Expérience de consommation et séries télévisées : Le cas de Friends.
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- Laurent Godin
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1 IUP MV 3 Institut Universitaire Professionnalisé D ingénierie du commerce et de la vente IAE Institut d administration des Entreprises Université de Lille 1 Expérience de consommation et séries télévisées : Le cas de Friends. MEMOIRE Pour l obtention du Master 1 de Marketing/Vente Année 2007/2008 Par Lina BOUNSY Flore HUGUET Charlotte VERIN Directeur de Mémoire Richard LADWEIN Professeur Université de Lille Tuteur de Mémoire Candy KOLENC Doctorant Université de Lille
2 Remerciements Nous tenons à remercier toutes les personnes qui ont contribué de près ou de loin au bon déroulement de ce mémoire. Ces remerciements s adressent tout particulièrement à l ensemble de la formation de master 1 Marketing Vente de l IAE de Lille, qui nous a formé toute l année et nous a suivi dans la réalisation de ce travail. A Mlle Candy Kolenc et M. Richard Ladwein, nos tuteurs de mémoire, pour leur suivi, leur conseils avisés, leur soutien, leur disponibilité et leur bonne humeur, et qui nous ont permis d aboutir à ce mémoire dans de bonnes conditions. A M. Stéphane St Pol, directeur de formation MV, qui nous a donné les moyens de suivre une formation de qualité et d entreprendre des dossiers et mémoire pertinents. A M. Gilles Marousé, secrétaire de formation MV, pour sa disponibilité, son écoute et sa réactivité tout le long de l année et lors de la réalisation de ce mémoire. Enfin, nous remercions l ensemble des interviewés pour leurs disponibilités et leurs entretiens, sans qui ce mémoire n aurait jamais pu aboutir! 2
3 Sommaire Introduction... 4 Chapitre 1 : Revue de littérature et objectifs de recherche Les expériences de consommation Les séries Valeurs de consommation Objectifs de recherche Chapitre 2 : Méthodologie Collecte d informations Traitement des données Méthodes d analyse Présentation des catégories Chapitre 3 : Résultats Structuration de l activité Intérêt de l activité Expérience de consommation et miroir de soi Projection au-delà d une expérience de consommation Chapitre 4 : Discussion et Implications Rappel des principaux résultats, implications théoriques et managériales Limites et voies de recherches Conclusion
4 Introduction Nous allons nous intéresser dans cette étude à l immersion d un individu dans une expérience de consommation lorsqu il regarde une série télévisée. Cette analyse nous permettra, après avoir réalisé une méthodologie adaptée, d extrapoler les recherches faites sur les expériences de consommation et sur les séries à l une des plus connue, la série américaine Friends. Nous avons décidé d étudier le cas des séries télévisées du fait qu il s agit d un nouveau phénomène de société. En effet, la plupart des adolescents ont une voire deux séries de prédilection qu ils vont suivre régulièrement, qu ils vont télécharger (en streaming), et auxquelles ils vont être fortement influencés d un point de vue identitaire, communautaire ou utilitaire. Friends peut être considérée comme l une des plus importantes séries humoristiques diffusées dans les années 90 et jusqu à nos jours. En effet, en moyenne, la série rassemblait environ 26 millions de personnes chaque semaine, et ce pendant 10 ans! De même, une publication par le magazine Entertainment Weekly d une liste des 100 meilleures émissions de télévision des 25 dernières années, a classé Friends en 9 position, derrière les Simpsons. La série était diffusée dans plus de 50 pays et en France, lorsqu elle était diffusée, elle représentait toujours plus de 10% de parts de marché. Cet excellent audimat est appuyé par les nombreuses récompenses (56) et nominations (153) qu ont pu recevoir la série et ses acteurs, attestant de son succès et de sa qualité. En conséquence, tout le monde a aujourd hui déjà entendu ou regardé cette série. Il nous paraissait donc intéressant d étudier la cause de cet engouement pour Friends et donc, d un point de vue marketing, d analyser l immersion dans une expérience de consommation à travers cette série et les effets qui s en suivent. 4
5 L ensemble de notre recherche suivra un schéma classique. Une première partie sera consacrée à une revue de littérature qui exposera et confrontera les différentes théories d auteurs concernant les expériences de consommation, les séries télévisées et les valeurs de consommation. Cette partie nous permettra alors de poser les objectifs de recherche. La deuxième partie présentera une méthodologie d enquête relative au problème étudié. Nous verrons ici que, dans la mesure où aucune étude de ce type n a été réalisée jusqu à ce jour, nous réalisons une étude de type exploratoire. Après une revue de littérature et une méthodologie pertinente, nous serons alors en mesure dans une troisième partie d analyser et d expliquer les résultats obtenus en vue de développer la finalité de nos investigations. Enfin, dans une quatrième et dernière partie, nous discuterons de ces résultats et des implications managériales et théoriques qui en découlent. Des limites méthodologiques seront ainsi fixées, ouvertes à de nouvelles voies de recherches. 5
6 Chapitre 1 : Revue de littérature et objectifs de recherche Depuis les années 60, nous assistons à une nouvelle donne concernant la consommation. En effet, avant basée principalement sur la fonction utilitaire du produit, elle est devenue aujourd hui dans les sociétés modernes une activité à vivre plus ou moins intensément, individuellement ou collectivement. C est ce que de nombreux auteurs appellent «les expériences de consommation». Ce changement dans nos modes de consommation n est pas négligeable puisque l ensemble des entreprises doit dorénavant adapter son offre de produit et le contexte dans lequel il est vendu. Pour se démarquer de la concurrence et fidéliser le consommateur, les enseignes doivent faire vivre une expérience inoubliable aux individus par la consommation de leur produit. L enjeu est donc de taille si les marques veulent rester dans la course. Beaucoup d écrits ont analysé les expériences de consommation à travers un produit concret, un lieu, une enseigne ou bien une marque et ont relevés certaines caractéristiques à la production d expérience et à l immersion du consommateur. Cependant, aucun ne mentionne l accès à une expérience de consommation par le visionnage d une série télévisée. C est ce que nous voulons prouver : que l expérience de consommation est également accessible via les séries télévisées. Nous allons donc analyser, à travers plusieurs auteurs reconnus, comment les individus peuvent vivre une expérience de consommation à travers un produit totalement abstrait et loin physiquement. Pour cela, nous allons tout d abord étudier les expériences de consommation à travers les différents écrits sur le sujet afin de pouvoir mieux comprendre l état subjectif dans lequel les consommateurs se retrouvent. Nous allons ensuite tenter d avoir une approche littérale sur les séries télévisées pour enfin décrire les valeurs de consommations traitées pour notre sujet. 6
7 1- Revue de littérature 1.1. Les expériences de consommation Définition et enjeux Les expériences de consommation peuvent être définies de plusieurs manières selon l approche que l on souhaite avoir, mais Ladwein 1 va répondre à cette nouvelle donne marketing en définissant l expérience dans un contexte marketing comme «une nouvelle catégorie d offre qui vient s ajouter aux commodités, produits et services pour répondre aux besoins du consommateur actuel». En effet, le consommateur ne veut plus avoir de rapport utilitaire et transactionnel avec le produit mais le considère dorénavant comme un moyen pour vivre de nouvelles expériences. Carù et Cova 2 poussent plus loin l analyse en affirmant que le consommateur se procurera un produit dans le but de le faire rêver et de s éloigner de sa vie quotidienne tout en l aidant à sa construction identitaire. Tout comme Ritzer (cité par Carù et Cova) qui aura une approche plus poétique en surlignant que le but principal du consommateur face aux produits est maintenant de «se divertir et de s évader d un quotidien désenchanté» (1999). Cependant, le produit en lui seul ne peut jouer ce rôle de «libérateur» malgré les nombreux moyens mis en place par les entreprises en termes de packaging ou d innovation produit. Le consommateur, face à ce produit, ne peut également pas construire et gérer son évasion. La démarche doit se faire par le produit qui va appartenir à un univers propre et proposé par les marques. Comment faire alors pour qu une relation puisse se créer entre le produit et le consommateur? 1 LADWEIN R (2003), Le comportement du consommateur et de l acheteur, éditions Economica, Paris, p ; p.108 ; p.116 ; p CARU, Antonella et COVA, Bernard (2006), Expérience de marque : comment favoriser l immersion du consommateur?, Décisions marketing, 41, Janvier-Mars,
8 1- Revue de littérature Les contextes expérientiels. Des contextes expérientiels vont être créés en stimulant les 5 sens et l imaginaire (Carù & Cova 1 ), et des habillages expérientiels vont permettre une interaction entre le produit et le consommateur (Ochs & Rémy 2 ). L intérêt est que le consommateur puisse être immergé dans une expérience d achat positive qu il va percevoir comme extraordinaire. Ainsi celui-ci ayant vécu un moment inoubliable, n aura qu une envie de réitérer cette expérience et sera alors fidélisé avec la marque. Les producteurs auront gagnés leur pari! (Dupuis & Savreux 3 ). Cependant, comme toute chose, cette expérience n est pas pérenne et pour ne pas lasser le consommateur il est nécessaire qu il y ait un processus de renouvellement. Les distributeurs vont ainsi mettre en œuvre des outils marketing de contextes expérientiels, faisant apparaître chez le consommateur des sensations extrêmement positives et qui renaîtront à chaque immersion de manière différente (Dupuis & Savreux). Les mises en scènes. Tout d abord, le contexte expérientiel va être créé par une mise en scène particulière qui va produire de l expérience. La production d expérience (Holbrook, 2000), va revêtir quatre composantes : expérience, divertissement, exhibitionnisme et évangélisme. Pour cela, les marques vont devoir mettre en place des éléments qui permettront la production d expérience : le décor, par la théâtralisation, l intrigue et l action qui vont correspondre aux relations consommateur-produit. 1 CARU, Antonella et COVA, Bernard (2006), Expérience de marque : comment favoriser l immersion du consommateur?, Décisions marketing, 41, Janvier-Mars, OCHS, Adeline et REMY, Eric (2006), Marketing stratégique et distribution à l aune du marketing expérientiel : Porter aux pays des merveilles, Décisions Marketing, 42, Avril-Juin, DUPUIS, Marc et LEJEAN SAVREUX, Dominique (2004), Marketing expérientiel et performances des enseignes de distribution, Revue française de marketing, 198, Juillet,
9 1- Revue de littérature Le décor va permettre de contrôler l immersion dans une expérience de consommation en posant des limites visuelles. Son aspect visuel sera caractérisé par une architecture intérieure et extérieure et par un scénario concrétisé par tout ce qui sera animation, vendeurs, etc. (Dupuis & Savreux 1 ). L intrigue va raconter le produit dans tous ses aspects et va intégrer les quatre composantes de la production d expérience (cf. plus bas). Et enfin, l action va faire rentrer le produit dans la vie du consommateur et fera partie intégrante de son existence (Filser 2 ). Cette mise en scène se fera bien entendu par des éléments de théâtralisation mais également par les histoires construites autour du produit. Ces histoires vont faire passer l individu d un statut de consommateur à celui de lecteur où il sera alors transporté dans son imaginaire. Il va s agir «d ensemble de quasi-récits qui mettent l individu face à un monde fictionnel et souvent mythique» (Carù & Cova 3 ). Par cette mise en scène particulière propre au produit ou à la marque présentée, les sens du consommateur vont alors être largement suscités, ainsi que son imaginaire. Tous les outils vont être mis en place pour que l odorat, la vue, l ouïe, le toucher et le goût soient éveillés pour faire ressentir des sensations chez le consommateur qu il n oubliera pas. Cette surstimulation immergera les individus dans des contextes expérientiels qui apparaîtront comme ludiques (Carù & Cova, 2006). Il s agit ici de développer le marketing sensoriel qui va «créer une expérience agréable grâce à la stimulation polysensorielle» (Dupuis & Savreux, 2004). Dans un contexte expérientiel, une atmosphère va être recréée et correspondra au positionnement adopté par la marque 1 DUPUIS, Marc et LEJEAN SAVREUX, Dominique (2004), Marketing expérientiel et performances des enseignes de distribution, Revue française de marketing, 198, Juillet, FILSER, Marc (2002), Le marketing de la production d expérience : Statuts théoriques et implications managériales, Décisions marketing, 28, Octobre-Décembre, CARU, Antonella et COVA, Bernard (2006), Expérience de marque : comment favoriser l immersion du consommateur?, Décisions marketing, 41, Janvier-Mars,
10 1- Revue de littérature Les caractéristiques. Cependant, même si le contexte expérientiel est mis en place par une mise en scène particulière qui va susciter une explosion des sens chez le consommateur, celui-ci doit tout de même être contrôlé pour éviter les «dérapages» de la part du consommateur qui passerait alors à côté de l objectif non-dit qui est avant tout de vendre. Pour maîtriser ce contexte expérientiel, il doit requérir 3 caractéristiques : enclave, sécurité, thème. Il doit être enclavé dans la mesure où il doit requérir certaines limites pour maîtriser l évasion de l individu dans un monde parallèle loin du quotidien. Le contexte doit être sécurisé dans le sens où aucun «parasite» ne doit faire interférence avec cette immersion. Enfin, il doit être thématisé pour lui donner un sens. Ces trois composantes vont créer un «univers hyperréel» où le consommateur pourra pleinement plonger, suscité par une stimulation importante de l imaginaire grâce à un renouvellement constant de récits, d intrigues, d image (Carù & Cova 1 ). Le rôle du consommateur dans les contextes expérientiels. Malgré tous ces éléments mis en place par les marques, le consommateur en lui-même va jouer le rôle principal dans l immersion et décidera tout seul la manière dont il souhaite vivre l expérience, plus ou moins intensément, même si les outils adéquats sont mis en place (Carù & Cova, 2006). Cette immersion, largement développée par Carù et Cova, va dépendre bien entendu du vécu du consommateur. En effet, selon sa propre expérience, l individu ne va pas s arrêter à la fonction utilitaire du produit mais va rechercher dans son vécu des valeurs hédonistes, ludiques, esthétiques qu il aurait pu intégrer grâce à une expérience de 1 CARU, Antonella et COVA, Bernard (2006), Expérience de marque : comment favoriser l immersion du consommateur?, Décisions marketing, 41, Janvier-Mars,
11 1- Revue de littérature consommation antérieure satisfaisante(holbrook 1 ). Mais les marques peuvent toujours jouer un rôle dans cette immersion et mettre en place des outils abstraits, réduisant la distance consommateur-contexte (Carù & Cova, 2006) Le consommateur, producteur de sens Le discours et l expérience de consommation. Le consommateur va extérioriser les sensations qu il va avoir vis à vis de l expérience de consommation qu il va vivre. Il va ainsi tenir un certain discours qui sera la preuve verbale qu il fut immergé dans une expérience de consommation. Bourgeon et Filser2 ont analysé sept caractéristiques émanant du discours du consommateur qui montrera son implication dans la consommation d un produit. Il s agit de l implication, l orientation visuelle ou verbale (à deux échelles), l orientation romantique ou classique, le besoin de stimulation, la recherche de sensations, et l orientation intrinsèque ou extrinsèque. Ainsi, après l analyse de contenu, il sera aisé de déterminer à quel niveau d immersion est le consommateur en visionnant une série télévisée. 1 HOLBROOK M.B., HIRSCHMAN E.C. (1982), The Experiential Aspects of Consumption: Consumer Fantasies, Feelings and Fun, Journal of Consumer Research, Vol. 9, n 2, pp BOURGEON, Dominique et FILSER Marc (1995), Les apports du modèle de recherches d expériences à l analyse du comportement dans le domaine culturel ; une exploration conceptuelle et méthodologique, Recherche et Applications en Marketing, vol.x, n 4, Avril,
12 1- Revue de littérature Faciliter l immersion du consommateur. Comme nous l avons vu précédemment, les marques vont mettre en place tout un contexte favorisant l immersion du consommateur dans une expérience de consommation. Cependant, cette immersion ne va pas se faire uniquement au niveau du produit. En effet, le consommateur va devoir être «guidé» vers cette expérience par des dispositifs d accompagnement, d action collective et d auto-détermination (Carù et Cova 1 ). Ce rôle de guide développé par Carù et Cova (2006) va permettre «d accompagner» le consommateur, c est à dire, faire en sorte qu il ait confiance dans le produit présenté en révélant une partie intime. Cela peut être une histoire développée quand il s agit d une marque ou bien de connaître les secrets des personnages d une série par exemple. En se sentant en confiance et oubliant l aspect totalement transactionnel du produit, l individu va alors développer des émotions positives qui faciliteront son évasion et son immersion en expérience de consommation. Une stimulation émotionnelle comme réponse à l expérience de consommation. L individu, en étant en expérience de consommation va faire appel à sa sphère cognitive et affective du fait de son interactivité avec l objet et le contexte associé (Filser 2 ). L immersion va donc être totalement subjective dans la mesure où elle va dépendre du vécu des consommateurs et de leur réactivité aux signaux envoyés. Malgré cela, les individus vont mobiliser un ensemble de stimulus dans le seul but de s évader de leur quotidien et d oublier le stress et les tracas de leur vie (Carù et Cova 3 ). Ils vont dépasser la fonction utilitaire du 1 CARU, Antonella et COVA, Bernard (2006), Expérience de marque : comment favoriser l immersion du consommateur?, Décisions marketing, 41, Janvier-Mars, FILSER, Marc (2002), Le marketing de la production d expérience : Statuts théoriques et implications managériales, Décisions marketing, 28, Octobre-Décembre, CARU, Antonella et COVA, Bernard (2003), Approche empirique de l immersion dans l expérience de consommation : les opérations d appropriation, Recherche et applications en marketing, vol 18, 2,
13 1- Revue de littérature produit pour qu il devienne producteur de sens et dégagent un ensemble d émotions fortes qui rendra l expérience comme extraordinaire (Ochs et Rémy 1 ) Cette immersion réveillera les cinq sens du consommateur qui sera donc en sur-stimulation émotionnelle. Voulant alors renouveler cette expérience et explorer à nouveau ses sensations, il donnera ainsi un sens à sa vie et une construction identitaire (Carù et Cova, 2003). Une construction identitaire. Selon Carù et Cova 2, le consommateur va chercher à s immerger dans une expérience de consommation parce qu elle va lui procurer des sensations inoubliables. Cela va lui donner une image positive de lui-même qui le poussera alors à explorer encore plus ses capacités émotionnelles. En ce sens, le consommateur va se découvrir et construire son identité au fur et à mesure l expérience de consommation. Cela devient un «objectif global de construction identitaire» (Carù et Cova 3 ). Par une expérience de consommation l individu va donc orienter le produit vers soi et ainsi favoriser la construction de son identité propre. Cependant, elle peut être également de type communautaire du fait qu il va y avoir non seulement une interactivité objet-consommateur mais également une interactivité objet-consommateur-contexte, facilitant encore plus la production d expérience (Filser 4 ). En effet, l expérience de consommation vécue à l origine de manière individuelle, aura besoin d être partagée par le consommateur. Ainsi, en exprimant ses ressentiments, celui-ci se sentira exister et appartenir à un réseau social partageant les 1 OCHS, Adeline et REMY, Eric (2006), Marketing stratégique et distribution à l aune du marketing expérientiel : Porter aux pays des merveilles, Décisions Marketing, 42, Avril-Juin, CARU, Antonella et COVA, Bernard (2003), Approche empirique de l immersion dans l expérience de consommation : les opérations d appropriation, Recherche et applications en marketing, vol 18, 2, CARU, Antonella et COVA, Bernard (2006), Expérience de marque : comment favoriser l immersion du consommateur?, Décisions marketing, 41, Janvier-Mars, FILSER, Marc (2002), Le marketing de la production d expérience : Statuts théoriques et implications managériales, Décisions marketing, 28, Octobre-Décembre,
14 1- Revue de littérature mêmes valeurs (Carù et Cova 1 ). Des micro-rituels pourront être réalisés, renforçant encore plus l idée de communauté et des apprentissages mutuels seront réalisés des plus instruits vers les plus novices. Ces activités collectives renforceront l identité du consommateur au sein d un groupe et également son identité propre en donnant un sens à sa vie. (Carù et Cova, 2006). Ces analyses étaient principalement basées sur une relation consommateur-objet. Il serait donc très intéressant de pouvoir élargir ces hypothèses à un produit de type culturel et qui rentre dans les générations actuelles : les séries télévisées, qui suscitent un fort engouement au près des jeunes et de nombreux «accrocs». Quels sont les outils mis en place pour que ce processus d addiction et de renouvellement au travers des séries télévisées puisse exister? 1 CARU, Antonella et COVA, Bernard (2006), Expérience de marque : comment favoriser l immersion du consommateur?, Décisions marketing, 41, Janvier-Mars,
15 1- Revue de littérature 1.2. Les séries Les aspects de la consommation expérientielle. Tout d abord, les séries télévisées vont se différencier des programmes de cinéma dans la mesure où elles concernent des histoires qui vont se dérouler sur un très long terme, mettant en place des coupures où le téléspectateur va revenir à la réalité. Ces coupures vont faire en sorte que l immersion du consommateur dans la série se fasse par petits moments intenses et pas par un grand plongeon, comme il peut être le cas avec les films cinématographiques (Carù et Cova, 2004). L immersion sera ainsi facilitée puisque le consommateur aura pris le temps de s approprier la série. Ensuite, les séries peuvent se distinguer également des films dans le sens où il ne sera pas mis en place de contexte propre à la série, comme cela peut être le cas avec les films qui vont être projetés dans une salle de cinéma. Ici, le risque est que dans ce cas l appropriation est ralentie dans la mesure où les trois étapes de nidification, marquage et exploration seront bâclées voire inexistantes. Il va donc être indispensable ici de démontrer que les individus entrent en expérience de consommation et par quel biais cela s opère. Le marketing expérientiel a fait émerger l idée que l ensemble des activités de consommation ne se résumait pas qu aux biens et aux services, mais qu il était également composé des expériences de consommation. Cette approche souligne l importance des valeurs hédoniques, symboliques et esthétiques au sein de la consommation. 15
16 1- Revue de littérature L influence des séries. Selon Ladwein, Kolenc et Ouvry 1, la télévision «modèle la conception du monde réel par les téléspectateurs, en déformant leurs perceptions du monde réel par les perceptions du monde imaginaire de la télévision». Cela peut s appliquer aux séries dans la mesure où elles vont présenter dans un petit écran un univers propre qui sera vu de manière totalement subjectif selon la vision et le vécu du téléspectateur. Cependant, malgré le fait que le spectateur va regarder la série selon ses propres yeux, la télévision va tout de même jouer une forte influence sur lui, de manière totalement invisible. En effet, selon Hirschman (1998), une certaine idéologie est transmise via les séries surtout lorsque celles-ci restent proches de la réalité. Les téléspectateurs vont alors faire une projection de leur vie dans celle de la série qui va alors lui donner des réponses à ses questions. Les séries vont également avoir une forte influence auprès des téléspectateurs, surtout les plus jeunes, en leur montrant des personnages qui pourraient être comme eux mais idéalisés. Ils sont appelés «modèles de rôle» et vont être des «agents de socialisation déterminants» (Ladwein, Kolenc, Ouvry 2 ). En effet, ces derniers auront une forte influence sur les téléspectateurs et peuvent être même considérés comme prescripteurs (Martin, Bush, 2000), malgré le fait qu ils n entrent pas en contact direct avec le consommateur. Ainsi, tout en étant dans un état totalement passif devant son écran, l individu va absorber ce qu il en voit et en créer une expérience de consommation. Cependant, il serait intéressant d étudier si le consommateur va aller plus loin dans son expérience de consommation en la 1 LADWEIN, R., KOLENC, C. et OUVRY, M. (2007), Expérience de consommation télévisuelle et restauration du lien social : le cas Star Académy, 6 ème Journées Normandes de Recherche sur la consommation : Société et consommations, Mars, LADWEIN, R., KOLENC, C. et OUVRY, M. (2007), Expérience de consommation télévisuelle et restauration du lien social : le cas Star Académy, 6 ème Journées Normandes de Recherche sur la consommation : Société et consommations, Mars,
17 1- Revue de littérature partageant avec d autres membres qui lui ressemble, créant alors un groupe identitaire, que l on pourrait qualifier de «sous culture» (Schouten et McAlexander 1 ) L expérience des séries vers une sous-culture. Les consommateurs vont donc se plonger dans une expérience de consommation et s approprier la série. Dans la mesure où les téléspectateurs vont chercher à travers la série a acquérir des sensations liées au divertissement, expérience, exhibitionnisme et évangélisme (Holbrook, 2000), celle-ci va rentrer totalement dans leur mode de vie (Filser 2 ) et l individu va alors se créer un environnement pour accueillir ce nouveau produit. Cela va se concrétiser par une projection de l expérience de consommation à travers son réseau social et se créer un groupe dans lequel il pourra partager cette expérience. Schouten et McAlexander 3 utilisent le terme de «sous culture de consommation» pour caractériser un groupe distinctif qui va partager une activité de consommation. Nous sommes bien dans le cas des séries télévisées où les individus vont se retrouver entre eux et partager des émotions en visionnant la série. Kozinets 4 pousse même plus loin cette définition avec son analyse sur Star Treck. Il affirme que le terme de «culture de consommation» va être utilisé lorsque les groupes vont pratiquer ensemble une activité mais également partager et s identifier dans le but que créer un groupe le plus homogène possible. Le consommateur de la série va donc être immergé dans une expérience de consommation, influencé par les modèles de rôles et créer une «sous-culture» (Schouten et McAlexander, 1 SCHOUTEN, J. W.; McALEXANDER, J. H. (1995), Subcultures of consumption: An ethnography of the new biker, Journal of Consumer Research; Vol.22, N 1, pp FILSER, Marc (2002), Le marketing de la production d expérience : Statuts théoriques et implications managériales, Décisions marketing, 28, Octobre-Décembre, SCHOUTEN, J. W.; McALEXANDER, J. H. (1995), Subcultures of consumption: An ethnography of the new biker, Journal of Consumer Research; Vol.22, N 1, pp KOZINETS, Robert (2001), Utopian enterprise : articulating the meanings of Star Treck s culture of consumption, Journal of Consumer Research, Vol.28 Issue 1, Juin,
