Y A-T-IL UNE EXCEPTION FRANÇAISE DES COMPORTEMENTS D EPARGNE?



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Y A-T-IL UNE EXCEPTION FRANÇAISE DES COMPORTEMENTS D EPARGNE? mercredi 21 avril 2004 Rapport final

Table des matières Résumé 3 Introduction 4 Première partie : la France en Europe, cadrage macro-économique des agrégats d épargne et de crédit 5 1. Le revenu disponible 5 2. Les taux d épargne 9 3. Les placements financiers 14 4. Les investissements non financiers 21 5. Le crédit 23 Deuxième partie : Les facteurs de différenciation des comportements 35 1. Le revenu courant 35 2. L âge 37 3. La richesse 40 4. Le chômage 42 5. La retraite 46 6. Les déficits publics 48 7. Les taux d intérêt 50 Annexe 1 : qui s endette? 52 1. Le recours au crédit en France 52 2. Crédit à la consommation : la référence britannique 55 Annexe 2 : L épargne de long terme des Français 57 1. L assurance-vie 57 2. Les Plans d Epargne en Actions (PEA) 59 3. Les dépots à long terme 61 4. L épargne salariale 62 2

Résumé Le taux d épargne des ménages a convergé depuis le début du siècle vers des niveaux élevés, en France (16,7% en 2002) comme dans la majorité des autres pays européens. Les comparaisons internationales de taux d épargne doivent être manipulées prudemment car elles n intègrent pas les transferts sociaux en nature, qui sont pourtant une forme de consommation. Leur prise en compte ferait baisser le taux d épargne de plus de trois points en France, en raison de l importance la Sécurité Sociale et de l Education Nationale. Les Français ont certes beaucoup investi en produits d assurance-vie au cours des dernières années, mais cette forme d épargne apparaît comme un substitut à l épargne constituée sous forme de cotisations à des fonds de pension dans d autres pays. Les placements financiers des Français sont, rapportés à leur Revenu disponible brut, moins élevés en 2002 que ceux des Hollandais, des Espagnols et des Britanniques. Mais il demeure que l inquiétude des Français sur le financement des régimes de retraite est un facteur de hausse de l épargne. De même, on constate, conformément au principe «d équivalence ricardienne», que l épargne des ménages est corrélée avec les déficits publics car les habitants des pays où les administrations publiques s endettent anticipent une hausse des prélèvements obligatoires. Or la France est, avec l Allemagne, l un des pays où ces déficits sont le plus élevés. Le crédit à l habitat a, de manière générale, augmenté très rapidement au cours des dix dernières années en Europe, mais moins en France qu ailleurs. Les prix de l immobilier et l investissement en logement ont par exemple beaucoup plus augmenté en Espagne ou aux Pays-Bas qu en France. Ces facteurs, conjugués à des incitations fiscales qui n existent plus en France, ont convaincu les particuliers de ces pays d avoir beaucoup recours au crédit. Un pays est dans une situation atypique tant par rapport à son passé que par comparaison avec le reste de l Europe : le taux d épargne des Britanniques est très bas. Soutenue par une croissance des revenus beaucoup plus vive qu ailleurs en Europe, la consommation des ménages au Royaume-Uni s est traduite par une envolée du crédit à la consommation dans toutes les classes d âge, qui explique mécaniquement une grande part de la faiblesse du taux d épargne, puisque par définition l augmentation de l endettement vient diminuer ce ratio. L augmentation des prix de l immobilier a facilité cette tendance, en accroissant la capacité d emprunt des propriétaires. En France, le crédit à la consommation, qui s est largement diffusé dans la deuxième moitié des années 90, a vu sa progression ralentie depuis 2 ans. Le recours au crédit à la consommation par les classes d âge jeunes a été freiné de manière significative par l augmentation du chômage. Au total, la consommation des ménages français apparaît aujourd hui beaucoup plus bridée par l insuffisance du revenu disponible des ménages que par un désir d épargne excessif. 3

Introduction La consommation des ménages progresse lentement en France : à prix constants, elle n a augmenté que de 1,6% en 2003, après 1,4% en 2002. Elle contribue peu à la croissance économique. On impute parfois, sans réelle argumentation économique, cette situation à un excès de l offre de produits d épargne et à une insuffisance de l offre de crédit aux particuliers, notamment de crédit à la consommation. L objet de ce rapport est de rassembler des informations chiffrées sur les comportements de consommation et d épargne des ménages français, comparés à ceux des ménages des autres pays européens et de proposer les explications économiques aux différences constatées. L étude comporte deux parties. Une première partie exploite les statistiques de comptabilité nationale, pour présenter une comparaison entre les grands pays européens, des flux d épargne et d endettement des ménages, rapportés à leur revenu disponible. On analyse les grands agrégats d épargne et leurs composantes, tant du côté de l investissement que de l endettement. On s attache à expliquer les causes des particularités éventuelles de chaque pays, liées à l environnement fiscal, réglementaire et économique, et au mode de financement des retraites, de la santé et de l éducation. Dans une deuxième partie, sont exploitées les informations décrivant les comportements micro-économiques d épargne, de consommation et d endettement, qui ont fait l objet de nombreuses recherches susceptibles d éclairer la situation française. 4

Première partie : la France en Europe, cadrage macroéconomique des agrégats d épargne et de crédit 1. Le revenu disponible L utilisation du revenu disponible des ménages se partage entre l épargne et la consommation. Les comparaisons internationales de cette étude sont effectuées par référence à cette variable, qu il est nécessaire d analyser préalablement. 1.1 Le revenu disponible brut Le revenu disponible brut est ce qui reste du revenu des ménages après paiement des impôts, cotisations sociales, intérêts d emprunts et de diverses charges. Il détermine directement le gisement d épargne disponible, mais il n est pas explicatif des différences de taux d épargne entre les pays: comme on le verra, l Espagne et le Royaume-Uni sont les deux pays d Europe où les ménages ont le plus faible taux d épargne. Or le premier est le pays où le revenu disponible par tête est le plus faible, et le second est le pays où il est le plus élevé. Tableau 1 Revenu disponible brut des ménages en 2002 (EUR par habitant) Espagne 11 125 Finlande 14 638 Pays-Bas 15 020 Italie 15 497 Belgique 16 208 France 16 609 Danemark 17 104 Allemagne 17 694 Royaume-Uni 19 239 Le revenu disponible brut des français est médian en Europe. Depuis 1987, il a eu tendance à augmenter lentement mais plus régulièrement que celui des autres européens. Depuis 3 ans, sa progression se ralentit. La récession des années 93-95 apparaît avoir été particulièrement sévère en Italie. L autre évolution heurtée est celle du Royaum-Uni, qui bénéficie depuis 1997 d un taux de croissance du revenu nettement plus rapide que celui du reste de l Europe, et qui met les Britanniques 5

nettement en tête en 2002. Cette croissance rapide a pu contribuer à l entrain des consommateurs britanniques, et donc symétriquement à la baisse de leur taux d épargne. Globalement, la progression du revenu des ménages s est ralentie en 2002 dans la plupart des pays, ce qui explique le ralentissement parallèle de la progression de la consommation. Graphique 1 Evolution du Revenu disponible brut (en euros par habitant) 25 000 20 000 15 000 Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Royaume-Uni 10 000 5 000 0 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 00 01 02 1.2 Les prélèvements obligatoires et le revenu disponible Les cotisations sociales et les impôts ont par définition un impact direct négatif sur le revenu disponible des ménages. La somme des impôts sur les particuliers et des cotisations sociales représente 45,8% du revenu disponible brut des ménages français. Ce taux n est que de 41% au Royaume-Uni, mais il atteint 61,4% aux Pays-Bas. Cependant, les seules cotisations sociales placent la France en tête, à peu près à égalité avec la Belgique, seulement derrière les Pays-Bas. Or les cotisations sociales sont moins progressives que les impôts, qui s imputent, proportionnellement, plus aux revenus élevés. On sait que la propension à épargner dans un pays donné augmente avec le revenu. Les cotisations sociales amputent donc, plus que les impôts, les dépenses de consommation. On constate d ailleurs 6

que les deux pays qui ont le taux d épargne le plus bas l Espagne et le Royaume-Uni ont un taux de cotisations sociales bas, par rapport à l Allemagne, la France, l Autriche, la Belgique ou les Pays-Bas. Tableau 2 Les prélèvements obligatoires pesant sur le revenu disponible des particuliers (en % du Revenu disponible brut) Cotisations sociales Impôts Total Grèce 18,7 8,0 26,7 Portugal 21,9 8,9 30,8 Espagne 23,5 11,3 34,9 Italie 21,3 16,8 38,1 Royaume-Uni 22,2 18,8 41,0 Allemagne 29,7 14,9 44,5 France 31,4 14,4 45,8 Autriche 29,1 18,2 47,3 Finlande 25,4 27,7 53,1 Belgique 31,6 22,3 53,9 Pays-Bas 47,3 14,1 61,4 7

1.3 Le revenu disponible brut ajusté Les comptables nationaux ont aussi retenu une notion de Revenu disponible brut Ajusté, qui ajoute au Revenu disponible brut qui sert habituellement de référence, les prestations individualisées fournies en nature par la collectivité aux ménages, comme l éducation et les remboursements de Sécurité Sociale. Cette notion est très pertinente, puisque ces prestations doivent s analyser comme de la consommation des ménages, que ces derniers les financent par des paiements en espèces ou par leurs cotisations et leurs impôts. Malheureusement, cette information n est pas disponible dans tous les pays, et elle est donc assez peu utilisée. La prise en compte des transferts sociaux en nature augmente le revenu disponible des ménages. Tableau 3 Formation du revenu disponible brut par habitant en 2002 (en euros) Revenu disponible brut Transferts sociaux en Revenu disponible brut nature ajusté Espagne 11 125 1 883 13 008 Pays-Bas 15 020 3 848 18 868 Italie 15 497 4 188 19 685 Royaume-Uni 19 239 4.176 23.415 France 16 609 3.884 20.493 Cette particularité est importante pour le calcul des taux d épargne car, on le verra dans la suite, elle a un effet mécanique à la hausse sur celui-ci. 8

