NOTIONS 1) Origine de l expression «Guerre froide» : George Orwell (écrivain et journaliste anglais) : le premier à utiliser l expression, dans un article sur les conséquences géopolitiques de la nouvelle menace atomique («You and The Atomic Bomb», Tribune, Londres, oct. 1945). Walter Lippmann (journaliste américain) : c est lui qui popularise l expression auprès du grand public dans une série d articles ayant pour titre The Cold War, 1947. Pour lui, c est la forte opposition entre les deux grandes puissances, sans affrontement direct. Raymond Aron (politologue français) : résume la GF dans une formule célèbre «paix impossible, guerre improbable» (dans Paix et Guerre entre les nations, 1962). Il insiste sur l importance des «guerres périphériques» (ex. la Corée) qui sont très meurtrières ce qui nuance la notion de Guerre froide qui peut être «chaude» sur les territoires des alliés. Préfère parler de «guerre limitée» ou de «paix belliqueuse». Georges-Henri Soutou (historien français) : la notion de GF n est pas convaincante. Préfère parler de «conflit Est-Ouest» ou de «guerre de 50 ans» (dans La Guerre de 50 ans, 2001). C est un conflit total ou global (idéologique, politique, militaire ) avec des «points chauds». 1 M. Haddak, lycée de Domont, 95 330
2) D autres notions liées à la Guerre froide : - «La coexistence pacifique» : Doctrine soviétique voulue par Nikita Khrouchtchev en 1956 pour limiter l affrontement avec les États-Unis. Elle se comprend dans le contexte de la déstalinisation en URSS. Elle n empêche pas toutefois certaines tensions comme à Cuba en 1962. - «La Détente» : Nom donné à la période comprise entre la fin de la crise des missiles à Cuba (1962) et 1975 (conférence d Helsinki) marquée par la reconnaissance des frontières en Europe, la multiplication des contacts politiques (processus de désarmement, de non-prolifération des armements nucléaires) ou culturels. - «Guerre fraîche» : Nom donné à la seconde période de la Guerre froide (1975-1985) marquée par le durcissement de l opposition Est-Ouest (Chute de Saigon au Vietnam, Guerre d Afghanistan à partir de 1979, boycott des jeux olympiques de Moscou en 1980, présidence de R. Reagan pour qui l URSS était «l Empire du mal»). - Monde bipolaire : Les relations internationales entre 1945 et 1991 sont marquées par l opposition entre les «deux Grands» (États-Unis, URSS). C est un synonyme de la Guerre froide. L expression est à nuancer puisqu il existe des rivalités à l intérieur de chaque camp (la Chine de Mao ou la Yougoslavie de Tito du côté communiste ; la politique de Willy Brandt en RFA, appelée Ostpolitik, qui est une volonté forte de détente avec les pays du Bloc de l Est sans compter celle de De Gaulle qui retire la France de l OTAN). Il convient enfin de rappeler l émergence du «Tiers Monde» (expression inventée par le démographe français Alfred Sauvy en 1952) à l origine du mouvement des non-alignés pour désigner les pays qui ne souhaitaient pas (dans un premier temps) entrer dans l opposition Est- Ouest (l Inde accède à l indépendance en 1947 et l Indonésie en 1949). 2 M. Haddak, lycée de Domont, 95 330
BORNES CHRONOLOGIQUES Pour la majorité des spécialistes, la Guerre froide a commencé en 1945 ou 1947 et s est achevée en 1991 (ou 1989 avec la chute du Mur de Berlin). Certains la font remonter à la révolution bolchévique en 1917 comme le journaliste André Fontaine ou l historien allemand Ernst Nolte. Pour George-Henri Soutou, elle a commencé en 1943 (Conférence de Téhéran en Iran) quand la perspective de la défaite nazie ne faisait plus aucun doute après la Bataille de Stalingrad perdue par l armée allemande. Alfred Grosser va plus loin : pour lui, le conflit américano-soviétique trouverait ses origines dans l affrontement russo-britannique, au début du XIXe siècle, «lorsque Londres commença à s inquiéter de l expansion russe en Méditerranée et en Asie centrale» (Les temps de la Guerre froide, 1999). HISTORIOGRAPHIE : Quels sont les principaux débats sur la Guerre froide? Les principales études viennent du monde anglo-saxon. Aux États-Unis, la recherche était au service d une compréhension de «l ennemi» (rôle de la Hoover Institution par ex.). Après la chute