UNIVERSITE PARIS 8-VINCENNES-SAINT-DENIS PRATIQUES ET THEORIES DU SENS

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1 UNIVERSITE PARIS 8-VINCENNES-SAINT-DENIS PRATIQUES ET THEORIES DU SENS DOCTORAT PHILOSOPHIE KIM JEONG-A BIOPOLITIQUE ET THANATOPOLITIQUE EN COREE DU NORD Thèse dirigée par Alain BROSSAT Soutenue le 17/05/2014 Jury :M. Jean François Bert,maître d enseignement et de recherche à l université de Lausanne, HDR M. Pierandrea Amato, professeur de philosophie, Université de Messine (Italie) M.Muhamedin Kullashi,maître de conférences HDR, au département de philosophie Paris8 M.Alain Brossat (directeur de la recherche), professeur émerite au département de philosophie de Paris 1

2 Remerciements C est grâce à l aide des plusieurs personnes que j ai pu mener cette thèse à son terme. Tout d abord, je tiens à remercier mon directeur de recherche, monsieur Alain Brossat, pour la confiance qu il m a accorée en acceptant d encadrer cette recherche, pour ses conseils, pour sa disponibilité et pour ses qualités d écoute et de compréhension tout au long de ce travail doctoral. Je remercie vivement monsieur Pierandrea Amato et monsieur Jean-François Bert pour avoir accepté d être rapporteurs de cette thèse et pour m avoir apporté des conseils qui m ont permis d aborder cette recherche sous différents angles. Mes remerciements vont également à madame Sylvie Parquet pour la relecture et la correction de cette thèse avec beaucoup de soin et d attention. Je remercie Hye-Ri, Jin-Sook et Jeong-Min pour leur travail de traduction et mes proches pour leur participation à mon enquête. J adresse mes remerciements les plus profonds à mes parents pour le soutien moral et financier qu ils m ont apporté pour mener à bien cette recherche. 2

3 Resumé en français La réflexion de Michel Foucault sur la notion du biopouvoir et du thanatopouvoir nous permet d analyser le fonctionnement du régime nord-coréen. Pourquoi et comment le régime nord-coréen échoue t-il à réaliser la biopolitique? Dans cette perspective ce régime est-il en train de montrer qu il pratique un biopouvoir et une thanatopolitique? Ceci signifie-t-il qu il ne s agit pas d un biopouvoir véritable présentant la forme originelle du pouvoir pastoral? Pour comprendre la société nord-coréenne, il faudrait examiner le fondement de la doctrine du Juché et s interroger sur la façon dont le pouvoir politique récupère cette doctrine. Afin de mieux connaître l idéologie du Juché, il convient de la mettre en relation avec d autres courants de pensée tels que le marxisme-léninisme, le stalinisme, le maoïsme, le nationalisme ou encore le confucianisme. La culture au même titre que le sanitaire font partie d une biopolitique qui a été globalisée. En Corée du Nord, la culture a été utilisée aussi comme un moyen de gérer efficacement le peuple. Le processus de disciplinarisation du travail, de l éducation ou de l hygiène montre pourquoi la Corée du Nord est considérée comme une société totalitaire d une part et aussi comment sa biopolitique tend à devenir une thanatopolitique. La Corée du Nord pratique une thanatopolitique dans le sens ou elle met la vie de sa population en danger en continuant de développer le nucléaire, qu elle la laisse mourir de faim ou encore qu elle l enferme dans des camps de travail. D autre part, l analyse de la Corée du Nord en fontion de la notion de dispositifs de sécurité selon Foucault a permis de déceler le biopouvoir dans la politique d urbanisme, de médecine préventive, ou de contrôle de la population. Un véritable dispositif de sécurité est un mécanisme en place dans un lieu qui englobe l homo oeconomicus et la société civile. C est pourquoi il est difficile de considérer que la Corée du Nord relève d un véritable dispositif. Or Foucault avoue qu il a peut-être trop insisté sur les techniques de domination et 3

4 de pouvoir et qu il s intéresse de plus en plus à l interaction qui s opère entre soi et les autres et aux techniques de domination indivuduelle, au mode d action qu un individu exerce sur lui-même à travers les techniques de soi. L idéologie du Juché fondée par KIM Il-Sung et globalement parachevée par KIM Jong-Il en un système de pensée monolithique, comme le prétendent les Coréens du Nord, est une idéologie ou l autonomie du sujet est renforcée. Nous comparerons l idéologie juchéenne et la pensée foucaldienne, puis tenterons de comprendre pourquoi la Corée du Nord considérée comme la dernière forteresse du socialisme n a pu évoluer qu en un Etat totalitaire. La notion de biopouvoir, explique Foucault, trouve son origine dans la conception hébraïque du pouvoir pastoral : un berger-pasteur-dieu surveille et gère un troupeau-peuple dont il doit assurer la vie. KIM Il-Sung s impose comme chef de l Etat et gouverne le pays tout entier, où il exerce une dictature basée sur la doctrine du Juché. Il est effectivement paradoxal de constater que l idée du Juché comprend l art de diriger. Les relations récentes entre les deux Corées sont de nouveau très tendues à cause de l essai nucléaire nord-coréen, des nouveaux tirs de missiles, et surtout de la récente provocation d une possible guerre, qui a entrainé la fermeture du site industriel intercoréen de Kaesong. Malgré cette situation, la présente étude se veut une tentative de réflexion sur la voie du dialogue, de la réconciliation et de la paix entre ces deux pays. Mots clés : Michel Foucault, L idéologie du Juché, Corée du Nord, discipline,dispositifs de sécurité, biopolitique, thanatopolitique 4

5 Titre en anglais : Biopolitics and Thanatopolitics in North Korea Resumé en anglais The opinions of Michel Foucault on the notion of biopower and thanatopower allows us to analyze the operations in the North Korean regime. Why and how the North Korean regime fails to realize biopolitics? From this perspective is the regime trying to show that it practises biopower and thanatopolitics? Does this mean that there is no real biopower with the original form of pastoral power? To understand North Korean society, we should examine the basis of the doctrine of Juche and consider how political power recovers this doctrine. To better understand the Juche ideology, we should put it in relation to other schools of thought, such as Marxism-Leninism, Stalinism, Maoism, nationalism and Confucianism. Culture as well as the health is part of a biopolitics that has been globalized. In North Korea, the culture was also used as a way to effectively manage people. The process of discipline labor, education or health shows why North Korea is considered a totalitarian society on the one hand, and also how biopolitics tends to become thanatopolitics. North Korean thanatopolitics is practised in the sense that it puts the life of a population at risk by continuing to develop nuclear power, she left to die of hunger or she retreats into labor camps. On the other hand, the analysis of North Korea in connection with the notion of safety by Foucault revealed biopower in urban policy, preventive medicine, or population control. A real safety device is mechanism in place that it includes homo economicus and civil society. This is why it is difficult to believe that North Korea is part of a real device. 5

6 But Foucault admits he may be putting too much emphasis on the techniques of domination and power, and it looks increasingly to the interaction that occurs between self and others and techniques of domination individual, the mode of action that an individual has about himself through the techniques of the self. The Juche ideology founded by KIM Il-Sung and generally completed by KIM Jong- Il in a monolithic system of thought, as claimed by the North Koreans, is an ideology that the subjects autonomy is strengthened. We compare the Juche ideology and Foucault s thought, then try to understand why North Korea considered the last stronghold of socialism could develop in a totalitarian state. The notion of biopower, Foucault explains, is rooted in the Hebrew concept of pastoral power: a shepherd- pastor-god monitors and manages a herd-people he must ensure life. KIM Il-Sung himself as head of state and governs the whole country, where he is a dictator based on the doctrine of Juche. It is indeed ironic that the idea of Juche includes the art of directing. Recent relations between the two Koreas are again very tense because of North Korean nuclear tests, new missiles, and, especially, the recent provocation of a possible war, which led to the closure of the joint-korean Kaesong industrial site. Despite this, the present study is an attempt to reflect on the path of dialogue, reconciliation and peace between the two countries. Key words: Michel Foucault, Juche ideologie, North Korea, discipline, safty device, biopolitics, thanatopolitics 6

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8 Table des matières Introduction 12 Partie 1. La théorie du Juché 18 Chapitre 1. La formation de l idéologie du Juché La théorie de la formation du Juché dans les années La théorie de la formation du Juché dans les années Chapitre 2. L idéologie du Juché et le marxisme léninisme et le stalinisme 28 Chapitre 3. l idéologie du Juché et le maoïsme 33 Chapitre 4. l idéologie du Juché, le nationalisme et le confucianisme 39 Partie 2. la culture en Corée du Nord 44 Chapitre 1. La période de guerre et la construction du nouveau Josun L idéologie et politique culturelle La littérature et le cinéma L art nord coréen La gymnastique de masse L architecture 57 Chapitre 2. Période de reconstruction d après-guerre et de construction du socialisme août 1953-décembre L idéologie du Juché et la politique culturelle La littérature et le cinéma 62 8

9 2-2-1 Analyse D oeuvres Les Beaux-arts Le cinéma d animation la gymnastique de masse L artchitecture 74 Chapitre 3 La victoire du socialisme et la période de l idéologisation Juchéenne janvier 1971-juin L idéologie du Juché et la politique culturelle La littérature et le cinéma Analyse D oeuvres littératures Analyse de films La théorie de l art de KIM Jong-Il Les beaux-art Le cinéma d animation La gymnastique de masse L architecture 102 Chapitre 4. La période de la Dure marche et la période Songun de Juillet 1994 à aujourd hui l idéologie et la politique La littérature et le cinéma Analyse d oeuvres littéraires Les Beaux arts 113 9

10 4-4 Le cinéma d animation La grande gymnastique de masse et les performances artistiques 115 Partie 3. Le Biopolitique en Corée du Nord 118 Chapitre 1. Le pasteur totalitaire L origine du biopouvoir dans la culture judéo-chrétienne : le pouvoir pastoral L exemple nord-coréen : l art de diriger 124 Chapitre2. Biopolitique en Corée du Nord la loi la discipline Le travail en Corée du Nord Le système éducatif nord-coréen L hygiène en Corée du Nord dispositifs de sécurité l espace Les villes nord-coréennes Le problème de l événement celui de la disette La famine en Corée du Nord La normalisation La médecine préventive nord-coréenne La population

11 2-3-8 Le contrôle de la démographie nord-coréenne 163 Capitre3. Thanatopolitique en Corée du Nord Le système totalitaire de la Corée du Nord Famine l arme nucléaire en Corée du Nord le problème nucléaire vu par la population nord coréenne Les relations avec la Chine la relations avec l Iran Les camps de travail Totalitaire, thanatopolitique 199 Partie 4. Sujet, soi, vérité 204 Chapitre 1. sujet et soi 206 Chapitre 2. Au-delà de la vérité, au-delà de la liberté 210 Conclusion 215 Bibliographie

12 Introduction 12

13 Il y a un dicton qui dit : Quand on voyage en Chine, on écrit un livre ; quand on séjourne en Chine, on écrit un article ; quand on vit en Chine, on se tait. 1 Si l on suit cet adage, en tant que Coréenne, devrais-je faire davantage que de garder le silence? Moi, qui ai passé beaucoup de temps à étudier à Paris, je ne peux m abstenir de réfléchir sur la façon dont je dois voir la Corée. J ai remarqué que l image la plus poignante que se faisaient les Occidentaux de la Corée était la séparation existant entre le nord et le sud, et c est ainsi que j ai commencé à étudier plus profondément la question nord coréenne. De plus, en tant qu asiatique, j ai toujours porté beaucoup d intérêt à la philosophie occidentale de Michel Foucault ; c est pourquoi j ai souhaité tenter de traiter le problème nord coréen de son point de vue. Ce sont les raisons qui m ont personnellement motivée pour entreprendre cette thèse. Dans cette thèse, nous tenterons de comprendre le régime nord-coréen en termes de «biopouvoir» selon Foucault et de réfléchir sur les questions d Etat et de «gouvernementalité». Néanmoins, certains peuvent se montrer sceptiques par rapport à notre méthode, puisque Foucault n a jamais parlé de ce petit pays asiatique dans ses écrits, d autres peuvent être opposés à l analyse du régime nord-coréen à partir de ces concepts, car ce sont des concepts forgés dans le pays libéral. Cependant nous pensons que tout pouvoir contemporain, qui soit communiste ou postcommuniste, peut être expliqué en termes de biopolitique et de biopouvoir. La dislocation de l URSS est due à l échec de la biopolitique ; le régime communiste chinois se maintient, puisque il a su bien répondre au défi du biopouvoir. Quant à la politique nordcoréenne, elle échoue non seulement sur le plan national mais aussi sur le plan international, parce qu il lui manque la rationalité de la biopolitique. La philosophie de Foucault se développe dans le cadre de la question du mouvement corrélatif du savoir-pouvoir. Selon lui, le pouvoir est l effet d une force qui se concentre exceptionnellement de façon massive dans un Etat. L Etat est juste un ensemble stratégique d impacts. Foucault estime que l analyse des relations de pouvoir doit dépasser le cadre de l appareil étatique. 1 Patrick Maurus,La Corée dans ses fables, Arles, Actes sud,

14 Il est important d étudier les mécanismes subtils exercés par le pouvoir. Cette question peut être discutée par la droite sous l angle d un problème monarchique ou constitutionnel ou par les marxistes comme un problème relevant seulement de l appareil d Etat. Lorsque le pouvoir détenu par les socialistes soviétiques a commencé à poser des problèmes, on leur a reproché d être totalitaristes. De même, la Corée du Nord est perçue comme un Etat totalitaire, après avoir relevé du stalinisme, des mécanismes délicats permettant l exercice de ce pouvoir. C est pourquoi nous tenterons d examiner les méthodes concrètes permettant au pouvoir nord coréen de fonctionner, en analysant cette société prise dans les mailles ténues de ce pouvoir. Pour ce faire, nous nous référerons essentiellement à la notion de «biopouvoir», au sens où l entend Michel Foucault et à la notion de «thanatopolitique» en comparaison avec le totalitarisme de H.Arendt. Agemben s étonne que Foucault n ait pas porté intérêt aux Etats totalitaires. Il est à noter que chez Foucault tout régime est expliqué en termes de biopolitique et de thanatopolitique. La Corée du Nord est un pays qui témoigne de la proximité entre le socialisme et le totalitarisme. La Corée du Nord est un régime totalitaire ou un régime sous lequel la biopolitique s est renversée en thanatopolique faute de gestion souple et de rationalité libérale. Le pouvoir pastoral, qui est à l origine du biopouvoir, est symbolisé par l image du berger ou de Dieu guidant son troupeau ou son peuple et se préoccupant du sort de ce dernier. De la même manière on peut remarquer au premier abord un tel pouvoir pastoral dans l art de gouverner mis en place par le dirigeant nord-coréen pour guider son peuple. Cependant, d un autre côté, la Corée du Nord pratique une «thanatopolitique» dans le sens où elle met la vie de sa population en danger en continuant de développer le nucléaire, qu elle la laisse mourir de faim ou encore qu elle l enferme dans des camps de travail. Le propre des gouvernements modernes, dans des pays comme ceux d Europe occidentale, d Amérique du Nord, du Japon est de prendre en charge la totalité de la vie des 14

15 populations, dans tous ses aspects, sanitaire, sécuritaire, culturel afin de mettre en place les fondements matériels et culturels d une vie stable et de créer ainsi les conditions d une mobilisation des populations pour les activités productives. Dans cette perspective ce régime est-il en train de montrer qu il pratique un biopouvoir et une thanatopolitique? Ceci signifie-t-il qu il ne s agit pas d un biopouvoir véritable présentant la forme originelle du pouvoir pastoral? Y a-t-il une gouvernementalité adèquate au socialisme? Pour réfléchir sur ces questions, nous passerons en revue, dans la première partie, les courants politiques ou idéologiques ayant influencé la doctrine du Juché, qui s est méticuleusement infiltrée dans la société nord coréenne. En l occurrence, le marxismeléninisme, le stalinisme, le maoïsme, le nationalisme, le confucianisme. Nous examinerons également la réflexion de Michel Foucault sur le pouvoir, tout particulièrement, les concepts de «biopouvoir» et de «thanatopolitique». Dans la seconde partie, seront traitées la question de la politique culturelle nordcoréenne et les conditions de développement du pouvoir nord-coréen selon l idéologie du Juché qui se manifestent dans la littérature, le cinéma, l art, les films d animation, la gymnastique et l architecture. Contrairement à la biopolitique de la culture fondée sur une rationalité libérale ou néolibérale, on constate une manque de fléxibilité et de rationalité dans le gouvernement des arts nord-coréens. Dans une troisième partie, nous nous intéresserons à la question du travail, le système éducatif et l hygiène en Corée du Nord à la lumière de la notion foucaldienne du «biopouvoir», tout en examinant le problème nucléaire et les camps de travail qui sont le reflet de la «thanatopolitique» menée par le régime nord-coréen. Enfin, dans la quatrième partie, nous essaierons de comprendre les raisons pour 15

16 lesquelles la Corée du Nord, qui représentait la dernière forteresse du socialisme, a basculé dans le totalitarisme en le comparant à l idéologie du Juché vu sous l angle des analyses de Michel Foucault. Il existe très peu d études qui proposent des points de vue philosophiques sur le régime nord-coréen. En effet, l étude de PARK Youngja, dans le magazine Recherches sur la Corée du Nord moderne sous le titre de «Le biopouvoir et la société nord-coréenne» est l un des rares articles consacrés au biopouvoir de la Corée du Nord. Malgré le manque de documentation, nous effectuerons une analyse de l hygiène en Corée du Nord notamment en regardant comment s exercent les pouvoirs au moment de l accouchement des femmes. Par ailleurs, les documents ayant servi à rédiger cette thèse sont majoritairement des ouvrages publiés en Corée du Sud, des thèses conservées à la Bibliothèque de l Assemblée Nationale sud-coréenne et des livres nord coréens qui se trouvent dans le Centre de Documentation sur la Corée du Nord à Séoul. Le domaine de recherche de la présente thèse correspond à la société éclectique nord coréenne, depuis l apparition du pouvoir politique nord coréen jusqu à aujourd hui, englobant la politique culturelle et également la question de l hygiène. Les conditions de recherche et de collecte des documents nécessaires pour une étude plus approfondie étant difficiles, la méthode de recherche généalogique selon Foucault est privilégiée tout au long de notre recherche sur le plan méthodologique. D ailleurs, les concepts foucaldiens de gouvernement, de «biopolitique», de «thanatopolitique», de «discipline» et de «dispositif de sécurité» de totalitarisme seront les notions-clés pour notre analyse de la société nord-coréenne. In fine, dans cette étude, nous nous interrogerons sur l existence ou non d un biopouvoir et d un dispositif de sécurité réels en Corée du Nord. La question sera aussi de savoir si l on contrôle un peuple pour lui garantir la liberté ou, au contraire, si on lui apporte la liberté pour mieux le contrôler. 16

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18 Première partie L idéologie du Juché 18

19 Afin de mieux connaître l idéologie du Juché de nombreux chercheurs regardent la relation entre l idéologie du Juché et beaucoup d autres idéologies y compris le marxismeléninisme, le stalinisme, le maoïsme, le nationalisme et le confucianisme. Dans cette partie, en analysant le film Good-bye Pyeong-yang 2 examiner cette relation. nous allons Avant de l étudier en profondeur nous allons regarder d abord la date de la formation des idées du Juché qui est une question faisant controverse en Corée du Sud. 2 YANG Young-Hi, coréenne de deuxième générarion immigrée au Japon, a filmé les moments partagés avec sa petite nièce, Sona et sa famille vivant à Pyongyang depuis une trentaine d années. La réalisatrice résidant à Osaka pouvait se rendre à intervalles réguliers en Corée du Nord, afin de rendre visite à ses frères et à leur famille, l occasion de ramener des images qui recouverent 13ans de sa vie pleine d émotions et d amours. 19

20 Chapitre 1. La formation de l idéologie du Juché Actuellement, en Corée du Sud, il existe des controverses importantes concernant les recherches sur l idéologie du Juché. L une de ces controverses concerne son origine temporelle et oppose la théorie qui fait remonter sa formation aux années 1930 à celle qui la situe dans les années La théorie concernant la formation du Juché dans les années 30 essaie d étudier le début du Juché en rapport avec le combat antijaponais mené par KIM Il-Sung et ses troupes mobiles ; tandis que la théorie qui fait remonter sa formation aux années 50 préfère la considérer par rapport au problème du système auquel se confronta le socialisme au nord à la suite de la guerre de Corée. Concernant la théorie de la formation du Juché dans les années 30, nous tâcherons de l examiner au regard des volumes n 45, 46 et 47 des Ecrits de KIM Il-Sung. Quant à la théorie de la formation du Juché dans les années 50, nous l étudierons en nous appuyant surtout sur la doctrine de SEO Jae-Jin La théorie de la formation du Juché dans les années 1930 Dans l Autobiographie de KIM Il-Sung, l auteur cite une des paroles de son père qui le marqua profondément et resta clairement dans sa mémoire : «Si des cambrioleurs entrent à la maison et te menacent avec des armes, ces personnes-là ne te laisseront pas en vie quoi que tu fasses. Si l homme resté à l extérieur est aussi un cambrioleur, il ne viendra pas non plus te sauver en entendant tes cris : pour se protéger dans la vie, il faut se battre avec sa propre force contre les cambrioleurs» 3. 3 Ouvres choisies de KIM Il-Sung, Vol. 45 (1971) 20

21 De plus, l alliance pour le renversement de l impérialisme que créa KIM Il-Sung à la fin des années 20 lui permit de s appuyer sur la fierté d avoir créé un groupe révolutionnaire communiste se distinguant complètement des groupes déjà existants. Or, dans l histoire du Parti en Corée du Nord, <ㅌ,ㄷ> 4 sont considérés comme les racines du Parti et la constitution de <ㅌ,ㄷ> est regardée comme étant le nouveau point de départ du mouvement communiste en Corée et de la révolution coréenne. «De sa racine naquit le programme de notre Parti, se prépara la construction et les principes de l activité de notre Parti, et se forma le grand plan de la création de notre Parti. Depuis le moment où se constitua <ㅌ,ㄷ>, notre révolution partit d un nouveau pas en se basant sur les principes de l autonomie.» Dans son autobiographie, KIM Il-Sung dévoile également que même si dans les classiques du marxisme-léninisme il est écrit que l indépendance hiérarchique de la classe des travailleurs est la première étape et l indépendance de la nation la seconde étape, il s était demandé si dans le cas de la Corée du Nord, il n aurait pas d abord fallu se débarrasser de la base du colonialisme japonais pour que les travailleurs et les paysans puissent connaître une indépendance hiérarchique. KIM Il-Sung écrit aussi que la plus grande souffrance que ses camarades et luimême aient ressentie en étudiant l idéologie développée à partir du marxisme-léninisme, était de constater la différence entre la situation de la Corée et celle de la Russie où se produisait la révolution des dix, 5 alors qu ils devaient eux aussi réformer la société par la révolution et obtenir l indépendance du pays. D un autre côté, le premier mouvement communiste ne put surmonter la division engendrée par les différentes sectes nées à l intérieur du mouvement. Après avoir analysé la situation du mouvement nationaliste et du premier 4 Alliance internationaliste, constituée par KIM Il Sung le 27 octobre 1926, organisation révolutionnaire ayant formé les jeunes dans le but de construire une société communiste. 5 Révolution d octobre russe 21

22 mouvement communiste en Corée, KIM Il-Sung ressentit profondément qu il ne fallait pas mener la révolution de cette façon-là. A partir de là, KIM Il-Sung eut la certitude que la révolution dans son pays ne pouvait connaître la victoire que si elle se déroulait sous sa propre responsabilité tout en s appuyant sur le pouvoir du peuple et que tous les problèmes découlant de la révolution devaient être résolus de façon autonome et créative. C est ce qui devint le point de départ de l idéologie du Juché dont on parle aujourd hui, comme le rappelle KIM Il-Sung. De plus, il dit que si on examine le contenu développé dans la thèse présentée en 1930 à la conférence de Kalun 6, tout tournait autour de l idéologie du Juché qui en était le point central. D après la théorie qui fait remonter la formation du Juché aux années 30 et qui fut confirmée en Corée du Nord au début des années 70 avant d être connue en Corée du Sud, l élaboration de l idéologie du Juché fut officiellement destinée à la conférence de Kalun. Cette théorie explique que dans l écrit «la direction de la révolution coréenne» présenté à ce moment-là par KIM Il-Sung, deux principes idéologiques peuvent déjà être relevés et que ce sont eux qui deviendront les points de départ du Juché. Ces deux principes idéologiques sont : 7 1) Le propriétaire de la révolution est la masse populaire et il faut mener le combat révolutionnaire à l intérieur de la masse populaire puis en s appuyant sur elle. 2) Il faut garder une position autonome et créative. Contrairement à cela, certains chercheurs sud-coréens, y compris SEO Jae-Jin, situent la période de la formation du Juché dans les années Réunion qui s est tenue du 30 juin au 2 juillet 1930 à Changchun, Jilin, constitution de la première organisation du Parti. 7 Ouvres choisies de KIM Il-Sung, Vol. 45 (1971) 22

23 1-2. La théorie de la formation du Juché dans les années 1950 Le mot «Juché» fut utilisé pour la première fois de façon globale et systématique dans les discours de propagande pour le Parti de KIM Il-Sung en décembre 1955 devant les travailleurs : «Le défaut le plus important dans l entreprise idéologique est de ne pas pouvoir entrer profondément dans tous les problèmes, ainsi que de ne pas avoir de Juché. Si on disait qu il n y a pas de Juché, ce serait une faute de langage, mais en vérité, le Juché ne marche pas droit. C est un problème sérieux. Nous devons impérativement corriger ce défaut. Si nous n arrivons pas à résoudre ce problème, nous ne pouvons pas espérer un bon résultat dans l entreprise idéologique. [ ] Quel est le rôle du Juché dans l entreprise idéologique de notre Parti? Qu est-ce que nous sommes en train de faire? Nous sommes en train de mener, non pas la révolution pour un autre pays, mais bien pour la Corée. Cette révolution coréenne du Juché est véritablement l entreprise idéologique élaborée par notre Parti. Donc, nous devons impérativement soumettre toute entreprise idéologique à la révolution coréenne. Le fait d étudier le communisme de l Union soviétique, l histoire de la révolution chinoise ou les principes généraux du marxisme-léninisme, tout cela sert à accomplir correctement notre révolution.» Dans son discours qui eut lieu en décembre 1955, KIM Il-Sung critiqua ouvertement ses ennemis : les partisans de l URSS, ceux de Yunnan et les partisans de Namrodang. Il les jugea comme des êtres sans Juché, arrivistes ou encore enrôlés dans des sectes politiques pour certains. 8 8 SEO Jae-Jin, Nouvelle analyse de la formation et de l évolution des idées du Juché [Juchésasangui hyeongseonggwa byeonhwae daehan saeroun bunseok], Séoul, Centre de Recherches sur la Réunification 23

24 Mais, dans le discours présenté à la réunion générale qui eut lieu en avril 1955, KIM Il-Sung expliqua la signification du Juché en terme de Jache. 9 «Pour l étude du Parti, il est important de beaucoup apprendre les éléments du Jache. Certains camarades ne veulent pas les apprendre correctement, et agissent comme si ces derniers étaient différents du marxisme. Il faut savoir que les sources du Jache sont le marxisme vivant appliqué de façon créative à la réalité de la Corée.» 10 SEO Jae-Jin suppose que KIM Il-Sung se serait inspiré du mouvement des nonalignés proposé par le Président yougoslave Tito durant l été 1955, avant d utiliser pour la première fois le mot «Juché» dès le mois de décembre de la même année. 11 D un autre côté, pour l analyse concernant la formation de l idéologie du Juché, il est nécessaire d examiner en détail la situation à l intérieur et à l extérieur de la Corée du Nord aux alentours de On suppose que ce qui déclencha chez KIM Il-Sung l utilisation du concept du coréenne, p13 9 Indépendance interne, sans aides ni d influences internationales 10 KIM Il-Sung, «Des questions sur le programme de parti et de pays au stade de la révolution socialiste actuelle», in Œuvres Complètes de Kim Il-Sung, Tome 9, le (cité par SEO Jae-Jin, in Nouvelle analyse de l élaboration et l évolution des idées du Juché [Juchesasangui hyeongseonggwa byeonhwae daehan saeroun bunseok], op.cit., p Ibid., p.14 24

25 Juché ou celui de l établissement du Juché en 1955, repose sur l influence politique de KHROUCHTCHEV et son intervention directe en Corée du Nord, en tant que successeur de STALINE après la mort de ce dernier en mars KHROUCHTCHEV considérait que les massacres et les actes de barbarie difficiles à croire commis par STALINE avaient été rendus possibles en raison de la puissance de la dictature de STALINE et du culte de la personnalité qu il avait développé. Donc il fut le premier à dénoncer les abus de son prédécesseur et critiqua le culte de la personnalité ce qui permit le travail de dégradation et de démythification de ce dernier. 13 Le vent de la critique mené par KHROUCHTCHEV contre le culte de la personnalité de STALINE se diffusa également en Chine. Influencée par ce mouvement de déstalinisation poursuivi en URSS et dans les pays sous influence soviétique, la Chine établit le département central du secrétariat, secrétariat général du Parti communiste chinois pour diminuer le pouvoir de MAO Zedong, et DENG Xiaoping fut nommé secrétaire général. 14 Si l on prend en compte cette critique du culte de la personnalité et le courant qui découlait de l élimination de celle-ci se produisant en URSS, en Europe de l Est et en Chine, il est certain que KIM Il-Sung devait être sous très forte pression. 15 La pression venant de la critique dénonçant le culte de la personnalité en URSS et la révolte nationaliste anti-urss des citoyens d Europe de l Est étaient des événements véritablement menaçants pour le gouvernement de KIM Il-Sung en Corée du Nord. A partir de ce moment, la Corée du Nord s engagea dans une politique de repli sur elle même : elle décida de s émanciper de l intervention politique de l Union soviétique et par là d éviter la contamination par le courant antisocialiste venant l Europe de l Est. 16 Pour KIM Il-Sung, protéger le gouvernement en empêchant la propagation jusqu en Corée du Nord du mouvement de la critique et du révisionnisme fondé sur l abandon du culte 12 Ibid., p Ibid., p Ibid., p Ibid., p Ibid., p.21 25

26 de la personnalité s avéra être une affaire urgente à régler avant tout. On chercha à barrer le chemin aux courants de pensée venant de l extérieur et à renforcer l armement idéologique. Finalement, ce sont les évènements et les conditions extérieurs qui ont conduit le Juché à se développer en tant qu idéologie de la fermeture et de l isolement. 17 Le contexte politique à l intérieur du pays dans lequel se créa le concept du Juché se résume par le défi lancé par les opposants à KIM Il-Sung. Jusque-là, de nombreux clans politiques comme par exemple le groupe de Namrodang, celui de Yunnan, celui de l URSS ou le groupe de Kapsan, s opposaient à KIM Il-Sung. 18 KIM Il-Sung qui fut installé au pouvoir sous la protection de l Union soviétique, forma un gouvernement de coalition avec ces groupes concurrents. Le groupe nationaliste dirigé par JO Man-Sik fut rapidement supprimé par l Union soviétique. Les autres groupes politiques ou clans restants étaient : le groupe Pan-Palchisan qui comprenait le groupe Palchisan de KIM Il-Sung et celui de Kapsan, puis le groupe de l URSS qui désignait les soviétiques d origine coréenne, le groupe de Yunnan composé des révolutionnaires revenus de Chine et enfin le groupe national comprenant les gens qui avaient mené le mouvement communiste en Corée et au Japon. Parmi tous ces groupes, le groupe national comptait le plus d adeptes et le Palchisan était le moins nombreux. 19 Par cette raison, la base du pouvoir de KIM Il-Sung était instable et il semble qu il ait eu d importantes difficultés avec les organisations concurrentes. Jusqu à la constitution du système de guide unique après la suppression des clans politiques rivaux, le dernier groupe supprimé fut le groupe de Kapsan en 1967, le pouvoir de KIM Il-Sung reposait sur un gouvernement de coalition avec ces clans qui dirigeaient en commun le pays. 20 KIM Il-Sung définit le pouvoir de ses concurrents comme relevant de sectes politiques et comme chacune de ces sectes tirait sa puissance de la protection soit de la Chine 17 Ibid., p Ibid., p Ibid., p Ibid., p.22 26

27 soit de l URSS, KIM Il-Sung les dénonça comme étant des organisations arrivistes. 21 Comme la Corée du Nord recevait de nombreuses aides de l URSS et de la Chine pendant la guerre, c était aussi une occasion pour le groupe de l URSS et le groupe de Kapsan de devenir encore plus forts. Ils lancèrent une offensive contre KIM Il-Sung en dénonçant sa part de responsabilité dans la défaite lors de la guerre. KIM Il-Sung contreattaqua alors en rejetant la responsabilité de la guerre sur le groupe de Namrodang. Il critiqua ce dernier en prétendant que, quand il risqua une attaque contre la Corée du Sud, cette attaque nord-coréenne fut bien accueillie et n entraîna pas de révolte du peuple sud-coréen et que par conséquent, la situation militaire tourna au désavantage du Namrodang. Cela devint un prétexte pour attaquer en premier le groupe national qui était le plus nombreux. Alors que c était KIM Il-Sung lui-même qui était le leader de la guerre de Corée, il rejeta la responsabilité de la défaite sur onze partisans du groupe de Namrodang comme par exemple PARK Hun-Young et LEE Seung-Yup, tout en les accusant d être des espions à la solde des Etats-Unis. KIM Il-Sung fit arrêter ces onze personnes le 15 décembre 1952, avant de les faire passer devant un tribunal et de les exécuter trois jours après l armistice. 22 Malgré cela, le groupe de Yunnan et celui de l URSS conservaient leur puissance et par conséquent, le courant qui critiquait le culte de la personnalité et celui du révisionnisme dans les pays socialistes encouragèrent les ennemis de KIM Il-Sung, ce dernier fut alors confronté à une situation très désavantageuse. 23 Dans cette situation, KIM Il-Sung introduisit le concept du Juché partis opposés qui étaient sous la protection de l URSS et de la Chine. pour critiquer les 21 Ibid., p Ibid., p LEE Jong-Seok, La Corée du Nord d aujourd hui [Hyeondae bukhanui ihae], Séoul, éd. Yeoksabipyeong, 1995, p

28 Chapitre 2. L idéologie du Juché et le marxisme-léninisme et le stalinisme Parmi les chercheurs sud coréens, deux théories s opposent : celle selon laquelle l idéologie du Juché serait l héritage et un développement du marxisme-léninisme et celle qui considère que l idéologie du Juché et le marxisme-léninisme sont deux idéologies différentes. Je considère que les idées du Juché se sont démarquées du marxisme-léninisme et que les deux idéologies sont très différentes comme le suggèrent beaucoup de chercheurs coréens (y compris Lee Jin-Gyung). Prenons un exemple : dans le marxisme-léninisme soviétique le rôle historique «actif» de l individu a été fortement renforcé, alors qu en Corée du Nord il a été supprimé. Dans le cas de la Corée du Nord, seule la notion désignant une «personnalité supérieure» est utilisée ; ceci suggère que l individu en Corée du Nord n est représenté qu en la personne du Dirigeant. Qui plus est, l originalité du marxisme-léninisme nord coréen est d insister sur la nature du régime de parti unique du Parti. Bien que le marxisme-léninisme ait été développé en suivant les pensées de Marx, Engels, puis Lénine, le marxisme-léninisme qui a été appliqué en tant que système socialiste réel en Russie et en Corée du Nord dénote une grande influence de Staline. La partie ayant subi la plus grande influence de Staline est celle traitant de la nature de l Etat et du rôle du parti. Marx et Engels se sont appliqués à soutenir que la classe prolétarienne était la classe révolutionnaire, tandis que Lénine a élaboré le projet de parti d avant-garde en développant l idée selon laquelle le succès de la révolution prolétarienne dépendait du renforcement et de la sensibilisation de la classe prolétarienne majoritaire dirigée par une élite minoritaire. Staline a renforcé encore davantage le rôle directif du parti. Seul le parti majoritaire, au centre de la direction du parti, devait rester fidèle aux principes 28

29 révolutionnaires et adopter les directives et ainsi il ne restait à la masse prolétarienne qu à suivre l exemple donné et à mettre ces directives en pratique. 24 A l époque de Staline, ce qui était une direction du parti vis-à-vis de la masse est remplacé par le contrôle par le parti. Progressivement le parti est devenu l appareil étatique le plus puissant et la construction d une société socialiste fondée sur la spontanéité et la créativité de la masse a été remise à plus tard. Par la suite, Staline bâtit la théorie du parti unique qui reconnait le parti communisme comme la seule organisation politique. La réinterprétation de Staline sur la dictature du prolétariat est le pivot central qui permet de différencier le stalinisme et le marxisme-léninisme. Dans le marxisme-léninisme, la notion de dictature du prolétariat tient une place importante car dans le processus de passage du capitalisme au socialisme, c est une théorie qui détermine le rôle et la nature de l Etat et aussi parce qu en réalité, c est une notion correspondant à la période de transition menant à l accomplissement du socialisme. Toutefois, Staline a transformé la notion de dictature du prolétariat en une notion de révolution violente. Si Lénine a considéré qu une structure de dictature prolétarienne variée correspondant aux diverses périodes historiques était nécessaire, le point de vue de Staline selon lequel la dictature du prolétariat qui n est pas contrainte par les lois, et s appuie sur la violence, correspond à la domination du prolétariat vis-à-vis de la bourgeoisie atteint son comble. De plus, la théorie de Staline se caractérise par la consolidation de la continuité de l Etat, la lutte des classes ennemies et l abandon de la conception marxiste de la disparition de l Etat. 25 Staline a substitué la théorie de la disparition de l Etat développée par Lénine en 24 SEO Jae-Jin, Etudes comparatives entre le marxisme-léninisme nord-coréen et l idéologie du Juché [Bukhanui Makseu-Reninjuuiwa Juchésasang Bigyo Yeongu], Séoul, p Ibid., p.18 29

30 passant par Marx et Engels en une théorie de la consolidation de l Etat. Il s en est suivi le développement de la notion stalinienne du «socialisme d Etat» concernant la notion de dictature d un parti politique et la dictature du prolétariat. L originalité du socialisme d Etat élaboré par Staline vient du fait qu il amalgame les contenus socialistes et les contenus étatiques. Les pensées de Staline se rapprochent de manière générale de la question du mécanisme d Etat. Au début, ce que voulaient combattre les socialistes à travers le processus de socialisation étaient l aliénation économique, puis l aliénation individuelle, la dépendance, l exploitation, l oppression au sein de toutes les autres structures, qu elles soient liées au capital historique ou liées à la bureaucratie d Etat. De cette façon, il serait possible de parvenir au socialisme à travers la disparition graduelle du nationalisme et aussi à travers l autonomisation totale des travailleurs. C est pourquoi la notion de révolution socialiste et la théorie de la disparition de l Etat ont été mises en avant. 26 En revanche, Staline conçoit cette étape selon une direction contraire, c'est-à-dire avec un renforcement de l appareil d Etat et de la bureaucratie, du parti et de la police. Avec le monopole étatique ainsi renforcé, il crée un système socialiste connu dans l Histoire sous le nom de stalinisme. Le stalinisme devient un instrument de l état-major étatique et des appareils d Etat et du parti et implique que cet organisme suprême soit juge non seulement dans le domaine politique mais aussi pour tout ce qui touche la vie sociale. 27 Le socialisme d Etat est un système où s accomplit la domination absolue du mécanisme d Etat dans tous les domaines du processus social et jusque dans une étatisation complète de la vie quotidienne, intime et familiale. 26 Ibid., p Ibid., p.20 30

31 La particularité du marxisme-léninisme nord coréen vient du fait qu il semble avoir suivi le stalinisme et mit en valeur les théories telles que la ligne de masse, la théorie de la dictature du prolétariat, la théorie du pouvoir centralisé. Dans le film Good-bye Pyeong-yang nous allons voir la nature stalinienne des idées du Juché qui imprègne la société nord- coréenne. Jong-il. Sun-hwa, écolier en maternelle, chante une chanson comprenant la louange de KIM «Où vont les ruisseaux méandre après méandre? Dans les bras de l immense mer Où va mon coeur volant? Au delà des nuages à mon cher Général-Etoile.» Quand la tante de Sun-hwa visite Pyeong-yang elle assiste toujours à des performances comprenant les même chansons et les même danses. Dans la critique de la tante concernant ces performances, on peut voir les éléments staliniens des idées du Juché. Il y a une scène dans laquelle on prend des photos devant une sculpture sur laquelle KIM Il Sung a écrit quelques mots. Dans la maison de Sun-hwa où est donnée une fête d anniversaire, nous voyons les portraits de KIM IL Sung et KIM Jong Il accrochés côte à côte sur le mur. Un poème récité par Sun-Hwa est rempli des éloges de KIM Jong-Il encore maintenant. Cependant elle va à l école en mettant des collants décorés de Mickey Mouse qui sont les cadeaux de sa tante qui pense que personne ne saura d où ils viennent. Enfin au grand théâtre de Pyeong Yang la tante demande à Sun-Hwa, sa nièce, quelle pièce elle aime, puis elle demande que le réalisateur arrête de filmer pendant qu elle révèle son envie de connaître le théâtre occidental. 31

32 Elle dit que même une histoire qu elle ne connaitrait pas est plus favorable pour elle qu une interdiction à entendre. Peut-être le stalinisme qui imprégnait l idéologie du Juché va-t-il finir par se flétrir chez les nord-coréens désormais. Penchons-nous sur la relation entre des idées du Juché et le maoïsme. 32

33 Chapitre3. L idéologie du Juché et le maoïsme L idéologie du Juché qui est l idéologie dominante de la Corée du Nord comporte de profondes corrélations sur différents aspects avec le courant marxiste, notamment l idéologie maoïste développée en Chine. Si l on observe l idéologie maoïste et l idéologie du Juché sous l angle du sophisme génétique, on constate que l environnement historique de formation des deux idéologies, les conditions sociales, les facteurs culturels coïncident fondamentalement. Si, comme le revendique la Corée du Nord, l idéologie du Juché trouve son origine dans les années 1930, il va de soit qu elle a été élaborée en Chine. A cette époque, la Corée et la Chine étaient toutes deux des pays sous-développés sous la domination d une administration coloniale et où un capitalisme local était presque totalement absent à cause du pillage des ressources économiques et des matières premières par les grandes puissances étrangères. De plus, l idéologie qui dominait la conscience du peuple était la pensée féodale confucianiste. De façon générale, l influence de la culture confucianiste dans ces deux pays est immense. Si les idéologies qui y ont vu le jour ont été influencées positivement par le confucianisme dans le domaine de la démocratie, de l ascension par l instruction, du développement de l éducation et de la mise en valeur de l intelligence, on ne peut pas non plus négliger ses influences négatives en ce qui concerne la domination autoritaire représentée par le système patriarcal, l héritage filial, l absolutisme de l autorité d un chef. On voit ainsi que ces concordances sociales, historiques et culturelles présentent des similitudes et que la résolution des problèmes locaux et le devoir de révolution sociale 33

