Les expérimentations en milieu forestier Synthèse
SOMMAIRE SOMMAIRE 1 1 RATIONALISER LA GESTION DURABLE 2 2 RÉSULTATS 3 3 ANALYSE 4 3.1 SOLS 4 1 3.2 PEUPLEMENT 4 3.3 PATRIMOINE 5 3.5 GESTION DURABLE DANS L'ENTREPRISE 6 3.5.1 LIMITER ET/OU ORGANISER LES DÉPLACEMENTS 6 3.5.2 ADAPTER LES DÉLAIS DE LIVRAISON 7 3.5.3 TRAVAILLER EN ÉQUIPE 7 3.5.4 GÉRER LES EFFORTS DES CHEVAUX 7 3.5.5 LIMITER LA PRÉOCCUPATION FINANCIÈRE 7 3.6 COORDINATION DU CHANTIER 8 4 CONCLUSION 9
1 Rationaliser la gestion durable Les gestionnaires forestiers ou des espaces naturels font face à de nombreux enjeux pour lesquels ils ne trouvent pas toujours de réponse adaptée avec les prestations professionnelles proposées : protection des sols, des peuplements, des milieux remarquables ou périurbains, accès aux zones difficiles d'accès, valoriser l'exploitation forestière, mise en œuvre de techniques d'exploitation des forêts à faible coût de carbone... 2 Les travaux menés dans le cadre de la mécanisation forestière tentent de prendre en compte certains de ces enjeux comme le rappelle le CREN : «Il convient au préalable de rappeler que les progrès réalisés par l'ingénierie mécanique ont permis la construction d'engins très performants en matière d'impact sur les sols ; l'objectif n'est donc pas de remplacer systématiquement la machine par l'animal, ni de prétendre que ce dernier peut répondre à toutes les problématiques». 1 Dans le cadre de ce projet, tout comme celui mené par l'onf Lorraine, il s'agit de rationaliser l'exploitation forestière et tenir compte des très nombreux paramètres agissant sur ces opérations : «Cependant, quelques forestiers ont régulièrement cru à l utilité de la traction animale en exploitation forestière. Par exemple, on peut citer Hans Peter Egloff, de l Office Forestier Central Suisse («Arborescences» n 21, 1999) : Le remplacement du cheval en forêt par les moyens mécaniques ( ) a été provoqué par l idée de mécaniser avant tout au lieu de rationaliser. Or la rationalisation ne passe pas toujours par la mécanisation.» 2 Le projet a permis de mettre en œuvre quatre chantiers par une entreprise de débardage par traction animale du Toulois (54). Les critères de gestion durable y ont été appliqués pour l'environnement de travail mais aussi pour l'entreprise elle même. Maxéville : retour d'expérience de nettoyage de parcelle en zone urbaine à forte pente Villers Saint-Etienne lieu-dit «La Roppe» : analyse de chantier sur sol délicat (hydromorphe), en tenant compte de la régénération artificielle et naturelle, de la fatigue des chevaux ; travail en équipe Goviller : analyse de chantier sur sol sensible (hydromorphe), coordination bûcheronnagedébardage-transport Badonviller : analyse de chantier sur zone patrimoniale, coordination bûcheronnagedébardage cheval- débardage mécanique, rôle de coordination 1 Page 2, Conservatoire Rhône-Alpes des Espaces Naturels, CREN 2010 2 Page 4, Office National de Forêt, Lorraine, 2012
2 Résultats Maxéville Roppe Goviller Badonviller 3 Productivité Avec tracteur Durée (j) 15 50 81 11 Volume (m 3 ) 0 + chauffage 82 208 + trit 125 + trit Travail (j) 4 15 39 11 Rdt observé (m 3 /j) NS 5,5 5,3 11,4 Travail (h) NS 73 178 70 Rdt (m 3 /h) NS 1,1 1,2 1,8 Coût Rdt normé (m 3 /j) NS 6,8 7,0 10,7 Coût ( ) NS 2 500 6 800 2 900 Coût unitaire ( /m 3 ) NS 29 28 23 Rendement normé et coût : 200 /jour de 6 heures de travail productif ont été retenus. Le prix de journée varie de 191 à 377 selon les études recensées par l'onf qui a retenu la valeur de 300 pour des chantiers à proximité de l'entreprise. 3 3 Page 23, Office National de Forêt, Lorraine, 2012
3 Analyse 4 3.1 Sols La fragilité des sols est aujourd'hui un des principaux arguments pour mettre en œuvre la traction animale en Lorraine. Le chantier de Goviller en est un exemple typique. En 2011 puis en 2012, le gestionnaire forestier a fait appel à cette technique. Les parcelles mobilisées sont situées au milieu du massif, en bordure d'une prairie («prairie roseau») et d'un cours d'eau «le Rouau», le long du «chemin du roseau». L'utilisation du cheval a permis de mobiliser les bois avec de bons résultats par rapport aux tassements du sol du peuplement (risque de réduction de la fertilité) et de la piste. Par contre, les distances de débardage étaient très longues. Sur la base d une modélisation on considère que l'utilisation combinée d'une autre technique de débardage le long de la piste, aurait permis d'en réduire les coûts (bois débusqués au moyen d'un câble tiré par une débusqueuse, bois débardés au moyen d'un câble mât...). 