Le décrochage dans les Pays de la Loire : six profils de territoires à risque À partir des déterminants sociaux du décrochage identifiés dans l étude «Le décrochage dans les Pays de la Loire : facteurs de risques et territoires vulnérables», une typologie des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) a été réalisée. Elle est basée sur différentes variables caractérisant ces EPCI, en fonction du type de familles. Les familles considérées sont celles qui ont des enfants âgés de 6 à 16 ans, âges où la scolarité est obligatoire, ce qui représente 300 000 familles dans les Pays de la Loire. Il s agit ainsi de pouvoir anticiper les risques de décrochage. Dans un premier temps, une analyse en composantes principales (ACP) a été menée sur des variables caractérisant les 129 EPCI et les 11 villes-centre des EPCI abritant plus de 5 000 familles. Elle a permis de faire émerger les variables qui contribuaient le plus à l analyse et à la différenciation des territoires. Sur cette base, une classification ascendante hiérarchique (CAH) a permis de regrouper les zones en six ensembles, en agrégeant deux à deux, et selon un processus itératif, celles qui présentent le profil le plus proche eu égard aux variables retenues à l issue de l ACP. Cette procédure d agrégation a été réalisée selon une méthode (critère de Ward) qui maximise l homogénéité des profils au sein d un ensemble, mais aussi leur hétérogénéité d un ensemble à l autre. Les principales variables de la classification (issues du recensement de la population 2010) sont les suivantes : Part de familles avec un père (une mère) sans diplôme (avec un CAP / un bac / un diplôme du supérieur) Part de familles avec un père (une mère) au chômage Part de familles avec un père (une mère) ouvrier (employé / cadre ) Part de familles monoparentales Cette typologie a permis de faire émerger six classes représentées sur la carte ci-contre. Ces différentes classes sont décrites en détail dans les pages suivantes. 1
Aux frontières des départements, des risques assez marqués Les territoires de cette classe sont situés principalement dans la Sarthe rurale (au pourtour du département), au nord et à l est du Maine-et-Loire (constituant une ceinture entre Segré et Doué-la-Fontaine) et au sud de la Vendée. Ils regroupent 36 000 familles, soit 12 % des familles de la région. Cette classe correspond à un regroupement de communes en difficulté : 15 % des jeunes de 18 à 24 ans y sont sans diplôme en 2011, 6 points de plus que la moyenne régionale. Pour l avenir, elle présente des risques sociaux de décrochage scolaire assez marqués. Ainsi elle a la plus forte proportion de familles où la mère et le père sont sans diplôme : respectivement 25 % et 20 % (6-7 points de plus que la moyenne régionale). Parfois l enfant ne peut compter sur l appui au quotidien que d un seul parent (16 % des familles). Les mères sont assez souvent confrontées au chômage (9,5 %). Il y a également de nombreux parents ouvriers : 38 % des pères et 14 % des mères. La communauté d'agglomération (CA) de Saumur (sans la ville-centre de Saumur) est un des territoires où la part des jeunes sans diplôme est forte (22 %). Au sud de la Sarthe, les communautés de communes (CC) de Sablé-sur-Sarthe et du Pays Fléchois connaissent des risques potentiels de décrochage scolaire, liés à la présence importante de mères sans diplôme (respectivement 26 % et 27 %). La CC du Castelbriantais peut être ajoutée à la liste, à cause de la proportion de pères sans diplôme élevée (21 %). 2
Des territoires en difficulté potentielle surtout en Mayenne Les territoires de cette classe sont constitués essentiellement d une grande partie de la Mayenne, dans sa partie rurale et peu dense principalement. Ils regroupent 20 000 familles, soit 7 % des familles de la région. Cette classe correspond à un deuxième regroupement de communes en difficulté : 12 % des jeunes y sont sans diplôme. Elle est confrontée à des risques sociaux de décrochage scolaire, avec 21 % des mères et 19 % des pères sans diplôme ; 42 % des pères et 34 % des mères ont comme seul diplôme un CAP, ou un BEP. En lien avec ces diplômes professionnels, de nombreux parents de ces territoires sont des ouvriers : 39 % des pères et 16 % des mères. Néanmoins, les agriculteurs sont également très répandus dans ces territoires : 13 % des pères et 6 % des mères. La CC de la Région de Pouancé-Combrée et la CC du Vihiersois Haut-Layon constituent des territoires où la part de jeunes sans diplôme est assez forte (respectivement 19 % et 18 %). La CC du Pays de Meslay Grez et la CC du Pays de la Châtaigneraie connaissent des taux de sortie de jeunes sans diplôme assez élevés (15 %). La CC des Coëvrons connaît également une part importante de mères et de pères sans diplôme (respectivement 25 % et 21 %). La CC du Bocage Mayennais, présente une situation un peu moins tendue, malgré une part importante de pères sans diplôme (22 %). En effet, la part de mères sans diplôme y est assez faible, conforme à la moyenne régionale. Les familles ouvrières sont fortement représentées dans la CC du Pays de Pouzauges (40 % des pères, et 25 % des mères). 3
