La proprioception A l exception des personnes dont la sensibilité est altérée (personnes handicapées, personnes atteintes de troubles neurologiques ou psychiatriques ), il est possible de se représenter mentalement les positions de nos propres articulations sans avoir à les vérifier visuellement (Statesthésie). Il est également possible mais plus difficile de se représenter avec précision nos propres mouvements articulaires et plus encore les vitesses de ces mouvements (Kinesthésie) Ce qui est indispensable dans la plupart des pratiques sportives, d autant plus qu elles sont acrobatiques et/ou qu elles nécessitent une grande précision (gymnastiques, arts martiaux, sports de combats, sports collectifs, BMX, tirs ). Pour réaliser au mieux des techniques gestuelles, les pratiquants experts s appuient davantage sur des informations et repères internes que les novices. Ces derniers ajustent leurs mouvements en s appuyant davantage sur des informations prélevées sur l environnement. Proprioception et schéma corporel Les représentations mentales de nos propres positions, mouvements, vitesses articulaires et de leurs variations, sont réactualisées en particulier par des informations proprioceptives. Ceci est possible grâce à la sensibilité nerveuse propre aux muscles, aux articulations, aux os et aux ligaments. Ce "sixième sens" nous permet de nous représenter, en statique et au cours de mouvements, la position des segments corporels les uns par rapport aux autres et les angulations articulaires : c'est- à- dire de
mettre à jour en permanence la représentation mentale ou idée que l on se fait de notre posture. Cette représentation mentale est appelée schéma corporel. La proprioception est à l origine des qualités de coordination et d adresse. Ces deux qualités fondent les habiletés motrices. Proprioception et acquisition des habiletés motrices Cette sensibilité peut être exercée et même très affutée par l entraînement. Le travail peut être organisé en trois phases : 1/ On visera d abord l acquisition d un registre de techniques gestuelles simples : de la reproduction de la forme du mouvement vers des ajustements à partir d informations proprioceptives. 2/ Une fois le pratiquant capable de reproduire lentement mais correctement ces techniques gestuelles, des contraintes de vitesse d exécution puis de puissance pourront être introduites (déplacements, lancers, coups en sports de combat, enchaînement). 3/ Enfin, le pratiquant pourra chercher à reproduire ces techniques dans un environnement de plus en plus riche en incertitudes : aux contraintes de vitesse et de force, s ajouteront des contraintes d équilibre voire de prise de risques (conflit cognitif- affectif). Ainsi, le pratiquant doit réaliser des tâches dans des environnements stables puis de plus en plus stimulants et notamment instables. «en 1 la technique, en 2 la vitesse, en 3 la puissance!» selon Lucien Gogonel - Triple champion d Europe et champion du Monde de karaté.
La proprioception est stimulée lors des trois phases, mais différemment. Les mises en situation de déséquilibre ne sont introduites que lorsque la technique gestuelle est acquise donc reproductible en environnement stable. Ceci n est pas toujours possible, car : - l exécution lente de techniques gestuelles est parfois sans rapport avec leur expression dans la pratique sportive (surf, planche à voile ). - certaines activités physiques ne peuvent être pratiquées qu en situation de déséquilibre (vélo, roller, kayak, motocross) ou avec des vitesses élevées (chasse sous- marine, ball- trap, hockey sur glace, sports de raquette). Dans ces conditions, les contraintes ne sont plus les mêmes qu en quasi- statique. La vitesse et le déséquilibre influent fortement sur la gestuelle. Ces activités n excluent pas pour autant, voire impliquent, l apprentissage de techniques gestuelles fondamentales à faible vitesse et en dehors du cadre de la pratique (procédure d ouverture de parachute, placement et déplacement et techniques gestuelles en sports collectifs, enchaînements pied- poing, procédure de sécurité en stand tir). Proprioception et équilibre Mettre en situation de déséquilibre stimule d abord et essentiellement les centres de l équilibre (oreille interne) mais aussi les capteurs cutanés plantaires ainsi que la vue (repère d horizontalité). Quid de la stimulation des récepteurs de Golgi, Paccini, Ruffini et des fuseaux neuro- musculaires? Stimulés, les récepteurs proprioceptifs transmettent des informations aux centres nerveux médullaires (moelle épinière) et cérébraux (cerveau). Pour cela, les informations empruntent trois
voies possibles à partir de la corne postérieure médullaire : 1/ une voie segmentaire, la plus courte, restant médullaire, réflexe. 2/ une voie supra- segmentaire inconsciente, spino- cérébélleuse, qui rejoint le cervelet. 3/ une voie supra- segmentaire consciente, spino- bulbo- thalamique, la plus longue. Stimuler la proprioception exclusivement par des mises en situations de déséquilibre ne permet pas de solliciter la troisième voie, celle plus longue mais consciente! En effet, les situations de déséquilibres sollicitent des ajustements réflexes très rapides alors que la conscience est principalement orientée vers des repères environnementaux. La troisième voie peut être stimulée par des exercices qui nécessitent un contrôle gestuel à partir de repères internes, sans mettre le pratiquant en situation de déséquilibre. Situations, exercices, consignes Pour construire une véritable motricité de spécialité sportive, on peut passer par des phases : 1/ La technique Postures, techniques gestuelles partielles puis globales, enchaînements réalisés (chorégraphies, katas, enchaînements de tâches) le pratiquant cherchera ainsi à les imiter, à les reproduire,
puis à les répéter lentement (voire les yeux fermés et dans le silence) mais sans avoir à gérer des problèmes d équilibre et enfin à les ressentir. 2/ La vitesse Les enchaînements de techniques gestuelles à vitesse croissante vont induire des problèmes de coordination voire d équilibre. L idée est de laisser le pratiquant s expérimenter à cela, puis à l inciter à ajuster les relations entre les variables de direction, de sens et de force. En effet, l acquisition d habiletés motrices consiste non pas à reproduire à l identique un mouvement, mais à construire des règles de paramétrisation du geste à partir de ces variables. 3/ La puissance Cette autre contrainte peut être présentée comme facilitatrice si elle est orientée par le relâchement. En effet, la crispation perturbe la réalisation du geste technique et en diminue aussi la puissance. Conclusion La proprioception est la perception inconsciente et/ou consciente de la position articulaire (en statique et en dynamique). C est une partie intégrante de l équilibre, elle permet l adaptation de la réponse musculaire aux différentes positions et situations. Dans le cadre la course à pied on va s intéresser à l action des muscles stabilisateurs de la cheville qui vont agir lors de l appui du pied au sol afin d éviter la torsion excessive de la cheville et de ce fait, concourir à l équilibre du coureur. La proprioception joue un rôle prépondérant dans le contrôle de l équilibre, mais aussi dans l ajustement de gestes techniques.
L acquisition et plus encore la maîtrise experte de ces techniques gestuelles impliquent de contrôler le mouvement à partir de repères internes. Apprendre la maîtrise de techniques gestuelles, implique ainsi de stimuler la proprioception, autrement que par des mises en situation de déséquilibre. C est le registre des techniques gestuelles à acquérir qui peut être amené pédagogiquement dans cette optique.