Dossier anatomo-clinique A2

Documents pareils
ANEMIE ET THROMBOPENIE CHEZ LES PATIENTS ATTEINTS D UN CANCER

SERVICE PUBLIC FEDERAL, SANTE PUBLIQUE, SECURITE DE LA CHAINE ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT COMMISSION DE BIOLOGIE CLINIQUE RAPPORT GLOBAL

Essai Inter-groupe : FFCD UNICANCER FRENCH - GERCOR

Cytokines & Chimiokines

Tumeurs cutanées épithéliales et mélaniques

Orientation diagnostique devant une éosinophilie 1

Cytokines ; Chimiokines

Maladie de Hodgkin ou lymphome de Hodgkin

Recommandations Prise en charge des patients adultes atteints d un mélanome cutané MO

Innovations thérapeutiques en transplantation

Item 127 : Transplantation d'organes

Leucémies de l enfant et de l adolescent

Dossier «Maladies du sang» Mieux les connaître pour mieux comprendre les enjeux liés au don de sang

Lymphome non hodgkinien

A Belarbi, ZC Amir, MG Mokhtech, F Asselah Service d Anatomie et de Cytologie Pathologique CHU Mustapha Alger

CONCOURS DE L INTERNAT EN PHARMACIE

Association lymphome malin-traitement par Interféron-α- sarcoïdose

Les différents types de cancers et leurs stades. Dr Richard V Oncologie MédicaleM RHMS Baudour et Erasme La Hulpe 1/12/07

Cancers de l hypopharynx

L axe 5 du Cancéropole Nord Ouest

DON DE SANG. Label Don de Soi

Module Biologie Humaine S5 Cours d Hématologie du Pr Nouzha Bouamoud TD2

Apport de l IRM dans la

Transplantation de cellules souches du sang

Recommandations régionales Prise en charge des carcinomes cutanés

PLACE DE L IRM DANS LE BILAN D EXTENSION DU CANCER DU RECTUM. Professeur Paul LEGMANN Radiologie A - Cochin Paris

Spondylarthropathies : diagnostic, place des anti-tnf et surveillance par le généraliste. Pr P. Claudepierre CHU Henri Mondor - Créteil

Apport de la TDM dans les cellulites cervico-faciales

La nouvelle classification TNM en pratique

CORRELATION RADIO-ANATOMIQUE DANS LE CARCINOME HEPATOCELLULAIRE TRAITE PAR TRANSPLANTATION HEPATIQUE : IMPACT SUR LA RECIDIVE

Qu est-ce qu un sarcome?

Sujets présentés par le Professeur Olivier CUSSENOT

L HEMOGRAMME un examen pas cher et qui peut rapporter gros

INFORMATIONS AUX PATIENTS ATTEINTS DE LEUCEMIE AIGUE MYELOBLASTIQUE

De la chirurgie du nodule aux ganglions

Hématologie et soins infirmiers. Dr Stéphane MOREAU Hématologie clinique CHU LIMOGES

IRM du Cancer du Rectum

TOUJOURS P L U S D E R E C H E R C H E

INTERFERON Traitement adjuvant du mélanome à haut risque de récidive. Dr Ingrid KUPFER-BESSAGUET Dermatologue CH de quimper

Comprendre les lymphomes non hodgkiniens

LE CANCER C EST QUOI? QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE UN ORGANE NORMAL ET UN ORGANE ATTEINT PAR LE CANCER? Organe normal Organe précancéreux Cancer

LIGNES DIRECTRICES CLINIQUES TOUT AU LONG DU CONTINUUM DE SOINS : Objectif de ce chapitre. 6.1 Introduction 86

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE. Avis. 23 mai 2007

F-FLUORODÉOXYGLUCOSE EN ONCOLOGIE Expérience en Ile de France

Mécanisme des réactions inflammatoires

Création de procédures inter-services pour la gestion des essais de phase I à l Institut Gustave Roussy

Coordinateur scientifique: Prof. Univ. Dr. Emil PLEŞEA. Doctorant: Camelia MICU (DEMETRIAN)

La maladie de Still de l adulte

Des déficiences présentes

Greffe de moelle osseuse: Guérir ou se soigner?

compaction ventriculaire gauche sur la fonction ventriculaire chez l adulte

Leucémie Lymphoïde Chronique

Cancers du larynx : diagnostic, principes de traitement (145a) Professeur Emile REYT Novembre 2003 (Mise à jour Mars 2005)

Dr E. CHEVRET UE Aperçu général sur l architecture et les fonctions cellulaires

L anémie hémolytique auto-immune

Traitements néoadjuvants des cancers du rectum. Pr. G. Portier CHU Purpan - Toulouse

Don de moelle osseuse. pour. la vie. Agence relevant du ministère de la santé. Agence relevant du ministère de la santé

Guide destiné aux patients atteints d un myélome multiple

- 2 - faire industriel dans la mise au point des produits biologiques. L Institut Roche de Recherche et Médecine Translationnelle (IRRMT, basé à

Quels sont les facteurs qui font augmenter les risques de cancer du rein?

