RÉSEAUX D ÉLEVAGE POUR LE CONSEIL ET LA PROSPECTIVE COLLECTION THÉMA CALCULER LE COÛT DE PRODUCTION D UN ATELIER BOVINS LAIT Méthode nationale développée par l Institut de l Élevage dans le cadre du dispositif Réseaux d élevage La maîtrise du coût de production a toujours été cruciale pour la viabilité des exploitations. Mais qu entend-on par coût de production? Face à la multiplicité des approches, une méthode nationale a été mise au point par l Institut de l Élevage en lien avec les Chambres d agriculture dans le cadre des Réseaux d élevage. Elle permet de calculer le coût de production de l atelier lait dans toutes les exploitations laitières, y compris dans les systèmes diversifiés. Construite dans le respect de l approche préconisée par le réseau IFCN (International Farm Comparison Network), elle rend également possible les comparaisons internationales. Son adaptation aux autres filières herbivores étant encore en cours, certains ajustements de détail sont toutefois susceptibles d être proposés dans les mois qui viennent. Le calcul du coût de production soulève un grand nombre de questions méthodologiques. Même si à chaque fois plusieurs réponses pertinentes sont possibles, des choix sont nécessaires pour permettre la comparaison des résultats entre exploitations. LE COÛT DE PRODUCTION CONCERNE L ENSEMBLE DE L ATELIER BOVINS LAIT Les contours de l atelier bovins lait incluent la production laitière, l'élevage des génisses de renouvellement, la production fourragère et la production des céréales autoconsommées par le troupeau laitier. La production de veaux de boucherie ou de taurillons laitiers n est pas prise en compte. Les veaux laitiers destinés à cette fin sont "cédés" à l atelier viande à leur prix de vente habituel. Le coût de production de l atelier bovins lait comprend : Les charges courantes : charges opérationnelles de l atelier laitier et charges de structure courantes liées à cet atelier (fermages, carburants, électricité, ). Les amortissements : bâtiments nécessaires à la production laitière (salle de traite, logement des vaches et des génisses, silos, ) et matériel pour cultiver les surfaces destinées à l alimentation du cheptel laitier. Des charges supplétives : rémunération des terres en propriété, des capitaux propres et du travail des exploitants. Il se rapporte au produit de l atelier, qui comprend : Le produit de la vente du lait Le produit viande de l atelier (veaux et réformes) La part des aides "affectables" à l atelier laitier Il s exprime en euros par 1000 litres de lait brut commercialisé. BOVINS LAIT Se former à la méthode Coût de production : Plus d informations sur la méthode et sur les formations proposées par l Institut de l Élevage sur l approche coût de production à l adresse suivante : http://www.instelevage.asso.fr/html1/spip.php?article=17582 Résultats nationaux 1
> Tableau 1 : un exemple illustratif de calcul de coût de production en zone de plaine (conjoncture 2007) Unité : / 1000 litres de lait vendus Coût de production de l atelier lait 430 > Charges courantes 251 Achat d aliments 66 Concentrés et minéraux 64 Achats de fourrages 2 Approvisionnement surfaces 28 Engrais et amendements 10 Semences 4 Autres charges végétales 14 Frais d élevage 40 Frais véto 11 Autres frais d élevage 29 Achats d animaux 7 Mécanisation [hors amortissements] 40 Travaux par tiers 16 Carburants et lubrifiants 10 Entretien du matériel 12 Achat petit matériel 2 Bâtiments [hors amortissements] 13 Eau 4 Électricité et gaz 6 Entretien du bâtiment 3 Frais généraux 57 Frais divers de gestion 26 Fermage (frais réels) 17 Salaires et charges salariales 4 Frais financiers 10 > Amortissements 61 Matériel 30 Bâtiments et installations 31 > Charges supplétives 118 Rémunération terres en propriété 4 Rémunération capitaux propres 7 Rémunération travail non salarié 107 dont MSA exploitants 27 Produit de l atelier lait 427 Lait vendu [ 382 000 litres ] 316 Produit viande de l atelier 51 Aides couplées 9 Aides 2 ème pilier 4 Aides découplées 47 LE COÛT DE PRODUCTION L approche "coût de production" consiste à mettre en regard toutes les charges et tous les produits liés à la production laitière, et seulement celles et ceux qui s y rapportent. Trois grandes catégories de charges Les charges courantes sont les dépenses qui ont donné lieu à des flux monétaires au cours de l exercice comptable, chaque poste étant ajusté des variations de stocks. Les céréales autoconsommées sont intégrées sur la base de leur coût de production. Les amortissements