34 proposés par ces idéologies y ont trouvé leur source. Même les théoriciens nord coréens de la révolution socialiste, dans les débats idéologiques, citent les théories non seulement de Marx et Lénine mais aussi des dirigeants chinois tels que Mao Zedong ou Liu Sao qi. Par ailleurs si l on convient que le début de la formation de l idéologie du Juché ait eu lieu dans les années 1950, «L Application novatrice du Marxisme-léninisme» à travers laquelle étaient proposées des solutions concrètes pour l établissement du Juché ou encore des slogans comme «la Régénération autonome» étaient toujours en rapport avec les préoccupations traditionnelles de la révolution chinoise. Un bon nombre de notions qui apparaissent à l intérieur du processus de systématisation de l idéologie du Juché ont été influencées par l idéologie maoïste de manière directe ou indirecte. Par exemple, l art de la direction, dont l originalité est largement répandue et qui est considéré comme la partie la plus importante du kimilsungisme, aboutissement du totalitarisme de l idéologie du Juché, est présent dans un document écrit par Mao Zedong datant de Cependant, LEE Jong Suk souligne qu il ne faut pas considérer que l influence de l idéologie maoïste n était pas une forme de contrainte sur l idéologie du Juché, mais en réalité il s agissait plutôt d une intériorisation fondée sur les préoccupations révolutionnaires de la Corée du Nord. 29 L influence de l idéologie maoïste sur l idéologie du Juché agit sur le plan du contenu dès le début, elle présente notamment des points communs culturels et idéologiques avec les idées de la Direction centrale nord coréenne et notamment KIM Il Sung (le parti 28 LEE Jong Suk (1995), p Ibid., p.90 34

35 communiste chinois et la lutte commune contre l occupation japonaise, la compréhension du marxisme à travers les documents chinois et les études des écrits de Mao Zedong pendant la résistance antijaponaise) et des similitudes historiques concernant les conditions révolutionnaires. L intégration des influences chinoises en Corée du Nord constitue un bon contraste avec l ascendant soviétique sur la Corée qui conservait un caractère contraignant réel. De plus, l idéologie du Juché et l idéologie maoïste partagent la même particularité de s être développées en s élevant contre le parti communiste soviétique qui voulait imposer une interprétation du marxisme-léninisme dans son aspect pratique, tout en s opposant toutes les deux aux recherches dogmatiques sur le marxisme-léninisme. 30 Le parti communiste chinois, dans les années 1960, alors que le conflit sinosoviétique était à son comble, a entamé un débat idéologique avec le parti communiste soviétique à propos du marxisme-léninisme dans son ensemble notamment au sujet de la construction socialiste, de la coexistence pacifique, de la question du système de direction ; de même, le Parti des Travailleurs de Josun a rejeté l organisation du socialisme international orchestrée par la Russie et s est opposé intensément au parti communiste soviétique sur la question de la construction économique socialiste en préconisant une économie populaire autonome. 31 Mais à partir de 1957, l idéologie maoïste est entrée dans une phase de changement et s est transformée en une doctrine reposant sur les «pensées de Mao-Zedong». A cette étape, Mao Zedong transgresse les principes et le concept de base de l idéologie maoïste qu il avait lui-même initiée. Sa particularité est qu il manifeste au nom de la volonté de l homme en général une forme de soutien unique qui évalue de façon exagérée les doctrines. Après 1973, l idéologie du Juché à travers la philosophie humaniste s est aussi transformée en un système de direction avec un dirigeant unique, ainsi elle est entrée dans 30 Ibid., p Ibid., p.91 35

36 une phase de changement qui renforce l autorité absolue sous l égide d un dirigeant unique, à l opposé de la consolidation du rôle des masses populaires. Alors, examinons les points communs épistémologiques de ces deux idéologies. Tout d abord, l idéologie du Juché présente des points communs avec le maoïsme : elle insiste particulièrement sur les idées dans le processus de construction révolutionnaire et elle accorde une grande importance au rôle de l homme. 32 Ce type de pensée, l attachement relatif aux personnes est communément ce qui différencie le marxisme-léninisme en Asie de l Est et le marxisme-léninisme occidental. Ces deux idéologies sont mises en évidence dans le fait d insister sur l application de façon concrète du marxisme-léninisme dans une réalité propre. 33 L idéologie maoïste prouve clairement que «le principe universel du marxismeléninisme» est établi comme «la mise en pratique concrète de la révolution chinoise et un produit issu de leur union réciproque», et l idéologie du Juché au premier stade se définit comme une application novatrice du marxisme-léninisme dans la réalité josunienne. 34 Autrement dit, on peut voir l application novatrice de ce type de marxisme-léninisme comme découlant du discours insistant sur la stratégie de développement d un socialisme autonome. Mao Zedong, par des propos tels que «au milieu de tous les produits dans le monde, le plus important est l homme. Sous l égide du parti communiste, s il y a des hommes, n importe quel miracle humain est possible» ou «lorsque l idéologie représentative de la classe d avant-garde est comprise par la masse, elle se transforme en une force matérielle qui 32 Ibid., p Ibid., p Ibid., p

37 réorganise le monde et la société», insiste sur l importance des hommes et de l idéologie. 35 Puis, il met en évidence le peuple en tant que sujet historique en déclarant que «le peuple, seul le peuple est la force motrice créatrice de l histoire universelle». Dans cette idéologie maoïste, le degré d importance attribuée à l homme et à la pensée a été augmenté. KIM Il-Sung définit l idéologie du Juché en tant qu idéologie où «le propriétaire de la révolution et de la construction est la masse populaire dont la force peut conduire à la révolution et à la construction». Cette idéologie nous montre clairement l importance accordée à la masse populaire. 36 Dans l idéologie du Juché aujourd hui, l importance accordée à l idéologie et à l homme est exprimée selon une approche philosophique «l homme est le propriétaire de tout et décide de tout», ou encore selon une vision historico-sociale «la masse populaire est le sujet de l histoire sociale». 37 Cependant, de nos jours, l attitude vis-à-vis de ces deux idéologies s est transformée en un concept contrasté appelé «la diminution de la signification» et «l insistance excessive extrême». L idéologie du Juché et l idéologie maoïste présentent aussi un point commun par le fait qu elles ont pris corps lors d une mise en pratique massive et se basent sur le développement théorique de la mise en pratique. 38 L idéologie du Juché considère la mise en pratique comme le critère de vérité et le facteur d évolution de la théorie de départ de la connaissance. Par conséquent, l idéologie du Juché a généralisé l expérience de mise en pratique théorique, et l a appelée «principe de mise en pratique» selon lequel «seule la théorie qui a résolu le problème soulevé et qui se base sur l expérience fournie possède la vérité». 35 Ibid., p Ibid., p Ibid., p Ibid., p

38 A ce sujet, dans le parti communiste chinois, Mao Zedong avait déjà formulé son point de vue au début de sa formation à partir des années Dans la «Théorie de mise en pratique», Mao Zedong affirme que le critère de vérité ne peut être que la mise en pratique sociale. De ce point de vue pratique, ces deux idéologies, qu elles émettent une proposition, un discours ou une proposition de résolution établissent des rapports actifs ou directs avec le prolétariat qui devient le public, de façon simple et claire Ibid., p Ibid., p

39 Chapitre 4. L idéologie, le nationalisme et le confucianisme Bruce Cumings nous révèle une acception pragmatique du terme de «Juché». D après lui, ce terme peut renvoyer à une priorité accordée à ce qui est propre au peuple, en l occurrence, au peuple coréen, en d autres termes, à une expression qui relèverait plutôt du «nationalisme». De ce point de vue, les idées du Juché sont plus proches du néoconfucianisme que du marxisme. Le chercheur américain affirme même que la Corée du Nord est plus proche d un royaume «néoconfucéen» que de l Union soviétique de Staline. Il ne manque pas de citer JEONG Do-Jeon ( ), aristocrate le plus puissant du début de Joseon et philosophe néoconfucéen influent en Corée : «Le Principe (이 en coréen 理 en chinois) est la vertu donnée à l âme et la raison d être de l Esprit (기 en coréen 氣 en chinois ). Oh! Le principe profond qui est là bien avant le Ciel et la Terre A travers le Moi, l Esprit existe et l âme se trouve également donnée à elle-même. L âme qui dispose du Principe et de l Esprit devient le maître du corps, le Principe, s il est accepté par l âme, devient une vertu. Si l âme n a pas son ego, il deviendra cupide. L Esprit, s il n a pas son ego, n est qu un corps constitué de chair et de sang. Il reste comme un insecte qui se tortille, il n est qu une bête.» CUMINGS Bruce, Histoire Moderne de la Corée [Hanguk Hyeondaesa] (titre anglais : Korea s Place in the Sun. A Moderne History), trad. coréenne KIM Dong-No et d autres traducteurs, Kyeong-Gi, éd.changbi, 2001, p

40 Tout comme dans les autres pays socialistes, le pouvoir politique nord-coréen a adopté ouvertement une attitude critique contre la culture traditionnelle préexistante à travers les notions de culture féodale et de culture réactionnaire. Cependant nous voyons dans le film Good-bye Pyeong-yang que la famille de Sun Hwa va rendre un culte confucianiste sur la tombe de la mère. Le confucianisme n a donc pas disparu. De plus les termes qui sont largement soulignés et particulièrement en Corée du Nord de nos jours, tels que fidélité révolutionnaire, fidélité, piété filiale, sujet dévoué, fils dévoué à ses parents, sujet déloyal, courtisan, fils ingrat sont issus du courant et de la structure de la pensée traditionnelle. L utilisation de ces termes était évitée dans les années 1950 et jusqu'à la moitié des années 1960 en Corée du Nord, car ils étaient accusés de refléter l'idéologie féodale. Puis plus tard, la Corée du Nord a commencé à adapter la tradition confucéenne de la dynastie Josun 42 et à l exploiter comme moyen de persuasion pour insister sur la fidélité que doit vouer le peuple au Dirigeant, notamment en rapport avec le projet de transmission héréditaire du pouvoir et afin de justifier ce plan. A la différence des autres régimes socialistes, il existe toujours en Corée du Nord, des éléments traditionnels, des particularités historiques et réelles qui lui sont propres. En particulier, la Corée du Nord pratique la culture de la politique subjective et dispense l enseignement idéologique politique à ses citoyens dès leur plus jeune âge, en accordant beaucoup d'importance aux valeurs confucéennes, notamment l esprit de fidélité au souverain et la notion de piété filiale. De nos jours, l'idéologie nord-coréenne du Juché, conception du monde axée sur l'homme et idéologie révolutionnaire en faveur de l'émancipation des masses populaires nordcoréenne, a été remaniée en «doctrine du Grand Dirigeant» ou «doctrine de Kim Il-Sung» comme l'unique moyen de maintenir le régime ; aussi, l'organisation et le contenu de cette doctrine s'accompagnent effectivement de la valeur de l'autorité patriarcale issue de la 42 Royaume ayant gouverné la péninsule et les îles alentours de 1392 à

41 tradition de la culture confucéenne. 43 La première intention de la Corée du Nord dans son acceptation de l esprit de fidélité au souverain et de la notion de piété filiale issus du confucianisme est d'instaurer l autorité charismatique de Kim Il-Sung et par extension, d'institutionnaliser la passation du pouvoir de père en fils. La Corée du Nord a activement utilisé cette valeur confucéenne de fidélité au souverain depuis la fin des années 1960 dans le but de développer la doctrine de gouvernement de Kim Il Sung et l absolutisme, et qui plus est, elle a modifié le courant et la structure de la pensée confucéenne en idéologie de transmission héréditaire du pouvoir à KIM Jong Il et en idéologie servant le gouvernement actuel. En particulier, à travers les notions de "famille" et "piété" issues du confucianisme, la Corée du Nord réussit à susciter et à développer logiquement la fidélité du peuple nordcoréen à l'égard du chef considéré comme le père d une "grande famille" et par là-même à faire accepter la transmission du pouvoir à son fils aîné Kim Jong-Il comme justifiée. On observe qu'une caractéristique commune à la Corée du Nord moderne et à l'idéologie confucéenne de la dynastie Josun se révèle lors de ce processus de modification du contenu idéologique : la logique de la piété se transforme en fidélité dans les deux cas. 44 Le chef est un organe social essentiel pour l'homme, il remplit le rôle de cerveau et de cœur et s'apparente justement au père. Le peuple est un élément constituant de la société accomplissant le combat révolutionnaire, or ce peuple n'est en aucun cas une somme d'individus séparés et reste plutôt une entité collective, il est donc comparé à la famille. Dans le socialisme où la masse populaire est solidement unie autour du même objectif, le chef est vénéré comme les parents et toute la société doit se baser sur l'idéologie révolutionnaire de ce chef et former une grande famille unie et harmonieuse KIM Seong-Bo,les idées du Juché. Les Interactions entre le régime à parti unique et la tradition confucéenne, [Bukhanui Juchésasang. Yuilchegyewa Yugyojeok Jeongtongui Sanghoguangye], in Etudes historiques, N 61, 2000, p Ibid.,p Ibid.,p234 41

42 Dans la culture traditionnelle confucéenne, les rites envers les dieux protecteurs de la famille ainsi que l'autoritarisme patriarcal ont fonctionné auprès de la population comme facteur émotionnel et psychologique, ce qui leur permit de s'adapter et de se conformer à cette transmission de l'autorité par voie héréditaire plutôt que de s'y opposer ou de réagir contre elle. Par ailleurs, on suppose que c est certainement parce que les consciences des deux protagonistes Kim Il-Sung et Kim Jong-Il étaient elles-mêmes directement imprégnées de culture traditionnelle confucéenne globale, que ces deux hommes ont pu concevoir l'idée d'une possibilité de transmettre le pouvoir héréditairement. Par ailleurs le nationalisme nord coréen atteint son apogée dans la propagande développée autour des tombes royales de Dangun. Après avoir relégué la légende de Tangun 46 au rang des superstitions, la Corée du Nord l a réhabilité. En 1993, on aurait découvert son tombeau et ses ossements au pied du mont Taebaek, aux environs de Pyongyang. Une stupéfiante découverte qui laissa sceptiques archéologues et historiens au Sud. En tout cas, on construisit sur le site un gigantesque mausolée où ont lieu des rites de vénération. Ils témoignent de l importance du mythe fondateur dans le nationalisme, lui aussi ethnique, du régime nord-coréen, qui cherche ainsi à s inscrire dans une continuité historique remontant au temps des héros. «Nous sommes les descendants de Tangun ; coule dans nos veines le même sang, et la réunification marquera une nouvelle ouverture du ciel...» En dépit de leur hostilité réciproque, le Nord et le Sud ont au moins quelque chose en commun ; la vénération de 46 Selon les Chroniques historiques des trois royaumes, compilation de mythes datant du 12 e siècle, Hwan-ung, fils du roi du ciel, qui s ennuyait, serait descendu sur Terre. Il aurait posé le pied sur l une des montagnes de la péninsule (au sommet du mont Paekdu, aujourd hui à la frontière de la Chine et de la Corée du Nord). A une tigresse et à une ourse qui souhaitaient prendre forme humaine, il aurait imposé comme épreuve de séjourner cent jours dans une grotte avec pour toute nourriture des gousses d ail et des herbes médicinales. La tigresse renonça rapidement, mais l ourse tint bon et se transforma en femme. S étant unie à Hwan-ung, elle mit au monde Tangun. Ce premier Coréen aurait établi sa capitale à l emplacement de l actuelle Pyongyang et nommé son royaume Chosun, nom de la Corée jusqu en

43 Tangun Le Monde, 8 octobre 2011, Philippe Pons. 43

44 Deuxième partie La culture en Corée du Nord 44

45 Dans une conférence donnée à Arc et Senans, Alain Brossat a mis l accent sur quelques points du concept de «gouvernement» chez Foucault. Le premier, c est que Foucault insiste sur le fait qu il y a, d emblée, une pluralité, une diversité de formes de gouvernements. Le second, c est qu il y a continuité de l une à l autre de ces formes, elles communiquent les unes avec les autres, même si elles sont différenciées. Le troisième, c est que, progressivement, dans nos sociétés, le gouvernement de l Etat va tendre, sinon à faire disparaître les autres acceptions, du moins à les subordonner et les éclipser. C est, dit Foucault, le problème de la population qui va permettre le déblocage de l art de gouverner. A l évidence, dans nos sociétés, la population est gouvernée à la culture, comme elle est gouvernée à la veille sanitaire et à la sécurité ou, pour parler de manière plus rigoureuse, à l insécurité. Il faut entendre ici la culture comme un milieu gouvernemental davantage que comme un moyen ou un outil. En peu de décennies s est imposée au détriment de la conception traditionnelle d une culture rigoureusement hiérarchisée, fondée sur le partage entre un haut et un bas parfaitement distincts, entre culture des élites et culture du vulgaire, la notion d une culture conçue comme élément fluide et fondé sur un principe d équivalence absolue de tous les objets la composant, la Samothrace, le rap de St Denis et Boulez à la Cité de la Musique, etc. Ainsi redéployée, la culture est devenue une sorte de ciment liquide d un usage irremplaçable lorsqu il s agit de s essayer à faire tenir ensemble les éléments d une population dont l hétérogénéité (de conditions, de modes de vie, de convictions ) est de plus en plus manifeste. Contrairement à la biopolitique de la culture fondée sur une rationalité libérale ou néolibérale, on constate un manque de flexibilité et de rationalité dans le gouvernement des arts nord-coréens. Sauf l Allemagne nazie, il y a très peu de société qui aient pu sacrifier ses ressources artistiques au profit de la propagande d Etat comme l avaient fait l URSS sous Staline et les 45

46 pays fondés sur le modèle communiste soviétique. Le communisme a été le projet artistique le plus ambitieux au 20 e siècle. Il peut être reconstitué de manière extrêmement détaillée dans ce projet. En Corée du Nord, les arts continuent d être encadrés et instrumentalisés au profit d une politique d endoctrinement. Nous allons donc examiner l instrumentalisation politique des arts par la propagande politique nord-coréenne sur le plan historique. Cette partie traite de la question de la culture dans un pays tel que la Corée du Nord. De plus, elle examine la politique utilisée pour gouverner les vivants et analyse les relations entre le savoir et le pouvoir qui apparaissent dans les discours traitant de la culture, du cinéma, des beaux-arts, des films d animation et de la gymnastique. 46

47 Chapitre1. La période de guerre et la construction du nouveau Josun ( ) 1-1.Idéologie et politique culturelle Depuis l indépendance coréenne après l occupation japonaise et jusqu à l éclatement de la guerre de Corée, les principaux enjeux de la politique culturelle mis en avant par la Corée étaient : le dépassement des résidus de l idéologie japonaise, la transformation de la conscience vers une nouvelle idéologie sociale en faveur du peuple, l encouragement pour la construction d une nouvelle société. Pour ce faire, la Corée du Nord pratiqua intensément une politique - qui d ailleurs ne se différencie pas tellement de sa politique culturelle actuelle - privilégiant l entreprise d héritage et de conservation des trésors culturels nationaux, la composition du syndicat des auteurs, le développement des équipements culturels ou l action culturelle publique. Pendant la période de guerre, l activité littéraire fut complètement réorganisée en un système d exposition, permettant ainsi à l art littéraire de devenir une arme puissante pour la victoire. Plus concrètement, l art de la littérature fut détourné en une forme de spectacles en une production de spectacles en petits groupes comme système d exposition ; de plus, les activités artistiques et culturelles publiques furent pratiquées par l armée. Et même pendant la guerre, de grandes entreprises telles que la réorganisation et le renforcement du système des auteurs, la réparation et la construction des établissements culturels, etc., furent développées. 48 Il est possible que l ère de l idéologie du Juché débute avec la conférence de Khalun dans les années 30 conformément à la thèse nord coréenne, mais si l on regarde la notion du Juché utilisée en tant que principe pour une attitude indépendante dès les années 50, le fait de vouloir surmonter les restes de l impérialisme japonais et aussi de prendre modèle sur le réalisme socialiste soviétique montre que l idéologie du Juché n est pas encore consolidée. 48 Art et média en Corée du Nord, in Recueil des études et recherches sur la Corée du Nord, Kyungin munhwasa, 2006, Séoul, p. 95-p

48 Dans un discours tenu en 1951, KIM Il-Sung précise la mission des écrivains et des artistes : «D abord, les écrivains et les artistes de notre pays doivent décrire le grand patriotisme de notre peuple, sa ferme volonté et sa victoire finale dans leurs œuvres en tant que chevalier de l esprit humain. Leurs œuvres ainsi créées doivent servir d arme puissante pour le peuple et lui donner de la force pour sa victoire finale. [ ] Enfin, il faut savoir préserver notre patrimoine littéraire et enrichir notre culture, tout en restant ouverts aux grandes œuvres littéraires russes et chinoises et à celles des autres pays démocratiques.» 49 KIM Il-Sung estimait qu il fallait développer la politique de l héritage critique notamment dans le choix de la détermination des trésors nationaux, c est-à-dire, «élargir les héritages culturels de la nation de sorte que ceux-ci correspondent à la réalité d aujourd hui et aux sentiments quotidiens du peuple, en jetant ce qui est démodé et en en trouvant le côté progressiste et citoyen.» Par ailleurs, il poussait à recueillir et à développer uniquement des choses pouvant témoigner de la relation d entente dans le peuple par le passé, ou correspondant au goût du peuple. C est sous ces principes que s effectua l entreprise de collecte des héritages culturels de la nation, leurs classements et études, puis leurs successions. Le comité nord-coréen de la conservation des œuvres classiques, l institut de recherche sur la musique traditionnelle, l association pour la conservation de la danse Bongsan, la fédération des arts littéraires et les universités se trouvaient au centre de cette entreprise. La Corée du Nord promut la découverte, la collecte, les classements et les recherches pour continuer et développer de manière critique la politique de la construction culturelle et de l héritage culturel de la nation. D un autre côté, la Corée du Nord continua l opération de propagande sur la grande obligation morale à travers l art littéraire et les éditions, surtout sur le cinéma. Ainsi, 49 KIM Il-Sung, Sur la question de notre art culturel in Œuvres complètes, tome 6, Discours avec les artistes, 1951, p

49 même pendant la guerre, la Corée du Nord participa au festival international du cinéma et au festival artistique mondial des jeunes étudiants. Et en 1953, elle organisa une exposition d art militaire pour l Indépendance de la grande patrie dans les villes principales d Europe. 50 La politique culturelle nord-coréenne de cette époque se manifeste dans l extrait de Gens du Sud, Gens du Nord, Quand la Corée s est divisée, un récit autobiographique de LEE Ho Chul, l un des écrivains majeurs en Corée : «Pour cette première soirée de formation, nous avions commencé par leur présenter quelques chants militaires russes. Avant d être mobilisé, j avais appartenu à la chorale municipale des Groupes de Jeunes et j étais sûr de pouvoir faire moi-même ce genre de travail. Et ces hommes venus du Sud avaient adoré cette séance. Ou plutôt, ce sont surtout les lycéens qui avaient aimé cela. Un chant de marche raisonne sur le fleuve Don au cours tranquille. Le soldat kazakh part à la guerre, sa bien-aimée lui dit «au revoir!» Ah! Sa bien-aimée lui a dit «au revoir». L aurore éclaire les champs ; le fleuve Don brille. - Je te donne ce portefeuille. Je l ai brodé moi-même! Ah! Je te le donne en cadeau! Chantons! Demain de bonne heure, nous serons au front dans le brouillard! Chantons cette nuit! Accordons nos mélodies. 50 Recueil des études sur la Corée du Nord, 2006, p

50 Oh! Ce mouchoir bleu, je le connais! La nuit est venue. Le courageux guerrier ne ferme pas les yeux aux portes de la Sibérie. Le guerrier courageux ne ferme pas les yeux. - Quand je suis parti pour les chemins austères, De sa main, devant sa porte, la femme que j aime m a dit «au revoir!» Nous leur avions appris ces chants directement en russe. Ils étaient assez courts par rapport aux chansons militaires japonaises que nous connaissions bien aussi et qui sont sentimentales et vulgaires. Tout en chantant, nous en commentions les paroles, surtout les chœurs. Parmi ces hommes venus du Sud, les lycéens étaient très excités. Le chant a le pouvoir de réchauffer une atmosphère froide et inhabituelle. De plus, ces lycéens habitués aux chansons populaires lancinantes de la Corée du Sud sentaient également, et pour la première fois, réellement, qu ils avaient rejoint un monde nouveau. Je me rendis compte que les chansons, surtout les chants militaires, étaient vraiment le meilleur et le plus rapide moyen pour souder un groupe.» 51 militaire : A part sa fonction de propagande, l extrait suivant suggère un autre rôle du chant «Aucun d entre eux n aurait imaginé que j avais fait partie du Chœur de la Jeunesse non parce que j aimais chanter, mais parce que j en avais eu assez des réunions politiques où les gens hurlaient tous les jours les mêmes propos ennuyeux et figés. Cela avait été pour moi 51 LEE Ho Chul, Gens du Nord Gens du Sud, éditions Mineum, 2002, Séoul, p

51 le seul moyen d échapper à ces réunions rébarbatives». 52 Dans une bande dessinée sous-titrée «Récit de séjour de 548 jours en Corée du Nord écrit par M. Oh, citoyen ordinaire sud-coréen», on retrouve aussi une scène similaire où les gens du Nord chantent pour leur divertissement collectif : «Les gens du Nord se sont mobilisés pour l aménagement d espaces verts consistant à planter des semis de pins sur un terrain vague de l ancien site d une piste d atterrissage. Lors de leur déjeuner, ils se sont divisés en deux groupes : un groupe féminin et un groupe masculin. Après avoir déjeuné, les camarades féminines chantent assises en rond en tapant des mains. Tout se passe comme si elles s amusaient après avoir pique-niqué Le divertissement collectif comme le chant collectif semble bien s ancrer dans la culture nordcoréenne.» La littérature et le cinéma Depuis l indépendance jusqu à l établissement du Juché, la littérature nord-coréenne relevait de la littérature traditionnelle prolétarienne, c est pourquoi le pouvoir central qui guidait réellement la scène littéraire de l époque était constitué d écrivains du mouvement KAPF, armés de la théorie du réalisme socialiste. Ce qui mérite d être remarqué, c est que, pendant cette période du moins, il existait une diversité dans la littérature nord-coréenne. Les acteurs principaux de cette diversité et de l enrichissement de la littérature nord-coréenne de cette période furent des écrivains de la nouvelle génération. Ces derniers trouvaient le modèle du réalisme socialiste non pas dans le mouvement KAPF mais dans celui de la Russie Ibid. 53 OH Yeong-Jin, Le visiteur du Sud. Le Journal de Monsieur Oh en Corée du Nord [Botongsimin Ohssiui 548Il Bukhan Cheryugi], Tome.2. Séoul, éd. Gilchakgi, 2002 (Consultable sous le même titre en version française chez Flblb [Poitiers], coll. «Documentaires», 2009). P LEE Joo-Mi, Précis de littérature nord-coréenne [Bukhan Munhak Yesurui Silje], Séoul, éd.hanguk Munhwa, P

52 Au congrès de Moscou de 1934 présidé par Gorki, on critiqua cette littérature en ayant conscience de la mise en danger de la littérature soviétique à cette période. Les œuvres littéraires ayant été utilisées pour mettre en avant un slogan politique s enferment dans un type, leur modèle se forme dans un cadre préétabli et elles ont tendance à s enfermer dans l Académisme. D ailleurs les personnages des œuvres s éloignent de plus en plus des contradictions de la réalité pour devenir des héros irréels, ils perdent leur ironie et leur pouvoir parodique, etc. Ainsi on critiqua la littérature car elle ne reflétait plus la réalité des combats ardents de cette période. Dans la société nord-coréenne, l art cinématographique a pour but d «éclairer profondément, à travers les représentations des formes, la justice et la vérité de la pensée et l idéologie du socialisme, de même que la nécessité de sa victoire historique». Le cinéma nord-coréen est ainsi désigné comme le porte-parole de la politique du Parti et comme le moyen de propagande militaire pour l éducation idéologique du peuple. Dans ce cas, quelle serait la stratégie et la figure du cinéma nord-coréen en tant que propagande? Ici, il est important de comprendre le réalisme socialiste qui est le point de départ du cinéma nord-coréen. En effet, ce dernier qui fut estimé pour son importance comme l'outil de l idéologie socialiste, a constitué par la suite la règle de base de l art littéraire socialiste avec le principe du réalisme socialiste, après la révolution bolchevique en URSS. Mais le contenu du réalisme socialiste établi au début de la révolution fut revu et corrigé après les années 30. Le réalisme socialiste dont se réclamaient VERTOV ou EISENSTEIN dans les années 20 commença avec la conviction qu innover par rapport à la forme artistique préétablie contribuait à la révolution socialiste. Cette innovation signifiait qu il fallait mettre en valeur des événements triviaux uniquement par le pouvoir du montage : en montrant le peuple comme personnage principal, au lieu d un unique héros comme dans la narration cinématographique classique et en capturant les images de la vie quotidienne. Or, cette technique avait inévitablement tendance à devenir une expression abstraite en l absence d un certain humanisme. De plus, le réalisme socialiste fut même soupçonné de porter en lui une tendance au libéralisme, que rejetait justement la théorie de l art socialiste. 52

53 En effet, les films gardaient un caractère indépendant par leur esprit, par l expression cinématographique et même à travers leurs significations internes. Cette tendance fut critiquée au nom du formalisme. Et à l occasion d une alliance entre les auteurs soviétiques, elle se transforma en réalisme socialiste avec un nouveau contenu. L essentiel peut se résumer dans l expression «Dans l art, l abstraction signifie la mort». Les arts socialistes, y compris le cinéma, nient le style abstrait et doivent impérativement s apparenter à un devoir d éducation des travailleurs par la transformation idéologique de leur mentalité selon les principes socialistes. Finalement, s établit comme cadre de base des films la présence des communistes comme uniques personnages positifs et l accent fut mis sur la nécessité historique de la victoire du socialisme. Certes, le réalisme socialiste donnait la possibilité de choisir un large éventail de formes, de styles et de genres mais le contrôle minutieux sur le cinéma dans les sociétés socialistes comme la Corée du Nord, fut la grande cause de la limitation de la diversité d expression, ce qui continue encore aujourd hui. Il faut toutefois préciser que les supports littéraires et cinématographiques de cette époque sont difficilement accessibles en Corée du Sud. 1-3.L art nord coréen D après l Annuaire central de Josun paru en 1949, les peintres nord coréens (à l époque, la plupart des peintres travaillaient à l huile, et il n y avait pas beaucoup de peintres Josuniens) ont exécuté depuis la libération à la fin de l année 1945, près de portraits de KIM Il-Sung, de Lénine et de Staline en hommage au soutien de l Union soviétique lors de la libération et de la révolution communiste. En 1946, on compte portraits supplémentaires qui ont contribué à la construction de la nouvelle patrie. D un autre côté, dans ce même recueil, nombre d œuvres montrant une certaine 53

54 hostilité du peuple en réaction à l amitié jo-so (Josuno-soviétique) ont aussi été recensées. 55 Dans ce contexte, beaucoup d artistes aspirant à plus de liberté ont choisi de traverser le 38ème parallèle et de descendre au sud, tandis que d autres artistes sud coréens attirés par le régime socialiste choisissaient de partir pour le nord. 56 Les artistes nord coréens contemporains voulaient s inspirer de l art réaliste socialiste soviétique qu ils considéraient comme une «culture artistique avant-gardiste». A cette époque, en Corée du Nord, il n y avait pratiquement pas d artistes josuniens traditionnels proprement dit, c est pourquoi les œuvres josuniennes étaient très rarement présentées dans les expositions jusqu en Le terme «d art josunien» n existait pas et l on parlait «d art oriental» comme en Corée du Sud pour parler de l art traditionnel. Ce n est qu au milieu des années 1950 que le terme «d art josunien» fut utilisé couramment. 57 Depuis 1947, la ligue artistique du Josun nord avait pour devise : «l art appartient au peuple» et elle avait envoyé des artistes dans les usines, les mines, les entreprises, les villages d agriculteurs et de pêcheurs, pour réaliser des œuvres ayant pour sujet le combat constructif des travailleurs. Puis ces œuvres furent exposées dans des villes importantes comme Pyongyang pour l instruction politique. 58 Pendant la guerre de Corée, la production artistique au service de la propagande s est concentrée notamment sur la peinture, la sculpture, les affiches et les bandes-dessinées. 1-4.La gymnastique de masse 55 LEE Gu Yeol, 50 ans d Art nord coréen, Dolbaegi, Séoul, 2001, p Ibid., p Ibid., p Ibid., p

55 Voici comment elle est définie dans le Dictionnaire de la langue josunienne en 1992 : 59 «Nouvelle forme d art sportif mixte comprenant des techniques physiques artistiques et idéologiques hautement sophistiquées comptant plusieurs dizaines de milliers de participants. Elle s appuie sur l idéologie du Juché et l exalte. Les mouvements de gymnastique et de danse sont les moyens d expression de base, et les moyens artistiques variés tels que la musique et la peinture y sont incorporés de façon organisée. L ensemble réalise un tableau magnifique. La gymnastique de masse augmente non seulement la force physique des adolescents, mais elle accroît aussi leur connaissance artistique tout en leur inculquant une discipline et l esprit de communautarisme. Les principales caractéristiques de la gymnastique de masse se présentent comme suit. Premièrement, l esthétique de la gymnastique de masse se place dans la lignée du réalisme Juchéen qui représente généralement une esthétique des arts littéraires nord coréens combinant le sens artistique et l aspect idéologique. Surtout, la gymnastique de masse est utilisée comme outil de propagande par le régime. Deuxièmement, la gymnastique de masse est une discipline sportive qui associe l art et la gymnastique sur scène. En Corée du Nord, la gymnastique de masse n est pas considérée comme une discipline culturelle mais sportive. Troisièmement, la gymnastique de masse se compose d une zone de gymnastique et d un arrière-plan. On trouve une démonstration de spectacles de masse sur le terrain du stade et un déploiement de banderoles dans les tribunes. Quatrièmement, la gymnastique de masse a grandement contribué au renforcement du régime en tant qu outil d instruction populaire, c est pourquoi elle est un instrument 59 Grand dictionnaire de la langue nord-coréenne [Joseonmal daesajeon], Centre linguistique en Sciences sociales nord-coréennes, éd. des Sciences Sociales, 1992, p.411 (cité par PARK Young-Jeong, in La gymnastique de masse nord-coréenne du 21 eme siècle et sa représentation artistique sur scène : ARIRANG [21 segi bukhan gongyeon yesul daejipdanchejowa yesulgongyeon : Arirang], op.cit., p.16.). 55

56 puissant de propagande. Notamment, bien évidemment, les dessins ou les slogans représentés à l arrière-plan, mais aussi les impressions qui émanent de chaque figure gymnastique deviennent très efficacement un outil de propagande pour le régime. De plus, l étape même de la mise en scène de la plupart des rassemblements de gymnastes est un processus de l éducation collective». Les grandes parades gymniques de masse et les représentations artistiques sont apparues en 2000 mais elles dérivent directement de «la gymnastique de masse» pratiquée auparavant. D un point de vue formel, le caractère «technique» de la gymnastique de masse ne présente pas un cadre très important pour exalter une doctrine ; mais du point de vue du régime nord coréen qui valorise le collectivisme, la doctrine qui se trouve notifiée par cet aspect «mobilisateur» est très forte. 60 L origine de la gymnastique de masse en Corée du Nord est connue et remonte au spectacle : «la gymnastique des fleurs, la fierté de Josun» présenté en Créée directement par KIM Il-Sung et enseignée aux membres de la jeunesse, la première représentation de «la gymnastique des fleurs» eut lieu à l école Jin Myung à Kalun durant l été 1930, le 11 juillet, à l occasion de la cérémonie de commémoration du 13ème anniversaire de la révolution russe. Elle fut appelée «gymnastique aux fleurs» car les corps et les têtes des gymnastes étaient ornés de fleurs, et ils effectuaient leurs exercices en tenant une grande fleur dans chaque main pendant leur démonstration. Ces représentations de gymnastique de masse étaient d ordinaire une occasion d instruction et de conditionnement, notamment en plaçant de grandes inscriptions dans les tribunes telles que «vive la révolution josunienne» PARK Young-Jeon, La gymnastique de masse nord-coréenne du 21 eme siècle et sa représentation artistique sur scène : ARIRANG [21 segi bukhan gongyeon yesul daejipdanchejowa yesulgongyeon : Arirang], Séoul, éd.worin, 2007, P Ibid., p

57 A cette époque, «la gymnastique aux fleurs» était utilisée non seulement pour entrainer et éduquer physiquement et intellectuellement les membres de la jeunesse, mais elle contribuait également à préparer la révolution auprès des paysans des environs. Ainsi, on peut considérer qu elle fut un élément majeur dans le développement et l ennoblissement de la gymnastique de masse en Corée du Nord. De cette manière, la gymnastique de masse est devenue, entre autres, un moyen d instruction populaire, un entrainement du corps et de l esprit et aussi une étape incontournable des cérémonies de commémoration. Les prémices de la gymnastique de masse en Corée du Nord proviendraient de «la gymnastique aux fleurs, la fierté de Josun», mais c est la «gymnastique de l association des jeunes» présentée en mai 1946 qui permit véritablement son évolution dans la continuité L architecture En décembre 1945, le musée national d Histoire a été inauguré, et par la suite, un musée d Histoire a été installé en province et dans l université Kim Il-Sung. Pour régler le problème du logement, un comité du logement a été créé. Ainsi, le comité procéda à la confiscation des logements des Japonais et de leurs collaborateurs, mais aussi des logements des propriétaires fonciers ou encore des capitalistes expropriés pour les redistribuer aux ouvriers, aux employés, et aux paysans. Les bâtiments administratifs des organismes centraux, les écoles, les organismes culturels, les établissements de bénévolat ou encore les logements furent aménagés de façon rationnelle marquant ainsi le début d un développement intensif de constructions modernes à travers un projet architectural urbain. 63 Des travaux d entretien du fleuve Potong ont même été exécutés. 62 Ibid., p LEE Yang-guy, architecture nord-coreene. Un autre paysage de notre pays [Bukhan geonchuk.tto hanaui Uri Moseup], ed. Séoul forum, 2000, p

58 Un des bâtiments les plus représentatifs de l époque est le théâtre Moranbong construit en juillet Le théâtre en briques s harmonise par sa structure et sa couleur avec l environnement alentour, participant ainsi à la mise en valeur du site de Morabong. Les sculptures de la façade symbolisant les ouvriers, les paysans et les travailleurs traduisent parfaitement le caractère populaire. 64 Pendant la guerre de Corée, toutes les constructions étaient réalisées de façon à être adaptées à une situation de conflit, en particulier de nombreuses installations souterraines furent construites. Au début de la guerre, il s agissait plutôt de construction d abris, mais vers la fin on construisit des logements et des établissements publics afin de réparer les dégâts causés par la guerre. En 1951, Kim Jong Hee, qui venait d être diplômé de l Académie d architecture de Moscou, réalisa un plan général pour un projet de restauration des bâtiments de la ville de Pyongyang. 65 En Corée du Nord, le théâtre constituait un moyen de propagande important pour l éducation culturelle du peuple, c est pourquoi de nombreux théâtres furent construits en divers endroits. Le théâtre souterrain Moranbong en est un exemple représentatif. Ce théâtre souterrain a été construit pour accueillir des réunions gouvernementales, des manifestations artistiques, des projections de films, des congrès scientifiques, des concours agricoles, des expositions d art ou de photographies, et surtout, des expositions de projets urbains et architecturaux. Avant la guerre, on sait qu une vaste opération a été menée spécialement afin d éradiquer les derniers vestiges idéologiques de l impérialisme japonais. Cette entreprise d éradication s appliquait non seulement à la littérature et aux arts ou aux sciences mais elle s étendait plus largement à tous les domaines Ibid., p Ibid., p Ibid., p

59 Chapitre2. La période de reconstruction d après-guerre et de construction du socialisme (août 1953 décembre 1970) 2-1. L idéologie du Juché et la politique culturelle 67 La Corée du Nord détermine la période entre l armistice de 1953 et l année 1961 comme «la période de la reconstruction d après-guerre et de la construction des bases du socialisme» *. Si l on s en tient aux thèses des chercheurs sud coréens, la notion de Juché serait apparue en 1950, à cette date, le noyau des idées du Juché reposait sur les principes d autonomie (ou autosuffisance) et d indépendance. Le développement de la notion du Juché fondée sur l autonomie est probablement apparu en même temps que le début des défis politiques de KIM Il-Sung sur le plan national. Sur le plan international, après la mort de Staline en 1953, dans les pays de l URSS et d Europe de l est, le processus de déstalinisation est en cours et les critiques visant les régimes socialistes staliniens sont à leur comble, favorisant l infiltration du courant socialiste réformiste. C est pourquoi, sur le plan national, c est également une période de crise pendant laquelle les critiques des ardents adversaires politiques de KIM Il-Sung fusent, notamment sur les sujets concernant la responsabilité dans la défaite de la guerre de Corée, le problème du culte de la personnalité ou encore le programme de développement économique. 67 Recueil des recherches sur la Corée du Nord, 2006,P

60 Afin de promouvoir l art littéraire, KIM Il-Sung fait quelques remarques sur la création artistique dans un discours tenu en 1954 : «Les œuvres traitant de la Guerre d indépendance coréenne [la Guerre de Corée] sont douées d une grande valeur pédagogique et didactique pour la prise de conscience révolutionnaire des masses populaires. Pour que s instruisent le peuple et les membres du Parti du travail de Corée, il faudra encourager la création d œuvres littéraires et artistiques comme le cinéma, la danse, les chansons ou le roman s inspirant des luttes héroïques des armées populaires et du peuple contre les Etats- Unis, première puissance mondiale et les alliés américains lors de la Guerre de Corée [ ] il faudra créer beaucoup d œuvres qui s intéressent non seulement à la Guerre d indépendance coréenne mais aussi à la réalité qui nous entoure. [ ] Les écrivains et les artistes doivent contribuer à reconstruire le pays de l après-guerre, tout en mettant en scène dans leurs œuvres les luttes héroïques des personnages surmontant courageusement toutes les difficultés.» 68 Dans un autre discours tenu en 1956, le dirigeant nord-coréen ne manque pas de soulever quelques problèmes concernant la promotion et l amélioration de la culture. Il précise que les médias sont un moyen de communication puissant servant à diffuser la ligne politique du Parti et sa politique tant sur le plan national qu international en les commentant et à mobiliser les masses populaires au service de la révolution et de la reconstruction du pays. Il insiste tout particulièrement sur la nécessité de financer les stations de radio-télévisons nationales, pour mener à bien la mobilisation des masses populaires au service de l œuvre révolutionnaire et de l édification du socialisme. KIM Il-Sung souligne également qu il faut bien concevoir l organisation des émissions pour mieux les développer, tout en les critiquant lorsqu elles n appliquent pas bien les idées Juchéennes. Il ajoute, qu au lieu de diffuser systématiquement des émissions étrangères, il vaut mieux pour la culture de son peuple créer des émissions qui répondent à la politique de promotion de la culture nord-coréenne et surtout bien les programmer. Il insiste 68 KIM Il-Sung, Pour un meilleur développement de l Art culturel in Œuvres complètes, tome 9, Discours tenu lors de la comission politique des membres du comité central du Parti des Travailleurs de Josun, le 10 août 1954, p