18 1- Revue de littérature 1995). Une telle réception à la série n est pas négligeable pour que l on puisse s interroger sur ce qui va permettre cette investiture. Quelles vont être les valeurs qui vont se dégager du produit pour qu il devienne un objet d influence? 18
19 1- Revue de littérature 1.3. Valeurs de consommation. Nous avons pu voir précédemment que les téléspectateurs allaient pouvoir plonger dans une expérience de consommation à travers un produit qui ne revêt quasiment aucune fonction utilitaire, une série télévisée. Cependant, il va être important de pouvoir comprendre les valeurs auxquelles les individus adhèrent à travers ce type de produit. Les travaux d Aurier, Evrard et N Goala 1 ont une approche relativement générale et conceptuelle des valeurs de consommation en les plaçant du côté des consommateurs, à l inverse d autres auteurs. Selon les auteurs, il va exister deux types de valeurs à savoir globale ou analytique. Dans cette revue de littérature, nous nous intéresserons à la deuxième dans la mesure où elle va concerner la valeur de consommation en la plaçant au niveau des expériences de consommation (Aurier, Evrard et N Goala, 1998). Holbrook et Corfman (1995) vont expliquer cette valeur en la définissant comme «une préférence relative, caractérisant l expérience d un individu en interaction avec un objet». Nous sommes donc bien en plein cœur de notre sujet, c est à dire quelles sont les interactions entre le téléspectateur et la série Friends. Très peu d écrits ont analysés en profondeur cette valeur de consommation analytique et sont en général retenus que deux aspects à la valeur de consommation. Tout d abord il y a bien entendu la valeur utilitaire puis les pionniers du marketing expérientiel ont avancé l idée qu il existait également un aspect hédonique à la consommation (Holbrook et Hirschman 2 ). L objet de consommation n est plus un moyen mais devient une finalité et relève donc de qualités intrinsèques. Plusieurs auteurs ont eu une approche conceptuelle ou bien empirique sur cette valeur de consommation. Nous allons les présenter brièvement afin de poser un cadre général pour ensuite mieux analyser ces valeurs à travers notre sujet. 1 AURIER, P, EVRARD, Y, N GOALA, G (2004), Comprendre et mesurer la valeur du point de vue du consommateur, Recherche et Applications en marketing, Vol.19, 3, Mars, HOLBROOK M.B., HIRSCHAMN E.C. (1982), The Experiential Aspects of Consumption: Consumer Fantasies, Feelings and Fun, Journal of Consumer Research, Vol. 9, n 2, pp
20 1- Revue de littérature Cadre général Les différents auteurs qui ont pu étudier les valeurs de consommation se rejoignent sur le fait qu ils opposent les valeurs extrinsèques de celles intrinsèques. Une fois cette opposition faite, ces auteurs vont se démarquer quand à la classification qu ils vont faire de ces valeurs. Holbrook va comparer les deux types de valeurs de consommations en les reposant sur des dichotomies (1994) puis en analysant les préférences. Celles-ci vont être alors soit vers le consommateur, soit vers les autres, que celui-ci soit actif ou bien passif. Ces trois dichotomies nous montrent bien la complexité des valeurs de consommations intrinsèques et la complexité des champs qu elle peut revêtir. Holt 1, confirme cette approche comme quoi la valeur intrinsèque peut être orientée vers le consommateur ou bien vers les autres, mais va plus loin en relevant quatre significations. Les pratiques de consommation peuvent alors relever de l expérience, du jeu, de l intégration ou bien de la classification. D après les définitions de ces significations, nous ne pouvons classer les séries télévisées comme Friends dans une seule et unique catégorie dans la mesure où c est le téléspectateur qui va choisir tout seul la manière dont il souhaite «utiliser» la série. De plus, dans la mesure où la série est multidimensionnelle, la relation consommateur-objet n est que plus complexe. Malgré le fait que la valeur globale est opposée à la valeur analytique, Sheth, Newman et Gross (1991) ont proposé une typologie des bénéfices perçus et se calent tout de même avec l objet de notre intérêt. En effet, selon eux, les bénéfices seraient de l ordre du fonctionnel, social, émotionnel, épistémique et conditionnel. Lai (1995) pousse la typologie en ajoutant trois nouveaux bénéfiques, applicables aux valeurs de type analytique : hédonique, esthétique et holistique, qui ne sont pas sans rappeler les fonctions d expérience de consommation relevées par Holbrook et Hirschman 2 en HOLT, Douglas (1995), How consumers consume : a typology of consumption practices, Journal of Consumer research, Vol.22, Juin, HOLBROOK M.B., HIRSCHAMN E.C. (1982), The Experiential Aspects of Consumption: Consumer Fantasies, Feelings and Fun, Journal of Consumer Research, Vol. 9, n 2, pp
21 1- Revue de littérature Evrard et Aurier (1996) ont une approche assez intéressante concernant la relation qu il peut exister entre l homme et l objet. Ils partent de la théorie que les individus vont développer des attitudes pour s adapter à l environnement de l objet tout en restant concentré sur eux-mêmes Position des séries dans les valeurs de consommations. Comme nous avons pu le voir au-dessus, les valeurs de consommation se révèlent être assez complexe et arborent des aspects différents selon les auteurs. Dans la mesure où nous avons pu démontrer que le visionnage d une série était considérée comme une expérience de consommation, nous allons maintenant essayer de définir, à l aide des théories émanes à ce sujet, comment les consommateurs consomment la série. D après Aurier, Evrard et N Goala 1, l activité cinématographique requiert des valeurs de consommation selon les productions qui ne s adressent pas à un même public. Nous pouvons rapprocher ce concept à celui des séries télévisées où les téléspectateurs vont s approprier de manière différente la série. D après Holt 2, il est possible de dénombrer les valeurs de consommation au nombre de quatre : consommer en tant qu expérience, qu intégration, que classification ou consommer en tant que jeu. Comment va se positionner la série Friends à partir de cette classification? Concernant la consommation en tant qu expérience, l auteur va montrer que l objet va être consommé en ressentant des émotions fortes qui vont être de nature hédonique, esthétique, autotélique ou bien subjective. Consommer par intégration va signifier que le consommateur va acquérir les significations de l objet puis le «manipuler». Celui-ci fera alors partie intégrante du consommateur, comme s ils ne faisaient qu un seul. L individu sera en totale expérience de consommation. 1 AURIER, P, EVRARD, Y, N GOALA, G (2004), Comprendre et mesurer la valeur du point de vue du consommateur, Recherche et Applications en marketing, Vol.19, 3, Mars, HOLT, Douglas (1995), How consumers consume : a typology of consumption practices, Journal of Consumer research, Vol.22, Juin,
22 1- Revue de littérature Consommer par classification va permettre à l objet de «choisir» ses consommateurs puisqu il ne va correspondre qu à une cible bien précise, selon ses significations. Enfin, consommer par le jeu va signifier que l objet va être utilisé par le consommateur pour développer ses relations sociales au travers également des trois autres dimensions. Nous pouvons donc poser l hypothèse d après ces trois aspects des valeurs de consommation que les séries peuvent se placer plus ou moins dans chacune des quatre dimensions avancées par Holt. 22
23 1- Revue de littérature 1.4. Objectifs de recherche D après les résultats obtenus des différents auteurs cités dans la revue de littérature, nous proposons dans cette étude d analyser la manière dont les téléspectateurs d une série télévisée vont accéder à une expérience de consommation et examiner le prolongement dans la vie réelle de ce phénomène. Nous avons choisi d étudier le cas de Friends, série américaine mondialement connue et très appréciée des adolescents, cible particulièrement influençable. Pour ce faire, nous nous sommes fixées quatre objectifs d analyse pour comprendre la relation qu il puisse exister entre le consommateur et la série télévisée. Tout d abord, nous allons définir le contexte dans lequel les consommateurs visionnent la série afin de comprendre leurs habitudes de visionnage et la manière dont es structurée cette activité. Ensuite, nous nous intéresserons à examiner la cause de cet engouement pour cette série et donc de comprendre l intérêt de l activité. Après avoir défini l environnement de visionnage de la série dans les deux premières parties, nous pourrons enfin analyser dans quelle mesure les individus s immergent dans une expérience de consommation et qui va être le reflet de la propre vie du consommateur. Enfin, Nous irons plus loin dans l analyse de l expérience de consommation en prouvant d après l étude de contenu que l expérience de consommation ne s arrête pas une fois la série visionnée mais va se prolonger dans la vie réelle des téléspectateurs. Nous avons pu obtenir une première approche avec la revue de littérature et ainsi poser le cadre théorique nécessaire à l enquête et à l analyse. Cependant, en utilisant une méthodologie de type exploratoire, nous avons pu avoir une analyse précise de notre sujet. 23
24 Chapitre 2 : Méthodologie Suite à la revue de littérature exposée précédemment, nous envisagerons une étude exploratoire qualitative par recueils d informations à l aide d entretiens individuels afin de traduire les informations en termes de motivations, d attitudes ou de comportements. 2.1 Collecte d informations Il s agit d entretiens semi-directifs pour que l on puisse guider le répondant en abordant les thèmes que l on souhaite tout en le laissant s exprimer librement. Notre rôle est uniquement de le guider sans préparer de manière approfondie la recherche dans la mesure où celle-ci peut restreindre nos champs d investigation. En effet, cela semble adapté car le consommateur est au cœur de l expérience. En l interrogeant et en observant son comportement (gestes, expressions du visage, etc.), nous pourrons ainsi savoir ce qui participe à l immersion du téléspectateur dans la série. Ainsi, notre travail est libre de toutes hypothèses préalables et les informations recueillies sont riches, précises et détaillées. Même si celles-ci sont peu structurées, nous avons l avantage de ne pas fausser la relation entre le terrain et l analyse et les techniques utilisées correspondent à une démarche expérientielle. 24
25 2- Méthodologie Tableau n 1: Méthodologie non-structurée et semi-structurée Source : Adrienai J-C, Conchon F. (2002 ), «Les techniques d enquêtes expérientielles : vers une nouvelle génération de méthodologies qualitatives» Nous avons choisi une méthodologie semi structurée car nous avons eu recours à un guide d entretien qui nous a permis de focaliser le répondant sur un sujet précis. Ce guide nous a également permis d ordonner notre démarche. En effet, nous avons posé des questions d ordre général au départ afin de rentrer dans le détail au fur et à mesure de l entretien. Notre guide d entretien contient des questions précises et rédigées que nous avons adaptées au répondant selon ses réponses. Il est l interface entre la conceptualisation de l étude et sa mise en œuvre et offre un cadre aux entretiens. Grâce à cette méthode nous avons pu laisser les interviewés répondre spontanément tout en suivant un plan vers lequel nous avons décidé de les amener Entretiens individuels Nous interrogerons 30 individus qui regardent ou ont déjà regardé la série Friends. Nous utiliserons un échantillon de convenance, il s agit donc de personnes volontaires que les interviewers connaissent et fréquentent pour la plupart. 25
26 2- Méthodologie A ce jour nous avons réalisé la totalité de nos 30 entretiens auprès des spectateurs de la série (voir liste des personnes interviewées en annexe). Les répondants ont été recrutés selon plusieurs modalités. Nous avons tout d abord choisi d interviewer toutes personnes ayant déjà regardé la série. Cependant, nous nous sommes rendues compte que les individus ayant regardé la série ponctuellement n avaient pas une vision précise et développée de celle-ci. Nous nous sommes alors concentrées sur des individus qui suivent ou ont suivi la série régulièrement pour obtenir des entretiens clairs et complets. Il s agit pour la plupart, de répondants qui ne suivent plus la série puisque celle-ci est terminée depuis un certain moment. Ce sont tout de même des individus qui étaient assidus lorsque la série était diffusée. Enfin, nous avons choisi d interroger des individus qui avaient du temps à nous accorder et qui souhaitaient parler de leur «expérience» Friends. La collecte d informations a été réalisée lors d entretiens individuels en face à face, le lieu et l horaire de l entretien étaient fixés exclusivement selon les disponibilités de l interviewé. C est pourquoi de nombreux entretiens ont été réalisés au domicile du répondant. Nous disposions d un dictaphone afin d enregistrer les conversations, et de feuilles et stylos afin de prendre les notes nécessaires. Nous avions choisi une méthodologie semi structurée, nous avions donc notre guide d entretien à portée de main, que nous pouvions modifier selon les propos du répondant. Cela permettait l illusion d une simple discussion entre l interviewer et l interviewé. Ce mode de collecte de données a été utilisé durant toute l étude. Nous avons choisi de recourir à des entretiens semi directifs qui s appuient sur des thèmes principaux servant de fils conducteurs au déroulement de l entretien, dans lesquels nous avons intégré des questions. Ainsi, nous avons posé un thème de réflexion et des interrogations autour desquels nous avons encouragé les répondants à faire part de leurs opinions, de leurs perceptions et de leurs réactions. Les entretiens étaient divisés en deux phases principales. La première consiste à mettre en confiance le répondant qui nous permet de lui expliquer les raisons de l enquête et de nous assurer qu il n y a de réticences de sa part qui puissent nuire au bon déroulement de l entretien. La seconde phase est celle du suivi du guide d entretien et de son ajustement selon 26
27 2- Méthodologie les réponses du répondant. Il s agit pour l interviewer de s adapter au statut de l interlocuteur et d être flexible tout en maîtrisant l entretien (relance, observations directes, etc.). Enfin, après chaque entretien, l interviewer passe par la phase de conclusion et de post entretien. Lors de cette phase, l interviewer remet en forme les notes prises durant l entretien et note les éléments non verbalisés constatés. Nous garantissons également l anonymat des réponses. Pour la réalisation de ces entretiens nous nous sommes appuyées sur des ressources qui ont pour objectif de maîtriser les interactions entre l interviewer et l interviewé : capacité d écoute et de relance, réactivité et esprit de synthèse, contrôle du déroulement de l entretien, etc. Ainsi, nous nous sommes efforcées de rester neutre et d éviter les questions fermées et les questions qui peuvent influencer la réponse de l interviewé Observation participante et non-participante. Dans le cadre des techniques d enquête expérientielles, nous avons utilisé des méthodes d observations participantes et non participantes. La première nous a permis d établir une relation de sympathie avec l interviewé, de partager ses implicites, de repérer des évènements rares en observant ses gestes et réactions. Grâce à la seconde, nous avons gardé une distance critique face à l individu afin de ne pas perdre notre objectivité, de ne pas réduire notre capacité d observation et, de réaliser un rapport détaché de celui de l interrogé. 27
28 2- Méthodologie 2.2 Traitement des données Entretiens individuels Suite à nos entretiens, nous avons préparé le matériel nécessaire à l analyse. Nous avons retranscris les informations recueillies sous forme de question / réponse type dialogue, qui sont fidèles aux propos échangés entre l interviewer et l interviewé lors de l entretien. Après cette première étape, nous avons envisagé la phase d analyse. Nous avons tout d abord cherché à regrouper des termes et mots similaires utilisés par les répondants durant les entretiens. Dans un second temps, nous avons procédé à une analyse de contenu. Celle-ci nous est apparue comme très hétérogène au départ. Nous nous sommes donc interrogées sur les unités de production que nous pouvions faire ressortir. Nous avons travaillé sur les retranscriptions des entretiens semi directifs réalisées auparavant et, pour identifier les items de traitement, nous nous sommes servis des thèmes présents dans les entretiens. Dans ce cas, nous avons utilisé l ensemble du matériel que nous avions à notre disposition, et nous avons traité de manière exhaustive toutes les informations recueillies. Une fois que nous avons réuni le matériel nécessaire pour l analyse, nous sommes passées au codage des items et à la catégorisation. Nous avons commencé par une première analyse de type lexical pour tendre vers une analyse par thème. Le codage et la catégorisation ont été réalisés d après les critères de Berelson. Ainsi, les catégories doivent être homogènes, exhaustives, exclusives, objectives et pertinentes. Nous avons retravaillé notre grille d analyse jusqu à obtenir des catégories les plus proches de nos critères de départ. 28
29 2- Méthodologie Observation participante Les notes prises au cours des observations lors des entretiens font parties du matériel de travail et ont pu être utilisées pour l analyse. 2.3 Méthodes d analyse Codage Nous avons utilisé des méthodes de codage par induction, qui sont liées à la «Grounded Theory Methodology and Consumer Behaviour, Procedures, Practive and Pitfalls» de Christina Goulding. En effet, nous avons commencé par analyser un échantillon minime de tous nos entretiens pour élargir ensuite cette analyse aux autres. Les catégories de départ ont été revues et adaptées au fur et à mesure de l analyse des autres entretiens. De plus, nous avons favorisé un enracinement de l analyse dans les données du terrain. L élaboration de la grille d analyse nous a permis de classifier les résultats grâce aux catégories, aux items et aux références (citations, numéro d entretien et ligne). Nous avons commencé par nous intéresser à l initiation et les raisons du visionnage de la série par les interviewés, les conditions de visionnage et les interactions que la série crée entre eux et leur entourage. Il est possible pour nous d utiliser plusieurs types de codage pour l analyse des entretiens1 : Le codage ouvert : tout ce qui est similaire est une catégorie. L étude détaillée de l entretien permet d exposer les idées et les explications qu il contient. Cela nous permet également de 1 Goulding C (1998), The grounded theory: the missing methodology on the interpretativist agenda, Qualitative Marketing Research, Vol. 1, N 1, pp.50 29
30 2- Méthodologie diminuer le nombre de données en regroupant les items en catégorie pour pouvoir mieux les manipuler. Ces catégories seront ensuite développées pleinement en termes de propriétés et de dimensions. Le codage axial : catégories et sous catégories seront reliées selon leurs dimensions et propriétés. Il s agit de comprendre comment les éléments se combinent les uns aux autres Présentation des catégories Nous avons choisi de nous orienter vers une approche qualitative à travers des entretiens individuels car cela nous a permis d explorer le terrain et de nous appuyer sur la «grounded theory» dite la «théorie enracinée»1. Notre échantillon d interviewés a été sélectionné dans le but de nous permettre de comprendre dans quelle mesure la série Friends peut-elle être perçue comme une expérience de consommation. L approche par les entretiens nous a permis de répondre petit à petit à notre problématique et d ajuster au fil du temps notre guide d entretien. Nous nous sommes aperçues qu il était plus intéressant d interroger des individus qui suivent ou qui ont suivi la série régulièrement. De plus, le choix du terrain nous a laissé plus de liberté dans notre démarche. En effet, le terrain nous a offert la possibilité de nous orienter vers les chemins qui nous semblent les plus adaptés à notre problématique et à modifier nos questions de recherche au fur et à mesure de l enquête. Ce type de méthode de collecte nous a apporté des informations plus complètes qu une autre méthode puisque les répondants sont libres de s exprimer comme ils le souhaitent. Le but 1 Goulding C. (1999), «Grounded Theory Methodology and Consumer Behaviour, Procedures, Practice and Pitfalls», Wolverhampton Business School 30
31 2- Méthodologie étant qu ils nous confient leurs sentiments et ressentis par rapport à la série Friends. Les questions ouvertes facilitent le dialogue et la phase de purge permet de mette en confiance le répondant. Toutes ces techniques amènent aux différentes manières que le répondant a de vivre la série. Avant de présenter les résultats, nous allons exposer les catégories et sous catégories qui ont découlées de notre codage par induction. Suite à l analyse de contenu, nous avons obtenu 10 catégories (54 sous-catégories) qui sont présentées et définies dans le tableau suivant. On trouvera une vision plus détaillée de notre analyse dans la grille d analyse. Catégorie Définition Intégration dans un groupe Manière dont le visionnage de la série intègre l individu dans un réseau social. Initiation Manière dont l individu a accès à la série. Planification Activité programmée ou non. Contexte social de visionnage Environnement dans lequel l individu regarde la série. Identification aux personnages Processus d identification au niveau des personnages. Identification aux situations Processus d identification au niveau des situations. Modification du comportement Manière dont le visionnage de la série a un effet sur le comportement de l individu. Humour Caractéristiques de la série qui font que l individu rit en regardant la série. Perception de la série Manières dont l individu voit la série et les raisons de son visionnage. Addiction Raisons pour lesquelles l individu va ressentir un effet de manque. 31
32 Chapitre 3 : Résultats. Ce troisième chapitre se décomposera en quatre parties distinctes, au travers desquelles nous tenterons de comprendre comment l individu est initié à la série Friends, mais aussi pourquoi il continue de la regarder. Dans une première partie, nous nous intéresserons à la structuration de l activité. Puis, dans une deuxième partie, nous expliquerons quel est l intérêt de l activité pour l individu. La troisième partie sera consacrée à l expérience de consommation et miroir de soi. Enfin, la quatrième et dernière partie de l analyse sera destinée à la projection de l individu au-delà d une expérience de consommation. 32
33 3.1. Structuration de l activité. La structuration de l activité est une partie importante puisqu elle va nous permettre de comprendre comment les individus ont accès à la série, et également de savoir comment ils s organisent pour la visionner. Enfin, elle nous permettra également de savoir dans quel contexte social la série est regardée Initiation. Suite à l analyse de contenu, deux moyens d initiation à la série ont été relevés. En effet, certains individus ont accès à la série par le biais du bouche à oreille et d autres par le biais du hasard. Bouche à oreille Certains individus ont accès à la série Friends par le biais du bouche à oreille. En effet, l individu qui ne regarde pas cette série et qui la connaît ou non, va y avoir accès grâce un buzz relativement important. Ce buzz va ainsi pousser l individu à la regarder mais également à la suivre. La plupart des individus que nous avons interrogés commencent à la visionner par le biais d amis ou de membres de leur famille, qui en parlent autour d eux, et qui en disent du bien. Ainsi, ce sont des personnes de l entourage de l interrogé qui les incitent à avoir accès à cette série en leur en parlant et donc va les influencer. «Je regardais seul mais parce que des amis m en avait parlé, parce que effectivement le premier intérêt que j ai eu pour la série était par le biais d amis qui étaient fans et 33
34 qui heu, et qui m en disaient que du bien, ce qui m a amené à regarder quelques épisodes au début avant d être aussi accroc» [E02 ; R.G ; M; 34 ans ; (L.10)] «Au début, j étais en 5 exactement quand la série a commencé à être diffusée en France, il y avait un gros buzz autour, moi je ne regardais pas, c est des potes qui me disaient que c était très drôle» [E06 ; S.M ; M ; 24 ans ; (L.5)] «Ouais. Ouais. Bah même chose en fait, quand j étais au collège euh pas grand monde connaissait et euh au moment où ça a commencé à être diffusé euh sérieusement sur France2, c est-à-dire euh pas quelques épisodes par-ci par-là, c était euh «Bah tu devrais regarder tu verras c est euh c est génial quoi».» [E25 ; S.K ; F; 22 ans ; (L.10)] Aussi, la curiosité des individus interrogés est éveillée du fait que leur entourage regarde cette série et leur en parle tout le temps. Ainsi, il va y avoir un «effet boule de neige» puisque l individu va regarder la série parce que d autres la regardent déjà et le phénomène va prendre une ampleur exponentielle. «bah tous les gens regardaient toute façon on en a parlé quand c est sorti, donc forcément t a la curiosité comme ça passe en plus, donc au début ça passait sur une chaîne que j avais pas. Apres quand c est passé sur France 2 je crois donc la forcément j ai regardé» [E11 ; O.A ; F ; 23 ans ; (L.5)] «Bah c était mon frère au départ qui regardait beaucoup et puis bon bah en fait tout le monde euh c est une série qui est super connue donc tout le monde regardait et en 34
35 fait c est un peu par curiosité je me suis dis bon si tout le monde regarde ça doit être super intéressant, ça doit être marrant» [E24 ; A.M ; F ; 18 ans ; (L.5)] De plus, les individus interrogés y ont également accès parce qu il existe une pression de la part de leur entourage. En effet, un membre de leur famille ou des amis connaissent et regardent déjà cette série, et vont ainsi visionner la série pour la première fois, en leur compagnie «mais c est en rencontrant Jacques ben que en fait j ai j étais un peu obligée de regarder et puis en fait ben de fil en aiguille en fait j ai pas mal accroché et donc ben j ai commencé à regarder depuis la saison 1» [E13 ; E.B ; F ; 26 ans ; (L.6)] «Alors j ai commencé quand j étais au collège euh au début je regardais pas parce que ça m intéressait pas, et en fait euh quand je rentrais après les cours, maman elle était devant et euh bah j me posais avec elle devant la télé parce que ça après les cours j aimais bien faire une pause et pas tout de suite recommencer à faire mes devoirs donc euh» [E26 ; C.M ; F; 22 ans ; (L.496)] «C est euh mon cousin qui regardait, qui est beaucoup plus âgé que moi, enfin beaucoup plus âgé, il a 27 ans quoi, et euh lui il regardait et quand j allais chez lui euh il avait déjà les cassettes et tout donc j regardais chez lui et après quand ça a commencé à passer à la télé, j ai continué» [E30 ; L.B ; F ; 21 ans ; (L.9)] 35
