L APPROCHE NEUROPSYCHOLOGIQUE EN ADDICTOLOGIE. David Lefebvre, psychologue



Documents pareils
La prise en charge d un trouble dépressif récurrent ou persistant

Epilepsies : Parents, enseignants, comment accompagner l enfant pour éviter l échec scolaire?

A PROPOS DES CRITERES D ATTRIBUTION DES EQUIVALENCES

Calendrier des formations INTER en 2011

Trouble bipolaire en milieu professionnel: Du diagnostic précoce àla prise en charge spécialisée

d infirmières et d infirmiers Pour être admissible au répit spécialisé sur référence Des services spécialisés intégrés en

Résidence MBV Les FIGUERES -Capendu-

GROUPE DE PAROLE SUR L HYGIENE ET LA PRESENTATION

L expérience du patient partenaire au suivi intensif dans la communauté à Sherbrooke. Daniel Boleira Guimarães; Luce Côté

«Tout le monde devrait faire une psychothérapie.»

Guide. d ivresse. de gestion de la crise. en entreprise

Vivre avec le syndrome de Korsakoff

mentale Monsieur Falize la création et l utilisation d imagerie interactive, les associations noms-visages, la méthode des lieux.

Transformez votre relation au monde!

CARPE DIEM : UN REGARD DIFFERENT, UNE APPROCHE DIFFERENTE DE LA GESTION HUMAINE DES RESSOURCES

Introduction au droit La responsabilité professionnelle

PSYCHOSOMATIQUE, RELAXATION, PSYCHOTHERAPIES A MEDIATION CORPORELLE

e-santé du transplanté rénal : la télémédecine au service du greffé

Un besoin identifié : les jeunes et leur santé (état des lieux et constat)

Stratégie d intervention auprès des élèves présentant des comportements et attitudes scolaires inappropriés

CONDUCTEUR ÂGÉ. Dr Jamie Dow. Medical Advisor on Road Safety Société de l assurance automobile du Québec LLE. Dr Jamie Dow

L utilisation de l approche systémique dans la prévention et le traitement du jeu compulsif

Devoirs, leçons et TDA/H1 Gaëtan Langlois, psychologue scolaire

AVIS DE LA FÉDÉRATION QUÉBÉCOISE DE L AUTISME DANS LE CADRE DE LA CONSULTATION PUBLIQUE SUR LA LUTTE CONTRE L INTIMIDATION

Permis de conduire et maladie d Alzheimer. Denise STRUBEL Service de Gérontologie et Prévention du Vieillissement CHU Nîmes

Formation obligatoire d adaptation à l emploi

Le référentiel professionnel du Diplôme d Etat d Aide Médico-Psychologique

Bibliothèque des Compétences clés

La prise en charge d un trouble bipolaire

Stress des soignants et Douleur de l'enfant

Contribution de la Mutualité Française Centre à la Stratégie Nationale de Santé. Tours

TRAITEMENT DES MAUX DE TÊTE PAR EMDR INTÉGRÉ

DOMAINE 7 RELATIONS ET RÔLES

Fonctionnement neural et troubles cognitifs chez le patient bipolaire: preuve ou surinterprétation

ETES-VOUS PRET.ES A ALLER MIEUX?

Le référentiel RIFVEH La sécurité des personnes ayant des incapacités : un enjeu de concertation. Septembre 2008

Comment la proposer et la réaliser?

droits des malades et fin de vie

La responsabilité juridique des soignants

La santé. Les établissements de l entité Mutualité Santé Services

L approche de collaboration: une voie de contournement des facteurs entraînant les troubles graves de comportement.

Anne DELCHER Pôle Médecine et Gériatrique de Saint-Nazaire SGOC La Rochelle 7-8 juin 2013

Traumatisme crânien léger (TCL) et scolarité

LA QUESTION DE LA PRISE DE POIDS CHEZ LE FUMEUR EN SEVRAGE TABAGIQUE

Vous êtes. visé. Comment diminuer les risques et les impacts d une agression en milieu bancaire

POURQUOI RESSENTONS-NOUS DES ÉMOTIONS?

Prévention des conduites addictives : des sciences sociales aux pratiques locales

SOINS ET ACCOMPAGNEMENTS. Professionnels de la psychiatrie.

DROJNET : TRAVAIL DE TERRAIN. I/ Présentation du projet. Information aux établissements scolaires, aux élèves et aux parents.

Le bilan neuropsychologique du trouble de l attention. Ania MIRET Montluçon le

Education Thérapeutique (ETP)

Processus de certification

Carlo Diederich Directeur Santé&Spa. Tél / c.diederich@mondorf.lu

Doit-on craindre les impacts du rapport Trudeau sur la fonction de technicienne ou technicien en éducation spécialisée?

