NOTIONS D ORTHOPÉDIE CANINE



Documents pareils
Collection Soins infirmiers

o Anxiété o Dépression o Trouble de stress post-traumatique (TSPT) o Autre

Les fractures de l extrémité inférieure du radius (238) Professeur Dominique SARAGAGLIA Mars 2003

Quel que soit le matériel d ostéosynthèse, un certain nombre de principes permettent de bien conduire le geste chirurgical

L arthrose, ses maux si on en parlait!

Protocoles canins pour les traitements par ondes de choc radiales STORZ MEDICAL

Prise en charge des fractures du fémur par enclouage intra-médullaire

sur les fractures Didier Hannouche Service de Chirurgie Orthopédique Hôpital Lariboisière

Généralités sur fractures, luxation et entorses

La polyarthrite rhumatoïde est-elle une maladie courante parmi la patientèle d'un rhumatologue?

Articulations du coude et de l avant-bras

La main traumatique: traumatismes ostéo- articulaires des doigts longs. DR Moughabghab

Au programme. Les blessures fréquentes chez les coureurs de fond

Fiche pathologie n 1 : Tendinopathie

Processus de réparation osseuse : conséquences sur le délai de mise en contrainte

L exercice à la retraite. Dr. Bich-Han Nguyen Résidente II, Physiatrie Université de Montréal

Préfaces Introduction... 8

Le sport canin: les revers de la médaille

Biomécanique des pathologies de contraintes de l avant-pied et du médio-pied

Chirurgie articulaire secondaire Pr. Philippe PELISSIER

w w w. m e d i c u s. c a

REEDUCATION APRES RUPTURE DU LIGAMENT CROISE ANTERIEUR OPERE

Appareil Thérapeutique pour le Soin du Dos

Qu est-ce qu un sarcome?

Principales causes de décès selon le groupe d âge et plus

LE RACHIS : UNE ENTITE COMPLEXE IMPORTANTE A PRESERVER

Quelques pathologies traitées en physiothérapie :

Institut Régional de Réadaptation Nancy DUHAM 2010

Le traitement conservateur des tumeurs malignes des membres a largement remplacé les amputations

LES TROUBLES MUSCULOSQUELETTIQUES. Le 2 décembre 2008

Option sémiologie orthopédique Cours n 1 du 06/03/08 Dr Hannouche D. Ronéotypé par : Angela Tan et Métrey Tiv GENERALITES SUR LES FRACTURES

Les luxations et instabilités de l'épaule Professeur Dominique SARAGAGLIA Mars 2003

Douleur au cou, au dos et hernie: solutions en physiothérapie.

PROTHÈSE TOTALE DE GENOU

La chirurgie dans la PC

GUIDE D INFORMATIONS A LA PREVENTION DE L INSUFFISANCE RENALE

HERNIE DISCALE LOMBAIRE

L ACCÈS VEINEUX DE COURTE DURÉE CHEZ L ENFANT ET LE NOUVEAU-NÉ

La reprise de la vie active

INFORMATION CONCERNANT L OSTEOTOMIE DU GENOU

La dysplasie fibreuse des os

LES ORTHESES DE COMPRESSION CONTENTION

Traumatologie de l enfant. Joël Lechevallier Saad Abu Amara

COMMISSION NATIONALE D EVALUATION DES DISPOSITIFS MEDICAUX ET DES TECHNOLOGIES DE SANTE. AVIS DE LA COMMISSION 08 février 2011 CONCLUSIONS

RÈGLEMENT ANNOTÉ SUR LE BARÈME CORPORELS

Cette intervention aura donc été décidée par votre chirurgien pour une indication bien précise.

DENSITOMÉTRIE OSSEUSE : CE QUE LE RADIOLOGUE DOIT SAVOIR

LE SPORT POUR CHACUN! Docteur CASCUA Stéphane Médecin du sport

Le mal de dos est décrit par de nombreux auteurs

SOMMAIRE LE COU P.4 L EPAULE / LE BRAS / LE POIGNET / LA MAIN P.6 LE TRONC P.12 LE GENOU P.16 LA CHEVILLE P.20 LE PIED P.22

Les fractures chez les enfants un véritable casse-tête

L utilisation de la moelle osseuse comme autogreffe en cas de fractures non consolidées

AMAMI Anaïs 3 C LORDEL Maryne. Les dons de cellules & de tissus.

