Développement de l enfant



Documents pareils
Les 6 sous-stades. La période sensori-motrice. Le stade réflexe. Coordination main/bouche. Du réflexe au schème: exemple du réflexe de succion

Examen neurologique de l enfant

C est quoi un centre d apprentissage Les centres d apprentissage sont des lieux d exploration et de manipulation qui visent l acquisition de

Mieux connaître les publics en situation de handicap

Comment remplir une demande d AVS Remplir les dossiers administratifs quand on a un enfant autiste et TED (3) : demander une AVS

Définition, finalités et organisation

Le développement cognitif selon Jean Piaget. Les stades du développement cognitif selon Piaget

2. CONSTRUIRE LE CONCEPT DE. la dialectique enseigner / apprendre

questions/réponses sur les DYS

CONTRAT D ACCUEIL. Parents Assistant(e)s Maternel(le)s. Proposé par les Relais Assistantes Maternelles du Haut-Rhin

REPONDRE AU BESOIN DE BOUGER CHEZ LE JEUNE ENFANT

Le graphisme et l écriture, en lien avec les apprentissages en maternelle

AVIS DE LA FÉDÉRATION QUÉBÉCOISE DE L AUTISME DANS LE CADRE DE LA CONSULTATION PUBLIQUE SUR LA LUTTE CONTRE L INTIMIDATION

Synthèse Mon projet d emploi

DÉFINITIONS. Motricité. Robert Rigal ÉDUCATION MOTRICE DE L ENFANT DE 4 À 11 ANS

NB : J ai trouvé ce texte sur le net sans que son auteur soit indiqué. Je regrette donc de ne pouvoir lui rendre hommage pour ce travail.

Dystrophie musculaire

Le référentiel professionnel du Diplôme d Etat d Aide Médico-Psychologique

Organiser l espace dans une classe de maternelle : Quelques idées. I - Les textes officiels : II - Les coins jeux : III - L enfant et le jeu :

La construction du temps et de. Construction du temps et de l'espace au cycle 2, F. Pollard, CPC Bièvre-Valloire

Pistes d intervention pour les enfants présentant un retard global de développement

LE DÉVELOPPEMENT PSYCHOMOTEUR DU NOURRISSON ET JEUNE ENFANT 0-6 ANS

EN HARMONIE. L Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec regroupe les physiothérapeutes et les thérapeutes en réadaptation physique

majuscu lettres accent voyelles paragraphe L orthographe verbe >>>, mémoire préfixe et son enseignement singulier usage écrire temps copier mot

LES APPRENTISSAGES DES ELEVES Qu est-ce qu apprendre?

3-La théorie de Vygotsky Lev S. VYGOTSKY ( )

UE11 Phonétique appliquée

E. Gentaz, K. Mazens. Edition Médecine et enfance

Comment apprend-on? 1 Le modèle transmissif

Questions de Ψ de l enfant : Ψ = psychologie ϕ = philosophie

eveil et jeux de l enfant de 0 à 12 mois

NOM : Prénom : Date de naissance : Ecole : CM2 Palier 2

Comment faire passer un message

1. L enfant de 0 à 3 ans 1.1 Le développement moteur et intellectuel

Le développement de la temporalité chez les. enfants

POSTURE PROFESSIONNELLE ENSEIGNANTE EN QUESTION?

Académie de Créteil. Projet présenté autour de l album «Trois souris peintres» d Ellen Stoll Walsh

LES REPRESENTATIONS DES NOMBRES

2. l enfant de 3-6 ans 2.1 le développement moteur et intellectuel

QUELS SONT LES MOTIFS DE CONSULTATTIONS? Quelle est votre demande?

ESSOURCES PÉDAGOGIQUES

Formation Août 2013 Michèle Garello, IEN économie gestion Caroline Natta, professeur

Sommeil, fatigue au volant et jeunes conducteurs

Epilepsies : Parents, enseignants, comment accompagner l enfant pour éviter l échec scolaire?

