SURVEILLANCE D UN MALADE SOUS PLATRE



Documents pareils
phase de destruction et d'élimination de débris

Collection Soins infirmiers

Les fractures de l extrémité inférieure du radius (238) Professeur Dominique SARAGAGLIA Mars 2003

Les postures, l appareillage Point de vue du médecin MPR. Dr. P. LUBLIN MOREL CMPR de COUBERT 2011

LA PERTE DE CONSCIENCE

o Anxiété o Dépression o Trouble de stress post-traumatique (TSPT) o Autre

& BONNES POSTURES TMS TROUBLES MUSCULO-SQUELETTIQUES. Le guide. Guide offert par la MNT

Evaluation de la gravité et complications chez un traumatisé des membres

LES TROUBLES MUSCULOSQUELETTIQUES. Le 2 décembre 2008

La chirurgie dans la PC

Cette intervention aura donc été décidée par votre chirurgien pour une indication bien précise.

Institut Régional de Réadaptation Nancy DUHAM 2010

Manuel de l ergonomie au bureau

I. EXERCICES POUR LA CERVICALGIE CHRONIQUE. Exercice 1 : Posture

Traumatologie de l enfant. Joël Lechevallier Saad Abu Amara

Après l intervention des varices. Informations et conseils sur les suites du traitement. Réponses aux questions fréquemment posées

B06 - CAT devant une ischémie aiguë des membres inférieurs

La hernie discale Votre dos au jour le jour...

INFORMATION CONCERNANT L OSTEOTOMIE DU GENOU

La reprise de la vie active

Chirurgie articulaire secondaire Pr. Philippe PELISSIER

Conseils aux patients* Lutter activement. *pour les patients ayant subi une opération de remplacement de la hanche ou du genou

Ablation de sutures. Module soins infirmiers

Troubles musculo squelettiques. Institut de Formation en Ergothérapie de Nancy Cours Ergonomie 2004 TMS François Cail - INRS

Guide. Chirurgie d un jour. Enfant (moins de 14 ans) HÔPITAL DE MARIA RÉVISÉ NOVEMBRE 2006

REEDUCATION APRES RUPTURE DU LIGAMENT CROISE ANTERIEUR OPERE

Contenu de la formation PSE1et PSE2 (Horaires à titre indicatif)

LA PROTHESE TOTALE DE GENOU

Ceinture Home Dépôt. Orthèse lombaire et abdominale. Mother-to-be (Medicus)

Retrouvez le catalogue sur :

PROTHÈSE AMPUTATION. Amputation fémorale. Prescription

MOUVEMENTS DE BASE (global) EN MUSCULATION. bphiver2013 Hamrouni Samy 1

Conduite à tenir devant une morsure de chien (213b) Professeur Jacques LEBEAU Novembre 2003 (Mise à jour mars 2005)

APPUIS-COUDES MOBILES POUR RÉDUIRE LE TRAVAIL STATIQUE DE LA CEINTURE SCAPULAIRE DU PERSONNEL DENTAIRE

LA HERNIE DISCALE LOMBAIRE

Allégez la charge! Dossier d enseignement: Soulever et porter des charges Exercices de consolidation niveau 2

SOMMAIRE LE COU P.4 L EPAULE / LE BRAS / LE POIGNET / LA MAIN P.6 LE TRONC P.12 LE GENOU P.16 LA CHEVILLE P.20 LE PIED P.22

A.V.C. Solutions aux séquelles neurologiques du membre inférieur et supérieur. d ATTELLES NEURO - ORTHOPÉDIQUES

La sternotomie. Conseils à suivre après votre intervention

L arthrose, ses maux si on en parlait!

GUIDE D'ENSEIGNEMENT PRÉOPÉRATOIRE Pour la clientèle admise avant l'opération

Comment utiliser vos béquilles

Maladies neuromusculaires

Infections urinaires chez l enfant

POZ IN FORM PHARMAOUEST INDUSTRIES

Biomécanique des pathologies de contraintes de l avant-pied et du médio-pied

HERNIE DISCALE LOMBAIRE

le traitement de la douleur

Prise en charge des fractures du fémur par enclouage intra-médullaire

La rééducation dans le parcours de soins

Qu est-ce que la fibrillation auriculaire? (FA)

Le reflux gastro-oesophagien (280) Professeur Jacques FOURNET Avril 2003

LE RACHIS : UNE ENTITE COMPLEXE IMPORTANTE A PRESERVER

Maintien. Maintien et Immobilisation

gale - Brochure d information -

Mieux informé sur la maladie de reflux

Traitement des plaies par pression négative (TPN) : des utilisations spécifiques et limitées

Généralités sur fractures, luxation et entorses

Articulations du coude et de l avant-bras

LES ACCIDENTS DUS A L ELECTRICITE. Comité pédagogique SAP SDIS 43

Leucémies de l enfant et de l adolescent

LES TROUBLES MUSCULO- SQUELETTIQUES

ERGONOMIE au bureau lutter contre les TMS

UNE INTERVENTION CHIRURGICALE AU NIVEAU DU SEIN

Qu est-ce qu un trouble musculosquelettique (TMS)?