Les anomalies des pieds des bébés

... 5 OBJECTIF TERMINAL Objectif intermédiaire 1.1 Caractériser les quatre classes d os... 7

Manuel de l ergonomie au bureau

LA PROTHESE TOTALE DE GENOU

LIGNES DIRECTRICES CLINIQUES TOUT AU LONG DU CONTINUUM DE SOINS : Objectif de ce chapitre. 6.1 Introduction 86

HERNIE DISCALE LOMBAIRE

Leucémies de l enfant et de l adolescent

Prothèse Totale de Genou

Trucs du métier. L arthrite psoriasique en l absence du psoriasis. clinicien@sta.ca. Avez-vous un truc? Son épidémiologie et son expression

Le don de moelle osseuse :

Prothèse Totale de Hanche

LES COURBURES DE LA COLONNE VERTEBRALE

OPTI JOINT. le complément alimentaire pour des articulations souples & un cartilage sain

Après. la fracture. Informations sur la douleur et des conseils pratiques pour le mouvement

Prenez soin de votre dos. Informations et astuces contre les douleurs lombaires

LE VISAGE AUTOTRAITEMENT MYOTHÉRAPEUTIQUE. Jocelyne Rollin

Vivre avec une prothèse du genou. Conseils pratiques

Pseudotumor cerebri. Anatomie Le cerveau et la moelle épinière baignent dans un liquide clair, appelé le liquide céphalo-rachidien (LCR).

Risques liés à l'activité physique au travail Hyper sollicitation articulaire

LES DOULEURS LOMBAIRES D R D U F A U R E T - L O M B A R D C A R I N E S E R V I C E R H U M A T O L O G I E, C H U L I M O G E S

LES TROUBLES MUSCULO- SQUELETTIQUES

Evaluation de la gravité et complications chez un traumatisé des membres

Le don de moelle osseuse

Accidents des anticoagulants

I. TECHNIQUES DE RÉÉDUCATION ET DE RÉADAPTATION 1. KINÉSITHÉRAPIE PASSIVE : PAS D ACTION MUSCULAIRE VOLONTAIRE DU PATIENT

Allégez la charge! Dossier d enseignement: Soulever et porter des charges Exercices de consolidation niveau 2

SYNDROME DU TUNNEL CARPIEN, EPICONDYLITE ET TRAVAIL : POINT DE VUE DU RHUMATOLOGUE

La mécanique sous le capot

Les lésions musculosquelettiques chez les éboueurs : des pistes de prévention à la gestion du retour au travail

La prise en charge de votre spondylarthrite

La prévention c est pour la vie! LES MAUX DE DOS. La colonne vertébrale : un assemblage bien pensé

Genou non traumatique

Tendinopathie de la coiffe des rotateurs L épaule gelée ou la capsulite rétractile L'Arthroscopie L'omarthrose primitive...

LA LOMBALGIE CHRONIQUE : Facteurs de risque, diagnostic, prise en charge thérapeutique

Marche normale et marche pathologique

Douleurs des mains. Douleurs des mains les plus fréquentes: pertinence, causes, traitements. C.Zenklusen septembre 2013

A.V.C. Solutions aux séquelles neurologiques du membre inférieur et supérieur. d ATTELLES NEURO - ORTHOPÉDIQUES

Item 182 : Accidents des anticoagulants

La prise en charge de votre polyarthrite rhumatoïde

TRAITEMENT CHIRURGICAL DES FRACTURES

Sommaire. II. La physiopathologie des pertes de substance osseuse 18

L'œsophage L'œsophage est un tube musculaire qui traverse de la bouche à l'estomac. Causes

7. Annexes. 7.1 Les différents constituants de la colonne vertébrale et leurs rôles

LA HERNIE DISCALE LOMBAIRE

Traitement des Pseudarthroses des Os Longs par Greffe Percutanée de Moelle Osseuse Autologue Concentrée

Accidents musculaires. Dr Marie-Eve Isner-Horobeti Praticien Hospitalier Service de Médecine Physique et de Réadaptation CHU Strasbourg-Hautepierre

Le psoriasis est une maladie qui touche environ 2 à 3 % de la population et qui se

Transcription:

NOTIONS D ORTHOPÉDIE CANINE par Jérôme Auger, DMV, DES, MSc, diplômé ACVS/ECVS Hôpital vétérinaire Rive-Sud, Brossard, Québec

2 TABLE DES MATIÈRES Objectifs... 1 Définitions... 2 Introduction... 3 Composition des os... 4 Croissance des os... 5 Vascularisation... 6 Guérison osseuse... 7 Fractures... 7.1 Définitions... 7.2 Causes... 7.3 Types... 7.4 Signes cliniques... 7.5 Diagnostic... 7.7 Traitement... 7.7.1 Réduction... 7.7.2 Immobilisation... 8 Luxations et subluxations... 8.1 Définitions... 8.2 Luxations/subluxations traumatiques... 8.3 Luxations congénitales... 9 Rupture du ligament croisé crânial 9.1 Causes... 9.2 Signes cliniques... 9.3 Traitement... 10 Entorses... 10.1 Définition... 10.2 Carpe et tarse... 11 Dysplasie de la hanche... 11.1 Définition... 11.2 Signes cliniques et diagnostic... 11.3 Traitement... 12 Dysplasie du coude...