2. Les taux d épargne L épargne est cette partie du revenu disponible qui n est pas utilisée pour la consommation finale. Les taux d épargne rapportent l épargne au revenu disponible des ménages. Plusieurs définitions du taux d épargne des ménages existent en pratique. On se réfère parfois à une «épargne nette», définie comme la partie du revenu hors consommation finale, mais aussi hors consommation de capital fixe. Dans le cas d un particulier, la consommation de capital fixe correspond principalement aux dépenses qu il doit engager sur son logement pour éviter que celui-ci ne se déprécie au cours du temps. L autre composante de la consommation de capital fixe des ménages s applique au capital professionnel des entrepreneurs individuels. Si elle a sa pertinence économique, nous ne retiendrons cependant pas cette notion ici car le calcul de la consommation de capital fixe soulève de nombreuses difficultés méthodologiques, qui n ont pas été résolues de la même manière dans tous les pays : un préalable serait notamment de disposer de séries cohérentes sur le patrimoine non financier des ménages, ce qui est encore loin d être le cas en comptabilité nationale. Nous retiendrons donc ici le taux d épargne brut, qui ne tient pas compte de la consommation de capital fixe. Mais nous proposons aussi un taux d épargne «ajusté» qui prend en compte, lorsque les statistiques sont disponibles, dans la consommation des ménages, les transferts sociaux en nature, dans les domaines de la santé et de l éducation notamment. 2.1 Le taux d épargne brut Le taux d épargne brut des ménages rapporte la part de leur revenu disponible qui n est pas affectée à la consommation, à ce même revenu. Cette part non consommée du revenu est affectée à des investissements physiques principalement le logement, mais aussi l équipement professionnel des entrepreneurs individuel -, ou financiers. Le premier constat qui ressort du graphique 2 est qu il n y a pas de permanence nationale des taux d épargne : la France, qui est dans le groupe des pays de tête en 2002, était comparativement à un niveau bas dans deuxième moitié des années 80. En 1987, les français épargnaient moins que les britanniques en 1992. 9

Néanmoins, depuis 15 ans, les taux d épargne des ménages des grands pays européens convergent. Dans l Europe de 2002, deux grands pays se singularisent par un faible taux d épargne: L Espagne et surtout le Royaume-Uni. Mais dans tous les autres grands pays - dont la France -, les ménages consacrent à leur épargne une part équivalente de leur revenu, comprise entre 15 et 17%. Juste après la réunification de leur pays, les allemands épargnaient, en moyenne, plus que les Français. Mais depuis sept ans, les deux pays évoluent de manière très proche. L Allemagne, comme la France, se caractérise par une inertie de son taux d épargne : les tendances généralement observées dans le reste de l Europe baisse du taux d épargne jusqu en 2000 puis remontée ensuite y sont très atténuées. L Italie et les Pays-Bas avaient en 1995 des taux d épargne nettement supérieurs, qui ont ensuite convergé vers le niveau franco-allemand. Tableau 4 Taux d épargne brut des ménages européens fin 2002 (en % du Revenu disponible brut) France 16.7 Belgique 16.4 Allemagne 16.4 Italie 15.8 Pays-Bas 14.6 Espagne 10.6 Danemark 8.4 Grèce 8.0 Finlande 7.4 Royaume-Uni 5.2 10

Graphique 2 Evolution du taux d épargne brut des ménages (en % du Revenu disponible brut) 35.0 30.0 25.0 Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Royaume-Uni 20.0 15.0 10.0 5.0 0.0 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 00 01 02 2.2 Le taux d épargne «ajusté» Le taux d épargne est influencé par le mode d organisation sociale, qui donne, selon les pays, une place plus ou moins large aux transferts sociaux individualisés 1 fournis en nature : remboursements de sécurité sociale, prestations médicales ou hospitalières non payées par les bénéficiaires, réductions de tarifs dans les transports publics, éducation nationale, etc. Celles-ci n impactent pas l épargne. Mais si l on rapporte l épargne au revenu ainsi défini, le taux d épargne baisse puisque le dénominateur du ratio augmente. Et il baisse plus ou moins selon l importance de ces prestations en nature. 1 Ne sont pas couvertes dans ce champ les activités administratives lorsque le bénéficiaire n est pas individualisable, comme la Défense Nationale, la Recherche, les fonctions régaliennes de l Etat etc. 11

Comme on l a vu, ces prestations en nature sont importantes en France, puisque leur prise en compte augmente de 23,4% le revenu disponible brut des ménages. Si l on calculait le taux d épargne selon cette méthode, celui-ci serait plus diminué en France qu en Espagne ou au Royaume-Uni. La prise en compte des services fournis en nature par la collectivité publique diminue de 3,1 points le taux d épargne des Français, mais de 0,9 points seulement celui des Britanniques. Tableau 5 Composantes du taux d épargne en 2002 (en %) (1) Prestations en nature/revenu disponible brut (2) Taux d épargne brut «traditionnel» (3) Impact du de la prise en compte des transferts en nature sur le taux (4) Taux d épargne brut ajusté (2) + (3) d épargne Italie 27,0 15,8-3,3 12,5 Espagne 16,8 10,6-1,5 9,1 France 23,4 16,7-3,1 13,6 Pays-Bas 25,5 14,6-2,9 11,7 Royaume-Uni 21,7 5,2-0,9 4,3 2.3 Le taux d épargne financière Le taux d épargne financière rapporte le solde net des acquisitions d actifs financiers et de la variation de l endettement, au Revenu disponible brut. Dans les pays où la capitalisation intervient dans le financement des retraites, les cotisations aux fonds de pension impactent positivement le taux d épargne financière, et les prestations de retraite l impactent négativement. En 2002, le taux d épargne financière des Français est équivalent à celui des allemands et des Italiens : de l ordre de 8% du revenu disponible brut. Ce taux est beaucoup plus faible en Espagne et aux Pays-Bas. Il est même négatif au Royaume-Uni. Sur la période 1995-2002, on note une convergence des taux allemands et français, les premiers ayant eu tendance à augmenter et les seconds à baisser jusqu en 2000. Depuis cette date ils évoluent en parallèle. Les trois pays qui se situent à des niveaux bas en 2002 (Espagne, Pays-Bas, Royaume-Uni), ne se distinguaient pas des autres pays au milieu des années 90 12

Tableau 6 Taux d épargne financière des ménages européens fin 2002 (en % du Revenu disponible brut Belgique 13.1 France 8.8 Allemagne 8.0 Italie 7.2 Espagne 2.2 Pays-Bas 1.2 Finlande -0.3 Royaume-Uni -2.0 Danemark -2.1 Graphique 4 Evolutions des Taux d épargne financière des ménages (en % du revenu disponible brut) 14.0 12.0 10.0 8.0 6.0 4.0 2.0 Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Royaume-Uni 0.0-2.0 95 96 97 98 99 00 01 02-4.0 13

3. Les placements financiers 3.1 L importance des placements financiers Depuis 1995, dans la plupart des grands pays, les ménages affectent chaque année entre 9% et 14% de leur revenu disponible à des placements financiers. Aucune tendance nette ne se dégage, et la hiérarchie des taux de placements des différents pays varie chaque année : en 2002, les Français ont placé un peu moins que les Britanniques et les Espagnols, mais l année précédente c est l inverse qui était vrai. En général cependant, les Allemands ont consacré un peu moins de leurs ressources aux placements financiers que les Français, sans que cette différence soit très significative. Un pays se distingue de tous les autres par un taux de placements financiers toujours nettement plus élevé que les autres : les Pays-Bas. Graphique 5 Evolutions des taux de placements financiers des ménages (en % du revenu disponible brut) 30.0 25.0 20.0 15.0 10.0 5.0 0.0 Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Royaume-Uni 95 96 97 98 99 00 01 02 14

3.2 L effort d épargne lié aux fonds de pension Les acquisitions nettes par les ménages de droits financiers sur les fonds de pension sont une composante de l épargne, dans les pays où ces fonds existent. Cette composante est la résultante de plusieurs flux : Les cotisations qu ils versent, et les cotisations des employeurs à leur profit, augmentent les droits des ménages. Le revenu des actifs des fonds de pension augmentent leurs droits Les pensions qui leur sont payées diminuent leurs droits Les frais de fonctionnement des fonds de pension diminuent leurs droits Ces acquisitions nettes viennent augmenter le taux d épargne, alors que dans les régimes de retraite par répartition, les cotisations et les pensions n ont pas d impact sur l épargne. Dans la graphique ci-dessous est représentée la contribution à l épargne de cet agrégat 2, depuis 1987 dans les pays où cette information est disponible. Les Pays-Bas se singularisent par un excès très significatif des cotisations et des revenus des fonds de pension sur les pensions payées. Cet excès a baissé de trois points environ dans les années 80, puis à nouveau de trois points environ depuis 1999. En 2002, l effort net des hollandais pour leurs retraites capitalisées explique encore 6,6 points de taux d épargne. L excédent d épargne généré par les ménages britanniques sur leurs fonds de pension est comparativement beaucoup plus faible. Il a baissé très rapidement jusqu au milieu des années 90, il s est ensuite stabilisé mais est nouveau en baisse depuis 2000, les revenus du portefeuille des fonds de pension ne suffisant plus à compenser la dégradation du ratio cotisations/pensions. Plus de quatre points de baisse du taux d épargne des britanniques depuis 1989 s expliquent par l évolution de cet agrégat. En Espagne, en Italie et en Allemagne cette contribution est inférieure ou voisine de 1% du revenu disponible, et elle est proche de zéro en France. 2 Dans le vocabulaire du standard ESA 95 de comptabilité nationale, cet agrégat est appelé «Ajustement pour variation des droits des ménages sur les fonds de pension» 15

Graphique 6 Contribution du poste «Ajustement pour variation des droits des ménages sur les fonds de pension» à l épargne des ménages 14.0 12.0 10.0 Allemagne Espagne Italie Pays-Bas Royaume-Uni 8.0 6.0 4.0 2.0 0.0 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 00 01 02 3.3 La composition des placements financiers Les grandes catégories de placements financiers des ménages sont : La monnaie fiduciaire et les dépôts à vue ou à terme Les actions et autres participations, y compris les titres d OPCVM Les droits sur les provisions techniques d assurance, notamment l assurance-vie et les fonds de pension 16

La monnaie et les dépôts La France se trouve dans une position médiane pour les encours de monnaie et de dépôts des ménages, qu on les rapporte au nombre d habitants ou au revenu disponible. Tableau 7 Monnaie et dépôts détenus par les ménages européens fin 2002 Encours par habitant Encours en % du RDB Suède 7 744 - Finlande 9 228 62,9 Portugal 10 964 - Espagne 11 849 105,6 Italie 12 766 82,1 Danemark 14 261 83,1 France 15 463 92,6 Allemagne 16 290 91,9 Pays-Bas 16 578 109,9 Royaume-Uni 19 430 100,8 Belgique 19 732 121,3 Autriche 19 737 - Moyenne de la zone euro 14713 93,2 Les français ont toujours placé en monnaie et dépôts une proportion de leur revenu inférieure aux hollandais et aux anglais depuis 1998. En 2001 et 2002, ils ont été ceux, avec les italiens, qui ont le moins investi sur ces actifs. Graphique 7 Flux nets de Monnaie et dépôts (en % du Revenu disponible brut) 12.0 10.0 8.0 6.0 4.0 2.0 0.0-2.0 95 96 97 98 99 00 01 02 Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Royaume-Uni -4.0-6.0 17

