Décrochage et persévérance scolaire : administrer ou coopérer? Gérard Boudesseul - Céreq - Eso - Caen



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Objet/sujet : L attribution d un substantif à un groupe d individus engage une attitude collective inégalement coopérative Les «laissés-pour-compte» de la croissance scolaire, ancêtres des décrocheurs : des élèves en échec scolaire dans un bon système une portée plus mobilisatrice qu opérationnelle : démocratisation uniforme Réduction du jeune à l élève : face-à-face pédagogique voire psychopédagogique = impasse Les exclus dans un système responsable de la discrimination Par défaut d organisation (filières ) ou de pratiques pédagogiques, même bien intentionnées Ouverture à équipe interprofessionnelle éducative et non seulement enseignante Limite : illusion d une «bonne» pratique salvatrice, en particulier pour les cas limites, auto-recours Limite commune aux deux : question pédagogique et question sociale renvoyées l une à l autre Les jeunes «déscolarisés» transgressent la norme de scolarité obligatoire Cette nouvelle catégorie aurait «sonné la mise à la retraite anticipée» de la problématique de «l échec scolaire» par application de mesures uniformes de contrôle et d étiquetage (Pain,2000 ; Esterle-Hedibel, 2006 ; Geay et Meunier, 2003, Rayou, 2000. Émergence d un nouveau cadre de référence «administrativo-gestionnaire» par opposition avec une logique psychologico-compréhensive (Geay et Meunier, 2003; Proteau 2003)

Le moment HCJ-FEJ : Expérimentations et montée en puissance d un nouveau cadre de référence intersectoriel (2009-41/544 exp. sur le décr.) Difficultés des «jeunes», thématisées autour d un champ lexical de la «Génération active» et non seulement celles des «élèves». L insertion sociale et professionnelle implique un suivi des jeunes hors les murs de l école : améliorer le repérage des décrocheurs de la formation initiale ; construire une meilleure coordination locale pour accompagner les jeunes sortant de formation initiale sans diplôme, sur la base d un diagnostic territorial ; soutenir les expérimentations locales de prévention et de traitement des sorties précoces de formation initiale. Une approche partenariale est clairement sollicitée pour concentrer les actions autour de la lutte contre le décrochage scolaire et un espace «local» ou «territorial» est proposé comme échelle de l action commune.

caractéristiques des expérimentateurs : les rectorats (12), les collectivités locales (10), mais aussi les associations (13) associations proches du milieu scolaire : Ligue de l enseignement, Pupilles de l enseignement public, association de soutien scolaire gratuit Zup de Co, association des Maisons familiales rurales de la Réunion AMAFAR et plus largement des milieux éducatifs : Association de la Fondation Étudiante pour la Ville, Association pour la promotion culturelle intercommunautaire Stanoise, Association de rugby SOA XIII, Fédération des associations rurales de la Réunion. ou à la charnière d organismes de formation intervenant en entreprise : Réussir moi aussi, Agence locale d orientation, d animation et de formation

Trois types de partenaires : acteurs impliqués dans l insertion (34) au premier rang desquels les Missions locales, des Directions départementales des affaires sanitaires et sociales, des Directions régionales des affaires culturelles, la Protection juridique de la jeunesse, Centre sociaux, des CASNAV (Centre académique pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs). établissements d enseignement et de formation (Centres de formation des apprentis, enseignement agricole, enseignement privé, 17 projets). Les parents sont associés de manière explicite dans 10 projets L appel à projet du FEJ incitait discrètement à de telles attaches dans un programme «Prévenir le décrochage scolaire et organiser les collaborations pour suivre les jeunes décrocheurs»,

Des partenariats à la coopération : reconsidérer le champ de la jeunesse Cette diversité de parties prenantes, souvent transversales aux directions ministérielles, a permis d aborder des thématiques que les rectorats n étaient guère en mesure de porter : ainsi le logement intergénérationnel de jeunes scolarisés de 16 à 25 ans sans considération du cycle de formation ou du statut privé ou public de l établissement, ou encore le logement des jeunes en alternance, apprentis ou élèves de la santé ou du travail social. L école ne peut plus se considérer comme étant «son propre recours» sans pour autant la dédouaner de sa part de responsabilité (Guigue, 2013). Le décrochage ne peut plus être considéré seulement comme un échec scolaire plus grave que les autres parce qu il a acquis une transversalité à différents domaines de l action publique : l orientation, la santé, l insertion professionnelle, l insertion sociale et spatiale dans la ville ou dans la ruralité, la protection judiciaire...