3 12.1 Définition... 12.2 Fragmentation du processus coronoïde médial... 12.3 Non-union du processus anconé... 12.4 Ostéochondrite du condyle huméral... 13 Maladies de croissance... 13.1 Panostéite... 13.2 Ostéodystrophie hypertrophique... 13.3 Ostéochondrose/ostéochondrite dissécante... 14 Maladies osseuses métaboliques... 14.1 Rachitisme... 14.2 Faux rachitisme... 14.3 Hyperparathyroïdisme... 14.3.1 Hyperparathyroïdisme secondaire nutritionnel... 14.3.2 Hyperparathyroïdisme rénal... 15 Tumeurs... 15.1 Tumeurs osseuses... 15.2 Tumeurs articulaires... 16 Arthrose... 16.1 Définition... 16.2 Signes cliniques... 16.3 Traitement... 17 Arthrites... 17.1 Arthrites infectieuses... 17.2 Arthrites d origine immunitaire... 18 Examen orthopédique... 18.1 Analyse de la démarche... 18.2 Examen de l animal couché...

4 Objectifs Objectif général : Initier les participants aux problèmes courants affectant le système myoarthrosquelettique (muscles, articulations, os) du chien Objectifs spécifiques : Acquérir les notions favorisant la compréhension des maladies orthopédiques du chien Acquérir les notions favorisant la compréhension des différentes options médicales et chirurgicales pour traiter ces maladies

5 Notions d orthopédie canine 1 Définitions L'orthopédie (du grec orthos, droit et paideia, éducation) est la science médicale qui a pour objet le traitement des affections du système myoarthrosquelettique, c'est-à-dire les maladies, congénitales ou acquises qui affectent les muscles, les articulations et les os. Boiterie : irrégularité de la démarche caractérisée par une diminution d appui sur le membre douloureux et une augmentation d appui sur le membre sain. On parle de boiterie de non-appui quand le membre douloureux n est pas utilisé lors des déplacements. Fracture : rupture complète ou partielle d un os. Os cortical : os très compact qui compose la partie centrale des os longs Os spongieux : os qui se trouve à l extrémité des os longs et qui est constitué d un entrelacement de trabécules (tissu ressemblant à une éponge). Entorse : étirement ou déchirure d un ligament. Ostéoarthrose ou arthrose : maladie dégénérative non-inflammatoire causant une destruction progressive du cartilage et une altération de la fonction des articulations. Arthrite : maladie inflammatoire des articulations qui peut être d origine infectieuse ou immunitaire. 2 Introduction Les problèmes orthopédiques sont très fréquents chez le chien. En effet, une sélection et une alimentation inappropriées peuvent avoir des conséquences néfastes sur son système locomoteur. Ce système est aussi celui qui est le plus touché lors de traumatismes. Les maladies orthopédiques peuvent être d'origine congénitale (luxations congénitales de l'épaule et du coude), héréditaire (dysplasie de la hanche et du coude, luxation de la rotule), nutritionnelle (hyperparathyroïdisme nutritionnel secondaire), traumatique (fractures, ruptures ligamentaires, musculaires, et tendineuses), idiopathique (panostéite), ou dues à une combinaison de plusieurs de ces facteurs (ostéochondrose, ostéodystrophie hypertrophique).

