Le racisme et l apartheid

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1 Le racisme et l apartheid en Afrique australe 1 Afrique du Sud et Namibie Dossier établi d après une documentation réunie par le Mouvement anti-apartheid Les Presses de l Unesco Paris 1975

2 Le racisme et l apartheid en Afrique australe Afrique du Sud et Namibie

3 Publié par les Presses de l Unesco, 7, place de Fontenoy, Paris Imprimeries Réunies, Lausanne ISBN Édition anglaise Photo de couverture: Almasy 0 Unesco 1975

4 Préface La plupart des gens ne connaissent l apartheid que par ce qu ils en lisent dans les journaux ou ce qu ils en voient à la télévision. Ils sont des milliers à ressentir profondément les souffrances qu il provoque. mais ce sont littéralement des millions de personnes qui souffrent directement de ce système inhumain et dégradant qui les prive des droits de l homme les plus élémentaires même. La communauté internationale. que les événements de la deuxième guerre mondiale avaient plongée dans une immense horreur, adopta en 1948 la Déclaration universelle des droits de l homme. Mais pour la majorité des habitants de l Afrique australe, cette déclaration pourrait tout aussi bien ne jamais avoir été adoptée: pour eux. elle est restée lettre morte. Ce livre a été rédigé sur la base de documents réunis par le Mouvement anti-apartheid en vue de constituer un dossier pédagogique sur l Afrique australe. La partie qui concerne la Rhodésie sera publiée séparément. Les opinions exprimées dans ce livre ne correspondent pas nécessairement à celles du Secrétariat. En tant qu institution spécialisée des Nations Unies pour l éducation. la science et la culture. l Unesco espère que ce livre intéressera en particulier les enseignants et qu il les aidera à faire en sorte que la nouvelle génération soit plus consciente que les précédentes des injustices intolérables que nous continuons ii tolérer ~ et plus fermement résolue à y mettre un terme.

5 Table des matières I Afrique du Sud 1. 7 I Histoiipc tk I 'q~urtlrcitl 1 7 L'Afrique du Sud 30; Le Grand Trek 33: Diamants et or 34: Rhodes: la rivalité entre les Boers et les Britanniques 28; L'organisation des Africains 31 DL; i.elnpp~ icw t (It> I'C:corron it) 38 Géographieet climat 38: Le produit intérieur brut de l'afrique du Sud Industrialisation 43 : Commerce 48 L 'tipar-their1 l 'i~w~~re 5 1 Le cadre institutionnel 52; L'Afrique du Sud devient une république 55 : L'apartheid et l'économie 56: L'éducation 70: Les lois sur les laissezpasser 77; Les /ioirw/tim!r 80; Les Africains dans les zoms urbaines 87: La skuriié Be I'oppositiotr ti Ici rc;si,\ititicr 98 La campagne de désobkissance aux lois injustes 101; Le Congrès du peuple 103: Le ((procès en trahison)) 106; Sharpcville 107: L'opposition passe dans la clandestinité 108: Rivonia I IO: L,'Affaire des ; La grève de Port Eli7abeth 113; Le procès des ((Six de Pretoria)) 113: Manifestations d'étudiants 114; Nouvelle vague de grèves 117: La Conscience noire 1 18 Le inotrtie e.utl;rirru 130 Les Nations Unies 130: L'Afrique 122: Aspects stratégiques 124; Embargos et boycottages 128: La ségrégation de l'apartheid 139 Qrititicl de tels Iiotiiriirs se ic4witerrt Nelson Mandela 140: Abram Fisher 141 : Albert Luthuli ;

6 II Namibie 1. Historique L économie 149 Les minéraux 149 ; L agriculture 150 ; La pêche 150 ; Le tourisme 150 ; Les salaires 150 ; Les services sociaux L éducation Histoire et peuplement La relève sud-africaine La Namibie et les Nations Unies L apartheid et les homelands La résistance 168 Bibliographie 173

7 Quelques dates de l histoire de l Afrique du Sud et de la Namibie Afrique du Sud I I % Début de l immigration de Bantous en Afrique australe. Installation des premiers colons hollandais au Cap sous la conduite de Jan van Riebeeck. Première guerre des Cafres : premier grand affrontement entre colons et Bantous. La colonie du Cap devient britannique. Une proclamation restreint la liberté de mouvement des Métis. Début de la carrière de Shaka le Zoulou. Moshoeshoe devient roi des Sothos. Abolition de l esclavage dans la colonie du Cap. Début du Grand Trek. Arrivée au Natal des premiers travailleurs indiens engagés sous contrat pour travailler dans les plantations de canne à sucre. Découverte de diamants à Kimberley. Le Lesotho devient un protectorat britannique (sous le nom de Basutoland). Traité de Berlin. Le Botswana ( Bechuanaland) passe sous protectorat britannique. Découverte d or au Witwatersrand. Guerre des Boers. Mort de Rhodes. Importation de main-d œuvre chinoise pour les mines d or. Augmentation de la capitation exigée des Zoulous. Législation instituant des laissez-passer pour les Indiens du Transvaal. Gandhi organise une campagne de désobéissance civile parmi les membres de la communauté indienne. L Union sud-africaine accède à l indépendance au sein de l Empire britannique. Création du Congrès national africain (ANC). Loi sur le régime foncier applicable aux terres indigènes.

8 Campagne d autodafé des laissez-passer organisée par le Congrès national africain dans le Rand. Création au Cap du Syndicat de l industrie et du commerce. Embauche d ouvriers africains dans les mines du Rand. La loi modifiant le statut des maîtres et des serviteurs prive les Africains du droit de grève. La loi sur la représentation des indigènes par des parlementaires. Grève de mineurs africains dans le Rand, brisée par des forces de police en armes. Victoire des nationalistes aux élections générales. La police ouvre le feu sur une manifestation dans la réserve de Witzieshoek. Seize Africains tués. 1 er mai : les travailleurs observent un arrêt de travail; des heurts avec la police se soldent par 18 morts. 26 juin: Journée nationale de protestation et de deuil. Campagne de désobéissance civile. Boycottage des écoles en réponse à l instauration de 1 «Éducation bantoue». Expulsion de familles de Sophiatown. Les Africaines manifestent contre l extension aux femmes des lois sur les laissez-passer. Le boycottage des autobus d Evaton en guise de protestation contre les augmentations de tarif dure plus de six mois. 26 juin : le Congrès du peuple adopte la Charte des libertés. Arrestation de 156 personnes : I ANC est poursuivi pour trahison. 26 juin: grève à domicile de vingt-quatre heures. Les ouvriers réclament une livre sterling de salaire minimal. Le boycottage des autobus d Alexandra dure quatre mois. Grève nationale de vingt-quatre heures. La police charge à coups de matraque sur 2000 manifestantes à Cat0 Manor. Un boycottage visant initialement les tabacs Rembrandt et quelques autres produits entraîne un appel au boycottage international de l Afrique du Sud. 21 mars : état d urgence à Sharpeville. Vague d arrestations. 28 mars : grève massive de protestation. Avril : le Congrès national africain et le Congrès panafricaniste sont déclarés ((organisations illégales)). Révolte au Pondoland : 39 morts. Mars: élection de Mandela à la tête du Conseil d action nationale qui vient d être créé. 29 mars: la consigne de grève à domicile de trois jours est massivement suivie, malgré le déploiement de forces armées auquel procède le gouvernement et qui incite Mandela à lever l ordre de grève le deuxième jour. Juin: les dirigeants africains examinent la façon de passer à la résistance violente. Août: Mandela est arrêté et condamné à cinq ans de prison. I1 prononce à son procès le discours: «Ma conscience me dictera toujours... ) 1 1 juillet: arrestation à Rivonia d un grand nombre de dirigeants de la résistance clandestine. Saisie de centaines de documents. Le

9 II et années suivantes procès de huit accusés. parmi lesquels se trouve Mandela et qui risquent la peine capitale, déclenche un mouvement international de protestation. Les accusés sont condamnés à la prison à vie. Mai : Bram Fischer, grand avocat des procès politiques, Afrikaner et communiste. est condamné à la prison à vie. Des incursions de bandes armées dans la vallée de Wankie (Rhodésie) marquent le début de la guérilla déclenchée par l alliance militaire ZAPLI-ANC. Avril : grève des dockers de Durbai:. AfFiiire des vingt-deux. Campagne de diffusion de tracts de 1 ANC au moyen de ((bombes)) lancées aiix heures de pointe dans un grand nombre d agglomér, 1 t 1or.s. Mars: boycottage des autobus de Port Elizabeth: la police ouvre le feu contre une manifestation et onze personnes sont tuées. Mai: arrestation du combattant de la liberté James April, qui est condamné h quinze ans de prison en vertu de la loi sur le terrorisme. Nombreuses grèves. notamment dans la région de Durban. Naissance du mouvement dit de la Conscience noire. Agitation accrue des étudiants. Namibie 1484 L explorateur portugais Diego Cao visite la côte et capture quelques habitants Des Européens de la province du Cap visitent les mines de fer et de cuivre de Dumara. Les Ovambos extraient du minerai de cuivre à Tsumeb. Années 1820 Des familles hottentotes et afrikanders quittent la province du Cap et 1830 pour remonter vers le nord Jonker Afrikander (chef nama) bat les Hereros Guerres entre les Namas et les Hereros Arrivée d un commissaire britannique envoyé du Cap Exode des Boers vers le nord-est du territoire La Grande-Bretagne annexe Walvis Bay «Achat» de Lüderitz Bay par un négociant allemand. La région est annexée par l Allemagne en La Conférence de Berlin reconnaît la région comme zone d influence allemande Maharero. chef des Hereros, force les Allemands à se retirer de sa capitale. i 889 Arrivée des premières troupes allemandes L Allemagne annexe le territoire Massacre des Namas par les troupes allemandes.

10 Nouvelle défaite des Namas; écrasement de la révolte des Hereros. Écrasement de la révolte des Namas. La maladie détruit à 95 % le cheptel des Hereros. Nouvelles révoltes des Namas et des Hereros. Plus de 70% des Hereros et 60% des Namas sont tués ou meurent de faim. Les Ovambos infligent une défaite à une expédition portugaise à Naulila, tuant 305 soldats du corps expéditionnaire. La découverte de diamants provoque une ruée vers les richesses minérales et l arrivée de nouveaux colons. Première guerre mondiale. Les Ovambos dirigés par le roi Mandume obligent un corps expéditionnaire allemand à se retirer. Invasion des Sud-Africains, qui infligent une défaite aux Allemands. Les Portugais attaquent Mandume. Mandume, attaqué par les Sud-Africains, est tué au combat. La Société des Nations accorde à l Afrique du Sud un mandat sur le Sud-Ouest africain. L Afrique du Sud désigne les membres d un conseil consultatif. L Afrique du Sud crée des ((réserves)) et commence à distribuer des terres aux colons. Les Namas et les Bondelswarts sont bombardés par l aviation militaire sud-africaine pour avoir refusé de payer l impôt sur les chiens. Les Rehebothers sont contraints d accepter une modification du statut de leur communauté. Création d un conseil législatif, dont l électorat est exclusivement composé de Blancs. L armée de l air et une unité blindée sud-africaines détruisent le village du chef Ovambo Ipumbu. L Afrique du Sud demande aux Nations Unies l autorisation d annexer la Namibie. Refus de l organisation des Nations Unies. L Afrique du Sud refuse de reconnaître l autorité du Conseil de tutelle sur le territoire. La Cour internationale de justice décide à l unanimité que le mandat reste en vigueur (contrairement à la thèse sud-africaine selon laquelle ce mandat aurait pris fin au moment de la dissolution de la Société des Nations). Manifestation contre les ((déplacements >) de population à Windhoek : la police ouvre le feu, tue 12 personnes et en blesse 50. Des pays africains demandent à la Cour internationale un ((jugement contentieux)) qui mette l Afrique du Sud en demeure de respecter les conditions du mandat, mettant ainsi fin à l apartheid. La Cour se déclare incompétente. 26 août: le SWAPO déclenche la lutte armée. L Assemblée générale met fin au mandat. Trente-huit membres du SWAPO, parmi lesquels Ja Toivo, sont jugés à Pretoria pour terrorisme; vingt et un d entre eux sont condamnés à la prison à vie sur Robben Island. Mort du chef Hosea Kutako, à l âge de cent trois ans.

11 La Cour internationale déclare que la présence de l Afrique du Sud en Namibie est illégale. La vie économique est paralysée par un vaste mouvement de grève des travailleurs namibiens sous contrat. L état d urgence est proclamé dans 1 Ovamboland. Les troubles font de nombreuses victimes. Le Secrétaire général essaie d entamer des négociations avec le gouvernement sud-africain au sujet de la Namibie. Celle-ci rejette toute idée d «indépendance» sous l autorité de l Afrique du Sud.

12 I Afrique du Sud

13 1 Historique de l apartheid L Afrique australe a toujours Cti- caractérisée par la mobilité de ses populations. Venus d Afrique centrale. ses premiers habitants furent ensuite supplantés par d autres immigrants Sgalement venus du centre du continent. Plus tard. ce fiirent les Européens qui. en s avanpnt \ ers l intérieur des terres ;I partir de la cote. traversérent le continent. Les Hollandais se dirigtrent vers le Transvaal, les Britanniques s installércrit en Rliodi-sic du Sud, et les Portugais imniigrércnt en Angola et au Morainbique. Ces mouvements de populations ont pris maintenant une nou\,elle forme : le (réétablissenient )> des Sud-Africains et des Nainibiens de race noire dans de nouvelles zones appelées Iioiw/(/iid.s tribaux I. et l expulsion des Africains de Rhodésie des régions déclarées ((blanches ). Au début de I ère chrétienne. l Afrique australe était peuplie en partie d hommes de la firi de l âge de la pierre. du type Boschiman. ainsi que de populations apparentées. d origine hottentote. qui s i-taient déplacées vers le sud au cours des siècles précédents. Pendant les quelques premieres centaines d années de I ère chrktienne. divers groupes ethniques noirs se déplacèrent eux aussi vers le sud et cliassérent jusqu à l extrémité du continent ceux qui étaient arrivés avant eux. Ces iiouveaux venus parlaient bantou; ils vivaient dans des centres de peuplement de l âge du fer, dont les grandes mines de Zimbabwe fournissent les esetnplcs les plus célébres: ils extrayaient du sol les minerais de fer et de cuivre, ainsi que l or. et travaillaient ces clivers ml;tnus. Leurs structures socio-politiques. qui reposaient sur la famille élargie et sur la tribu, Staient é\*oluées et complexes, et c est d elles que sont issues les puissantes monarchies des Lubas et des Mutapas et leurs <<empires>). Les Bantous se réparti de nombreux groupes distincts: parmi ceux qui arrivèrent dans le sud avant l an 1000 de notre érc figuraient les Ngunis et les Sothos. II y avait kgalement parmi eux l étonnante communauté des pionniers Slionas, qui prospéra du YI au NV sitele. L hégémonie des Shonas s étendit largement sur la partie centrale du territoire sous I autoriti- de Mutota ( environ) et de Matope ( environ). yui tous deux portèrent

14 Afrique du Sud 18 le titre de Mwana Mutapa (grand pillard). La mort de Matope fut suivie d une guerre de succession; le vieil empire se scinda en deux parties - une partie septentrionale, que l on appelle encore actuellement le Mwanamutapa, et une partie méridionale, l Urozwi, dont la capitale était Grand Zimbabwe. C est à cette période qu arrivèrent les premiers Européens, des Portugais. Ils découvrirent vers l an 1500 le puissant royaume kongo, sur la côte occidentale, et, après avoir progressivement développé leur commerce et leur influence, ils le conquirent en Les Portugais tournèrent ensuite leurs regards vers le sud, en direction du royaume voisin des Mbundus, dont le roi portait le titre de ngolu (d où le nom de l Angola), et qui fut à son tour conquis et colonisé en Mais jusqu au XIX~ siècle, la domination portugaise se limita à la côte et a- l arrière-pays tout proche. L intérieur ne servait qu à fournir des esclaves pour la colonie portugaise du Brésil ; des centaines de milliers d Africains furent ainsi déportés. A l est (au Mozambique), les Portugais trouvèrent des commerçants arabes, qui étaient installés depuis des générations sur le littoral de l océan Indien. Les Portugais tentèrent de pénétrer à l intérieur des terres pour y chercher de l or et des esclaves, et ils se trouvèrent rapidement en contact avec l empire shona du Mwana Mutapa. En 1629, un conflit de succession dans ce royaume leur permit de porter au pouvoir leur propre candidat, qui prêta serment d allégeance au roi du Portugal. Ici comme en Angola, l autorité des Portugais ne s exerçait guère au-delà de la bande côtière, bien qu ils aient plusieurs fois tenté d assujettir ou de convertir les populations, mais presque toujours en vain. L arrivée des Portugais fut suivie par celle des Hollandais, qui s installèrent au Cap, pour le compte de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, sous la direction de Jan van Riebeeck. La Compagnie ne cherchait, en créant cette colonie, qu à ménager une escale pour ses navires sur la route de l Inde, mais van Riebeeck avait besoin de bétail pour ravitailler les équipages en viande, ce qui ne manqua pas de mettre les Hollandais en conflit avec les Boschimans qui pratiquaient l élevage et la chasse, ainsi qu avec les Hottentots qui possédaient de grands troupeaux de bovins et revendiquaient les pâturages. Le problème des terres, qui devait envenimer les relations entre les Blancs et les Noirs pendant de nombreuses générations, était devenu en quelques années un problème de premier planl. Van Riebeeck lui-même écrivait: ((Les raisons qu ils alléguaient pour nous avoir fait la guerre l an dernier, se plaignant que certains de nos hommes vivant loin de nous et agissant à notre insu leur avaient causé un grave préjudice et avaient peut-être même volé et mangé quelques moutons, quelques veaux, etc., ce qui n est pas totalement faux, et ce qu il est très difficile d empêcher lorsque des gens du commun échappent quelque peu à notre surveillance, leur apparaissaient comme appelant une vengeance, surtout, disaient-ils, à l égard de ceux qui étaient venus prendre et occuper des terres qui leur avaient de tout temps appartenu, qui avaient labouré à la charrue et cultivé en permanence leurs meilleurs terrains, et qui les avaient tenus à l écart des lieux où ils avaient l habitude de faire paître leurs troupeaux, ce qui les obligeait à chercher leur subsistance en conduisant leurs troupeaux sur des pâturages appartenant à autrui, ce qui ne pouvait qu aboutir à des conflits -_-. 1. Voir: A J. WILLS. Inrrodumon ro rhe hisror) of Central Africa, p. 45, 1973.

15 Historique de l apartheid 19 avec leurs voisins; ils ont réclamé avec une telle insistance que nous leur restituions leurs terres que nous avons finalement été obligés de leur dire qu ils avaient complètement perdu leurs droits sur elles en raison de la guerre qu ils nous avaient faite, et que nous n avions pas l intention de les leur restituer, étant donné qu elles étaient devenues la propriété de la Compagnie par la force des épées et en vertu des lois de la guerre. ) La résistance des Hottentots fut réprimée, et beaucoup d entre eux devinrent les esclaves des Hollandais et apprirent leur langue. Les enfants issus de liaisons entre Hollandais et Hottentotes, ainsi que les descendants des esclaves qui furent amenés plus tard des Indes orientales, constituérent la première communauté métisse du Cap, qui groupe actuellement la plupart des deux millions de Métis d Afrique du Sud. Beaucoup de Hottentots succombèrent d autre part à des nialadies qui étaient inconnues jusqu alors en Afrique australe. comme la variole, tandis que d autres encore quittèrent la région du Cap pour se diriger vers le nord et vers l est, où ils établirent de nouvelles communautés, comme par exemple celles des Koras et des Griquas. Les Boschimans virent eux aussi leurs conditions d existence très gravement menacées par les Hollandais. Ces derniers n hésitèrent pas à en tuer des milliers, mais ils réduisirent souvent leurs enfants en esclavage, ce qui conduisit plus tard i des intermariages avec les serviteurs mktis. D autres Boschimans enfin s enfuirent vers les déserts du nord. La communauté des colons s accrut au cours des années. et d autres immigrants arrivèrent d Europe. notamment quelques huguenots français. 11 fallut alors évidemment davantage de terres, et certains partirent du Cap vers le nord. Un premier grofipe de Ho!!mdais. conduit par.!an Cnetzee, traversa!e fewe Orange en I1 rencontra alors les Xhosas, qui étaient installés depuis plusieurs siècles entre le Limpopo et l Orange. C est en 1779 qu éclata ce qu on appelle la première guerre des Cafres. Elle aboutit à la défaite des Xhosas, et le nouveau territoire boer fut délimité par la rivière Fish. Les Xhosas poursuivirent cependant leur résistance pendant des dizaines d années après leur défaite. En 1806, les Britanniques s emparèrent du pouvoir au Cap. Comme les Boers ne supportaient pas l immixtion de l administration dans leurs affaires ni les pressions anti-esclavagistes qui s exerçaient sur eux. ils quittèrent Le Cap pour un nouvel exode et traversèrent. au XI-; siècle. le Drakensberg, le fleuve Orange et le Vaal. Pour prendre en main l ensemble de la colonie du Cap. le Royaume-Uni y fit venir 5000 nouveaux émigrants ~ les <<colons de 1820)). Ce déplacement des Boers intervint heureusement peu après les migrations des tribus bantoues du sud. chassées de chez elles par les guerres du chef zoulou Shaka, dont le despotisme militaire a profondément marqué cette période. Les attaques de Shaka provoquèrent de grands soulèvements chez les Africains, dont plusieurs groupes (notamment les Ndebeles et les Ngonis) repartirent de nouveau vers le nord. En vingt ans, les Ngonis parcoururent 3200 kilomètres, depuis le Natal jusqu au nord du lac Nyassa. Les Sothos habitaient le plateau situé entre le Drakensberg et le Kalahari. Les guerres des Zoulous leur firent ressentir le besoin d avoir un chef puissant. C est Moshesh qui montra les qualités nécessaires pour jouer ce rôle, et il s installa en 1833 dans la forteresse de Thaba Bosiu («la montagne qui grandit

16 Afrique du Sud 20 la nuit))). Sa diplomatie lui permit, avec l aide de quelques cadeaux offerts à Shaka, de conjurer toute nouvelle attaque des Zoulous. Mais après la mort de Shaka en 1828, Moshesh commença à se rendre compte que la plus grave menace qui pesait sur son indépendance venait des Européens, et en particulier des Boers, qui commençaient à pénétrer en groupes dans la vallée du Caledon. En 1835, les Britanniques avaient atteint le fleuve Orange et Moshesh comprit qu il lui faudrait recourir à toute sa diplomatie pour empêcher que son territoire ne fût pris par l une ou l autre de ces deux communautés, ou par les deux ensemble. Les trente années qui suivirent furent pour lui une période difficile; il craignait l expansionnisme déclaré des Boers, mais n accordait d autre part aux Britanniques qu une confiance limitée. Finalement, la guerre éclata entre Moshesh et l État libre d Orange en 1853; une partie du territoire des Sothos fut annexée par les Boers en 1866, et deux ans plus tard le royaume de Moshesh devint un protectorat britannique (c était le Basutoland, l actuel Lesotho). Moshesh mourut en 1870; il avait été un souverain courageux et capable, qui avait unifié son pays et établi l autorité centrale du roi sur les chefs semi-indépendants. Ceux-ci avaient participé à toutes les décisions importantes, les lois promulguées par les tribus étant le fait de la collectivité et non des mesures imposées de façon autocratique. Au nord du Limpopo, les Ndebeles s installèrent dans la région attenant au territoire des Shonas - que les premiers colons britanniques dénommèrent Matabeleland et Mashoualand, et qui constitue aujourd hui la Rhodésie. Au Mozambique, les principales tribus étaient toutes d origine ngonie (Ovambos, Namas, etc.). En Namibie, les différentes populations africaines furent d abord protégées contre les envahisseurs par le désert du Namib, le long de la côte ouest, ainsi que par les fleuves Kunene (Muene) et Orange, et par le désert du Kalahari à l est; mais leur territoire se trouva à son tour menacé, d abord par les Britanniques du Cap, puis par les Allemands qui entreprirent de s en emparer, tantôt par des achats de terres et tantôt par la force. L expropriation foncière des Africains fut achevée par le gouvernement sud-africain après L Afrique du Sud Lorsque les Britanniques s emparèrent finalement de la colonie du Cap en 1806, beaucoup de colons hollandais acceptèrent mal qu un pouvoir étranger leur fût ainsi imposé et que l emploi de l anglais comme langue officielle devînt obligatoire; ils n admettaient pas non plus l attitude des Britanniques à l égard des Africains et des Métis. Ils furent indignés par exemple lorsque les Britanniques créèrent en 1812 la Black Circuit Court (tribunal itinérant pour Africains) chargée d examiner les plaintes déposées par les serviteurs et les esclaves contre leurs maîtres blancs. Le coup fatal leur fut porté en 1834, lorsque les esclaves d Afrique australe, comme ceux des autres territoires de l Empire britannique, furent émancipés. L esclavage était une des clefs de voûte de la société coloniale hollandaise, et l émancipation apparut à ces colons comme dirigée contre le mode de vie qu ils s étaient donné. Mais ils avaient pris l habitude, au cours de leur histoire. de se déplacer sur de grandes distances dans des chariots traînés par des bœufs, à la recherche de nouvelles terres, et c est ce qu ils firent en C est ce que l on a appelé le Grand Trek.

17 Le Cap: la ville industrielle.

18 Afrique du Sud 22 Le Grand Trek Environ 4000 Boers, accompagnés d un nombre à peu près égal de «serviteurs», pénétrèrent au Natal par les monts du Drakensberg. D autres se dirigèrent vers le nord, mais les Voortrekkers, à cette époque, entrèrent pour la plupart au Natal. Ils s y heurtèrent toutefois à l opposition d une nation zouloue qui, réorganisée par son chef Shaka, disposait d une puissance considérable et qui était alors gouvernée par Dingaan. Plusieurs affrontements eurent lieu, et plusieurs sites où les Voortrekkers venaient de s établir subirent des attaques destructrices; la bataille la plus importante se déroula le 16 décembre 1838 sur la rivière Neome (la rivière de Sang), où l armée des Voortrekkers, commandée par Andries Pretorius, réussit à vaincre l armée zouloue. Cette victoire des Boers eut un effet désastreux sur le moral des Zoulous, dont quelques groupes retirèrent leur allégeance à Dingaan. Ce dernier fut ultérieurement tué au combat, et Pretorius eut la possibilité de nommer un nouveau roi des Zoulous, Mpande, qui accepta d être le vassal de la République du Natal. Les Voortrekkers paraissaient pour le moment jouir au Natal d une certaine sécurité, et ils élaborèrent une Constitution plaçant leur nouvelle république sous l autorité d une assemblée élue composée de vingt-quatre Blancs, le Volksraad. Ils étaient résolus à ce que cette république restât fidèle à la tradition des Voortrekkers, et par conséquent aucun droit politique ne fut reconnu aux non-blancs; il ne devait jamais être question d égalité. Les Uitlanders ou étrangers blancs qui arrivaient dans cette république n étaient autorisés à en devenir citoyens ou y acquérir des terres qu après y avoir résidé pendant un an et avoir obtenu un certificat de bonne conduite signé par trois citoyens. Mais la sécurité de ces Voortrekkers devait être de courte durée, car les réfugiés zoulous commencèrent très vite à regagner leurs anciens territoires, et leur nombre l emporta de plus en plus sur celui des Boers. Certains d entre eux purent être intégrés à la main-d œuvre, mais leur nombre risquait de devenir une menace pour la nouvelle république. C est pourquoi le Volksraad décida d expulser les Africains du Natal et de les transplanter au sud de la rivière Mtamunna. Cette décision intéressait les Britanniques de la colonie du Cap, car l arrivée d Africains en surnombre pouvait constituer une menace sur leurs frontières. Au Royaume-Uni, 1 Aborigine Protection Society (Société protectrice des indigènes) protesta contre la manière dont les Boers traitaient les Africains. Et c est ainsi qu en 1842 le gouverneur de la colonie du Cap décida tout d abord d occuper Port-Natal, puis d annexer l ensemble du Natal. L année suivante, le Volksraad du Natal accepta la colonisation de la république par les Britanniques ; la plupart des Voortrekkers quittèrent alors cette colonie et entreprirent la seconde étape du Grand Trek. Le Natal s est donc nettement différencié des territoires qui allaient devenir les autres provinces de l Afrique du Sud. Les émigrants boers furent remplacés par un grand nombre de colons britanniques, qui firent venir en 1860 les premiers travailleurs indiens engagés sous contrat, faute d obtenir des Africains qu ils respectent les conditions dont étaient assortis les emplois permanents. C est pourquoi la plupart des Indiens d Afrique du Sud vivent actuellement au Natal, ou en sont originaires.

19 Historique de l apartheid 23 La politique des colons à l égard des Africains au Natal fut marquée par d autres mesures. Sous la direction de Theophilus Shepstone, on procéda à la délimitation de plusieurs zones ou ((quartiers >) réservés aux Africains du Natal, et tous les Africains furent invités à s y installer. On peut voir là un élément précurseur de la politique qui est actuellement en vigueur en Afrique du Sud, et en vertu de laquelle les gens de races différentes sont tenus d habiter dans des zones distinctes. Shepstone eut également recours aux chefs traditionnels des tribus. les rendant responsables du maintien de l ordre et créant à l occasion de nouvelles chefferies. Les Voortrekkers se dirigèrent vers le nord. de l autre côté du fleuve Orange. où plusieurs groupes de leurs compatriotes s étaient déjà installés. Cette région donna cependant lieu à de vives contestations au cours des années Les Ndebeles furent repoussés plus au nord par les Boers et chassés sur l autre rive du Limpopo; mais les Sothos. ainsi que les deux groupes de Griquas (Hottentots métis), revendiquèrent cette région. Des missionnaires britanniques qui s occupaient des affaires des Griquas tenterent de convaincre le gouvernement de Londres de protéger cette ethnie. En 1848 finalement, le nouveau gouverneur du Cap, sir Harry Smith, annexa toute la région comprise entre l Orange et le Vaal, malgré l opposition de la plupart des Blancs qui s y trouvaient. et il lui donna le nom de Souveraineté du fleuve Orange. Les Britanniques réussirent ii battre une armée boer commandée par Pretorius, mais ils ne parvinrent pas ii vaincre les Sothos conduits par Moshoeshoe. En fin de compte, le gouvernement britannique décida. pour des raisons financières et à la consternation de Smith, de désannexer la Souveraineté du fleuve Orange. Cette décision, qui fut concrétisée par la Convention de Bloemfontein en 1854, allait assurer pour un temps l indépendance de l État libre d Orange. Cependant, les Boers étaient en train d instituer une nouvelle colonie de petites républiques au Transvaal. En 1852, à la Convention de Sand River, ils conclurent avec les Britanniques un accord qui reconnaissait le droit des Voortrekkers à la possession de terres africaines. Une clause de cet accord stipulait : (I1 est convenu qu aucune autorité britannique ne soulèvera d objection contre l achat par les émigrants boers de leur ravitaillement en munitions dans toute colonie ou possession britannique d Afrique du Sud. étant entendu par les deux parties que tant le gouvernement britannique que les agriculteurs émigrés interdisent tout commerce de munitions avec les tribus indigtines des deux côtés du fleuve Vaal. H Les Voortrekkers pouvaient donc acheter des fusils. mais non les Africains. Cela permit aux Boers de créer leurs États indépendants, mais il ne leur fut pas facile pour autant de vaincre des peuples comme les Pedis et les Vendas. De son côté. Moshoeshoe profita pendant de longues années des querelles intestines des Boers, jusqu au jour où, en 1868, les Britanniques transformèrent son royaume en protectorat -~ le Basutoland, aujourd hui Lesotho -- ~ pour l empêcher de tomber aux mains des Boers, qui avaient adopté huit ans plus tôt une constitution pour leur nouvelle république du Transvaal. L inégalité raciale était l un des principes fondamentaux de cette Constitution, et le Transvaal était la terre promise des Boers.

20 Afrique du Sud 24 Diamants et or Mais l indépendance des Boers fut de courte durée; car au cours des quelques années qui suivirent, la découverte d or et de diamants à l intérieur de leurs frontières les plaça de nouveau dans la sphère d influence des Britanniques, du point de vue économique d abord, puis politique. Les Boers, qui étaient avant tout agriculteurs, s intéressaient moins que les Britanniques aux richesses éventuelles du sous-sol. L événement qui rendit la situation de l Afrique du Sud très différente de celle de toutes les autres colonies d Afrique fut l industrialisation qui suivit la découverte de l or et des diamants. De nouveaux immigrants affluèrent d Europe pour faire fortune en Afrique du Sud. Quelques-uns d entre eux devinrent millionnaires, mais les autres constituèrent pour la plupart une nouvelle et puissante main-d œuvre blanche. Cette découverte de minéraux était d autre part intervenue à un moment où les Européens avaient jeté leur dévolu sur une grande partie du territoire de l Afrique australe, privant ainsi de leurs terres beaucoup d Africains qui durent se mettre en quête d emplois. A bien des égards, les conditions de la vie actuelle en Afrique du Sud, comme le régime des laissez-passer et celui des emplois réservés, remontent à cette période de bouleversement du pays. Des diamants furent découverts le long des fleuves Orange et Vaal dans le Griqualand en Ce territoire dépendait à l époque de l État libre d orange, mais le Royaume-Uni réussit à en reprendre possession en Des Européens, des métis et des Africains pénétrèrent en masse dans cette région, ces derniers le plus souvent pour y trouver un emploi, les Européens pour s y livrer à la prospection et devenir ((chercheurs)). En 1872, la valeur des diamants qui avaient été découverts atteignait au total environ 1,5 million de livres sterling; le salaire hebdomadaire moyen des ouvriers était de 90 pence, plus des rations alimentaires représentant une valeur de 78 pence. La Diamond Diggers Protection Society (Association de défense des chercheurs de diamants) se déclara inquiète des vols de diamants commis par les Africains, ainsi que de la concurrence des chercheurs africains et métis. Cette association tenta alors de faire adopter une législation empêchant les ((indigènes )> d obtenir un permis de prospection ou de détenir des concessions ou des diamants. Le haut-commissaire britannique au Griqualand West ne voulut pas voir inscrire dans la loi des dispositions d un racisme aussi patent; mais la proclamation qu il publia en fin de compte imposa des restrictions du même ordre aux (serviteurs)), lesquels étaient en général africains ou métis. Les serviteurs devaient également être en possession d un contrat de travail et pouvoir présenter à toute réquisition un certificat attestant que ce contrat avait été enregistré. Après 1875, lorsque les cours du diamant tombèrent, beaucoup de petites gens durent abandonner la prospection. Des entreprises fusionnèrent, et l exploitation diamantifère commença à se concentrer progressivement entre les mains de grandes sociétés. Finalement, toutes ces sociétés ne constituèrent plus qu une seule grande firme,la De Beers Consolidated Mine. Cette réorganisation entraîna de nombreux changements qui modifièrent les conditions de travail et d existence des travailleurs. C est à Kimberley que furent créés les premiers

21 Le Cap: quartier africain.

22 Afrique du Sud 26 camps pour les travailleurs africains, qui étaient tenus d y rester pendant toute la durée de leur contrat. Ils vivaient dans des cases où ils étaient logés à vingt par pièces, à l intérieur d une zone entourée d une haute clôture. Ils n étaient autorisés à sortir du camp que pour se rendre à la mine, et ils ne pouvaient acheter leurs vivres qu au magasin de la société, installé dans le camp même. A la fin de chaque journée de travail, les Africains étaient contraints de se dévêtir complètement et de passer à la fouille par mesure de précaution contre les vols de diamants. Lorsque la Société tenta, en 1883 et 1884, d imposer le même genre de fouille aux travailleurs blancs, des grèves et des émeutes éclatèrent, et les employeurs acceptèrent finalement de se contenter de fouilles par surprise. Les mineurs blancs eurent tôt fait de s unir en un groupe puissant pour défendre leurs intérêts, tant envers les propriétaires des mines que les Africains, main-d œuvre moins chère et inorganisée, qu ils considéraient comme une menace pour leur emploi. C est ainsi qu en 1900 un mineur blanc gagnait 1,25 livre par «poste». alors qu un mineur non blanc ne touchait que 41 pence par jour. La découverte de diamants à Kimberley fut suivie à quelques années de distance d une autre découverte minérale importante - celle de l or, dans le Witwatersrand, au Transvaal, en Comme cela s était produit à Kimberley, beaucoup de chercheurs affluèrent. Mais le gros de cette nouvelle ruée vers la fortune n avait guère de chance de réussir; car des hommes comme C. J. Rhodes et Barney Barnato, qui étaient devenus millionnaires à Kimberley, investirent une partie de leur fortune dans le Witwatersrand et leurs sociétés eurent bientôt la haute main sur l industrie de l or, comme elles l avaient eue sur celle du diamant. La production d or augmenta rapidement et atteignit en 1898 le poids annuel de 3.8 millions d onces, représentant une valeur de 163 millions de livres sterling. Pour défendre leurs intérêts, les propriétaires de mines s étaient groupés en 1889 au sein d une Chambre des mines. Ils étaient pour la plupart d origine britannique, et comme c est dans une république boer qu ils faisaient fortune, la population locale éprouvait à leur égard une hostilité considérable. Le Volksraad (Parlement) fit payer de lourds impôts à ces Uitlanders (étrangers), mais ne leur accorda aucun droit politique. La Chambre des mines se heurta aussi au mécontentement des employés blancs des mines, qui fondèrent en 1892 la Witwatersrand Mine Employees and Mechanics Union (Syndicat des ouvriers et mécaniciens des mines du Witwatersrand). Outre les revendications habituelles relatives aux conditions de travail, aux horaires et aux salaires, ces employés s inquiétaient également du fait que la chambre cherchait à importer une main-d œuvre peu coûteuse. Le premier secrétaire du syndicat était d avis que G s il fallait diminuer certains salaires, c étaient ceux de la main-d œuvre noire)). Les travailleurs blancs furent soutenus par le Volksraad, qui s inquiétait lui aussi de voir la chambre tenter de recruter une main-d œuvre non blanche peu coûteuse. Étant donné que l inégalité des Blancs et des non-blancs était inscrite dans la Constitution, le Parlement n hésita pas, dans la législation du travail, à faire droit à la requête des syndicats en interdisant, pour des raisons de sécurité, de confier à des non-blancs certains travaux comme la préparation des charges explosives ou le chargement des trous de mine.

23 Historique de l'apartheid 21 La prospérité considérable du commerce de l'or provoqua l'expansion de Johannesburg, qui devint l'un des principaux centres du monde occidental. et elle donna naissance à de grosses fortunes personnelles. Mais les ouvriers africains n'en tirèrent pas grand profit. Le régime des camps et des laissez-passer en vigueur à Kimberley fut appliqué dans le Rand et le salaire moyen des ouvriers africains tomba de 3,3 à?,4? livres sterling entre 1895 et Les mines ne disposaient pas de service médical. En le taux de mortalité y atteignait 690/00, et il variait entre 1 I8 et 164'l/,,,1 parmi la main-d'œuvre des régions tropicales. 11 fallut attendre 1906 pour qu'un hôpital fût ouvert. Le recrutement local des mineurs devint difficile. «Nous ne voulons pas que nos hommes aillent à Johannesburg, parce qu'ils y vont pour mourir)), disaient certains chefs sothos. Les propriétaires de mines durent alors chercher leur main-d'œuvre plus loin. Ils tentèrent de faire venir.des Chinois. mais les syndicats ouvriers blancs s'y opposèrent: ils conclurent alors un accord avec le Mozambique pour l'envoi d'ouvriers recrutés par conscription. Le manque de main-d'œuvre incita d'autre part l'administration britannique à exiger des Africains un impôt sur les cases. qui obligea des milliers d'entre eux à s'embaucher pour gagner i'argent dont ils avaient besoin. L'exploitation des ressources minipres d'afrique du Sud a donc concerné quatre groupe principaux d'individus, dont les rapports ont beaucoup influé sur l'histoire ultérieure du pays. 11 y avait tout d'abord les employeurs ~- d'origine britannique pour la plupart dont beaucoup amassèrent en quelques annies d'immenses fortunes. Ils ont constamment cherché à se procurer une nouvelle main-d'œuvre peu coûteuse. quelle qu'en fût l'origine. 11 y avait en deuxième lieu la main-d'œuvre blanche. Beaucoup de ces travailleurs étaient venus d'europe. attirés par les rumeurs qui couraient au sujet de l'or et des diamants. L'activité syndicale qu'ils avaient connue dans leur pays d'origine leur donnait conscience de la nécessité de s'organiser. mais ils tinrent à l'écart les ouvriers noirs qu'ils considéraient comme des concurrents dont les exigences moindres feraient baisser les salaires. Le troisième groupe était celui des Afrikaners (Boers), qui étaient avant tout des agriculteurs. L'or apportait une grande richesse à leur État et ils entendaient le garder pour eux. Ils étaient résolus à faire en sorte que les bouleversements économiques et sociaux de l'époque n'aboutissent pas i réduire l'inégalité entre les Noirs et les Blancs. Lc quatrikme groupe était celui des Africains. auxquels il était légalement ou implicitement interdit de prospecter même une concession qui leur appartenait, qui touchaient des salaires beaucoup plus bas que ceux des Blancs. qui étaient logés dans des conditions de type carcéral. privés d'une grande partie de leur liberté. incapables de se faire représenter ou d'exprimer leurs doléances faute de syndicat. et généralement maintenus en état de sujétion par leurs nouveaux maîtres. Telles sont les conditions historiques d'où est issue la situation actuelle.

24 Afrique du Sud 28 Rhodes: la rivalité entre les Boers et les Britanniques L expansionnisme britannique, qui a résulté d initiatives individuelles plutôt que d une politique gouvernementale, a été un des traits dominants de la fin du XIX~ siècle. Bien qu il fût fermement décidé à empêcher les républiques boers d avoir accès à la mer (d où l annexion du Natal), le gouvernement de Londres ne désirait guère assumer la responsabilité de territoires beaucoup plus étendus (d où la désannexion de l État libre d orange). En 1872 cependant, la colonie du Cap accéda à 1 «autonomie responsable D, que son Assemblée réclamait depuis sa création en 1854, et les colons britanniques purent donner libre cours à leur ambition. L annexion du Griqualand en 1871 fut suivie par celle du Transvaal en 1877, laquelle fut rendue possible par le fait que les Boers n avaient pas pu vaincre la force armée africaine mixte des Pedis et des Zoulous. Mais les Britanniques commirent l imprudence d engager eux aussi le combat contre les Zoulous qui, commandés par Ceterayo, le successeur de Dingaan, leur infligèrent une cuisante défaite en 1879, avant d être finalement soumis six mois plus tard. En 1880, les Boers commencèrent à faire campagne pour le retour à l indépendance. Sous la conduite de Kruger, ils se révoltèrent contre les Britanniques et ce fut la première guerre des Boers. Elle dura dix semaines et se termina par la victoire des Boers à Majuba Hill.Bien que le Royaume-Uni conservât en titre sa souveraineté sur le territoire, le Transvaal redevint officiellement indépendant l année suivante à la Convention de Pretoria. Cet événement interrompit un moment l expansion coloniale, mais la découverte d or réveilla l intérêt des Britanniques pour le Transvaal. Le chef de file de cette politique fut Cecil Rhodes, qui avait envisagé dans son premier testament, rédigé avant qu il eût accumulé sa fortune, ((l extension de la domination britannique au monde entier», y compris l ensemble de l Afrique, ainsi que «la réintégration ultime des États-Unis d Amérique au sein de l Empire britannique)). Le monopole qu il avait institué sur l industrie du diamant comprenait une disposition prévoyant la colonisation des territoires situés au nord du Limpopo. A la suite de l annexion de la Namibie par les Allemands en 1884, Rhodes persuada le gouverneur britannique de s emparer du Bechuanaland (l actuel Botswana) et d en faire un protectorat pour retirer aux Allemands toute possibilité d empiéter sur ce territoire. Dans le Rand, Rhodes mit plus de temps à s intéresser à la possibilité d exploiter l or qu il ne l avait fait pour les diamants, car il croyait que le véritable eldorado se trouvait au nord. Sa société (Consolidated Goldfields) prévoyait, comme la De Beers, une expansion éventuelle vers le nord. I1 créa en 1888 la British South Africa Company (BSA) dont les ambitions non dissimulées visaient le Matabeleland et le Mashonaland : il devint premier ministre du Cap deux ans plus tard. Ces événements provoquèrent de plus en plus de conflits au Transvaal, surtout entre les agriculteurs boers et les mineurs britanniques, et exacerbèrent l antagonisme entre les intérêts des populations rurales et ceux des citadins. Les Boers tentèrent de dissuader les étrangers - ou Uitlanders - de s installer chez eux, en leur faisant payer des impôts très lourds et en leur refusant le droit de vote. Les Uitlanders se groupèrent alors au sein d une organisation appelée la

25 Historique de l'apartheid 29 Transvaal National Union, et appelèrent I'administratioii britannique de la colonie du Cap i leur secours. Le gouvernement britannique ne désirait pas se lancer i nouveau dans des annexions. mais Rhodes avait pris le parti des Uitlanders. En s'implnntnnt en Rhodésie. la société BSA ttait devenue une puissante force politique sur la frontikre nord du Transvaal. ct son reprtsentarit en Rhodésie, Stnrr Jaineson, fomenta de I'agitatiori cri :iid:int i y introduire en contrebande des armes destinées aux Uitlanders. Le gouvcriicinent du Transvaal prit des mesures pour renforcer S;I position. II engagea cies pourparlers avec IC gouverneinent de I'État libre d'orange sur la possibilité d'une ftdtration. Les tarifs de transport des marchandises par chemin de Ièr entre Johannesburg et la frontitre de la colonie du Cap fiirent triplts, de mnnière ii accroître les charges tinancitkes des Uitlanders qui esportaient de l'or. L:i situation semblait se détkriorcr. Mais si Rhodes et Jameson désiraient annexer totit le territoire de la rppubiiqiie. les Llitlaiiders. mnlgré toute leur rancœur contre les restrictions que les Boers imposoient ii leur activité. n'envisageaient pas avec beaucoup cl'entlinu.;iasiiie une prise du pou\,oir par les Britatiniques. Jameson ttait impatient d'organiser un soulsveinent. et il voulait que cela se fît avant In firi de 1x95. bien clue les Liitliinclers aieiit exprimé l'avis que cette jute risquait d'être prérnaturte. Il pissa cependant outre A leurs objcctions et décidn de lancer coritrc le Trinsvaal, le 79 décembre 1x95. une attaque qui était censée coïncider ;IWX un soiilévemerit des L.iiti:iiiders de ce territoire. Ce soulévement Lil'ortn. et Jamcson et ses honiines Ilireiit capturés de I'aqxi asse7 ignoininieuse par les Boer>. Rhodes parut impliqu; cians cette attaque et fut forcp d'ahniiclonner son poste de premier ministre Liirisi que ses fonctions de directeur de ILI BSA. Le secrttaire britannique aux colonies, Joseph Chainber- Inin. avait été officieusement averti de ce qui se prltpnrait. et dut il la chance de n'être pas lui-nieme impliqué dans 1':iffaire. Toutefois, le Royaume-Uni ktait ii cette époque engagé dans une guerre au Soudan, et n'était pas disposé i en Faire une autre dans le sud de l'afrique. Les relations entre les Boers et les Britanniques s'ttaient néanmoins dtgrndées A tel point qu'une déclaration de guerre n'ttait manifestement plus qu'une question de temps. Peu après l'incursion de Jameson. les Ndebeles et les Shonas se soulevbent contre 1;i doinination de la BSA et leur mou\rement fut rtprimé avec beaucoup de vigueur et de briit:ilitp. Si l'hile de Rhodes ne fut pas conipliitenient kclipskc aprt:s ccs dcus évgnemeiits, c'est essentiellement 11 c;i~ise du pacte qu'il avait conclu avec Chainherlain et avec Alfred Milner. En 1897, Milner fut nomnié haut-commissaire britannique Li 1;i colonie du Cup. et Rhodes sortit de sa disgriicc politique pour prendre la tête du Parti progressiste. Tous deux étaient foriciérement partisans d'ctendre la domiriation britannique et impatients de régler dtfiiiitiwment le problkmé cili Tranav:inl. qui était sans aucun doute 1'1 I'tpoque la région la plus riche de I'Afriqiie australe. L;i situation se polarisa. Aii Trarisvaal. le principal journal anglais fut interdit et Paul Kruger. dorit le programme i-tait dinmétralemerit opposé aux vistes de Cecil Rhodes. l'ut réélu prkident. Les Boers voyaient en Rhodes la persoiiiiificntioii de tout cc qui nieiiaqit IC mode de vie pour la sauvegarde ducluel ils avaient combattu pendant des centaines d'aniitcs (Kruger l'appelait <<I;i malt-

26 Afrique du Sud 30 diction de l Afrique», et ils n étaient nullement disposés à le laisser, lui ou tout autre représentant des intérêts miniers, les priver de leur liberté. Des négociations eurent cependant lieu à Bloemfontein entre Milner et le gouvernement du Transvaal sur les droits des Uitlanders d origine britannique. et Kruger fit quelques concessions. Mais lorsque le gouvernement britannique refusa de renoncer à sa souveraineté en titre sur le territoire, il riposta en retirant ces concessions. L échec de la Conférence de Bloemfontein créa une situation qui rendait acceptable pour l opinion britannique l idée d une ((intervention)), ou d une confrontation avec la République de Kruger. En septembre 1899, le Royaume-Uni rompit les négociations avec le Transvaal. Tous les citoyens du Transvaal igés de plus de treize ans furent incorporés dans l armée. L État libre d Orange mobilisa lui aussi ses troupes, car, bien qu il ne fût pas impliqué dans le conflit, des troupes britanniques étaient massées sur ses frontières. Pendant quelques semaines, la situation resta au point mort, mais la guerre éclata finalement le 11 octobre. Le lendemain, les Boers attaquaient Mafeking, Kimberley et Ladysmith. Le Royaume-Uni envoya des milliers d hommes en Afrique du Sud et, au bout d un an environ, les villes étaient pour la plupart aux mains des Britanniques. Mais les Boers se retirèrent dans les campagnes et adoptèrent la tactique de la guérilla. Les Uitlanders, en faveur desquels Chamberlain travaillait l opinion publique au Royaume-Uni, n étaient pas des partisans enthousiastes de la guerre. Ils étaient beaucoup trop occupés à faire fortune dans le Rand et ne se souciaient guère de la suprématie britannique. La guerre, loin de les aider, provoquait une grave récession économique. Les milieux d affaires britanniques n exigeaient pas non plus que l Union Jack flottiit sur Pretoria; les financiers de la Cité de Londres étaient parfaitement heureux d investir d énormes capitaux en Afrique du Sud, que Kruger acceptit ou non la souveraineté britannique. Le Rand versait de confortables dividendes et c était là tout ce qui comptait. Au total, la guerre ne servait qu à exacerber les dissensions entre les Boers et les Britanniques et, plus profondément, à mettre l amertume au cœur de la communauté boer pour plusieurs générations. Cette guerre traîna pendant deux ans. Afin d isoler les commandos boers, les Britanniques rassemblèrent leurs femmes et leurs enfants et les internèrent dans des camps. Dans son ouvrage devenu classique, History of South Africa (p. 498), E.A. Walker déclare que femmes et enfants moururent dans ces camps. Le Royaume-Uni gagna la guerre en 1902, mais sa victoire n avait rien d exaltant. Les deux républiques boers, l État libre d Orange et le Transvaal, passèrent sous l autorité britannique, mais il était évident qu on ne parviendrait pas à réduire les Boers à un état de sujétion. Moins de huit années plus tard d ailleurs, l Union sud-africaine vit le jour et ce furent le plus souvent des Boers qui se retrouvèrent à la direction de ce qu ils considéraient comme leur pays. Certains de ces nouveaux dirigeants, comme Botha et Smuts, avaient fait la guerre contre les Britanniques avec le grade de général.