Actions et autres participations Les chiffres de comptabilité nationale placent les français en tête des détenteurs d actions et autres participations, seulement dépassés par les belges. Cependant, les comptables nationaux de ces différents pays ne valorisent pas de la même manière les actions non cotées. Dans les comptes allemands et hollandais, les actions non cotées sont valorisées sur la base de leur valeur nominale, alors qu en France, en Italie ou en Espagne, les statisticiens s efforcent de déterminer une valeur marchande de ces actions, sur la base des valorisations des actions cotées observées en Bourse. Quelques soient les mérites des deux approches, l approche par la valeur nominale aboutit, toutes choses égales par ailleurs, à une valorisation beaucoup plus faible. Tableau 8 Actions et autres participations détenus par les ménages européens fin 2002 Encours par habitant Encours en % du RDB Pays-Bas 8 101 53,7 Allemagne 9 521 53,7 Danemark 9 705 56,5 Espagne 10 334 92,1 Royaume-Uni 10 812 56,1 Finlande 10 821 73,7 Italie 12 869 82,8 France 15 939 95,5 Belgique 18 307 112,6 Moyenne zone euro 12 031 76,2 L inconvénient de la divergence d approche de valorisation s estompe lorsque l on observe, non plus les encours détenus, mais les achats ou ventes nettes de titres : on observe alors des profils beaucoup plus convergents. Globalement, les européens de la zone euro ont été plutôt acheteurs nets de titres sur la période, tandis que les britanniques ont été vendeurs nets (sauf en 2002). Depuis l éclatement de la bulle financière, les français et les anglais ont moins diminué leurs achats nets que les autres européens, tandis que allemands, qui avaient plus que les autres participé à la bulle, et les hollandais sont devenus vendeurs nets. 18

Graphique 8 Flux nets d actions et autres participations (en % du Revenu disponible brut) 25.0 20.0 15.0 10.0 Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Royaume-Uni 5.0 0.0 95 96 97 98 99 00 01 02-5.0-10.0 Provisions techniques d assurance Les deux principaux éléments d actifs répertoriés sous cette rubrique sont les contrats d assurance-vie et les avoirs sur les fonds de pension. Comme on pouvait s y attendre, les pays qui, comme les Pays-Bas, le Royaume-Uni et le Danemark ont développé des systèmes de retraite par capitalisation détiennent à ce titre un patrimoine plus important que les autres. Mais, parmi les pays qui n ont pas un système de retraite par capitalisation développé, c est en France que les ménages détiennent l encours le plus important. Tout se passe comme si les Français compensaient l absence de régimes de retraite pré-financés par d importantes souscription de contrats d assurance-vie 3. 3 L enquête COE-CSA de janvier 2004 sur les comportement d épargne financière des ménages français indique d ailleurs que l épargne de précaution est de plus en plus motivée par la préparation de la retraite. 19

Tableau 9 Provisions techniques d assurance à l actif des ménages européens, fin 2002 Encours par habitant Encours en % du RDB Espagne 4 347 38,7 Finlande 5 891 40,1 Italie 6 835 44,0 Autriche 7 871 - Belgique 11 188 68,8 Allemagne 13 682 77,2 France 14 110 84,5 Danemark 22 700 132,2 Royaume-Uni 36 004 186,7 Pays-Bas 39 464 261,7 Moyenne zone euro 12 214 77,3 En flux d investissement, les profils sont beaucoup plus convergents : la plupart des pays consacrent chaque année, entre 4 et 6% de leur revenu à ces placements. Les hollandais font exception, même si leurs acquisitions de droits ont eu tendance à décroître depuis 2001. Mais en 2002, ce poste (fonds de pension plus assurance-vie) explique 10 points de l épargne des ménages hollandais. Graphique 9 Flux nets de provisions techniques d assurance (en % du Revenu disponible brut) 16.0 14.0 12.0 10.0 8.0 6.0 4.0 Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Royaume-Uni 2.0 0.0 95 96 97 98 99 00 01 02 20

4. Les investissements non financiers La comptabilité nationale permet de comparer l importance des investissements «physiques» des ménages. Pour la plus grande partie, il s agit d acquisition ou de rénovation du logement, mais on trouve aussi dans cette catégorie les investissements professionnels des entrepreneurs individuels. Malheureusement la nomenclature de la comptabilité nationale ne prévoit pas de fournir une ventilation des investissements des ménages selon leur objet. Les pays européens se répartissent en trois groupes pour l investissement non financier des ménages : dans deux pays la Suède et le Royaume-Uni -, les ménages investissent moins de 6% de leur Revenu disponible brut. Un groupe de cinq pays, dont fait partie la France, investissent des montants équivalents à 8-9% de leur revenu disponible. Un troisième groupe de pays, investissent plus de 10% de leur revenu. Les Pays-Bas se singularisent par un taux supérieur à 13%. Tableau 10 Formation Brute de Capital Fixe fin 2001 (en % du Revenu disponible brut) Suède 5,3 Royaume-Uni 5,9 Grèce 7,9 Autriche 8,2 France 8,7 Belgique 9,1 Finlande 9,2 Italie 10,0 Allemagne 10,1 Espagne 10,6 Danemark 10,6 Portugal 11,2 Pays-Bas 13,4 21

L évolution dans le temps des grands pays européens fait apparaître des évolutions contrastées. Une persistance de la faiblesse de l investissement au Royaume-Uni. A l inverse, une croissance presque continue aux Pays-Bas depuis 1982. En Allemagne, une vive croissance au début des années 90, reflétant l effort intense de construction après la réunification du pays. Mais l investissement des ménages décroît continuement depuis 1995 et converge vers un niveau équivalent à celui de la France. L investissement des ménages français, très élevé aux début des années 80, a décru continuement jusqu en 1993, pour rester stable depuis cette date. L Italie présente un profil ressemblant à celui de la France, mais à un niveau supérieur de deux points. Enfin en Espagne, l investissement physique des ménages a vivement augmenté depuis le milieu des années 90. La construction de logements a été très importante depuis 1998 si bien que le stock physique de logement (en superficie) a augmenté d un tiers en quelques années 4. Graphique 10 Evolution de la Formation Brute de Capital Fixe des ménages (en % de leur Revenu disponible brut) 16.0 14.0 12.0 10.0 8.0 6.0 4.0 2.0 Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Royaume-Uni 0.0 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 4 Source : José Manuel Naredo, Carmen Marcos, Oscar Carpintaro, El patrimonio financiero-immobiliaro de los hogares españoles, Revue de la Bourse de de Madrid, Janvier 2004 22

5. Le crédit 5.1 Le taux de recours au crédit et l endettement Dans tous les pays européens sauf en Allemagne, les ménages ont sensiblement augmenté leur recours au crédit. Entre 1995 et 2002, le flux net des emprunts des ménages (nouveaux crédits moins remboursements de crédits anciens) a plus que doublé en Espagne et aux Pays-Bas, il a triplé au Royaume-Uni et quadruplé en France. Mais la situation de départ était très différente d un pays à l autre : aux Pays-Bas, les ménages, qui empruntaient déjà beaucoup en début de période, se procurent ainsi l équivalent d un cinquième de leur revenu en ressources financières externes. La France fait partie, avec l Allemagne et l Italie, des pays où le taux net de recours au crédit par les ménages est faible, inférieur à 5% de leur Revenu disponible brut. Toutefois, la courbe française, en augmentation régulière depuis 1995, croise la courbe allemande, en baisse depuis 2000. Graphique 11 Taux de recours au crédit (en % du Revenu disponible brut) 25.0 20.0 15.0 10.0 Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Royaume-Uni 5.0 0.0 95 96 97 98 99 00 01 02 23

L endettement par habitant des Français est dans la médiane européenne. Par rapport au revenu brut disponible, il est dans la moitié basse des pays : par rapport à cet indicateur, seuls les italiens sont moins endettés. Tableau 11 les encours d endettement des ménages en 2002 Endettement par habitant (en Euro) Endettement en % du Revenu disponible brut Italie 5 307 34,2 Portugal 8 950 - Espagne 9 199 82 Finlande 9 276 63,2 Belgique 9 879 60,7 France 10 083 60,4 Autriche 10 934 - Suède 16 335 - Allemagne 18 546 104,7 Royaume-Uni 22 382 116,1 Pays-Bas 28 400 188,4 Danemark 34 281 199,7 Moyenne zone euro 12 573 79,6 De 1995 et 2002, l endettement des ménages a augmenté faiblement en Allemagne et en France, mais a partir de niveaux nettement plus faibles en France. Il a augmenté vivement en Espagne, où cette augmentation apparaît comme un rattrapage par rapport au niveau bas du milieu des années 90. Et surtout il a augmenté très vivement aux Pays-Bas, qui étaient pourtant déjà à des niveaux élevés en 1995. Graphique 12 Endettement des ménages (en % de leur Revenu disponible brut) 200.0 180.0 160.0 140.0 120.0 Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Royaume-Uni 100.0 80.0 60.0 40.0 20.0 0.0 95 96 97 98 99 00 01 02 24

La BCE publie des statistiques de crédit par objet, agrégées sur l ensemble de la zone euro. Ces statistiques, établies depuis 1997, montrent que la croissance du crédit dans les années récentes a porté principalement sur les prêts au logement : en valeur nominale, l encours de ces derniers a augmenté de 71,2% entre fin 1097 et fin 2003, contre 28,3% pour les prêts à la consommation. L encours de crédit à la consommation a même baissé en 2003. Les autres crédits, qui incluent les prêts à objet professionnel pour les entrepreneurs individuels, ainsi que les crédits aux particuliers qui n entrent pas dans les catégories précédentes (prêts pour l achat de titres ou de terrains par exemple) sont restés stables sur la période. Graphique 13 Encours de crédit aux ménages dans la zone euro En milliards d euros 4 000.0 3 500.0 3 000.0 autre logement Consommation 2 500.0 2 000.0 1 500.0 1 000.0 500.0 0.0 Q4-1997 Q2-1998 Q4-1998 Q2-1999 Q4-1999 Q2-2000 Q4-2000 Q2-2001 Q4-2001 Q2-2002 Q4-2002 Q2-2003 Q4-2003 Source: BCE Plus du cinquième de cet endettement est à moins d un an pour le crédit à la consommation et les autres crédits, alors que, comme on pouvait s y attendre, l endettement pour le logement est très majoritairement à plus de cinq ans. Tableau 12 Répartition de l encours d endettement des ménages de la zone Euro (en %) <= à 1 an > à 1 an et < à 5 ans > à 5 ans Consommation 23,0 37,6 39,4 Logement 0,7 2,9 96,5 Autres crédits 21,4 14,2 64,3 Source: BCE 25

L encours de crédit à l habitat a augmenté moins vite en France que dans la zone euro en moyenne : basé à 100 à fin 1997, il est passé à 171,2 dans la zone euro, et à 151,7 seulement en France. A l inverse, pour les autres crédits, qui incluent principalement les crédits professionnels aux entrepreneurs individuels et le crédit à la consommation, l indice passe à 148,4 en France, contre seulement 120,8 dans la zone euro. Graphique 14 Encours de crédit en France et dans la zone euro. (base 100 fin 1997) 180.0 160.0 140.0 120.0 100.0 80.0 60.0 40.0 20.0 Zone euro, habitat France, habitat Zone euro, autres objets France, autres objet 0.0 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 5.2 Le crédit à l habitat La France fait partie du groupe de pays où l endettement des ménages lié à leur habitat est le plus faible. Tableau 13 Encours d endettement des ménages pour leur logement (en euros/habitant) Italie 2 195 Espagne 5 537 France 5 895 Allemagne 8 608 Royaume-Uni 17 627 Pays-Bas 18 481 Sources : Banques centrales, calculs IEM Finance 26