6 3 Composition des os Comme tous les autres tissus de l'organisme, l os est un tissu vivant qui est en activité constante (remodelage) grâce à ses deux types de cellules, les ostéoclastes responsables de la résorption osseuse et les ostéoblastes qui assurent la prolifération osseuse nécessaire à la croissance et à la guérison osseuses. Les ostéoblastes sont aussi responsables de la sécrétion de la substance intercellulaire qui se minéralise à base de phosphate et carbonate de calcium pour former la matrice ostéoïde. Un os long est généralement constitué d une épiphyse aux extrémités, au contact des articulations, d une métaphyse qui contient de l os spongieux ou trabéculaire, et d une diaphyse qui constitue le corps. La diaphyse est un cylindre creux qui contient dans sa cavité médullaire la moelle osseuse et qui constitue la plus grande partie des os longs. Pendant la croissance, une plaque de croissance sépare l épiphyse de la métaphyse (figure 1). Figure 1 Plaque de croissance

7 plaque de croissance Figure 2 4 Croissance des os La croissance en longueur des os est assurée par les plaques de croissance, zones de cartilage que l'on retrouve à chaque extrémité d'un os immature séparant la métaphyse des épiphyses (figure 2). Elles restent actives durant toute la période de croissance, produisant du cartilage qui est ensuite remplacé par de l'os. Lorsque la croissance est complétée, il y a fermeture de ces plaques. Un traumatisme peut causer leur fermeture prématurée et, par conséquent, produire un os courbé ou tout simplement plus court, en fonction de la partie de la plaque de croissance qui est atteinte. 5 Vascularisation Comme tous les autres tissus vivants, l'os doit être nourri et pour cela vascularisé. Le sang se rend à l'os par plusieurs artères dites «nourricières» et

8 se distribue ensuite par l'intermédiaire du périoste qui constitue l enveloppe externe de l os et l'endoste qui tapisse l'intérieur de sa cavité médullaire. 6 Guérison Un os brisé guérit en produisant une soudure (cal) dont la composition en tissus fibreux, cartilagineux ou osseux peut varier selon le degré de l'immobilisation. Ce cal est ensuite remodelé pour redonner à l'os sa forme originale à condition que les fragments osseux soient restés situés ou aient été replacés dans leur position originale. Une fracture ne peut guérir que dans des conditions d immobilisation suffisantes. Une fracture qui ne guérit pas dans un temps normal (quelques semaines) est appelée une union retardée ou une non-union. Une fracture qui a guéri dans un mauvais alignement est appelée une mal-union (os déformé). L os est un des rares tissus qui retrouve 100% de sa résistance d origine après guérison (ce qui n est pas le cas des muscles, tendons ou ligaments). 7 Fractures 7.1 Définition: bris d'un os à la suite de l application d'une force extérieure ou d'une maladie. 7.2 Causes a. origine traumatique: le plus fréquent - accident automobile - chute - exercice brutal (course, saut, bagarre) b. maladies (fractures pathologiques): - nutrition inadéquate (rare avec nourriture conventionnelle, surtout avec supplémentation vitaminique excessive ou régime tout viande) - néoplasmes (cancer des os) - infections (ostéomyélite) - maladies systémiques (insuffisance rénale) 7.3 Types a. Complète : l os est complètement séparé par le trait de fracture b. Incomplète: en bois vert et fissure. Le trait de fracture est incomplet. c. Fermée: ne communique pas avec l'extérieur.

9 d. Ouverte: communique avec l'extérieur (fracture contaminée ou infectée). Il y a donc une ouverture plus ou moins grande dans la peau dans le voisinage de la fracture e. Simple: un seul trait de fracture. f. Multiple: plusieurs lignes de fractures, trois fragments ou plus. g. Stable: les fragments n'ont pas tendance à se déplacer. h. Instable: les fragments se déplacent facilement. 7.4 Symptômes Non-usage du membre ou boiterie sévère Difformité de la région Mobilité anormale Enflure Crépitation Douleur Perte de sensibilité si atteinte nerveuse 7.5 Complications dommages musculaires, particulièrement à la cuisse, causant de la contracture musculaire; dommages nerveux : o si le nerf radial est impliqué lors de fracture de l'humérus o si le nerf sciatique est impliqué lors de fracture du bassin o à la moelle épinière lors de fracture vertébrale dommages articulaires: ostéo-arthrose lorsque la fracture affecte une articulation, ankylose lorsqu'un membre est longtemps immobilisé par un plâtre pendant la guérison osseuse dommages à l'urètre ou à la vessie (rupture) : lors de fracture du bassin; os plus court ou dévié: à la suite d'une mauvaise guérison ou d'une atteinte à une plaque de croissance; infection (ostéomyélite) : à la suite d'une fracture ouverte, de

