Présidentielle 2012 : Vos propositions pour l industrie Réponses de François Hollande 1. L industrie est-elle une de vos priorités? Pourquoi? L industrie figure en première page de mon programme parce qu elle est le pilier du redressement productif de la France, au cœur de mon engagement. La destruction de 750 000 emplois industriels depuis 2002 s accompagne d un niveau de chômage record et d un déficit abyssal de notre commerce extérieur, pesant sur l endettement du pays. Je veux inverser cette tendance. Par les gains de productivité qu elle permet, par son innovation, par les emplois liés, l industrie a un effet d entrainement qui va bien au-delà du secteur secondaire. Pour renouer avec la croissance et avec l emploi, je veux reconstruire une industrie forte qui tire vers le haut l ensemble de notre économie. 2. Quels sont, selon vous, les atouts et les faiblesses de l industrie en France? Nous avons des formations, des compétences et des savoir-faire reconnus, de l ouvrier à l ingénieur. Nous avons aussi une grande capacité d innovation, reposant sur un tissu de PME dynamiques et agiles. Nous avons, enfin, en France, de grands groupes internationaux - quand nous parvenons à les conserver. En revanche, en raison du plafond de verre qui pèse au-dessus des PME, nous manquons d entreprises de taille intermédiaire qui apportent de nouveaux produits jusqu au marché et qui exportent. Et si tant est qu il y ait une politique industrielle en France - à défaut de vision - elle est entièrement tournée vers les grands groupes et non vers l ensemble de notre économie, les PME ne comptant que par leur nombre et non pour leur potentiel de développement. 3. A votre avis, faut-il mettre en œuvre une politique spécifique pour les entreprises du secteur industriel? Si oui, pourquoi et quels en seraient les axes clés? Je veux redresser toutes les capacités productives du pays ; l industrie en est le cœur et appelle des réponses particulières. Je ferai des PME une priorité : je créerai une banque publique d investissement et mobiliserai l épargne pour favoriser l accès de ces entreprises aux financements. A travers le pacte productif, j orienterai les financements et les soutiens publics vers les entreprises qui investiront sur notre territoire et adopterai une fiscalité juste. En dotant l Etat d une capacité d intelligence stratégique et de prospective, j engagerai de grands projets technologiques pour développer les filières industrielles porteuses d avenir, mobilisant une Europe protectrice de son industrie. Enfin, je ferai des Régions le pivot de l action économique, au plus près des entreprises, au profit du développement de nos territoires et de notre compétitivité. 4. Parmi les dispositifs suivants, existants en France ou à créer, quels sont ceux que vous souhaitez préserver ou développer? (précisions bienvenues en commentaire) 1
Allègement du coût du travail Conférence nationale de l industrie Construction de champions nationaux d envergure mondiale Crédit impôt recherche Fonds stratégique d investissement Investissements d avenir Pôles de compétitivité Quotas d achat réservés aux petites et moyennes entreprises dans les commandes publiques Réduction d impôts (ISF, IR, IS ou droits de succession) pour l investissement dans des entreprises (jeunes, innovantes, en croissance, non cotées, etc.) Soutien à la croissance des entreprises petites et moyennes (OSEO, ) Soutien aux filières émergentes Commentaires : La plupart de ces dispositifs ont leurs avantages pourvu qu ils soient employés au service d une stratégie claire et partagée, visant le redressement industriel, qui manque aujourd hui. Je souhaite ainsi créer une mission de prospective industrielle et technologique qui, en rassemblant tous les acteurs, guide l action publique ; en parallèle, nous rapprocherons les dispositifs multiples de mise en œuvre des politiques publiques pour qu elles disposent d un bras armé lisible et efficace. Dans ce cadre rénové, nous retrouverons un Etat stratège pour développer de grandes filières et, en décloisonnant les acteurs dans les territoires, nous pourrons soutenir efficacement l innovation et la croissance des PME. C est, par exemple, tout l esprit de la banque publique d