Le graphique ci-dessous montre que les ménages britanniques, hollandais, et surtout espagnols et italiens ont tous augmenté leur endettement pour l habitat plus que les ménages français. Les seuls à se situer sur une tendance plus faible sont les Allemands. L endettement nominal des ménages pour leur logement a triplé depuis 1993, mais à cette date il était déjà faible en comparaison avec d autres pays pour lesquels nous disposons de données. En Allemagne, il a augmenté très rapidement dans les années qui ont suivi la réunification, pour décrocher ensuite et rester à un niveau stable depuis 1989. A l inverse, la croissance de l endettement des ménages au titre du logement a continué de croître à un rythme extraordinaire aux Pays-Bas et au Royaume-Uni : Entre 1996 et 2002, l endettement des hollandais pour leur logement a augmenté à un rythme annuel moyen de 12,2% et celui des britanniques de 9,6%. Graphique 15 Evolution de l encours d endettement des ménages pour l habitat (en euro/habitant) en euros 20 000 18 000 16 000 14 000 12 000 10 000 8 000 6 000 4 000 2 000 - Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Royaume-Uni 93 94 95 96 97 98 99 00 01 02 5.3 Le crédit à la consommation L endettement des Français au titre du crédit à la consommation est plutôt élevé, par comparaison avec la majorité des grands pays européens. Il est cependant moins élevé que l endettement des allemands, et surtout des britanniques. 27

Tableau 14 Encours de crédit à la consommation par habitant en euros, 2002 Portugal 759 Italie 786 Pays-Bas 1 084 Belgique 1 309 Espagne 1 643 France 1 777 Allemagne 2 722 Royaume-Uni 4 292 Source : Cofidis Au cours des dix dernières années, l encours de crédit à la consommation en France a augmenté comme dans la majorité des autres pays. En 2002, le crédit à la consommation n a pratiquement pas progressé en raison du ralentissement de la croissance du revenu des ménages, et d un climat général hausse du chômage, tensions internationales peu propice à la consommation. L Allemagne est à un niveau plus élevé, mais stabilisé depuis 1998, et l écart avec la France s est réduit, en valeur relative, dans un contexte économique languissant. Enfin, le Royaume-Uni se trouve dans une situation complètement atypique, tant sur le plan géographique qu historique : l encours de crédit à la consommation a été multiplié par trois depuis le début des années 90. L encours de crédit à la consommation par habitant a dépassé le niveau allemand en 1999 et sa croissance s est accélérée vivement en 2001 et 2002. Graphique 16 Evolution de l encours de crédit à la consommation par habitant (en euros) 5 000 4 500 en euros 4 000 3 500 3 000 2 500 2 000 1 500 1 000 500 Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Portugal Royaume-Uni - 93 94 95 96 97 98 99 00 01 02 28

5.4 Les facteurs de développement du crédit aux particuliers De manière générale, l offre de crédit a été désencadrée et déréglementée en Europe dans les années 80. Au delà de cette tendance générale, plusieurs facteurs peuvent expliquer les différences de recours à l endettement par les ménages: - L importance de leurs investissements au titre de l habitat - L évolution des prix de l immobilier - La consommation - Le coût du crédit, qui dépend des taux d intérêt et de la fiscalité. - Les contraintes juridiques. L investissement au titre de l habitat Comme on l a vu ci-dessus, l importance des investissements «physiques» est variable selon les pays. De manière générale, les pays, comme l Espagne et les Pays-Bas, où ces investissements ont le plus augmenté, sont aussi ceux qui ont connu la plus grande croissance de l endettement. En Espagne on dispose de séries statistiques sur l investissement logement des ménages. L augmentation des investissement en logement explique la croissance du crédit dans ce pays. Tableau 15 Investissements en logement des ménages espagnols (en milliards d euros) 1998 1999 2000 2001 2002 2003 Acquisition de logements neufs 3124 48 61 66 73 84 Acquisition de logements anciens 89 129 162 182 196 226 Moins, Vente de logements anciens 91 132 166 187 200 230 Moins Démolitions 5 6 7 8 10 12 TOTAL 24 39 50 53 59 68 Le tableau ci-dessous montre que la France ne se distingue pas par la proportion des ménages propriétaires de leur logement, mais plutôt par l importance du capital accumulé dans les périodes antérieures. Les ménages les plus solvables sont d ores et déjà propriétaires d un capital important. 29

Tableau 16 Pourcentage de ménages Part du logement dans le propriétaires de leur logement patrimoine des ménages (1998 en 2001 pour la France), en % Allemagne 39 32 France 58 40 Italie 69 31 Pays-Bas 53 - Royaume-Uni 68 34 Sources : BCE pour le % de ménages propriétaires, OCDE Economic Outlook, Décembre 2000 pour le poids du patrimoine logement Les prix de l immobilier L évolution des prix des logements influence également le recours à l endettement, pour deux raisons : d une part, les ménages qui acquièrent un logement doivent trouver plus de financement externe ; d autre part, l accroissement de la valeur du collatéral (sous forme d hypothèque ou de caution) accroît la capacité d emprunt des acquéreurs et l offre de crédit des banques. Le sens de la causalité entre les prix de l immobilier et le recours au crédit est double : le recours plus important au crédit permet aux ménages d augmenter la demande de logements, ce qui accroît leur prix. La corrélation entre l augmentation des prix des logements et celle de l endettement est confirmée par la comparaison entre pays européens depuis 1995 : La France appartient au groupe de pays dont l augmentation des prix immobiliers a été relativement modérée, et où la croissance de l endettement a également été assez modérée. Les trois pays qui ont connu l augmentation de l endettement la plus vive Royaume-Uni, Espagne et Pays-Bas -, sont aussi ceux où les prix de l immobilier résidentiel ont le plus augmenté. 30

Tableau 17 Taux de croissance annuel moyen de 1995 à 2002, en % Prix de l'immobilier résidentiel Dette des ménages Allemagne 0,0 4,4 Italie 3,7 8,1 France 4,8 6,2 Belgique 5,2 5,1 Finlande 8,2 4,3 Royaume-Uni 9,6 15,0 Espagne 9,8 13,2 Pays-Bas 11,2 12,7 Source : BRI, citée par la BCE 5 Le graphique ci-dessous montre que le flux d endettement à long terme est en permanence supérieur aux investissements non financiers aux Pays-Bas depuis 1996 et au Royaume-Uni depuis 1999 et qu il l est souvent en Espagne. Dans ces pays, la dynamique de l investissement physique ne suffit donc pas à expliquer la croissance de l endettement : l augmentation des prix de l immobilier permet aux ménages d accroître leur recours au crédit : ce crédit est souvent garanti par leur logement, mais il est en partie destiné à financer des dépenses de consommation. Graphique 17 Flux nets d endettement à long terme/investissements non financiers des ménages (en%) 200.0 180.0 160.0 140.0 120.0 Allemagne Espagne France Pays-Bas Italie Royaume-Uni 100.0 80.0 60.0 40.0 20.0 0.0 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 5 Quarterly report on the euro area III/2003 31

La consommation La consommation des ménages a évidemment un lien avec le crédit à la consommation. Son dynamisme est un facteur de développement du crédit, mais en retour elle peut être stimulée par les possibilités d endettement pour financer les achats. L évolution de la consommation évolue de manière assez parallèle dans les pays de la zone euro, avec un ralentissement sensible depuis 2001. En revanche, elle connaît une très vive croissance au Royaume-Uni depuis le milieu des années 90, même si on assiste, dans ce pays aussi à une stabilisation depuis le début des années 2000. La consommation des Britanniques, très dynamique sur la période, a en grande partie été financée par le crédit. Cependant, n oublions pas que sur la période, le revenu disponible brut des Britanniques a connu également une croissance très vive, si bien que le taux d épargne certes bas -, est au début des années 2000 du même ordre de grandeur qu à la fin des années 80 (voir ci-dessus). Graphique 18 Evolution de la consommation des ménages (en euros par habitant) 20000 18000 16000 14000 12000 Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Royaume-Uni 10000 8000 6000 4000 2000 0 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 32

La fiscalité En France, les intérêts d emprunts ne sont plus déductibles, dans la généralité des cas, de l assiette de l impôt sur le revenu. Tel n est pas le cas dans tous les pays. Aux Pays-Bas, l explosion du crédit est imputable en grande partie au maintien de ces dispositifs incitatifs, même si leur générosité est progressivement revue à la baisse : jusque récemment, il était par exemple possible de reprendre un emprunt sur la totalité du nouveau logement, en cas de déménagement. Aujourd hui, les intérêts déductibles ne portent que sur un montant d emprunt au plus égal à la valeur du nouveau bien, diminuée de la valeur de l ancien bien revendu. De la même façon, il est possible aux Pays-Bas de renégocier le montant du prêt à la hausse lorsque les prix de l immobilier venant en garantie augmentent. Ce n est que récemment qu une limite dans le temps 30 ans a été introduite pour pouvoir bénéficier de l exonération. La fiscalité a également favorisé le recours au crédit en Espagne: l investissement en logement donne droit en Espagne à une déduction de 15% de l investissement du revenu imposable, et 25% si l achat est financé par le crédit. Cependant cet avantage est plafonné aux 9.000 premiers euros d investissement. La charge des intérêts Les taux d intérêt sont à des niveaux historiquement bas, ce qui ne peut qu inciter les ménages à recourir au crédit, tant pour leur consommation que pour l acquisition de logement. Graphique 19 Taux d intérêt appliqué par les banques aux prêts aux ménages dans la zone euro (2003 : taux effectif global) 14 12 10 8 6 4 2 0 Prëts à la consommation Prêts au logement 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 33

En moyenne, les taux d intérêt ont convergé et baissé dans tous les pays de la zone euro, vers des niveaux de l ordre de 6-8%. Mais l effet de cette convergence sera d autant plus important sur la demande de crédit que le point de départ était à des niveaux élevés. Ce facteur explique par exemple en partie l engouement des espagnols pour le crédit. Les facteurs juridiques La capacité des banques à recouvrer leurs créances est un facteur de leur offre de crédit. Aux Etats-Unis par exemple, où le droit applicable en cas de défaillance de l emprunteur varie d un Etat à l autre, la probabilité pour un client de se voir refuser un prêt est plus élevée dans un Etat «généreux» comme le Texas que dans un Etat plus favorable au créancier comme le Maryland. Ce facteur peut aussi jouer dans l offre de crédit aux ménages en Europe. L inefficacité du droit italien pour le recouvrement des créances des banques est cité comme l une des causes d une faiblesse de l offre de crédit dans ce pays. Seulement la moitié des créances garanties par une hypothèque ou une caution sont recouvrées à l issue d un contentieux, et 23% des créances garanties. Plus généralement, plus le droit protège les emprunteurs, plus les banques font preuve de prudence dans l octroi de crédit. Lorsque les ménages rencontrent des difficultés à emprunter, cela se traduit mécaniquement par une baisse du taux d épargne, puisque l endettement intervient négativement dans le calcul de ce taux. Mais en outre, ces limites à la capacité d emprunt ont un impact sur les comportements d épargne : en Italie, ces limites conduisent à la constitution d une épargne de précaution qui pourrait expliquer pourquoi les italiens ont épargné beaucoup plus que les autres européens jusqu à la fin des années 90. 34