0 contamination lors de la correction chirurgicale ou par des bactéries qui passent des intestins au sang lors de choc. 7.6 Diagnostic examen physique (observation, palpation) examen radiologique (2 vues obligatoires : une cranio-caudale et une latérale) dans le but de : o déceler les lésions et de déterminer le pronostic o prévoir les complications o choisir le mode de traitement : repos, bandage, plâtre, chirurgie (tige, plaque vissée, fixateur externe, clou verrouillé) 7.7 Traitement Le traitement d'une fracture comporte deux étapes: la réduction et l'immobilisation. 7.7.1 La réduction: consiste à remettre le plus exactement possible, en position anatomique normale, les fragments osseux déplacés. 7.7.1.1 Réduction fermée: remise en place par tractions et manipulations externes des fragments osseux sans intervention chirurgicale proprement dite. 7.7.1.2 Réduction ouverte: consiste à accéder chirurgicalement au site de la fracture et à exposer les fragments osseux. Par la suite, la réduction est obtenue par manipulation directe des os à l'aide de pinces à os et de leviers. 7.7.2 L immobilisation : consiste à maintenir fermement en place les fragments osseux replacés par la réduction, afin de permettre à l os de guérir (se ressouder) le plus rapidement possible et dans la position désirée. 7.7.2.1 Immobilisation externe: consiste à utiliser différents matériaux ou structures appliqués à l'extérieur de la peau et n'ayant aucun contact direct avec les os : plâtre de Paris plâtre synthétique (résine) bandage Robert-Jones attelle ou gouttière 7.7.2.2 Immobilisation ou fixation interne: consiste à employer divers appareils appliqués directement sur ou dans les os :

1. tige intramédullaire avec ou sans cerclages clous verrouillés Appareil de fixation externe (composé de tiges transosseuses et de barres de connexion) Vis et plaques Exemples de fractures: fémur, tibia, métatarses ou métacarpes, humérus, radius-cubitus, bassin, mâchoire, colonne vertébrale. Les fractures sont plus ou moins difficiles à traiter en fonction de leur type, de leur localisation, de l âge du patient et des moyens disponibles. 7 Luxations et subluxations 8.1 Définitions: une luxation est la dislocation d'une articulation avec perte totale de contact entre les surfaces articulaires. Une subluxation est une luxation incomplète, c est-à-dire que les surfaces articulaires sont déplacées mais encore en contact. 8.2 Luxations congénitales : malformations de naissance ou apparaissant pendant la croissance. La luxation de la rotule est la luxation congénitale la plus fréquente. La luxation du coude congénitale plus difficile à traiter est heureusement plus rare. La luxation de la rotule est une cause fréquente de boiterie chez le chien, particulièrement chez les petites races mais aussi de plus en plus chez les grandes races en particulier le Labrador et le Montagne des Pyrénées. La maladie peut être uni/ou bilatérale et la rotule peut luxer médialement (vers l intérieur du genou) ou latéralement (vers l extérieur). Elle est généralement le résultat de malformations congénitales qui se traduise par une conformation anormale des os (varus fémoral, varus et torsion interne du tibia). La luxation médiale congénitale est la forme la plus fréquente. Considérée comme héréditaire, elle a une très forte incidence chez le caniche, le poméranien, le Yorkshire terrier, le chihuahua et le Labrador. Elle est classée par grade de sévérité de 1 à 4, suivant qu'il s'agit d'une luxation intermittente ou d'une luxation permanente. Les signes peuvent varier beaucoup, En effet, la luxation de la rotule peut être asymptomatique, causer une simple boiterie occasionnelle ou causer aussi le non-usage permanent du ou des membres affectés.

2 Si le chien montre des signes cliniques, un traitement chirurgical est recommandé. Le choix des techniques dépend de la sévérité de la luxation et des déformations osseuses observées aux examens physique et radiographique. 8.3 Luxations/subluxations traumatiques: associée à des élongations ou déchirures ligamentaires plus ou moins sévères. Les plus fréquentes sont les luxations de la hanche et du coude. Les signes cliniques sont les suivants perte plus ou moins complète de la fonction du membre déviation, raccourcissement du membre difformité de la région enflure et douleur, si traumatique Le diagnostic demande un examen orthopédique et radiographique. Le traitement passe par la réduction de la luxation ou remise en position normale des 2 surfaces articulaires. La réduction peut être faite de façon fermée par traction et manipulation ou de façon ouverte si la réduction fermée est impossible ou si l articulation reluxe trop facilement. Une immobilisation est ensuite nécessaire (bandage en «8», Velpeau, plâtre) pour permettre la guérison de la capsule articulaire. 9. Rupture du ligament croisé crânial du genou C est la cause la plus fréquente de boiterie chez le chien et la raison principale de consultation d un orthopédiste vétérinaire. La stabilité du genou est assurée par des ligaments, entre autres par les ligaments croisés: le crânial et le caudal. 9.1 Causes : les chiens de tous âges peuvent être affectés. On voit fréquemment des chiens de moins de 2 ans avec une rupture du ligament croisé crânial dans les 2 genoux. Le rôle de l hérédité a été démontré chez le Terre- Neuve mais est aussi suspecté chez d autres races comme le Labrador, le Bouvier Bernois, le Rottweiller ou le Golden Retriever. Des anomalies de conformation osseuse et de structure ligamentaire prédisposent certaines races à la dégénération progressive du ligament croisé cranial et finalement à sa rupture. Ces chiens ne subissent généralement aucun traumatisme majeur. D autres individus peuvent avoir, comme chez l homme, une rupture purement traumatique du ligament croisé crânial (saut, jeu brutal, ) 9.2 Signes cliniques : la rupture de ce ligament peut être partielle ou complète. Un rupture partielle entraîne une boiterie parfois minimale et insidieuse. Elle est plus difficile à diagnostiquer qu une rupture complète qui provoque l'instabilité de l'articulation. Cette instabilité est démontrée par le mouvement de tiroir