27 Arurho O Mbeya O Wankieo Bulawayo. Afrique australe.

28 Déplacements de population. Néerlandais ---- Ngunis Portugais - Sotho!;

29 Phases présumées de l'expansion des populations de langue bantoue. Principale zone d'origine du bantou (ancien) il y a environ 2 O00 ans Première zone d'expansion du bantou, principalement avant l'an 500 Deuxième zone d'expansion du bantou, avant l'an Troisième zone d'expansion du bantou, après l'an 1 O00 Zone non bantoue

30 Le Grand Trek. oooe UYS œm= RETIEF U - TRITCHARD C 0 00 MARITZ 0 0 POTGEITER

31 (-JO....<<.: [3 Afrique australe: pluviométrie. Les chiffres indiquent les précipitations annuelles en millimètres

32 Communautés de haute montagne Forêt tropicale, savanes et steppes Afrique australe: végétation. Steppe subdésertique et disert

33 - Charbon A Chrome Amiante Fer Afrique australe: minéraux.

34 Répartition des terres en Afrique du Sud: les Bantoustans. 0 Homelands bantous Pôles de croissance industrielle '

35 Historique de l apartheid 31 L organisation des Africains Vu l influence que les événements de la fin du SIX siècle devaient avoir sur l évolution ultérieure de l Afrique du Sud. il n est peut-être pas superflu de rappeler qu nu cours des guerres entre les Anglais et les Boers, il ne fut pour ainsi dire tenu aucun compte des intérêts ni des droits de la mil-jorité africaine. Rhodes mourut en 1902, mais 1ii Société BSA poursuivit la colonisation de la Rhodésie où elle imposa, pour le renforcer au cours des décennies suivantes, un régime analogue i celui qui avait été instauré en Afrique du Sud. La politique parlementaire des Blancs gravitait essentiellement autour de leur pays d origine et de deux grands partis, le Parti nationaliste soutenu par la plupart des Afrikaners. et le Parti unioniste soutenu par les anglophones et les industriels (bien que dirigé par des Afrikaners). Ces deux partis étaient hostiles B! égalité raciirile. bien que dans la province du Cap les non-blancs eussent la possibilité d obtenir le droit de vote ~ héritage de l humanitarisme impérial britannique. Le Parti travailliste était lui aussi attaché aux privilèges des Blancs en matière d emplois qualifiés et s opposait vigoureusement à tout empiktement des Noirs sur le marché du travail. Des partis sans barriéres raciales se créèrent de temps ii autre, mais leurs chances de succès aux élections étaient pratiquement nulles. Aux élections générales du Cap de par exemple. la Ligue politique travailliste fit campagne pour l égalité des droits de tous les hommes civilisés. Mais tous ses candidats étaient des Blancs, qui n avaient guère d expérience ni de fortune. et ils subirent un échec total. Le Parti communiste sud-africain tenta d éduquer et de politiser la population noire et, ii sa Conférence de il adopta le principe d une république noire dont tous les habitants seraient citoyens. Mais il n avait pas d appui populaire et aucun espoir de succès aux élections. En fait, bien que la guerre des Boers eût laissé de profondes cicatrices. les deux groupes blancs collaborèrent pour renforcer leur mainmise sur le reste de la population. En l Afrique du Sud obtint le statut de dominion et échappa i toute ingérence du gouvernement britannique. Des communautés noires commencèrent peu ii peu ii s organiser dans les villes. à mesure que les tribus étaient iissu-jetties et cantonnées dans certaines 7ones. Ces communautés se montrèrent d abord asse7 conservatrices et cherchèrent à s intégrer au système existant. L un des premiers dirigeants africains fut John Tengo Jabnvu. Lorsqu il y eut une élection au Cap. où les Africains instruits avaient alors le droit de vote. il fit campagne auprès des électeurs africains en faveur du candidat libéral (qui remporta le siège). II obtint alors un peu d argent pour fonder le premier journal africain indépendant, hiivo Zuhnntsuntiu (L opinion africaine), qui fit de lui une personnalité influente. Lorsqu en 1887, les Africains du Cap oriental furent privés de leurs droits civiques. il adressa. en vain. une pétition ii la reine Victoria. L éditorial dans lequel il écrivait: ((Nous prêchons non seulement la fidélité, mais aussi la subordination aux supérieurs)). donne une idée de ce qu était sa position politique. En 1902 fut fondée l Organisation politique africaine (APO). L un de ses dirigeants était un médecin métis, Abdul Abdurahman. Bien qu il fcit ouvert à toutes les races, ce parti resta surtout celui des métis. II chercha lui aussi i

36 Port Elizabeth: la richesse blanche.

37 Historique de l apartheid 33 s esprimer i l intérieur du système et demanda aux citoyens de se taire inscrire sur les listes dectoraleç. Ahdurahman se rendit i Londres pour protester sans succès contre ILI discrimination raciale en vigueur au Parlement d Afrique du Sud. L. APO tenta de mohiliser les métis pour des campagnes de résistance non violente et des grèves politiques. mais il ne fut pns soutenu. sans doute parce que beaucoup clc inétis aspiraient i jouer un rôle dans ILI comniunautl: curopéen n e. En ILI confèrence inaugurale du Congrès national africain (ANC) rnssemhlii tous les congrès indigènes pro\,inci:iii\. L ANC lui aussi resta lorigtemps conservateur. A cette coiitëreiice assistaient des chefs qui étaient alors les dirigeants traditioiiiicls et des intellectuels. Le révérend J.C. Duhe en fut iininniè president. Le congrès pro\.oqii:i pc~i 3 peu une prise de conscience politique chc/ les,4fric:iins et. lorsqii eii 1976 le premier miiiistre Hcrtl-og c1l:pos;i un projet de loi visant ii k\,incer les Afric:iins du système politique bl:iric. ce fut ic coiigris qui e\prini:i l opposition des Africniiih ii ce projet. Cette oppmitioii ne part,int cependiint pas ii ernp2cher le Parlenierit hlaiic d adopter le texte proposé. iiinsi clue de prendre d :iutre\ mesures qui restreign:tient considernhlemeiit ics droits hocinu\. politiques et juridiques des AI.ric:iinr. C e\t 1 ~ipi~ro~ri~itioii de.; terres par les Blancs qui soulc\:i d ahorti l opposition des At ricaiiis. 1x5 terres awient L:tC olliciellcmctit répirtics par le Native Laiid Act (loi sur les terres iticiigi.ties) promulgul: en pc~i aprk clue l t nioti fut dc\,cnue indépencliinte du Royiunie-I~lrii. En les Blancs s attrihuércnt S6,, de In totnlitè des terres. en \wtu du Native Trust and Land Act (loi hiir (;I prnprikti- foncière indicèiie). ne 1:iiss:int ~LIY,Al ric:iins clue les 1-1 1(1 rest ; II ts. 1.es BI ;incs repr6scri ta i en t ;I 1 ors. CO ni nie ;I uj o U rd h U i. un e petit e ni i norit& de Ili popul;ition. L. Llrhati Areas Act (loi sur les /ones urbaines) qui fut xloptl: en 1973 et rciiforcp en 1945 restreignit la lihrrté de mouvement des Africains. Quant ;ius Indieiis. I lininigrants Regulation Act (rbglcmentation Lipplicable aux immigrants) de leur interdit de sortir de leur province natale. En 1943, I ANC rbdigea une Charte des droits iiispirke de la Charte atlaiiticlue. (cuvre de Cliiirchill et Roosevelt. Outre l action menée par les orgaiiisntioiis politiques qui étaient composées esseiiticllcineiit d intellectuels. les ouvriers afric:iins tentèrent d agir au niveau des entreprises industrielles. Mais faute de syndicats. il etait difticile d organiser des grèves. Eii 19 IS cepeiidant. Ics ouw-icrs électriciens hlnncs du Raiid ccssérent IC tra\xil et réussirent <I ohtenir que leurs skiires fussent :iugmentés de fason i retrou\w. en valeur rielle, le niveau d a\7:int guerre. i,eur succès incita certains membres du personnel africain des services sanitaires ii l aire grève pour que leurs salaires fussent portés de S I? pence par jour. L.es 50 eniployks qui suivirent cet ordre de grève furent arrt.tés et inculpis. et plus des dcu\ tiers d entre eux furent condiininks. Lorsque les autres employés rcsurent l ordre de Faire le travail de ceux qui avaient éti- emprisonnés. 157 se mirent aussi en grève. Ils furent <i leur tour condamnés i deus mois de trivaux forcés pour rupture de contrat. et ils furent ineniicés d avoir ii travailler gratuitement. surveilles par des gardes en armes et fouettés. Ln différence de traitement entre ces grévistes iioirs et les mtkariicieiis hlnncs qui avaient eux aussi cessé I C travail était flagrante. L. ANC organisa une

38 Afrique du Sud 34 campagne pour la libération des prisonniers. Ce mouvement déboucha sur un ordre de grève générale pour le 1 juillet, ordre venu de la base. sans que I ANC l eût approuvé. C est alors que la South African Industrial Federation (qui était le mouvement syndical ouvrier blanc) décida de mettre sur pied une force de défense pour protéger les femmes et les enfants blancs en cas de grève générale. Le gouvernement préféra éviter un affrontement et libéra les grévistes qui avaient été emprisonnés. L ordre de grève générale fut annulé. Mais le 1 juillet, mineurs refusèrent quand même de prendre le travail et la police intervint pour les y obliger. La police décida alors de poursuivre 8 hommes qu elle considérait comme les meneurs de la grève. Trois d entre eux étaient des Européens, membres dirigeants de la Ligue socialiste internationale, et les 5 autres étaient des Africains, notamment 3 dirigeants de l lndustrial Workers Union of Africa (Syndicat africain des ouvriers de l industrie). C était la première fois en Afrique du Sud que des Européens et des Africains étaient poursuivis conjointement pour des motifs politiques. L action publique dut être abandonnée lorsqu il apparut que beaucoup des témoins de l accusation avaient fait de fausses déclarations. L action continua dans le secteur de l industrie. En 1920, les mineurs blancs obtinrent, en faisant grève, une augmentation de 96 pence par jour. Les mineurs africains décidèrent d en faire autant et de réclamer des augmentations allant de 60 à 120 pence par jour, ainsi que la possibilité d accéder à des postes comportant plus de responsabilités. Les propriétaires des mines proposèrent une augmentation de 3 pence par «poste» mais déclarèrent impossible de supprimer la barrière raciale. Leur proposition fut rejetée par les mineurs du Rand oriental. La poursuite de leur grève incita d autres mineurs à cesser le travail et le nombre des grévistes dépassa rapidement La grève était bien organisée (des piquets de grève furent mis en place) et non violente. Le gouvernement fit de nouveau appel à l armée qui. en forçant les ouvriers à reprendre le travail, en tua au moins 11. La grève n atteignit aucun de ses objectifs immédiats mais elle fut, comme devait le faire observer le président de la Chambre des mines, la première grande ((grève indigène)). Les ouvriers africains s étaient rendu compte de la nécessité de s organiser. L un des syndicats les plus puissants, celui des travailleurs de l industrie et du commerce. fut créé en 1919 et choisit comme secrétaire Clement Kadalie. En 1928, 5 syndicats se groupèrent au sein de la Fédération sud-africaine des syndicats non européens et réclamèrent entre autres choses l application du principe (à travail égal salaire égal». L année suivante, 5 autres syndicats adhérèrent à cette fédération. En 1945, celle-ci représentait 119 syndicats et 158 O00 ouvriers. Le Syndicat des ouvriers africains des mines (AMWU), qui était affilié à la fédération, organisa l une des grèves les plus importantes de l histoire de l Afrique du Sud. La commission Lansdowne avait recommandé en 1942 d accorder des augmentations de salaires correspondant à la hausse du coût de la vie, mais le gouvernement refusa d accorder ces augmentations aux mineurs. Après la guerre donc, I AMWU chercha à négocier pour faire passer le salaire journalier de 27 à 120 pence, mais la Chambre des mines s y refusa.

39 sociale. entre Historique de l apartheid 35 Aux élections de mai 1938, le Parti uni, qui représentait les intérets des anglophones, remporta 1 1 I sièges sur 150. La représentation des nationalistes passa de 7 i 77 sièges. Ces derniers avaient axé leur campagne électornle sur deux thèmes: la limitation du droit de vote dont les métis jouissaient encore au Cap (mais non dans le reste de l Afrique du Sud) et une prise de position sans équivoque sur la question de la souveraineté de l Afrique du Sud Li l égard du Royaume- Uni. A la veille de la deuxième guerre mondiale. le Parti nationaliste (qui se trouvait alors dans l opposition) contesta l utilité d affecter des fonds publics i l éducation des <<indigènes)) et s éleva contre I afllux des Africains dans les villes. il préconisait d augmenter les imp& exigés des Al ricains pour que le produit de ces impfits corresponde i leurs besoins, de consacrer moins de fonds publics aux Africains et d adopter une réglementation propre i faciliter I cmbauche des Africains dans l agriculture; il estimait que l attitude du Parti unioniste 3 l égard des Africains et des métis aurait des conscquences néfastes pour Ics ((pauvres Blancs)). Des scissions se produisirent Liu sein du Parti unioniste. Si certains de ses ineinbres avaient des idées libérales. d autres. plus conservateurs. étaient partisans de dessaisir les provinces de l éducation des AKricaiiis pour placer celle-ci SOLIS la responsnbilit& du Département des afl iires indigènes. organe du gouvernenient central. Cette idée fut finalement reprise par le Parti nationaliste qui l appliqua après sa victoire aux élections de Les mouvements d opposition moins importants avaient des otjectifs particuliers. Le petit (Piirti du clominion>) était surtout soucieliu de rcnforccr la position de l Union sud-africaine ;ILI sein de l Empire britannique ~~ coritrairement aux v(ëux des Afrikaners et d un nombre croissant de Blancs anglophones qui souhaitaient une Ai rique du Sud skparée de 1 Enipire. La politique du Parti travailliste était axée sur In sécurité socinle et I augmentation des salaires de Iii population blanche. en même temps cllie sur une scparation complète ~ économique et territoriale ~~~~ Blancs et Noirs: cependant il faudrait donner aux Noirs I nide financière clorit ils auraient besoin. Les Africains n étaient pas directeinent représentés au P:irlement. In défense des intérêts des indigènes étant conliée i 3 Européens. Ces derniers pouvaient évideinnient être i tout inomcnt réduits ii I iinpuiss:ince clans cettc assernhlée de 153 membres et, de toute fiiqoii, ils iippiirteiiaieiit au système goulw-neniental. Ils protestèrent bien quand il apparut que l on cherchait ii limiter les ressources du Département des iifl:iires indigènes au produit dcs impfits payés par les Africains. et i laisser de plus en plus i ce dépai-teinent la responsabilité de l éducation, des services sociaux et du développenient des Africains. Mais ils n avaient pas d autre chois que de voter :ivec le Parti unioniste ou avec l opposition. La politique du Parti du dominion pourrait être considérée comme une variante de celle du Parti unioniste. et elle fut de toutc làçon coniplétcinent éclipsée par In vague de nationalisme qui suivit la deuxième guerre inondiale. Quant au Parti travailliste, il était faible. car c est le PLirti nationaliste que In classe ouvrière blanche considérait ii présent comme le meilleur défenseur de ce qu elle jugeait être ses intérêts.

40 Afrique du Sud 36 L Afrique du Sud se trouva divisée lorsqu elle eut à décider de sa participation à la deuxième guerre mondiale. Les colons allemands du Sud-Ouest africain et l Allemagne elle-même semblaient bien disposés à l égard du nationalisme afrikaner, et les doctrines nazies exerçaient une forte influence sur la pensée des Afrikaners. L organisation quasi fasciste des G chemises grises ) était composée essentiellement d Afrikaners, de même que celle des Ossewa-Branduag (les sentinelles des chariots). Parmi eux se trouvaient l actuel premier ministre, M. Vorster, et l actuel ministre des finances, M. Diederich. M. Vorster fut même interné pendant la guerre. Beaucoup de personnalités nationalistes influentes penchaient donc pour la neutralité en raison de leurs sympathies pro-nazies. 11 s agissait d un problème d ordre affectif qui renforça encore le nationalisme des Afrikaners, et qui, vu l ampleur que le développement urbain prit pendant la guerre et les divers problèmes politiques que celle-ci fit surgir, devait avoir en Afrique du Sud des répercussions durables. Car la guerre n accrut pas la participation des Africains à la vie politique, tout au contraire. La réglementation exceptionnelle du temps de guerre adoptée en 1943 interdit toute grève aux Africains en quelque circonstance que ce fût. Après la guerre, cette réglementation fut reconduite d année en année jusqu au moment où le gouvernement nationaliste l intégra à la législation, après son succès de Le contrôle des Africains venant travailler dans les zones urbaines fournit un précédent pour l adoption ultérieure des lois sur les laissez-passer. A la fin de la guerre, les Africains demandèrent à pouvoir participer davantage à la vie politique gràce à une libéralisation du régime électoral ; ils demandaient aussi l abolition du système des laissez-passer et la reconnaissance de leurs syndicats comme habilités à négocier au nom de leurs membres. Ces revendications, bien que modestes, suffirent à poser à l électorat blanc la question de la direction que l Afrique du Sud devait prendre après la guerre. La réponse des unionistes fut ambiguë. Ils n avaient pas l intention de donner le droit de vote aux Africains, ni de souscrire aux revendications de la maind ctuvre africaine. La tension qui s éleva entre le Conseil représentatif des indigènes et le gouvernement vint encore compliquer la situation. Hofmeyr avait proposé l établissement de listes électorales communales, chaque groupe africain étant toutefois représenté au Parlement par ses propres élus et non par des parlementaires blancs. Mais cette proposition, qui visait à combler le fossé de plus en plus profond entre les Africains et quelques libéraux blancs, d une part, et la masse de l électorat blanc, d autre part, ne put obtenir le soutien des premiers parce qu elle rendait la représentation communale définitive. ni celui de l électorat blanc qui la jugeait trop libérale. Smuts (qui était alors premier ministre) reconnut que des changements sociaux devraient intervenir - mais plus tard - et il affirma que, quels que dussent être ces progrès, la discrimination raciale devrait se poursuivre. Cela ne donna satisfaction ni aux libéraux ni aux conservateurs. La réponse du Parti nationaliste fut, quant à elle, très claire. 11 fallait un G développement séparé)), c est-à-dire l apartheid. Le 12 avril mineurs africains (soit le sixième de la maind euvre) se mirent en grève. Des forces de police en armes furent envoyées sur

41 Historique de l apartheid 31 place et plusieurs mineurs furent tués ou blessés. Quatre mille Africains de la mine de West Springs entreprirent une marche sur Johannesburg pour manifester leur solidarité avec les grévistes. La presse effraya ses lecteurs blancs en publiant des articles sur les dangers de ce genre de manifestation. Le Conseil représentatif des indigènes. orgai isme officiel qui Ctait censé tenir le gouvernement LI courant de l état d esprit des Africains. ne put obtenir l autorisation de se rendre diiiis le Riii:d pour y observer le tléroulenierit de la grève. La î aqon dont cette grève fut r6primee fut. pour le conseil. plus qu il ne pouvait en supporter. II ne tint qu une seule autre séance et suspendit son activite. estimant qu il ne lui était plus possible d exercer ski mission face ;I l intensification de In discrimination raciale. LA police armée de matraques chargea les ouvriers métis et indiens de l industrie du tabac. qui avaient cessé le travail par soliclarité avec les mineurs. LA repression de la grève des mineurs se poursuivit. Les chefs du mouvement furent LirrCtés et la grève prit fin I C 17 avril 1936; elle aviiit duré cinq jours. Les dirigeants de I AMWU puss&wt en jugement. Certains furent condamnés 1i de courtes peines de prison et les autres furent acquittés. L.n gréve n akiit pns atteint ses ob-jectifs. mais elle avait montrt; l activisme croissant des ouvriers africains contre leurs conditions cl csisience. Iii tentative de déclenchement d une grève générale de solidarité avec les mineurs n aboutit piis non plus. mais le l ait qu elle ait eu lieu démontra combiei? les travailleurs ti on bl a ncs ;I t t ;IC ha i en t d i nip ort a nc e 5 I orga nis;i t io ti et i 1 ;IC t i o n c 01 1 ec t i ve. Quelques années aupar:ivant, de jeunes membres du Congres national africain (parmi lesquels Walter Sisulu et Nelson Mnndeln) LtvLiient constitué un mouvement de jeunesse. la Ligue de la jeunesse africaine. Ils n kiient plus disposés ri accepter, en dépit d améliorations. une condition de subordination au sein du systsme en vigueur. et prônaient Iii non-coopération en vue d instaurer la société, d un genre trss diffèrent, qu ils souhaitaient voir en Afrique du Sud. En les Indiens d Afrique du Sud se sèparèrent de certains de leurs dirigeants. relativement conservateurs, qui Ctaieiit prêts i accepter une ségrkgation volontaire. et nommèrent ri leur place des hommes plus jeunes comme Dadoo et Naicker. qui projetaient d organiser au sein de la communauté indienne la rkistance au gouvernement. Diidoo et Naicker. auxquels se joignit le D Xuma, qui était alors président de I ANC, publièrent en 1947 une déclaration commune d unité. Mais il appnrut rnpidement, après que le Parti ti a t ionaliste eut remporté les élections de 1948 et form6 un gouvernement, que l unit; et la résolution ne suffiraient pas ii ri-soudre les problèmes.

42 2 Développement de l économie Le climat, les richesses minérales et d autres ressources naturelles de l Afrique du Sud ont permis à ce pays de devenir le plus prospère et le plus industrialisé d Afrique. Géographie et climat La population de l Afrique du Sud s élève à 21,3 millions d habitants (15 millions d Africains, 3,s millions de Blancs, 2 millions de métis et un demi-million d Indiens) répartis sur un territoire d environ kilomètres carrés. Le climat est généralement subtropical, mais le paysage varie depuis la végétation luxuriante, de type méditerranéen, qu on trouve dans le sud de la province du Cap et à l est, jusqu aux déserts arides qui couvrent la partie septentrionale de la province du Cap. La pluviosité diminue progressivement d est en ouest, le flanc maritime des montagnes du Cap et du Drakensberg (qui forment la frontière entre le Lesotho et l Afrique du Sud et qui se prolongent vers le nord-est à travers le Natal) recevant plus de 1500 millimètres de pluie par an, tandis que la hauteur des précipitations est inférieure à 250 millimètres dans presque toute la moitié occidentale du pays. I1 pleut surtout en été (de novembre à avril), mais les pluies sont plus également réparties sur la côte méridionale, et dans la région du Cap, c est en hiver que la pluviosité atteint sa cote maximale. Le pays est en grande partie formé de hauts plateaux, derrière les chaînes côtières qui forment un escarpement presque continu de 1500 à 3500 mètres d altitude. Cet escarpement constitue un bassin versant drainé par les affluents de l Orange qui, coulant vers l ouest, se jette dans l Atlantique à Alexander Bay. Le pays est divisé en quatre provinces. LA PROVINCE DU CAP La province du Cap, qui est la plus étendue et la moins densément peuplée des quatre, a un climat qui, de subtropical et méditerranéen au voisinage de la côte, devient chaud et sec A l intérieur et se fond avec celui du désert du Kalahari au

43 Développement de l économie 39 nord-est. La province du Cap couvre près de 60%) du territoire, mais son apport à la production industrielle nette n est que d environ 3O0/0. L un de ses principaux handicaps est la distance qui sépare son littoral des grandes régions développées du Transvaal et du Natal. Cette région comprend néanmoins trois des quatre principaux ports du pays (Port Elizabeth et East London ii l est, et Le Cap il l ouest). Ses principaux réseaux routiers et ferrés sont nettement orientés dans le sens nord-est - sud-ouest. La région de Port Elizabeth-Uitenhage est celle de l industrie automobile qui a commencé par le montage d éléments importés et qui comprend notamment les usines Ford et General Motors. L ouest de la province autour de la ville du Cap est industrialisé, et c est aussi le principal centre de culture fruitière pour l exportation. La laine est la principale production agricole de la région: elle vient au premier rang des exportations agricoles de la république. Le nord de la province du Cap vit essentiellement de l exploitation et de la prospection minikres, mais l extension du réseau d irrigation prévu par le projet d aménagement du fleuve Orange devrait accroître la superficie des terres cultivables. Kimberley (où furent découverts les premiers diamants sud-africains) est resté le centre de l extraction minière. Le nord-ouest possède de vastes gisements de cuivre, de manganèse. d argent, de fer. d amiante. de pierre i chaux. de sel, de gypse et de tungstène. suffisamment importants pour que l exploit, i t. ion en soit rentable. Les gisements de cuivre et de zinc ont été évalués en 1973 ii un milliard de rands au moins. L:i mise en valeur de la côte occidentale de la province ne hit que commencer. II ;I été annoncé au début de 1973 que l important gisement de minerai de fer de Gishen allait rtre exploité de fric;on plus intensive. Line voir ferrée réservée au transport des marchandises doit être construite jusqu au port de Saldrinlia Bay. sur la côte occidentale. et ce port sera considkrablement agrandi. la majeure partie du minerai de fer extrait i Gishen étant destinée i I exportation. La Société sud-africaine du fer et de l acier (ISCOR) s est fixé pour objectif initial ((l exportation de 15 millions de tonnes de minerai de fer par an au début des années 1980)). Mais les débouchés potentiels sont de plus en plus incertains. Le gouvernement japonais s est montré réticent devant les projets d investissement de firmes japonaises en Afrique du Sud. II se pourrait que les auteurs de ce projet de mines de fer qui constitueraient l une des plus grandes entreprises industrielles du pays aient surestimé les possibilités de vente de I ISCOR. Mais il existe d autres clients possibles, parmi lesquels on a cité la France, le Portugal. l Espagne et l Italie. L EI AT LIBRE D ORANGE Le fleuve Orange sert de frontière entre la province du Cap et l État libre d Orange. Dans cette province également. l économie est mixte. combinant l industrie minière et l agriculture. Le nord de la province se trouve ii l extrémité sud-ouest du bassin minier du Rand-Reef où se trouve l essentiel des richesses minérales exploitées jusqu i présent. Les principales villes sont Bloemfontein (la capitale), Welkom, Kroonstad et Ficksburg. L État libre d Orange - qui fut le

44 Afrique du Sud 40 premier État afrikaner - est en grande partie «blanc», à l exception d une petite zone ((réservée)) aux Africains comme homeland, à la frontière du Lesotho, mais, exception faite du Natal, sa population est celle qui comprend la plus forte proportion d Africains. On n y trouve presque pas d Asiatiques ni de métis. LE TRANSVAAL C est la province la plus peuplée (6.2 millions d habitants) et la plus industrialisée des quatre. Outre la capitale administrative (Pretoria), on y trouve la capitale commerciale et industrielle, Johannesburg (qui est la plus grande ville du continent africain et dont la population atteignait en ,4 million d habitants). Plus de la moitié de l industrie sud-africaine est concentrée dans le sud du Transvaal (le long des quelque 160 kilomètres qui séparent le nord de Pretoria et Vereeniging, à la frontière de l État libre d orange). Une grande partie du Transvaal septentrional a été classée comme homeland (voir la carte des Bantoustans). Toutes les grandes villes du Transvaal se sont développées rapidement, leur croissance ayant été favorisée par les tarifs préférentiels de transport des marchandises à destination et en provenance du Rand: les besoins des mines en main-d œuvre ont d autre part provoqué des concentrations d Africains dans des zones satellites autour de ces villes. La création des Bantoustans devait, officiellement du moins, entraîner une décentralisation de l industrie. Piet Riekert, conseiller du premier ministre pour les affaires économiques, a expliqué en 1970 que le «but ultime)) du programme de décentralisation était d endiguer l exode des Africains des homelands vers les villes, et que 24% des investissements industriels devraient être canalisés vers les zones limitrophes et les homelands (contre 10% en 1968). Mais même ces chiffres sont probablement optimistes, vu que, comme l a dit Piet Riekert, ((aussi loin que l on puisse prévoir, la majeure partie des constructions d usines nouvelles, ainsi que des travaux d agrandissement d usines existantes, continuera d être réalisée dans les zones métropolitaines o. Mais en dépit de sa puissance industrielle et de sa croissance ininterrompue, l économie du Rand repose sur l exploitation des mines d or, qui exige une main-d ceuvre migrante, venue en grande partie de l étranger. Depuis le début des années 1970, la production d or a commencé à baisser, et d autres métaux, comme le platine, jouent un rôle croissant. Le Transvaal possède les principales réserves connues et exploitées d or, de minerai de fer, de cuivre, de nickel, de manganèse et de platine. LE NATAL Le Natal est parfois surnommé la province ((anglaise)), en raison de l origine de ses premiers colons. Sa population africaine est proportionnellement plus nombreuse que celle de l État libre d Orange ou de la province du Cap: neuf Africains pour un Blanc d après le recensement de 1960 (alors que la moyenne nationale est d environ quatre pour un). C est une des régions ((traditionnelles)) de peuplement africain, et par conséquent elle tient une grande place

45 ~~ -~ ~~ Développement de l économie 41 dans la politique des lio/mh/ids: la majeure partie ~ et de loin - de son sol a été classée soit comme honic/(/tic/ soit comme arone limitrophe)). C est pourquoi les dispositions restrictives de la loi sur I oménagement du territoire, qui détermine en grande partie les lieux où les Africains sont autorisés h résider, ont été moins ressenties au Natal qu elles ne l ont été au Transvaal ou dans l État libre d Orange, par exemple. La croissance inclustrielle du Natal a été et reste en grande partie axée sur sa capitale, Durbnn. qui est le principal port de la côte orientale de l Afrique du Sud; mais elle s est égnlement propagée le long de la côte et sur le parcours du chemin de fer qui mène ;tu centre du Rand. Ln construction d un grand port pour l exportation du charbon ainsi que d un coniplese pétrochimique a commencé au début des années 1970 Richards Bay. Le Fi/il//ic.iu/ Alriil ;I commenté en ces termes les conskquences de la diçignation d un aussi grand nombre de Tones limitrophes au Natal : ((11 se trouve maintenant que. par une ironie du sort. lit province anglaise remplit en bloc les conditions voulues pour bénéficier des concessions et des incitations de l État: di-grèvements fiscaux. indemnités d amortissement asse7 ilevées. primes de di-ménagement. salaires minimau\i plus bas qu en dehors des zones limitrophes, prêts sans intérêt, riduetions sur les tarifs ferroviaires. ) I,e produit intérieur brut de l Afrique du Sud En le produit intkrieur brut a étp provisoirement estimé ;I dè rands, se répartissant comme le montre le tableau millions TmLmu 1. Produit intérieur brut de l Afrique du Sud Agriculture. forets et péches Industrie minière Industries manufxturikres Commerce de gros et de dctail Finances Transports Construction Services Administration Divers (activités sans but lucratif et services ciomestiques) 4OX 3.9 ~ L économie de l Afrique du Sud en vient h ressembler i celles des pays occidentaux modernes et h connaître les mêmes difficultés. La croissance rapide des années 1960 a été suivie d une grave inflation (dont le taux a atteint 10% en 1972/73) et d un déséquilibre de Iii balance des paiements. Bien qu elle reste la principale source de prospérité. l industrie minière est en déclin et a d é dépassée par les industries manufacturières au cours de la dernière décennie. Toutefois, la grande majoritti de la population sud-africaine travaille encore dans l agriculture. Quelque Blancs et 1.5 million de Noirs sont employés

46 Afrique du Sud 42 dans les régions blanches où se pratique une agriculture de rapport. La production agricole a augmenté à la moyenne de 4% par an, ce qui est plus que le taux de croissance démographique depuis la deuxième guerre mondiale, de sorte que l Afrique du Sud peut subvenir elle-même à ses besoins alimentaires, sauf pour certains produits comme le thé, le café, le cacao et le riz. Près de la moitié de la production agricole est transformée par les industries du secteur secondaire, qui employaient en 1972 environ 21 YO des ouvriers industriels. II a déjà été fait mention de l activité agricole des provinces du Cap et du Natal; mais il y a une très grande différence entre l agriculture de rapport pratiquée sur les terres appartenant aux Blancs et l agriculture de subsistance à laquelle se livrent les habitants des réserves africaines. Les principales cultures de rapport pour l ensemble de l Afrique du Sud sont le maïs, le sucre, les arachides, le tabac, les agrumes et les fruits caducs. Mais l élevage tient sans doute une place plus importante que les cultures. On estime qu avec les méthodes de culture actuelles. 15% seulement des terres sont cultivables (ce qui dépend surtout des pluies); mais les projets d irrigation, et en particulier les divers éléments du projet d aménagement du fleuve Orange, pourraient accroître considérablement la superficie des terres productives. L agriculture afrikaner traditionnelle consistait essentiellement à élever en ranch de grands troupeaux d ovins et de bovins, mais ses méthodes manquaient d efficacité. La production de la laine et celle des fruits jouent un rôle important dans l économie. Les zones classées comme hornelmids bantous couvrent une superficie de kilomètres carrés environ (soit 13,5% environ de l ensemble du territoire). Les salaires que les agriculteurs blancs paient à leurs employés africains sont les plus bas du pays, et les ouvriers agricoles sont les plus pauvres et les plus exploités de tous les ouvriers. Le revenu moyen d un agriculteur blanc est de 6000 rands par an, tandis que celui des ouvriers agricoles, en argent liquide et en nature, se situe entre 144 et 192 rands. Le Fonds international d aide et de défense de Londres a fourni en 1973 les précisions suivantes : «Les ouvriers agricoles noirs sont plus d un million. Ils ne sont protégés par aucune législation du travail du type habituel: il leur est interdit de se mettre en grève, ou même de rompre leur contrat de travail; ils n ont droit ni à des vacances ni à une retraite, ni à des congés payés ni à des congés de maladie, et ils n ont pas de syndicats pour les défendre; toute désobéissance de leur part peut être punie par I employeur, c est-à-dire l agriculteur. Et cela arrive souvent : le fouet et les menaces de renvoi font régner dans beaucoup d exploitations agricoles un climat de terreur.»i1 n est pas surprenant que, sous un tel régime juridique et politique, les exploitations agricoles constituent dans ce pays un monde clos où les journalistes sont considérés comme importuns et sur lequel on est mal renseigné. Mais certains détails de cette réalité féodale sont cependant connus : On a appris qu à Naboomspruit, au Transvaal, certains ouvriers gagnaient 4 à 8 rands par mois, plus un sac de maïs; ils travaillaient douze heures par jour et sept jours par semaine, et ne pouvaient s absenter qu à condition de se faire remplacer.

47 Développement de l économie 43 On a signalé en 1971 que dnns le nord de l État libre d Orange, des ouvriers gagnaient 3 rands par mois. plus 3 bidons i pétrole de maïs. et qu ils étaient logés dans des abris de tôle rouillée. En fkvrier 1956, deux agriculteurs du Cap furent déclarés coupa bles d avoir fouetté un ouvrier à mort. Ils furent condamnés à de courtes peines de prison et à une faible amende ~ et ce n est là qu un exemple, parmi beaucoup d autres. de In vie daris les exploitations agricoles. En mai 1971 encore. un ayriculteur de Hnrtebeesf ontein a été déclaré coupable d avoir posé un ((anneau de castration)) (utilisé pour les bdiers) autour des testicules d un berger africain de quatorze ans.)) L agriculture bénéficie d un traitemeiit de faveur. qui s explique facilement par le fait que les :igriculteurs sont m:i,joritaires au sein du Parti nationaliste. Les Ligriculteurs reyoivent au total 300 millions de rands par an sous forme d aide directe, tandis que leur contribution aux recettes fiscales ne s éléve qu à 35 millions de rands. Le gouvernement a iiomine un conseiller agricole pour sept agriculteurs ; mais l agriculture n a pas progre de façon spectaculaire, et l érosion du sol e11 particulier pose un grave probléine dans les régions sèches. Industrialisation L indiistrialisaticn ;I pour but de donner ii l Afrique du Sud In capacité de subvenir elle-même 3 ses besoins de produits industriels et de produits I I imentaires, et aiiisi de dépendre moins du monde extérieur. L Angola constitue. i proximité. une so~irce potentielle de pitrole, importante ressource naturelle dont l Afrique du Sud est dépourvue. Les prévisions de développement industriel se sont eii grande partie réalisées. Tlir Eiwimii,vi du 39 juin 1968 en donne les raisons suivantes: 1. Le dynamisme et la résolutioii des Sud-Africains blancs en matière de tinnnces et d affaires: leur pays est le paradis des hommes d action. 7 I. Le taux élevé de l épargne (30% de I eiisemble des avoirs) qui peut servir à des investissements. Cette situation est rendue possible par le fait que plus des deux tiers du revenu total vont à moins du cinquième de la population. et que les Blancs sont relativement peu imposés. 3. L. abonilance de main-d euvre peu coûteuse et sous-employée maintenue par l apartheid. 3. Les ressources du pays en uranium. amiante. cuivre. mangcirièse, fer et autres minéraux. (Les recherches pétrolières sous-marines entreprises au large des c6tes n ont pas donné de résultat jusqu ri présent.) 5. Le faible coiit de l énergie tirée du charbon. gràce Li ILI modicité des snlaires. 11 est possible de créer de nouvelles sources d énergie hydro-électrique i~ l intérieur du pays ou d en obtenir à l extérieur (par exemple à Cabora B:iss:i, au Mo7ainbique). M ÉTA L L 1 R GI E ET ( 0 N S T R I. ( 1 1 ON S M fi C A N 1 Q L:ES La métalluryie et les constructions mécaniques sont de loin les industries les plus iniportaiites. L acier produit par la société d État ISCOR (Iron and Steel

48 HI: Zone 66% sterling 66% L% \ Zone dollar Capitaux étrangers investis en Afrique du Sud 1964 et 1969 (estimations) Europe occidentale Organisations internationales 4% Autres pays 1% I internationales 1% Europe occidentale

49 Orientation du commerce sud-africain A République fédérale d'allemagne (5.88) B Belgique (4.1%) C Italie (3.9%) D France 13.gq0) E Autres pays d'europe (8.3%) F Afrique (15.2%) G Océanie 10.1%) H Ajustements (4.3%) I Amérique du Sud (0.5%) J Autres pays d'amériqup du Nord (2.8%) K Etats-Unis d'amérique (7.3'ih) L Autres pays d'asie (4.5%) M Japon (12.9%) N Royaume-Uni (26.4%) A République fédérale d'allemagne (14.7%) B Fronre (3,6%) C Italie (3.4%) D Suisse (2.2%) E Pays-Bas (2.2%) F Autres pays d Europe 15.84,) G Etats-Unis d'amérique (16.696) H Autres pays d'amérique du Nord (1.5%) I Océanie (2.7%) J Ajustements (0,7%) K Amérique du Sud (1.0%) L Afrique (5.4%) M Autres pays d'asie (9.8%) N Japon (9.5%) O Royaume~Uni (20.9%). - Valeur des exportations - ~ _ ~ ~ _ ~ ~ ~

50 Afrique du Sud 46 Corporation) est l un des moins chers du monde parce que les matières premières sont disponibles sur place et que les salaires sont bas. INDUSTRIE ALrTOMOBILE L industrie automobile, qui a pris des proportions énormes, a commencé par le montage de véhicules à partir d éléments importés. Ses dirigeants espèrent fabriquer, d ici à 1976, une voiture qui soit à 66% sud-africaine, c est-à-dire produire à ce moment-là certains éléments essentiels comme des blocs-moteurs et des carrosseries; les voitures construites en 1969 étaient déjà sud-africaines à 50%. Les usines de construction automobile se trouvent pour la plupart au Cap et à Port Elizabeth et, comme beaucoup des centres industriels de ce secteur ont été englobés dans des zones limitrophes. des dégrèvements fiscaux leur sont accordés et les salaires minimaux y sont plus bas qu ailleurs. Cette industrie est cependant handicapée par l étroitesse de son marché (voir plus loin). INDUSTRIE CHIMIQUE L industrie chimique a commencé par la fabrication d explosifs pour les mines. Elle s est développée au point de devenir probablement l entreprise privée de fabrication de substances explosives la plus importante du monde jusqu à la date récente où elle est devenue entreprise d État. Depuis quelques années, la branche la plus importante de ce secteur est l usine nationalisée de la SASOL qui produit des hydrocarbures à partir du charbon à Sasolburg, dans l État libre d orange, pour tenter de compenser le manque de ressources pétrolières de l Afrique du Sud. Ses coûts unitaires de production sont très élevés, mais elle fabrique d autre part une gamme très variée de produits chimiques et de matières plastiques à partir du pétrole. INDUSTRIE MINIERE L économie du pays repose depuis soixante-dix ans sur les mines d or et de diamants. La production de l or a été désavantagée par la fixation en 1934 du prix mondial du métal à 35 dollars l once; mais actuellement les cours ne cessent de monter: c est ainsi qu en juillet 1973, pafexemple, les cours du marché libre oscillaient entre 70 et 120 dollars, alors que le prix officiel était de 42,22 dollars. On s attend que cette hausse des prix entraîne rapidement l ouverture de nouvelles mines. En 1967, la Chambre des mines d Afrique du Sud prévoyait que la production d or diminuerait entre 1971 et 1996, lorsque les réserves économiquement exploitables seraient épuisées. En fait, cette production a diminué de près de 7% en 1972, mais les bénéfices ont augmenté de 58% et les dividendes de 24%. On met actuellement au point de nouvelles machines, par exemple une foreuse à explosion limitant l effet de dislocation des couches géologiques. On espère d autre part pouvoir produire davantage d or pour une hausse négli-

51 ~~ ~~~~ ~~~~~ ~~~ ~~~~ ~~~~ ~~~~ ~~~ ~~~ ~ ~~ ~~~~ ~~ ~~~ ~~~ ~~~ ~~~~ Développement de l'économie 47 geable du prix de revient. grace ii une amélioration du procédé de récupération du métal. La forte montée des prix de l'or a également donné un regain d'activité A d'anciennes mines, dont l'exploitation est redevenue rentable malgré la faible teneur du minerai. La production d'autres minéraux a gagné en importance. Celle du platine a par exemple subi une forte impulsion au début des années 1970, lorsque la législation antipollution a exigé des constructeurs d'automobiles des États-Unis que leurs nouveaux modèles soient pourvus de convertisseurs de gaz d'échappement en alliages i hase de platine. La société General Motors a conclu avec l'afrique du Sud un contrat d'achat de platine portant sur dix années. et il est probable que d'autres constructeurs ont suivi cet exemple. L'Afrique du Sud dispose de réserves d'uranium suffisantes pour que l'état puisse entreprendre la construction d'une usine d'enrichissement de l'uranium d'un coût extrêmement élevé. dont la production sera exportée, et qui permettra aussi au pays d'envisager Is création d'industries nucléaires. TABLEAU 2. Valeur des exportations de minéraux (en millions de rands) 1'171 I'J72 1Y71 IV12 ~- ~~~~ - ~~~~ Cuivre Chrome Amiante Charbon Manganese Antimoine Vanadium Spath fluor Nickel Divers (dont uranium Minerai de fer et platine) L'industrie minière est celle qui emploie la plus forte proportion d'ouvriers noirs et où les différences de sal:tires entre les ouvriers blancs qualifiés et les ouvriers noirs sans qualification sont les plus fortes. C'est dans l'industrie minière. ainsi que dans le secteur de la construction et celui des chemins de fer, que les syndicats blancs ont toujours réclamé avec le plus d'insistance I'application de l'apartheid. qui comporte (au moins dans son principe) la reservation des emplois. Les mines ont besoin de milliers de travailleurs migrants. dont beaucoup viennent de l'étranger. Cette immigration est souvent présentée comme la preuve que les conditions de vie sont d'une certaine façon meilleures en Afrique du Sud que dans les autres pays. 11 est vrai que les salaires des mineurs attirent ceux qui, dans les pays voisins. n'ont que le minimum vital, quand ils l'ont: mais cette émigration n'est pas entièrement spontanée. Elle est due en grande partie au travail de recrutement de l'association de la maind'cruvre indighe du Witwatersrand ainsi ~U'LCUX encouragements des États voisins. Depuis le début du siècle. les propriétaires de mines du Rand ont obtenu. par accord spécial conclu avec les autorités portugaises. la fourniture d'une main-d'cruvre recrutée au Mozambique. i concurrence de ouvriers et au prix de tant par homme. Les conditions de vie des travailleurs migrants demeurent effroyables.

52 Afrique du Sud 48 TABLEAU 3. Ouvriers africains étrangers travaillant en Afrique du Sud en 1972 Pays d origine Nombre d ouvriers en Afrique du Sud Pays d origine Nombre d ouvriers en Afrique du Sud -~ Angola 154 Rhodésie 6200 Botswana Swaziland Lesotho Zambie 638 Malawi Reste de l Afrique 7340 Mozambique Commerce L Afrique du Sud exporte le quart environ de ce qu elle produit et importe le quart des biens de consommation qui lui sont nécessaires; l examen de la structure de ses exportations et de ses importations permet de voir encore plus clairement combien elle dépend de ses échanges avec l étranger. L Afrique du Sud est surtout connue, sans doute, comme exportatrice de minéraux, en particulier d or, et de produits alimentaires, notamment de fruits. Ses exportations de fruits vers l Europe occidentale sont favorisées par la synchronisation de l hiver européen avec l été sud-africain. Cependant, les exportations d or sont en déclin. Au cours des onze années , le total des exportations sud-africaines est passé de 870 à 1500 millions de rands, tandis que les exportations d or n ont progressé que de 500 à 850 millions de rands. En 1969, l ensemble des exportations (y compris l or) ne représentait que 21% du PIB (contre 25% en 1961). L or joue cependant un rôle capital dans l économie, à un double titre. 11 constitue tout d abord une réserve qui peut en dernier recours être vendue contre des devises étrangères et c est, d autre part, en soi, un produit d exportation. Jusqu à la brusque montée du prix de l or sur le marché libre au début des années soixante-dix, les excédents dus aux exportations de ce métal avaient constamment diminué depuis La demande ne paraît pas devoir se relacher et l or restera sans doute un atout important aussi longtemps que les réserves ne seront pas épuisées. Toutefois il n apparaît pas souhaitable que l économie repose sur l or, d où l effort d industrialisation. Au cours des années , l industrialisation rapide de l Afrique du Sud a répondu à une politique de <(remplacement des importations)), c est-àdire à la production sur place d une grande partie des biens de consommation et des produits semi-fabriqués qui avaient jusqu alors été importés, par exemple les articles ménagers, les textiles, les véhicules automobiles, les pièces détachées et de rechange. Comme dans beaucoup d autres pays. cette tentative n a pas totalement réussi. Mais elle a nettement modifié la nature des importations, où les biens de consommation et les matières premières transformées ont partiellement fait place aux biens d équipement et aux matières premières non traitées. Actuellement, 44% du total des importations sont constituées par de l outillage et du matériel d équipement. Bien que les plus récentes statistiques disponibles

53 ~~ les tandis Dételoppement de l'économie 49 (1966) soient périnikes. cette évolution ne t'ait ;ilicun doute: le total des iniportations de matiéres premikres est passi de 10.7"; en 1969 i plus de l3"/0 en Si l'afrique ciii Sud est grande exportatrice de certaines inatiircs prcmiires (surtout de minéraux). elle ;I absolument besoin d'en importer d'autres. Une part considérable de ses exportations est coiistituke par les ventes d'or. de diamants et de cuivre, qui sont des procluits pour lesquels le marché inti-rieur est restreint. Ce marchi intérieur offre Cgnlenient peu de tiebouclics pour certains types de produits maiiufacturés et I'iiiciustric qui les tàhric1lier:i sera forckinent ;I trop petite échelle pour pouvoir concurrencer les productioiis peu coûteuses d'autres marchks. On cn arrive 3 cette situation asse7 p:irndoxale que Ics bas salaires. qui perinettent de rnaiiitenir les pris de revient des Lirticlcs ina~iuf~ictiirés 11 un niveliu modique, empccherit en ms.inc tetrips le marcht; intérieur de se divelopper ail sein de la population. en niajoritt; noire. qui rcqoit ces silnircs. et q~ie ceux-ci constitiierit pi- consiquerit Lin ohstacle ;ILI plein essor de I'kcoiioinie siid-africiiiiic. De nou\e:iu\ diboucliia coinmerciau\; sont constliiniiieiit recherchix. Le Japon pourrait devenir un client iniportniit ~~ ;ILI point cllie les liomrnes d'nffiiires japonais eii t.oyiige en Afrique dii Sud sont classés coinine ((B1;iiics hniiornires )). de crainte CIL~'UI~ riinnqlie d'i-fards ii leur endroit iie fii.;se ichouer les iikgocintioris cornmerciales. Le Royaume-Uni reste le pretnier partenaire cominercinl de l'afrique du Sud; en il a absorhi 26,X"Il des exportations dc I'Af'riclue du Sud et LI fourni 73.2" de ses importations. Mais le coniinercc ;I diminu6 d:iris les deus sens. (Eii les po~ircentages coîrcspoiiciants étaient i-especti\eiiieiit de 32.9'' Il et 29.7" O.) Mais ces st:itistiques coiiiinerciales ne ticnneiit 1x1s compte du produit des iiit.estissemcrits. Le Ff/uiiii.iu/ Tfnw,~ du 15 dkcembre 1973 ;I fait observer qiie, lorsqu'oii ivalue les exportations britanniques vers l'afrique du Sud, ((il ne faut piis oublier q~'~iiie grande partie de l'industrie inniiufacturi~re sud-ufric:iiiie appartient 1i des Britanniques ou est dirigèc par eux...)>:((il est sans doute exact. :i.joutnit IC journal, de dire que ce qui est perdu en fait ct'espor~atinns est récupki-é SOLIS forme de versement direct des bénéfices des liliales britanniques, ou se retrouve cians les bénifices non distribuis de ces sociétés)). Les échanges cornmerciaus avec les autres pays a~ignientent. En le Japon. les États-Unis et le Ripublique ft;clériile d'allem:igne hient respecti\remerit le deuxil:ine, le troisiènie et le q ti;itril:iiie piirteiiaire coiriniercial de l'afrique du Sud. C'est ;ILI cours des :innées soixaiite que I'accroisseincnt des Cchiinges ;I Ctk le plus riipidc. En trois ans seulement. de 1966 ii 1968, les exportations i destination du J:ipon sont passées de Xi inillions de rancis trois principaux produits étant le minerai de fer. le inangaiipse et le maïs ~ qu'enlrc 1964 et 196s les esportatiniis li destiriatioii de la Répuhliquc IëdCrale d'allemiigric ont presque ciouhlt:. les iinportations en provenaiice de ce pays liugmentant dans le même teinps de plus de La diiniiiution de la part du Royaume-lJni dans le commerce suci-iifricain ri-sulte de cieux faits: la rédlictioii de son role dans l'ensemble ci~i ccmmicrce internntionnl et I:i nouvelle orientation des échanges hritaiiniqlies vers la Coinniunautk économique europccnne (CEE) plutôt q~ie vers le Coiiiriionwe:ilth. Cette diminution des ichiiiiges entre les Jeu\ piys aurait sans doute Ctk encore

54 Afrique du Sud 50 plus rapide sans le régime préférentiel dont l Afrique du Sud continue de bénéficier sur le marché britannique en tant qu ancien membre du Commonwealth, bien que son exclusion remonte à L Afrique du Sud redoutait l adhésion du Royaume-Uni à la Communauté économique européenne à cause de la suppression du régime préférentiel dont les pays du Commonwealth jouissaient sur le marché britannique, et aussi parce que certains produits (notamment les pommes) allaient être soumis à des mesures de contingentement en application de la politique agricole du Marché commun. (En 1973, en effet, les exportations de pommes de l Afrique du Sud ont été frappées par une mesure de ce genre, dont les effets ont toutefois été atténués par les répercussions d une mauvaise récolte en Argentine.) L Afrique du Sud a cherché à négocier des accords spéciaux avec la CEE, notamment en ce qui concerne les fruits et le vin. Elle a envoyé à de nombreuses reprises des délégations à Londres et à Bruxelles. Mais aucun accommodement spécial ne lui a cependant été consenti, en dehors des dérogations dont tous les «pays tiers)) ont bénéficié par suite de changements de politique générale (Financial Mail du 14 septembre 1973). Les ventes de produits agricoles sudafricains à la CEE ont donc dépendu des ((compensations)) négociées dans le cadre de l Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT). C est à l égard des produits agricoles que la perte est la plus importante, car si les fruits frais du Cap se vendent encore bien dans les pays de la CEE, il n en va pas de même pour les fruits en boites et pour le vin. L importance que le commerce revêt pour l Afrique du Sud a incité les Nations Unies à adopter des résolutions visant à le boycotter (voir plus loin).