61 par ailleurs sur la nécessité de réaliser des films documentaires qui représentent de façon fidèle la lutte des masses populaires pour l édification du socialisme. En même temps, il réorganisa le centre administratif national de la culture et la fédération de la littérature pour renforcer les directives et le contrôle du Parti sur la production littéraire. Il promeut également le combat idéologique pour la consolidation du Juché, ainsi que le renforcement de l'action culturelle publique. Au début des années 60 les idées du Juché voient officiellement leur apparition. Puis vers la fin des années 60, s établit le système de pensée unique de KIM Il-Sung et c est à ce moment-là qu on assiste à nouveau au développement de l esprit de Chungsanli, 69 avec l émergence du mouvement de Chollima (qui signifie «cheval puissant»). Par conséquent, la politique culturelle mit toute son énergie au service de la diffusion et de la création d un art littéraire dans le but de mobiliser les habitants sur le mouvement Chollima. Dans un discours tenu en 1960, KIM Il-Sung lance une campagne de productivité dite du Chollima (le Cheval parcourant près de 500 kilomètres d une seule traite) sur le plan de la création littéraire et cinématographique, en précisant de la manière suivante que «toute création littéraire a pour vocation de faire comprendre à notre peuple la façon dont il doit se comporter, travailler et lutter. C est la raison pour laquelle les écrivains et les artistes doivent s intéresser davantage à la réalité qui les entoure. Tous les personnages qui incarnent le mouvement Chollima sont les grands héros de l époque que nous vivons. Les films qui répondent aux exigences de notre époque décrivent mieux les conflits entre le Nouveau et l Ancien Monde afin de démontrer vivement la supériorité du socialisme ouvrant des 69 «L esprit de Chungsanli» est une idéologie spécifiquement nord-coréenne pour diriger les masses populaires. Elle est au croisement des idées du Juché et de la ligne de masse révolutionnaire. Le terme fait référence à un village appelé Chungsanli (situé à Kangseogun Pyeongnam) qu a visité KIM Il-Sung en février 1960 pour encourager le secteur agricole. En effet, «l esprit de Chungsanli» a été revendiqué d abord dans le secteur agricole et ensuite dans le secteur industriel. 61

62 horizons illimités au monde. 70 C est pourquoi les personnages principaux qu ils mettent en scène doivent correspondre au personnage-type, c est-à-dire, gai, optimiste, persévérant et capable de surmonter tous les obstacles.» La «littérature révolutionnaire anti-occupation japonaise», qui avait comme sujet l activité partisane 71 menée par KIM Il-Sung durant la guerre avec le japon, occupait une place importante, accompagnée par la construction de l image du combattant révolutionnaire communiste et de celle du chevalier Chollima. Le pouvoir insista pour que la littérature s occupe de cultiver le peuple à travers les idées du Juché. KIM Il-Sung ayant construit une base solide pour son pouvoir par la diffusion des idées du Juché, une littérature idolâtre apparut sur KIM Il-Sung. De plus, avec la révolution dans le domaine de la littérature le travail de popularisation du personnage de Kim Il-Sung s effectua, sous le prétexte d une union entre le contenu socialiste et la forme nationaliste. Durant cette période la Corée du Nord établit des centres culturels pour le peuple dans chaque ville et chaque arrondissement. Enfin, elle organisa et mit en activité un groupe publicitaire mobile pour chaque organisation sociale, en consacrant aussi une grande énergie à la diffusion de la littérature La littérature et le cinéma 70 KIM Il-Sung, Créons un Art culturel adapté à son époque in Œuvres complètes, tome 14, Discours tenu aux artistes et travailleurs sur la cinématographie, le 27 novembre 1960, p * En général, les partisans sont des unités mobiles et flexibles qui se livrent à la guérilla, en pratiquant une guerre de harcèlement, d embuscades, de coups de mains menée par des unités régulières. En Corée, partisans désignent essentiellement les combattants participant à la guérilla communiste. les 62

63 Après la purge des écrivains au sein du Parti des travailleurs en 1953 et la lutte contre les ordres religieux en 1956, les directives sur la politique culturelle tendent à se multiplier. Cette période est une étape expérimentale pour la littérature nord coréenne qui essaie de diffuser les théories d un nouveau régime politique communiste pour la première fois dans l histoire de la péninsule. A partir de 1967, la littérature nord-coréenne évolue en littérature du Juché, grâce à une politique favorisant une seule idéologie autorisée. A cette occasion, la littérature nord coréenne change brusquement de direction en établissant les bases de la littérature du Juché qui découlait jusqu ici de l esthétique marxisteléniniste, de la littérature du KAPF 72 et de la révolution antijaponaise, et ne traite que des activités Partisanes menées par KIM Il Sung comme l unique et véritable révolution antijaponaise. A partir de là, des abus dans l uniformisation de la littérature tels que la banalité, l excès de planification ou encore l absence de dissentiment ont été monnaie courante entrainant l apparition d autocritiques officielles dès le début des années Analyse d œuvres 72 KAPF est le sigle de Korea Artista Proleta Federatio (en espéranto). La Fédération coréenne des artistes prolétariens est fondée en 1925 et engagée à gauche. Depuis sa création, elle a multiplié de diverses activités. Mais elle a connu les tensions politiques entre les différents groupes et subi l oppression du japon avant d être dissoute en

64 Au fil des jours et du temps 73 Au fil des jours et du temps Au milieu des souvenirs qui s approfondissent Et se révèlent de plus en plus nettement Chaleureusement, je ressens cet amour De même le bruit de l eau qui coule Et le mouvement des nuages qui s en vont Demeurent difficiles à percevoir O paysages de ma patrie qui imprègnent mon cœur! A cet âge certain Je distingue encore plus clairement les deux régimes et générations Les souffrances et oppressions des jours passés Et aussi la joie et le mérite qu il y a à vivre aujourd hui. Même cette route en bordure du champ Malgré le son de l espoir qui résonne Sera possible à traverser sans effort 73 JEONG Mun-Hyang, Au fil des jours, au fil des années [Narigago sewori galsurok], Pyongyang, éd. Munye,

65 Grâce à l amour de notre cher père dirigeant bienveillant Qui apporte la joie et le bonheur dans notre cœur Dans ces épreuves si difficiles Il arrive à nous donner autant Même dans cette mer de sang qui a fait pleurer le peuple, les montagnes et les fleuves Même sur la route austère de la révolution Même pendant les jours difficiles de la guerre Les fleurs ont poussé grâce à lui Il ne peut y avoir de vie précieuse sans son amour Au fil des jours et du temps Ces choses auxquelles on ne pense pas préalablement Ces avantages si précieux réchauffent mon cœur de plus en plus chaudement Et je sens mon cœur battre. Ah! Chaque personne fleurit montagnes et fleuves Afin d apporter la joie à notre grand dirigeant Notre père dirigeant nous donne encore plus Oubliant même de se reposer Au fil des jours et du temps Ce Bonheur qu on ne peut compter 65

66 Dans ce poème, on peut noter que les bases du pouvoir sont déjà affirmées ainsi que l apparition du culte de la personnalité de KIM Il Sung dans la littérature. C est le début de la littérature à la gloire du grand dirigeant. O mon pays, cette plaine verte 74 Le tracteur qui avance dans la plaine verte de mon village natal C est l augmentation de la production des céréales C est le temps de manger en récoltant ce beau riz blanc Ah qu il est heureux ce temps où le parti des travailleurs chevauche le chollima Les canaux se ramifient et les pompes à eau continuent de tourner Offrant l eau indispensable dans nos champs Nous ne connaissons ni de sécheresse ni de mauvaises récoltes Ah qu il est heureux ce temps où le parti des travailleurs chevauche le chollima. Double récolte, récolte abondante, les relations se renforcent Les fleurs de pommier s épanouissent dans notre village coopératif Le mobilier de l exploitation agricole ne fait qu augmenter 74 PARK Phil-Yang, Anthologie de la poésie [Siseonjip], Pyongyang, éd. Munhakyesuljonghap, 1992, p.159, poème écrit le 8 octobre

67 Ah qu il est heureux ce temps où le parti des travailleurs chevauche le chollima. Le thème qui occupe la plus grande partie dans O mon pays, cette verte plaine est celui du chevalier au Chollima. Le Chollima est une stratégie de mobilisation du peuple afin de sauter rapidement les étapes et de franchir les limites pour favoriser le développement économique. A l époque de la reconstruction et de la construction des bases d une société communiste, la Corée du Nord avait besoin d augmenter sa production à un rythme accéléré dans le domaine industriel ; pour cela, il a fallu une grande mobilisation de main-d œuvre et un travail dévoué. Après la période du plan triennal pour la reconstruction, la mobilisation à l intérieur du pays ne pouvait qu être plus importante et pour cela la figure du chevalier au Chollima emporté par l ivresse collective et l enthousiasme révolutionnaire fut très utile. C était un projet de mobilisation de la population conçu par la classe dirigeante de la Corée du Nord, dans le but de pallier les manques aux niveaux technologiques et économiques grâce à la mobilisation d une main-d œuvre fascinée par la nouvelle idéologie. Ainsi, la littérature type à l époque du Chollima racontait l histoire du héros travailleur qui accomplissait des progrès remarquables en matière de production grâce à l idéologie, la technologie et l innovation. En effet, le devoir de la littérature de l époque était de donner une image du chevalier au Chollima liquidant les séquelles de la guerre très rapidement sur les divers terrains de la production industrielle, en courant comme s il était monté sur un cheval surpuissant ; il s agissait de le donner en exemple aux masses dans le but de créer d autres chevaliers au Chollima. 75 Selon Arendt, les dirigeants totalitaires sont dépendants de la méthode d oppression 75 LEE Sang-Sook, Etudes sur les spécificités nationales de la littérature nord-coréenne [Bukhanmunhagui minjokjok teukseongnon yeongu], thèse soutenue à l Université Koryo, 2004, p

68 pour mobiliser les personnes dont ils ont besoin dans des domaines restreints. Mais l oppression est finalement une méthode utilisée seulement dans le cas où la force est nécessaire pour faire obéir. Cette contrainte intérieure étant une dictature de la logique, hormis la capacité humaine à commencer de nouvelles choses, rien ne peut l arrêter. La dictature de la logique commence dès lors que l esprit se soumet au processus sans fin de la logique. Il s agit, en raison de cette dépendance à la logique, d abandonner sa liberté intérieure. Selon la réalité politique, la liberté correspond à l espace où le mouvement entre les personnes est possible ; de même, la liberté, selon la faculté intérieure de l homme, revient à la faculté d entreprendre de nouvelles actions. Avec la naissance de l homme nouveau et le commencement de nouvelles actions, de même que l utilisation de la terreur est nécessaire pour ne pas hausser cette voix dans le monde, la pensée reste l activité humaine la plus libre et pure à l opposé du processus coercitif de la déduction. Il faut mobiliser son propre processus coercitif logique. 76 Il semblerait que même le mouvement chollima s appuie sur la méthode d oppression totalitariste où le processus coercitif de la logique est mobilisé Les Beaux-arts Même en art, les œuvres commandées devaient refléter ardemment la politique culturelle du Parti. Après la signature du cessez-le-feu, en Corée du Nord, la population a été fortement mobilisée pour aider à la reconstruction des bâtiments industriels et des entreprises détruits, et beaucoup de ces scènes ont été lyriquement représentées. Jusque dans les années 1950, il n y avait ni directives détaillées de KIM Il-Sung au sujet de la production artistique, ni enseignement de ce qui serait une «forme nationale». 76 Hannah Arendt, Le sysème totalitaire. Les origines du totalitarisme. Paris, Seuil, coll. «Points», 1972, p

69 C est pourquoi les théories littéraires et artistiques s appuyaient entièrement sur la doctrine soviétique. 77 Au milieu des années 1950, un changement est notable dans le domaine des beauxarts. En effet, dans la peinture josunienne, les productions artistiques ayant pour sujet la vie et le travail du peuple ont été délaissées pour conférer plus d importance à l art traditionnel populaire josunien et il semblerait que c est à partir de cette période que le Parti commença à exiger de manière pressante le renforcement du réalisme dans le choix des titres et des thèmes, mais aussi des techniques d expression. 78 Le plan quinquennal du mouvement de réalisation pendant la période de construction de base du socialisme débute à partir de 1957, le mouvement «chollima», s était non seulement construit en vue d un accroissement économique rapide mais il fut développé en une campagne révolutionnaire du peuple qui puisse englober tous les domaines, qu ils soient économiques, culturels, idéologiques, ou éthiques ; de même la création artistique fut dirigée de façon pressante dans ce sens. De ce fait, le résultat fut visible pendant l exposition d art national organisée en 1958 à l occasion de la célébration du 10 ème anniversaire de l établissement de la république qui a compté beaucoup d œuvres représentant des ouvriers chevauchant avec ardeur et assurance des chollimas pour œuvrer à la construction du socialisme. De plus, à partir de ce moment, la primauté politique de l art josunien dans la continuité de la tradition nationale s est affirmée avec fermeté face à la technique à l huile d origine étrangère et représentative de l art occidental et par conséquent l activité des peintres josuniens a été largement mise en vedette. 79 Bien qu il se soit développé dans un pays coupé des influences étrangères et enserré 77 LEE Gu Yeol, 2001, p Ibid., p Ibid., p.73 69

70 dans un carcan idéologique, le style chosonhwa se démarque-t-il du réalisme socialiste? Les spécialistes sont partagés. Pour certain, il s agit simplement d une variante locale du zhdanovisme, courant issu d Andrei Zhdanov, grand censeur du stalinisme qui entendait que les artistes se conforment aux directives du parti. En 1966, KIM Il Sung, désireux de prendre ses distances politiquement avec ses mentors chinois et soviétiques en jouant la carte du nationalisme, avait repris à son compte la formule de Staline : un art national dans sa forme mais socialiste dans son contenu. KIM Il Sung suivait la politique culturelle de Staline, analyse Frank Hoffmann, historien de l art coréen. Mais sur le plan artistique, il encourageait les artistes à renouer avec les expressions artistiques de la fin de la colonisation, c est-à-dire du nihonga. Ces peintures japonaises, par opposition au style occidental apparu dans l archipel à la suite du contact avec l étranger à la fin du 19 e siècle, influencèrent les artistes coréens pendant l occupation de la péninsule par le Japon. 80 La période des années 1960 en Corée du Nord est généralement appelée la génération chollima, la seconde moitié de cette période fut suivie par le début de la période du Juché. La sculpture intitulée «Chollima» réalisée et inaugurée à l occasion du 49 ème anniversaire de KIM Il-Sung le 15 avril 1960 sur la colline Mansudae à Pyongyang symbolise le mouvement Chollima qui matérialisait les directives de KIM Il-Sung. Le 27 novembre 1960, alors que ce type de sculpture est à son apogée, KIM Il-Sung donna un cours afin d adapter la création artistique à la période Chollima. 81 Cet enseignement de KIM Il-Sung a mis en concurrence la «création chollima» dans le domaine des arts et de la littérature. De même, un grand nombre d œuvres traitant de la tradition révolutionnaire ou de la 80 Le monde 29 octobre 2011, Philippe Pons. 81 Ibid., p.75 70

71 résistance antijaponaise centré sur KIM Il-Sung furent créées. Dans ce contexte, il est à noter que beaucoup d artistes utilisant la peinture à l huile ont adopté les techniques de la peinture josunienne pour montrer leur volonté de s adapter aux directives du Parti. «La danse» réalisée par Kim Yong Joon est considérée en Corée du Nord comme l œuvre la plus importante et fut même classée comme méritant le titre de trésor national. En effet, ce tableau est devenu le point de départ officiel de l art Josunien représentatif de l art nord coréen. L œuvre montre des personnages dansant. Ceux-ci sont réalisés très minutieusement. Les détails sont remarquables. Les vêtements légèrement transparents sont également ornés de motifs fleuris. De plus, les mouvements des personnages qui dansent sont très judicieusement exprimés. Cette œuvre dégage beaucoup d énergie, probablement parce qu elle décrit l instant où les danseuses s apprêtent à déployer les pans de leur robe attachés aux poignets Le cinéma d animation L une des plus grandes caractéristiques du cinéma d animation nord coréen est le fait que les films ont été réalisés pour mettre en avant les personnalités de KIM Il-Sung et Kim Jeong Il. De plus, la gestion du cinéma d animation ne s arrêtait pas à l intérêt porté à ces deux dirigeants mais s étendait au niveau national. En Corée du Nord, l éducation des enfants est considérée comme très importante ; c est pourquoi il y eut autant d attention donnée aux films destinés aux enfants car ils étaient un moyen efficace d instruction. 82 Shim Gyu Sup, Histoires dessinées nord coréennes pour les enfants, Pulunamu, p

72 Dès la fin de la guerre, la Corée du Nord s est préoccupée du problème majeur que constituait l éducation des enfants liée à l avenir du peuple du point de vue idéologique et elle a commencé très tôt à s intéresser à la production de films qui leur étaient spécialement destinés. Le premier film d animation qui s intitule «La hache de fer et la hache d or» a été réalisé en 1960 et à partir de 1965 la création et la mise en place d un centre de cinéma pour enfants de Josun pour gérer la production des films d animation permit de récolter des fonds pour la création d animations. 83 Avant cette date, considérée comme le début du cinéma destiné aux enfants, les films d animation n étaient qu une part de la production cinématographique La gymnastique de masse En 1950, un comité central et local de direction des sports a été organisé et au milieu des années 1950, la gymnastique de masse s est véritablement développée, notamment en introduisant activement la notion de «gymnastique en rassemblement publique» principalement auprès des élèves. L œuvre la plus représentative de cette période est «notre patrie victorieuse» présentée le 15 août 1958 au stade Moranbong. Il est à souligner que c est aussi à cette époque, plus exactement en 1955, que les décors à l arrière-plan furent introduits pour la première fois, notamment au cours du spectacle «la chanson de la libération» organisé à l occasion de la cérémonie de célébration du dixième anniversaire de la capitulation du Japon et de l indépendance de la Corée. Il ne s agissait à l époque que de reproduire des inscriptions de type «Soyons solidaires compagnons» ou «célébration du 15 août», mais cela dénote un changement considérable dans l évolution de la gymnastique de masse nord coréenne. 83 LEE Dae Yeon, L Animation nord coréenne, Séoul, p

73 En effet, à cette date, dans les autres pays, la gymnastique de masse s arrêtait à la composition de performance et à des prouesses techniques personnelles qui étaient mises en valeur. En comparaison, l introduction des décors à l arrière-plan dans la gymnastique de masse en Corée du Nord permit de fournir les bases du développement de la structure des représentations qui développaient des contenus idéologiques et se déroulaient dans un décor d épopée (mémorable et héroïque). Ainsi, on estime que la gymnastique de masse nord coréenne a réussi à se distinguer des «spectacles de masse à l européenne» en évoluant de manière significative. 84 Les années 1960 sont désignées comme étant une nouvelle période pour la gymnastique de masse. En effet, dès la fin des années cinquante avec l introduction de l arrière-plan, la gymnastique de masse a permis de dépasser les limites du spectacle de masse en général. A partir de ce moment, la gymnastique de masse a commencé à inclure des notions autres que le rythme ou l exaltation de la discipline, telles que des effets de relief et des combinaisons sophistiquées. De plus, depuis le rayonnement de la gymnastique de masse amorcé au début des années 1960, chaque région, ville et commune ont cherché à créer leur propre gymnastique de masse dans les écoles, à tous les niveaux, en même temps qu étaient produits des spectacles à grande échelle à Pyongyang. Chaque année, près d un million d élèves participaient à la gymnastique de masse, cette discipline est donc devenue indispensable à la vie culturelle des élèves. 84 PARK Young-Jeon, La gymnastique de masse nord-coréenne du 21 eme siècle et sa représentation artistique sur scène : ARIRANG [21 segi bukhan gongyeon yesul daejipdanchejowa yesulgongyeon : Arirang], Séoul, éd.worin, 2007, p

74 De même, à Pyongyang se développe une «gymnastique de masse à grande échelle» comptant la participation de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Le spectacle intitulé «l ère du Parti du travail» représenté en septembre 1961 est la première œuvre dirigé par KIM Jong-Il et est considéré comme l archétype de la gymnastique de masse en Corée du Nord L architecture La caractéristique principale de l architecture à cette époque est le fait qu elle intègre le contexte socialiste et la révolution populaire. Le 26 mars 1954, KIM Il-Sung aborda le sujet de l art architectural national devant les architectes et les ingénieurs de tout le pays. Dans son discours, il déclara qu il était du devoir des architectes de créer un art nouveau pour reconstruire le pays après la guerre et il insista aussi sur la nécessité d évaluer convenablement l art architectural traditionnel afin de raviver les particularités nationales correspondant au sens esthétique moderne. 86 A cette période, des pays d Europe de l est apportaient leur aide pour la construction industrielle et urbaine, une importante étape de l entreprise de reconstruction d après-guerre. Pour agrandir des logements, des immeubles à hauts étages furent construits et c est à cette période que commence l édification des premiers bâtiments préfabriqués. L architecture publique de cette époque devait être de grande envergure et utilisait la symétrie à grande échelle. Des ressemblances avec l architecture soviétique apparurent, à l exemple de l installation de pechka, sorte de chauffage au bois, dans les maisons, mais cette tendance fut taxée plus tard de dogmatique et après les années soixante, de nouvelles dispositions furent 85 Ibid., p Lee Yang-Guy (2000), p

75 adoptées. 87 Au milieu de cette période, afin de consolider le régime socialiste qui se mettait en place, la population fut gorgée d idéologie socialiste et les bâtiments furent construits dans le but d évoquer la supériorité du système nord coréen. Les logements et les bâtiments publics pour la masse populaire furent construits à une échelle monumentale afin d incarner l idéal de l architecture et de la ville que prônait le socialisme. 87 Ibid., p

76 Chapitre3. La victoire du socialisme et la période de l idéologisation Juchéenne (janvier juin 1994) 3-1. L idéologie du Juché et la politique culturelle 88 Lorsque le développement de l idéologie du Juché a quitté les mains de Hwang Jang Yop et est passé dans celles de KIM Jong-Il, il a fallu élaborer et développer une théorie justifiant la mise en place d un dirigeant unique issu du système de pouvoir monolithique de KIM Il-Sung. Avec cette étape de l idéologie du Juché, KIM Jong-Il a réussi à légitimer la succession dynastique au pouvoir en influençant le cadre gouvernemental et à renforcer le culte de KIM Il-Sung pour encourager le dévouement envers son héritier. Les années 70 marquent la nomination de KIM Jong-Il comme successeur, sa compétence étant reconnue par les membres du Parti à travers ce qu on appelle la première révolution de la littérature. C est aussi la période où KIM Jong-Il renforçait la base de son pouvoir à travers les trois mouvements révolutionnaires. Cette période où KIM Jong-Il, que l on appelait à l époque «le centre du Parti», organisa la première révolution de la littérature est considérée comme la grande époque de la littérature du Juché. Alors apparut le devoir de créer des œuvres qui servent à la mobilisation des travailleurs pour les faire adhérer à la vision du monde révolutionnaire du Juché. Puis en 1972 dans les lois socialistes établies à la même période que les lois Yousin de la Corée du Sud, le nombre d articles sur la culture augmenta considérablement. La même année, «La théorie de la littérature du Juché» fut établie et «la théorie du motif» proclamée par KIM Jong-Il devint un guide pratique pour la création littéraire. On produisait sous diverses formes artistiques comme des opéras, des pièces de théâtre, des films et des romans, les œuvres de KIM Il-Sung créées pendant la période de son combat révolutionnaire et cela entraîna la naissance de nouvelles formes artistiques telles que l «opéra révolutionnaire au 88 Recueil des recherches sur la Corée du Nord, 2006,p

77 style évoquant la mer sanglante», le «théâtre révolutionnaire au style évoquant un petit temple de village» et le «spectacle d épopée accompagné de musiques et de danses». En fait, la plupart des œuvres de l art du spectacle qui sont aujourd hui considérées comme les plus réussies dans l histoire de la Corée du Nord, furent créées à cette période. Les années 80 sont celles où s organisa véritablement le travail d idolâtrie envers KIM Jong-Il dans tous les domaines, le système s étant stabilisé à la suite de la résolution du problème de la succession. Mais, dans le courant mondial de la rénovation du socialisme, la Corée du Nord se confronta aussi à la demande d ouverture sur le plan international. Dans la littérature nord-coréenne apparurent alors certains changements, basés sur la confiance envers le régime de KIM Jong-Il. Ainsi, on vit apparaître des œuvres littéraires dont le sujet s inspirait de la vie courante comme par exemple l amour d un couple, puis l histoire d un groupe de musique «pop» de style moderne comme le groupe musical Wangjaesankyung et le groupe de musique électronique Bochunbo. Il y eut aussi l adoption des rythmes disco et des costumes de scène aux styles divers, ainsi que l apparition de scènes de baiser au cinéma qui étaient des mesures inouïes pour la Corée du Nord. On peut dire que ce changement venait des mesures prises pour contenter le peuple et surtout les adolescents, lassés des œuvres précédentes qui accentuaient excessivement le côté idéologique. Mais avec le début de la destruction des régimes socialistes et avec le relâchement concernant l idéologie chez les adolescents après le Festival de Pyongyang organisé pour contrer l impact des Jeux olympiques de Séoul, la Corée du Nord choisit à nouveau un retour à la politique culturelle mettant l accent sur le contenu socialiste. Dans les années 90, la Corée du Nord changea sa directive précédente qui encourageait la mobilisation des efforts pour la construction économique dans le but de faire face aux changements environnementaux intérieurs et extérieurs, pour un renforcement du contrôle et de la culture idéologiques. En conséquence, la politique culturelle nord-coréenne encouragea avant tout des représentations de «la théorie sociopolitique des êtres 77

78 vivants», du «nationalisme josunien», de «notre propre socialisme autour du peuple» et de «l idéologie du drapeau rouge». Le nationalisme josunien peut être considéré comme une stratégie de survie face à la réforme, à l ouverture et à la pression de la classe dirigeante nord-coréenne. Ce nationalisme servit à souligner la légitimité du régime politique nord-coréen, en insistant sur l originalité du peuple. Surtout, en proclamant en 1992 une deuxième orientation révolutionnaire pour la littérature qui succède à la première révolution littéraire de 1970, KIM Jong-Il montra sa volonté de dépasser la situation dangereuse de contestation à l intérieur et à l extérieur de l Etat par le biais de la littérature La littérature et le cinéma Analyse d œuvres littéraires La prière du peuple 89 Lorsque nous rencontrons un jour si mémorable Sur le bonheur dont nous jouissons Encore une fois, nous réfléchissons profondément 89 JEONG Jung-Gi, Le chant de la vie [Saengui norae], Pyongyang, éd. Munhakyesuljonghap, Poème écrit en février 1982, p

79 La vie véritable Qui apporte du mérite au peuple La seule vérité Nous ne connaissons pas plus grand bonheur Que de la rechercher Pour cette vérité, le cœur fier Cette foi qui ne fléchit pas Nous ne connaissons pas plus grand bonheur Que de la conserver. Notre dirigeant et camarade qui nous est cher Notre camarade, le jour de cette vérité Nous a embrassé encore plus jovialement. La gloire du pionnier du communisme Par cette route qui brille dans le monde Qui nous montre la plus grande valeur humaine Qui se dirige vers le royaume de l indépendance, Nous guide vers ce chemin Notre cher dirigeant, camarade KIM Jong-Il 79

80 Même les ordres du dirigeant Sont notre bonheur. Pour notre bonheur Gardez toujours votre jeunesse Nous prions de toute notre âme. Composé en 1982, ce poème traduit bien la volonté de KIM Jong-Il de renforcer les bases de son propre pouvoir. Le type de l authentique homme Juchéen sur lequel on insiste en Corée du Nord, n est autre que celui qui possède la culture exaltant l idéologie révolutionnaire du leader. En Corée du Nord, cette idéologie révolutionnaire du leader exige qu on garde une fidélité infinie envers lui dans la confiance et la fraternité révolutionnaires. Par conséquent, la théorie du type se transforme, en Corée du Nord des années-post 1970, en théorie de la création de l image du leader. On insiste pour que les créateurs et les artistes créent surtout davantage d œuvres littéraires révolutionnaires qui décrivent en profondeur la grandeur du leader. Avec l idéologie du Juché, un autre principe de la création qui apparaît souvent dans la littérature nord-coréenne ou dans les ouvrages sur la théorie littéraire, est l idée du leader révolutionnaire. A l introduction de tout ouvrage théorique, il y a inévitablement des instructions de KIM, Il-sung, ou bien celles du leader KIM Jong-Il. Souvent, le Juché est connu comme une idéologie qui considère le peuple en tant que sujet central de l histoire et des mouvements sociaux. Selon le Juché, le peuple présente une capacité qui peut changer et développer la société en se débarrassant de toute sorte de subordination, c est-à-dire que le peuple devient un être dont la nature originelle est socio hiérarchique. Pour cela, le peuple doit être conscient de sa place et de son rôle. 80

81 Or, même si le peuple est le sujet de l histoire, il ne peut pas utiliser naturellement sa force. Le Juché souligne que le peuple peut utiliser véritablement ses capacités s il est sous la bonne direction. Ici, la «direction» se réaliserait sous l égide exclusive du vénérable leader et par les activités du Parti qui joueraient le rôle de garantie. Cela développe en conséquence la théorie de l anthropologie communiste, selon laquelle l homme ne peut pas vivre seulement une vie physique, mais qu il peut vivre une vie bien remplie en recevant et en conservant la «vie politique» venant du leader. Ce serait parce que, en partant du leader, le Parti et le peuple forment une trinité, et qu un regard révolutionnaire sur la vie deviendrait un regard sur la vie Juchéenne. Et les ouvrages théoriques soulignent que, le vénérable leader créa surtout une idéologie de la littérature qui éclaire de manière originale et profonde toutes les questions pratiques de la théorie où la littérature révolutionnaire entre dans le développement de la création ; en se basant sur l idéologie éternelle du Juché, pendant la période de sa glorieuse lutte antijaponaise. Cela semble être un essai pour construire le système de la dictature à travers l établissement d une idée du leader révolutionnaire, en entraînant ainsi la fidélité envers le Parti et le leader. 90 Hannah Arendt précise dans Les origines du totalitarisme (1951) que le milieu totalitaire maintient une aura énigmatique et mystérieuse autour de son dirigeant. Celui-ci est persuadé que toute action de développement sera vouée à l échec sans sa direction. Le leader totalitaire se distingue du dictateur ou du despote par le fait qu il s identifie à ses sous-leaders nommés et qu il occupe toutes les responsabilités. Il n accepte aucune critique de la part de ses subordonnés. Car le dirigeant totalitaire agit et réagit toujours en son nom. S il reconnaît son erreur et qu il veut la rectifier, il est obligé d éliminer quelqu un, en le désignant comme le coupable. Le vrai secret du leader totalitaire réside dans le système totalitaire, en d autres termes, il réside dans le système où le dirigeant totalitaire a l entière responsabilité de tous les crimes commis par les élites du mouvement (totalitaire). Dans le même temps, ce système demande aux simples participants du mouvement d être honnêtes et respectueux. Les idées du Juché et la vision révolutionnaire du Grand Dirigeant font partie intégrante de l idéologie nord-coréenne et sont un constituant essentiel du système totalitaire. 90 KIM dong-seop et autre, Annuaire central coréen n 54, éd :Transmission central coréenne 2001, p.16 81

82 Avançons, à notre manière 91 Dans le monde, il y a beaucoup de routes Même si les routes diffèrent selon les personnes, selon les pays Il n est rien de mieux Que notre route Il n est rien de mieux que notre allure, à notre manière Juché très haut Sur la colline de la victoire Le drapeau rouge de la révolution brandi encore plus haut La marche qui se resserre encore et encore Nous, nous le savons En ce jour ordinaire, comme se frayer un chemin entre les tirs ennemis 91 Gyehun, Anthologie de la poésie des années 80 [1980Nyeondae Siseon], Pyongyang, éd. Munye, 1990, p , poème écrit en

83 Marcher de cette manière N est pas une chose facile.. Cette longue, longue route de la révolution En prenant la résistance antijaponaise comme la première pierre Ne connaissant ni hésitation ni compromis Le progrès, encore le progrès Ceci est notre manière, notre aptitude à vivre Ceci est notre fidèle devise! Allons, avançons! O camarades engagés dans la marche des 200 jours de combat et de grande construction Toujours et invariablement A notre manière Les montagnes et rivières deviennent les nôtres Même le ciel devient nôtre Même s il y a beaucoup de routes dans le monde Nous sommes heureux de parcourir notre route Celle qui suit les pas de notre parti C est la route que nous préférons! 83

84 Ce poème montre bien la réalité de la Corée du Nord qui a pris l initiative d instaurer une doctrine qui prône la supériorité de son peuple, le peuple de Josun, de façon à faire face au changement d environnement suite à l effondrement du système socialiste. Il s agit d une stratégie pour renforcer la légitimité du système nord coréen en insistant sur les particularités du peuple. IL existe en RPDC des romans qui ne sont pas forcément illisibles ou à la gloire des dirigeants. «Des Amis de Baek Nam-ryong» 92, premier roman nord coréen traduit en français en est un exemple. Ce roman est révélateur d une démarche littéraire qui commence dans les années 1980, visant à se déprendre du réalisme socialiste et du romantisme révolutionnaire, idéalisant le combat héroïque et le sacrifice pour traiter de la vie des gens ordinaires. Ce courant n est pas né spontanément : il est le fruit du Mouvement littéraire du 15 avril lancé à cette époque sans contester le régime, ce qui serait impossible en l absence de toute liberté d expression. «Des amis», écrit en 1988, est à l orée d une littérature axée sur les conflits entre des trajectoires personnelles et les choix collectifs estime Patrick Maurus, professeur à l institut des langues et civilisations orientales et traducteur de Baek Nam-Ryong. Ce qu il faut souligner dans ce roman, ce sont les notions de famille et d héroïsme au féminin. Originellement, le socialisme et le confucianisme sont incompatibles, or en Corée du Nord, les idées confucianistes sont activement utilisées par le gouvernement. La Corée du Nord se représente elle-même comme une grande famille composée de 92 Baek Nam Ryong, né en 1949 a travaillé en usine avant d étudier la littérature à l uiversité KIM Il Sung. Il signe aujourd hui près de 20 contes et nouvelles. De plus, il est membre du groupe de création littéraire 4.15 à Pyongyang qui réunit les écrivains les plus cotés de Corée de Nord. C est un auteur très populaire en Corée du Nord, ses romans sont considérés comme des œuvres qui soulèvent des problèmes sociaux actuels. 84

85 petites familles, autrement dit les problèmes communs aux différentes familles ne sont pas seulement des problèmes propres à ces familles mais deviennent aussi une affaire de société. Ainsi, c est pour cette même raison que le juge Jong Jinwoo endosse ce travail pénible et s acharne à sauver la famille de Sokchun et Soonhwi bien qu il n ait en réalité aucun lien de parenté avec eux. Par ailleurs ce roman a été adapté en feuilleton télévisé de 10 épisodes pour la télévision nord coréenne en Réalisé par Hong Il Hwa avec Kim Kil Ha et Kim Soo Nam dans les rôles principaux, le feuilleton a été diffusé sur la chaîne principale nord coréenne Chosun Télévision. Le feuilleton a bénéficié d une très grande popularité en Corée du Nord mais finalement la diffusion a été suspendue au 9 ème épisode face à la vive polémique provoquée par les intrigues Analyse de films La jeune fleuriste est un film produit en 1972 en couleurs, à partir d un roman que l on dit écrit par KIM Il-Sung lors du début de la révolution des campagnes dans la région autour de Okaja en Mandchourie. Le contexte temporel du film se situe entre la fin des années 20 et le début des années 30. Il montre la mise au point du combat de la hiérarchie contre l exploitation et la pression dans la vie d une famille de Kotboun, le personnage principal est la fille d un journalier pauvre. Ce film est l exemple le plus représentatif de l enseignement de KIM Il- Sung qui dit que «là où il y a l exploitation et la pression, apparaît inévitablement le combat révolutionnaire du peuple». En effet dans l histoire du cinéma nord-coréen, on juge ce film comme «l exemple brillant, dans l art révolutionnaire, qui représente parfaitement la demande du Parti sur le mélange du versant idéologique avec le côté artistique, et surtout la demande de réalisme 85

86 dans la description de la vie de façon véritable et opulente». Ce film reçut aussi le prix spécial et la médaille mention spéciale au festival du cinéma Karlovy Vary en Tchécoslovaquie, en juillet de la même année. Un opéra révolutionnaire fut également produit, devenu aujourd hui le plus célèbre spectacle représentatif de la Corée du Nord. Le personnage de Kotboun et celui de sa petite sœur Sun-Hee sortie pour vendre des fleurs à la place de Kotboun, rappellent City lights de CHAPLIN. Mais le film décrit de façon plus tragique et authentique la réalité des personnages qui deviennent seulement des objets de moquerie, sans la présence d un gentleman comme CHAPLIN pour leur acheter des fleurs. Il n y a pas non plus d équivalent avec la relation amicale, même passagère pendant l ivresse, qui se noue entre CHAPLIN et le nanti. Le film montre de façon réaliste la relation entre le propriétaire qui ne pratique que l exploitation et l oppression et le domestique qui les subit. L image de Sun-Hee attendant sa sœur dans une vallée avec un seul arbre est une image lyrique et est comme un tableau, mais c est un film simplement réaliste : sans une complexité de composition comme dans La règle du jeu de RENOIR, ni de complexité psychologique comme dans Senso de VISCONTI et ni d éléments à la fois comiques et tragiques comme dans Les enfants du paradis de Marcel CARNE. D autre part, La jeune fleuriste dresse le bouleversant portrait d une mère. Dotée d une forte volonté et d un caractère solide, celle-ci est prête à se sacrifier pour que sa fille n hérite pas de son statut d esclave. Elle rappelle incontestablement La Mère de Maxime Gorki et La Mère de Bertolt Brecht, une pièce de théâtre librement inspirée du roman de l écrivain soviétique, qui retrace aussi le parcours d une femme qui décide de soutenir son fils, hautement impliqué dans la lutte révolutionnaire. Ces œuvres mettent l accent sur la prise de conscience et l engagement politique de la femme. Il est également à remarquer que les conflits de religions qui sont présents dans l œuvre de Gorki, ne sont pas du tout évoqués dans les romans ou les films nord-coréens. D ailleurs, KIM Chan-Moon, chercheur sudcoréen, souligne qu il est regrettable de ne pas en savoir plus sur les convictions religieuses de la mère dans La jeune fleuriste. 86

87 On retrouve cette figure maternelle dans une série télévisée récente intitulée Ne réveille pas maman. Le feuilleton tend à présenter une mère plus moderne et plus indépendante. Il existe des personnages de héros positifs représentés par le réalisme socialiste soviétique dans les années 1930 ; cependant de la fin des années 1920 jusqu aux années 1930, dans les romans russes, ce type de héros positif n a pas atteint une tournure définitive et n est resté qu au stade de projet. Dans la continuité du grand réalisme, l héroïsme développé par le romantisme révolutionnaire qui se superposait au héros positif, était davantage marqué par le caractère politique que par l aspect esthétique. Dans le cas des héros positifs, habituellement présentés dans les romans aspirant au réalisme socialiste en tant que personnages principaux, il est difficile de parler véritablement d un art littéraire car la narration était devenue un outil de propagande et devait être développée selon un cadre et un schéma précis. En effet, le héros était dans la fiction un être honnête, il devait par conséquent révéler avec conviction la vérité et avait aussi pour rôle d expliquer en détail la politique gouvernementale. Nous savons d après la démonstration de Régine Robin que, dans le cas des créations littéraires du réalisme socialiste, l esthétique est impossible en tant que telle car ce qui primait était de savoir comment transmettre les fondements de la politique le plus précisément possible, au lieu de s intéresser à la valeur esthétique de la forme littéraire. De plus, la plupart des histoires de héros positifs parlent en général d êtres d abord imparfaits (ils sont malades ou tourmentés par le doute, etc.) qui grâce aux relations sociales, réussissent à atteindre un accomplissement personnel et se transforment en héros positifs. Mais étant donné que ce développement de l accomplissement social n est pas constamment garanti, il reste en objectif ambigu. Dans ce cas, le personnage du héros positif demeure une utopie, un objectif d accomplissement impossible à atteindre. 87

88 A partir de la seconde moitié des années 1920, les œuvres littéraires ont présenté continuellement des personnages de héros positifs et entre 1937 et 1960 le héros positif est devenu un véritable archétype intouchable. Finalement, à travers cet archétype de héros positif, il a été possible d implanter et propager les valeurs sociales nécessaires à la politique gouvernementale soviétique auprès de la majorité des lecteurs du peuple. 93 La campagne de recherche du héros caché en Corée du Nord, en lui conférant un statut de héros, a régénéré un climat social relâché et oisif en élevant la conscience collective de la compétitivité et a présenté un plan de réglementation sociale pour remédier à la baisse de productivité. L exemple représentatif de l héroïsme caché est le personnage de Jung Chun-Sil : cette femme était ouvrière bénévole dans une entreprise à Jeoncheon-gun (province nord coréenne) et avait fourni un effort considérable dans son travail, si bien qu elle fut hissée au rang d exemple à suivre et KIM Il-Sung lui attribua directement le statut de héros. Les campagnes sociales de recherche de héros cachés de ce type se retrouvent également dans les romans. En Corée du Nord, on dit que les héros anonymes sont «ceux qui possèdent un caractère peu commun se distinguant des gens normaux, mais en même temps ils se distinguent clairement des héros participant à l intense combat hiérarchique directement au contact des ennemis et des héros impliqués dans un désaccord extrême avec les gens d une classe complexe, dans la dynamiques d événements historiques». Ainsi, les héros anonymes se distinguent des héros au «Chollima» dans la mesure où ils ne se trouvent pas au milieu d un combat contre la hiérarchie ou d une histoire intense. Mais s ils sont malgré tout des héros, c est parce qu ils consacrent toute leur vie à l accomplissement de leurs propres idéaux et objectifs. 93 REGINE Robin, Le réalisme socialiste. Une esthétique impossible, Paris, Payot,

89 Le film La campanule raconte l histoire d un homme de Won-Bong qui abandonna sa ville natale et de sa bien-aimée Song-Lim qui connut la mort après avoir fait de sa ville natale un endroit prospère et ayant traversé des épreuves difficiles : c est un film représentatif de la figure du héros anonyme. Prenons un autre exemple : Le peuple et son destin. Ce film montre plusieurs personnages : Sok Youn-Ki, un écrivain parti seul pour rejoindre le Parti en laissant derrière lui sa ville natale et sa famille dans le sud, Park Il-Pa devenu pour le Parti un martyre de la lutte antijaponaise, Park Oun-Kyung, docteur au sein du Parti et membre des travailleurs de Josun parti en abandonnant ses parents et Choi Duk-Sin tombé dans les bras d un véritable protecteur à la fin de sa vie en la personne du Chef du Parti. A travers tous ces personnages, les films montrent de façon touchante que l on peut trouver protection au sein du Parti nord-coréen qui défend et met en avant les gens ayant vécu une vie complexe, c est donc là que l on devrait vivre et confier son destin et son avenir. 94 Le peuple et son destin dont on vient de parler, furent mis en scène à partir du motif philosophique qui enseigne que le destin du peuple est le destin de l individu. L origine de ces films s inspire de la chanson Mon pays est mon préféré que les Coréens du nord aiment chanter. Chanson Mon pays est mon préféré : Même la fleur dans les champs du pays étranger / N était pas plus jolie que la fleur de mon pays / Même si le monde est vaste et vaste quand on regarde autour / Mon pays là où j habite est mon préféré / lalalala-lalala lalalalala / Mon pays là où j habite est mon préféré 95 Même la goutte d eau donnée par mes amis / N était pas aussi bonne que la rivière de 94 L Annuaire de Josun Joungang, 2000, p SEO Jeong-nam, A la découverte du Cinéma nord-coréen, éd. Arbre de la pensée, Séoul,