Organisation des enseignements au semestre 7

Fiche de synthèse sur la PNL (Programmation Neurolinguistique)

MIEUX CONNAÎTRE LES HANDICAPS, ADAPTER SON COMPORTEMENT

Le décret du 2 mars 2006 a institué le Diplôme d Etat d Aide Médico-Psychologique de niveau V.

LES CARTES À POINTS : POUR UNE MEILLEURE PERCEPTION

Devoirs, leçons et TDA/H1 Gaëtan Langlois, psychologue scolaire

Cours Numération Mathématique de base 1 MAT-B Alphabétisation

Les bonnes pratiques pour les travaux scolaires à la maison

Loin de mes yeux. Chaque personne apprivoise la mort à sa façon, ce qui apporte à cette dernière

L approche de collaboration: une voie de contournement des facteurs entraînant les troubles graves de comportement.

L évaluation de la performance de la communication media

POLITIQUE SUR LE SOMMEIL ET LA SIESTE

DEVELOPPEMENT DES ADOLESCENTS ET EPS. 3. Quels problèmes professionnels pose le développement des adolescents pour l atteinte des objectifs de l eps

La construction du nombre en petite section

Quels sont les indices observés chez les enfants présentant un trouble de traitement auditif?

Les critères d attribution tiennent compte des éléments suivants :

Analyse des bruits de clavier d ordinateur

Maladie neuromusculaire

PREPARATION A LA PARENTALITE RYTHMES ET BESOINS DU NOUVEAU-NE. «Un bébé a besoin de tendresse, de chaleur, de contact et de lait»

En quoi consistera ce jeu?

La réadaptation après un implant cochléaire

Le ski à l'école. Réalisé par les CPC E.P.S. de Moselle. Février 2008

BABEL LEXIS : UN SYSTÈME ÉVOLUTIF PERMETTANT LA CRÉATION, LE STOCKAGE ET LA CONSULTATION D OBJETS HYPERMÉDIAS

Traumatisme crânien ou traumatisme cranio-cérébral Trouble de santé neurologique Aide-mémoire

Qu est-ce que la maladie de Huntington?

PERCEPTION ET PERCEPTION SOCIALE

La prise en charge d un trouble dépressif récurrent ou persistant

OPTION SCIENCES BELLE-ISLE-EN-TERRE

Attestation de maîtrise des connaissances et compétences au cours moyen deuxième année

VI- Exemples de fiches pédagogiques en 3 ème année primaires

Consulter le Modèle d Accessibilité de référence. Le modèle a considéré quatre types de diversité fonctionnelle :

Coup d oeil sur. Le sommeil Bien dormir pour bien grandir

Circonscription de. Valence d Agen

Rencontrer des personnes en situation de handicap

Les 15 mots de Rey Évaluation de la capacité d apprentissage à court terme.

Quelles sont les principales difficultés sociales que rencontrent les enfants et les adolescents?

L école maternelle et le socle commun de connaissances et de compétences

L ACQUISITION DU LANGAGE CHEZ LE TOUT PETIT EN VIE COLLECTIVE INSTITUTIONNELLE

L agénésie isolée du corps calleux

Module 4 Tablettes et lieux de culture, musées, bibliothèques, universités

Objectif. Développer son efficacité personnelle par une meilleure communication avec soi et les autres

La supervision en soins infirmiers

ANAMNÈSE Création : Dre Josée Douaire, psychologue

Le menu du jour, un outil au service de la mise en mémoire

Maladies neuromusculaires

LE POINT DE VUE DE PIAGET

LES TROUBLES DU GRAPHISME LA RÉÉDUCATION: QUAND ET COMMENT PASSER PAR L ORDINATEUR?

Or, la prévention des risques psychosociaux relève de l obligation générale de l employeur de protéger la santé physique et mentale des salariés.

