Les agriculteurs innovent par eux-mêmes pour leurs systèmes de culture Frédéric Goulet, Frank Pervanchon, Cédric Conteau, Marianne Cerf Chapeau L innovation est ici comprise à la fois comme un processus de création et d inscription d une nouveauté, technique ou organisationnelle, dans un milieu socio-économique. Les sciences sociales ont développé différents modèles pour décrire la place des agriculteurs dans ces processus. Le développement de collectifs professionnels autour d alternatives techniques qu ils créent, les moyens qu ils développent pour les faire évoluer et les adapter aux situations singulières, ou encore pour les faire reconnaître par d autres agriculteurs ou par la société, sont des sources de renouvellement des questions scientifiques sur l innovation en agriculture. L accompagnement de ces collectifs par des acteurs du développement implique des formes d action particulières, visant à susciter l autonomie décisionnelle, la créativité, et à valoriser la dynamique collective dans les processus d innovation. Introduction De tout temps, les agriculteurs ont construit des savoirs et des pratiques nouveaux et ont participé à la construction de nouvelles normes dans les domaines qui touchent à la production agricole : génétique, protection sanitaire, organisation du travail, production et évaluation de productivité, etc. Comme tout individu engagé dans l action et devant faire face à la variabilité et la singularité des situations rencontrées, les agriculteurs ne sont pas uniquement des producteurs : ils ajustent en permanence leur action et leurs connaissances, ils s adaptent à des changements, et parfois ils créent des nouveautés techniques et organisationnelles qui peuvent alors être reprises par d autres pour s instituer en produits marchands ou en normes. Dire que les agriculteurs innovent, c est souvent mettre sur le même plan des processus assez variés. La capacité intrinsèque du vivant à s adapter à son environnement, comme la capacité d un humain à adapter ses connaissances ou les outils qu il utilise pour agir sur son environnement sont souvent assimilées à l idée que les agriculteurs innovent. Mais peut-on parler d innovation ou doit-on parler d adaptation? Quand passe-t-on à un processus créatif, de production d une nouveauté? Et quand passe-t-on de cette création à sa reconnaissance et son inscription dans un milieu ayant ses dynamiques économiques, sociales, culturelles et techniques? Ne faut-il pas réserver le mot «innovation» à ces processus de création et d inscription, et garder le terme d adaptation pour évoquer ce qui se
joue au niveau de l individu quand il développe des connaissances et des pratiques pour faire face aux problèmes qu il rencontre dans l action? C est en tout cas l option que nous avons choisie de retenir dans ce texte. Il est clair que les processus d adaptation, comme de création de nouveautés par l agriculteur, ne sont pas triviaux. Ils mobilisent souvent l observation, l échange d information et de matériel (au sens large), et l expérimentation. Par exemple, Pervanchon (2004 a) évoque comment un éleveur ovin du Parc Naturel du Verdon doit faire face à l envahissement progressif des parcours par des broussailles. Il décrit comment, après une observation approfondie des phénomènes, l agriculteur décide de tester différentes modalités de brûlis (fréquence, association avec désherbant, couplage avec aire de repos du troupeau pour créer une pression de pâturage ) pour trouver la plus efficace face à son problème (Pervanchon, ibid). De nombreux autres exemples de tests réalisés par les agriculteurs à titre personnel existent dans les exploitations de grandes cultures (test de dose de produit, essai de densité de semis, etc.). L étude même de ces processus a été peu réalisée en agriculture : citons par exemple Jourdan (1997) qui s est intéressé à la façon dont des viticulteurs expérimentent de nouvelles techniques dans leurs exploitations et qui a mis en lumière certains mécanismes à l œuvre. Cependant, comme nous le verrons dans ce qui suit, ce travail au sein même de l exploitation se joue aussi et peut être d abord dans des processus collectifs qui eux, ont été beaucoup plus largement étudiés, et mis à profit par les acteurs du développement pour accompagner les processus de changement dans les exploitations. Notons, avant de tenter de mieux comprendre ces processus collectifs, que les agriculteurs s appuient souvent sur leur appartenance à des collectifs potentiellement variés (Coopératives d Utilisation du Matériel Agricole, Cercles d échanges de machines agricoles, conseils d administration d organismes professionnels agricoles, groupement d employeurs, service de remplacement, conseils de pays, Commission Départementale d Orientation de l Agriculture, etc.) pour acquérir une expérience et la valoriser au sein de leur propre exploitation. Par exemple, Charbonnier (2004) décrit comment un agriculteur, administrateur d un syndicat et présent dans les conseils de Pays, acquiert de nombreuses informations techniques, politiques, juridiques, sociales qu il mobilise pour anticiper la signature d un Contrat Territorial d Exploitation (CTE) et engager des modifications de ses productions. Nous proposons dans ce texte d organiser notre réflexion en deux temps : nous reviendrons tout d abord sur différentes approches sociologiques du rôle des agriculteurs dans les processus d innovation. Dans un second temps, nous présenterons des méthodes et pratiques mises oeuvre par des acteurs du développement agricole pour accompagner, faciliter ou appuyer les dynamiques d innovation engagées par les agriculteurs eux-mêmes.