90 ma ville natale / Même si le monde est vaste et vaste quand on regarde autour / Mon pays là où j habite est mon préféré / lalalala-lalala lalalalala / Mon pays là où j habite est mon préféré Même pour la chanson la mélodie d Arirang est ma préférée / Je l ai chanté de loin avec tendresse / Même si le monde est vaste et vaste quand on regarde autour / Mon pays là où j habite est mon préféré. Chaque scène du film «Mon pays est mon préféré» est imprégnée et respire ardemment l esprit du nationalisme josunien qui déclare que «notre Chef, notre Parti et notre nation» sont les meilleurs. Il s y manifeste également l esprit de Josun ; cet esprit qui animait les hommes qui réalisèrent l indépendance du pays en combattant le Japon avec une énergie héroïque, qui luttèrent contre les Etats-Unis, qui construisirent le socialisme à la coréenne en mettant le peuple au centre de tout après la guerre et qui continuèrent à sauvegarder le socialisme même dans le contexte mondial de changements violents en combattant l impérialisme et les attaques des réactionnaires. 96 Ainsi, on pourrait dire que la naissance de la série de films «Le peuple et son destin» a pour but de montrer et d accroître la foi placée dans le régime nord-coréen et dans son Chef considérés comme les meilleurs. KIM Jong-Il est connu pour avoir lui-même dirigé depuis la conception jusqu à la production les dix premiers films de cette saga. Il chercha parmi les personnalités venues de pays étrangers en Corée du Nord des gens qui pourraient témoigner que le système de la dictature socialiste est le plus remarquable et le meilleur des systèmes et certifier également que le Chef qui en est le grand leader est le meilleur du monde. D après KIM Jong-Il, l esprit nord-coréen représenté dans «Le peuple et son destin», film artistique sous la forme d une série, n est rien d autre que le miroir de la fierté et de la dignité nationales de son peuple : leur leader, leur Parti, leur peuple, et leur pays socialiste sont les meilleurs. Les gens nés dans le pays peuvent mener une vie bien remplie, 96 KIM Wan-joung, LIM Mou-sam, Sur la série des films artistiques Le peuple et son destin 1-4, Le Cinéma Josun, août 1992, p.17 90

91 c est-à-dire au service du pays et du peuple et se garantir une vie durable, à condition qu ils conservent leur fierté et leur dignité nationales. S ils ne les ont pas, ils seront capables de trahir leur patrie et leur peuple et de comploter contre l autorité et ne pourront pas échapper à un destin tragique. En effet, Le peuple et son destin illustre cette vérité de façon profonde à travers les vicissitudes des personnages malheureux et malchanceux comme celui de CHOE Hyeon-Deok ou de CHA Hong-Gi. Ces personnages prétendent avoir aimé leur patrie et leur peuple à leur façon. Mais, en réalité, il s agit de personnages qui les ont trahis. C est à la fin de leur vie qu ils s en rendent compte, ils peuvent alors regagner les bras ouverts de leur leader, les bras bienfaisants de leur Parti et la chaleur de leur patrie socialiste pour vivre une vraie vie. Ce changement radical et profond de leur destin à la fin de leur vie montre qu ils reconnaissent enfin la grandeur de leur leader, de leur Parti, de leur peuple et de leur patrie socialiste à travers leur vécu. La série Le peuple et son destin, qui présente les différents personnages et leurs destins particuliers, permet au peuple de comprendre combien il doit se sentir bien dans son pays et de reconnaître à quel point le socialisme nord-coréen qu il a édifié jusque-là avec ses propres moyens et tant d efforts en dépit des difficultés matérielles ou financières, tout en s appuyant sur les masses populaires, est supérieur. La fierté et la dignité nationales du peuple concernant le leader, le Parti et la patrie socialiste sont les idées fondatrices qui apparaissent dans Le peuple et son destin. 97 La Corée du Nord se vante d avoir produit ce film pour qu on comprenne non par la raison mais par le sentiment que sa forme de socialisme est la meilleure et que la voie pour vivre une véritable vie est uniquement celle qui consiste à vivre dans les bras du grand leader. Il est également dit que c est un film qui combine excellemment les éléments théâtraux, épiques et lyriques et qui décrit de manière profonde les évolutions psychologiques des hommes. La Corée du Nord proclame que c est une idée fausse de dire que le communisme et la nation sont incompatibles. Pour la première fois on utilise la nation comme motif, même si le problème de la nation provoque parfois des guerres et qu il n y a pas de pays qui ait résolu véritablement ce problème. 97 KIM Jong-Il, Le Cinéma Josun, 10 e édition, 1992, p.18 91

92 Les cinéastes traitèrent les faits historiques à travers cette vision et sur la base de la théorie culturelle du Juché ils recherchèrent, découvrirent et réalisèrent de nouvelles productions. Le choix de la forme d une série pour la composition permettait de décrire divers problèmes humains. Le secret de la force du film réside dans la composition et le montage. Les films qui retracent la vie des héros ne devaient pas être montés de façon chronologique mais exprimer le courant d une vie vaste et complexe de la façon la plus simple. Dans la première partie de la série, le personnage de CHOI Hyun-Deok tire un coup de feu sur des photos de lui prises dans le passé à chacune des étapes de sa vie : dix années à l armée, dix années comme fonctionnaire et dix autres années dans l enseignement sous le pouvoir politique sud-coréen. Les trois photos de CHOI Hyun-Deok accrochées au mur montrent sa vie et son désenchantement vis-à-vis de cette dernière. En partant du caractère à la fois comique et tragique du personnage de CHOI Hyun- Deok, le réalisateur montre son caractère de façon originale. On se félicite en Corée du fait d avoir montré intensément dans ce film le caractère à la fois comique et tragique de CHOI Hyun-Deok qui vécut longtemps comme exilé, ainsi que la bonne ordonnance des sentiments en disant qu un film ne sert pas à décrire simplement des actions extérieures, mais qu il enseigne la psychologie humaine La théorie de l art de Kim Jong-Il Après avoir publié «la théorie de l art cinématographique» au début des années 7O, KIM Jong-Il a exposé en 1992 «la théorie de la littérature Juchéenne», «la théorie de l art de la danse», «la théorie de l art musical», «la théorie des beaux-arts» et la théorie de 98 Cassette vidéo, extrait de Jusqu à la sortie des films artistiques en série <le peuple et son destin> 92

93 l art architectural». 99 Dans «la théorie de l art musical», «la théorie des beaux-arts» et «la théorie de l art architectural», il est communément expliqué que les artistes doivent s armer de l idéologie politique afin de devenir des artistes révolutionnaires, ainsi ils doivent opter pour l idée de la supériorité du peuple de Josun. La théorie artistique et culturelle du Juché est connue comme ayant été construite et établie de façon originale par KIM Jong-Il en personne. Cette théorie est basée sur les principes du Juché, et c est une règle stricte contrôlant tous les éléments comme le thème du film, son sujet, son histoire et le jeu des acteurs. L année 1967 fut une période où l histoire de l art littéraire en Corée du Nord subit son changement le plus important ; c était le temps du Juché, ainsi que celui de la littérature du Juché. Le temps du Juché est une période où l on supprima le socialisme basé sur le Marxisme-léninisme pour établir un régime de dictature héréditaire, basé sur une forme de socialisme particulière. 100 De plus, la littérature du Juché correspondant à cette période ne se base pas non plus sur le réalisme socialiste du Marxisme-léninisme ; une certaine forme de réalisme spéciale au Juché, basé sur la personne de KIM Il-Sung, le régime de la pensée unique et celui de l unique successeur se développe. Selon KIM Jong-Il, on peut distinguer le réalisme socialiste du réalisme du Juché par les faits suivants. 101 Tout d abord le réalisme socialiste et le réalisme du Juché reflèteraient tous deux le 99 JEON Yeong-Seon, Système de gestion des arts littératures nord-coréens et les arts littéraires [Bukhanui Munhagyesul Unnyeongchegyewa Munye], Séoul, éd. Youkrack, 2002, p Ibid., p MIN Byeong-Uk, Aperçu sur l histoire du cinéma nord-coréen [Bukhan Yeonghwaui Yeoksajeok Ihae], Séoul, éd. Youkrack, 2005, p

94 processus du combat révolutionnaire et auraient pour but l accomplissement de la révolution mais le réalisme du Juché dépasserait les limites du réalisme socialiste en le développant de manière à ce qu il corresponde à la réalité de la Corée du Nord. Deuxièmement, la différence essentielle entre le réalisme socialiste et le réalisme du Juché serait que, si le premier considère l homme comme un élément total de la relation sociale, le second considère l homme comme un élément social possédant sa propre autonomie, sa créativité et sa conscience. Troisièmement, si le réalisme social est basé sur une conception du monde découlant du matérialisme dialectique, le réalisme du Juché est basé sur une conception du monde qui met l homme au centre. Quatrièmement, concernant le devoir historique, le réalisme socialiste a comme devoir d exalter la lutte de libération de la classe ouvrière des contraintes du capitalisme et de l impérialisme, alors que le réalisme du Juché a pour but l accomplissement total de l autonomie du peuple en aidant ce dernier à émerger comme sujet de l Histoire. Cinquièmement, le réalisme social fut crée pour combattre la hiérarchie et aider à l accomplissement de la révolution sociale, tandis que le réalisme du Juché vise le combat contre l impérialisme et contre les Etats-Unis, ainsi que l accomplissement du socialisme selon les idées du Juché. Sixièmement, concernant l exaltation d un type d humain, le réalisme socialiste créa la figure du combattant pour la libération ayant une conscience aiguë de la hiérarchie chez les travailleurs, alors que le réalisme du Juché a crée un type d homme autonome ayant intériorisé les idées du Juché et adhérant au régime dictatorial présidé par KIM Il-Sung. 102 La théorie de la littérature du Juché La fonction de la littérature en Corée du Nord consiste à incarner la doctrine philosophique du Juché. Ainsi, cette incarnation illustre le fait que «la théorie littéraire s affirme comme une science humaine basée sur les fondements des sciences». En d autres 102 MIN Byeong-Uk (2005), p

95 termes, la théorie de la littérature nord-coréenne s appuie sur les idées du Juché et elle a ainsi ses propres fondements scientifiques. Les principes de base de la philosophie du Juché dans la théorie de la littérature du Juché 103 La fidélité au Parti Dans la théorie de la littérature nord-coréenne, la fidélité au Parti est synonyme du dévouement au leader KIM Il-Sung. Il est à noter que cela n a rien à voir avec ce que dit Lénine à travers «l organisation du Parti et la littérature du Parti» dans Sur l art et la littérature. Selon Lénine, il faut que la littérature comme condition préalable garantissant la vérité artistique, fasse partie des tâches générales des prolétaires et des composantes du Parti. La défense des intérêts de la classe ouvrière Dans la théorie en question, il est aussi question de défendre le statut, la vision du monde et les intérêts des masses laborieuses par le biais de la littérature. Celle-ci doit accomplir sa mission au service de l œuvre révolutionnaire de la classe ouvrière. Selon la théorie de la littérature du Juché, d une façon ou d une autre, l auteur ou son œuvre doit se positionner par rapport aux classes sociales et les œuvres de la littérature socialiste servent à défendre la cause des travailleurs. La popularité La théorie nord-coréenne souligne que la littérature doit rester compréhensible et appréciable par les masses populaires. Pour la lire, le peuple n a pas besoin nécessairement de connaissances culturelles approfondies au préalable. En effet, la lisibilité de la littérature 103 KIM Joong-Hoi, Aperçu de la littérature de la Corée du Nord [Bukhan munhagui ihae], Séoul, éd. Cheungdonggeuwool, 2007, p

96 populaire se manifeste tant sur le plan du contenu que sur le plan de la forme. Sur le plan de l histoire, la littérature du Juché reflète de façon réelle ou réaliste la vie quotidienne des ouvriers, leur lutte, leur désir et leur idéal ; sur le plan formel, elle se veut accessible à tous les ouvriers pour les toucher et les instruire. La méthodologie d application de la théorie de la littérature du Juché pour la création des œuvres 104 La «théorie du noyau thématique» La théorie du noyau thématique, qui est la conception la plus originale et la plus importante dans la théorie littéraire nord-coréenne, permet d aborder le rapport entre l histoire (le contenu) et le récit (la forme) de façon organique. Il s agit bien d un concept bien spécifique qui est propre à la littérature nord-coréenne, comme le souligne la théorie de la littérature du Juché : «Notre parti a proposé un concept original sur le noyau des œuvres littéraires pour illustrer la théorie de la littérature du Juché établie par notre grand leader, KIM Il-Sung». En effet, le «concept du noyau thématique» s explique de manière suivante (KIM Joong-Hoi, Aperçu de la littérature de la Corée du Nord [Bukhan munhagui ihae], Séoul, éd. Cheungdonggeuwool, 2007, p ) Comme sujet central de l œuvre, il contient en luimême la problématique fondamentale de la valeur que véhicule l écrivain ; il désigne le noyau idéologique sur lequel sont fondés tous les éléments constitutifs de la représentation dans l œuvre ; il renvoie à la partie centrale de l idéologie basée sur une réflexion sérieuse sur la vie et la compréhension approfondie de l essence de cette dernière. Concrètement, la «théorie du noyau thématique» s applique de façon suivante : Premièrement, pour bien choisir un bon sujet (thème), il faut le sélectionner en prenant en compte la politique du Parti. Deuxièmement, pour que l œuvre littéraire soit dotée d une valeur artistique, il faut tenir compte de la représentabilité du noyau thématique. 104 Ibid., p

97 Troisièmement, pour sélectionner le bon motif que l on veut représenter conformément à l exigence de la politique du Parti, il faut bien observer la vie et la connaître de façon approfondie. Quatrièmement, il est important de choisir un sujet nouveau et original. Cinquièmement, il faut mettre tous les éléments de la représentation au service du noyau thématique pour qu il se manifeste de manière artistique. Sixièmement, pour la représentation artistique des personnages, il importe de décrire leur caractère de manière vraisemblable et (hyper-)réaliste. Dernièrement, il est aussi important de bien rendre la vie dans tous ses détails. La typologie des conflits La typologie des conflits sert à représenter ou à refléter la réalité dans l écriture. Il s agit d une typologie qui permet de configurer les personnages dans l écriture du réalisme socialiste. Si la littérature nord-coréenne schématise les conflits sociaux, c est que son réalisme permet de dégager l universalité de la particularité ou la spécificité de la généralité 105 Par conséquent, les personnages ne sont pas issus de personnes réelles banales mais de la conséquence de l identification scientifique et légitime à la réalité. A ce propos, la théorie littéraire nord-coréenne précise ceci : «Il faut que les œuvres littéraires cherchent de façon concrète dans la complexité et la diversité de la réalité, ce qui est typique et essentiel et qu elles décrivent, de façon typique, les classes sociales et les caractéristiques de ces classes, tout en les généralisant du point de vue artistique, pour garantir les valeurs artistiques des grandes idées qu elles véhiculent et pour renforcer leur fonction d instruction et leur rôle de mobilisation. La schématisation des personnages dans l écriture se manifeste à travers trois types de conflit : premièrement, le conflit entre le socialisme et le capitalisme, deuxièmement, le conflit à l intérieur du socialisme, dernièrement, le conflit dans la méthode de création. Dans le troisième cas, il s agit d admirer KIM Il-Sung et de mettre en récit sa vie. Il faut distinguer le troisième type de conflit des deux premiers, puisque, dans le dernier conflit, il n est pas 105 HONG Guy-Sam, La théorie de la littérature de la Corée du Nord, éd. Cheungdongduewool,p57 97

98 question du conflit avec des objets de la création, mais du conflit dans la méthode de création. La théorie de la vitesse d écriture Dans les deux premières théories (la théorie du noyau thématique et la typologie des conflits) que nous venons de voir, il est question des conventions internes à l écriture, alors que la théorie de la vitesse d écriture renvoie à une instruction externe à l écriture. La vitesse est stipulée afin d améliorer les capacités des artistes et leurs responsabilités et de les inciter à mettre dans leur travail de création leur réflexion, leur passion, leur sagesse et leur talent. Ainsi cette théorie permet de garantir la création rapide de l œuvre et la qualité de l écriture Sur le plan politique, la théorie de la vitesse d écriture sert à créer rapidement des œuvres en fonction de la demande du Parti relative à l endoctrinement idéologique. En effet, elle a pour objectif d inciter à la lutte révolutionnaire, d encourager l édification du pays et de renforcer l endoctrinement idéologique avec les deux premières théories que nous avons vues plus haut. Le contenu socialiste et la forme nationaliste Le contenu socialiste reflète la lutte progressiste des masses laborieuses et leur vision du monde et la forme nationaliste répond au goût des masses populaires correspondant à la réalité et à la sensibilité de l époque. Cependant, l idée développée dans la «théorie de l art» de KIM Jong-Il impliquant le peuple n a pas été conçue subitement en Le problème du peuple en Corée du Nord a été une question traitée dès le début de la centralisation du pouvoir de KIM Il-Sung, et il s est avéré nécessaire pour KIM Jong-Il de continuer l œuvre de KIM Il-Sung. L idée de mettre le peuple de Josun à la première place a été développée de la sorte car il fallait échapper à la pression internationale qui voulait faciliter l ouverture du pays et éviter tout changement de pensée dans la population nord coréenne. Du point de vue national, il fallait une nouvelle manière de rendre publique l idéologie du Juché maintenue telle quelle depuis les années 70 et justifier la succession au pouvoir de KIM Il-Sung par KIM Jong-Il. La 98

99 Corée du Nord a cherché la réponse dans son peuple et le discours concernant l art fait apparaître cela. Le point à souligner ici est la notion de patrimoine populaire. KIM Il-Sung déclara : «Le caractère national doit s incarner dans le patrimoine et la tradition auxquels le peuple doit se soumettre, nous devons nous appuyer dessus et le développer hautement. De ce fait, négliger la tradition et le patrimoine reviendrait finalement à négliger le caractère national. Le point le plus important dans l héritage du patrimoine et de la tradition, c est de perpétuer le digne héritage révolutionnaire antijaponais et de le matérialiser.» Ainsi, plutôt que d être considéré comme un héritage lié à l histoire très ancienne du pays, le patrimoine populaire se base sur la lutte de résistance menée par KIM Il-Sung contre les Japonais et qui est devenu la source d inspiration de la littérature nord coréenne. Par conséquent, il présente une nette différence avec la notion de patrimoine en Corée du Sud Les beaux-arts Les années soixante-dix ont été, en Corée du Nord, une période de lutte pour avancer plus rapidement vers une victoire complète du socialisme et le renforcement des campagnes d idéologisation du Juché dans toute la société ; c est aussi à ce moment que se développe le mouvement des trois révolutions (idéologique, technologique et culturelle). 106 Dans les milieux artistiques nord coréens des années 1970, les directives prononcées en 1966 par KIM Il-Sung dans son discours officiel dont l essentiel reposait sur «la création artistique Juchéenne ayant pour principe la peinture josunienne» étaient suivies à la lettre : comme renforcement des moyens de propagande nord coréens, l utilisation de couleurs réalistes et précises a permis à l art josunien de diversifier les créations et a contribué ainsi au développement et à l épanouissement de l art Juchéen. Nombre d œuvres d art josuniennes, peintures et sculptures, ayant pour thème 106 LEE Gu Yeol, 2001, p

100 «l œuvre révolutionnaire immortelle et la perspicacité des directives du dirigeant Kim Il- Sung» mise principalement en avant par la politique du Parti, ont été produites avec dévouement par les artistes. Ces œuvres accompagnaient d autres œuvres représentant par exemple la lutte populaire pour la construction du socialisme et comme s en vantent fortement les coréens elles ont participé à l âge d or de l art Juchéen. Prenons un exemple représentatif dans le domaine de la sculpture : la statue de Kim Il-Sung érigée sur la colline de Mansudae à Pyongyang et inaugurée à l occasion du 60ème anniversaire de Kim Il-Sung en Ce «monument commémoratif central» en bronze est colossal puisqu elle mesure 20 mètres de haut et est recouverte de 37 kg d or. Cette œuvre a été réalisée par un groupe de professionnels membres du groupe de la production sculpturale de la création Mansudae et commémore deux thèmes de façon symétrique : la tradition révolutionnaire et la construction du socialisme. Ainsi, ce monument a nécessité le travail de 280 sculpteurs de bronze et reste considéré comme l exemple représentatif de l art Juchéen empreint de dynamisme et de réalisme. 107 Au milieu des années 1970, le culte de KIM Il-Sung proche d une réelle déification est à son apogée et cette situation se manifeste aussi dans la création artistique. On considère que c est aussi à cette époque que l art Juchéen a pu se mettre en place significativement grâce notamment aux directives personnelles de KIM Il-Sung et à la politique de construction artistique du peuple de KIM Jong-Il désigné comme son successeur. Par la suite après les années 1980, les réussites artistiques innovantes et marquantes sont attribuées à KIM Jong-Il, car c est grâce à sa sagacité qu elles ont pu être si abouties Le cinéma d animation La particularité la plus marquante de cette époque réside dans le fait que l orientation de la création du cinéma d animation tend à développer une histoire éducative 107 Ibid., p Ibid., p

101 critique destinée aux enfants. La forme de la création correspondait au contenu destiné à des enfants et on fit attention d'inclure des animaux dans les histoires. Depuis, les contes et les fables faisant apparaitre des animaux ou des végétaux ou encore des objets personnifiés sont devenus une particularité du cinéma d'animation nord coréen. 109 Les enfants représentant l'avenir de la construction du communisme, il s'agit de créer des films pour enfants qui contribuent à les éduquer comme de futurs révolutionnaires au service du communisme Juchéen. Dans les années 80, beaucoup d œuvres de types et contenus variés tels que les films pour enfants en plusieurs parties où apparaissent des personnages importants ont été créées. Les dessins animés "Le raton-laveur malicieux" et "Le petit commerçant" très populaires sont de cette période. C'est aussi à cette époque que les films d'animation nord coréens ont été reconnus à l étranger. Cette reconnaissance internationale a entrainé la commande d'œuvres réalisées en collaboration avec des pays européens tels que la France, l'italie, l'espagne, la Pologne, etc La gymnastique de masse Dans les années 70, le domaine de la gymnastique de masse a été dynamisé quantitativement et qualitativement suivant une politique sportive de construction d «un royaume des sports» et des concours destinés aux élèves ont été organisés. Des années 70 aux années 80, la Corée du Nord connut l'épanouissement de cette discipline, si bien que cette période fut appelée l'âge d or de la gymnastique de masse. Lors de la représentation de gymnastique de masse «en suivant le drapeau du Parti 109 LEE Dae Yeon, Op. cit., 2005, p Ibid., p

102 des travailleurs» qui eut lieu en novembre 1970, l'envergure des manifestations est devenue plus importante puisque près de figurants s'y sont produits. Et pour «le concours national d'épreuves de gymnastique de masse», on a compté participants, ce qui a constitué un record. 111 A partir des années 80, «l'exportation» de la discipline vers les pays du tiers monde en Asie, Afrique et Amérique latine se concrétise. De plus, avec la construction du stade KIM Il-Sung possédant une structure adaptée à l'organisation des représentations, la dimension du spectacle de masse devient de plus en plus grande et la possibilité de présenter une même œuvre plusieurs fois apparait. 112 Cependant dans les années 90, suite à la situation difficile engendrée par la crise économique, les spectacles de masse ont diminué. Au milieu des années 90, alors que la situation économique du pays est au plus bas, une nouvelle forme de spectacle de masse à petite échelle voit le jour L architecture Durant cette période, KIM Jong-Il émerge de la classe dirigeante et s intéresse intensément à l architecture. «L architecture est aussi un art. Par conséquent, la création architecturale ne doit être en aucun cas répétitive.» Par cette déclaration, il exige plus de créativité de la part des nombreux architectes. A la différence de la doctrine socialiste de base qui se centrait jusqu alors sur le peuple, beaucoup de monuments et de bâtiments de grande envergure ont été construits à cette époque. Il y a deux causes principales expliquant l apparition de ces nombreux 111 Park Young-Jeon, 2007,p Ibid., p Ibid., p

103 bâtiments et monuments. D une part, il s agissait pour KIM Jong-Il, qui usa lui-même du pouvoir et inspira le culte de la personnalité de KIM Il-Sung, d une étape pour fixer fermement son œuvre dans l esprit du peuple nord coréen et d autre part, d une volonté d exhiber des bâtiments construits d après un point de vue à l opposé de celui de la Corée du Sud LEE Yang-Guy (2000), p

104 Chapitre 4. La période de la Dure marche et la période Songun (de juillet 1994 à aujourd hui) 4-1. L idéologie et la politique 115 Après le décès subit du Chef KIM Il-Sung, le régime de KIM Jong-Il continua de se confronter à des défis et des épreuves à l intérieur et à l extérieur de l Etat. A l intérieur, il s efforça de stabiliser son pouvoir et de surmonter la crise économique ; à l extérieur, il dut faire face à la destruction des autres régimes socialistes et au problème de l arme nucléaire. En outre, il fit souffler un nouveau vent sur la méthode rigide d organisation économique socialiste en imitant la réforme et l ouverture de la politique chinoise. La Corée du Nord appelle ces années d épreuve économique suite au décès de KIM Il-Sung «la période de la Dure marche, celle de la marche forcée». Et la période du règne de KIM Jong-Il post-1995 est désignée par les Coréens du nord comme «période Songun», guidée par la ligne révolutionnaire, la politique et l idéologie Songun. La politique de Songun est une stratégie gouvernementale découlant de la volonté du secrétaire général KIM Jong-Il. Il s agit de renforcer l unicité du système en s attachant l armée comme puissance de stabilisation, car l armée pouvait devenir aussi une menace pour le système tout en suscitant la conscience du danger dans la masse populaire. La tendance créatrice ainsi que la politique artistique et culturelle de la Corée du Nord actuelle sont très difficiles à saisir du fait de leurs stéréotypes et de la direction constante qui leur est imposée. Ceci est dû à une coexistence du domaine artistique et culturel en Corée du Nord avec le domaine politique. Il y a d abord la directive politique qui tient à garder le régime d origine, en se méfiant énormément de l affaiblissement possible du système par l envahissement de la culture capitaliste. En même temps une deuxième directive politique essaie de créer un nouveau courant par la diversification des formes de la littérature et encourage des essais divers dans le domaine de la culture populaire puis des loisirs pour les 115 Recueil des études sur la Corée du Nord, 2006, p , résumé 104

105 habitants. Après le décès de KIM Il-Sung, la politique diplomatique en Corée du Nord peut être qualifiée comme une «politique qui accorde de l importance à l idéologie, à l armée et à l économie». Si on l associe aux formes d évolution de la société nord-coréenne, la ligne politique principale du Parti des Travailleurs de Josun, dans lequel prend place le domaine de la littérature nord-coréenne, peut être résumée comme «la recherche d un socialisme pratique par la stratégie politique de Songun». Ceci est lié également à «la grande préférence de notre régime». Et on peut considérer que c est pour réaliser ce socialisme pratique dans la société nord-coréenne qu il y eut l établissement de deux lignes politiques distinctes. D abord, «la conservation des principes pour la maintenance (le maintien) du socialisme nationaliste» basée sur «la grande préférence de notre chef, de notre idéologie et de notre armée», puis «la réforme et l ouverture avec un nouveau mode de pensée pour la recherche des intérêts pratiques (réels)» La littérature et le cinéma Analyse d œuvres littéraires 1. A une mère de ce pays 116 Tout le monde dit le faire Mais ce n est pas une chose facile O mère, qui, avec affection, éleva Tous tes enfants De les envoyer à l armée de cette façon 116 PARK Cheol, Le matin où les pies chantent [Kkachiga uneun achim], Pyongyang, éd. Pyongyang, 2005, p , poème écrit en

106 Lorsque l ainé a dû partir N aviez-vous pas voulu garder le cadet Lorsqu il a fallu se séparer du cadet N aviez-vous pas voulu préserver votre unique fille et votre petit dernier Comment ne pas être invaincu Mon général, comment ne pas être victorieux Lorsque les mères de ce pays sont aussi remarquables De placer leurs enfants aussi précieux que l or Sans hésitation sur la ligne de défense nationale O mère Mère des soldats de l ère Songun Vous êtes dans le monde La plus précieuse, passionnée et noble Des mères. Cet amour, Vous l avez offert chaleureusement en honorant la patrie. A partir de 1994, l année où KIM Jong-Il commença véritablement à diriger le pays, apparut un certain nombre de phénomènes clairement distincts de l époque de KIM Il-sung. D abord, sur le plan politique, le développement de la lutte antiaméricaine aboutit directement à la théorie de la toute-puissance nationale. Si KIM Il-Sung avait construit son charisme grâce à l image de la lutte antijaponaise, dans le cas de KIM Jong-Il qui n avait pas 106

107 beaucoup d expérience militaire et de base dans ce domaine, préparer un terrain équivalent à travers la lutte anti-américaine fut une nécessité. D ailleurs, KIM Jong-Il possède un itinéraire particulier ; celui d avoir accédé au rang de successeur après avoir dominé le Parti, la justice et l armée grâce à sa carrière dans le domaine de la littérature. Ce parcours personnel serait sans doute en rapport avec la tendance personnelle de KIM Jong-Il suivant ses connaissances approfondies et son goût pour l art ; mais il est nécessaire de la considérer aussi d un point de vue stratégique et méthodique dans le but d inciter et de diriger le peuple. La Corée du Nord proclamait en permanence, depuis l entreprise de reconstruction après la guerre d indépendance, l amélioration de la productivité. En conséquence, le niveau de lassitude du peuple atteignit des sommets et la production montra plutôt un recul. Donc, en tant que méthode stratégique bien réfléchie pour changer cette situation, KIM Jong-Il adopta la voie de la culture populaire à travers des évolutions artistiques, une voie à la fois originale et romantique. En utilisant ces deux méthodes originales, KIM Jong-Il construisit un régime dictatorial identique à celui de KIM Il-Sung et mit en pratique ses idées politiques. Mais, ce système politique fermé, en recul par rapport au temps de la mondialisation, qui est l époque de la révolution informatique du XXI e siècle, entraîna un phénomène d isolation à la fois politique et économique du pays. En conséquence, à la fin des années 1990 la cruelle réalité se manifesta sous la forme d une crise alimentaire et d une véritable famine pour le peuple. Après avoir vécu cette crise économique, le gouvernement de KIM Jong-Il adopta une politique qui s orienta lentement vers l acceptation de changements et d ouverture à l exemple du modèle chinois. Or, le mensuel Chosun, magazine sud-coréen, a reçu récemment les manuscrits (nouvelles et poèmes) d un écrivain, membre actif du Comité central du syndicat des écrivains nord-coréens et critique à l égard du régime de son pays, grâce à l aide d une association de défense des droits de l Homme pour les réfugiés nord-coréens et les personnes enlevées par le régime de Pyongyang. Comme c est un écrivain actif, il a pris un nom de 107

108 plume Bandi. Ses textes seront publiés très prochainement en Corée du Sud. 117 En effet, c est la première fois que les nouvelles et les poèmes d un auteur en activité nord-coréen, qui critiquent de manière virulente le régime nord-coréen de façon satirique, sont présentés en Corée du Sud depuis la partition de la péninsule coréenne. Il est déjà arrivé que des réfugiés nord-coréens vivant au Sud aient publié en Corée du Sud des ouvrages dénonçant le régime nord-coréen. Jusque là, aucun écrivain nord-coréen n a publié son livre en risquant sa vie pour dénoncer le système oppressif de son pays. 118 Histoire d une évasion de Corée du Nord, premier récit du recueil de nouvelles de Bandi intitulé Accusations, décrit le destin auquel un père, travailleur et intelligent, ne peut échapper en raison de ses origines, s il ne s évade pas de son pays : «Une copie dans ma main tremblante, j étais resté debout près de la fenêtre un bon moment, complètement désorienté. Des notes effrayantes comme l «article n 149», «foule hostile», «sectaristes antirévolutionnaires et contre le gouvernement», etc. s entremêlaient dans ma tête et je me suis alors rappelé avec effroi ce que m avait révélé KIM Sun-Hee.» «Eh bien, ma vie sera finie, si l on découvre que notre représentant familial a volé cette copie. Il m a dit que tout est noté dans l article n 149. Ça veut dire que l on a procédé, conformément à l article 149 validé par la décision du conseil des ministres, à l éloignement des citoyens anti-gouvernement. On surveille même leurs descendants.» «Article n 149! C est vraiment terrifiant. Ce n est pas un simple sceau. C est une empreinte destinée au bétail dans la ferme, empreinte indélébile pour garantir une bonne traçabilité, puisque l on chauffe le sceau à blanc avant de le tamponner sur la peau du bétail. Je réalise enfin que ce terrible sceau métallique autrefois destiné aux esclaves, est maintenant gravé profondément sur la peau de petit Young-Ho et celle de son père, ainsi que sur celle de son oncle.» 119 Contrairement au premier récit, La ville fantôme raconte comment un couple est 117 KIM Sung-Dong, «Naissance d un Soljenitsyne nord coréen : un écrivain nord-coréen et membre du comité central du syndicat des écrivains nord-coréens dénonce lé régime oppressif de son pays en risquant sa vie», in Chosun Mensuel, n 9, 2013,p Ibid.,p Ibid.,p

109 amené à être exilé de Pyongyang vers un endroit très reculé malgré leur origine et leur statut social élevé. Un membre survivant de la famille d un assassiné vivant en couple avec une femme nommée GO Boon-Yeo issue de l Ecole révolutionnaire très célèbre et responsable au Ministère des Affaires étrangères, est envoyé en exil à cause de leur petit enfant qui fait des convulsions en voyant les portraits de Karl Marx et de KIM Il-Sung. 120 Si proche, mais si loin retrace une tragédie vécue par une famille privée de la liberté de circulation. Soo-Bong, personnage principal du récit, a reçu trois télégrammes l informant que sa mère est dans un état critique. Mais il n arrive pas à obtenir un permis de circulation pour lui rendre visite. Un jour, il prend, sous l emprise de l alcool, un train à destination de sa ville natale mais il est arrêté et condamné à 22 jours de travail d intérêt général. De retour chez lui, il entend ce que sa femme dit à son fils : «Ton père ne semble pas content de te retrouver». A ce moment-là, il crie à sa femme de toutes ses forces : «Penses-tu avoir besoin d un fils dans ce pays où il n est pas autorisé à te rendre visite, même si tu es en train de mourir?». Et la nouvelle se termine ainsi : «On entendait quelqu un dehors. C était le facteur qui avait glissé un télégramme par la fenêtre ouverte. Le mot qui leur fendait le cœur sautait aux yeux : «le décès de votre mère». Ils ont retenu leurs larmes. Ils ressentaient seulement quelque chose de 121 très douloureux, quelque chose de plus fort que les larmes intérieures, tous deux les mains fermées qui tremblaient face au faire-part de décès.» La vie quotidienne des Nord-Coréens est l un des thèmes de prédilection de Bandi. Cette thématique est aussi très présente dans ses 50 poèmes. On trouve également un de ses poèmes qui justifie le choix de son nom de plume signifiant en coréen «luciole» : «La belle étoile Ecœurée de voir le monde maculé N ouvre ses yeux que la nuit. Elle se baigne dans la lumière blanche de la lune En déployant pleinement ses ailes. Chaque fois que la nuit panachée se dissipe ainsi Au clair de la lune avec la brume blanche dans un monde innocent 120 Ibid.,p Ibid.,p

110 Une luciole dans mon cœur s allume pour s envoler dans un monde tout blanc» 122 Il est à noter que c est la liberté qu attend Bandi dans le poème suivant : «Vous qui m avez quitté en me tournant le dos M avez promis de revenir lorsque les azalées sont en fleurs Sans vous, ma vie est très sombre comme la nuit du dernier jour du mois. Elle est une existence vaine et fangeuse. Séparé de vous à la fleur de l âge, je ne vous ai point oublié depuis 40 ans, Je vous attends encore comme si j étais dans la fleur de l âge, Même si je commence à avoir des cheveux blancs derrière les oreilles. Je vous aimerai comme avant, Même si je ne serai jamais dans vos bras de toute ma vie. Je vous attendrai Même si je meurs, Puisque je ne peux me retrouver que dans vos bras.» Analyse du film La série télévisée intitulée «Ne réveille pas maman», diffusée en trois épisodes sur la chaîne Josun Joong-Ang le 7 et le 8 mars 2002, est une série qui pose la question de l innovation scientifique et celle de l autonomie de la femme. Dans le premier épisode, l héroïne Yeon-soun qui s occupe à la fois de ses recherches scientifiques et de sa famille, se dispute avec son mari Sung-ho, car elle néglige la vie de famille et oublie même l anniversaire de leur fille à cause de son travail. Dans le deuxième épisode, l ancien professeur de l héroïne, Jin-ok, vient aider Yeon-soun dans son laboratoire ayant entendu que celle-ci avait échoué dans ses recherches. Or, Jin-ok, fatigué, y fait un malaise et Yeon-soun comprenant l importance des recherches 122 Ibid.,p Ibid., p

111 entamées, s y consacre davantage. La belle-mère de Yeon-soun est venue lui rendre visite chez elle, mais Yeon-soun ne parvient pas à bien s occuper de sa belle-mère à cause de ses recherches qui lui prennent beaucoup de temps. Dans le troisième épisode, Yeon-soun termine enfin ses recherches après avoir travaillé toute la nuit dans son laboratoire avec sa fille. Elle s endort en attendant son mari Sung-ho qui avait quitté la maison après une dispute. Ce dernier rentre avec un bouquet de fleurs, reconnaît sa faute et essaie de comprendre sa femme. Il fait l éloge de Yeon-soun en tant que chercheuse scientifique auprès de leur fille et lui dit de ne pas réveiller maman. Cette série qui commence par la scène où le mari fait la cuisine et même la vaisselle, suggère le besoin de compréhension et d aide des maris pour que les femmes éduquées puissent être considérées en tant qu êtres autonomes. On retrouve dans cette scène la mise en avant de l égalité des sexes que préconise le régime politique. D un autre côté, la raison pour laquelle la camarade de laboratoire de Yeon-soun, Sung-sil, abandonne les recherches vient de la difficulté de les concilier avec sa vie de famille. Elle pense qu il n est pas correct d alterner les deux. L héroïne fait des recherches sur la nutrition chez les enfants et considère que ce travail est la volonté de leur leader ; nous pouvons donc percevoir ici l importance de l image du leader même dans cette production. Cela montre aussi qu en Corée du Nord, le travail de recherche à la Juchéenne se fait activement quelques soient les difficultés économiques et que le gouvernement estime que les recherches sont autonomes puisqu elles ne s appuient pas sur l aide de pays étrangers. On voit également dans la série la politique fermée et l isolement du pays. L histoire de Yeon-soun qui ne fait que s activer à ses recherches en oubliant la promesse faite à sa fille de lui offrir un ours en peluche pour son anniversaire et la fille qui disparaît de l école maternelle après avoir longtemps attendu sa mère, sont des sujets que l on retrouve souvent dans les feuilletons sud-coréens. Dans cette série, on montre que les maris participent facilement aux tâches 111

112 ménagères à travers la scène où le mari de l héroïne lave le linge à la main, cela nous dévoile la réalité nord-coréenne où les machines à laver restent des produits de luxe. Lorsqu on voit la lettre écrite par la belle-mère qui conseille à son fils d aider sa femme à réussir ses recherches, c est aussi un indice qui montre qu en Corée du Nord actuellement on considère que le travail de la femme est important ainsi que les technologies scientifiques. Mais le travail des femmes fait partie de la mobilisation des masses populaires pour maintenir le régime nord-coréen. Dans le deuxième épisode, à travers le personnage de l ancien professeur de l héroïne, Jin-ok, on découvre une relation particulière entre le professeur et l élève et à travers celle-ci un aspect confucianiste. Lorsque Jin-ok dit que quand le pays est en situation difficile, on doit suivre la parole du leader selon laquelle il ne faut pas utiliser les produits des pays étrangers mais créer sa propre production et cela pour diminuer la charge morale pesant sur les épaules du leader qui s occupe de la patrie et du peuple, on voit apparaître l édification de l image de KIM Jong-Il. Dans le troisième épisode, un délégué de classe) dit à Sung-ho que s il ne rentre pas à la maison à la suite de la dispute avec sa femme, il va le dénoncer au Parti : cela montre bien le pouvoir du Parti qui s insinue jusqu au sein de la vie familiale. On peut dire aussi que c est un aspect de la société nord-coréenne éducative. A Sung-sil qui fabrique du pain, Yeon-soun dit que c est un crime de ne penser qu à sa propre famille en restant à la maison. Elle persuade sa camarade en lui demandant ce qu elle répondrait si ses enfants lui demandaient un jour ce que leur mère avait fait pour la construction de leur pays tout-puissant. Finalement, dans cette série, on suggère que les femmes éduquées devraient travailler ouvertement dans la société selon leurs capacités tout en ayant conscience de 112

113 l importance de leur rôle et non pas chercher le bonheur dans le soutien de leurs maris si elles veulent garder leur dignité en tant qu êtres autonomes et profiter véritablement de leur vie Les beaux-arts Après la prise du pouvoir du gouvernement nord coréen par KIM Jong-Il, celui-ci exprime clairement et vérifie que les idées culturelles et les théories artistiques du Dirigeant seront approfondies et qu elles seront développées de façon judicieuse et concrète pour convenir aux nouvelles demandes suscitées par l'évolution de la révolution. De ce fait la construction de l'art Juchéen par le Dirigeant sera accomplie. De plus, dans la construction de l'art Juchéen, le principe de base prôné par le Parti est de réaliser l'idéologie du Juché et d en garder l'esprit. Cette directive à propos de l art est adoptée en tant que directive unique et on insiste sur le fait qu'elle aidera à résoudre de façon adéquate tous les problèmes dus aux objections et à la pratique soulevés pendant sa conception et sa construction en tenant compte des exigences du Juché. D autre part, l exposition «Des fleurs pour KIM Il Sung» sur l art en Corée du Nord présentée à Vienne a provoqué une vive polémique. 124 Le musée des arts appliqués de Vienne (MAK) a présenté du 19 mai au 5 septembre 2010 une exposition sur l art nord coréen rassemblant des portraits de Kim Il Sung et Kim Jong Il, des affiches de propagande, des photographies, croquis et plans d œuvres architecturales, ainsi qu une maquette de la Tour du Juché à Pyongyang. Par ailleurs, le MAK a insisté sur la difficulté qu ils ont eu à obtenir les 16 portraits représentant Kim Il Sung et son fils successeur, exposés et présentés pour la première fois hors de Corée du Nord. Face aux inquiétudes du public suscitées par un tel évènement, le directeur du musée 124 Blog.chosun.com/blog!og.view.screen?blogld=27432& 113

114 Peter Noever a déclaré que cette exposition qui a nécessité 4 ans de préparation pouvait contribuer à mieux se comprendre mutuellement. Peter Noever a également précisé que «l Art n a pas de frontière» et bien que l Art ne peut pas changer la situation politique, les œuvres d art peuvent néanmoins nous aider à comprendre, à réfléchir et accepter des points de vue divergents ou nouveaux, ainsi l Art offre une manière de concevoir le monde différemment. Cette exposition a réuni près de 100 toiles (peintures chosonhwa, peintures à l huile ou aquarelles) réalisées depuis les années 1960 jusqu à nos jours. Ces œuvres offrent un large panorama de paysages et de scènes de campagne, mais la plupart montre «les devoirs civiques révolutionnaires». Ce sont des œuvres aux couleurs éclatantes qui nous indiquent la fonction sociale de l art en Corée du Nord. Par ailleurs, le «Récit de séjour de 548 jours en Corée du Nord écrit par M. Oh, citoyen ordinaire sud-coréen» décrit un des avantages du statut de l artiste peintre émérite de manière suivante : «Le statut de peintre semble avoir le privilège de voyager plus librement en Corée du Nord. Le peintre méritoire [que l on a rencontré] dit avoir mené son activité de création autour des sites de randonnées nord-coréens en montagne comme les Monts Kumgang, le Mont Paektu ou les Monts Myohyang. Il a dit qu il aimait Rembrandt. Cela a beaucoup surpris M. Oh.» Le cinéma d animation Les lignes directrices du Parti s'orientant vers un renforcement de l'instruction et du contrôle de l'idéologie, le gouvernement s'est rapidement penché sur les films d'animation de façon à ce qu'ils deviennent une arme pouvant éduquer idéologiquement les enfants. Tout comme la littérature devait refléter les exigences de la période Songun car le OH Yeong-Jin(2009) P