Plan de formation 2nd degré CREER, INNOVER

Introduction. Le recrutement est un processus incontournable dans la vie de toute entreprise.

L OUTIL NUMERIQUE CARACTERISTIQUES ET FONCTIONNALITES

Les effets nocifs du bruit sur l'homme

L E C O U T E P r i n c i p e s, t e c h n i q u e s e t a t t i t u d e s

A PROPOS DES CRITERES D ATTRIBUTION DES EQUIVALENCES

1 les caractères des êtres humains.

Comment la proposer et la réaliser?

Transcription:

MEEF-PE S1 UE psychologie Développement de l enfant Plan général du cours Introduction 0-3 ans 3-6 ans 6-12 ans 1 Plan général du cours Introduction Définition & précisions Facteurs du développement Une théorie fondatrice: le constructivisme de Piaget L enfant de 0 à 3 ans Le stade sensori-moteur piagétien Techniques d étude du bébé Période fœtale et capacités à la naissance Perception Compréhension du monde Appréhension de la numérosité 2

Plan général du cours (suite) L enfant de 3 à 6 ans La période préopératoire de la théorie piagétienne La fonction symbolique le jeu le dessin L égocentrisme Les théories naïves théories naïves dans le domaine biologique théories de l esprit compréhension de la causalité 3 Plan général du cours (suite) L enfant de 6 à 12 ans La période des opérations concrètes Les opérations logiques conservation classification inclusion des classes sériation L appréhension du temps et de l espace 4

Plan général du cours (fin) Les théories de l apprentissage Behaviorisme L apprentissage social: Bandura Le constructivisme: Piaget le socio-constructivisme: Vygotsky Apprentissage : la mémoire et l attention (2TD) Influence des facteurs psycho-sociaux sur l apprentissage (8HCM, par Caroline Schreiber) 5 Introduction Définitions & précisions 6

Pourquoi la psychologie pour les enseignants? "La psychologie est à l'enseignement ce que la physiologie est à la médecine» Jean Piaget Tout choix pédagogique sous-entend des hypothèses sur la psychologie du développement des élèves et sur la psychologie des apprentissages. Discipline ressource - regard critique 7 Définitions : les psychologies Sociale (influence facteurs sociaux sur le comportement) Cognitive (étude des processus cognitifs de la pensée - raisonnement, mémoire ) Clinique (étude des processus psycho-affectifs et des troubles psychiques ) Du développement ( étude des changements psychiques au cours de la vie) 8

La psychologie du développement de l enfant Etude des changements et des continuités de la pensée et du psychisme de la conception à l âge adulte. Une grande question: Quels facteurs responsables du développement? Des conceptions théoriques fondatrices Piaget : perspective constructiviste Vygotsky Bandura Wallon 9 Différents domaines du développement Dans cette UE: Le développement cognitif (pensée, logique, raisonnement). Les principes de l apprentissage L influence des facteurs psycho-sociaux Dans l UE maternelle le développement du langage oral le développement psychomoteur le développement psycho-affectif et la socialisation Dans l UE nombre et calcul L acquisition des compétences en mathématiques Dans l UE lecture-écriture L acquisition des capacités à lire et à écrire 10

Introduction Les facteurs du développement? 11 Conjugaison de multiples facteurs Plus de débat entre «l inné et l acquis» aujourd hui Toujours interaction entre facteurs biologiques & facteurs environnementaux Le poids de ces différents facteurs, leurs interactions, varient selon le domaine considéré. 12

Facteurs biologiques La maturation («horloge biologique») : = Processus séquentiels de changements, programmés génétiquement, communs à tous - développement du cerveau - croissance physique - changements hormonaux (adolescence) MAIS même les changements fortement liés à la maturation sont influencés par les stimulations de l environnement ex : la croissance physique (nourriture, activité physique ) 13 Facteurs environnementaux Tout ce qui n a pas de composante biologique : tout ce qui concerne le «milieu» : qualité des soins élémentaires (nourriture ) environnement familial diversité des stimulations interactions sociales variété des expériences «L horloge sociale» = suite d événements communs à un groupe humain (mêmes culture, environnement ) qui rythme et organise leur vie Ex : fréquentation de l école à partir de 3 ans 14