investissement qui, auprès des Régions, pivot de l action économique, pour son action territoriale, unira OSEO, FSI, CDC et fonds régionaux. Parmi ces mêmes dispositifs, quels sont, selon vous, ceux qui devraient être réduits, reconfigurés ou supprimés? (précisions bienvenues en commentaire) l Allègement du coût du travail l Conférence nationale de l industrie l Construction de champions nationaux d envergure mondiale l Crédit impôt recherche l Fonds stratégique d investissement l Investissements d avenir l Pôles de compétitivité l Quotas d achat réservés aux petites et moyennes entreprises dans les commandes publiques l Réduction d impôts (ISF, IR, IS ou droits de succession) pour l investissement dans des entreprises (jeunes, innovantes, en croissance, non cotées, etc.) l Soutien à la croissance des entreprises petites et moyennes (OSEO, ) l Soutien aux filières émergentes 2
l Autre :... l Autre :... l Autre :... Commentaire : Voir réponse à la question précédente. 5. Quel est pour vous le «mix énergétique» vers lequel doit tendre la France, à court et long terme? Comment voyez-vous l impact de ces choix sur l industrie et sur l emploi? J ai pris l engagement de réduire à 50 %, d ici à 2025, la part de production d électricité d origine nucléaire, en garantissant la sûreté des installations, en poursuivant l achèvement de l EPR de Flamanville et la modernisation de notre industrie. Je favoriserai en parallèle l efficacité énergétique et la montée en puissance de filières industrielles dans le domaine des énergies renouvelables, en soutenant l innovation et la compétitivité pour bénéficier de ce gisement de nouveaux emplois. Ce nouveau mix énergétique préservera notre indépendance en diversifiant nos sources d énergie, plaçant la France au premier rang des nations respectueuses de l environnement et développant l industrie et les emplois écologiques. 6. Au regard de la compétitivité de l industrie, vous paraît-il nécessaire de baisser le coût du travail en France? Si oui, que proposez-vous pour obtenir ce résultat? A ce stade, le premier enjeu pour l industrie française, face à la concurrence, est pour moi sa compétitivité hors prix, c est à dire sa capacité à produire des biens innovants et de qualité. Notre industrie a des atouts pour offrir un niveau de gamme élevé ; nous devons les développer encore : c est le principal enseignement que nous fournit la référence allemande. Alors que notre croissance, déjà faible, est davantage portée par la consommation intérieure que celle de nos voisins d outre-rhin d abord exportatrice -, il faut veiller à ne pas freiner cette dernière en attaquant le pouvoir d achat. L alignement qui consisterait à adopter une politique de modération salariale, par ses effets défavorables sur la demande globale, n aurait par ailleurs aucun sens à l échelle de la zone Euro, comme ceci est relevé par de nombreux économistes. 7. Faut-il sanctionner les entreprises qui délocalisent dans des pays étrangers? Si oui, comment? On peut comprendre que certaines entreprises aient besoin de se rapprocher de leurs clients, ce qui n empêche pas bon nombre de nos voisins européens de développer en parallèle la valeur ajoutée sur leurs territoires. Il en va autrement pour les entreprises qui délocalisent leurs usines à l étranger dans une logique de profit et au mépris de notre économie. Je ferai en sorte que ces entreprises soient contraintes de rembourser les aides publiques reçues. 8. Faut-il inciter les entreprises à localiser leur outil de production en France? Si oui, comment? 3
Je veux inciter les entreprises à investir sur notre territoire pour développer la production et l emploi en France. J orienterai pour cela les financements, les aides publiques et les allègements fiscaux vers les entreprises qui localisent leurs activités dans notre pays et qui sont offensives à l exportation. A cet égard, la fiscalité locale sera modulée en fonction des investissements réalisés. Plus globalement, c est l attractivité globale et l image de marque de la France qui doivent être travaillées. Cela passe par notre capacité à soutenir l innovation, à mettre en réseau les entreprises, à mettre en place des infrastructures adaptées, à proposer une main d œuvre de qualité Engager le redressement productif de notre pays, c est agir sur l ensemble de ces leviers. 