correspondent à l usure et l obsolescence du matériel, des équipements et des bâtiments utilisés pour la production laitière. Les charges supplétives sont le fruit d un calcul visant à rémunérer les facteurs de production que l exploitant met à la disposition de son entreprise. Elles concernent les terres en propriété (rémunérées au prix du fermage moyen), les capitaux propres (rémunérés à un taux d intérêt de 3 %) et le travail que les exploitants consacrent à l atelier (rémunéré sur la base de 1,5 SMIC net par UMO plus les charges sociales MSA). Les produits affectés à l atelier laitier Le poste "Lait vendu" correspond au prix moyen du lait vendu au cours de l exercice comptable. Le poste "Produit viande de l atelier" intègre la vente ou la cession interne de veaux de 8 jours et la vente ou l autoconsommation de vaches ou de génisses laitières, le tout ajusté des variations d inventaires de cheptel. Le poste "Aides couplées" comprend les aides SCOP maïs et céréales des surfaces utilisées par le troupeau laitier, la PAB vaches laitières et toutes les aides spécifiques à l atelier. Le poste "Aides du 2 ème pilier" comprend principalement l ICHN, affectée au prorata des UGB, et la PHAE, affectée au prorata des surfaces en herbe. Le poste "Aides découplées" correspond aux DPU, qui sont affectées au prorata des ha utilisés pour le lait. Pour une analyse plus technique du coût de production, quelques regroupements utiles : 2
PRIX DU LAIT ET RÉMUNÉRATION DU TRAVAIL Deux indicateurs complémentaires peuvent être déterminés à partir des composantes du coût de production : LE TRAVAIL : SUR QUELLES BASES LE MESURER ET LE RÉMUNÉRER? Par convention, le temps de travail est évalué en équivalent temps plein ; une personne à plein-temps sur l exploitation compte pour une UMO (unité de main-d'œuvre). Si elle n est pas déjà évaluée par ailleurs, la part de travail liée à l atelier laitier d une exploitation diversifiée peut être estimée via des clés de répartition issues du référentiel des Réseaux d élevage, lui-même élaboré à partir d enquêtes Bilan travail. La rémunération du travail ne concerne que la main-d œuvre non salariée non bénévole (les salaires et charges salariales sont pris en compte dans les charges courantes). Par convention, le travail non salarié est valorisé sur la base de 1,5 SMIC net par UMO auquel on rajoute les charges sociales exploitants (base MSA). Mais en toute logique, il faudrait le valoriser à son coût d opportunité (niveau que l on estime pouvoir obtenir en travaillant à l extérieur). La "rémunération du travail non salarié permise par le produit" : Cet indicateur mesure la part des produits qui reste pour rémunérer la main-d'œuvre non salariée consacrée à l atelier laitier une fois couvertes toutes les autres charges. "Rémunération du travail non salarié permise par le produit" = Produit total Coût de production total hors rémunération du travail non salarié Soit, dans l exemple du tableau 1 : 427 - [ 430-107 ] = 104 / 1000 litres Le "prix du lait permettant un niveau de rémunération donné du travail" Cet indicateur mesure le prix du lait nécessaire pour rémunérer à un niveau donné la main-d œuvre non salariée consacrée à l atelier laitier compte tenu du montant déjà couvert par les aides et par le produit viande de l atelier. Il s obtient par la formule suivante : "Prix du lait pour N SMIC par UMO consacrée à l atelier laitier" = Coût de production total hors rémunération du travail non salarié [ Produit viande + Aides ] + Rémunération du travail non salarié calculée sur la base de N SMIC Soit, dans l exemple du tableau 1, pour 1,5 SMIC par UMO : [ 430-107 ] - [ 51 + 9 + 4 + 47 ] + 107 = 320 / 1000 litres Le graphique 1 permet de situer le niveau de rémunération de la main-d œuvre non salariée en fonction du prix du lait pour l exemple donné dans le tableau 1. Ce niveau de rémunération est exprimé en nombre de SMIC net par UMO consacrée à l atelier lait une fois couvertes les charges sociales (base MSA). On peut également en déduire le prix du lait qui permet de rémunérer le travail sur une base donnée. > Graphique 1 : Prix du lait et rémunération de la main-d'œuvre non salariée calculés pour l exploitation prise en exemple au tableau 1 Valeur du SMIC net annuel retenue dans les calculs : 11 400 par UMO [ Niveau 2007 arrondi ] 3