I. Du modèle diffusionniste aux rôles des agriculteurs dans le processus d innovation : regards des sciences sociales I.1. Le modèle diffusionniste La sociologie a tout d abord abordé le processus d innovation en agriculture en référence au modèle diffusionniste. Les agriculteurs étaient considérés, notamment à partir des travaux réalisés sur la diffusion des variétés de maïs hybride aux USA (Ryan & Gross, 1943), comme des récepteurs et «applicateurs» de nouvelles techniques conçues par des acteurs de la recherche agronomique et scientifique. La diffusion de l innovation au sein du milieu agricole résultait alors d une adoption plus ou moins rapide par des agriculteurs distingués selon différentes catégories entre les «pionniers», les précurseurs, ou à l opposé les retardataires (Rogers, 1962). Ce modèle a largement façonné le processus de modernisation de l agriculture en France à partir des années 60, avec une distribution des tâches entre des concepteurs des nouveautés techniques (la science), des vulgarisateurs (les organismes de développement), et des «applicateurs» (les agriculteurs). I.2. Appropriation et conception des innovations par des collectifs professionnels Ce modèle a été critiqué à plusieurs titres. Tout d abord, il ignore qu une nouveauté technique, lors de son appropriation et de son utilisation, fait l objet de processus d adaptation et de transformation, comme nous l avons déjà évoqué pour les agriculteurs, et comme les ont décrits, dans d autres domaines que l agriculture des auteurs comme Simondon (1969) ou Rabardel (1995). L analyse des collectifs professionnels qui émergent dans l après seconde guerre mondiale en France comme les Centres d Etudes Techniques Agricoles (CETA), les Groupes d Etudes et de Développement Agricole (GEDA) ou les Centre d Initiatives pour Valoriser l Agriculture et le Milieu Rural (CIVAM) (Gervais et al., 1977 ; Cerf et Lenoir, 1987 ; Evrard et Vedel, 2002), a montré que ces formes d organisation des agriculteurs se constituaient pour permettre à ces derniers de s approprier activement une nouveauté et d apprendre collectivement comment l exploiter pour soi et en faire connaître l intérêt et les limites à d autres agriculteurs. Dans le même registre, les travaux de Chambers aux USA (Chambers, 1989), ou de Darré en France (Darré, 1986), ont souligné le rôle des agriculteurs, individuellement et collectivement, dans la production de connaissances en agriculture. Avec la notion de Groupes Professionnels Locaux (GPL), Darré a mis l accent sur les apprentissages, les échanges d expériences au sein de réseaux de dialogue locaux, mais également sur la construction de systèmes de normes régissant l évolution des pratiques techniques et constituant une sorte de filtre à l adoption d innovations endogènes et exogènes. Ainsi, l inscription de la nouveauté technique dans la pratique met en jeu des processus de production de connaissances et d adaptation des
techniques par les agriculteurs, afin de rendre cette nouveauté acceptable dans un collectif professionnel et opérationnelle dans des pratiques. Les travaux des sociologues des sciences ont permis une nouvelle approche de la diffusion des innovations. Ils l analysent comme le résultat de processus de traduction, d intéressement et d enrôlement (Callon, 1986), de construction d un réseau associant progressivement des acteurs et des objets matériels, permettant l inscription de la nouveauté technique dans un milieu socio-économique reconfiguré. Le processus d innovation n est plus linéaire, allant des chercheurs aux «applicateurs», mais tourbillonnaire. Cette approche, mobilisée en agriculture (Aggeri et al., 1998, Barbier et Lemery, 2000), tend ainsi à mettre en avant de nouvelles formes d innovation dans lesquels les agriculteurs ne sont pas de simples utilisateurs passifs d une nouveauté, mais participent activement sinon à son élaboration, du moins à sa concrétisation et à sa configuration au sein de réseaux «sociotechniques». Ici, l accent est moins mis sur le groupe que sur les réseaux d acteurs hétérogènes et la façon dont ils se coordonnent et font tenir l innovation. I.3. De nouveaux collectifs et de nouveaux enjeux identitaires autour de l innovation en agriculture? Quelques tendances observables aujourd hui dans le monde agricole, mais aussi dans d autres univers comme le logiciel libre par exemple, suscitent l émergence d un regard renouvelé sur les dynamiques d innovation et le fonctionnement des collectifs autour de l innovation. En premier lieu, alors que l analyse antérieure privilégiait l inscription locale de l innovation (cf. modèle du GPL), les caractéristiques contemporaines du milieu rural et de sa population (agriculteurs aujourd'hui minoritaires) incitent à revoir le poids du local dans les processus d innovation en agriculture. Deuxièmement, les nouveaux moyens de communication comme Internet (e-mail, liste de diffusion, forums) ou l usage désormais très répandu du téléphone portable peuvent contribuer comme nous le verrons par la suite à transformer la nature et l activité des collectifs professionnels. Ces nouveaux moyens de communication permettent la mise en relation d acteurs éloignés géographiquement, ainsi que le partage instantané d informations écrites, sonores, photographiques ou vidéographiques. Troisièmement, dans le contexte d éclatement du modèle productiviste suite aux crises sanitaires et environnementales des vingt dernières années, des groupes d agriculteurs se revendiquant de modèles alternatifs sont devenus les porte-parole de leur propre capacité à concevoir des nouveautés techniques susceptibles de répondre aux attentes tant des producteurs agricoles, qu à celles que ces derniers perçoivent de la société ou négocient avec certains groupes de cette société (cf. les Associations pour le maintien d une agriculture paysanne - AMAP). On observe ainsi l émergence de collectifs professionnels se cristallisant autour d alternatives techniques fondées la restauration de
pratiques plus anciennes comme celles portant sur le développement de prairies multiespèces dans les systèmes herbagers en élevage (Hassanein 1999), sur la simplification du travail du sol en grandes cultures (Goulet et Chiffoleau 2006), sur la sélection paysanne en génétique végétale (Bonneuil, Demeulenaere et al. 2006). L analyse de ces nouveaux collectifs fait ressortir plusieurs points en rupture sans doute avec la période précédente et implique, pour les chercheurs en sciences sociales, de faire évoluer leurs cadres d analyse des processus d innovation. Premièrement, l engagement des agriculteurs dans des collectifs peut se construire dans des espaces plus étendus géographiquement et la quête et l échange de connaissances se trouvent alors dissociés de processus de socialisation locaux. Les espaces d échange entre pairs peuvent parfois se segmenter, s organiser autour de communautés de pratiques (Wenger 1999) dédiées à des pratiques innovantes spécifiques, comme c est le cas autour du développement des techniques sans labour en France (réseau BASE en Bretagne par exemple) ou via des groupes d échange de pratiques sur de nombreux thèmes comme le compostage de déchets (Association Agriculteurs composteurs de France), la production d énergie par méthanisation (Club biogaz Lorraine), l organisation des marchés (clubs marchés à terme), la prospective (association européenne European Dairy Farming par exemple, ou des groupes de développement agricole en Bretagne). Ces communautés de pratiques peuvent alors regrouper des acteurs du monde agricole autres que des agriculteurs (experts sur le travail du sol, vendeurs de semoirs ). Ce processus d ouverture à d autres acteurs peut également se réaliser par l implication de nouveaux acteurs non agricoles dans la réflexion sur les pratiques (collectivités locales, consommateurs, environnementalistes,..), ce qui peut être à l origine d un élargissement des champs de l innovation et faciliter les dynamiques de création technique. Par exemple, comme nous le verrons plus loin, les agriculteurs d un groupe CIVAM construisent avec une collectivité un cahier de charges permettant de caractériser des systèmes à faible niveaux d intrants qui offrent une alternative aux systèmes intensifs ayant des impacts négatifs sur les ressources naturelles. Deuxièmement, dans ces dynamiques de création technique et d appropriation de nouveautés techniques, se révèle l importance de certains dispositifs matériels à coordonner les individus entre eux, à jouer le rôle d objets intermédiaires (Vinck 1999) au sein d espaces de collaboration et d assistance. Dans l exemple des techniques sans labour, autour d une marque spécifique de semoirs, se reconstruit un espace de dialogue et d apprentissage, de définition de normes professionnelles et d une identité collective partagée entre des agriculteurs éparpillés à travers le territoire national (voire international, des échanges ayant lieu entre l Europe et l Amérique du Sud sur ce sujet). Troisièmement, les formes de mobilisation des scientifiques et des conseillers et de leurs connaissances sont alors bien différentes du schéma linéaire qui a contribué à organiser la R&D et le conseil en agriculture.