115 plus important était de la développer en priorité comme art Songun, il est vite apparu que les films pour enfants pouvaient être une arme influente dans leur éducation pour le développement de l'idéologie Songun. 126 L'évolution technologique est également visible. Le studio de tournage de films pour enfants 4.26 a sorti en 1998 Le troisième sentiment vertueux dont une partie est réalisée pour la première fois en 3D, puis en 2002 la première animation entièrement en images de synthèse d'une durée de 20 minutes Les trois camarades de mon rêve a été produite. Par la suite en dehors du studio de tournage de films pour enfants 4.26, des studios d'animation en charge de coproductions avec des pays étrangers ont été installés permettant une nouvelle évolution. 127 Par ailleurs, le groupe de création de films d'animation du le groupe de production d animation du centre d informations de Pyongyang a été installé suite a un accord entre le Réseau national sud coréen et le Centre de renseignements de Pyongyang pour une coproduction de films d'animation en juin L'atelier de création Samjiyeon a été mis en place en juin de la même année sur le modèle d'une coproduction avec des entreprises chinoises basées à Dandong La grande gymnastique de masse et les performances artistiques Le 1 er mai 2000, la représentation du spectacle les victoires du Parti du Travail de Josun a marqué une étape décisive dans le développement rapide de la gymnastique de masse nord coréenne en faisant participer figurants. Non seulement l'appellation même de la discipline a été modifiée en " la grande gymnastique de masse et la performance artistique", mais elle a également changé la catégorie de la discipline en considérant la gymnastique (qui était en partie sportive à l'origine) comme une performance artistique. 126 LEE Dae Yeon, 2005, p Ibid., p Ibid., p

116 En un mot, elle s'est transformée en une "représentation artistique complète" combinant la gymnastique et la performance artistique. 129 La relation entre la fin de la politique de la 'Dure marche" dans les années 90, et les circonstances miraculeuses de la transformation de la société nord coréenne souhaitant s'orienter récemment vers la construction d'une "grande nation solide" est profonde. On peut penser que ce type de spectacle de grande envergure est apparu pour glorifier directement le régime de KIM Jong-Il et faciliter son installation dans la société nord coréenne au niveau national mais aussi pour le faire connaître à l étranger. étrangers. La représentation Arirang 130 a spécialement été conçue pour les spectateurs On ne peut pas parler d'ouverture culturelle à proprement parler pour ce spectacle, en ce sens qu'il n'inclut pas directement des cultures étrangères, mais la représentation Arirang marque pour la première fois l'ouverture culturelle a la coréenne car elle permet d'inviter des spectateurs étrangers et de leur montrer la culture de Pyongyang. "La grande gymnastique de masse et la performance artistique" appartiennent aux représentations artistiques d'un nouveau genre symbolisant l'ère KIM Jong-Il. Par ailleurs, Kwon Heon-Ik et Chung Byeong-Ho citent Wada Haruki dans leur ouvrage North Korea : Beyond Charismatic Politicis (2012) : 129 PARK Young-Jeon (2007), p La composition de base de ce spectacle a été développée par KIM Soo Jo qui avait reçu la directive de KIM Jong-Il de créer une œuvre grandiose pour célebrer le 90 ème anniversaire de KIM Il-Sung. Il s agit d une œuvre inspirée de la chanson folklorique Arirang en prenant comme support la construction du destin du peuple au XXème siècle. KIM Jong-Il est connu pour avoir dirigé entièrement le spectacle Arirang, il se serait occupé du scénario, de la chorégraphie, il aurait même décidé de l arrière-plan et du décor. 116

117 «La Corée du Nord en tant qu Etat partisan où KIM Jong-Il a le rôle de metteur en scène et de designer [décorateur de théâtre] a certainement quelques points communs avec ce que Clifford Geertz appelle l Etat-théâtre.» 131 Carol Medlicott note aussi de la manière suivante : «Les symboles et les spectacles symboliques forment dans leur ensemble une immense et unique couche qui permet de relier la Corée du Nord au monde extérieur. Le Festival Arirang (officiellement la grande performance de masse gymnastique et artistique Arirang) est à la fois un slogan moral et politique pour le peuple nord-coréen et un message-clé diplomatique adressé à la communauté internationale. Dans cette optique, on peut dire qu il nous renseigne sur les relations que les autorités nord-coréennes veulent entretenir avec leur peuple ou avec le monde extérieur. Le Festival fait passer les idées du pays à travers la gymnastique de masse des enfants et le spectacle de masse des civils. En effet, ces idées sont bien exposées dans les origines historiques de la Corée du Nord et les aspirations futures, reconstituées de manière dramatique lors du Festival Kwon Hyeon Ik et Chung Byeong-Ho, North Korea : Beyand Charismatic Politics, Rowman & Littlefield Publishersm Ibid. 117

118 Troisième Partie Biopolitique en Corée du Nord 118

119 La préoccupation principale de Foucault réside dans la participation à la révolution de la «deuxième gauche» qui se veut une culture décentralisée et locale, en refusant toute alliance avec les communistes. Y a-t-il une gouvernementalité adéquate au socialisme? Quelle gouvernementalité est possible comme gouvernementalité strictement, intrinsèquement, indépendamment socialiste? En tout cas, s il y a une gouvernementalité effectivement socialiste, elle n est pas cachée à intérieur du socialisme et de ses textes. On ne peut pas l en déduire. Il faut l inventer. Cette question, qui donne tout son relief à l analyse de la gouvernementalité néolibérale développée dans son cours, ne cessera d occuper Foucault. Elle est un principe du projet de livre blanc sur la politique socialiste qu il proposera en 1983 : «Y-a-il une problématique du gouvernement chez les socialistes ou n ont-ils qu une problématique de l Etat?» 133 Foucault a soulevé cette question en prenant le modèle allemand comme objet d analyse. Dans notre analyse, la Corée du Nord fera l objet de notre étude en tant qu exemple. Bien entendu, la Corée du Nord est considérée comme un Etat totalitaire, plutôt que comme un pays socialiste. C est justement pour cette raison qu elle nous parait un exemple approprié. Elle devient de plus en plus totalitaire, bien qu elle soit le dernier pays socialiste au monde pour beaucoup de socialistes. Elle leur permettra de réfléchir sur les questions de l «Etat» et de la «gouvernementalité» [concept forgé par Foucault la rationalité propre au 133 FOUCAULT Michel. Sécurité, Territoire, Population. Cours au Collège de France , Paris, Gallimard/Seuil, coll. «Haute Etudes», 2004.p

120 gouvernement de la population] Alors peut-on examiner les dernières passations de pouvoir (KIM Il-Sung / KIM Jung-Il / KIM Jung-En) dans la perspective du pasteur totalitaire? 120

121 Chapitre 1.le pouvoir pastoral 1-1. L origine du biopouvoir dans la culture judéo-chrétienne «On voit que le mot «gouverner», avant qu il prenne sa signification proprement politique à partir du 16 e siècle, couvre un très large domaine sémantique qui se réfère au déplacement dans l espace, au mouvement qui se réfère à la subsistance matérielle, à l alimentation, qui se réfère au soin que l on peut donner à un individu et au salut qu on peut lui assurer, qui se réfère aussi à l exercice d un commandement, d une activité prescriptive, à la fois incessante, zélée, active et toujours bienveillante. Ç a se réfère à la maîtrise que l on peut exercer sur soi-même et sur les autres, sur son corps, mais aussi sur son âme et sa manière d agir. Et enfin ça se réfère à un commerce, à un processus circulaire ou à un processus d échange qui passe d un individu à un autre. De toute façon, à travers tous ces sens, il y a une chose qui apparaît clairement, c est qu on n y gouverne jamais un Etat, on n y gouverne jamais un territoire, on n y gouverne jamais une structure politique. [ ] Ceux qu on gouverne, ce sont les hommes» 134 «L idée qu il peut y avoir un gouvernement des hommes et que les hommes, ça se gouverne, [Foucault] ne croi[t] pas [ ] que ce soit une idée grecque. [ ] [Il] croi[t] qu on peut dire que l idée d un gouvernement des hommes est une idée dont il faut chercher plutôt l origine en Orient, dans un Orient préchrétien d abord, et dans l Orient chrétien ensuite 135». «Que le roi, le dieu, le chef soit un berger par rapport à des hommes, qui sont comme son troupeau, c est un thème qu on trouve d une façon très fréquente dans tout l Orient méditerranéen 136». 134 Michel Foucault, Sécurité, Territoire, Population, Cours au Collège de France, , op.cit., 2004, p Ibid., p Ibid., p

122 «Et c est évidemment surtout chez les Hébreux que le thème du pastorat s est développé et intensifié». «Le rapport pastoral, dans sa forme pleine et dans sa forme positive, est donc essentiellement le rapport de Dieu aux hommes. C est un pouvoir de type religieux qui a son principe, son fondement, sa perfection dans le pouvoir que Dieu exerce sur son peuple 137». «On a là [ ] quelque chose qui est à la fois fondamental et vraisemblablement très spécifique à cet Orient méditerranéen si différent de ce qu on trouve chez les Grecs. [ ] Le pouvoir du berger s exerce essentiellement sur une multiplicité en mouvement. Le dieu grec est un dieu territorial, un dieu intra muros, il a son lieu privilégié, que ce soit sa ville ou son temple. [ ] Jamais la présence de ce Dieu hébraïque n est plus intense, plus visible que, précisément, lorsque son peuple se déplace et lorsque dans les errements de son peuple, dans son déplacement, dans ce mouvement qui le fait quitter la ville, les prairies et les pâturages, il prend la tête de son peuple et montre la direction qu il faut suivre. [ ] Et le pouvoir pastoral est fondamentalement un pouvoir bienfaisant» 138. C est qu en effet l essentiel de l objectif, pour le pouvoir pastoral, c est bien le salut du troupeau. «Qu est-ce que le berger? Le berger, c est celui qui veille. «Veille» au sens bien sûr de surveillance de ce qui peut se faire de mal, mais surtout comme vigilance à propos de tout ce qui peut arriver de malheureux. [ ] Tout le souci du pasteur est un souci qui est tourné vers les autres et jamais vers lui-même 139». 137 Ibid., p Michel Foucault, Sécurité, Territoire, Population, Cours au Collège de France, , op.cit., 2004, p Ibid., p

123 «Enfin [ ] le pouvoir pastoral est un pouvoir individualisant. C est-à-dire qu il est vrai que le pasteur dirige tout le troupeau, mais il ne peut bien le diriger que dans la mesure où il n y a pas une seule des brebis qui puisse lui échapper 140». Or «c est que la véritable histoire du pastorat, comme foyer d un type spécifique de pouvoir sur les hommes, l histoire du pastorat comme modèle, comme matrice de procédures de gouvernement des hommes, cette histoire du pastorat dans le monde occidental ne commence guère qu avec le christianisme 141».. Le «christianisme» se distingue du judaïsme sur deux points. «Premièrement, le rapport berger-troupeau n était finalement qu un des aspects des rapports multiples, complexes, permanents entre Dieu et les hommes. [ ] Deuxièmement [ ], il n y avait pas chez les Hébreux d institution pastorale proprement dite 142». «En revanche, dans l Eglise chrétienne, on va voir au contraire ce thème du berger en quelque sorte s autonomiser par rapport aux autres, n être pas simplement une des dimensions ou un des aspects du rapport de Dieu aux hommes. Cela va être le rapport fondamental, essentiel, non pas seulement un à côté des autres, mais un rapport qui enveloppe tous les autres, et deuxièmement, cela va être bien sûr un type de rapport qui va s institutionnaliser dans un pastorat qui a ses lois, ses règles, ses techniques, ses procédés 143». Et «trait alors absolument essentiel et fondamental : c est que ce pouvoir globalement pastoral est resté, tout au long du christianisme, distinct du pouvoir politique. [ ] Le pouvoir pastoral [ ] ne s occupe des âmes des individus que dans la mesure où cette 140 Ibid., p Ibid., p Ibid., p Ibid., p

124 conduite des âmes implique aussi une intervention, et une intervention permanente dans la conduite quotidienne, dans la gestion des vies, mais aussi dans les biens, les richesses, dans les choses 144» L exemple nord-coréen : «l art de diriger» D après les Œuvres complètes des idées de Juché (Vol.10), «l art de diriger» a été expliqué par l ancien dirigeant nord-coréen : «Dans le développement des idées révolutionnaires des classes ouvrières, le camarade KIM Il Sung a considéré pour la première fois la question de l art de diriger comme une question fondamentale pour la victoire de la révolution et a expliqué cette question de manière frontale. En particulier, il expose de façon nouvelle, claire et complète l art de diriger dans le parti politique dominant, en expliquant la manière dont le parti des travailleurs oriente les masses populaires pour achever l édification du socialisme et du communisme» 145 «Bref, l art de diriger, c est une manière d inciter les gens à faire quelque chose. C est bien l art de diriger qui permet d entrer en contact avec les masses populaires pour mieux les écouter, d encourager de façon active leur créativité et leur initiative et de résoudre des problèmes soulevés par eux». 146 Comme l a souligné l ancien dirigeant nord-coréen, l art de diriger, c est une manière d inciter les gens à faire quelque chose. Ainsi, il est étroitement lié à un mouvement populaire qui relève du totalitarisme. Comme l a dit Foucault à propos de l Etat totalitaire, le parti politique y compte plus 144 Ibid., p Journal, éd. Sciences sociologiques Yeongdo Yesul, Séoul, Ibid. 124

125 que l Etat. Il en va de même pour la Corée du Nord. Le parti des Travailleurs soutient l idée que la bonne stratégie de direction permet d armer les masses populaires d idées révolutionnaires, de consolider de manière organisée leur solidarité pour créer une grande force, de les mobiliser de façon efficace et systématique et de résoudre dans des situations optimales les problèmes difficiles et complexes rencontrés lors de l édification du socialisme et du communisme conformément aux caractéristiques du mouvement révolutionnaire et communiste comme mouvement conscient et organisé. «La manière dont on traite les masses populaires en les situant à un certain niveau crée une condition fondamentale déterminant les caractéristiques révolutionnaires et scientifiques de l art de diriger, d autant plus que celui-ci est une méthode qui a pour rôle d orienter le peuple. Les classes populaires font l objet d une exploitation et d une répression pour les classes exploitantes réactionnaires. Par conséquent, pour les classes exploitantes, il est hors de question de diriger les masses populaires, puisque la seule façon de les diriger, c est de les exploiter et les réprimer en mettant en place un système de contrôle bureaucratique. Contrairement à cela, l art de diriger s appuie sur l idée que les masses populaires sont les maîtres de la société et les acteurs de la révolution et de l édification. Il permet donc de les respecter et de les orienter pour qu elles puissent remplir leur rôle de maître.» 147 Le mot «gouverner» signifie dans une acception particulière «diriger». En effet, les idées du Juché comprennent «l art de diriger». Mais il faut distinguer le pouvoir pastoral du pouvoir politique. Bien que l idéologie Juchéenne nord-coréenne nous semble postuler un pouvoir ressemblant au pouvoir pastoral, il est extrêmement difficile, voire impossible d assimiler le pouvoir du berger (pasteur) à celui de KIM Il-Sung ou de KIM Jung-Il. En effet, ces derniers, même s ils ont pour vocation de guider et de diriger leur propre peuple, n hésitent pas à le mettre en danger pour sauvegarder leur propre salut et leur propre pouvoir, alors que la préoccupation du pasteur est une préoccupation altruiste tournée exclusivement vers les autres. 147 Ibid 125

126 A cet égard, il ne serait pas inintéressant de se référer à un texte de Gogol décrivant le rôle et la vocation du tsar. Dans un texte de Gogol cité par Foucault, on trouve une définition du tsar. Pour définir ce qu est le tsar, ce que doit être le tsar, Gogol évoque l avenir de l Empire russe réconciliant le souverain et ses sujets : «L homme s enflera d [un] amour encore jamais ressenti envers l humanité [toute] entière. Nous autres, pris individuellement, rien ne nous enflammera de [cet] amour. [Il] restera idéal, chimérique [et] non accompli. Seuls peuvent se pénétrer de [cet amour] ceux qui ont pour règle intangible d aimer tous les hommes comme un seul homme. Parce qu il aura aimé tout dans son royaume jusqu au dernier sujet de la dernière classe, et parce qu il aura converti tout son royaume en son corps, souffrant, pleurant, implorant nuit et jour pour son peuple malheureux, le souverain, [le tsar] acquiert cette voix toute-puissante de l amour, seule capable de se faire entendre de l humanité, seule capable de toucher aux blessures sans les irriter, seule capable d apporter l apaisement aux différentes classes sociales et l harmonie à l Etat. Le peuple ne guérira vraiment que là où le [César] [aura accompli] sa destinée suprême : être l image sur terre de Celui qui est Amour 148». 148 Michel Foucault, Sécurité, Territoire, Population. Cours au Collège de France, , op.cit., 2004, p

127 Chapitre 2. Biopolitique Vers les années 50, alors que Foucault était étudiant, un des grands problèmes qui se posait était celui du statut politique de la science et des fonctions idéologiques qu elle pouvait véhiculer. Cependant Foucault a relevé un problème intéressant qui était resté longtemps et soigneusement caché : celui du pouvoir et du savoir. 149 A droite, il (le problème du pouvoir) n était posé qu en termes de Constitution, de souveraineté, etc., donc en termes juridiques ; du côté du marxisme, en termes d appareils d Etat. On ne s interrogeait pas sur la manière dont il s exerçait concrètement et dans le détail, avec sa spécificité, ses techniques et ses tactiques ; on se contentait de le dénoncer chez l autre, chez l adversaire, d une façon à la fois polémique et globale : le pouvoir dans le socialisme soviétique était appelé par ses adversaires totalitarisme ; et, dans le capitalisme occidental, il était dénoncé par les marxistes comme domination de classe, mais la mécanique du pouvoir n était jamais analysée. On n a pu commencer à faire ce travail qu après 1968, c est-à-dire à partir de luttes quotidiennes et menées à la base, avec ceux qui avaient à se débattre dans les maillons les plus fins du pouvoir. 150 Selon Foucault, il y a deux schémas d analyse du pouvoir : le schéma contratoppression, qui est le schéma juridique, et le schéma guerre-répression ou dominationrépression, dans lequel l opposition permanente n est pas celle du légitime et de l illégitime comme dans le schéma précédent, mais l opposition entre lutte et soumission. Il est bien entendu que tout ce que Foucault a écrit jusqu à présent s inscrit du côté du schéma lutte-répression, mais il considérait que ce concept devait être constamment élaboré. C est parce que ce schéma n est pas suffisant pour expliquer l état social actuel, et aussi parce que ces deux notions de «répression» et de «guerre» doivent être considérablement modifiées, sinon peut-être, à la limite, abandonnées. De plus, Foucault s est méfié depuis longtemps de cette notion de «répression». En effet, il a essayé de montrer, à propos des généalogies, du pouvoir psychatrique, ou du 149 FOUCAULT Michel, Power/Knowledge, New York, éd. Colin Gordon, 1980.p Ibid.,p

128 contrôle de la sexualité enfantine, que les mécanismes mis en oeuvre dans ces formations de pouvoir étaient tout autre chose, bien plus en tout cas, que la répression. Ainsi, il a voulu reprendre précisément cette notion de répression car il pensait qu elle n était pas suffisante pour cerner les mécanismes et les effets de pouvoir. C'est alors que Foucault inventera le concept de biopolitique c'est-a-dire les dispositifs de sécurité dont on va parler ultérieurement dans le présent travail. 151 Pendant ce temps : D'un autre côté, les deux Etats coréens divisés depuis longtemps se critiquaient tout simplement sans même chercher à analyser le mécanisme du pouvoir de l'autre. Nous allons essayer de comprendre le fonctionnement de la société nord-coréenne avec des exemples en nous référant aux mécanismes du pouvoir chez Foucault - la loi, la discipline et les dispositifs de sécurité. 2-1.La loi Le droit de vie et de mort, sous la forme moderne, relative et limitée, comme sous sa forme ancienne et absolue, est un droit dissymétrique. Le souverain n y exerce son droit sur la vie qu en faisant jouer son droit de tuer, ou en le retenant ; il ne marque son pouvoir sur la vie que par la mort qu il est en mesure d exiger. Le droit qui se formule comme de vie et de mort est en fait le droit de faire mourir ou de laisser vivre. Après tout, il se symbolisait par le glaive. Et peut être faut il rapporter cette forme juridique à un type historique de société où le pouvoir s exerçait essentiellement comme instance de prélèvement, mécanisme de soustraction, droit de s approprier une part des richesses, extorsion de produits, de biens, 151 Ibid.,92 128

129 de services, de travail et de sang imposée aux sujets. Le pouvoir y était avant tout droit de prise : sur les choses, le temps, les corps et finalement la vie ; il culminait dans le privilège de s en emparer pour la supprimer. 152 Les exécutions publiques se poursuivent encore en Corée du Nord. Récemment, certaines personnes accusées de trafic de femmes ou de meurtre ont été publiquement exécutées. Si les entrepreneurs ayant perçu des recettes en devises étrangères sont condamnés par les services de contrôle, ils sont exécutés devant la foule d une manière très cruelle. Il est arrivé qu un coupable ait été tué par 90 balles devant habitants et cadres à Suncheon situé dans le département de Pyeongnam. Plus de 7 transfuges nord-coréens sur 10 avaient été témoins d une telle exécution publique La discipline Pour Foucault, les formes disciplinaires de pouvoir se sont retrouvées dans les sociétés socialistes Le travail en Corée du Nord La Corée du Nord est l un des pays socialistes qui a mis en place dans le passé un fort contrôle social et un système de surveillance et qui continue à le maintenir. Pour garder ce genre de système de surveillance également dans le domaine de la production, le pouvoir instaure une mise en forme des lois et des disciplines concernant le travail, ainsi qu une systématisation de divers appareils de surveillance notamment celle des organisations, y 152 FOUCAULT Michel, Histoire de la sexualité, vol. 1 : La volonté de savoir, Paris, Gallimard, coll. «Tel», 1994, c1976,p Blog.daum.net/rione30/

130 compris celle du Parti. Dans les entreprises se retrouve quotidiennement l union totale de la nation ; sur les lieux de travail, l organisation du Parti, le service de la sécurité et les gardes sécuritaires dépendant des entreprises, participent ensemble à cette forme de multi surveillance. Depuis la fin de la guerre, la Corée du Nord applique le système du cahier de travail, afin de résoudre le problème de la pénurie et celui de la circulation de la main-d œuvre. Les cahiers de travail, édités par le centre des travailleurs nord-coréens, sont distribués à tous les employés ; au moment d être embauché, on présente ce cahier à l usine et au bureau de recensement où le cahier est gardé par la suite. Et quand on change d emploi, il faut à nouveau présenter ce cahier en y marquant la date de l arrêt du travail, sa raison, etc. A l intérieur du cahier de travail, le détenteur est tenu d indiquer son nom, son sexe, le parti auquel il appartient, la date et le lieu de sa naissance. Mais il doit aussi indiquer les informations en rapport avec l embauche telles que le récapitulatif des changements d emplois et leurs raisons ainsi que les emplois précédents et les arrêts du travail, son statut et son métier, son salaire, le rapport concernant d éventuelles primes au mérite, sa qualification technique, les congés, etc Le système éducatif nord-coréen Le gouvernement nord-coréen a développé en permanence les crèches et les écoles maternelles après les années 50 et depuis 1975 a voulu rendre gratuite l éducation qui dure 11 années consécutives dont 1 année à l école maternelle, 4 années à l école primaire et 6 années au collège et au lycée. Après le milieu des années 80, le système d éducation obligatoire était bien en place, le gouvernement a donc mené une politique du développement de l éducation supérieure. Il a construit diverses universités et a instauré, à travers la formation continue, la possibilité pour les travailleurs du secteur industriel d accéder à un enseignement 154 Jeong Geon-hwa, «Les modes d existence des ouvriers nord-coréens», in Travail en Corée du Nord [Bukhanui Nodong], Séoul, éd. Han Ul, 2007, p

131 supérieur. 155 De cette manière, le gouvernement nord-coréen met en avant ce qu on appelle la «politique de l intellectualisation de tout le peuple» qui permet à tous les habitants nordcoréens d accéder à l enseignement supérieur. L effort considérable du gouvernement nord-coréen en matière d éducation contribue définitivement au développement et au maintien du système socialiste nord-coréen. Avant tout, il joue un rôle important dans le renforcement de l attachement des habitants au système nord-coréen. Les habitants de la Corée du Nord ne cultivent pas seulement l image de l homme socialiste, mais aussi adoptent une attitude qui participe activement au système socialiste. D ailleurs, l éducation nord-coréenne enseigne en permanence l idéologie du Juché et les idées socialistes aux élèves et aux habitants, encourage ainsi la fidélité de ces derniers envers le dirigeant et renforce la solidarité envers le système nord-coréen. De ce point de vue, on peut dire qu en Corée du Nord le maintien du système s effectue par l éducation. Autrement dit, le système nord-coréen se maintient à travers l idéologie du Juché qui est un mélange entre le pouvoir vivant qu est le système scolaire selon le point de vue de FOUCAULT et les savoirs. Le pouvoir vivant était sans doute un élément nécessaire dans le développement du capitalisme, mais il est également indispensable dans le maintien du système socialiste. 155 HAN Man-Gil, Comment éduquer en Corée du Nord? [Bukhaneseoneun Eotteoke Gyoyukhalkka?] (Etudes réunies par HAN Man-Gil), Séoul, éd. Urigyoyuk, 1999, p

132 Pour moi, la conscience des problèmes c était toujours la vérification des rapports entre le sujet et la vérité. De quelle manière le sujet s intègre-t-il dans les jeux de vérité?... C est pourquoi je me propose de résoudre la question du pouvoir-vérité de la manière suivante. Et bien évidemment je ne pense pas que seul le cadre permettant d analyser le pouvoir-vérité soit un tout. C est simplement un instrument permettant d analyser les relations de pouvoir. Cependant, il est incontestablement certain que ce cadre d analyse sert d outil permettant d approfondir précisément les rapports de pouvoir et des jeux de vérité. 156 Dans cet entretien, Foucault montre que même l institution scolaire est perçue comme un jeu de vérité qui serait l éducation des corps dociles au moyen de la discipline. Et l existence humaine se réduirait au sujet créé. Dans ce chapitre, je me propose d examiner le système scolaire en Corée du Nord afin de comprendre par quels savoirs et pratiques éducatifs la formation d une existence humaine en tant que «sujet» a été possible et d étudier quelles relations le lient au pouvoir. L exercice du pouvoir à l intérieur de l école en Corée du Nord est traité dans le cadre du Savoir-Pouvoir. Dans Surveiller et punir, Foucault retrace les châtiments pratiqués à l époque classique et moderne. A partir de ces observations, il révèle que l institution scolaire se place dans une structure disciplinaire. Certes, il n écrit pas l histoire de l institution scolaire. Mais une institution telle que l école est un dispositif annonçant l apparition du pouvoir moderne et 156 Stephen J.Ball, trad. LEE Woo Jin, Foucault et l éducation, Chunggye, Séoul, p

133 devient de ce fait un exemple parfait de l exercice de ce pouvoir. De plus, les techniques et les stratégies du pouvoir moderne sont élaborées et développées à travers l institution scolaire. 157 Selon Hoskin, la discipline vient du latin «disciplina». En latin, ce terme possède deux sens que l on retrouve encore aujourd hui. Le premier sens renvoie aux sciences et savoirs classiques telle que la philosophie, la musique, la rhétorique Et le deuxième sens se rapporte au problème lié au pouvoir comme l entrainement militaire (disciplina militaris). Etymologiquement, le terme «disciplina» dérive de «discipulina» formé du préfixe «disci» se rapportant aux études et de «pulina» signifiant enfant. Ainsi, d après son étymologie, ce mot serait à l origine un terme pédagogique. On peut donc dire que le terme de discipline se rattache originellement aux deux aspects du pouvoir-savoir. 158 L éducation en Corée du Nord, ayant pour objectif de former l homme nouveau communiste, se fonde avant tout sur une éducation idéologique radicale. L objectif éducatif le plus important est la formation de membres conformes au système nord coréen et l enseignement de la fidélité absolue au dirigeant. Le règlement scolaire en Corée du Nord étant extrêmement organisé et strict, les élèves doivent le suivre minutieusement. Les règles sont établies méticuleusement et précisément détaillées. Les règles à respecter quotidiennement par les élèves sont les suivantes : 159 1) Afin de devenir une personne érudite et cultivée, l élève doit posséder des techniques 157 Foucault et l éducation, p Stephen J.Ball, trad. LEE Woo Jin, Foucault et l éducation, Chunggye, Séoul, 2007, p PARK Yong-Ja, «Le travail marginal et le marché du travail nord-coréens après la mise en œuvre du système du marché global en 2003 [2003 Jonghapsijangje Ihu Bukhanui Jubyeonnodonggwa Nodongsijang], in Revue coréenne de science politique coréenne, Vol. 43, n 3, éd. Association coréenne de science politique,

134 et savoirs exacts et concrets et fournir des efforts dans l intérêt de sa patrie socialiste. 2) L élève doit éviter les situations d absentéisme, les retards et les sorties sans autorisation. Il doit étudier de façon sérieuse et assidue. 3) L élève est tenu d écouter et obéir au directeur et aux enseignants en toute circonstance. Tous les élèves sont tenus d apporter leurs livres et autres documents d étude et doivent préparer les documents et matériaux nécessaires au cours avant l entrée du professeur dans la classe. 4) L élève doit toujours se présenter de façon décente et veiller à sa propreté corporelle, notamment la tête, le visage et les mains. 5) L élève est tenu de ranger et nettoyer sa place ainsi que sa classe. 6) Dès le début du cours, l élève doit s asseoir correctement sur son siège, et aucune sortie ou entrée ne sera tolérée sans l autorisation du professeur. 7) Durant le cours, l élève doit être attentif aux explications du professeur et aux réponses des autres élèves, il ne doit ni bavarder, ni bailler ou dormir, ni s amuser. 8) L élève est tenu de se lever et de saluer à chaque entrée et sortie du directeur ou du professeur sans qu on ait à le lui demander. 9) Si l élève est interrogé durant le cours, il est tenu de répondre en se levant correctement et il ne doit se rasseoir qu après avoir reçu la permission de son professeur. S il a une question, il est tenu de lever la main et d attendre d avoir l approbation du professeur avant de la poser. 10) L élève doit écrire ses devoirs dans son agenda et le montrer à ses parents. Tous les devoirs doivent être faits par l élève lui-même. 11) L élève doit respecter le directeur et les professeurs et même en dehors de l école il est tenu de les saluer poliment en se découvrant. 12) L élève doit respecter les adultes et avoir une attitude humble et courtoise envers eux. 13) L élève est tenu d être poli envers les visiteurs accompagnant le directeur ou le professeur. 14) L élève ne doit ni dire de méchancetés, ni utiliser la violence. Il ne doit ni boire d alcool, ni fumer, ni jouer aux jeux d argent. 15) L élève ne doit pas entrer dans un théâtre qui n a pas été désigné par la direction, il ne doit pas également aller dans un théâtre en dehors des horaires fixés par l école. 16) L élève est tenu de préserver tout bien appartenant à l école ou à la société et il devra utiliser tous les biens avec précaution. 134

135 17) L élève doit accorder une attention particulière aux faibles et aux malades, aux personnes âgées et aux enfants ; et si nécessaire, il doit leur apporter toute l aide possible. 18) L élève doit respect et obéissance à ses parents et il est tenu de les aider si possible. Il doit également aimer sa fratrie. 19) L élève doit garder sa maison propre. Il doit ranger tous les biens qui lui appartiennent tels que ses vêtements, ses chaussures, tous les produits du quotidien, son lit 20) L élève est tenu de garder sa carte d identité sur lui et de la présenter à chaque fois que les autorités compétentes l exigent. La carte d identité est destinée à un usage personnel et ne doit pas être prêtée. 21) L élève ne doit pas seulement penser à sa réputation, mais il doit aussi penser à celle de son entourage et de sa classe. Toute transgression du règlement sera sanctionnée conformément. Les types de sanctions sont, entre autres, le signalement, l avertissement, l avertissement sévère et le renvoi de l école. Ces règles rejoignent sommairement celles appliquées en Corée du Sud. Cependant, à l exemple de la règle qui réduit la fréquentation d un théâtre à un horaire fixé, ce règlement nous montre bien un aspect d une société contrôlée. Il se peut que les élèves ayant enfreint le règlement soient réprimandés et punis personnellement par le corps enseignant mais ils sont le plus souvent critiqués publiquement lors du rassemblement matinal ou pendant l heure de réconciliation de vie (séance d autocritique publique) La réconciliation de vie est une séance d autocritique publique et s ouvre le plus souvent comme un module de classe. Le rassemblement le plus important a lieu le samedi qui reste un jour de classe et durant cette séance de réconciliation il faut faire l autocritique de la semaine. Les élèves doivent passer leur examen de conscience en avouant devant leurs camarades leurs mauvaises paroles et actions durant la semaine écoulée et écouter leurs critiques. Après l autocritique où l élève doit parler lui-même de ses mauvaises actions, se déroule une deuxième partie où les élèves se critiquent entre eux. Par la suite, l élève doit écrire un compte-rendu des critiques et une lettre d excuse. 135

136 forme. Cette séance d autocritique publique ressemble au discours de la confession dans sa Cet aveu séculier n est fondé ni sur la foi religieuse ni sur la confession des péchés de l Eglise mais il est en rapport avec l existence du Parti et avec la fidélité à ce dernier et au Dirigeant. D autre part, en comparaison avec les élèves sud coréens, les élèves nord coréens n ont quasiment pas de tension et de pression liées aux examens car ils en passent moins. Cependant l examen le plus important à valider concerne l histoire de la révolution et le cours sur l éloge de KIM Il-Sung. Le cours sur le culte des KIM, père et fils, est une matière à valider absolument sous peine de redoublement. Malgré l obtention de très bonnes notes dans les autres matières, si l examen de ce cours n est pas validé, il y a redoublement de la classe. Ici, on peut voir un renforcement du pouvoir à travers l utilisation d une méthode disciplinaire tel que l examen 161 et la subordination des élèves au pouvoir L hygiène en Corée du Nord La Corée du Nord est un Etat socialiste représentatif ayant mis en oeuvre un gouvernement et un contrôle intensif et puissant sur le corps social. L organisation moderne d un pouvoir politique sur le corps social dans la péninsule a commencé pendant la période de colonisation japonaise. De plus, une restructuration a été organisée à une étape de L enseignant doit obligatoirement remettre à l administration supérieure, semestriellement ou annuellement, un rapport en archivant tous les comptes rendus des critiques de chaque élève issus des séances de réconciliation et en y ajoutant des appréciations personnelles. 161 L examen combine la technique de la surveillance hiérarchique et la technique de la sanction qui normalise. 136

137 construction de l Etat socialiste qui prit pour modèle le socialisme soviétique avec le désir ardent d imiter la modernisation débutée sous Lénine et concrétisée avec Staline 162 Dès le début de la formation du pouvoir, le gouvernement nord coréen a voulu amplifier le droit de contrôle sur le corps social. Par ailleurs, le contrôle du corps social s est concrétisé en fonction de l augmentation de la demande de main d œuvre en bonne santé à cause des pertes humaines pendant la guerre de Corée et de la politique d industrialisation. Ceci a été révélé par la politique de régulation de la population et de son mode de vie, l apprentissage de l hygiène, de même que les travaux sur l hygiène et le contrôle des pathologies. 163 La santé publique et les soins médicaux en Corée du Nord durant la guerre de Corée 164 Pendant la guerre de Corée qui a duré du 25 juin 1950 au 27 juillet 1953, le système des soins médicaux et de la santé publique, de même que d autres domaines, s est réorganisé d abord au service de l armée nord-coréenne. La Corée du Nord a réorganisé le système des soins médicaux et de la santé publique dès le début des hostilités mais les particularités et l orientation de base sont clairement exprimées dans le discours prononcé par KIM Il Sung le 30 novembre 1951 devant les dirigeants de la section des soins médicaux et de la santé publique. Une tâche encore plus difficile et importante s annonce pour vous (personnel de la santé publique). La tâche fondamentale que vous devrez accomplir pour la victoire finale (de la guerre) et pour le bonheur et la prospérité des générations futures est de protéger 162 PARK Young-Ja, «La biopolitique de la Corée du Nord», in Recherches sur la Corée du Nord contemporaine [Hyeondaebukhannyeongu], vol. 7, n 3, 2005, p Ibid., p L état du service médical et sanitaire pendant la période de construction du socialisme en Corée du Nord dans les années

138 solidement tout ce qui peut déterminer la postérité, en sauvant la vie de nos courageux soldats et officiers de l armée du peuple et en surveillant méticuleusement leur état de santé. 165 Dans ce discours, KIM Il Sung livre une évaluation objective en soulignant en particulier les thèmes suivant : la tâche fondamentale du personnel de santé, les problèmes majeurs de la santé publique, la mise en place des mesures de prévention contre les maladies infectieuses et le renforcement des campagnes de prévention sanitaire contre les épidémies en temps de guerre, la construction d un environnement de vie salubre et les traitements médicaux, la restauration des installations de prévention, la protection de la santé des enfants et des mères, l amélioration de la formation des travailleurs de la santé et de leur niveau de compétence, ainsi que le renforcement de l engagement idéologique et politique des professionnels de santé. La tâche fondamentale de la santé publique en Corée du Nord pendant la période de guerre, comme le souligne KIM Il Sung, était de contribuer à la victoire et à la prospérité de l après-guerre, en protégeant minutieusement la santé et la vie des soldats et des travailleurs à l arrière. C est à ce moment que le biopouvoir au sens foucaldien devient un thanatopouvoir. C est à ce moment que le pouvoir de surveiller la santé et la vie des individus acquiert la capacité d entretenir et d influencer la force du combat. Le fait de mettre l accent sur la santé et la vie des travailleurs à l arrière, de même que pour les soldats, tient à la caractéristique de la guerre moderne qui ne distingue pas le front et l arrière. Autrement dit, il fallait garantir la santé des travailleurs à l arrière pour assurer sans problèmes la sécurité matérielle permettant de continuer la guerre, mais c était également un moyen pour rassurer l opinion publique qui peut être troublée en temps de guerre et entretenir la fidélité du peuple pour le parti et la patrie. La mise en place de la gratuité des soins médicaux pour les victimes dès le début de la guerre en juillet 1950 et le fait d avoir imposé la gratuité des traitements globalement à toute la population à partir de 165 KIM Il Sung, Œuvres complètes, T6, p

139 1953 ont été réalisés dans le même esprit. 166 Par ailleurs, les soins médicaux et l évacuation des soldats blessés au front se sont révélés être des problèmes importants. De plus, la mobilisation non seulement de l armée et du personnel de santé mais aussi de la population, faisait partie des directives des autorités nord coréennes qui voulait régler ce problème en recourant à la «ligne de masse» élaborée par Mao Zedong. Suivant celle-ci, la mobilisation générale des travailleurs à l arrière concernait aussi les femmes, les personnes âgées et les enfants qui devaient participer à l effort de guerre, comme le montre l organisation du «système des enfants-civières (enfants-ramasseurs)» où les enfants étaient chargés de transporter les blessés sur de longues distances jusqu aux hôpitaux à l arrière. Ces structures étaient organisées en unités Shi, Gun et Li ; l unité Li qui se trouvait en bas de l échelle s organisait en peloton, escouade ou encore en bunjo, telle une organisation militaire. En réalité, il s agissait d un «système de rassemblement des forces». Les membres de cette escouade de ramassage fabriquaient des «nacelles en fer» en hiver qu ils utilisaient pour transporter les blessés un par un ; dans certains cas, ils transportaient plusieurs personnes en même temps sur un «chariot de ramassage» qu ils tiraient. D autre part, des postes de secours installés dans la zone de combat pouvaient recevoir les blessés pour les premiers soins avant leur évacuation vers les hôpitaux. De plus, les autorités nord coréennes se sont grandement intéressées aux épidémies dès le début des hostilités. Ceci résultait des expériences historiques qui avaient montré que, dans la plupart des guerres, le nombre de victimes dues aux épidémies suivant la guerre est beaucoup plus élevé que le nombre de morts liés au combat. Surtout dans des conditions comme celles de la Corée du Nord où les ressources matérielles et humaines sont pauvres, le 166 PARK Young-Ja, «La bio-politique de la Corée du Nord», in Recherches sur la Corée du Nord contemporaine, vol. 7, n 3, 2005, p

140 biopouvoir devait se soucier des dégâts dévastateurs que provoquerait une pandémie. Les comités de prévention à divers niveaux, sous la direction du Comité national de prévention d urgence, ont installé des services sanitaires et des bureaux d inspection sanitaire en tous lieux, ils ont appliqué rigoureusement les mesures d hygiène et renforcé les contrôles légaux des militaires bien sûr, de la population civile et jusqu aux véhicules civils. Ils ont établi un système de notification et d information et un système de consultation, afin d exercer un contrôle absolu des malades contagieux et des personnes en contact et ont pris des dispositions de mise en quarantaine. 167 Ceci nous montre que les mesures de prévention contre les épidémies étaient en même temps des mesures de contrôle de la population en situation de guerre. Les mesures de prévention ne s arrêtaient pas là. Les autorités nord coréennes considéraient qu il était plus important de faire participer largement la population aux campagnes de prévention sanitaire. Cela allait de soi, compte tenu des caractéristiques du régime nord coréen qui s appuie sur la «ligne de masse». Du reste, il s agissait également de renforcer et de vérifier cette orientation à l occasion de ces campagnes. 168 Conséquemment, en engageant une large campagne de vulgarisation de l éducation sanitaire, les autorités nord coréennes ont développé une campagne de prévention sanitaire grâce à un mouvement de masse. De plus, les informations provenant des journaux et des magazines ont été largement utilisées comme moyen de propagande. Sur les ondes aussi, une propagande au sujet de l hygiène a été diffusée régulièrement. 167 Park Young-ja (2005), p Ibid., p

141 Qui plus est, des expositions sur l hygiène ont été organisées dans le théâtre Morabong à Pyongyang, dans les maisons de la culture en province et dans certaines régions, la propagande concernant l hygiène a été menée grâce à la constitution de «chorales» et de «troupes de théâtre». La Corée du Nord, en faisant une propagande massive nationale et internationale au sujet de la guerre bactériologique de l armée américaine, a obtenu des résultats considérables concernant la mobilisation de la population dans les campagnes de prévention sanitaire ce qui a eu un impact important sur la cohésion interne. 169 Dans ces conditions, la direction nord coréenne, après avoir discuté et examiné le pour et le contre, a mis en place le système de gratuité des soins en janvier La zone de responsabilité du médecin 170 Il s agit là d un système de gestion de la santé des plus efficaces qui correspond aux conditions inhérentes à la médecine préventive et d une politique de santé publique qui permet de garantir au quotidien la santé du peuple avec une assistance systématique sous la responsabilisé du médecin en charge. Le système des zones pour les médecins est un système de gestion de la santé où les médecins ont sous leur responsabilité un nombre de personnes qu ils ont eux-mêmes préalablement défini. Cette organisation est établie en fonction des exigences particulières de la société socialiste qui requiert une assistance totale de l Etat et du parti de la classe des travailleurs en faveur de la vie et de la santé du peuple et qui de fait le surveille systématiquement. Ce système est devenu une garantie importante pour augmenter 169 Ibid., p Jeon Woo Taek, Réunification des hommes, réunification des terres, ed. Université Yonsei, 2007, pp