3.2 Peuplement Le cheval permet de circuler aisément dans des peuplements relativement denses et donc, de protéger la régénération naturelle ou artificielle lors d'une coupe finale. Par exemple, sur la parcelle de La Roppe, l'entreprise a mis en œuvre plusieurs techniques de débardage pour manœuvrer des grumes de 2 à 3 m 3 abattues dans différentes directions : attelage à 2 ou 4 chevaux, trinqueballe, moufflage... La qualité obtenue pour la protection de la régénération n'aurait pas été aussi bonne avec une débusqueuse même en prenant le temps de faire un travail soigné. Par contre, l'utilisation d'un tel engin, après la réorientation des grumes par les chevaux, avec un câble treuillé aurait été possible du fait de la présence de cloisonnements et d'une piste, et largement rentable. Le suivi du bûcheronnage (abattage orienté avec attention) aurait permis de réduire les travaux demandés à l'entreprise de débardage et donc d'en réduire les coûts. Les grumes ont été localisées et caractérisées selon leur orientation par rapport à l'axe du cloisonnement. 80% d'entre elles nécessitent une ré-orientation avent le débusquage.
Illustration 1 : Orientation des grumes à la perpendiculaire ou dans l axe des cloisonnements 5 3.3 Patrimoine Sur la parcelle de Badonviller, le choix du cheval s'est avéré évident pour protéger les murs, vestiges patrimoniaux de la guerre de 1914-18 et permettre le franchissement des très nombreux trous et fossés. De plus, du fait du choix de l'éclaircie sélective pure, sans cloisonnements, il aurait été très impossible ou excessivement difficile de débarder avec un engin. Illustration 2 : Prise en compte du patrimoine historique de la commune Cheval et débusqueuse ont travaillé de pair sur cette parcelle. Le cheval est intervenu dans les zones délicates pour préparer les javelles, tandis que la débusqueuse a été utilisée sur les longues distances, les grumes de grande dimension et pour aider les bûcherons à abattre les bois en bordure de la route.
6 3.4 Zone périurbaine et accueil du public Pour une opération de nettoyage après une exploitation forestière mécanisée, dans une zone périurbaine très proche des immeubles, le cheval prend toute sa place. A Maxéville (périphérie de Nancy - 54), le chantier s'est déroulé en deux étapes. Tout d'abord, utilisation d'une débusqueuse pour débarder les grumes de valeur selon des tarifs correspondant au marché standard. Par la suite, il a fallu mettre en place une technique pour nettoyer la parcelle des grumes de faible valeur et nécessitant de travailler dans la pente et de démêler ces produits des végétaux non valorisables. Entreprise d'insertion et entreprise de débardage à cheval ont alors collaboré. La municipalité déjà acquise à l'utilisation du cheval en ville a participé à sa promotion. Illustration 3 : Coupe de bois en bordure d une grande agglomération (Nancy) D autres réponses dont le cheval auraient pu être préconisées avec une préparation initiale du chantier améliorée, la prise en compte de tous les paramètres agissant sur l'exploitation forestière, la rédaction d'un cahier des charges complet et la recherche de partenaires économiques prenant en compte tous ces paramètres. Cela aurait peut être permis d éviter de «rattraper» la situation. 3.5 Gestion durable dans l'entreprise Si le critère de gestion durable doit considérer l'environnement de travail de l'entreprise écologie, sols, protection de la régénération, patrimoine de la société, lieu de vie de la population urbaine... il doit aussi prendre en compte la vie des hommes de l'entreprise de débardage à cheval. 3.5.1 Limiter et/ou organiser les déplacements Les premiers chantiers (Maxéville, La Roppe) sont situés à proximité du siège de l'entreprise. Ceci est très confortable pour le chef d entreprise qui peut mener sa vie extraprofessionnelle normalement. De plus, le bilan carbone est très positif. La proximité des chantiers par rapport au domicile permet de réduire les charges économiques du transport,
des temps «non productifs»... L'ONF Lorraine a chiffré cet impact à 50 /jour 4. Le chantier de Goviller se trouvait à la distance seuil (35km) pour que le chef d entreprise rentre tous les soirs. Pour le dernier chantier de Badonviller, la distance était telle (90 km) que l'entrepreneur a dû trouver un logement sur place. Dans ces deux derniers cas, les chevaux restaient sur place. 7 3.5.2 Adapter les délais de livraison Pour le premier chantier de La Roppe, la souplesse dans l'organisation du faite de la proximité du chantier, la capacité à travailler avec des chevaux frais, la possibilité de prendre en compte le climat (arrêt de chantier du fait du froid observé en février)... furent cependant contraints par la nécessité de livrer les grumes dans des délais relativement courts. Un des avantages de la traction animale rappelé par l'onf est la capacité à «débusquer sur une période large» 5. Le chantier de La Roppe a confirmé cet avantage. Par contre, du fait des arrêts de chantier contraints, il est important pour l'entreprise de disposer d'autres chantiers à effectuer dans la même période. Actuellement, en Lorraine l'onf a une position dominante sur le marché de la traction animale. Il devient alors important que ce donneur d ordre puisse proposer plusieurs chantiers en parallèle à l'entreprise ; à charge à ces dernières de les réaliser dans le temps imparti selon les critères de gestion durable de la parcelle forestière. 