36 Enfin, l individu est initié à la série Friends par le fait qu il soit influencé par des personnes de son entourage tel que des amis, des membres de sa famille. En effet, la plupart des interrogés ont accès à la série parce que les personnes autour d eux regardent et parlent de cette série, ils vont donc commencer à la regarder pour assouvir leur curiosité mais également pour pouvoir à leur tour en parler avec leur entourage, influencer d autres personnes qui ne regardent pas cette série. Hasard La série Friends étant diffusée sur une chaîne du réseau hertzien à une heure de grande écoute, cela permet aux individus interrogés d avoir accès à ce programme par le biais du hasard. En effet, l individu interrogé ne connaît pas cette série, il n en a jamais entendu parler et ne l a jamais regardé, mais regarde son premier épisode de Friends par le simple biais du hasard, lorsqu il change de chaîne ou allume sa télévision. «Alors en fait euh je pense que j ai commencé euh à regarder toute petite, je me souviens je pense ça a du commencer au collège, euh moi j ai toujours adoré la 6 depuis que j étais petite, j ai regardais toutes les séries qui passée sur la 6, et donc quand Friends a commencé en fait j ai accroché direct et c est là que euh j ai commencé à regarder. Je pense que ça date du collège.» [E22 ; C.K ; F ; 23 ans ; (L.6)] «je suis tombée dessus, je n'avais pas entendu parler de cette série avant» [E23 ; L.V ; F ; 55 ans ; (L.336)] «Et euh en fait je l ai vu euh je l ai vu euh à l occasion, je regardais la télé euh donc c est par l intermédiaire de la télé j suis j suis tombé sur la série» 36
37 [E29 ; M.D ; M ; 26 ans ; (L.9)] Ainsi, pour la plupart des individus interrogés, c est en allumant leur télévision et en regardant la chaîne qui diffuse les épisodes de cette série qu ils regardent leur premier épisode. Personne ne les influence, personne ne leur dit de regarder Friends, ils ont accès à la série Friends par eux-mêmes, ils s initient seuls au visionnage de cette série. «Je suis tombée dessus heu je me souviens plus d ailleurs ça devait être sur M6 je pense ouais» [E18 ; N.S ; F ; 22 ans ; (L.11)] «Heu par hasard je crois. Heu alors il me semble que les tous premiers épisodes ont été diffusés sur France 2 y a pas mal de temps et heu ça devait passer à la fin de mes cours quand j étais au lycée» [E20 ; M.L ; F ; 26 ans ; (L.5)] «Euh Bah j ai commencé à regarder Friends euh pendant sa première diffusion en France, il me semble, c était euh je devais être en 5ème ou en ou en 4ème euh je suis tombée sur un épisode par hasard» [E25 ; S.K ; F ; 22 ans ; (L.5)] «Donc ouais, on va dire que c est en tombant dessus par hasard euh que j ai commencé à regarder.» [E25 ; S.K ; F ; 22 ans ; (L.25)] Pour cette partie des individus interrogés, leur curiosité n a pas été stimulée par leur entourage mais par le hasard. 37
38 3.1.2 Planification. Suite à l analyse de contenu, la planification du visionnage de la série est différente pour chaque individu interrogé. En effet, certains connaissent les conditions de passage de la série et s organise en fonction de alors que d autres, connaissent également ces conditions de passage de la série mais ne vont pas s organiser en fonction de. Enfin, certains regardent la série sur un coup de tête, ils ne vont pas planifier, alors que d autres vont prévoir longtemps en avance de regarder cette série. Connaissance des horaires de passage à la télévision avec organisation Certains des individus programment le visionnage de la série Friends et s organisent pour pouvoir la regarder. En effet, ils vont connaître les horaires de passage, la chaîne qui diffuse les épisodes et vont ainsi s organiser en fonction de ces conditions. «Hum, alors je dirais que au début non, je tombais dessus et je regardait, et puis ouais à un moment où je faisais exprès de rentrer à une certaine heure pour pouvoir regarder, donc à ce moment là, c était planifié, donc je connaissais l horaire, je savais que de 17h à 18h j allais louper le premier épisode mais que à 19h j allais voir le 2» [E09 ; B.G ; M ; 26 ans ; (L.64)] «Heu ouais je faisais gaffe à l heure, même si je bossais mes cours ou quoi je savais que à 18h c était heu mon divertissement, ma petite pause du boulot c était ça et puis après je m y remettais quoi. Mais ouais c était programmé.» [E17 ; C.B ; F ; 22 ans ; (L.58)] 38
39 «Ouais en fait euh je connaissais les horaires et les jours, je pense que ça passait tous les jours à l époque, et donc c était pour moi à telle heure euh y a Friends à la télé faut que je sois chez moi, faut que je regarde quoi.» [E22 ; C.K ; F ; 23 ans ; (L.28)] Ainsi, pour ces individus, regarder la série est une action très importante, ils programment donc son visionnage et réservent leur temps uniquement à cette activité. En effet, d après l analyse de contenu, chaque individu fait attention à son heure de passage et essaye d être devant sa télévision à cette heure là. Pour eux, c est un véritable rendez-vous qu ils s efforcent de ne pas manquer par l instauration d un comportement rigoureux (respect des horaires et des chaînes de diffusion). Pour lui, pendant le créneau horaire de la diffusion de sa série, il doit être devant son écran à regarder la série et ne doit rien faire d autre. Toutes les tâches qui pourraient être les siennes pendant la diffusion du programme vont être écartées ou reportées en faveur de celui-ci. Il va donc s organiser afin de pouvoir regarder sa série tranquillement sans devoir penser à ce qu il doit faire. «heu, il y a un temps où je me disais tiens à cette heure si, sur cette chaine il y a Friends qui passe, alors heu çà serait bien que je fasse toutes les choses que j ai à faire maintenant pour que je regarde tranquillement, ( ) si au lycée j avais des devoirs à faire, j allais les faire avant, ou s il fallait que je range un peu, j allais le faire avant etc. comme çà je savais que je pouvais être tranquille en train de regarder et heu sans me dire «ah tiens en même temps il faut que je bosse» ou heu «il faut que je range, il faut que je fasse du repassage», donc quelque part c était un peu planifié parce que heu puisque j organisais une partie de la journée en fonction de l heure à laquelle passait l épisode» [E08 ; D.B ; F ; 23 ans ; (L.26)] 39
40 «Euh ouais. Ouais carrément. Carrément. Bah c était euh j rentrais chez moi euh j prenais mon goûter, j regardais Friends et après je bossais, je faisais rien entre euh 16h30 et 18h30 quoi. Pendant 2h, c était 2h pause quoi, j prenais le temps de de glander euh et tout ça, donc tous les soirs c était euh tous les jours, du lundi au vendredi quoi» [E30 ; L.B ; F ; 21 ans ; (L.133)] Connaissance des horaires de passage à la télévision sans organisation A contrario, certains regardent leur série en connaissant les horaires de passage à la télévision mais ne s organisent pas en fonction des conditions de passage. En effet, ils connaissent comme les autres individus interrogés les horaires de passage, la chaîne qui diffuse leur série mais la regardent pour se détendre avant de faire leurs devoirs ou en goûtant. Ils ne vont pas s organiser en fonction de ces conditions pour ne pas rater leur série et ne rentrent pas chez eux exclusivement pour Friends. «Alors heu en fait çà a été une sorte d évolution, avant je planifiais, parce que je ne connaissais pas les épisodes, mais bon une fois que j avais vu tous les épisodes de toutes les saisons je ne planifiais pas trop, j avoue maintenant, quand je rentre chez moi, je rentre quand je peux, je ne planifie pas de rentrer à une certaine heure pour regarder un épisode, mais si je rentre et que c est l heure, c est sur que je vais mettre la chaîne où il passe les épisodes, mais sinon je ne vais pas le planifier» [E05 ; V.C ; F ; 22 ans ; (L.36)] «Tu rentres après les cours, c est dans le programme, avant de faire les devoirs ou quoi que ce soit, t allumes d abord la télé histoire de décompresser» [E15 ; A.C ; M ; 22 ans ; (L.34)] 40
41 «Non c était pas vraiment une activité planifié mais souvent euh tu sais ça passait à une heure précise de l après midi, ça correspondait par exemple à l heure ou je rentrais de l école et puis bah je regardais ça en prenant mon goûter par exemple.» [E24 ; A.M ; F ; 18 ans ; (L.21)] Pour ces individus, regarder Friends est une activité planifiée parce qu ils savent qu ils vont la visionner en rentrant chez eux après l école, mais ils ne s organisent pas comme les autres en fonction de cette série. S ils ont d autres projets, ils ne vont pas les annuler juste pour rentrer chez eux et regarder Friends. Visionnage lors d un moment de libre Pour quelques individus interviewés, regarder la série n est pas du tout une activité planifiée. En effet, ils la regardent dès qu ils ont un moment de libre, quand ils en ont envie et non pas en fonction de la diffusion de la série à la télévision. Pour ces individus, regarder Friends quand bon leur semble, commence avec l acquisition de saisons en cassettes ou en DVD. Ils ne sont pas dépendant du programme télévisé, ils peuvent eux-mêmes décider quand ils veulent de regarder ou non. «Auparavant, c était un peu dicté par l acquisition du coffret et une fois le coffret acquis, on pouvait le regarder quand il me semble bon» [E02 ; R.G ; M ; 34 ans ; (L.218)] «je disais tiens ce soir j ai rien à faire, si je me regardais un dvd mais je le décidais 10 minutes avant mais je me disais pas tiens telle heure je regarde çà ou bien heu je prend l après midi pour regarder ça, c était vraiment heu quand j en avais envie» [E03 ; L.L ; M ; 22 ans ; (L.99)] 41
42 «puis même quand j sais que le soir j ai rien à faire, j ai pas d exam pendant une période, c est toujours sympa d avoir euh une saison euh de Friends ou autre à regarder et puis euh et puis ça occupe le temps et puis quand on est parti ça prend toute une soirée, on s fait tout un DVD et euh donc euh donc voilà, quand j sais que j ai du temps devant moi euh j aime bien euh j lui empruntais souvent une saison pour euh la regarder quoi.» [E28 ; E.N ; F ; 21 ans ; (L.28)] Ainsi, ils regardent la série quand ils le veulent, pour passer un bon moment, pour se détendre, au moment où ils l ont décidé et non pas parce que ça passe à la télévision et que s ils ne regardent pas, ils vont rater un épisode. De plus d après l analyse de contenu, regarder Friends quand on a un moment de libre et quand on le souhaite n est possible que dès lors l acquisition des coffrets des saisons Friends et non pas quand les épisodes sont diffusés à la télévision. Le fait d avoir une programmation libre et non imposée, leur permet d avoir un certain confort. Prévision à long terme Certains individus interrogés vont prévoir en avance (maximum une journée) de regarder la série. En effet, ils vont prévoir de regarder la série en avance du fait qu ils connaissent les conditions de passage. «Donc comme je te disais t attends toute la journée l épisode du soir et c est un truc que t as quasiment programmé depuis la veille et tu rentres et tu te mets devant ta série et voilà mais le lendemain matin si ça repassait je le regardais pas particulièrement.» [E15 ; A.C ; M ; 22 ans ; (L.618)] 42
43 De plus, ils vont prévoir également de regarder la série en avance avec leurs amis ou avec un membre de leur famille. «J invitais des amis chez moi, je leur disais eh bien voilà heu, et puis ils ne les avaient pas forcément vu, on se faisait une petite soirée M&M s, tous réunis dans le canapé, on regardait çà ensemble quoi» [E04 ; M-S.D ; F ; 24 ans ; (L.40)] «Bah planifiée oui dans le sens où on savait qu on allait regarder Friends pendant la soirée quoi, ouais c était vraiment «ce soir on fait une soirée, ramènes les DVD!»» [E09 ; B.G ; M ; 26 ans ; (L.33)] De ce fait, ils prévoient non seul mais accompagnés de proches, de regarder un épisode et parfois même de regarder une saison entière de Friends. Cependant, prévoir de regarder en avance la série seul ou en compagnie d autres personnes, nécessite de posséder un ou des coffrets des saisons de Friends pour pouvoir regarder quand bon leur semble ou de connaître les conditions de passage et alors d être tous libre au moment de la diffusion Contexte social de visionnage. Après analyse de contenu, trois possibilités de contexte social sont à prendre en compte. En effet, l individu peut regarder la série Friends seul mais également accompagné d un ou de plusieurs membres de sa famille mais aussi d un ou de plusieurs amis. A majorité seul 43
44 L individu regarde la série à majorité seul. Pour un des individus interrogés, le contexte social est simple, il regarde la série seul parce que c est lui qui la découvert. «Non, seule parce que vu que Au début seule parce que c est moi qui l aie découvert» [E23 ; L.V ; F ; 55 ans ; (L.45)] Pour d autres regarder la série Friends est synonyme de rentrer de l école. Et puisque la majorité des individus interrogés la regardaient à ce moment là, quand ils étaient encore au collège ou au lycée, ils étaient donc seuls pour la regarder et n avaient pas le choix. «Bah la plupart du temps c était tout seul parce qu il était 5h donc finalement c était en rentrant des cours et heu, pour se détendre, pour rigoler, enfin voilà, c était avec mon frère, et heu, j ai un frère donc de temps en temps c était avec mon frère» [E09 ; B.G ; M ; 26 ans ; (L.16)] «Bah généralement c était seule parce que bon bah je rentrais j étais toute seule mais j aime bien regarder avec des amis c est plus intéressant» [E24 ; A.M ; F ; 18 ans ; (L.35)] «Au début quand j ai commencé à regarder j la regardais toute seule. Bah parce que euh bah tu rentres chez toi quoi euh, tu rentres pas avec tes potes euh, t es toute seule devant ta télé après euh» [E30 ; L.B ; F ; 21 ans ; (L.61)] Le fait de regarder la série seul n est pas forcément une volonté de la part de l individu, il résulte plus d une fatalité. Le spectateur regarde la série seul, à défaut de trouver un partenaire présent ou partageant le même engouement pour celle-ci. Ce premier schéma est assez isolé, 44
45 ne résultant pas d un choix du téléspectateur, celui-ci en choisira un autre s il en a la possibilité En famille Certains individus vont regarder la série avec des membres de leur famille et ainsi passer des moments conviviaux avec eux. La plupart de ces individus ne sont pas enfant unique du coup, ils ne vont pas la regarder seuls puisqu ils la regardent quand ils rentrent de l école et que leur frère ou leur sœur regardent aussi. «Ben le soir après les cours, tu goûtes, tu te mets devant la télé. Tu vois quand j étais petit, j avais une télé dans ma chambre donc heu je rentrais chez moi, je montais dans ma chambre avec mon frère, on se mettait devant la télé et puis on regardait la série et voilà.» [E15 ; A.C ; M ; 22 ans ; (L.20)] D autres partagent la même «passion» que leur frère ou que leur sœur et donc vont regarder ensemble. «Euh avec ma sœur la plupart du temps parce que bah elle était fan aussi et puis euh chez moi donc j ai qu une sœur donc on regardait ensemble et mon père et ma mère sont pas du tout séries américaines donc euh ils ont jamais regardé quoi. On était toujours qu à deux. A deux ou toute seule si elle était pas là.» [E22 ; C.K ; M ; F 23 ans ; (L.36)] Enfin, certaines personnes interrogées vont regarder la série avec leur frère ou leur sœur mais également avec leurs parents qui peuvent les rejoindre afin de partager un moment en famille 45
46 «c était toujours avec ma sœur et mon frère il s y est mis, il est plus âgé que moi (Rires), il s y est mis heu ben ouais tous les soirs on regardait quoi heu ma mère aussi s y est mis et puis ben heu on regardait tous les quatre, tous les soirs quoi» [E17 ; C.B ; F ; 22 ans ; (L.42)] «Ca dépend, autant je peux regarder euh j peux regarder des épisodes toute seule autant la plupart du temps euh moi je sais que quand on met euh bah c était mes oncles et tantes, ensuite avec euh avec des copains et puis principalement ma sœur mais le truc c est que euh par exemple ma mère qui ne regarde pas la télé, quand elle voit un épisode de Friends, elle s arrête quoi.» [E25 ; S.K ; F ; 22 ans ; (L.56)] Entre amis L individu va regarder la série Friends avec des amis. En effet, pour la plupart, une fois le stade du collège et du lycée passé, ils regardent la série entre amis et non plus seuls ou avec un membre de leur famille parce qu ils ont désormais la possibilité de le faire et parce que c est un sujet commun d échange. Regarder la série avec des amis peut être considéré comme étant le «3 ème cycle», sachant que le premier serait regarder la série seul et le second la regarder en famille. Certains regardent la série avec leurs amis parce qu ils trouvent ça plus intéressant, plus marrant, ils peuvent ainsi échanger des opinions, des idées, des sentiments. «Bah plutôt actif je te dirais, parce que la plupart du temps çà foutait un peu le bordel, on regardait heu, ouais après je pense que çà dépend des gens qui regardent mais heu, nous c était quand même assez actif, même si on n était pas forcément tout le temps devant, il y en avait qui préparait à manger par exemple heu, tu reviens, tu regardes quelques minutes et tu repars heu, après il y en avait certains qui allaient dans les chambres heu, non mais vraiment le but c était de se retrouver tous ensemble 46
47 donc après heu ca pouvait mettre heu, je sais pas heu, finalement en fait, quand tu regardes la série, c est des grands ados qui vivent dans un appart, et quand tu te retrouves dans un appartement tout seul, çà coule un peu de source de regarder cette série au final» [E09 ; B.G ; F ; 26 ans ; (L.46)] «heu ben seule ou avec ma sœur, ou avec des amis de temps en temps et heu c était marrant, enfin de le voir à plusieurs c était plus marrant parce que heu on pouvait s échanger des «idées» sur ce qu ils disent» [E12 ; D.H ; F ; 22 ans ; (L.10)] «mais j aime bien regarder avec des amis c est plus intéressant» [E24 ; A.M ; F ; 18 ans ; (L.35)] Ou pour passer des moments ensembles, des moments conviviaux. «c était avec des gens qui regardait la série, quoique certains ne la regardait pas trop, donc ouais c est vrai que çà permettait de heu, bah de se retrouver tout d abord, et ouais j en ai fait quand même quelque unes comme çà, et limite en fait c est ce qui m a fait aimer Friends quoi, le fait de se retrouver heu, c était un peu un prétexte pour se retrouver mais en même temps voilà quoi, tu t amuses bien, tu rigoles, en fait çà fait un peu une analogie, tu es là avec ta bande de potes à regarder une autre bande de potes à la télé quoi donc heu, donc c est assez marrant» [E09 ; B.G ; F ; 26 ans ; (L.22)] D autres regardent Friends entre amis et vont jusqu à se faire des «soirées Friends». «et çà m est arrivé quelque fois de faire des soirées Friends» 47
48 [E09 ; B.G ; F ; 26 ans ; (L.18)] Après, quand j ai grandi, euh j ai commencé à regarder avec mes potes, on s faisait des soirées euh on faisait des soirées Friends, c était juste que euh on squattait chez quelqu un, bon bah on fait quoi? «Ah bah tiens t as les DVD bah vas y on va se les mater quoi», et donc là, j ai commencé à regarder en en groupe on va dire, avec des potes [E30 ; L.B ; F ; 21 ans ; (L.71)] D après l analyse de contenu, nous constatons que la série peut être visionnée seul mais également accompagnée d amis ou de membre de la famille. Souvent l individu regarde seul la série quand il commence à la regarder ensuite, il la regarde avec un ou plusieurs membres de sa famille puisque, à l époque du collège et du lycée, il est le plus souvent en leur compagnie. Enfin, lorsque l individu grandit et qu il dépasse le stade de collège/lycée, il a tendance à la regarder avec des amis afin de pouvoir passer de bons moments avec eux et avoir ainsi, un sujet de conversation. Le fait de regarder la série Friends en compagnie d une tiers personne, va permettre à l individu d appartenir à un groupe et ainsi de partager les mêmes valeurs. 48
49 3.2. Intérêt de l activité. Dans cette partie nous chercherons à comprendre de quelle manière l humour joue un rôle important dans le succès de la série et les raisons du visionnage de la série par les individus. Enfin, nous nous interrogerons sur les intérêts recherchés par les individus et comment la série peut provoquer un effet de manque Humour. Comme nous l avons vu précédemment, la série va permettre aux individus de partager un moment de détente. L expérience de consommation que l individu vit est construite en partie autour d un humour qui est propre à la série et que celui-ci retrouve et apprécie. «heu non, non justement parce que çà va loin sans que cela soit vraiment lourd, c est à dire que cela ne soit pas drôle, enfin qu ils abusent tellement que cela ne soit pas drôle, je trouve que cela reste toujours plus ou moins subtil, il y a un «humour Friends»». [E06 ; S.M. ; M ; 24 ans ; (L.108)] Les individus vont trouver la série drôle pour des raisons qui diffèrent selon la manière dont est filmée ou racontée l épisode. Cela va du comique de situation en passant par l humour décalé qu elle dégage. D autres verront la série comme une série qui est axée sur un humour poussé à l extrême. 49
50 Le comique de situation Les histoires qui alimentent la série sont des éléments proches de la vie des individus. Pour eux, le fait de pouvoir se projeter dans ces situations comiques représente un intérêt supplémentaire. «parce que heu elle est humaine, elle est drôle, elle reprend des situations qui pourraient très bien nous arriver plus tard et heu voilà, et elle est un peu stupide et c est bien parce que dans Friends çà passe du coq à l âne parfois.» [E05 ; V.C. ; F ; 22 ans ; (L.411)] Ces histoires représentent des situations de la vie courante dans lesquelles se retrouve le téléspectateur et les dédramatisent par la tournure que la série leur donne. En effet, elle va avoir une influence psychologique sur l état d esprit de l individu grâce aux situations qu elle met en place. «Je pense que si un moment donné j étais dans un état esprit moyen je vais regarder un bon épisode de Friends et c est reparti, je viens de me disputer avec quelqu un je vais regarder Friends et bon je me dis relative un petit peu cocotte heu je vais passer un tellement bon moment que après le bon moi a pris le pas sur le stress d avant, la mauvaise humeur d avant» [E20 ; M.L. ; F ; 26 ans ; (L.231)] L individu rit également grâce aux jeux des acteurs qui arrivent à faire de n importe quelle situation, une situation comique. En regardant la série, il va se plonger dans un univers qui ne lui sera plus inconnu au fil du temps mais dans lequel il rira toujours des réactions des personnages. 50
51 «Ouais globalement il y a pas mal de mimiques aussi, ils ont des poses, chaque personnage a une pose pour chaque situation que cela soit pour une situation marrante, une situation embarrassante, une situation amoureuse, et c est vrai que les mimiques heu, ouais une gestuelle importante dans toute heu dans toute la série, et c est bien parce que çà se suit tout au long de la série, et çà permet d avoir des points de repères, c est pas le truc heu qui est marrant, mais c est plus le truc qui va déclencher et qui va te prévenir qu il va y avoir une scène drôle en fait, ou une scène embarrassante» [E10 ; R.F ; M ; 22 ; (L.111)] En plus des réactions de chaque personnage, leur caractère et manière d être et de penser sont des facteurs additionnels à l humour de la série. L individu trouve un intérêt humoristique à chaque personnage ou à un personnage en particulier qui va l inciter à continuer à regarder la série. Le ton léger de la série amène l individu à vouloir prolonger cette expérience qu il vit au travers de Friends. «sinon les personnages sont tous très drôles, mais il y en a quand même qui ressortent niveau humour enfin qui sont beaucoup plus drôles que les autres, je pense à Chandler, tout le monde dira que c est Chandler son préféré, en tout cas moi c est mon préféré, mais pour revenir à ta question, moi ce qui me fais rire vraiment dans la série ce sont les situations, les situations dans lesquelles ils se créent heu parce qu ils ont toujours des façons de résoudre les situations complètement tordues, enfin, complètement tordues mais qui paraissent heu qui paraissent bien pensées alors que c est juste ridicule, et heu, systématiquement çà s aggrave, et ils s en tirent toujours en faisant des blagues heu, enfin çà leur paraît limite normal heu, puisqu il y a peu de tragédie dans Friends et heu et voilà et ouais heu c est des gros sketchs planifiés qu on ne voit pas forcément arriver pourtant c est énorme comment c est fait» [E06 ; S.M. ; M ; 24 ans ; (L.76)] 51
52 Le comique de situation est complété par un humour décalé très apprécié du téléspectateur. Le visionnage régulier de la série amène l individu à attendre cet humour dans chaque épisode. L humour décalé Le ton de la série étant généralement léger, les situations plus «dramatiques» sont souvent tournées de manière à ce que le spectateur puisse en rire. C est la force de la série et une des raisons principales du visionnage de la série par l individu. «que toutes les situations qui se passent dans cette série sont décalées, faites sur le plan de l humour quoi, ouais c est vraiment une série qui parle de petits tracas en général, et c est dit sur le ton de la rigolade quoi, enfin, pas sur le ton de la rigolade, sur le ton de l humour, c est un petit décalage au 1 er, 2 degré pas plus, heu, je voulais donner un exemple heu, ouais heu enfin, ce qui est bien je trouve c est qu ils arrivent bien à discerner l humour des choses qui sont graves ou en tout cas, à le transformer» [E07 ; V.H. ; M ; 21 ans ; (L.251)] Au fur et à mesure du temps, une nouvelle définition de l humour naît à travers la série. La notion de lien social entre les personnages y est pour beaucoup. En effet, la projection du spectateur dans la série dans les relations qu entretiennent les personnages entre eux (que nous développerons par la suite) et la construction narrative de la série produisent un effet humoristique décalé puisque chaque personnage est différent. «ce que j appelle «l humour Friends» c est heu, c est déjà un groupe, auquel il va arriver quelque chose, puisque c est un peu la structure de chaque épisode, il arrive un truc de particulier, à un des protagonistes de ce groupe et tous les autres vont s en 52
53 mêler, et je pense que c est ce qui a fait le succès de la série, c est qu il y a cette idée de groupe forte, enfin dans le sens qu ils sont toujours ensemble, toujours là les uns pour les autres, ils ne se cachent pas grand chose, et si jamais ils doivent se cacher quelque chose entre eux, il y aura systématiquement un complice qui heu qui permettra de faire des situations rigolotes». [E06 ; S.M. ; M ; 24 ans ; (L.121)] Hyper humoristique Par l humour constamment présent dans la série, Friends devient une référence et attire bon nombre d individus autour d elle. «Bah c est une qui me fait le plus rire quoi, c est vraiment LA série, enfin, si je dois citer une série comique, je citerais celle-là» [E01 ; J.J. ; M ; 21 ans ; (L.84)] «c est un nouveau format, et ça a vraiment été un phénomène de mode hallucinant quoi, je voit la série comme un gros boom dans l univers audiovisuel quoi et ça restera je pense, ça restera une série culte.» [E01; J.J.; M; 21 ans; (L.245)] Le côté extrême de cet humour fidélise le spectateur, il devient assidu et continue à visionner la série. Il développe alors une consommation autour de la série que l on peut considérer d expérience puisqu il va réitérer l action. 53