Par exemple, les collections variétales sont mises à contribution par les agriculteurs euxmêmes, et les techniques de sélection s hybrident entre celles développées par les chercheurs et la sélection massale que réalisent les agriculteurs. La «bonne variété» ne répond pas nécessairement aux critères d inscription du Comité Technique Permanent de la Sélection, mais sa définition peut faire l objet de débats nouveaux entre scientifiques, conseillers et agriculteurs comme dans le cas des variétés dites rustiques par exemple. Pour les sciences humaines et sociales, il y a donc lieu de s interroger sur la transformation du partage des tâches entre scientifiques, développeurs et praticiens que de telles dynamiques concrétisent 1. L écart potentiel qui existe entre la nouveauté technique vue et attendue par l agriculteur et celle étudiée et proposée par le scientifique ou le développeur, bien montré dans de nombreuses situations, conduit à poser la question des formes de développement de l autonomie (de moyens et de pensée) des agriculteurs pour leur permettre de «défricher» des pistes d innovation délaissées par l appareil de recherche par exemple. L agriculture biologique est un exemple de ces pistes, qui n a longtemps été portée que par la volonté d agriculteurs de la développer. Aujourd hui, la mise en avant de la multifonctionnalité de l agriculture permet de décloisonner de l agenda de l innovation, en suscitant l exploration de nouvelles alternatives entre acteurs du monde rural, et non plus uniquement entre les acteurs traditionnels du monde agricole. Il y aussi lieu de s interroger sur le rôle stratégique des processus d innovations dans la recomposition de collectifs professionnels organisés autour de modèles techniques alternatifs, et sur les relations de ces collectifs avec leur environnement professionnel et la société dans son ensemble. Deux écueils possibles : le premier serait que ces collectifs, créateurs des nouveautés techniques, refusent de les mettre à disposition d autres agriculteurs pour se constituer ainsi une rente de situation. Ceci est assez différent de la façon dont a été construit le développement agricole en France jusqu ici, dont l objectif reste de mettre à disposition de l ensemble des agriculteurs les nouveautés techniques repérées par ses agents. Le second écueil serait de vouloir diffuser largement de telles nouveautés techniques et d imposer ainsi une façon de produire, certes différente du modèle productiviste, mais tout aussi normative, même si écologiquement plus acceptable par exemple. Un dernier point pourrait aussi faire l objet d une analyse plus approfondie : l évaluation des nouveautés techniques. On constate que cette évaluation par les agriculteurs n est pas uniquement pensée dans un registre technique (s assurer d un 1 C est d ailleurs un des enjeux majeurs du projet «ANR-05-PADD, PRODD», Production de connaissances, innovation, développement en agriculture et concrétisation du développement durable (responsable : M. Barbier, INRA, UMR SAD-APT) financé par l ANR- Agence Nationale de la Recherche dans le cadre du «Programme Agriculture et Développement Durable».
domaine de validité d une nouvelle proposition), ni uniquement fondée sur sa congruence avec les normes professionnelles admises localement, mais renvoie aussi à un registre de justification du bien-fondé des choix techniques opérés pour répondre aux nouvelles exigences de la société à l égard de l agriculture. De telles investigations permettraient de comprendre la façon dont l innovation, au-delà de son rôle fondamental dans l évolution des processus productifs, devient un instrument avec lequel des collectifs professionnels cherchent à redéfinir leur identité tant au sein du monde agricole qu au sein de la société dans son ensemble, et autour duquel ils s engagent depuis la conception jusqu à l évaluation. II. Les méthodes d accompagnement au service de l innovation des agriculteurs «par eux-mêmes» Du point de vue des acteurs du développement, la question de leur rôle dans les processus d innovation déployés par les agriculteurs eux-mêmes peut sembler paradoxale. Décrire leur registre d action peut cependant éclairer comment ils construisent leur place pour faciliter, accompagner les processus de création technique et d innovation portés par les agriculteurs. Les acteurs du développement mettent alors en œuvre des méthodes qui visent à faciliter ces processus, à rendre leur émergence plus aisée et plus efficace, sans pour autant s attacher aux contenus qui sont mis en débat. De telles méthodes fournissent aux agriculteurs un cadre pour la réflexion et l action. Il ne s agit donc pas ici à proprement parler de co-construction ou de co-conception, puisque ce qui est construit (un itinéraire technique par exemple, avec l introduction d une modification de variété pour lutter contre la sécheresse) l est entièrement par les agriculteurs, sans aucun appui technique ou scientifique. Ce n est que dans un second temps que, éventuellement, les agriculteurs peuvent aller chercher de l information technique ou scientifique pour étayer leur réflexion, ou argumenter leur action ; par exemple, il pourra s agir de demander l estimation d un coût de fabrication d un matériel adapté à une nouvelle technique. Cette information n est pas apportée a priori, mais relève d une recherche d information construite par le groupe ou par l agriculteur lui-même. Les méthodes mobilisées reposent le plus souvent sur l animation de collectifs d agriculteurs, car ces collectifs créent des dynamiques de réflexion où la créativité individuelle est encouragée et respectée, où sont échangées des connaissances et des expériences, dans le but d apporter à chaque individu des éléments de réflexion sur sa propre situation. Dans l histoire du développement agricole de l après-guerre, le rôle des collectifs est un moteur puissant (Evrard et Vedel, 2002) et plusieurs fédérations d associations d agriculteurs (FNCivam, Trame-FNGeda, etc.) basent toujours leurs actions sur le principe que «le groupe est toujours plus fort que le plus fort du groupe». Ce principe d action repose sur une mutualisation des capacités propres à chaque individu : ces
