Rapport de l atelier n 3 Stimuler le renouveau industriel



Documents pareils
Augmenter l impact économique de la recherche :

Position de l ASTEE sur l innovation en matière de services d eau et de déchets

Prospective, scénarios et mutations. Daniel Brissaud - Yannick FREIN

Comité stratégique de la démarche Alsace 2030 : des ambitions fortes, une vision partagée

Economie & Territoires 3.0

CHARTE DES UNIVERSITÉS EUROPÉENNES POUR L APPRENTISSAGE TOUT AU LONG DE LA VIE

60 salariés. 3 MINISTÈRE est une agence Web, experte en CRM, e-commerce, data et analytics. Elle compte à ce. jour 25 salariés.

UN PROJET SCIENTIFIQUE ET CULTUREL POUR LA SOCIÉTÉ DE LA CONNAISSANCE

PROGRAMME DE CRÉATION ET INNOVATION TECHNOLOGIQUES EN CLASSE DE SECONDE GÉNÉRALE ET TECHNOLOGIQUE Enseignement d exploration

Transition Energétique, Modèle allemand, Innovation, Jeanne Frangié & Angelos Souriadakis

Regard sur hybridation et infogérance de production

APPEL à MANIFESTATIONS D INTERET (AMI) INVESTISSEMENTS D AVENIR EDITION 2010

Conseil Interrégional des Chambres des Métiers de la GR 2

Réunion Information Investissements d Avenir

Définition de la déclinaison régionale de la S3 pour la mise en place du PO francilien 2014/2020

son offre Executive Education

Position du CIGREF sur le Cloud computing

Une étude sur : «La Supply Chain comme facteur clé de compétitivité» Jeudi 27 juin 2013 Au Grand Hôtel Opéra, Paris

L innovation dans l entreprise numérique

Rapport d évaluation des masters réservés aux établissements habilités à délivrer le titre d'ingénieur diplômé

Faire face aux défis sociétaux et contribuer à la compétitivité du pays

Contribution des industries chimiques

LES PÔLES DE COMPÉTITIVITÉ : FAIRE CONVERGER PERFORMANCE ET DYNAMIQUE TERRITORIALE

GRR EEM Réseau Matériaux

Consultation sur le livre blanc du financement de la TEE Préparation de la conférence bancaire et financière : Contribution de la Caisse des Dépôts

L IDEX DE TOULOUSE EN BREF

Stratégie Open Source et Présentation du Centre de recherche et d innovation sur le logiciel libre

Investissements d avenir. Action : «Projets agricoles et agroalimentaires d avenir (P3A)»

Fiche d information 3 OÙ IRA L ARGENT?

Les nouveaux tableaux de bord des managers

solutions Investir dans des Plan stratégique

Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel Charente-Maritime Deux-Sèvres. 18 septembre 2012

Nos sociétés du troisième millénaire, leur nature, L enseignement supérieur et l innovation technologique : les enjeux pour Europe LES NOUVEAUX DÉFIS

La Chaire Accenture Strategic Business Analytics de l ESSEC

Areva, un groupe industriel intégré

Smart city. Smart agriculture. Construire aujourd hui le monde de demain!

Europe et Régions pour l éco-innovation et les éco-entreprises. Synthèse générale, Conclusions, Propositions et recommandations

Rapport d évaluation du master

ACCOMPAGNEMENT DES PME DANS LEUR DÉMARCHE D'INNOVATION. Réunion du 26 juin Rapport du Président CONSEIL RÉGIONAL N A.S.12

Bien vivre, dans les limites de notre planète

Cahier des charges thématique - Couverture du territoire par le très haut débit et développement des usages du numérique

L association française des docteurs

L innovation chez OSEO en 2010 L. REINHART Séminaire Aristote «La Recherche en quête d Innovation» Jeudi 18 Novembre 2010

Cloud Computing. Jeudi 17 décembre 2009

Arnaud Montebourg. Michel Sapin. Mercredi 25 juillet Ministre du Travail, de l Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social

360 feedback «Benchmarks»

L évolution du travail en réseau : une nouvelle donne stratégique

Investir, Épargner et Produire durablement :

Forum CXP. Le logiciel dans tous ses états! 14 juin Paris

Quels outils pour prévoir?