DES CLÉS POUR RÉPARTIR LES CHARGES ET LES PRODUITS NON AFFECTES Même si une partie des charges et des produits sont spécifiques à la production laitière, certains postes doivent être répartis entre les ateliers et des coefficients sont proposés pour le faire. Ces clés de répartition représentent des rapports de charges entre ateliers ou types de surfaces. Basées sur des unités physiques (UGB ou ha), elles sont pour la plupart issues des référentiels des Réseaux d élevage et peuvent varier selon la nature du système, et, bien évidemment, selon le poste de charges ou de produits considéré. Le tableau 2 illustre la façon dont les charges sont réparties entre ateliers par application des clés de répartition selon qu il s agit de charges adossées aux surfaces (ex : carburant) ou de charges directement adossées aux ateliers (ex : travail des exploitants). Un utilitaire fourni à l occasion des formations permet de s approprier la méthode et de réaliser les calculs à partir des coefficients issus des Réseaux d élevage. Cas des charges adossées aux ateliers Prenons par exemple le poste "Rémunération du travail" de l exemple présenté au tableau 2, qui s élève à 75 147 pour l ensemble des ateliers. Les clés de répartition atelier permettent de calculer les montants élémentaires affectables à l atelier principal (BL) puis ceux affectables aux ateliers secondaires (BV et CV) : Charge par UGB Bovins lait = Ch. totale / [ UGB BL x clé BL + UGB BV x clé BV + ha CV x clé CV ] = 75147 / [ 80 x 1,0 + 108 x 0,6 + 30 x 0,2 ] = 498,3 / UGB Charge par UGB Bovins viande = Charge par UGB BL x clé BV = 498,3 x 0,6 = 299,0 / UGB Charge par ha de culture de vente = Charge par UGB BL x clé CV = 498,3 x 0,2 = 99,7 / ha On utilise ensuite ces montants élémentaires pour calculer les montants à affecter aux différents ateliers selon leur taille (en UGB ou en ha). Cas des charges adossées aux surfaces Prenons maintenant le poste "carburants et lubrifiants" de l exemple utilisé dans le tableau 2, qui s élève à 17 174. On commence par répartir cette charge entre les différents types de surfaces (SH : herbe, CF : cultures fourragères et CV : cultures de vente) sur la base des clés de répartition "surfaces" : Charge par ha de surface en herbe = Ch. totale / [ ha SH x clé SH + ha CF x clé CF + ha CV x clé CV ] = 17 174 / [ 130 x 1,0 +20 x 3,6 + 30 x 1,6 ] = 68,7 / ha Charge par ha de surface en culture fourragère = Charge par ha de SH x clé CF = 68,7 x 3,6 = 247,3 / ha Charge par ha de surface en culture de vente = Charge par ha de SH x clé CV = 68,7 x 1,6 = 109,9 / ha On utilise ensuite ces charges élémentaires pour calculer les montants à affecter aux différents ateliers selon les surfaces qu ils utilisent dans chaque catégorie (SH, CF et CV). NB : Une fois calculé le montant affectable à l atelier "cultures de vente", on calcule la part de ce montant qui devra être réaffectée à l atelier lait pour tenir compte des céréales autoconsommées en utilisant le % de surfaces en CV utilisées par le troupeau laitier. > Tableau 2 : exemple de répartition de quelques postes de charges entre ateliers Cas d une exploitation mixte lait + vaches allaitantes avec vente des céréales non consommées par les animaux (3 UMO non salariées) Total Exploitation Atelier BL Atelier BV Cultures de ventes dont prélevées pour les BL Sélection d une clé de répartition des charges non affectées BL 80 UGB Clés de répartition BV SH CF 108 130 20 UGB ha ha CV 30 ha Exemple d une charge adossée aux ateliers Rémunération du travail 75147 39864 32292 2991 1097 Exemple d une charge adossée aux surfaces Carburants et lubrifiants 17174 7639 6238 3297 1209 Surfaces utilisées par le troupeau BL (ha) 50 17 11 Surfaces utilisées par le troupeau BV (ha) 80 3 [ MO ] Tous systèmes 1,0 0,6 0,2 [ MECA ] Zones polyculture 1,0 3,6 1,6 BL = atelier bovins lait ; BV = atelier bovins viande ; SH = surface en herbe ; CF = cultures fourragères ; CV = cultures de vente Par construction, dans les séries de clés de répartition "surfaces", la clé SH est toujours égale à 1. Et, dans les séries de clés de répartition "ateliers", la clé de l atelier principal (ici l atelier bovins lait) est toujours égale à 1. 4