54 «Heu, encore une fois parce que c est un des rares sitcoms, qui, bien que connaissant l histoire, bien que connaissant les épisodes, qui me fasse encore rire, et que c est encore un plaisir de regarder, au hasard, sans se soucier de l intrigue ou quoi que ce soit» [E02 ; R.G. ; M ; 34 ans ; (L.61)] «l humour est tellement enfin j aime bien l humour qu ils ont utilisé du coup heu je peux regarder plusieurs fois sans m en lasser» [E13 ; E.B. ; F ; 26 ans ; (L.92)] «comme je disais tout à l heure et ben on s en lasse pas de Friends, on s en lasse pas, c est en continue, c est pas les mêmes blagues, c est toujours des blagues qui te font rire» [E18 ; N.S. ; F ; 22 ans ; (L.464)] Les personnages reflètent une image dans laquelle se retrouve l individu. Celui-ci se reconnaît à travers les répliques comiques ou s imagine les utiliser ce qui va provoquer les rires chez l individu. «ça sera plus lié à l interprétation des personnages plutôt qu aux blagues ellesmêmes, enfin les blagues de Joey, les blagues qu il fait à chaque fois, ce sont des blagues de débile profond, vraiment sans heu, sans heu, ya rien de construit derrière, c est pas une blague qui a té réfléchie pendant heu, je ne crois pas que les scénaristes se sont pris la tête pour faire des blagues, ce sont vraiment des blagues cons qu on peut faire entre potes heu, qui font rire personne, mais là ça fait rire parce que les personnages, les acteurs sont très doués, ils sont bien rentrés dans leurs jeu et ils arrivent à faire de blagues pas drôles, des blagues hilarantes» [E03 ; L.L. ; M ; 22 ans ; (L.301)] 54
55 «l humour con n est pas très subtil, parler à un canard c est pas hyper subtil, ce qui est drôle justement c est le coté tellement con heu mais joué pas par des débiles, en fait c est un humour dans lequel on se retrouve car on est tous amené un jour ou l autre à faire des blagues stupides et être seul à rire et heu Friends a lancé la mode des blagues stupides et donc depuis Friends je fais des blagues stupides!» [E08; D.B.; F; 23 ans; (L.65)] Même s il est poussé à l extrême, cet humour reste accessible et proche du public. Le spectateur apprécie cet humour car il lui permet de s évader le temps de la série. Il peut se déconnecter du monde réel et vivre l épisode de manière intense. «on rigole beaucoup, donc heu, toujours pareil, pas de heu, c est pas une série qui te prend la tête, qui te heu, qui te fais réfléchir heu, tu es détendu dans ton canapé heu tu rigoles, tu rigoles!» [E03 ; L.L. ; M ; 22 ans ; (L.125)] «c est vraiment juste pour rire et heu et puis le fait heu, on a pas envie de se prendre la tête, donc faire passer tout ça par l humour» [E03 ; L.L. ; M ; 22 ans ; (L.381)] «Après y a toutes les blagues un peu lourdes, vaseuses mais qui sont tellement drôles parce que ça déride, c est vraiment ça déride quoi, ça tu vois leurs tracas quotidien» [E13; E.B.; F; 26 ans; (L.29)] Suite à l analyse de contenu, nous avons pu repérer deux aspects importants de l expérience de consommation, évoqués par les adeptes. Il s agit des sensations et des émotions ressenties lors de la pratique de l activité. 55
56 Perception de la série. Friends est la série pour tous et accessible à tous notamment grâce à son humour à la fois universel et particulier. Au fil du temps Friends devient une série intergénérationnelle qui permet alors à tout individu de toute génération de vivre la même expérience autour d un même concept. «c est vraiment une série qui était regardée par toutes tranches d âge quoi, enfin tout le monde pouvait comprendre enfin que que t es 14 ans euh 20 ans ou 30 ans, parce que 30 ans les personnages ont à peu près cet âge là donc» [E28; E.N.; F; 21 ans; (L.385)] La langue La série est perçue différemment selon la version dans laquelle l individu la regarde : française ou originale. Nous avons vu précédemment que lors de l initiation à la série, la plupart par le biais des chaînes publiques, le spectateur débute le visionnage en version française. Les individus suivant régulièrement la série se sont habitués à cette version. «Y a deux raisons, la première raison c est que je suis tellement habituée aux voix françaises que quand je regarde en VO heu je perds totalement mes repères et j accroches pas du tout» [E13 ; E.B. ; F ; 26 ans ; (L.235)] L expérience se construit autour des personnages de la série mais également autour des acteurs de la série. Le son des voix des acteurs ainsi que les subtilités différentes selon les 56
57 langues contribuent au visionnage de la série. En effet, l individu ne regarde pas Friends de la même manière et ne retrouve pas le même humour selon la version dans laquelle il la regarde. «la version originale ne serait-ce que dans leur intonation et heu dans les petits cris qu ils peuvent pousser en dehors des dialogues je trouve que ça rajoute encore plus de drôlerie» [E20 ; M.L. ; F ; 26 ans ; (L.557)] «où je sais plus exactement quelle blague en anglais fait Chandler mais euh j crois qu ouais euh il fait référence à une à une star euh américaine et eux ils ont transformé ça en Claude François et euh et j ai l impression de de pas regarder mon épisode de Friends parce que parce que en VO c est plus drôle et j me suis habituée à les voir en VO et euh j suis choquée par les doublages français maintenant que je les ai vu en VO» [E25 ; M.L. ; F ; 26 ans ; (L.371)] Plus l individu se sent proche des personnages, plus il va regarder la série. En s habituant à une ou à l autre version, l individu crée des liens affectifs fictifs avec les acteurs de la série. La version originale permet une proximité plus développée, l individu a l impression de s introduire dans la série, et ainsi d en faire parti. «Donc heu ça, ça fait kiffer et puis tu vois vraiment, nan je préfère les versions originales. Parce que heu et puis c est toujours bien, t as l impression d en connaître toujours un peu plus sur eux, quand t entends leur voix et tout tu t imagines heu enfin tu, ouais tu, tu les connais mieux j ai l impression» [E18 ; N.S. ; F ; 22ans ; (L.667)] L individu va être attiré par le visionnage de la série dès le début du générique. 57
58 Le générique La série est également caractérisée par son générique. En effet, les individus entrent dans l univers Friends avant même que la série commence. Leurs premiers pas se fait lors du générique : celui-ci leur rappelle l esprit des Friends et joue un rôle important dans leur expérience puisqu il les prépare au visionnage de la série. «déjà le générique il est assez dynamique et la série est dynamique donc ça retrace complètement, complètement l état d esprit de la série.» [E15 ; A.C. ; M ; 22ans ; (L.430)] «I ll be there for you (elle chante) et puis ça résume le côté Friends quoi. Parce que quand t écoutes bien les paroles je suis bilingue (rires), quand tu entends I ll be there for you heu bah forcément ça, ça montre toute la, toute la complicité et la relation qu il y a entre les amis, que bah ils seront toujours là les uns pour les autres et que puis j aime bien et puis la musique elle est, tu vois elle est super (gestes), elle est très entraînante» [E18 ; N.S. ; F ; 22ans ; (L.544)] L individu reconnaît tout de suite le générique étant donné que celui-ci n a pas changé depuis le début de la série. Il l entend donc depuis 10 saisons et y est habitué. Ce générique provoque un effet d entrain, aussi bien au niveau sonore que visuel, à l idée que l épisode va commencer. «Quand tu traduis les paroles heu ça colle heu de toute façon quoi. Enfin le générique un peu rock tout ça, enfin un peu heu enfin nan si je pense que la musique colle tout à fait à la série, c est entraînant, tout le monde va reconnaître tout de suite le refrain, même ceux qui regardent pas spécialement Friends heu ils entendent le générique tout 58
59 le monde connaît clap clap (tape dans ses mains) enfin les trucs comme ça. Je pense qu il y a une certaine ouais connivence avec le public et la musique colle très bien à la série.» [E21 ; M.F. ; M ; 21 ans ; (L.327)] «enfin déjà ça te plante le décor, et pendant le générique, tu les vois mmm déjà tu vois des des scènes qui sont passées avant, donc ça te rappelle certaines conneries» [E30 ; L.B. ; F ; 21 ans ; (L.562)] L immersion de l individu dans la série continue son processus à travers le cadre que celle-ci propose. Pour l individu, il est un fantasme et va l inciter à regarder la série. Le cadre La série offre un cadre idyllique qui provoque chez l individu une admiration et lui propose un modèle d évolution. Les Friends font rêver les individus par leur situation aussi bien géographique que professionnelle et sociale. L individu va alors se projeter dans la série et se construire son univers «Friends». «Le fait que cela soit à NY, ça fait rêver car Manhattan, ça fait vraiment rêver» [E04 ; M.D. ; F ; 25ans ; (L.236)] «mais non le cadre il est vraiment sympa, ça faisait un peu rêver et il est chaleureux comme appartement, enfin on avait envie heu, ça faisait vraiment appartement d amis où tout le monde venait heu, avec Monica qui était la maman de tout le monde, enfin 59
60 non ça faisait heu, et aussi la cuisine était grande aussi, elle était pas mal remplie heu, j aimerais bien habiter là dedans, je me vois bien dans cet appartement là!» [E04 ; M.D. ; F ; 25ans ; (L.218)] Cet univers «Friends» influe sur le comportement de l individu. En effet, ce cadre l incite à suivre la série grâce à son réalisme et à sa proximité avec le monde réel. L individu a l impression de vivre sa vie mais en mieux puisqu il idéalise la vie de ces Friends. «On vit toutes les aventures de chacun et c est ça le concept Friends, c est ça, c est tu vis la vie de ces amis quoi. Je dirais pas à travers eux mais je dirais tu vis avec eux.» [E18 ; N.S. ; F ; 22ans ; (L.643)] «enfin à l époque j étais vraiment fan hein, d essayer euh de trouver un lien en fait avec la série, en fait de trouver un lien avec la série et la vraie vie» [E30 ; L.B. ; F ; 21ans ; (L.316)] Ce cadre réaliste renvoie une image de la vie de l individu c est pourquoi le concept devient un idéal pour lui. En revanche, rencontrer des stars n entre pas dans la vie quotidienne de l individu : la venue ponctuelle de célébrités ajoute une valeur ajoutée au produit qu est la série. «Ouais c est un p tit plus. C est un ptit plus parce que, parce que ça fait des repères on retrouve euh on retrouve quelqu un qu on aime bien, qu on aime hors du contexte de Friends dans une chose qu on aime aussi beaucoup» [E25 ; S.K. ; F ; 22ans ; (L.660)] Ces interventions pimentent les épisodes en question et rafraîchit en quelque sorte la série. En effet, cela permet à l individu de voir de nouveaux visages (si on se positionne uniquement 60
61 dans le visionnage de la série) mais il s agit également de visages qui lui sont connus puisque ce sont des stars. Le mélange de la nouveauté et du familier stimule l individu et le conforte dans l idée que ce sont des personnes comme les autres. «Bah c est surtout en plus A mon avis, le fait d avoir parce que comme t as que tout tourne autour des 6 personnages, après t as les mecs et nana qui se rattachent mais euh mais pas tout le temps du coup t as quand même besoin d un peu de changement de temps en temps sinon tu t en lasses» [E27 ; J.V. ; F ; 22ans ; (L.491)] «bah c est d autant plus marrant parce que ces des acteurs que t as l habitude de de voir jouer des rôles complètements différents, euh Brad Pitt c est quand même souvent euh des rôles de beaux gosses euh j vais sauver la planète ou des trucs comme ça. Donc là, c est complètement différent, c est tu tu vois euh un acteur comme comme Brad Pitt euh dans la vie de tous les jours» [E28 ; M.D. ; M ; 26ans ; (L.239)] Au fil des saisons, l individu s est complètement habitué à voir la vie de ces 6 personnages et s est attaché à eux. Ces airs lui sont devenus familiers et ont créé une véritable communauté à ses yeux. «j ai pas accroché du tout parce que y avait juste Joey tu vois? J attendais les autres, c est pour ça je te dis je suis attaché aux 6 et si y en a que un, ça m intéresse pas vraiment» [E17 ; C.B. ; F ; 21ans ; (L.234)] 61
62 La dissociation des personnages La communauté qui est celle des Friends est devenue incontournable. La preuve en est aec le succès médiocre de la série «Joey». Les individus voient en chaque personnage tous les autres, et souhaitent vivre cette expérience Friends avec tout le groupe. Ils ne voient plus la série du même œil lorsque les personnages n y sont pas tous. «je sais que Joey enfin Joey, comment il s appelle dans la vraie vie? Matt Leblanc (Rires) a continué à faire des épisodes un p tit peu de. Dans le style de Friends, la suite et ça par contre j ai pas regarder parce que, Friends c est soit tu suis la vie des 6, de la vie d un seul tout seul euh sans les 5 autours euh enfin ça avait plus trop d intérêt quoi.» [E28 ; M.D. ; M ; 26ans ; (L.336)] Malgré le fait que l individu ait son personnage préféré, chacun joue un rôle important dans l histoire Friends. Ils ont construit au fil du temps des liens entre eux mais également avec le spectateur, qui lorsqu il ne voit plus le groupe, perd ses repères. «la série elle perd de son intérêt quand t as un personnage tout seul, euh c est euh quand tu regarde Friends, tu regardes pas euh un personnage, t en regardes 6, après Joey il était pas tout seul non plus, mais c est d autres personnages en fait, quand tu regardais Joey euh t attendais euh t attendais euh de voir Chandler arriver mais comme tu le voyais pas bah finalement t étais frustré de pas le voir, et je pense que euh c est euh en faisant la série ils ont créé une espèce de communauté, à 6, quand t as un personnage tout seul, le concept il perd de son intérêt» [E30 ; L.B. ; F ; 21ans ; (L.500)] 62
63 Les repères que l individu a acquis proviennent de sa vie personnelle mais également de la série. Lorsque surgit un changement dans la série ou autour de la série, il fait un parallèle avec sa vie réelle ce qui crée une barrière à tout ce qui n est ou ne serait pas dans le concept «Friends». La venue d autres personnages doit être amenée en douceur et le spectateur doit être impliqué dans l histoire. Il a ce besoin d avoir l impression d être présenté et ainsi de donner sa validation pour l intégration de nouveaux personnages. «Parce que c est comme dans la vie, si on s est amusé pendant des années et des années avec les mêmes personnes, à partir en vacances ensemble, à aller boire, à sortir, à faire la fête ensemble, du jour au lendemain heu tu te retrouves privé de la moitié d un groupe, de la moitié de tes amis qui partent heu jsais pas moi à l étranger,, tu perds heu jsais pas moi quand tu tu te retrouves pour faire la fête c est différent heu tu penses toujours à heu l autre moitié, les autres, les amis qui ne sont pas là ce qui fait que c est c est différent, tu t amuses heu moins et après au fur et à mesure ça s essouffle» [E14» ; J.N. ; M ; 27ans ; (L.183)] «du coup t as du mal enfin moi j ai du mal à voir ce noyau central d amis avec certains des amis et qui eux ont d autres amis à côté parce que quelque part même si ils se voient tous les jours, ils ont d autres amis mais heu tant qu t es pas présenté dans la série heu tu te l imagines pas forcément» [E13 ; E.B. ; F ; 26ans ; (L.392)] Les individus vivent ou ont vécu une expérience autour du phénomène Friends et acceptent mal que celui-ci soit remplacé par une autre série. Ils se sentent intégrés dans un groupe qui est celui des «Friends» et ne souhaitent pas forcément s en défaire. «Ils sont c est une équipe de 6 euh c est euh même s ils ont voulu refaire la même chose c est pas la même chose parce qu on est pas prêt à recommencer peut être l investissement qu on a euh peut être indirectement mis dans cette série euh même si 63
64 même si euh c est euh bien écrit etc. ça ne sera jamais la même chose parce que ça a eu un tel euh ça a été un tel phénomène, ça a été un tel succès, on s est habitué à les voir à 6, c est une équipe de 6, même si la série euh était bien c est euh on peut être que déçu, parce que c est les 6 ensemble.» [E25 ; S.K. ; F ; 22ans ; (L.311)] Pour certains, la série se résume à un effet de mode qui appartient au passé. L expérience Friends aura duré pendant 10 saisons mais la venue d autres séries plus modernes fait son effet. «Heu, nan, je ne pense pas parce que déjà Friends c est un effet de mode, c est à dire qu on en a beaucoup parlé etc., que il y avait une promo derrière heu, que çà passait à la télé etc., ouais, comme c est une série qui n a rien d extraordinaire à la base, si elle ne revient pas à la mode, personne de regardera cette série pour heu, non elle aura moins de succès, parce que le fait qu elle passe à la télé, qu il y ait un engouement pour Friends, je pense que çà y a joué beaucoup, et heu, je pense que si cette série repart, çà sera sous un effet marketing, mais pas d elle-même» [E03 ; L.L. ; M ; 22ans ; (L.541)] Cependant pour la majorité Friends reste une série actuelle qui est dans l air du temps. En effet, le spectateur regarde la série parce qu il s y retrouve, parce qu il s est attaché aux personnages, tout simplement parce qu il apprécie ce que dégage la série. «heu parce que c est plaisant à regarder, c est drôle heu en fait ça parle de plein de sujets d actualité heu, de situations dans lesquelles on peut se retrouver mais toujours de manière heu, heu porter à la dérision, enfin de manière assez détournée, les personnages sont attachants parce qu on peut s y retrouver.» [E20 ; M.L. ; F ; 26ans ; (L.24)] 64
65 Tous les spectateurs de toute tranche d âge se retrouvent dans une même série en évoluant chacun de leur manière. Pour les plus jeunes, ils prennent «exemple» sur la série et s imaginent avoir la même vie que les personnages ; pour les plus âgés, ils comparent leurs vies à ceux des Friends. La série est devenue un tel phénomène et succès qu elle peut s adapter à tout type de personnes. «Bah en général la série je la perçois comme une série qui peut cibler beaucoup de personnes, on peut beaucoup s y retrouver par rapport à la colocation, aux amis, enfin c est un peu le rêve de tout le monde quoi, c est à dire le groupe d amis qui s entend bien heu, la coloc qui se passe nickel, heu, au fur et à mesure du temps, tout le monde veut se trouver un copain heu, et la vie va s améliorer pour chacun et au final c est tout va bien, je vais bien, tout le monde est là pour aider quand ça va pas heu, mais il y a quand même les problèmes financiers à un moment pour certains heu, mais je trouve que quand même ce n est pas toujours réel quoi, pas toujours réel pour certains trucs, mais bon, il y a des situations exagérées, mais dans l ensemble c est une bonne série, çà ne pouvait que plaire quoi, on ne pouvait que aimer, et moi j ai forcément aimé grâce à heu aux amis et tout çà» [E04 ; M.D. ; F ; 24ans ; (L.98)] La trame narrative de la série représente un atout indéniable dans le fait que le spectateur continu à regarder la série. «je trouve que heu en général dans Friends heu, l histoire est assez simple, la trame est assez simple, surtout au départ, heu surtout au départ je trouve que heu, je trouve que heu ça se heu complexifie beaucoup vers la fin, dans les dernières saisons où là il y a une accumulation d histoires, mais au départ je trouve que c est plus des petites histoires qui s enchaînent, je trouve qu il n y a pas une grande continuité dans heu, entre heu les épisodes» [E03; L.L.; M; 22 ans; (L.18)] 65
66 Le fil rouge de la série Les histoires de la série font que le spectateur va avoir envie de continuer de les vivre avec les personnages. En effet, il vit les épisodes comme il vivra les évènements de sa vie ce qui est une des raisons pour lesquelles il regarde la série. «C est l enchaînement de la vie tout simplement je pense c est-à-dire qu il démarre à une époque où ils avaient moins de trente ans et après ils rentrent plus ou moins dans la vie active, dans la vie d adultes avec des choses qui suivent donc des bébés, des couples, etc., etc» [E15 ; A.C. ; M ; 22ans ; (L.151)] «C est le le le comment dire, C est que ça soit euh de la vie quotidienne et que tu puisses te reconnaitre dans dans les situations, la jalousie des ex ou une relation cachée ou euh Tu vois, c est des choses que tu sais que tu vas vivre ou pas forcément parce que les relations cachées tout le monde ne l a pas fait, mais tromper ton mec ou coucher avec quelqu un d autre c est c est des choses que tout le monde va vivre au moins une fois dans sa vie, on va pas tous tuer quelqu un, on connait pas tous quelqu un qui a tué quelqu un, et donc euh c est toujours ce rapport d identification» [E26 ; C.M. ; F ; 22ans ; (L.415)] Tous les jours de la vie réelle ne sont pas pareils et, la série respecte bien ce rythme de la vie dans sa fiction. Ainsi, le spectateur ne se lasse pas de la regarder et a l impression à chaque épisode de vivre quelque chose de différent, ce qui le conforte à rester assidu à la série. «ça mélange les sentiments aussi, c est pas toujours la même trame, tu peux très bien avoir des épisodes où heu c est très fleur bleue, l amour, l amitié machin heu comme une autre fois ça va être plus heu ben ils ont un problème entre eux heu ils font la 66
67 gueule heu j en sais rien, enfin disons que ça correspond plus à notre vie heu, à notre vie quoi heu ils ont aucun mal à montrer un des personnages qui pète un plomb» [E19 ; M.L. ; F ; 22ans ; (L.264)] Et, au fur et à mesure des histoires, l individu va considérer les personnages comme des proches puisqu il aura évolué comme eux et avec eux au fil des épisodes. Il s agit également d un des buts recherchés par le spectateur lorsqu il regarde la série. Tout en regrettant la fin de la série, le spectateur apprécie la chute et a pu suivre ces personnages durant 10 saisons. «tu vois l évolution depuis tout le début, tu vois la tronche des personnages heu la manière dont ils jouaient, tu voyais qu ils étaient heu débutants, pas forcément à l aise heu pas tout à fait au point, et puis au fur et à mesure heu des saisons heu tu les vois ils se sont affirmés, leur caractère est maintenant est bien fait heu et puis t as une fin quoi» [E13 ; E.B. ; F ; 26ans ; (L.312)] «Donc c est pour ça que c est une série qui sera peut être plus euh adaptable au fil des temps parce que euh parce que justement les personnages ont eu le temps d évoluer sur plusieurs années et euh et à la fin euh ils sont comme nous on est maintenant quoi enfin y a pas trop de décalage euh au niveau de leur vie de tous les jours enfin, mais euh donc euh» [E28 ; E.N. ; F ; 21ans ; (L.262)] Même s il se retrouve en ces personnages, le spectateur a conscience de la caricature qu ils représentent et que finalement il s agit d une série et donc d une fiction. 67
68 «c est une série vachement caricaturale, dans le sens où heu ouais, c est quand même une série assez simple, enfin j pense à la base c est fait pour pas cogiter et que heu, que les traits de personnalité sont vachement tirés à l extrême» [E03 ; L.L. ; M ; 22ans ; (L.206)] Cependant, leurs vies et leurs histoires ainsi que leurs traits de caractère se rapprochent beaucoup de ceux de personnes réelles. Le spectateur en redemande car il se voit lui et son entourage de manière exagérée, caricaturée, ce qui le fait rire et lui donne envie d être fidèle à la série. «T as plein de petites caricatures et puis en fait ça ressemble quand même beaucoup à des gens heu que tu rencontres et peut-être que même toi parfois tu te retrouves dans certains personnages donc heu c est assez heu assez comique» [E13 ; E.B. ; F ; 26ans ; (L.35)] A l unanimité, Friends est une série faite pour s évader et passer un bon moment. 68
69 La détente par le biais de Friends Lorsque l individu regarde un épisode, il se plonge dans un autre univers et se déconnecte de la réalité. Il reste connecté au monde réel grâce au réalisme et au ton léger de la série mais est pris par la fiction. «soit je le passais à regarder Friends, et Friends justement, c est quelques chose qui me mettait dans la bulle que je voulais me mettre pour ces révisions c'est-à-dire me mettre hors du «monde extérieur», et donc en regardant Friends çà me mettait dans un petite bulle, et comme il n y a pas grand-chose à réfléchir» [E07 ; V.H. ; M ; 21 ans ; (L.53)] «c est vrai, on a pas du tout envie qu on nous fasse chier quand on regarde Friends, pour reprendre ce que je disais tout à l heure, on a envie de pénétrer bien, sagement, sans parasite dans la série, je suis vraiment focalisé sur la série quoi» [E07; V.H.; M; 21 ans; (L.94)] La série permet de faire une pause et transmet des émotions à l individu. Qu elle soit vue seule ou accompagnée, le spectateur reçoit tous les messages que la série veut lui transmettre. Il se sent concerné par la série même si le but premier qu il a lorsqu il se met devant un épisode est de se détendre et de s évader de son quotidien. 69
70 «en fin de journée donc heu tu rentres t en a un peu, t es fatiguée, t as pas envie de faire un truc prise de tête donc t as besoin de te détendre tu te mets devant la télé et puis ouais ça te détend et heu et puis souvent comme ça me faisait rire ou heu pleurer parfois heu (rires) heu ben ouais tu t évades un peu quoi. Quand t as fini ta série enfin je veux dire ça te révolutionne pas ta vie non plus heu mais disons que t as le sourire heu enfin t as eu des émotions pendant heu tout le temps de la série et puis après t es un peu plus zen» [E19 ; M.L. ; F ; 26 ans ; (L.46)] «Parce que ça m a fait rire déjà, donc ça c est le gros le gros point fort de la série c est que ça fait toujours marrer, dans n importe quelle situation ça te fait marrer, j veux dire dès que t es un peu énervée tu te mets un épisode et ça détend» [E30; L.B.; F; 21 ans; (L.304)] Elle va jouer sur l humeur et le moral de l individu. Elle permet également une introspection : l individu va se poser des questions sur ses expériences personnelles en prenant pour exemple les expériences vécues par les personnages de la série, dont certaines situations qui vont permettre à l individu de relativiser. «donc mon intérêt c est heu, c est comme une sorte de psychanalyse en fait, tu as des petits problèmes, des petits tracas qui te font chier du genre heu avec tes potes, ta copine ou heu ton travail, et en fait heu quand tu regardes Friends tu fais en sorte abstraction de tout çà donc çà a un intérêt pour ton moral heu parce que çà te plonge dans une petite sphère, donc çà peut avoir cet aspect là que je viens de développer enfin heu, et un autre aspect c est heu, c est pas un aspect qui peut te faire oublier tes tracas mais heu positiver en fait, c'est-à-dire que heu tu peux voir un épisode et avec la bonne humeur qui se transmet» [E07; V.H.; M; 21 ans; (L.135)] 70