Exemple : facteurs génétiques, environnementaux et QI Des particularité génétiques (ex: syndrôme de Down ou trisomie 21) Mais aussi Un environnement défavorable (ex : alcoolisme de la mère - syndrôme d alcoolisme fœtal) engendrent des déficiences intellectuelles Sans particularité génétique, quelle est la part de ces 2 types de facteurs sur l intelligence? 15 Quelle méthode pour évaluer la part des facteurs génétiques et environnementaux? Etude des jumeaux et étude des adoptions. Rappel MZ : jumeaux monozygotes, un ovule! patrimoine génétique commun à 100% DZ : jumeaux dizygotes, deux ovules! patrimoine génétique commun à 50%, comme des frères et soeurs Fréquence de jumeaux dans la population : 1%, dont 30 à 40% de MZ 16

Etude des jumeaux (Henderson, 1982) Aparté: qu est-ce qu une corrélation? proche de +1 proche de 0 proche de -1 17 Mz réussissent comme une même personne qui repasse le test DZ et frères et sœurs, avec le même degré de parenté, diffèrent ; le milieu a un impact (être né à la même date : pas traité comme frère et sœur «ordinaires») Frères et sœurs élevés séparément : corrélation faible (forte influence de l environnement)

Etude des adoptions (Duyme, Dumaret, & Tomkiewicz, 1999.) 65 enfants retenus, adoptés entre 4 et 6 ans, 2 tests de QI avant adoption et vers 13;6 ans Niveau socioéconomique famille adoptive QI moyen Corrélation entre les QI, avant et après Avant adoption Après adoption Différence Bas (24) 77,8 85,5 7,7 0,71 Moyen (22) 76,4 92,2 15,8 0,72 Elevé (19) 78,5 98 19,5 0,61 Total (65) 77,6 91,5 13,9 0,67 19 Résultats CSP QI moyen Avant ad. Après ad. Diff Corr. Bas (24) 77,8 85,5 7,7 0,71 Moyen (22) 76,4 92,2 15,8 0,72 Elevé (19) 78,5 98 19,5 0,61 Progrès quel que soit le niveau de la famille adoptive Pas de différences avant, différences après Importance du milieu adoptif (QI progresse plus lorsque milieu «favorable» Conclusions Total (65) 77,6 91,5 13,9 0,67 Rôle de l environnement sur le développement de l intelligence Tout n est pas joué dans les premières années Remise en cause de l idée simpliste «génétique donc non modifiable» 20

Facteurs de développement : conclusion Les facteurs biologiques et environnementaux influencent le développement et interagissent de façon souvent complexe. Même pour des domaines souvent assimilés à des facteurs biologiques, l environnement joue un rôle fondamental Quelques fausses idées reçues L intelligence est surtout héréditaire : FAUX Si c est biologique (génétique), il n y a rien à faire : FAUX Si c est modifiable, ce n est pas génétique : FAUX 21 Introduction Une théorie fondatrice : le constructivisme de PIAGET (controversée mais reste une référence fondamentale pour les psychologues - offre une vue d ensemble du développement de l intelligence) 22

L approche constructiviste du développement cognitif Piaget (1896-1980) L'intelligence se construit (constructivisme ; pas simple accumulation de connaissances ou de savoir-faire) à partir des savoirs antérieurs, par restructuration (chaque niveau d intelligence à une structure propre, une logique interne) grâce à l interaction entre le sujet et le milieu (l intelligence prend sa source dans l action) 23 Trois ancrages : biologique, épistémologique, logico-mathématique Biologique : influence des conceptions biologiques de l adaptation de l organisme à son milieu L intelligence = processus d adaptation à l environnement de plus en plus complexe ; un cas particulier d adaptation) Epistémologique : intérêt pour l apparition et l accroissement des connaissances Trouver les mécanismes de la genèse des connaissances (épistémologie génétique) Logico-mathématiques : description de l intelligence à partir d opérateurs logiques Chaque stade, chaque niveau d intelligence à sa «logique» 24