REPRÉSENTATIONS GRAPHIQUES Les composantes du coût de production peuvent être représentées sous deux formes graphiques : soit en affichant les charges au regard des produits, soit en superposant les deux types de valeur sur un même segment (graphique 2). INTÉRÊT ET LIMITES DU COÛT DE PRODUCTION > Graphique 2 : coût de production et indicateurs associés selon l exemple du tableau 1 Le principal intérêt du coût de production est de pouvoir comparer sa valeur entre exploitations ou groupes d exploitations. Cet indicateur permet une représentation simple des résultats économiques de l atelier, dans laquelle charges et produits s expriment dans la même unité. Mais il ne suffit pas pour apprécier pleinement les performances économiques de l exploitation. Un coût de production faible n est d ailleurs pas toujours synonyme d une bonne santé de l exploitation. En effet, il peut occulter des investissements en fin de vie compromettant la pérennité de l exploitation. Dans des systèmes diversifiés, les interactions entre ateliers ne sont pas toutes prises en compte. En système lait & cultures, on peut par exemple avoir intérêt à maintenir un rendement laitier élevé au prix d un coût alimentaire important si cela permet de dégager de la surface pour des cultures très rentables. Et lorsque l exploitation possède un atelier hors-sol producteur de déjections, celles-ci permettent de sérieuses économies d engrais. Pour en savoir plus : Voir les résultats par système dans la synthèse nationale Bovins lait 2007 des Réseaux d élevage : http://www.instelevage.asso.fr/html1/spip.php?article=16906 Des écarts importants entre élevages Le coût de production est en moyenne plus élevé en montagne qu en plaine, mais on observe des écarts importants entre exploitations au sein d un même type de zone. > Variabilité du coût de production en 2007 dans les exploitations des Réseaux d élevage [ / 1000 litres ] Maximum 3 ème quartile Moyenne 1 er quartile Minimum 5
LE RÉSEAU INTERNATIONAL "IFCN" > Contact national : Jean-luc.reuillon@ > Site internet IFCN : http://www.ifcndairy.org/ L IFCN est une association basée à l université de KIEL en Allemagne, à laquelle adhèrent une cinquantaine de pays dont la France (au travers de l Institut de l Élevage). Sa principale activité est de développer et d actualiser une base de données internationale sur le coût de production du lait. La base de données de l IFCN rassemble 134 cas-types bovins lait issus de 45 pays. Les résultats sont traités et harmonisés selon une méthode commune. Ils sont publiés chaque année dans un rapport faisant suite à une conférence, durant laquelle chaque partenaire présente et analyse ses résultats. Le tableau 3 illustre la diversité des situations entre l Europe, l Amérique et la Nouvelle-Zélande. > Tableau 3 : Le coût de production 2007 de l atelier lait pour quelques cas types de la base de données IFCN Attention : les exemples choisis ne sont pas forcément représentatifs des pays considérés. / 1000 litres France Allemagne Argentine N-Zélande USA Canada Centre Nord Wisconsin Lait vendu [ x 1000 litres ] 492 670 2446 5313 3656 1110 Nombre de VL 60 82 400 960 350 131 SAU [ ha ] 110 85 485 335 300 249 Produit atelier lait 396 430 196 175 384 518 Prix du lait 305 350 183 163 338 499 Produit viande 46 45 12 12 42 19 Aides 45 35 0 0 4 0 Coût de production 402 415 146 189 314 491 > Charges courantes 240 258 108 142 272 287 dont achats d aliments 65 64 30 40 41 54 dont fermage 8 18 0 0 4 9 dont salaires et charges salariales 37 8 19 22 40 45 dont frais financiers 27 10 0 31 12 32 > Amortissements 57 27 2 13 22 33 > Charges supplétives 105 130 36 34 20 172 dont travail non salarié 88 94 7 3 10 81 Contacts régionaux Réseaux d élevage bovins lait Nord-Pas de Calais, Picardie Emmanuel BEGUIN emmanuel.beguin@ Champagne-Ardenne, Lorraine,Alsace Dominique CAILLAUD dominique.caillaud@ Franche-Comté Anne-Marie MEUDRE am.meudre@ jura.chambagri.fr Rhône-Alpes, PACA Monique LAURENT monique.laurent@ Aquitaine, Midi-Pyrénées Jocelyn FAGON jocelyn.fagon@ Auvergne-Lozère, Centre-Allier Jean-Luc REUILLON jean-luc.reuillon@ Poitou-Charentes Benoît RUBIN benoit.rubin@ Pays de la Loire Didier DESARMENIEN didier.desarmenien@ mayenne.chambagri.fr Bretagne Bernard LE LAN bernard.lelan@ morbihan.chambagri.fr Basse Normandie, Haute-Normandie Jérôme PAVIE jerome.pavie@ Coordination nationale Jean SEEGERS jean.seegers@ Crédit photos : J.L. Reuillon, Institut de l Élevage Création : Bêta Pictoris - Réalisation : Florence Benoit LES RÉSEAUX D ÉLEVAGE Les Réseaux d Élevage sont un dispositif partenarial associant des éleveurs et des ingénieurs des Chambres d Agriculture et de l Institut de l Élevage. LES PARTENAIRES FINANCEURS La méthode "coût de production" a été élaborée avec l'appui financier du CNIEL, de FranceAgriMer et du Ministère de l'alimentation, de l'agriculture et de la Pêche (CasDAR) 6 Septembre 2009 Document édité par l Institut de l Élevage - 149 rue de Bercy, 75595 Paris cedex 12 www. - ISBN : 978 2 84148 762 2 - PUB IE : 00 09 50 115