Des partenariats à la coopération : dilution des responsabilités ou légitimation d un bien commun? Constitution d acteurs : un ensemble hétérogène de cadres intermédiaires, de responsables de services de l administration déconcentrée, de chefs d établissements, d élus des collectivités locales sont entrés en interaction sur un projet précis, un enjeu, un agenda (plus généralement, 2693 expérimentations d établissements recensées en nov. 2013 sur le site Expérithèque-eduscol) Lame de fond de multiplication des agents de régulation intermédiaire observée en Europe (Maroy, 2004) et dans les multiples services des Régions qui se consacrent à la formation initiale, à la formation continue, à l apprentissage, outre le recours contractuel aux organismes de formation et à divers consultants, cabinets d études et d expertise. ils contribuent à reconstruire les champs d activité lorsqu ils atteignent une position d interface et ont eux-mêmes des compétences spécifiques d interprétation des situations de coopération. Ils sont alors des «skilled social actors» ou «acteurs ingénieux» ou encore «médiateurs» (Muller, 2005, p.167)

Des partenariats à la coopération : conditions du changement Dans un premier temps la reconnaissance réciproque de porteurs d initiatives et de projets s effectue sur le plan d un espace régional, départemental ou local : il est nécessaire d accepter de se retrouver autour d une table en estimant que les interlocuteurs sont légitimes et qu il y a motif à agir autour d un bien commun (Muller, 2000) à la fois horizontal entre interlocuteurs et vertical avec le HCJ-FEJ et les tutelles de chacun, ce changement est aussi oblique, transversalement aux institutions par trois formes de changements dans les conventions entre acteurs : un élargissement des compétences, une formalisation plus grande des ententes, et une opérationnalisation plus poussée (Hillau, 2012). Institutionnalisation bottom-up/top-down : 380 PSAD

Liste des membres potentiels des Plateformes de suivi et d appui aux décrocheurs (PSAD) Rectorat (tutelle) SAIO et CIO (CSAIO, chef de projet, DCIO, référent décrochage) 4 MGI-MLDS (coordinateurs académique, départementaux) 3 SIAC, correspondant CNIL, service études, informaticien plateforme 4 Inspection IEN-IO départemental, DAF, DAET, resp. GIP-FCIP 4 Chefs d établissements, CPE, assistante sociale 3+ Directions régionales autres ministères DRIS, DIRECCTE, DRAAF-SFRD, PJJ, Défense 6 Région Directions formation, apprentissage, affaires scolaires 2 Collectivités territoriales autres et services sociaux Maison de l Emploi, Maison de l Adolescent, CMP, services mairie PRE/quartiers 5 Missions locales Directeur, conseillers, ARML 3 Chambres consulaires, CFA, Centres d aide à la Décision 2 Enseignement privé MFR, Direction diocésaine, directeurs 3 Evaluateurs Opérateur interne ou externe 1 Ensemble 40

Vers un cadre de référence intersectoriel et multiniveaux? L image d un jeune qui abandonne sa propre formation ne peut plus être réduite à celle d un élève en échec scolaire, sans pour autant dédouaner l école et ses personnels en tant que secteur d activité professionnelle et politique. Les expérimentations fournissent un cadre et une opportunité d apprentissage pour des collectifs d action en construction, face à un public dont l hétérogénéité est telle qu elle invalide d emblée des mesures réglementaires uniformes et verticales. L ancrage local des acteurs mais aussi de jeunes à faible mobilité légitime l intervention en réseau des collectivités territoriales et d une politique de la ville. L articulation entre le local et le sectoriel est conditionnée par une ouverture interministérielle nationale à confirmer dans ses échelons déconcentrés, faute de quoi les groupes professionnels se trouvent refoulés dans une alternative contrôle central/autonomie corporative au nom d une revendication d expertise elle-même inégalement reconnue Mais une dimension identitaire : ordonner les questions à résoudre hiérarchise aussi les groupes spécifiques qui sont reconnus comme compétents sur le sujet. Ceux-ci, surtout s ils se sentent menacés, vont tendre à revendiquer l exclusivité du traitement du problème, et donc peuvent suivre des stratégies adverses ou au moins ne pas se laisser dessaisir facilement de leur bien.