capacités sont nécessaires, et l échange en groupe leur donne plus d efficacité et suscite aussi de la nouveauté. L idée sous-jacente est que l autonomie des individus est une condition nécessaire pour qu ils innovent, même si elle n est pas suffisante. L accompagnement par les agents de développement vise à construire cette autonomie et à aider le groupe à valoriser les pistes explorées par certains et à les transformer en source d innovation. II.1- L appui à l échange de pratiques L échange de pratiques a été abordé par les travaux de sciences sociales pour caractériser les collectifs impliqués et leur activité, et mettre en évidence la multiplicité des ressources qui y sont partagées (connaissances, valeurs, identités, etc.). Les organismes de développement agricole comme Trame ou les CIVAM cherchent à favoriser ces échanges entre praticiens, en proposant et en favorisant différents types de cadres où ces derniers peuvent interagir. II.1.1. Les Groupes locaux d échanges de pratique : lieu de l innovation Les organismes de développement animent dans un premier temps des groupes d échanges de pratiques (GEP). Leur principe est que dans un groupe chaque individu apporte une expérience personnelle et spécifique qui bénéficie à tous les autres membres du collectif. Par l échange collectif, le groupe devient producteur de références, de normes, bref d expertise. Ce principe du collectif «expert» où chaque individu est «néophyte» a été mis en évidence dans les années 1980 par les spécialistes du management dans les secteurs non agricoles (Lemaître 1985). Sur un plan méthodologique l échange formalisé entre agriculteurs dans des GEP permet «de mettre en évidence les points de convergence dans les pratiques et aussi les points critiques permettant à chaque agriculteur de repartir avec des pistes concrètes d évolution sur son exploitation. Les séquences [ ] sont généralement d une demi-journée, la durée totale pouvant varier en fonction du sujet et d un éventuel déplacement chez chacun des participants.» (Pichard et al 2006). Les GEP ne sont pas des visites d exploitation, même si le déplacement in situ présente de nombreux avantages pédagogiques et de mobilisation des participants. Dans ces groupes, généralement, une technique mise au point et pratiquée par un agriculteur est débattue et, si elle apparaît pertinente au groupe, fait ensuite l'objet d'un travail collectif d appropriation et de diffusion ; des propositions nouvelles peuvent aussi émerger, et être testées ensuite par certains agriculteurs ou collectivement. Cela a été le cas par exemple, entre les agriculteurs de la région Centre travaillant à l amélioration de leurs pratiques en Techniques culturales simplifiées où à l occasion de rencontres régionales ou
nationales d agriculteurs sur des thématiques spécifiques pour avancer dans l amélioration des pratiques (nombreux exemples dans Collectif, 2004). L animateur est là pour offrir un cadre méthodologique d échanges et d analyse ; au fur et à mesure de son acquisition d expérience, il est en mesure d aider à reformuler les problèmes techniques des agriculteurs et à repérer des références nouvelles propres à faire avancer le groupe. Pour réaliser cet appui, l animateur doit si possible rédiger des comptes-rendus des rencontres qui sont retravaillés ensuite par les agriculteurs (Pervanchon, 2006). Par rapport aux formes traditionnelles des groupes de type associatif développées dès les années 50, on observe aujourd hui deux formes d évolution dans l activité et l animation de ces groupes. La première, qui n entraîne pas de nouveauté méthodologique porte sur une diversification des thématiques abordées : les agriculteurs échangent non seulement sur les données technico-économiques, mais aussi sur les nouveaux marchés, les modes de commercialisation, l ancrage territorial, l organisation du travail. Ils échangent également sur des niveaux d analyse plus globaux, envisageant l exploitation agricole comme un système à appréhender dans sa globalité. L animateur est là pour faciliter ces échanges et assurer un retour écrit ou oral aux agriculteurs (analyse ou synthèse) qu il leur fait valider. Les réflexions échangées peuvent amener les agriculteurs à décider de faire des tests (nouveaux itinéraires en pois par exemple pour faire face à la sécheresse). L application de ces décisions peut se faire plusieurs mois, voire plusieurs années après les échanges. Ce n est donc que sur le long terme que l on peut mesurer si ces changements sont de véritables innovations. La seconde évolution porte sur l affinement et la normalisation des méthodes d accompagnement, à l aide de travaux expérimentaux (recherche-action) menés le plus souvent avec l appui du fond de formation agricole Vivéa (Sulpice et al 2006). II.1.2. La mise en place de forum d échanges de pratiques par Internet De nouvelles formes d échanges sont apparues, liées à l évolution du contexte technique, avec par exemple les listes d échanges de pratiques sur Internet. Par exemple, depuis 2005, les agriculteurs du réseau Trame participent à des échanges par mail sur différentes thématiques : huile végétale pure, TCS, utilisation de la biomasse comme énergie Ces groupes fonctionnent sur la logique d échanges, de mutualisation et de mise en réseau des expériences de chaque participant. En bénéficiant de la mutualisation de l information, chacun alimente les échanges. La vie de ce réseau dépend de la participation de tous les inscrits. En utilisant la fonction «répondre à tous» de leur messagerie, ils posent leurs questions, partagent leurs expériences et des informations sur les thèmes choisis. Il n y a pas de contrôle particulier sur le fond : la régulation se fait par les participants eux-mêmes. Un modérateur s assure du respect par chacun de règles de communication comme le