55 3 L apartheid à l œuvre Le Parti nationaliste est arrivé au pouvoir en au moment où le nationalisme de l après-guerre frayait la voie de l indépendance dans la plupart des pays africains. Les Africains d Afrique du Sud furent naturellement influencés par ces mouvements d opinion. Si les années de guerre avaient consolidé l implanta: tion des colons européens qui avaient eu tout le temps de préparer le terrain pour l apartheid. elles contribuèrent Sgalement i remettre en question l ensemble du système. La politique du Parti nationaliste. qui reposait sur l apartheid et le maintien de la domination des Blancs, plut i quelques idéalistes qui ne pouvaient supporter l idée que les Africains fussent leurs égaux, mais espéraient qu une solution conciliant l égalité et la séparation permettrait de sortir de l impasse. Le parti promit?i la population rurale blanche d accorder une plus grande attention aux problèmes de l agriculture; il promit aux ((pauvres Blancs ) des villes de réfréner davantage la concurrence des Noirs; et il promit ii tous les Afrikaners. citadins ou ruraux. de mettre fin ii la suprématie britannique. ((Apartheid )> est un mot afrikaans signifiant séparation. Le gouvernement a manifesté ces derniers temps une préférence pour l expression ((développement séparé D. La politique d apartheid implique les mesures suivantes : 1. Le renforcement et l extension de la législation qui régit la séparation entre Noirs. Blancs et Métis. 7. La modernisation de l administration indirecte. par l entremise des chefs et des structures sociales traditionnelles. de manière i réfréner l éclosion d un nationalisme africain. 3. Le renforcement du pouvoir des Afrikaners en matière économique et sociale. 4. La séparation des races au moyen d institutions sociales distinctes (dans les domaines linguistique, culturel et 6ducatif) dépendant directement du gouvernement, ou par l affectation sélective des crédits officiels. Les buts de l apartheid sont les suivants: LI) assurer le maintien de la suprématie des Blancs, tout en gardant la haute main sur l évolution et I orientation du nationalisme africain; hi garantir l expansion et la compétitivité de

56 Afrique du Sud 52 l activité économique sud-africaine (afrikaner en particulier) grace à une réserve de main-d œuvre africaine mal, payée, docile et très mobile. En 1948, la population se répartissait entre cinq groupes principaux, à savoir : Africains. Ils constituaient la réserve de main-d œuvre à bon marché sur laquelle reposait l économie. Ils étaient pour la plupart - mais pas tous - dépourvus de qualification ou semi-qualifiés, et travaillaient dans les mines et dans les usines des grandes villes. Quelques-uns avaient réussi à entrer dans une carrière juridique, une profession libérale ou le journalisme. Dans les campagnes, ils étaient employés dans les exploitations appartenant à des Blancs ou vivaient dans les ((réserves)). Métis. Ils étaient pour la plupart ouvriers qualifiés ou contremaîtres, ou faisaient partie des cadres subalternes de l industrie, en particulier dans la région du Cap. Certains d entre eux travaillent encore dans l agriculture, mais le plus souvent les Métis ruraux sont partis pour la ville, attirés par des emplois mieux rémunérés. Asiatiques. C étaient surtout les descendants des Indiens qui avaient été engagés sous contrat pour travailler dans les plantations de canne à sucre. Quelques immigrants libres (pour la plupart musulmans) étaient devenus négociants ou boutiquiers. Cette communauté asiatique comprenait aussi un petit nombre de Chinois et de Maltais. Afrikaners. Beaucoup d entre eux étaient restés agriculteurs, mais beaucoup d autres s étaient installés dans les villes. Leur urbanisation avait en général été accélérée par la dépression économique mondiale des années trente. Les Afrikaners dominaient une partie de l économie, l autre étant entre les mains des Sud-Africains anglophones. Sud-Africains anglophones. Cette dénomination assez générale permet de distinguer les Afrikaners des autres Blancs d ascendance ou de parenté britannique. Ceux-ci vivaient pour la plupart dans les villes, étaient en général plus riches que les Afrikaners et exerçaient des professions libérales ou occupaient des postes de direction. Leur histoire, leur implantation géographique, leur langue, leur religion et leurs traditions les séparaient des Afrikaners. La victoire du Parti nationaliste de 1948 fut en partie celle du nationalisme afrikaner qui avait été nourri par deux cents ans de lutte contre les Africains pour la possession des terres, contre les Britanniques (auxquels les avait notamment opposés la guerre des Boers) et contre l humiliation de se sentir de pauvres Blancs )dans un pays qui s industrialisait rapidement. Le cadre institutionnel La première mesure fut d institutionnaliser la différenciation catégorique entre les races. La loi de 1949 interdisant les mariages mixtes et la loi de 1950 sur l immoralité interdirent les mariages et les relations sexuelles entre Blancs et Noirs. La loi de 1950 sur l enregistrement de la population répartit celle-ci en catégories raciales et, à partir d août 1966, tous les citoyens agés de plus de seize

57 Enfant des taudis de Johannesburg.

58 Afrique du Sud 54 ans furent tenus de posséder une carte d identité et de la présenter à toute personne habilitée à la demander. La race du titulaire est indiquée sur cette carte d identité. La loi sur les zones de groupe stipula que chaque groupe racial devrait habiter dans des zones bien délimitées. La loi de 1953 sur l éducation bantoue, modifiée en 1954, 1956, 1959 et 1961, étendit l apartheid à l éducation des Africains. La loi de 1965 sur I éducation des Indiens institua un enseignement séparé pour les Indiens, comme l avait fait, pour les Métis, en 1963, la loi sur l éducation des Métis. Aux termes de ces diverses lois, les systèmes d enseignement destinés respectivement aux Blancs, aux Métis, aux Asiatiques et aux Africains doivent être administrés et financés séparément et appliquer des programmes d études différents. Des lois furent adoptées pour réglementer les déplacements des ouvriers africains. Dès avant 1948, le Parti nationaliste et certains membres du Parti unioniste s étaient inquiétés de l exode des Africains vers les villes. Les Africains travaillant dans les zones urbaines vivent à présent dans certaines localités qui leur sont assignées en dehors des villes proprement dites, et encore y sont-ils soumis à des conditions particulières. La loi de 1945 sur les zones urbaines bantoues fut amendée en En 1953, les Africains reçurent l ordre de porter constamment sur eux une pièce d identité spéciale et un livret de référence (couramment dénommé ((laissez-passer D) [loi de 1953 sur l abolition des laissezpasser et la coordination des pièces d identité des Bantous]. Les droits des travailleurs furent restreints. I1 est interdit aux Africains de se mettre en grève et les syndicats multiraciaux ont été déclarés illégaux (loi de 1953 sur le règlement des conflits concernant la main-d œuvre bantoue). Les syndicats africains ne sont pas illégaux, mais ils n ont pas de statut officiel et ils *ne peuvent pas prendre part aux négociations collectives. Les syndicats blancs, en revanche, sont enregistrés et la législation du travail les reconnaît officiellement comme représentant les travailleurs (loi de 1956 sur la conciliation industrielle). En dehors des (réserves ), la coutume et parfois les lois cantonnent les Africains dans des emplois subalternes. La loi sur la conciliation industrielle de 1956, modifiée en 1959, donne pouvoir au gouvernement de réserver certains genres d emplois aux personnes d une race ((déterminée». L usage veut qu en dehors des homelands, les Africains n occupent presque jamais des postes où ils seraient appelés à exercer une autorité administrative sur les Blancs. Tous les droits politiques des non-blancs (déjà restreints) furent systématiquement rognés. Le droit de vote limité qui avait été promis aux Indiens fut aboli. En 1956, les électeurs métis du Cap furent exclus de la liste commune et on leur permit en échange d élire quatre représentants blancs au Parlement. Cette représentation fut abolie en 1968 (loi de 1968 sur la représentation séparée des électeurs). En 1970, tous les droits politiques et sociaux des Africains en dehors des homelands furent abolis (loi de 1970 sur la citoyenneté des habitants des homelands). Cette décision acheva le processus d exclusion de la représentation des non- Blancs au Parlement. Le Conseil représentatif des Métis s occupe des intérêts des Métis et le Conseil national indien de ceux des Indiens. Ces deux organismes, créés en 1964, sont l un et l autre purement consultatifs.

59 L apartheid à l œuvre 55 Depuis 1968, en vertu de la loi interdisant l ingérence dans les affaires politiques, les partis politiques ne peuvent plus recruter leurs adhérents que dans une seule race. Étant donné que les non-blancs ne sont pas directement représentés au Parlement, leur activité politique ne dépasse généralement pas le cadre de groupes extra-parlementaires (qui seraient probablement des partis politiques légaux dans d autres pays). Afin de restreindre l action de tous ces groupes, le gouvernemerit a fait adopter plusieurs textes législatifs de portée générale concernant les activités et les publications visant ii modifier, de quelque façon que ce soit, le rsgime industriel, politique. social et économique, et menaçant la sécurité et l ordre public. Le président de la république peut, A sa discrétion. prendre des mesures d interdiction à l égard de toute personne ou organisation. Toute personne qui fait l objet d une mesure individuelle d interdiction ne peut rencontrer plus d une autre personne A la fois et perd le droit d exercer toute activité politique; elle peut être astreinte A résidence surveillée à son domicile et tenue de se présenter chaque jour au poste de police de sa localité (loi de 1950 sur la suppression du communisme, loi de 1960 sur les organisations illégales et loi de 1963 portant amendement de la législation générale). I1 sera question plus loin d autres mesures de <<skcurité)). Au cours des années cinquante. une série de lois organisa l apartheid «par le menu)). instituant la ségrégation des races dans les lieux publics comme dans tous les autobus. les trains, les taxis. les parcs. les jardins zoologiques, les musees et galeries d art. les cinémas, les théiitres. les toilettes publiques, les plages, les terrains de sports, les cafés. les restaurants. etc. (lois de 1953 et 1960 sur la séparation des lieux publics: loi de 1955 modifiant le régime des transports; loi de 1957 sur les établissements subventionnés). La ségrégation est également appliquée dans les hôpitaux, où Noirs et Blancs sont soignés séparément par un personnel de leur race, ainsi que dans les sports. où les équipes, les compétitions et les tribunes mixtes sont toutes interdites. Les usines doivent disposer d entrées distinctes, ainsi que d appareils de pointage, de bureaux de paie, de salles d infirmerie, de vaisselle et de couverts, de lavabos, de toilettes. de vestiaires, de salles de repos. de réfectoires et d ateliers tous distincts (loi de 1960 sur les usines et l outillage). L Afrique du Sud devient une république L Afrique du Sud est devenue une république le 31 mai Elle est alors sortie du Commonwealth tout en continuant à faire partie de la zone sterling. Ses langues officielles sont l anglais et l afrikaans. Les habitants de race blanche recensés comme anglophones représentent 37.3% de la population blanche. La répartition de la population par groupe racial (recensement de 1970) était la suivacte: Africaics : Blancs, : Mitis, 3 O ; Asiatiques Après les élections de la répartition des sièges au Parlemerd se décomposait ainsi: Parti nationaliste, 1 17; Parti uni, 47: Parti progressiste, 1. Le pourcentage des voix se répartissait ainsi : Parti nationaliste, 54.43% ; Parti uni % ; Parti progressiste, 3,43% ; Parti hesligite national, 3,569.

60 Afrique du Sud 56 Le chef de l État est le président de la république. 11 a le pouvoir de dissoudre le Sénat et l Assemblée, de conférer des titres honorifiques, de nommer les ministres et leurs adjoints, de fixer les dates des sessions parlementaires, de proroger le Parlement, de déclarer la guerre et de faire la paix. La durée de son mandat est de sept ans à partir du jour où il prête serment. Le Conseil exécutif se compose de 18 membres au plus, qui sont nommés par le président. Le Parlement, organe législatif, se compose du président, de l Assemblée et du Sénat. Le Sénat est composé de 54 membres, dont 10 sont nommés par le président. I1 a essentiellement pour rôle d examiner les textes législatifs. L Assemblée compte 160 membres, élus au suffrage direct, plus 6 représentants du Sud-Ouest africain élus selon les dispositions de la loi de 1949 portant modification du régime du Sud-Ouest africain. Pour pouvoir prendre part aux élections législatives, il faut: a) être inscrit sur les registres électoraux; b) résider depuis cinq ans sur le territoire de la république; ci avoir la nationalité sud-africaine; d) être iigé d au moins dix-huit ans; e) être de race blanche. Les non-blancs ne sont pas représentés au Parlement. I1 existe en outre 4 conseils provinciaux (Le Cap, Transvaal, Natal et État libre d orange) dont les membres sont élus. Les conditions de participation à l élection de ces conseils sont les mêmes que pour les élections législatives. On lira plus loin la description des assemblées législatives des homelands africains, ainsi que du Conseil représentatif des Métis. L iige minimal requis pour l exercice du droit de vote limité dont jouissent les non-blancs est de vingt et un ans. L apartheid et l économie Au cours des années soixante, le taux annuel de croissance économique de l Afrique du Sud a été de 6 à 7%. Depuis lors, il a diminué. Les prix sont en hausse et l inflation pose un problème grave. L Afrique du Sud se trouve en face de difficultés économiques, dont certaines découlent de l apartheid. Prenons par exemple la réservation des emplois. Pour protéger les ouvriers blancs de la concurrence économique, il est fréquent que la législation interdise expressément aux Africains l accès à divers emplois qualifiés. Du point de vue économique, la productivité des Africains s en trouve réduite à un niveau beaucoup plus bas que celui qu elle pourrait atteindre. Cela limite d autre part le nombre des Africains autorisés à se faire embaucher dans n importe quel genre d emploi industriel et crée donc des pénuries artificielles de main-d œuvre. Malgré l immigration de Blancs venant de I étranger, qui fournit travailleurs par an, le nombre des ouvriers qualifiés ne suffit pas aux besoins croissants de l industrie. Cette situation risque de conduire à une incompatibilité totale entre la recherche d une plus grande prospérité et l idéologie de l apartheid. D ailleurs, des conflits se sont déjà produits.

61 L apartheid i I <ruwe 51 Au début des années soixante-dix, le manque de main-d ceuvre devint si grave que beaucoup d entreprises se mirent ii employer des Africains ii des postes plus élevés q~ie rie le permettait la Iégislatioii et des voix s èlevérent dans tous les secteurs de l industrie pour rèclamer que les réservations d emplois ne s appliquent qu i partir d un niveau de qualification plus élevé. Le gouvernement se montra inflexible et il fut soutenu dans cette attitude par les syndicats blancs. mais certains signes donnèrent ii penser que les règles de réservation des eniplois seraient assouplies sans qu il fût question pour autant d abandonner le principe de la barrikre raciale. Beaucoup d emplois qui étaierit naguère occupés par des ouvriers qunlitiés blancs furent confies i des Africains moins bien payés. OLI Iùrent fractionnés de riiariière i éluder la législation sur les rkaervations d emplois. II se trouva aussi cles employeurs pour clemander qu'ai: améliore les possibilitks ci éducatior et de ibormation donr16es aux Africains. En provoquant des pénuries de mairi-d ceuvre qualifiée, la réservation d emplois rend l industrie moiris productive ; d autre part, les bas salaires emp& chent l expansion du marché de consommation africain. qui pourrait être inimcnse, freinant du même coup la croissance de l industrie appelée i approvisionner ce inarchè. D où le dilemme qui se pose 5 l Afrique du Sud : si elle élève les niveaux de qualification. de productivité et de rémunération des Africains et si elle crée un prolétariat relativcment prosp2re. elle sape toute la base sur laquelle repose l apartheid: mais si elle rie le fait pas. c est toute son économie qui risque de stagner. La loi sur les régions de groupe et la main-d euvre migrante qu elle est ce ri s6e produire ;I I in ter ieu r du pa ys c O ri s t i t Lien t LI r. a U tre i 11s t ru me r! t d a partheid qui fait du tort ii l économie. Pour rltgukiriçer l offre et ie coût de ILI maind ceuvre requise par la communauté blanche sans compromettre la domination et les droits exclusifs de celle-ci. les membres des autres races ne sont pas autorisés ;I s installer dans les régions classées comme blanches. Les conséquences sociales de cette politique sont de deux ordres. D abord, i de rares exceptions près. les Africains ne sont autorisés habiter que dans les villes noires situées en banlieue des grandes agglomérations. par excmple Soweto, ville de habitants située dans III banlieue de Johannesburg. Ensuite. les habitants de ces villes noires sont des résidents temporaires qui ne peuvent y rester qu aussi longtemps qu ils ont du travail; s ils perdent leur emploi ils doivent repartir pour leurs h017w/md~. Ils ii ont pas le droit de faire venir leur femme ni leur famille auprès d eux. En 1968, ils étaient travailleurs africains migrants ii vivre sans famille sous ce régime restrictif ii l intérieur des 7oiies blanches. L idéologie de l apartheid veut qu un homme noir ne soit autorisk 3 pénétrer dans une 7one blanche qu afn d y I oiirriirun travail mal rémunéré. Le gouvernement nationaliste a poursuivi cette politique avec vigueur. Comme le déclarait en 1965 H. Verwoerd: ((Le système de la main-d euvre migrante est appliqué depuis des générations. Chacun sait qu en ce qui concerne la main-d euvre des mines, c est le meilleur système et probablement le seul qui soit applicable dans la pratique. Je soutiens qu il est dans l intérêt des Bantous que ce système soit renforcé et qu il soit étendu i d autres catégories de travailleurs. )

62 Afrique du Sud 58 DÉCENTRALISATION INDCSTRIELLE Selon la politique nationaliste de développement séparé, il n y aura plus de grandes villes africaines aux abords des villes blanches une fois que la population africaine sera regroupée sur ses homelands. Les Africains auront une économie distincte de celle des régions blanches, mais ils continueront à fournir la main-d œuvre aux entreprises blanches des régions voisines. H. Verwoerd a expliqué cette politique en juin 1959 devant l Assemblée: a L industrie de l Afrique du Sud blanche reposera sur deux piliers, celui des entreprises industrielles blanches implantées au fond des régions blanches et celui des entreprises appartenant aux Blancs mais qui, étant situées dans les zones limitrophes des Bantoustans, emploieront une main-d œuvre bantoue venant des régions bantoues. La majeure partie de cette main-d œuvre pourra y être utilisée au service des Blancs. D En principe, le gouvernement aidera les Bantoustans à se doter d une solide infrastructure économique et industrielle en leur assurant des prêts pour les entreprises industrielles gérées par des Africains dans les zones africaines ainsi que pour la formation d Africains qui pourraient occuper des postes de responsabilité, des subventions pour l amélioration des sols dans les réserves, des services médicaux et éducatifs, des prêts au logement, des routes et autres aménagements. 11 encouragera d autre part l implantation de nouvelles industries dans les zones limitrophes autour des Bantoustans en limitant l embauche des Africains dans les régions blanches. Un certain nombre d entreprises industrielles devaient être décentralisées, c est-à-dire transplantées dans les «zones limitrophes)) jouxtant les Bantoustans. Les Africains devaient alors travailler dans le secteur blanc de l économie, mais vivre dans les régions noires et se trouver très éloignés des villes blanches. Ces transferts d industries devaient être profitables, attendu que les salaires sont encore plus bas dans les zones limitrophes que dans les villes et que la maind œuvre y est encore plus facile à diriger et à tenir en main. Rien ne prouve que cette politique soit couronnée de succès. Quelques centres artisanaux ont été installés dans les homelands et les industriels blancs n ont manifesté aucun désir de s installer dans les zones limitrophes, malgré les avantages qu on leur offrait pour les inciter à le faire. Cela s explique par des raisons économiques faciles à comprendre - manque de moyens de communication et répugnance du personnel de direction blanc à accepter des postes dans des coins perdus. L analyse suivante, publiée par The Economist (supplément sur l Afrique du Sud, juin 1968), explique ce dilemme: «Le développement économique des Bantous a pris un tel retard sur celui des Sud-Africains blancs que ces homelands constituent des zones stagnantes et en pleine dépression, au milieu d un pays très riche. I1 est donc tout naturel que les jeunes gens de ces zones pauvres et stagnantes aillent chercher des emplois bien rémunérés dans celles qui sont riches et dont les besoins de main-d œuvre augmentent. I1 faudrait absolument redresser si possible cette situation en ayant recours au type habituel de mesures en faveur des zones de dépression économique ; cela consisterait, dans le cas présent, à accorder des conditions spéciales et des primes à l investissement pour canaliser les capitaux blancs vers les

63 L apartheid à l œuvre 59 Bantoustans (mais en appliquant sans doute un système de tenure ri bail pour les terres ainsi qu un régime spécial d enregistrement. de droit commercial et de fiscalité pour les entreprises installées dans ces Bantoustans) ; il faudrait aussi appliquer une politique agricole visant ri éliminer l agriculture traditionnelle de subsistance, pratiquée sur une petite échelle, et à favoriser la formation d une classe d agriculteurs bantous professionnellement qualifiés et appliquant en grand des techniques modernes ri des cultures de rapport. )Mais. malheureusement. le rêve du premier ministre sud-africain aujourd hui disparu. H. Verwoerd, était que les Bantous, dans leurs lionzeltnit/s, redeviendraient les gentils paysans de sa mythologie. doux et contents de leur sort. Sa politique agricole a donc été que les Iioimdtitzc/s fondent leur économie sur l agriculture de subsistance traditionnelle, celle-là même qui les avait maintenus dans la pauvreté (bien que le gouvernement leur ait fourni l aide de quelques experts en matière de lutte contre l érosion des sols); quant ri sa politique industrielle. elle a visé ri interdire les investissements d exploiteurs blancs, et à confier i un organisme semi-officiel. la Société d investissement bantoue, le soin d accorder des crédits pour faciliter l établissement de quelques petites industries artisanales semi-rurales déterminées. )> L,es résultats de cette politique ont évidemment été ridicules. Dans les rkgions rurales du Transkei. on r,e peut voir aucun homme jeune? parce que tous sont partis travailler en Afrique du Sud blanche. Les femmes bar,toues errent dans les campagnes. plus occupkes ri aller chercher de l eau et à ramasser du bois qu à cultiver leurs champs. II semble. d après les statistiques officielles, qu au cours des six premières années de mise en v ci 1 eur des Bantoustans. 945 emplois industriels nouveaux seulement aient été créés pour les Africains dans les honielrincis, bien que la Société du développement bantou y ait dépensé 1 1 millions de rands (soit livres sterling). >)[En ce qui concerne les industries blanches des zones limitrophes] cette politique réussit dans certains cas très exceptionnels, surtout dans les régions où les liomelrrticls en cause ne sont nullement de vrais lzonieltrricis répondant aux normes habituelles. I1 existe par exemple une région appelée Rosslyn, ri 19 kilomètres au nord du centre de Pretoria. qui se trouve théoriquement i la limite d une de ces taches noires indiquées sur les cartes historiques. Les nouvelles usines ont tout avantage ri s y installer, puisqu elles se trouvent ainsi ri proximité des marchés, des sources d approvisionnement en combustible, de bons moyens de transport, des services administratifs et des délices de la vie urbaine pour le divertissement du personnel de direction blanc. Lorsque je me trouvais ri Johannesburg. quelques hommes d affaires britanniques du plus haut rang, qui y étaient de passage, annonçaient même qu ils allaient peut-être installer des usines à Rosslyn et donnaient cette explication: On nous dit que le gouvernement n imposera aucune restriction i l emploi de main-d œuvre africaine dans cette région. )) Cet insuccès manifeste n empêche pas le gouvernement nationaliste de persévérer dans la voie qu il s est tracée. I1 a publié en juin 1971 un ((livre blanc H intitulé Rapport th1 Comit.4 ititerniinistt;riei stir Ili décentrrilisutiorl des intlustrirs, plus connu sous le nom de Rqport th Conlitcg Rickert. L objectif est de maintenir la croissance économique sous le régime de l apartheid. I1 a été recommandé de renforcer la main-d œuvre blanche dans les zones métropoli-

64 Afrique du Sud 60 taines et la main-d œuvre noire dans les zones ((décentralisées)), c est-à-dire à l intérieur ou à proximité des Bantoustans. Le rapport d effectifs entre maind œuvre blanche et main-d œuvre africaine devait être déterminé (les Métis et les Indiens n entrant pas en ligne de compte) et constituer l un des critères applicables au choix de l emplacement des industries. Le gouvernement offre des avantages pour encourager l implantation des industries dans les zones limitrophes, notamment des prêts, des abattements d impôts sur le revenu, des dérogations en matière de salaires et des exonérations relatives aux transports routiers. I1 a cessé d accorder des dérogations aux entreprises qui s installent à Rosslyn et à Hammarsdale (voir l extrait de l article de 1 Economist cité plus haut) et cherche à concentrer les efforts sur les homelands des régions plus éloignées. I1 n y aura pas d emplois réservés, ni d accord salarial avec le Conseil industriel et on établira des échelles de salaires différentes de celles qui sont appliquées dans les zones blanches. I1 y a déjà eu des plaintes au sujet des salaires payés par les entreprises textiles des zones limitrophes, qui sont moins élevés que dans les régions blanches du Transvaal, ainsi que des salaires accordés et des bénéfices réalisés par l industrie du vêtement dans les zones limitrophes. Les Bantoustans n ont pas obtenu l ombre d une autonomie et les administrations noires (partiellement élues) ne jouissent que de pouvoirs strictement limités. Le monde des affaires n aime pas la politique appliquée à l industrie dans les zones limitrophes, d une part pour les raisons qui ont déjà été mentionnées et d autre part parce qu on ne saurait attendre de 1 «éducation bantoue)) qu elle forme des Africains qualifiés pour occuper les emplois plus variés que la décentralisation pourrait conduire à créer dans les Bantoustans et les zones limitrophes. Selon le Financial Times du 22 juin 1970: I1 se trouve par exemple qu une grande société spécialisée dans le caoutchouc a besoin, pour faire fonctionner ses machines, d ouvriers ayant un niveau d instruction au moins égal à celui de la sixième année. Mais lorsqu elle en a cherché dans la zone limitrophe qu elle avait choisie, elle n en a pas trouvé. M. Siegfried Kuschke, président de la Société de développement industriel, a maintes fois réclamé une amélioration des moyens d enseignement et une augmentation du nombre des écoles professionnelles dans les zones limitrophes.»la politique des Bantoustans, concluait l auteur de cet article, ne saurait durer beaucoup plus longtemps sans... apparaître comme un rêve ou une duperie. ) LES AFRICAINS ET LES SYNDICATS Les syndicats ne peuvent être multiraciaux (à l exception du petit nombre d entre eux qui l étaient déjà avant que la législation sur cette question fût adoptée au cours des années cinquante), et les Africains ne sont pas autorisés à constituer des syndicats officiels ou ((déclarés D. Les syndicats officiels peuvent s organiser, négocier et lancer, sous certaines conditions, des ordres de grève; leur activité est réglementée par la loi sur la conciliation industrielle. I1 est bien précisé que le mot ((employés)), dans le texte de cette loi, ne s applique pas aux

65 Bibliothèque publique a Durban.

66 Afrique du Sud 62 Africains, qui n ont pas le droit de s organiser entre eux, de désigner des représentants ni de participer à des négociations, et auxquels toute grève est formellement interdite sous peine d une amende de 550 livres ou d un emprisonnement dont la durée peut atteindre trois ans. Les lois sur le sabotage et sur le terrorisme prévoient des sanctions plus sévères contre les activités syndicales, comme la constitution de piquets de grève par exemple. La loi sur la conciliation industrielle reconnaît la qualité d employé aux Indiens et aux Métis, qui peuvent donc constituer des syndicats déclarés. Mais s ils font partie d un syndicat auquel sont également affiliés des Blancs, ce sont ces derniers qui doivent diriger l activité syndicale, sauf autorisation expresse du gouvernement. Les syndicats africains ne sont pas interdits par la loi, mais les Africains qui adhèrent à une organisation ouvrière sont suspects aux yeux de la police. On peut exiger d eux qu ils mettent fin à leur activité syndicale, sous peine d être interdits de séjour dans la région et par conséquent de perdre leur emploi. Le fait que les Africains n ont quasiment aucun droit en tant que travailleurs a presque toujours servi les intérêts des employeurs blancs, mais la vague de grèves qui s est produite au Natal en 1973 a montré que cette politique a elle aussi des limites. L interdiction de faire grève n a pas empêché les ouvriers de cesser le travail et, une fois la grève déclenchée, les directions des entreprises se sont trouvées pratiquement dans l impossibilité de négocier ou d organiser la reprise du travail dans l ordre et le calme en l absence du dispositif qui aurait été nécessaire. L INVESTISSEMENT Le gouvernement encourage les Sud-Africains à être propriétaires des valeurs industrielles de façon à contrecarrer la domination de l industrie par les capitaux étrangers. Il a décrété, en mai 1973, que les nouvelles actions émises par les banques ne devraient être vendues qu à des habitants de l Afrique du Sud jusqu à ce que la proportion des parts détenues par des étrangers tombe à 10% du capital. La Commission Franzen avait déjà recommandé en 1971 que les banques étrangères réduisent leurs portefeuilles de façon que ceux-ci ne représentent pius «dans un délai raisonnable)) que 50% des parts. I1 y a peu de temps encore, la communauté blanche anglophone dominait les secteurs de la gestion et de l industrie, la communauté blanche de langue afrikaans s occupant essentiellement d agriculture. Cette situation a quelque peu changé maintenant. Si une grande partie des capitaux reste entre les mains des Blancs anglophones, les Afrikaners contribuent pour beaucoup à l accélération du développement industriel. On les trouve maintenant à tous les niveaux de la gestion et leurs investissements gagnent tous les secteurs économiques, des banques aux mines et aux industries tertiaires. Les Afrikaners ont été aidés en cela par la politique gouvernementale à l égard des investissements et de l encadrement des capitaux étrangers. Le gouvernement investit de plus en plus, en particulier dans le secteur public, et il emploie l investissement comme un moyen d action politique, en ce qui concerne le lieu d implantation des entreprises par exemple. C est ainsi que la décentralisation des ateliers de montage de postes de télévision répond aux

67 L apartheid à I auvre 63 besoins de la politique suivie A l égard des industries des zones limitrophes. Le gouvernement a investi environ 460 millions de rands dans le projet Sishen- Saldanha, 700 millions de rands dans l usine pétrochimique de Richards Bay, 1300 millions de rands dans I ISCOR (en plus du programme Saldanha) et 1850 millions de rands dans I ESCOM. I1 envisage d investir 550 millions de rands dans Line usine d enrichissement de l uranium. La société nationale d armement (ARMSCOR) a de gros capitaux dans les industries d importance stratégique (fabrication d explosifs et de matériel électronique) et est propriétaire de l Atlas Aircraft Corporation. L État est pratiquement propriétaire de la télévision (dans laquelle il a investi 100 millions de rands) et des chemins de fer. La mainmise de l État s étend ii la commercialisation des produits agricoles. par l intermédiaire de bureaux d exportation. et les subventions gouvernementales financent certains secteurs ou certaines collectivités. En le secteur public a bénéficié pour la première fois de plus de la moitié du montant brut des immobilisations intérieures (41 I2 millions de rands). Pour 1973, l investissement dans le secteur public a été évalué i 3500 millions de rands, soit une augmentation de 440 millions de rands par rapport i L investissement privé a lui aussi augmenté, grace aux subventions i l exportation accordées au secteur de la marine marchande et i celui de la laine, et gràce i la limitation des importations dans le dessein d encourager la substitution d autres articles ou produits. Le secteur privé se montre de plus en plus hostile i l extension du secteur public. i la restriction de certaines importations et aux mesures gouvernementales qui nuisent i la prospérité de certains secteurs économiques. L échelle des salaires, les emplois, le régime foncier et le logement font partie, dans le régime de l apartheid, de la panoplie qui doit permettre aux Blancs de garder fermement la possession du capital. Les investissements des Africains dépendent de la Société d investissement bantoue (BIC) qui est placée sous l autorité de l État et qui accorde des prêts aux Africains désireux d investir dans les lzonielcr/iclv. 11 semble, d après les statistiques de 1969/70, que ces prêts aient été consentis principalement i de petites entreprises commerciales et de service: ils se sont élevés ii un total de rands répartis entre 959 Africains (alors que l usine de Richards Bay a reçu ii elle seule 700 millions de rands). Les investissements ont donc été extrêmement réduits. II serait difficile de surestimer le rôle que les investissements étrangers ont joué dans la mise en place de l infrastructure industrielle de l Afrique du Sud (opérations bancaires d investissement. assurances, mines, industries manuf acturières). Depuis la grande vague de prospérité de l industrie minière au YIX~ siècle, il est courar,t que certaines entreprises appartiennent ii des étrangers. Ce sor,t les capitaux britanniques qui ont tenu la place la plus importante au début de l ère coloniale, mais d autres pays occidentaux ont accru leur mise ii mesure que l économie se développait et que l industrie prenait de l expansion. Les pays de la zone sterling détiennent encore quelque 60% de l ensemble des avoirs étrangers en Afrique du Sud. bien que leur part ait diminué (de 66Oh en 1963 ii 61,6 /0 en 1969). En 1970, les investissements en sterling atteignaient au total 1728 millions de livres (soit 58VO de l ensemble des investissements). Au cours des années les investissements ouest-européens ont augmenté plus rapidement que ceux de toutes les autres régions: ils représentaient en 1970 plus

68

69 Taudis à Johannesburg.

70 Afrique du Sud 66 de 24% du total des avoirs étrangers (contre 15% en 1963). Les investissements en dollars constituaient, en 1970, 15% du total de l investissement. Au cours de l après-guerre, les capitaux étrangers affluèrent régulièrement en Afrique du Sud jusqu en 1957, puis ce mouvement se ralentit. Pendant les années qui suivirent le massacre de Sharpeville (1960), et dans la situation politique et économique incertaine qui résulta de cet événement, on enregistra d importantes sorties de capitaux précédemment investis en Afrique du Sud. En 1961, le gouvernement institua des mesures rigoureuses de contrôle des changes pour refréner cette fuite de capitaux; interdiction fut faite aux firmes sudafricaines et étrangères d exporter des capitaux, et cette politique a généralement donné de bons résultats. Depuis 1964, cependant, les capitaux étrangers ont repris le chemin de l Afrique du Sud, pour trois raisons essentielles : a) l orientation générale de l investissement vers les pays avancés plutôt que vers ceux qui sont en voie de développement ; b) la croissance économique rapide de J Afrique du Sud jusqu à 1969 ; c) l instabilité des monnaies européennes et américaines (en tant que premier producteur mondial d or, l Afrique du Sud devient un pôle d attraction pour les capitaux lorsque les autres pays sont en butte a des difficultés monétaires). Pendant les cinq années , le total net des entrées de fonds s est élevé à 650 millions de livres (dont 260 millions de livres en 1968); il devait encore augmenter et atteindre 328 millions de livres en Le montant particulièrement élevé des entrées de capitaux enregistrées en 1968 a sans doute résulté de la dévaluation de la livre sterling et de I établissement du double marché de l or qui a immédiatement provoqué une montée en flèche des cours à la bourse de Johannesburg et sur le marché libre de l or. Mais cette arrivée en masse de capitaux n a pas été un bienfait sans mélange pour l économie sud-africaine, et des mesures de dissuasion ont été prises vers la fin des années soixante. Si considérable qu elle fût, J arrivée en Afrique du Sud de 501 millions de rands (291,67 millions de livres) de capitaux étrangers n a épongé qu une partie de l énorme déficit de la balance des paiements. Les entrées de capitaux ont surtout consisté en investissements privés réalisés directement par les sociétés étrangères de holding dans leurs filiales d Afrique du Sud. Le taux exceptionnellement élevé des bénéfices en était le princjpal mobile, Entre 1965 et 1968, le taux moyen du rapport des investissements britanniques a été de 12% - le plus fort du monde, si l on fait exception de la Malaisie. Ces investissements privés directs ont lieu essentiellement sous trois formes : a i la prise de participation au capital (capital social et actions privilégiées) ; h) l octroi de prêts à long et à court terme; c) la réinjection de bénéfices non distribués dans les filiales d Afrique du Sud. Ces bénéfices non distribués jouent sans doute un rôle croissant à mesure que les filiales sud-africaines gagnent en autonomie vis-a-vis de la société mère (ce qui leur est pratiquement assuré par leur expansion). Sur les 428 millions de rands d augmentation du total des investissements étrangers qui a été enregistrée en 1969, par exemple, 205 millions de rands représentaient «la part détenue à l étranger du total des réserves des entreprises sud-africaines à direction étrangère)). Bien que l on ne dispose pas de statistiques sur cette question précise, il est probable que la proportion des avoirs étrangers sous forme de

71 L apartheid à I euvre 67 bénéfices non distribués a augmenté au cours des années soixante, ne serait-ce qu en raison du contrôle des changes qui était en vigueur i l époque. Reste savoir si une hausse aussi rapide de la proportion Je ((bénéfices non distribuis )dans les avoirs étrangers permet réellement aux filiales sud-africaines de parvenir i une plus grande autonomie vis-li-vis des sociétés britanniques. américaines, japonaises et europeennes dont elles dépcndent. II est probable que lorsqu une entreprise est en eupaiision. n importe quel secteur importarit de son xtivits peut opérer ;tli.iolir le jour avec plus d iridépendance, niais cela n est pas automatique. Les banques étrangkres orit Lipport6 leur coiicours en g:iriiiitissant les prêts sli&africaii:s. er particulier ceiik corsacrés LILIS prc).iet.; ~ouverr,ciner,t3ut. Les sociétés Ctrangkres d assurances ont égalerneiit investi miissivement dans les I onds de 1 6tat et des autorités locales. Quant 11 I nssistarice technique étraiigkre. elle a beaucoup contribué i l édilication dc l industrie sud-africaine. Les Sud- Africaiiis savcrit que l irivestisscinent étranger risque parfois d ftre inlluenc2 par les pressions ou l action directe q~ic les gouvernemelits peuvent exerccr sur les capitaux pour les empccher d étre placés en Afrique LI Sud en général ou daiis tel secteur particulier de l industrie clc ce pays. II est difficile d évaluer la puissance ou l efficacité de ccs pressioiis. I1 semble que leurs résultats soient in;irginiiuu. C est cependant i cause du rôle jo~ié par I invcstisseineiit Stranger daiis la consolidation du pouvoir qui a pcrmis aiiu nationalistes d imposer l apartheid q~ie l on :I pens? II recourir 11 de:, sarictioiis économiques comme moyen d action politique contre cc rcgiinc. Les tableaux 1 et 7 ci-dessous présentent le5 Pchelles dc salaires appliquées en Alrique du Sud. On peut y relever les points suivanth: l importance de la main-d ceu\w africaine dans l économie du pays. le faible niveau et le caractère discriminatoire des salaires versés aux Africains. la concentration de la maind ccu\re al ric:iine c!nix I ir.i ustrie mirlière (593086). la corstruction (776000) et IC coinmcrce de [létail ( 1 I7 loo). ;i clue In proportion particu1iéremer.t I iiihle d Africains dans le secteur financier. L échelle des salaires varie d un groupe racial Li un autre, les différences étant particulièrcmei-it marquées entre les Africains et les Blancs. C est dans les mines d or et de charbon que les écarts sont les plus grands (même si I oii tient compte de la nourriture et du logement fournis par l employeur. dont le cotit n est pas inclus dans les chikres prsseiitss ici). Eii dehors du secteur minier. les écarts sont p;irticulièremcrit frappants dans les régions «décentralisées)) (voir i ce su-ict la politique déclarée du gouvernement. désireux d ciicourngcr les industries des 7ones <<limitrophes H OLI <<décentralisées )) dans l intérêt de l apartheid). Cette question sera ultérieurement traitke de hcon assez détiiillke. Lors du scaridale qui éclata en 1973 ii propos des salaires versés par les entreprises étrangères exerpiit leur activité eii Afrique du Sud. on :I heliucoup parlé de la ((ligne cde pauvreté)). Ce critére est génkralenieiit interprété comme correspondant seulement au minimum vital, c est-à-dire indispensable i la suhsistance (essentiellement la nourriture, les vêteineiits. le logement. les transports et l éclairage), i l exclusion d autres élkments. coinnie l kducation, qui sont inclus daris uii autre critkre appelé ((minimum réel )) au-dessous d~iq~icl il est impossible de subvenir aux besoins d une famille.

72 ~ Hôtels ~ Afrique du Sud 68 Chacun de ces deux chiffres est difficile à calculer en raison de la hausse constante du coût de la vie. Cette hausse a frappé la plupart des produits de consommation, mais les prix des denrées alimentaires et des loyers ont augmenté plus vite que les autres et leur hausse a des effets particulièrement pénibles pour les familles les moins aisées. La citation qu'on va lire est tirée d'un document multigraphié rédigé par l'université du Cap et intitulé An updated memorandum presenting information on Black wages andpoverty in the Cape Town area [Note d'information remise à jour sur les salaires et la pauvreté des Noirs dans la région du Cap]. TABLEAU 4. Salaires moyens à la fin de 1973" (en rands) Africains Métis Asiatiques Blancs Vêtement Tex tiles Alimentation Tabac Bois et liège Ameublement Papier et articles de papier Imprimerie Cuir et articles de cuir Produits chimiques et dérivés Articles de caoutchouc Produits minéraux non métalliques Métaux de base Outillage Articles de métal Éiectro-mécanique Matériel de transport Électricité Mines d'or (salaires en expèces exclusivement) Mines de charbon (salaires en espèces exclusivement) Construction Banques Entreprises de bâtiment Compagnies d'assurances Commerce de gros Commerce de détail Industrie automobile et établissements similaires Administration centrale (à l'exclusion de celle des hornelan&) Administration provinciale Autorités locales Chemins de fer, ports et aviation O I U. A surrey O/ nice reliitions in South Africa, 1973, p et p Johannesburg. South African institute of Race Relations, janvier 1974.

73 ~ ~ L'apartheid à I'wvre 69 TABLEAU 5. Salaires hebdomadaires moyens (en rands) verses aux Africains dans les ((zones décentralisées 1). c'est-à-dire les ((industries limitrophes)) Brits Berlin Kimberley Ladysmi th Newcastle Phalaborwa Butteruorth Umtata Raiid, ~ Y Rands Pietersburg 6 Potietersrus Rustenburg Richards Bay 9 King Williams Town 8 Babelegi 7 lsitheke 7 TABLEAC 6. Budget mensuel minimal correspondant au revenu de la ligne de pauvret6 en mars 1973 (en rands) Tot<il hoiirriiurt tiiiliiinn Adulte Homme Femme Enfant de 16 i 30 ans Garçon Fille Enfant de 13 à I5 ans Garçon Fille Enfant de 1 O i 17 ans Garçon Fille Enfant de 7 à 9 ans Garçon Fille Enfant de 43 6 ans Garqon Fille Enfant de moins de 4 ans Garçon Fille TOTAL (pour une famille moyenne) TOTAL des dépenses fixes h Twr AL GÉNÉRAL K.60 10, ,61 Y ,s3 7, , , ~ O.O0 0.O0 3\ O.O0 0,00 0,E \ \ Y ~ 89.44c

74 Afrique du Sud 70 TABLEAU 7. Composition de la main-d œuvre - ~ ~~ ~ _ - ~ ~ ~ --. Ensemble des mines Vêtement Textiles Industrie automobile Alimentation Tabac Boissons Chaussures Bois et liège Papier et articles de papier Ameublement Imprimerie Cuir et articles de cuir Articles de caoutchouc Produits chimiques et dérivés Métaux de base Articles métalliques Outillage et machines Éiectro-mécanique Matériel de transport Électricité Construction Banques Entreprises de bâtiment Compagnies d assurances Commerce de gros Commerce de détail Mécanique Hôtels et établissements similaires Administration publique, à I exciusion des homelands Police Officiers Sous-officiers Sergents-chefs Sergents Gardiens de la paix Divers TOTAL U. Voir A survey of race relationr in South Africa, op. <it Africains I I I O00 I I Metis Asiatiques -- -~ O I O O00 4 O I I 6 O O I I O Blancs O00 35 O O00 26 O00 IO O O «La ligne de pauvreté peut difficilement être considérée, en valeur réelle, comme un niveau de vie humain. On a dit d elle qu elle était plus intéressante pour ce qu elle excluait que pour ce qu elle retenait. Elle ne tient compte d aucun besoin à long terme, ni de nombreux éléments importants des besoins à court terme. Sont exclus, parmi beaucoup d autres, les éléments suivants:

75 Mine d or à Doornfontein.

76 Afrique du Sud L ameublement et les autres articles pouvant être achetés à crédit. 2. Les articles de ménage comme la vaisselle, le linge et la batterie de cuisine. 3. Les dépenses de pharmacie, les soins dentaires et les frais de transport aux centres médicaux. 4. Les articles de papeterie, les livres et journaux et les frais de poste. 5. La confiserie, le tabac, les alcools et les loisirs. 6. Les frais de communication (téléphone). 7. L épargne et les assurances. 8. Les envois de fonds aux parents à charge (c est généralement pour trouver un emploi que l ouvrier a quitté sa famille).»les articles énumérés ci-dessus représentent des achats ou des frais sans lesquels il est difficile de subsister. En outre, la part minime du budget qui est consacrée aux dépenses médicales est trop faible pour une population dont la santé est affaiblie par les effets de la maladie. ) La «ligne de pauvreté)) et le «minimum réel» sont légèrement plus bas dans les régions rurales qu ailleurs. La ((ligne de pauvreté)) a été fixée à rands et le «minimum réel» à rands pour un ménage moyen de 5 personnes. I1 ressort clairement du tableau des salaires moyens à la fin de 1973 (tableau 4) que beaucoup de chefs de famille africains et que certains chefs de famille métis ou asiatiques ont un salaire inférieur à la ligne de pauvreté et, en tout cas, au minimum réel. I1 n y a donc pas seulement discrimination en matière de salaires, mais la rémunération correspondant à certains emplois est inférieure au minimum vital. Le tableau 6 présente le budget mensuel minimal correspondant au revenu de la «ligne de pauvreté)). L éducation Les principes directeurs de la politique du gouvernement nationaliste en matière d éducation ont été exposés en ces termes par H. Verwoerd (ancien premier ministre) devant le Parlement en 1953 : ((L éducation des indigènes doit être dirigée de manière à correspondre à la politique de 1 Éta t. Si l on enseigne à l indigène d Afrique du Sud qu il est appelé à vivre sa vie adulte sous un régime d égalité des droits, on lui fait commettre une grave erreur..) H. Verwoerd ajoutait en 1954: «Notre système d enseignement ne doit pas tromper les Bantous en leur montrant les délices de la société européenne auxquels ils n ont pas droit. ) I1 y avait quatre catégories d établissements scolaires en Afrique du Sud jusqu en 1953 : les écoles privées gérées par les communautés religieuses; les écoles de mission subventionnées, qui avaient été fondées par des organisations religieuses, étaient aidées financièrement par l État et dispensaient un enseignement dont les programmes étaient prescrits par le Département provincial de l éducation ; les établissements d État et les écoles communales ou tribales gérées par les collectivités africaines. La loi de 1953 sur l éducation bantoue a été conçue pour: a) simplifier l exercice de l autorité administrative sur les écoles africaines ; b) harmoniser

77 L apartheid à I mvre 73 l autorité exercée sur l éducation africaine avec la politique adoptée pour les Africains par le Ministère des affaires bantoues; ci dispenser le genre d enseignement que le ministère avait jugé convenir à des Africains appelés & occuper des emplois non qualifiés dans les zones blanches et ne donner qu un accès restreint aux postes plus spécialisés en dehors de leurs Izornc~/mids; (1) obtenir que les Africains financent eux-mêmes leur enseignement. L éducation des Africains dépend dcpuis 1955 du Département des affaires bantoues et est officiellement dénommée t( Éducation bantoue)). Bien qu une partie des responsabilités relatives à l éducation ait été transférée aux ((gouvernements H des Bantoustans. c est du ministire que continuent à relever les principales décisions. comme par exemple celles qui ont trait à l approbation du budget. A la direction des examens et. dans une certaine mesure. 2 l établissement des programmes. Dans les régions blanches comme dans les réserves qui n ont pas encore de ((gouvernement». l éducation des Africains rcléve entiirement du minist6re. S il n est donc pas certain que la direction administrative soit moins compliquée qu auparavant. il ne fait par contre aucun doute que le gouvernement sud-africain peut influer sur l éducation des Africains. tant dans les /ior~zc/mid~ que dans les régions blanches, par le pouvoir dont il dispose 2 l égard du budget et A l égard des exuaniens. En août 1971, le BcirlrLr cw iicurio/7 jollrm/ signalait qu il y avait 5093 écoles dans les régions blanches ou d:ins les réserves qui n étaient pas dot& d un gouvernernent de Bantoustan. et 5 S55 autres dans les hm,- llii7li.t. Les gouvernements des /mm~/mds ont contesté certains aspects de la loi sur I éducation bantoue. Le gouvernernent du Transkei a pris cil main l administration des ècoles communales. modifié les programmes et rétabli l anglais ou l afrikaans comme langues d enseignement à la place de celles qui avaient été précédemment imposées par le gouvernement. Le gouvernement de Kwazoulou a promulgué. au sujet de l éducation dans le territoire de son ressort. une loi particulière qui a substitué l anglais au zoulou comme principale langue d enseignement dans les classes supérieures. L éducation des Africains est financée par les imputs des Africains. par les recettes de ventes de charité, de concerts. etc. (en ce qui concerne notamment les écoles communales bantoues). par les U contributions bénévoles ) des parents et par les droits de scolarité. Le gouvernement sud-africain riccordc une subvention annuelle dont le montant. variable, est en moyenne d cnviron 8.5 millions de livres sterling (sur un budget total de 30 millions de livres). Les dèpenses récemment consacrées par le gouvernement sud-africain à l éducation ont ètk. en moyenne par élève et par an, les suivantes: Africains ( 1971 /73). 35,31 rands; Métis ( 1972). 94,41 rands: Indiens ( 1972) rands; Blancs ( ). 461 rands. En plus des droits de scolarité et du coût des livres, les chefs de Famille africains paient un imput de 30 cents par mois dans les zones urbaines. pour financer la construction d écoles primaires et d établissements secondaires du premier cycle. Les autorités sont hostiles :I la construction de nouvelles écoles supérieures et les élèves ((en surnombre)) sont censés aller comme pensionnaires dans les établissements des /ionic/unt/s. Les frais de scolarité dans ces établissements varient entre 64 et 70 rands. pension comprise. Les parents n ont géné-

78 Afrique du Sud 74 ralement pas les moyens de payer cette somme et, de toute façon, le manque de places de pensionnaires limite le nombre des élèves admis dans les établissements en question. La fréquentation scolaire est obligatoire pour les Blancs, ainsi que pour les Métis dans certaines régions, mais elle est facultative pour les Africains. Les bâtiments et la capacité d accueil des écoles pour Africains sont insuffisants dans tout le pays, faute d argent pour construire ou agrandir. Les abandons en cours d études sont fréquents, en raison de la pauvreté de la plupart des familles africaines, du manque d enseignants, de l éloignement des écoles et de l inefficacité du système des classes alternées. Les élèves africains des écoles secondaires doivent, à la différence de leurs camarades blancs, payer pour leur instruction ainsi que pour leurs livres et leurs fournitures scolaires. I1 suffit de jeter un coup d œil sur le tableau des salaires versés aux différents groupes raciaux pour juger des effets de cette situation. En 1972, le coût moyen des manuels dont les élèves des écoles primaires avaient besoin était de 9 rands par élève et par an, et celui des livres de l enseignement secondaire dé 37 rands par élève et par an. Certaines autorités des homelands prévoient, dans leur budget annuel, une petite subvention pour l achat des livres scolaires, mais cette somme est toujours loin d être suffisante. L appel aux concours bénévoles et l œuvre d enseignement entreprise par des journaux, des hommes d affaires ou des organisations d étudiants n ont fait que souligner l immensité du problème. Les dons bénévoles ne remplacent pas un financement officiel fixe et la pauvreté générale des Africains exclut toute possibilité de financer de cette façon un système d instruction obligatoire. Le rapport numérique maîtres/élèves est de 1 pour 60 environ dans les écoles pour Africains et de 1 pour 20 dans les établissements scolaires réservés aux Blancs. Beaucoup d écoles africaines sont obligées d avoir recours à un système de classes alternées et les enseignants qu elles emploient n ont pas, pour la plupart, les qualifications nécessaires. Des personnalités gouvernementales ont laissé entendre que le Ministère de l éducation bantoue fournirait peut-être en 1974 une partie des manuels scolaires. En 1965, le ministère a donné au Parlement les informations suivantes sur les titres professionnels des maîtres en fonction dans les écoles africaines relevant de ses services: 1,39% d entre eux avaient un grade universitaire; 2,35% avaient un diplôme décerné par le ministère: 31,45% étaient titulaires du certificat d aptitude à l enseignement primaire du deuxième cycle : 45,47% étaient titulaires du certificat d aptitude à l enseignement primaire du premier cycle; 0,21% avaient un titre d ordre technique: 19.13% avaient des titres professionnels de niveau inférieur. Ces pourcentages avaient à peine changé en H. Verwoerd avait exposé en 1964 i attitude du gouvernement à l égard des traitements des enseignants africains : ((Les traitements dont bénéficient les enseignants européens ne constituent en aucune façon un critère valable ou admissible lorsqu il s agit de déterminer la rémunération des enseignants bantous. >) I Cap Tiiiir~ du 20 septembre 1972.

