Leucémie Lymphoïde Chronique

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1 Sur la Leucémie Lymphoïde Chronique Coordination : Pierre Feugier, Nancy Avec le soutien de

2 Sur la Leucémie Lymphoïde Chronique Sommaire Qu est-ce que la leucémie lymphoïde chronique? Le diagnostic de la leucémie lymphoïde chronique L évolution et les complications de la leucémie lymphoïde chronique La prise en charge de la leucémie lymphoïde chronique Vivre avec une leucémie lymphoïde chronique Nous remercions le Dr Pierre Feugier (CHU de Nancy) pour la coordination de ce guide, ainsi que le Dr Christian Puppinck de l Association de Soutien et d Information à la Leucémie Lymphoïde Chronique et la Maladie de Waldenström (SILLC). 2

3 Qu est-ce que la leucémie lymphoïde chronique? La LLC est une forme de cancer du sang Comme son nom l indique, la leucémie lymphoïde chronique (LLC) est l une des nombreuses formes de leucémie. Ce type de maladie est lié à la prolifération d une cellule anormale dans la moelle osseuse et dans le sang. La multiplication incontrôlée par l organisme d une cellule (dite maligne) est caractéristique des cancers, que ceux-ci touchent un organe solide (le côlon ou le poumon, par exemple) ou le sang. Le terme de leucémie fait souvent peur car il évoque les formes aiguës de cette maladie, c est-à-dire les formes qui évoluent rapidement en l absence de traitement. Il faut cependant savoir que, parmi les leucémies, la LLC est l une des moins sévères et qu elle ne se transforme jamais en leucémie aiguë. La LLC est une maladie des lymphocytes B Les lymphocytes B sont des cellules sanguines qui jouent un rôle important dans les défenses de l organisme contre les agents extérieurs (virus, bactéries, champignons, etc.). Ils font partie des globules blancs. Comme toutes les cellules, les lymphocytes B ont une durée de vie limitée, de l ordre de quelques jours à quelques mois. La mort de ces cellules est physiologiquement programmée par un processus appelé apoptose. Elles sont ensuite remplacées par de nouveaux lymphocytes, la production des cellules étant continue. Au cours de la LLC, un des lymphocytes devient anormal, prolifère et ne meurt plus. Il échappe au processus d apoptose. En revanche, l organisme continue de le produire, au même titre que les lymphocytes B normaux. Faute d apoptose, tous ces clones (ou copies conformes) du lymphocyte anormal de départ se multiplient et s accumulent dans le sang. Au cours de la LLC, les lymphocytes anormaux sont présents uniquement dans le sang Les lymphocytes anormaux s accumulent dans le sang mais aussi dans la moelle osseuse et les ganglions lymphatiques. Ces derniers 3

4 Sur la Leucémie Lymphoïde Chronique sont de petits organes en forme de haricots qui sont répartis dans tout le corps, en particulier au niveau de l aine, du cou et des aisselles. Ils font partie du système lymphatique, qui joue un rôle important dans les défenses de l organisme. Certains organes sont affiliés au fonctionnement du système lymphatique. C est le cas, en particulier, de la rate, dans laquelle on retrouve généralement des lymphocytes anormaux. La maladie peut passer inaperçue au départ La LLC est une maladie d évolution lente. Lorsqu elle survient, il n y a le plus souvent aucun symptôme physique dans un premier temps. En fait, les signes initiaux de la maladie s observent uniquement dans le sang, liés à l accumulation des lymphocytes anormaux, mais cela ne provoque aucun trouble particulier et n a pas de répercussion sur la vie quotidienne. Il est dès lors fréquent que la présence de la LLC soit diagnostiquée plusieurs années après son apparition. Ce n est que lorsque la maladie évolue que des symptômes physiques peuvent survenir. La LLC peut entraîner une augmentation de volume des ganglions Les lymphocytes anormaux à l origine de la LLC tendent à s accumuler progressivement dans les ganglions lymphatiques. Cela peut, dès lors, conduire à ce que ceux-ci augmentent de volume (on parle alors d adénopathies), en particulier au niveau du cou et de l aine. L augmentation est généralement modérée et les ganglions ne sont le plus souvent pas douloureux. Le même phénomène d accumulation des lymphocytes peut également être responsable d un grossissement de la rate (appelée splénomégalie). Les causes de la LLC sont connues Si les mécanismes de survenue de la LLC sont aujourd hui de mieux en mieux compris, l origine de la maladie reste inconnue. Il n a pas été identifié de facteurs de risque individuels particuliers prédisposant à l apparition de la LLC. 4