Amputations partielles traumatiques de la main. Colette Gable - Ergothérapeute CDS - IRR Nancy

APONEVROTOMIE ENDOSCOPIQUE du Syndrome Compartimental d Effort à l Avant-bras

Extraits et adaptations

Les anomalies des pieds des bébés

Prépration cutanée de l opéré

Les risques professionnels en EHPAD Carsat-am, juin 2013

La main traumatique: traumatismes ostéo- articulaires des doigts longs. DR Moughabghab

PREPARATION DU PATIENT POUR UNE CHIRURGIE. Marcelle Haddad

QUE SAVOIR SUR LA CHIRURGIE de FISTULE ANALE A LA CLINIQUE SAINT-PIERRE?

IFAS 11 décembre janvier M. BLOT Ergothérapeute. CHU de NIMES

URGENCES MEDICO- CHIRURGICALES. Dr Aline SANTIN S.A.U. Henri Mondor

w w w. m e d i c u s. c a

Douleurs des mains. Douleurs des mains les plus fréquentes: pertinence, causes, traitements. C.Zenklusen septembre 2013

Prévention des escarres

Athénée Royal d Evere

TITRE : «Information et consentement du patient en réadaptation cardiovasculaire»

PREMIERS SECOURS EN ÉQUIPE DE NIVEAU 2

ANNEXE IIIB NOTICE : INFORMATION DE L UTILISATEUR

Qu est-ce qu un trouble musculosquelettique (TMS)?

Marche normale et marche pathologique

RAPPORT DE STAGE S ANNEE SCOLAIRE B 3EME 5 CABINET DE MASSEUR KINESITHERAPEUTE. MONSIEUR Edouard CHEVALIER

LE TRAVAIL SUR ÉCRAN DANS LA BRANCHE DES TÉLÉCOMMUNICATIONS

SYNDROME DU TUNNEL CARPIEN, EPICONDYLITE ET TRAVAIL : POINT DE VUE DU RHUMATOLOGUE

APRES VOTRE CHIRURGIE THORACIQUE OU VOTRE PNEUMOTHORAX

Ergonomie au bureau. Votre santé avant tout

NOTICE : INFORMATION DE L UTILISATEUR. Delphi 0,1 % crème Acétonide de triamcinolone

L ACCÈS VEINEUX DE COURTE DURÉE CHEZ L ENFANT ET LE NOUVEAU-NÉ

DÉFICITS IMMUNITAIRE COMMUN VARIABLE

Attention vague. de très grand froid

dos La qualité au service de votre santé Avenue Vinet Lausanne - Suisse p r e n d r e s o i n d e s o n

PROTEGER SON DOS ex. Cliniques St Luc

HERNIE DISCALE LOMBAIRE

Le guide de la Santé du. Pied. 1 personne sur 5 a besoin de consulter un professionnel du pied.

Pandémie : pas de fermetures de classes Évaluation de la situation au 13 novembre 2009

Démarche de prévention des TMS et outils pour l action

Transcription:

SURVEILLANCE D UN MALADE SOUS PLATRE POINTS IMPORTANTS Le respect des règles de confection des appareils plâtrés assure la prévention d un grand nombre de complications. La surveillance d un patient plâtré engage la responsabilité du médecin : les plaintes du patient ne doivent pas être sous-estimées. Tout plâtre mal supporté ou à l origine de douleurs doit être immédiatement fendu. Si le soulagement n est pas immédiat, l ablation du plâtre est la règle d or à respecter, parce qu elle permet l examen clinique complet, l établissement du diagnostic et le traitement de la complication. Une douleur sous plâtre doit faire suspecter une phlébite, une infection, un syndrome des loges, un déplacement secondaire. La réalisation d une immobilisation plâtrée est un acte médical. La surveillance d un malade sous plâtre obéit à des règles strictes, dont le non-respect engage lourdement la responsabilité du praticien. Principes généraux de l immobilisation plâtrée 1. Le plâtre 1.1. Selon les règles classiques (Boehler) : - pour immobiliser une articulation, il faut immobiliser les segments sus et sous-jacents - pour immobiliser un segment de membre, il faut immobiliser les articulations sus et sousjacentes 1.2. Les matériaux utilisés: jersey posé sur une peau propre, coton ou mousse synthétique de protection, papier crêpe pour absorber l eau et faciliter le déplâtrage, bandes plâtrées de largeur adaptée. Les gahues doivent être retirées et tout pansement circulaire enlevé. 1.3. Les bandes sont appliquées sans serrer en passant en biais devant les plis de flexion. Le plâtre doit être moulé sur les reliefs anatomiques avec la paume de la main et non avec les doigts. Il doit être fendu sur toute sa longueur. Confectionné dans les règles de l art, l appareil plâtré est confortable et indolore.