79 L'apartheid à I'cruvre 75 A qualification égale. les traitements les plus élevés des enseignants africains sont inférieurs aux traitements les plus bas des enseignants blancs. Les enseignants métis touchent 73O/; du traitement accordé aux enseignants blancs, et les Africains 5?"/0 ~ soit environ la moitié. Dans ces conditions, l'éducation des Africains ne peut être que très inférieure à celle des Blancs. Les parents africains voudraicnt bien que leurs enfants aillent à l'école. mais il n'y a jamais assez de places pour tous et les élèves sont, d'autre part. obligés d'abandonner leurs études LI bout de quelques années 2 cause de l'augmentation des droits de scolarité et parce qu'il leur faut travailler pour ajouter au revenu familial. Parmi les Africains, ne poursuivent pas leurs études au-delà des preinieres années et 95'%, ne vont pas jusqu'au bout de leurs études primaires. La proportion de ceus qui accèdent à l'enseignement secondaire et qui font des études supérieures est par conséquent infinie. TAMEAU 8. Effectifs des écoles africaines en 1971 et 1972 (a l'exclusion des écoles techniques. professionnelles et normales) Classe V Classe IV Classe III Classe II Classe I Eiiseignrnient primclire ,16 0,32 1.O Classe VI Classe V Classe IV Deuxième cycle TIT Deuxième cycle II Premier cyc!e I Classes enfantines A Classes enfantines B I ~~ 5, , En d'autres termes, 66,89'Y0 des écoliers africains reqoivent unc instruction primaire du premier cycle et 94.87n,0 vont à l'école primaire. Jusqu'à la classe VI coniprise, l'eriseignemerit est cionni dans 13 langue maternelle, dans toutes les écoles africaines. sauf celles du Transkei et au Zoulouland. Les élèves apprennent donc moins d'anglais et d'afrikaans, qui sont les deux langues

80 Afrique du Sud 76 officielles; ils ont beaucoup de difficulté à étudier des matières comme les mathématiques, dont la terminologie n a guère été traduite en langue vernaculaire ; et ils doivent utiliser les seuls manuels scolaires disponibles, c est-à-dire ceux que fournit le Ministère des affaires bantoues. Au Transkei, la langue maternelle n est plus utilisée pour l enseignement à partir de la classe primaire III, les cours étant ensuite faits en anglais dans toutes les écoles. I1 semble, d après les déclarations faites ces derniers temps par le gouvernement sud-africain, que l enseignement sera dispensé en anglais ou en afrikaans dans les ((classes supérieures)) - ce qui serait un renversement de la politique antérieure, puisque l enseignement devait se donner dans la langue maternelle. Selon l Annuaire statistique sud-africain, un enfant blanc a plus de cent fois plus de chances d obtenir un diplôme de fin d études secondaires (matriculation) qu un enfant africain. Malgré cela, les cours du soir que des maîtres bénévoles donnaient autrefois pour les travailleurs africains dans la péninsule du Cap et dans le Rand ont été interdits. Depuis 1972, cependant, diverses entreprises et organisations ont pris l initiative de cours d alphabétisation pour adultes parce que, dans une société technologique, les analphabètes ne sont pas en mesure de tenir convenablement les registres de travail ni les feuilles de présence - pour ne citer qu un exemple. Le Ministére de l éducation, des arts et des sciences n est responsable que de l éducation des enfants blancs. Le National Education Policy Act (loi d orientation de l éducation nationale) de 1967 stipule que ce ministère doit assurer à l éducation ((un caractère chrétien)) et a un caractère largement national U. Lors du débat parlementaire auquel donna lieu l examen du projet de loi, le ministre déclara : (Pour moi, le caractère chrétien de l éducation veut dire que l enseignement reposera sur la culture et la conception de la vie qui sont de tradition dans les pays d occident où l on considère les principes, les normes et les valeurs de la Bible comme justes. Par national, nous entendons que l enseignement reposera sur l idéal du développement national de tous les citoyens d Afrique du Sud, de façon que notre identité et notre mode de vie soient préservés, et que la nation sud-africaine soit à tout moment consciente du rôle qui lui revient au sein de la civilisation occidentale. ) Les statistiques de 1971 montrent que 863 étudiants africains au total étaient inscrits dans les trois universités africaines (Université du Nord à Turfloop, Université de Fort Hare et Université du Zoulouland) et que 1707 étudiants indiens étaient inscrits à l université de Durban-Westville. Le nombre des étudiants blancs s élevait à Si l on exclut les effectifs de l université d Afrique du Sud, qui ne donne que des cours par correspondance, le nombre des étudiants à plein temps se répartit comme suit: Blancs, dans 10 universités; Métis, dans 4 universités : Asiatiques, dans 5 universités ; Africains, dans 8 universités (dont deux n ont qu un seul étudiant africain). L Extension of University Education Act (loi sur le développement de l enseignement universitaire) de 1959 prévoit la création de facultés pour les Africains, les Métis et les Indiens; cinq d entre elles ont été ouvertes depuis l entrée en vigueur de cette loi. Chacune est gérée par un conseil composé de Blancs, assisté d un conseil consultatif de non-blancs, et le personnel de ces établissements est en majorité blanc, surtout aux postes supérieurs.

81 ~~ ~ ~~~~ L'apartheid à l'œuvre 71 TABr.eAu 9. Effectifs des universités, juin 1973 HIC,,,L\ hlcti, Le Cap Durhan-Westdle Fort Hare'' Natal État libre d'orange Port Elizzibeth Potcliefstroom Pretoria Rand Afrikiianb Rhode5 Stelleribosch Alrique du Sud Nord Le Cap occidental Witu atersrand Zouloulaiid X I IS s x O I j Lcs étudiants non blancs ne sont généralement pas admis dans les autres universités. Li I'esceptioii des cas suivants : 1. Les universitks du Cap et du Witwatersrand sont autorisées 3 accueillir les ktudinnts noirs qui ont obtenu du gouvernement la permission de s'y faire inscrire. Ces étudiants sont séparés des autres sur le plan social. niais assimilth au\ autres pour les études. 1. L'Uniwrsité du Natal comptait, en étudiants noirs, lescl~iels étaient logés i part et suivaient des cours donnés pour eus dans une section distincte de l'établissement. 3. L'Université Rhodes ;I 3 1 étudiants chinois. Les lois sur les laissez-passer La carte d'identité est obligatoire pour tous les Sud-Africains, quelle que soit leur race. En ce qui concerne les Africains. cette carte d'idcntitk (qui porte 13 photographie du titulaire et indique sa race, son sese. son matricule. son adresse. son Lge. sa situation matrimoniale, etc.) est collee i l'intérieur d'un livrct (appelé ((livret de référence)) ou O laissez-passer D) sur lequel sont également portés le groupe ethniquc ou la tribu tiu titulaire. le nom et l'adresse de son employeur, ainsi que la durée de son emploi: ses quittances d'imp6t y sont aussi insérées. L'employeur d'un Africain doit signer tous les mois le limet de référence de son employé et y inscrire la datc Li laquelle son emploi prend fin. Pour les Africaines. IC livret de référence indique IC noin. l'adresse et le numéro

82 Afrique du Sud 78 du livret de référence de leur époux, de leur père ou de leur mère, ou de leur tuteur. Au moment de la délivrance du livret, les empreintes digitales du titulaire sont relevées et transmises à un fichier central. Les personnes d autres races doivent, sur réquisition, présenter leur carte d identité dans un délai de sept jours, mais les Africains doivent toujours porter leur livret sur eux. S ils ne sont pas en mesure de le présenter immédiatement, ils peuvent être arrêtés sur-le-champ. Tous les Africains 2gés de plus de seize ans, hommes et femmes, doivent être en possession d un laissez-passer. Les infractions aux lois sur les laissez-passer donnent lieu à plus de poursuites judiciaires par an et à beaucoup plus encore d interpellations. Le nombre des interpellations pour interrogatoire sur le laissez-passer atteint presque 2000 par jour et il est manifeste que la police emploie cette méthode pour harceler d innocents citoyens. En 1972, les ((centres d assistance)) furent habilités à traiter des délits mineurs alors qu auparavant toutes les affaires devaient être portées devant les tribunaux pour Bantous. Ces tribunaux peuvent envoyer dans un camp de travail ou dans une colonie de jeunesse les contrevenants aux lois sur les laissez-passer qu ils considèrent comme «oisifs» ou «gênants». Les lois sur les laissez-passer permettent aux autorités gouvernementales de limiter l exode des Africains vers les régions ((blanches». Tout Africain doit avoir un permis du bureau de la main-d œuvre pour pouvoir rester plus de soixante-douze heures dans une zone urbaine à moins: a) d y être né et d y avoir travaillé sans interruption; ou b) d y avoir travaillé sans interruption pour le même employeur pendant au moins dix ans; ou encore c) d y avoir travaillé pendant plus de quinze ans au total pour plusieurs employeurs. D autres règlements prévoient l expulsion hors des zones urbaines de toute la main-d œuvre africaine qui ne peut être absorbée par le marché de l emploi. Les Africains peuvent donc faire l objet d une mesure d expulsion ou d éviction des zones urbaines où leur présence n est pas jugée souhaitable. En dernière année pour laquelle il existe des statistiques officielles des expulsions - le ministre de l administration bantoue a déclaré que Africains avaient fait l objet d une telle mesure. Beaucoup de ceux qui sont expulsés sont placés dans des camps de transit à l intérieur des homelands. La police a parfois recours à des menaces d expulsion contre les personnes qui se plaignent d avoir été maltraitées ou, encore, par exemple, contre celles qui participent à la constitution de syndicats africains. Les lois sur les laissez-passer ont beaucoup nui à la vie familiale. En 1971, le Très Révérend Alpheys Hamilton Zulu, évêque anglican du Zoulouland, fut arrêté à 5 heures du matin dans un centre de conférences du Transvaal où il assitait à un colloque. Il fut retenu au poste de police pendant cinq heures avant d être inculpé de défaut de livret de référence. On lui offrit la possibilité de payer une amende de composition de 5 rands, mais il refusa. L inculpation dont il avait fait l objet fut par la suite retirée. Parlant de son arrestation, l évêque a dit que ce fut «une grande expérience que de supporter les conséquences de l attitude de la police à l égard des laissez-passer, au moment où de hautes personnalités gouvernementales nous affirment que les laissez-passer des Noirs ont été abolis et que tout ce que les Noirs doivent avoir, c est un livret de référence)).

83 L apartheid à l œuvre 79 Pendant les premières semaines de 1972, le tribunal pour Bantous de Port Elizabeth a jugé plusieurs centaines d affaires. Les peines qu il a prononcées ont été en général des amendes de 15 rands (ou 30 jours de prison) pour présence dans la région sans permis, et de 5 rands (ou 10 jours de prison) pour défaut de présentation du livret de référence. Beaucoup d Africains n ont pas les moyens de payer des amendes et vont par conséquent en prison. Voici quelques exemples, tirés de la presse sud-africaine. de la manière dont sont appliquées les lois sur les laissez-passer: ((Monica Malatlhoe, de Soweto. a obtenu son certificat de fin d études secondaires en 1970 et s est présentée dans divers hôpitaux pour demander un emploi d infirmière stagiaire. Trois centres hospitaliers de formation de personnel médical lui ont proposé une place, mais elle ne peut pas obtenir de livret de référence à Johannesburg, bien qu elle soit née et qu elle ait été élevée dans cette ville. Le Ministère des affaires bantoues répugne à délivrer des livrets de référcnce à Johannesburg parce que ces livrets permettent à leur titulaire de rester dans la ville. )(Jolzannr.vhzcrg Star du 39 avril 1971.) ((Mme Duncan, du Black Sash, a signalé les plaintes de nombreux serviteurs africains que leurs employeurs ont menacé de détruire ou de falsifier leurs laissez-passer s ils n obéissaient pas A tous leurs ordres. ) (Johamzeshurg Strrr du 3 juillet 1970.) ((Gilbert Gamede, trente-deux ans, de Soweto, a été attaqué et détroussé par une bande d individus. Parmi les objets qui lui ont été volés se trouvait son livret de référence. La perte de ce livret l a tellement tourmenté qu il s est pendu le lendemain. )> (Raid DLI;/J Muil du 6 octobre 1970.) «S. M., vingt-deux ans. est né A Alexandra et a vécu dans cette ville avec ses parents jusqu au moment où sa famille fut transférée à Diekloof en En 1965, il fit une demande de livret de référence. Lorsqu on lui demanda le lieu de naissance de son père. il répondit Rustenburg. ce qui était exact. I1 fut alors expulsé et envoyé à Rustenburg où il n était allé que deux fois dans sa vie; chaque fois, il a été arrêté et reconduit à Rustenburg sous escorte. I1 ne connaît personne là-bas, si bien que les deux fois il est rentré chez lui à pied. I1 a légalement le droit de vivre à Alexandra, mais il ne peut pas prouver qu il y a résidé de façon continue. Les autorités refusent de prendre en considération une attestation de sa mère. n (South Afiicm7pre.rs reports.) «M. Harlen Meini. cinquante-neuf ans, est un ouvrier d usine africain infirme qui vit en toute légalité depuis dix-huit ans dans la ville de Wellington, dans la partie occidentale de la province du Cap. Sa femme, Lena, est originaire de la ville de Dordrecht, dans la partie orientale de la même province où elle a vécu avec sa belle-famille jusqu en Elle alla alors rejoindre son mari, mais pendant douze ans les autorités refusèrent de l autoriser ii rester avec lui, la condamnèrent plusieurs fois à une amende et la renvoyèrent à Dordrecht. On finit d ailleurs par découvrir qu elle n avait pas le droit de résider à Dordrecht non plus. Elle est partie avec ses trois filles pour la cité de réétablissement d Illingi, dans la partie orientale de la province du Cap. M. Meini et son fils sont restés à Wellington pour garder leur emploi.)) (Cap Times, novembre 1970.) Le système du développement séparé prévoit l affectation aux divers groupes tribaux de quartiers particuliers à l intérieur des zones urbaines afri-

84 Afrique du Sud 80 caines et le Ministère de l administration et du développement bantous a demandé aux municipalités de répartir entre les tribus les quartiers d habitation africains. A Daveytown Benoni, par exemple, les quartiers ont été attribués : a) aux Vendas; b) aux Shengaans et Tongas; c) aux Xhosas, Swazis, Zoulous et Ndebeles; d) aux Sothos du nord et de l ouest du Transvaal; e) aux Sothos du sud. Ce système contribue à renforcer la notion d appartenance à un certain homeland et à renverser la tendance antérieure vers l oubli des liens tribaux et vers l éveil progressif du nationalisme africain. Les H homelands ) Le ((développement séparé» est avant tout une affaire de terres; le long conflit qui avait opposé les Africains et les Blancs fut réglé par la défaite militaire des Africains. Dorénavant les terres seraient réparties par décisions unilatérales d un gouvernement blanc représentant les intérêts des Blancs. Le gouvernement Botha-Smuts a posé le principe de la ségrégation en 1913 par le Native Land Act (loi sur la propriété foncière indigène) qui limitait le droit des Africains à posséder des terres, sans préciser où ces restrictions s appliqueraient. Les Africains ne furent autorisés à acquérir aucune terre ni aucun droit foncier en dehors des ((régions indigènes)), sauf accord du gouverneur général. Le Native Trust and Land Act (loi sur la propriété et le fonds d acquisition des terres indigènes) de 1936 a mis des terres supplémentaires à la «disposition» des Africains et créé un fonds sud-africain pour l acquisition de terres dans les (régions africaines». L apartheid repose sur cette répartition inégale des terres: 86,3% de leur superficie totale doivent rester indéfiniment aux mains des Blancs et I3,7% seront un jour transférés aux Africains. Les Noirs sont traités comme s ils étaient des étrangers. Les passeports qui sont appelés à remplacer les laissez-passer leur seront nécessaires même pour se rendre d une région tribale à une autre. Pour bénéficier de droits civiques, politiques et sociaux, ils devront attendre le jour où les G régions noires D à l intérieur desquelles ils doivent accéder à l autonomie deviendront enfin des États ((indépendants)) au sein d une Afrique du Sud dominée par les Blancs. Ces régions sont les homelands bantous, ou Bantoustans (voir la carte) et correspondent en gros à ce qu on appelait autrefois les (réserves)). L expression homeland bantou vise à accréditer le mythe selon lequel les Blancs sont arrivés dans une Afrique du Sud qui était vide et que les frontières actuelles entre Blancs et Noirs ne résultent pas de la conquête du pays par les Blancs, mais de l implantation des populations noires antérieurement à la colonisation. Les Bantoustans correspondent à l origine tribale des populations - il y en a un pour les Zoulous, deux pour les Xhosas, un pour les Tswanas, et ainsi de suite. A l heure actuelle, comme on peut le voir sur la carte, ces régions n ont pas d unité géographique, mais consistent en parcelles de terres plus ou moins grandes, disséminées sur une vaste étendue. Le travail de remembrement progresse, mais lentement, et les termes (Bantoustan)) ou homeland, qui évoquent de vastes entités territoriales, sont trompeurs.

85 La file d'attente dans une mine de Doornfontein.

86 Afrique du Sud 82 Les Bantoustans doivent couvrir, une fois le remembrement terminé, quelque kilomètres carrés (soit 13,5% de la superficie totale des terres). Le gouvernement prétend que cette répartition est équitable, étant donné qu une assez faible partie seulement de l Afrique du Sud est naturellement cultivable, et que par conséquent cette proportion de 133% correspond en fait à beaucoup plus, les terres en question se trouvant en partie dans des régions à forte pluviosité, qui pourraient être extrêmement fertiles. La forte pluviosité peut cependant être aussi néfaste que la sécheresse. Au Transkei, bien qu elle dépasse en moyenne 760 millimètres, elle est peu fiable : les périodes de sécheresse sont fréquentes, alternant avec des pluies torrentielles qui augmentent l érosion. Une grande partie du Tswana - le moins peuplé des Bantoustans - est aride. I1 n y a pratiquement pas de ports, ni d industries,ni de ressources minérales exploitables dans l un quelconque des Bantoustans. Les adversaires de l apartheid font observer que, quand bien même il serait souhaitable de séparer les races en Afrique du Sud, il n en resterait pas moins que cette séparation a été décidée et réalisée de bout en bout par l action unilatérale des Blancs. TABLEAU 10. Homelands: superficie et répartition des terres Homeland Transkei Ciskei Kwa Zoulou Lebowe (Sotho du Nord) Venda Gazankoulou (ancien Machangane) Bophutha Tswana Basotho Qwagwa Swazi Nombre de parcelles Hectares Superficie totale Miles carrés Source: A Surve-v of race relotions,l972. p. 168, Johannesburg. South African institute of Race Relations Les Bantoustans continuent à recevoir de nouvelles terres en application de la politique gouvernementale de remembrement, ou à titre de dédommagement pour le transfert d Africains hors des taches noires )>, ou encore d allocations foncières qui furent décidées en 1936, mais ne se concrétisent que maintenant. Les superficies en cause sont faibles, mais, malgré cela, les transferts sont compliqués par le problème de l indemnisation des agriculteurs blancs qu il faut exproprier. Les porte-parole du gouvernement ne cessent de répéter que seules seront transférées aux Africains les terres qui leur ont été promises en Les Africains se déplacent non seulement entre les régions noires et Ies régions blanches, mais aussi d un homeland à l autre. Le Bantu Laws Amendment Act (loi portant modification de la législation bantoue) no 7 de 1973 prévoit des mesures de remembrement partiel des

87 L'apartheid à l'œuvre 83 TABLEAU 11. Densité démographique des homelands (1971) Densite de population par mile carré Hunrrlmd Transkei Gazankoulou (ancien Ciskei Machangane) I Kwa Zoulou Bophutha Tswana Lebowe Bdsotho Qwagwa 136 I085 (Sotho du Nord) Swazi Venda honzelaiids; aux termes d'une résolution qui a été adoptée par les deux assemblées parlementaires, il est possible d'ajouter aux zones actuellement ((mises à la disposition )> des Bantoustans des parcelles où les Africains peuvent acheter de la terre. La surface totale de ces terres ne peut cependant pas dépasser hectares. En vertu d'une modification apportée à la loi de 1927 sur l'administration bantoue, le ministre peut, si cela paraît répondre à l'intérêt public, ordonner sans préavis à toute tribu, toute partie de tribu ou tout Africain à titre individuel de quitter une localité pour une autre à l'intérieur de la république. La loi de 1973 renforce le pouvoir de décider de ces déplacements : son principal objet paraît être d'autoriser l'expulsion de nombreux Tswanas, Pedis, Ndebeles et Xhosas actuellement établis dans des Bantoustans qui ne sont pas assignés à leur groupe ou dans des régions limitrophes d'autres Bantoustans. Il serait logiquement nédessaire, pour permettre le remembrement, qu'un grand nombre de Blancs soient déplacés, y compris ceux qui travaillent pour des sociétés minières, dans des plantations, des usines et des ports. Le gouvernement a reconnu qu'il serait impossible de procéder à un remembrement intégral et que les homelarids seront faits d'éléments dispersés. C'est ainsi, par exemple, que, même si la propriété d'une parcelle de terre est transférée à un Bantoustan, celui-ci ne deviendra pas propriétaire des ressources minérales qu'y peut recéler une concession minière. I1 est difficile, dans ces conditions, de comprendre ce que peut signifier 1'«indépendance)). Même les communications entre les différentes parties d'un même homelaiid dépendront du bon vouloir du gouvernement blanc d'afrique du Sud. Tous ces problèmes (remembrement, G taches blanches D, déplacements de Noirs, réglementation des entrées, maintien du pouvoir réel entre les mains du gouvernement) ont été examinés au cours d'une réunion des dirigeants des homelands qui s'est tenue en 1973; il y a aussi été question de l'influence croissante des mouvements de libération, du mécontentement des travailleurs africains et du malaise de la population blanche. Le Transkei Constitution Act (loi sur la Constitution du Transkei) de 1963 a donné à ce Bantoustan, qui est le plus connu de tous et où vivent 2 millions de Xhosas, une sorte d'autonomie limitée et l'a doté d'une assemblée législative. Cette loi visait à ((conférer l'autonomie aux Bantous qui habitent au Transkei ou qui en sont originaires)) et s'applique non seulement à la population de

88 Afrique du Sud 84 langue xhosa vivant au Transkei, mais aussi à (< tout Bantou de langue xhosa vivant sur le territoire de la république)), c est-à-dire, par exemple, que tout individu de langue xhosa qui est né à Johannesburg et qui a toujours vécu dans cette ville est légalement considéré comme citoyen du Transkei. L Assemblée législative compte 109 membres, dont 64 sont des chefs Siegeant ex officio. La nomination des chefs est soumise à l approbation du gouvernement sud-africain, lequel a également le pouvoir de révoquer les chefs après leur nomination. Ce pouvoir a été utilisé dans le passé pour éloigner certains adversaires gênants de l apartheid, l exemple le plus célèbre étant celui de l ancien chef Albert Luthuli, au Natal. Les pouvoirs législatifs de l assemblée sont limités aux domaines suivants : impôts directs exigibles des citoyens du Transkei, travaux publics et irrigation, autorités municipales, éducation bantoue, tribunaux chargés des affaires mineures, fonction publique du Transkei, agriculture, certains éléments des forces de police (déterminés par le ministre de la justice d Afrique du Sud). Les questions de défense, de sécurité intérieure et de politique étrangère relèvent du Parlement sud-africain. Les Blancs résidant au Transkei restent citoyens sud-africains et le gouvernement du Transkei n a aucun pouvoir sur eux. De plus, le Parlement sud-africain peut annuler toute loi adoptée par l Assemblée du Transkei. Le premier ministre du Transkei est le chef Kaiser Matanzima, qui dirige le Parti de l indépendance nationale du Transkei. 11 avait demandé en avril 1970 que les Sud-Africains remettent au Transkei certaines zones qui étaient alors occupées par des Blancs. I1 avait en même temps réclamé que tous les départements ministériels autres que celui de la défense soient transférés à son gouvernement, et que l élimination des fonctionnaires blancs soit accélérée. Selon le Daily Telegraph du 15 avril 1971, un porte-parole du gouvernement a exprimé l avis que ((ces déclarations du premier ministre sont typiquement du genre de celles qu on destine à la consommation intérieure)). I1 est tout à fait vrai que Matanzima avait régulièrement répété: depuis quelques années, et sur un ton aussi revendicatif, ses demandes de terres et que le refus que lui avait constamment opposé le gouvernement sud-africain n avait en rien entamé son enthousiasme pour l apartheid. Le Transkei a été à maint égard le «modèle» du développement des Bantoustans. L Afrique du Sud l a présenté devant la Cour internationale de justice comme illustrant ce que signifierait le maintien du mandat sur le Sud- Ouest africain (Namibie), et elle a fait venir les chefs orambos pour voir et admirer. Le Transkei se trouve cependant, depuis 1960, soumis à l état d urgence (déclaré par le gouvernement sud-africain) et près de 1000 Africains y ont été emprisonnés sans jugement en vertu de la Proclamation 400. Le Johannesburg Sunday Times du.i mars 1970 a signalé que la malnutrition y avait augmenté de 600% au cours des trois années précédentes et qu un habitant du Transkei sur cinq était atteint de tuberculose ; le gouvernement avait acheté deux hôtels pour Africains au prix de livres sterling et tous deux étaient vides, probablement parce qu aucun Africain n était assez riche pour y loger. On a estimé que le Transkei pourrait, s il était bien cultivé, produire 50 millions de sacs de maïs par an. En fait, il n en a produit que 1,25 million en

89 L apartheid a I ceuvre ce qui ne suffit même pas à ses propres besoins, et il lui a fallu en importer plus du double. Le plus grand des Bantoustans prévus est le Zouloustan, ou Kwa Zoulou; au Natal, qui pourrait hire vivre 3,5 millions de Zoulous. Contrairement au Transkei, qui est passablement remembré. le Zouloustan se compose de 188 éléments territoriaux distincts ciont la superficie totale atteint kilomètres carrés. La moitié environ des Zoulous d Afrique du Sud se trouve dans cette zone qui leur est officiellement assignée. tandis que les autres vivent dans les régions blanches. En juin IC gouvernement Vorster a annoncé qu il envisageait de remembrer les diverses parties du Zoulouland pour en faire des unités (< gouvernables)) et ((éconnmiqucinent viables U. Cela conduirait au découpage du Zouloustan en cinq parties. dont chacune serait sépark des autres. Hormis une minuscule bande côtière située au sud du nouveau port blanc de Richards Bay, le Kivva Zoulou n aurait aucun accès i la mer depuis la ville blanche de Durban -iusqu à Sardenha Bay. Li 330 kilomètres de distance. i I extrsmité nord du territoire. Les Zoulous n ont pas non plus accès à la côte entre Sardenha et la I rontière du Mozambique. cette région étant une réserve zoologique. Les ser\,ices exécutifs de l Autorité territoriale du Kwa Zoulou ont i leur tête le chef Gatsha Buthelczi, qui a réclainé pour le Kwa Zoulou une part plus équitable des a\virs de l Afrique du Sud ct qui est de~wu l un des principaux avocats d une fédération des États noirs. Cette idée a été largement répandue par les porte-parole des Bantoustans. Quelques groupes de Blancs l ont appuyée dans la presse sud-al ricairie et mcme certains membres du parti. encore que leur conception du projet ne paraisse pas correspondre tout i fait it celle du chef Butheleri. L idée d une fédération sud-africaine n est pas nouvelle. Elle réapparaît périodiquement au fil des ans et elle ;1 même reçu l appui de certains membres du Parti nationaliste. Selon une version, il s agirait de créer une fédération coinprenant IC Lesotho et IC Botswana (qui sont niaintenant des États indépendants). ainsi que la Namibie. Certains estiment que cela équivaudrait A légitimer la domination économique dc l Afrique du Sud sur la région. sans rien changer au déséquilibre dc la répartition des terres. Ce projet plaît néanmoins 3 certains dirigeants des Bantoustans en ce sens qu il pourrait apporter une solution au morcellenient actuel des 7ones iifricaiiics. Car bien qu ils soieri t nommés par le gouvernement sud-africain, les dirigeants des Bantoustans ne peuvent pas méconnaître l aspiration des Africains i l unité. ni le nationalisme noir qui s est éveillé au cours des annécs soixante-dix. ni l agitation générale qui a débouché sur des grè\.es. Les mouvements de libération s opposent au systemc des Bantoustans. étant donné qu ils considèrent l Afrique du Sud conime une seule et mênie entité. Mais certains de leurs membres voient dans les réactions des dirigeants des honzrliiiitl.~ à l égard de l idéal de l unité africaine une résurgence du nationalisme africain, malgré les limites que lui imposent les réalités politiques de l hcure. L économie sud-africaine repose sur la main-d ceuvrc noire. Le système des Bantoustans n a jamais visé 3 priver les industriels blancs des services de cette main-d auvre. Il tend plutôt ii assurer le maintien des réserves intligèiies. La

90 Afrique du Sud 86 population africaine étant réduite à une économie de subsistance qui ne suffit pas à la faire vivre, ses hommes valides doivent se rendre dans les régions ((blanches)) pour y trouver un emploi et participer à une économie de rapport. En Afrique du Sud comme ailleurs, l industrialisation oblige les gens à quitter la campagne pour les villes. Cette évolution touche à la fois les Blancs et les Noirs. Les Africains sont de plus en plus nombreux à rompre leurs attaches avec le monde rural. La création de Bantoustans vise à enrayer l exode des Africains hors des homelands, sans pour autant compromettre l offre d une main-d œuvre peu coûteuse, nécessaire au maintien du développement économique. Cette politique est critiquée par certains partisans d un apartheid idéal qui considèrent que ce compromis avec les forces économiques est immoral. Elle est également critiquée par les industriels que gênent la multiplicité des règlements applicables à la main-d œuvre africaine ainsi que la limitation du marché de consommation africain, qui pourrait être important. La pauvreté s aggrave dans les Bantoustans, où les terres déjà surpeuplées doivent subvenir aux besoins d un nombre croissant d habitants. La riposte du gouvernement à cette situation est la décentralisation industrielle, c est-à-dire la création d «industries limitrophes». Mais cette politique n a réussi à créer qu un petit nombre d emplois et le chômage est en train de devenir un problème grave. Du point de vue du ((développement)), le développement séparé a en grande partie échoué, malgré toutes les incitations dont il a bénéficié de la part du gouvernement sud-africain. C est de la politique des Bantoustans que découle le problème des Africains vivant dans les zones urbaines et que sont nés les divers plans de ((développement séparé )visant au déplacement et au réétablissement de certaines populations. Le secrétaire chargé de l administration et du développement bantous écrivait en 1967, dans une circulaire générale: (La politique gouvernementale généralement admise est que les Bantous ne sont que des résidents temporaires dans les régions européennes de la république et qu ils y restent seulement tant qu ils y offrent leur travail. Dès que, pour une raison ou pour une autre, ils ne sont plus aptes au travail ou que le marché de l emploi n a plus besoin d eux, ils doivent retourner dans leur pays d origine ou dans le territoire du groupe national auquel ils appartiennent ethniquement, même s ils ne sont pas nés et n ont pas été élevés dans le homeland correspondant. I1 convient de souligner à ce sujet que rien ne doit être négligé pour obtenir l établissement dans les homelands des Bantous non productifs qui résident actuellement dans les régions européennes. ) Le ministre de l administration et du développement bantous, M. C. M. Botha, déclarait de son côté en 1969 : ((La politique du Parti nationaliste repose sur cette évidence que... les Blancs et les Bantous d Afrique du Sud sont si profondément différents les uns des autres qu ils constituent des nations distinctes, qu il est absolument impossible de concevoir leur égalisation et qu il n y a donc pas lieu de prendre des mesures dans ce dessein...»la marche à suivre, pour les Blancs et pour chaque nation bantoue, est celle du développement séparé. Les Bantous ne peuvent se trouver dans les

91 L apartheid à I auvre 81 régions blanches que pour y fournir leur main-d œuvre - et non pas pour y avoir des intérêts ou pour participer ii la vie parlementaire, ni pour quoi que ce soit d autre... Les Bantous ne peuvent se trouver dans les régions blanches qu en tant que main-d œuvre et, en outre... ils ne doivent pas pouvoir y faire concurrence aux Blancs sur un pied d égalité, ni dans des conditions qui pourraient aboutir éventuellement à l égalité et qui leur permettraient, une fois cette égalité obtenue. de s intégrer aux Blancs en une seule et même entité. Tel est le fondement de notre politique. et c est pourquoi il nous faut encore répéter. pour la niéme fois devant cette assemblée, que le principe sur lequel nous nous fondons pour organiser notre politique de la main-d œuvre bantoue et pour laisser entrer les Bantous dans nos régions blanches ne vise pas a l intégration économique... II y a un mur, un plafond, qu on ne saurait franchir. Nous le disons franchement et nous ne pouvons, ni n osons, ni ne souhaitons le taire. Les Bantous ne peuvent pas chercher à accéder au sommet de l échelle, a égalité avec les Blancs, dans le domaine politique et social, ni en matière d emplois, ni sur le plan de l économie et de l éducation en Afrique du Sud blanche, cela est notre territoire et il n y a ici pour eux que des possibilités limitées. Dans leurs hoinr/unds, leurs chances sont infinies et illimitées et ce sont par contre les nôtres. ii vous. M. le Président. comme ii moi, en tant que Blancs. qui sont réduites. Telle est la morale de notre politique.)) Les Africains dans les zones urbaines La présence des Africains dans les zones urbaines est réglementée par la loi de 1953 sur l abolition des laissez-passer et la coordination des pièces d identité pour les Bantous. ainsi que par sa modification n 76 de et par la loi de 1964 portant modification de la législation bantoue et sa modification no 7 de Les Africains ne peuvent rester dans les zones urbaines qu en s y soumettant à des règles très strictes, et il leur est alors interdit de rester dans les quartiers résidentiels blancs après le couvre-feu. Aux termes de la loi de 1964, tout Africain peut être «expulsé» des quartiers urbains si: a) le ministre juge que le nombre d Africains demeurant dans la zone visée dépasse les besoins de main-d ceuvre; hi si ledit Africain vient d une région où le ministre a décidé que la zone blanche en question ne devait plus recruter de main-d œuvre; c) s il est considiri comme ((oisif)) ou ((indésirable)); di si l on pense que le maintien du contrat de travail ne répond plus aux intérêts de l employeur ou de l employé, ni L l intérkt public. Les femmes et les enfants des Africains travaillant dans les zones «blanches» qui n ont pas précédemment résidé dans ces régions de façon continue peuvent demander l autorisation d y faire une visite ii leur époux ou père, à condition que cette visite ne dure pas plus de soixante-douze heures. Les employeurs sont autorisés à loger ensemble leurs employés africains ((essentiels H et leurs épouses respectives, mais les enfants du couple doivent rester dans le lzonze/riiid. Les membres du personnel domestique doivent être recrutés individuellement et l employcur comme l employé doivent signer un document par I D2hais dc I assemhlce (Hansirdi. 3 fmriei I JhY

92 Afrique du Sud 88 lequel ils s engagent à mettre fin au contrat de travail si les enfants de l employé ou d autres parents à sa charge sont introduits dans la région. Les Blancs qui ne sont pas mandatés pour se rendre dans les zones africaines ne peuvent y aller sans autorisation. La loi sur les zones urbaines indigènes no 25 de 1945, ultérieurement modifiée, stipule que tous les Africains résidant dans une zone urbaine doivent, sauf exemption, vivre dans un quartier, un village ou un foyer africains. Le texte modifié de 1963 renforce ces dispositions, en prévoyant que tout chômeur africain peut être tenu d aller vivre dans un quartier africain - qui n est pas nécessairement situé dans la zone urbaine en question - ou de s installer dans une réserve (un homeland) s il n y a pas de place pour lui dans ce quartier africain. Les Africains ne peuvent donc séjourner dans les zones urbaines qu à deux conditions: avoir tout d abord l autorisation d y résider; rester au lieu de résidence qui leur est assigné. Le (réétablissement )des Africains dans les zones urbaines implique : a) la suppression de toutes les petites zones résidentielles africaines, ou ((taches noires)), a l intérieur des régions blanches; b) la réduction du nombre des Africains vivant dans les zones urbaines ((blanches >). Le gouvernement a déclaré en 1969 qu il restait près de 4 millions d Africains ((en surnombre)) dans les zones urbaines. Le ministre de l administration bantoue a présenté au Parlement. en mars 1973, le décompte suivant des Africains qui avaient été expulsés des zones blanches: d avril 1968 à mars 1969, ; d avril 1969 à mars 1970, ; d avril 1970 à mars 1971, ; d avril 1971 a mars 1972, ; soit un total de Africains. En 1972, il y avait 70 camps et villages de ((réétablissement)). I1 était impossible d y pénétrer sans autorisation et difficile de savoir ce qui s y passait. Certains d entre eux ont cependant acquis une certaine notoriété et les noms de beaucoup de camps de (< réétablissement H (Limehill, Stinkwater, Dimbaza, Schmidt s Drift,Weenen, Kuruman, Marsgat) ont symbolisé l apartheid aux yeux du monde entier, lorsque ce déplacement de populations entières a commencé a être connu. Un prêtre, le père Cosmas Desmond, qui avait publié le compte rendu d une enquête menée dans ces camps d un bout à l autre du pays, fut banni et placé sous résidence surveillée à domicile vingt-quatre heures sur vingt-quatre, afin qu il ne puisse poursuivre son activité. Les rations alimentaires qui sont distribuées aux femmes africaines indigentes de Dimbaza sont insuffisantes, tant en quantité qu en qualité, selon des experts en diététique (Rand Daily Mail du 20 mars 1973). Leur ration mensuelle se compose de 20 livres de farine de maïs, de 8 livres de pommes de terre de second choix, de 5 livres de haricots, de 1 livre de margarine, de 2 livres de lait écrémé et d une demi-livre de sel. Cette alimentatioh pauvre en calcium et en vitamines provoque des maladies de carence, comme par exemple le scorbut, l anémie et la pellagre. Des personnes qui ont visité les camps ont signalé que l eau y était rare et polluée, qu il y avait eu des cas mortels de gastro-entérite (en particulier chez les enfants) et qu une épidémie de typhoïde s était déclarée à Limehill. Les installations sanitaires étaient médiocres. Aux camps de Limehill et à Dimbaza, qui sont éloignés des régions où l on peut trouver du travail, quand les hommes sont partis à la recherche d un emploi, ce sont les femmes qui doivent se charger

93 L apartheid a I ceuvre 89 du ((réétablissemelit)). Les emplois y sont rares et. i cause du manque d eau, même l agriculture de subsistance est difficile. La loi sur l administration des affaires bantoues n 45 de 1971 a p7arachevé la séparation entre les zones urbaines africaines et les autres. Dans n importe quelle région extérieure aux Iio/iic/ciritis. il est possible de créer une nouvelle rone relcviint de l administration des affaires bantoues. Le ministre de I administration bantoue a poui,oir de modifier les limites de ces zones. Ce sont les conseils de l administration des affaires bantoues qui gèrent les zones relevant de cette administration et c est le ministre qui nomme les membres de ces conseils, en fixe le nombre. détermine la durt-e de leur mandat et peut les révoquer s il les juge coupables de fautes ou de négligence dans l exercice de leurs fonctions. Ces conseils pourraient être comparés D une autorité locale. sauf que leurs membres ne sont pas élus niais iioiiiniés, et de l ait les conseils ne béneficient pas de la relative indépendrince dont jouissent les autorités locales. et que ces conseils sont hiibilili-s D acquérir. mettre en valeur et céder des terres destinées D ctre occupées par des Africains et sont responsables de la répartition de la maind euvre (c est pourquoi certains de leurs membres sont choisis pour leur connaissance de la niain-d trui,rc africaine requise pour l agriculture. le commerce et l industrie). A la fin de 1973, 77 conseils avaient été constitués dans la province du Cap. au Natal. dans le Rand oriental, dans le Rand occidental (y coinpris Johannesburg). au Tran.;\.aal ct dans l État libre d Orange. L une des consequences de la mise en place de ces conseils a été que IC conseil municipal de Jnliannesburg n a plus été autorisé Li accorder des subventions poui- le paiement de certaines dépenses consacrées aux Africains, dant donné quc les conseils sont tenus de ((subvenir ;I leurs proprcs besoins». L administration est encore compliquée par l esistencc des conseils bantous. Le grand probithie est celui des compétences respectives. Aus yeux du gouverneincnt. les Africains qui se trouvent dans les zones urbaines relkvent légalenient de leurs /iom~/tmds respectifs. Mais il est Pvident que certains au moins d entre eux sont venus dans ces 7ones urbaines pour y rester et qu on y a besoin d une administration locale d une sorte ou d une autre. En centralisant I administratiori des communautés non blaiiches, l apartheid va ii l encontre de la solide tradition provinciale de l Afrique du Sud blanche. Le gouvernement a tenté d y remédier en instituant les conseils de l administration bantoue. tout en pcrinettant en inhe temps aus conseils bantous de s occuper des affaires locales sans grande importance. Ces conseils bantous peuvent parfois être composés entièrement d élus et peuvent disposer d un budget limité. La compétence des conseils de l administration bantoue s ètend aux zones urbaines et aux zones rurales. tandis que celle des conseils bantous se limite aux zones urbaines. Les conseils de l administration bantoue rassemblent d autre part en leur sein les représentants d un grand iiornbre d autorités locales. Malgré les contrôles et nialgré les déplaceinents de population, les Africains restent dans les régions blanches. où leur inain-d tcuvre cst iiécessaire. et leur nombre continue d augmenter. Ils étaient en 1936, en en 1951, en 1960, et en 1970 (ce dernier chiffre comprenant peut-être la population des cités-dortoirs ) des /ionic~ltnit/.c. qui travail le dans 1 indus trie des zones blanches).

94 Afrique du Sud 90 Entre 1936 et 1960, la proportion de la population qui était urbanisée est passée de 68 à 80% au sein de la communauté blanche, et de 18 à 29% chez les Africains. En 1970, environ 6,9 millions d Africains (soit 46%) vivaient dans les homelands et 8 millions (soit 53,5%) dans les régions blanches. LES BLANCS, LES MÉTIS ET LES INDIENS DANS LES ZONES URBAINES La loi de 1950 sur les régions de groupe stipule que chaque groupe racial doit vivre dans des régions bien délimitées. La proclamation 255 de 1960 interdit l accès des Noirs aux cinémas, cafés, lieux de repos et clubs ((blancs)). La proclamation R. 26 de 1965 a spécifié que cette interdiction s applique à «tous les lieux de divertissement)). La modification no 56 de 1965 a placé les régions africaines sous l autorité du ministre de l administration et du développement bantous, toutes les autres régions relevant du ministre du développement communautaire. La modification no 83 (1972) à la loi portant modification des dispositions relatives aux régions de groupe (1950) a étendu le régime de la séparation administrative urbaine aux zones habitées par les Métis et par les Indiens, sous la responsabilité des ministres des affaires métisses et des affaires indiennes, qui ont été chargés de mettre en place des administrations locales dans leurs zones respectives. Les Métis de la province du Cap ont perdu le droit qu ils avaient précédemment d être inscrits sur les listes électorales communes pour les élections municipales. Les zones urbaines des communautés métisse et indienne sont administrées par des comités consultatifs dont les membres sont nommés par l administrateur de la province, ou par des comités de gestion ou comités des affaires locales (dont les membres sont en partie élus et en partie nommés). Deux conseils municipaux indiens sont entièrement composés d élus, mais tous les autres comprennent un certain nombre de membres désignés. LA LOI SUR LES RÉGIONS DE GROUPE: MÉTIS ET ASIATIQUES Le ministre du développement communautaire a annoncé en février 1971 qu un certain nombre de familles n étaient plus autorisées à rester dans les régions où elles vivaient jusqu alors, en vertu des dispositions de la loi sur les régions de groupe. Les familles visées par cette décision (non compris les Africains, qui étaient déjà interdits de séjour en application d autres lois) se répartissaient ainsi : familles métisses, ; familles indiennes, ; familles blanches, 1578 ; familles chinoises, 933 ; soit un total de familles. Le nombre des familles qui avaient été réétablies depuis le vote de la loi initiale en 1950 était le suivant: familles métisses, ; familles indiennes, 24388; familles blanches, 1246; familles chinoises, 64; soit un total de familles. Au cours de la seule année 1972, 4097 familles métisses, 1400 familles indiennes, 80 familles blanches et 3 familles chinoises furent déplacées. Celles qui sont «réétablies» éprouvent de grandes difficultés à se loger. Ces déplacements nuisent également à l emploi ; les commerçants, par exemple, perdent d un coup toute la clientèle qui les faisait vivre.

95 L apartheid à I mvre 91 Chaque création d une région de groupe urbaine aggrave encore le problème du logement: les Métis, par exemple. s installent pour la plupart en e squatters )> dans certaines zones urbaines. La sécurité Le gouvernement nationaliste a fait adopter un nombre toujours croissant de lois. qu il daclare nécessaires au maintien de la sécurité. Beaucoup de ces lois remplacent la réglementation par voie de décrets ministériels. Elles ont accru la sivérité des mesures pénales et des condamnations, ainsi que du traitement des suspects et des prisonniers par la police et par le personnel pénitentiaire. La première de ces lois, le Suppression of Communism Act (loi sur la répression du communisme) de 1950, avait pour principal objet de donner au gouvernement divers pouvoirs administratifs pour interdire certaines organisations et éloigner certaines personnes. I1 suffit pour cela que le ministre de la justice décide que les personnes ou les Organisations en cause sont communistes. Le Parti communiste. le Congrès national africain, le Congrès pan-africaniste et le Fonds d aide et de défense (qui avait pour objet de fournir l assistance d un conseil juridique aux prisonniers et de les aider ii faire vivre leur famille) figurent parmi les organisations interdites en vertu de cette loi. Une fois qu une organisation est interdite, le fait de travailler à la réalisation de ses fins constitue un délit et ce délit est fréquemment sanctionni par une peine de trois ans de prison. En général, toute personne ayant fait l objet d une mesure d interdiction en vertu de cette loi: a) est contrainte de résider dans le ressort d un tribunal particulier: hi est tenue de se présenter ii la police i jours et heures fixes; c) n a le droit d assister à aucune réunion, que l objet en soit politique, éducatif ou social. Des personnes qui avaient été interdites ont été condamnées pour avoir joué au bridge, pour avoir accompagné leur fille ii une soirée du nouvel an, pour être restées dans la cuisine alors qu une réception se déroulait au salon, ou pour avoir pique-niqué avec deux amis. Personne n a le droit de citer ni de publier les déclarations ou les écrits d une personne interdite. La durée de l interdiction est en général de cinq ans. Le nombre des personnes frappées d une mesure de ce genre est en moyenne de 200 par an: il est fréquent que les condamnations soient reconduites lorsqu elles arrivent ii leur terme et que les personnes qui sortent de prison fassent l objet de mesures d interdiction si sévères qu il leur est en fait impossible de reprendre une vie normale. Parmi les Blancs qui ont été frappés d interdiction figure le père Cosmas Desmond, auteur du livre intitulé The disclrrded people, qui décrit les conditions de vie dans les zones de «réétablissement»: la condamnation dont il a fait l objet interdit toute citation de ce livre en Afrique du Sud. Mais les ((interdits)) sont pour la plupart des Africains. L interdiction est souvent assortie d une mise en résidence surveillke i domicile. En d anciens prisonniers politiques de la partie orientale de la province du Cap n ont pas été autorisés A regagner Port

96 Afrique du Sud 92 Elizabeth, leur domicile, et ont été obligés de s installer dans des zones de ((réétablissement >). L interdiction sert aussi bien à réduire au silence les gens qui viennent de purger une peine de prison qu à prévenir toute activité de nature à gêner le gouvernement. I1 n y a aucune possibilité de faire appel contre une interdiction et le ministre n est pas tenu de faire connaître les raisons qui ont motivé sa décision. Les gens peuvent donc être punis au gré des autorités, sans avoir commis aucun délit. La loi sur le sabotage portant modification de la législation générale (1962) stipule que les auteurs d actes de sabotage risquent des peines allant de cinq ans de prison à la condamnation à mort. La définition du sabotage est extrêmement large; une personne peut en être déclarée coupable si elle commet une infraction à une loi quelconque en pénétrant ou en se trouvant sur un terrain ou dans un bâtiment. C est il elle qu il incombe de prouver qu elle n avait pas l intention de commettre un acte de sabotage, autrement dit de démontrer son innocence. La loi sur le sabotage a introduit dans la législation sud-africaine le principe de l emprisonnement illimité sans jugement. Son article 17 permet en effet à tout officier supérieur de la police d arrêter sans mandat toute personne soupçonnée de détenir des informations sur un délit d ordre politique et de la garder au secret, pour interrogatoire, pendant un temps qui peut aller jusqu à 90 jours. Les tribunaux ont interprété cet article comme permettant à la police de détenir des prisonniers pendant des périodes de 90 jours indéfiniment renouvelables. Au total, plus de 1000 personnes ont été détenues en vertu de cette disposition (loi des 90 jours) avant que celle-ci ne fût suspendue en La loi des 180 jours fut promulguée aux termes du Criminal Procedure Amendment Act (loi portant modification de la procédure criminelle) de 1965 : le procureur général peut, sur avis de la police, ordonner la détention au secret de toute personne dont il estime qu on peut attendre un témoignage important dans certaines catégories de procès, et en particulier dans les procès politiques. Au cours des trois premières années d application de cette loi ( ), 388 personnes ont été ainsi détenues (selon les déclarations du ministre de la justice). Mais, actuellement, l instrument le plus couramment utilisé pour garder indéfiniment les gens en prison paraît être le Terrorism Act (loi sur le terrorisme) de Cette loi autorise les officiers supérieurs de la police à ordonner la détention au secret, pour une durée indéterminée, de toute personne soupçonnée de détenir une information quelconque ayant trait au terrorisme. La loi ne fait pas obligation aux autorités d alerter un avocat ni d avertir les parents du détenu; il n est donc pas possible de connaître avec certitude le nombre de cas de ce genre. La loi en question permet à la fois de détenir les suspects pendant de longues périodes sans les juger et de les condamner pour ((terrorisme)). Un exemple typique de cette procédure est l affaire de Joseph Tshukudu Maleka, un homme de soixante-huit ans,qui fut inculpé en 1972 d avoir été en contact avec des membres de 1 African Peoples Democratic Union of South Africa (Union démocratique populaire africaine d Afrique du Sud), lesquels furent également jugés séparément et condamnés pour infraction à la loi sur le terrorisme. Maleka fut tout d abord emprisonné le 19 février 1970 et détenu pendant 110 jours avant d être libéré, puis il fut de nouveau arrêté le 7 mai 1971 et détenu

97 ~ ~~~ ~ ~~ ~~ ~ L'apartheid à I'axivrc 93 pendant 41 jours avant d'être inculpé. II fut acquitté. aucune des accusations portées contre lui n'étant retenue, mais il était resté au total 440jours en prison. La loi de 1967 donne du terrorisme tine définition qui inclut tout acte visant i gêner l'administration. C'est i l'accus6 qu'il incombc de prouver son innocence sur certains points importants. De même que pour la loi sur le sabotage, les pcincs varient entre cinq ans de prison au minimum et la condanination i mort. La loi sur le terrorisme ;I Cté rendue rétroacti\r en ce qui ;I permis d'infliger la peine capitale pour dcs infractions qui ii'étaicnt pas punies de mort i l'époque oii elles avaient été commises. Étant cionné que i'idcntiti. des prisonniers cn détention préventive n'est pas coinmuniquée. il est impossible de sa\,oir combien d'entre ~LIY sont finalement dkclarks coupables. Au I ' janvier le nombre total des personnes purgeant dcs peines infligées en application des quatre principales lois sur la sécurité s'élevait :t 463 et se répartissait comme indiqué au tableau 13. ~ Loi sur le xihotage 14X 13 Y 5 Loi s~ir la rkpressian du coiiiinunisiiit Loi SUI' lcs organisations ilkpales in9 Loi sur le terrorime 50 TOTAL 430 I4 10 (1 U Ces dernières années. la moyenne quotidienne de l'effectif des détenus a été la suivante: ; ; , 88079: ; Ce dernier chiffre comprend All-icains, Métis, 3317 Blancs et 363 Asiatiques. En IC juge Hiemstra a souligne que la popul:ition dcs prisons avait augmcnté de 76'!(] ;ILI cours des dix derniéres annees, alors que la croissance démograpliique globale avait été de 34" 1,. BCILIcoup de prisonniers purgent des pcincs de courte duri-c, infligées le plus souvent pour des infractions aux lois sur les laissez-passer ou IC non-paiement d'rtmendes. La ségrkgation s'applique aussi bien aus prisonniers qu'aus gardiens. La nourriture est différente. les Blancs ayant droit par exemple it plus de viande quc les Africains. Les prisonniers blancs peuvcnt travailler. se distraire, étudier, préserver leur vie privée et se reposer dans dc bien meilleures conditions que les détenus noirs. Les prisonniers politiques sont autoniatiqueruent classés dans la cati-gorie (DD(sécurité ma\inialc). quels que soient leurs antécédents ou leur réputation.