de l URSS et l ouverture des archives soviétiques, de nombreux travaux sont venus de l ex-bloc de l Est, complétant les recherches sur la Guerre froide. a) Qui est responsable de la Guerre froide? - «École classique» ou «orthodoxe» dans les années 50 (vision américaine comme celle d Herbert Feis en 1957) : Staline est responsable des tensions. - «École révisionniste» : des historiens américains ont critiqué l exagération de la menace soviétique et ont plutôt insisté comme William A. Williams (The Tragedy of American Diplomacy, 1959) sur les responsabilités de Washington. L impérialisme américain aurait provoqué Moscou par la recherche de nouveaux marchés économiques (Plan Marshall en 1947). L historien français Edouard Husson soutient que c est la croyance américaine dans la supériorité de son modèle sur le communisme qui expliquerait la Guerre froide alors que Staline s inscrivait dans la tradition européenne de «l équilibre des puissances». 3 M. Haddak, lycée de Domont, 95 330
- «École néo-révisionniste» ou «post-révisionniste» : pour John Gaddis, (We Now Know : Rethinking Cold War History, 1997) les responsabilités sont partagées. Ce sont des intérêts classiques de puissances et des malentendus qui expliqueraient les tensions après 1945 même si la personnalité autoritaire de Staline est un des principaux facteurs de tensions. b) L expression Guerre froide est-elle pertinente? L expression qui a beaucoup de succès dans l opinion publique serait floue. Elle pourrait faire croire qu elle se limite à l Europe (Allemagne, Tchécoslovaquie ) ou qu il n y a pas eu de conflits «chauds» (ce que contredisent les conflits en Corée, au Vietnam ou en Afghanistan). D où la concurrence d autres notions chez Aron, Soutou («paix belliqueuse», «guerre de 50 ans», «guerre limitée», «affrontement Est/Ouest» ). c) Peut-on parler d une opposition entre les deux Grands? Longtemps, l historiographie a privilégié l antagonisme entre les États-Unis et l URSS. Les réflexions sur la Guerre froide portent de plus en plus sur le fonctionnement interne des blocs et le rôle des alliés : - Dans un article paru en 1993, de l Institut du Cold War International, l historienne Hope Harrison a bien montré le rôle de Walter Ulbricht (principal dirigeant de la RDA) dans la construction du Mur de Berlin en 1961 : il a fait pression sur Khrouchtchev. Pour Ulbricht, il fallait garantir l existence future de l Allemagne de l Est menacée par «l hémorragie démographique» (un habitant sur six a quitté la RDA entre 1949 et 1961 pour rejoindre l opulente RFA). Le chantage a fonctionné. Moscou a cédé. - Sur la crise de Cuba, les positions très fermes de Fidel Castro auraient aggravé les tensions entre l URSS et les États-Unis. Voir en particulier le livre de l historien russe Alexandre Fursenko co-écrit avec l américain Thimothy Naftaly en 1997. 4 M. Haddak, lycée de Domont, 95 330
d) La GF, un affrontement géopolitique ou idéologique? Il y a un débat entre les «réalistes» pour qui la politique de l URSS aurait d abord défendu ses intérêts de grande puissance (Raymond Aron) et ceux qui, au contraire, pensent que c est la dimension idéologique qui expliquerait en premier lieu la politique de Moscou. e) Le rôle de la société civile dans la Guerre froide Sur la Guerre du Vietnam, le rôle des médias et des intellectuels a souvent été cité pour expliquer le désengagement américain. Mais qu en est-il à l Est? Tandis que la censure s exerçait fortement sur les médias, certains membres de la société civile ou des intellectuels ont pris des risques pour dénoncer le système communiste. Lech Walesa dans les années 80 a réussi à imposer le syndicat Solidarność dans les négociations politiques et sociales face au pouvoir en Pologne. En URSS, l écrivain et dissident (opposant politique) Soljenitsyne est devenu une des figures les plus connues dans le monde pour son combat contre les camps du goulag (Le Seuil a publié L Archipel du Goulag en 1974). Chaque camp a valorisé la société civile pour délégitimer de l intérieur l adversaire. C est un aspect important de la propagande qui a nourri la Guerre froide. 5 M. Haddak, lycée de Domont, 95 330
