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2 APERÇU HISTORIQUE Nevers, dénommé alors Noviodunum, entre dans l'histoire pendant la guerre des Gaules, César ayant fait choix de sa position avantageuse à l'extrême ouest du territoire des Eduens (la Bourgogne actuelle) pour y établir ses magasins (52 avant J.-C.). Les Eduens, alliés de Rome, ayant appris la défaite de César à Gergovie, prirent et brûlèrent Noviodunum, infligeant ainsi au général romain un désastre pire que sa défaite. La ville ne fut reconstruite que sous Auguste, et c'est sous l'empire romain que son nom fut changé en celui de Nivernum, qui lui vient de Nevera, nom gaulois de la Nièvre et qui figure déjà dans l'itinéraire d'antonin (II siècle avant J.-C.). A la fin des invasions barbares, sous Clovis, Nevers devint la capitale de la nouvelle province du Nivernais et le siège d'un évêché. Au démembrement de l'empire carolingien, le Nivernais apparaît comme comté amovible, c'est-à-dire non héréditaire. Le premier comte héréditaire fut Otton-Guillaume ( ). Il serait trop long de faire ici l'histoire détaillée de la période féodale fertile en luttes. En voici les faits les plus marquants : 1063 Guillaume I fit entreprendre la construction de l'église Saint-Etienne Yves de Chartres consacra l'église Saint- Etienne. Guillaume I combla les moines de faveurs et affranchit les habitants du bourg.

3 Guillaume II ( ), Guillaume III ( ) et Guillaume IV ( ) prirent part aux première et deuxième croisades à 1165 : Affaire de Vézelay. Le Comte de Nevers avait la garde de l'abbaye de Vézelay, mais le droit de juridiction appartenait à l'abbé. Guillaume III, hostile à cette limitation de son pouvoir, fomenta contre l'abbé la révolte des habitants. Guillaume IV fit mieux : il prit la ville et chassa les moines qui s'en allèrent implorer Louis VII. Le roi forma une armée ; Guillaume prit peur, fit des promesses et les moines reprirent possession de leur monastère : Principat de Pierre de Courtenay. En 1194, il accorda des franchises aux habitants ; en retour, les bourgeois s'engagèrent à lui verser chaque année une somme proportionnelle à la fortune de chacun. Il fit élever de nouveaux remparts englobant la ville, les couvents et le faubourg Saint-Etienne. Elu Empereur de Constantinople, il mourut en se rendant au sacre Yolande, héritière du Comté, épousa Robert de Dampierre, qui devint Comte de Flandre en Le Comté passe de la Maison de Flandre à la Maison de Bourgogne, qui le gardera jusqu'en Pendant la guerre de Cent Ans, le Nivernais fut plusieurs fois le théâtre des opérations militaires ; son histoire fait partie intégrante de l'histoire de Bourgogne. De 1491 à la Révolution, le Comté appartint à des princes d'origine étrangère, par le jeu des alliances et aussi par intervention du Roi réglant la succession de Nevers. Les Clèves, d'origine allemande, mais naturalisés,

4 exercèrent leur principat à Nevers jusqu'en A l'occasion du mariage de François d'eu, qui s'était illustré dans la lutte contre Charles-Quint, le roi érigea le comté-pairie en duché-pairie (1538). En 1565, Henriette de Clèves, dernière survivante de cette Maison, épousa Louis de Gonzague, troisième fils du duc de Mantoue, naturalisé et au service de la France depuis l'âge de 10 ans. Elle lui apporta en dot le duché de Nevers. Le nouveau duc fut un fidèle serviteur des rois Charles IX, Henri III et Henri IV auquel il sauva la vie lors du massacre de la Saint-Barthélemy. En 1601, Charles I de Gonzague succéda à son père. De sa femme, Catherine de Lorraine, il eut trois fils et trois filles, dont deux furent illustres : Louise-Marie, qui gouverna le duché de 1637 à 1645, époque où elle devint reine de Pologne, Anne, princesse Palatine, héroïne de la Fronde Charles II de Gonzague, petit-fils de Charles I séjourna peu dans son duché qu'il vendit pour livres au Cardinal de Mazarin Mazarin laissa le duché à son neveu Mancini Julien Mancini, célèbre surtout par sa lutte contre Racine et Boileau Jules-François Mancini : avare et goutteux Jules-Barbon Mancini (mort en 1798) : ami des lettres et des arts, académicien, ambassadeur ; il fut très apprécié par la société raffinée du XVIII siècle. Jusqu'aux Mancini, les comtes et les ducs furent de très grands seigneurs, du premier rang après les princes du sang ; les Mancini étaient de condition plus modeste. Les uns et les autres vécurent peu à Nevers ;

5 le service du roi, la vie de cour ou de salon ne le leur permettait guère. Leur duché, dernière province indépendante de l'ancien Régime, ne fut jamais incorporé au domaine royal. Cela explique peut-être la survivance, dans le Nivernais, de certains usages féodaux et du servage jusqu'en Depuis longtemps déjà, «ses droits de propriété mis à part, le duc ne conserve plus guère, pour marquer sa situation particulière dans le royaume, que son bailli et sa Chambre des comptes». (Colin, Petite histoire du Nivernais, p. 193). Les premières années révolutionnaires se passèrent dans le calme. L'ex-duc n'émigra pas ; il mit gracieusement son château à la disposition de la municipalité. En 1793, tout se gâte : l'ex-duc, toujours à Paris, est jeté en prison ; la guillotine apparaît pour la première fois à Nevers. Fouché, qui administre le Nivernais, dépossède Mancini de toutes ses habitations, ordonne l'emprisonnement des suspects, fait piller les églises et démolir une trentaine de clochers. Sur proposition de Chaumette, la cathédrale devint le temple de la Raison. La réaction thermidorienne amena la libération des suspects et celle de l'ex-duc (1794). Dès lors, l'histoire de Nevers se confond avec l'histaire nationale. Le fait le plus marquant et aussi le plus tragique est d'époque récente : le 16 juillet 1944, un bombardement détruisit une partie de la ville.