Deuxième partie : Les facteurs de différenciation des comportements La première partie de ce rapport a montré que les taux d épargne des ménages d une majorité de pays européens avaient convergé vers des niveaux comparables à celui de la France. Il n en demeure pas moins que certains pays au premier rang desquels le Royaume-Uni ont actuellement des taux d épargne nettement plus bas que les autres, même en tenant compte des biais de cet indicateur. D autre part, les taux d épargne varient amplement au cours du temps, dans un pays donné. Quels sont les facteurs susceptibles d expliquer les niveaux d épargne et d endettement, dans l espace et dans le temps? On a déjà rappelé dans la première partie des facteurs institutionnels ou fiscaux ayant pu influencer des composantes de l épargne, notamment l investissement et l endettement habitat. L objet de cette deuxième partie est de passer en revue les facteurs susceptibles d influencer les comportements micro-économiques des ménages. 1. Le revenu courant On doit à Keynes la mise en évidence de la relation entre le revenu disponible et l épargne des particuliers. Avant lui, les théoriciens classiques (Adam Smith, David Ricardo, Thomas Robert Malthus) ne considéraient qu une classe d épargnants : les entrepreneurs. Selon Keynes, il existe «une loi psychologique normale, qui veut qu en cas de variation du revenu réel de la communauté, la consommation varie dans le même sens mais dans une proportion moindre» 6. En termes relatifs, le partage entre la consommation et l épargne se déplace vers l épargne quand le revenu augmente. Au niveau d un pays, l élévation progressive du niveau de vie devrait donc entraîner une augmentation des taux d épargne. L observation des données individuelles de taux d épargne des particuliers à une date donnée confirme que ce taux augmente avec le revenu, toutes choses égales par ailleurs. Mais sur le long terme, on n observe pas de tendance à l augmentation générale des taux d épargne, alors que le revenu augmente. Dans les comparaisons entre grands pays européens, les britanniques ont un revenu par habitant qui est devenu sensiblement plus élevé que la moyenne européenne, et pourtant leur épargne est devenue plus faible que celle des autres européens, en proportion de leur revenu. 6 John Maynard Keynes, Théorie Générale de l Emploi, de l Intérêt et de la Monnaie, 1936. 35

La proportion de la population qui affecterait à l épargne une augmentation de leur revenus, est plus faible que dans les autres pays européens, d après les enquêtes du Cetelem 7. Tableau 18 Les comportements en cas d augmentation des revenus (Septembre 2003) % de personnes déclarant qu elles augmenteraient leur épargne en cas d augmentation de leurs revenus de 10% (autres réponses possibles : consommer, investir) France 44 Allemagne 54 Belgique 61 Espagne 50 Italie 51 Portugal 63 Royaume-Uni 53 Source :Cetelem L enquête indique aussi que les britanniques, bien que plus optimistes de manière générale que les autres européens, vont maintenant chercher à augmenter leur épargne. Les Français apparaissent comme ceux des européens qui chercheront le plus à réduire ou reporter des dépenses importantes, sans déclarer des intentions d épargne spécialement importantes. C est donc qu ils risquent de réduire leur consommation, non pas pour épargner plus, mais par insuffisance de revenu disponible. Tableau 19 Les intentions d épargne et de consommation des ménages (Septembre 2003) % de personnes qui chercheront à augmenter leur épargne dans les 12 mois suivant l enquête % de personnes qui chercheront à réduire ou reporter des dépenses importantes dans les 12 mois suivant l enquête France 45 53 Allemagne 48 46 Belgique 56 51 Espagne 36 24 Italie 42 49 Portugal 34 48 Royaume-Uni 54 46 7 L Observateur Cetelem Enquête réalisée en septembre 2003 auprès de 5350 individus représentatifs de la population de 18 ans et plus, dans huit pays européens. 36

Au total, la consommation des ménages français apparaît aujourd hui, par comparaison avec les autres pays européens, comme beaucoup plus bridée par l insuffisance du revenu disponible que par un désir d épargne excessif. 2. L âge La population française vieillit. Depuis 1985, la part des Français de 65 ans et plus dans la population totale croît à un rythme régulier de 0,2% environ par an. Graphique 20 Part des 65 ans et plus dans la population totale et dans la population active employée(en %) 45 40 35 30 25 20 15 10 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 Pop. de 65 ans et plus à la retraite/pop. employée Pop. de 65 ans et plus/pop. totale Source : OCDE Calculs IEM Finance A l horizon 2030, la population d âge actif sera devenue minoritaire et 30% des Français auront 60 ans ou plus. 37

Graphique 21 Répartition de la population française 60% 50% 54% 48% 40% 30% 20% 21% 30% 20-59 ans 60 ans ou plus 10% 0% 2000 2030 Source : INSEE A plus long terme, le déséquilibre démographique s aggravera encore. Les démographes prévoient un quasi doublement de la population âgée de 65 ans et plus en pourcentage des personnes âgées de 15 à 64 ans d ici 2050. Une modification du solde migratoire n aurait d impact sensible qu avec des flux d immigration considérables. La théorie du cycle de vie, initiée en 1954 par Franco Modigliani 8, considère, dans sa version la plus simple, qu un individu cherche à maximiser, sur sa vie entière, ses préférences de consommation actuelles et futures. L épargne est de la consommation différée. Dans cette optique, les individus jeunes s endettent lorsque leurs revenus sont faibles, puis ils épargnent jusqu à la fin de leur vie active, afin de disposer au moment de leur retraite d un stock d épargne accumulée, à consommer jusqu à la fin de leur vie. Le patrimoine financier devrait augmenter jusqu à l âge de la retraite et diminuer ensuite pour devenir nul à la mort de l individu. Le vieillissement de la population devrait donc, selon cette théorie, entraîner une tendance à la baisse des taux d épargne. L enquête «budget des familles» de l INSEE fait ressortir un profil en cloche du taux d épargne selon l âge avec un pic juste avant la retraite, ce qui correspond bien aux hypothèses de Modigliani. 8 Ando A. K., Modigliani F. (1960), «The Permanent Income and the Life Cycle Hypothesis of Saving Behavior : Comparison and Tests», in Consumption and saving, volume 2, Wharton school of finance, University of Pennsylvania, p. 74 à 108. 38

Néanmoins, les enquêtes de l INSEE montrent également que pour la plupart des générations depuis le début du 20ème siècle, le patrimoine augmente au fur et à mesure que les individus vieillissent et continue d augmenter après 60 ans 9. On n observe de désépargne pour aucune tranche d âge, y compris après l âge de départ à la retraite, en contradiction apparente avec la théorie du cycle de vie dans sa version la plus simple. A partir de 75 ans, les taux d épargne augmentent même à nouveau, Il est nécessaire, pour accepter la théorie du cycle de vie, de prendre en compte le désir qu ont les individus de léguer un héritage à la génération qui suit. Il convient également d ajouter aux facteurs d âge les facteurs de génération 10. En tout état de cause, les projections de l effet du vieillissement de la population sur les taux d épargne, qui sont par nature des anticipations de long terme, conduisent à une relative stabilité du taux d épargne, car l accroissement du poids relatif des classes d âge élevées, qui épargnent relativement peu, sera compensé par la baisse du poids relatif des classes d âge jeunes, qui, elles aussi, épargnent peu. Enfin, une comparaison de la structure démographique de la France avec celle des autres pays européens montre que les classes d âge les plus épargnantes, 30-59 ans et surtout 55-59 ans, sont en France relativement moins nombreuses que dans les autres pays. La pyramide des âges française n a donc pas en soi une influence à la hausse sur les taux d épargne. Tableau 20 Part de la tranche d âge dans la population totale 30-59 55-59 France 40% 4.7% Espagne 41% 5.3% Royaume-Uni 41% 5.4% Italie 42% 5.7% Allemagne 44% 6.3% Pays-Bas 44% 5.4% Source : U.S. Bureau of the Census, International Data Base 9 C. Rougerie, Evolution des inégalités de patrimoine chez les salariés entre 1986 et 2000, INSEE, 2002 10 La question de l influence du vieillissement de la population a été examinée en détail par un groupe de travail de Conseil National du Crédit et du Titre, dont on trouvera une synthèse dans : Anton Brender et Daniel Gabrielli, «Les aspects financiers du veillissement de la population», Bulletin de la Banque de France, août 2001. 39

3. La richesse Selon la théorie du «revenu permanent» de Milton Friedman 11, la consommation des ménages est fonction, non pas de leur revenu courant comme dans la théorie keynésienne, mais de leur revenu permanent, égal à la somme de la valeur de leurs actifs et de la valeur actuelle de leurs revenus présents et futurs. Les ménagent lissent leur consommation, n hésitant pas à s endetter dans leur jeunesse, en anticipant un revenu futur plus élevé. En outre, la détention d un patrimoine important accroît la capacité d emprunt, notamment d emprunts hypothécaires. Les bénéficiaires d effets de richesse sur leur patrimoine, en raison de la hausse des cours boursiers et des prix de l immobilier ont pu augmenter leur consommation. C est ainsi que sur 20 ans (1979-1999), on a pu imputer l essentiel de la baisse du taux d épargne au Royaume- Uni à des effets de richesse 12. Graphique 22 Evolution du patrimoine financier des ménages (base 100 en 95) 180 170 160 150 Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Royaume Uni 140 130 120 110 100 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 Source : Comptes financiers nationaux 11 M. Friedlan, «A theory of the Consumption Function», Princeton University Press, 1957 12 Direction de la Prévision, Note de conjincture internationale, «La consommation des ménages des principaux pays industriels aurait bénéficié d importants effets de richesse au cours des années récentes», juin 2000 40

Un patrimoine liquide contribue aussi à accroître les effets de richesse. C est ainsi que la démutualisation des building societies au Royaume-Uni a contribué à stimuler la consommation. A l inverse, le patrimoine des Français, tel qu il ressort des statistiques de Comptabilité Nationale, est constitué en grande partie d actions non cotées illiquides. Dès lors que ces titres n ont en pratique pas de marché, leur revente future ne peut pas être intégrée dans les arbitrages entre consommation et épargne des ménages. L effet de richesse des titres non cotés ne doit donc pas être pris en compte, ou alors doivent être pris en compte pour valeur bien inférieure à celle retenue en comptabilité nationale, indexée sur les cours boursiers. Graphique 23 Evolution du patrimoine financier total et hors actions non cotées des ménages français (base 100 en 95) 170 160 150 140 130 120 110 100 Patrimoine financier total Patrimoine financier hors actions non cotées 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 Source : Comptes financiers nationaux 41