f) Comment expliquer la fin de la Guerre froide? Aux USA, le débat a opposé à la fin des années 1980 les «triomphalistes» et les «défaitistes» : - Pour les «triomphalistes» comme Robert Mc Farlane, ancien conseiller à la sécurité nationale de Ronald Reagan, c est la force de la démocratie américaine qui a contraint les Soviétiques à une course aux armements et à l illusion d un bouclier spatial aggravant leurs difficultés économiques. - Pour les «défaitistes», c est d abord les nouvelles intentions de Mikhaïl Gorbatchev qui ont permis la fin de la Guerre froide (Perestroïka et Glasnost). L historien britannique Michael Cox a montré que les «triomphalistes» niaient le rôle déterminant des Européens dans la fin du bloc communiste (revoir la chronologie des événements en Pologne, en Hongrie ou à Berlin). Pour le canadien Gérard Bergeron (Finie la Guerre froide, 1992), la Perestroïka est une «révolution» qui se déroule en deux phases de 1985 à 1991 : elle serait d abord partie du centre (Moscou) et d en haut (Gorbatchev) pour moderniser et rendre plus performant le système communiste. Mais l échec des réformes auraient accéléré la désagrégation de l URSS, la révolution partant des périphéries de l Empire pour rejoindre le centre. Conclusion : Pour Francis Fukuyama (La Fin de l histoire et le Dernier Homme, 1992), la dislocation du bloc communiste signerait la victoire définitive de la démocratie et du libéralisme. Pour Samuel Huntington (Le Choc des civilisations, 1996) la fin de la Guerre froide ouvrirait une ère de conflits dominée par des facteurs culturels. Depuis 1991, on assiste à de «nouvelles conflictualités». Les puissances démocratiques sont confrontées à de nouvelles menaces portées souvent par des acteurs non étatiques (groupes terroristes, hackers ), à des guerres irrégulières et asymétriques (manuel p. 145). 6 M. Haddak, lycée de Domont, 95 330
Fiches thématiques à réaliser d ici juin pour le concours : Un peu de méthode La lecture d un ouvrage de la «bibliographie du concours» est recommandée pour vous familiariser avec les détails du sujet mais ne passez pas votre temps à faire des prises de notes. Soyez synthétique : relevez surtout quelques anecdotes et citations. Pour vos fiches, utilisez surtout les manuels scolaires qui sont déjà complets et plus simples d emploi pour des révisions. - Les caractéristiques de la Guerre froide : o Un conflit de puissances o Un conflit original du XXe siècle o Un conflit idéologique - L Allemagne et Berlin pendant la Guerre froide (manuel Nathan p. 120 à 127). - La crise des fusées à Cuba (manuel Nathan p. 128 à 131). - La Guerre du Vietnam (manuel Nathan p. 132 à 135). - Les relations entre les États-Unis et l URSS durant la Guerre froide (voir le corrigé distribué en classe). - La Chine en quête de puissance pendant la Guerre froide (programme de Terminale. Utiliser les manuels scolaires au CDI). 7 M. Haddak, lycée de Domont, 95 330
Bibliographie indicative pour la préparation de l épreuve d histoire : 1 - REMOND René, Introduction à l histoire de notre temps, Tome 3 : Le XXe siècle de 1914 à nos jours, Paris, Seuil, coll. Points Histoire, 1989. 2 - MILZA Pierre, BERSTEIN Serge, Histoire du XXème siècle, Paris, Hatier, coll. Initial, (tome 1, 1900-1945, la fin du monde européen ; tome 2, 1945-1973, le Monde entre guerre et paix ; tome 3, De 1973 aux années 1990 ; la fin du monde bipolaire ; tome 4, Des années 1990 à nos jours ; vers le monde nouveau du XXIe siècle). 3 - DROZ Bernard, ROWLEY Anthony, Histoire générale du XXème siècle, Paris, Seuil, coll. Points Histoire, (plus particulièrement les tomes 3 et 4 : t. 3, Expansion et indépendances 1950-1973 ; t. 4, Crises et mutations (de 1973 à nos jours), 1986. 4 - BERGER Françoise, FERRAGU Gilles, Le XX siècle 1914-2001, Paris, Hachette supérieur, 2009. 5 - VAÏSSE Maurice, Histoire des relations internationales depuis 1945, Paris, A. Colin, 2011. 6 - MILZA Pierre, BERSTEIN Serge, Histoire de la France au XX siècle, Bruxelles, Ed. Complexe, 2009. 7 - DALLOZ Jacques, La France et le monde depuis 1945, Paris, A. Colin, coll. Cursus, 2002. 8 - BITSCH Marie-Thérèse, Histoire de la construction européenne de 1945 à nos jours, Bruxelles, Complexe, 2008. 8 M. Haddak, lycée de Domont, 95 330