respect mutuel ou l absence de jugement des propos des autres, et il rédige régulièrement des synthèses des échanges qui ont été conduits afin de capitaliser l ensemble des idées débattues. II.2- L appui à l exploration stratégique Les méthodes d accompagnement des agriculteurs évoluent : les agriculteurs ont toujours besoin d un appui technique et/ou de lieux pour échanger sur leurs pratiques et leurs techniques, mais ils expriment aussi de nouveaux besoins, en terme de management ou de prospective. A côté de l appui technique, les agriculteurs ont besoin d un appui méthodologique nouveau pour un accompagnement stratégique. Une approche méthodologique récente consiste à rendre les agriculteurs autonomes dans leurs décisions techniques, tactiques, et stratégiques en leur fournissant des outils inspirés des travaux sur le management dans les secteurs non agricoles (Pervanchon et al., 2007). Pour reprendre une expression d agriculteur breton, «les agriculteurs souhaitent passer d un statut de faisou à un statut de pensou». L enjeu ici est d aider les agriculteurs à changer leur conduite d entreprise et si possible (ou si nécessaire) à développer des innovations en s appuyant sur une démarche managériale qui, introduite selon un processus interactif particulier (voir encadré), peut permettre aux agriculteurs d explorer, individuellement et collectivement, des possibles nouveaux, de faire de nouvelles propositions techniques ou organisationnelles. Le travail repose sur l articulation entre une réflexion individuelle accompagnée par les outils de la démarche stratégique, et un débat collectif entre agriculteurs afin d aider chacun à s engager dans la démarche et à mettre en place les solutions découvertes grâce au processus de travail. La démarche présentée peut être renforcée, en fonction des besoins et du temps disponibles, par une intervention d experts pour éclairer sur les opportunités ou contraintes à venir. Les experts sont là pour éclairer, donner un point de vue ; ils ne sont pas là pour dire «c est comme cela que vous devez faire». Une approche prospective est aussi envisageable en complément, en fonction du temps des agriculteurs. Il s agit cette fois de donner des outils aux agriculteurs pour aller chercher de l information et l échanger sur différents thèmes comme les perspectives de croissance ou d inflation par secteur, les aspects marketing, les analyses de la concurrence, y compris internationale, les risques (normes réglementaires émergentes ou prévisibles par exemple). Là encore, on ne fait qu apporter la méthode de veille, d analyse et d échange. L application de cette démarche nécessite que les conseillers animent la rencontre initiale et s assurent de la mise en place des plans d actions par les éleveurs. La rencontre nécessite une journée de découverte de l approche stratégique, puis une demi-journée par
exploitation est nécessaire pour traiter chaque cas individuel, avec l aide du groupe. Dans tout le processus, le groupe d agriculteurs participant apporte l expertise et les références pour traiter chaque cas individuel. Cette approche stratégique ne constitue pas une recette, mais un cadre souple et adaptable par le conseiller, qui permet à terme une prise d autonomie décisionnelle - au sens de Castoriadis (David, 2000) par les agriculteurs : ils savent résoudre leurs problèmes eux-mêmes et trouver des solutions selon le contexte de leur exploitation. Encadré : Une approche en trois étapes Etape 1 : En groupe d agriculteurs en salle : découverte 1. prise de connaissance des personnes et de leurs projets («Pourquoi sommes-nous tous là aujourd hui?») 2. découverte de la démarche stratégique et de ses outils («Comment ça marche la stratégie? est-ce vraiment pour moi, agriculteur?»). Les exercices à animer permettent de traiter les questions suivantes : «qu est-ce qui est vital pour moi?», «qu est-ce qui mériterait d être amélioré sur mon exploitation?», «quels sont mes objectifs?», «de quoi est-ce que je dispose? Quels sont mes ressources et mes besoins?» Etape 2 : En groupe d agriculteurs, sur chaque exploitation : application et approfondissement 1. travail sur les exploitations («Que ce passe-t-il chez moi? Comment fais-je pour obtenir ce que je veux?»). 2. Pour aider la réflexion, un autodiagnostic peut être remis avant les travaux sur chaque exploitation, à remplir seul, ou en binôme, en prévision de la présentation de son cas aux autres membres du groupe. 3. Chaque exploitant reçoit ensuite ses collègues chez lui une demi journée. Application in situ de tous les exercices de l étape 1. Exercice de créativité pour dégager les pistes en vue d un plan d actions précis pour passer «du rêve à la réalité». Etape 3 : Réunion de bilan utile 6 mois plus tard. 1. Où en sont les agriculteurs de leur plan d actions : qu ont-ils réalisé ou non et pourquoi? 2. Comment se passe l accompagnement des agriculteurs par le conseiller agricole? Quelles suites à donner en groupe? Comment le groupe s entraide-t-il sur chaque cas individuel? II.3. L appui à la construction d innovations locales L intégration des enjeux et dynamiques de territoire peut être un puissant catalyseur d innovations. En repensant leurs pratiques de façon à intégrer les temporalités plus longues du développement local (identité paysagère, valorisation des ressources locales, préservation de l emploi et des ressources naturelles, insertion), les agriculteurs commencent par adapter leurs systèmes et finissent par innover.