142 les moyens mis au service de la conservation de la santé et de la prévention des maladies de toute la population. A l heure actuelle, en Corée du Nord, le système de zone de responsabilité des médecins se fonde sur des prises en charge locales par les médecins. De plus, le système de prise en charge des employés a été renforcé sous une forme plus organisée et adaptée à la situation actuelle. Avec le système de responsabilité des médecins du travail, le niveau de gestion de la santé des travailleurs s est amélioré. Les médecins en charge des familles ont pour mission de base d élever davantage le niveau de gestion de la santé des ménages dont ils ont la responsabilité et de comprendre leur situation réelle. Ils doivent également s adonner à la diffusion des règles d hygiène et à la prévention des épidémies et de l insalubrité. Ils exécutent leur travail et leur responsabilité en tant qu avant poste montrant la capacité du Parti à mettre en place une médecine préventive en gérant de façon organisée et planifiée la santé des malades chroniques, les visites à domicile, les consultations externes ou encore les traitements thérapeutiques des ménages dont ils ont la charge, les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées, etc Dispositifs de sécurité D après Foucault, la prise de conscience de l importance d une santé (hygiène) publique s est faite au XVIIIe siècle et a permis le fonctionnement de la médecine comme une instance de contrôle social. Cette hygiène, comme régime de santé des populations implique de la part de la médecine un certain nombre d interventions autoritaires et de prises de contrôle. Et d abord sur l espace urbain en général car c est lui qui constitue le milieu peut-être le plus dangereux pour la population. L emplacement des différents quartiers, leur humidité, leur exposition, 142

143 l aération de la ville toute entière, son système d égouts et d évacuation des eaux usées, l emplacement des cimetières et des abattoirs, la densité de la population, tout cela constitue des facteurs jouant un rôle décisif sur la mortalité et la morbidité des habitants. La ville avec ses principales variables spatiales apparaît comme un objet à médicaliser. 171 Foucault explique les dispositifs de sécurité à partir de cas particuliers. Il prend à titre d exemple l exclusion des lépreux jusqu à la fin du Moyen Âge. Il s agit d «une exclusion qui se faisait essentiellement, bien qu il y ait eu d autres aspects aussi, par un ensemble là encore juridique de lois, de règlements, ensemble religieux aussi de rituels, qui amenaient en tout cas un partage, et un partage de type binaire entre ceux qui étaient lépreux et ceux qui ne l étaient pas. Deuxième exemple : celui de la peste [ ] Les règlements de peste, tels qu on les voit formulés à la fin du Moyen Âge, au 16 e et encore au 17 e siècle, donnent une tout autre impression, ils agissent tout autrement, ils ont une tout autre fin et surtout de tout autres instruments. Il s agit dans ces règlements de peste de quadriller littéralement les régions, les villes à l intérieur desquelles il y a la peste, avec réglementation indiquant aux gens quand ils peuvent sortir, comment, à quelles heures, ce qu ils doivent faire chez eux, quel type d alimentation ils doivent avoir, leur interdisant tel et tel type de contact, les obligeant à se présenter à des inspecteurs, à ouvrir leur maison aux inspecteurs. On peut dire qu on a là un système qui est de type disciplinaire. Troisième exemple : la variole». «Le problème se pose tout autrement, non pas tellement d imposer une discipline, bien que la discipline soit appelée à la rescousse, mais le problème fondamental, ça va être de savoir combien de gens sont attaqués par la variole, à quel âge, avec quels effets, quelle mortalité, quelles lésions ou quelles séquelles, quels risques on prend à se faire vacciner, quelle est la probabilité selon laquelle un individu risquera de mourir ou d être atteint de variole malgré l inoculation, quels sont les effets statistiques sur la population en général, bref tout un problème qui n est plus celui de l exclusion comme dans la lèpre, qui n est plus celui de la quarantaine comme dans la peste, qui va être le problème des épidémies et des campagnes 171 FOUCAULT Michel, Power/Knowledge, New York, éd. Colin Gordon, 1980.p

144 médicales par lesquelles on essaie de juguler les phénomènes soit épidémiques, soit endémiques 172.» Or Foucault dit qu il y a quelques traits généraux de ces dispositifs de sécurité, qui se manifestent dans l espace de sécurité, le traitement de l aléatoire, la forme de normalisation et la population. Tout d abord, nous nous attarderons sur l espace de sécurité expliqué par Foucault pour mieux examiner ensuite le cas de la Corée du Nord L espace Foucault explique les problèmes de l espace à partir du cas des villes du 18 e siècle. «Tout ceci a suscité au 17 e -18 e siècle toute une masse de problèmes liés au développement des Etats administratifs pour lesquels la spécificité juridique de la ville posait un problème difficile à résoudre. (Deuxièmement [ ] [L]a croissance du commerce, puis au 18 e siècle de la démographie urbaine posait le problème de son resserrement et de son enfermement à l intérieur des murs. Le développement aussi de techniques militaires posait ce même problème. Et enfin, la nécessité d échanges économiques permanents entre la ville et son entourage immédiat pour la subsistance, son entourage lointain pour ses relations commerciales, tout ceci [faisait que] l enfermement de la ville, son enclavement, [posait également] un problème. Et en gros ce dont il s est agi, c est bien de ce désenclavement spatial, juridique, administratif, économique de la ville, c est de ça qu il s est agi au 18 e siècle. Replacer la ville dans un espace de circulation» 172 Michel Foucault, Sécurité, Territoire, Population. Cours au Collège de France, , op. cit., p

145 «Il s agissait d organiser la circulation, d éliminer ce qui en était dangereux, de faire le partage entre la bonne et la mauvaise circulation, de maximaliser la bonne circulation en diminuant la mauvaise. Il s agissait donc également d aménager les accès à l extérieur, essentiellement pour ce qui est de la consommation de la ville et de son commerce avec le monde extérieur» 173. Or Foucault dit que, «alors que la souveraineté capitalise un territoire, posant le problème majeur du siège du gouvernement, alors que la discipline architecture un espace et se pose comme problème essentiel une distribution hiérarchique et fonctionnelle des éléments, la sécurité va essayer d aménager un milieu en fonction d événements ou de séries d événements ou d éléments possibles, séries qu il va falloir régulariser dans un cadre multivalent et transformable 174» Les villes nord-coréennes Le problème de l urbanisme en Corée du Nord L urbanisation socialiste, qui s appuie sur l idéologie socialiste pour créer une société au service de la classe ouvrière, a pour premier objectif de construire une ville pour les travailleurs. Par conséquent, l aménagement des espaces urbains se fonde sur «le principe de rapprochement des zones de résidence et d emploi» qui consiste à écourter la distance parcourue entre les zones d aménagement telles que les zones résidentielles ou les lieux de travail (usines, bureaux, etc.). Cela provient de la volonté de dépasser la réalité des villes capitalistes qui empêchent la classe ouvrière de mener une vie décente et confortable à cause d un aménagement fonctionnel de l espace conçu dans le but de renforcer la domination des classes en promouvant la rentabilité et l efficacité. De plus, toute distinction des habitations par zone ou par classe permettant une différenciation des classes sociales est supprimée de façon à ce que toute la population puisse disposer d une habitation appropriée le plus 173 Michel Foucault, Sécurité, Territoire, Population. Cours au Collège de France, , op. cit., p Ibid,p22 145

146 équitablement possible. Par ailleurs, pour limiter une croissance disproportionnée entre les villes et les campagnes, puis entre les grandes agglomérations et les villes moyennes, seuls les travaux de développement et de mise en valeur de villes moyennes de dimension appropriée sont privilégiés. Ensuite, le système socialiste étant géré selon les directives de l Etat et non par les lois du marché, l urbanisation encouragée sera également soumises aux directives d utilisation et de développement de l Etat. Pour cela, il faut tout d abord nationaliser les fondements de la ville, à savoir les terrains, les habitations et autres installations de base, en les considérant comme des biens publics. 175 Puis, en effectuant rigoureusement un zonage selon l utilisation des sols dans le cadre des installations urbaines de base nationalisées et en bloquant au préalable toute occupation mixte des sols, l efficacité d utilisation des terrains est renforcée et un environnement résidentiel confortable pour la classe ouvrière est garanti. D autre part, une ville socialiste présente des différences avec une ville capitaliste. D abord, cette dernière privilégie un aménagement concentrique de l espace afin de rentabiliser au maximum son efficacité, tandis que la première présente un aménagement linéaire de toute sorte de fonctions et installations afin d optimiser les conditions de vie de la classe ouvrière. Deuxièmement, à la différence de l aménagement de l espace urbain fondé sur la notion de «main invisible», régi par les lois du marché de l économie libérale dans les villes capitalistes, les villes socialistes défendent le système d urbanisme de «la main visible» où l Etat contrôle complètement l exploitation, le développement et l utilisation des espaces urbains. Par conséquent, les dispositifs institutionnels pour contrôler le développement des grandes agglomérations qui ont une expansion urbaine sans distinction et pour maitriser la situation où les zones d habitation se trouvent excessivement éloignées des lieux de travail sont examinés sous tous les angles. La politique de développement des villes moyennes de 175 Ouvrage collectif, La formation et le développement des villes nord-coréennes [Bukhandosiui Hyeongseonggwa Baljeon] (Etudes réunies et présentées par CHOI Wan-Kyu), Séoul, éd. Han Ul Academy, 2004, p

147 dimension appropriée ou encore le principe de rapprochement des zones d habitation et des lieux de travail en sont des exemples représentatifs. 176 Cependant la mise en pratique de ces méthodes et principes d urbanisme socialistes a connu différentes flexions. La société nord coréenne en a également fait l expérience. Juste après la libération, la plus grande tâche de l urbanisation en Corée du Nord était de se débarrasser des vestiges de la colonisation, mais à cause des difficultés économiques et des troubles sociaux, il a fallu se contenter d une liquidation d ordre symbolique en détruisant les sanctuaires et les temples. La guerre de Corée n a pas seulement démoli par elle même le paysage physique construit par les colons japonais, mais elle a également fourni les conditions pour construire une ville à neuf sur une page quasi vierge. En particulier, l entreprise d aide à la reconstruction d après-guerre soutenue par les pays soviétiques d Europe de l est a été une bonne occasion pour étudier l urbanisation socialiste. Par conséquent, on dit que, pour la Corée du Nord, la guerre de Corée a permis de connaitre des conditions permettant d expérimenter l urbanisation socialiste sous tous ses aspects. 177 Ainsi, dans les années , le plan d urbanisme était établi sous une forme linéaire et les installations administratives et les places publiques étaient regroupées dans le centre-ville ; de plus, les quartiers résidentiels étaient aménagés selon le «système des zones d habitation» et des appartements étaient construits en préfabriqué de façon à établir les bases spatiales de la vie communautaire. Cependant, la réalité de la situation d affrontement militaire entre les deux Corées a entraîné une accélération de l aide à la reconstruction d après-guerre et cela a opéré comme un obstacle pour réaliser l idéal urbain socialiste ; c est pourquoi, il est difficile d affirmer que la construction urbaine socialiste s est faite de façon active. 178 Surtout, après l installation définitive de l idéologie du Juché à la suite des conflits 176 Ibid., p Ibid., p Ibid., p

148 politiques et des débats idéologiques dans les années 1970, la couleur socialiste des projets d urbanisme a été plus claire et après une réinterprétation, ces projets ont été changés en projets d urbanisme Juchéen. Le projet d urbanisme Juchéen encourage la construction d un «espace urbain symbolique» visant à exprimer spatialement l idéologie du Juché et la supériorité du système et qui se base sur les principes d urbanisme établis par le Parti et le Dirigeant selon la stratégie de «détermination et concentration», de façon à utiliser efficacement les ressources limitées et des principes d urbanisme fondés sur leur capacité nationale et internationale à se développer. Cependant, si d un certain côté, l urbanisation Juchéenne a encouragé l urbanisme en excluant les prévisions du plan et en se fondant sur des directives quelque peu improvisées, en s attachant à une construction présentant des capacités de promotion et de représentation, elle a montré des aspects qui s éloignent de plus en plus du projet d urbanisme socialiste, notamment en négligeant l approvisionnement des installations urbaines de base nécessaires à la vie quotidienne de la classe ouvrière. Dans un tel processus, la taille des grandes villes de province a augmenté et, autour des années 1980, le mouvement visant à construire des villes nouvelles et de nouveaux quartiers était très actif. Les projets de développement dans les provinces de Namshin et de Namcheong en sont un exemple représentatif. Leur développement a débuté dans le but de résoudre les problèmes urbains tels que la pénurie de logements et aussi pour réduire la concentration dans les grandes agglomérations, mais cela a fait non seulement apparaître des villes parasites et des villes consommatrices perdant leur autonomie, dépendantes de villesmères, mais aussi cette situation a poussé les habitants à quitter les nouveaux quartiers qui ne leur offraient pas des conditions de vie correctes. 179 Quand on parle des villes et des monuments en Corée du Nord, on se limite souvent à la ville de Pyongyang. Car le secteur du Bâtiment et des Travaux publics y est particulièrement actif. Contrairement aux usines sud-coréennes, qui sont situées plutôt dans des villes de province ou des zones périphériques éloignées des centres villes, les usines nord-coréennes sont 179 Ibid., p

149 construites près des logements. Il est à remarquer que les structures de distribution, qui ont pour rôle de relier la production collective des produits de consommation courante et la consommation collective de ces produits, sont aussi situées à proximité des quartiers résidentiels afin d améliorer les conditions de vie et de travail de la classe ouvrière nordcoréenne. Les projets d aménagement urbain et de redistribution des biens communs au niveau communal font partie des idées fondamentales du socialisme, dans la mesure où les terrains constructibles et les ressources financières et naturelles des villes sont des biens communs appartenant à l Etat. L aménagement urbain ou la construction des logements sociaux en Corée du Nord sont considérés comme l une des actions importantes pour le développement d un Etat socialiste. L enseignement du socialisme est au cœur des projets d aménagement de ville ou de quartier : il faut qu il y ait au cœur de la ville une place près de laquelle se situe un centre dédié à KIM Il-Sung. Les villes nord-coréennes sont aménagées autour de ce centre. Les aménagements urbains de ce genre sont de plus en plus codifiés à partir de l année Ainsi, on voit bien les mécanismes de régulation, qui se manifestent dans les aménagements urbains en fonction d éléments hiérarchiques et fonctionnels. Un discours de KIM Il-Sung nous renseigne sur le fait qu il a également pris en compte les problèmes de circulation et d environnement pour les projets urbains. Le 21 janvier 1951, il a tenu un discours officiel en présence d architectes urbanistes : «L'aspiration maximale au confort du peuple dans le quotidien, la protection et l'amélioration de sa santé doivent être les bases de la construction de la ville. 149

150 Par le passé, nos villes n'ont pas pu se civiliser à cause de la politique colonialiste de l'impérialisme japonais et ont été construites pour répondre à l'objectif égoïste d'une classe sociale privilégiée et restreinte. Nous devons définitivement abandonner la méthode dépassée et dégénérée de construction urbaine du temps de l'impérialisme japonais. Pour le confort de nos citoyens, il faut bien agencer les éléments dans la ville, à savoir les habitations, les services de confort, les lieux culturels, les bâtiments publics et les voieries et prévoir beaucoup d'espaces verts. Tout particulièrement, pour les lieux de vie et de travail de nos travailleurs, il faut prévoir de bonnes conditions par rapport à la luminosité, l'aération et le chauffage. Si possible, il faut éviter de construire tout ce qui peut nuire à la santé publique dans une ville. Dans le cas où cela ne serait pas possible, il faut prévoir avec minutie des solutions de rechange pour préserver la santé de nos citoyens 180.» Le problème de l événement, celui de la disette «La disette, qui n est pas exactement la famine, [ ] c est l insuffisance actuelle de la quantité de grains nécessaire pour faire subsister une nation» 181. «La disette, c est la malchance à l état pur, puisque précisément son facteur le plus immédiat, le plus apparent, c est l intempérie, la sécheresse, le gel, le trop d humidité, en tout cas ce sur quoi on n a pas prise 182». «La disette apparaît comme l une des formes fondamentales de la mauvaise fortune pour un peuple et pour un souverain 183». 180 Kim Il Sung 181 Michel Foucault, Sécurité, Territoire, Population. Cours au Collège de France, , op.cit., 2004, p Ibid., p

151 «L autre matrice philosophique et morale qui permet de penser la disette, c est la mauvaise nature de l homme [ ] la mauvaise nature de l homme va influer sur la disette, en apparaître comme un des principes dans la mesure où l avidité des hommes leur besoin de gagner, leur désir de gagner encore plus, leur égoïsme va provoquer tous ces phénomènes de stockage, accaparement, rétention de la marchandise qui vont accentuer le phénomène de la disette. Le concept juridico-moral de la mauvaise nature humaine, de la nature déchue, le concept cosmologico-politique de la mauvaise fortune sont les deux cadres généraux à l intérieur desquels on pense la disette 184». Or dans la société française du 17 e et 18 e siècle, on a établi contre la disette et depuis longtemps «tout un système de légalité et un système de règlements qui est essentiellement destiné à empêcher la disette, c est-à-dire, non pas simplement à l arrêter quand elle se produit, non pas simplement à la déraciner, mais littéralement à la prévenir : qu elle ne puisse pas avoir lieu du tout 185». «Et tout ce système juridique et disciplinaire de limitations, de contraintes, de surveillance permanente, tout ce système est organisé pour quoi? L objectif, c est bien entendu que les grains soient vendus au plus bas prix possible, que les paysans par conséquent fassent le plus petit profit possible et que les gens des villes puissent ainsi se nourrir au plus bas prix possible, ce qui va avoir pour conséquence que les salaires qu on aura à leur donner seront eux aussi les plus bas possible» (Michel Foucault, Sécurité, Territoire, Population. Cours au Collège de France, , op.cit., 2004, p. 34) 183 Ibid., p Michel Foucault, Sécurité, Territoire, Population. Cours au Collège de France, , op.cit., 2004, p Ibid., p

152 Or, la liberté de circulation et de commerce des grains s est installée comme un principe de base dans la gestion de l économie. En effet, cette solution libérale s est imposée dans une période où les mécanismes de sécurité se transforment en une technologie du pouvoir. Pour les physiocrates, la rareté et la cherté ne sont pas du tout perçues négativement. Les gens ne souffraient plus de la disette. Ils avaient affaire à un évènement qui intervenait dans la circulation des grains. C est la réalité du grain beaucoup plus que la hantise de la disette qui va être l événement sur lequel on va essayer d avoir prise. C est sur cette réalité du grain, dans toute son histoire et avec toutes les oscillations et événements qui peuvent en quelque sorte faire basculer ou bouger son histoire par rapport à une ligne idéale, c est sur cette réalité qu on va essayer de greffer un dispositif tel que les oscillations de l abondance et du bon marché, de la rareté et de la cherté vont se trouver non pas empêchées par avance, non pas interdites par un système juridique et disciplinaire qui, en empêchant ceci, en contraignant à cela, doit éviter que ça se passe. Ce que Abeille et les physiocrates et les théoriciens de l économie au 18 e siècle ont essayé d obtenir, c est un dispositif qui, se branchant sur la réalité même de ces oscillations, va faire en sorte, par une série de mises en relation avec d autres éléments de réalité, sans être empêché, se trouve petit à petit compensé, freiné, finalement limité et, au dernier degré, annulé. 39 En d autres termes, les physiocrates du 18 e siècle ont essayé de mettre en œuvre un dispositif permettant de supprimer la disette. Ce qu on appelle un dispositif de sécurité La famine en Corée du Nord Les résultats des études agronomiques et économiques sur la disette en Corée du Nord arrivent pratiquement à la même conclusion. Bien que les mauvaises conditions climatiques aient pesé gravement sur les mauvaises récoltes, elles ne sont pas totalement 152

153 responsables de la situation. Si le système d irrigation palliant les problèmes dus aux catastrophes naturelles avait fonctionné correctement, les dommages auraient été réduits. Mais au contraire, le système des collectivités agricoles (qui modère la motivation) et le manque d engrais, de matériels et de machines agricoles sont devenus la plus grande raison de cette catastrophe. La vétusté de l industrie agricole inhérente à l échec de l économie nord-coréenne, en entrainant la diminution quantitative et qualitative des semences, des engrais, des pesticides et des machines et matériels agricoles, a aggravé les circonstances. De plus, la politique des coopératives agricoles est aussi un des facteurs ayant contribué à détériorer la situation puisqu en dépréciant l ardeur au travail personnel, elle a ralenti la productivité et ainsi on peut dire qu elle a été le facteur le plus important ayant déclenché la disette dans le pays. Néanmoins, les autorités nord coréennes n ont pas pris de mesures pour mettre en place des réforme rationnelles afin d augmenter la productivité et ont perdu la capacité à résoudre intrinsèquement la situation de disette aggravée par la crise économique. Corée du Nord. Là, on peut se demander s il est question de famine ou de disette dans le cas de la En citant Abeille, Foucault dit qu il n existe plus de disette due à des catastrophes naturelles. «Il ne va plus y avoir de disette comme fléau, il ne va plus y avoir ce phénomène de rareté, de faim massive, individuelle et collective qui marche absolument du même pas sans discontinuité en quelque sorte chez les individus et dans la population en général. Là [ ] plus de disette au niveau de la population. [ ] Cela veut dire qu on obtient ce freinage de la disette par un certain «laisser faire», un certain «laisser passer», un certain «aller», au sens de «laisser les choses aller». Il va se faire qu on va laisser monter les prix là où ils ont tendance à monter. On va laisser se créer et se développer ce phénomène de cherté-rareté sur tel ou tel marché, dans toute une série de marchés et c est cela, cette réalité même à laquelle 153

154 on a donné liberté de se développer, c est ce phénomène-là qui va entraîner justement son autofreinage et son autorégulation» 186. Tous les pays socialistes n ont pas souffert de la pénurie alimentaire. Mais la Corée du Nord a connu une crise alimentaire sévère, bien qu il n y ait pas de place pour un laisseraller ou un laisser-passer. On peut penser que cette crise alimentaire est due à l inondation qui a causé de gros dégâts dans le pays. En somme, les causes d une disette sont purement la conséquence d une situation malchanceuse. En effet, les facteurs les plus directs et explicites de cette situation malchanceuse sont les inondations, les sécheresses, le froid ou encore le trop d humidité, et ne peuvent être de toute manière déterminés par l Homme. Mais une disette n est pas seulement une preuve irréfutable de la faiblesse des hommes. Il s agit non seulement d une méthode d approcher philosophiquement la malchance politique depuis l Antiquité à Machiavel et aussi jusqu à Napoléon, mais c est aussi d une notion cosmologique tout en restant politique et éthique La normalisation Nous allons examiner la normalisation, un des traits des dispositifs de sécurité en rapport avec les mécanismes de régulation. Selon Foucault tout d abord «ce qui est fondamental et premier dans la normalisation disciplinaire, ce n est pas le normal et l anormal, c est la norme. [ ] Ce caractère premier de la norme par rapport au normal, le fait que la normalisation disciplinaire aille de la norme au partage final du normal et de l anormal, c est à cause de cela, [ ] à propos de ce qui se passe dans les techniques disciplinaires, qu il s agit d une normation plus que d une normalisation» Michel Foucault, Sécurité, Territoire, Population. Cours au Collège de France, , op.cit., 2004, p Michel Foucault, Sécurité, Territoire, Population. Cours au Collège de France, , op.cit., 2004, p

155 Une série de dispositifs que Foucault appelle «dispositifs de sécurité» peuvent être examinés par rapport à la normalisation. Les systèmes de régulation qui s appliquent dans le cas d une maladie endémique comme la lèpre ont pour objectif de traiter la maladie en question et d éviter sa contagion tout en isolant les malades contagieux des non malades. Au contraire, le dispositif, «qui apparaît avec variolisation-vaccination va consister à quoi? Non pas du tout à faire ce partage entre malades et non malades. Ç a va consister à prendre en considération l ensemble sans discontinuité, sans rupture, des malades et non malades, c est-à-dire en somme la population, et à voir dans cette population quel est le coefficient de morbidité probable, ou de mortalité probable, c est-à-dire ce qui est normalement attendu, en fait d atteinte par la maladie, en fait de mort liée à la maladie dans cette population» 188. «La seconde chose, c est que par rapport à cette morbidité ou à cette mortalité dite normale, considérée comme normale, on va essayer d arriver à une analyse plus fine qui permettra de déboîter en quelque sorte les différentes normalités les unes par rapport aux autres» 189. «Dans les disciplines, on partait d une norme et c est par rapport à ce dressage effectué par la norme que l on pouvait ensuite distinguer le normal de l anormal. Là, au contraire, on va avoir un repérage du normal et de l anormal, [ ] on va avoir un repérage des différentes courbes de normalité, et l opération de normalisation va consister à faire jouer les unes par rapport aux autres ces différentes distributions de normalité et [à] faire en sorte que les plus défavorables soient ramenées à celles qui sont les plus favorables. On a donc là quelque 188 Ibid., p Ibid., p

156 chose qui part du normal et qui se sert de certaines distributions considérées, [ ] comme plus normales que les autres, plus favorables en tout cas que les autres. Ce sont ces distributions-là qui vont servir de norme. La norme est un jeu à l intérieur des normalités différentielles. C est le normal qui est premier et c est la norme qui s en déduit, ou c est à partir de cette étude des normalités que la norme se fixe et joue son rôle opératoire. Donc, [Foucault dit] là qu il ne s agit plus d une normation, mais plutôt, au sens strict enfin d une normalisation 190» La médecine préventive nord-coréenne «La base de la médecine socialiste est de privilégier la prévention, autrement dit, il s agit de prendre les mesures nécessaires à l avance de façon à ce que les travailleurs ne soient pas malades» (Kim Il Sung, Les Œuvres complètes, Tome 37, p.385.). Les Coréens du nord soulignent que, à la différence des sociétés capitalistes qui considèrent l argent avant l homme et la médecine comme un moyen de gagner de l argent, dans les sociétés socialistes qui considèrent l homme comme le sujet le plus précieux, le peuple est propriétaire de tout et tout est à son service et le rôle de la médecine est fondamentalement de prévenir les maladies qui pourraient affecter le peuple. En Corée du Nord, les directives en ce qui concerne la médecine préventive se basent sur l analyse scientifique concernant l importance et l avantage de la prévention par rapport aux traitements a posteriori. Les exigences de base de l idéologie du Juché qui considère l homme comme son sujet le plus précieux, qui met tout à son service et met en avant la prévention afin de préserver fermement la santé publique de la société socialiste, deviennent un principe. 190 Michel Foucault, Sécurité, Territoire, Population. Cours au Collège de France, , op.cit., 2004, p

157 De plus, d après KIM Il Sung, dans une société socialiste, le problème de la prévention des maladies ne relève pas simplement de la technique médicale mais il permet aussi à la société de se débarrasser de façon permanente des maladies afin qu elle puisse remplir de son mieux son rôle de direction de la révolution, de construction et qu elle puisse développer rapidement la capacité de production du pays. L environnement a donc été aménagé de façon à ce qu il soit favorable à la santé de la population. Cette idéologie originale devient par là un problème de politique sociale. Les directives prises par le Parti prennent en compte l éducation aux règles d hygiène, les mesures sanitaires contre les épidémies, les mesures contre la pollution, le système des zones de responsabilité des médecins. Cependant, la médecine préventive nord-coréenne ne relève pas des «dispositifs de sécurité» dont parle Foucault. Elle est plutôt proche de ce qu il appelle le «système de régulation». Les exemples cités ci-dessous sont des exemples de médecine préventive tirés d un magazine nord coréen intitulé «médecine préventive» «L épidémie de grippe C était au début de l année Les dépêches des différents pays transmettaient quotidiennement l annonce de nouveaux sinistres concernant les ravages dus à l épidémie de grippe infectieuse sur tous les continents qui connurent un taux de mortalité sans précédent. A l époque, rien qu au Japon proche de notre pays [la Corée du Nord], la grippe infectieuse se propageait rapidement, si bien que dans certaines régions il fallut fermer les écoles et le nombre de morts dus à cette épidémie ne cessait d augmenter. 157

158 A ce moment, notre général respecté a organisé le combat préventif contre les épidémies de façon à empêcher la grippe infectieuse d entrer dans le pays. Notre général respecté a d une part sollicité le ministère des affaires étrangères et l agence de presse centrale pour qu ils déterminent le parcours de la grippe infectieuse qui se propage dans les autres pays et pour qu ils le notifient au ministre de la santé publique ; mais il a également organisé des assemblées générales de fonctionnaires et adopté des mesures d urgence pour mettre en place un système de directives de prévention sanitaire d urgence national afin de se protéger de l épidémie de grippe infectieuse. Puis, une campagne de prévention sans faille a été menée. Ainsi, des dispositifs d urgence de production de médicaments contre la grippe tels que les remèdes contre l écoulement nasal ont été mis en place et dans toutes les écoles primaires et secondaires, les élèves devaient se rincer les dents avec de l eau salée au minimum trois fois par jour. De plus, les personnes étrangères arrivant dans notre pays provenant de la zone à risque de contamination de la grippe infectieuse comme le Japon étaient totalement contrôlées et mises en quarantaine ; et les personnes soupçonnées d être malades ou ayant de la fièvre étaient placées séparément dans une cellule d isolement dans les hôtels pour étrangers et devaient subir des examens médicaux. Ces mesures étaient adoptées pour pouvoir contrer à l avance cette épidémie de grippe. C est la raison pour laquelle, l épidémie de grippe infectieuse qui tua beaucoup de personnes en se répandant dans de nombreux pays n a même pas pu montrer le bout de son nez dans notre pays [en Corée du Nord].» «Le SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère) En 2002, alors que l épidémie de SRAS se répandait internationalement, les spécialistes concluant que cette épidémique ne s était pas encore introduite dans notre territoire [en Corée du Nord] ont pris des mesures afin de mettre en quarantaine à leur domicile toutes les personnes ayant voyagé à l étranger. 158

159 A ce moment, notre général respecté [KIM Jong Il], bien que nous n ayons pas encore repéré de malade ayant le SRAS dans notre pays, a déclaré qu il fallait prendre des mesures radicales pour empêcher à l avance l épidémie de progresser, notamment en isolant pendant 10 jours les personnes ayant effectué des voyages à l étranger dans les hôtels situés aux points de passages routiers, près des ports ou encore des aéroports. A cette époque, les causes de la maladie n étaient pas connues et il n y avait pas non plus de traitement spécifique. Dans ces conditions, il n était pas possible d empêcher totalement l épidémie par le simple fait d isoler les personnes ayant séjourné dans les pays des zones d apparition du SRAS ou d autres épidémies à leur domicile. En suivant les conseils éclairés de notre général respecté, nous avons pu totalement empêcher l épidémie de SRAS en isolant les personnes à risque dans un lieu déterminé et en mettant en application des mesures adaptées aux symptômes apparents observés. Notre général respecté considérait que l entreprise consistant à arrêter l épidémie du SRAS, le travail des employés de la Santé publique, ne suffirait pas, c est pourquoi il fut décidé que le département de la direction centrale incluant les hauts responsables du gouvernement et du Parti conduise les opérations en instaurant des mesures et en nous guidant sur la façon d agir activement dans tout le pays sans exclusion. Dans notre pays, sous les directives clairvoyantes de notre général respecté, à chaque niveau d urgence les comités de prévention des épidémies devaient établir un système d alerte national discipliné et solide, encourageant ardemment la lutte contre le SRAS au niveau national. Les mesures d installation d urgence de lieux de quarantaine aux frontières, dans les ports et les aéroports ont été renforcées, les péages et les douanes ont été également mis sous haute vigilance. De plus, en même temps, les personnes ayant voyagé dans les zones à risque ont été rigoureusement identifiées et isolées à la frontière. Au niveau national, les employés de la Santé publique et de la prévention sanitaire devaient procéder à des examens pour déterminer les maladies et pour les contrôler, mais aussi, entreprendre des missions de désinfection ; ils ont également mené des campagnes d éducation auprès de la population en leur expliquant les règles d hygiène et les méthodes pour lutter contre une éventuelle épidémie de SRAS. 159

160 Dans un pays comme le nôtre qui prônons le socialisme prolétarien et plaçons la classe des travailleurs au centre de la société et de la nation, il suffisait d inculquer à la population les connaissances correctes au sujet du SRAS pour qu elle participe consciemment à cette entreprise et permette de mener avec succès la campagne de prévention contre le SRAS. Avant que le SRAS devienne manifeste, toute la population a été avertie par les journaux, la presse, la radio et la télévision des informations concernant l évolution dans les nombreux pays touchés ; ayant ainsi pris connaissance des risques et de la dangerosité du SRAS, elle a pu participer de façon réfléchie à la lutte contre l épidémie.» Ces deux extraits nous renseignent sur les mesures préventives très précises que le gouvernement nord-coréen a mises en œuvre contre les épidémies comme la grippe et le SRAS. Toutefois, ces mesures peuvent être jugées insuffisantes pour empêcher complètement les épidémies, car elles consistent essentiellement à isoler les personnes à risque dans des lieux déterminés. Il semblerait que les systèmes de régulation nord-coréens n aient pas nécessairement évolué en un système de sécurité La population En examinant le second incendie de l Hôtel-Dieu en 1772, Foucault s est aperçu à quel point le problème de l entière visibilité des corps, des individus, des choses, sous un regard centralisé, avait été l un des principes directeurs les plus constants. Dans les hôpitaux, ce problème présentait une difficulté supplémentaire : il fallait éviter les contacts, les contagions, les proximités et les entassements, tout en assurant l aération et la circulation de l air ; il fallait à la fois diviser l espace, et le laisser ouvert, assurer une surveillance qui soit à la fois globalisante et individualisante, tout en séparant soigneusement les individus à surveiller. Il s agissait de problèmes propres à la médecine du XVIIIe siècle. Par la suite, en étudiant les problèmes de pénalité, il s est aperçu que tous les grands projets de réaménagements des prisons reprenaient le même thème. En outre, il a souligné qu il n y avait guère d ouvrages concernant ce problème qui ne se référassent à Bentham. Le plus 160

161 surprenant était de constater que ce même souci était présent bien avant Bentham. 191 Toutefois, si l idée du panoptique précède Bentham, c est Bentham qui l a véritablement formulée. Il fait montre d un véritable esprit d invention. Et en effet, ce que les médecins, les pénalistes, les industriels, les éducateurs cherchaient, Bentham le leur propose : il a trouvé une technologie de pouvoir propre à résoudre les problèmes de surveillance. A noter une chose importante : Bentham a pensé et dit que son procédé optique était la grande innovation pour exercer bien et facilement le pouvoir. De ce fait, il a été largement utilisé depuis la fin du XVIIIe siècle. Mais les procédures de pouvoir mises en oeuvre dans les sociétés modernes sont bien plus nombreuses, diverses et riches. Et il serait faux de dire que le principe de visibilité commande toutes les technologies du pouvoir depuis le XIXe siècle. C est pourquoi Foucault a réfléchi à une nouvelle notion : celle des dispositifs de sécurité. Foucault pensait que le pouvoir était en quelque sorte consubstantiel au développement des forces productives et qu il se transformait continuellement avec elles. Déjà à l époque de Bentham, le thème d un pouvoir spatialisant, regardant, immobilisant, en un mot disciplinaire, était débordé par des mécanismes beaucoup plus subtils. Ce mécanisme de pouvoir permettant la régulation des phénomènes de population, le contrôle de leurs oscillations et la compensation de leurs irrégularités, était beaucoup plus efficace que le panoptique. 192 «On peut dire que le panoptique, c est le plus vieux rêve du plus vieux souverain : qu aucun de mes sujets n échappe et qu aucun des gestes d aucun de mes sujets ne me soit inconnu. Souverain parfait encore, d une certaine façon, que le point central du panoptique. En revanche, ce qu on voit apparaître maintenant, c est non pas l idée d un pouvoir qui prendrait la forme d une surveillance exhaustive des individus pour qu en quelque sorte Michel Foucault, Power knowledge by Colin Gordon, p.146 FOUCAULT Michel, Power/Knowledge, New York, éd. Colin Gordon, 1980, p

162 chacun d entre eux, à chaque moment, dans tout ce qu il fait, soit présent aux yeux du souverain, mais l ensemble de mécanismes qui vont rendre pertinents pour le gouvernement et pour ceux qui gouvernent des phénomènes bien spécifiques qui ne sont pas exactement les phénomènes individuels. [ ] C est une tout autre manière de faire jouer le rapport collectif/individu, totalité du corps social/fragmentation élémentaire, c est une autre façon qui va jouer dans ce qu on appelle la population» 193. «A partir du 18 e siècle [ ] les choses vont changer. [ ] On va considérer la population comme un ensemble de processus qu il faut gérer dans ce qu ils ont de naturel et à partir de ce qu ils ont de naturel» 194. «C est une tout autre technique [ ] qui se dessine : non pas obtenir l obéissance des sujets par rapport à la volonté du souverain mais avoir prise sur des choses apparemment éloignées de la population, mais dont on sait, par le calcul, l analyse et la réflexion, qu effectivement elles peuvent agir sur la population» 195. Il ajoute : la «production de l intérêt collectif par le jeu du désir : c est là ce qui marque à la fois la naturalité de la population et l artificialité possible des moyens que l on se donne pour la gérer» 196. «C est donc non pas une collection de sujets juridiques, en rapport individuel ou collectif, avec une volonté souveraine. La population, c est un ensemble d éléments à l intérieur duquel on peut remarquer des constantes et des régularités jusque dans les accidents, à l intérieur duquel on peut repérer l universel du désir produisant régulièrement le bénéfice de tout et à propos duquel on peut repérer un certain nombre de variables dont il est dépendant et qui sont susceptibles de le modifier.» (. Michel Foucault, Sécurité, Territoire, Population, Cours au Collège de France, , op.cit., 2004, p. 76.) 193 Michel Foucault, Sécurité, Population, Territoire, Cours au Collège de France, , op.cit., 2004, p Ibid., p Ibid., p Ibid., p

163 Le contrôle de la démographie nord-coréenne D une part, selon Foucault, «la grande poussée démographique de l Occident européen au cours du XVIIIe siècle, la nécessité de la coordonner et de l intégrer au développement de l appareil de production, l urgence de la contrôler par des mécanismes de pouvoirs plus adéquats et plus serrés font apparaître la population avec ses variables de nombre, de répartition spatiale ou chronologique, de longévité et de santé non seulement comme problème théorique, mais comme objet de surveillance, d analyse, d intervention, d opérations modificatrices. Dès lors, s esquisse le projet d une technologie de la population : estimations démographiques, calcul de la pyramide des âges, des différentes espérances de vie, des taux de mortalité, étude du rôle que jouent l une par rapport à l autre la croissance des richesses et celle de la population, diverses incitations au mariage et à la natalité, développement de l éducation et de la formation professionnelle. Dans cet ensemble de problèmes, le «corps» - corps des individus et corps des populations apparaît porteur de nouvelles variables : non plus simplement rares ou nombreux, soumis ou rétifs, riches ou pauvres, valides ou invalides, vigoureux ou faibles, mais plus ou moins utilisables, plus ou moins susceptibles d investissements rentables, ayant plus ou moins de chances de survie, de mort ou de maladie, plus ou moins capables d apprentissage efficace.» 197 Ces caractéristiques biologiques sont devenues des indicateurs importants dans la gestion de l'économie ; on avait besoin d'un appareil de pouvoir capable de soumettre toute une population, de l'apprivoiser, d augmenter sa valeur utilitaire. La politique de la population en Corée du Nord qui est un macro contrôle sur le corps, a été largement influencée par la guerre de Corée et par l industrialisation. La Corée du Nord maintenait la politique d encouragement des naissances jusque dans les années 60, à cause d un manque absolu de main-d œuvre dû à la guerre et à la demande élevée pour l industrialisation. Mais, avec l institutionnalisation de l activité sociale de toutes les 197 Ibid., Michel Foucault

164 femmes et la diminution de la capacité économique de l Etat due à la crise économique, le gouvernement nord-coréen a adopté la politique du contrôle des naissances à partir des années Or, sous l influence de cette politique du contrôle des naissances maintenue depuis les années 70 et sous celle de la pénurie alimentaire et de la famine à partir des années 90, le nombre d habitants a diminué considérablement ; ce qui a entraîné le gouvernement nordcoréen à relancer une politique d augmentation des naissances à partir de la fin des années 90. Mais, comme la capacité économique de l Etat pour les aides au peuple était réduite, ce n était tout de même pas une politique aussi intense que dans les années 60. D ailleurs, les femmes elles-mêmes, habituées au contrôle des naissances, ne souhaitaient pas spécialement avoir une famille nombreuse en raison de la crise économique 199. Le gouvernement nord-coréen ne reconnaît pratiquement pas de contraception masculine, ce qui fait que la politique du contrôle des naissances est apparue sous forme d une politique du contrôle sur le corps de la femme. Ce contrôle, sous couvert du contrôle des naissances, s est développé dans deux directions. En effet, pour les femmes mariées le recours aux dispositifs intra utérins ainsi que les avortements ont été généralisés et pour les femmes encore célibataires, on conseillait un mariage tardif. 200 D un autre côté, les écoles et les familles ne dispensent quasiment pas d éducation sexuelle. Surtout, il n existe pas d éducation sur le développement sexuel au moment de l adolescence alors que la transformation physique s effectue à grande vitesse, les femmes nord-coréennes manquent cruellement de connaissances sur leur corps. Donc, on peut penser que l éducation sexuelle en Corée du Nord est surtout une éducation pour contrôler les grossesses et les accouchements chez les femmes mariées. 201 Cette politique se distingue en tant qu elle concerne l hygiène. Celle-ci touche la 198 Park Young-ja (2005), p Ibid., Park Young-Ja (2005) p Ibid., p Ibid., p

165 conception et l accouchement et s est développée de la façon suivante : d abord, à travers l hygiène publique. Le parti populaire autour de Yeomaeng (l alliée des femmes) mène en partie l entreprise hygiénique familiale. De plus, se met en place une intense propagande concernant l hygiène dans les zones de responsabilité des médecins et, dans les cabinets des gynécologues à l hôpital. 202 Mais, comme nous l avons vu plus haut, en raison de l intense politique de contrôle des naissances au cours des années puis de la crise économique ainsi que de la pénurie alimentaire, la population a diminuée après les années 90 ; ce qui a fait réagir le gouvernement nord-coréen qui a relancé sa politique d incitation des naissances. Depuis peu, il développe activement un mouvement autour de la famille nombreuse, en faisant de la propagande sur les privilèges offerts aux femmes ayant eu plusieurs enfants. Le contenu de ce programme permet d attribuer le titre d héroïne maternelle aux femmes ayant beaucoup procréé ; de mener un «mouvement d apprentissage par imitation» à travers des séminaires sur les lieux de travail ; de créer une loi sur les congés maternels (de quatre à douze mois) et de distribuer davantage de nourriture aux femmes ayant eu au moins trois enfants. De plus, le gouvernement offre des privilèges aux familles nombreuses comme la priorité pour l attribution des maisons ; la distribution d allocations proportionnelles au nombre d enfants ; la priorité dans la distribution des produits ; l offre de 50% de réduction pour l achat des produits pour enfants et du matériel scolaire, etc. 203 Toutefois, on pense que cette politique d encouragement des naissances par le gouvernement nord-coréen ne peut espérer avoir un grand résultat. Les femmes nordcoréennes prennent conscience qu elles peuvent avoir la «liberté d enfanter» et elles tentent d éviter les problèmes dus aux accouchements et à la garde des enfants à cause des difficultés continuelles de la vie dues à la crise économique et à la pénurie alimentaire. En effet, on rapporte que les femmes achètent des moyens contraceptifs par le biais des marchands chinois, malgré l interdiction des avortements et des contraceptifs). D ailleurs, les 202 Ibid., p Ibid., p

