Des fiches pour mieux comprendre l'actualité éco- nomique et les enjeux pour les PME Sortie de crise? Depuis le 2ème trimestre la France est «techniquement» sortie de crise. Cependant, celle-ci a été d une telle ampleur qu il faudra de nombreux mois pour que les indicateurs retrouvent leurs niveaux d avant crise ou, au moins, leur niveau moyen. Situation en France : La croissance: Si, depuis le 2ème trimestre 2009, la croissance du PIB est de nouveau positive, elle n en est pas pour autant très vigoureuse : PIB trimestriel 2009 T1 T2 T3 Croissance trimestrielle -1,4 % +0,3 % +0,2 % T4 +0,6 % Le PIB a chuté de 2,19 % en 2009, soit la baisse la plus importante depuis l aprèsguerre. Le gouvernement table sur une croissance de 1,4 % en et de 2,5 % par an à partir de 2011 jusqu en 2013. Il s agit de prévisions ambitieuses : entre 1990 et 2008, la croissance annuelle moyenne en France s élevait à 1,8 % par an. De plus, la crise a creusé les déficits nationaux : en 2009, le déficit public s établit à 7,9 % du PIB et devrait s accroître à 8,2 % du PIB en. Quant à la dette, celle -ci s élève à 77,4 % en 2009 et devrait grimper à 86,6% d ici à 2013. Ceci pose la question «qui va payer?» : les entreprises, déjà affaiblies après des mois de récession et de «reprise incertaine» ou les ménages, touchés par le chômage? Par ailleurs, en 2009, la crise a lourdement affecté le commerce mondial: Le déficit commercial (43,031 milliards d euros) a chuté de 12,11 % par rapport à 2008. Les exportations ont reculé de 17,10 % et ont retrouvé leur niveau de 2004 (340,816 milliards d euros en 2009 contre 341,954 milliards d euros en 2004). Les importations reculent de 17,68 % en un an et atteignent 383,847 milliards d euros, soit leur niveau de 2005 (380,395 milliards d euros). 1
Les ménages : épargne comme expression du doute En, de nombreux éléments stimuleront la propension à épargner des ménages. Moral des ménages, chômage et anticipation d inflation Le moral des ménages: A partir de juin 2006, le moral des ménages n a cessé de se dégrader : l indicateur correspondant est descendu à son niveau le plus bas depuis 1987. Alors que depuis juin 2008, il avait tendance à se redresser, en février, le moral des ménages marque de nouveau le pas : l indicateur perd 3 points en un mois. Ce qui cause ce revirement c est la progression du chômage et les annonces de fin progressive des mesures de soutien à la consommation. Le chômage attise l inquiétude des ménages En 2009, 3,63 millions de personnes en moyenne se sont inscrites au Pôle emploi en catégorie A, B, C, soit une augmentation de 16,93 % par rapport à 2008. Le nombre de chômeurs en janvier (3,87 millions de personnes) est quasiment équivalent à celui de juillet 2005 (3,86 millions de personnes). L impact de la crise a été tel que celle-ci a effacé 34 mois consécutifs de baisse du chômage. Par conséquent, le taux de chômage au sens du BIT s établit à 9,1 % (acquis de croissance annuel au 4ème trimestre) contre 7,4 % en 2008 et 8,6 % en moyenne au cours des 10 dernières années. Il est à craindre que, compte tenu des surcapacités auxquelles font face de nombreux secteurs, le chômage continue de s accroître durant les prochains mois. Les ménages en sont conscients : en février, l indicateur correspondant à l opinion des ménages sur les hausses futures du chômage est supérieur de 25 points à sa moyenne de longue période. Ceci pèsera sur leurs comportements de consommation et d épargne. 2