SBA Smart Buildings Alliance for Smart Cities Les enjeux du numérique pour les Bâtiments connectés Emmanuel FRANCOIS Président de l association SBA

Contribuer au Développement de Territoires Solidaires

UNE MEILLEURE CROISSANCE, UN MEILLEUR CLIMAT

Alma Consulting Group. aujourd hui sont vos investissements de demain»

Thème E Etablir un diagnostic stratégique Le diagnostic externe Analyse de l environnement de l entreprise

Moteur d idées pour véhicules spécifiques. Le Pôle de compétitivité Véhicules et Mobilités du grand Ouest

Objets connectés, avez-vous donc une âme?

Atteindre la flexibilité métier grâce au data center agile

APPEL A PROJETS PM UP GUIDE DE CANDIDATURE

Les leviers de performance du pilotage du processus achats/fournisseurs

OPTION SCIENCES BELLE-ISLE-EN-TERRE

CAHIER DES CHARGES DE L APPEL A PROJETS REGIONAL «INNOVATION» SESSION PLENIERE DES 19 ET 20 JUIN 2014

Inauguration de l atelier numérique - Montbonnot

Considérations sur la crise et le marché intérieur 1

Financement de vos innovations. Evénement Big Data 23/10/2014

Cette première partie pose les enjeux de la BI 2.0 et son intégration dans le SI de l entreprise. De manière progressive, notre approche situera le

RÉUNION DES MINISTRES DE L'ALIMENTATION, DE L'AGRICULTURE ET DE LA PÊCHE DES PAYS MEMBRES DU CIHEAM 9ÈME DECLARATION FINALE

La RSE au service de la stratégie de l entreprise et de la création de valeur

Pôle Risques? Systèmes de surveillance environnementale? L ASI Risques? Une brique centrale : SIG de Synext

#BigData Dossier de presse Mai 2014

HySIO : l infogérance hybride avec le cloud sécurisé

S e r v i r l e s clients actuels de maniè r e e f f ic a ce grâce a u «Co n s u m er Insight»

Capture et stockage du CO2 (CCS)

Innovation & Internationalisation (I²)

DEPLOIEMENT DES INFRASTRUCTURES A FIBRES UNE REPONSE DE L INDUSTRIE AUX ENJEUX OPTIQUES ET DES SERVICES TRES HAUT DEBIT

Question avec des mots clés. La réponse de ResEnTer. Entreprises. Simplifier les relations. Monter en maturité/thémathique

Des solutions de croissance pour les PME du logiciel

L industrie 4.0 : la 4ème révolution industrielle sauvera-telle l industrie française?

Le nouveau logo d ERDF réaffirme ses valeurs et son engagement en faveur de la transition énergétique

Les mesures en faveur de

ALSTOM GRID AU CŒUR DES RESEAUX INTELLIGENTS

Guide d Intégration PPM et ERP:

En route vers la troisième révolution industrielle!

LICENCE Administration publique Parcours : MANAGEMENT PUBLIC 2 ème année

La réforme : une opportunité pour la fonction formation

Pré-diagnostic du Développement Durable

A 13,3 jours, les retards de paiement des entreprises françaises sont au plus haut depuis dix ans.

Séminaire sur la Coopération Territoriale Européenne 2014/2020

En route vers le succès avec une solution de BI intuitive destinée aux entreprises de taille moyenne

Le challenge du renforcement des compétences. La qualité du service après vente : un enjeu stratégique. Un partenariat ambitieux avec l OFPPT

Stratégies gagnantes pour la fabrication industrielle : le cloud computing vu par les dirigeants Dossier à l attention des dirigeants

Métiers d études, recherche & développement dans l industrie

LES FONDS EUROPÉENS EN NORD-PAS DE CALAIS

Libérez votre intuition

Acquisition des actifs technologiques de Ciespace pour déployer l IAO sur le Cloud

De la captation de données à la Datavisualisation

Conséquences des changements de mode de vie sur la production et la distribution des biens de consommation : résultats d une étude du CRÉDOC

Transcription:

Rapport de l atelier n 3 Stimuler le renouveau industriel 1. La spécificité du «défi 3 : stimuler le renouveau industriel» Il s agit d un thème très particulier car de par son titre même, c est un défi qui se trouve beaucoup plus tiré par son but applicatif, le renouveau industriel, que poussé par les avancées de la recherche. Pour reprendre le questionnement des enjeux, ce thème est également particulier car ses enjeux économiques parlent d eux-mêmes. La réduction constatée de la part de la production manufacturière de 18% à 12% du PIB national sur quelques années nécessite une réaction nationale de reconquête qu appelle de ses vœux le président F. Hollande. Il est stratégique pour l avenir de notre pays qu il conserve et développe son industrie, structurante pour notre société et gage d exportations. Ceci ne sera possible que par une irrigation de notre industrie en innovations scientifiques et technologiques sur les produits, les procédés et les systèmes de production dans leur ensemble, et par l affermissement d une collaboration toujours plus efficace entre acteurs, notamment le long des chaines de valeur. L affirmation d une France industrielle représente également un objectif de reconquête sociétale qu il ne faut pas sous-estimer. L industrie ne retrouvera sa place en France que par une acceptation du corps social qui fait défaut aujourd hui : ce n est pas le plus mince des défis soulevé par cet atelier. Pour autant, le renouveau industriel n est pas monolithique. Il passera par les grandes et petites entreprises, par des filières industrielles multiples et des secteurs de pointes (énergie, transport ) qui font l objet de traitements spécifiques dans d autres défis. Le centrage de nos travaux représentait donc un premier défi que nous devions relever au sein de notre atelier. En effet, la consultation des membres industriels de notre atelier a permis de mettre en évidence les différences d attentes qui pouvaient exister : En fonction de l horizon de temps : ainsi Safran qui développe des réacteurs dans une vision à 30 ans veut que la recherche l aide à voir le plus loin possible En fonction de l approche privilégiée, par exemple thématique versus système : Alstom dans son métier d ingénieriste attend un fort effet de levier d une réflexion sur les systèmes de systèmes. De leur côté, les PME attendent de quoi constituer des briques technologiques autonomes ou composantes des systèmes appelés par les grands donneurs d ordres intégrateurs. Cela peut être des avancées de nature incrémentale, le plus souvent, mais parfois aussi en exploitation de ruptures technologiques.

En fonction des problématiques propres à chaque filière industrielle et à l articulation entre les enjeux sur les produits et ceux sur l outil de production. Plutôt que de raisonner par filières, ce qui nous aurait amené à venir sur le terrain thématique de la plupart des autres ateliers, nous avons fait le choix de polariser nos travaux sur l usine et les procédés industriels dans une approche transfilière telle qu elle est abordée dans la démarche européenne «Factory of the future» ou dans l approche allemande «Industrie 4.0». Cela nous a amené à consulter également les travaux menés sur l Usine du futur dans le cadre des 34 plans du Ministère du Redressement Productif, qui s inscrivent dans cette même logique transfilière. 2. Le renouveau industriel dans la vision «Usine du futur» L Usine du Futur est une démarche globale que nous avons tenté de symboliser à travers la planche ci-dessous. Usine du Futur Un thème central : l usine du futur Un modèle d usine au cœur de son écosystème, «l usine du futur», durable (en terme économique, énergétique, environnemental), centré sur l humain, «agile» (capable de se reconfigurer rapidement en fonction des demandes) reposant sur 5 concepts clés : A la demande Répondre à la demande du consommateur et fournir des produits personnalisés (produit standard déclinable selon le besoin clients) Organiser une relation flexible et interactive avec le réseau de fournisseurs et soustraitants Produit optimisé Fournir des produits de haute qualité, durables et à prix compétitifs Concevoir le produit comme une chaine dans laquelle intégrer des services Innover Introduire plus rapidement les innovations en s appuyant sur des développements collectifs Réduire les temps de développement du prototype de laboratoire à la production de série Vert Réduire la consommation energetique et favoriser le recyclage Envisager les nouvelles règlementations environnementales comme des opportunités Centré sur l humain Passer du paradigme centré sur la production à centré sur l humain Prendre mieux en compte les besoins des opérateurs et des clients 1 Elle part de la demande du consommateur/client souvent avide de produits très personnalisés. La réponse à la demande est le fruit d une large collaboration d acteurs partant du client jusqu au réseau des fournisseurs et sous-traitants. L Usine du Futur que nous décrivons doit être la réponse technologique et sociétale à l usine low-cost qui prévaut trop souvent aujourd hui et où les enjeux de compétitivité sont peu liés à l innovation. Nous visons donc des produits de haute qualité et inventivité, mêlant intimement produits matériels, immatériels et services.