3.5.3 Travailler en équipe Le débardage par traction animale est un travail à effectuer en équipe. Cependant, il est de plus en plus individualisé. La première équipe à constituer est composée du bûcheron et du débardeur qui travaillent à des rythmes proches. La présence d'un apprenti ou d un collègue est très appréciable pour garder le rythme physique du rendement des chevaux. 3.5.4 Gérer les efforts des chevaux La pénibilité du travail est affectée au cheval. Le meneur aura soin de bien gérer la demande et utiliser toutes les combinaisons ou outillages à sa disposition pour limiter les efforts effectués par le cheval et «tenir» dans le temps : travail en paires, trinqueballe, poulies, matériel hippotracté 3.5.5 Limiter la préoccupation financière L utilisation du cheval permet de réduire la part des investissements en comparaison avec l achat d'un engin et l'obligation de rembourser tous le mois, même quand il n'y a pas de travail. Le chef d entreprise est alors plus serein dans sa journée de travail. 4 Page 23, Office National des Forêts, Lorraine, 2012 5 Page 12, Office National des Forêts, Lorraine, 2012
8 3.6 Coordination du chantier Qui coordonne l exploitation forestière ici, le travail bûcheron-cheval-machine? Dans le cas du chantier de Badonviller, l entreprise de travaux forestiers a organisé cette coordination entre les bûcherons et le débardeur mécanisé et heureusement pour lui, le gestionnaire a tout mis en œuvre pour faciliter le paiement des prestations de débardage. Ce métier est traditionnellement dévolu à l exploitant forestier qui se rémunère de cette tâche. Aujourd hui, cette fonction semble répartie sur les différents opérateurs : gestionnaire, entrepreneur, client L'ONF Lorraine s explique : «L intervention d un ETF spécialisé en traction animale est principalement prévue dans le cadre de la vente des bois bord de route par le propriétaire forestier. En effet, l expérience montre que l inscription de la traction animale dans les clauses d une vente sur pied (que ce soit en bloc ou à la mesure) rend la commercialisation plus difficile. Ainsi, il sera confié à l ETF spécialisé en traction animale, soit seulement le débusquage soit le bûcheronnage et le débusquage des bois. Dans ces deux cas, la reprise des grumes par un engin forestier ne peut être mise à la charge de l ETF spécialisé en traction animale et doit rester de la responsabilité du donneur d ordre». 6 Ce point est important à préciser, tant pour le travail d organisation que pour la gestion de la trésorerie. 6 Page 30, Office National de Forêt, Lorraine, 2012
9 4 Conclusion Le travail réalisé tout au long de cette première partie de l'année 2012, en relation avec l'entreprise de débardage à cheval de M. Parisse, a permis d'évaluer l'impact de différents paramètres liés à ce type de débardage. Au niveau de la parcelle forestière, les gestionnaires forestiers ont développé depuis de nombreuses années les arguments qui ont été confirmés sur les chantiers analysés puisque les prestations de l'entreprise sont reconduites : protection des sols, du peuplement, du patrimoine... Au niveau de la gestion durable de l'entreprise, des pistes de travail ressortent de ces chantiers. Écologie : Concernant le bilan carbone lié au transport, la distance entre le siège de l entreprise et les chantiers doivent être prise en compte. Un équilibre doit être trouvé pour utiliser au mieux l'intérêt de cette technique, dans les sites qui le nécessitent. Les délais de livraison des bois sont alors à étudier en tenant compte des paramètres de l'énergie chevaline et que l'entreprise ait la possibilité de gérer au mieux les demandes des clients. Social : la présence d'apprentis, la possibilité de travailler en équipe avec le bûcheron ou le débardeur mécanisé sont des éléments positifs. Il est important de veiller à cette notion de travail en équipe. Économie : Le prix de prestation ne permet pas de couvrir les frais et la productivité observés. Systématiquement, une complémentarité aurait pu être mise en place pour utiliser l'énergie chevaline là où elle apporte un gain dans la gestion durable des chantiers forestiers. Les travaux à mener par la suite devraient être développés sur cette complémentarité et l'organisation de chantier à mettre en œuvre, tant technique que financière.