5 La survenue de la LLC n est pas liée à l environnement Jusqu à présent, aucune étude n a permis d établir un lien entre la survenue de la LLC et l exposition à des produits présents dans l environnement. Cependant, il faut reconnaître qu il est compliqué d établir un tel lien. Cela nécessite en effet des études auprès d une large population de personnes suivie pendant de nombreuses années et l examen d un grand nombre de facteurs de risque possibles. Par ailleurs, pour certaines maladies proches de la LLC, les lymphomes en particulier, des facteurs environnementaux (l exposition à des pesticides, par exemple) commencent à être mis en cause. L existence d un lien entre de tels facteurs et la LLC ne peut donc pas être totalement exclue. La LLC n est pas une maladie héréditaire La LLC n est pas à proprement parler une maladie héréditaire. Dans la très grande majorité des cas, elle survient chez une personne sans qu aucun membre de sa famille ait auparavant été touché et sans que ses enfants présentent de risque spécifique d être eux-mêmes un jour atteints. Cependant, il existe des formes dites familiales de la maladie. Celles-ci sont rares, comptant pour environ 5 % de l ensemble des cas de LLC. Ces formes familiales sont liées à une sensibilité génétique à la maladie, sensibilité qui peut se transmettre de parents à enfants. La sensibilité génétique est également fonction de l origine ethnique. Ainsi, la LLC est très rare chez les Asiatiques. La LLC est une maladie transmissible Comme tous les cancers, la LLC n est pas contagieuse ; elle ne peut se transmettre d un individu à un autre. Vivre avec une personne atteinte de LLC ne présente donc aucun risque pour soi. 5

6 Sur la Leucémie Lymphoïde Chronique La LLC est une maladie fréquente Selon les dernières estimations disponibles, on compte un peu plus de nouveaux cas de LLC par an en France. Cette maladie représente 1 % de l ensemble des cancers. En revanche, la LLC est la plus fréquente des leucémies, puisqu elle représente 35 % de l ensemble de ces maladies du sang. La LLC touche le plus souvent les hommes Parmi les nouveaux cas de LLC diagnostiqués chaque année, 58 % concernent des hommes. Les raisons de cette fréquence masculine légèrement plus élevée ne sont pas connues. La LLC survient le plus souvent chez l adulte jeune La maladie est inexistante chez l enfant et, chez l adulte, elle survient à partir de 45 ans. Cependant, au moment du diagnostic, les deux tiers des patients ont plus de 60 ans, l âge moyen lors de la découverte de la LLC étant de 69 ans. C est donc une maladie qui touche essentiellement les seniors. Le diagnostic de la leucémie lymphoïde chronique La LLC est souvent découverte de façon fortuite La maladie est d évolution lente et, généralement, ne se traduit par aucun symptôme physique pendant plusieurs années. C est donc souvent à l occasion d un examen sanguin, prescrit pour une raison n ayant rien à voir avec la LLC, que celle-ci est décelée, lorsqu un nombre de lymphocytes B plus élevé que la normale est constaté. 6