L innovation est au cœur de cette vision. Elle ne peut survenir au niveau souhaité que par une mise en réseau que nous n avons pas su réaliser jusqu à aujourd hui. Cela signifie ingénierie collaborative, open innovation, réduction du temps de développement, révision et accélération de toute la chaine de conception. Se pose en particulier la difficile question de la propriété intellectuelle ou les positions sont encore trop souvent divergentes entre acteurs.. La communauté de la recherche et la communauté industrielle s affrontent trop souvent sur l hypothétique valeur d un brevet juste déposé qui n aura de prix qu au terme d opérations de valorisation de coût énorme. On ne doit doncpas considérer la recherche académique comme une activité rentable en soi et en attendre des retours financiers exagérés au titre de la propriété intellectuelle. Par contre, l investissement dans la recherche et développement fait au niveau d un pays est à l évidence une clé de son avenir économique et sociétal. En conclusion, il apparait nécessaire de clarifier les attentes des acteurs et de définir de nouveaux modes de coopérations académique industrie en matière de propriété intellectuelle pour sortir des difficultés actuelles. Pas d usine du futur sans prise en compte de la problématique mondiale de la raréfaction des ressources naturelles (matières premières mais également énergie et eau) qui est celle de notre 21 ième siècle. Au-delà des impacts potentiels directs sur les coûts de production, il faut donc penser développement industriel durable. Il faut aussi penser environnement : l usine doit se réconcilier avec la société : cela implique une usine propre qui limite au maximum les nuisances pour ses riverains. Elle pourra ainsi se rapprocher de lieux d habitation et refaire partie de l environnement quotidien du citoyen. L Usine du futur est centrée sur l humain : Pour attirer les talents dont elle a impérativement besoin dans ses développements Pour prendre en compte les limites physiques de ses employés (vieillissement de la population, maladies professionnelles ) Pour rester en contact étroit avec les attentes de ses clients, en lien avec le réseau de l entreprise étendue. Ces préoccupations écologiques et sociétales seront très certainement des problématiques transversales envisagées dans les divers ateliers. 3. Les priorités thématiques pour l Usine du futur. Les travaux du groupe ont conduit à identifier 10 thèmes clés pour l Usine du Futur. La synthèse de ces thèmes figure en annexe de la présente note. A partir de l analyse des enjeux liés au défi, 5 thèmes prioritaires ont été sélectionnés. Suivant les thèmes, les efforts devront porter sur différents volets : - l augmentation des efforts de recherche mais ce n est pas le plus important, - la focalisation des recherches sur l objet «usine du futur», - le type de recherche menée (recherche scientifique, recherche technologique, ), - les outils comme par exemple les lignes pilotes, - les approches privilégiées, notamment l approche système et la combinaison de différentes disciplines

Les 5 thèmes prioritaires sont brièvement décrits ci-dessous. L usine numérique : un changement de paradigme Tout le développement de l usine du futur est porté par les fantastiques avancées de l univers numérique. La chaine de production est jalonnée d outils logiciel aux initiales barbares (ERP, MES, FAO, ) et les progrès de l ingénierie de conception développent sans cesse une bibliothèque dont l établissement et l évolution sont extrêmement liées à la collaboration académique. Le numérique est également bien présent dans le pilotage et l animation des objets matériels : conduite des machines, outils de communication homme-machine, internet des objets mis à la disposition des opérateurs révolutionnant le partage de l information et donc de la décision dans l entreprise. Le développement accéléré du numérique n a pas encore atteint l usine dans son ensemble. Mais c est bien cette révolution qui est en train de se produire. La priorité sur ce thème doit notamment conduire à : - une plus grande focalisation des efforts de recherche en matière de numérique sur le thème usine numérique ; - une meilleure coordination de ces efforts ; - une orientation système visant à créer une chaine cohérence produit / procédé / usine d une part, conception / fabrication / usage / fin de vie d autre part L avancée des multi-matériaux Les produits du futur seront de plus en plus complexes. Ils seront constitués de matériaux avancés en associations de plus en plus complexes de sorte que chacun de ces constituants matériaux apporte son avantage spécifique dans le produit final (légèreté, conductibilité, résistance, dureté, ). A la diversité croissante de matériaux (nouveaux matériaux métalliques, composites, nanomatériaux, biomatériaux, ) s ajoutent des combinaisons de plus en plus variées entre matériaux. Les procédés de mise en forme et de mise en œuvre de ces multi-matériaux (technologies d assemblage, fabrication additive, poudres, traitements de surfaces, ) sont donc un des points-clés de l usine du futur. Ces matériaux «sandwich» ont dès lors des caractéristiques propres qu il convient de caractériser, valider, évaluer en vieillissement, en tolérance au dommage, selon leurs conditions d usage et de fonctionnement en environnement réel. A titre d illustration, les matériaux métalliques ont encore tout leur bien-fondé, mais ils devront s associer aux composites qui apportent déjà un rapport poids/résistance inégalé et qui progressent rapidement dans de nouveaux procédés de mise en œuvre rapides et économiques. Dans le même temps, la fabrication additive a émergé, offrant la possibilité de réaliser des pièces directement à partir de la maquette numérique, sans aucune perte matière. L utilisation de poudres multiples ouvre également la porte de pièces issues de la fusion de plusieurs matériaux.