INAUGURATION LABORATOIRE DE THERAPIE CELLULAIRE 16 FEVRIER 2012 DOSSIER DE PRESSE

Épidémiologie des maladies interstitielles diffuses

Mécanismes de l alloréactivité, des rejets de greffe et de la réaction du greffon contre l hôte.

Compte rendu d hospitalisation hépatite C. À partir de la IIème année MG, IIIème années MD et Pharmacie

ALLOGREFFE DE CELLULES SOUCHES HEMATOPOÏETIQUES (CSH) CHEZ 26 PATIENTS ATTEINTS DE β THALASSEMIES MAJEURES

Peut-on ne pas reprendre des marges «insuffisantes» en cas de Carcinome canalaire infiltrant

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la scintigraphie osseuse et le TEP-SCAN

Infection à CMV et allogreffe de cellules souches hématopoïétiques : Expérience du Centre National de Greffe de Moelle Osseuse, Tunis.

LES DÉFICITS IMMUNITAIRES COMBINÉS SÉVÈRES

Cas clinique 2. Florence JOLY, Caen François IBORRA, Montpellier

Patho Med Cours 5. Maladie Pulmonaires Obstructives BPCO Asthme

1 of 5 02/11/ :03

L ANGINE. A Epidémiologie :

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE AVIS DE LA COMMISSION. 10 octobre 2001

Le don de moelle osseuse :

.( /.*!0) %1 2"+ %#(3004) 05' 203 .(.*0"+ ) '!2"+ %#(30+ 0!"%) 4!%2) 3 '!%2"+ %#(30! &' 4!!% .+.*0%!!'!(!%2" !

I - CLASSIFICATION DU DIABETE SUCRE

Thérapies ciblées en Onco-Hématologie

Bases de données Outils de gestion


Métastase unique d un NPC: Une question singulière? Jean Louis Pujol - Xavier Quantin Mohammad Chakra Fabrice Barlési

DIPLOME DE CHIRURGIE ORALE

Cellules souches hématopoïétiques

Cibles et mécanismes d action des traitements par cytokines et anti-cytokines

à Mulhouse un centre pionnier de recherche médicale

TEST DE DÉTECTION DE LA PRODUCTION D INTERFÉRON γ POUR LE DIAGNOSTIC DES INFECTIONS TUBERCULEUSES

Les Applications industrielles et commerciales des cellules souches. Inserm Transfert Pôle Création d Entreprises

OSSIFICATION DU LIGAMENT VERTEBRAL COMMUN POSTERIEUR ET DU LIGT JAUNE: MYELOPATHIE CERVICALE SUBAIGUE

Université Pierre et Marie Curie. Hématologie. Niveau DCEM3. Polycopié National. Mise à jour : 22 juin 2006

TUMEURS DU BAS APPAREIL URINAIRE

DÉFICITS IMMUNITAIRE COMMUN VARIABLE

II - DIABETE DE TYPE 1 : ÉPIDÉMIOLOGIE - PHYSIOPATHOLOGIE - DIAGNOSTIC- DÉPISTAGE

Vaccinations pour les professionnels : actualités

Transgene accorde une option de licence exclusive pour le développement et la commercialisation de son produit d immunothérapie TG4010

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE. Avis. 3 septembre 2008

Lymphomes Guide pour les personnes touchées et leurs proches

ASSURANCES. Revue de la littérature

GUIDE PATIENT - AFFECTION DE LONGUE DURÉE. La prise en charge des leucémies aiguës de l adulte

Le Don de Moelle Ça fait pas d mal!

Service évaluation des actes professionnels

Transcription:

Dossier anatomo-clinique A2 Dr Copie-Bergman, Dr Moroch Département de Pathologie Dr Isabelle Gaillard, Unité Hémopathies Lymphoïdes Hôpital Henri Mondor Faculté de Médecine Paris 12 Université Paris Est Créteil (UPEC)

Le Lymphome de Hodgkin (Maladie de Hodgkin) Première description de la maladie par Thomas Hodgkin en 1832: «atteinte primitive du ganglion», puis description microscopique 40 ans plus tard par Sternberg et Reed Epidémiologie: Tumeur maligne relativement rare: 1% de l ensemble des tumeurs malignes Incidence: 3 pour 100.000 habitants/an (Europe et USA) Prédominance masculine (ratio de 1,4:1) Âge médian : 27 ans Pic chez l adolescent et l adulte jeune (15 à 35 ans) = forme cervico-médiastinale. Pic chez le sujet plus âgé (> 50 ans) = forme disséminée (sujet âgé). Le diagnostic histopathologique repose sur la reconnaissance de la cellule de Reed Sternberg (RS) dans un environnement cellulaire particulier

Clinique Manifestations cliniques initiales multiples forme la plus commune: découverte d adénopathies cervicales et susclaviculaires L atteinte médiastinale est fréquente, surtout dans les formes avec sclérose nodulaire Les atteintes extraganglionnaires, à l exception de la moelle osseuse, de la rate et du foie sont rares Parfois de découverte fortuite radiologique Signes généraux fièvre, sueurs, amaigrissement sont observés dans 25% des cas le prurit est une manifestation classique Biologie: hémogramme souvent normal dans les formes localisées, mais sont possibles une hyperleucocytose, éosinophilie, lymphopénie syndrome inflammatoire (VS et fibrinogène augmentés) LDH élevée en cas de maladie évoluée