Le rôle des acteurs du développement peut donc passer par un appui à l émergence d un projet associatif, ouvrant des espaces d échanges et de discussion sur la place de l agriculture dans la société. Le fonctionnement associatif permet des échanges d information sur un plan horizontal, sans hiérarchie, et la construction d un langage ou d une culture commune, compréhensible par tous (potentiellement différent du langage plus scientifique incompris des néophytes). Deléage (2004) décrit comment les réflexions autour des politiques publiques agricoles, favorisées dans les années 90 par la décentralisation d une partie de ces politiques (mise en place des contrats territoriaux), se sont révélées être des vecteurs forts de construction d identité. Plus le projet associatif est tourné vers l innovation, plus l agriculteur sera tenté d innover sur sa ferme. La dynamique associative est ensuite animée par les agents de développement à travers des bulletins de liaisons réguliers (lettre du Réseau Agriculture Durable, Civ Info,...), qui capitalisent les échanges, diffusent les nouveautés techniques ou organisationnelles et consolident la culture commune. L exemple du CIVAM Défis ruraux (Normandie) Inspirés par le sommet de la Terre, organisé à Rio de Janeiro en 1992, deux acteurs du milieu rural non-agriculteurs ont tout d abord organisé des débats sur l avenir de la société rurale. Progressivement, les débats ont abouti à l émergence de projets d actions concrets, en particulier dans le domaine agricole. L association «Les Défis Ruraux», qui a finalement été créée pour les mettre en œuvre, compte autant de ruraux (enseignant, artisan, consultant,..) que d agriculteurs. Les adhérents ont ainsi réfléchi à une filière locale «Du blé au pain normand» et lancé, avec l appui du Conseil Régional et l équipe d animateurs embauchés, des travaux de recherche sur les variétés rustiques en blé et les itinéraires techniques adaptés. Désormais forte de onze salariés, l association développe des projets d agriculture durable dans différentes directions : bois-énergie, système herbager, races rustiques. Un outil fondamental dans la construction de l innovation se révèle être une grille de diagnostic, qui permet d évaluer la piste creusée par un individu, de la caractériser avant de la faire expérimenter par le groupe. Cet outil de transparence offre l avantage de sélectionner a priori les pistes d innovation en fonction de leur avantage comparatif global (compromis entre l économique, le social et l environnemental). Nous pouvons ainsi citer les diagnostics de durabilité du Réseau Agriculture Durable, la grille IDEA, l arbre de l exploitation agricole durable, ou sur des entrées plus techniques le bilan énergétique PLANETE (Pervanchon, 2004 b). Ces outils font partie intégrante du langage commun créé par le groupe et sont des supports pour l échange de références au sein du réseau. Cela implique une phase
d appropriation (souvent par la co-construction) de ces grilles pour qu elles deviennent des outils de pilotage de l innovation au service des agriculteurs II.4. L appui à l institutionnalisation d innovations paysannes Le rôle des acteurs du développement peut être enfin de fédérer les agriculteurs et les collectifs engagés dans le développement de pratiques innovantes, afin de faire connaître à un public plus large les atouts de ces nouvelles pratiques ou de souligner les apprentissages nécessaires à leur développement dans le contexte de chaque exploitation. La rencontre entre agriculteurs est nous l avons vu un moyen central pour satisfaire à cet objectif, mais dans certains cas l effort d accompagnement du groupe est porté, à sa demande, sur l objectif de faire entrer ces innovations dans le domaine de l action publique afin de favoriser leur développement. Il s agit alors d aider à construire la reconnaissance par les pouvoirs publics (collectivités locales) et/ou les acteurs de la recherche agronomique de la performance des systèmes en question, au travers de programmes menés conjointement par ces acteurs et les agriculteurs. Par exemple, les actions menées par le Centre d Etude pour un Développement Agricole Plus Autonome (CEDAPA) en Bretagne visent à démontrer le bien fondé des changements de fonctionnement et de gestion des entreprises agricoles. Pour valider l efficacité économique et écologique des pratiques agricoles de ces exploitations, un programme de recherche-action pluridisciplinaire de 5 ans, intitulé «Systèmes Terre