166 avortements illégaux sont très répandus. D après de récentes études, avec le démantèlement du système de distribution nord-coréen, les maris ayant un emploi ne peuvent plus subvenir aux besoins de la famille, ce qui accentue le rôle que jouent les femmes dans la survie, elles évitent donc le mariage et les femmes mariées ne souhaitent pas non plus avoir d enfants à cause des difficultés économiques. 204 D'après le rapport de la sixième réunion du comité central du parti travailliste qui a eu lieu le 5 août 1953, Kim Il- Sung a présenté les orientations fondamentales de la politique sanitaire dont la politique démographique. Dans ce texte, le leader insiste aussi sur l'importance de l'accroissement de la population pour pallier les pertes humaines en cas de guerre. De même, il prévoit la mise en place de plusieurs programmes nationaux prioritaires comme la politique en faveur de l'amélioration de la protection des mères et des conditions d'éducation des enfants ou celle des soins aux blessés de guerre et de l'éducation des orphelins. Mais on peut noter que le contrôle de la démographie nord-coréenne répond à la préoccupation des mercantilistes pour qui la population d un Etat est essentiellement liée à une capacité de production. D ailleurs, il ne faut pas oublier que ce qui est plus important, comme le souligne Marx, n est pas la question de la démographie mais celle des classes. Les dispositifs de sécurité que nous venons d étudier nous permettent de constater que le régime nord-coréen est plutôt proche du régime disciplinaire. 204 Ibid., p

167 chapitre3. Thanatopolitique Selon AGAMBEN, la limite de FOUCAULT vient du fait que ses recherches «ne se sont pas élargies jusqu au domaine des recherches sur les sciences politiques des grands Etats totalitaristes du 20 e siècle que l on trouve comme lieux typiques où règne la biopolitique moderne». Autrement dit, ses recherches commencées par la recomposition des grands enfermements comme l hôpital et la prison, n allèrent pas jusqu au camp de concentration (le camp de concentration en tant que parodie de la biopolitique moderne). Lisant et relisant Foucault, l on est frappé par ce paradoxe : de l Histoire de la folie aux tests plus récents travaillant les jeux de la vérité et du pouvoir, une singulière absence d Auschwitz et de la Kolyma, de leur nom même, en même temps qu une omniprésence flottante, obsédante, presque, des grands génocides du 20 e siècle. Tout, en un sens dans la généalogie de la modernité occidentale à laquelle s attache Foucault, nous conduit sur les sites des catastrophes incompensables dont nous habitons les ruines : ses analyses du déploiement du pouvoir disciplinaire tel qu il relaie le pouvoir souverain, ses réflexions sur l installation du bio-pouvoir au 19 è siècle, l attention que l auteur de «la volonté de savoir» porte aux prises que s assurent sur les corps individuels et collectifs les dispositifs du pouvoir moderne, sans oublier, bien sûr, ce fil insistant d une pensée de la norme et de l exclusion qui parcourt toute son oeuvre. 205 Mais, d un autre côté, à aucun moment, la problématisation foucaldienne ne s arrête explicitement sur ces trous noirs qui font césure et sont un glas dans notre actualité et notre historicité, qui, littéralement, coupent notre histoire en deux, instaurent entre nous et nos arrières culturels, nos traditions, une distance infranchissable. 206 C est dans un de ses cours du Collège de France, intitulé Faire vivre et laisser mourir, et dont la substance se reconnaît dans un passage de la volonté de savoir que nous trouvons l approche la plus globale, la plus explicite qui nous conduit au bord du trou noir. Dans ce 205 BROSSAT Alain, L épreuve du désastre, le XXe siècle et les camps, Paris, Albin. Michel, coll. «Bibliothèque Albin Michel des idées», 1996, p Ibid., p

168 texte, Foucault entend raconter la naissance du racisme d Etat. Il y met l accent sur le renversement qui se produit, dans les rapports entre pouvoir, vie et mort, avec la naissance des Etats modernes. Dans l espace classique, rappelle-t-il, le droit de vie et de mort est un des attributs fondamentaux de la souveraineté, ce qui veut dire : le souverain peut faire mourir et laisser vivre. Cette forme du pouvoir est marquée par un déséquilibre, une asymétrie : le pouvoir, comme droit de vie et de mort, comme pouvoir du glaive dans l esprit de Hobbes, s exerce fondamentalement du coté de la mort. Or, au 19 siècle, une nouvelle dimension du pouvoir va se dessiner, aussi bien au niveau du droit qu à celui des dispositifs et pratiques, complétant cet attribut classique de la souveraineté : il ne s agit plus seulement de faire mourir ou laisser vivre, mais bien de faire vivre et laisser mourir. C est la naissance du biopouvoir inséparable du déploiement, dans le discours des sciences humaines, de cette forme nouvelle de la connaissance de l homme par soi-même en tant qu objet. 207 Le pouvoir-souveraineté de l âge classique, dit Foucault, se distinguait par son souci de grandeur, absolu, son caractère dramatique et sombre ; le pouvoir moderne, conçu comme bio-pouvoir inséparable de formes réglées de savoir, se définit par son caractère englobant, continu, savant, totalisant. Il est tourné vers la majoration de la vie et repousse la mort sur son bord extérieur. 208 Les guerres modernes présentent en termes de pouvoir, dit Foucault, un excès, un audelà de ce pouvoir de vie et de mort du souverain de l âge classique lorsqu il mobilise ses sujets pour ses campagnes, ses guerres dynamiques, en les exposant aux calamités des invasions et des pillages. Les guerres modernes, comme guerres totales, comportent dès le début du 19 e siècle une dimension d extermination. Elles lancent le unes contre le autres non seulement des nations mais des races. Elles trahissent aussi le terrifiant secret du bio-pouvoir : derrière l invention d une prise en charge totale de la vie des individus et des populations par les Etats modernes ; derrière le faire vivre administré jusque dans les moindres détails de la politique d assistance ou du quadrillage médical de la société, se profile ce faire mourir en masse qui s avère d une manière toujours plus stupéfiante irrésistible, la prérogative des Etats en notre siècle. Au bout de la chaîne du bio-pouvoir, dit Foucault, nous trouvons le pouvoir 207 Ibid., p Ibid., p

169 atomique des grandes puissances, celui qui constitue le pendant exterminateur, impensable mais indissociable du pouvoir de démultiplier la vie, de l entretenir et de la faire prospérer. 209 Dans l exposition du caractère illimité de ses potentialité, le bio-pouvoir déployé montre que l enjeu de ses pratiques porte bien au-delà de l accroissement de la puissance, de la conjoncture violente nouée en un tableau donné ; il touche à cette limite où il est question de tuer la vie dans son noyau même. 210 Si le génocide est bien le rêve des pouvoirs modernes, ce n est pas par un retour aujourd hui au vieux droit de tuer, c est parce que le pouvoir se situe et s exerce au niveau de la vie, de l espèce, de la race et des phénomènes massifs de population. Les guerres n ont été plus sanglantes pourtant que depuis le 19è siècle, même toutes proportions gardées, jamais les régimes n avaient jusque-là pratiqué sur leurs propres populations de pareils holocaustes. Mais ce formidable pouvoir de mort et c est peut-être ce qui lui donne une part de sa force et du cynisme avec lequel il a repoussé si loin ses propres limites se donne maintenant comme le complémentaire d un pouvoir qui s exerce positivement sur la vie, qui entreprend de la gérer, de la majorer, de la multiplier, d exercer sur elle des contrôles précis et des régulations d ensemble. 211 Les guerres ne se font plus au nom de souverain qu il faut défendre ; elles se font au nom de l existence de tous ; on dresse des populations entières à s entre-tuer réciproquement au nom de la nécessité pour elle de vivre. Les massacres sont devenus vitaux. Plus la technologie des guerres les a fait virer à la destruction exhaustive, plus en effet la décision qui les ouvre et celle qui vient les clore s ordonnent autour de la question nue de la survie. La situation atomique est aujourd hui au point d aboutissement de ce processus : le pouvoir d exposer une population à une mort générale est l envers du pouvoir de garantir à une autre son maintien dans l existence. Le principe : pouvoir tuer pour pouvoir vivre, qui soutenait la tactique des combats, est devenue principe de stratégie entre Etats ; mais l existence en question n est plus celle, juridique, de la souveraineté, c est celle, biologique, d une 209 Ibid., p Ibid., p Michel Foucault (2000), p

170 population. 212 Foucault nous exhorte à repenser le pouvoir, le rapport modernité-pouvoir non pas seulement comme une question théorique, mais comme une dimension de notre expérience. C est dans cet esprit qu il évoque le fascisme et le stalinisme dans des termes où se distinguent tout autant les ouvertures que l étroitesse de son approche. Ayant défini le fascisme et le stalinisme comme deux maladies du pouvoir, il ajoute : «L une des nombreuses raisons qui font qu elles sont pour nous si déconcertantes, c est qu en dépit de leur singularité historique, elles ne sont pas tout à fait originales. Le fascisme et le stalinisme ont utilisé et étendu des mécanismes déjà présents dans la plupart des autres sociétés. Non seulement cela, mais malgré leur folie interne, ils ont, dans une large mesure, utilisé les idées et les procédés de notre rationalité politique.> 213 Le fascisme et le stalinisme ne sont des formes pathologiques, des maladies du pouvoir que dans la mesure où les sociétés occidentales fonctionnent grâce au pouvoir ; dans la mesure où elles sont de gigantesques machines de pouvoir, constituant ce topos singulier et sans précédent où le pouvoir investit la totalité des dimensions de la vie, traversant aussi bien les zones le plus intimes de l individualité que les sphères les plus abstraites de la science. En ce sens, l extrême du fascisme et du stalinisme n est que le normal de la rationalité politique moderne poussée à la limite. 214 Foucault dit que le lien entre la rationalisation et les excès du pouvoir politique est évident. Et nul n est besoin d attendre la bureaucratie ou le camp de concentration pour reconnaitre l existence de telles relations. 215 Jamais, croit Foucault, dans l histoire des sciences humaines on a trouvé à l intérieur des mêmes structures politiques une combinaison aussi complexe de techniques d individualisation et de procédures totalisatrices Ibid., p BROSSAT Alain (1996), p Ibid., p Ibid., p Ibid., p

171 Il suffit d observer la rationalité de l Etat naissant et de voir quel fut son premier projet de police pour se rendre compte que, dès le tout début, l Etat fut à la fois individualisant et totalitaire. Lui opposer l individu et ses intérêts est tout aussi hasardeux que lui opposer la communauté et ses exigences. 217 L élément totalitaire ne se présente pas au titre de ce qui survient comme le seul terme ou aboutissement de ses fourvoiement. Il est présent aux origines du pouvoir moderne, comme un élément constitutif : dans l étatisation de toutes les sphères de l existence, dans le souci constant du contrôle régulier et serré du territoire, de l espace et des populations, dans la catégorisation des individus et des groupes et la constance des soucis de puissance dans la perspective étatique. 218 Or les camps de concentration? On dit que c est une invention anglaise ; mais cela ne signifie pas ni n autorise à soutenir que l Angleterre de 19 e siècle ait été un pays totalitaire. S il y a un pays qui, dans l histoire de l Europe, n a pas été totalitaire, c est bien l Angleterre, mais elle a inventé les camps de concentration qui ont été l un des principaux instruments des régimes totalitaires. Le camp de concentration est l exemple d une transposition d une technique de pouvoir. 219 La question est donc de savoir en quoi le régime totalitaire se distingue du régime de la thanatopolitique. La thanatopolitique est une figure de la biopolitique, l envers négatif du faire vivre, de la prise en charge des populations. Elle concerne aussi bien les régimes démographiques modernes que les régimes autoritaires ou totalitaires, le colonialisme européen au 19 e siècle est une thanatopolitique fondée sur le racisme. Dans l Etat totalitaire, l individu n existe que par rapport au collectif, peuple ou nation. En d autres termes, tout individu n existe qu à l intérieur de l Etat, aucun individu 217 Ibid., p Ibid., p FOUCAULT Michel. La naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France , Paris, éd. Gallimard/Seuil, coll. «Haute Etudes»,

172 n existe en dehors de l Etat, et aucun individu n existe contre l Etat. Le terme de «totalitarisme» a été utilisé pour qualifier un mode de gouvernement à parti unique au début de la Seconde Guerre Mondiale. Ces deux notions sont empruntées à des généalogies de la modernité distinctes : celle d Hannah Arendt d une part, celle de Michel Foucault, de l autre. Pour Arendt, l émergence des régimes totalitaires dans la première moitié du 20siècle découle de l effondrement du système des Etat-nations en Europe et de la terrible explosion de violence qui en est résultée, la Première Guerre mondiale : le système d organisation sociale en classe est bouleversé ; le système politique (système des partis, représentation parlementaire...) également. C est sur le fond de cet effondrement que se constituent les partis totalitaires et que se produit leur conquête du pouvoir. Les pouvoirs totalitaires ne peuvent vivre que dans un mouvement d expansion permanente qui les conduit à la guerre contre tout ce qui résiste à leur expansion. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, le pouvoir totalitaire nazi est détruit, mais le pouvoir soviétique est en pleine expansion. Une lente transition conduit de cette forme à la gérontocratie soviétique, dans les années , puis à effondrement du système soviétique. En termes historiques et idéologiques, le régime nord- coréen est l ultime séquelle du pouvroir totalitaire soviétique. La thanatopolitique foucaldienne relève d une tout autre généalogie :celle des pouvoirs modernes dont la caractéristiques est, par contraste avec le pouvoirs traditionnels, d avoir pour horizon non pas l exercice de la souveraineté mais l emprise sur la vie des populations. L idée de Foucault est que cette emprise toujours croissante des pouvoirs modernes a deux faces :l organisation, l encadrement ; la promotion, la protection du vivant humain(la sécurité sociale, l hygiène, l école obligatoire, l urbanisme...) d une part et, de l autre, l exposition de la vie de la masse à la violence des pouvoirs-la thanatopolitique : les guerres modernes qui mettent en jeu l existence de la masse, le pouvoir atomique, l eugénisme liquidateur des nazis, etc. Le point de convergence des deux généalogies est bien évident : les massacres de masse( les camps), les génocides. 172

173 3-1. Le système totalitaire de la Corée du Nord Si l on se réfère à l ouvrage d Hannah Arendt "Le système totalitaire", la société nord-coréenne est un système totalitaire sur plusieurs plans. Ce qui est ironique c est que la Corée, en construisant son système totalitaire, a construit un système qui ressemble en tout point au système totalitaire japonais qu'elle voulait tant combattre. Dans ses mémoires, Lee Dong-Wook considère que, du point de vue du totalitarisme, le pouvoir nord-coréen est structurellement très semblable au pouvoir colonial du Japon. D'après lui, la Corée du Nord a réussi à asseoir son régime politique en peu de temps, comparé aux autres régimes communistes d'occupation car, après s être inspirée en grande partie de la culture politique totalitaire issue de l'impérialisme japonais, elle a ensuite adopté le totalitarisme à la stalinienne fourni par l'urss. Sur cette base, elle a pu parvenir à conserver son régime, en préservant la culture politique totalitaire, à l'instar de l'impérialisme japonais, grâce à son isolement du monde extérieur. Mais il y a quelques difficultés à démontrer que le régime nord-coréen a pu être directement influencé par l'impérialisme japonais. Il y a plusieurs raisons à cela. Premièrement, la Corée du Nord, dès le début de l'établissement de son pouvoir politique, a déployé beaucoup d'efforts pour purger les partis pro-japonais et éradiquer les vestiges de la colonisation nippone. Deuxièmement, le pouvoir politique nord-coréen a assis sa légitimité sur les mouvements de résistance au Japon. Troisièmement, la méthode de gouvernement du pouvoir nord-coréen continue à s'appuyer, même de nos jours, sur l'accentuation et la perpétuation de l'esprit et des sentiments antijaponais. Malgré cela, nous pensons qu'il est possible et nécessaire d'étudier la corrélation entre le système nord-coréen et le système colonialiste de l'impérialisme japonais. Le culte de la personnalité nord-coréen s'apparente à la vénération de l'empereur ; le système collectiviste nord-coréen semble être l'extension des mesures de mobilisation en temps de guerre à l'époque de l'impérialisme japonais LEE Dong-Wook, Totalitarisme nord-coréen [Bukhanui Jeonchejuui], mémoire de maîtrise en Recherches sur la Corée du Nord, Séoul, Université de Sogang,

174 D'autre part, Ko Sung-Joon explique dans son ouvrage qu'on peut citer notamment quatre facteurs qui ont engendré la spécificité de la politique nord-coréenne. Le premier facteur est la culture confucéenne de la dynastie Chosun caractérisée par l'autoritarisme. Le deuxième est la propension nationaliste influencée par la résistance, le mouvement indépendantiste, la division de la nation. Le troisième est l'influence du colonialisme du Japon impérialiste qui a fourni une culture militariste à la Corée du Nord. Et enfin, le quatrième facteur est le communisme marxiste-léniniste. Si le système séculier autour de Kim Il Sung a pu jusqu'à maintenant se maintenir, c'est parce qu il est le résultat de la mobilisation des membres constitutifs de la société nord-coréenne et parallèlement de la régulation et du contrôle scrupuleux des éléments traditionnels. Après l'analyse de l'influence du confucianisme, du nationalisme et du marxismeléninisme sur le régime nord-coréen, nous allons maintenant nous pencher sur la provenance du caractère totalitaire du système nord-coréen. Hanna Arendt, analyse le totalitarisme comme une forme de gouvernement qui en rendant l'action humaine impossible, abolit la liberté humaine dans sa totalité et dépossède de toute possibilité de liberté et d'action humaine. D'après elle, le mouvement totalitaire peut se manifester sous différents motifs partout, là où il y a une masse qui désire une structure politique. Le terme "masse" s'applique seulement lorsqu'on a affaire à un ensemble de personnes qui n ont pas pu être unifiées dans des structures basées sur les intérêts communs comme un parti politique, des bureaux régionaux gouvernementaux, des organismes spécialisés ou des syndicats ouvriers ; et ce, sous le simple motif d'être trop nombreux ou sous le motif de leur indifférence aux affaires publiques ou encore à cause de ces deux motifs. Mais quant à savoir si la Corée du Nord de l'après-indépendance du joug japonais était composée d'une masse populaire neutre et indifférente est une question qui mérite d'être historiquement considérée. Examinons le point de vue selon lequel le totalitarisme pourrait s'appliquer à la Corée du Nord en tant qu'alliance temporaire entre insurgés et élites de la société. Seuls ces insurgés et les élites de la société peuvent être attirés par la force du totalitarisme lui-même. Il faudra gagner la masse par la propagande. Le totalitarisme, lorsqu'il a le contrôle absolu en main substitue toujours l'éducation à la propagande. De même, plutôt que d'utiliser la violence pour menacer les personnes, ce régime emploie plutôt la violence afin de matérialiser, sans relâche, les mensonges pratiques et la doctrine idéologique. Le vrai objectif de sa propagande n'est pas la 174

175 persuasion mais l'organisation. En d'autres termes, le totalitarisme consiste à organiser la vie entière des citoyens suivant son idéologie. Ainsi en Corée du Nord, le régime organise la vie de tous ses habitants selon l'idéologie appelée l'idéologie de "Juché". H. Arendt considère qu en l'absence d une faction dominante la question du choix du successeur devient un problème épineux à régler pour un parti dictatorial totalitariste. Mais la Corée du Nord a résolu ce problème car le régime de Kim Jung-Il s est instauré en ayant recours à la culture confucéenne traditionnelle. Par ailleurs, les camps de concentration ou les camps d extermination du pouvoir politique totalitaire fonctionnent comme un laboratoire d'expérimentations montrant la foi basique du totalitarisme dans le «tout est possible». Ces camps de prisonniers ne sont pas créés dans l'unique but de supprimer les personnes et d'abaisser la dignité humaine. Ils constituent aussi un terrible laboratoire d'expérimentation qui, dans des conditions scientifiquement contrôlées, supprime même la spontanéité qui est une expression de l'action humaine et ravale la dignité humaine en dessous du statut même d objet. Les feuilletons politiques télévisés se planifient d'abord sur le bureau de T. E Shtykov, ensuite, la décision est prise à la réunion des chefs des quartiers généraux soviétiques et du district militaire de la province maritime de Sibérie et enfin, après avoir obtenu l'approbation de Moscou, ils sont envoyés à la section de la direction nordcoréenne. T. E Shtykov encourage cette dernière à préparer le script et à trouver des acteurs coréens conformes à l'intention de l'auteur de ces feuilletons. Lorsque l'approbation finale est donnée par le commanditaire on peut enfin projeter le feuilleton à l'écran. 221 A la fois éditeur et auteur du journal de Shtykov, Chun Hyun-Soo explique l'histoire de la politique nord-coréenne de l'après indépendance sous cet angle. Shtikov qui a été ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire ( ) après avoir occupé un poste à la Commission politique de l'extrême-orient a laissé derrière lui une soixantaine de journaux à la différence des autres personnalités dirigeantes soviétiques qui n'ont laissé aucune trace écrite à titre individuel de peur d être jugé responsable sur le plan politique. M. Chun a pu 221 Chun Hyun-Soo, le journal de Shtykov, Gwacheon, éd.institut national de l Histoire coréenne, 2004, p.3 175

176 s'en procurer quatre et les a traduits. Ces documents prouvent que le processus de construction du gouvernement nord-coréen a été de très près planifié par l'urss. Ils prouvent aussi que la formation et la dissolution du parti d'extrême-gauche en Corée du Sud ont eu lieu sur les ordres soviétiques. En voici un extrait : Le 9 septembre 1946 Les questions à soumettre à Kim Il Sung sont les suivantes : Faire appliquer une série de décisions selon l Accord de Moscou. 1. Les industries 2. Les hôpitaux 3. Le commerce avec les pays étrangers 4. La construction de l armée 5. La rééducation du peuple 6. Le vote 7. La politique étrangère Consolider l unification du parti. Préparer les matériels et les documents théoriques pour l éducation des partisans. Etablir le système éducatif à l intérieur du parti. 222 Nord. Ainsi, Shtykov organisa dans les détails le modèle du système politique en Corée du De plus il envoya un texte codé à Staline, sur la discussion politique avec Yeo Un- Hyung ainsi que sur la manifestation et la grève en Corée du Sud. Comme on peut le voir ici, la Russie s intéressait indubitablement à la Corée du Sud aussi, même si elle cachait ses projets socialistes à son égard. Il existe des personnalités qui ont un regard autre que celui d un pays totalitariste sur la Corée du Nord. Bruce Cumings en est une des plus représentatives. 222 Ibid., p

177 Bruce Cumings qualifie également le régime nord-coréen de «totalitaire». Il souligne qu il s agit d un régime totalitaire exerçant un total contrôle de la population et qu il est aussi un régime d oppression fondé sur l opacité et l exclusivité. Il a fait ainsi de nombreuses victimes politiques. Les opinions qu il a à propos de la Guerre de Corée, différentes de ce que l on a vu plus haut dans le journal intime de Shtykof, reposent sur des résultats de recherches historiques ayant réussi à éradiquer les stéréotypes précédents. D après lui, la Guerre de Corée n a pas éclaté qu à cause de la situation chaotique de l époque, mais elle est plutôt le résultat d une combinaison de plusieurs facteurs, tels que l indépendance de la Corée en 1945, la période d occupation japonaise, ou encore l infiltration capitaliste du système mondial des temps modernes à la fin du 19 ème siècle en Asie de l Est. Cependant, selon les réponses du journaliste, Hyeok-cheol Kwon, obtenues dans notre entretien, malgré la contribution de Bruce Cumings à l élargissement de la vision sur la Guerre de Corée, sombrée jusqu alors dans une idéologie anti-communiste la considérant comme une tragédie de la guerre fratricide et une invasion des Nord-Coréens en Corée du Sud, de nombreux travaux scientifiques réalisés depuis les années 90 en Corée et à l étranger (comme par exemple la découverte du Journal Intime de Shtykof) ont déjà montré les limites des travaux de Bruce Cumings. D après le Journal Intime de Shtykov, l homme d Etat soviétique portait un intérêt particulier pour la Corée, surtout pour la composition du gouvernement nord-coréen et la formation et la dislocation d un parti d extrême-gauche. Cependant, Bruce Cumings défend une thèse différente : «Il y a très peu de preuves pour l aide apportée à la guérilla sudcoréenne par l Union Soviétique ou la Corée du Nord. En avril 1950, les Etats-Unis ont découvert que la Corée du Nord avait apporté de l aide aux groupes de guérillas installés dans le Kangwon et sur la côte nord du Gyeongsang du nord en leur fournissant des armes et du matériel et que 100% des aides apportées aux groupes de guérillas combattant dans le Jeolla et dans le Gyeongsang étaient provenues de ces deux provinces sud-coréennes. Il s est avéré qu à part la région proche du 38 e parallèle nord, les armes fabriquées en Russie (U.R.S.S) n avaient pas été (re)trouvées en Corée du Sud. En effet, les armes que possédaient la plupart des groupes de guérillas étaient fabriquées au Japon ou aux Etats-Unis. D autres sources ont 177

178 révélé que les guérillas n avaient reçu aucune aide de la part de la Corée du Nord excepté un soutien moral nord-coréen. 223 Par ailleurs, le professeur Kyung-lim Park considère que la séparation de la péninsule coréenne, la cause principale de l éclatement de la Guerre de Corée, a été provoquée par les facteurs internationaux qui n ont rien à voir avec des problèmes internes de la société ou des conflits entre les classes de la Corée à l époque. En conséquence, la théorie de Bruce Cumings présente bien des problèmes, accordant indulgences à la Corée du Nord qui a lancé une attaque préventive et négligeant son régime dictatorial ainsi que ses problèmes de violence et ses actes antihumanistes. Sa théorie est encore plus problématique, du fait que Bruce Cumings n a pas modifié ses hypothèses du départ, même après que la contribution de l Ex-Union Soviétique à l éclatement de la Guerre de Corée ait été prouvée. De toute façon, beaucoup de personnes s accordent sur le fait que la Guerre de Corée n est pas un simple produit des circonstances inhérentes à la Corée à l époque famine Malgré des différences entre les déclarations faites par les autorités nord coréennes et celles faites par le gouvernement sud coréen et l organisation internationale pour l agriculture et l alimentation, il n y a pas de divergence sur le fait que la capacité de production alimentaire en Corée du Nord ait diminué brutalement à partir de La production céréalière moyenne en temps normal tourne aux alentours de cinq 223 CUMINGS Bruce, Histoire Moderne de la Corée [Hanguk Hyeondaesa] (titre anglais : Koorea s Place in the Sun. A Moderne History), trad. coréenne KIM Dong-No et d autres traducteurs, Kyeong-Gi, éd.changbi, 2001, p

179 millions de tonnes, elle a diminué à quatre millions de tonnes au début des années 1990, puis après 1995 on ne comptait plus que trois millions de tonnes, cette pénurie alimentaire a causé de nombreuses victimes. D après les témoignages des réfugiés nord coréens, l approvisionnement régulier a été interrompu à partir de l année 1994 aggravant la situation de disette et des cas de mortalité dus à la famine ont commencé à survenir les uns après les autres. Les autorités nord coréennes prétendent que les causes de la disette sont à rechercher dans les catastrophes naturelles qui se sont enchaînées, mais en réalité, elle est due à la crise économique générale, à l échec du système agricole et à la faillite politique. Hwang Jeong Hyup témoigne que «les économistes nord coréens s inquiétaient depuis longtemps car ils considéraient que la moitié de l économie nord coréenne entrerait dans une situation de paralysie dans peu de temps si le Parti (de KIM Jong Il) ne faisait que consommer continuellement sans projet de l organisme exécutif. Et actuellement la moitié du secteur industriel étant paralysée et ne pouvant plus fournir les matières premières pour l agriculture et l élevage, la production céréalière s est retrouvée dans une situation critique et a engendré une situation désastreuse où la population meurt en masse à cause de la famine». Il relève que l infrastructure agricole s est écroulée immédiatement après la faillite économique qui a fait suite à la désorganisation de l économie planifiée et à la bureaucratisation. Les résultats des analyses agronomiques et économiques sur la disette en Corée du Nord arrivent pratiquement à la même conclusion. Bien que les mauvaises conditions climatiques aient pesé gravement sur les mauvaises récoltes, elles ne sont pas totalement responsables de la situation. Si le système d irrigation palliant les problèmes dus aux catastrophes naturelles fonctionnait correctement, les dommages auraient été réduits. Mais au contraire, le système des collectivités agricoles (qui modère la motivation) et le manque d engrais, de matériels et de machines agricoles sont devenus la plus grande cause de la pénurie. La vétusté de l industrie agricole inhérente à l échec de l économie nord coréenne, en entrainant la diminution quantitative et qualitative des semences, des engrais, des 179

180 pesticides et des machines et matériels agricoles, a aggravé les circonstances. De plus, la politique des coopératives agricoles est aussi un des facteurs ayant contribué à détériorer la situation ; puisqu en dépréciant l ardeur au travail individuel elle a ralenti la productivité et ainsi on peut dire qu elle a été le facteur le plus important ayant déclenché la disette dans le pays. Néanmoins, les autorités nord coréennes n ont pas pris de mesures rationnelles afin d augmenter la productivité et ont perdu la capacité à résoudre intrinsèquement la situation de disette aggravée par la crise économique. La grande famine frappe la Corée du Nord en 1995 et Dans la préface de son ouvrage (The Great North Korean Famine, U.S. Institute for Peace, 2001), Andrew S. Natsios l évoque de la manière suivante : «J ai vécu en Corée du Nord en qualité de travailleur humanitaire de l ONG dans les années 1990 où la grande famine dévastait le pays. Je connais bien à quel point cette catastrophe était terrible, car j ai été témoin direct de la dévastation de la famine dans la région la plus touchée. La plupart des Occidentaux qui n ont jamais connu le problème de la famine dans leur vie, ne pourraient pas bien comprendre le frisson et la terreur que provoque le mot de «famine» dans les régions touchées par les ravages de la grande famine» 224. Il distingue également la «famine» des problèmes de la «faim» de manière suivante : «Les chercheurs qui soutiennent les actions contre la faim, soulignent que les gens meurent encore de faim dans les pays sous-développés, même s il n y a pas eu la famine. Il est bien tragique de constater que les enfants vivant dans les pays sous-développés meurent de malnutrition ou à cause du manque d hygiène. Il est à noter que cette mort de faim se différencie de la mort de famine. En d autres termes, la famine est une catastrophe qui peut exterminer un peuple entier en très peu de temps, alors que la faim entraine une souffrance relativement longue» 225. A travers le contrôle total et la surveillance permanente de la population, les autorités de Pyongyang dissimulent ou déforment toujours la vérité sur ce qui se passe réellement à l intérieur du pays. En effet, Andrew S. Natsios explique que, lorsqu il a visité la Corée du Nord en 1997, ses collègues de travail de l ONG et de l ONU avaient du mal à comprendre 224 Andrew S. NATISIOS (trad. Hwang Jae-Ok), La famine en Corée du Nord, Séoul, éd. Dahal Media, 2003, p Ibid., p.3 180

181 pourquoi il ne lui était pas possible de ramener les photos qui permettent de les alerter sur la gravité de la famine dont il était le témoin. Il précise également que pour voir de ses propres yeux les scènes horribles qui se passent en Corée du Nord, il faut s y rendre directement en passant clandestinement la frontière nord-coréenne. Andrew S. Natsios estime que pour le peuple, le régime totalitaire du pays est beaucoup plus menaçant que les autres pays peuvent le penser. Par ailleurs, «Winter Butterfly (Le Papillon de l hiver)», le premier film réalisé en Corée du Sud par KIM Gyoo-Min, réfugié nord-coréen, témoigne aussi d une sévère pénurie alimentaire en Corée du Nord. Le film qui dépeint l incident tragique arrivé à un jeune garçon vivant seul avec sa mère en Corée du Nord, est inspiré de faits réels arrivés dans le village où habitait le réalisateur. Voici le résumé du film : Jinho, un jeune garçon de 11 ans, vit seul avec sa mère malade qui coupe du bois dans une forêt pour survivre. Un jour, il a un accident en ramassant tout seul les branches mortes des arbres et il perd son chemin en montagne. Sa mère essaye de le retrouver en allant à la police et en le cherchant dans la montagne mais en vain. Jinho retrouve son chemin malgré le froid et la faim au bout de quelques jours et il arrive à rentrer chez lui sain et sauf. Il se produit alors un incident tragique : la mère de Jinho couchée et malade souffre tellement de la faim qu elle hallucine. Sous cet effet, elle voit un chien 226, qui est en réalité son fils et elle le met dans l eau bouillante pour le manger l arme nucléaire en Corée du Nord Le gouvernement nord coréen déploie des moyens excessifs pour le développement de l arme nucléaire alors que la population est en train de mourir de faim. D après les spécialistes, l arme nucléaire serait pour les Coréens du nord un moyen de négociation avec les Etats-Unis. Mais ce ne serait qu un prétexte. 226 La consommation de viande de chien s est bien ancrée dans la tradition culinaire coréenne. Autrefois les coréens souffraient de la famine à cause de la sécheresse et des mauvaises récoltes, ils reprenaient des forces en mangeant de la viande canine. Ce n est donc pas par hasard que la mère du jeune garçon l évoque dans le film. 181

182 Pour le gouvernement de KIM Jong Il, l arme nucléaire est l ultime garantie de la politique du Songun. Elle devient en plus une arme stratégique pour sauvegarder son propre régime et en même temps, elle est un moyen pour exprimer ses convictions et sa confiance dans le socialisme pour la libération de la péninsule. Le gouvernement de KIM Jong Il est en train de mener une politique de mort (thanatopolitique) en se servant de la vie de son peuple Le problème nucléaire vu par la population nord coréenne Après avoir passé près d un an à refuser toute inspection spéciale de l Agence internationale pour l Energie atomique, les autorités nord coréennes ont finalement déclaré contre toute attente leur résolution de retirer le pays du TNP (traité de non-prolifération des armes nucléaires) le 12 mars Puis l état de guerre a été proclamé dans tout le pays et la population a été sollicitée de manière pressante pour se préparer à une résistance acharnée contre les Etats-Unis. Des alertes aériennes ont eu lieu nuit et jour et dans cette atmosphère anxiogène où étaient organisés des exercices d évacuation d urgence, les adolescents qui sortaient faire un tour devaient le faire en tenue spéciale qualifiée «excellence du travail». 227 Lorsque la guerre fut considérée comme un fait établi les personnes aisées financièrement commencèrent à se préparer, notamment en achetant des provisions et des produits de premières nécessités et les patriotes se portèrent volontaires pour s engager dans l armée populaire en attisant ce climat de guerre. 227 Collectif, «Lee Soo-hyeok, évadé nord-coréen», in Corée du Nord [Bukhan], N juillet

183 Dans cette situation de troubles, le spectacle le plus fréquent était la construction d abris civils pour se protéger durant la guerre. Les abris souterrains aménagés par les Coréens du nord présentent un plan en U, ㄷ, ou un plan en ㄹ. Les abris présentant cette structure ont la réputation dans l opinion publique de protéger même des attaques nucléaires. C est un exemple qui montre partiellement que le peuple nord coréen a vraisemblablement conscience de la possibilité de mener une guerre nucléaire contre les Américains. 228 Le peuple nord coréen pense que la possession d armes nucléaires par leur pays est une réalité établie. La raison principale qui pousse la population à le croire provient de son ignorance concernant le nucléaire. Les Nord-Coréens pensent également que leur technologie militaire et leur industrie de Défense ont un niveau supérieur à la moyenne. La position vague des autorités nord coréennes concernant le problème nucléaire et la propagande ont contribué à persuader la population de la possession de l arme atomique. Ainsi les autorités ont également divulgué que les Américains avaient disposé près d un millier d armes nucléaires pointées sur la Corée du Nord autour de la péninsule et en Corée du Sud. La connaissance du peuple nord coréen sur la politique internationale s appuie en partie sur les déclarations déformées du gouvernement et de la presse et les Coréens du nord considèrent les Américains comme responsables du blocus économique de leur pays et les traitent comme des ennemis jurés. 229 Ils pensent que la Corée du Nord étant un point stratégique militaire important, les Etats-Unis suivant leur stratégie voudront envahir leur pays et donc qu un conflit armé avec les Américains est inévitable. 228 Ibid., p Ibid., p

184 La raison pour laquelle on n arrive pas à résoudre le problème nucléaire en Corée du Nord est due au fait qu il est étroitement lié au sort du pouvoir politique du pays. En effet, pour sauvegarder le pouvoir politique du pays, la Corée du Nord est en train de mener une thanatopolitique en engageant la population. De plus, le problème nucléaire en Corée du Nord résulte de la spécificité de la situation politique internationale autour de la région péninsulaire Les relations avec la Chine 230 L influence de la Chine sur la Corée du Nord est une question récurrente. Lorsque les Etats-Unis et leurs alliés lui demandent de faire pression sur la RPDC, Pékin déclare ne pas avoir un grand ascendant sur Pyongyang. Ce qui est une demi-vérité. Mais là n est pas le fond du problème. Seule alliée de la RPDC, dont elle est le premier partenaire commercial et bailleur d aide, la Chine peut certes exercer des pressions sur Pyongyang, mais ses priorités ne sont pas celles de l Amérique et de ses alliés. «Il y a là un malentendu de fond : la Chine a pour priorité stratégique la stabilité de la RPDC et la question nucléaire, qui obnubile l Occident, vient en seconde position» selon Choi Choon-heum. Sans doute y a t-il en Chine deux écoles de pensée sur la politique à l égard de la RPDC : les traditionalistes, pour lesquels celle-ci reste un pays frère et les internationalistes qui la considèrent comme un fardeau pour Pékin et préconisent un changement de régime. «C est un débat académique qui n influence guère les choix stratégiques du Parti communiste», nuance Choi Choon-heun. Pour la Chine, les ambitions nucléaires nord-coréennes sont gênantes : elles ont provoqué une crise internationale et peuvent devenir un facteur de déstabilisation de la région en ouvrant une course aux armements. Depuis 2003, Pékin joue un rôle de médiateur dans les pourparlers à six et a voté, en 2009, les sanctions onusiennes. Mais leur application est 230 Le Monde, 5 mai 2010 par Philippe Pons, Séoul. 184

185 problématique. Pour les dirigeants chinois, la stabilité de la RPDC est primordiale : ils ont déjà des problèmes à l ouest et ils n entendent pas en avoir d autres au nord-est. Or toute déstabilisation de la RPDC, avec laquelle la Chine partage une frontière de 1400 km, aurait de graves répercussions : afflux de réfugiés et troubles éventuels avec la minorité coréenne de la région frontalière, dont Pékin entend faire, avec le Heilonjiang, un nouveau pôle de croissance. Afin de pallier une détérioration de la situation en RPDC, la Chine cherche à intégrer celle-ci au développement de ses trois provinces du nord-est. Elle compte faire de la ville de Dandong, par laquelle transite la majorité des échanges avec la RPDC, «un second Shenzhen» (zone d économie spéciale du Guangdong) et investir huit cents millions de dollars dans la création de zones industrielles sur deux îles quasi désertes du fleuve Yalu (qui sépare les deux pays). La Chine a en outre obtenu de Pyongyang un droit d usage de dix ans du port de Rajin, qui lui ouvre la mer du Japon. Mais «la coopération sino-nord-coréenne est guidée par des considérations politiques plus que par des intérêts économiques», estime Park Byung-kwang, de l institut de sécurité stratégique à Séoul Les relations avec l Iran Le problème nucléaire iranien n a pas de lien avec le problème nucléaire nord coréen. Néanmoins, quelque soit le scénario, le problème iranien exerce une influence sur le problème nucléaire nord coréen. D abord, si le problème nucléaire était résolu pragmatiquement à travers des négociations, l expérience pourrait servir d exemple précieux dans le règlement du problème nucléaire en Corée du Nord. En 2006, alors que la situation face à un danger nucléaire était à son comble, la Corée du Nord a manifesté sa détermination à soutenir totalement l Iran. 185

186 Bien que la Corée soutienne de façon fondamentale la position de l Iran en ce qui concerne le nucléaire, elle se montre prudente quant à la manifestation de son appui et elle ne désigne pas officiellement l Iran. En effet, il n y a pratiquement pas de documents officiels soutenant l Iran en définitive, à part ceux soutenant sa politique sur le nucléaire. Cela est probablement dû au fait que la Corée du Nord, bien qu elle soutienne la politique de l Iran, ne veuille pas mettre une entrave à la résolution de son problème nucléaire qui pourrait provoquer les Etats-Unis. 231 D autre part, il est grandement probable que le renforcement de l alliance sino-russe conduise à des répercussions directes dans la façon de résoudre le problème nucléaire iranien. Tout d abord, la consolidation de l union entre ces deux pays, la Russie et la Chine, s appuyant sur l Organisation de coopération de Shanghai a pour fonction de mener un front commun afin de prévenir préalablement les conflits armés directs pour dissuader les essais nucléaires iraniens comme en Iraq, mais aussi pour se préparer à de nouvelles tentatives menées par les Américains. La configuration actuelle de l ordre international place l Inde et l Australie au milieu de l union stratégique sino-russe et de l alliance américano-japonaise. Bien que l Inde se range plutôt du coté de l union sino-russe et que l Australie se rapproche plus de l alliance américano-japonaise. Cependant, si même dans cette structure dynamique, l Iran, qui ne cache pas son ambition de se reconstruire comme la nation dirigeante de la zone du Moyen-Orient, parvenait à se rallier à l union sino-russe, la donne serait changée et les Etats-Unis se trouveraient dans une position difficile. Ainsi, la situation délicate en Iran agit comme un facteur variable très important qu il faudra prendre en compte lors de la recomposition d un nouvel ordre mondial. Ce qui est important ici, c est le fait que la Chine, afin de se protéger, utilise la question du parapluie nucléaire pour la sécurité énergétique en Iran dont la gravité est aussi influente que le programme nucléaire iranien qui a pour option le développement des armes de destruction massive. Il y a également le fait que la Russie intervienne en Iran dans des 231 KIM Jae Du, «Lisons l Iran pour voir la Corée du Nord», Le Journal économique de Corée, 2007, p