98 Afrique du Sud 94 et ils ont moins de droits que la plupart des condamnés ordinaires. La bonne conduite peut faire obtenir des remises de peine allant jusqu au tiers de la sentence, mais cette disposition ne s applique pas aux prisonniers politiques. LES DÉTENUS Les prisonniers sont à l entière discrétion de la police de sécurité. Ils n ont droit ni aux visites, ni au courrier, ni à aucun contact avec le monde extérieur. Ceux qui sont détenus au titre de la loi des 180 jours doivent recevoir la visite d un magistrat une fois par semaine et ceux qui sont incarcérés en vertu de la loi sur le terrorisme une fois tous les quinze jours, ((si les circonstances le permettent >). Certains membres de l assemblée ont reproché aux magistrats visiteurs d être ((inattentifs)). Les accusations de torture sont très fréquentes. Ces accusations - portées par des inculpés et par des témoins - sont précises et concordantes. Les actes qui ont été signalés vont des décharges électriques à l enfoncement de clous dans la verge. La police de sécurité dément ces allégations et prétend publiquement qu elle traite bien les détenus et noue même de solides liens d amitié avec eux. LES CONDAMNÉS AUX PEINES DE PRISON FERME A la fin de 1966, le nombre des prisonniers condamnés pour des infractions aux principales lois sur la sécurité avait atteint, selon les statistiques officielles, le chiffre sans précédent de A la fin de 1967, après l adoption de la loi sur le terrorisme, ce chiffre est tombé à 1 335, puis à 1019 en 1969, à 809 en 1970 et à 464 en Les détenus sont répartis entre trois grandes prisons: celle de Robben Island pour les Noirs, celle de Pretoria Local pour les Blancs, et celle de Barberton pour les femmes noires. I1 n y a plus de prisonnières blanches. Les prisonniers de Namibie sont également détenus à Robben Island. Les prisonniers politiques sont traités comme les détenus de droit commun, mais sont soumis à certaines règles supplémentaires (voir plus loin). Le Prisons Act (loi sur les prisons) de 1959, qui interdit la publication de toute information erronée sur les prisons ou sur les prisonniers, a eu pour effet d empêcher la publication de toute information, quelle qu elle soit. Le gouvernement s est opposé à toute enquête officielle sur les conditions d incarcération. En le Rand Daily Mail a publié une série d interviews recueillies auprès d un condamné politique sorti de prison, Harold Strachan. Strachan y décrivait le sadisme de certains gardiens, la saleté, l obscénité et la brutalité qui régnaient dans les prisons, la situation des détenus africains ((parqués comme des bêtes)) et la gestion capricieuse de l administration pénitentiaire qui se moquait des règlements. L État a alors engagé des 1. oursuites contre Strachan, les journalistes et le journal ; mais ces révélations avaient, selon l expression d un prisonnier politique récemment libéré, ((percé à jour tout le système)). A la suite de ce scandale, diverses améliorations furent apportées à la situation matérielle des prisonniers (et pas seulement des prisonniers politiques). La sensibilisation du public à ces problèmes a conduit par exemple à construire, à

99 L apartheid à I cwvre 95 la prison de Pretoria, un nouveau quartier pour les détenus politiques blancs. qui y ont de meilleurs logements et disposent d un atelier. En 1969, le ministre des prisons a déclaré qu il n était pas question d aménager un atelier i Robben Island : les prisonniers noirs n auraient qu à continuer à casser des cailloux. à ramasser du sable et i récolter du varech. En 1973, les détenus politiques noirs remirent une pétition au directeur du pénitencier de Robben Island. Ils se plaignaient notamment de subir des vexations et des voies de fait de la part de certains gardiens. de n avoir ni bibliothèque. ni possibilités récréatives, ni moyens d études. d être mal nourris tant quantitativement que qualitativement; ils protestaient contre la dangereuse désinvolture et le manque d hygiène avec lesquels les soins médicaux leur étaient donnés. contre les ordres contradictoires qu ils recevaient. contre les caprices de l administration i. leur égard et contre le fait qu on les tenait dans l ignorance de leurs droits. Au moins un des prisonniers qui avaient participé à la rédaction de cette pétition fut sanctionné et condamné it six mois de cellule. Au Cap. le juge Dieinont déclara que cette sanction était illégale et il ordonna que les prisonniers qui cn feraient la demande reçoivent un exemplaire des rbglements pénitentiaircs: mais il dkclara d autre part que la jouissance d une bibliothèque et de possibilités récréatives, ainsi que l autorisation de poursuivre des études, n étaient pas des droits mais des privilèges dont l octroi était laissé à la discrétion du directeur de la prison. LES PRISONNIERES Les appels i l opinion publique qui aboutirent i quelques réformes dans les prisons pour hommes n ont généralement pas fait mention de la prison de Barberton. II s agit d un établissement pénitentiaire où la discipline est très stricte et qui est situé dans une région trk chaude du pays. La plus longue promenade que les détenues puissent y faire consiste i franchir la dizaine de mètres qui mène au bureau de la directrice. La prison n offre aucune possibilité récréative ct les détenues n ont pas même le droit de regarder par la fenctrc de leur cellule. Leur travail consiste en lavage et en nettoyage. LE I RAI LMENT SPECIAL DES PRISONNIERS POLITIQUES Les autorités aftirnient qu il n y a pas de ((prisonniers politiques)) en Afrique du Sud et qu il n est fait aucune discrimination entre les détenus. Mais le traitement réservé aux prisonniers politiques est pourtant très différent de celui auquel sont soumis les détenus de droit commun sur un certain nombre de points importants: 1. Ils n ont droit ni aux remises de peine. ni aux amnisties. ni aux libérations sur parole, ce qui signifie. par exemple, qu un condamné ii la prison i. vie risque de ne jamais Ctre libéré. 2. Ils n ont droit it aucune information, ni ii la radio ni aux journaux, par ordre de la police de sécurité. La censure du courrier et l écoute des visites créent un surcroît de tension. 3. Leur travail n est pas rémunéré.

100 Afrique du Sud Le classement des prisonniers et des privilèges auxquels ils peuvent prétendre en catégories allant de «A» à «D» est une arme contre les détenus politiques, qui sont automatiquement classés au départ dans la catégorie «Du et dont la ((promotion)) est longue et difficile (au début, les prisonniers de la catégorie «D» n avaient droit qu à une visite d une demi-heure et à une lettre de 500 mots tous les six mois, mais ils ont maintenant droit a une lettre par mois. Ceux de la catégorie «AD ont droit à trois lettres et à deux visites d une demi-heure par mois). 5. La suspension arbitraire d autres droits, comme l usage de la bibliothèque et des moyens d étude, sert à obtenir une ((bonne conduite)) des prisonniers et permet d exercer sur eux une pression psychologique. 6. Les règlements applicables aux prisonniers politiques sont extrêmement stricts. LES DÉCÈS DANS LES PRISONS On sait que depuis que la détention préventive a été inaugurée en 1963, 19 détenus au moins ont perdu la vie au cours d interrogatoires. Il a été officiellement reconnu que 19 personnes sont mortes en prison, les causes déclarées de ces décès étant le suicide (I 1 cas), la ((mort naturelle)) (3), une G thrombose)), une G broncho-pneumonie consécutive à une légère blessure à la tête», une «chute provoquée par une glissade sur un savon)), une ((chute accidentelle dans un escalier)) et une «cause inconnue)). En plus de ces décès, le ministre de la justice a déclaré que 40 personnes étaient mortes en prison en 1972, compte non tenu des prisonniers incarcérés en vertu de l article 6 de la loi sur le terrorisme. Voici 4 cas de décès de détenus au cours d interrogatoires. Suliman Salojee est mort en tombant du septième étage du siège de la police de sécurité à Johannesburg le 9 septembre 1964, deux mois après son incarcération. Un membre de la police de sécurité, qui a refusé de répondre à certaines questions de la défense, a nié que Salojee ait subi des violences. Le juge a conclu que Salojee était mort des suites de blessures multiples après une chute au cours de son interrogatoire. I1 n a pas pu établir si Salojee s était suicidé ou s il avait tenté de s échapper, mais il a déclaré qu aucun élément de l enquête ne permettait de dire qu il y avait eu des violences ou que d autres irrégularités avaient été commises. James Lenkoe, trente-cinq ans, cheminot du Lesotho, a été découvert pendu par une ceinture aux barreaux de sa cellule, le 10 mars 1969, cinq jours après son incarcération. Des traces de cuivre furent découvertes dans une blessure qu il portait à l orteil. Quatre pathologistes, dont un des États-Unis d Amérique, ont déclaré que cette blessure pouvait avoir ée provoquée par une brûlure à l électricité. Les témoins cités par la police de sécurité ont nié qu on fasse subir aux détenus des décharges électriques. Le magistrat chargé de l enquête a conclu que la mort avait apparemment pour cause un suicide par pendaison, que personne ne pouvait en être tenu responsable et que l allégation selon laquelle des décharges électriques auraient contribué au décès n était pas prouvée.

101 L apartheid a I uwre 97 L iniain Abdullah Haron. haute personnalité musulmane et rédacteur en chef d un journal au Cap. est mort en prison IC 37 septembre 1969 aprk quatre mois de détention. D après la police de sécurité, l iman aurait glissé sui- une des dernières marches d un escalier et serait tombé jusqu en bas. après un interrogatoire, le 19 septembre. Les policiers ont déclart: qu il n avait pas paru blessé et ils affirmérent qu il n avait, it leur coii~iaiss:iiicc, subi aucune violence. Mais,. < selori le rapport d autopsie. son corps portait 36 coritusions distinctes. ainsi qu une tuinéî action sanguine sur IC clos et l une de ses côtes était l rxtur?c. Le pathologiste qui ;I pr?senté ce rapport au cours de l enquête ;t dit quc certaines contusions étaient plus aricienncs que d autres et qu elles ne pouvaient pas avoir toutes été causées par la chute. Le juge a conclu que le décis de I iniarn était consécutif ii des blessures en partie pro\oqtiécs par une chute accidentelle dans un escalier. I1 n a pas pu prcciser la cause des autres blessures. Ahined Tiniol fut incarcéré le 17 octobre 1971 en vertu de la clause de la loi sur le terrorisme qui pcrniet la détention illimitée. Le 37 octobre, il a trouvé la mort en se jetatit du dixihe Ctage de l immeuble de la police de sécurité, i Johanncsburg. alors qu il y subissait un interrogatoire. La police a déclaré qu il s était suicidé en sautant par la fenétre et que IC brigtidier de police qui I aisait vu sauter n avait pas pu IC retenir. une chaise s étant trouvée en tralers de soti chemin. Selon les conclusions de I enqut3e médicale. Tirnol avait subi des blessures reinontant LI qunti-e ou six jours avant sa mort. Il s agissait de contusioris de forme circulaire sur IC haut du bras. Le pathologiste officicl :I I CCC~JlllU quc ces contusions pouvaient O t5vcntuellerrient avoir été causées par tlc iioinbreux coups )>. L a\,ncrit de la fiiriiille du déi unt a émis l avis que ces blessures correspondaient Li celles d un homme qui aurait it6 frappe i coups de pied dors qu il était allongé sur IC soi et qui aurait lev? les bras pour se protéger. Le pathologiste admit que cela avait peut-être été le cas. <<ce qui (:ijoutii-t-il) iie signifie pas que les choses se soient passées ainsi)). L avocat fit observer qu il ne serait pas possible de déceler d autres blessures, même graves. si elles avaient été infligées juste avant 111 mort. La mère de Tirnol téinoigna que son fils n était pas blessé lorsqu il avait été inis en prison (et la police nc contesta pas ce témoignage). Aucun metlibre de la police ne soutint que les blessures en question avaient été causl;cs avant l arrestation. au cours d une bagarre par exemple. Le magistrat conclut ii un suicide.

102 4 De l opposition à la résistance Le début de l activité politique des Africains remonte à la seconde moitié du XIX~ siècle. Elle eut alors pour cadre principal la colonie du Cap, où les Africains ne souffraient pas de trop gros handicaps et où ils pouvaient espérer obtenir un jour le droit de vote, même si ce droit devait être limité. Le premier mouvement politique africain, le Lubumba Yama Afrika, estimait que l unité africaine offrait la seule chance de combattre la négligence persistante de tous les partis blancs à l égard des intérêts des Africains. En 1884, John Tongo Jabavu lança, avec le concours financier de Blancs, le Zmvo Zubantsundu (L opinion africaine). En 1887, il organisa l opposition au Parliamentary Voters Registration Bill (projet de loi sur l inscription sur les listes électorales pour la désignation des membres du Parlement), lequel donnait du droit de vote une définition qui privait de ce droit les Africains des tribus. En 1889, Jabavu et d autres combattirent le projet d extension de la réglementation sur les laissez-passer. En 1894, son journal prit position contre le Glen Grey Act (une loi qui laissait pressentir la législation ((séparée)) que l Afrique du Sud allait adopter par la suite). La majeure partie de la nouvelle élite africaine d éducation chrétienne qui s associait à ces protestations était entièrement fidèle à la Couronne et croyait en la création progressive d un État sud-africain multiracial. Quelques sectes éthiopiennes, bien que dénuées de tout caractère politique manifeste, exerçaient néanmoins une certaine influence politique. I1 s agissait exclusivement de sectes de chrétiens noirs, fortement influencées par les épiscopaliens méthodistes des États-Unis d Amérique. Contrairement à Jabavu et à ses amis, les Éthiopiens ne croyaient guère au concours des Blancs et soutenaient que les Africains ne pourraient évoluer que s ils agissaient par la voie d organisations exclusivement africaines et s ils refusaient résolument la civilisation blanche. Ces deux tendances - coopération avec les Blancs bien disposés A l égard des Noirs, d une part, et refus catégorique de l assistance des Blancs, d autre part - réapparaissent constamment dans l histoire de la résistance sud-africaine et peuvent coexister au sein d un même mouvement. Les Sud-Africains noirs étaient évidemment conscients de l existence de mouvements noirs dans d autres pays: ceux qui étudiaient aux États-Unis, par

103 /' ALLEENLI NALEIERS- MALAYS - ONLY ALLEENLIK "BLANKES Ségrégation en Afrique du Sud. L

104 Afrique du Sud 1 O0 exemple, furent très impressionnés par Booker T. Washington et W. E. B. D u Bois. Le mouvement de contestation noir en Afrique du Sud fut d autre part très fortement influencé par les événements qui se produisirent dans le reste de l Afrique après la guerre de Ces Noirs avaient protesté contre l invasion de l Éthiopie par l armée italienne et comprirent tout de suite ce qu il y avait de commun entre le fascisme et la domination des colons en Afrique du Sud ; ils s intéressèrent vivement aux répercussions de la Déclaration des droits de l homme; enfin ils exercèrent une influence sur les revendications de liberté et d indépendance exprimées dans les autres parties du continent, comme ils furent influencés par elles. Mais la victoire du Parti nationaliste aux élections de 1948 fut la riposte des Blancs aux revendications intensifiées de tous les Africains désireux de participer pleinement à la vie politique. Avant 1948, ces revendications des Africains n avaient pas abouti à des résultats bien notables. Les Africains du Transkei s étaient élevés contre les conditions dont l Union avait été initialement assortie. Des Africains et des Métis se rendirent à Londres pour plaider en faveur de la suppression de la ((barrière de couleur)), inscrite dans le South Africa Act qui fut adopté au lendemain de la guerre des Boers et devait instituer l Union. Mais on ne tint pas compte de leur démarche et le Parlement britannique laissa l adoption de cette loi suivre son cours en dépit des protestations des Africains. Ceux-ci protestèrent contre les dispositions du Native Affairs Bill (projet de loi sur les affaires indigènes) de 1920 et du Native Lands Act (loi sur les terres indigènes) de 1913 (adressant, dans ce dernier cas, des pétitions au roi George V, au Parlement et au peuple britanniques). Dans un curieux ouvrage intitulé Native life in South Africa (La vie des indigènes en Afrique du Sud), Solomont Plaatje écrivait en 1916 que ((lors de chacune des crises qui se sont produites au cours des quatre dernières années... les dirigeants indigènes ont assumé la tâche ingrate et coûteuse de refréner le recours des indigènes à la violence)), ce qui semble indiquer que les dirigeants en question étaient des ((modérés». Les protestations ne se limitaient pas à l Afrique du Sud. Le South African Native National Congress (Congrès national indigène d Afrique du Sud) adressa en 1918 une pétition au roi George V au sujet des colonies allemandes, pour demander que ((l on ne dispose pas des territoires africains et qu on ne fixe pas leur destin ultérieur sans prendre connaissance des vœux de leurs habitants)), et que «les colonies allemandes du Sud-Ouest et du Sud-Est africains ne soient pas remises au gouvernement de l Union sud-africaine tant que le régime qui y est en vigueur n aura pas été radicalement modifié de manière à en éliminer les préjugés raciaux)). Les auteurs de cette pétition proposaient que l administration des anciennes colonies allemandes soit confiée aux États-Unis d Amérique. L opposition à l apartheid a également été influencée par des événements d autres régions. C est ainsi par exemple que la politique de non-violence du mahatma Gandhi a marqué pendant longtemps ] African National Congress et que l organisation des Nations Unies a apporté sa caution aux appels adressés à la communauté internationale. Après sa victoire aux élections de 1948, le Parti nationaliste entreprit de mettre en œuvre l apartheid par la voie parlementaire.

105 De l'opposition a la résistance 101 L'agitation s'amplifia ii mesure que les Africains assistaient ii l'adoption de nouvelles lois dirigées contre eux. Dans la rèserve de Witzieshoek. près du Basutoland (l'actuel Botswana), la pénurie de terres et les lois sur l'élevage avaient été 3 l'origine d'incidents depuis Lorsque la police intervint en novembre au cours des investigations d'une commission d'enquste. des coups de feu furent tirés sur un riissemblcnient de 600 Africains dont 16 furent tués et 40 blessés. Au sein de I'African National Congress (ANC). la Youth League (Ligue de la jeunesse) rkclainait une action plus énergique : elle estinlait que le teinps des rlsolutioiis, des conférences et des dé1sg:itions était passé. A la conflreiice Cie le nouveau bureau du innuvenient fut chargé d'appliquer vigoureusement le prograinme d'action de la Youth League. qui prévoyait IC boycottage total cles élections ainsi que ((des grèves, la dlsobéissaiice civile et la non-coopération ). La cuntcstation fut d'abord axée sur la promulgation de la loi sur la répression du coinmunisine et I'ANC, les dirigcants des syndicats et ceus de In cominunautp inclieiinc lanckrent un ordre de grp\.e, cette grkve d'une jouriikc deixiit coïncider avec la célèbration internationale du 1" mai Bicn clue le gou\.erticnient eîit interdit les niaiiifestations et les rasscinblenients. et malgrl la présence de 3000 policiers dans la rlgion de Johannesburg, plus de la iiioitié des travailleurs africains ne se prèsentlrcnt pas au travail et beaucoup d'entre eus assistèrent i des iiicetitigs. La police dispersa tous les rasscinblcnieiits. II y eut plusieurs échauffoiii-ies. dont le bilan s'ilcva ;i 18 inoris et 30 blessés (dont 3 en fati ts ). Le deuil qu"ils partagérent rapprocha da\witage l'un de l'autre les congres africain et indien, et un comité de coordination constitué le 14 juin organisa une journée nationale de protestatioii et de deuil pour le lundi 16 juin Des milliers d'i\fricains cessèrent le travail it.jolintinesburg, tandis que les Indiens ferinaient leurs boutiques. A Port Eliriibeth, toutes Ics opérations de cliiirgeincnt et de déchargement furent interrompues et les bureaux. les inagasiris, les hôtels, les restaurants. les garages et m h c les hôpitaux furent ferniés. Depuis cette date. le 16 juin est céllbré. en Afrique du Sud et dans le nionde. comme la Journée de la IibertC sud-africaine. La campagne de désobéissance aux lois hiustes Le II juin I'African National Congress adressa une lettre au premicr ministre, M. Malan, pour lui demander l'abrogation des principales lois rlpressives. dont il donnait la liste suivante: loi sur les laisse;.-passer: loi sur les régions de groupe: loi sur la répression du communisme; loi sur la représentation séparée des klecteurs : loi sur les autorités bantoues : réglcnientation restrictive de I'Cle\qe. Dans cette lettre. I'ANC aiinonsait que. si cette Ikgislatioii n'était pas übrogke avant IC 39 février une manifestation massive de protestation aurait lieu le 6 avril qui était IC Jour de Riebeeck (tricentenaire du pouvoir blanc), et qu'un inouvement de résistance passive serait lancé dans tout le pays. Le 6 avril. le président de I'ANC, Moroka. et une personnalité de I'Indiaii National Congress, Dadoo, s'adressèrent i une grande foule réunie ii Johannes-

106 Afrique du Sud 102 burg et demandèrent I O000 volontaires. Cette manifestation se déroula d un bout à l autre dans le calme. Au cours des semaines qui suivirent, Nelson Mandela fut nommé chef des volontaires. Ces derniers, qui étaient triés sur le volet, firent la promesse suivante :((Nous prenons solennellement l engagement de consacrer toutes nos forces morales et physiques ainsi que tous nos moyens financiers à la réalisation de notre objectif: la liberté de la population opprimée de l Afrique du Sud.» Ils devaient se faire volontairement arrêter, refuser d être mis en liberté sous caution et opter pour des peines de prison. Le 26 juin 1952, un groupe d Africains pénétra dans la gare de chemin de fer de New Brighton Township par l entrée ((réservée aux Blancs)). Les membres de ce groupe furent arrêtés et condamnés à des peines de 15 à 30 jours de prison. La campagne de désobéissance aux lois injustes avait commencé. Au Transvaal, Nana Sita entra sans autorisation, en compagnie d un groupe de 42 Africains et de 10 Indiens, dans une réserve. A Johannesburg, un meeting de 1 ANC prit fin à 11 heures du soir sans que ses participants fussent munis des permis ((spéciaux)) autorisant les Africains à être en ville à cette heure; il y eut 106 arrestations. Les personnalités qui venaient d être frappées d interdiction en vertu de la loi sur la répression du communisme ne cessèrent pas pour autant de prendre la parole aux meetings. Moses Kotane fut condamné à 4 mois de prison en juillet I952 et Njongwe, Matji ainsi que M Matomela et d autres dirigeants de la résistance africaine dans la partie orientale de la province du Cap furent condamnés en septembre 1952, en application de la même loi, à 9 mois de travaux forcés, avec sursis de 3 ans. Moroka, Sisulu, Mandela, Dadoo, les Cachalias, Marks, Bopape et plusieurs autres furent accusés d avoir enfreint l interdiction dont ils étaient frappés. Lors de l audience préliminaire, la salle du tribunal était pleine d une foule de gens qui chantaient les chansons que la campagne de désobéissance avait rendues populaires. L affaire fut ajournée et cette nouvelle incita des centaines d autres personnes à défier les lois. En juillet, août et septembre 1952, il y eut respectivement 1500, 2000 et 2358 arrestations ou incarcérations. Le nombre des adhérents de 1 ANC augmenta à mesure que de nouvelles recrues se joignaient, dans toute l Afrique du Sud, à la campagne de désobéissance. On crut apparemment qu une répression violente empêcherait cette campagne de prendre de l ampleur. Le 18 octobre 1952, à New Brighton, la police tira sur 2 Africains qu elle accusait d avoir volé un pot de peinture. Après que 21 coups de feu eurent été tirés, une foule déchaînée attaqua le poste de police: 7 Africains et 4 Blancs furent tués. et il y eut 27 blessés. La section locale de 1 ANC lança un ordre de grève d une journée qui fut suivi à 50%, et des milliers de travailleurs africains furent licenciés par la direction des chemins de fer et par la municipalité. Deux semaines plus tard, à East London, la police chargea sur une réunion de prières qui avait été interdite et elle ouvrit le feu, blessant plusieurs personnes. Le 8 novembre 1952, 14 Africains furent tués par balle et 35 autres furent blessés au cours d émeutes à Kimberley. Aucune enquête officielle n eut lieu sur ces deux affaires, ni sur aucune des émeutes du même genre qui se produisirent dans le Rand.

107 De l opposition à la résistance 103 En octobre volontaires furent emprisonnés et c est en décembre qu un groupe de Blancs. conduit par Patrick Duncan. qui marchait en s appuyant sur des béquilles, pénétra pour la première fois dans la cité africaine de Germinston. I1 y eut 38 arrestations. Lilian Ngoyi. membre de la section féminine de I ANC, entra dans la partie du bureau de poste de Johannesburg réservée aux Européens pour adresser de I3 un télégramme de protestation au ministre de la justice. Le gouvcrnernent promulgua une nouvelle législation interdisant de suivre les mots d ordre des campagnes de désobéissance aux lois et prévoyant des peines pouvant aller j~i~q~i à 300 livres ou 3 aiis dc prisoii. assorties de 10 coups de fouet. Au début de décembre il y cut 300 nouvelles incarcérations. Moroka, Sisulu. Mandela et d autres passcrcnt en jugcmciit et ne firent citer aucun tknioin pour leur défense. Le juge Ruinpff. en coridamiiaiit l ensemble des 30 inculpés ii 9 mois de travaux forcés. avec sursis dc 3 ans, souligna que les faits ci1 cause <<n avaieiit rien ii voir avec IC coinniunisnie tel qu on le conqnit gsni ;ilcment ) et i-econnut que les inculpés << s étaieiit donné pour règle de coriseillcr it (leurs) partisans de recourir it des moyens pacifiques et d kvitcr tout genre et toute foi-mc de iiolencc...». Le gouvernement continua ii prendre des mesures d interdiction : c est ainsi que 53 dii-igenrits de la campagie furent interdits et que Mandela fut consigné 3 Johannesburg, et Bopape 3 Brakpan. Malgrt: les arrestations, Ics interdictions. les eniprisoiineineiits et les fusillactes. la résistance continua :I s iiniplificr ct des inuiifestiitions ainsi que des campagnes furent coiistaininciit organisces 3 mesure que la politique d apartheid Ctait etendue i tous les aspects clc I existencc. PILIS dc X500 personnes amierit Ctk emprisonn~es. mais la conliaiice et la tierté avaient Ciiorinheiit grandi au sein dcs communautés indienne et africaine. Des milliers de persoiincs s ktaient trouvées mêlées ii cette affaire et les dirigeants de I ANC étaient 3 la pointe du mouvement. Quelques synpathisants blancs avaient igaleincrit pris parti et c est au cours d une conférence organisée ii la lin de 1953 par Oli\,er Tainbo pour I ANC et par Yusuf Cachalia pour le Congrès indien que furent créés le Parti libéral et le White Congress of Dcmocrats (Congrès blanc des démocrates). L Africati Peoples Organisation (Organisation des peuples africains), dont les adhérents étaient pour la plupart des Métis. fut transformée et prit le nom de South African Coloured Peoples Congress (Congris des Metis sud-africains). I1 y eut en février 1955 un mouvement de protestation contre les diplacements de population 1i Sophiatouii. La loi de I953 sur l éducation bantoue provoqua une grève scolaire: les parents n eiivoykreiit pas leurs enfants en classe en signe de protestation. En octobre 1955, les femmes comnicncsrciit 3 manifester contre les lois sur les laissez-passer; leur mouvement dura plusieurs années et fut également dirigé contre les descentes de police dans les logements des cités ainsi que contre le travail forci et non rimuneré dans les campagnes. Le Congrès du peuple En même temps que des campagnes étaient organisées sur des problpmes particuliers. un appel général i l action fut lancé. au milieu des années cinquante, 3 tous ceux qui s opposaient A la politique et aux pratiques d apartheid.

108 Afrique du Sud 104 Prenant la parole au cours d un meeting organisé au Cap au début de 1953, le professeur Z. K. Matthews proposa de convoquer ((une convention nationale où serait représentée toute la population du pays, sans distinction de race ni de couleur)), afin «de rédiger une charte de la liberté pour l Afrique du Sud démocratique de demain D. Cette proposition fut retenue par I ANC en décembre 1953 et un Congrès du peuple fut convoqué pour les 25 et 26juin Conjointement avec le Congrès indien, avec le Congrès (blanc) des démocrates, avec le Congrès des Métis et avec le Congrès des syndicats, qui était une organisation multiraciale, I ANC adressa des invitations à divers partis et organisations (y compris au Parti uni et à l opposition parlementaire anglophone dont la tendance générale était favorable à l apartheid). Des circulaires furent adressées, plusieurs mois à l avance, aux villes, aux villages, aux kraals et aux réserves de tout le pays. On y lisait ceci: «Si vous pouviez faire les lois... que feriez-vous? Comment vous y prendriez-vous pour faire de l Afrique du Sud un pays heureux pour tous ceux qui y vivent?)) Le 25 juin 1955, quelque 3000 délégués (2000 Africains, plus 200 à 300 représentants de chacune des communautés, indienne, métisse et blanche) se réunirent pour participer au Congrès du peuple sur un petit terrain situé à Kliptown, village proche de Johannesburg. Des délégués portaient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire des slogans tels que «La liberté de notre vivant)), ou «Vive le combat)). Tandis que la police spéciale observait la scène, l assistance écouta lalecture, en anglais, en sesotho et en xhosa, de la Charte de la liberté qui avait été rédigée par le Conseil national d action. La foule manifestait son approbation de chaque article de la charte en scandant avec force ((Afrika! Maybibuye!)) Le congrès reçut des messages de tous les coins du monde, ainsi que des dirigeants de l Alliance du congrès qui, pour la plupart, n avaient pas pu venir en raison des mesures d interdiction dont ils faisaient l objet. La charte fut adoptée. Elle proclamait: Nous, peuple de l Afrique du Sud, portons à la connaissance de notre pays et du monde la déclaration suivante: l Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent. qu ils soient noirs ou blancs, et aucun gouvernement ne peut à juste titre prétendre y exercer son autorité s il ne se fonde pas sur la volonté du peuple tout entier. Elle stipulait que : C est le peuple qui gouvernera. Tous les groupes nationaux auront des droits égaux. Le peuple aura sa part des richesses du pays. La terre sera partagée entre ceux qui la travaillent. Tous les citoyens seront égaux devant la loi. Les droits de l homme seront égaux pour tous. Le travail et la sécurité seront assurés. L accès à l instruction et ii la culture sera libre. Le logement, la sécurité et le confort seront assurés. La paix et l amitié régneront. Au cours de l après-midi du dimanche 26 juin 1955 arrivèrent des forces de police en armes qui relevèrent les noms et adresses de tous les délégués et saisirent tous les documents et dossiers.

109 Carnaval des Métis au Cap.

110 Afrique du Sud 106 Au cours du mois de septembre suivant, des descentes de police eurent lieu simultanément à l aube dans 400 domiciles répartis sur tout l ensemble du pays, et d autres documents et dossiers furent saisis. Le 5 décembre 1956 à l aube, 1 56 arrestations furent opérées. Parmi les personnes arrêtées figuraient les dirigeants du mouvement et beaucoup de ses principaux partisans, Noirs et Blancs, Africains, Indiens et Métis. Ils furent accusés d avoir comploté pour renverser l État sud-africain par la violence. Le pittoresque de l affaire est que ces dirigeants eurent la possibilité de s entretenir à l intérieur de la prison, alors qu à l extérieur ils ne pouvaient le faire en raison des mesures d interdiction. Le «procès en trahison)) L instruction du procès en trahison - car c est ainsi qu on l appela - dura près d un an. Le premier jour du procès, le 10 décembre 1956, la foule se rassembla dès 5 heures du matin et accueillit par des chants l arrivée des fourgons amenant les prisonniers. Elle était encore plus dense le second jour. De l intérieur de la salle du tribunal, on entendit des coups de feu; la police avait chargé à coups de matraque, et 22 blessés furent hospitalisés. Le procès porta essentiellement sur la politique suivie par I ANC entre 1952 et La Charte de la liberté constituait la principale pièce à conviction de l accusation ; celle-ci présenta aussi d autres documents qui avaient été saisis lors du Congrès du peuple ou au cours des descentes de police - un millier environ - qui avaient eu lieu entre-temps. La défense combattit la thèse selon laquelle la charte était un instrument de trahison et soutint qu il s agissait non du procès de 156 individus, mais de celui «des idées que ces hommes et des milliers d autres habitants de notre pays ont ouvertement embrassées et exprimées». I1 s avéra que le principal témoin de l accusation, que la police avait présenté comme étant avocat, n avait en fait aucune qualification juridique et avait été condamné par quatre fois à des peines de prison pour faux et usage de faux. Avant que le procès sur le fond ne s ouvrît le 11 août à Johannesburg, les plaintes déposées contre Luthuli, Tambo et 59 autres prévenus avaient été retirées et ce sont 91 personnes qui furent jugées sous le chef d inculpation de haute trahison, assorti d autres infractions à la loi sur la répression du communisme. Le procès traîna en longueur jusqu au 29 mars Les inculpations qui avaient été retenues contre 61 prévenus furent annulées en mars Quant aux 30 derniers accusés, ils furent finalement déclarés non coupables et relâchés, plus de quatre ans après avoir été arrêtés. Entre-temps, la lutte contre l apartheid s était poursuivie. Au milieu de 1957, Luthuli avait lancé du Dril Hall de Johannesburg, où avait lieu le procès, un ordre de grève pour le 26 juin, en signe de protestation contre l apartheid et pour soutenir la revendication d un salaire minimal de 1 livre sterling par jour qui avait été présentée par I ANC et le Congrès des syndicats. Des manifestations symboliques eurent lieu dans toute l Afrique du Sud. La grève fut particulièrement bien suivie dans la région de Port Elizabeth et, dans le Rand, elle fut observée par 80% des travailleurs. Dans la cité d Alexandria, une nouvelle

111 De l'opposition à la résistance 107 hausse des tarifs de transport provoqua un troisième boycottage des autobus : les gens tirent A pied le trajet aller et retour entre leur domicile et leur lieu de travail pendant quatre mois avant que le conflit pût être résolu. Sharpeville MASSACRE D'AFRICAINS À SHARPEVILLE. PLUS DE CINQLIANTE INDIGÈNES ONT TROIWÉ LA MORT LORSQUE LA POLICE A OlJVERT LE FEU AU COIJRS DE LA CAMPAGNE DES INDIGÈNES CONTRE LA LÉGISLATION QUI LES OBLIGE À ÊTRE EN POSSESSION DE LAISSEZ-PASSER. À SHARPE- VILLE, À IJNE CINQUANTAINE DE KILOMÈTRES DE JOHANNESBLIRG. LA DESCENTE EN PIQUÉ D'AVIONS À RÉACTION SUR LES INDIGÈNES, DESTI- NÉE À LES EFFR.4YER. N'A EU POUR EFFET QUE D'AIJGMENTER LEUR COLÈRE. L'ATTITUDE DES ALITORITÉS QUI ONT FAIT OUVRIR LE FEU SUR LES AFRICAINS A PROVOQUÉ DE VIVES PROTESTATIONS DANS LE MONDE ENTIER [Signé: Keystone]. Le 31 mars le inonde apprenait par les agences de presse le massacre de Sharpeville. Une foule de 5000 B personnes s'était rassemblée autour du poste de police de la cité africaine de Sharpeville. Certains manifestants étaient tenus pour protester contre Ics lois sur les laissez-passer et d'autres s'étaient rendus au pcxtc de police en pensant qu'un communiqué alliiit y être publié. I1 n'y avait au début que 12 policiers dans ce poste, dont 6 Blancs et 6 Noirs. Mais. un peu plus tard dans la matink. 300 homines en uniforme et en armes y arrivèrent accompagnés de 5 véhicules blindés du type ((Saracen)). Le lieutenant-colonel Pienaar ordonna i ses hommes de former les rangs, puis de ((charger cinq cartouches)). 11 affirma n'avoir donné aucun autre ordre, mais on lit dans le rapport que l'évêque Ambrose Reeves a rédigé pour le Groupe de l'apartheid des Nations Unies que: (<Si l'on ne sait pas trop comment les événements se sont déroulés au cours de ces minutes décisives. il est indiscutable que l'action de la police eut des conséquences désastreuses... il y eut 69 morts. dont 8 femmes et 10 enfants, et parmi les I80 blessés se trouvaient 31 femmes et 19 enfants. D'après les constritations des médecins. il ne fait pas de doute que la police a continu2 it tirer après quc les gens eurent commencé ii s'enfuir: car. si 30 impacts de balles venant de face furent relevés sur des morts et cles blessés. on ne compta pas moins de 155 impacts de balles ayant frappé dc dos des victimes. Le tout s'était déroulé en 40 secondes, pendiiiit lesquelles 705 balles de rcvolver et de mitraillette furent tirées. ) Cette affaire provoqua de noutelles protestations de niasse. A Evaton, une foule de personnes fut dispersée par les descentes en piqué. ii faible altitude. d'avions ii réaction ((Sabre)) et d'appareils ((Harvard ) et. ii Langa. un autre rassemblement de personnes fut sommé par un officier dc police de se disperser en 3 minutes. Peu de manifestants avaient entendu cet ordre lorsque 60 policiers chargèrent sur la foule i coups de matraque; les manifestants ripostérent par des jets de pierre; les policiers reçurent alors l'ordre d'ouvrir le feu et 3 Africains furent tu il y eut 49 blessés.

112 Afrique du Sud 108 Les funérailles des manifestants tués réunirent des foules nombreuses et le chef Luthuli ordonna, en signe de deuil, une grève d un jour qui fut observée dans tout le pays. Mais le mécontentement devait de nouveau se manifester peu aprés par des émeutes à Johannesburg et à Worcester, dans la province du Cap. Dans la ville du Cap, toute la population des cités africaines fit une gréve qui dura près de trois semaines. L état d urgence fut décrété le 30 mars et des milliers de personnes furent arrêtées. Environ 2000 dirigeants du Mouvement du Congrès restèrent jusqu à cinq mois en prison; autres personnes furent arrêtées en vertu d un autre article de la réglementation relative à l état d urgence et des milliers d entre elles furent emprisonnées ou envoyées dans des camps de travail après avoir été jugées à huit clos. Depuis quelques années, la résistance s était durcie. Le Pan-Africanist Congress (PAC) s était constitué en mars 1959 à la suite d une scission au sein de I ANC et il avait élu comme président Robert Mangaliso Sobukwe, maître de conférences de zoulou à l université du Witwatersrand. Celui-ci déclara que l objectif du PAC était le gouvernement «des Africains, par les Africains, pour les Africains, étant considéré comme Africain quiconque n avait de devoir de fidélité qu envers l Afrique et était prêt à accepter la règle démocratique de la majorité africaine)). Dans une interview ultérieure (Contact du 30 mai 1959), Sobukwe devait déclarer :((Nous reconnaissons qu il existe parmi les Européens des intellectuels convertis i la cause africaine, mais comme ils bénéficient matériellement du régime actuel, ils ne peuvent s identifier totalement à notre cause. >) Quant aux dirigeants de la communauté indienne, ils étaient issus, selon lui, de la classe des commerçants et ((marqués par une tendance à l arrogance nationale et à la domination culturelle)). I1 voulait que les ((coolies)) se débarrassent de ces dirigeants opportunistes et qu ils s en donnent d autres, issus de leurs rangs. Lors de sa conférence annuelle, en décembre 1959, I ANC décida de faire du 31 mars 1960 une grande journée d action contre les lois sur les laissezpasser. Au nom du PAC, Sobukwe annonça qu une campagne pour l abolition de ces lois commencerait le 21 mars. I1 demanda à la population de sortir sans laissez-passer et de se livrer à la police au poste le plus proche. Il déclara que cette manifestation était le premier pas d une marche qui aboutirait à l indépendance en I1 invita I ANC à y participer. Mais l ANC, dont les préparatifs pour une journée d action contre les laissez-passer, dix jours plus tard, étaient déjà avancés, lui répondit qu il n était pas disposé à soutenir des ((actions spectaculaires dont le succés n était pas assuré ). L opposition passe dans la clandestinité Les décisions que le gouvernement prit à la suite de la fusillade de Sharpeville contraignirent les mouvements d opposition à réviser leur tactique. Le 6 avril 1960, I ANC et le PAC furent déclarés ((organisations illégales ). La loi sur la répression du communisme prévoyait que la poursuite des activités d une organisation illégale pouvait être punie d une peine de prison allant jusqu à dix ans. Le 25 août, le Rand Dai- Mail annonça que les dirigeants de I ANC et du PAC s étaient ((volatilisés)). Mais le 31 août intervint la libération des personnes arrêtées après l affaire de Sharpeville en vertu de la réglementa-

113 De l'opposition à la résistance 1 U9 tion sur l'état d'urgence et, en moins de deux semaines, un comité chargé des affaires courantes de I'ANC avait constitué des cellules en vue de poursuivre l'action dans la clandestinité. 11 ne fallut pas plus de dix jours pour que le sigle (UHLJRU)> (le slogan de la liberté de l'afrique orientale) tlt son apparition sur les murs de tout le pays et que des tracts contre les lois sur les laissez-passer fussent distribués. La ciernit:rc décision prise par I'ANC alors qu'il était encore dans la légalité avait été de coni'oquer une convention nationale qui devait jeter les bases d'une nouvelle Union sud-africaine. Cette décision fut relancée par Mandela lorsqu'il prit 13 parole i la confkrence ((All in Africa)) (Tous en Afrique) de Pietermaritrburg. en mars Cette idée de convention nationale fut reprise par un groupe multirncial représentant les milieux lihtraux. religieux et uniiwsitaires. Le gouvernement riposta en mobilisant la police, 1':irmée. les commandos et la gaide cit,ile ct en mettant les vkhicules blindés ((Saracen)) en état d'alerte. Les Blancs furent assermentés par des officier:, de police spéciaux, les armiiriers \widirent tous leurs stocks aux Blancs et des milliers d'africains furent arretcs. Mais Mandela était passé dans la clandestinité et il kchappa li l'arrestation. 11 poursuivit son tra\,ail en organisant la résistance. en parcourant le pays et en lanqant des agpcls en faveur de la convention. I1 ècrivit au premier ministre. H. Verwoerd. ainsi qu'il sir de Villiers GraaI'f. qui dirigeait le Parti uni. I1 n'obtint d'cux aucune réponse. Le 19 inai tout rassenibleinerit fut interdit jusqu'au 36 juin et. la \.cille du 70 inai, les grthistes furent a\w-tis qu'ils perdraient leur cinploi et scraient expulsés et quc la police se rendrait dans les citcs pour contraindre les habitants i aller au trakxil. AU cours de la nuit, des hélicopt2res survolèrent les cités i basse altitude. en illuminant les maisons avec des projecteurs. Et pourtant, le lundi 39 niai des centaines de milliers d'africains répondirent i l'appel de leurs dirigeants. Les membres des communautés indienne et métisse restèrent également chez eux. A Port Elizabeth. la grcve fut observée par 75'50 des travailleurs. Beaucoup d'écoles firent grève. Mais le gouvernement avait fait une démonstration trop impressionnante de sa puissance et Mandela suspendit la grève le deuxième jour. Si les manifestations pacifiques devaient se heurter 3 une telle force de répression. il était vain d'avoir encore recours aux méthodes pacifiques ~ et ce fut la lin de la non-violence. En juin un certain nombre de dirigeants africains se rkunireiit avec des Blancs et des Indicns pour décider de la hçon dont on riposterait B la violence; ils Ctaient partisans de saboter certaines installations sans toutefois nuire aux personnes. C'est ainsi que naquit le mouvement Umkonto we Sizwe (Le fer de lance de la nation). Le Jour de Djigaans (16 décembre 1961), dix bombes explosèrent dans des installations électriques et des bureaux municipaux de Port Elizabeth et de Johannesburg. L'Umkonto ive Sizwe distribua des tracts où on lisait: ((Nous sommes un nouvel organisme indépendant constitué par des Africains. Nous comptons dans nos rangs des Sud-Africains de toutes les races... Uiiikonto we Sizwe poursuivra la lutte pour la liberté et la démocratie par de nouvelles méthodes qui sont nécessaires pour compléter l'action des mouvements de libération nationale existants. )

114 Afrique du Sud 110 Mandela quitta clandestinement le pays pour assister ii la conférence du Pan African Freedom Movement (Mouvement pan-africain pour la liberté) d Addis-Abéba, en et pour avoir des entretiens avec des chefs d État africains. I1 fut arrêté en août de la même année et condamné à cinq ans d emprisonnement pour avoir incité les ouvriers à la grève en mai 1961 et avoir quitté le territoire sans autorisation. A son procès, il prononça, du box des accusés, un discours dans lequel il réaffirma sa foi dans le combat de son peuple, ainsi que la nécessité d avoir recours ii l action violente; il conclut par ces mots: «Lorsque j aurai purgé ma peine, ma conscience me dictera toujours de résister contre la discrimination raciale. >) Beaucoup de personnes furent obligées de s exiler, mais la lutte clandestine continua. Rivonia Le 11 juillet 1963, une force d intervention de la police spéciale cerna la ferme de Lilliesleaf - un vaste domaine situé à Rivonia, dans la grande banlieue de Johannesburg. Un prisonnier avait parlé au cours d un interrogatoire de police et décrit la cachette utilisée par Walter Sisulu et d autres membres du réseau politique clandestin. Après plusieurs mois de recherches, la police avait trouvé la piste. Walter Sisulu, Govan Mbeki et d autres (dont certains se cachaient sous une fausse identité) furent arrêtés et 250 documents furent saisis, dont beaucoup traitaient de la fabrication d explosifs; il y avait aussi parmi ces documents une note, i l état de projet, intitulée Opération Mayibuye)). Un mois plus tard, le 12 août 1963, quatre des hommes qui avaient été arrêtés s échappérent de prison : deux Blancs, Arthur Goldreich et Harold Wolpe, quittèrent l Afrique du Sud, les deux autres étant Mosie Moolla et Abdullah Jassat, qui passèrent discrètement au Botswana, d où ils se rendirent un peu plus tard i Dar es Salaam. Mandela fut ramené de Robben Island pour comparaître en justice avec les huit autres inculpés, après qu ils eurent passé 88 jours en cellule pendant que l État procédait ii l instruction de leur affaire. La première ordonnance de renvoi, qui portait sur 222 actes de sabotage attribués a 1 Umkonto we Sizwe, fut annulée à la demande de la défense, qui était dirigée par Abram Fisher, Q.C. L ordonnance de renvoi qui fut finalement retenue accusait les prévenus d avoir recruté des hommes pour les entraîner en vue de provoquer une révolution violente et d avoir commis 154 actes de sabotage. L opinion internationale s intéressa ii ce procès de Rivonia (c est ainsi qu on devait l appeler) parce qu il révélait pour la première fois l étendue et l importance de l abandon de la non-violence pour une autre forme d action. Le discours que Mandela prononça de son box eut un retentissement de portée historique en Afrique du Sud et ii l étranger. Mandela retraça l histoire de 1 ANC jusqu i la dernière décision que celui-ci avait prise de passer i l action violente, non sans avoir ((analysé longuement H une situation politique qui. lui paraissait ((angoissante)). I1 fit observer qu en juin 1961, «il était indéniable que nos efforts pour instituer un État non racial par la non-violence n avaient

115 École xhosa au Transkei.