7 Le diagnostic de la LLC nécessite un examen clinique Un examen clinique complet, effectué lors d une consultation médicale, constitue la première étape pour établir le diagnostic. Cet examen permet notamment d évaluer l état de santé général du patient et de rechercher d éventuels symptômes de la maladie. Le médecin s attache particulièrement à rechercher une augmentation du volume des ganglions et de la rate. Le diagnostic de la LLC repose également sur des examens sanguins La LLC étant avant tout une maladie des cellules du sang, le diagnostic est établi sur la base d examens effectués à partir de simples prises de sang. Le premier examen consiste tout d abord à compter les différents types de cellules sanguines ; c est ce que l on appelle un hémogramme ou, plus couramment, une numération. Un nombre de lymphocytes plus élevé que la normale oriente vers le diagnostic de LLC. Dans un second temps, les lymphocytes sont examinés au microscope par un cytologiste, un médecin spécialisé dans l analyse des échantillons sanguins. Les lymphocytes anormaux responsables de la maladie présentent en effet des caractéristiques particulières. Le diagnostic de la LLC est formellement établi à partir d un examen appelé immunophénotypage. Cette technique permet, en recherchant des marqueurs précis (des antigènes) à la surface des lymphocytes, de reconnaître ceux qui sont responsables de la maladie. Ces marqueurs sont en quelque sorte la signature de la LLC. Lorsqu ils sont retrouvés, le diagnostic de LLC peut être affirmé. L analyse des cellules au microscope et l immunophénotypage permettent ainsi de certifier le diagnostic et d éliminer la présence d autres maladies qui pourraient être responsables de l augmentation du nombre de lymphocytes. L examen clinique associé aux analyses de sang constitue ce que l on appelle le bilan initial. 7

8 Sur la Leucémie Lymphoïde Chronique L immunophénotypage peut être réalisé dans tous les laboratoires d analyse Cet examen repose sur une technique particulière et n est réalisé que par des laboratoires spécialisés, auxquels sont adressés les échantillons sanguins. Le diagnostic de la LLC est long à établir À partir du moment où les prises de sang nécessaires pour les différents examens sont réalisées, les résultats sont généralement obtenus en quelques jours. Le médecin peut alors annoncer le diagnostic au patient au cours d une consultation. Un scanner peut être demandé pour compléter le bilan initial La réalisation d un scanner, qui permet d obtenir des images précises de différentes régions du corps, peut être demandée par le médecin, en particulier lorsque le patient présente des ganglions dont le volume a augmenté. Cet examen permet alors de déterminer si d autres ganglions, présents dans des régions non palpables, sont eux aussi plus volumineux que la normale. Le résultat apporte ainsi des précisions sur l extension et le stade de la maladie. Le scanner n est toutefois pas systématique, notamment lorsque la maladie en est à un stade précoce de son évolution. Un myélogramme et/ou une biopsie de la moelle osseuse sont toujours nécessaires L étude de la moelle osseuse n est pas indispensable pour compléter le bilan initial. Elle est parfois réalisée, notamment si le diagnostic n a pu être affirmé par les examens sanguins (hémogramme et immunophénotypage). Pour cela, il faut pratiquer une biopsie ou un myélogramme. Ces deux interventions différentes consistent à prélever (pour la biopsie) ou à aspirer (pour le myélogramme) un échantillon de 8

9 moelle. Elles sont réalisées sous anesthésie locale, au niveau du sternum (os plat situé au milieu de la poitrine) pour le myélogramme ou de l os iliaque (partie saillante de la hanche) pour la biopsie. Elles ne nécessitent pas d hospitalisation. L échantillon obtenu est ensuite examiné au microscope. Cela permet d étudier les cellules présentes dans la moelle (avec le myélogramme) ou la structure de celle-ci (avec la biopsie). Des examens génétiques peuvent être demandés Le développement de la recherche génétique a permis d identifier sur les lymphocytes anormaux différents marqueurs susceptibles de fournir des indications sur l évolution possible de la maladie. Il peut ainsi être réalisé une étude des chromosomes et des gènes des lymphocytes anormaux. Ces analyses sont effectuées à partir de prélèvements sanguins. Après le diagnostic, la maladie est classée selon trois stades Une classification a été définie pour déterminer le stade d évolution au moment du diagnostic. Appelée classification de Binet, elle distingue trois stades : le stade A. Il correspond à une élévation du nombre de lymphocytes B mais sans autre anomalie sanguine (ou alors minime), et avec pas ou très peu de ganglions ayant augmenté de volume. le stade B. Il se rapporte à une élévation du nombre de lymphocytes B sans autre anomalie sanguine (ou alors minime), mais avec des ganglions plus volumineux que la normale dans plusieurs régions du corps. La taille du foie et/ou de la rate peut également être augmentée. le stade C. Dans ce cas, l élévation du nombre de lymphocytes B s accompagne d autres anomalies sanguines, en particulier une anémie (abaissement du taux d hémoglobine dans le sang en deçà de 10 g/dl) et/ou une thrombopénie (abaissement du nombre de plaquettes sanguines en deçà de /µl), et ce quel que soit le nombre de ganglions ayant augmenté de volume. 9