Physiopathologie Association à l'ebv (30-40% en Occident) Antécédent de mononucléose infectieuse augmente le risque de 2 à 13x. Génome EBV retrouvé dans 20 à 80% des cellules de Reed-Sternberg. Synthèse de cytokines par la cellule de Reed Sternberg expliquant la réaction tissulaire = IL5 et éosinophiles, TGF-β et fibrose

Aspects histopathologiques Classification de l OMS 2008 2 entités clinico-pathologiques distinctes Le lymphome de Hodgkin nodulaire à prédominance lymphocytaire, encore appelé Paragranulome de Poppema et Lennert Le lymphome de Hodgkin classique avec ses 4 variantes histologiques - sclérosante nodulaire - à cellularité mixte - riche en lymphocytes - à déplétion lymphocytaire

Aspects histopathologiques du lymphome de Hodgkin classique Les cellules tumorales Cellule de Reed Sternberg ❶ Cellule de Hodgkin Le microenvironnement Fibrose cellules épithélioïdes ❷ Polynucléaires éosinophiles ❸ plasmocytes,lymphocytes ❸ ❶ ❷

Variantes histologiques du lymphome de Hodgkin classique Sclérosante nodulaire (70% des cas) la plus fréquente fibrose capsulaire et annulaire du parenchyme ganglionnaire isolant des nodules tumoraux À cellularité mixte (20 à 25% des cas) prolifération tumorale d architecture diffuse plus fréquemment associée à l EBV Riche en lymphocytes (5%) le microenvironnement est constitué essentiellement de petits lymphocytes de phénotype B, les polynucléaires éosinophiles sont habituellement rares A déplétion lymphocytaire (1%) Les cellules tumorales sont très nombreuses

Aspects phénotypiques du lymphome de Hodgkin classique Phénotype de la cellule de Reed Sternberg et de la cellule de Hodgkin en général CD20-, CD3- (expression hétérogène du CD20 possible dans 30% des cas) CD30+, CD15+ LMP+ dans 30 à 40% des cas (protéine de latence membranaire du virus Epstein Barr)

Forme sclérosante nodulaire G x10

HES G x40 G x40

Immunophénotype des cellules de Reed Sternberg CD20 CD3 Absence de marquage des cellules de Reed-Sternberg avec les anticorps anti-cd20 et anti-cd3 Le microenvironnement renferme des petits lymphocytes réactionnels de phénotype T CD3+.

Immunophénotype des cellules de Reed Sternberg CD30 CD15 Les cellules de Reed-Sternberg expriment les antigènes de différenciation CD30 et CD15

Recherche d une association avec le virus Epstein-Barr LMP La cellule de Reed Sternberg exprime la protéine LMP du virus Epstein- Barr détectée par immunohistochimie

Stade clinique des Lymphomes de Hodgkin Stade clinique selon Ann Harbor I II III IV Atteinte d un seul groupe ganglionnaire Atteinte de 2 ou plusieurs groupes ganglionnaires d un seul côté du diaphragme Atteinte ganglionnaire des 2 côtés du diaphragme +/- atteinte splénique Atteinte d un ou plusieurs viscères, distincte d une localisation viscérale contigue Selon une base de données internationale portant sur 14000 patients, la répartition est la suivante : - Stade I = 21% - Stade II = 43% - Stade III = 23% - Stade IV = 13%

Facteurs pronostiques des Lymphomes de Hodgkin Formes localisées Formes étendues (concerne les stades III et IV ) Groupe Favorable Défavorable Facteurs pronostiques Stade I ou II avec 3 aires ganglionnaires envahies et âge <50ans et VS<50 (sans symptômes B) ou VS<30 (si symptômes B) et ratio MT<0,35 Stade II avec 4 aires ganglionnaires envahies ou âge >50 ou ratio MT 0,35 ou VS 50 (sans symptômes B) ou VS 30 (si symptômes B) Stade IV Facteurs pronostiques défavorables Age 45 ans Sexe masculin Leucocytes 15 G/l Lymphocytes <0.6 G/l ou <8% leucocytes Albumine < 4g/dl Hémoglobine < 10.5g/dl Score de Hasenclever: pronostic défavorable si 3 facteurs positifs

Pronostic Il est bon. Survie à 10 ans tous stades confondus: 90% pour les formes localisées 80% pour les formes étendues Traitement reposant sur l association radiothérapie et chimiothérapie Protocoles: ABVD (adriamycine + bléomycine + velbé + déticène) dans les formes localisées ou BEACOPP (adriamycine, endoxan, VP16, natulan, cortancyl, bléomycine, vincristine) dans les formes étendues Radiothérapie: 30 Gy administrés en plusieurs séances traitement sur 6 mois Évaluation de la réponse: TDM et TEP-scan

Références bibliographiques Maladie de Hodgkin classique: biologie et formes frontières. P Gaulard, N Brousse, Annales de Pathologie 2004; 24:330-48