3 (déplacement d avant en arrière du fémur par rapport au tibia). Dans tous les cas de rupture du ligament croisé crânial, il y a boiterie plus ou moins sévère, douleur à l extension du genou, et, à long terme, ostéoarthrose si la condition est négligée. La radiographie ne permet pas de visualiser le ligament mais permet de montrer des anomalies comme l effusion articulaire (augmentation de la quantité de liquide articulaire) ou des signes d ostéoarthrose (ostéophytose) qui confirment le diagnostic. 9.3 Traitement : le traitement médical (repos, anti-inflammatoires) ne donne pas de résultats satisfaisants chez le chien excepté peut-être sur de très petits patients (moins de 5 kilos). Pour que le genou retrouve une fonction acceptable le traitement doit être chirurgical,. Ce dernier consiste à ouvrir l'articulation pour enlever les débris du ligament déchiré et inspecter les ménisques et à stabiliser l articulation soit avec du matériel synthétique, soit avec du matériel autogène (fascia ou tendon tibio-rotulien). A ce jour, il n existe aucune technique satisfaisante pour remplacer le ligament chez le chien, c est pourquoi une nouvelle technique (TPLO ou nivellement du plateau tibial) a été développée. Cette technique permet de stabiliser le genou en modifiant sa biomécanique sans avoir à remplacer le ligament. 10. Entorses 10.1 Définiton : une entorse est une élongation plus ou moins sévère d un ligament. On classe les entorses du premier au troisième degré en fonction de la sévérité. Une entorse de premier degré n implique pas de déchirure des fibres du ligament alors qu une entorse du troisième degré représente un rupture complète du ligament. Une entorse sévère est souvent plus dommageable à la fonction du membre qu une fracture car un ligament ne retrouve jamais sa résistance initiale après rupture et guérison. 10.2 Carpe et tarse : ces 2 articulations sont l équivalent du poignet et de la cheville chez l homme. Ce sont des articulations complexes qui comprennent de nombreux ligaments et sont souvent le site d entorses plus ou moins sévères qui restent fréquemment non-diagnostiquées. 11. Dysplasie de la hanche 11.1 Définition : la dysplasie de la hanche est une maladie héréditaire polygénique (transmise par plusieurs gènes) caractérisée par une instabilité de l articulation coxofémorale (articulation de la hanche) pouvant entraîner une subluxation de la hanche (séparation partielle des surfaces articulaires) et secondairement de l ostéoarthrose (dégénérescence des structures articulaires).