Le principe d équilibration (trouver un équilibre entre l organisme et le milieu en adaptant cet organisme à ce milieu) L adaptation du sujet à son environnement : recherche de cohérence (d équilibre) entre l environnement et la pensée (la façon de comprendre l environnement) Mais environnement déstabilisant! => S ADAPTER sans cesse Équilibration = reconstruction active de la structure de la pensée à partir de la confrontation à des situations nouvelles qui provoquent un déséquilibre des structures mentales établies et obligent à rechercher un nouvel équilibre Mise en jeu de 2 mécanismes : accommodation et assimilation 25 D un stade à l autre structure A équilibre déséquilibre Structure A+ équilibre Deux mécanismes internes : l accommodation et l assimilation 26

Assimilation Premier mécanisme en jeu dans l équilibration Processus qui permet au S d appréhender et d incorporer des éléments du milieu à partir de la structure actuelle. Assimiler, c est rendre familier ce qui ne l est pas, interpréter des situations nouvelles grâce à ce qu on sait déjà. Se retrouve à tous les niveaux : nutrition, succion (passer du sein au pouce), jeu symbolique, test d hypothèse Accommodation Deuxième mécanisme en jeu dans l équilibration Modification de la structure du sujet en fonction des stimuli extérieurs et de la résistance qu oppose le milieu. C est un raté de l assimilation et elle aboutit normalement à un format supérieur d assimilation. Se retrouve également à tous les niveaux : accommodation de la pupille, modification d une hypothèse 27 Le conflit cognitif L intelligence se développe quand le sujet est confronté à des situations nouvelles qui provoquent un déséquilibre des structures établies et l obligent à rechercher un nouvel équilibre. Piaget parle alors de «conflit cognitif» situation nouvelle perturbation Intégration à des structures déjà construites (assimilation) Et/ou Réorganisation des structures (accommodation) Equilibre du système cognitif déséquilibre assimilation & accommodation Nouvel équilibre du système cognitif 28

Les stades piagétiens du développement 29 Apport du constructivisme à l enseignement L élève doit être actif pour apprendre activité motrice (manipulations, environnement riche ) activité mentale (traiter l information, se la représenter, la transformer mentalement) Les connaissances antérieures sont importantes Partir des conceptions initiales des élèves Savoirs/savoir-faire antérieurs : parfois aide, parfois obstacle L apprentissage se fait par résolution de problèmes franchir des obstacles plutôt qu accumuler des connaissances Grâce à la mise en place de situations appropriées La logique de l élève n est pas celle du maître l élève n est pas un petit adulte La place de l erreur pas une faute mais un témoin du fonctionnement cognitif Analyse de l erreur pour accéder à la logique de l élève. 30

Quelques reproches faites à Piaget Subordonner les apprentissages au développement pose problème : attentisme! Vision du développement trop simpliste, cumulative (escaliers) pourtant régressions et retours en arrières existent! (bcp d adultes font des erreurs de logique ) Négligence des influences sociales sur l apprentissage (apprendre avec et/ou grâce aux autres) Sous estimation du rôle du langage (simple outil de représentation du monde / outil pour penser) 31 Période de 0 à 3 ans 32

Période de 0 à 3 ans 0-2 ans: le stade sensori-moteur selon Piaget 33 Méthodes d étude du bébé par Piaget Peu de moyens d accéder directement à la pensée sans langage Observation du comportement spontané du bébé Observation des actions face à une situation construite ex: disparition de l objet derrière un cache 34