71 L élément ayant un gros impact sur le visionnage de la série est le fait qu il s agit d une série qui a une âme. En effet, elle est proche de son public car elle parle de sujets de la vie quotidienne et des relations sociales entre six personnages. «heu, le fait d avoir des amis, de voir que quand on est un groupe soudé on peut compter les uns sur les autres, qu on peut vivre ensemble, enfin c est surtout le thème de l amitié, car c est la chose la plus importante pour moi l amitié, les amis, enfin le relationnel tout çà, les amis c est pour la vie, et c est surtout par rapport à çà que la série m a influencée, et c est pour çà que j aimais cette série au final, le fait que cela soit basé sur le groupe d amis, les 6, c est pour çà que j ai beaucoup aimé, enfin c est vraiment çà qui m a influencé à regarder heu» [E04 ; M.D. ; F; 25ans ; (L.277)] «ce qui est réaliste c est les évènements de leur vie quoi enfin ils parlent de naissance heu, y a l homosexualité avec heu enfin la femme de Ross heu t as des sujets comme ça de la vie courante, de la vie quotidienne qui reviennent, ça c est réaliste» [E17; C.B.; F; 21ans; (L.188)] Une série humaine La série peut influencer l état d esprit et la vision des choses du spectateur avec le ton léger qu elle garde tout au long des saisons. Puisqu il s agit de relations humaines entre les personnages, l individu va comparer ses propres relations avec celles des Friends et relativiser. «ça te pousse tout le temps à avoir le petit mot de l humour même si c est tendu, si ça marche dans la série, pourquoi ça marcherait pas avec tes potes? Donc voila ça 71
72 permet de, qu on respire un peu, relâcher la pression quand la situation elle est un peu tendue entre potes et tout quoi, je pense c est pas intentionnel mais tu le fais» [E16 ; Y.D. ; M; 22ans ; (L.262)] Elle va également servir de support pour l individu c est-à-dire qu il va transférer les évènements de sa vie personnelle pour les comparer aux évènements qui arrivent dans la vie des Friends. Il considère alors la série comme un modèle, un exemple sur lequel il peut choisir de s appuyer ou non. «je pense que tu peux progresser sur le plan humain, et en particulier sur le plan sociabilité parce que tu vas voir comme un groupe de six amis vont vivre avec chacun leurs défauts, leurs faiblesses, leurs qualités, donc çà te montre un peu comment peuvent être d autres gens, que tu ne peut pas déceler forcément, parce que tu ne sais pas comment vivent les potes d une autre personne que tu ne connais pas trop quoi, je ne sais pas comment ma sœur se comporte avec ses amis, donc heu, en fait ca te montre comment se comporte les gens que tout le monde heu, c est un peu le même comportement en fait heu, comment dire heu, ca peut peut-être te décomplexer par rapport aux autres quoi, donc voilà, c est également un intérêt non négligeable, donc c est vrai, si on développe un peu plus sur ce point heu, ouais, tu vois comment vivent les autres, c est un peu comme heu, c est de la curiosité et hum, comment dire, tu vois ce que tu ne pourrais pas voir en fait, imaginons que Friends n existait pas et que toi, une personne cogite à propos de ses amis parce que heu imaginons il a fait une connerie avec ses amis, il y a des petits malaises, il y a des petites tensions, il ne sait pas trop comment gérer çà, il fait une petite remise en question, et heu, Friends peut d apporter des réponses à toutes tes questions que tu as dans ta tête et donc heu, donc voilà, çà t apporte des réponses à tes questions en ayant un regard extérieur sur les gens qui concernent tes questions» [E07 ; V.H. ; M; 21ans ; (L.158)] 72
73 Les relations qu entretiennent les personnages entre eux rappellent toujours les relations que les individus peuvent avoir avec leur entourage dans le but d identification (voir chapitre suivant). Cela constitue un élément fondamental dans l expérience de consommation : les individus ont le sentiment de partager des points communs avec les personnages de la série. «heu, le fait d avoir des amis, de voir que quand on est un groupe soudé on peut compter les uns sur les autres, qu on peut vivre ensemble, enfin c est surtout le thème de l amitié, car c est la chose la plus importante pour moi l amitié, les amis, enfin le relationnel tout çà, les amis c est pour la vie, et c est surtout par rapport à çà que la série m a influencée, et c est pour çà que j aimais cette série au final, le fait que cela soit basé sur le groupe d amis, les 6, c est pour çà que j ai beaucoup aimé, enfin c est vraiment çà qui m a influencé à regarder heu» [E04 ; M.D. ; F; 25ans ; (L.277)] «je trouvais qu il y avait une justesse et heu et que c était assez représentatif de ce qu était aujourd hui la société, que c était assez objectif sur ce heu, si les traits de caractère des personnages parfois étaient un peu heu, heu caricatural, heu leurs relations amicales, la famille qu ils s étaient créés entre eux par contre je trouvais pas du tout ça complètement imaginaire et complètement faux.» [E20 ; M.L. ; F; 26ans ; (L.477)] Cependant les individus ont tout de même conscience qu il s agit d une série. L idéalisation de la vie de ces six personnages amène les téléspectateurs à la réalité. En effet, les histoires sont parfois tellement poussées à l extrême que le spectateur ne peut pas les comparer à la réalité. L intérêt ici est de faire rêver l individu mais de manière à ce qu il se souvienne que les situations que vivent les personnages ne sont pas les mêmes que celles de la vie réelle. La série y parvient en donnant un côté burlesque aux personnages. «Nan. Enfin Ils sont ils sont trop euh ça fait Enfin c est pas la série réaliste j trouve quand même. Ils sont tous dans une vie euh quand même parfaite, ils ont pas 73
74 trop de pro enfin tu vois c est pas la série où tu pleures, déjà tu pleures jamais dans Friends ( ) C est comme dans leur scène de de groupe tu peux te dire ouais ça on a déjà vécu ou des délires qu on a déjà fait mais euh c est pas des personnes enfin ils ont quand même des vies euh parfaites quoi dans cette série ils sont tous beaux, ils ont tous un t as l impression qu ils ont jamais de problème d argent vraiment, c est quand même une vie euh une vie où t as du mal à t identifier.» [E27 ; J.V. ; F; 22ans ; (L.59)] La perception de la série par les individus dégage les principales raisons pour lesquelles les individus regardent la série. Cela nous permet d avoir une vision globale de leur expérience de consommation via le visionnage de Friends. En effet nous constatons que si les individus continuent à regarder la série, c est parce qu ils se sentent concernés par ce qui se passe dedans et partagent les moments de joie comme de tristesse avec les personnages Addiction. Lorsque le spectateur commence à regarder la série, celle-ci provoque un effet de manque chez lui. La composition de la série, son format et les émotions que l individu va rechercher en regardant la série sont des éléments qui éveillent la curiosité et l envie chez l individu. Le fil rouge L addiction résulte principalement de la trame de la série. En effet, commencer à regarder un épisode va donner envie à l individu de connaître la suite de l histoire. L immersion du spectateur dans la série engendre un besoin de voir plusieurs épisodes d affilés. 74
75 «Et après du coup, on commence à rentrer dans le jeu heu, on regarde épisode sur épisode et puis heu on suit les personnages quoi donc heu j ai regardé heu, j ai regardé comme ça, au fur et à mesure heu que ça se déroulait donc heu ça me plaisait tout le temps jusqu à heu, jusqu à la fin en fait, j ai regardé toutes les séries,» [E01 ; J.J. ; M; 21ans ; (L.11)] «C est l histoire plus qu il va y avoir entre les personnages eux-mêmes, et c est l trame quoi qui me plait, limite j ai envie de savoir ce qu il va se passer dans les épisodes suivants, et çà change peut être par rapport à heu, bah il y a eu plusieurs périodes en même temps, parce que quand je les regardaient avant, c était vraiment le fait de regarder Friends, alors que maintenant, je suis capable de les regarder d un trait, allez, d en regarder 7, 8, à la suite,» [E09 ; B.G. ; M; 26ans ; (L.243)] Les épisodes se suivent mais ne se ressemblent, c est l impression que l individu a de la série. Le fil conducteur de la série fait que la trame est toujours la même mais les éléments qui la constituent font que le spectateur s en rend compte sans se lasser. Les évènements qui se déroulent sont exposés de manière différente à chaque épisode. «je peux en enchaîner plein, tu sais heu ça te lasse pas, c est que heu d épisode en épisode c est toujours différent, heu dans la continuité mais différent, ce qui fait que heu y a que la contrainte de la réalité c est-à-dire retour au travail le lendemain qui fait que que faut dormir» [E14 ; J.N. ; M; 27ans ; (L.67)] Ce qui plait au spectateur et qui fait qu il regarde les épisodes plusieurs fois sans se lasser, c est qu il est constamment en recherche de nouvelles émotions ou qu il cherche à revivre des émotions qu il a déjà vécu grâce à la série. L humour et le jeu des acteurs font en sorte de 75
76 laisser de l espace entre eux et le spectateur, il se sent ainsi libre de vivre les émotions qu il souhaite quand il en a envie. «Bah je pense que c est parce que çà m avait plu la première fois, parfois je sais que je vais rigoler parce que je sais comment çà se passe, ou inversement heu, je sais que çà va m émouvoir heu, je sais que heu, enfin voilà, c est vrai que maintenant quand je les regarde heu, je m attends un petit peu à ce qu il va se passer, donc heu voilà, peut être aussi que je recherche une émotion, un instant, un moment où tu t ennuies heu, bah voilà tu sais qu il y a une série qui te plait heu, que tu vas rigoler à des moments, tu sais que tu vas vivre quelque chose finalement, et bah tu en profites plutôt que de rester à ne rien faire, c est un mélange d émotions en fait, tu sais que heu, enfin je sais pour moi que je ne reste pas indifférent devant la série, je ne la regarde pas comme heu, je sais que çà va me faire rire ou heu me faire pleurer» [E09 ; B.G. ; M; 26ans ; (L.256)] «Et je m en lasse pas parce que je sais que des, des conneries comme ça, je les ai vu ces conneries tu vois mais heu c est des conneries qui me font encore rire, j aurais beau les regarder et les re regarder ça me fait rire donc heu je m en lasse pas, je peux pas m en lasser.» [E18 ; N.S. ; F; 21ans ; (L.690)] Au fur et à mesure, le spectateur crée des liens fictifs avec les personnages et devient «accro» à ces personnages. Il va avoir le besoin de les retrouver, de vouloir vivre comme eux, de faire parti de leur groupe. 76
77 «quand t es à fond dans la série t as envie de faire partie du truc quoi, t as envie de faire partie du système même si tu sais que c est pas possible, c est une série quoi, que dans la vraie vie ils ont chacun leur vie heu rien à voir avec les personnages mais les personnages t as envie d être avec eux quoi, en gros c est ça. T as envie d être avec eux, de faire partie de leur cercle» [E18 ; N.S. ; F; 21ans ; (L.390)] Le format Un épisode dure environ 20 minutes, il s agit d un court moment qui va inciter le spectateur à regarder un autre épisode car il se sent frustrer de ne pas vivre un moment de détente plus long avec les Friends. «Heu, je trouvais çà trop court, j étais toujours frustrée quand l épisode se terminait et que ce n était pas sur DVD heu, mais à la télé, souvent ils en passaient 2 de suite, et heu, c est assez frustrant que cela soit très court, on a envie de continuer» [E08 ; D.B. ; F; 23ans ; (L.151)] Le spectateur ne voit donc pas le temps passé, et regarde plusieurs épisodes à la suite devient un besoin à satisfaire. Ce court format donne l impression d avoir toujours le temps d en regarder un et finalement le spectateur ne se pose plus la question de savoir s il a le temps. Psychologiquement, il pense que c est un besoin qu il peut satisfaire dans le moment présent puisque cela ne va pas lui prendre beaucoup de temps. «ouais, parce que çà joue beaucoup je trouve sur le sentiment de manque, justement, tu regardes ta série, tu te poses, et 20 minutes c est très court, c est très très court, et finalement, tu viens à peine de t installer, tu viens à peine d ouvrir tes yaourts et à 77
78 manger tes gâteaux, que l épisode est déjà terminé, donc çà donne envie de faire quoi tout de suite, d en regarder un autre! Et donc heu, comme c est coupé comme çà, il y a une discontinuité donc le temps paraît plus court, c est à dire que je pense heu, si tu veux, dans un même laps de temps heu, je pense qu on peut plus facilement regarder une série qui dure 20 minutes tu vois, en mettre 3 bout à bout, heu voilà que heu, que 2 séries qui durent une demie heure quoi, ouais, enfin je crois que ce format de 20 minutes ça créé cet effet de manque qui donne envie d en regarder un autre, un autre et encore un autre, l effet de satiété se fait moins ressentir» [E03 ; L.L. ; M; 22ans ; (L.464)] L intérêt que le spectateur a lors du visionnage de la série passe par les points que nous venons de développer. L expérience de consommation va se faire par le rapprochement du fictif au réel : un humour proche du public, des personnages attachants et une trame narrative à laquelle peut s identifier le spectateur et qui provoque une addiction à la série. Nous verrons par la suite comment est-ce que le spectateur vit cette expérience. 78
79 3.3. Expérience de consommation et miroir de soi. D après la revue de littérature, nous sommes dans la capacité de dire que le visionnage d une série peut être considéré comme une expérience de consommation. En effet, la série va comporter l ensemble des composantes des expériences de consommation appliquées au genre virtuel. En effet, en reprenant l analyse de Carù et Cova de 2006, nous pouvons assimiler la série Friends comme un produit réalisé dans l objectif de faire rêver le téléspectateur, de l éloigner des tracas de la vie quotidienne et de l aider à construire son identité. Suite à l analyse du contenu, il apparaît que la construction identitaire va se faire grâce à une forte identification à la série. En effet, en s identifiant aux situations évoquées dans Friends, les téléspectateurs vont vivre à travers la série leurs vies et vont conjointement se projeter dans les personnages qui vont leur renvoyer leur reflet. C est ainsi que les individus vont vivre une expérience de consommation grâce à l identification de la série Identification aux situations. Suite à l analyse du contenu, plusieurs aspects peuvent montrer que la série a été construite de manière à ce que les individus puissent se projeter dans l univers de Friends. L identification aux personnages n est pas une condition exhaustive pour que l individu vive à travers la série une expérience proche de la sienne. Cela nécessite en dualité une identification aux situations décrites et vécues par les personnages de Friends. La série est construite de manière à ce que l individu se retrouve avec les personnages et vive avec eux leur vie quotidienne. «La série veut qu on pénètre à l intérieur de l écran, qu on aille vivre avec les personnages, qu on se trouve dans les pièces» [E07 ; V.H. ; M ; 21 ans ; (L.193)] 79
80 Cette identification aux situations va se révéler à travers plusieurs composantes qui vont être une identification du style de vie, une identification par le groupe et le fait que cette vie dépeinte représente un réel fantasme aux yeux des individus et ce parce que les individus vont se retrouver dans les histoires qui arrivent à l intérieur de la série, grâce à des décors qui le veulent bien, des décors du quotidien. Style de vie Le processus d indentification va être fort dans la mesure où le style de vie représenté sur le petit écran de l individu va être relativement similaire au sien. En effet, dans la mesure où les scènes jouées sont généralement des scènes de la vie quotidienne, celle-ci correspondent plus ou moins à celles vécues par tout le monde que cela soit des activités pour tous les âges comme regarder la télévision, manger, se laver, ou bien des activités relatives à une tranche d âge spécifique correspondant à celle à laquelle l individu regardant la série appartient : les ans à savoir boire un café, sortir avec ses amis, faire la fête etc. «Quand je regarde la série, ya des choses que je retrouve que je fais, genre par exemple quand ils vont tous au bar, heu au central perk en bas, heu oui moi ça m arrive régulièrement d aller, d être pas dans le même bar en bas de chez moi mais, heu, entre mes amis oui, juste pour prendre un café, se retrouver entre nous, ouais carrément, ou alors faire une soirée» [E01 ; J.J. ; M ; 21 ans ; (L.176)] «enfin là où il y a eu un effet entre guillemets Friends c est dans la fréquentation des cafés. On aime bien tous se retrouver autour d un café, dans un pub sympas, on a nos habitudes par rapport au café et heu si on recherche tous un peu notre Central Perk je pense enfin pour se retrouver, boire, et s amuser ouais forcément.» [E21; M.F.; M; 21 ans; (L.176)] 80
81 La tranche d âge des téléspectateurs de la série oscillant entre 18 et 49 ans, il est facile de généraliser que les individus se projetant dans le monde de Friends vivent ou vivaient dans un monde qui ne leur est ou était pas encore accessible ou du moins un monde dans lequel ils viennent ou venaient tout juste d entrer lorsqu ils regardaient la série. Ce monde est le monde de jeune adulte entre les âges de 20 ans et 30 ans. L identification aux situations va se faire puisque les individus vont se projeter à court terme dans cette vie et vont pouvoir avoir une vision de ce qui les attend et les rassurer. «C est des situations dans lesquelles je pourrais me retrouver effectivement et surtout je trouve que cette série aborde plusieurs étapes de la vie de heu d un jeune adulte, heu tout d abord le heu la colocation entre potes heu, les histoires d amour heu, après heu les décisions difficiles dans le sens heu je rencontre quelqu un, est-ce que je quitte mes amis, est-ce que je pars avec elle heu, est-ce que je vais fonder une famille heu, enfin tout ça au final ce sont des questions qu on se pose heu nous même heu et ça nos permet de heu, de nous mettre en situation avant l âge c est à dire de heu de vivre heu, cette série nous permet de vivre justement ce qu on va vivre dans quelques années et donc c est pour ça je pense que heu, qu on s y reconnais» [E03 ; L.L ; M ; 22 ans ; (L.177)] «donc heu je pense que voila je me projette toujours dans la série ce qui peut paraître un peu pathos et voila c est tout ce qui est trentenaire, amour, amitié, tu partages toutes leurs expériences du quotidien enfin voila enfin en plus ce qui est bien dans la série c est que à 30 ans, je veux dire j aurais les mêmes aspirations heu, enfin de bébés, enfin de se mettre en couple et heu donc c est vrai que j aimerais bien reproduire un peu cette structure quoi» [E21; M.F.; M; 21 ans; (L.111)] Parallèlement, le visionnage et l expérience vécue à travers la série vont se prolonger dans la vie quotidienne des téléspectateurs. Il va y avoir une rétroaction dans la mesure où le sens Série Spectateur agissant lorsque l individu regarde Friends, va s inverser dès qu il ne sera plus devant son écran. En effet, il va y avoir un effet Série Spectateur puisque celui-ci va 81
82 projeter ses activités quotidiennes vers celles vécues par les personnages de Friends. En vivant dans le monde réel et en n étant plus en expérience de consommation directe, l individu va associer ses activités à celles du monde fictif de la série. «comme j étais vraiment fan et que j associais beaucoup la série heu, dès qu il y avait des petits trucs qui me faisaient penser à la série heu j en parlais» [E04 ; M.D. ; F ; 25ans ; (L.264)] «La dernière fois avec ma sœur on a acheté un Cheesecake et euh en passant à la caisse, on s est choper une barre parce qu ont se souvenaient de l épisode de de du Cheesecake» [E25 ; S.K. ; F ; 22ans ; (L.222)] A contrario, certains arrivent à garder une certaine distance par rapport à la série où le processus d identification ou de projection ne fonctionne pas concernant les situations vécues. La série va peut être jouer sur l aspect quotidien de la vie des personnages mais pour autant ne colle pas exactement à la vie vécue généralement par les spectateurs c est à dire une vie d étudiant ou de lycéens / collégiens pour les plus jeunes. «J ai pas l impression heu, je crois que j arrive à garder une certaine distance quand même heu, on n a pas le même age, ce n est pas les mêmes découvertes heu, ce n est pas comme si c était une série sur la vie d étudiant heu, où là tu pourrais plus t identifier aux situations, parce qu il nous arrive les mêmes couilles heu, là ils ont leur appart heu tu vois, on n a pas le même style de vie» [E05 ; V.C. ; F ; 22ans ; (L.170)] «Bah moi je vie en coloc donc euh à la limite euh, l expérience de la coloc je l ai et sincèrement c est pas du tout la même que dans la série quand même» [E27 ; J.V. ; F ; 22ans ; (L.71)] 82
83 L identification aux situations vécues par les personnages de la série va conjointement se faire puisque l individu par se voir à l intérieur du groupe de Friends. Par le groupe L identification aux situations par le groupe peut se faire de plusieurs manières. Elle peut apparaître car l individu regarde avec son groupe la série, ou bien parce que le téléspectateur retrouve sa place au sein de son groupe en regardant celui de Friends, ou encore parce que cela suscite une envie chez la personne de vivre une vie de groupe comme celle représentée dans la série. Que l individu regarde la série tout seul devant son écran ou bien avec ses amis, le processus d identification aux situations va exister puisqu il regarde un groupe et qu il appartient luimême à un groupe dans sa vie. Il va y avoir une correspondance entre la vie réelle du téléspectateur et la vie fictive des Friends grâce au groupe. «en fait çà fait un peu une analogie, tu es là avec ta bande de potes à regarder une autre bande de potes à la télé quoi donc heu, donc c est assez marrant» [E09 ; B.G. ; M ; 26ans ; (L.26)] «quand t es dans ta bande de potes, même si t as pas forcément tu retrouves pas forcément tous les liens que t as dans la série. C est vrai que de temps en temps, quand tu te retrouves à faire un dîner à 6 avec 3 nanas et 3 garçons, forcément de temps en temps euh bah voilà euh t as l impression parfois ouais d être euh dans ton p tit appartement New Yorkais avec tes potes euh et de revivre ouais peut être une scène d un dîner ou autre chose comme ça euh mais on va pas se dire euh «Ah tiens on est 6, tiens on va se refaire une scène de Friends euh», enfin tu vois, enfin c est des trucs qui viennent comme ça, genre quelqu un va dire euh à un moment c est déjà 83
84 arrivé euh «Ah lala la ça me rappelle tel épisode de Friends» ou des truc comme ça, mais euh c est pas non plus tout le temps quoi» [E28 ; E.N. ; F ; 21ans ; (L.170)] Même s il n y a pas une parfaite similitude de groupe au moment exact du visionnage, l individu va projeter ses relations avec son groupe avec celles qui s opèrent dans le groupe de la série. Il va alors se mettre en position de caractère omniscient puisqu il va déplacer la place qu il a dans son groupe au groupe des Friends. En visionnant la série, il va donc pouvoir se voir au sein de son groupe, mais également voir les réactions et les activités de ses amis lorsqu il n est pas en leur présence directe, chose qu il ne peut faire dans la vie réelle. Le téléspectateur va donc pouvoir observer, comprendre et réagir dans son groupe juste en s identifiant à la situation de groupe dans la série. «tu sais c est l ambiance, tu sais vu que en fait c est un groupe d amis, çà permet en fait de heu, d assimiler plus ou moins de choses que tu as vécu personnellement avec tes amis, de les revoir et c est sans doute çà qui me permet d avoir une assimilation à l intérieur de la série» [E10 ; R.F ; M ; 22ans ; (L.74)] La vie et la place qu une personne a au sein d un groupe n existent pas d une même et unique façon et celles dépeintes dans les relations de groupe de la série ne sont pas exhaustives. Si bien que les individus ne vivant pas les mêmes choses que les Friends peuvent ressentir une envie voire une jalousie en regardant les épisodes. «c est à dire se retrouver avec nos potes heu, d avoir finalement un fort réseau social, enfin très petit, mais qu il y ait beaucoup de partages, d échanges heu, et donc voilà, plutôt au niveau rapports humains, d avoir envie de ressembler à cette bande de potes, être ensemble heu, partager pleins de choses, être inséparables» [E03 ; L.L ; M ; 22ans ; (L.291)] 84
85 Ces envies vont se manifester à travers une sorte de fantasme que le visionnage de la série va générer. Beaucoup d éléments vont être mis en place pour que les téléspectateurs voient sur leurs écrans ce qu ils voudraient vivre dans l idéal, se manifestant par une identification aux situations de la part des individus. Fantasme La série tient aussi son succès du fait qu elle fait rêver les individus et compte tenu de la tranche d âge des téléspectateurs, les projette dans l avenir. Les adolescents ou adulescents visionnant des épisodes de Friends vont pouvoir voir leur vie dans un futur très proche, une vie d étudiant ou de jeune adulte indépendant, qui doit faire des tâches ménagères tout seul, évoluant au sein d un groupe et se cherchant dans un avenir professionnel, etc. C est ce que va montrer la série, de manière idéalisée, en proposant aux téléspectateurs de voir une bande d amis vivant en colocation, aspirant à des métiers intéressants et gagnant très aisément leurs vies. L individu va pouvoir alors se rassurer et planifier des projets ressemblants de près à ceux de la série, comme la colocation par exemple. «c était surtout le concept d avoir des amis comme ça heu, je voulais limite faire la même chose qu eux quoi, vivre en coloc avec une copine et avoir ma bande d amis qui débarquent comme çà dans l appart, qui font un petit peu ce qu ils veulent et heu voilà un petit peu pourquoi j ai pris de l intérêt, je me suis identifiée à eux en fait» [E04 ; M.D. ; F; 25ans ; (L.63)] «c est un peu vers quoi j aspirais à ce moment là quoi, c est un petit peu heu, bah tu vois quand tu es adolescent heu, nan mais disons que à cet age là tu as envie de 85
86 t éloigner du cocoon familial heu voilà limite tu rêvais d être à leur place, d avoir leur appart heu voilà pour pouvoir être avec tes amis, vivre ta vie» [E09 ; B.G. ; M; 26ans ; (L.84)] La série va également donner de l espoir aux téléspectateurs dans le sens du fantasme. En effet, l individu qui attend pour vivre une vie comme les Friends va se sentir frustré de ne pas pouvoir aspirer à cela tout de suite. En regardant la série, celui-ci va être comblé puisqu il va se projeter dans cet univers qu il attend tellement et l espace de quelques minutes, va se voir en tant qu adulte et faisant partie intégrante des Friends. «ce sont différentes situations que tu peux retrouver dans ta vie quotidienne, et hum, ce sont des situations, heu, ce sont des situations que personnellement j aimerais bien vivre, que peut être je ne suis pas amené à vivre actuellement, c est en fait une sorte de frustration qui est comblée en regardant cette série, parce que voilà, ce sont des petites saynètes, des scènes de la vie de tous les jours, et ce sont des choses qu on peut être amené à vivre et qu on ne vit pas» [E07 ; V.H. ; M; 21ans ; (L.11)] Cependant, pour les téléspectateurs plus vieux, Friends va représenter pour eux une sorte de revival de leurs années de jeunesse, une nostalgie qui va les faire revenir quelques années avant, le temps de quelques épisodes. «tous les trentenaires se retrouvent effectivement dans le côté un peu foufou et regrettent de ne pas avoir connu les phases de colocation» [E02 ; R.G. ; M; 34ans ; (L.76)] Enfin, beaucoup d éléments sont mis en place dans la série pour que l individu puisse s évader dans un monde qu il idéalise. D un cadre général, les téléspectateurs peuvent voir évoluer des personnages beaux, jeunes, riches, amis, amants dans une ville représentant le 86