Nous retrouvons là des enjeux de caractérisation et validation des pièces obtenues, qui nécessiteront de nombreuses études. Par ailleurs les produits du futur se feront de plus en plus intelligents. L insertion de capteurs dans les matériaux pour suivre l évolution de leurs performances constitue donc une tendance de fond qui va bouleverser les technologies de fabrication. On retrouve ici un lien fort avec les enjeux liés au développement du numérique. La priorité sur ce thème doit notamment conduire à mettre l accent sur : - le développement de ces multi matériaux ; - l interaction matériaux / procédé de mise en œuvre et de mise en forme des matériaux ; - l accent sur les technologies d assemblage multimatériaux. Des procédés de fabrication agiles et centrés sur l homme A l instar de la percée de la fabrication additive, l usine du futur se nourrit de procédés flexibles agiles, permettant de produire des objets de façon économe et compétitive. Il ne faut pas voir l usine du futur seulement comme des grandes unités industrielles porteuses de toutes les meilleures technologies d automatisme. De plus en plus les usines devront produire des petites séries, y compris sur les marchés de masse, et devront pouvoir évoluer rapidement avec l accélération du rythme de mise sur le marché des nouveaux produits. La flexibilité et la reconfigurabilité constituent donc des enjeux clés. Par ailleurs, il existe aussi une usine PME du futur, centrée sur une niche technologique, en très forte proximité avec ses clients, disposant d un outil de fabrication souple (micromachines, fabrication directe, ) jouant de sa spécialisation et de sa réactivité. Notre avenir industriel dépend fortement de notre capacité à faire émerger ce nouveau tissu industriel. Le rôle de la Recherche et de la technologie y est particulièrement crucial. Le mode de fonctionnement des filières, et notamment la gestion de la coopération grandes groupes / PME, est aussi un sujet clé à traiter pour développer ce tissu industriel. Avec cette nécessaire flexibilité mais aussi avec la montée en complexité des produits, les machines du futur devront de plus en plus interagir et coopérer avec l opérateur. Les robots doivent être collaboratifs (travail conjoint et sans barrières physiques entre l homme et le robot), voire venir en démultiplicateur de la force humaine comme c est le cas avec les exosquelettes. Des recherches importantes restent également à mener dans la communication homme-machine et sur les interfaces naturelles. Dans tous ces domaines, la coopération avec les SHS est absolument déterminante. La priorité sur ce thème doit notamment conduire à mettre l accent sur : - les technologies de production flexible ; - la coopération homme / machine, notamment la cobotique. Une attention particulière devrait être portée aux procédés industriels qui permettent la fabrication de nouveaux produits génériques (diffusion très massive dans l ensemble secteurs