10 Sur la Leucémie Lymphoïde Chronique Globalement, les médecins considèrent que les malades atteints d une LLC de stade A sont asymptomatiques (ils n ont pas de symptômes physiques), alors que ceux dont la LLC est classée comme étant de stade B ou C présentent une maladie active. Lors du diagnostic, la maladie se situe le plus souvent au stade A Au moment du diagnostic, environ 60 % des patients présentent une LLC de stade A. Chez 30 %, la maladie se situe au stade B et chez 10 %, au stade C. L évolution et les complications de la leucémie lymphoïde chronique La LLC est une maladie qui évolue rapidement Contrairement aux leucémies dites aiguës, la LLC est une maladie dont l évolution est la plupart du temps lente (raison pour laquelle elle est qualifiée de chronique ). Cependant, cette évolution est très variable d un patient à un autre. Chez certains, elle reste stable pendant très longtemps alors que, chez d autres, elle peut évoluer vers une forme agressive quelques mois ou années après le diagnostic. Il existe plusieurs formes d évolution de la LLC Les médecins ont l habitude de présenter la LLC comme une maladie des trois tiers. Il existe en effet trois modes principaux d évolution de la maladie. 10

11 Dans le premier tiers des cas, la maladie est asymptomatique au moment du diagnostic (stade A) et elle n évoluera pas ou très peu. Les patients n auront jamais besoin de recevoir un traitement. Dans le second tiers des cas, la maladie est asymptomatique lorsque le diagnostic est établi (stade A) et ne requiert pas de traitement dans l immédiat. Cependant, elle évoluera dans les années à venir et une prise en charge thérapeutique deviendra alors nécessaire. Dans le troisième tiers des cas, la maladie est déjà évolutive lorsqu elle est diagnostiquée (stades B et C) et un traitement doit être mis en œuvre assez rapidement. En d autres termes, on considère que, en cas de stade A lors du diagnostic, la maladie évoluera au cours des années, et devra alors être traitée, chez la moitié des patients, tandis qu elle restera asymptomatique, sans nécessiter de traitement, chez l autre moitié. Il est possible de connaître en partie le risque d évolution de la maladie De nombreuses recherches ont été conduites ces dernières années pour identifier des marqueurs permettant de pronostiquer l évolution future de la LLC lorsqu elle est diagnostiquée. Il a ainsi été constaté que certaines anomalies présentes sur les chromosomes des lymphocytes B anormaux sont associées à une évolution plus défavorable (en particulier les délétions 11q22 et 17p13). Il en est de même d une augmentation rapide (doublement en moins d un an) du nombre de lymphocytes sanguins. La connaissance de ces marqueurs permet aux médecins d orienter, dans une certaine mesure, le suivi et la prise en charge des malades. De nombreux autres marqueurs pronostiques font actuellement l objet d études. Ces dernières ne sont toutefois pas encore suffisamment abouties pour que ces marqueurs soient utilisés en pratique courante par les médecins. 11