4. Le chômage En général, l incertitude associée aux revenus futurs conduira à une réduction de la consommation et à un accroissement de l épargne de «précaution». En témoignent les différences de taux d épargne entre les catégories socio-professionnelles. A revenu égal, c est parmi les professions libérales et parmi les artisans, commerçants et chefs d entreprise que l on trouve les taux d épargne les plus élevés: ces professions ont des revenus aléatoires et des régimes de retraite moins favorables que les salariés. Ils se constituent donc une épargne de précaution pour pallier l incertitude sur leurs revenus futurs. A l opposé, les ouvriers, les employés et les inactifs autres que les retraités épargnent peu 13. Mais les salariés, à leur tour, ou une partie d entre eux, se trouvent touchés par un risque sur leur revenu, lorsque le chômage augmente. Ils peuvent réagir en augmentant leurs réserves d actifs. L augmentation du chômage incite à épargner. Et réciproquement, plus un chercheur d emploi s est constitué, par son épargne antérieure, une réserve financière liquide (comptes sur livret), plus sa durée de chômage a de chance d être élevée car il peut attendre d avoir trouvé un emploi avec un salaire élevé. On montre aussi que plus l assistance chômage est faible, plus les salariés se constituent une épargne de précaution élevée pour pallier son insuffisance en cas de perte d emploi 14. La France et l Allemagne ont des niveaux de chômage élevés, et, comme on l a vu en première partie, des niveaux d épargne comparables. Pourtant, il n y a pas de lien automatique entre le niveau du chômage et celui de l épargne : des trois pays qui ont un taux de chômage voisin de 5% ou nettement inférieur, deux le Royaume-Uni et le Danemark sont bien dans le groupe de pays à forte épargne. Mais le troisième les Pays-Bas est dans le groupe des pays à grosse épargne,. A l inverse, en Grèce et en Espagne, où les chômeurs sont nombreux, les ménages épargnent relativement peu. 13 Christian Loisy, «Taux d épargne par catégorie de ménage», dans Données sociales Société française, INSEE, 1999 14 Yann Algan et Antoine Terracol, «L influence de l épargne de précaution sur la recherche d emploi», Economie et Statistiques n 349-350, 2001-9/10 42

Il n en demeure pas moins qu en Italie, en France et en Espagne, le niveau élevé du chômage s accompagne d une épargne abondante. Tableau 21 Taux de chômage standardisé 2002 2003 Pour mémoire : taux d épargne brut 2002 Pays-Bas 2,7 3,8 14,6 Royaume-Uni 5,1 5 5,2 Danemark 4,6 5,6 8,4 Belgique 7,3 8,1 16,4 Italie 9,0 8,6 15,8 Finlande 9,1 9,0 7,4 Allemagne 8,6 9,3 16,4 France 8,8 9,4 16,7 Grèce 10,0 ND 8 Espagne 11,3 11,3 10,6 Source: OCDE Autant que le niveau du chômage, son évolution est importante. Le chômage a baissé dans tous les pays européens depuis le milieu des années 90, de manière beaucoup plus spectaculaire qu ailleurs en Espagne, où il est passé de taux voisins de 20% à peine plus de 10% en 2001. L Allemagne est le seul pays où le chômage ait significativement augmenté, depuis la réunification du pays en 1991. Comme son taux d épargne des ménages, le taux de chômage de l Allemagne a convergé vers celui de la France. Et l enquête réalisée pour le Cetelem en septembre 2003 montre que l Allemagne et la France sont les deux seuls pays d Europe où une majorité de personnes estime que la situation de l emploi se dégradera dans les 12 prochain mois. L inertie du taux d épargne français, signalée en première partie, se retrouve dans l inertie de son taux de chômage : la baisse du taux d épargne observée dans plusieurs pays dans la deuxième moitié des années 90 s est produite dans un contexte de baisse du chômage. A l inverse, en France, le chômage a baissé dans de moindres proportions et plus tardivement. 43

Graphique 24 Evolution du taux de chômage standardisé (en % de la population active). 25 20 15 France Allemagne Italie Pays-Bas Espagne Royaume-Uni 10 5 0 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 Source : OCDE Graphique 25 Evolution de l épargne et du chômage en France (en % du RDB et de la population active) 18 16 14 12 10 8 6 Taux de chômage standardisé Taux d'épargne brut 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 Source : OCDE 44

Le niveau du chômage n explique donc que très imparfaitement le niveau de l épargne en France. En revanche, le recours au crédit à la consommation par les jeunes générations est très sensible au chômage (graphique 26). Comme dans la plupart des pays européens sauf l Allemagne, le chômage touche en France deux fois plus les moins de 25 ans que l ensemble de la population (20,6% à fin février 2004 contre 9,4% pour l ensemble de la population 15 ). Le lien entre le chômage et le taux de diffusion du crédit à la consommation est net: Jusqu en 1994, le chômage a monté et le recours au crédit à la consommation par les moins de trente ans a baissé. Puis, jusqu en 1997, le chômage et le recours au crédit sont restés stables. Ensuite, la baisse du chômage jusqu en 2001 s est accompagnée d une hausse du recours au crédit (jusqu en 2000). En 2002 et 2003, la hausse du chômage s est traduite par une baisse significative du recours au crédit. Graphique 26 Taux de chômage et recours au crédit à la consommation par les Français de moins de 30 ans 55 13 50 45 12 11 10 40 9 8 35 7 30 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 Recours au crédit à la consommation par les moins de 30 ans (échelle de gauche Taux de chômage (échelle de droite) 6 Le chômage apparaît donc comme la variable essentielle de la diffusion du crédit à la consommation dans les jeunes générations. Or ces générations sont, par nature, celles qui ont spontanément le plus recours au crédit à la consommation. Le chômage diminue la capacité d endettement des classes d âge les plus touchées. Il influence aussi négativement la confiance de l ensemble de la population, qui devient plus hésitante à s engager à supporter des charges de remboursement contraignantes dans un environnement incertain. 15 Source: Eurostat 45

5. La retraite On a examiné dans la première partie l effet comptable de du mode de financement des retraites sur le taux d épargne : les cotisations à un fonds de pension sont de l épargne, les cotisations à un régime par répartition ne le sont pas. Au-delà de cet effet comptable, la perception qu ont les individus des perspectives de leur retraite a un effet sur leurs comportements. Dans tous les pays, l avenir des retraites est un sujet de préoccupation pour la population, mais la France se situe dans le groupe de tête des pays inquiets. Tableau 22 Pourcentage de la population pour qui le financement des retraites est un sujet d inquiétude pour les 12 mois à venir septembre 2003 Allemagne 83 Portugal 80 France 79 Italie 75 Belgique 68 Espagne 60 Royaume-Uni 47 Source : Cetelem On a beaucoup débattu de l avenir des retraites et le public est donc averti des menaces qui pèsent sur leur financement. En France, la loi Fillon a été adoptée le 21 août 2003. Les décrets d application n ont pas encore été publiés mais les nouveaux dispositifs ont déjà fait l objet de campagnes marketing vigoureuses des banques et des compagnies d assurance. L adoption de la loi Fillon a d ores et déjà une influence sur les comportements d épargne. Une enquête conduite fin août-début septembre 2003 par TNS Sofres pour le compte du GAN et d Investir montre que si seulement 40% des actifs ont déjà commencé à préparer leur retraite sur le plan financier, 6% ont prévu de le faire très vite. 46

Question : «Vous-même, avez-vous déjà commencé à préparer votre retraite sur le plan financier?» Oui 40% Non, mais j ai prévu de le faire très vite 6% Non, mais j ai prévu de le faire dans les années qui viennent 31% Non, et je n ai pas prévu de le faire 22% Ne sait pas 1% Total 100% Source : TNS Sofres Pour préparer leur retraite, leur préférence va aux contrats d assurance-vie (61%), et à l immobilier (57%), loin devant l achat de valeurs mobilières (31%). Plus précisément après le vote de la loi Fillon, à la question : «En ce qui vous concerne, cette nouvelle loi sur les retraites vous incite-t-elle à prendre de nouvelles dispositions pour préparer la retraite?», les réponses des actifs sont les suivantes Oui 39% Non 57% Ne sait pas 4% Total 100% Source : TNS Sofres Les actifs qui n ont pas encore commencé de préparer leur retraite sont, eux, 43% à donner une réponse positive à cette question. 47

6. Les déficits publics Ricardo, dans un article de 1820, montrait que le financement de la guerre par l impôt ou par l emprunt étaient équivalent : l impôt payé aujourd hui diminue le patrimoine des assujettis, mais le financement de la guerre par l emprunt reporte sur l avenir les charges de remboursement et d intérêt, ce qui les incite à ajuster leur patrimoine par un effort supplémentaire d épargne. Le «principe d équivalence ricardienne» prévoit que les ménages, lorsqu ils constatent des déficits importants de l Etat anticipent des augmentations d impôt futures et compensent ainsi l accroissement du besoin de financement des administrations publiques par un accroissement de leur propre capacité de financement. Force est de constater que dans la plupart des cas, déficit public et taux d épargne sont corrélés. En 2002, les pays à épargne abondante sont tous, sauf la Belgique, des pays où les déficits publics sont élevés. Tableau 23 Déficit public (selon la procédure du déficit excessif) 2002 2003 Pour mémoire : taux d épargne brut 2002 Allemagne -3,5-3,9 16,4 France -3,3-4,1 16,7 Italie -2,3-2,4 15,8 Pays-Bas -1,6-3,0 14,6 Grèce -1,4-1,7 8 Royaume-Uni -1,4-3,2 5,2 Espagne 0 0,3 10,6 Danemark 0,1 0,2 8,4 Belgique 0,1 0,2 16,4 Finlande 4,3 2,3 7,4 Source : Commission européenne Dans tous les pays européens, les déficits publics ont été réduits pendant la deuxième moitié des années 90, et les taux d épargne ont le plus souvent baissé. En 2000, l Allemagne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas étaient même en excédent. La France présentait cette année là le plus fort déficit, ce qui peut contribuer à expliquer que les taux d épargne n aient pas baissé en France autant qu ailleurs. 48

A partir de 2000, les déficits publics ont à nouveau augmenté dans la plupart des pays, comme les taux d épargne. L Allemagne a rejoint la France avec des déficits nettement plus élevés que les autres pays, et des taux d épargne également élevés. La moindre réduction des déficits publics jusqu en 2000, et leur aggravation depuis 2001 est un facteur à la hausse des taux d épargne des Français, qui n ont pas pu anticiper, autant qu ailleurs une baisse des prélèvements obligatoires. Graphique 27 Déficit public selon la procédure du déficit excessif (en % du Produit Intérieur Brut) 3,0 2,0 % du PIB 1,0 0,0-1,0-2,0-3,0-4,0-5,0-6,0-7,0-8,0-9,0-10,0 Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Royaume-Uni 95 96 97 98 99 00 01 02 03 49