Stade de l intelligence sensori-motrice, en bref Intelligence pratique : se développe grâce aux sens (perception des objets) et à la motricité (action sur les objets) Intelligence «en prise directe» avec le monde environnant : ne peut pas fonctionner de façon abstraite car pas de représentation mentale La notion de l objet (unité de l objet, permanence de l objet) n est pas là au départ. Représentation mentale, permanence et unité de l objet : acquisitions principales de ce stade (6 sous-stades) 35 Sous-stades 1 et 2 du stade sensori-moteur Sous-stade 1 (0-1 mois) : exercice des réflexes, premières assimilations de l environnement (pas encore d accommodations, cad de modifications de la structure du comportement). ex : le réflexe de succion (tétine/sein) appliqué au doigt Sous-stade 2 (1-4/5 mois) : premières accommodations, apparitions de conduites nouvelles, plus élaborées que les réflexes Les réactions circulaires primaires (répétition d une action pour maintien du résultat sur son propre corps) 36

Sous-stade 3 (4/5 mois à 8/9 mois) : conduites nouvelles pour agir sur le monde extérieur Réactions circulaires secondaires : résultat sur une autre personne ou sur un objet le bébé secoue le hochet! " le hochet fait un bruit vidéo n 54 sur : http://developpement.ccdmd.qc.ca/ Début de l intentionnalité (trouvée après une action au hasard) : l action déclenche un résultat intéressant donc répétition 37 Sous-stade 4 (8/9-12 mois) : coordination des réactions circulaires secondaires, appliquées à des situations nouvelles ex: secouer hochet (bruit)! " secouer autres objets (bruit?) Réelle différenciation entre moyen (action pour obtenir qq chose) et but (ce qq chose) Ex : donner un savon pour signifier une envie de bain ; saisir un manteau pour signifier une promenade Début de compréhension des liens de causalité (parce que telle action alors se passe tel événement) Ex : jeu d activités : Tourner la manette rouge pour produire un bruit, pousser le bouton vert pour faire apparaître le lapin 38

Sous-stade 5 (12-18 mois) : réaction circulaire tertiaire = actions d expérimentation Expérimente d autres actions pour obtenir un même résultat (recherche de moyens nouveaux) Expérimente des actions sur des objets nouveaux, «pour voir» (comprendre la nouveauté par l expérience) ex: bébé touche à tout, tape, renverse Utilise des intermédiaires pour obtenir des objets convoités Ex : tire la nappe pour attraper un objet 39 Sous-stade 6 : fin du stade sensori-moteur (18 mois-2 ans) : Apparition de la représentation mentale (se représenter les objets et les actions) inventer de moyens nouveaux par combinaison mentale imaginer des solutions prévoir des évènements Ex : Sarah joue avec sa boule de formes à encastrer. Avant même de l essayer, elle cherche soigneusement le trou qui convient à la forme et l insère au bon endroit Accès aux images symboliques : apparition de l imitation différée (jeu du faire semblant) Acquisition de la permanence de l objet 40

Notion de permanence de l objet Comprendre qu un objet ou une personne continuent d exister même s ils ne sont pas perçus Conclusions à partir du comportement face aux objets disparus : ss-stades 1 & 2 : pas de conduite relative aux objets disparus ss-stade 3 : soulève le cache si l objet est partiellement visible ss-stade 4 : recherche active mais ERREUR A non B vidéo: http://www.youtube.com/watch?v=lhhkj3inqoe&nr=1 ss-stade 5 : disparition de l erreur A non B erreur encore si déplacements invisibles de l objet ex : recherche des clés dans la main et non pas sous le drap ss stade 6 : recherche correcte dans tous les cas Représentation mentale : la permanence de l objet est acquise 41 Conclusion Vidéo «développement de l intelligence sensori-motrice» selon Piaget http://www.youtube.com/watch?v=cyzcgw6qof4&feature=related) Description précise et toujours juste des comportements observés entre 0 et 2 ans. Interprétation de ces comportements différente aujourd hui car de nouvelles techniques d études du bébé ont mis en évidence des compétences que Piaget ne pouvait soupçonner Exemple d interprétations remises en cause : - permanence de l objet acquise à 2 ans (non, bien avant) - pas de transfert intermodal (entre 2 modalités sensorielles) dans les 1ers mois (si!) 42