12 Sur la Leucémie Lymphoïde Chronique La LLC peut s accompagner de différentes complications Lorsqu elle est évolutive, la maladie se traduit par une accumulation progressive de lymphocytes B anormaux, non seulement dans le sang, mais aussi dans la moelle osseuse, c est-à-dire dans le tissu contenu dans les os où sont produites toutes les cellules sanguines. La présence en excès de ces lymphocytes anormaux a des répercussions sur le bon fonctionnement de la moelle osseuse. Ainsi, celle-ci tend à ne plus pouvoir produire en quantité suffisante les cellules dont l organisme a besoin. Il peut en résulter la survenue : d un déficit immunitaire, en raison d une production amoindrie d anticorps ; d une anémie, liée à une diminution du taux d hémoglobine dans les globules rouges ; d une thrombopénie, c est-à-dire une baisse du nombre de plaquettes sanguines, cellules indispensables au mécanisme de coagulation du sang. L anémie et la thrombopénie peuvent parfois être aggravées par un processus de réaction immunitaire ; on parle alors d anémie hémolytique auto-immune et de thrombopénie auto-immune. Une prise en charge thérapeutique adaptée doit dans ce cas être rapidement mise en œuvre. Un déficit immunitaire lié à la LLC n a pas de conséquence En cas de diminution des défenses immunitaires, il devient plus difficile à l organisme de lutter contre les infections (qu elles soient dues à un virus, à une bactérie ou à un champignon). Celles-ci tendent ainsi à devenir plus fréquentes et, en l absence de traitement approprié, plus sévères. Le plus souvent, ces infections concernent l appareil respiratoire (nez, gorge et poumons), mais elles peuvent toucher d autres organes. 12

13 Tout épisode infectieux survenant chez une personne atteinte d une LLC doit être pris au sérieux et amener à consulter un médecin afin que celui-ci puisse prescrire le traitement requis. Ainsi, une fièvre, une perte de poids et/ou des troubles respiratoires, signes d une possible infection, doivent conduire le malade à prendre contact sans tarder avec son médecin. Des saignements sans cause apparente sont possibles au cours de la LLC De tels saignements, au niveau des gencives par exemple, peuvent survenir lorsque le nombre de plaquettes sanguines est diminué de façon importante (ce que l on appelle une thrombopénie), car ces cellules sont essentielles pour la coagulation. S ils deviennent fréquents, il est nécessaire d en informer son médecin. Il pourra prescrire des traitements (transfusion de plaquettes, prise de corticoïdes, notamment) pour corriger la thrombopénie. L anémie peut avoir des répercussions sur la qualité de vie La baisse du nombre de globules rouge entraîne une diminution du taux d hémoglobine dans le sang. Or, c est ce pigment qui assure le transport de l oxygène, depuis les poumons, dans tout l organisme. L anémie se traduit donc par un moindre apport en oxygène, avec pour première conséquence une pâleur de la peau et une sensation de fatigue chronique. D autres répercussions de l anémie peuvent également survenir : vertiges, essoufflement à l effort, troubles de la concentration, maux de tête, accélération du rythme cardiaque. Passé un certain seuil, il est indispensable de corriger l anémie afin d éviter qu elle ne retentisse trop sur la qualité de vie. La correction de l anémie s effectue grâce à des transfusions de globules rouges et/ou l administration de médicaments spécifiques (l érythropoïétine en injections sous-cutanées, par exemple). Le traitement de la LLC participe également à l amélioration de l anémie. 13