L approche populationnelle : une nouvelle façon de voir et d agir en santé

La consultation diététique réalisée par un diététicien

Guide à l intention des familles AU COEUR. du trouble de personnalité limite

Projet de loi n o 21 (2009, chapitre 28)

Définition, finalités et organisation

Critères de Choix d une Echelle de Qualité De Vie. Etudes cliniques dans l autisme. Introduction

Démence et fin de vie chez la personne âgée

Sophie Blanchet, Frédéric Bolduc, Véronique Beauséjour, Michel Pépin, Isabelle Gélinas, et Michelle McKerral

Compliance (syn. Adhérence - Observance) IFMT-MS-Sémin.Médict.Nov.05 1

PRATICIEN CERTIFIÉ EN PNL

Pacte européen pour la santé mentale et le bien-être

La réadaptation après un implant cochléaire

L infirmier exerce son métier dans le respect des articles R à R et R à du code de la santé publique.

JE NE SUIS PAS PSYCHOTIQUE!

M2S. Formation Management. formation. Animer son équipe Le management de proximité. Manager ses équipes à distance Nouveau manager

Infirmieres libérales

livret d accueil s ervice d o ncologie vous informer, c est aussi notre rôle

Lecture critique et pratique de la médecine

Guide d accompagnement pour la prise en charge des troubles anxieux chez l enfant

MINISTÈRE DES AFFAIRES SOCIALES, DE LA SANTÉ ET DES DROITS DES FEMMES SANTÉ

Intérêts de l outil PAACO

OFFRE EN STAGE SIP POUR LES ETUDIANT(E)S D ANNEE PROPEDEUTIQUE SANTE ET LES ETUDIANTS BACHELOR FILIERE SOINSINFIRMIERS

Le développement de l'être dans sa globalité

Le processus de professionnalisation du cadre de santé : Cadre de santé ou Cadre de soins?

La responsabilité des infirmiers et des établissements de santé

Comment atteindre ses objectifs de façon certaine

L observatoire «Entreprise et Santé»

Le trouble oppositionnel avec. provocation ou par réaction?

Introduction. Pourquoice livre?... Comment utiliser ce livre?... Que contient ce manuel?... Chapitre 1

L E C O U T E P r i n c i p e s, t e c h n i q u e s e t a t t i t u d e s

Feedback de l enquête sur les besoins en formation continue du personnel des équipes soignantes

Mieux informé sur la maladie de reflux

Planification stratégique

DOSSIER MEDICAL (à faire remplir obligatoirement par le Médecin et à retourner accompagné du Dossier administratif au Centre Addictologie d Arzeliers)

Diplôme d Etat d infirmier Référentiel de compétences

psychologie. UFR des Sciences de l Homme

La supervision en soins infirmiers

15ème anniversaire de l unité d addictologie Jean Schiffer e p ier d Portes Ouvertes Jeudi 24 mai 2012

_Règlement Caritas Protection des enfants

Plan de la présentation Introduction présentation La réalité virtuelle pour le jeu pathologique

MIEUX COMPRENDRE LE HANDICAP

NOM DE L ETABLISSEMENT : CENTRE DE SOINS DE SUITE ET DE READATATION EN ADDICTOLOGIE «MARIENBRONN»

La Baronnais. Livret d Accueil du Patient. Soins de Suite et de Réadaptation en Addictologie

Avec un nouveau bébé, la vie n est pas toujours rose

PRESENTATION DE LA FORMATION ET OBJECTIFS 3

La chronique de Katherine Lussier, psychoéducatrice M.Sc. Psychoéducation.

Transcription:

L APPROCHE NEUROPSYCHOLOGIQUE EN ADDICTOLOGIE David Lefebvre, psychologue

LA NEUROPSYCHOLOGIE Neuropsychologie: étude des liens entre les lésions cérébrales et les conséquences sur les comportements des personnes. S appuie essentiellement sur la passation de tests papier-crayon. La consommation excessive, aigüe ou chronique d alcool entraine des lésions et des dysfonctionnements cérébraux On peut constater une impulsivité, des persévérations, des pertes de mémoire, une communication inadaptée et des difficultés à prendre conscience de ces troubles.

LE REPÉRAGE Les troubles neuropsychologiques peuvent passer inaperçus au court d un entretien. Il sont en général nettement plus prégnant durant la réalisation de certaines tâches spécifiques (préparation des repas, orientation dans le service ). L ensemble du personnel joue un rôle essentiel dans le repérage. Formation des IDE et aides-soignants à la passation de tests de dépistage. Un bilan neuropsychologique complet permet de mettre à jour les troubles spécifiques et d adapter la prise en charge.