2. Consignes à donner au malade Sa coopération est indispensable. Un certain nombre de consignes à respecter doivent lui avoir été clairement expliquées : respecter le temps de séchage, soit 24 à 48 h selon l épaisseur du plâtre, avant d exercer toute sollicitation mécanique. ne pas vernir le plâtre, ce qui empêcherait l évaporation naturelle et entrainerait une macération. ne pas mouiller ou immerger le plâtre, ce qui le fragiliserait. ne pas introduire de corps étranger sous le plâtre (aiguilles à tricoter ) surélever le membre immobilisé, les premiers jours, pour réduire l œdème. effectuer des contractions isométriques régulières et mobiliser les articulations laissées libres, pour prévenir l amyotrophie et les complications thromboemboliques. préciser au patient s il peut poser le pied au sol (pour une immobilisation au membre inférieur) et qu il doit consulter au moindre signe anormal. Principes généraux de surveillance Tout malade sous plâtre doit être contrôlé par le médecin qui a confectionné le plâtre dans les 24-48 h qui suivent sa pose. Que le plâtre soit fendu ou non, le patient doit être informé, de préférence devant témoins, de la nécessité de consulter en urgence au moindre signe anormal. Le recours à un document écrit, clair et intelligible, remis au moment de la confection du plâtre, est utile sinon indispensable. Un prurit, une sensation d irritation ou de brulure peuvent apparaître les premiers jours et sont le plus souvent transitoires. Les signes d alarme sont la douleur (plâtre bien fait + absence de complications = pas de douleur), l œdème et la cyanose des extrémités, plus rarement la pâleur et l insensibilité, l odeur évoquant macération ou infection. Il convient de ne jamais sous-estimer les plaintes du patient. Si celles-ci sont relatées par téléphone, inviter le patient à consulter dans les plus brefs délais. Tout plâtre mal supporté doit être fendu, écarté, bivalvé et, si cela ne suffit pas, enlevé. Un contrôle radiologique doit être prescrit de façon systématique immédiatement après la pose, et le plsu souvent à J2, J8, J21, J45.

Complications liées à un défaut de confection du plâtre 1. les compressions locales 1.1.les points de compression cutanée : la compression provoque une ischémie locale qui aboutit à une nécrose, à un escarre sous plâtre si elle se prolonge. Les reliefs anatomiques qui doivent être protégés sont nombreux : le menton et l occiput (minerve), les apophyses épineuses, les crêtes iliaques, le sacrum (corset, plâtre pelvipédieux), les styloïdes radiale et cubitale (plâtre brachio-palmaire, antébrachio-palmaire), la tubérosité tibiale antérieure, les malléoles (plâtre cruro-pédieux, botte plâtrée). 1.2. les plaies et irritations cutanées : elles sont dues au frottement sous un plâtre mal adapté. Elles provoquent des douleurs localisées et peuvent s infecter. 1.3. les compressions nerveuses : l exemple le plus fréquent est celui du nerf fibulaire commun, particulièrement vulnérable au col de la fibula. Le site doit être matelassé, protégé ; pour les bottes plâtrées, le plâtre doit remonter au-dessus de la tête de la fibula et non la dégager, car le nerf passe en dessous, au niveau du col et serait alors particulièrement exposé. La recherche de signes de souffrance doit être systématique dans les heures qui suivent la pose du plâtre : paresthésies, douleur localisée. Le nerf ulnaire est également menacé au niveau de la gouttière épitrochléoolécranienne. 1.4. les compressions vasculaires : un plâtre trop serré provoque une pression circonférentielle dangereuse. Elle peut être à l origine de gêne au retour veineux, entraînant œdème et cyanose des extrémités. On la prévient par la surélévation du membre immobilisé ; on la traite en fendant le plâtre et en le surélevant. Au maximum la compression circulaire prolongée peut être responsable de l ischémie du membre avec douleur, pâleur, refroidissement, et abolition des pouls distaux. Le creux de l aisselle, la face antérieure du coude, le triangle de Scarpa, le creux poplité ne doivent en aucun cas être comprimés. Il convient d éviter tout pli du plâtre dans ces zones de flexion articulaire, ce qui risquerait de compromettre la vascularisation distale ou d entraîner un œdème par compression veineuse. 2. troubles généraux Un plâtre thoraco-brachial ou un appareil plâtré coude au corps peut provoquer une gêne respiratoire. Ce type d immobilisation est donc proscrite chez les insufffisants respiratoires, les obèses, les patients porteurs de fractures de côtes.