14 Sur la Leucémie Lymphoïde Chronique Le risque de survenue d un autre cancer est augmenté lorsque l on a une LLC Il a été constaté que la fréquence d autres cancers était plus élevée chez les personnes atteintes d une LLC. D une part, la maladie peut évoluer vers une forme de lymphome. Les lymphocytes anormaux se développent alors dans le système lymphatique, c est-à-dire le réseau de vaisseaux et de ganglions qui joue un rôle essentiel pour les défenses de l organisme. Cette transformation de la LLC en lymphome s appelle le syndrome de Richter et survient chez 5 % à 10 % des malades. Un traitement adapté, associant chimiothérapie et immunothérapie, différent de ceux administrés contre la LLC, doit alors être initié. D autre part, le risque de survenue d un autre cancer, pouvant toucher notamment la peau, mais aussi les poumons, la prostate ou le côlon, par exemple, apparaît plus important. La surveillance de l éventuelle survenue de ce type de cancer secondaire fait partie du suivi médical des patients atteints de LLC. Il n est pas normal d être fatigué lorsqu on est atteint d une LLC La fatigue est l un des symptômes fréquents de la LLC. Elle est liée aux répercussions de la maladie sur l organisme ainsi qu au stress que celle-ci génère. De plus, elle est accentuée en cas d anémie et parfois au cours des traitements. Cette fatigue peut devenir handicapante dans la vie de tous les jours, car elle ne s améliore pas véritablement avec le repos (par exemple, une bonne nuit de sommeil). Face à cette sensation de perte d énergie ou de faiblesse persistante, les malades ont tendance à culpabiliser. Il s agit toutefois d une conséquence normale de la maladie, et il ne faut pas hésiter à en parler à son médecin. Ce dernier peut en effet prescrire des traitements pour corriger l anémie ou d autres causes pouvant être responsables de la fatigue. Par ailleurs, il est conseillé d avoir un minimum d activité physique, adaptée à ses capacités, car cela favorise l amélioration de la qualité de vie. 14

15 La prise en charge de la leucémie lymphoïde chronique Il est préférable que la prise en charge des personnes atteintes de LLC soit assurée par un médecin spécialiste Il est en effet recommandé de s adresser à un spécialiste, en l occurrence un médecin spécialisé dans les maladies du sang, un hématologue. Les médecins de cette spécialité connaissent les modalités optimales de la prise en charge de la LLC et sont au courant des dernières évolutions thérapeutiques. Le suivi médical proposé par l hématologue doit être organisé en étroite collaboration avec le médecin généraliste. Ce dernier est en effet en mesure d assurer l accompagnement du patient et la prise en charge des soins non spécialisés. Leurs rôles respectifs sont ainsi complémentaires. La LLC nécessite toujours un traitement dès le diagnostic Lorsqu elle est découverte, la maladie est le plus souvent asymptomatique. Il n a jusqu à présent pas été montré que proposer un traitement à ce stade pouvait apporter un bénéfice, notamment concernant l évolution ultérieure de la LLC. Les traitements actuels sont donc prescrits uniquement lorsque la maladie se situe à un stade plus évolué (stade B ou C, plus rarement stade A, et, dans ce dernier cas, c est généralement dans le cadre d un essai clinique). Une personne atteinte de LLC peut donc rester sans traitement pendant plusieurs années après le diagnostic. Certaines personnes atteintes de LLC n auront jamais besoin d un traitement Chez environ un tiers des patients, la LLC n évoluera jamais, ou très peu. Ces personnes présentent un nombre de lymphocytes 15

16 Sur la Leucémie Lymphoïde Chronique plus élevé que la normale, en raison de la présence de cellules anormales, mais cela ne s accompagne de la survenue d aucun autre signe de la maladie. La maladie restant stable et asymptomatique, aucun traitement ne leur sera nécessaire. Même en l absence de traitement, il est nécessaire de consulter régulièrement son hématologue Le fait qu aucun traitement n ait été prescrit signifi e que la maladie se situe à un stade asymptomatique. Cependant, elle peut évoluer. Les marqueurs prédictifs du risque d évolution qui sont aujourd hui disponibles ne permettent pas de déterminer avec certitude, pour une personne donnée, si la maladie va progresser, et surtout quand. C est pourquoi un suivi régulier auprès d un hématologue est indispensable. Cela permettra au médecin d établir si la maladie reste stable ou si elle est entrée en phase d évolution. Une consultation tous les ans, voire tous les six mois, est ainsi recommandée, toujours en collaboration avec le médecin traitant. Les examens sanguins n ont pas d intérêt pour suivre l évolution de la maladie Comme pour le diagnostic, les examens sanguins sont les principaux outils du suivi de la LLC, en particulier l hémogramme, qui permet de compter les différents types de cellules sanguines. Les lymphocytes anormaux s accumulant de façon continue, c est la rapidité de leur augmentation (en général, un temps de doublement de leur nombre inférieur à douze mois), plus que leur nombre, qui permet de déterminer si la maladie évolue ou si elle reste stable. La mesure des taux d hémoglobine et de plaquettes permet de détecter une éventuelle anémie et/ou thrombopénie. Ces deux complications fréquentes de la LLC sont également, lorsqu elles surviennent, le signe d une progression de la maladie. Un hémogramme réalisé deux ou trois fois par an est suffisant si l évolution clinique de la maladie est stable. 16