et Eau» a été signé en 1994 entre l INRA, le Conseil Général des Côtes d Armor et le CEDAPA. Les travaux menés ont contribué alors à la mise en place d un cahier des charges intégré par la suite dans des dispositifs de mesures agro-environnementales (MAE), démarche depuis reconduite auprès d exploitations de grandes cultures. D autres collectifs d agriculteurs, sur des innovations techniques différentes, s engagent sur cette voie de la quête de reconnaissance des performances économiques et environnementales des systèmes de culture dont ils se réclament les concepteurs ; c est le cas notamment, toujours en Bretagne, de l association BASE oeuvrant au développement et à la promotion des techniques dites de «conservation des sols» (non-labour et couverture végétale). Conclusion Les agriculteurs interagissent entre eux et innovent dans leurs de systèmes de culture. Mais la nature des collectifs et leur registre d action se transforment : des réseaux a- territoriaux se développent avec l aide d Internet, se segmentent et se spécialisent selon les thèmes abordés. Leur transformation s opère également en fonction de dynamiques identitaires au sein de la profession, et traduisent aussi une évolution des relations entre la profession, le système de R&D, et la société ; les agriculteurs affirment leur capacité à
innover, et les rapports entre agriculteurs, recherche et développement se recomposent en même temps que les métiers qu ils concernent. Le lien au local se reconfigure aussi à travers la construction de groupes où agriculteurs et acteurs non agricoles sont conjointement engagés dans la réflexion sur les pratiques (collectivités locales, consommateurs, environnementalistes). L analyse de ces dynamiques est à approfondir. Les méthodes d accompagnement de collectifs, formels ou informels, mises en œuvre par des acteurs du développement, s appuient sur le développement d interactions entre agriculteurs autour de thèmes et de problématiques auxquels ils sont tous confrontés individuellement dans leur activité. Les échanges horizontaux au sein du collectif et l accompagnement par les agents de développement auprès de groupes sont vus comme des moyens permettant de renforcer les capacités de décision des individus dans leurs situations particulières et de développer leur autonomie décisionnelle, conditions nécessaires pour que les agriculteurs innovent. Tout cela passe certainement par l ouverture de nouveaux espaces de liberté et de décision (réels ou virtuels), où les agents de développement n auraient qu un rôle de «miroir» et d accompagnateur afin d aider le groupe à repérer et stimuler l innovation des agriculteurs par eux-mêmes. La mise en œuvre de ces méthodes implique que l agent de développement adopte une posture d animateur, d accompagnateur ou de facilitateur qui se substitue, ou double le rôle plus classique de «technicien» ou «d expert», parfois délégué à des intervenants «extérieurs». D une certaine façon, pour faire le parallèle avec ce qui est pratiqué dans les secteurs non agricoles, cette posture s apparente à celle de «coaches» axant leur travail sur le développement et le renforcement des compétences des individus, sur l appui à la définition de projets personnels. Ce changement de posture implique probablement de repenser la formation des agents de développement : en plus des savoirs techniques et scientifiques nécessaires à une expertise dont le secteur agricole aura sans doute toujours besoin, ils doivent aussi acquérir des savoir-faire et des savoir-être pour accompagner des agriculteurs qui veulent innover par eux-mêmes. Bibliographie Aggeri F., Fixari D., Hatchuel A., 1998. Les chercheurs et l innovation, regards sur les pratiques de l INRA. INRA Editions, série «sciences en question», Paris. Barbier M., Lemery B., 2000. «Learning through Process of Change in Agriculture: a Methodological Framework» in Cerf et al. (Eds),. Cow up a tree: Knowing and learning for change in Agriculture. Case Studies from Industrialised Countries, INRA/Springer Verlag, Paris, pp 381-393. Bonneuil C., Demeulenaere E., Thomas F., Joly P-B., Allaire G., Goldringer I., 2006. «Innover autrement? La recherche face à l'avènement d'un nouveau régime de production et de régulation des savoirs en génétique végétale», in Gasselin P. & Clément O. (coord.), Quelles variétés et semences pour des agricultures paysannes durables? Dossiers de l'environnement de l'inra n 30, 29-51.
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