Les anticipations d inflation pourraient stimuler l épargne des ménages au détriment de la consommation Les ménages estiment que l inflation va retrouver un niveau proche de la normale. Ainsi, ils ne pensent plus que la hausse des prix sera ralentie (désinflation). Il est vrai qu en 2009, l Indice des Prix à la Consommation (IPC) a été quasiment identique à celui de 2008 (+0,09 % en un an) alors qu un an auparavant il s était accru de 2,8 %. Cette stabilité a permis de maintenir le pouvoir d achat : le Revenu Disponible Brut (RDB) a augmenté de 2,2 % en 2009, après +0,7 % en 2008, sous l effet de la baisse de l inflation et des mesures de soutien à la consommation. La consommation ne résiste que si elle est soutenue Évolution de la consommation «subventionnée»: La prime à la casse a stimulé l achat d automobiles en 2009 (+ 9,93 %). Après une chute de 5,5 % en 2008 Alors qu en 10 ans, la croissance moyenne de ces dépenses s élève à 2,70 %. Évolution de la consommation globale Hors mesures de soutien, il n y a pas de signe de solidité de la demande privée : La consommation globale en 2009 a enregistré un taux de croissance de 0,62 % (en prix courants) contre une moyenne annuelle de 4,2 % au cours des 10 dernières années. L autre signe de faiblesse de la demande est la chute de 17,7 % des importations en 2009 : les achats vers l international ne sont repartis qu à partir du 3ème trimestre 2009 et concernaient essentiellement des véhicules automobiles. L épargne Ainsi, au 3ème trimestre 2009, le taux d épargne s établit à 17,1 %, portant l acquis de croissance pour 2009 à 16,5 % (après 15,3 % en 2008). En, étant donné le niveau des incertitudes, les ménages risquent d épargner davantage. En effet, l indicateur d opinion correspondant aux intentions d épargne dans les mois à venir des ménages n a cessé de progresser depuis septembre 2009: en février, il a atteint son niveau moyen de long terme. 3
Entreprises : surcapacités et manque de débouché Le climat des affaires pâtit du défaut de visibilité des entrepreneurs Même s il a tendance à s améliorer depuis mars 2009, le climat des affaires demeure, encore en février, très inférieur à sa moyenne de longue période. En effet, les entreprises font encore face à d importantes surcapacités et à un manque de débouché : En 2009, le niveau des commandes reçues dans l industrie a diminué de 18,6 % par rapport à 2008. Il est, en décembre, inférieur de 14,3 points à son niveau moyen de longue période. En conséquence, la production a chuté de 18,62 % entre avril 2008 (points haut) et avril 2009 (point bas). Les entreprises ont procédé à un large déstockage début 2008 jusqu au 3ème trimestre 2009 : la valeur moyenne des stocks en 2009 est 9,76 fois inférieure à celle de 2008, atteignant ainsi son minimum historique. Actuellement, le taux d utilisation des capacités de production est de 74,4 %, soit un niveau inférieur de 9,6 points à sa moyenne de longue période. Ainsi, le restockage observé depuis le 3ème trimestre 2009 semble être lent du fait de l absence de signe de reprise pérenne, notamment du coté de la demande. Il est donc «technique» : il faut entretenir le stock existant, sans pour autant le regarnir totalement. Défaillances d entreprises et difficile accès au financement à court terme se traduisent par un effondrement des investissements Défaillances d entreprises : Entre octobre 2008 et septembre 2009, les défaillances d entreprises se sont accélérées (+18,46 % sur la période). Depuis, on observe un certain ralentissement dans la progression des défaillances (-0,84 % entre septembre et novembre 2009). Cependant le nombre de défaillances demeure élevé en 2009 (63 295 entreprises) et très proche du maximum historique enregistré en janvier 1994 (64 495 entreprises). Financement : Les défaillances d entreprises risquent de continuer à progresser si les entreprises n accèdent pas plus facilement au crédit. Si, depuis le début de l année 2009, les banques déclarent desserrer les conditions d accès aux crédits pour les entreprises, celles-ci ne sont toujours pas optimales, notamment pour les PME. 4