116 Afrique du Sud 112 abouti A rien...)) I1 reconnut avoir contribué A la création de 1 Umkonto we Sizwe et cita cet extrait du Manifeste du mouvement: ((L heure sonne, dans la vie de toute nation, où il ne reste plus de choix qu entre la soumission et le combat. Cette heure a sonné en Afrique du Sud.)) L Umkonto we Sizwe s était prononcé pour le recours au sabotage afin d éviter des.pertes de vies humaines, et il s en était expliqué ainsi dans son Manifeste: ((Nous, membres de 1 Umkonto we Sizwe, avons toujours cherché A obtenir la libération sans effusion de sang et sans guerre civile. Nous espérons, même en cette heure tardive, que nos premières actions feront prendre à chacun conscience du désastre vers lequel conduit la politique nationaliste. Nous espérons ramener le gouvernement et ses partisans A la raison avant qu il ne soit trop tard, afin de permettre un changement du gouvernement et de sa politique avant que la situation n en arrive au stade désespéré de la guerre civile. >) Après avoir mentionné le risque très réel que les autres accusés et lui couraient d être condamnés & mort, Mandela termina son discours par une nouvelle et énergique profession de foi: ((Pendant toute ma vie, conclut-il, je me suis consacré à la lutte du peuple africain. J ai combattu la domination des Blancs et j ai combattu celle des Noirs. Mon idéal a été celui d une société démocratique et libre dans laquelle tous les individus vivraient ensemble dans l harmonie et aoraient des chances égaies. C est l idéal pour lequel je veux vivre et que j espère réaliser. Mais, s il le faut, je suis également prêt à mourir pour cet idéal. ) Après avoir entendu les déclarations et les explications des accusés, le juge déclara, en rendant son verdict, que le crime dont tous les accusés, A l exception d un seul, lui apparaissaient comme coupables était en essence celui de haute trahison, mais qu il n infligerait pas la peine de mort. Six Africains, un Blanc et un Indien furent condamnés li la prison A vie. Les condamnés commencèrent A purger leur peine - les non-blancs A la prison de Robben Island. En tant que prisonniers de la catégorie «D», ils n eurent droit qu à une lettre et A une visite d une demi-heure par semestre et ils furent astreints aux travaux forcés, bien que leur nourriture fût tout i fait insuffisante. Aussitôt que le verdict fut connu, une nouvelle série d explosions endommagea des bureaux de poste et des pylônes et une attaque fut lancée contre l enceinte de la prison de Johannesburg. La campagne de sabotage, mise en sommeil pendant le temps du procès, allait se poursuivre. Le 19 août 1967, O. R. Tambo, vice-président de I ANC, et J. R. D. Chikerema, vice-président de la Zimbabwe African People s Union (ZAPU) annoncèrent que leurs deux organisations avaient conclu une alliance militaire. Les combats dont ils parlèrent devaient marquer l ouverture de la nouvelle phase d action armée que I ANC préparait depuis La résistance n avait pas été brisée. L Affaire des 22 De mai 1969 A décembre 1970 eut lieu le procès marathon de 22 personnes accusées d infractions à la loi sur la rkpression du communisme et A la loi sur le terrorisme, ainsi que d autres prévenus, arrêtés en même temps, qui avaient été

117 De l opposition à la résistance 113 &tenus et interrog6s par la police de sécurité. Ce procès a parfois Ct6 appel6 (L Affaire des 77 D. Parmi les personnes arrêties figurait Winnie Mandela. l it.pousc de Nelson Mandela. Trois ditenus furent libhris et les II> autres furent acquittes. Mais. en Afrique du Sud, I acqiiittcinent ne met pas n6cessairement lin li l action judiciaire. C est ainsi par exemple que Winnie Mandela fut ensuite placee en i-csidence stir\.cilll.e ii son domicile. La grève de Port Elizabeth En mars des milliers de Metis se rasseniblkrent ii Port Elizabeth pour manifester contre le fait qu on iiienayait de leur faire paycr jusqu ii 30 cents de plus leur transport en autobus entre ICLII- doniicile et leur lieu de trakail. ii une dizaine dc kiloni6trcs. Ils avaient aussi d autres revendications. relati\rs 11 la penurie et ;tux conditions de logeinciit, et ri leurs salaires. La policc ouvrit le l eu sur la foule et 1 I personnes furent atteintes. Parmi les blesses se trouvait une femme enceinte qui a\ait rcyu Line ballc dans le \entre. Pour riposter- ailx I1;iLisscs des tarifs, 11i population de Port Eli7abetli boycotta les autobus et lit it picd chaque jour, pendant trois mois, le trajet aller et retour entre le cioriiicile et le lieu de trav:iil. Le procès des «Six de Pretoria» Le 70 juin la Cour suprême de Pretoria condanina 4 Sud-Africains et 7 étrangers blancs ii des peines totalisant soixante-dix-sept ans de prison pour des infractions i la loi sur le terrorisme. Quatre des accuslis, Theophilus Cholo. vingt-quatre ans, Gardner Kitchener Sejaka. trente ans, Justus Mpanra. trentequatre ans, et Petriis Aaron Mtembii. trente-sept ans, furent condamnis i quinze ans de prison chacun. tandis qu Alexandre Moumbaris. trente-quatre ans. naturalisé australien. se voyait infliger une peine de dou7e ans de prison et Sean Hosey, vingt-trois ans, citoyen irlandais, une peine de cinq ans. L acte d accusation comprenait au total dix-neuf chefs d inculpations qui s appliquaient it un OLI plusieurs prkvenris. TOLIS ceux-ci. ;i l exccptinn de Hosey, etaient accusc s d iii.oir complot6 entre eiis. ainsi qu avec I ANC et 79 autres personnes noinmcincnt dksign6es. en vue cle prol oqucr une r6volutioii par la violence en Afrique du Sud. Ils étaient accus6s d avoir d6cid6 de faire venir cltindestineinent des armes, des niunitions et des explosifs en Afrique du Sud et d avoir cntriiînk des gens O it la guerre et ii la sub\wsioii >) cri Afrique du Sud. Le deuxième chef cl iiccusatioii s appliquait ii Thenpliilus Cholo. Justus Mpanzu, Pctrus Mtenibu et Gardner Scjaha, poursuivis pour avoir revu une formation militaire et politique dans d autres pays africains ainsi qu en linion çovietique entre 1967 et iuiii Les cliefs d inculpation II 3 ri h visaient Alcxandre Mouiiibaris, accus2 d avoir abritc, caché OLI aidit. des terroristes ou encore pris lui-nicnic part li des actes de terrorisme. On lui rcprocliait d avoir aidi- des gens ii pénétrer en Afrique du Sud ii partir du Sibaziland et du 13otswana en juin et juillet 1977.

118 Afrique du Sud 114 Cinq autres accusations avaient été retenues contre Moumbaris, y compris celles d avoir diffusé les 26 et 27 juin 1968, A Durban, des brochures publiées par I ANC, et d avoir procédé A des reconnaissances au Transkei pour y trouver des lieux propices A des débarquements maritimes. Cholo, Mpanza, Mzemba et Sejaka étaient accusés d avoir embarqué en Somalie A bord d un yacht A moteur, l dvvenrmz, avec des armes, des munitions et des explosifs, dans l intention de débarquer clandestinement sur la côte du Transkei (mais des ennuis mécaniques avaient empêche ce yacht d atteindre sa destination), ainsi que d être entrés clandestinement en Afrique du Sud par la frontière du Swaziland et d avoir apporté en Afrique du Sud de faux livrets de référence et du matériel pour l établissement de communications secrètes. Gardner Sejaka etait également accusé d avoir expliqué A des habitants du Transkei la manière de fabriquer des bombes incendiaires en août Sean Hosey Ctait poursuivi pour avoir diffusé des brochures de I ANC au Cap en août 1971 et pour avoir tente de fournir A Justus Mpanza et ii Petrus Mtembu de faux livrets de référence, de fausses quittances d impôts et 540 rands en argent liquide. Theophilus Cholo, Justus Mpanza, Petrus Mtembu et Gardner Sejaka furent déclarés coupables de tous les faits qui leur étaient reprochés. Moumbaris fut reconnu coupable sous neuf chefs d accusation, mais acquitté sous le premier pour vice de procédure; Sean Hosey fut condamné pour avoir été en possession de faux laissez-passer, mais acquitté en ce qui concernait la diffusion de brochures de I ANC. Cinquante-trois témoins furent cités par le Ministère public au cours de ce procès qui dura quatre-vingt-dix-huit jours et dont les débats furent les plus longs depuis ceux du procès de Rivonia en Les six accusés présentèrent eux-mêmes leur défense. Un seul témoin extérieur fut cité par la défense. Plusieurs des accusés affirmèrent qu ils avaient été torturés. Theophilus Cholo déclara qu il avait été frappé A de nombreuses reprises par des membres de la police de sécurité et que ces voies de fait lui avaient fait perdre une partie de son acuité visuelle, lui avaient donné des douleurs dans les oreilles, ainsi qu une occlusion nasale qui avait duré trois mois. Les membres de la police de sécurité lui avaient marché sur les pieds et écrasé les ongles des deux gros orteils. L avocat d Alexandre Moumbaris affirma que son client avait tenté de se suicider A cause des traitements qui lui avaient été infligés. Celui de Sean Hosey déclara que celui-ci avait été interrogé presque sans interruption pendant soixante-douze heures, qu il avait été frappé coups de pied et menacé d une arme à feu, et qu on lui avait fait fumer un cigare contenant un narcotique. En quittant la salle d audience après l énoncé du verdict, les quatre condamnés africains saluèrent en levant le poing fermé la foule qui s était massée dans les tribunes du public. Manifestations d étudiants C est au cours de l été 1972 que se déclencha l opposition des étudiants contre l apartheid en Afrique du Sud même. Les étudiants de l université africaine de Turfloop firent un autodafé des carnets que la direction de l université leur avait

119 De l opposition à la rkistance 115 rendus après en avoir retiré le manifeste politique du inouveinent étudiant noir SASO (South African Student Organisation) et une déclaration des droits de l étudiant. inspirée elle aussi par la SASO, qui avaient ktc; insérés dans ces carnets. Les étudiants exigkrent la démission du recteur blanc de l université. Au cours d une ckrkmonie de remise des diplômes qui eut lieu quelque temps plus tard. Lin dirigeant du mouvement titudiant, Ramobitlii Tiro. proiionya. en recevant son titre ~iniversitaire, un discours qui motiva son expulsion. Daris ce discours, que le recteur delxit qualifier de ((scandaleux D. Tiro Ci;. LC 1 J I ra i t II o ta nimen t : ((11 a Gtt; interdit A 110s parents d entrer, niais les Blaiics, qui ne peuvent mcme pas nous applaudir, ont droit LIS premiers rangs. Mon clier peuple. serons-nous jamais trait& avec justice dans ce pays qui est le pays de nos anct. tres??>cc régime cliancelle. Nous autres, dipl0més noirs. soniines appelès 5 des respoiisabiliti-s xcrucs dans la liberation de notre peuple. A quoi nous servira notre instruction si nous ne poubuis aider notre pcuple au monieiit où il en a besoin? >)I1 y :I une chose que IC ministre tie pcut pits faire. c est de baiiiiii- les idées de l esprit des lioinines. LJri jour cienclra où nous strotis tous libres de respirer l air de la liberte. >> Lorsqu ils apprirent qu un de leurs dirigeants avait bté expulsé. tous Ics ktucliilnts dticidèrent d occuper leur collège dans le calme. La police y péiiitra et en exp~ilsa les étudiants qui l occupaient. La riposte iie se fit pas attendre. Les etudiants métis de la partie occidentale de la province du Cap se mirent en grkve par solidaritk avec ceus de Turfloop. 1.e Conseil des étudiants de I LJniversite indienne de Durban-Wcstville déinissionna lorxqu il lui fut interdit d adhérer ;I la SASO et manifesta également sa solidarité avec les etudiants de Turfloop. L Union des ktuciiants africaiiis de Fort Hare lança Lin ordre de grève générale A tous les ktudiaiits noirs d Afrique dli Sud. Le Jol2triiir<,.shrrr. ~ Stur ( 17 inai 1973) décrivit ainsi les manifestatioris de solidarit6 dcs Ctudiants nietis: La grcvc gcnérale des cours suikit. par la grande inxsc des Ctutiiarits de 1 l;iiiversitc du Cap «ccideiital pour protester contre l expulhion de I eiisemble des étudiants de l université du Nord (Turfloop) a presque parallsé I üiii\,ersité des Mitis. Ce iiiouvcnient Faisait suite li uiie décision adoptcc au cours d un grand rassemblenient des ctudianls. qui ont voté ii l unanimité une motion appelant LI boycottage des cours. Plus des deux tiers des Ctudiants ii ont pas assist6 aux cours. D autre part. on pouvait lire dans le R~IIILI Dui/>. Mc/i/ ( 16 inai 1973) : LES PARTK is Soi IDAIRES DES ~~ILIIXANTS. Plus de deux miiie hiibitants dc Sourto ont réciam6 hier la rcintcgratioii inconditionnelle de l ensenible des ctiidiaiits expulses de 1 UnivcrsitC du Nord. Ils ont Cgalenieiit deniaiidi. que M. Abraliaiii Tiro. uii ctiitiiarit qui avait kt6 expulst; de cette universite pour avoir critique I cducatioii bantoue. soit rcititcgrc avec les

120 Afrique du Sud 116 autres. Des étudiants et des parents ont vivement critiqué tous les aspects de I administration des universités noires et de l apartheid. L UNIVERSITÉ INDIENNE S ASSOCIE AU BOYCOTTAGE. Durban. Tandis que des inspecteurs de la police de sécurité écoutaient aux fenêtres de Vedic Hall de Durban, plus d un millier d étudiants indiens de l université de Durban-Westville ont décidé hier de n assister à aucun cours. Cette grève doit commencer aujourd hui et durer jusqu à ce que les revendications des étudiants noirs soient satisfaites dans toute l Afrique du Sud. Les orateurs qui ont pris la parole à ce rassemblement ont été ovationnés quand ils ont dénoncé l autoritarisme du système éducatif organisé pour les Noirs. «Ce n est pas en tant qu Indiens. mais en tant que Noirs, que nous votons. 11 nous faut être solidaires pour éliminer le système répugnant qui nous opprime)). a déclaré un étudiant dont l intervention reflétait. par son ton, celles des dix autres orateurs. Ce rassemblement d hier était la dernière en date des manifestations traduisant l agitation qui ne cesse de croître parmi les etudiants noirs depuis que leurs camarades ont étt? expulses en bloc de l université du Nord, à Turfloop. Les étudiants de Fort Hare sont déjà en grève depuis une semaine et une grève générale doit commencer le 1 juin à l École normale de Springfield à Durban. Quant aux étudiants africains de l université du Zoulouland, ils doivent se réunir mercredi pour examiner la situation GRÈVE. D ici à jeudi, la plupart des étudiants noirs des universités et collèges d Afrique du Sud pourraient s associer à une grève nationale contre la situation dans les universi tés. La semaine suivante, les étudiants blancs manifestèrent leur solidarité et la riposte de la police fit les gros titres de la presse mondiale (Times de Londres, 3 juin 1972): LA POLICE MATRAQUE LES ÉTL DIANTS BLANCS. Johannesburg. Des policiers armés de matraques en caoutchouc ont chargé aujourd hui sur une centaine d étudiants blancs qui manifestaient dans le calme contre l apartheid sur le parvis de la cathédrale Saint-George, au Cap. Ils expulsèrent, en les traînant parfois par les cheveux, les étudiants qui cherchaient à se réfugier à l intérieur de la cathédrale. Les étudiants de l université du Cap occidental (qui est un établissement pour Métis) protestèrent vigoureusement en octobre 1972 lorsque le ministre des affaires métisses intégra à la législation la réglementation à laquelle ils étaient soumis, donnant ainsi force de loi à un règlement de discipline intérieure. Ce règlement se composait de 73 articles au total et stipulait notamment que : Toute personne demandant à être admise comme étudiant doit présenter, en même temps que sa demande, des certificats de bonne conduite que le Conseil consultatif estime valables. Les étudiants doivent être correctement et convenablement vêtus pour assister aux cours, pour se rendre dans les bâtiments de l administration et à la bibliothèque, ainsi que pour faire du sport ou apparaitre en public. I1 est interdit aux étudiants d avoir un comportement qui vise à porter atteinte à l enseignement et à la discipline dans tous les services, cours, salles de classe et examens de l université, et à la discipline en général.

121 fut De l opposition i la résistance 117 Seules peuvent se constituer dans I uiiiversiti les organisations d etudiants approuvees p:tr le conseil. Les organisations autnrisccs d ctudiants peuvent, en se conformant ii leur statut. tenir des reunions d ctudiants inscrits li I universitc. Aucun autre rassemblement n aura lieu sur le campus de l univcrsitt. sans l autorisation du recteur. Les publications pcrindiqucs et autres d ctudiants et toutes brochures ne peuvent etre diffusl;es sans l autorisation du recleur: il est kgalenient nkssaire d avoir l autorisation citi recteur pour apposer des a\is ou cies aftiches. Les ctudiants et les organisations d etucii:ints ne doivent ni publier de cikclaration dans la presse, ni accorder J intervien.s iiicttant en cause les organes et les pcrsonncs charges de la direction de l uiiiversitl; OLI risquant de porter alteinte au renoni de I universitc. Les ctudiants rl;agircrit. ;ILI debut <ILI mois de -iuiii en organisant une inatiifesiution pour reclamer la demission du recteur et en occupant des salles de cours. L.e recteur, C. H. Kriel. ferma aussitôt l universitt; roui- un mois et tit savoir que les etudiants clesireus de re\,enir ii I tiiiiversitt; devraient remplir une formule de readmission. prenant pni- Iii I engayemeni de se soumeitre {I tous les rbglements de l tiiiiversitti. Les t tudiants prisentprent une liste de huit revendicii- Lions. demandant que le rkgleniciit et In discipline soient moins contraignants, q~ie le personnel les traite niieuu et qu on leur espliq~ie pourquoi quatre de leurs caniariides avaient etc espulses au cours de I aiiril;c Liriiiwsi taire. Ils rcclainèrerit d autre part uric rciiclniissiori sans conditinri et henticoup d entre eux s ciigagkreiit Ci ne pas signer ni renvoyer la formule de readmission. L Association du personnel noir se declar:~ solidaire des etucliants en hisant valoir que cette universite. qui :i\.ait ctc foiidce Li l iiitention esclusive des ciutliants nictis. etait tol1.jolu-s gcrée par des Hlancs treize ans aprk son iriauguration. Les etudiants rcintegrerent I universite le 75 juillet 1973, en l attente de l ouverture d une enquête: mais l agitation reprit le lendemain lorsque beaucoup d entre eus se remirent en grpve pour protester contre la suspension de treize de leurs dirigeants. Nouvelle vague de grèves Au cours des derniers inois de I973 et des tout premiers mois de l Afrique du Sud connut une grande vague de grèves des ouvriers africains. Ce mouvement de masse - le nombre des grkt.istes atteignit par jour i la mit &-icr ~~ IC plus important. le plus combatif et le plus spectaculaire de ceux q ui avaient eu lieu depuis les arrèts de travail de mai D après la presse (dont les articles furent souvent très succincts) ii travailleurs participèrent aux grèves entre octobre 1973 et avril Pendant le trimestre janvier-mars 1973, les journaux ne signalthent pas moins de I59 grèves et dkbrayages, dont la durie varia cntrc dis minutes et sept jours. Beaucoup de ces grkves aboutirent ii des augmentations irnmkdiates des salaires, mais dans d autres cas les grevistes furent licenciés. ktant donné que les mouvements de ce genre sont illtigaux en Afrique du Sud. Environ la moitié des grèves eurent lieu ii Durban et dans les zones industrielles adjacentes. mais tous

122 Afrique du Sud 118 les grands centres industriels furent touchés par le mouvement - Johannesburg et Le Reef, Le Cap, East London, Port Elizabeth et Pretoria. Des arrêts de travail se produisirent dans presque tous les secteurs (et plus particulièrement dans les textiles, où il y eut 20 grèves, et dans la sidérurgie et les constructions mécaniques, où il y en eut 22); les services municipaux, les transports, la construction et les circuits de distribution furent également touchés, par exemple A Durban où 16 O00 Noirs employés par les services municipaux cessèrent le travail. Seuls les secteurs de l industrie minière et de l agriculture furent épargnés - ce qui s explique assez facilement : ces deux secteurs emploient surtout une main-d ceuvre non qualifiée, étrangère i l Afrique du Sud et migrante. I1 est difficile d y organiser des syndicats ouvriers parce que les travailleurs sont logés dans des camps semblables A des prisons; dans l agriculture, d autre part, les travailleurs sont dispersés sur de vastes étendues. Les grèves revêtirent une signification particulière du fait que la loi interdit aux Africains de cesser le travail et qu ils n ont pas de véritable organisation syndicale. I1 n existait pas de procédure de négociation permettant de discuter des conditions de la reprise du travail, et les grévistes refusaient d élire des délégués, car ceux-ci n auraient pas manqué d être menacés ou incarcérés en tant que meneurs ou ((agitateurs,). Une telle action politique de masse, qui ne reposait sur aucune organisation officielle ou structurée, montre non seulement l ampleur du mécontentement des Africains d Afrique du Sud, mais aussi ce que le fond de conscience politique représente comme force réelle de changement. La Conscience noire Les étudiants africains se séparèrent en 1970 de la National Union of South African Students (NUSAS) [Union nationale des étudiants d Afrique du Sud] pour constituer la South African Students Organisation (SASO) [Organisation des étudiants d Afrique du Sud], qui n admettait dans ses rangs que des Noirs, estimant que les Noirs devaient décider de leur attitude indépendamment des Blancs et élaborer eux-mêmes les revendications qu ils avaient ii formuler. Tout en continuant de coopérer dans la pratique avec la NUSAS, la SASO tourna ouvertement le dos aux ((libéraux blancs)) et, si elle accepta de rester fidèle aux traditions occidentales, elle estima qu il fallait également explorer et exprimer les valeurs africaines. La théologie noire fit son apparition en Un théologien noir l a décrite comme une théologie d exhérédation et de libération répondant i l optique d un peuple opprimé A cause de sa couleur. On assista en 1972 et en 1973 aux progrès du mouvement de la Conscience noire. Ce mouvement présentait plusieurs tendances, ayant pour facteur commun la volonté d agir sans aide extérieure et de redéfinir la situation de l Afrique du Sud. Au début, le gouvernement y vit une victoire pour l apartheid. Mais lorsque ce mouvement devint plus combatif et dénonça plus vigoureusement les structures de la société sud-africaine (y compris parfois les dirigeants des Bantoustans), le gouvernement réagit. En 1973, il prit des mesures d interdiction ou de restriction A l égard de la plupart des dirigeants du mouvement, y

123 De l opposition à la résistance 119 coinpris les chefs de la SAS0 ; les jeunes dirigeants noirs qui étaient apparus sur la scène politique au cours des années soixante-dix furent pratiquement réduits Li l inaction ou obligés de fuir le pays pour se réfugier dans les territoires voisins. En il y eut donc quatre grands mouvements de contestation: ai celui de la classc ouvriére urbaine contre les bas salaires et les inauvaises conditions de travail: hi celui du mouvcnient de la Conscience noire, qui ohtiiit une audience croissaiitc parmi les Indiens et les Mktis: ci celui des Blancs, qui gravita surtout autour des organisations blanches d étudiants: dj celui des fronts dc libitration qui pour la plupart sont xtuellemcnt clandestins.

124 5 Le monde extérieur Les Nations Unies L Organisation des Nations Unies, dont l Afrique du Sud fut un des membres fondateurs. a contribué A appeler l attention internationale sur l apartheid. L Inde a fait connaître le traitement auquel l Afrique du Sud soumettait sa communauté indienne et elle a condamné le régime sud-africain pour l ensemble de sa politique raciale. A mesure que les pays coloniaux obtenaient l un après l autre leur indépendance, les demandes d action contre l apartheid s amplifièrent. Les débats des Nations Unies devinrent un motif constant d irritation pour le gouvernement sud-africain. Le Conseil de sécurité imposa en 1964 un embargo sur les armes qui est toujours en vigueur. Certains pays ont cependant soulenu que cet embargo ne s applique pas A la vente d armes qui ne sont pas destinées A la répression A l intérieur du pays. Cette formule peut s interpréter de diverses façons et rien n indique que l embargo ait été efficace. L Afrique du Sud ne paraît guère éprouver de difficulté A acheter les armes qu elle veut et, de toute façon, elle en est presque arrivée, grâce A l assistance technique de certains pays technologiquement avancés, au point de pouvoir produire la plupart des armements dont elle a besoin. Malgré l avis consultatif de la Cour internationale de justice (juin 1971), selon lequel le maintien de la Namibie sous l administration de l Afrique du Sud est illégal, l organisation des Nations Unies n a pas réussi A soustraire ce territoire A la mainmise des Sud-Africains (voir A ce sujet la deuxième partie du présent ouvrage). La politique raciale de l Afrique du Sud a fait l objet de débats aux Nations Unies depuis la première session de l Assemblée générale en Après avoir vainement tenté d aboutir A une solution négociée, l Assemblée générale a adopté, le 6 novembre 1962, la résolution l761(xvii) qui demande aux États membres des sanctions diplomatiques contre l Afrique du Sud, les priant de ((prendre les mesures suivantes... pour amener l abandon de la politique d apartheid : n) Rompre les relations diplomatiques avec le gouvernement de l Afrique du Sud. ou s abstenir d établir de telles relations.

125 Jeune Africaine du Transkei.

126 Afrique du Sud 122 Fermer leurs ports à tous les navires battant pavillon sud-africain. Adopter des lois interdisant à leurs navires d entrer dans les ports sudafricains. Boycotter tous les produits sud-africains et s abstenir d exporter des produits, y compris des armes et munitions de tous types, vers l Afrique du Sud. Refuser le droit d atterrissage et les facilités de passage à tous les aéronefs appartenant au gouvernement de l Afrique du Sud ou à des sociétés enregistrées conformément aux lois sud-africaines.)) 2 décembre 1968, l Assemblée générale - a demandé à tous les États «de décourager l immigration, notamment de personnel qualifié et de personnel technique, en Afrique du Sud...)) et elle a demandé «à tous les États et organisations de suspendre les échanges culturels, éducatifs, sportifs et autres avec le régime raciste et avec les organisations ou institutions d Afrique du Sud qui pratiquent l apartheid». L Afrique L Organisation de l unité africaine (OUA), qui a été créée en 1963, a adopté tout un ensemble de résolutions relatives à l Afrique du Sud, en recommandant notamment A ses membres de refuser A la Compagnie aérienne sud-africaine le droit d utiliser leurs aéroports et de survoler leur territoire, et en priant les États africains de cesser leurs échanges - exportations et importations - avec la République sud-africaine. L OUA a créé un Comité de libération chargé de financer ou de soutenir les mouvements de libération dans leurs opérations de guérilla contre tous les régimes minoritaires blancs du continent, Les pays membres de cette organisation ont pour la plupart accepté d appliquer ces résolutions. Jusqu A présent, l Afrique du Sud a été en mesure de résister aux critiques mondiales et, plus important encore, de déjouer certaines actions entreprises sur le plan international, comme celles dont il a été fait mention plus haut. Ni les sanctions économiques, ni l embargo sur les livraisons d armes, ni, jusqu à présent, les incursions de commandos n ont changé grand-chose à la situation. L économie continue en fait à prospérer, bien que cela n aille pas sans problèmes, et le budget de l armement n a jamais été aussi élevé que depuis l imposition de l embargo sur les armes. Le gouvernement a néanmoins commencé, à la fin des années soixante, à assouplir son attitude à l égard du reste de l Afrique et il a cherché à susciter des échanges internationaux officiels et officieux avec les autres pays du continent, faisant valoir que les divergences de vues n empêchent pas le dialogue. Ce changement d attitude est essentiellement dû à deux facteurs, l un politique, l autre économique. Sur le pian politique, l Afrique du Sud gagnerait beaucoup ii ce que les États africains aient une attitude plus amicale à son endroit. Cela pourrait inciter le reste du monde à mieux accepter l Afrique du Sud. L État de l apartheid s en trouverait légitimé, car, si les gouvernements noirs établissaient des relations avec lui, il n y aurait guère de raisons pour que les pays d Europe et

127 contre Le monde extérieur 123 d'aniérique, s6parés de l'afrique par de grandes distances. persistent dans leur hostilité i l'apartheid. La voie serait alors ouverte pour un charigeinrnt des rapports de l'afrique du Sud avec le reste du monde. L'Afrique du Sud veillerait i ce que les pays africains gardent une attitude amicale)) i son égard et cela pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les gukrikros qui auraient cherché refuge cher cuu. La dnininatioii blaiiche eii.afrique du S~icl s'en trouverait reni'orcce dans ses retranchements. Les factcurs Sconoiniques ont encore plus de poids. L'Afrique du Sud n'a pas réussi i trou\.er de bons clébouches comnicrciaux en Europe ni en Amérique du Norcl. car les clist:inccs. le prix de revient unitaire plus Cleve de ses produits et une coiijoncturr teclinologique défdvorable l'en ont empèchéc. Au cours des sis premiers niois de " (, sculement de ses exportations \'ers le Royaume- L!ni consistnicnt en produits niiinufactur6s ~ 1(7,5",1 de ses exportations \.ers la Zambie en L'Afrique constitue un inarché naturel po~ir cc genre de produits. L'accroissement dts éciianges coinnicrciauu avcc les États ~i'~friq~ie noire n'est qu'un premier otjectif. Le but final est ILI création d'une uste zone de 1 i bre-cc han ge a i ns i q U ' U ne U ri inn doua II ière de 1 'A friq Lie centra 1 e et ori crit al e qui ~oristitiieîaiciit un niarclit. knoi-me pour les produits sud-africains et perinettraient 11 l'afrique du Sud de rksoudre Ics problèmes de sa balance des paicnien ts. Quelques pays africains ont r6poiidu LI\ aviiiices de l'afrique du Suci. niais ils ont vite constat6 que leurs conceptions (ILI «dialogue>> étaient trps difl'krentrs. Certains tlcs principaux a\,ocats africains de la politique du <<dialoglle)) ont bieii pris soin d'c\rpliquci- qu'il s'agissait en l'occurrence d'une ultime tentative pour ainener l'afrique du Sud i inodilier sa politique iiitkrieure et qu'ils ne s'y étaient rssolus qu'il contrectrur après I'kcliec des sanctions. Mais le refus categorique par l'afrique du Sud de tout <<dialogue» sur le principe de l'apartheid ainsi que l'opposition rcsolue des mouvements de liberation et la crainte effective de nuire i l'unit6 africaine ont inis fin aux iikgociatinns. De toute faqon, beaucoup d'états africains s'étaient opposés dès le dkpart i tout ((dialogue>> avec l'afrique du Sud. En juin les États africains rkunis ri Addis-Abéba pour la conférence de I'OlJA publièrent la déclaration suivante: Dl?<'LARATION SUR l.a QUESIION 11 U D 1 A 1,OG LI E Le Conseil des ministres de I'Organisation de I'uiiith africaine. rturii en sa 17' session ordinaire ii Aciciis-AbCba i Éthiopie). cl~i 15 :ILI I9 juin a disetiti' dans ~inr atninsphcre de parfaite courtoisie et de totale franchise la question cic la prop«,ition d'un dialogue i enpager avec IC rttginir niirioritairc raciste d'afrique du Sud. Ces discussions ont donri2 i tous les inenihres du conseil I'occasion d'exprimer plcincrnen t les vues de leurs gouverrieinciits respectifs sur cette iiiiportiinte question. Le Conseil des ministres rgaffirme: 1. Son attacliernent total aux principes et ob.jectifs Gnonces clans les articles 3 et 3 de la Charte de l'oua. particulièrement en ce qui concerne l'hlimination dii colonialisme sous toutes ses formes et le dcvoucment sans rkserve i la cause de l'tmancipation totale des territoires africains non encore indhpendants.

128 Afrique du Sud Le Manifeste sur l Afrique australe (Manifeste de Lusaka) adopté A l unanimité par l OUA et approuvé par les Nations Unies et la Conférence des pays non alignés, mais rejeté par les régimes racistes d Afrique australe, est la seule base objective pour la recherche d une solution valable aux problèmes de l apartheid, de la discrimination 3. raciale et du colonialisme en Afrique. La légitimité de la lutte menée par les peuples opprimés d Afrique en vue d obtenir leur droit Jégitime à l indépendance, à la dignité et à l égalité, lutte dans laquelle tous les États de l OUA demeurent entièrement et inconditionnellement engagés. En outre, il a été décidé qu aucun État membre de l OUA n entamerait ou n engagerait aucun genre d action susceptible d affaiblir ou d abroger les obligations et les engagements solennels énoncés dans la charte. I1 a été décidé que toute action A engager en ce qui concerne la solution des problèmes du colonialisme. de la discrimination raciale et de l apartheid en Afrique doit être entreprise dans le cadre de l OUA en étroite consultation avec les mouvements de libération des territoires intéressés. Le conseil a rejeté l idée d un dialogue quelconque avec le régime minoritaire raciste d Afrique du Sud qui n aurait pas pour but unique d obtenir pour le peuple opprimé d Afrique du Sud la reconnaissance de ses droits légitimes et imprescriptibles et l élimination de l apartheid, conformément au Manifeste de Lusaka..Le Conseil des ministres a également considéré et décidé qu en tout état de cause un dialogue sous quelque forme que ce soit devrait commencer par s établir entre le régime minoritaire raciste d Afrique du Sud et le peuple opprimé et exploité par ce régime. Le Conseil des ministres a également décidé que toutes les propositions de dialogue entre les États africains indépendants et le régime minoritaire raciste de l Afrique du Sud sont une mantzuvre de ce régime et de ses alliés pour semer la division parmi les États africains et créer la confusion dans l opinion publique mondiale, afin d arracher l Afrique du Sud A l ostracisme international et A l isolement et pour obtenir l acceptation du statu quo en Afrique australe. A la lumiére des considérations ci-dessus, la 17 session ordinaire du Conseil des ministres de l OUA déclare solennellement qu il n existe aucune base pour un dialogue valable avec le régime minoritaire raciste d Afrique du Sud. Dans les conditions actuelles, le conseil réaffirme sa détermination de continuer A apporter et A intensifier son aide aux mouvements de libération jusqu à la victoire finale. Aspects stratégiques Les dirigeants sud-africains ont toujours eu une conception grandiose de leur rôle stratégique et politique. Ils présentent leur pays comme un ((bastion du monde libre)) et un ((défenseur de la civilisation occidentale)) contre la menace communiste en Afrique (selon leur définition du communisme). L anticommunisme a toujours été la clef de voûte de la politique gouvernementale; il a servi à justifier les demandes d armes perfectionnées que l Afrique du Sud a présentées aux pays occidentaux et il a été le prétexte de la répression de l opposition à l intérieur du pays. I1 s est manifesté par une contribution de l Afrique du Sud au «pont aérien)) de Berlin en 1948 et par l envoi d une escadrille de chasse en Corée en 1950, en réponse à la demande d assistance militaire lancée par les Nations Unies. C est également en 1950 que la loi sur la répression du communisme a été intégrée à la législation intérieure sud-afri-

129 I,e monde exterieur 125 caine. Le programme d accroissement et de modernisation des forces armées qui fut alors lancé devait s amplifier au cours des années soixante. Les relations diplomatiques avec l Union soviétique furent rompues au début des années cinquante et le chef de la mission soviétique fut prié de quitter l Afrique du Sud. Les dirigeants sud-africains ont compris peu i peu que la sécurité de leur pays dépendait de l Occident. Dés 1951, une Conférence sur les moyens de défense de I Afrique a réuni it Nairobi les rcprésentants du Royaume-LTni. de l Afrique du Sud. de la Belgique. de 111 France. de l Italie, du Portugal. de l Éthiopie, de la Rhodésie du Sud. ainsi que des États-l Jnis d Amérique (représentés par un observateur). Cette conférence n a guère été concluante. en raison surtout de l opposition fcmnelle de l Afrique du Sud ii l idée d armer les Africains. Une autre série de con\wsations organisée en 1954 i Dakar sur une stratégie panafricaine pour l Occident n eut pas non plus de résultats bien concrcts. La nou\,elle orientation donnée i la politique coloniale britaiiniquc en Afrique et en Asie LI milieu des années cinquante suscita de nouvclles inquiétudes. L indépenctance de la Côte-de-l Or (Ghana), l action des Ma~i-Ma~i au Kenya, le retrait des forces britanniyues de la zone du canal de Suez. ainsi que les incohérences de la politique de Londres 3 l égard des territoires de la Haute- Coniinissinii (Betchuanalaiid. Swaziland et Basutoland) furent considérés comme autant d élénients contribuant i la propagation du coniniunismc ci1 A fr i q Lie. De\,ant cette situation. It. ministre de la défense de l èpoquc. M. F.C. Erasmus, proposa q~ie la base navale de Simonstown. dans ILI péninsule du Cap, fiit placée sous I autoritb de cinq puissances. afin de freiner les ambitions soviétiques et indiennes en Afrique. I1 préconisa d autre part la conclusion d un Traité de l océan Indien occidcntal. Bien que ces propositions n aient pas été retcnucs, il y cut. en juillet un échange de lettres entre les gouvernements de Londres et de Pretoria sur l avenir de Simonstown. L Afrique du Sud accepta d accroître sa flotte de guerre en achetant aux chantiers navals britanniques 6 frégates anti-sous-marines, IO dragueurs de mines côtiers et 4 patrouilleurs de haute mer. Le Royaume-Uni accepta de son côté de transférer le commandement dc la base Ci l Afrique du Sud avant le 31 niars 1957 et l Afrique du Sud s engagea LI agrandir les installations existantes. Le Royaume-Uni aurait la possibilité d utiliser la base en temps de paix cornnie en tcinps de guerre. que l Afrique du Sud participe OLI non aux hostilités en tant que cobelligérant. Les accords prévoyaient des échanges d officiers et d hommes d équipage entre les dcux niariries, ainsi que la possibilité pour la marine sud-africaine d utiliser les moyens d instruction britanniques. Ces accords ne font mention d aucune garantie. Ils ne portent que sur la coopération navale et sur l utilisation de Sinionstown par le Royaume-Uni en temps de pais ct de guerre ct n engagent aucune des deux parties ii venir en aide i l autre en cas d hostilités. II est bon de mentionner ce point, car une certaine confusion semble planer sur les responsabilités respectives des deux parties. Aux yeux du gouvernement sud-africain, Simonstown ((protégeait)) l océan Indien contre toute incursion soviétique et garantissait ii I.<< Occident ) l emploi de la route du Cap. particulièrement importante lorsque le canal de Suez fut fermé. Cela a été maintes fois répété par les dirigeants sud-africains.

130 Afrique du Sud 126 Lors de la célébration du 25 anniversaire de l arrivée au pouvoir du Parti nationaliste, M. Vorster a souligné que ((le monde occidental)) avait intérêt à ce que l Afrique du Sud soit puissante, étant donné que la route du Cap était la ((voie de communication vitale avec l Europe» (South African Digest du 13 juillet 1973). Quant au ministre de la défense, M. P. W. Botha, il fit observer que l Afrique du Sud maintenait ((des relations militaires cordiales avec au moins vingt pays du monde libre» (South African Digest du 13 juillet 1973). I1 n a pas précisé de quels pays il s agissait. L idée que se fait l Afrique du Sud de sa position capitale pour la ((défense du monde libre)) n est pas partagée par tout le monde. Sa politique raciale en ferait une alliée militaire vulnérable et l importance de sa situation stratégique évolue en fonction des modifications continuelles des relations internationales, des routes commerciales et des stratégies de défense. Même l accord de Simonstown est, nous l avons vu, assez limité. On peut alors se poser des questions sur la stratégie et sur le budget militaire de l Afrique du Sud. Ce budget augmente rapidement. L affaire de Sharpeville (1 960) eut des répercussions politiques très vastes, provoquant dans le monde une réprobation presque unanime et des sanctions économiques contre le régime de Pretoria. A l intérieur du pays, elle conduisit à la déclaration de l état d urgence ainsi qu à I interdiction des mouvements africains de libération. La politique militaire fut révisée de fond en comble. La nature des armes achetées par l Afrique du Sud montre que celle-ci commence à envisager sérieusement la possibilité d attaques militaires dirigées contre elle par d autres pays. I1 est difficile de dire d où de telles attaques pourraient venir. Aucun des pays indépendants voisins ne dispose, tant s en faut, de la puissance militaire qu exigerait le lancement d une offensive de type classique. Et rien n indique jusqu à présent qu un autre pays ou groupe de pays ait l intention de déclarer la guerre. Cette crainte d une attaque extérieure paraît néanmoins avoir fait son chemin dans la pensée militaire en Afrique du Sud. I1 est d autre part évident que presque tous les armements dont le pays dispose peuvent lui servir à réprimer une agitation intérieure. Cet armement semble correspondre à trois principaux objectifs : 1. Étant très perfectionné et moderne, il pourrait faciliter l intégration de l Afrique du Sud dans une alliance occidentale; mais pour cela, il faudrait que l apartheid soit accepté par tous les nouveaux alliés de l Union. Presque toutes les armes dont l Afrique du Sud dispose peuvent également servir à des opérations de sécurité intérieure (même les sous-marins peuvent être utilisés pour la détection des mouvements de guérilleros le long des côtes). Le matériel et le personnel militaires peuvent, si on les emploie de manière efficace, aider des puissances coloniales à combattre la résistance noire et à maintenir une zone tampon entre l Afrique du Sud et le Nord. Des forces sud-africaines participent à la surveillance de la frontière entre la Rhodésie et la Zambie et à la protection du barrage de Cabora Bassa. La situation militaire devint de plus en plus inquiétante en 1973, en raison des succès obtenus par le FRELIMO (Front pour la libération du Mozambique) et de l intensification de la résistance en Rhodésie. La main-d œuvre blanche, dont

131 Le monde extérieur 127 les effectifs étaient déjà limités. a subi une nouvelle ponction quand l'effectif des forces armées a été porté ii hommes. Pour la première fois, des mesures concrètes ont été prises pour recruter des Africains dans l'armée sud-africaine et pour augmenter le nombre des Africains chargés du maintien de l'ordre dans les zones africaines. L'Afrique du Sud produit maintenant elle-même toutes ses armes léghres et cherche i subvenir ii ses propres besoins en matière d'aéronautique militaire. Parmi les appareils montés i l'usine Atlas (Fitzmcial Mail du 77 avril 1973). figurent des chasseurs Mirage F I (Soutlz AfiYcan Digcst du 78 septembre 1973). L'Afrique du Sud fabrique le chasseur et l'appareil de reconnaissance Impala. L'armée de l'air devait recevoir quelque 200 nouveaux appareils en Afrique du Sud. Budget militaire

132 Afrique du Sud 128 L Institut des études stratégiques de Londres a présenté dans The military balance (L équilibre des forces militaires en ) l état des forces armées sud-africaines, de leur équipement et de leurs fournisseurs. L armée de terre, la marine et l armée de l air sont toutes trois équipées en partie par l étranger. Embargos et boycottages Vers la fin des années cinquante, les Africains, les Indiens et les Métis ont souvent recouru au boycottage pour protester contre les injustices de l apartheid. Parmi les campagnes de ce genre qui ont eu un grand succès figurent le boycottage des pommes de terre, qui était destiné à appeler l attention sur la situation des travailleurs agricoles, et l inscription sur une liste noire de tous les produits de la société des tabacs Rembrandt (Carreras-Rothmans). En 1959, les peuples et les nations du monde entier ont été invités à appliquer la même tactique pour aboutir à l isolement complet de l Afrique du Sud non seulement en boycottant ses produits, mais en évitant aussi tout contact avec l État qui pratiquait l apartheid. Les échos que cet appel a eus dans le monde ont abouti à l interdiction des importations d Afrique du Sud dans certains pays et à la constitution dans nombre d États de mouvements contre l apartheid. Les exportations sud-africaines s en sont ressenties (en particulier celles des fruits ((Outspan)) et ((Cape))), de même que les relations de l Afrique du Sud dans les domaines sportif, culturel, universitaire et professionnel. Des démarches se poursuivent en vue de mettre fin aux contacts, comme par exemple la campagne menée en I972 pour que le Royal Institute of British Architects renonce à toutes relations avec l Association des architectes sud-africains et la lutte constante visant à exclure l Afrique du Sud des fédérations internationales de football, de tennis et autres sports. BOYCOTTAGES ÉCONOMIQUES Le Comité des Nations Unies sur l apartheid a exposé de la façon suivante les raisons de recourir à un boycottage économique. L économie sud-africaine fait partie intégrante de l économie mondiale. L Afrique du Sud dispose de marchés importants en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Elle achète à l étranger de grandes quantités de produits manufacturés qui ont pour elle une importance décisive. La plupart de ses principaux partenaires commerciaux lui permettent d accumuler les dettes qui résultent parfois de son déficit commercial. I1 semble donc que l Afrique du Sud soit particulièrement vulnérable aux pressions économiques des autres pays. Et, pourtant, les partenaires dont dépend le commerce sud-africain n ont jamais appliqué de boycottage économique. Beaucoup de pays continuent de faire ouvertement du commerce avec l Afrique du Sud. Certains boycottages organisés par les consommateurs de ces pays obtiennent cependant quelque succès et, souvent, l appui de collectivités

133 Le monde extérieur 129 locales, de syndicats, de mouvements d'étudiants et d'autres organisations. L'économie sud-africaine est fortement tributaire des importations de pétrole et de biens d'équipement -~ et, en ce qui concerne le pétrole, elle repose presque totalement sur les importations. De même, un embargo sur les achats d'or sudafricain ferait énormément de tort i l'économie de ce pays. Une conférence intcrnationale sur les sanctions économiques 3 appliquer contre l'afrique du Sud a eu lieu i Londres en avril 1964, réunissant les délégués de plus de quarante pays. dont trente delégations gouvernementales. Après avoir examiné des rapports d'experts sur les aspects économiques. raciaux, politiques, juridiques et stratégiques des sanctions. la confërence s'cst fondce sur leurs conclusions pour ((estimer qu'elle avait établi la nécessité. la 1Cgalité et la possibilité d'organiser des sanctions économiques internationales contre l'afrique du Sud. dont la politique raciale apparaît comine faisant maintenant pescr une menace directe sur la paix et sur la sécuritt; en Afrique et dans le monde 1. )> Lorsque les pays arabes ont mena& de restreindre leurs livraisons de petrole aux pays occidentaux en ils ont brandi la menace d'un embargo total 3 l'égard de l'afrique du Sud, de la Rhodksie et du Portugal. L'investissenient Stranger joue un rôle essentiel cians l'industrie de l'afrique du Sud et est devenu, en tant que tel. un des grands ob.iectifs des adversaires de l'apartheid : ceux-ci ont notamment demandé aux investisseurs de boycotter les sociitks sud-africaines ainsi que les sociétks étrangéres i l'afrique du Sud qui ont des intérêts dans ce pays ct ils ont fait entendre leurs protestations au cours d'assemblees gknkrales annuellcs de sociétis. Les communautés religieuses, les syndicats. les associations d'étudiants, les universités et dc nombreuses organisations ont kte invités i retirer leurs capitaux d'afrique du Sud. En fkvrier 1973, le Mouvement anti-apartheid du Royaume-Uni annonça quelques succès, dont les ventes d'actions suivantes: 1.5 million dc livres sterling d'actions de la RTZ par la Commission d'administration des biens de l'église anglicane: I.35 million de livres sterling d'actions de sociétés ayant des intérêts en Afrique du Sud par le Conseil aecuménique des Églises: ainsi que la vente. par le Trade Union Congress (Fédération des syndicats britanniques) d'actions qu'il détenait dans des firmes ayant des intkrêts en Afrique du Sud. et de participations au Trade Union Unit Trust (Fonds des syndicats) en raison des investissements que celuici avait réalisés dans ces firmes. Le même mouvement a également annoncé que quatre syndicats ouvriers avaient retirt; leurs investissenicnts d'afrique du Sud. ainsi qu'un certain nombre d'univcrsités et une section locale du Parti travailliste: d'autre part. des investissements d'un montant total de livres sterling furent retirés de firmes ayant des intérêts en Afrique du Sud et le conseil municipal de Camden, i Londres. décida de fermer son compte i la banque Barclays. Aux États-Unis. certaines communautés religieuses prirent des mesures analogues et des protestations s'élevkrent au cours d'assemblées générales annuelles cie sociétés contre les investissements en Afrique du Sud. La societe américaine Polaroid interrompit la vente de ses produits l'afrique du Sud en octobre 1970, i la suite des protestations des mille ouvriers noirs travaillant dans cette entreprise. Un comité compose de dcux employés

134 Afrique du Sud 130 blancs et de deux employés noirs se rendit en Afrique du Sud et présenta un rapport. Après en avoir pris connaissance, la compagnie fit savoir, en janvier 1971, qu elle estimait devoir rester en Afrique du Sud pour y favoriser le changement en améliorant les possibilités d éducation et d emploi offertes aux Noirs. Elle présenta un programme de réformes comprenant l amélioration des salaires et des avantages que ses concessionnaires sud-africains accordaient au personnel noir, la formation de Noirs pour leur permettre d accéder à des postes de responsabilité et l affectation d une partie des bénéfices que la société réalisait en Afrique du Sud à des programmes d éducation des Noirs. Les salaires furent augmentés, 35 O00 rands furent versés à un fonds pour l éducation des Africains et la société annonça en décembre 1971, après une année d essai, que ce programme serait poursuivi. Une vaste campagne fut organisée aux États-Unis contre l utilisation d un procédé mis au point par Polaroid pour la production des ((laissez-passer)), qui constituent un élément fondamental du système de l apartheid. Un mouvement fut entrepris, avec l appui de dirigeants de fronts de libération sud-africains, en vue d amener Polaroid à cesser toute activité en Afrique du Sud et de boycotter tous les produits de cette firme.ce boycottage eut des répercussions considérables sur les ventes de la société en Amérique. Aux Pays-Bas, une campagne organisée contre les importations de café d Angola aboutit à les faire interrompre provisoirement en I1 y eut d autre part un boycottage des oranges «Outspan» ainsi qu une campagne contre la société Philips, accusée d employer de la main-d œuvre noire à bon marché dans ses filiales. Au cours d une semaine de solidarité organisée en mai 1973, 500 O00 documents d information sur l Afrique du Sud furent diffusés. Le Conseil œcuménique des Églises publia également une brochure contenant la liste des sociétés étrangères qui avaient investi en Afrique du Sud et il demanda aux Églises adhérentes ainsi qu à tous les chrétiens de retirer leurs investissements d Afrique du Sud. En 1973, le journal Guardian publia des statistiques, qui firent scandale, sur les salaires payés au personnel africain des sociétés britanniques en Afrique du Sud. Une commission parlementaire fut chargée d une enquête à ce sujet. Dans son rapport, publié en mars 1974, cette commission ne releva pas l appel lancé par les mouvements de libération et visant au retrait de tous les investissements, mais elle recommanda, se fondant sur les faits précis qu elle avait constatés au sujet de l exploitation de la main-d œuvre à bon marché, certaines règles de conduite à l usage des sociétés britanniques exerçant leur activité en Afrique du Sud. BOYCOTTAGES CULTURELS La campagne en vue du boycottage culturel de l Afrique du Sud fut entreprise en réponse à l appel lancé par des Sud-Africains qui cherchaient à mettre fin à l apartheid en matière de culture et de spectacles. Cette campagne fut essentiellement axée sur le problème de la ségrégation du public, mais elle a évidemment porté aussi sur des aspects plus larges de l apartheid en général. Presque toutes les salles de spectacle et de concert sont réservées aux Blancs. I1 existe quelques cinémas réservés aux Métis et aux Indiens. Les Noirs