Les grands centres urbains, des territoires vulnérables Les villes-centres rassemblant au moins 5 000 familles forment une classe à part entière. Elles sont densément peuplées, comptant 67 000 familles, soit 22 % des familles de la région. Elles sont relativement préservées avec un taux de jeunes sans diplôme assez faible (8 %). Toutefois, elles représentent un enjeu quant au nombre de décrocheurs puisqu elles en concentrent plus du tiers. Du point de vue de la prévention, cette classe concentre moins de familles avec enfants de 6 à 16 ans que de jeunes de 18 à 24 ans. Néanmoins, leur nombre reste important. Par ailleurs, de profondes disparités existent sur ces territoires. Des parents sans diplôme (21 % des mères, mais seulement 14 % des pères) côtoient ainsi des parents diplômés du supérieur (36 % des mères et 28 % des pères). Sur un même territoire cohabitent des mères au chômage (12 %) et des cadres (19 % des pères et 11 % des mères). Ces villes-centres regroupent 32 % des familles logées en HLM. Ce type de logement est très répandu à Angers, puisqu il permet d héberger quasiment la moitié des familles. Caractéristique d un environnement urbain, les familles monoparentales y sont aussi fortement représentées (30 %). Saumur présente la spécificité de détenir un fort taux de jeunes sans diplôme, avec 18 %, qui reste cependant 2 points en dessous de son agglomération. C est aussi la ville comptant la plus forte part de mères sans diplôme (25 %), précédant Laval, Angers et Cholet. Le chômage des parents est davantage répandu à Angers. 4
Des territoires aux risques un peu plus limités, surreprésentés sur le littoral Les territoires de cette classe sont principalement situés le long du littoral. Ils regroupent 8 % des familles, soit 23 000 familles. Le décrochage scolaire y est assez marqué, avec 12 % des jeunes sans diplôme. Un peu plus dans les terres, la CC du Pays de Palluau est la plus touchée avec un taux de 15 %. Cependant ces territoires sont moins marqués par la présence de parents sans diplôme. D autres facteurs de risques sont néanmoins bien présents, comme le chômage des mères (pour 9 %), notamment dans la CC du Talmondais (12 %). Une partie des enfants ne peuvent aussi compter que sur l aide quotidienne d un seul parent (le plus souvent leur mère), par exemple pour faire leurs devoirs. C est le cas en particulier dans la CC du Pays Né de la Mer (23 %). Les mères exercent fréquemment des fonctions d employés (40 %). C est aussi la classe comptant le plus de pères artisans, commerçants ou chefs d entreprise (12 %). 5
Le périurbain éloigné relativement préservé Les territoires concernés sont situés principalement à l ouest de la région dans la partie non côtière, ainsi que dans une couronne éloignée autour de Nantes, Angers, et Le Mans. C est la classe la plus nombreuse, regroupant 29 % des familles, soit 87 000 familles. La proportion de jeunes sans diplôme se situe dans la moyenne régionale (9 %). Les risques sociaux de décrochage scolaire ne sont cependant pas nuls. La CC du Pays de Mayenne est le territoire avec la plus forte part de jeunes sans diplôme (15 %). La proportion de familles avec des pères ouvriers est assez élevée dans cette classe (36 % des pères). Cette caractéristique est particulièrement marquée dans la CC Montrevault Communauté (47 % des pères, et 21 % des mères), qui connaît par ailleurs la plus forte part de mères sans diplôme (26 %). D autres territoires connaissent aussi une proportion importante de parents sans diplôme : la CC de la Champagne Conlinoise (25 % des mères, et 22 % des pères), la CC du Canton de Pontvallain (22 % des pères). En lien avec la catégorie professionnelle d ouvriers, de nombreux parents ont un diplôme professionnel de premier niveau (CAP ou BEP) : 41 % des pères et 33 % des mères. 6
Le périurbain sans difficultés fortes annoncées Les territoires de cette classe correspondent au périurbain proche, situé autour des cinq préfectures de département. Avec 72 000 familles, cette classe regroupe 24 % des familles. Elle semble relativement épargnée avec un taux de jeunes sans diplôme assez faible (8 %). La CC Loire et Sillon est le territoire avec le plus de jeunes sans diplôme (12 %). Cette classe compte de nombreux cadres (21 % pour les pères et 11 % pour les mères), professions intermédiaires (22 % pour les pères et 26 % pour les mères), diplômés de l enseignement supérieur (32 % pour les pères et 39 % pour les mères). Le risque de décrochage n est pourtant pas nul, eu égard au grand nombre de familles que compte cette classe et à quelques spécificités sociales identifiées comme étant des facteurs de risque de décrochage. En effet, 15 % des enfants ne peuvent compter que sur un seul parent pour les aider à faire leurs devoirs au quotidien. C est le cas de 23 % des enfants de Guérande. Le risque social est aussi plus élevé pour les familles vivant en HLM, autour de Nantes (pour 16 % des 28 000 familles) et d Angers (pour 20 % des 11 000 familles) principalement. 7