La gestion des risques complexes : champ d application de la théorie des incitations ; spécificités ; résultats généraux



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Transcription:

Conseil économique pour le développement durable La gestion des risques complexes : champ d application de la théorie des incitations ; spécificités ; résultats généraux À propos de l essai de Yolande Hiriart et David Martimort : «Le Citoyen, l Expert et le Politique. Une rationalité complexe pour une régulation excessive du risque» Dominique Bureau Conseil économique pour le développement durable www.developpement-durable.gouv.fr

Points de discussion Enjeux et apports de l analyse économique à ce domaine L analyse coûts-bénéfices Au-delà de la «théorie moderne de la régulation économique et de ses institutions»? Une surévaluation inéluctable des coûts associés aux activités risquées?

Les problèmes d incitations, à la source de «Principes» à méditer «Évitement» : Le Politique, soucieux de sa réélection, relèvera les normes minimales, pour apparaître comme le meilleur défenseur du Citoyen. En cas de crise, la bureaucratie sera le bouc-émissaire «Expertise» : Si on veut inciter l expert à collecter les informations pertinentes, il doit obtenir des gains reflétant l adéquation entre ses recommandations et le succès ou l échec de la politique proposée Les experts établis ont intérêt à préconiser la solution qui ne présente aucun risque d être contredit par les faits (statu quo (?))

Apports d une approche économique de telles questions Compréhension : Ex. Multiplicité des bras armés (polices administratives ; judiciaire ) : simple dynamique bureaucratique ; ou moyen de combattre la capture du régulateur par l industrie concernée? Capacité d évaluation des régulations et des politiques, au-delà de l impact immédiat, «toutes choses égales par ailleurs» : Ex 1. Enjeux d une responsabilité élargie (impact négatif sur les conditions de financement de l industrie à prendre en compte) aérien) Ex 2. Indépendance et Accountability des Agences (nucléaire, Effets contradictoires (ex. normes minimales : démagogie, ou moyen de réduire les rentes de collusion agences / industrie) ; besoin d anticiper des effets en retour (ex. cas de dispositions en apparence strictes, permettant in fine de «dégager sa responsabilité»)

«L ACB, si chère aux planificateurs, ne peut faire l économie de la prise en compte explicite des coûts nécessaires pour générer l information pertinente» «Nier les governance failures conduit à reposer trop fortement sur l ACB» En fait, l ACB est trop faiblement utilisée dans ces domaines (et pour cause?) mais nécessité absolue : de bien comprendre que l amélioration des performances de la régulation demeurera toute virtuelle, si les problèmes d incitations dans la production des ACB, et dans la mise en œuvre des politiques, ne sont pas pris en compte ; et qu il n y a pas de «Free Lunch» p.m. histoire de la régulation des monopoles publics («fair rate of return» ; tarification au coût marginal d où «price-caps») ; analyse de la gestion publique Exemple en matière de réglementation des risques : Ex 1. Tests génétiques (disclosure) Ex 2. Principe du «meilleur Allié» moindre mal plutôt qu optimum

Un domaine où les problèmes d incitations «connus» sont particulièrement aigus rentes - incitations (cf expertise) risques incitations ( car aléa moral omniprésent) collusions industrie régulation ( conséquences pour le design, la politique industrielle) effet de cliquet etc...

Spécificités? Multiplicité des acteurs impliqués (notamment le Juge) Interactions stratégiques «dynamiques» (d où, par exemple, conflits éventuels entre incitations à la prévention et facilité de la gestion de crise) Perception des risques par le public biaisée Problème de l insolvabilité des fautifs rente / dilemnes particuliers Peut-on mettre essentiellement en avant : la méconnaissance des probabilités et (d où?) les problèmes de démonstration des fautes et ceux d insolvabilité à l origine de la double incapacité des marchés d assurance et du droit (responsabilité) à adresser la gestion de ces risques? Mais est-ce si différent des autres problèmes de régulation?

La précaution excessive? Interrogations sur la portée des exemples ( ESB précaution excessive? ; H1N1 risque complexe? ) ; + contre exemples (Tepco, amiante, tabac ) Perception du risque par le Citoyen moins univoque? ; cycles de la sûreté Résultat «descriptif» (dépend des types d organisation? ) ou «normatif» ( i.e. caractéristique de la «gouvernance optimale de 2 nd / 3 rang» )? Résultat général, indépendant des caractéristiques du domaine (conditions de constatation des erreurs ; risques contradictoires ; distinction entre autorisations pour produits nouveaux et contrôle de l existant )?