LES CONDUITES ADDICTIVES



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Transcription:

EOM N.I LES CONDUITES ADDICTIVES I. introduction : - addiction : assuétude, asservissement, dépendance, toxicomanie. - Problème majeur de la santé publique. - Mortalité et morbidité élevées. pertes de vies + pertes économiques - Le développement des drogues a explosé depuis les années 1960 - Les polydépendances sont la règle. - L âge de début de la toxicomanie se situe entre 17 et 23 ans. - La population la plus atteinte est représentée par les hommes de 20 à 25 ans. - Le sex-ratio = 3H/1F - Les «toxicomanies» sans drogues désignent des comportements compulsifs tels que le jeu pathologique (ex. au casino, loteries ), la kleptomanie (càd voler de façon compulsive, sans avoir besoin de le faire), la boulimie, la trichotillomanie (s arracher les cheveux) II. modes de consommation des drogues : 1. consommation occasionnelle : - prise de drogue occasionnelle, irrégulière, voire unique. (comprend le tabac aussi, qui donne d ailleurs le maximum de dégâts) - Une toxicomanie peut survenir dans 5 à 10 % des cas. 2. abus de drogues : - poursuite de consommation malgré les complications, sans atteindre le niveau de dépendance. - Utilisation répétée d une substance qui peut être responsable de : o Incapacité à remplir des obligations majeures, au travail, à l école ou à la maison. o Problèmes judiciaires. o Problèmes relationnels. o Prise de risques (conduite en état d ivresse, risque d arrestation lors de l achat des drogues ) 3. dépendance : - mode d utilisation inadéquat d une substance conduisant à une altération du fonctionnement ou à une souffrance importante. - 67 -

- Niveau le plus élevé de dépendance à une drogue. - Appétence aux produits qui envahit l ensemble de la vie psychologique et sociale. - Il y a dépendance physique en cas de tolérance ou de syndrome de sevrage - La tolérance : désigne le besoin de quantités plus importantes de la substance pour obtenir l effet désiré. - Sevrage : développement d un syndrome spécifique d une substance dû à l arrêt de l utilisation prolongée et massive de cette substance. III. classification des drogues (classification schématique, selon les effets qui peuvent co-exister pour une substance) - stimulants : o amphétamines, MDMA ou «ecstasy» (dérivé) o cocaïne et dérivés (crack) o caféine o nicotine - sédatifs : o opiacés : opium, morphine, héroïne, codéine, DORSAL*, PALFIUM* o benzodiazépines o barbituriques - hallucinogènes : o cannabis o solvants organiques : colles, éther, trichloroéthylène o LSD IV. substances psychoactives et leurs spécificités : 1. alcool : - intoxication aigue ivresse pathologique - ivresse pathologique : o ivresse excito-motrice avec accès paroxystiques de fureur o ivresses délirantes et hallucinatoires o ivresse anxio-dépressives avec risque de suicide - le syndrome de sevrage donne une insomnie, sueurs, tremblements, cauchemars, avec risque d une delirium tremens +++ - complications somatiques : peuvent toucher tous les appareils - les femmes sont plus vulnérables - 68 -

- atteintes hépato-digestives et neuropsychiatriques (périphérique ou centrale, celle-ci peut être à l origine d une démence, de troubles de la mémoire (syndrome de Korsakoff) ) 2. cannabis : - principe actif : delta 9 tétrahydro-cannabiol (THC) Ivresse cannabique : - euphorie et modifications sensorielles - perturbations cognitives (mémoire à court terme) - coordination motrice perturbée - signes somatiques généraux : hyperhémie conjonctivale et mydriase, sechresse buccale - à doses élevées : illusions et hallucinations - cpc psychiatriques : syndrome amotivationnel et dépersonnalisation - rôle étiologique sans certains troubles : schizophrénie? - risque de cancer du poumon > au tabac 3. opiacés : (opion = ) - morphine, codéine et héroïne sont issus de l opium. - Absorbés par voie intraveineuse, respiratoire ou nasale. o euphorie, sentiment de plaisir physique et psychique suivi d une rêverie calme. - Effets somatiques : bradycardie, hypotension, myosis, constipation, séchresse buccale, analgésie - La dépendance de l héroïne est rapide avec une dépendance physqie sévère. - Cpc : o surdosage (à l occasion d un changement de dealer qui a l habitude de mélanger la drogue avec d autres substances) peut conduire au décès. o Syndrome de sevrage : anxiété, insomnie, irritabilité, douleurs abdominales, douleurs dorso-lombaires, rhinorrhées, diarrhée o Complications virales : VIH, hépatite C et B. o Abcès aux points d injection, septicémie, endocardite, encéphalite, abcès cérébral 4. cocaïne : - alcaloïde du coca - voie nasale ou intraveineuse - 69 -