87 rêve américain, New York, et dans des appartements représentants conjointement ces deux idéaux. Friends au final, c est une bulle dans lequel tout le monde envie de rester, de rester dans ce décor. «c est aussi un idéal dans le sens où heu, où ils ont une vie entre guillemets rêvée, tout le monde rêve de se mettre en coloc heu d habiter à New York et de heu faire des métiers plutôt pas mal entre eux, être jeunes, n avoir pas forcément de problèmes de fric et de heu et ouais ils ont une bonne bande d amis» [E01 ; J.J. ; M; 21ans ; (L.68)] «Quand quand t es jeune, t as envie que ta vie euh plus tard elle ressemble à celle là, t as euh le boulot bon bah ils parlent pas, ils s étendent pas sur la vie professionnelle mais ils ont l air tous heureux donc bah tu t dis que quand tu vas travailler ça va être super bien, le soir tu vas rentrer chez toi bah t aura tous tes amis, tu feras la fête avec tes amis, tu discuteras avec tes amis et euh Donc j pense que euh quand on quand on regarde la série on on s dit qu on aimerait bien que notre vie elle ressemble à la leur, la leur!» [E26 ; C.M. ; F; 22ans ; (L.155)] Ces décors vont fortement rappeler ceux du quotidien des individus et ainsi favoriser le processus d identification aux situations. Décors quotidiens Pour les individus s approprient un maximum la série, l aspect du décor est très important. Les réalisateurs ont vu juste en proposant aux téléspectateurs d évoluer dans des décors qui ne changent pas ou bien qui se modifient selon l évolution des personnages, comme chacun l aurait fait dans la vie réelle. Ces lieux sont au nombre de trois : l appartement des filles, 87
88 l appartement des garçons et le café Central Perk. L appartement des filles va permettre aux téléspectateurs féminins de s identifier, de même pour celui des garçons. Ces deux appartements étant établis l un en face de l autre va représenter les relations de voisinage et d amitié. Enfin, le café va concrétiser tout ce qui va être loisir et sorties entre amis. En associant des lieux avec des relations humaines, les individus vivent dans ces lieux et s y attache. «on se retrouvait vachement dans les décors quoi, enfin, ils étaient pas forcément très sophistiqués mais c était toujours les mêmes lieux qui revenaient, des lieux communs où tout le mode pouvait se regarder, leurs appartements, le bar en bas, peut être quelques rues, l immeuble donc heu, nan nan on se retrouvait vachement dans les décors» [E01 ; J.J. ; M; 21ans ; (L.254)] «Là tu vois bien que ouais c est des trucs de récup heu enfin c est pas des trucs de récup mais ça fait, tout n est pas carré quoi, du coup ça ressemble beaucoup plus à ce que nous, ce qu on vit quoi ouais t as l impression que c est normal en fait heu ouais ils sont coloc ils ont des meubles heu des trucs sympas mais bon c est pas non plus des trucs heu donc heu c est assez convivial quoi, tu te sens enfin tu te vois bien ouais tu te vois peut-être bien vivre là-bas» [E19 ; J.J. ; M; 21ans ; (L.254)] Par exemple, lors de l analyse de contenu, il n est pas rare d avoir entendu que beaucoup avait ressenti une tristesse lors du dernier épisode où les Friends quittent définitivement l appartement. Certains ont ressenti cela comme leur propre déménagement. De même, les décors ont été faits de manière à ce que le maximum de personnes puisse se retrouver. Les décors vont appartenir à une classe moyenne aisée, au contraire de nombreuses séries du même genre. Les personnages ne vont pas ici habiter des maisons gigantesques avec piscine et conduire des voitures de luxe. Ici, les appartements vont être de taille moyenne, 88
89 décorés de façon jeune, de faisant pas transparaître de signe de fortune. Ainsi, du fait que ceux-ci ne soient pas poussés dans les extrêmes, les individus vont s y retrouver plus facilement, et vont parfois y reconnaître leur habitat ou bien leur futur logement. «il y a aussi l aspect que çà se joue à NY, c est donc une ville, je suis de Paris donc c est une grande ville, NY c est une grande ville, donc tu t attaches forcément au milieu urbain parce qu il y a pas mal de scènes qui se passent dans la rue quoi, des immeubles, des voisins ou tu as des conneries avec tes voisins etc., tout le monde a déjà vécu dans des apparts et connais ce genre de trucs» [E07 ; V.H. ; M; 21ans ; (L.197)] ils ont pris un bar commun, le bar tout simple que tu peux trouver au coin de ta rue en fait, le bar où tu vas avec tes amis pour boire un café donc heu je pense que ça rapporte du réalisme à la série ouais le fait d avoir choisi des décors heu plutôt normaux [E15; A.C.; M; 21 ans; (L.332)] Cependant, même si la plupart des éléments sont réunis pour que les téléspectateurs s identifient aux situations vécues, cela devient bancal si sont développées à l intérieur de la série des histoires hors normes. Histoires L identification aux situations va enfin de faire et surtout grâce aux histoires développées. Cela va être des histoires que tout le monde vit au quotidien, tellement proche de la réalité qu il n est pas possible que quelqu un ne puisse pas s y retrouver. Il va s agir d histoires d amour et d amitié en général. Des histoires parallèles vont se créer pour apporter encore 89
90 plus de crédibilité à la série et l humanisant par le même biais. Cela va être par exemple des histoires de problèmes d argent, de relations de voisinage, etc. «forcément tu vas te retrouver dans certaines situations heu, que cela soit amoureuses ou situations indélicates dans lesquelles forcément tu te dis heu, et quand tu les revois qui passent à la télé, çà t es déjà arrivé plus ou moins, d une autre manière heu, mais plus ou moins, donc voilà, après je sais pas heu, parce que forcément on a pas tous la même vie mais heu les situations sont toutes plus ou moins les mêmes heu, toutes celles qu on vit du moins, celles que j ai vécu, je suis sûr que tu as vécu les ¾ pareil quoi, tu as vécu les mêmes» [E10 ; R.F. ; M; 22ans ; (L.154)] «c est pas un truc snob comme heu dans Melrose Place ou des jsais pas Beverly Hills où le fric coule à flot, ils ont des problèmes d argent comme nous heu ils ont des problèmes de santé comme nous, ils ont des problèmes de cœur comme nous donc ce qui fait que heu on s identifie heu très facilement à travers la série quoi, les personnages, leur vécu et je pense que c est ça qui est bien» [E14; J.N.; M; 27 ans; (L.150)] Le fait que les individus vont se retrouver dans beaucoup de situations que vivent les personnages, cela va leur permettre de relativiser voire de dédramatiser face à certaines situations. En effet, quelqu un vivant quelque chose proche de ce qu il va voir à la télévision, va projeter ses réactions et son comportement à celui des personnages vivant la même situation que lui. Voyant le dénouement, cela va lui apporter des réponses, une certaine analyse de la situation lui permettant de voir le côté positif de la chose. «le fait que tu te sentes proche des gens, que eux ont des problèmes et que justement tu te rend compte que ce n est pas si grave que çà parce que tout finit par s arranger, en fait, quand tu termines un épisode, tu repenses à ces petits problèmes et tu te dis c est pas grave» 90
91 [E07 ; V.H. ; M; 21ans ; (L.197)] Comme nous avons pu l évoquer précédemment, les individus vont se retrouver vivre une expérience de consommation en visionnant la série Friends également car ils vont voir à travers les personnages leur propre reflet Identification aux personnages. Une expérience de consommation va être vécue lorsque l individu présent va ressentir des émotions et le plonger dans un univers qu il aura construit conjointement avec l objet de ses sentiments. En l occurrence, la série Friends va faire vivre à ses téléspectateurs une expérience de consommation grâce à processus d identification qui va être mis en place grâce aux personnages. Plusieurs aspects des personnages sont développés afin que chacun puisse s y retrouver : les traits de caractère, l apparence, et de manière plus abstraite, la connaissance totale des personnages et la proximité avec le public vont faire que l identification sera très forte. Les traits Les personnages de la série ont été construit de la manière à ce que tout le monde puisse se retrouver dans au moins l un deux, voire dans chacun. Ainsi, parmi les 6 personnages, il est peu risqué d affirmer qu ils ont peu de points communs concernant le caractère à part les traits propre à chacun des sexes (faire du shopping, aimer les voitures, etc.). Chaque 91
92 personnage aura un panel de trait de caractère qu il n aura pas en commun avec un autre, et qui le caractérisera. Les téléspectateurs pourront ainsi «piocher» dans les traits des personnages pour retrouver leur propre caractère. «on s identifie vachement heu à chacun enfin heu, moi je m identifie heu je m identifie pas particulièrement à un seul mais heu, ils ont tous chacun une part que heu que quelqu un peut heu s identifier quoi donc heu on peut facilement s identifier je pense au moins à plusieurs personnages dans la série» [E01 ; J.J. ; M; 21ans ; (L.42)] «c est heu on retrouve dans chaque personnage de Friends heu des petits bouts heu tu vois heu des copains je retrouve un ptit bout de heu Chandler, un ptit bout de heu Monica, un ptit bout de Rachel ou même de heu Phoebe enfin peut être pas trop (rires) enfin tu vois c est un de heu naïveté, de heu jsais pas heu oui on retrouve des ptits bouts de personnages dans heu chez chacun de mes amis» [E14; J.N.; M; 27 ans; (L.109)] Pour que les individus puisse retrouver des parts d eux-mêmes dans chacun des personnages, les traits doivent être poussés à l extrême afin qu ils soient bien repérables et par conséquent, appropriables par le téléspectateur. Les individus vont ainsi pouvoir mettre des étiquettes aux personnages puis se les redistribuer. «c est des personnages auxquels tu peux t identifier facilement, et tu t identifies pas euh qu à un personnage, en général tu t identifies aux 6, t en prends un peu chez chacun, parce que chacun a un caractère euh a a une personnalité qui est poussée à l extrême donc c est pour ça que tu peux pas ressembler à un personnage parce que euh c est tellement poussé à l extrême que c est des personnages qui sont caricaturés, qui sont catalogués, donc du coup tu peux pas t identifier à un mais euh tu peux te reconnaître de temps en temps» [E30 ; L.B. ; F; 21ans ; (L.570)] 92
93 Cependant, les traits de caractères extrêmes doivent être tout de même relativement banaux pour que le processus d identification puisse fonctionner. L expérience de consommation va se faire lorsque le «normal» sera exagéré, reflétant ainsi plus facilement l individualité du téléspectateur. «que je peux être un peu maniaque, ou très ambitieux comme heu, comme Rachel ou comme Monica, je peux être glandeur comme Joey, je peux être rigolo ou pas drôle comme Chandler, ou fou comme Phœbe quoi. Donc encore une fois, ya peut être des gens qui se retrouve entièrement dans un seul personnage mais pour moi ils sont, enfin, ils ont tous une personnalité que tout le monde a quoi» [E01 ; J.J. ; M; 21ans ; (L.190)] L identification aux personnages ne va pas forcément se faire juste parce que le téléspectateur se voit dans chacun d eux. Ce processus peut s activer également si l individu retrouve dans un personnage un trait qu il aimerait voir se développer chez lui. Cela va être une sorte d admiration du personnage. «je pense qu on s est tous dit, du moins les garçons, heu Joey il est quand même fort, c est un tombeur, heu, on s identifie un peu à lui» [E03 ; L.L. ; M; 22ans ; (L.154)] «En gros, je m identifie à une petite facette de chaque personnage, je ne m identifiais pas à un personnage précis mais j avais envie de me retrouver dans la facette de pleins de personnages différents donc le côté maniaque de Monica heu, le côté heu j adore-m habiller-et-je-bosse-dans-la-mode de Rachel, c est pas qu on était comme çà, c est ce qu il nous faisait rêver, et le côté je-suis-un-peu-con-con de Phoebe heu» [E08 ; D.B. ; F; 23ans ; (L.90)] 93
94 D après l analyse de contenu, de nombreuses personnes ont souligné que non seulement il y avait une identification aux personnages car ils avaient des traits de caractères bien spécifiques et dans lequel ils se reconnaissaient, mais aussi parce qu ils renvoyaient une image d eux qui plait aux téléspectateurs. L apparence L identification aux personnages va également se faire si le personnage renvoie au téléspectateur une image à laquelle il aimerait bien ressembler. Cela va passer par les vêtements que portent les caractères, les coupes de cheveux, etc. Une mauvaise image, ou du moins une image qui ne plait pas ne donne pas envie au spectateur d aller vers le personnage. C est pourquoi la plupart des filles interrogées nous ont confiées qu elles s identifiaient à Rachel car elle était bien habillée et coiffée, au grand damn du personnage de Phoebe. «et puis Rachel heu j aimais bien et puis y a des styles où heu je me souviens je crois que c était quand j étais au collège, heu genre ses cheveux heu ouais après au collège t es en recherche d identité aussi quoi mais heu, heu je sais plus elle était plus blonde ou heu c était son époque où elle était en dégradé tout ça donc bon et heu genre je l ai fait mais pas heu pas heu genre directement je me suis dit «ah je vais me coiffer comme Rachel» mais je pense que au niveau de la mode heu, elle a impulsé quelque chose» [E19; M.D.; F; 24 ans; (L.220)] «Par contre, au niveau vestimentaire, j adore comment Rachel s habille et c est vrai que à des moments j ai envie d être habillée comme elle, je trouve çà vraiment stylé, pas comment elle était habillée avant, parce que franchement au début de la série elle s habillait très mal, mais à partir du moment où elle commencé à avoir un métier mieux payé, mieux placé, elle est devenue hyper classe et effectivement heu, quand je vois les cheveux de Rachel, je me dis je veux la même coupe quoi, et puis tu vois 94
95 Rachel qui était un peu rondelette au début de la série et qui maintenant est hyper bien foutue j ai envie d être pareille tu vois, mais quand je vois Rachel je me dis, j ai vraiment envie d être pareille pour pouvoir m habiller comme elle, parce que c est le pied je trouve» [E05 ; V.C. ; F; 22ans ; (L.355)] Du fait de tous ces traits de caractère ou d apparence similaires aux individus, ceux-ci vont se sentir proche des Friends, devenir presque un membre à part entière du groupe. Cela est dû à la proximité de la série. Proximité D après l analyse de contenu, la plupart des interviewés se retrouvaient dans le comportement, dans les réactions et les situations des personnages. Les personnages créés sont tellement réels que les spectateurs s y attachent et deviennent comme un de leur ami. «c est les personnages que heu, pour moi heu, ouais finalement c est comme des potes, pour moi ça devient tes potes finalement et c est limite comme si ils étaient là et que tu rigolais avec eux, tu souffres avec eux, tu ris avec eux, et heu, voilà, c est ça qui m a plu dans cette série, voilà» [E03 ; L.L. ; M; 22ans ; (L.167)] Les personnages vont être proche des individus par leur âge, leurs discussions, leurs références, et ce qu ils vivent. Friends est aussi une série sans prétention qui n utilise pas d éléments extravaguant pour attirer le spectateur. En ce sens, les gens voient sur le petit écran leur vie, jouée par des personnages qui leur ressemble et qu ils admirent. Il existe une 95
96 grande proximité entre le téléspectateur et la série, les plongeant dans une vraie expérience de consommation. «le succès de cette série vient surtout de heu la proximité avec les spectateurs dans le sens où c est une bande de jeunes, qui peuvent être comme toi, comme moi, à qui ils leur arrivent des histoires et heu, je pense que c est plus l effet de personnification qui a joué qui fait qu on se retrouve dedans et qui heu et pas le côté heu époustouflant, que cela soit au niveau esthétique, au niveau dialogue, au niveau des situations» [E03 ; L.L. ; M; 22ans ; (L.144)] Enfin, rien n est caché au spectateur. Il est non seulement omniscient, acteur mais a également une connaissance totale sur les personnages, comme s il avait vécu avec eux depuis le début de la série. Il les connaissait peu au début, a évolué avec eux et à la fin, peut anticiper les réactions des personnages. Les individus sont totalement immergés dans la série, sont dans l intimité des personnages. «au final il y a quand même 10 saisons heu et on en apprend vraiment beaucoup sur eux, je veux dire, ils rentrent dans le détail et heu niveau psychologie, il n y a pas des traits très très profonds et on a l impression de les connaître assez vite heu, et déjà les 3/5 des scènes se passent dans leurs appartements, soit dans l appartement es filles, soit dans l appartement des mecs ce qui fait qu on est systématiquement chez eux et heu on est à fond forcément dans leur intimité» [E06 ; S.M. ; M; 23ans ; (L.171)] D après les réponses fournies par les interviewés, nous pouvons confirmer que ceux-ci vivent une expérience de consommation en regardant la série du fait qu il y a une totale identification, qu elle soit au niveau des situations ou des personnages. Les individus vont ainsi se projeter dans ce monde fictif qui va leur renvoyer un reflet d eux-mêmes sur lequel ils vont pouvoir travailler. Ils vont ainsi s apercevoir des éléments de leurs vies pour lesquels ils 96
97 sont fiers et ceux pour lesquels ils le sont moins. En visionnant la série et en s identifiant, ils vont donc pouvoir se construire une identité dans laquelle ils se sentent bien et ainsi vivre la vie qu ils rêvent. Cette identification à la série va permettre donc aux individus d évoluer vers une vie à laquelle ils aspirent et leur donner une force supplémentaire pour y arriver. Il va ainsi y avoir un processus de projection au delà de l expérience de consommation vécue par le visionnage de la série dans la vie réelle. 97
98 3.4. Projection au-delà d une expérience de consommation Intégration dans un groupe Comme nous avons pu le voir précédemment, regarder la série équivaut à la regarder avec d autres personnes. Ainsi, regarder la série avec des amis ou avec des membres de la famille peut être perçu comme une expérience de consommation. Plusieurs aspects sont à prendre en compte et donc à développer. En effet, pour comprendre comment le visionnage de la série va faire que l individu va appartenir à un réseau social, il est important d expliquer que l individu regarde la série pour partager des moments mais également pour avoir une discussion autour d elle. Enfin, nous expliquerons que l individu regarde la série pour se conformer à un groupe mais aussi pour se construire. Partager des moments Tout d abord, nous avons pu constater que la série fait partager des moments conviviaux aux personnes qui la regardent en groupe. Cependant, ce n est pas le seul aspect à prendre en compte. En effet, les individus regardent la série pour passer de bons moments avec les personnes avec qui ils regardent mais également pour faire des blagues en rapport avec celles de la série ou encore reprendre les blagues de celle-ci. «Bah, avec mes amis c était quand j étais au collège et avec mon frère et ma sœur c était plus pour se lancer les blagues heu» [E09 ; B.G ; M; 26 ans ; (L.190)] 98
99 Pour d autres, la série va permettre de partager des moments de divertissement, rigoler avec leur entourage qui regarde également la série, tout en créant un échange qui n existait pas auparavant. «peut être après parce que c est un des premiers délires que j ai eu en commun avec mon frère et ma sœur, et quand on est petit, on voit les grands comme des gens impressionnants et on a l impression qu ils sont intouchables et avec Friends, je me suis rendue compte que avec mon frère je pouvais être complice différemment que jouer ensemble aux playmobil et partager quelque chose d autre, j ai l impression que c est avec Friends que cela a commencé quoi, on a commencé à partager les mêmes délires et à rigoler sur des choses heu quand je regardais Friends, je le faisais rire aussi, il y avait un échange, parce que voilà, j aimais la série, j aimais en parler, j imitais les blagues heu» [E05 ; V.C ; F; 22 ans ; (L.390)] «j aime bien si quand tu te mates un épisode de Friends, en parler aux autres et tout pour partager un fou rire et tout et forcément ouais quand t es heu là tu te retrouves» [E21 ; M.F ; M; 21 ans ; (L.135)] Enfin, pour le reste des individus interrogés, regarder Friends permet d avoir des moments privilégiés avec les personnes qu ils aiment, qui leur sont chères. Ainsi, les relations qui existaient déjà auparavant sont renforcées et permettent aux individus de se retrouver et même de se rapprocher. «Moi heu je sais que ma mère heu à 18h20 on était tous sur le canap et on regardait la série. Elle partageait un heu ouais elle partageait un petit moment avec nous à regarder une émission avec nous quoi enfin c est pas vraiment partager mais heu on faisait la même chose, au même moment et puis on rigolait sur les mêmes choses donc heu quelque part tu créais aussi une relation» 99
100 [E17 ; C.B ; F; 22 ans ; (L.411)] «puis on regardait Friends et on passait un bon moment, et c était notre instant mère/fille.» [E26 ; C.M ; F ; 22 ans ; (L.9)] «C était euh on essayait d en regarder euh le moins possible pour pouvoir entre guillemets se retrouver le week end euh en amoureux à partager des moments de des moments euh de tristesse, de joie et et euh et de plaisir.» [E29 ; M.D ; M; 26 ans ; (L.98)] «quand je vais revenir et j aurai besoin en fait d avoir des moments intenses de retrouvailles avec ma compagne et ben je mettrai ça» [E29 ; M.D ; M; 26 ans ; (L.308)] Ils regardent donc la série pour avoirs des moments à eux. Discussion autour de la série Le fait de partager la même «passion» pour la série avec des personnes de leur entourage permet, aux individus interrogés, de pouvoir partager un échange d opinions, de ressentiments. En effet, regarder la série permet d accéder à des informations qui pourront servir à participer aux conversations, et ainsi d alimenter les discussions autour de la série. Cependant, la discussion autour de la série n est possible que dès lors plusieurs personnes la regardent aussi. 100
101 «ouais il m est arrivé quand même heu par exemple avec des gens qui avaient déjà heu enfin qui regardent aussi par exemple, heu on aimait dire genre le lendemain «ouais il s est passé ça» heu et donc ça ouais» [E19 ; M.D ; F; 24 ans ; (L.211)] «Quand tu commences à trouver des personnes dans ton entourage, peut être pas les personnes avec qui t as commencé à regarder la série, mais euh qui regardent aussi, tu commences à en discuter et euh et ça vous donne envie de euh pas de trouver des euh bah voilà quoi il faut il faut pouvoir suivre la série pour pouvoir en discuter etc.» [E25 ; S.K ; F; 22 ans ; (L.308)] Regarder Friends n est pas seulement le simple fait de regarder la télévision, il permet également aux personnes qui la suivent, d en discuter comme une discuterait d un film après son visionnage. Comme la plupart des gens regardent cette série, tout le monde en parle et cela incite d autres personnes qui ne la regardent pas à la visionner pour pouvoir justement «rentrer» dans la conversation et même dans le groupe, regarder Friends permet également de ne pas être mis de côté. «c était un vecteur de de de d intégration entre guillemets et de de de communication, on pouvait parler euh c était assez drôle quoi, assez drôle.» [E29 ; M.D ; M; 26 ans ; (L.36)] «J me rappelle j étais au taqué quoi, j saoulais tout le monde au collège avec ça, et c est comme ça aussi que j ai des potes à moi qui commençaient à regarder et euh 101
102 comme ça, j ai commen j ai pu en parler avec des gens, parce que au début, personne ne regardait donc euh donc voilà. Voilà.» [E30 ; L.B ; F; 21 ans ; (L.17)] Se conformer à un groupe Nous avons pu constater que regarder Friends permet d être intégré dans un groupe et de ne pas être mis de côté. Certains des individus vont la regarder pour ainsi accéder à un groupe en s y conformant. Afin d être en adéquation totale avec les membres d un groupe, regarder Friends est quelque chose d incontournable. En effet, comme tout le monde regarde et en parle, Friends permet d intégrer le groupe que l on souhaite ou que l on désire intégrer. «cette série m a permis au collège d entrer dans le cercle des «in», ça me permettais d avoir des choses à dire heu, tu sais quand tu es adolescent, il faut être comme tout le monde» [E05 ; V.C ; F; 22 ans ; (L.211)] «Donc c est ça, c était les amis qui J voyais en fait j avais l impression d être un peu à l écart parce que bon, ils suivaient le truc à mort et et quand ils en parlaient moi j étais un peu à l ouest quoi, j me suis dit bah tiens, et donc c est c est ça qui m a amené à regarder et puis euh» [E29 ; M.D ; M; 26 ans ; (L.43)] Pour un des individus interrogés, regarder Friends lui permet d intégrer un milieu social différent du sien et ainsi pouvoir leur ressembler. 102
103 «Et puis j étais intéressé, j étais intrigué parce que bon j venais, en fait je viens d un milieu assez euh assez euh où on est plus ou moins des prolos et et là c était j étais dans un lycée euh où y avait que que des personnes en fait de de grandes familles et donc euh, j m intéressais, j essayais de m intégrer par ça on va dire, j me disais pourquoi pas regarder» [E29 ; M.D ; M; 26 ans ; (L.20)] Comme pour l interviewé n 25 regarder Friends n est pas synonyme d intégration dans un groupe, mais c est pour lui la possibilité de pouvoir intégrer les mêmes choses que certaines personnes. «Pas pour intégrer le groupe parce qu on s arrête pas à ça, mais euh mais euh pour pouvoir euh partager euh les mêmes choses qui nous font rire après ouais» [E25; S.K; F; 22 ans; (L.506)] Pour d autres, regarder Friends est seulement pour faire comme les autres, pour ne pas être seul ou se sentir rejeter. «comme je te l ai dit pour faire comme les autres quoi. Tout le monde regardait ça donc heu si tu regardais pas Friends heu t étais un peu has-been j ai envie de dire parce que le lendemain tout le monde en parlait et tout le monde se racontait l épisode qu il avait vu ou qu il avait pas vu» [E15 ; A.C ; M; 22 ans ; (L.33)] Enfin, pour certains individus parler de la série Friends est quelque chose de fréquent. Hors pour les personnes qui ne suivent pas cette série et faisant parties de ce même groupe, il est important de visionner Friends pour ainsi y appartenir. Les individus regardant cette série vont donc les influencer dans le visionnage de celle-ci. 103