17 Le traitement de la LLC repose d abord sur une chimiothérapie L objectif premier du traitement de la LLC est d éliminer le plus grand nombre possible de lymphocytes anormaux, ce qui permet, dans le même temps, de corriger les conséquences de leur présence (anémie, thrombopénie, ganglions augmentés de volume, notamment) et d améliorer la qualité de vie. Pour cela, les médecins proposent principalement des médicaments de chimiothérapie, qui peuvent être associés à une immunothérapie par anticorps monoclonaux (cf. infra). Ces derniers sont rarement prescrits seuls en première intention. Un ou plusieurs médicaments peuvent être prescrits, en fonction du stade de la maladie et de l état de santé général du patient. Les médicaments sont généralement administrés au cours de cures (ou cycles) qui sont répétées à intervalle régulier. Certains traitements nécessitent toutefois une prise en continu. La durée totale du traitement est variable d un malade à un autre, allant de trois à douze mois dans la plupart des cas. Cela dépend notamment des médicaments choisis et de l efficacité obtenue. Dans tous les cas, le traitement et sa durée sont adaptés au fur et à mesure du suivi, en fonction de la façon dont le patient supporte les médicaments et des bénéfices observés. La chimiothérapie est toujours administrée par perfusions Aujourd hui encore, de nombreux médicaments utilisés contre les cancers se présentent sous une forme liquide injectable. C est en effet sous cette forme qu ils se diffusent le mieux dans l organisme et qu ils sont le plus efficaces. Compte tenu de leur présentation, il est nécessaire de les injecter lors de perfusions. Cependant, grâce aux progrès de la recherche, de plus en plus de médicaments de chimiothérapie sont mis au point sous forme de comprimés ou de gélules. Ces médicaments, que l on présente comme des chimiothérapies orales, sont tout aussi actifs et bien plus pratiques d emploi. C est particulièrement le cas de certains d entre eux, prescrits pour lutter contre la LLC ; ils se prennent par voie orale, avec un verre d eau. 17

18 Sur la Leucémie Lymphoïde Chronique D autres traitements que la chimiothérapie peuvent être proposés Ces dernières années, un nouveau type de médicament a été mis au point contre les cancers, et en particulier la LLC : les anticorps monoclonaux. Obtenues par génie génétique, ces molécules imitent les anticorps naturels et sont dirigées spécifiquement contre les cellules cancéreuses, dont elles entraînent la mort. Plusieurs médicaments d immunothérapie de ce type sont aujourd hui utilisés dans le traitement de la LLC, en association avec une chimiothérapie. En 2010, l immunochimiothérapie est devenue le traitement de référence de la LLC. Lorsqu un traitement par anticorps monoclonal est mis en route, une courte hospitalisation est nécessaire Les anticorps monoclonaux sont des médicaments qui sont administrés par perfusion intraveineuse ou en injection souscutanée. Une surveillance étroite est nécessaire lors de la première perfusion, car une réaction d hypersensibilité au produit peut survenir. Cette réaction se traduit notamment par de la fièvre, des frissons et des tremblements. Elle s observe le plus souvent au cours des deux premières heures qui suivent le début de la perfusion. La diminution de la vitesse de la perfusion ou l arrêt de celle-ci, éventuellement associés à la prise de médicaments adaptés, s accompagnent d un arrêt des symptômes. Lors des perfusions suivantes, la fréquence de ces réactions diminue très sensiblement et la surveillance n a plus besoin d être aussi étroite. L efficacité d un traitement est déterminée par des examens cliniques et des bilans sanguins Au cours du traitement, des consultations régulières avec l hématologue sont programmées. À chaque fois, ce dernier effectue un examen clinique complet. Cela lui permet notamment de constater la diminution du volume des ganglions et de la rate, et de s assurer de l amélioration de l état général du patient. 18