135 Le monde extérieur 131 n ont pratiquement pas accès aux salles de spectacle et les spectacles auxquels ils ont le droit d assister sont strictement censurés. En un professeur de droit a évalué à 13 O00 le nombre des publications interdites. Parmi les auteurs interdits figurent James Baldwin, Bertolt Brecht, Jules Feiffer, Aldous Huxley, Norman Mailer, Henry Miller et Alan Sillitoe. Tous les livres écrits par des dirigeants dcs mouvements de libération sont interdits. Le Publications and Entertainments Act (loi sur les publications et les spectacles) interdit la publication ou la fabrication d œuvres qualifiées d <<indésirables)) en Afrique du Sud, et le Customs and Excise Act (loi sur les douanes et les contributions indirectes) oppose l importation des articles G répréhensibles >). L interprétation de ces lois dépend du Publications Control Board (Conseil de contrôle des publications). qui est un organisme d État. Les livres interdits ne le sont pas toujours parce qu ils combattent l apartheid, mais beaucoup d entre eux n ont aucune autre raison de l être. Tous les films sont visionnés par le Conseil de cotitrde. Celui-ci peut. en vertu de la loi de 1963 sur les publications et les spectacles, <<... autoriser un film ciniinatograpliique i la condition q~ie ce tilni ne soit projet2 que devant les membres d une racc ou d une classe déterminées...)) C est ainsi q~ie certains films ne sont autorisés quc pour les Blancs, certains autres ne IC sont que pour les Blancs. les Métis et les Indiens, d autres enfin le sont pour les Blancs. les Métis, les Indiens et les enfiints de moins dc douze ans. Toutes les scknes montrant des rapports sociaux, de quelque nature q~ic ce soit, entre Noirs et Blancs sont automatiquement coupkes, Li l exception de celles où les personiiages noirs jouent des roles de subordonnés. Malgré l ampleur des pouvoirs dont dispose le Conseil de con tr6le. certains porte-parole du gouvcrnement ont préconisé de les étendre encore. La censure des publications a éte dénoncée par les adversaires de l apartheid et par ceux qui redoutent les effets de la nienace d interdiction sur toute la littérature sud-africaine. Tous les artistes ont étc invités it refuser de se produire e11 Afrique du Sud dans les conditions imposées par l apartheid: on a demancit; aux auteurs dramatiques et rkalisateurs de films de s opposer i ce que leurs (cuvres soient présentées dans des thiütres ou des cinénias où le public est soumis it la ségrégation, et aux acteurs de cinkina de ne pas permettre q~ie les tilms dans lesquels ils jouent soient projet& dans des cinémas de ce genre. En 1957, le Syndicat des musiciens hritaiiniques a totalcmeiit interdit it tous ses membres de jouer en Afrique du Sud. L Orchestre symphonique de Londres, les Beatles et les Rolling Stones comptent parmi les nombreuses formations qui ont refus? les tournth qu on leur proposait de faire en Afrique du Sud. En 1957 également, le British Actors Equity Council (Association des acteurs britanniques) a donnt: instruction i ses adhérents de rie se produire en Afrique du Sud que si un certain nombre de reprisentations sont ouvertes aux non- Blancs. La directive donnce dans It: inhe sens par le Syndicat des techniciens du cin2ina et de la télcvisioii britanniques a contrecarré le prc?.iet que faisaient les autorités sud-africaines de lancer une chaîne de tdévisioii en En 1963, puis de nouveau en ll)67, de célèbres auteurs draniatiques du Royaume-Uni ont rendu publique. clans des déclarations. leur opposition i

136 Afrique du Sud 132 c l apartheid et ont chargé leurs agents littéraires d insérer dans leurs contrats une clause interdisant la représentation de leurs œuvres devant des publics soumis à une ségrégation raciale. On imagine mal comment la créativité en littérature, en musique, en chorégraphie, en art dramatique et en cinématographie peut être actuellement stimulée en Afrique du Sud dans le cadre d un système répressif et d une culture officielle dont la seule fonction est de rationaliser une séparation qui repose non sur des faits rationnels, mais sur des mythes et des symboles d inspiration chauvine. Toute remise en question de la société et de ses structures est non seulement découragée, mais serait plutôt considérée comme séditieuse. Les barrières artificielles qui ont été dressées entre les peuples empêchent toute compréhension de la réalité sud-africaine et toute représentation littéraire ou artistique de cette réalité. Les écrivains sud-africains les plus importants sont soit en exil, soit interdits. I1 leur est pratiquement impossible d écrire dans les journaux, en raison des mesures qui restreignent l accès aux informations et la publication des nouvelles. Les écrivains afrikaners eux-mêmes, dont la situation est relativement privilégiée puisqu ils bénéficient de subventions et sont protégés par un statut de type traditionnel, sont libres seulement d écrire, et non de contester. LES SPORTS Les Sud-Africains sont très sensibles à tout ce qui touche aux sports, qui sont chez eux une sorte de religion nationale. A mesure que l isolement de l Afrique du Sud s accroît sur les plans politique et culturel, les rapports qu elle maintient avec l étranger dans les autres domaines gagnent en importance. I1 est très important pour les Blancs que leurs équipes soient admises sur les terrains de sport étrangers où, de plus, toute victoire des Sud-Africains peut être interprétée comme une sorte de justification du régime sous lequel ils vivent. M. Braun, délégué de l Afrique du Sud, déclara au Comité olympique international en 1967 : Le fait d avoir été exclus des Jeux olympiques nous a véritablement privés de notre raison de vivre. A tous les niveaux du sport en Afrique du Sud et dans toutes les couches de la population, on en a ressenti beaucoup de désespoir, de déception et de désenchantement. La flétrissure qu on nous a infligée en nous traitant comme des parias a été une lourde croix à porter. ) I1 n est pas possible de traiter le sport indépendamment des autres activités humaines, sinon artificiellement. Quand bien même Blancs et non-blancs auraient le droit de jouer ensemble, ou encore d assister aux événements sportifs dans les mêmes tribunes, les non-blancs, et en particulier les Africains, se trouveraient en état d infériorité du fait de la malnutrition et de leur mauvaise condition physique. Les Blancs disposent pour la plupart de beaucoup plus de temps libre pour faire du sport, d argent pour leur équipement, etc. Les moyens mis à la disposition des non-blancs sont médiocres ou inexistants. Les Blancs disposent de piscines, de clubs de sport et d installations publiques, tandis que les Africains doivent souvent se contenter d un bout de terrain vague. Le manque de moyens financiers et le système des permis de circulation limitent

137 Après l'emprisonnement.

138 Afrique du Sud 134 beaucoup les possibilités de compétition entre les non-blancs. En d autres termes, l inégalité raciale qui a été officiellement institutionnalisée s applique autant dans le domaine sportif qu à l égard des autres aspects de la vie. C est pourquoi, dans les campagnes internationales de boycottage sportif, il ne s agit pas simplement d obtenir que le gouvernement accepte le principe d équipes multiraciales. La situation des sportifs non blancs en Afrique du Sud n aurait en fait pas beaucoup évolué si d Oliveira (voir plus loin) avait finalement été autorisé à faire une tournée en Afrique du Sud: rien n aurait changé dans le pays. L envoi de quelques concurrents sud-africains non blancs aux Jeux olympiques aurait-il vraiment beaucoup d importance? Les événements des dix dernières années donnent à penser que tant que l apartheid sera maintenu, il ne pourra jamais y avoir égalité de chances pour les sportifs. La tournée en Afrique du Sud du Marylebone Cricket Club (MCC) fut annulée en septembre 1968 lorsque le gouvernement sud-africain refusa d accepter que Basil d Oliveira, un «non-blanc)), fasse partie de cette équipe. Une équipe de cricket sud-africaine devait faire une tournée au Royaume-Uni en 1970, mais, dans l intervalle, une campagne internationale avait déjà été lancée pour mettre l Afrique du Sud en quarantaine dans le monde du sport et cette campagne allait être axée au Royaume-Uni sur le rugby et le cricket, les deux sports les plus populaires en Afrique du Sud. Au cours de l été 1969, un riche homme d affaires de Johannesburg, Wilf Isaacs, organisa une tournée de l équipe sud-africaine de cricket. Un mois auparavant, des organisations comme le Mouvement anti-apartheid, le Comité olympique non racial sud-africain et les jeunes libéraux avaient fait connaître leur intention de s opposer à la tournée de 1970 et elles jugèrent que celle qui avait été préparée par Wilf Isaacs leur fournirait l occasion de démontrer le sérieux de leurs intentions. I1 y eut des manifestations au cours de presque tous les matches, dont beaucoup furent perturbés, le jeu étant interrompu par des manifestants qui venaient s asseoir au milieu du terrain. Ces manifestations d assez faible ampleur (la plus importante ne réunit qu une centaine de personnes) irritèrent beaucoup les Sud-Africains blancs. Après la tournée Isaacs, une manifestation eut lieu à l occasion du match de Coupe Davis de lawn-tennis qui opposa l Angleterre à l Afrique du Sud à Bristol. Une partie de cette rencontre fut également perturbée. Ces manifestations eurent un grand retentissement et donnèrent aux partisans du Mouvement anti-apartheid une idée du soutien qu obtiendrait leur campagne pour faire annuler la tournée de l équipe de cricket en En septembre 1969, un certain nombre de mouvements constituèrent le Stop the Seventy Tour Committee (STST) [Comité pour l annulation de la tournée Le but de ce comité n était pas d organiser des manifestations mais d obtenir, par une action directe et non violente, que la tournée fût annulée. Entre-temps, la tournée de l équipe sud-africaine de rugby, qui devait commencer en novembre 1969, devint la cible d une campagne qui prit un tour beaucoup plus grave que s il s était agi d un simple galop d essai en vue de la tournée de l équipe de cricket. Elle se transforma en un mouvement de masse contre le régime qui envoyait des équipes composées uniquement de Blancs représenter un pays dont la population comprend 80% de non-blancs.

139 Le monde extérieur 135 Le premier match, qui devait avoir lieu à Oxford. fut annulé par le Oxford University Rugby Club B la suite de multiples protestations et de menaces d action directe. Ce match fut transféré iri rxtrertzis A Twickenhüm, siege de la Rugby Union; malgré le peu de temps dont ils disposèrent (le préavis fut de moins de vingt-quatre heures). plus de mille protestataires se retrouvèrent au rendez-vous. Des manifestations de ce genre eurent lieu i l occasion de chaque match. A mesure que la tournée se poursuivait, les manifestants se montrkrent moins soucieux d interrompre cette série de matches que d atteindre leur objectif initial: bien faire comprendre aux dirigeants du cricket ce i quoi ils devaient s attendre. Peu avant que la tournée de l équipe de rugby ne prît fin. le comité du MCC décida à l unanimité de maintenir la visite de l équipe de cricket. Mais la Fédération sud-africaine de cricket venait de repousser la proposition qu avait faite l International Cavaliers Club de se rendre en Afrique du Sud, arguant du fait que l équipe de ce club serait multiraciale; à peu près au même moment. le gouvernement sud-africain refusa d autoriser le champion de tennis noir américain Arthur Ashe à venir en Afrique du Sud pour y participer B un tournoi international. Des pressions internationales s exercèrent sur le Royaume-Uni pour qu il annule la tournée. Treize pays africains menacèrent de boycotter les Jeux du Commonwealth qui devaient avoir lieu au mois de juillet 1i Édimbourg. Les prochaines tournées des équipes indienne et pakistanaise de cricket furent elles aussi compromises. Les joueurs de cricket pakistanais domiciliés en Angleterre firent savoir qu ils refuseraient de rencontrer les Sud-Africains. Au Royaume-Uni, de nombreuses organisations prirent publiquement position contre la tournée et, notamment, le Community Relations Committee (Comité des relations communautaires). les partis travailliste. libéral et communiste, l Union nationale des étudiants. le Conseil britannique des Églises et plus d une vingtaine de syndicats, représentant au total des millions d adhérents. La Fair Cricket Campaign (Campagne pour un cricket loyal) fut lancée par l évêque de Woolwich, qui en fut élu président. tandis que des parlementaires conservateurs et travaillistes étaient portés aux postes de vice-présidents. Le 19 mai le Cricket Council annonça que la tournée aurait lieu comme prévu A partir du 6 juin. Elle avait dkjà été réduite de 34 1i II matches. 11 fut annoncé en même temps qu il n y aurait plus d autres échanges de tournkes entre l Afrique du Sud et le Royaume-Uni ((jusqu i ce que le cricket sudafricain soit joué et les équipes sélectionnées en Afrique du Sud selon des critéres multiraciaux)). Ce communiqué, qui visait à calmer l opinion publique, ne réussit qu à accroître encore son hostilité à cette tournée. Car, se demandaiton, si on ne veut plus jouer à l avenir contre une équipe qui a été sélectionnée en fonction de la race, pourquoi jouerait-on contre celle-ci? Face aux pressions considérables qu exerçaient toutes sortes d organisations et de personnes, le gouvernement fut obligé d intervenir. et le Cricket Council annula la tournée le 32 mai. Le principal objectif de la campagne contre cette tournée avait été atteint. Une autre campagne eut lieu à propos de la participation de l Afrique du Sud aux Jeux olympiques.

140 Afrique du Sud 136 L article premier de la Charte olympique déclare :((Aucune discrimination n est admise à l égard d un pays ou d une personne pour des raisons raciales, religieuses ou politiques. D Cette disposition paraît exclure automatiquement l Afrique du Sud du Comité olympique. A partir de 1946, en effet, les organisations sportives sudafricaines noires avaient protesté auprès du Comité olympique international (COI) contre la représentation au sein de ce comité du Comité olympique sudafricain qui était composé exclusivement de Blancs. Le COI ne réagit pas et il ne semble pas que cette question ait même été abordée jusqu en A cette date, les sportifs des États africains qui venaient d accéder A l indépendance commençaient A s imposer et ils étaient de moins en moins disposés A prendre part ii des compétitions olympiques au côté de l Afrique du Sud. En 1963, le COI adopta la résolution suivante : ((Le Comité olympique national d Afrique du Sud doit déclarer formellement qu il comprend et accepte l esprit de la Charte olympique, et en particulier de ses articles premier et 24. Il doit kgalement obtenir de son gouvernement, avant le 31 décembre 1963, qu il modifie sa politique de discrimination raciale dans le domaine du sport et des compétitions organisées sur son territoire, faute de quoi le Comité olympique national sud-africain sera contraint ii se retirer des Jeux olympiques. >) Ces déclarations n ayant pas été faites et ces assurances n ayant pas été données, l Afrique du Sud ne participa pas aux Jeux olympiques de 1964 A Tokyo. Au cours des années qui suivirent, elle tenta de faire abroger cette résolution. En 1967, elle présenta au Comité olympique international la liste des ((concessions)suivantes: Alors que la participation aux Jeux olympiques était jusqu alors fondée sur le principe que les non-blancs représentaient les non-blancs et que les Blancs représentaient les Blancs, dorénavant les Noirs et les Blancs formeraient une seule équipe représentant l Afrique du Sud. Alors qu auparavant les participants blancs et non blancs devaient voyager séparément pour se rendre aux Jeux olympiques, ils voyageraient ensemble A l avenir. Alors qu auparavant les participants blancs et non blancs devaient être vêtus différemment, logés séparément et ne pouvaient défiler sous le même drapeau au cours de la cérémonie d ouverture, ils porteraient dorénavant le même uniforme, seraient logés ensemble et défileraient en tant qu équipe intégrée sous le drapeau de l Afrique du Sud. Alors qu auparavant les Blancs et les non-blancs d Afrique du Sud ne pouvaient jouer les uns contre les autres aux Jeux olympiques ou autres réunions internationales, ils le pourraient désormais. Alors qu aux Jeux olympiques précédents, les fonctionnaires blancs étaient seuls chargés de la sklection des participants, désormais des fonctionnaires blancs et des fonctionnaires non blancs en nombre égal seraient chargés de sélectionner les participants sous la présidence du Comité national olympique d Afrique du Sud pour tous les sports olympiques auxquels prennent part des populations ou des groupes raciaux différents. Ces aconcessions)) furent acceptées par le COI, bien qu elles ne satisfissent pas à la condition posée par sa résolution de 1963, qui demandait que le gouverne-

141 Le monde extérieur 137 ment sud-africain modifie sa politique de discrimination raciale dans le domaine du sport et des competitions organisees sur son territoire. Elles montrent ii quel point l Afrique du Sud Ptait soucieuse de participer aux Jeux olympiques. sans pourtant faire ce qu on exigeait d elle. c est-&dire se conformer Li la Charte olympique. Quant ;I ce que les Sud-Africains noirs pensaient de ces ((concessions)). M. I. S. Cassoo.Jee. vice-prt.sident de la border Soccer Ilnion (Federation de football association des regions liniitroplies j et membre du comitt; de la Ft;deriition non raciale de tennis c1 Afrique du Sud. l a expose en ces termes: <<En tant que vrai Sud-Africain qui croit qu en matière de sports seul le mt;rite compte quelles que soient la race, la couleur ou la croyance, je ne vois rien dans cette nouvelle dhai-clic qui doive nous transporter de joie. La politique sud-iifricaiiie blanche d apartheid en matière de sports a t ait que notre pays se trouve presque totalement esclu de Li scene internatioriale. C est pour Pviter d en Ctre entièrement exprilst: qu il a imagine cette mystitication... Ce n est que lorsque moi. Sud-Africain de couleur cui\ rée. je pourrai participer a\w les Suti-Africains blancs :I des c1iatnpiorin:its locaus. provinciau.\ et nationaux dans mon pays sans être stigmatisi que.i aurai des raisons de me rcjouir. ) L attitude d autres Africains noirs fut taut aussi claire lorsque IC COI clkcida d admettre l Afrique du Sud aux jeiix de 1968 ;I Mesicn : l ensemble des pays africains. reprcseritis par le Conseil suprfnie des sports en Afrique. decida de se retirer de ces jeux. L linion sovil;tique. la France et l Italie demaiidprent la convocation tl iirie rcuriiori speckle qui pcrmettrnil de rtiexamitier la question et le Comite d organisntiori ine\icain refusa d envojer l invitation. Sous ces pressions iiiterriatioiiales. le COI retira l in\,itatiori qu il avait adrcssce ;I l Afrique du Sud. En le COI dccida (par 35 voix contre 38 et 3 abstentions) d exclure purement et siniplemcrit l Afrique du Sud (ILI mouvement olympique. En avril le gouvernement neo-zelandais aiinula une tourriie que devait hire tlaris son pays. au mois de juin, une cquipe de rugby sud-africaine dont les membres. sklectionntk selon IC critkre racial. etaient tous des Blancs. ALI debut clli mois de janvier. le premier ministre nt;o-rl:laiidais, M. Norman Kirk, promit de dissuader la FedL;ration de rugby nco-zdanclaise (NZRU) d inviter I cquipe d Afrique du Sud. 11 etait soutenu, dans son opposition i cette Lournkc, par les oi-gnnisatinns et personnalit& suilantes: La Federation of Labour (Contedération du travail), qui menaça d interdire it ses adherents d assurer le transport des participants i cette tournee. les services Iicîteliers dont ils auraient besoin. la livraison de leurs bagages et la distribution de leur courrier. M. Gotigli Whitlam. premier ministre d Australie, qui annonp que I iquipe s ud -afr i ca i ne n oh t i end ra i t pas 1 aut or i sa ti on de transi ter par 1 A us t ral i e. Le Syndicat nbrilandais des gens de mer. qui observa une grève de vingtquatre heures contre l apartheid. L Association nationale des prêtres catlioliqites. L Église presbytcrienrie de Nouvelle-Zdande.

142 Afrique du Sud 138 Le Comité des Jeux du Commonwealth de Christchurch, qui craignait un boycottage de ces jeux au cas où cette tournée aurait lieu. L Union nationale des étudiants d Afrique du Sud, qui demanda au gouvernement et au peuple néo-zélandais d empêcher que cette tournée ait lieu. Deux mouvements néo-zélandais d opposition à cette tournée, l Association des citoyens pour l égalitt: raciale (CARE) et l organisation ((Halte à toutes les tournées racistes )> (HART), qui s engagèrent A perturber les matches s ils devaient avoir lieu. En février 1973, la NZRlJ annonça, malgré les mises en garde de M. Kirk, que la tournée aurait lieu comme prévu. Le Parlement débattit de cette affaire en mars. M. Kirk ne parvint pas it convaincre la NZRU de retirer son invitation A l équipe sud-africaine. Le Comité de rugby sud-africain (SARB) ne voulut pas décliner cette invitation, ce qui aurait tiré ses hôtes d embarras. Aussi M. Kirk adressa-t-il, le IO avril 1973, des instructions A la NZRU pour que l invitation soit reportée. Ces instructions furent exécutées, non sans protestation. Le premier ministre a expliqué que l annulation de cette tournée avait été motivée par quatre raisons: a) les tensions qu elle aurait provoquées au sein de la population néo-zélandaise en exacerbant les divergences d opinion A l égard des problèmes raciaux; b) les désordres et les violences qu elle aurait entraînés; ci les répercussions qu elle aurait eues sur les relations internationales de la Nouvelle-Zélande; di la quasi-certitude que les Jeux du Commonwealth de 1974, qui devaient avoir lieu en Nouvelle-Zélande, seraient un échec ou devraient être annulés. Cette annulation fut accueillie avec soulagement par toutes les parties intéressées, y compris la NZRU et le SARB. Elle fut généralement considérée comme une victoire des modérés de l opposition à l apartheid en Nouvelle- Zélande, qui avaient réussi, dans ce pays passionné de rugby, à persuader le gouvernement et l opinion publique de faire passer les principes avant le plaisir. Après l annulation de cette tournée, le SARB annonça que des ((matches de sélection mixtes» seraient organisés, uniquement pour les équipes de rugby qui devaient faire des tournées, afin de former, à partir de 1974, les équipes de ((Springboks». L opposition de l étranger a entraîné quelques modifications de la politique d apartheid en matière de sports. En 1973, il y eut pour la première fois un match de boxe entre un Noir (américain) et un Blanc (sud-africain). Le sport en Afrique du Sud a été déclaré ((multinational)), c est-à-dire que les équipes des différents groupes ethniques peuvent désormais se rencontrer dans les épreuves internationales. C est sur ce principe que furent organisés les Jeux sud-africains de 1973, ce qui fit croire aux concurrents étrangers, qui avaient accepté les invitations (tous frais payés)) que l Afrique du Sud leur avait adressées, qu il s agissait de jeux (multiraciaux ), puisque toutes les races y participaient. I1 n y eut pourtant ni matches de sélection mixtes, ni équipes mixtes, ni public mixte. Au niveau des clubs comme en province, le sport reste soumis it une ségrégation rigoureuse.

143 Le monde extérieur 139 La ségrégation de l apartheid Les Sud-Africains veulent i tout prix qu on les considère comme un peuple de tradition européenne. Les Blancs anglopliones ont les yeux tournis vers Londres et les Afrikaners regardent en direction de Paris et d Amsterdam. Ils cherchent i avoir cles contacts avec l Europe afin de rompre l isolement géographique et moral de l Afrique du Sud blanche. C est là une réaction bien humaine, ct cela est aussi nécessaire i l idéologie de l apartheid ; la prétention qu émettent les partisans de l apartheid de constituer l avant-poste de l Europe en Afrique doit être justifiée par la reconnaissance. de la part de l Europe, de leur place dans le courant de la culture européenne.

144 6 Quand de tels hommes se révoltent. Nelson Mandela Nelson Mandela est né en 1918 près d Umtata, au Transkei. I1 était le fils aîné d un chef tembu. Le chef suprême de cette ethnie se chargea de son éducation lorsque Mandela perdit son père, à l âge de douze ans; mais, peu après, Mandela s enfuit pour Johannesburg afin d éviter un mariage tribal. A seize ans, il commença à étudier au Collège universitaire de Fort Hare en vue d obtenir par correspondance un diplôme de lettres de l université du Witwatersrand et son ami Walter Sisulu l incita à faire des études de droit. I1 fut engagé comme stagiaire dans une étude d avoués blancs de Johannesburg, puis il accéda aux fonctions d avoué et commença à exercer en association avec Oliver Tambo, lequel devait devenir président général par intérim de 1 African National Congress (ANC). Mandela contribua à la création de la Ligue de la jeunesse de I ANC et préconisa, à partir de 1949, l adoption d une politique plus active. I1 joua un rôle important dans la campagne de désobéissance aux lois, en 1952, et fut un des inculpés du ((procès en trahison)). Mandela, qui agissait toujours en contact avec son peuple et organisait les volontaires de l ANC ((à la base)), acquit une influence particulièrement importante lorsque l ANC fut interdit en 1960 et dut passer dans la clandestinité. I1 quitta son foyer, son bureau, sa femme et ses enfants pour vivre en hors-la-loi politique et devint célèbre sous le surnom de ((Mouron noir)). C est au nom de Nelson Mandela que fut lancé en 1961 l ordre de grève visant à protester contre la déclaration de la république; c est aussi lui qui fut nommé secrétaire du Conseil national d action qui venait d être créé. En 1961, il assista à Addis-Abéba à la conférence du Mouvement panafricain pour la liberté de l Afrique orientale et centrale. I1 fut reçu par de hautes personnalités africaines et visita des camps militaires d entraînement en Algérie et dans d autres pays. Dès la création de 1 Umkonto we Sizwe, l organisation militaire de I ANC, en 1961, Mandela en fut nommé commandant en chef. Dix-sept mois après être entré dans la clandestinité, Mandela fut trahi par

145 Quand de tels hommes se révoltent un indicateur et condamné A cinq ans de prison pour avoir mené la grève de 1961 et pour avoir quitté le pays illégalement. I1 fut extrait de sa cellule en octobre 1963 pour prendre place dans le box des accusés au procès de Rivonia; il était cette fois accusé de sabotage et de complot en vue de renverser le gouvernement par la violence. La déclaration vigoureuse qu il fit du box des accusés fut la première intervention de la défense à ce procès et constitue une remarquable profession de foi dans la cause africaine. Six des neuf accusés, dont Mandela, furent condamnés à la prison à vie. Abram Fischer Abram Fischer fut condamné i la prison A vie en mai 1966 pour sabotage. Quelques rares Blancs s étaient ouvertement opposés A l apartheid et Fischer devait symboliser leur dilemme, comme il devait heurter la susceptibilité de la nation afrikaner aux yeux de laquelle il avait «trahi». 11 était issu d une famille installée en Afrique du Sud depuis le XVIII siècle et ses ancêtres avaient participé aux guerres d indépendance des Boers de 1881 et de Fils d un président de tribunal et petit-fils d un ancien premier ministre de l État libre d orange, Rhodes Scholar, diplômé d Oxford et membre éminent du barreau, Fischer avait assisté i l évolution de la législation sud-africaine depuis la loi sur l interdiction des mariages mixtes, peu après l arrivée des nationalistes au pouvoir. jusqu à la loi sur le sabotage des années soixante. Il avait été l un des avocats de la défense au procès en trahison et il avait dirigé celle du procès de Rivonia, pour ne prendre que deux exemples dans une longue série d affaires analogues. Peu avant d être arrêté, Fischer était devenu le doyen du Barreau de Johannesburg. Pendant toute sa carrière, Fischer fut membre du Parti communiste, auquel il avait adhéré lorsque ce parti fut interdit en 1950; car il le considérait comme le seul parti dont l opposition ii la domination blanche fût cohérente et suivie. I1 fut arrêté en septembre 1964 et accusé, en compagnie de douze autres Blancs, hommes et femmes, d appartenir au Parti communiste interdit. Les autres inculpés furent condamnés à des peines d un an A cinq ans de prison. Fischer fut mis en liberté provisoire sous caution pour pouvoir assurer la défense A un procès qui était resté longtemps en suspens en Rhodésie du Sud et qui avait été renvoyé devant le Conseil privé. En présentant au tribunal sa demande de liberté provisoire, Fischer avait déclaré : ((Je suis Afrikaner. Ma patrie est l Afrique du Sud. Ce n est pas parce que mes convictions politiques sont en désaccord avec celles du gouvernement que je quitterai le pays. n I1 gagna son procès et revint en Afrique du Sud. 11 disparut de chez lui quelques mois plus tard, le 35 janvier et expliqua, dans une lettre que son avocat lut au tribunal, qu il passait dans la clandestinité afin de poursuivre son action contre l apartheid. ((Simon combat, expliquait-il. pouvait inciter ne serait-ce que quelques personnes à comprendre et à abandonner la politique qu elles suivent actuellement avec un tel aveuglement, je ne regretterais pas -la sanction que je peux encourir, quelle qu elle soit. )>Si l ensemble de ce régime intolérable n est pas radicalement et rapidement modifié, il se produira certainement un désastre: un effroyable bain de

146 Afrique du Sud 142 sang et une guerre civile deviendront inévitables. Plus la majorité sera opprimée, plus cette oppression sera combattue avec haine. Je ne peux plus servir la justice comme j essaie de le faire depuis trente ans; je ne peux plus le faire que de la façon que je viens de choisir. N I1 échappa à la police pendant dix mois - alors qu une prime de 3000 livres avait été offerte pour son arrestation - travaillant dans la solitude et vivant sous un déguisement, s interdisant de voir ses enfants (sa femme avait trouvé la mort dans un accident d auto peu après le procès de Rivonia en 1964) - mais il fut finalement arrêté le soir du 11 novembre Fischer n usa guère d arguments juridiques pour se défendre à son procès. En s adressant de son box à la Cour, il expliqua pourquoi il avait choisi la voie où il s était engagé. I1 consacra une grande partie de sa déclaration à un réquisitoire éloquent contre l apartheid et à un plaidoyer en faveur de l action du mouvement de libération nationale. Albert Luthuli Le chef Albert John Mvumbi Luthuli - professeur, chef et dirigeant politique du peuple sud-africain - est né en 1898 près de Bulawayo, en Rhodésie, où son père était allé comme évangéliste. Après avoir terminé ses études à l École normale supérieure, il enseigna de 1921 à 1935 à l École normale d Adams College. Pendant cette période, il fut nommé secrétaire de l Association des enseignants africains du Natal et de la Fédération sud-africaine non raciale de football, et il fonda la Société culturelle et linguistique zouloue. I1 accepta en 1935 d être nommé chef de la réserve de mission Umvoti de Groutville, cédant aux sollicitations répétées des anciens de cette tribu. I1 fut élu peu après président de l Association du Natal et du Zoulouland et de l Association des réserves de mission. I1 fit partie du Conseil mixte des Européens et des Africains de Durban et fut membre de l Institut des relations raciales. I1 fut aussi élu au bureau du Conseil chrétien d Afrique du Sud et il participa en 1938 à la Conférence internationale des missions de Madras. Son entrée dans la vie politique remonte à 1945, date à laquelle il adhéra à 1 ANC du Natal. Ayant été élu au Conseil représentatif des indigènes en 1946, il s associa à ses collègues africains pour proposer que le conseil suspende ses activités jusqu à une date indéterminée, en signe de protestation contre les lois discriminatoires. I1 fut amené à participer activement à la lutte contre l apartheid lorsqu il fut élu président de I ANC du Natal en Lorsqu il entraîna ce territoire dans la campagne de désobéissance aux lois injustes en 1952, le gouvernement le mit en demeure de choisir entre son activité à I ANC et ses fonctions de chef. Comme il refusait d abandonner l une et l autre de ces charges, il fut révoqué par le gouvernement en Le mois suivant, il fut élu président général de l ANC, poste qu il devait conserver jusqu à sa mort tragique, le 21 juillet Pendant les quinze années qu il passa à la présidence de I ANC, le chef Luthuli dirigea de nombreuses campagnes pacifiques et non violentes. I1 s efforça de rassembler tous les adversaires de l apartheid - qu ils fussent

147 Quand de tels hommes se révoltent... I43 africains. indiens. métis ou européens ~ dans un même combat pour l instauration d une société démocratique non raciale. Mais le gouvernement ne cessa pas de prendre des mesures d interdiction contre lui et de le faire arrêter. Lorsqu il entreprit de visiter le pays en tant que nouveau président général de 1 ANC en 1963, les autorités lui interdirent l accès de toutes les grandes villes et toute participation i des rassemblements pendant un an. S étant rendu 3 Johannesburg au milieu de 1954 pour y diriger une inanifestation contre le déplacement forcé de Africains de Sophiatown et d autres cités africaines. il fit l objet de niesures plus sévères et fut astreint 3 résidence dans la région de Groutville pendant deux ans. II fut arret6 le 5 décembre 1956, avec 150 autres adversaires de l apartheid. sous l inculpation de haute trahison. Le tribunal l ayant acquitté, il entreprit un voyage i travers l Afrique du Sud, au cours duquel il prit la parole devant de nombreux auditoires blancs, tentant d ouvrir la voie ri une solution pacifique du problbme. Le gouvernement prit de nouveau des mesures d interdiction contre lui en 1959 et l astreignit 3 résidence à Groutville pour cinq ans. 11 fut emprisonné pendant cinq mois en 1960, après la proclamation de l état d urgence, puis retourna en résidence surveilli-e B Groutville. En 1964, lc gouvernernent prit li son encontre des mesures d interdiction plus rigoureuses pour une nouvelle période de cinq ans. Ces mesures interdisaient notamment la publication en Afriquc du Sud de tout écrit et de toute declaration du chef Luthuli. Mais le gouvernement ne pouvait ni saper l influence quc le chef Luthuli avait acquise dans le pays, ni le réduire au silence. Les appels que Luthuli avait lancés au monde contribuèrent en outre pour beaucoup ci lancer la campagne de boycottage des produits sud-africains. ainsi qu au retrait de l Afrique du Sud du Commonwealth. I1 reçut le prix Nobel de la paix en 1960 et fut choisi comme lauréat de la Society for the Family of Man (Société de la fiimille humaine) de New York. II fut d autre part élu recteur de l université de Glasgow. cj ai pass& trente ans de ina vie ii frapper patiemment. modérément et modestement, mais en vain. ri une porte fermée et barrée)), déclara-t-il dans l allocution qu il prononça lorsque le gouvernement mit fin 3 ses fonctions de chef. I1 décida de continuer i participer ri la lutte ((pour l extension des droits et des responsabilités démocratiques ii tous les di-ments dc la communauté sud- ;I frica i ne. ) Aprbs le massacre de Sharpeville de 1960 et l interdiction de I ANC et du PAC. la résistance fut obligée de passer dans la clandestinité et cessa de n avoir strictement recours qu ri l action non violente. Au cours de sa dernière intervention publique. 3 la fin du procès de Rivonia, le chef Luthuli déclara : ((Le Congrès national africain n a jamais abandonné ses méthodes d action militante non violente, ni renoncé à doiiiier ainsi au peuple le sens de la lutte. Mais devant l intransigeance avec laquelle les Blancs ont refké d abandonner une politique qui prive les Africains et les autres Sud-Africains opprimés de leur héritage légitime la liberté -~~ personne ne peut reprocher à des hommes justes et courageux de chercher 5 obtenir la justice en recourant ii la violence: et l on ne pourrait pas non plus leur reprocher de chercher A constituer une force organisée en vue d instaurer finalement la paix et l harmonie entre les races. H

148 Afrique du Sud 144 I1 exhorta le monde à prendre des mesures décisives pour contribuer à mettre fin à l odieux régime de l apartheid. I1 trouva la mort dans un accident de chemin de fer en Afrique du Sud en Dans un ((Appel adressé au peuple du Royaume-Uni)) en mai 1963, le chef Luthuli s était félicité de la résolution que l.organisation des Nations Unies venait d adopter et ajoutait: ((Je vous demande de vous unir pour exiger de vos gouvernements qu ils respectent les résolutions votées par l organisation des Nations Unies. Je voudrais que ni vous ni votre gouvernement ne vous laissiez dissuader d agir par l argument souvent invoqué par nos oppresseurs, que nous, les Noirs, aurions plus à souffrir que les Blancs des boycottages et des sanctions. Nous avons souffert bien avant d adresser aux nations du monde un appel en faveur de boycottages et de sanctions. Nous nous sommes engagés à endurer les souffrances qui nous conduiront à la liberté - comme ce fut le cas pour tous les peuples opprimés qui nous ont précédés depuis la nuit des temps. Ce que nous sommes résolus à ne pas faire, quoi qu il en doive coûter, c est accepter un statu quo qui nous réduit à un état de semi-esclavage dans notre pays.»...un jour viendra sûrement où l Afrique du Sud sortira de la nuit obscure du fanatisme racial et prendra place parmi les nations libres du monde. Vous tous - peuples et gouvernements - pouvez hater la venue de ce jour, et ce sera à votre honneur. >)... Aux nations et aux gouvernements du monde.. je dis ceci : Renoncez à toute hypocrisie et à toute duplicité... Ne croyez pas que nous nous laisserons abuser par vos pieuses protestations tant que vous accepterez de pardonner, d aider et de soutenir activement la tyrannie qui s exerce sur notre terre... C est aux actes - aux actes contre l oppression - que vous serez jugés. ) Dans son autobiographie intitulée Liberté pour inon peuple, Luthuli a écrit les lignes suivantes : ((L indignation des autres pays peut avoir une influence réelle sur le cours des événements à venir en Afrique du Sud... Nous ne sommes pas anti-sud- Africains. Nous sommes hostiles à la suprématie des Blancs. Nous n entrerons pas dans de sombres conspirations avec des puissances étrangères. Mais nous sommes vivement conscients que la réprobation et l ostracisme des autres pays auront pour effet, s ils sont bien dirigés, d abréger les effusions de sang et le temps de la servitude. )

149 II Namibie

150 Namibie 146 I BOTSWANA NAMIBIE g Reho I RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE \L Répartition des terres en Namibie. ED BANTOUSTANS

151 1 Historique Namibie est le nom que l Assemblée générale a donné ri l ancien territoire du Sud-Ouest africain lorsque l organisation des Nations Unies a mis fin en 1966 au mandat qu y exerçait l Afrique du Sud. La Namibie compte habitants (selon l évaluation faite par l Afrique du Sud. mais les Namibiens affirment que cette population a ;té fortement sousévaluée afin que le territoire apparaisse comme moins important qu il n est). Sa superficie est de kilomktres carrés, y compris Walvis Bay (1 I70 kilomètres carrks). rkgion qui fait partie de l Afrique du Sud, mais qui est administrée comme un territoire namibien. La Namibie se compose de trois zones géographiques distinctes: LI) le plateau central (qui couvre plus de 50% des terres et où la pluviosité annuelle est inférieure ri 50 millimètres); h) le Namib (zone désertique du centre. dont la largeur varie entre 65 et 130 kilomètres et où la pluviosité annuelle est inférieure li 50 millimètres): c) le Kalahari (zone orientale sans eaux de surface). Le territoire a été divisé en deux zones administratives: cri la ((zone de police)), qui est la région où des colons européens se sont établis et qui comprend de petites réserves africaines dispersées: elle couvre les deux tiers de l ensemble du territoire et c est là qu on trouve les principales villes, industries et exploitations minières: hl la région du Nord. qui comprend les réserves où vit plus de la moitié de la population africaine: trois zones viennent d y être désignées comme hoiizrkiiirls autonomes. La Namibie est handicapée par I insuffisnnce de la pluviosité. Les seuls cours d eau permanents sont le Kunene, 1 Okavango et l Orange. Les rivières de l intérieur ne coulent que par intermittence, après les grosses pluies. Le pays possède deux ports, Walvis Bay et Lüderitz (lequel est assez peu profond). Les principales villes sont Windhoek (le centre adniinistratif. dont la population est de habitants). Lüderitz, Walvis Bay ( habitants), Tsumeb. Orangemund. Keetmanshoop, Okahandja et Otjiwarongo (qui comptent toutes moins de 10 O00 habitants). Toutes ces villes sont situées dans la zone de police et c est là qu habite la majeure partie des colons (dont le nombre total passe pour etre de 96000). Les Africains vivent dans des ((quartiers)) séparés ou dans des camps qui

152 Namibie 148 doivent se trouver à plus de 500 yards (457 mètres) des villes blanches. La Bande du Caprivi est un couloir reliant la Namibie au point où le Zambèze forme la frontière entre le Botswana, la Zambie et la Rhodésie (voir la carte). C est une zone aride qui n a que 32 kilomètres de large sur presque toute sa longueur. Dans sa partie orientale, qui est peuplée, se trouve la grande base militaire et aérienne de Katime Mulilo, qui constitue un élément des lignes de défense septentrionales de l Afrique du Sud et qui est aussi la cible de nombreuses attaques de guérilleros.

153 2 L économie Le produit intérieur brut de la Namibie s élève ii 145 millions environ de livres sterling, mais son revenu national n est que d en\iron 35 millions de livres stcrliiig. L écart entre les deux chiffres s explique par le montant des bi-iiéfices prélevés par des sociétés d Afrique du Sud et d autres pays. Plus de 30 ; du cominerce extérieur relèvent du secteur de l extraction minière. La Namibie est le deuxième producteur de diamants du monde (après l Afrique du Sud). Les minéraux La société De Beers Consolidated Mines of South Africa Limited. qui a une concession de 96 kilomètres de large sur 335 de long dans la région côtière. réalise un bénéfice net d environ 25 millions de livres par an et ;I la haute main sur 90 4 de la production des diamants. Celle-ci représente en valeur plus de la moitié de l ensemble des minéraux extraits du sol et rapporte ii l État quelque 15 millions de livres en droits et impots (soit plus de deux fois le montant des dépenses qu il consacre ii l ensemble des services destinés aux Africains. y compris l fducation). On a estimé ~LI L~LI rythme actuel de l extraction, les réserves diamantifères pourraient être épuisées en Environ 80 /0 de la production totale des mines de cuivre, de plomb, de ~inc. de cadmium, d argent. d étain, de vanadium, de béryllium et de lithium sont fournis par la socii-té Tsumeb, dans laquelle des firmes étrangères détiennent d importantes participations. Entre 1947 et 1966, la valeur brute des minéraux métalliques extraits par la Tsumeb s est élevée i plus de 350 millions de livres sterling. La prospection continue ii un rythme sans précédent. En 1969, les 85 concessions qui avaient été accordées couvraient 4 millions d hectares. dont la totaliti. des 1390 kilomètres de côtes. La mine d uranium de Rossing. près de Walvis Bay. constitue une grande réalisation. L Autorité britannique de l énergie atomique s y procurera au cours des années soixante-dix pour 45 millions de livres de minerai. La quasi-totalité des entreprises minières se trouve en dehors des (< réser-

154 Namibie 150 vew noires. Même le minerai de fer du homeland du Kaokoveld sera exploité par une direction blanche, les Namibiens noirs n y faisant que des travaux non spécialisés, contre un faible salaire. L agriculture La Namibie fournit près de la moitié de la production mondiale de caracul (l astrakan qui est utilisé pour les fourrures de luxe) et en exporte pour plus de 12 millions de livres sterling par an vers la République fédérale d Allemagne, l Italie, la France, les États-Unis d Amérique et les pays scandinaves. Les peaux sont pour la plupart vendues aux enchères à Londres. Le climat sec de la Namibie convient au mouton caracul, dont l élevage se fait dans des domaines appartenant à des Blancs, au sud de Windhoek (les Namibiens occupant rarement des emplois plus lucratifs que ceux de berger et d ouvrier agricole). La Namibie vend à l Afrique du Sud de la viande de bœuf et de mouton congelée ou en conserve, ainsi que du bétail sur pied, des peaux et de la laine. Les ventes de bétail des ((réserves)), où la santé du cheptel laisse beaucoup à désirer, représentent moins de 1 YO du total. La pêche Walvis Bay et Lüderitz exportent chaque année pour 25 millions de livres sterling environ de produits de la pêche - conserves de poisson, aliments à base de poisson et huile de poisson. Le volume total des prises s élève à plus de 1 million de tonnes par an (essentiellement de sardines, de langoustes, de barracudas et de morues). De nombreux bateaux étrangers pêchent au-delà des 12 miles des eaux territoriales. Le secteur de la pêche n emploie que 3000 personnes environ et la majeure partie des bénéfices qui y sont réalisés va à l étranger. Le tourisme Les Sud-Africains sont si nombreux à venir visiter les divers sites spectaculaires de la Namibie - des gorges de la Fish, au sud, à la réserve d animaux d Etosha Pan, au nord - que les revenus que l État sud-africain tire du tourisme pourraient dépasser ceux que lui rapporte le secteur de la pêche. La participation des Namibiens à l activité touristique se limite aux emplois domestiques. Les salaires L Institut sud-africain des relations raciales a constaté, en 1967, un ((large écart)) entre les rémunérations des Blancs et celles des Noirs et il a fait observer qu il devait être extrêmement difficile - voire impossible - pour les Noirs d acheter une nourriture convenable. Les mineurs africains recrutés sous

155 L économie 151 contrat, par exemple, gagnent 9 20 pence par jour, en étant nourris et logés. Les ouvriers agricoles sous contrat, qui sont strictement classés par catégories selon leurs aptitudes et leur ancienneté, gagnent quant à eux entre 6 et 8,5 rands par mois. plus leur nourriture. Le salaire minimal légal d un ouvrier du bâtiment débutant est de 7,5 a 9 pence par jour - le salaire hebdomadaire est en fait un peu plus élevé - sans logement ni nourriture. Les ouvriers sont censés économiser une partie de leur salaire pour envoyer de l argent leur famille. Un journal a signalé en 1971 que ((les ouvriers sous contrat employés a Windhoek et dans la région gagnent en gros 5 livres sterling par mois)) (plus logement, nourriture et vêtements) tandis que les ouvriers résidant en permanence dans la région (et qui sont la minorité) «gagnent en général 25 livres environ par mois)). Mais on ne peut m6me pas tenir ces chiffres pour certains, puisqu il a été prouvé que des feuilles de paie avaient été soigneusement falsifiées A l occasion de la visite de la commission d enquête des Nations Unies au chantier de construction dii barrage de Ruakana Falls 1. Les services sociaux Les pensions sont analogues à celles qui sont versées en Afrique du Sud, où les Africains âgés reçoivent 75 pence par mois. II n existe pas de services sociaux en dehors des régions blanches. La Commission Odendaal avait recommandé que les Africains 5gés ainsi que les autres personnes ayant besoin d une assistance sociale soient renvoyés dès que possible dans leur honirlmd.

156 3 L éducation L éducation des Africains de Namibie est régie par la loi sur l éducation bantoue. Les dispositions et l application de cette loi ont été exposées dans la première partie du présent ouvrage. Les statistiques de 1972 montrent qu en Namibie les autorités des homelands gèrent peu d écoles (7 sur 423, contre 1 sur 10 en Afrique du Sud). Pour les écoles d agriculture (créées par les agriculteurs blancs à l intention de leurs employés), la proportion est encore plus faible (4 sur 473, contre 1 sur 4 en Afrique du Sud). Les établissements scolaires sont pour la plupart des écoles communales. Les chiffres suivants, qui reposent sur les statistiques de 1973, sont tirés du numéro de mars 1974 du Bantu education journal, publié par la République sud-africaine. Catégories d établissement. Élémentaire, 243 ; primaire (1 cycle), 30 ; primaire (2 cycle), 207; secondaire, 8; technique, O; normal, 6; professionnel, 4; école spéciale, 1. Autorités administratives. Nationale ou territoriale, 12 ; communale, 443 ; agricole, 4; minière, O; industrielle, O; Église catholique, O; autres écoles confessionnelles et privées, 32. Les dépenses consacrées aux élèves noirs ne représentent que le tiers de celles qui sont consacrées aux élèves blancs (bien que les Noirs soient sept fois plus nombreux). Cela correspond aux proportions observées en Afrique du Sud. Au total donc, en 1972, 98,18% des élèves africains fréquentaient les écoles primaires, 75,68% d entre eux se trouvant dans les classes correspondant aux quatre premières années. Les effectifs de la classe enfantine A à la classe primaire II représentaient 75,68% des élèves africains (contre 66,89% en Afrique du Sud); ceux des classes primaires III à VI constituaient 22,5% de l effectif total (contre 27,98%), ceux des classes secondaires I à III, 1,67O/0 (contre 4,65%) et ceux des classes secondaires IV et V, 0,15% (contre 0,48%). Le nombre des élèves des établissements de formation pédagogique élémentaire représente 88,54% des effectifs des écoles normales de Namibie (contre 83,06% en Afrique du Sud), et celui des élèves de l enseignement normal primaire 11,46% (contre 16,94% en Afrique du Sud).

157 ~~ L éducation 153 TABLEAU 1. Effectifs scolaires (à I euclusioii des écoles techniques et professionnelles et des écoles normales) ~~.~. ~~~~~~~~~~~~~~. ~~~.~ hoinhre d,s,è\.e~ Puuricntagc Ecoies scworzdoiïcs ~COkl S [Jïil?llliïf,S Classe v 51 0,05 Classe VI Classe IV Classe v 4412 Classe III Classe IV 6536 Classe II Classe III Y 005 Classe Classe Il Classe I 15 Y35 Classes enfiiritines B Classes enfiintines A , Les mêmes proportions s observent dans les écoles professionnelles (qui sont toutes situées dans les izmm~/mds). Les Africains de Namibie n ont nieine pas la possibilité IimitPe de suivre des cours p»stscolaires ou des cours du soir comme il en existe pour les Africains dans certaines zones urbaines de la République sud-africaine.

158 4 Histoire et peuplement Les frontières naturelles de la Namibie en font une région distincte de l'afrique du Sud. Le fleuve Kunene, qui forme une partie de sa frontière avec l'angola, au nord, a séparé des populations dont les cultures étaient pourtant très proches. Les Portugais occupaient les ports et les principaux centres commerciaux de l'angola depuis le xv" siècle, mais les Blancs ont été peu nombreux à pénétrer en Namibie. Au sud, c'est le fleuve Orange qui forme la frontière. I1 coule au milieu d'une zone aride qui a permis à la Namibie d'échapper aux influences méridionales. Après que le fleuve eut été reconnu comme frontière, au XVIII" siècle, des réfugiés et migrants africains, repoussés vers le nord par les colons hollandais du Cap, continuèrent à pénétrer en Namibie. Les trois lignes droites qui forment la frontière orientale (le long du méridien de 20" est ou à l'est de ce méridien) traversent la région aride du Namaqualand, le désert du Kalahari et passent à l'ouest des marais de l'okawango, qui forment de nouveau une frontière naturelle. A l'ouest,'c'est l'océan Atlantique. I1 n'a pas protégé l'angola contre les débarquements des Portugais, ni contre les razzias des négriers. Mais la côte namibienne est renforcée sur presque toute sa longueur et sur une profondeur qui atteint parfois 160 kilomètres par le désert du Namib - paysage de hautes dunes de sable sec où la pluviosité est quasi nulle et la vie animale et végétale négligeable - ce qui a fait reculer les premiers explorateurs. L'Europe ne savait pas grand-chose de la Namibie jusqu'au jour où, en plein XIX" siècle, des commerçants et des chasseurs découvrirent les paysages variés de l'intérieur du pays ainsi que les communautés qui s'y trouvaient disséminées. Lorsque l'indépendance de ses colonies d'amérique obligea le Royaume-Uni à rechercher de nouveaux lieux où déporter ses bagnards, le Sud-Ouest africain fut tout d'abord considéré comme idéal pour les condamnés ainsi que pour les ((Américains loyaux)) et autres colons. Un sloop de la marine de guerre y fut envoyé, mais fit savoir que toute la côte, du 15" au 33' degré de latitude sud, n'était que du sable aride - il s'agissait évidemment du désert du Namib. Le projet fut abandonné et Botany Bay choisi de préférence à la Namibie.