Certains appareils plâtrés peuvent entrainer des signes d intolérance gastrique, des nausées, des vomissements. La confection des corsets ou des pelvi-pédieux doit comporter des aménagements pour la dilatation épigastrique ou abdominale post-prandiale. Complications locorégionales Elles sont liées à l affection causale, mais le plâtre les aggrave et les masque. 1. syndrome des loges 1.1. mécanisme : augmentation de la pression dans les loges musculaires inextensibles du fait de l œdème et de l hématome post-traumatiques, entrainant une ischémie artériolaire ; ceci conduit à l ischémie nerveuse et à la nécrose musculaire suivie de rétraction tendineuse. 1.2. signes cliniques : douleur exagérée, inhabituelle, avec sensation de tension ; douleur à la contraction volontaire mais surtout à la mise en tension passive des groupes musculaires concernés ; paresthésies, anesthésie ou paralysie des extrémités. 1.3. le plâtre doit être enlevé, ce qui met en évidence la tension des loges musculaires augmentées de volume. Si la régression des symptomes n est pas rapidement obtenue le diagnostic est très vraisemblable 1.4. la mesure des pressions à l intérieur de la loge confirme le diagnostic mais ne doit pas retarder le traitement. 1.5. l aponévrotomie est le geste salvateur de décompression, seul capable d éviter les séquelles. La peau est laissée ouverte et sera refermée après quelques jours et la fonte de l œdème. 1.6. si le tra itement est tardif, la nécrose musculaire est irréversible, à l origine de rétractions tendineuses et de déformations : griffe des orteils ( par rétraction des fléchisseurs à la jambe ), ou flexion du poignet, hyperextension des métacarpo-phalangiennes et flexion des phalanges réalisant le syndrome de Volkmann ( par rétraction des fléchisseurs des doigts à l avant bras ). 2. complications thromboemboliques 2.1. le traitement préventif par héparine de bas poids moléculaire est systématique en cas d immobilisation plâtrée au membre inférieur, surtout si l appui est interdit. 2.2. la phlébite sera suspectée sur la douleur, l œdème, la cyanose des extrémités, l état subfébrile, la dissociation de la température et du pouls. 2.3. le plâtre doit être bivalvé, voire enlevé, pour permettre la réalisation de l échodoppler veineux. 2.4. le traitement curatif s impose pour prévenir les complications emboliques. Une anxiété, un point douloureux thoracique, une détresse respiratoire doivent conduire à l angioscanner ou à la scintigraphie pulmonaire à la recherche de l embolie pulmonaire.

3. complications infectieuses Une fracture ouverte ou une fracture ostéosynthésée peut se compliquer d une infection de la plaie cutanée, voire d une ostéite aigue sur matériel d ostéosynthèse. La souillure du plâtre, la douleur, la fièvre sont des signes d appel qui conduisent à l ablation du plâtre et à l examen de la cicatrice, puis à des prélèvements bactériologiques, à la mise à plat de la plaie et à l antibiothérapie si nécessaire. Situations particulières Les plâtres immobilisant les fractures Ils sont souvent réalisés sur deux couches de jersey, sans coton ni mousse, de façon à assurer un moulage précis de la réduction. Les radiographies régulières permettent de surveiller l absence de déplacement secondaire et l évolution de la consolidation. Les appareillages fonctionnels selon Sarmiento Ils permettent de laisser libres les articulations sus et sous-jacentes au segment fracturé et autorisent une reprise de la fonction précoce (marche avec appui pour les fractures de jambe par exemple); leur réalisation repose sur des règles précises, le moulage soigneux des loges musculaires et l utilisation de bandes plâtrées élastiques. Les résines synthétiques Elles sont de plus en plus utilisées du fait de leurs avantages par rapport au plâtre : faible poids, résistance, mouillabilité. Leurs inconvénients doivent être connus : grande rigidité, faible conformabilité, bords tranchants. Initialement à base de fibre de verre, elles sont actuellement à base de polypropylène (parfaite transparence à la radiographie, absence de problèmes respiratoires par libérations de particules à l ablation). Leurs indications sont les immobilisations post-opératoires, ou le relais d une premier plâtre dans les traitements orthopédiques. Elles sont déconseillées comme première immobilisation.