Période de 0 à 3 ans Les techniques actuelles d étude du bébé 43 Comment étudier la cognition sans langage ni geste volontaire? Recours à des indicateurs de fonctionnement élémentaires Indicateurs physiologiques : variation rythme cardiaque variation respiratoire EEG (électroencéphalogramme) potentiels évoqués Indicateurs comportementaux : activité oculomotrice : regard activité orale : succion non nutritive activité préhension : tenue d objet 44

Exemple d étude avec la variation du rythme cardiaque Expérience de la falaise visuelle : bébé perçoit-il la profondeur? Résultats: Modification du rythme cardiaque : ralentissement entre 2 et 5 mois accélération à 9 mois Interprétations: à 2-5 mois: réaction d orientation de l attention à 9 mois: réaction d appréhension 45 EEG et potentiels évoqués Enregistrement de l activité électromagnétique produite à la surface du crâne lors de l activité cérébrale Ici exemple : perception répétée d une syllabe A: la réponse spécifique est noyée dans l activité globale B: elle apparaît quand on moyenne les réponses Les pics (N1, P2) caractérisent le traitement du stimulus 46

L activité oculomotrice Enregistrement de l activité oculomotrice en ms (caméra) pendant la présentation d un stimulus Exemple : 2 visages Bébé regarde-t-il un visage plus longtemps qu un autre? Fantz (1961) présentation des 3 stimuli par paire Résultat : dès 4 jours d âge, bébé préfère regarder les images prototypes de visages 47 La succion non nutritive La recherche, n 388, 2005 Tétine connectée à un capteur de pression Mesure de durée, intensité, pression Rq : casque de l expérimentateur = isolement 48

L activité de préhension Principe : désintérêt progressif pour un objet familier et regain d'attention pour un objet nouveau. Mesure des temps de tenues en main (habituation et réaction à la nouveauté) 49 Principaux paradigmes utilisés Le paradigme de préférence visuelle (ex avec tps de fixation relatif) Le paradigme de l évènement impossible Le paradigme d habituation et réaction à la nouveauté 1) Habituation : diminution de la fréquence d un comportement face à la présentation répétée d un stimulus 2) Réaction à la nouveauté : augmentation de la fréquence d un comportement face à la présentation d un stimulus nouveau 50

Exemple habituation-réaction à la nouveauté La perception catégorielle des couleurs Bornstein (1980) Ex avec la recherche des catégories bleu / vert (!"nuances) Stimulus nouveau peu de réaction Stimulus d habituation Stimulus nouveau réaction à la nouveauté Dès 4 mois, les bébés catégorisent les couleurs 51 Période de 0 à 3 ans Période fœtale et capacités à la naissance 52

Le développement du foetus Formation des neurones : de 12 ème semaine à 7 mois A 7 mois, systèmes nerveux, circulatoires, respiratoires suffisamment développés pour assurer la survie 53 Le développement des sens Cutanée (à partir de 7ème semaine) : la bouche, puis de haut en bas (loi céphalo-caudale) Vestibulaire (à partir de 7ème semaine) : équilibre, oreille interne Goût (3 mois) : la déglutition varie selon le goût du liquide amniotique Odorat (5 1/2 mois) : sensibilité à l odeur du liquide amniotique Audition (6 mois) : voix de la mère surtout les sons graves <1000hz ne sont pas atténués Vision : présente, peu stimulée avant la naissance semaine 7 3 mois 5 mois! 6 mois 54