104 «ou prêter les DVD à des personnes qui ne les avaient pas encore vu, parce que parce que quand euh quand ils voient que dans mon cercle d amis on a beaucoup de références à ça, bah ils ont envie aussi d être dans le dans le truc donc ils se mettent à regarder et euh et on leur prête les DVD.» [E25; S.K; F; 22 ans; (L.506)] «Non pas à ce point là mais on avait tous en commun la série Friends, on regardait tous. J pense pas que ça mettait à l écart les autres, mais c est vrai que le fait que tout le monde regarde les gens ont peut être plus facilement regardé et ( ) c est c est pas si tu regardes pas Friends t es pas mon ami mais si tu regardes Friends euh tu tu pourras discuter avec nous. Ouais ouais nan les gens étaient pas influencés mais c est surtout parce que euh comme j te disais tout à l heure, c est que tu tu tu te retrouves vachement dans les personnages donc euh t adhères plus facilement à la série et tu tu seras plus apte à la suivre après.» [E26 ; C.M ; F; 22 ans ; (L.350)] Se construire La série va également permettre à certains individus de se construire. «çà m a aidé un peu à me construire quoi» [E05; V.C; F; 22 ans; (L.390)] Elle va également permettre à certains individus de pouvoir développer leur personnalité. En effet, ils vont construire leur personnalité sur celle des personnages ce qui les aidera dans leurs relations. 104
105 «elle va faciliter les relations avec les gens qui regardent la série, je vais expliquer les mimiques à une fille que j ai fréquenté pendant deux ans, çà c est un truc, sans m en rendre compte, je vais rigoler pareil, pas maintenant, mais à l époque, quand tu n as pas trop de personnalité et que tu te cherches un peu, tu reprends des mimiques, des expressions, des blagues et çà aide au final dans tes relations» [E05 ; V.C ; F; 22 ans ; (L.403)] «la série m a beaucoup influencé dans mes rapports amicaux puisque j ai commencé à regarder la série, j ai commencé à me constituer un cercle relationnel, un cercle d amis. Puisque moi mes amis du lycée sont devenus mes, mes très bons amis et heu j ai pas d amis qui datent du collège en fait et heu enfin c est en grandissant en fait que je me fais mes vrais amis et que je garde des relations durables avec les gens» [E20 ; M.L ; F; 26 ans ; (L.266)] Chaque individu va ainsi se créer une personnalité en fonction de la série et plus particulièrement en fonction de la personnalité de chaque personnage. Cela lui permet de faciliter les relations qu il entretien avec son entourage mais également de créer des liens avec celui-ci tout en appartenant au groupe social qu il a choisi. Le visionnage de la série va ainsi faire en sorte que l individu appartienne à un réseau social. En effet, le visionnage de la série va permettre la création d un groupe social du fait qu il existe un lien qui unit chaque individu à d autres, et ce lien est la série Friends. Ainsi, en intégrant un groupe et en s y conformant, l individu va pouvoir partager des moments tout en discutant de la série et en développant sa personnalité. De plus, nous verrons dans une prochaine partie que l individu changera son comportement en fonction de ce qu il aura visionné mais également vécu. 105
106 3.4.2 Modification du comportement Nous avons pu démontrer dans la partie précédente que les téléspectateurs allaient fortement s identifier aux personnages et à ce qu ils vivent à l intérieur de la série. D après l analyse de contenu, il est même apparu que cette identification allait encore plus loin. En effet, il a été démontré que les individus n étaient alors plus passifs devant leur télévision à voir le miroir d eux même, mais étaient acteur en agissant dans la vie réelle. Les consommateurs poussent à cette identification de manière à ressembler au maximum aux différents aspects de la série, que cela concerne les personnages, les décors, etc. La série va donc avoir une action sur les téléspectateurs au niveau de trois points que nous allons développer : les reprises d expressions, les actes d achats, les envies. Reprise d expressions Tout d abord, nous avons pu analyser que la reprise d expressions se faisait en particulier lorsque le trait de caractère du ou des personnages est tellement exagéré que cela en devient comique dans la série. Ainsi lorsque ce trait apparaît dans la vie de tous les jours, il n est pas rare que les téléspectateurs le fassent remarquer en se référant à la série. «on m a souvent appelée Monica à l époque parce que heu dès fois, je mettais des dessous de verre heu, on me disait «arrête de faire ta Monica» et çà «arrête de faire ta Monica» [E04 ; M.D. ; F; 25ans ; (L.303)] 106
107 Les téléspectateurs, en se projetant dans l univers de Friends, vont fortement s identifier et pour se sentir encore plus proche de leur «identifiant», ils vont se conformer à lui ou a eux en adoptant ses répliques, ses mimiques. Le fantasme du ou des personnages devient alors réel puisque le consommateur devient cette même personne. Il devient aussi drôle, a autant de répartie, adopte les mêmes postures. «mais avant je connaissais certaines amies qui heu, pour eux, le processus d identification il s est fait comme çà, elles vivaient à travers cette série, elles adoptaient les mimiques heu, les gestuelles heu, les expressions» [E03 ; L.L. ; M; 22ans ; (L.261)] Cette reprise de comportement ou d expression peut se faire par étapes. En effet, l individu qui sera placé dans un contexte social connaisseur de la série, va reprendre des expressions car celles-ci trouveront un destinateur perceptif qui pourra alors réagir puis interagir. «Mimiques non, mais phrases heu genre «oh my god» heu, enfin ouais deux, trois conneries quoi, çà m est arrivé parce que ouais après heu, tu joues sur le côté drôle heu, private joke entre personnes qui regardent la série, et voilà quoi» [E10 ; R.F. ; M; 22ans ; (L.207)] Cela peut permettre au téléspectateur de «briser la blague», pouvoir avoir une approche communicative dans un contexte nouveau ou qui s y prête peu. De même, les individus vont en règle générale rependre des blagues ou des expressions parce qu ils trouvent çà drôle et qu ils souhaitent justement être drôle. Cette reprise peut par contre se faire soit dans un contexte de connaisseurs de la série où là il s agira d un clin d œil comique, ou bien le contexte sera complètement novice où ici le consommateur de la série 107
108 reprendra la blague ou l expression dans le simple but d être drôle auprès de ses interlocuteurs. «Mais aussi avec mes potes ben pareil on heu y avait des phrases et tout qu on se ressortait quoi enfin des heu des phrases heu ouais genre des petites vannes de Joey ou ouais des trucs comme ça quoi on les ressortait en cours pour se marrer quoi» [E17 ; C.B. ; F; 22 ans ; (L.72)] «puis même maintenant euh il y a des p tites blagues qui reviennent euh de temps en temps, on sait que ça vient de Friends quoi, quand quand euh Chandler danse comme un con dans le salon, c est vrai que ça arrive en soirée qu on fasse la même chose (Rires) et tout le monde sait qu on est en train de faire Chandler parce qu on a tous vu l épisode et euh donc voilà. Ouais, bien sur» [E28 ; E.N. ; F; 21ans ; (L.162)] «je pense que heu le seul truc que j ai pu adopter c est la mimique des personnages, à un moment donné, Joey il montre du doigt comme çà, et je pense que je tiens çà de là parce que parfois je montre les gens du doigt comme çà, je pense que çà je l ai adopté car je trouvais çà marrant, totalement décalé quoi et c est venu naturellement au bout d un moment, et après heu, je pense que j ai dû adopter des phrases, des expressions mais comme c est en anglais heu, justement quand je parle anglais heu, il y a certaines expressions que je retiens de là, donc j ai pris quelque chose des épisodes de la série pour le reprendre dans la vie courante quoi» [E07 ; V.H. ; M; 21ans ; (L.300)] Pour le consommateur, modifier une posture, reprendre une expression, adopter des mimiques révèle une attitude idéale souhaitée, ce qu il faut faire pour être dans la norme ou pour se sentir spécial. Les personnages vont être un exemple à suivre. 108
109 «j en tire des répliques, j en tire des situations, j identifie des situations de la vraie vie que j ai vu dans la série et heu je reproduis, je ressors les mêmes répliques de blagues que dans la série, tu vois ça se transverse» [E14; J.N. ; M; 27 ans ; (L.54)] Enfin, la reprise d expressions ou de mimiques peut se faire par mode. Comprendre et répliquer à l allusion de la série va constituer un code pour montrer que nous aussi on en est, que l on est IN. «Non, mais mes amis le faisaient çà. Ils pouvaient reprendre effectivement un bloc de phrases, des dialogues dans des contextes, en répétition, en récitation, comme çà, juste parce que c est IN, çà le fait, c est un code» [E02 ; R.G. ; M; 34ans ; (L.138)] La projection de l identification va donc se faire, concernant celle des personnages, en reprenant les expressions et en adoptant les postures des personnages pour leur ressembler le plus possible. Cependant, nous avons pu voir que l identification se faisait également au niveau des situations. Pour se projeter au maximum dans l univers de Friends, les consommateurs vont donc réaliser des actes d achats qui feront qu ils se sentiront vivre avec les personnages. Actes d achats Les achats vont être à deux niveaux. Le premier va être une totale projection des consommateurs dans le monde de Friends en réalisant des achats d objets identiques ou 109
110 presque à ceux de la série. Le deuxième niveau va concerner les achats de produits dérivés qui feront aux individus se rappeler la série et le plaisir qu elle leur procure. Tout d abord, dans la mesure où la série va procurer des envies (envie de ressembler à un personnage, envie d habiter dans un appartement comme le leur, etc.), les individus vont parfois vouloir les concrétiser en achetant un objet similaire à un de la série. Ces achats se réalisent en général lorsque l objet de la convoitise se révèle raisonnable. Ces «petits» acahts vont se coupler avec le désir d identification et représentera une étape de la «transformation» en ce personnage. Ces achats peuvent également concerner une identification à la décoration des appartements des Friends, pour ainsi avoir la sensation de vivre dedans. «il y a un truc que j ai acheté, heu, les fameux pyjamas de Rachel avec les bas rayés, c était un pyjama en fait avec des carreaux, c était dans les saisons 1, 2, ou 3, on la voyait beaucoup comme çà, et un t-shirt large, j ai acheté çà,» [E04 ; M.D. ; F; 25ans ; (L.288)] Pour certains téléspectateurs, le processus d identification n est pas extrême et ceux-ci ne ressentent donc pas le besoin de faire en sorte de ressembler à l univers Friends. Cependant, ils vont chercher à retrouver les sensations que la série leur procure, à se remémorer des passages, les personnages. Pour ce faire, ils vont être très actifs quand à l achat de produits dérivés (autre que les DVD). «Bah j en pense que encore une fois euh on est des vrais euh consommateurs de base hein, mais euh bah j ai un jeu Friends le Scene it que j étais super contente de trouver euh à la base parce qu on le trouvait pas en France et euh et euh bah à une époque mais je les ai cassé j avais des mugs Friends parce que c est tout le truc de la série avec le café euh le Central Perk mais là j ai toujours mon jeu dérivé euh mon jeu qui est un produit dérivé euh et bah je suis tombée là dedans, voilà.» [E25 ; S.K. ; F; 22ans ; (L.386)] 110
111 En effet, ces objets leur rappelleront la série, et leur permettront d afficher leurs préférences et donc se s exprimer. En un sens, ces achats de produits dérivés auront un impact concernant la construction identitaire des téléspectateurs, dans la mesure où, puisque le téléspectateur considère Friends comme son identité, il exprime également la sienne. «Alors étant plus jeune oui, bah j avais eu les bouquins officiels heu, avec des photos exclusives, pleins de trucs expliqués, après j achetais les star clubs sur la série, avec les posters, j avais les posters Friends dans ma chambre, j avais les copains avec moi, j avais aussi acheté les cartes postales Friends, que j avais collées dans mon agenda, et moi ce que j avais fait, c est que j avais découpé dans les magazines que j avais entassé chez moi, pleins de petites photos de Friends avec des situations et tout çà, que j avais collé dans mon agenda sous forme de patchwork que j avais enroulé tout çà de scotch pour que çà tienne, j avais fait çà bien, voilà, comme çà j avais mes copains avec moi, j adorais Friends tu vois» [E05 ; V.C. ; F; 22ans ; (L.319)] Enfin, l achat de produits dérivés va concerner l ensemble des jeux qui seront également un moyen de se souvenir de la série. Cependant, cette sorte d achat, va coupler l envie de retrouver les sensations de la série et le désir de s exprimer dans un groupe social. Ici, les individus vont vouloir exposer leurs connaissances de la série. «y avait des trucs sur minitel j me souviens, j avais dépensé un fric fou sur le minitel euh y avait un truc Friends, ils posaient des questions et fallait euh répondre et tout et pi à la fin tu gagnais si tu répondais à toutes les questions et euh j passais des heures là-dessus sans savoir que c était payant et j m étais fait tuer par mes parents quoi parce que euh bah ils avaient payé le minitel (Rires) pour un jeu sur Friends» [E22 ; C.K. ; F; 22ans ; (L.163)] 111
112 Cependant, la série ne va pas tout le temps pousser à l achat. Certains téléspectateurs vont rester très raisonnables et ne vont pas concrétiser leurs désirs d identification. Malgré tout, l série peut donner des envies aux individus qui seront de l ordre des idées ou du copiage. Les envies Comme nous avons pu le voir tout à l heure, les téléspectateurs vont voir dans leur petit écran une série qui raconte leur vie idéalisée avec des personnages très attrayants. Cela va procurer aux individus des idées sans pour autant passer à l acte d achat. Ces idées peuvent être très concrètes comme une tenue, une coupe de cheveux, un objet de décoration, ou bien abstraites, relatant leurs vies futures, leurs ambitions, comme une mise en colocation pr exemple. «Heu oui, particulièrement pour le petit cadre, ça m a donné l idée de le faire un jour, et limite le concept comment c était fait heu, enfin les fauteuils mis de telle façon, enfin çà en même temps c est pareil chez tout le monde, non, une autre idée par exemple, les cartes chocolat Lu, j en ai mise, enfin je veux dire quand même le décor il est banal quoi, la disposition tout çà, limite l idée c est le mélange du vieux et du moderne dans l appartement, enfin le seul truc dont je m inspirerais par la suite c est de mettre un cadre au niveau du judas, çà je le ferais car c est vraiment original» [E04 ; M.D. ; F; 25ans ; (L.226)] «je sais qu elle s était coupée les cheveux enfin tu vois au niveau du menton enfin assez court, ben j étais allée chez le coiffeur et je voulais faire pareil enfin tu vois enfin ça donne des idées et puis c est peut-être aussi comme ça que tu, tu t identifies à ces personnages, enfin c est pas que tu t identifies mais tu heu tu veux faire pareil qu eux quoi» [E17 ; C.B. ; F; 22 ans ; (L.366)] 112
113 Enfin, ces envies peuvent être de l ordre du copiage dans le sens où les téléspectateurs vont vouloir ressembler aux personnages et aux situations en les copiant volontairement. Ici également, cela peut être une manière de se comporter comme une façon de penser que les individus vont croire comme idéale. «en fait il y a certaines situations que je peux retrouver heu, que j ai vu dans la série, et heu, et je pense que quelque fois j ai pu réagir de la même manière que dans la série tu vois, même d ailleurs dans des situations de crise de couple heu, ou des crises entre amis heu, et c est vrai que parois j étais amené à heu, m inspirer de la même rhétorique, volontairement, peut être parce que à un moment donné je me disais que c était l image de la vraie vie heu, certaines personnes réagissent comme çà heu, donc heu parfois çà me paraissais logique» [E09 ; B.G. ; M; 26ans ; (L.183)] La série va également donner une certaine ambition auprès des téléspectateurs, que cela soit une ambition à court terme ou bien à long terme. «mais ouais çà m est déjà arrivé de regarder et de me dire ouais putain j ai envie de sortir ce soir, j ai envie de faire un truc et puis voilà, mais Friends c est plus des bars la journée, çà serait des bars la nuit çà me donnerais encore plus envie, pour sortir le soir c est plus heu, et c est vrai que quand je regarde la télé je me dis «ah c est vrai j ai envie de sortir ce soir!» [E10 ; R.F. ; M; 22ans ; (L.200)] En fait, c est pas celui de Rachel, c est celui de Monica avec Chandler, quand elle s est mise avec Chandler, en fait je voulais copier le fait d avoir un bon copain et au final que çà marche, d essayer avec lui et que çà marche, c est ouais, c est Monica que j ai eu envie de copier sur çà [E04 ; M.D. ; F; 25ans ; (L.155)] 113
114 «il n y a pas d intérêt matériel en regardant Friends c est clair, ca peut produire des désirs, dans le sens ou tu as envie de vivre ce genre d expériences avec tes amis, que tu ne vis pas forcément et ca te donnes peut être de l ambition, heu ouais, plus de force heu plus de force de caractère, plus de ténacité, voilà, çà t ouvres des nouvelles portes en fait» [E07 ; V.H. ; M; 21ans ; (L.150)] D après l analyse de contenu, nous pouvons donc affirmer que la série, du fait qu elle fasse vivre une expérience de consommation aux téléspectateurs, va fortement les influencer en modifiant le contexte dans lequel ils vivent, allant même jusqu à agir sur leur for intérieur dans le but de s immerger au maximum dans la série Valeurs véhiculées Nous avons vu précédemment que l individu modifie son comportement par l influence que la série a sur lui. Il accepte ce changement parce qu il partage les valeurs que celle-ci véhiculent. En effet l individu partage, d une certaine manière, les mêmes manières de penser que les personnages de la série. Ainsi, il se sent proche d eux et s identifie à eux. «bah c est une communauté qui donne envie et heu ils ont des valeurs auxquelles je crois, auxquelles j aspire et c est peut-être pour ça aussi que je me suis vraiment identifié aux personnages, identifié à l histoire enfin parce que pour moi la vie c est avant tout heu enfin l amitié c est très, très important dans la vie et c est ce qui me permet d avancer finalement» [E21 ; M.F. ; M ; 21ans ; (L.297)] 114
115 La série parvient à s adapter à la personnalité et à l état d esprit de bon nombre de spectateurs. En effet, elle transmet une manière de vivre et de se comporter en société commune à plusieurs générations. L individu se reconnaît alors facilement et peut reproduire les mêmes situations que dans la série puisque celles-ci sont réalistes et réalisables. La principale valeur que la série fait transparaître est celle de l amitié. La communication autour de ce thème est très présente puisqu elle est intitulée «Friends». La première fois que le spectateur va entendre parlé de cette série, il a tout de suite une idée du sujet abordé. «c est une série américaine mais euh dans laquelle ils ont des valeurs, parce que bah la valeur vraiment mise en avant c est l amitié» [E30 ; L.B. ; F ; 21ans ; (L.399)] «Je disais donc que les personnages sont supers drôles, moi j adore, c est un humour à la fois con et à la fois amical, qui n est pas violent et qui symbolise les vraies valeurs de l amitié, c est pas des trucs à la con où chacun pense à sa gueule en fait heu, çà montre vraiment des vraies valeurs d amitié que c est vrai aujourd hui on a plus trop» [E10 ; R.F. ; M; 22ans ; (L.88)] Cette amitié tourne autour des relations que les personnages de la série ont entre eux, leurs situations de joie, de tristesse. La série nous montre des personnages attachants qui vivent en société et surtout qui partagent leurs vies comme n importe quel spectateur lambda. «Pour moi les valeurs qu elle véhicule heu la solidarité, la solidarité, c est-à-dire que les moments de heu bonheur, de malheur enfin tout ça tu le partages avec tes amis heu donc heu l amour entre homme et femme, l amour dans son but amical donc ça ce 115
116 sont des valeurs heu très importantes et forcément après tout ce qui est heu, tout ce qui est aussi heu donc heu un peu heu la réussite sociale» [E21 ; M.F. ; M ; 21ans ; (L.304)] L individu se laisse facilement entraîner dans la série car celle-ci est filmée et diffusée de manière à ce qu il ne se sente plus uniquement spectateur mais qu il soit intégré et qu il partage tous les moments que les Friends partagent ensemble. Les bruitages et les rires enregistrés jouent un rôle important dans l enrôlement psychologique du spectateur dans la série. En effet, c est une technique supplémentaire pour intégrer l individu dans la série et lui transmettre les valeurs souhaitées. «en fait, le rire enregistré, accompagne la personne qui regarde la série, et du coup, tu sais exactement comment réagir, sans que tu le veuille vraiment çà inculque des valeurs, parce que tu ris au moment où les autres rient, tu dis «ahhhh» au moment où ils disent «ahhh», et du coup ce n est plus vraiment toi qui réfléchis, tu suis le truc, comme des moutons un peu [E08 ; D.B. ; F; 23ans ; (L.172)] De plus, la série montre la vie de six personnages dont la simplicité touche le spectateur. Elle véhicule une image d une société idéale pour l individu et contribue ainsi à son immersion. L individu peut faire référence à la série car il se reconnaît dedans et qu il reçoit les messages qu elle lui fait parvenir simplement. Nous pouvons donc dire que l individu va partager les mêmes valeurs que les personnages puisqu il s agit d amitié et que le thème est planté dès le départ. Le spectateur sait qu il va suivre les histoires d un groupe d amis et comme nous l avons dit auparavant, il va s identifier et projeter dans la série. Il y parvient grâce à la proximité que les personnages ont avec le grand public et aux comportements et attitudes qu ils adaptent. 116
117 Chapitre 4 : Discussion et Implications. Les résultats de cette étude montrent que le visionnage de la série Friends est une expérience de consommation qui mérite d être étudiée en profondeur afin de comprendre comment l individu peut vivre une expérience comme celle-ci à travers le visionnage de la série Rappel des principaux résultats, implications théoriques et managériales Cette activité peut être qualifiée d expérience de consommation dans le sens où la série Friends représente un moment de détente, capable de provoquer de fortes émotions chez le spectateur. Ces émotions sont plus ou moins intenses selon l implication du spectateur dans la série. 117
118 4 Discussion Implications théoriques Comme nous l avons vu précédemment, les expériences de consommation sont complexes et les enjeux sont nombreux. Le rôle du consommateur et l image qu il a de lui et de la série semblent avoir un rôle déterminant dans l évaluation de l expérience. Aussi, le plaisir et les émotions procurés par le visionnage de la série sont des éléments essentiels à la poursuite de l expérience. Cependant, dans le cadre du visionnage de la série, d autres facteurs déterminants du comportement et des attitudes du spectateur envers l expérience apparaissent. La première chose à noter est que cette expérience peut être vécue de manière individuelle ou de manière collective. En effet, le spectateur peut choisir de regarder la série seule ou avec des gens, ce qui va engendrer des différences dans la façon de la percevoir et de la vivre puisqu il existera des interactions sociales entre les individus. Le discours du spectateur montrera son implication dans la série et sa manière de vivre cette expérience. Son implication se démarquera par la fréquence à laquelle il regarde la série, la manière dont il en parle et quel niveau d immersion il atteint lorsqu il visionne la série. Par ailleurs, l identification qui en ressortira et les modifications de leurs comportements peuvent être perçues comme des activités nécessaires dans la recherche d identité via une série télévisée. L apparition de la notion d expérience de consommation a nécessité la mise en place d un contexte de consommation afin de faciliter l immersion de l individu dans l expérience en 118
119 4 Discussion question. Dans notre cas, il est plus difficile de déterminer le contexte de consommation car celui-ci ne dépend que de la volonté de l individu. En effet, le visionnage de la série Friends implique le contexte de visionnage et les intérêts recherchés par l individu lors de l expérience de consommation. A juste titre d ailleurs, la série Friends provoque chez l individu une projection au-delà du simple visionnage d une série et s apparente à une modification de son comportement et une évolution qui suit celle des personnages de la série. Evidemment, l expérience n est pas vécue de la même manière selon le degré d implication de l individu dans la série, c est-à-dire s il regarde la série régulièrement, même fréquemment, ou ponctuellement. Cela signifie donc que les spectateurs de la série recherchent des choses parfois différentes lorsqu ils visionnent la série et ne vont donc pas vivre l expérience de la même manière. De la même manière, l attitude envers l expérience de consommation est susceptible d être influencée par le degré d implication dans l activité. Notre approche s inscrit dans la continuité des études de Carù et Cova, qui ont fait émerger la notion d immersion dans l expérience de consommation. Leurs travaux montrent que le spectateur va utiliser la série Friends pour rêver et s évader de son quotidien tout en se construisant sa personnalité et son identité. Les résultats de l étude suggèrent que les spectateurs de la série Friends sont susceptibles de reproduire le même schéma que les personnages qui composent la série. Cela signifie que les motivations de visionnage de la série ont pour but de se plonger dans un univers fictif qui va tout de même permettre à l individu de se construire. 119
120 4 Discussion Cela suppose donc que l individu s inscrira dans divers processus de visionnage, le conduisant à se projeter dans la série différemment selon la période de sa vie dans laquelle il se trouve Implications managériales La série télévisée Friends ayant trouvé sa fin il y a quelques années, les individus ne vivent plus la série de la même manière aujourd hui que lorsqu ils y étaient assidus. De plus, l apparition de nouvelles séries plus «modernes» et ayant des thèmes plus profonds, font oublier peu à peu Friends. En effet, les producteurs de la série ont choisi de mettre fin à la série, initiative appréciée de la plupart des spectateurs de la série. Ceux-ci ont vécu une expérience de consommation à travers le visionnage de la série grâce à la mise en scène et à la trame narrative de la série. Dans ce cadre, Friends apparaît comme une série dans l air du temps et qui ne vieillira pas puisque selon la plupart des individus, les producteurs ont su arrêter la machine en marche au bon moment. Il n existe pas de nouvelles séries à la hauteur de Friends. Le concept était novateur et elle a su procurer au spectateur les émotions qu ils recherchaient en regardant la série. La série Friends ne pose donc en aucun cas le problème de la fidélité à la série. Au cours des 10 saisons qui composent la série, les individus se sont attachés aux personnages, à la vie de ceux-ci. En effet, ils les ont suivi et ont évolué en même temps qu eux. Ainsi, cette structuration et codification est représentatif de l expérience qu est celle de Friends. 120