9.... U n certain protectionnisme est-il souhaitable face à la concurrence des pays émergents? Si oui, à quelle échelle (française / européenne) et sous quelle forme? Serait-il compatible avec nos engagements internationaux (Union européenne, OMC)? Je récuse le terme de protectionnisme, qui renvoie à des heures peu glorieuses de notre continent. Mais je ne suis pas naïf : la concurrence n est pas acceptable quand elle est déloyale. Sans nous enfermer sur nous-mêmes, nous devons, avec lucidité à l échelle de l Europe, fixer des règles strictes de réciprocité, en particulier en matière sociale et environnementale. C est notamment le sens de la Contribution climat-énergie aux frontières de l Europe que je soutiens. Il s agit aussi d ordre monétaire au plan mondial. Je ne peux me résoudre à voir les importations progresser sans que les Etats-Unis ou la Chine acceptent une parité plus équilibrée pour laquelle nous devrons agir au niveau du G20. 10. Souhaitez-vous promouvoir une politique industrielle commune au niveau de l Union européenne? Si oui, comment? La politique industrielle a été trop longtemps absente des préoccupations de l Europe. Pendant que l Europe promouvait la concurrence en son sein, le reste du monde et les pays émergents s industrialisaient. Je veux promouvoir une politique industrielle concertée avec nos partenaires européens qui ne soit pas seulement faite de règlements mais qui engage de grands projets d avenir, lance de grands programmes industriels autour desquels nous pourrons rassembler nos forces. Les technologies vertes, le transport de marchandises, l énergie, sont autant de secteurs où nous pouvons créer ensemble de grands champions. Pour développer ces atouts, l Europe ne doit pas se concentrer sur la seule réduction des déficits. Elle doit accepter de se tourner vers la croissance, par exemple en mettant en place des projects bonds tournés vers les investissements d avenir. 11. Quelles mesures proposez-vous, éventuellement, pour inciter les jeunes à travailler dans l industrie? Je souhaite réhabiliter culturellement l image de l industrie, dans une définition pleinement contemporaine. Les industries de santé, les écotechnologies, l avion de demain seront autant d activités que nos jeunes seront fiers de pouvoir exercer, parce que nous aurons conduit, en lien 4
avec une politique de formation rénovée, une politique industrielle ambitieuse et cohérente, leur offrant des emplois valorisants. Sur un plan plus pratique, en lien avec les Régions, nous faciliterons les premières approches de l entreprise et des métiers industriels en milieu scolaire et nous rénoverons l orientation, à travers la mise en place d un véritable service public régional de l orientation, de la formation et de l emploi. 12. En conclusion, si vous deviez résumer votre vision de l industrie en France à l horizon 2017, quelles seraient ses caractéristiques? Le redressement porté par le pacte productif que je nouerai avec les entreprises, c est développer davantage d'activités et investir dans le pays, créer plus et innover plus pour vendre plus, exporter plus qu'importer, anticiper les mutations pour créer plus d'emplois qu il n en est détruit. C est aussi permettre à nos jeunes d accéder à l emploi et aux plus âgés de le conserver, dans le cadre du contrat de génération. C est également un pacte social qui développe les droits des travailleurs. Il s agit de créer les conditions d une vraie dynamique de croissance durable. L industrie est au cœur de ce pacte productif. En 2017, je veux que nous ayons partagé une stratégie industrielle, développé les filières porteuses d avenir et engagé de grands projets dans lesquels l industrie française se construit une place de premier plan au niveau international. Il faut que nos PME soient toutes dans une dynamique de développement et que nombre d entre elles soient devenues des entreprises de taille intermédiaire, exportant mondialement le savoir-faire français. Je veux que nous retrouvions la fierté d être une grande nation industrielle, capable de prouesses technologiques comme d offrir un emploi à tous nos enfants. 5