applicatifs), et stratégiques (forte création de valeur en aval, dans les nouveaux systèmes et/ou services qu ils permettent de réaliser). Répondant à ces critères, on peut citer, sans être aucunement exhaustif : les procédés de fabrication des puces électroniques ultra basse consommation qui créeront de la valeur tout le long de la chaine de l Internet des Objets ; les procédés de fabrication des batteries de dernière génération qui permettront l électrification des transports depuis la voiture à la marine et aux avions; les procédés de fabrication des panneaux photovoltaïques à haut rendement qui accélèreront la transition énergétique. Il existe au niveau mondial une compétition très sévère pour la localisation des futures usines capables de produire massivement ces nouveaux produits génériques et stratégiques. Elle est pleinement assumée aux EtatsUnis (report to the President on capturing domestic competitive advantage in advanced manufacturing ; executive office of president ; President s Council of Advisors on Science & Technology), et a été mise en évidence en Europe (final report High Level group Key enabling technologies). En effet, ces produits étant génériques et stratégiques, il faudra soit les produire, soit les importer. La réussite de projets de développement technologique les concernant, et l ancrage sur notre territoire des premiers pilotes industriels (lignes pilotes, déploiements pionniers destinés à bénéficier très tôt des retours du marché) sont des atouts fort pour la sélection ultérieure des sites français. Capteurs et instrumentation : clé d entrée incontournable Pas de machine ni de produit intelligent sans une prise d information physique fine, fiable et économique. Nous disposons en France de belles compétences scientifiques en la matière, sans doute parce que c est un des rares secteurs où l on a su mettre en véritable synergie une capacité de recherche publique de volume critique et des industriels transformateurs de technologie. L homme «bionique», par exemple, n existera que par les avancées qui seront faites dans ce domaine. Il convient aussi de souligner le rôle clé de la métrologie, pour assurer la qualité des produits et/ou démontrer la conformité à la réglementation, notamment lorsqu on passe à des échelles nanométriques. Au-delà des capteurs, il faut développer une énorme capacité de traitement d information pour utiliser les données rassemblées, les confronter et enfin délivrer la bonne information. On reboucle là sur toute la problématique du numérique: big data, cloud, La priorité sur ce thème doit notamment conduire à mettre l accent sur : - les micros capteurs insérés dans les produits et les procédés ; - les systèmes de collecte et de traitement des données de production à haute performance - l instrumentation et la métrologie.

Usine verte Dans un monde de ressources rares et de plus en plus chères (énergie, matière première, eau, air, sol.), l usine du futur devra être économe et responsable. En particulier l usine doit se réconcilier avec la société et s insérer harmonieusement dans son écosystème de proximité. Cela suppose de développer des analyses de cycle de vie au sens large, sur l ensemble du système de production, et de concevoir et de mettre en place des systèmes intégrés de gestion de l énergie, des matières premières, des rejets, de risques, etc.. Cela suppose aussi de développer l économie circulaire, les produits à base de matières premières recyclés, les procédés adaptés à ces matières, l économie de matière, les matières de remplacement, l éco conception, etc 4. Priorité en termes de méthode : pour une relation féconde entre Recherche et Industrie Toutes les avancées technologiques décrites plus haut sont possibles, certains diront qu elles sont déjà trop évidentes et que nous n allons pas assez loin. Pour autant, leur réalisation en France, dans une continuité allant du laboratoire public au laboratoire privé et à la mise en application sur notre territoire est loin d être acquise. C est pourtant tout l enjeu de notre défi du renouveau industriel! Nous nous sommes donc penchés sur les moyens d action et de transfert à promouvoir dans le cadre de notre défi. Ces vecteurs sont d une importance capitale car ils doivent favoriser une collaboration public/privé reconnue aujourd hui par tous comme déficiente. Le groupe a d abord mis en avant dans une belle unanimité la difficulté française à reconnaitre sa noblesse à la recherche technologique. De fait, même si la création et le succès des Instituts Carnot ont apporté une note positive au sein de la communauté de la Recherche, il reste encore beaucoup à faire au plan culturel pour que la recherche française accepte de se positionner sur les TRL 4 à 6 comme sait le faire l Université allemande. Les lignes pilotes industrielles sont à l évidence une réponse adaptée aux grands défis technologiques. Cela renvoie au succès de l initiative Minalogic en nanotechnologies. La réflexion européenne sur les «kets» (nanoélectronique, nanotechnologies, photonique, matériaux avancés, manufacturing, biotechnologies) qui recoupe fortement nos propres réflexions, permet d envisager d autres réalisations ambitieuses dans les années à venir que ce soit sur les systèmes énergétiques embarqués à forte efficacité et faible impact CO², les bioraffineries, le manufacturing. Il y faut un partenariat industriel fortement incarné, le plus souvent par des groupes industriels de premier plan. Il faut aussi des démarches applicatives au plus près de la réalité industrielle et des PME et une démarche spécifique en direction des PME du secteur des biens d équipements.