121 4 Discussion Il s agit donc pour les acteurs actuels du marché des séries télévisées, de retrouver un nouveau concept avec autant de fraîcheur et qui ait autant d impact sur la vie des individus que la série Friends ; et donc de créer des interactions entre les spectateurs d une même série et de permettre à chaque spectateur une introspection personnelle. Toutefois, nous pouvons signaler que les séries télévisées actuelles ont l avantage de naître dans un environnement où les individus sont de plus en plus intéressés par ce genre d expérience. Comparer sa propre vie à celle de stars de série télévisée devient un réflexe dans une société où les apparences priment de plus en plus sur les critères intellectuels des individus. Aussi, lorsque le cycle de vie d une série se termine, l individu va chercher à s intéresser à une autre, similaire ou différente, pour élargir ses repères et continuer à se construire. 121
122 4 Discussion 4.2. Limites et voies de recherches Les résultats obtenus doivent toutefois être modérés, en raison des limites méthodologiques de cette étude. En effet, la taille réduite de notre échantillon ne nous permet d atteindre le seuil de saturation sémantique. Cela signifie qu il est possible que de nouvelles informations peuvent apparaître si nous décidons de poursuivre nos entretiens. Parallèlement, nous devons signaler la possibilité qu il y ait des biais dans nos entretiens dans la mesure où la plupart des interviewés sont des proches ou font parti de l entourage des interviewers. Les résultats de la catégorisation doivent également être relativisés car il s agit d un codage simple. Retravailler le codage peut donc augmenter la validité des résultats obtenus. La validité des résultats qualitatifs est un sujet qui pose toujours problème, d autant plus que nous avons choisi une démarche par induction. 122
123 Conclusion Les séries télévisées occupent une place de plus en plus imposante dans la vie des adolescents et jeunes adultes. C est pourquoi les nouveaux managers se doivent de faire face à ce phénomène de société afin d anticiper les besoins. Cependant, afin de bien prévoir cette nouvelle donne et proposer aux consommateurs des produits pertinents, ceux-ci doivent avant tout comprendre ce mécanisme d addiction et d influence qui colle aux séries, l immersion dans une expérience de consommation. Nous avons pu analyser au cours de cette étude que l accès à une expérience de consommation relevait d un dispositif complexe et mettant en jeu un grand nombre d acteurs : le producteur, le produit, le consommateur, le contexte externe et interne, en particulier lorsqu il s agit d une série télévisée, produit virtuel. Notre premier objectif de recherche était d examiner de quelle manière était structurée l activité dans le but de comprendre quelles étaient les habitudes des consommateurs et comment ils planifiaient leur temps pour rentrer en expérience de consommation via la série. Le deuxième objectif de recherche était de déterminer les origines d une telle addiction à la série afin de découvrir quels éléments étaient mis en avant dans la série pour que les consommateurs s immergent dans une expérience de consommation. Ces deux premiers objectifs nous ont permis de développer un troisième objectif de recherche au cœur de notre sujet, comment s effectuait le processus d expérience de consommation en lui-même. Cela nous a permis d aboutir sur un quatrième objectif de recherche dont le but était de vérifier qu il existait bien un prolongement de l expérience de consommation dans la vie réelle des consommateurs. En réalisant une étude exploratoire de type expérientielle sur des interviews effectuées auprès de consommateurs de la série Friends, nous avons pu obtenir des résultats répondant à nos objectifs de recherche. 123
124 Conclusion Concernant les implications managériales, il apparaît que la fin de la série ait permis aux individus de prendre du recul. Cela nous a permis d avoir une approche plus relative de l expérience de consommation vécue par les spectateurs. Nos résultats suggèrent que la structuration et la codification émanant de ces derniers sont indissociables et indispensables à l évaluation de l expérience de consommation. Cette évaluation est d ailleurs susceptibles d évoluer si l on continue nos recherches jusqu à atteindre la saturation sémantique. Néanmoins, il est plus facile aujourd hui d analyser ce phénomène qui est Friends puisque la série est terminée. Indépendamment des résultats obtenus, et des implications managériales et théoriques soulignées, la réalisation de cette étude nous a permis d acquérir certaines compétences non négligeables pour notre avenir professionnel concernant le travail en groupe sur un long terme et un travail de recherche et d analyse conséquent, et développer nos aptitudes personnelles telles la rigueur, l écoute, l organisation. 124
125 Table des matières Introduction... 4 Chapitre 1 : Revue de littérature et objectifs de recherche Les expériences de consommation Définition et enjeux Les contextes expérientiels... 8 Les mises en scènes... 8 Les caractéristiques Le rôle du consommateur dans les contextes expérientiels Le consommateur, producteur de sens Le discours et l expérience de consommation Faciliter l immersion du consommateur Une stimulation émotionnelle comme réponse à l expérience de consommation. 12 Une construction identitaire Les séries Les aspects de la consommation expérientielle L influence des séries L expérience des séries vers une sous-culture Valeurs de consommation Cadre général Position des séries dans les valeurs de consommations Objectifs de recherche Chapitre 2 : Méthodologie Collecte d informations Entretiens individuels Observation participante et non-participante Traitement des données Entretiens individuels Observation participante Méthodes d analyse Codage
126 Table des matières 2.4. Présentation des catégories Chapitre 3 : Résultats Structuration de l activité Initiation Bouche à oreille Hasard Planification Connaissance des horaires de passage à la télévision avec organisation Connaissance des horaires de passage à la télévision sans organisation Visionnage lors d un moment de libre Prévision à long terme Contexte social de visionnage A majorité seul En famille Entre amis Intérêt de l activité Humour Le comique de situation L humour décalé Hyper humoristique Perception de la série La langue Le générique Le cadre La dissociation des personnages Le fil rouge de la série La détente par le biais de Friends Une série humaine Addiction Le fil rouge Le format Expérience de consommation et miroir de soi
127 Table des matières Identification aux situations Style de vie Par le groupe Fantasme Décors quotidiens Histoires Identification aux personnages Les traits L apparence Proximité Projection au-delà d une expérience de consommation Intégration dans un groupe Partager des moments Discussion autour de la série Se conformer à un groupe Se construire Modification du comportement Reprise d expressions Actes d achats Les envies Valeurs véhiculées Chapitre 4 : Discussion et Implications Rappel des principaux résultats, implications théoriques et managériales Implications théoriques Implications managériales Limites et voies de recherches Conclusion Table des matières Bibliographie ANNEXES
128 Bibliographie AURIER, P, EVRARD, Y, N GOALA, G (2004), Comprendre et mesurer la valeur du point de vue du consommateur, Recherche et Applications en marketing, Vol.19, 3, Mars, 1-20 BOURGEON, Dominique et FILSER Marc (1995), Les apports du modèle de recherches d expériences à l analyse du comportement dans le domaine culturel ; une exploration conceptuelle et méthodologique, Recherche et Applications en Marketing, vol.x, n 4, Avril, 5-25 CARU, Antonella et COVA, Bernard (2003), Approche empirique de l immersion dans l expérience de consommation : les opérations d appropriation, Recherche et applications en marketing, vol 18, 2, CARU, Antonella et COVA, Bernard (2006), Expérience de marque : comment favoriser l immersion du consommateur?, Décisions marketing, 41, Janvier-Mars, COVA, B, LOUYOT, MC, LOUIS-LOUISY, M, Les innovations marketing en réponse à la montée de l hédonisme : Articulations avec le CRM? 3 congrès sur les Tendances du Marketing en Europe, 1-17 COVA, Véronique et COVA, Bernard (2001), Tribal aspects of postmodern consumption research : the case of french in-line roller skaters, Journal of Consumer Behaviour, Juin, COVA, Véronique et COVA, Bernard (2002), Les particules expérientielles de la quête d authenticité du consommateur, Décisions marketing, 28, Octobre-Décembre, DUPUIS, Marc et LEJEAN SAVREUX, Dominique (2004), Marketing expérientiel et performances des enseignes de distribution, Revue française de marketing, 198, Juillet,
129 Bibliographie FILSER, Marc (2002), Le marketing de la production d expérience : Statuts théoriques et implications managériales, Décisions marketing, 28, Octobre-Décembre, GOULDING, Christina (1998), Grounded theory : the missing methodology on the interpretivist agenda, Qualitative market research: an international journal, Bradford, 1, (1) pp50-57 HOLBROOK, M et HIRSCHMAN, E (1982), The experiential aspects of consumption: consumer fantasies, feelings and fun, Journal of Consumer Research, 9, 2, Sept, HOLT, Douglas (1995), How consumers consume : a typology of consumption practices, Journal of Consumer research, Vol.22, Juin, 1-16 KOZINETS, Robert (2001), Utopian enterprise : articulating the meanings of Star Treck s culture of consumption, Journal of Consumer Research, Vol.28 Issue 1, Juin, LADWEIN, R, KOLENC, C, (2006), La construction sociale des motivations : le cas du jeu vidéo en réseau, Actes du XXII Congrès AFM, Mai, 1-35 LADWEIN, R., KOLENC, C. et OUVRY, M. (2007), Expérience de consommation télévisuelle et restauration du lien social : le cas Star Académy, 6 ème Journées Normandes de Recherche sur la consommation : Société et consommations, Mars, 1-25 OCHS, Adeline et REMY, Eric (2006), Marketing stratégique et distribution à l aune du marketing expérientiel : Porter aux pays des merveilles, Décisions Marketing, 42, Avril-Juin,
130 ANNEXES 130
131 Annexes Annexe n 1 Liste des thèmes Cette liste des thèmes utilisée pour la réalisation des entretiens individuels n est pas exhaustive, et à pu évoluer au cours des dialogues avec les pratiquants. Nous abordons ici les thèmes principalement abordés dans les différentes interviews. Raisons qui ont poussé l individu à regarder la série Contexte de visionnage : environnemental et social Activité planifiée Activité individuelle / collective Intérêt recherché en regardant la série Sentiments perçus par l individu, avant, pendant et après le visionnage Adoption de comportements, d attitudes, de consommations semblables aux personnages Influence de la série Identification aux personnages Perception de la série 131
132 Annexes Annexe n 2 Liste des fiches signalétiques des répondants et conditions d entretien. Entretien n 1 Interviewer: HUGUET Flore M1 MV Interviewé : Julien J. PCS du répondant (préciser activité ou métier): Etudiant PCS du chef de famille si différent : Cadre supérieur Age : 21 Sexe : M Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Bac +4 Lieu d habitation : Lille Habitat : Studio Date de l interview : 11/12/07 Durée de l interview : 25 min Conditions d interview : jour, heure, lieu Mardi, 19 h, au domicile de l interviewé, seul Remarques particulières : Interviewé stressé par ses examens, amis Entretien n 2 Interviewer: HUGUET Flore M1 MV Interviewé : Renaud G. PCS du répondant (préciser activité ou métier): Directeur des ressources Humaines PCS du chef de famille si différent : - Age : 34 Sexe : M Situation familiale : En couple avec un enfant (7 ans) Niveau d étude : Lieu d habitation : Paris La Défense Habitat : Appartement Date de l interview : 24/12/07 Durée de l interview : 45 min Conditions d interview : jour, heure, lieu : Lundi, soir de réveillon, partait juste après en vacances, sur le lieu de travail, aucun éléments perturbateurs mis à part le fait qu il jetait de temps en temps un coup d œil sur ses mails Remarques particulières : Interviewé pressé de partir en vacances, relations : oncle et nièce 132
133 Annexes Entretien n 3 Interviewer: HUGUET Flore M1 MV Interviewé : Léo L. PCS du répondant (préciser activité ou métier): Etudiant PCS du chef de famille si différent : Psychiatre Age : 22 Sexe : M Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Bac +3 Lieu d habitation : Antibes (06) Habitat : Villa en colocation Date de l interview : 29/12/07 Durée de l interview : 1h07 (67 min) Conditions d interview : jour, heure, lieu : Samedi après midi 18 h, chez l interviewé, aucun éléments perturbateurs Remarques particulières : Amis Entretien n 4 Interviewer: HUGUET Flore M1 MV Interviewé : Marie-Sophie D. PCS du répondant (préciser activité ou métier): Etudiante PCS du chef de famille si différent : Retraité (ancien policier) Age : 25 Sexe : F Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Bac +4 Lieu d habitation : Lille Habitat : Studio Date de l interview : 18/02/08 Durée de l interview : 1 h Conditions d interview : jour, heure, lieu : Chez l interviewée, vers 11h, elle est détendue Remarques particulières : Nous sommes coupées par deux fois par le téléphone de l interviewée. 133
134 Annexes Entretien n 5 Interviewer: HUGUET Flore M1 MV Interviewé : Valérie C. PCS du répondant (préciser activité ou métier): Etudiante PCS du chef de famille si différent : Gynécologue Age : 22 Sexe : F Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Bac+4 Lieu d habitation : Marcq en Baroeul Habitat : Studio Date de l interview : 15/03/08 Durée de l interview : 1 h 10 Conditions d interview : jour, heure, lieu : Chez l interviewée, vers 22h, elle est fatiguée et vient de manger. Remarques particulières : Interviewer fatiguée, dictaphone fonctionnait mal Entretien n 6 Interviewer: HUGUET Flore M1 MV Interviewé : Séverin M. PCS du répondant (préciser activité ou métier): Assistant de production Social Club Paris PCS du chef de famille si différent : Retraitée Age : 23 Sexe : M Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Bac+4 Lieu d habitation : Paris 5 Habitat : Studio Date de l interview : 24/03/08 Durée de l interview : 45 min Conditions d interview : jour, heure, lieu : Chez l interviewé, vers 16h, interview limitée dans le temps car un ami devait arriver Remarques particulières : J avais oublié mon guide d entretien 134
135 Annexes Entretien n 7 Interviewer: HUGUET Flore M1 MV Interviewé : Vincent H. PCS du répondant (préciser activité ou métier): Etudiant PCS du chef de famille si différent : Pharmacien Age : 22 Sexe : M Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Bac +3 Lieu d habitation : Clamart (92) Habitat : Maison Date de l interview : 17/04/08 Durée de l interview : 1h15 Conditions d interview : jour, heure, lieu : Chez l interviewé, dans sa chambre vers 21h45, interviewé fatigué Remarques particulières : Frère et sœur Entretien n 8 Interviewer: HUGUET Flore M1 MV Interviewé : Daria B. PCS du répondant (préciser activité ou métier): Etudiant PCS du chef de famille si différent : Chercheur Age : 23 Sexe : F Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Bac +5 Lieu d habitation : Vanves (92) Habitat : Appartement Date de l interview : 21/04/08 Durée de l interview : 30 min Conditions d interview : jour, heure, lieu : Chez l intervieweur vers 14h (juste après avoir mangé) Remarques particulières : - 135
136 Annexes Entretien n 9 Interviewer: HUGUET Flore M1 MV Interviewé : Boris G. PCS du répondant (préciser activité ou métier): Etudiant PCS du chef de famille si différent : Assistante de direction Age : 26 Sexe : M Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Bac +5 Lieu d habitation : Malakoff (92) Habitat : Appartement Date de l interview : 21/04/08 Durée de l interview : 50 min Conditions d interview : jour, heure, lieu : Chez l interviewé vers 16h Remarques particulières : - Entretien n 10 Interviewer: HUGUET Flore M1 MV Interviewé : Rémi F. PCS du répondant (préciser activité ou métier): Cadre PCS du chef de famille si différent : Age : 22 Sexe : M Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Bac +5 Lieu d habitation : Le Kremlin Bicêtre (94) Habitat : Maison Date de l interview : 22/04/08 Durée de l interview : 50 min Conditions d interview : jour, heure, lieu : Chez l interviewé vers 17h Remarques particulières : interviewé fatigué, rentrait du travail 136
137 Annexes Entretien n 11 Interviewer : BOUNSY Lina M1 MV Interviewé : Ophélie A. PCS du répondant : étudiante PCS du chef de famille si différent : Age : 22 ans Sexe : Féminin Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Master 1 Lieu d habitation : Lille Habitat : appartement Date de l interview : 10/12/2007 Durée de l interview : 8 minutes Conditions d interview : 10/12/2007, 19h15, chez le répondant Remarques particulières : le répondant rentrait du travail => état d esprit : fatiguée. A préciser qu elle avait peut-être oublié certaines informations. Entretien n 12 Interviewer : BOUNSY Lina M1 MV Interviewé : Delphine H. PCS du répondant : étudiante PCS du chef de famille si différent : chef d entreprise Age : 21 ans Sexe : Féminin Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : 3 ème année en Ecole Supérieure de Commerce et d Administration des Entreprises Touristiques Lieu d habitation : Aix en Provence Habitat : appartement Date de l interview : 27/12/2007 Durée de l interview : 19 minutes Conditions d interview : 27/12/2007, 19h15 chez les parents du répondant à Pontault- Combault (77). Remarques particulières : Nous sommes amies, le répondant ne suit pas régulièrement la série 137
138 Annexes Entretien n 13 Interviewer : BOUNSY Lina M1 MV Interviewé : Edwige B. PCS du répondant : Informaticienne (Consultante) PCS du chef de famille si différent : magasinier Age : 26 ans Sexe : Féminin Situation familiale : en couple Niveau d étude : IUT Informatique Lieu d habitation : Paris 13 ème Habitat : appartement avec un petit balcon Date de l interview : 06/01/2008 Durée de l interview : 49 minutes Conditions d interview : chez le répondant Remarques particulières : Il s agit de l amie de mon cousin, nous venons de déjeuner ensemble, l ambiance est bien décontractée. Entretien n 14 Interviewer : BOUNSY Lina M1 MV Interviewé : Jacques N. PCS du répondant : Informaticien (Consultant) PCS du chef de famille si différent : employé Age : 27 ans Sexe : Masculin Situation familiale : en couple Niveau d étude : IUT Informatique Lieu d habitation : Paris 13 ème Habitat : appartement avec un petit balcon Date de l interview : 06/01/2008 Durée de l interview : 44 minutes Conditions d interview : chez le répondant Remarques particulières : Il s agit de mon cousin, nous venons de déjeuner ensemble, l ambiance est bien décontractée 138
139 Annexes Entretien n 15 Interviewer : BOUNSY Lina M1 MV Interviewé : Arnaud C. PCS du répondant : étudiant PCS du chef de famille si différent : cadre Age : 22 ans Sexe : Masculin Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Master 1 Lieu d habitation : Lille Habitat : appartement Date de l interview : 30/01/2008 Durée de l interview : 56 minutes. Conditions d interview : 14h00 chez le répondant Remarques particulières : Entretien n 16 Interviewer : BOUNSY Lina M1 MV Interviewé : Youssef D. PCS du répondant : étudiante PCS du chef de famille si différent : Age : 22 ans Sexe : Masculin Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Master 1 Lieu d habitation : Lille Habitat : appartement Date de l interview : 07/02/2008 Durée de l interview : 41 minutes Conditions d interview : 14h30, à la cafétéria de l IAE. Remarques particulières : Le répondant devait travailler son mémoire juste après, peut être qu il était un peu stressé et pressé par le temps 139
140 Annexes Entretien n 17 Interviewer : BOUNSY Lina M1 MV Interviewé : Corinne B. PCS du répondant (préciser activité ou métier): Etudiante M1MV PCS du chef de famille si différent : Cadre Age : 21 ans Sexe : Féminin Situation familiale : en couple Niveau d étude : bac +4 Lieu d habitation : Lille Habitat : appartement Date de l interview : 05/03/2008 Durée de l interview : env. 52 minutes Conditions d interview : 15h30 chez le répondant Remarques particulières : nous sommes dans la même promotion. Nous avons été interrompues car la mémoire du dictaphone était pleine. Lors de la retranscription je me suis aperçu qu il manque un passage (sur les décors de la série et le fait que la série soit un facteur de socialisation). Entretien n 18 Interviewer : BOUNSY Lina M1 MV Interviewé : Naïma S. PCS du répondant (préciser activité ou métier): Etudiante PCS du chef de famille si différent : Age : 22 ans Sexe : Féminin Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : bac +4 Lieu d habitation : Lille Habitat : appartement Date de l interview : 07/03/2008 Durée de l interview : 1h06 Conditions d interview : 14h30 en amphithéâtre Remarques particulières : nous avons été coupées par le dictaphone (plus de place), le répondant a dû reprendre des éléments qu il avait déjà dit donc la réponse à la question est moins spontanée, il y manque peut-être certains éléments qui ont été dit la première fois. 140
141 Annexes Entretien n 19 Interviewer : BOUNSY Lina M1 MV Interviewé : Mathilde D. PCS du répondant (préciser activité ou métier): étudiante PCS du chef de famille si différent : Cadre Age : 24 ans Sexe : Féminin Situation familiale : en couple Niveau d étude : bac +4 Lieu d habitation : Mons en Baroeul Habitat : appartement Date de l interview : 18/03/2008 Durée de l interview : 54 minutes Conditions d interview : dans une salle à l IAE Remarques particulières : nous sommes dans la même promotion, l atmosphère était détendue. Entretien n 20 Interviewer : BOUNSY Lina M1 MV Interviewé : Marie-Caroline L. PCS du répondant (préciser activité ou métier): Etudiante PCS du chef de famille si différent : Age : 26 ans Sexe : Féminin Situation familiale : En couple Niveau d étude : bac +4 Lieu d habitation : Lille Habitat : appartement Date de l interview : 01/04/08 Durée de l interview : 56 min Conditions d interview : chez le répondant après le repas (14h) Remarques particulières : interruption à cause du plombier. Nous sommes amies. 141
142 Annexes Entretien n 21 Interviewer : BOUNSY Lina M1 MV Interviewé : Mathieu F. PCS du répondant (préciser activité ou métier): Etudiant PCS du chef de famille si différent : Fonction publique Age : 21 ans Sexe : Masculin Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : bac +3 Lieu d habitation : Pontault-Combault (77), environ habitants Habitat : maison avec jardin Date de l interview : 22/04/2008 Durée de l interview : 40 min Conditions d interview : Mardi, 13h45 Remarques particulières : interrompu par son père une fois. Nous sommes amis de longue date ce qui fait que le répondant fait allusion à certains moments de notre vie. Entretien n 22 Interviewer: VERIN Charlotte M1 MV Interviewé: Clara K PCS du répondant (préciser activité ou métier): Etudiante PCS du chef de famille si différent : Fonctionnaire Age : 23 Sexe : Féminin Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Bac +4 Lieu d habitation : Lille, habitants Habitat : appartement sans jardin Date de l interview : 12/12/2007 Durée de l interview : 13 min Conditions d interview : Mercredi, 20h00, chez l interviewé Remarques particulières : proximité entre l interviewer et l interviewé : amies 142
143 Annexes Entretien n 23 Interviewer : VERIN Charlotte M1 MV Interviewé : Léna V PCS du répondant : Salarié PCS du chef de famille si différent : Libérale Age : 55 Sexe : F Situation familiale : Mariée Niveau d étude : Bac +4 Lieu d habitation : Ricarville, 400 habitants Habitat : Maison avec jardin Date de l interview : 30/12/2007 Durée de l interview : Environ 45 min Conditions d interview : Le dimanche vers 15h chez l interviewé. Remarques particulières : Lien de parenté entre interviewer et interviewé. Entretien n 24 Interviewer : BOUNSY Lina M1 MV Interviewé : Edwige B. PCS du répondant : Informaticienne (Consultante) PCS du chef de famille si différent : magasinier Age : 26 ans Sexe : Féminin Situation familiale : en couple Niveau d étude : IUT Informatique Lieu d habitation : Paris 13 ème Habitat : appartement avec un petit balcon Date de l interview : 06/01/2008 Durée de l interview : 49 minutes Conditions d interview : chez le répondant Remarques particulières : Il s agit de l amie de mon cousin, nous venons de déjeuner ensemble, l ambiance est bien décontractée. 143
144 Annexes Entretien n 25 Interviewer: VERIN Charlotte M1 MV Interviewé: Sonia K PCS du répondant : Etudiant / Assistante éducation PCS du chef de famille si différent : Age : 22 Sexe : F Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Bac +4 Lieu d habitation : Lille, habitants Habitat : Studio Date de l interview : 06 / 03 /08 Durée de l interview : 1h Conditions d interview : soir, 21h30, chez l interviewé Remarques particulières : soir après le travail, amie. Entretien n 26 Interviewer : VERIN Charlotte M1 MV Interviewé : Chloé M PCS du répondant (préciser activité ou métier): Etudiante PCS du chef de famille si différent : Age : 22 ans Sexe : F Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Bac + 4 Lieu d habitation : Marcq-en-Barœul, habitants Habitat : Maison avec jardin Date de l interview : 12 / 03 / 2008 Durée de l interview : 50 min Conditions d interview : Le mercredi à 16h30, chez moi. Remarques particulières : La cassette a «buggé» 20 min après le début de l entretien, obligé de recommencer. 144
145 Annexes Entretien n 27 Interviewer: VERIN Charlotte M1 MV Interviewé : Julia V PCS du répondant (préciser activité ou métier): Etudiante PCS du chef de famille si différent : Age : 22 Sexe : F Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Bac +2 Lieu d habitation : Lille, habitants Habitat : appartement Date de l interview : 25 / 03 / 2008 Durée de l interview : 45 min Conditions d interview : Le mardi à 16h30 chez l interviewé Remarques particulières : éléments perturbateurs, journée de vacance, présence d enfants, proximité entre l interviewer et l interviewé, etc. Entretien n 28 Interviewer : VERIN Charlotte M1 MV Interviewé : Elodie N PCS du répondant : Etudiant PCS du chef de famille si différent : Age : 21 Sexe : F Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Bac +4 Lieu d habitation : Lille, habitants Habitat : Appartement Date de l interview : 02 / 04 /08 Durée de l interview : 1h Conditions d interview : Le mercredi soir, 19h10, chez l interviewé Remarques particulières : Soir après les cours. 145
146 Annexes Entretien n 29 Interviewer : VERIN Charlotte M1MV Interviewé : Manuel D PCS du répondant : Directeur adjoint PCS du chef de famille si différent : Age : 26 ans Sexe : H Situation familiale : Fiancé Niveau d étude : Bac +2 Lieu d habitation : Croix, habitants Habitat : Maison avec jardin Date de l interview : 02 / 05 / 2008 Durée de l interview : 35 min Conditions d interview : Le vendredi soir, 18h30 chez moi. Remarques particulières : Problèmes rencontrés avec le dictaphone. Entretien n 30 Interviewer : VERIN Charlotte M1MV Interviewé : Lina B PCS du répondant (préciser activité ou métier): Etudiante PCS du chef de famille si différent : Age : 22 Sexe : F Situation familiale : Célibataire Niveau d étude : Bac +4 Lieu d habitation : Lille, habitants Habitat : appartement sans jardin Date de l interview : 08/05/08 Durée de l interview : 1h Conditions d interview : Jeudi, 18h chez interviewer Remarques particulières : proximité entre l interviewer et l interviewé 146
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