- sulfate de cocaïne = crack (fumé) : plus puissant est moins couteux. - Etat d excitation psychique, ivresse euphorique. - Tachycardie, hypertension artérielle, mydriase, sueurs - Complications : cardiovasculaires (infarctus du myocarde ), neurologiques (hémorragies cérébro-méningées ) psychiatriques (délires, troubles de l humeur ) 5. benzodiazépines : (ex : RIVOTRIL : clonazepam) - effets euphorisants - ivresse benzodiazépinique : euphorie, subconfusion, incoordination motrice et verbale, troubles de l attention et de la mémoire. - Altération du jugement + désihnibition actes médico-légaux - Effets majorés par l alcool - Syndrome de sevrage : risque de confusion mentale et de crises convulsives +++ 6. solvants et colles : - aisément accessibles au public - colles, diluants de peinture, produits de démaquillage - modes d utilisation : sniffés - après «sniffing» effet immédiat et intense, manifestations ébrieuses et d ivresse euphorique avec sensation de bien être, désinhibition psychomotrice. - Surdosage confusion coma - Cpc : OAP lésionnel, cytolyse hépatique intense, encéphalopathie irréversible, névrite, troubles hépatiques, rénaux et sanguins 7. amphétamines et dérivés (acstasy): - facilite les rapports sociaux, désinhibition sexuelle. - Après injection «flash» (exaltation d allure maniaque) - La descente (après métabolisme de la substance) est extrêmement pénible (abattement et tristesse) - Fortes doses illusion, hallucinations - Risque neurotoxique et d hypertension maligne. V. évolution : - la dépendance est un processus évolutif - s installe souvent à la post-adolescence avec une faible motivation face à l abstinence. - Les demandes de soins sont tardives. - La comorbidité avec un autre trouble psychiatrique aggrave le pronostic - Rechutes fréquentes - Complications somatiques, psychiatriques et sociales. - 70 -

VI. cpc psychiatriques des drogues : - syndrome confusionnel - troubles délirants induits - états dépressifs - troubles anxieux et troubles du sommeil - syndrome amotivationnel : déficit de l activité sociale et du fonctionnement intellectuel avec indifférence affective - perturbations cognitives (démences avec alcool et solvants) VII. comorbidité psychiatrique (toxicomanie : cause ou conséquence?) - schizophrénie : 90% tabac, plus de 30% cannabis. - 5 à 10 % des polytoxicomanes ont un trouble schizophrénique. - 60% un trouble de l humeur - Les toxiques facilitent les passages à l acte, tentatives de suicide, actes criminels ou sexuels VIII. facteurs étiologiques : - pas de causalité unique - facteurs socio culturels : déterminants dans l expérimentation et l abus - facteurs psychologiques et biologiques : déterminants dans la dépendance - facteurs biologiques : o puissance intrinsèque de chaque drogue o les facteurs génétiques contribuent pour 50% aux dépendance à l alcool, à l héroïne et à la cocaïne. - Facteurs psychologiques : pas de personnalité spécifique o Les personnalités pathologiques les plus souvent rencontrées sont les personnalités antisociales et borderlines pour les drogues, personnalités anxieuses, dépendantes et paranoïaque à l alcool. - Facteurs sociaux : accès aux toxiques, influence des pairs, consommation de toxiques par les parents, la qualité des relations familliales - L adolescence est un moment de particulière vulnérabilité - 71 -

IX. prise en charge : - prise en charge multidisciplinaire et au long cours - dépistage : o diagnostic clinique : interrogatoire + stigmates physiques o examens complémentaires - hospitalisation en urgence en cas de cpc médicale ou psychiatrique - l hospitalisation de sevrage doit être préparée - éviter les prescriptions symptomatiques de psychotropes (malgré l insistance fréquente des sujets) - TRT médicamenteux : o Alcool BZD (car risque de confusion mentale et de convulsions, prescrire sur une période limitée +++ car risque de dépendance) vitamine B (B1+++), acide folique et hydratation (pour éviter les désordres hydroélectrolytiques) o Opiacés tranquillisants, antalgiques o BZD diminution progressive avec produits à demi-vie longue - TRT de substitution : substitution aux opiacés (bientôt disponible au Maroc : méthadone) - Suivi psychologique et social - Ecoute attentive et empathique, ni moralisatrice ni culpabilisatrice - Psychothérapie comportementale et cognitive : favorisent la motivation puis le maintien de l abstinence - Prévention +++ - 72 -