Pour les démarches applicatives en grandes entreprises et ETI, nous disposons de nombreux outils structurels, la France a multiplié les initiatives en termes de structures pour répondre à cette problématique de fond : Instituts Carnot, IRT, IEED, Centres techniques, plateformes technologiques. Il nous parait important que ces initiatives et structures souvent issues de base régionale se trouvent reliées et pilotées dans une vraie cohérence nationale. Le système du futur doit savoir à la fois construire l offre technologique au niveau national et international et se rendre présent dans le même temps dans les territoires au plus près des PME qui en tireront profit. C est l esprit du déploiement CEA-Tech en cours, de la structuration en IRT, de la présence multirégionale qu entretient un Centre Technique tel que le Cetim. L avenir doit nous amener à mieux additionner et combiner ces différentes approches. Dans la plupart de nos secteurs industriels, les PME font l essentiel du tissu. Elles ne peuvent individuellement rentrer dans un programme de R&D publique sans tomber sous la dépendance de grands groupes. Dans certains cas, cela leur est profitable car elles bénéficient ainsi de débouchés naturels en fin d étude, mais plus souvent, les PME ne trouvent pas de programme adapté à leurs vrais objectifs, très applicatifs. Il faut donc des démarches beaucoup plus sur mesure, à l écoute des PME. Cela pose en particulier un problème d outil de financement, le système français, par ailleurs fortement redistributeur, n apportant guère de soutien adapté à la R&D applicative en PME. Au niveau européen, le passage du 7 ième PCRD à «Horizon 2020 ouvre des perspectives intéressantes par son objectif clairement exprimé de favoriser davantage l applicatif et de cibler un soutien aux PME. Se pose aussi la question de l évolution du tissu de nos PME. Elles ne sauront se tourner vers l usine du futur que par une appropriation de nouveaux concepts stratégiques avant même d envisager les aspects technologiques. Il y a un travail d accompagnement de proximité aujourd hui mené d une part par les outils de mutualisation tels que les pôles de compétitivité et d autre part par des structures technologiques de proximité géographique (ex : CRT) ou professionnelle (ex : Centres Techniques Industriels). Enfin, il y a le cas particulier des PME du secteur des biens d équipement. Ce secteur économique est faible en France, ce qui constitue une vulnérabilité importante pour aborder les défis de l usine du futur. Mais la France dispose d un tissu significatif de PME, notamment dans le domaine de la mécanique, qui trop souvent ne produisent pas de produits propres, mais qui pourraient évoluer vers la production de biens d équipements essentiels pour l usine du futur. Une action spécifique dans ce domaine, inscrite dans la durée, dans le cadre d un nécessaire partenariat avec les grands donneurs qui constituent les «end users» de ces technologies, mériterait d être étudiée et engagée.

5. Quelques recommandations Du fait du manque de temps, nous avons focalisé nos travaux sur le manufacturing, mais nous avons pu apprécier chemin faisant, les interactions et lignes de force qui se dégagent de façon transversale au-delà du cadre de notre défi. Nous en retiendrons 3, tout particulièrement. La problématique des systèmes de systèmes est première ou sous-jacente dans la plupart des thématiques que nous avons dû explorer. Il n est pas douteux pour nous que cela représente un thème transversal fort. Il doit néanmoins, pensons-nous, rester ancré dans son objet industriel pour être fécond. La compréhension du «business model» des systèmes de production du futur. Les recherches dans ce domaine doivent s intensifier dans l objectif d éclairer les décideurs à tous niveaux, et en particulier pour réfléchir aux dispositifs d accompagnement des entreprises dans une perspective d ensemble L impulsion du numérique sur l évolution technico-économique de notre société est fondamental. De ce fait, au contraire de la vision applicative que nous défendons ici dans notre cause du renouveau industriel, nous considérons que la recherche fondamentale dans les technologies numériques est un vecteur puissant et utile à l avènement de l usine du futur. Enfin, même s il ne s agit pas de recherche, le groupe souligne l importante d agir sur l attractivité sur l ensemble de ces domaines de l usine du futur. Car la qualité des hommes, qu ils soient opérateurs dans une usine ou chercheurs sur l usine du futur, constituent le faveur le plus déterminant sur l efficacité des actions à engager. Rééchanter l industrie et l usine doit constituer la priorité n 1. De même, un accent sur la formation apparait tout à fait nécessaire, qu il s agisse de former des professionnels pour les usines ou de développer des compétences pour irriguer les recherches à conduire dans ces domaines. 6. Compléments sur les neuf questions génériques Cette annexe est disponible à l adresse suivante : https://dgri-cloud.univlr.fr/public.php?service=files&t=d4daeec3a1b335b9e70563e2dc840feb