4 11.2 Signes cliniques et diagnostic : les signes cliniques comprennent une boiterie de degré variable pas toujours évidente (raideur, démarche anormale), de l intolérance à l exercice, des difficultés à monter les escaliers ou grimper dans la voiture. Parfois, il n y a aucun signe clinique (certains chiens même très affectés peuvent ne montrer aucun symptôme) et c est pourquoi la détection de la maladie peut être difficile à partir de ce seul critère. En plus des signes cliniques, le diagnostic passe par un examen orthopédique qui peut montrer une boiterie, raideur, démarche anormale, «bunny hopping» (courir en lapin) des masses musculaires des cuisses inadéquates de la douleur à l extension des hanches une instabilité de la hanche détectée par manipulation et un examen radiographique sur un animal tranquillisé ou anesthésié (dès 4 à 5 mois). Plusieurs vues radiographiques sont possibles. La plus couramment utilisées est la vue ventrodorsale ou OFA (chien sur le dos avec membres étendus vers l arrière). 11.3 Traitement : il peut être conservateur ou médical (médicaments, contrôle de l activité, contrôle du poids, protecteurs de cartilage). Il est important de savoir que de nombreux chiens dysplasiques n ont que des signes mineurs en vieillissant. Il peut aussi être chirurgical : de nombreux traitements sont possibles pour corriger chirurgicalement la dysplasie de la hanche. Les meilleures possibilités de traitement s offrent chez le jeune chien de moins d un an avant que la hanche ne dégénère. Chez le jeune, une ostéotomie triple du bassin permet de contrôler l instabilité de la hanche et de prévenir la dégénérescence du cartilage. Cette procédure est la meilleure procédure car elle permet de conserver la hanche et de permettre une fonction normale au patient pour le long terme. Chez l adulte, une arthroplastie ou excision de la tête et du col fémoral permet de contrôler la douleur liée à l arthrose mais modifie la mécanique de la hanche et le chien se fatigue généralement plus vite. La prothèse de hanche permet une fonction presque normale mais est une procédure pus compliquée et coûteuse. Enfin, une procédure récente appelée la dénervation de la capsule articulaire permet à un chien dont la hanche est très dégénérée de retrouver un bon niveau d activité en éliminant la douleur par destruction des terminaisons nerveuses de la capsule articulaire. La meilleure façon de n avoir pas à traiter la dysplasie de la hanche est de sélectionner des chiens qui n en n ont pas. Il faut donc être très strict dans les accouplements et penser au long terme de la race. 12. Dysplasie du coude 12.1 Définition : la dysplasie du coude comprend les différentes entités abordées ci-après. Elle correspond à des anomalies de formation et de congruence qui entraînent un emboîtement imprécis des os du coude (humérus, radius et ulna)

5 12.2 Fragmentation du processus coronoïde médial (FPCM) C est la composante la plus répandue de la dysplasie du coude. Une partie de l ulna (cubitus) qui finit en pointe (processus coronoïde) se fissure ou se fragmente à l aspect interne du coude. Cela cause une boiterie plus ou moins sévère, une enflure de l articulation et de l arthrose secondaire. A l examen clinique, une douleur est habituellement détectée à la flexion du coude. Le diagnostic se fait par radiographie, CT scan ou arthrographie. Le traitement peut être médical ou chirurgical en fonction de la gravité. Le pronostic est toujours réservé. Figure 3 : fragmentation du processus coronoïde (partie hachurée) 12.3 Non-union du processus anconé Le processus anconé est une structure osseuse localisé dans l articulation du coude. Normalement, ce processus se soude à l âge de quatre mois. Dans cette maladie, le processus refuse de se souder et devient un fragment libre intraarticulaire. Les signes cliniques sont assez semblables à ceux présents dans la FPCM. La douleur est cependant surtout présente à l extension du coude. Le meilleur traitement est chirurgical et consiste à une ostéotomie de l ulna qui permet souvent au processus anconé de se ressouder. Cette maladie est surtout prévalente chez le Berger allemand. Figure 4 : non-union du processus anconé : la partie ombrage montre la séparation du processus anconé de l os ulnaire.

6 12.4 Ostéochondrite du condyle huméral Cela correspond à un décollement de cartilage au niveau du condyle médial de l humérus. Les signes cliniques sont assez semblables aux 2 maladies précédentes. Le diagnostic est radiographique et le traitement chirurgical. 13. Maladies de croissance 13.1 Panostéite : maladie osseuse d origine inconnue affectant les os longs, chez le jeune adulte de grande race et surtout chez le berger allemand mâle. Le Bassett Hound est aussi fréquemment affecté. Les signes cliniques sont une boiterie d origine obscure, d apparition parfois aiguë et pouvant passer d un membre à l autre. A l examen clinique, on trouve de la douleur à la pression des os longs. La maladie est autolimitante et disparaît habituellement à l âge adulte sans laisser de séquelles. Des crises peuvent survenir jusqu à l âge de 3 ans chez le Berger allemand. Le traitement consiste en l administration d antiinflammatoires et analgésiques pendant les crises. Le pronostic est excellent même si la boiterie peut être très sévère chez certains animaux. 13.2 Ostéodystrophie hypertrophique : maladie du système squelettique causée par une erreur dans la croissance osseuse affectant les jeunes chiens (3-7 mois) de grande race en croissance rapide. La cause est inconnue. Suralimentation? Excès de suppléments (Ca)? Atteinte virale (Parvovirus, Distemper). Les signes cliniques sont souvent précédés d un épisode de diarrhée. Il y a boiterie sévère, fièvre, anorexie, refus de se déplacer. Les extrémités distales des radius/cubitus et des tibias sont enflées, chaudes et douloureuses (figure 5). Des lésions radiographiques typiques sont présentes (figure 6 et 7). La maladie est traitée par des analgésiques et antidiarrhéiques au besoin. Certains cas peuvent être très sévères et entraîner des difformités osseuses. Des cas de décès ont été rapportés.