La mémoire du foetus Vidéo «le monde selon BB», part 2 : 31 45 à 33 40 Mémoire des expériences sensorielles intra-utérines après la naissance goûts et odeurs, voix maternelle, musique Propriétés acoustiques générales du signal de parole Mémoire implicite ou perceptive, non intentionnelle Ex. mère harpiste ou mère amatrice de rock, écoute répétée de morceaux avant la naissance. Après la naissance, comportements différents : endormissements aux sons de la harpe ou du rock! Expérience in utero avec produits anisés consommés par la mère (pendant 10jours) : à la naissance, appétence ou rejet! 55 A la naissance Tous les sens sont actifs ; stimulations intenses, fréquentes Vision : il voit jusqu à 20-30cm et peut suivre une source lumineuse lente Motricité : dos hypotonique, membres hypertoniques Réflexes archaïques : témoignent d un état de développement incomplet du cerveau. Ils vont disparaître au cours du développement (marche automatique) Réflexes d adaptation : permettent la survie (orienter sa bouche vers la stimulation, téter, s agripper). 56

Principaux réflexes du nouveau-né 57 Principaux réflexes du nouveau-né 58

Le nouveau-né et les autres Autrefois, vision à sens unique : adulte actif, BB passif Importance des interactions précoces : spirale interactionnelle Exemple : les mimiques vont être interprétés par l entourage, qui va modifier son comportement en fonction de ça. Importance de la mise en place de rythmes pour les interactions - macro-rythmes journaliers (sommeil, repas ) - micro-rythmes dans les interactions adulte-bb : alternance de comportements d interaction (suivi du regard, parole, gestes ) 59 Le cerveau du nouveau-né A la naissance, la plupart des neurones sont présents (mais myélinisation des axones non terminée, transmission peu rapide de l info). Allongement des axones, développement des dendrites, jusqu à longtemps après la naissance 60

Période de 0 à 3 ans Perception 61 Le développement perceptif Percevoir = le fondement de tout le développement cognitif ; percevoir le monde pour le comprendre, le mémoriser etc. Lien perception - action très précoce Réflexe d orientation vers une stimulation dès la naissance (toucher, vision) LA VISION : Évolution de l acuité jusqu à 4-5 ans Vision en stéréoscopie (profondeur grâce aux 2 yeux) : 4 mois Discrimination des couleurs : 1 mois L AUDITION : Fonctionnelle à la naissance (même avant ) 62

Ce qui détermine l attrait du stimulus visuel L intensité : préfère un stimulus modéré La complexité (idem) mais la complexité moyenne perçue évolue avec l âge (intérêt pour un élément légèrement plus complexe que celui qu on est capable d appréhender : important pour l apprentissage ) La familiarité : préfère la nouveauté Le mouvement : préfère les objets qui bougent (intérêt adaptatif à l origine mais aussi appréhension des propriétés des objets) L intérêt social de l objet : préférence pour les visages Dès 3 jours, préférence pour le visage le plus familier (mère!"étrangère) 63 Ce qui détermine l attrait du stimulus auditif L intensité : préfère un stimulus modéré La complexité (idem) mais la complexité moyenne perçue évolue avec l âge La familiarité : préfère la nouveauté La fréquence : préfère les fréquences moyennes 1000-3000HZ & les sons qui incluent une étendue de fréquence (comme les sons de parole) ; semblent prédisposés à porter attention à ces sons 64

Evolution de la discrimination perceptive Amélioration mais aussi perte, en auditif (sons de parole) et en visuel (visages) 1 ers mois : discrimination de tout type de stimulus (phonèmes présents dans à peu près toutes les langues) Entre 6 et 12 mois, spécialisation aux stimuli fréquents et perte de la capacité à discriminer les autres à 6 mois à 9 mois discriminent discriminent discriminent ne discriminent plus Pascalis et al., 2002 65