19 Parallèlement, grâce à la réalisation régulière d un hémogramme pendant le traitement, il est possible de constater la baisse du nombre de lymphocytes consécutive à l élimination des cellules anormales par les médicaments. Les autres examens sanguins prescrits par l hématologue permettent par ailleurs de contrôler la normalisation des répercussions de la maladie, en particulier de l anémie et de la thrombopénie. Après un premier traitement efficace, la maladie peut réapparaître ultérieurement Les médicaments actuellement disponibles permettent généralement d obtenir une rémission complète, c est-à-dire la disparition de tous les signes de la maladie ; les ganglions ne sont plus volumineux, l anémie, la thrombopénie et l augmentation du nombre des lymphocytes sont corrigées. Cependant, il est possible que des lymphocytes anormaux soient toujours présents dans l organisme après le traitement. Même s il n en reste qu un tout petit nombre, ceux-ci vont continuer de se multiplier et de s accumuler. Cela explique que, après une période plus ou moins longue de rémission, les symptômes de la LLC puissent réapparaître. En cas de récidive de la maladie, aucun traitement ne peut être proposé Il est tout à fait possible de prescrire à nouveau un traitement en cas de réapparition des symptômes et de signes d évolution de la LLC. Il peut s agir du même traitement que celui prescrit initialement, si la récidive survient à distance de l arrêt de ce dernier. Mais d autres médicaments ou stratégies thérapeutiques peuvent également être envisagés. Il n existe pas, pour l heure, de traitement qui permette de faire disparaître totalement la maladie Les médicaments actuellement disponibles ne permettent pas d éliminer de façon certaine la totalité des lymphocytes anor- 19

20 Sur la Leucémie Lymphoïde Chronique maux présents dans l organisme des personnes atteintes de LLC. En revanche, la maladie peut être définitivement éradiquée par une greffe de cellules souches (à partir desquelles sont produites toutes les cellules sanguines) provenant d un donneur (allogreffe). Ces cellules peuvent être prélevées de deux manières différentes : soit directement dans la moelle osseuse du donneur. Le prélèvement s effectue alors sous anesthésie générale ; soit dans le sang du donneur. Au préaléable, le donneur aura reçu des médicaments appelés facteurs de croissance, qui stimulent le passage des cellules souches de la moelle vers le sang. Pour le patient, l allogreffe consiste dans un premier temps à administrer un traitement (conditionnement) à doses variables (définissant ainsi l intensité du conditionnement) qui détruisent tout ou partie des cellules de la moelle du patient et qui, surtout, diminuent ses défenses immunitaires (permettant ainsi de ne pas rejeter la greffe). Ensuite, les cellules souches du donneur sont injectées au malade. Ces nouvelles cellules vont coloniser la moelle osseuse, se multiplier et progressivement produire de nouvelles cellules sanguines, dont les lymphocytes. Ceux-ci seront alors indemnes de la maladie. La greffe de cellules souches ne peut être envisagée pour tous les patients Pour qu une greffe de cellules souches soit envisageable, le patient doit notamment être en mesure de supporter le conditionnement précédant la greffe (même si en raison de l âge la majorité des conditionnements utilisés dans cette indication sont dits atténués), ainsi que l immunodépression (baisse des défenses immunitaires de l organisme) qui la suit. Cette approche thérapeutique n est pas dénuée de risques et il faut donc que l état de santé général du malade soit bon. La greffe de cellules souches est ainsi plutôt réservée aux patients les plus jeunes et les moins fragiles, et qui, sauf exception, sont en situation de rechute de la maladie. 20

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