L IMPULSIVITÉ Comportements réalisés prématurément, excessivement risqués, inappropriés à la situation et pouvant entrainer des conséquences indésirables. L impulsivité est difficilement observable en entretien: nécessité de s appuyer sur les observations de l équipe durant les activités de la vie quotidienne. Généralement interprétée comme un trait de personnalité, propre au patient (colérique, impoli ).

L IMPULSIVITÉ Mr A. présente des comportement inadaptés face aux membres de l équipe et aux autres patients (agressivité verbale, ne respecte pas les règles ) Il fait preuve d une importante labilité émotionnelle. Explosion de colère pour des incidents mineurs. Réaction de l équipe: verbalisation et recadrage

L IMPULSIVITÉ Rôle du neuropsychologue: aider l équipe à ne pas considérer ces comportements comme volontaires mais comme l une des conséquences des lésions cérébrales. Mr A connait le cadre mais n a plus les ressources nécessaires pour se contrôler. Prise en charge de l impulsivité: Aider à la prise de conscience: reprise immédiate (soignant présent durant l activité), prise de conscience des signaux corporels (kinésithérapeute) Permettre un délai entre l apparition de la pulsion et l expression comportementale: aide médicamenteuse (médecin), tâches distractrices (infirmiers, aides soignants), exercices de relaxation rapides (psychologues) Rééducation des capacités d inhibition identification des situations à risque (psychologue)

LES PERSÉVÉRATIONS Comportements répétés alors que l objectif est atteint, le patient ne parvient pas à passer à une autre tâche, ni a modifier ses comportements habituels. Facteur de risque d une rechute rapide. Patient perçu comme manquant de motivation, épuisement de l équipe soignante.

LES PERSÉVÉRATIONS Mr U bénéficie d une seconde prise en charge dans le service, la réalcoolisation a été rapide (1 semaine). L équipe peine a donner du sens à son travail et se sent surmenée. La motivation du patient est remise en question et devient la cible thérapeutique principale.

LES PERSÉVÉRATIONS L éclairage neuropsychologique permet d élargir le questionnement au-delà des considérations sur la motivation au changement. Déficit de la flexibilité mentale: sans signal extérieur, le patient répète indéfiniment les mêmes actions. Nécessité d adapter l environnement (ergothérapeute). Casser les habitudes dans les actes de la vie quotidienne (aides soignants).

LES PERTES DE MÉMOIRE Difficultés à apprendre des informations nouvelles. Impact sur de nombreuses activités durant la cure (cours médicaux, cours contrat, atelier photo ) Nécessité de mise en place d aide à la mémorisation et au rappel (technique d imagerie, carnet mémoire ) par le psychologue. Tout nouvel apprentissage n est envisageable qu avec l implication de l ensemble des soignants (rappel systématique des stratégies compensatoires).

LA COMMUNICATION Dans la maladie alcoolique, la communication verbale est épargnée, toutefois, il existe un déficit d identification des composantes non verbales (expressions faciales émotionnelles, tonalité de la voix ). En particulier: surestimation de la colère et hypersensibilité au rejet. Compréhension parfois difficile entre le malade alcoolique et l entourage (soignant ou non).

LA COMMUNICATION Rôle du psychologue: Éducation du patient aux techniques de communication (affirmation), travail d identification et d expression émotionnelle Analyse des communications et en particulier des messages non verbaux avec l équipe Rôle de l équipe: Cohérence entre les messages verbaux et non verbaux Attention particulière portée aux situations de rejet

ANOSOGNOSIE Incapacité à prendre conscience des troubles. Souvent confondu avec le déni ou attribué à la «mauvaise foi» du patient. Risque important de surestimation des capacités propres par la patient, pouvant entrainer des réticences à adhérer aux soins et la minimisation des changements nécessaires.

ANOSOGNOSIE Le rôle du psychologue est ici de sensibiliser l équipe à la problématique (différent du déni) et de confronter le patient afin de permettre la prise de conscience des troubles. La confrontation est souvent pénible pour le patient, et le psychologue identifié comme le mauvais objet, il est alors nécessaire de pouvoir se reposer sur un autre membre de l équipe pour soutenir le patient.

CONCLUSION Les troubles cognitifs ont un impact très large sur les activités du patient, le neuropsychologue seul ne peut identifier l ensemble des troubles. Le point de vue neuropsychologique permet de mettre en lumière certains comportement qui resteraient incompris sans cette analyse spécifique. La prise en charge de ces troubles n est possible que par le croisement des point de vue afin de traduire les résultats aux tests en leurs conséquences concrètes pour le patient.