenir chimiste : il se rend aux États-Unis et fonde Canada Dry Company. Les deux autres deviennent des associés dans McLaughlin Carriage Company. Vers 1901, les fils Sam et George font une ballade dans l automobile du comptable de la compagnie. Immédiatement «mordus», ils tentent de convaincre leur père qu il serait rentable de fabriquer une 1876 : L atelier de fabrication de voitures hippomobiles original voiture sans chevaux, mais Robert McLaughlin ne partage pas leur enthousiasme. Sam et George doivent donc approfondir leur projet en catimini. En 1905, Sam effectue des essais de conduite avec plusieurs automobiles, mais vient rapidement à la conclusion que la Buick est la voiture qu il veut fabriquer à Oshawa. Il conclut presque une entente de fabrication avec un ami aux États-Unis, Billy Durant - un associé dans Buick Motor Company - mais l entente achoppe sur les questions financières. De retour au Canada, Sam et George réussissent finalement à convaincre leur père d accepter de créer McLaughlin Motor Car Company. La production est sur le point de commencer lorsque l ingénieur tombe gravement malade. Après quelque hésitation, Sam envoie à Durant un télégramme dans lequel il lui demande s il ne pourrait pas lui «emprunter» un ingénieur. Le lendemain, Durant arrive en compagnie de deux directeurs de Buick : le plan initial de collaboration est ressuscité et, en 1908, l usine fabrique 154 McLaughlin équipées d un moteur Buick.
Les voitures canadiennes acquièrent une réputation de qualité Le Canada adore ses McLaughlin. Après la victoire d une Buick sur le circuit d Indianapolis aux États-Unis, les publicitaires de chez McLaughlin veulent tirer profit de l imposante campagne de publicité de Buick. Ils persuadent même la direction de changer le nom de leur voiture qui s appellera désormais la Buick Lorsque les ventes chutent, la voiture est rebaptisée de nouveau : il s agit dorénavant de la McLaughlin-Buick. En 1908, Durant avait fusionné Buick et Oldsmobile pour créer General Motors, mais en 1910, il devient trop ambitieux, et les banquiers inquiets lui montrent la porte de sa propre compagnie. 1916 : Le modèle 490 de Chevrolet Qu à cela ne tienne, Durant met sur pied une autre compagnie avec un ancien pilote de course sur Buick, le Suisse Louis Chevrolet. Le succès de la Chevrolet est si fulgurant qu en 1915 le cours des actions de cette nouvelle société est suffisamment élevé pour que Durant reprenne la mainmise sur GM. Durant a l intention de construire une usine Chevrolet à Toronto, et les McLaughlin s inquiètent de la concurrence avec la Buick. Un jour qu il déjeune à New York en compagnie de Durant et d un actionnaire de Chevrolet, Sam s enquiert tout bonnement de la progression du projet canadien. «Pourquoi ne pas donner l affaire aux McLaughlin, Billy», laisse échapper l actionnaire. «Eh bien Sam, es-tu intéressé?», de demander Durant. Deux jours plus tard, Durant et les McLaughlin en viennent à une entente. Robert McLaughlin - qui n est pas encore tout à fait convaincu que l ère des voitures à chevaux est révolue - accepte à contre cœur de vendre son entreprise de voitures à chevaux pour donner libre cours à la production des Chevrolet à l usine d Oshawa, où sont déjà fabriquées les Buick. Comme ce fut le cas des McLaughlin-Buick, les Chevrolet construites au Canada suscitent un réel engouement. Sam McLaughlin a dessiné les plans de la carrosserie et l usine d Oshawa applique un fini de qualité supérieure. Après avoir vu une McLaughlin-Buick stationnée devant les bureaux de General Motors à New York, un directeur de GM demande qu on la lui fasse livrer chez lui : «Cette voiture attire les foules; elle ressemble autant à l une de nos Buick qu un St-Bernard à un teckel!»
L entreprise familiale devient la General Motors du Canada (De 1918 à nos jours) 1917 : R.S. McLaughlin devant sa résidence Le succès au Canada des Chevrolet des McLaughlin est aussi fulgurant que l est aux États-Unis celui des Chevrolet tout court. Toutefois, en 1918, ni George ni Sam n ont de fils intéressé à poursuivre. Au cours d une réunion de cinq minutes, la direction de GM accepte d acheter l entreprise des McLaughlin, à la condition que ceux-ci continuent de la diriger. Enchantés par ce témoignage de confiance, Sam et George deviennent respectivement les premiers président et vice-président de la General Motors du Canada. Sam occupe ce poste jusqu en 1945. À son décès en 1972, à l âge de 100 ans, il est toujours président du conseil d administration. Sous sa gouverne, la General Motors du Canada connaît une croissance extraordinaire et son apport à la production totale de GM est dorénavant d envergure.
La Lors de son 30e anniversaire en 1938, la avait produit un million de véhicules. En 1965, le Canada et les États-Unis signèrent l Accord commercial canado-américain sur les produits de l industrie automobile (Pacte de l automobile), qui permit à la d augmenter sa production de manière significative. Plus récemment, l Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) entre les États-Unis, le Canada et le Mexique a conduit à un commerce automobile ouvert en Amérique du Nord. Aujourd hui, la a la capacité de fabriquer plus d un million d unités en une seule année, donnant ainsi lieu à des gains à l exportation importants en expédiant environ 90 % de ces véhicules aux ÉtatsUnis. Elle satisfait également un tiers du marché de 1,2 million de véhicules au Canada, le neuvième marché le plus important au monde. Dans les années 1980, la lança un programme de réindustrialisation de huit milliards de dollars. Actuellement, GM Autoplex est le centre des opérations de fabrication de la à Oshawa. Il s agit du complexe de fabrication intégrée le plus important et le plus moderne d Amérique du Nord.