7. Les taux d intérêt Un niveau élevé de taux d intérêt est un facteur de hausse de l épargne. En France, les dépôts à vue ne sont pas rémunérés. Cependant, il est peu probable qu une modification de cet état de fait modifie de manière significative la quantité globale d épargne, mais plutôt son affectation. Une seconde particularité de la France est l importance de son épargne réglementée, dont la rémunération est bonifiée par l Etat et fixée par voie administrative. Cependant, une comparaison européenne montre que cette particularité ne semble pas avoir comme conséquence que les dépôts à terme soient en France à un niveau plus élevé que dans les autres pays européens (voir la première partie) S agissant de l endettement, la comparaison des niveaux moyens observés en 2003 révèle une relative homogénéité des taux d'intérêt du crédit à l'habitat des ménages - compris entre 4 à 5% - et des différences plus marquées pour le crédit à la consommation, dont les taux s échelonnent de 6,6% à 9,3%. Les taux d'intérêts pratiqués en matière de crédit à la consommation apparaissent les plus faibles en France et constituent donc une incitation à l endettement. Dans le cas du crédit à l'habitat, les taux d'intérêt pratiqués en France sont dans une position médiane. 50

Graphique 28 Taux sur les crédits nouveaux en 2003 Crédits à la consommation des ménages (en moyenne annuelle) 10.0 % 9.0 9.3 8.0 7.7 8.0 6.6 6.6 6.0 4.0 2.0 0.0 France Espagne Allemagne Pays-Bas Royaume-Uni Italie Source : Banques Centrales Graphique 29 Taux sur les crédits nouveaux en 2003 Crédits à l'habitat des ménages (en moyenne annuelle) 6.0 % 5.0 4.0 3.7 4.1 4.5 4.6 5.0 5.0 3.0 2.0 1.0 0.0 Espagne Italie France Pays-Bas Royaume-Uni Allemagne Source : Banques Centrales 51

Annexe 1 : qui s endette? Cette annexe comporte une description rapide des évolutions du recours à l endettement par les ménages français, et, pour le crédit à la consommation, une comparaison avec le Royaume-Uni. Ce pays est en effet une référence intéressante car l encours de crédit à la consommation y a augmenté dans de très fortes proportions dans les années récentes. 1. Le recours au crédit en France La Fédération Bancaire Française fait faire depuis 1989 une enquête par sondage, sur l endettement des ménages français. L Observatoire de l endettement des ménages qui rassemble ces données, offre une image précise de la diffusion du recours au crédit par les ménages français 16. En novembre 2003, 49,7% des ménages français étaient endettés. 29,1% avaient un crédit immobilier et 33,2% un «autre crédit». Par ailleurs, 23,4% des personnes interrogées lors de l enquête ont déclaré qu une personne de leur foyer avait eu un découvert bancaire au cours des six mois précédents. En 15 ans, les trois formes d endettement ont connu des évolutions opposées. - Le taux de diffusion du crédit immobilier est sur une tendance baissière jusqu en 2000. Il a légèrement augmenté en 2001 et 2002, mais, en 2003, il est revenu à un niveau voisin de 2000. - Les crédits de trésorerie au contraire, malgré leur baisse pendant la récession économique de la première moitié des années 90, sont de plus en plus répandus dans la population française. Un net infléchissement a cependant été observé depuis 2002. - L évolution de la fréquence des découverts bancaires a été très irrégulière. Ils sont en moyenne devenus plus fréquents depuis le milieu des années 90. 16 Voir Michel Mouillart, l endettement des ménages à fin 2003- Mars 2004, 16 ème rapport annuel de l Observatoire de l Endettement des Ménages 52

Graphique 30 Part des ménages français endettés (en %) 38 36 34 Crédits immobiliers Autres crédits Découvert bancaire 32 30 28 26 24 22 20 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 Source : Observatoire de l Endettement des Ménages, Mai 2003. La fréquence du recours au crédit augmente avec l âge jusqu à la tranche des 35-44 ans, puis diminue. Mais si l on isole les ménages ayant seulement recours aux «autres crédits», exclusion faite des crédits immobiliers, alors le recours au crédit est une fonction décroissante de l âge, sauf un creux., dans la tranche des 35-44 ans qui est précisément celle du plus grand recours au crédit immobilier. Quant au découvert bancaire il diminue uniformément avec l âge du chef de ménage. 53

Graphique 31 Fréquence d endettement des ménages français selon l âge 50 45 40 Crédit immobilier seulement Autres crédits seulement Découvert 35 30 25 20 15 10 5 0 Moins de 25 ans 25-34 ans 35-44 ans 45-54 ans 55-64 ans 65 ans et plus Source : Observatoire de l Endettement des Ménages, Mai 2003. L augmentation du recours aux crédits de trésorerie n a pas été uniforme dans toutes les classes d âge. Depuis 1989, on observe une irrégularité du recours au crédit à la consommation par les français de moins de 30 ans, et une augmentation tendancielle parmi les 55 ans et plus. Depuis 2000, le recours à ces crédits s est stabilisé pour les plus de 55 ans alors qu il a baissé pour les moins de 30 ans. Graphique 32 Evolution de la fréquence d endettement au titre du crédit à la consommation 60 50 Moins de 30 ans 55 à 64 ans 65 ans et plus 40 30 20 10 0 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 54

2. Crédit à la consommation : la référence britannique Le Royaume-Uni est le pays européen où le recours au crédit à la consommation a le plus augmenté. Une enquête effectuée en octobre 2003 à la demande de la Banque d Angleterre fournit des informations sur le nombre et le profil des particuliers qui recourent au crédit non sécurisé («unsecured debt»), c est-à-dire autre que le crédit hypothécaire 17 ou immobilier. Les contours de cette catégorie de crédit ne correspondent pas exactement au crédit à la consommation, puisqu une partie du crédit hypothécaire est utilisée au Royaume-Uni à des dépenses de consommation, lorsque le ménage a fini de rembourser l achat de son logement. Symétriquement, un petit nombre de prêts à l habitat ne sont pas hypothécaires. Les enseignements de cette enquête sont cependant une référence intéressante pour comprendre le potentiel de développement du crédit à la consommation en France. Il se trouve que 34% des personnes interrogées dans cette enquête déclarent avoir recours à ce type de crédit, c est-à-dire à peine plus que les Français ayant recours aux «autres crédits» dans l enquête de l Observatoire de l Endettement français (33,2%). Ce pourcentage est resté à peu près stable au Royaume-Uni depuis la fin des années 80. L augmentation de l encours du crédit à la consommation au Royaume-Uni est imputable à une élévation du montant d endettement moyen, plutôt qu à sa diffusion dans des couches plus larges de la population. En 2002, le montant moyen par ménage endetté au titre du crédit à la consommation est de 12.549 euro en France, contre 29.722 euros au Royaume-Uni. Les formes de crédit sont assez différentes au Royaume-Uni et en France : 15% des britanniques interrogés empruntent sur une carte de crédit (11,7% des Français), 13% ont un prêt personnel et 3% un prêt étudiant (20,4% des Français sont endettés auprès d un établissement de crédit), 8% sont endettés à la suite d un achat sur catalogue, 7% ont un découvert bancaire (23,4% dans l enquête française mais la question portait sur le fait qu une personne du foyer avait eu un découvert dans les derniers six mois). La structure par âge des endettés britanniques et français est assez différente : les «jeunes» Britanniques (moins de 44 ans) sont plus fréquemment endettés que les jeunes Français 18, mais les Français de plus de 55 ans sont plus souvent endettés que les Britanniques de la même classe d âge. Il est possible que le taux nettement plus faible du Royaume-Uni pour les 65 ans et plus s explique en partie par le fait que ces statistiques n incluent pas les ménages britanniques ayant fini de rembourser leur crédit immobilier, et souscrivant à des prêts hypothéqués sur leur logement. 17 Merxe Tudela et Garry Young, The distribution of unsecured debt in the United Kingdom: survey evidence, Banque d Angleterre, 2004. 18 Toutefois, l enquête 2003 de l Observatoire de l endettement fait apparaître une augmentation de 10 points, par rapport à 2002, du taux de recours aux «autres crédits» par les moins de 25 ans, qui reste à confirmer. 55

Tableau 24 Fréquence d endettement au titre des crédits à la consommation (en % des personnes interrogées) Royaume-Uni («unsecured debt») France («autres crédits») Moins de 25 ans 33 35 25-34 ans 54 40 35-44 ans 50 43 45-54 ans 39 42 55-64 ans 26 30 Plus de 65 ans 7 17 Sources : Banque d Angleterre, Observatoire de l Endettement L enquête britannique montre que depuis 1989, les taux de détention par âge de ces crédits a peu varié. Tel n est pas le cas en France, comme on l a vu ci-dessus. L enquête britannique révèle également que les montants empruntés augmentent fortement avec le niveau des revenus. La moitié des endettés le sont pour moins de 1.000. A l inverse, plus de la moitié de l encours est concentré sur les 4,3% de la population emprunteurs pour plus de 10.000. La fréquence de recours au crédit en fonction du revenu du ménage augmente jusqu à la tranche de 25.000-34.999 et diminue ensuite. L augmentation très rapide du crédit à la consommation depuis 2000 a été concentré sur les ménages ayant un revenu annuel égal ou supérieur à 17.500. Au total, les ménages britanniques ne sont guère plus nombreux que les français à recourir au crédit à la consommation, mais une partie d entre eux s est endettée assez lourdement dans les années récentes. Les britanniques endettés sont d ailleurs plus nombreux que leurs homologues français à trouver que la charge des remboursements et des intérêts est lourde à porter : 10% considèrent que cette charge est lourde («heavy burden»), et 22% qu elle pose un problème («somewhat a problem»). Les Français endettés ne sont que 4% à trouver que le montant des remboursement est «beaucoup trop élevé pour leur foyer», et 8% qu il est «trop élevé». 56