7 Figure 5 Figure 6 Figure 7

8 13.3 Ostéochondrose/ostéochondrite dissécante Définition : l ostéochondrose est caractérisée par une anomalie de l ossification endochondrale au niveau du cartilage de certaines articulations. Le cartilage au lieu de se calcifier et de devenir de l os s épaissit et devient susceptible à une fissuration puis un décollement qui entraîne la forme clinique de l ostéochondrose qu on appelle ostéochondrite dissécante (figure 8). Cette maladie affecte surtout les jeunes chiens de grande race avec une prédisposition pour le Golden Retriever au Québec. Signes cliniques : la maladie peut se manifester sous la forme d ostéochondrite disséquante qui peut affecter toutes les articulations, mais se localise surtout à l épaule (figure 9), au coude, au grasset ou au tarse : boiterie associée à enflure et douleur de l articulation atteinte. Le traitement est chirurgical et consiste à retirer la portion de cartilage qui est partiellement ou complètement détachée et à cureter l os sous-chondral pour permettre la formation d un fibrocartilage. Le pronostic est très bon pour l ostéochondrite de l épaule beaucoup moins pour les autres articulations. Figure 8 Figure 9 : Ostéochondrite disséquante de la tête humérale : la partie hachurée indique le site de la lésion.

9 14. Maladies osseuses métaboliques Définition : maladies osseuses d origine hormonale et/ou nutritionnelle affectant tout le squelette et causant des anomalies ou une réduction générale de la masse osseuse. 14.1 Rachitisme : Maladie osseuse très rare du jeune chien, caractérisée par un défaut de minéralisation de l os. La cause principale est une déficience en vitamine D et secondairement en calcium, phosphore. Cette maladie ne peut survenir actuellement si un animal est nourri avec une alimentation commerciale de bonne qualité. 14.2 Faux rachitisme : Maladie osseuse du jeune chien de grande race, caractérisée par de grosses articulations et une déviation des membres. Elle est due à l hérédité mais surtout à la suralimentation surtout observée dans les races géantes suite à des recommandations ou croyances erronées. Il faut enlever tout supplément et ralentir la croissance osseuse en diminuant l alimentation. 14.3 Hyperparathyroïdisme 14.3.1 Hyperparathyroïdisme secondaire nutritionnel : maladie osseuse caractérisée par une grande fragilité des os (déminéralisation) observée chez les animaux nourris exclusivement de viande rouge : manque de calcium, excès de phosphore. 14.3.2 Hyperparathyroïdisme rénal : maladie assez semblable à la précédente mais due à une maladie rénale qui entraîne une rétention de phosphore et une déminéralisation des os secondaire à une sécrétion accrue de parathormone. 15. Tumeurs Les tumeurs de l appareil locomoteur sont relativement fréquentes chez le chien âgé 15.1 Tumeurs osseuses La plus fréquente et la plus dévastatrice est l ostéosarcome. Cette tumeur atteint surtout les chiens de grande race parfois assez jeunes (2 ans). Le pronostic est sombre à court ou moyen terme. 15.2 Tumeurs articulaires Moins fréquentes que les tumeurs osseuses. La plus souvent rencontrée est le chondrosarcome. Le pronostic est mauvais.

2 0 16 Arthrose 16.1 Définition... 16.2 Signes cliniques... 16.3 Traitement... 17 Les arthrites Elles ont des causes multiples. 17.1 Inflammatoires 1. Infectieuses : bactéries; 2. non-infectieuses : auto-immunitaires. 17.2 Non Inflammatoires (ostéo-arthrose) : dégénérescence du cartilage causée par le vieillissement ou une irritation chronique. Traitement traiter la cause, si possible; exercice : encourager n exercice modéré et éviter l exercice violent; poids : garder l animal le plus léger possible ; médication : analgésie et anti-inflammatoires au besoin (attention aux effets secondaires). 18 Examen de boiterie Pour ne rien laisser au hasard, un examen de boiterie doit être complet et doit suivre une procédure rigoureuse.