Le baromètre CGPME-KPMG indique qu en janvier, 75 % des PME subissent au moins une mesure de durcissement concernant son accès au crédit, contre 77 % en septembre, 64 % en juin et 59 % en février. En outre, le problème de financement se concentre sur la production de crédit de trésorerie : Celle-ci a commencé à chuter dès novembre 2008 jusqu en septembre 2009 (-18,04%). Depuis septembre, on observe une stagnation de la production de ce type de crédit et on retrouve un niveau d encours quasiment équivalent à celui de juin 2007. Pour les mois à venir, il est à craindre que ces conditions de financement persistent : Les banques devront renforcer leur bilan, afin de rassurer les marchés, ce qui rendra le crédit bancaire très restreint. Ce manque de dynamisme est d autant plus problématique qu il ne permettra ni de financer la reprise ni de la conforter à long terme. Ces conditions de financement, conjuguées à des perspectives d activité médiocres, ne permettent pas d assurer la stabilité du bilan à court terme et ont eu pour effet un effondrement de l investissement : La Formation Brute de Capital Fixe (FBCF) des entreprises non financières chute de 7,7 % pour l année 2009 (après +2,4 % en 2008). Le niveau moyen des investissements en 2009 (45,3 milliards d euros) est le même qu en 2008 (44,1 milliards d euros). Cette chute de l investissement pose le problème de la compétitivité : une fois la reprise installée, l équipement obsolète n ayant pas été remplacé, va amoindrir la productivité des entreprises. 5
Conclusion Les embellies de croissance que la France a connues à partir du 2ème trimestre sont le fait de facteurs temporaires : le restockage, le plan de relance concentré sur 2009 et la stabilité des prix. Ainsi, les risques de rechute existent. Tout va dépendre des stratégies de sorties de crises. Quelles politiques budgétaires et monétaires les Etats doivent-ils adopter de manière coordonnée et crédible afin de redonner confiance aux acteurs et aux marchés? Concernant la politique monétaire, il s agit de savoir si les risques d hyperinflation menacent les économies mondiales. A l heure actuelle, on ne peut parler que de retour à une inflation «normale». Par conséquent, il n est pas nécessaire pour les Banques Centrales de relever les taux d intérêt. Cela permettra aux banques de continuer à se refinancer à un coût peu élevé. Cependant, le crédit sera-t-il stimulé? Il est possible qu un jeu à somme nulle se présente : Le retour de l inflation à la normale va avoir des conséquences sur le pouvoir d achat des ménages et ceux-ci pourraient être incités à demander des crédits. De même, pour les entreprises qui devront maintenir leur BFR. Cependant, les banques devront renforcer leur bilan, ce qui ne stimulera pas l offre de crédit et fragilisera la reprise. La politique budgétaire est encore plus problématique, chaque Etat décidant seul de sa mise en place. Sans coordination, au moins au niveau des zones monétaires, la volonté de régulation des dépenses publiques risquerait de n être ni crédible, ni tenable. Or, la crise a creusé les déficits nationaux et il ne faudra pas compter uniquement sur la reprise pour les réduire. De plus, les annonces de rigueurs budgétaires n ont pour effet que d effrayer les contribuables (ménages et entreprises) ce qui alimentera l épargne et ne stimulera pas les investissements. Il faut, au contraire, engager des mesures structurelles. En outre, une réduction trop brutale et unilatérale des dépenses publiques sans réformer le système fiscal en profondeur risquerait d asphyxier la reprise. Afin de stimuler la production, d encourager l emploi, il est important de soutenir l activité des entreprises en améliorant, par exemple, leur accès au financement et en allégeant concrètement les prélèvements obligatoires. Une autre source d inquiétude pour les entreprises est la crise obligataire qui se profile en Europe. Aussi, est-il est nécessaire de communiquer sur un plan européen de réduction des déficits. Cela convaincrait les acteurs, les marchés et les autres pays de la crédibilité de l Euro. Cela permettrait aussi d asseoir la reprise du commerce intra-européen et de conforter la croissance de la zone. 6