159 Histoire et peuplement IS5 La Namibie, qui fut A l origine le pays des Sans (Boschimans). avait en fait accueilli depuis des siècles (depuis le xve siécle, sans doute, ou peut-être même avant) des populations de langue bantoue venues du centre et de l est de l Afrique, ainsi que des Khoi-Khois du sud. Les groupes qui y immigrèrent (en suivant une route assez semblable A celle que prennent aujourd hui Ics guérilleros qui luttent contre les Sud-Africains blancs) y trouvèrent une savane et des bois passablement arrosés au sud du Kunene et i l ouest. dans 13 région plus sèche du Kaokoveld. La plupart s y établirent, tandis que des groupes plus entreprenants se risquèrent plus au sud A la recherche de nouveaux pàturages pour leurs vastes et précieux troupeaux. Ceux qui s établirent vécurent paisiblement au centre de la Namibie jusyu au jour où d autres groupes, faisant mouvement vers le nord pour fuir la domination de la colonie hollandaise du Cap, vinrent leur disputer les pùturages et les points d eau. I1 y eut. au cours des années 1830, une longue série d escarmouches (surtout entre les Hereros de langue bantoue venant du nord et les Namas [Khoi-Khois] et des groupes hétérogènes venant du sud), et cela donna aux premiers auteurs européens qui avaient pénctré en Afrique par Walvis Bay l impression d une guerre d extermination entre indigpnes. En rédité. les diverses communautés de Namibie avaient connu plusieurs siècles de paix et elles s étaient constitué une culture et un mode de vie convenant ii leurs divers milieux naturels. Leurs villages n étaient pas fixes. ii cause de la présence d animaux sauvages et de l irrégularité des pluies. mais ils étaient harmonieusement consus. Les groupes les plus puissants (Ordonga. Ukwanynma, Ovatjiniba, Herero, Nama) adoptèrent des costumes qui les distinguaient. Leurs religions et leurs systèmes sociaux étaient incompréhensibles pour les aventuriers venus d Europe qui eurent les premiers contacts avec ces populations, et furent généralement mal interprétés et mal vus des missionnaires chrétiens qui voulurent les convertir ii leur propre religion et ii leurs coutumes sociales étrangères. La Namibie était donc habitée par des communautés pastorales qui formaient une société cohérente; ces communautés cultivaient aussi la terre et (surtout dans le nord) travaillaient le fer et faisaient du commerce; leurs chefs se reconnaissaient généralement un souverain. lequel pouvait conclure des traités avec les dirigeants d autres groupes de langue ou d origine ethnique différentes, comme par exemple les Oviimbos (au nord) et la ((Nation rouge)) (dans le centre). Entouré par le désert sur trois côtés et soumis ailleurs i l irrégularité des pluies, ce pays avait formé un peuple robuste et mobile, mais les mêmes facteurs rivaient aussi diffkré la pénétration des idées et de l éducation modernes. Comparées aux siècles qui les avaient précédées, les trente années de colonisation allemande paraissent bien courtes. La culture des Allemands, leur sens moderne de J efficacité et leur attitude autoritaire les firent se heurter A l ordre social que les Namibiens étaient en train d instaurer. et aboutirent presque l élimination de sections entières de cette communauté hétérogène. Lorsque les missionnaires allemands arrivèrent, au cours des années 1840, le commerce de la Naniibie était déjà très important - bétail, ivoire, guano (récolté dans les îles) et cuivre. Le conflit qui opposait les groupes namas, dirigés par Jonker Afrikander et

160 Namibie 156 Hendrik Witbooi, aux Hereros, commandés par Maharero, risquait de nuire à ce commerce et cela incita les Allemands à intervenir. La conférence de Berlin de , au cours de laquelle les puissances européennes se partagèrent l Afrique, reconnut les intérêts allemands sur la partie de la côte comprise entre les fleuves Orange et Kunene. Un nouvel élan de colonialisme (dû notamment à l impulsion du successeur de Bismarck, le chancelier von Caprivi) ainsi que l action des missionnaires et les intérêts commerciaux aboutirent à ériger le Sud-Ouest africain en colonie de la couronne allemande en Les Allemands construisirent des routes, un chemin de fer, des villes et des forts. Les colons allemands poussèrent Berlin à renforcer sa mainmise sur les Namibiens, lesquels apprirent vite ce qu il leur en coûtait de refuser la ((protection )allemande. La colonisation allemande fut particulièrement ressentie par les Hereros et par les Namas, qui se rendaient compte qu elle était conçue pour durer et que leur avenir ne déboucherait sur rien d autre que l assujettissement aux Allemands, qu ils jugeaient plutôt d après le comportement du colon moyen dans la vie de tous les jours que d après les professions de foi des missionnaires et des administrateurs. Une redoutable maladie (la peste bovine) se propagea d Afrique du Sud au bétail des Hereros, qui fut ravagé à 95% en A partir de là, la situation des Hereros devint de plus en plus désespérée; Samuel Maharero chercha à s allier à son vieil ennemi Witbooi ainsi qu avec des chefs éloignés, dans I Ovamboland. Les Hereros résistèrent pendant six mois, recouvrant des territoires qu ils avaient perdus et incitant d autres groupes à se révolter contre une occupation devenue intolérable. Mais, en juillet-août 19 14, des troupes de renforts arrivèrent d Allemagne sous le commandement du général von Trotha et la rébellion africaine fut écrasée. Une série de décrets furent promulgués pour dissoudre les organisations tribales, prohiber le port des emblèmes tribaux, interdire aux Hereros et aux Namas d élever du bétail et déposséder de leurs terres les tribus rebelles. Ces sanctions visaient en outre à obtenir de la main-d ceuvre africaine pour les colons allemands. Selon Helmut Bley : ((L intégration, personne par personne, des tribus africaines au marché européen du travail, suivant la politique consciemment appliquée par les autorités allemandes, fut menée à bonne fin. Quatre-vingt-dix pour cent des Africains mâles furent engagés comme ouvriers au service de maîtres européens. En 1912, il ne restait plus, au sein des tribus herero et nama, que 200 hommes sans emploi rémunéré. Les lois du territoire étaient différentes, dans tous les domaines, selon qu il s agissait ou ne s agissait pas d indigènes. Les mariages mixtes, tant civils que religieux, étaient interdits. Les tribus herero et nama furent totalement désintégrées. L ethnologue Wagner a montré qu à la suite de ce désastre, les structures sociales des Hereros se trouvèrent démantelées et que leurs us et coutumes traditionnels perdirent une grande partie de leur influence... On ne voyait généralement plus que des travailleurs itinérants qui passaient d une ferme à l autre, qui allaient dans la brousse, sur les chantiers de construction et vers les vastes camps des cités indigènesi.)) i Helmut BLE) «Genesis from conquert to manddteu dans Rondld SEGAL et Ruth FIRST (dir pupl) Soutintnt Africa Irowf). of frut London, Andre Deutsch 1967

161 Histoire et peuplement 157 Les colons allemands n avaient apparemment pas prévu que les Africains se rkvolteraient contre la suprématie européenne. la colonisation allemande et la réduction de la population au rang d une main-d œuvre servile. Mais en s appropriant les terres des Hereros et des Namas, dont toute l économie reposait sur l élevage. les colons allemands les avaient automatiquement appauvris. La colonisation et la religion chrétienne avaient sapé les institutions politiques des indigènes et les fondements du culte de leurs ancètres. et aux motifs de ressentiment contre la conquête coloniale s ajoutait la discrimination économique et raciale. Après la révolte, ce furent les autorités militaires qui prirent le commandement et non l administration civile. Von Trotha, qui avait participé à l écrasement de la révolte des Boxers, considérait les combats de Namibie comme une guerre raciale dont la seule solution était l extermination. Mais tous les Allemands ne partageaient pas son avis. Le Kaiser le releva de son commandement en novembre 1905 et le chancelier allemand décréta que les proclamations du général constituaient une atteinte aux principes mêmes de In morde humaine et chrétienne. Les colons eux-mêmes avaient tout d abord été favorables à von Trotha, mais, A mesure que la guerre se déroulait. ils se mirent à craindre de plus en plus que sa politique d extermination ne les privat des moyens mêmes de prospérer, c est-à-dire d une main-d œuvre africaine abondante et peu coûteuse. Tout ce que les colons désiraient. c est une société dans laquelle leur suprématie et leur fortune seraient assurées. 11s ne voulaient pas de l État <<blanc>> de von Trotha et ils n étaient pas non plus favorables Li l idée, avancée en Allemagne, de cri-er un État africain si-paré ~ car ces deux solutions auraient abouti à renverser le système des rapports sociaux entre eux et les indigènes. Ils étaient partisans d atténuer les projets de von Trotha. par souci d humanité, et de rétablir l autorité des colons. pour des raisons politiques. Leurs craintes étaient justifiées. La majorité du Reichstag était d avis qu il fallait laisser aux Hereros les territoires qui leur appartenaient, mais cette idée se heurta aux objections juridiques du Ministère allemand des colonies. Le gouvernement allemand et les colons approuvèrent les décrets assurant la suprématie des Européens et la sujétion des indigènes. Les Hereros ayant été ((pacifiés)) et les colons ne redoutant plus guère une autre grande révolte africaine, les divergences entre ces derniers et le Ministère des colonies s accentuèrent. Après le démantèlement de la société tribale africaine, les colons estimèrent qu il fallait instituer un régime semi-féodal fondé sur des exploitations agricoles appartenant A des Européens. Dans ce système, les Africains auraient constitué une main-d œuvre servile, qui n aurait gut re été autorisée à changer d employeurs et aurait été mal nourrie de façon à ne pas devenir trop ((intrépide)), tandis que les agriculteurs européens auraient disposé d un pouvoir de chitiment absolu, y compris le droit de punir par le fouet. Bley fait observer que : G La politique allemande dans le Sud-Ouest africain a continué à reposer sur l assujettissement des Africains en tant que classe ouvrière. Son principal objectif était de permettre aux colons allemands de renforcer leur position. Cette politique fut déterminée par les structures agraires du territoire colonial et elle ne changea pas même lorsque les revenus tirés des industries du diamant et du cuivre couvrirent la totalité du budget... L octroi de l autonomie, comme le

162 Namibie 158 système éducatif et la politique foncière furent tous subordonnés à cet objectif fondamental : consolider la position des colons allemands 1. ) Après l ultime défaite de l armée herero dans le Waterberg, von Trotha avait eu à sa merci la quasi-totalité des membres de cette tribu; quelques milliers d entre eux échappèrent toutefois à son encerclement et franchirent l haheke Sandveld pour pénétrer dans le Botswana (qui était alors un protectorat britannique). Vingt pour cent seulement des Hereros survécurent à la guerre; quant aux Namas, qui étaient peut-être 60% à avoir survécu, ils ne se soulevèrent en masse qu après la défaite du Waterberg. Von Trotha exposa sa politique en ces termes : «Tout homme de la tribu herero qui se trouvera à l intérieur du territoire allemand sera fusillé, qu il soit armé ou non, qu il ait du bétail ou qu il n en ait pas. Le territoire sera interdit aux femmes et aux enfants; ceux-ci seront repoussés vers leur peuple ou chassés à coups de feu. C est là tout ce que moi, grand général du puissant empereur d Allemagne, j ai à dire à la nation herero.)) I1 resta gouverneur militaire pendant une année encore et, bien que Berlin annulât ses ordres, des milliers de Hereros qui étaient revenus en franchissant clandestinement la frontière du Botswana ou en passant par l Omaheke succombèrent aux travaux forcés ou à la famine. I1 ne resta plus que 1200 Hereros vivants en Namibie et le bilan des pertes consécutives à la famine et aux massacres fut lourd dans tout le pays. Les dix dernières années de la domination allemande ont été analysées dans The natives of South West Africa and their treatment by Germany (HMSO, 1918), rapport établi par le gouvernement britannique au cours de la première guerre mondiale pour justifier le transfert de la colonie sous son autorité, une fois que l Allemagne serait vaincue. Ce rapport accusait les Allemands d avoir négligé les intérêts sociaux des Namibiens, de les avoir empêchés de participer à la vie économique, de les avoir privés d écoles, d avoir recruté de la maind œuvre jusqu en Ovamboland (qui n avait jusqu alors généralement pas eu à souffrir de la colonisation allemande), et il accusait les agriculteurs de la colonie allemande d avoir soumis la main-d œuvre namibienne à d effroyables sévices, allant jusqu au massacre. Certains de ces agriculteurs passèrent en jugement. Lorsque l Allemagne fut vaincue en 1918, ses colonies lui furent confisquées par les autres puissances. L ultime coup du sort, pour les Namibiens, fut que leur «libération» de la domination allemande leur vint d une puissance dont ils ne pouvaient attendre qu une oppression de nature différente, peut-être, mais tout aussi pesante. I. Helmut BLEY, op. cif.

163 5 La relève sud- africaine Les gouvernements britannique et sud-africain avaient pris depuis longtemps ombrage de la présence allemande sur le fleuve Orange, et cela pour des raisons très complexes. Rhodes avait rêvé d une Aîrique dominée par la ((race)) anglaise. Botha avait envisagé de conquérir le Sud-Ouest africain quelques années avant 19 14, et Smuts considérait ce territoire comme «une partie de notre patrimoine afrikaner n. Les Sud-Africains anglophones soupçonnaient les colons allemands de Namibie de sympathiser avec les Afrikaners, ce qui menaçait la sltcurité de l État, encore mal remis de la Guerre des Boers. Le Royaume-Uni, pour sa part, craignait de voir l Allemagne couper la route du Cap vers l Inde. En revanche, il y avait en Angleterre des libéraux qui pensaient qu une entreprise commune de colonisation anglo-allemande en Afrique améliorerait les chances de paix en Europe et éliminerait du continent africain les Portugais et les Belges (dont la réputation avait été ternie par les massacres du Congo). Les massacres des Hereros furent passés sous silence jusqu à la défaite de l Allemagne. En 1915, les troupes sud-africaines envahirent la Namibie; et l Afrique du Sud comme le Royaume-Uni espéraient l une et l autre que la présence allemande prendrait fin après la guerre. ce qui permettrait d annexer la Namibie. L Afrique du Sud espérait également annexer l Afrique orientale. qui devait faire partie de la ((grande communauté blanche d AiSique australe ) dont rêvait le général Smuts. Un journal résuma i attitude de l Afrique du Sud en ces termes: ((Dans le Sud-Ouest africain comme en Afrique orientale, nos compatriotes de l Union sud-africaine vont très prochainement faire disparaître le drapeau allemand du territoire sur lequel on l a trop longtemps laissé flotter. Le régime allemand est partout synonyme de tyrannie et de brutalité, et l on ne pourrait rendre de meilleur service aux races indigènes d Afrique que de les débarrasser de l abominable administration allemande 1. ) On pouvait lire dans le Biriiiiiiglium Dailj- Post que : (<...Quiconque connaît un tant soit peu les affaires sud-africaines sait que l ancienne colonie allemande du Sud-Ouest africain ne sera jamais restituée A ses I IIwiC,r>i,l/,iiiii,i? Ncm $ 120 mr i Litil d.iri.; ( om Rugrr Loi,i\.,<The ori#n\ ui!lie ~ircd tru~t,. ii.iri\ Run:iIJ S&AI et Ruth FIRXT idir puhl I. OP,ri

164 Namibie 160 anciens maîtres et qu on ne décidera pas non plus du sort de l Afrique orientale allemande sans tenir compte des vœux des dirigeants de l Union. ) La question des colonies fut abordée après la guerre de diverses façons. Le président des États-Unis, W. Wilson, se prononça pour une paix sans annexion territoriale. Smuts proposa que l Afrique du Sud annexe les colonies des vainqueurs, y compris le Mozambique et le Congo belge, auxquelles serait ajoutée la colonie du Sud-Ouest africain prise à l Allemagne vaincue. L opinion britannique était divisée. Certains appuyaient la demande d annexion sud-africaine. D autres, dont le chef de file était Lloyd George, partageaient l avis des États- Unis, à savoir qu il ne devait pas y avoir d annexion et que «la volonté et les vœux des populations devaient constituer le facteur déterminant)). Le Parti travailliste était partisan de mettre fin au colonialisme européen et de confier l administration des territoires à un organisme supranational (qui aurait sans doute été la Société des Nations). Le gouvernement britannique était favorable à la politique américaine d autodétermination - comptant que les intéressés n opteraient pas pour l indépendance, mais exprimeraient le désir de vivre sous l administration britannique. Le peuple namibien ne fut en fait jamais consulté à ce sujet. Le rapport officiel britannique sur les atrocités allemandes fut considéré comme une preuve suffisante de la bonne foi des Britanniques et des Sud-Africains, ainsi que de la brutalité des Allemands et - bien qu il n y eût guère de relation logique entre ce fait et les précédents - de l acceptation de la suzeraineté sud-africaine par les Namibiens. Smuts avait proposé l établissement de mandats sur ces territoires et le régime des mandats allait devenir un élément important du système de la Société des Nations. A la Conférence de Versailles, en 1919, les colonies allemandes furent placées sous le mandat de puissances voisines ou européennes, avec des statuts divers. Un mandat de la catégorie «C» fut confié à «Sa Majesté britannique pour le compte et au nom du gouvernement de l Union sud-africaine)) (qui faisait encore partie de l Empire britannique). Le territoire devait être administré comme faisant «partie intégrante)) de la puissance mandataire, laquelle s engageait à ((promouvoir dans toute la mesure du possible le bien-être matériel et moral ainsi que le progrès social des habitants)). Ce système des mandats fut présenté dans le Pacte de la Société des Nations (article 22) comme une ((mission sacrée de civilisation)). Pendant les vingt années qui suivirent, la Société des Nations reprocha à maintes reprises à l Afrique du Sud de manquer à cette ((mission sacrée)). Les anciennes lois allemandes relatives aux a indigènes)) furent en général maintenues et étendues. Le système discriminatoire d enseignement fut laissé en place et celui des laissez-passer resta en vigueur, de même que le travail obligatoire et l usage allemand d utiliser les condamnés comme main-d œuvre. Les Africains continuèrent d être arrêtés pour des délits comme celui d insolence. Les employeurs blancs avaient pouvoir d arrêter les Africains. Certains membres de la Commission du mandat, qui avaient considéré que ces pratiques n étaient qu un aspect de la mauvaise administration allemande, en furent scandalisés : ils constatèrent que les Africains n étaient encore là que pour fournir une main-d œuvre peu coûteuse aux mines et aux fermes des Blancs. On continua donc de s emparer des terres, au bénéfice, cette fois, d un afflux de colons sud-africains. Les peuples du nord furent maintenus dans

165 La relève sud-africaine 161 l Ovamboland, en dehors de ce qui avait été la «zone de police)) du temps des Allemands, sans qu on se préoccupât de leur progrès social. La Société des Nations constata que les dépenses consacrées ii l éducation des entànts blancs (soit le dixième des jeunes) étaient douze fois plus élevées que les crédits alloués A l éducation des enfants namibiens (qui constituaient les neuf autres dixièmes de la jeunesse). En la population de Bondelswart. dans le sud du pays, fut bombardée par l aviation militaire sud-africaine parce qu elle rehait de payer un impôt sur les chiens. Trois ans plus tard. un autre mouvement d opposition déclenché par la population de Rehoboth provoqua une réaction plus discrète. La capitale du chef Ipumbu des Ukwanyamas, dans l Ovamholand, fut également bombardée, mais on n en parla gusre et la Société des Nations n en fut pas informée. La nationalité sud-africaine fut accordée aux colons allemands qui, avec les nouveaux venus d Afrique du Sud, aidtirent ii constituer un électorat exclusivement blanc pour l élection du corps lkgislatif du territoire. Face aux exigences de l Allemagne qui réclamait la restitution de ses colonies. et devant la montée du nazisme, 1 Afriyue du Sud propos:i en 1934 d Ltnnewr la Namibie pour en faire une ((cinquième province)); mais la Société des Nations repoussa cette idée. L Afrique du Sud n en :tccrut pas moins de Facon propssive sa mainmise sur la Namibie, afin de rendre I iiitégratioii inévitable. Un Namihien entretint plus que tout autre l esprit de rksistance: ce fut Hosea Kutako, un enseignant et pasteur que Maharero avait chargé dc diriger le peuple herero ci1 son absence. L exil de Maharero au Botswana ne prit tin que lorsyue son cadavre fut ramené ;i Okahuncija pour etrc inhumé dans IC cimetière des clicfs herci-os. C &ait en le 76 ~oîit macteincnt. date qui fut choisie pour le déclenchement de la rébellion armée de 1966 et que les Namibiens ont retenue pour leur Ete nationale. Kutako avait combattu contre les Allemands en 1904 et avait été blessé. Il inculqua aux Hereros et aux autres groupes le sens permanent de la nation namibienne et il personnalisa l esprit de ((non-soumission 1) de ceux qui se trouvaient malgrk eux sous la tutelle de l Afrique du Sud et étaient maltraités par elle. Jusqu à sa mort, en 1970, à I iige de 103 ans, Kutako ne l ut pas reconnu par l Afrique du Sud comme le chef des Hereros, mais seulement comme le «doyen des chefs)). 11 était pourtant connu sur tout le territoire - depuis l extrême nord où il avait passé son enfance. jusyu aux terres du sud dont le chet. Simon Witbooi, allait plus tard devenir son allié ~ comme un homme entièrement trou5 au salut de son peuple et à sa libkration tinale. Plus que tout autre, Hosea Kutako enipècha que l Afrique du Sud tie s emparât définitivement et irrèvocablemeiit du Sud-Ouest africain, au moment où la Socièté des Nations, qui avait complètement échoué au cours des années trente dans son rôle de inaintien dc la pais et dans la mission qui lui était dévolue en cas d agression entre ses membres. fut liquidée?i la fin de la deuxième guerre mondiale.

166 6 La Namibie et les Nations Unies L Organisation des Nations Unies substitua la tutelle aux mandats et institua un Conseil de tutelle chargé de guider les anciens territoires sous mandat vers l indépendance. L Afrique du Sud refusa de laisser la Namibie devenir un territoire sous tutelle et tenta d ouvrir la voie vers l intégration en organisant un ((référendum)) et en affirmant que les électeurs s étaient en majorité prononcés pour l incorporation. L Organisation des Nations Unies n accepta pas le résultat de cette consultation : les Namibiens avaient voté par le truchement de leurs chefs, qui étaient tous nommés par le gouvernement; la façon dont la question avait été posée avait souvent prêté à confusion; un observateur constata même que le nombre des bulletins de vote était supérieur à l effectif total de la population. Kutako et d autres dirigeants avertirent le roi herero en exil au Botswana en lui disant: «Les orphelins de votre père vont être dépouillés de leur héritage. ) Un jeune ecclésiastique britannique, nommé Michael Scott, fut finalement envoyé au siège des Nations Unies pour y porter une pétition des Namibiens et ce fut le début d une nouvelle période de lutte qui a été marquée, au cours des vingt-cinq années suivantes, par le renforcement du pouvoir de facto de l Afrique du Sud sur le territoire, en même temps que par le retrait total de son autorité de jure sur l administration. L Assemblée générale des Nations Unies a examiné, à chacune de ses sessions depuis 1946, la question du droit de l Afrique du Sud d administrer la Namibie, et la Cour internationale de justice (instaurée par les Nations Unies et ayant son siège à La Haye) n a pas consacré moins de dix décisions à ce problème. L Afrique du Sud abandonna sa proposition d intégrer la Namibie à son territoire, mais refusa d accepter la tutelle, tout en annonçant qu elle ((serait fidèle à l esprit du mandat)). Diverses commissions des Nations Unies tentèrent l une après l autre de faire appliquer le régime de tutelle. En 1950, la Cour internationale conclut à l unanimité que le mandat restait en vigueur. En 1960, les pays africains qui avaient siégé à la Société des Nations introduisirent un ((recours contentieux)) (c est-à-dire qu ils cherchèrent à obtenir un jugement susceptible d être appliqué par le Conseil de sécurité); ils demandèrent à la Cour

167 La Namibie et les Nations Unies 163 d exiger que l Afrique du Sud applique le mandat, mette fin à l apartheid et rende compte de sa gestion a l organisation des Nations Unies. Mais six ans plus tard, la Cour, revenant sur la décision qu elle avait prise précédemment, déclara qu elle n était pas compétente pour juger de l affaire, attendu que les requérants ((n avaient établi aucun droit ou intérêt à faire valoir dans l instance)). Le probléme de l apartheid était devenu critique et les dirigeants namibiens, comme l Assemblée générale. se sentirent obligés de passer à l action. en dépit du refus de la Cour de se prononcer. L Assemblée générale décida, en de mettre fin au mandat. Elle adopta ensuite des résolutions instituant un Conseil pour la Namibie qui devait faire accéder ce pays à l indépendance et priant le Conseil de sécurité de prendre des mesures efficaces pour mettre fin à la présence sud-africaine dans ce territoire. En juin la Cour internationale de justice déclara que la présence de l Afrique du Sud sur le territoire de la Namibie était illégale et que les États membres étaient tenus de l en expulser. La situation juridique est donc dépourvue de toute équivoque, mais peu de mesures concrètes ont été prises jusqu li présent pour mettre les faits en harmonie avec le droit. En la suite d une résolution du Conseil de sécurité, le nouveau Secrétaire général des Nations Unies, M. Kurt Waldheim. se rendit en Namibie et y rencontra des représentants de tous les groupes. Plusieurs groupes politiques noirs ainsi qu un certain nombre de communautés religieuses lui fournirent des précisions sur l oppression et demandèrent la création d un <( État namibien uni ). Le Secrétaire général recommanda la nomination d un médiateur pour négocier l indépendance. Un diplomate suisse, M. Alfred Escher, fut dûment mandaté et se rendit en Namibie en octobre En dépit des efforts de mise en scène déployés par le gouvernement sudafricain à l occasion de cette visite. M. Escher eut 74 entrevues avec divers groupes et il en tira l impression générale que le peuple désirait une Namibie unie et indépendante. Le premier ministre d Afrique du Sud rejeta toute solution de cet ordre, mais proposa la création d un Conseil consultatif réunissant des représentants de toutes les régions et placé sous sa responsabilité personnelle. Cela serait revenu. en fait, à appliquer dans un esprit fédératif la politique des lionieimds en Namibie, sans toutefois leur garantir aucun pouvoir ni réduire celui dont les Blancs disposaient dans les riches régions miniéres situées en dehors de ces hoiiirl~aicls namibiens. Le premier ministre tenta pendant un certain temps de donner l impression à la presse qu un compromis avait été trouvé. ce qui fut démenti par le Secrétaire général. Le Conseil de sécurité accepta de reporter à avril 1973 la date limite des pourparlers; le Secrétaire général fut prié d insister auprès du gouvernement sud-africain pour que celui-ci définisse avec plus de précision son attitude à l égard de l autodétermination de la Namibie. Les pourparlers furent finalement annulés par une résolution adoptée le Il décembre 1973.

168 7 L apartheid et les G homelands» La vieille formule boer selon laquelle il n y aura d «égalité ni dans l Église ni dans l État D a pris force de loi à l arrivée au pouvoir du gouvernement afrikaner nationaliste en La politique de l apartheid, qui vise à séparer les Noirs et les Blancs dans tous les domaines de la vie et à asseoir à jamais l autorité des Blancs sur les Noirs, fut dûment inscrite dans la législation de la Namibie. Les pouvoirs administratifs du gouvernement sud-africain sur le territoire furent renforcés et le Ministère des affaires bantoues plaça la Namibie sous l autorité centralisée dont relèvent tous les Africains sur le territoire de la république. Bien que le gouvernement prétendît respecter le mandat des Nations Unies, les lois de l apartheid furent appliquées, qu il s agît des ((régions de groupe», de l éducation bantoue, de la ((régulation de l afflux)) des Africains, de la répression du communisme ou de l abrogation de la primauté du droit. La politique des homelands exclut les Africains de la richesse, de la prospérité et du pouvoir politique en Afrique du Sud, en échange forcé d un septième du territoire, celui qui est le plus dépourvu de richesses et de ressources. La Namibie est régie par une loi particulière dite «des nations indigènes)) qui n institue pas moins de neuf homelands, situés pour la plupart en dehors des zones des bonnes terres de culture et de piiturage. Des milliers de Namibiens ont déjà perdu leur foyer et ont été transférés à de grandes distances. C est ainsi, par exemple, que les habitants noirs de Windhoek ont été dépouillés de leurs droits de propriété perpétuelle et transplantés dans une localité rigoureusement réglementée, à quelques kilomètres de la ville. En 1959, la police a tiré à Windhoek sur des manifestants qui protestaient contre ce transfert: il y eut 12 morts et 50 blessés. Ce fut un événement d importance capitale de la période agitée , qui vit la naissance d un nouveau mouvement militant de libération, mouvement national ne tenant pas compte des barrières tribales que la politique sud-africaine vise à renforcer. L apartheid a été imposé dans un climat d exploitation croissante. Les agriculteurs boers qui n avaient pas de terres furent heureux de trouver asile en Namibie lors de la crise économique qui précéda la guerre. Les nouveaux emplois qui furent créés dans l administration et dans les chemins de fer en

169 L'apartheid et les (<homelands» 165 firent venir beaucoup d'autres. Les autorités ne s'étaient pas encore rendu compte. A l'époque. des immenses ressources que recélait le sous-soi. Aujourd'hui. la Namibie n'est pas seulement considérée comme indispensable sur le plan stratégique. elle est aussi la source de grandes richesses --- qui sont toutes exploitées aux dépens de sa population indigène. Les diamants. le cuivre, l'uranium. toute une gamme d'autres minéraux. la pêche le long des 1360 hilométres de cgtes, les peaux de caracul (astrakan) et le bétail font la fortune d'investisseurs sud-africains ou d'autres nationalités. Beaucoup de ces derniers sont ressortissants d'états membres de l'organisation dès Nations Unies, lesquels répugnent pour cette raison A prendre les mesures qui seraient peut-être nécessaires pour empêcher l'afrique du Sud de défier l'autorité de l'organisation internationale. Le South West Africa Affairs Act (loi sur les affdires du Sud-Ouest africain) de 1969 a permis au gouvernement sud-africain d'accroitre son pouvoir sur la Namibie en matière de justice et de prisons, d'armes et d'explosifs, de main-d'ceuvre. d'approvisionnement en eau. de services postaux. de telégraphe et téléphone, de radio. de mines. d'agriculture. de pêche, d'édition, de spectacles et de relations raciales. Une emblée législative composée exclusivement de Blancs est chargée de certains secteurs de l'administration et de la justice, ainsi que de l'éducation et des services sociaus et siinitaires destines ;IUX Blancs, des autorités locales, des routes et des autres travaux dans les régions blanches. Les iinphts sur les sociétés, les redevances sur les diamants et les taxes minières doivent maintenant être payés directement au gouverneinent sud-africain. Cette loi a pratiquement incorporé la Namibie ;I l'afrique du Sud. Le Development of Self-Government for Native Nations of South-West Africa Act (loi sur l'évolution des nations indigènes du Sud-Ouest africain vers l'autonomie) prévoit la création de ((nations ) séparées, dont chacune aura soil conseil législatif. La première A être instituée fut l'ovamboland, en Ces deux lois ont été élaborées conformément aux recommandations de la Commission Odendaal. selon lesquelles un Iiol~irlcnitl devrait être attribué A chaque groupe de population, le gouvernernent sud-africain assumant une partir des responsabilités du conseil législatif blanc. La commission avait recommandé la création de dix hon~eltnzds jouissant d'une certaine indépendance politique. Mais les structures économiques du territoire devaient être maintenues et l'autorité devait. en dernier ressort. rester dans tous les doniaines aux mains du gouvernement sud-africain. Étant donné qu'un certain nombre de groupes ne disposaient d'aucune réserve et que. d'autre part. de nombreux Hereros et Namas vivaient en dehors des leurs, il fallait affecter des terres supplémentaires aux Africains. La commission avait proposé que la superficie totale des Iioiiic- ImitLs africains soit finalement portée?i 39,6%, du territoire, celle des régions blanches étant réduite ii 44,1 41. Au moment où cette comniission présenta son rapport. en 1964, la population blanche comprer,ait persofines (qui c1evaier.t recevoir 43.1 ",(I dcs terres) et la population noire personnes (auxquelles seraient attribuées 39,6"/0 des terres). Ces recommandations de la commission impliquaient d'importants transferts de populations. Si elles étaient intégralement suivies. 74"'" des Hereros devraient etre déplacés. ainsi que 87'4 des Namas. 97OL des Damaras et 95",'0 des Boschimans.

170 Namibie 166 Le tableau 2 présente les effectifs de chaque groupe de population africaine, ainsi que la population actuelle de chaque homeland, selon les chiffres calculés en mai 1970 par le Service sud-africain des statistiques. TABLEAU 2. Effectifs de chaque groupe de population africaine et population actuelle de chaque homeland (mai 1970) Ethnie Effectifs totaux Population des homelands Ethnie Effectifs totaux Population des Iromrla,zds Ovambos Hereros Okavangos Boschimans Capriviens de l Est Tswanas Kaokovelders Divers Damaras TOTAL a Les Africains n liabitent pas toujours un lzornelandaffecté à. leur ethnie. Les communautés métisses devaient être dotées de conseils partiellement élus et certaines, mais pas toutes, devaient recevoir un territoire. Quant aux Boschimans nomades, ils devaient être concentrés à Tsumkwe et mis au travail. Conformément au rapport de la Commission Odendaal, la loi de 1973 portant modification de la loi sur l évolution des nations indigènes vers l autonomie stipule que, lorsque le moment sera jugé opportun, le président de la république pourra, après s être concerté avec le ministre de l administration et du développement bantous, ainsi qu avec le conseil législatif intéressé, proclamer l autonomie d une ((région indigène )> et autoriser cette région à avoir son propre drapeau et son hymne national à elle. Mais son ((indépendance)) ne sera pas totale. Le conseil législatif de la région indigène «autonome» n aura pas le droit de traiter des affaires d organisation militaire, d armement, de politique étrangère, de sécurité intérieure, d administration des forces de police sudafricaines maintenues dans les territoires (autonomes)), ni des chemins de fer, des ports, des routes naturelles, de l aviation, de la monnaie, des banques, des douanes et de la fiscalité indirecte, ni de la gestion des universités, ni de l entrée de personnes étrangères à la ((nation indigène)) en question. L «autonomie» est par conséquent strictement limitée et elle exclut beaucoup de pouvoirs qui sont généralement considérés comme des éléments fondamentaux de l indépendance. Mais d autres restrictions encore lui sont imposées. Tout projet de loi présenté par le conseil législatif et tendant à amender ou à abroger une loi du Parlement sud-africain applicable à la population du territoire doit être soumis au préalable au président de la république, qui se réserve le droit de renvoyer ce projet pour nouvel examen au conseil en question. La chambre provinciale ou locale de la Cour suprême sud-africaine peut décider de la validité de tout texte voté par le conseil législatif et le président de la république conserve tous ses droits à l égard de la Haute Cour. Les recours continueront d être examinés par la Chambre d appel de la Cour suprême d Afrique du Sud.

171 L apartheid et les (<homelands» 167 Le 37 avril l Ovambo fut déclaré région autonome, avec Ongwediva pour «capitale». Son conseil législatif fut composé de 56 membres. dont 5 désignés par chacune des 7 autorités tribales (soit 35 membres non élus) et 3 élus par chacune des 7 régions tribales (soit 21 élus). Tout adulte de plus de dix-huit ans en possession d une carte d inscription sur les listes électorales avait le droit de voter. Avant le scrutin qui devait désigner les 21 membres élus. toutes les réunions furent interdites duns 1 Ovambo (à l exception des services religieux, des spectacles et des réunions organisi-es par les autorités officielles et par les chefs). sauf autorisation écrite préalable du commissaire aux affaires indigénes nommé par le gouvernement sud-africain. il fut décrété que toute parole ou action de nature B porter atteinte B l autorité de l État. des fonctionnaires de l État. du gouveriiement en place dans I Ovambo, des fonctionnaires de ce gouvernement. des chefs ou des dirigeants des tribus. serait considérée comme un di-lit. Seraient également considérés comme des délits toute déclaration ((menaçante>>. toute inobservation d un ordre légitimcnieiit donné par les chei s et tout manquenieiit aux égards dus it ces derniers. Les chefs doivent leur position au gouvernement sud-africain, qui compte sur la docilitlt: des structures ((traditionnelles». Dans ces conditions. l expression de toute opinion critique sur les problkmes politiques fondamentaux est illégale. Pour soutenir le ((gouvernement ovambon. le gouvernement a cri-6 le Parti de I indi-pendance de I Ovamboiaiid, le seul qu il ait reconnu et qu il ait autorisé it tenir des réunions sans accord préalnblc. La participation au scrutin fut de 2,5 /0 : des Ovambos s abstinrent de voter ou boycottèrent les élections. Le 4 mai 1973, le Kvango devint B son tour une région autonome. avec Ruiid~i pour capitale. Sa Constitution stipule que la moitié de son conseil législatif doit être élue. l autre moitié étant désignée. Le Kvango est une région où l organisation populaire du Sud-Ouest africain (SWAPO) et les autres partis d opposition sont peu représentés et où il n existe aucun parti politique d aucune sorte. La participation au scrutin a atteint 66,30/0. Le gouvernement sud-africain ayant promis, i titre dc concession aux Nations Unies, de créer un conseil consultatif (voir plus haut), il commenp i le mettre en place en Les délégués Li ce conseil dcvaieiit être di-signés par les conseils législatifs africains. par les autoriti-s bantoues, ainsi que par les Blancs et les Métis. Comme nous l avons signalé plus haut, la représentation des Africains est déji limitée au sein de leurs conseils législatifs et les ((autorités)) bantoues dépendent en réalité du gouvernement. Pour mieux assurer la soumission du ((conseil consultatif)), les délégués herero furent choisis dans l Est. région politiquement conservatrice. Mais les Namas n envoyérent aucun délégué, le Kaokoland ne désigna pas de représentant, le chef des Mbanderos démissionna et les Métis retirèrent leurs deux représentants.

172 8 La résistance Ce sont des chefs traditionnels comme Hosea Kutako et Samuel Witbooi qui poursuivirent la lutte intérieure après la deuxième guerre mondiale. Après la première guerre mondiale, lorsque la Société des Nations était apparue comme impuissante à imposer à l Afrique du Sud le respect de ses décisions, c étaient les structures tribales et les Églises qui, dans les territoires herero et ovambo en particulier, avaient canalisé le mouvement de mécontentement. Les nouveaux gouvernements qui succédèrent aux régimes coloniaux en Afrique et en Asie, le puissant bloc des pays afro-asiatiques aux Nations Unies et la prise de conscience d une entité africaine cohérente incitèrent la Namibie à rechercher de nouvelles méthodes de lutte politique. Les mouvements locaux qui virent le jour à la fin des années cinquante s allièrent rapidement aux partis nationaux. Le travail préparatoire d organisation était fait en dehors de Namibie par des ouvriers émigrés au Cap lorsque la surveillance de la police de sécurité (en particulier celle qui fut exercée après les fusillades de Windhoek en 1959) gênait l action des responsables locaux, qui furent souvent mis en état d arrestation à domicile, exilés ou incarcérés sous des inculpations spécieuses. Les Namibiens qui avaient fui leur pays,pour poursuivre des études à l étranger s allièrent aux réfugiés politiques et, malgré des divergences d opinions entre eux, s unirent pour adresser des pétitions aux Nations Unies, après que la Cour internationale eut accepté d entendre les pétitions orales individuelles. Des délégations des nouveaux partis plaidèrent avec insistance la cause namibienne aux réunions de l organisation de l unité africaine dès que celle-ci fut créée en 1963, ainsi qu à beaucoup de conférences internationales. Après que la Cour internationale eut refusé de statuer sur l affaire en 1966, l un des partis, l organisation populaire du Sud-Ouest africain (SWAPO), dont les dirigeants s étaient exilés en Tanzanie, fit savoir qu il n attendrait plus les délibérations de la communauté internationale. Ses guérilleros lancèrent une attaque en août 1966 dans le nord de la Namibie et, en dépit de revers initiaux et de contreoffensives sud-africaines, l opération se poursuivit. L un des fondateurs de la SWAPO, Herman Toivo ja Toivo, figurait panni les 38 Namibiens, tous membres de ce parti, qui furent jugés en 1968 à Pretoria

173 La résistance 169 pour ((terrorisme n. La dernière déclaration qu il fit devant le tribunal expose de façon remarquable la volonté d autodétermination de son peuple. «Nous sommes Namibiens et non pas Sud-Africains. Nous ne vous reconnaissons pas et nous ne vous reconnaîtrons jamais le droit de nous gouverner, de faire pour nous des lois sur lesquelles nous ne pouvons rien dire, de traiter notre pays comme s il était votre propriété et de nous traiter comme si vous étiez nos maîtres. Nous avons toujours considéré l Afrique du Sud comme une intruse Che7 nous. ) Ja Toivo soutint que son peuple avait le droit de prendre les armes et ajouta: <<Je sais que le combat sera long et dur. Je sais aussi que mon peuple le mènera, quel qu en soit le prix. C est seulement lorsque l indépendance nous sera accordée que ce combat cessera. C est seulement quand nous aurons retrouve notre dignité d hommes. A égalité avec les Blancs, que la paix se fera entre nous. ) Grâce sans doute aux pressions internationales qui s exercèrent sur l Afrique du Sud, aucune condamnation i mort ne fut requise, mais 71 des inculpés furent envoyés A Robben Island ((pour la durée de leur existence)). Ja Toivo, qui n avait pris part i aucune attaque puisqu il se trouvait en Stat d arrestation i domicile pendant la campagne de 1966, fut condamné i quinze ans de travaux forcés. Pour conquérir son indépendance, la Namibie doit agir it la fois sur le plan militaire et sur le plan diplomatique ~ guérilla dans le nord du pays et action politique de ses bureaux de Dar es Salaam, de Lusaka, du Caire, d Alger, de Londres, de Stockholm, d Helsinki el de New York; des liaisons sont entretenues d autre part avec les étudiants de plus en plus nombreux qui parviennent i quitter la Namibie pour aller faire leurs études A l étranger. Plus de cinq cents délégués de communautks religieuses. de syndicats, de partis et de mouvements politiques du monde entier ont participé ii une Conférence internationale sur la Namibie que la SWAPO avait organisée i Bruxelles du 26 au 28 mai Cette conférence a adopté un programme en onze points visant A l isolement total de l Afrique du Sud sur les plans économique, politique, diplomatique, sportif et culturel. On reçoit de Namibie très peu d informations sur l activité des guérilleros de la SWAPO. L Afrique du Sud affirme que cette activité est pratiquement nulle, ce qui ne l empêche pas de maintenir des effectifs militaires importants dans la bande du Caprivi. et elle a A plusieurs reprises fait état de pertes, attribut.es parfois i des explosions de mines. Le journal progouvernemental Dip Clrderlti~zci avait écrit. après le meurtre de deux policiers en 1971 : ((L affreuse réalité est que la république est engagée dans un combat de titans. Les quelques années i venir pourraient être décisives pour l avenir de notre pays et pour la survie des Blancs en Afrique australe. )L ampleur des opérations ne justifie sans doute pas de telles inquiétudes. NOLIS pensons que les autorités sud-africaines elles-mêmes exagèrent l importance de ce qu elles appellent le ((terrorisme )> en Namibie pour effrayer la communauté blanche. lui faire serrer les rangs et obtenir qu elle approuve les mesures d autorité. La configuration du pays ne se prête pas aux opérations de guérilla. 11 est extrêmement difficile d y pénétrer et les effectifs de la résistance année sont faibles. Ils continuent cependant leur combat et. comme l Afrique du Sud, après avoir d abord remporté sur eux des

174 Namibie 170 victoires faciles, n a pas réussi à les écraser complètement, ils restent un foyer constant de résistance nationale. Les autorités sud-africaines les considèrent comme un grave danger. D importantes forces militaires et de police ratissent actuellement le secteur nord et gardent le grand aérodrome militaire de Katima Mulilo, le centre administratif de Rundu et le chantier de construction du complexe hydroélectrique des chutes du Ruacana, sur le Kunene. Le long de la frontière nord, la Namibie est limitrophe de l Angola (colonie portugaise), de la Zambie (par la bande du Caprivi) et du Botswana (pays indépendant, favorable au mouvement de libération, mais gêné dans son action par ses relations avec l Afrique du Sud). Les accrochages entre les partisans armés de la SWAPO et les forces de sécurité sud-africaines ont eu lieu pour la plupart dans la partie orientale de la bande du Caprivi et le long de l okavango, dans 1 Ovamboland. Les commandos de la SWAPO se sont remis du revers qu ils avaient initialement subi lorsque leur camp d omgulumbashe fut attaqué par surprise et leur personnel d encadrement en partie tué ou fait prisonnier ; un autre coup leur fut assené en 1967 lorsque Tobias Hainyeko, le commandant de la SWAPO, fut tué au cours d une fusillade alors qu il se trouvait en chaloupe sur le Zambèze. Hainyeko mourut en couvrant la fuite de vingt de ses compagnons qu il devait amener dans la bande du Caprivi. Les opérations de guérilla continuèrent de façon assez régulière pendant les quelques années suivantes. Au cours des six premiers mois de 1973, 16 policiers ou soldats sud-africains furent blessés et 5 autres furent tués au cours de 9 incidents distincts (embuscades tendues à des patrouilles, prise d un dépôt d armes sud-africain, explosions de mines et coups de feu sur un hélicoptère sud-africain qui fut abattu). Les petits partis namibiens sont notamment la South West African National Union (SWANU), dont l un des dirigeants, Gerson Weii, est également détenu à Robben Island, et le South West African National United Front (SWANUF), qui ont tous deux de petites missions a l étranger, ainsi que la National Unity Democratic Organisation (NUDO), qui collabore avec le conseil des chefs hereros et soutient le successeur de Kutako, Clemens Kapuuo, que les autorités sud-africaines ne reconnaissent pas. I1 existe aussi des mouvements régionaux. Le Comité Name de la ((Nation rouge)) résiste aux déplacements de population que doit entraîner le nouveau découpage de la Namibie. Le Rehoboth People s Party mène de vigoureuses campagnes, à l échelon local, contre les mesures constitutionnelles et la politique économique de l Afrique du Sud. L opposition se manifeste aussi dans les églises, dans les camps où sont logés les ouvriers des principaux ports et centres miniers et même, secrètement, au sein des assemblées législatives des homelands. Beaucoup de dirigeants namibiens regrettent qu il n existe pratiquement pas d opposition libérale ou de gauche au sein de la communauté blanche; il est possible que quelques personnes agissent en secret contre l administration, mais elles sont contraintes à opérer dans la clandestinité. I1 ne paraît donc possible d obtenir des changements radicaux que par une intervention internationale ou par la guérilla. Bien des gens, y compris des chefs et conseillers des Bantoustans, qui sont

175 La rksistance 171 rémunérés par l État, sont convaincus que l Afrique du Sud ne cédera pas et que la seule solution possible est de transiger avec le pouvoir sud-africain et avec l apartheid. Mais cette attitude ii l égard de l apartheid est moins répandue en Namibie qu en Afrique du Sud. Personne n ignore que presque tous les pays du monde ont condamné l occupation sud-africaine. ((L Afrique du Sud pourrat-elle éternellement empêcher le monde entier de nous rendre notre pays?)), se demandent les Namibiens. L impuissance de l organisation des Nations Unies modifier la situation incite d autre part à un certain scepticisme. Mais l avis consultatif émis en 1971 par la Cour internationale, selon lequel l occupation sud-africaine est illégale, a eu un grand retentissement et l Afrique du Sud n a pas pu empêcher la diffusion d informations sur les protestations d étudiants ni sur les pétitions qui ont été adressées aux chefs de tribu et dirigeants de Bantoustan. A la fin de 1971, un vaste mouvement de mécontentement se produisit contre le système du travail sous contrat. qui est une des clefs de voute de l apartheid en Namibie. Tout Namibien cherchant 1i quitter soil iio/iic~koitl pour travailler en région blanche dans des mines ou dans l industrie doit au préalable déposer une demande à la South West African Nativc Labour Association (SWANLA)[Association de la main-d ceuvre indigène du Sud-Ouest africain], qui classe les travailleurs en catégories d après leur age, leur état de santé et d autres critères, avant de les mettre à la disposition d un employeur. Le demandeur d emploi n a pas d autre choix ct il lui faut signer un contrat qui l engage pour une période de douze ii dix-huit mois. I1 n a pas le droit d eminener sa famille avec lui et il est logé dans un camp pendant la durée de son contrat. Un ouvrier de la catégorie <<A» gagne en général un peu plus de 4 livres sterling par mois et un mineur un peu plus de 5 livres. C est à la suite de la décision de la Cour internationale de 1971 que le mécontentement commença ii se manifester. Une grève, qui semble avoir été déclenchée par des employés municipaux de Windhoek le 13 décembre, gagna rapidement les mines. A la mi-janvier 1973, ouvriers avaient cessé le travail et l économie du pays s en trouva réellement paralysée. Si les grévistes étaient pour la plupart des ouvriers originaires de I Ovamboland, c est parce que les ouvriers sous contrat sont en majorité des Ovambos, mais la population d autres régions du pays soutint le mouvement. Le ministre sud-africain de l administration bantoue tent& d obtenir des grévistes qu ils reprennent le travail en proposant de discuter avec le Conseil législatif de I Ovamboland de l avenir du système de travail sous contrat. Cette démarche n ayant pas eu de résultat, les autorités eurent recours à des méthodes plus sévères. Douze hommes soupçonnés d etre des meneurs furent accusés d avoir empèché par la force les ouvriers de travailler. Cela n eut pour résultat que de renforcer 13 résolution des grévistes et de ceux qui les soutenaient. I1 ne fut pas possible de trouver d autres ouvriers pour remplacer les grévistes qui avaient été licenciés et reconduits dans leurs hon~rimcl.s et il y eut. dans de nombreux points, des rnanifcstations et des meetings de solidarité avec les grévistes. Finalement, l état d urgence fut décrété dans le nord de la Namibie, assorti d une censure totale des informations. On croit savoir pourtant que des heurts extrêmement violents se produisirent. et qu ils se soldèrent par plusieurs morts

176 Namibie 172 des deux côtés. Bien que beaucoup d ouvriers aient été obligés de reprendre le travail, la situation de l emploi n était pas encore redevenue normale un an plus tard et il continuait d y avoir des grèves perlées. Cela eut pour effet de réduire considérablement les marges bénéficiaires des sociétés en question. Les autorités peuvent se dire que, techniquement, elles ont emporté la décision; mais elles ne peuvent plus ignorer l effervescence que le mécontentement entretient parmi les Africains. Neuf mouvements d opposition, dont la SWAPO, les Rehoboths et la SWANU, constituèrent une Convention nationale qui organisa le premier grand rassemblement politique de l histoire de la Namibie. Ce meeting eut lieu au camp de Katatura, à Windhoek, le 18 mars 1973, juste avant que M. Vorster ne vînt présider la première réunion du Conseil consultatif du Sud-Ouest africain mis en place par le gouvernement. La SWAPO manifesta activement son hostilité à ce conseil. En août 1973, une manifestation fut organisée à Katatura contre la visite de M. Vorster, qui venait assister au congrès du Parti nationaliste du Sud-Ouest africain. Des chars encerclèrent les lieux et un manifestant fut tué. En novembre 1973, la nouvelle forme que prit la répression illustra l intensification de l agitation politique en Namibie. Plus de cent personnes qui avaient été arrêtées par la police sud-africaine furent remises aux autorités tribales pour être fouettées en public. Le gouvernement sud-africain justifia cette action en disant qu il s agissait d un retour à une ancienne tradition tribale. Le 16 novembre 1973, trois membres du Mouvement de jeunesse (Youth League) de la SWAPO, dont le président et le vice-président de ce mouvement, furent déclarés coupables d infractions à la loi sur le sabotage et condamnés à huit ans de prison. En décembre 1973, la SWAPO tint une conférence de trois jours en Namibie. Le gouvernement intensifia ses représailles en Parmi les personnes qui furent arrêtées se trouvait Meroro, président de la SWAPO, ainsi que le secrétaire adjoint de ce parti et le président en exercice du Mouvement de jeunesse, entre autres. Tandis qu une intense activité politique se poursuit dans l ensemble de la Namibie, l augmentation du nombre des arrestations montre l inquiétude des autorités sud-africaines. I1 convient de souligner, en conclusion, que l un des objectifs essentiels des mouvements de libération ainsi que de la majeure partie de l opposition est l indépendance de la Namibie dans son intégralité territoriale et non pas l «indépendance )de (nations )indigènes séparées.

177 Bibliographie

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181 [A 151 SHC.74/D. 78/F

AZ A^kgZi Yj 8^idnZc

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