Annexe 2 : L épargne de long terme des Français 1. L assurance-vie Le support privilégié de l épargne à long terme des Français est l assurance-vie. Depuis 1994, ils ont investi près de 534 milliards d euros en produits d assurance-vie, soit 55,4% de leurs acquisitions de produits financiers. L assurance-vie n a jamais représenté moins de 41% des investissements financiers annuels et sa part est même montée jusqu à plus de 69% en 1996. A fin 2002 l assurance-vie représentait 32% du patrimoine financier des ménages français (hors actions non cotées). Le nombre de titulaires d un contrat a fait un bond de près de 43% en 1996, et il a continué de progresser depuis: il a atteint 11,9 millions de personnes en 2003, soit 26,9% des Français de 15 ans et plus. En 2002, les montants nets investis ont approché les 5.200 euros par souscripteur et l encours détenu est en moyenne de plus de 66.000 euros. Tableau 25 Les chiffres de l assurance vie Souscriptions Encours Nombre de Part de Part de l assurancevie dans le nettes de contacts d'assurancevie (en contrat titulaires d'un l'assurance-vie d assurance-vie dans l'acquisition patrimoine financier (en milliards milliards d'assurance-vie d'actifs financiers ménages* d euros) d'euros) (en millions) 1994 47,0 44,6% 292 20,0% - 1995 54,9 56,7% 355 22,2% 6,3 1996 63,7 69,4% 414 24,5% 9 1997 71,4 68,3% 485 27,0% 10,4 1998 51,7 53,3% 547 28,4% - 1999 58,7 47,2% 621 29,5% 9,5 2000 68,6 87,2% 687 31,9% 10,8 2001 58,6 41,2% 731 32,5% 10,4 2002 59,2 48,1% 760 33,4% 11,5 Sources : Banque de France, sondage TNS Sofres pour la Banque de France et Euronext. * Patrimoine financier hors actions non cotées et autres participations 57

La proportion de détenteurs d un contrat d assurance-vie augmente en fonction de l âge. En 2003, la classe des 45-54 ans est celle dont le taux de détention a le plus augmenté. Tableau 26 Français de 15 ans et plus détenant un contrat d assurance-vie En % 2001 2002 2003 Moins de 25 ans 4,2 3,6 3,9 25-34 ans 17,9 20,7 19,9 35-44 ans 23,3 28,6 28,0 45-54 ans 29,7 27,3 32,3 55-64 ans 31,9 36,3 35,9 65 ans et plus 33,6 36,2 37,2 Ensemble 23,3 25,7 26,5 Source : sondage TNS-Sofres pour le compte de la Banque de France et d Euronext. Les cadres et professions libérales d une part, les retraités aisés d autre part, sont les deux catégories de la population dont le taux de détention est le plus élevé. Mais ce taux de détention est resté stable ou a augmenté de plus de trois points sur l ensemble de la population concernée depuis deux ans. Il a notamment connu une croissance plus forte (6 points) pour les artisans/commerçants et chefs d entreprise. Tableau 27 Français de 15 ans et plus détenant un contrat d assurance-vie 2001 2002 2003 Artisans, commerçants, chefs d entreprise 30,4 36,6 36,6 Cadres supérieurs/professions libérales 42,2 44,2 44,3 Professions intermédiaires, contremaîtres 29,2 29,3 28,1 Employés 19,5 20,3 23,4 Ouvriers 16,9 22,9 20,5 Retraités aisés 43,5 45,8 46,3 Autres retraités 28,2 32,2 32,5 Inactifs 10,8 10,9 12,5 Ensemble 23,3 25,7 26,8 Source : sondage TNS-Sofres pour le compte de la Banque de France et d Euronext. 58

Selon une enquête de la FFSA, l'amélioration de la retraite est le premier objectif de 31% des souscripteurs. Le chiffre atteint même 52% parmi les 40-49 ans19. Tableau 28 Les motivations des souscripteurs d assurance-vie Constitution d un complément de retraite 31% Epargner sans objectif précis ou par précaution 14% Transmettre un capital 13% Valoriser ou faire fructifie 11% Source : FFSA, 2001 citée sur www.cnp.fr 2. Les Plans d Epargne en Actions (PEA) 7 millions de Français sont titulaires d un PEA, investi en actions (67% des titulaires) et/ou en OPCVM (58%). Encours des PEA (en milliards d euros) Tableau 29 Les chiffres des PEA Part des PEA dans le patrimoine Nombre de PEA (en millions) financier des ménages* 1995 26,8 1,7% 2,65 1996 31,8 1,9% 2,64 1997 40,4 2,2% 2,97 1998 85,7 4,5% 3,67 1999 99,5 4,7% 4,85 2000 99,5 4,6% 6,45 2001 89,6 4,0% 7,25 2002 72,9 3,2% 7,37 2003 74,8 3,3% 7,41 Source : Banque de France -sondage TNS-Sofres pour la Banque de France et Euronext. * Patrimoine financier hors actions non cotées et autres participations 19 Enquête citée par CNP Assurances sur www.cnp.fr 59

La proportion de titulaires d un Plan d Epargne en Actions augmente en fonction de l âge jusqu à la classe des 55-64 ans mais décline ensuite. Les 55-64 ans sont donc les mieux équipés en PEA (22,3% de détenteurs). Entre 2000 et 2003, le pourcentages de titulaires d un PEA a augmenté dans toutes les classes d âge. La progression est particulièrement significative pour les 25-34 ans dont le taux d équipement est désormais très proche de celui des 35-44 ans, et pour la classe des 45-54 ans. Tableau 30 Français de 15 ans et titulaires d un PEA En % 2001 2002 2003 Moins de 25 ans 3,4 2,4 4,6 25-34 ans 10,8 11,7 15,0 35-44 ans 12,0 15,2 15,1 45-54 ans 16,0 15,9 18,2 55-64 ans 17,7 19,4 22,3 65 ans et plus 15,0 18,5 19,2 Ensemble 23,3 25,7 26,5 Source : sondage TNS-Sofres pour le compte de la Banque de France et d Euronext. Ce sont, de loin, les cadres et professions libérales qui sont le plus souvent titulaires d un PEA et le taux de détention dans cette catégorie a augmenté de presque 5 points entre 2000 et 2003. Tableau 31 Part de Français de 15 ans et plus titulaires d un PEA 2001 2002 2003 Artisans, commerçants, chefs d entreprise 30,4 36,6 36,6 Cadres supérieurs/professions libérales 42,2 44,2 44,3 Professions intermédiaires, contremaîtres 29,2 29,3 28,1 Employés 19,5 20,3 23,4 Ouvriers 16,9 22,9 20,5 Retraités aisés 43,5 45,8 46,3 Autres retraités 28,2 32,2 32,5 Inactifs 10,8 10,9 12,5 Ensemble 23,3 25,7 26,8 Source : sondage TNS-Sofres pour le compte de la Banque de France et d Euronext. 60

3. Les dépots à long terme Les dépôts à terme qui peuvent être considérée comme de l épargne longue sont: - Les Plans d Epargne Logement (PEL) - Les Plans d Epargne Populaire (PEP) Si les Plans d Epargne Logement ont continué d attirer une part significative de l épargne, les Plans d Epargne Populaire sont en déclin continu. Depuis 2000, les dépôts à long terme (PEL et PEP bancaire confondus) ont eu une contribution négative ou très faiblement positive à l épargne financière des ménages, alors qu ils en ont représenté jusqu à près de 40% en 1996. En 1999 cependant et à nouveau en 2002 et 2003, les conditions de rémunération des PEL ont attiré des montants de placements significatifs. Mais l encours des PEP bancaires s est continûment contracté depuis 1997, en raison d une fiscalité moins favorable que l assurancevie ou les PEP assurance. Au fur et à mesure de l arrivée à l échéance de huit ans des premiers PEP ouverts depuis janvier 1990, l encours baisse inexorablement, d autant plus qu il n est plus possible d ouvrir des PEP depuis le 25 septembre 2003. Tableau 32 Les chiffres des dépôts à long terme Souscriptions Part des dépôts Part des dépôts Encours en fin nettes (en longs dans longs dans le de période (en milliards l'acquisition d'actifs patrimoine financier milliards d euros) d euros) financiers des ménages* PEL PEP PEL PEP 1995 15,4 8,6 24,7% 114,8 61,2 11,0% 1996 27,4 9,2 39,9% 142,2 70,4 12,6% 1997 19,6 7,1 25,5% 161,8 77,5 13,3% 1998 7,3-1,3 6,2% 169,1 76,2 12,7% 1999 19,6-3,1 13,3% 188,7 73,1 12,4% 2000 1,6-12,6-14,0% 190,3 60,5 11,7% 2001 5-7,5-1,7% 195,4 53 11,1% 2002 9,6-4,8 3,9% 205 48,1 11,1% 2003 11,5-2,1-216,5 46,0 - Source : Banque de France * Patrimoine financier hors actions non cotées et autres participations 61

4. L épargne salariale L épargne salariale s investit en parts de Fonds Communs de Placement d Entreprise (FCPE) ou en actions de l entreprise détenues directement par le salarié. Après une croissance rapide en 1998 et 1999, l encours des FCPE est en baisse depuis 2000, en raison de la baisse de la bourse et non pas d une décollecte. Toutefois, si la collecte nette est toujours restée positive, elle est descendue à des niveaux très bas en 2000 et 2001, et les meilleurs résultats de 2002 ne sont qu un rattrapage partiel des deux années antérieures. Le nombre de détenteurs de parts de FCPE a augmenté en 2003. L épargne salariale n occupe qu une place marginale, à la fois dans l épargne financière et dans le patrimoine financier des Français. Tableau 33 Les chiffres des Fonds Communs de Placement Entreprise Souscriptions Part des Encours Part des FCPE nettes de FCPE dans des FCPE dans le FCPE (en milliards d euros) l'acquisition d'actifs financiers (en milliards d'euros) patrimoine financier des ménages 1996 21,4 1,3% 1997 28,3 1,6% 1998 1,049 1,1% 35,8 1,9% 1999 0,934 0,8% 50,5 2,4% Nombre de détenteurs de parts de FCPE (en millions) 2000 0,141 0,2% 54,8 2,5% 1,5 2001 0,237 0,2% 53,2 2,4% 1,5 2002 0,906 0,7% 47,4 2,1% 1,5 2003 1,6 Source : COB, sondage TNS Sofres pour la Banque de France et Euronext * Patrimoine financier hors actions non cotées et autres participations 62

Le nombre de FCPE a baissé entre 1994 et 2001, il est passé de 3820 à 3499. Mais ce nombre est en hausse en 2002 avec 101 fonds de plus qu en 2001, grâce à La loi Fabius. En instaurant les Plans d Epargne Inter entreprises (PEI), dont les coûts de mise en place et de fonctionnement sont mutualisés, la loi a étendu à plus de quinze millions le nombre de personnes, salariées de PME, pouvant prétendre théoriquement à l épargne salariale (contre six millions en 2000). Néanmoins, la multiplications des fonds ne s est pas traduite par une augmentation, dans les mêmes proportions de l épargne salariale. En pratique, les résultats de la loi Fabius n ont finalement pas été à la hauteur des ambitions du législateur. Sans doute la conjoncture boursière explique-t-elle en partie cet insuccès. L épargne salariale est, pour beaucoup de salariés, un moyen de compléter leur régime de retraite. D après l enquête annuelle réalisée par l Observatoire Novacy (fondé en 2000 avec le concours de TNS Sofres), 53% des salariés titulaires d'un Plan d'epargne Entreprise et effectuant des versements volontaires utilisent cette enveloppe pour préparer leur retraite. Ce chiffre reste élevé chez les bénéficiaires passifs (salariés ne versant pas sur leur Plan d'epargne Salariale) puisque 1/3 d'entre eux le destine à cette fin. 63