187 conditions assez délicates, ceci afin de manifester sa volonté d améliorer son statut mondial, on voit donc apparaître là les deux versants du danger nucléaire iranien. Qui plus est, l Iran souhaite mettre en place une stratégie d alliance anti-américaine avec le Venezuela qui puisse fonctionner réellement et le rôle que cela peut jouer dans l alliance sino-russe provoque une situation de très haute tension. De cette manière, la question nucléaire est utilisée dans les conflits d intérêts entre différents pays tels que l Iran, la Corée du Nord, la Chine, les Etats-Unis, En particulier, en Corée du Nord, le gouvernement est en train de mener une thanatopolitique en prenant en otage la population qui est en train de mourir de faim et en utilisant l arme nucléaire comme moyen politique et diplomatique Les camps de travail La chanson du Camp de travail de Kang Chul Hwan est un récit de ses expériences dans un camp d internement politique en Corée du Nord. En comparant La chanson des camps de travail et Les Récits de la Kolyma de Chalamov, nous pouvons dire ici que le spectacle effrayant des camps d internement en Corée du Nord relève de la thanatopolitique. Si l on regarde la littérature traditionnelle russe sur les camps d internement comme Souvenir de la Maison des morts de Dostoïevski, Une Journée d Ivan Denissovitch ou encore L Archipel du Goulag de Soljenitsyne, les récits de Chalamov prennent une dimension originale. En effet, contrastant avec l œuvre de Dostoïevski qui dépeint des prisonniers exilés en Sibérie en leur découvrant des aspects humains et une lueur d espoir, l expérience du camp d internement dans la Kolyma de Chalamov ne présente aucun espoir ni optimisme du début à la fin et la vision qu il offre n est pas différente du monde de la mort. La réalité des camps d internement donnée par Soljenitsyne serait une vie luxueuse du point de vue de Chalamov. Les camps d internement visibles dans l œuvre de Soljenitsyne sont décrits comme des lieux où des règles communes de vie sont appliquées et où des vertus humaines telles que l amitié, l amour et l honnêteté demeurent. Au contraire, le camp de la Kolyma est une école radicalement et parfaitement négative et les individus à l intérieur, qu ils soient prisonniers, responsables du camp, gardes, techniciens présents indépendamment de leur 187

188 volonté, géologues ou médecins ne peuvent tirer absolument aucun intérêt de cette expérience D autre part, Les Récits de la Kolyma est un ouvrage différent mais important pour la littérature classique sur les camps de travail russe. Dans cette œuvre, l auteur dépeint des souffrances physiques et psychologiques des détenus beaucoup plus atroces que celles décrites dans Souvenir de la maison des morts de Dostoïevski. Dans les camps de la Kolyma, les prisonniers devaient survivre dans un froid glacial et après vingt à trente jours de travail dans les mines, tous devenaient invalides et se transformaient en morts vivants. Si dans son œuvre, la conclusion fondamentale de Dostoïevski est de souligner la grande capacité de l être humain à s adapter à n importe quelle situation, le récit de Chalamov montre que les outrages, humiliations et persécutions envers l être humain n ont pas de limite. Et à Soljenitsyne qui décrivit de façon réaliste la vie quotidienne dans les camps, il rétorque : «Dans le camp où vit Choukhov il y a des cuillères, or dans les camps réels, les cuillères ne sont pas des instruments indispensables pour manger la soupe ou un ragoût. Et comment se fait-il que le chat de l hôpital n ait pas encore été mangé? 232 De même que Les Récits de la Kolyma de Chalamov, la Chanson des Camps de travail nous montre l infinitude des outrages, des moqueries et de l oppression que l on peut infliger à l être humain. Dans la Nuit de Chalamov, on relève une scène où le personnage ôte les vêtements d un cadavre à l intérieur d une tombe dans une atmosphère morbide et effrayante. Le déporté Glemov qui a enfilé les vêtements du mort arrive à se réchauffer et considère les biens volés comme siens. 232 KIM Hyeon-Taek, «Les Récits de la Kolyma de Chalamov», in Etudes slaves [Seullabeuyeongu] (Corée du Sud), Vol. 23, N 2, 2008, p

189 Dans La Chanson des Camps de travail de Kang Chul Hwan, on retrouve une scène quasi similaire. «Un jour, j ai entendu des gens qui couraient car une rumeur circulait comme quoi il y avait des morts dans ce lieu. Moi aussi, j ai suivi la direction de ces personnes. Les personnes sont probablement décédées pendant la nuit car elles n avaient plus de bois pour se chauffer par ce froid glacial. Quand je suis arrivé, il y avait déjà quelques personnes qui déménageaient les biens des personnes décédées. Puis des gens sont entrés rapidement dans la pièce d où on a sorti les cadavres. J ai appris plus tard qu ils étaient entrés pour dévaliser la maison des morts. Mais ce ne fut pas mon unique surprise. Alors que des personnes s apprêtaient à creuser avec des pioches pour enterrer les corps, ils ont tout d un coup lâché leurs outils et ont commencé à dépouiller les cadavres de leurs vêtements en ne laissant derrière eux que des corps pratiquement nus.» 233 D autre part, comme dans Ration de campagne de Chalamov qui relate le suicide d Ivan Ivanovitch qui se pend à une branche en profitant d une occasion alors qu il opérait à l extérieur, dans La Chanson des Camps de travail de Kang Chul Hwan, on relève des histoires de personnes qui mettent fin à leur jour car ils n arrivent plus à endurer les souffrances physiques et les épreuves psychiques. Beaucoup de documents traitent des cas d un grand nombre de chrétiens captifs dans des camps d internement en Corée du Nord et dans La Chanson des Camps de travail, on relève l histoire d une femme appelée la fille du foyer des protestants. «Cette dame qui habitait la province de Hwang Hae Do est arrivée dans le camp après avoir été accusée d être une réactionnaire car elle racontait aux autres personnes les livres qu elle avait lus. Elle fut obligée de divorcer d avec son mari et vivait avec ses deux filles. 233 CHALAMOV Varlan, Récits de la Kolyma, Paris, Verdir,

190 Les détenus ne souriaient guère dans les camps, mais cette femme avait toujours le visage souriant et chantonnait des refrains qu il nous est difficile d oublier. [...] D après ce qu on disait, cette dame avait des croyances qu on appelait «christianisme». On racontait même qu elle faisait des prières. Pour nous, c était la première fois que l on entendait parler de ce genre de chose étrange. Mais il n y avait rien d anormal dans les faits et gestes de cette femme, rien de différent de nous. Simplement, lorsque la situation devenait pénible, elle murmurait toute seule de temps en temps «Mon Dieu. Oh mon Dieu» en soupirant. Les gardes scrutaient ses moindres gestes et la provoquaient en toute occasion. C est pourquoi le travail de cette femme ne pouvait qu être encore plus pénible.» 234 Dans Les Récits de la Kolyma, il y a Tante Polia et L Apôtre Paul qui traitent du thème de la religion. L un des grands problèmes dans les camps d internement est la nourriture. Ce problème est traité dans Le Lait concentré et Le Pain de Chalamov, de même qu il apparait souvent dans La Chanson des Camps de travail. Les points communs des camps d internement que nous pouvons relever dans ces deux œuvres sont la description de l indifférence face à la mort, du suicide ou de la mutilation volontaire dus à des conditions physiques et psychiques poussées à l extrême, de l insensibilité envers la limite entre la vie et la mort, de la convoitise presque animale, de la négation de sa propre identité pour survivre, etc. Shin Dong-Hyuk est né et a vécu les vingt-trois premières années de sa vie dans un camp d internement nord-coréen. Il y a subi les pires atrocités, de la torture à l exécution de 234 Kang Chul Hwan, p

191 sa mère et de son frère. A 14 ans, Shin Dong-Hyuk avait déjà assisté à plusieurs exécutions capitales dont celles de sa mère et de son frère aîné. Il a mis longtemps à reconnaître qu il les avait dénoncés, comme le lui avaient enseigné les gardiens et son maître d école. Il finira par s enfuir de cet enfer, le seul à y être parvenu et par rejoindre la Corée du Sud, après un passage par la Chine. Il s appelle désormais Shin Dong-Hyuk. Il a changé de prénom en arrivant en Corée du Sud pour tenter de se forger une vie d homme libre. Il est beau, son regard est vif mais circonspect. Un dentiste de Los Angeles a dû soigner beaucoup de ses dents, gâtées en raison du manque d hygiène prolongé, mais dans l ensemble, il est en excellente santé, même si son corps garde les traces des épreuves subies dans un de ces camps de travail dont le gouvernement nord-coréen persiste à nier l existence. Shin, né esclave, élevé derrière une clôture, n a appris à l école qu à lire et à compter. Comme son sang est perverti par les crimes présumés des frères de son père, aucune loi ne le protège. Pour lui, rien n est possible. L avenir que l Etat lui propose n est constitué que de travaux forcés et d une mort prématurée, causée par la maladie et la faim chronique, le tout sans mise en accusation, sans procès, sans avenir, dans le plus grand secret. Au camp, il ne peut faire confiance aux enfants qu il côtoie, parce qu ils se maltraitent entre eux. Avant tout autre enseignement, les gardes lui ont appris à moucharder. Amour, pitié, famille sont des mots vides de sens. Dieu n est ni disparu ni mort. Pour Shin, il n a jamais existé. On interdit le rassemblement de plus de deux détenus sauf à l occasion des mises à mort, où tout le monde doit être présent. Le camp de travail utilise les exécutions publiques et la peur qu elles engendrent comme outil pédagogique. Selon les services de renseignement sud-coréens, on dénombre six camps. Le plus grand mesure cinquante kilomètres de long sur quarante kilomètres du large, une superficie supérieure à la ville de Los Angeles. Cinq sont entourés de clôtures électrifiées ponctuées de miradors. 191

192 Deux des camps, les numéros 15 et 18, recèlent des zones de rééducation ou quelques détenus ont la chance de bénéficier des enseignements salutaires de KIM Jong-il et de KIM Il-sung. Si les gardes témoignent de leur loyauté, ils peuvent être libérés mais toute leur vie, ils seront surveillés par les forces de sécurité de l Etat. Selon Amnesty International ces structures de camps existent depuis les années Elle distingue deux types de camps : les zones sous contrôle total dans lesquelles on reste à vie, et les zones révolutionnaires d où quelques prisonniers sont parfois libérés. L immense majorité des détenus politiques sont enfermés dans les zones sous contrôle total dont seules, toujours d après Amnesty, trois personnes ont pu s échapper ou les quitter en soixante ans. «Les personnes qui étaient avec moi au camp étaient soit nées là-bas soit y habitaient depuis longtemps, par conséquent elles n avaient aucun contact avec l extérieur et ne souhaitaient pas en avoir. Nous étions condamnés à vivre en respectant les règles du camp et à y mourir quand notre heure était venue. Les gens de l extérieur appelaient aussi ce lieu «zone de circulation interdite». Pour y être né et y avoir vécu depuis toujours, nous ne pensions pas que ce puisse être une zone interdite, nous pensions juste que nous devions travailler dur pour expier les péchés commis par nos parents et nos aïeux. P. 37 Nous nous reposions tous les 1ers du mois, et aussi les jours d anniversaire de Kim Il Sung et de Kim Jong Il, ainsi que le jour de l an. Nous ne savions pas exactement les raisons mais nous pensions que nous ne travaillions pas ces jours car les gardes prenaient leur jour de repos. P. 45 Un mois après mon accouchement, j ai dû aller travailler en portant mon enfant sur le dos. Lorsqu il y avait les travaux de repiquage du riz à faire, nous devions laisser nos bébés alignés sur la berge. Les personnes âgées devant également participer au groupe de travail, il 192

193 n y avait ni crèche ni personne pour garder les enfants, c est pourquoi beaucoup d enfants mouraient dans le camp. P. 52 Il nous est même arrivé de subir des expériences in vivo pour trouver des moyens d attraper les poux. P Le professeur ne devait pas instruire les élèves mais il avait pour rôle de les conduire au travail. A partir du lycée, les élèves étaient considérés comme de véritables détenus et devaient travailler comme tels au camp. P. 89 Au collège et au lycée, il n y avait bien évidemment pas de livre mais seulement un cahier du jour où l élève devait s autocritiquer quotidiennement. P. 119 D autre part, il y avait beaucoup de situations cruelles pendant la guerre de Corée comme en témoigne Hwang Sok Yong dans son roman «L Invité». Dans un quartier, dans une atmosphère instable juste avant la libération, des personnes qui se côtoyaient familièrement dans une chambre d hôtes se divisent en clans, les uns prônant la confiscation des propriétés terriennes, les autres la répartition des propriétés. Les personnages (propriétaires terriens de confession protestante et les agriculteurs en fermage et garçons de fermage communistes) commencent à s entretuer selon l évolution de la situation militaire. Les convictions premières évoluant en fonction des besoins immédiats, des meurtres et des viols sont commis sans hésitation, aussi bien dans les familles que chez les ennemis. Enfin, même parmi les protestants, en représailles, des crimes sont commis envers les familles ayant un lien avec le parti communiste. «L Invité» traite également de l affaire de Sinchon-ri. Cette affaire est vue de façon différente en Corée du Nord et en Corée du Sud. En Corée du Nord l affaire Sinchon-ri est revendiquée comme un massacre de la population innocente perpétrée par l armée américaine, tandis qu au Sud elle est considérée comme une campagne militaire anticommuniste. Selon Hwang Sok Yong, il s agit d un affrontement entre la droite protestante et la gauche socialiste, une opposition idéologique qui s est transformée en violence. Dans une émission intitulée «Nous pouvons le divulguer maintenant : la guerre de l oubli» diffusée par la chaîne de télévision sud coréenne MBC en avril 2002, le directeur de 193

194 production Cho Joon Mook a révélé que, bien qu il s agissait effectivement d une conséquence résultant d un affrontement politique entre la gauche et la droite, on n avait à ce jour aucune preuve que le massacre de Sinchon était une initiative américaine car l armée américaine lancée dans la conquête de Pyongyang, n avait séjourné que très peu de temps à Sinchon. En outre, «Massacre en Corée» peint par Picasso en 1951 est une œuvre engagée dénonçant l atrocité de la guerre de Corée et des crimes commis à l encontre des civils. Certains y voient le massacre de Sinchon dans la province de Hwanghae, mais il n y a pas de preuve objective pour confirmer un rapport entre l œuvre et le massacre de Sinchon. Cependant, la dissension entre la Corée du Nord et les chrétiens reste inchangée de nos jours. Il y a même eu une exécution sommaire de chrétiens qui distribuaient la bible en Corée du Nord. Ces comportements sont rendus possibles et résultent des conditions et facteurs environnementaux tels que la souffrance endurée dans les camps, l absence d espoir, la déchéance éthique, mais il ne faut pas oublier le froid si glacial qu il solidifie même la salive, qu il paralyse et engourdit l esprit et le corps jusque dans les os. Cependant, il faut noter que l expression camp d internement des criminels politiques n est pas l appellation officielle en Corée du Nord. Les habitants nord-coréens appellent les camps regroupant les criminels politiques «zones sous contrôle», «zones dictatoriales», «quartiers de migration», «camps groupés de criminels politiques», «Yuaeso», «Jongparo», etc. Quant au gouvernement nord-coréen, il les désigne sous le nom de «centres de contrôle». Par exemple, le camp de Yodeok se nomme «le centre de contrôle n 15» ; alors que sur les papiers administratifs, il est camouflé comme étant un terrain de l armée des gardes du peuple de Josun. Ces camps de concentration sont connus pour emprisonner en collectivité environ détenus sensés être des dangers pour le système nord-coréen ; comme des antipartis ou des antirévolutionnaires et cela sans aucune procédure juridique. 194

195 A l origine, la plupart des détenus étaient ce qu on appelait des «dangers pour le système», des ennemis, c est-à-dire des gens qui critiquent le système nord-coréen en aspirant à un monde de libertés : parmi eux on retrouvent des membres des anciens partis purgés, des antipartis, des antirévolutionnaires, d anciens propriétaires terriens, des partisans pro-japonais, des religieux, des familles de réfugiés en Corée du Sud et des immigrants venant de Corée du Sud. Mais au cours du temps, ce furent les politiciens qui avaient perdu la lutte pour le pouvoir après avoir été membres du parti des ouvriers et leurs familles qui constituèrent la plus grande partie des détenus dans ces camps de concentration. Et c est surtout lors du renforcement du culte de la personnalité de KIM Il Sung que le nombre de détenus connut une nette augmentation. Le camp de concentration des criminels politiques est placé sous une surveillance étroite et possède un système de contrôle efficace, afin d empêcher les évasions ou les révoltes parmi les détenus. Ainsi, quatre à six rangs de clôtures de fil de fer barbelé dont la hauteur atteint trois ou quatre mètres sont installés entre le camp et l extérieur. De même, dans les endroits les plus favorables à la fuite, on trouve encore du fil de fer barbelé, des champs de mines ainsi que des pièges. Des surveillants montent la garde à l extérieur à intervalles de 2 kilomètres, en haut de tours d une hauteur de sept mètres. Si un détenu est découvert en tentant de fuir, il est tué sans sommation par les gardes. Et on rapporte qu en cas d arrestation, il est fréquent que le détenu serve de cible pour l entraînement dans des lieux réservés aux commandos. Une fois incarcérés dans le camp, les détenus perdent non seulement leur droit de citoyen mais aussi tout droit fondamental en tant qu homme ; ils existent seulement en tant qu outils productifs et main-d œuvre. 195

196 En effet, immédiatement après l entrée dans le camp, leurs cartes de citoyen leur sont retirées ; leurs droits de vote et à l éducation sont restreints ; on leur interdit non seulement de s approvisionner en nourriture et en produits de premières nécessités mais aussi de se marier et d avoir des enfants. De plus, à travers l interdiction des visites et de la correspondance, tout contact avec l extérieur est proscrit. Le travail quotidien du détenu est plus ou moins différent selon les caractéristiques propres au groupe de travail auquel il appartient et selon la saison. Les membres du groupe de travail d une exploitation agricole doivent se lever à cinq ou six heures du matin, puis travailler jusqu à vingt heures ; ensuite, après la séance de propagande et l appel, ils se couchent à vingt-deux heures. Quant aux membres du groupe qui travaille à la mine, ils effectuent un travail épuisant en trois équipes par jour, quelle que soit la saison. La nourriture principale des détenus est constituée de maïs, de pommes de terre et de blé ; chacun d eux est approvisionné seulement une seule fois à la période de la récolte. La quantité distribuée est de 600 grammes par personne et par jour dans les mines et 500 grammes dans les districts ; mais cette ration a été réduite à 100 ou 200 grammes à cause de la pénurie alimentaire. En dehors de ces féculents, les légumes ne sont guère distribués ; seuls le sel, la sauce au soja et du pâté de soja sont attribués en petites quantités. L ail et la poudre de piment sont fournis seulement par les petits jardins à l intérieur des camps. Par conséquent, les détenus souffrent d un manque criant de nourriture ; ce qui les pousse à manger les racines des arbres ou des herbes et même les asticots dans les excréments des vaches, ou bien des œufs de grenouilles. De plus, ils vivent dans des maisons en bois ou en paillassons et sur un sol en écorce. Donc, un grand nombre de détenus souffre de maladies comme la pellagre, la tuberculose et l hépatite. Les différents camps de concentration se situent tous dans des régions dont la situation géographique est difficile, ce sont des milieux de montagnes hostiles, comme 196

197 Hamkyong nambuk-do, Pyongan nambuk-do et Jakang-do. On trouve aussi au total dix camps dans les villes : Yodeok, Danchun et Duksung au sud de Hamkyong, Hwasung, Chongjin et Hwaeryong au nord de Hamkyong, Kaechun au sud de Pyongan, Pukchang au nord de Pyongan, Chunma dans la région de Jakang-do et enfin la ville de Dongsin. Les camps d internement sont divisés en deux zones en fonction des crimes commis : la zone sous contrôle total et la zone de rééducation révolutionnaire. Dans la première, sont détenus à vie des criminels politiques comme ceux qu on appelle en Corée du Nord des antipartis, des dangers antirévolutionnaires ou des gens qui furent arrêtés suite à une tentative de fuite vers l étranger. Quant à la zone de rééducation, on y détient des criminels ayant commis des crimes relativement moins graves. Ainsi, au bout de 3 à 10 ans passés à l intérieur, si on juge que le changement idéologique chez les détenus est accompli et qu ils sont aptes à devenir des fidèles du système des deux dictateurs KIM, on les fait parfois sortir du camp après une évaluation. La gestion du camp est divisée en deux : l administration et les contrôles généraux sont assurés par le bureau de contrôle des camps de concentration sous la responsabilité de la section des gardes pour la sécurité nationale, et la sécurité est prise en charge par la garde populaire de la sécurité nationale. La chaîne télévisée de la Liberté en Corée du Nord (RFA) a diffusé le 19 décembre une annonce disant que «si les camps de concentration n 14 et n 22 des zones sous contrôle total ont déjà été ouverts au public, la réalité de la violation des droits de l homme dans le camp de concentration des criminels politiques n 18 va être révélée au public pour la première fois». L émission annonça par la suite que «M. LIM, Kyung-sik sous pseudonyme, qui est le fils d un otage militaire, a été enfermé pendant 20 ans dans le camp des criminels politiques n 18, depuis sa naissance sur le site et jusqu à sa fuite de Corée du Nord à la fin de l année 2003». Ce jour-là, M. LIM dénonça la réalité du camp des criminels politiques n 18 à 197

198 Kaechun au sud de la région de Pyungan, qui est une zone sous contrôle total, en décrivant très exactement le plan du camp de concentration n 18. Voici le contenu de sa déclaration sur la chaîne RFA : 235 «Ici, c est le village où vivent les détenus ; quand j étais encore ici, on disait que c était plus grand qu une base militaire de soldats. A l intérieur, il y avait 7 gares et 8 écoles. Et ici, c est l île près du fleuve Daedong, où on transportait du charbon par le chemin de fer des mines jusqu à la centrale à énergie thermale de Bukchang. On faisait des exécutions publiques ici. C est l endroit où on faisait toujours les exécutions publiques sur cette île. Tous les ans, à la fin de l année, ils tuaient au fusil de 15 à 20 personnes.» M. LIM affirma qu il cultivait en lui la haine de ses parents, parce qu il avait grandi en entendant constamment les professeurs à l école dans le camp leur dire que c était à cause de leurs parents qu ils devaient vivre cette vie pénible et qu ils devaient payer la faute de leurs parents «Si on parlait de la haine envers mes parents, et bien à l époque, je les haïssais énormément. Vraiment, je les haïssais jusqu à avoir envie de les tuer. A chaque fois quand la vie me semblait dure, je me demandais pourquoi ils n avaient pas bien agi, et pourquoi ils m avaient mis au monde, juste pour me faire souffrir ainsi» M. LIM rapporta qu à l intérieur du camp de concentration, les parents de son ami allèrent jusqu à mettre dans un cercueil et enterrer vivante leur mère très âgée qui ne pouvait plus bouger, tellement ils étaient en proie à la haine envers leurs parents. Et malgré l horreur de la chose, les gens incarcérés dans le camp disaient que, comme de toute manière ils n avaient plus de carte de citoyen, ce n était pas grave de l avoir enterrée sans faire de déclaration de décès. M. LIM déclara ainsi qu à l intérieur même du camp de concentration on éduquait les gens à haïr leurs parents. 235 Blog.daum.net/9hyewan/

199 Puis, M. LIM a témoigné que dans le camp de concentration n 18, on faisait des marques au fer rouge sur le ventre des bébés en disant qu on allait les soigner ; mais cette marque sur lui est restée nettement visible même aujourd hui. Il a dit également que, non seulement lui-même mais aussi son frère et tous ses camarades de classe avaient cette marque sur le ventre. On pense que cette marque était faite pour laisser une trace qui attestait qu ils vivaient dans ce centre de contrôle. M. LIM dit que la nourriture dans le camp consistait en une distribution de poudre venant de grains de maïs et qu il était attribué à chaque groupe de détenus une parcelle de champ pour cultiver des choux. Or, les gardiens du centre de contrôle emportaient les choux en ne laissant sur le champ que les feuilles des choux ; les détenus faisaient ensuite fermenter ces feuilles dans des gamelles et c était leur nourriture principale. Dans les champs où il ne restait que les résidus des choux, toute la famille devait apporter et répandre les engrais ; mais si on n arrivait pas à le faire, on ne pouvait même pas recevoir les choux à faire fermenter, dit-t-il encore. «La nourriture principale que je mangeais, c était toujours de la poudre de maïs sur les feuilles de choux. A l intérieur du camp il y avait une grande usine alimentaire et une ferme avec des cochons, mais c étaient probablement les responsables du centre de contrôle qui prenaient tout ce qui sortait de là. Nous, nous vivions en mangeant seulement ce qu ils donnaient comme je vous l ai dit.» 3-5. Totalitaire, thanatopolitique D autre part, à la fin des années cinquante, Hannah Arendt avait déjà analysé dans The Human Condition le processus qui conduit l homo laborans et avec lui, la vie biologique 199

200 comme telle à occuper progressivement le centre de la scène politique de la modernité. C est précisément à ce primat de la vie naturelle sur l action politique qu Arendt, allant plus loin, faisait remonter la transformation et le déclin de l espace public dans les société modernes. Que ces analyses n aient pratiquement pas eu de suite et que Foucault ait pu entreprendre ses recherches sur la biopolitique sans jamais se référer à elles, voilà qui témoigne des difficultés et des résistances que la pensée allait devoir affronter dans ce domaine. Et c est probablement en raison de ces difficultés que, dans The Humain Condition, l auteur n établit aucun lien avec les pénétrantes analyses qu elle avait consacrées précédemment au pouvoir totalitaire (où manque toute perspective biopolitique), et que, curieusement, Foucault n a jamais placé ses recherches sur les lieux par exellence de la biopolitique moderne : les camps de concentration et la structure des grandes Etats totalitaires du 20 e siècle. 236 Agemben s étonne que Foucault n ait pas porté intérêt aux Etats totalitaires. Il est à noter que chez Foucault tout régime est expliqué en termes de biopolitique et de thanatopolitique. Les énigmes que notre siècle a posées à la raison historique et qui demeurent toujours actuelles ne pourront être résolues que sur le terrain - celui de la biopolitique - où elles se sont formées. La thèse de Foucault devra dès lors être corrigée, ou tout au moins complétée, au sens où ce qui caractérise la politique moderne n est pas l inclusion de la dans la polis, en soi très ancienne, ni simplement le fait que la vie comme telle devient un objet éminent de calculs et de prévisions du pouvoir étatique ; le fait décisif est plutôt que, parallèlement au processus en vertu duquel l exception devient partout la règle, l espace de la vie nue, situé à l origine en marge de l organisation politique, finit progressivement par coïncider avec l espace politique, où exclusion et inclusion, extérieur et intérieur, bios et zoe, droit et fait, 236 AGAMBEN Giorgio, Homo sacer. Le pouvoir souverain et la vie nue, trad. M. Raiola, Paris, éd. Seuil, 1998, c1995. P

201 entrent dans une zone d indifférenciation irréductible. 237 Karl Lowith, qui a défini le premier le caractère fondamental de la politique des Etats totalitaires comme politisation de la vie, a remarqué l étrange relation de contiguïté qui unit la démocratie au totalitarisme : La neutralisation des différences politiquement pertinentes et l affaiblissement de la prise de décision se sont intensifiées depuis l émancipation du Tiers Etat, la formation de la démocratie bourgeoise et sa transformation en une démocratie industrielle de masse, et jusqu au moment décisif où le phénomène s est inversé : il aboutit aujourd hui à une totale politisation de tout, y compris de certaines sphères de la vie à paraître un Etat du travail plus profondément étatique que tout ce qu ont connu les Etats des souverains absolus ; l Italie fasciste a vu la naissance d un Etat corporatiste qui règle normativement non seulement le travail national mais aussi l après travail et la vie spirituelle dans son ensemble. L Allemagne nationale-socialiste a connu un Etat totalement organisé qui politise par des lois raciales jusqu à la vie, alors considérée comme privée. 238 totalitarisme. La Corée du Nord est un pays qui témoigne de la proximité entre le socialisme et le Dans tout Etat moderne, il existe un point qui marque le moment où la décision sur la vie se transforme en une décision sur la mort, et où la biopolitique peut ainsi se renverser en thanatopolitique. Aujourd hui, ce point ne se présente plus comme une frontière fixe, divisant deux zones clairement distinctes : il s agit plutôt d une ligne mouvante qui se déplace dans des zones de plus en plus vastes de la vie sociale, et dans lesquelles le souverain agit de plus en plus en symbiose non seulement avec le juriste, mais aussi avec le médecin, le savant, l expert Ibid.,p Ibid.,p Ibid.,

202 La Corée du Nord est un régime totalitaire ou un régime sous lequel la biopolitique s est renversée en thanatopolique faute de gestion souple et de rationalité libérale, comme le fait remarquer Foucault plus haut. «Le fascisme et le nazisme sont, avant tout, une redéfinition du rapport entre l homme et le citoyen ; aussi paradoxal que cela puisse paraitre, ils ne deviennent pleinement intelligibles qu une fois replacés sur l arrière-fond biopolitique inauguré par la souveraineté nationale et les déclarations des droits de l homme». 240 Il en est de même pour le régime nord-coréen. Le camp, autrement dit, est la structure dans laquelle l état d exception, dont la décision fonde le pouvoir souverain, se concrétise normalement. Nous avons examiné jusque là les dangers qu incarne la Corée du Nord oscillant entre le totalitarisme défini par Arendt et la thanatopoltique au sens où l entend Foucault. Nous allons réfléchir sur la chute éventuelle du régime nord-coréen en nous référant à une thèse fondée sur l effondrement des régimes communistes en Europe de l Est. Cette thèse met l accent sur la notion de «société civile». Depuis le mois de décembre 2012, plusieurs pays aux régimes autoritaires du Moyen-Orient et d'afrique du Nord ont connu d importants bouleversements politiques. Lorsque la Révolution du jasmin a fait tomber ces régimes par une suite de manifestations civiles, un effondrement possible du régime nord-coréen a fait aussi l objet d une attention particulière. On a tendance à classer l ancien bloc soviétique en fonction du développement de la société civile. On note que, dans une société civile relativement bien développée, la chute du régime communiste se déroule de manière souple grâce à une dynamique de négociation et compromis. En revanche, dans une société civile relativement peu développée, le processus de démocratisation connait plus de difficultés pendant et après l effondrement du régime communiste. On peut citer en particulier les éléments qui permettent de distinguer le régime nordcoréen des régimes socialistes de l Europe de l Est : l idéologie du Juche, l appareil de 240 Ibid.,

203 répression, la surveillance et le système de mobilisation de la population. En effet, ce sont ces éléments qui rendent difficile, sinon impossible, le renouvellement de la société nord-coréenne. De ce point de vue, le régime nord-coréen est qualifié de totalitaire. L auteur de la thèse souligne que, si l on souhaite un changement de régime en Corée du Nord, il vaut mieux s interroger sur les conditions permettant de renouveler la société civile nord-coréenne et de la dynamiser, plutôt que de se pencher sur l hypothèse d une chute du régime actuel PARK Jung-Won, «Arguments of North Korea s Collapse in Light of the Collapse of the Communist System in Eastern Europe : Focusing on the Concept of Civil Society», in Journal of Korean Political and Diplomatic History [Hangukjeongchioegyosanonchong] Vol. 34, N 2,

204 Quatrième Partie Sujet, soi et vérité 204

205 Durant le séminaire intitulé les techniques de soi organisé par l université du Vermont en 1982, Foucault avoue qu il a peut-être trop insisté sur les techniques de domination et de pouvoir et qu il s intéresse de plus en plus à l interaction qui s opère entre soi et les autres et aux techniques de domination individuelle, au mode d action qu un individu exerce sur lui-même à travers les techniques de soi. En outre, d après Paul Veyne, Foucault n est pas l ennemi de l homme ni du sujet humain. Pour lui, le sujet ne peut ni faire descendre l absolue vérité du ciel, ni agir en tant qu être suprême dans le domaine des vérités. De plus, il considère que le sujet ne peut que se conformer aux vérités et aux réalités de son époque ou les réformer. L idéologie du Juché fondée par KIM Il-Sung et globalement parachevée par KIM Jong-il en un système de pensée monolithique, comme le prétendent les Coréens du Nord, est une idéologie où l autonomie du sujet est renforcée. Dans ce chapitre, nous comparerons l idéologie Juchéenne et la pensée foucaldienne, puis tenterons de comprendre pourquoi la Corée du Nord considérée comme la dernière forteresse du socialisme n a pu évoluer qu en un Etat totalitaire. 205

206 Chapitre1.Sujet et soi Pendant de longues années, l objectif de Foucault était d esquisser une histoire des différentes manières dont les hommes, dans notre culture, élaborent un savoir sur euxmêmes à travers l économie, la biologie, la psychiatrie, la médecine et la criminologie. L essentiel n était pas de prendre ce savoir pour argent comptant, mais d analyser ces prétendues sciences comme autant de «jeux de vérité» 242 qui sont liés à des techniques spécifiques que les hommes utilisent afin de comprendre qui ils sont. Foucault répartit ces techniques en 4 grands groupes : 1. les techniques de production grâce auxquelles nous pouvons produire, transformer et manipuler des objets 2. les techniques de systèmes de signes qui permettent l utilisation des signes, des sens, des symboles ou de la signification. 3. les techniques de pouvoir qui objectivent le sujet en déterminant la conduite des individus, les soumettent à certaines fins ou à la domination. 4. Les technologies de soi qui permettent aux individus d effectuer, seuls ou avec l aide d autres, un certain nombre d opérations sur leur corps et leur âme, leurs pensées, leurs conduites et leur mode d être, afin de se contrôler de façon effective. 243 Cependant, il est rare que ces quatre types de techniques fonctionnent séparément. Ce que Foucault a voulu montrer, c est la spécificité de ces techniques et leur interaction constante. Foucault s est principalement intéressé aux techniques de domination et aux 242 Michel Foucault, Les techniques de soi, trad.coréenne, LEE Hui-Won, Seoul, éd. Dongmoonsun, 1997, p Ibid., p

207 techniques de soi. C est pourquoi le chapitre précédent traitait des technologies de domination et dans ce chapitre nous examinerons les techniques de soi. Selon Foucault, pour les Grecs, le principe du «souci de soi» figurait l un des grands principes des cités, l une des grandes règles de conduite de la vie personnelle et sociale. Aujourd hui, lorsqu on demande : «quel est le principe moral qui domine toute la philosophie de l Antiquité?», la réponse immédiate est «connais-toi toi-même.» Pour Foucault, notre tradition philosophique a trop insisté sur ce dernier principe et oublié le premier «prendre soin de soi-même». Autrement dit, le dernier principe se subordonne au premier. 244 Dans la culture gréco-romaine, la connaissance de soi est apparue comme la conséquence du souci de soi. Dans le monde moderne, la connaissance de soi constitue le principe fondamental. Dans son livre Le Souci de soi, Foucault écrit que les rapports aux autres, la politique et les pratiques sociales sont toujours grandement pris en compte au même titre que le souci de soi ou la domination ; mais toutes les intentions principales des pratiques de soi se trouvent à l intérieur de soi-même et dans le rapport à soi-même, et cela suppose une transformation de soi par soi-même. Néanmoins, certaines personnes qualifient Foucault de structuraliste. Foucault croyait en l historicité, dans les particularités et la rareté de l expression de la vérité. Ce sont ces trois caractéristiques qui ont amené à le rattacher aux structuralistes. 244 Ibid., p

208 Or d après Veyne, il reconnaît que la pensée ne naît pas intégralement d elle-même, et que l explication doit se fonder sur autre chose. Pour Foucault, cette autre chose c est le discours et le dispositif ; pour les structuralistes il s agit de la structure. 245 Pourtant Foucault croyait au sujet humain. Il déclare : «Je n ai jamais nié, loin de là, la possibilité de changer le discours : j en ai retiré le droit exclusif et instantané à la souveraineté du sujet». En effet, un sujet libre, loin d être maître de soi, se construit. Foucault a appelé ce processus la subjectivation. 246 L idéologie du Juché en Corée du Nord croit au sujet humain, mais au contraire de Foucault, considère le sujet libre comme maître de soi. L idéologie du Juché peut se résumer par «le peuple est maître de la révolution et de la construction du pays et il a les capacités de les promouvoir» ou encore par «le maître de son destin est soi-même et présente la volonté de le façonner par soi-même». D un point de vue philosophique, le principe sur lequel repose l idéologie du Juché est simple, mais le point le plus délicat reste le problème de l union de la masse et de la classe dirigeante lors de la mise en pratique. L idéologie du Juché, tout en insistant sur l infaillible nécessité pour la masse populaire, prise comme sujet historique, de suivre les directives d un guide dans le but d acquérir une autonomie, glisse vers le totalitarisme en entraînant le peuple à être un sujet passif, à la différence du marxisme-léninisme. Par ailleurs, PARK Young Ja observe que les finances de l Etat se concentrant dans l industrialisation, la discipline de soi qui peut favoriser un rendement relativement élevé à un 245 VEYNE Paul, Michel Foucault. Sa pensée, sa personne, Paris, Albin Michel, Sciences humaines, 2008 (trad. coréenne LEE Sang-Gil, Paju, éd. Woongjinthinkbig, 2009), p Ibid., p

209 coût réduit, est mise en valeur. 247 Le souci de soi de Foucault présente d autres modalités mais les exercices de défense nationale ou la maîtrise/contrôle de soi demeurent une transformation de soi par soi indispensable dans une société totalitaire. 247 PARK Young-Ja, «La bio-politique de la Corée du Nord», in Recherches sur la Corée du Nord contemporaine, vol. 7, n 3,

210 Chapitre 2 Au-delà de la vérité, au-delà de la liberté Alexandre Koyré a remarqué que l homme pouvait imaginer la notion de vérité mais ne pouvait probablement pas atteindre la vérité elle-même. Pour Paul Veyne, Foucault était un penseur sceptique. Il ne «croyait qu à la vérité des faits, des innombrables faits historiques qui remplissent toutes les pages de ses livres et jamais à celle des idées générales». Ce n est pas pour autant que Foucault était nihiliste. Il croyait en l existence de la liberté humaine. 248 Par ailleurs, Olivier Razac ajoute : «Il se trouve que Foucault, dans sa recherche de manières de vivre libératrices, a fortement relié éthique et esthétique de l existence. Il mobilise pour cela une conception de l éthique empruntée à l antiquité gréco-romaine aussi bien chez Platon que chez les stoïciens et les épicuriens. Pour Foucault l esthétique est corrélative d une éthique.» 249 Dans L usage des plaisirs, Foucault se propose de «montrer comment, dans l Antiquité, l activité et les plaisirs sexuels ont été problématisés à travers des pratiques de soi faisant jouer les critères d une «esthétique de l existence».» Foucault précise que, dans l Antiquité, la problématique de la morale sexuelle aboutissait finalement à un comportement de maîtrise de soi. L austérité sexuelle était valorisée. Ainsi l homme libre ne doit pas devenir l esclave de ses désirs. Or un homme qui 248 Ibid., p Olivier Razac avec Foucault après Foucault L Harmattan, Paris 2008, p

211 sait se maîtriser se gouverne soi-même. Par ailleurs, l emploi de l expression gouvernement de soi comme condition éthique pour gouverner les autres dans L Usage des plaisirs suggère une relation entre le souci de soi et la politique. Alors de quelle vérité parle-t-on en Corée du Nord? Quelle est la liberté? Le 18 e siècle semble nous avoir donné le goût d une nouvelle liberté, cela est un point fort positif. Toutefois, le fondement de ces libertés, leur «sous-sol» (d après le terme de Foucault), ne change pas, puisqu on le trouve toujours dans une société disciplinaire dont le pouvoir de maîtrise se dissimule tout en se multipliant. Blanchot expliqua ce propos de Michel Foucault dans son ouvrage Michel Foucault, tel que je l imagine : «Les Lumières qui ont inventé les libertés ont aussi inventé la discipline» (C est peut-être exagéré ; les disciplines remontent aux temps préhistoriques, lorsque, par exemple, l on fait de l ours par un dressage réussi ce que sera plus tard le chien de garde ou le policier valeureux) 250 Comme dit Blanchot, le propos de Foucault est certes un peu exagéré. Mais si le siècle des Lumières ouvrit une nouvelle ère de la liberté par le biais de la raison, il inventa également la discipline. Pourtant, ce qui est paradoxal est que Foucault s intéressa, dans la philosophie 250 Blanchot, Michel Foucault tel que je l imagine,fata morgana,

212 kantienne, à la recherche d une identité par le sujet libre à travers l évolution personnelle. Or, quelle est la philosophie des Lumières? La philosophie des Lumières, c est la sortie de l homme hors de l état de tutelle dont il est lui-même responsable. L état de tutelle est l incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d un autre. On est soi-même responsable de cet état de tutelle quand la cause tient non pas à une insuffisance de l entendement mais à une insuffisance de résolution et du courage de s en servir sans la conduite d un autre. Sapere aude! Aie le courage de te servir de ton propre entendement! : voilà la devise des Lumières. Kant définit la philosophie des Lumières comme le chemin vers la maturité par le biais de la raison. Et comme le montre suffisamment le propos de Kant d après lequel l homme est lui-même responsable de son état de tutelle, l homme ne peut atteindre son salut qu à travers les évolutions personnelles. Outre cela, Foucault définit Kant en tant que philosophe empiriste qui recherche la formation de l identité sur la base d une interrelation organique entre la cause historique, la raison critique et la réalité sociale. Foucault affirme que, dans le texte intitulé Quelle est la pensée des Lumières écrit en 1784 par Kant, ce dernier comprend lui aussi le travail critique des Lumières dans le contexte social. Dans ce texte, Kant écrit qu il est difficile pour un individu de sortir seul de l état de tutelle, mais qu il est au contraire possible qu un peuple s instruise par lui-même. L état de tutelle que Kant problématise est le système social du pouvoir. Aussi, Foucault tire de ce propos la thèse selon laquelle la pensée des Lumières recherche non seulement l évolution de l état d esprit de l individu, mais aussi celle du système social. 251 Selon Foucault, Kant définit deux conditions essentielles pour que l homme sorte de 251 Collectif (Etudes réunies et présentées par KIM Hye-Sook), Le postmodernisme et la philosophie [Postmodernismegwa cheolhak], Séoul, éd. Presses universitaires d Ewha,

213 sa minorité. La première de ces conditions, c est que soit bien distingué ce qui relève de l obéissance de ce qui relève de l usage de la raison. Kant, pour caractériser brièvement l état de minorité, cite l expression courante : «Obéissez, ne raisonnez pas», telle est, selon lui, la forme par laquelle s exercent d ordinaire la discipline militaire, le pouvoir politique, l autorité religieuse. L humanité deviendra majeure non pas lorsqu elle n aura plus à obéir, mais lorsqu on lui dira : «Obéissez, et vous pourrez raisonnez autant que vous voudrez.» 252 Kant ajoute que la raison doit être libre dans son usage public et qu elle doit être soumise dans son usage privé. C est probablement ici que Foucault conçoit les dispositifs de sécurité en tant que mécanismes du pouvoir. Foucault s intéresse essentiellement à la notion de la discipline inventée autrement par les Lumières ou à la question du pouvoir ; il pense que la formation de l identité chez un individu est étroitement liée à sa relation au pouvoir. Mais en même temps, Foucault écrit qu on a besoin d une nouvelle théorie du pouvoir parce que l Etat actuel est, à la base, une nouvelle forme de pouvoir discipliné qui contrôle les actes de l individu en traitant de façon utile la vie individuelle. Je me propose maintenant d étudier une autre forme du Juché dont le but est la formation de l identité par l évolution individuelle, comme dans la philosophie kantienne ; HWANG Jang-Yop, qui inspira la doctrine du Juché, avait déclaré qu il avait reçu, lui aussi, 252 Dekens Olivier, Qu est-ce que les lumieres?, Breal,Roseney,

214 l influence des philosophes des Lumières. L impression générale que donne la philosophie des Lumières est qu elle insiste souvent sur l élément utopiste et certes, Foucault le reconnaît aussi. Seulement, la différence est qu il a une autre opinion que les Lumières sur l utopie. En fait, pour Foucault, l utopie semble être un chemin tracé vers le totalitarisme. Généralement, les penseurs firent reposer l idéal d une société parfaite sur les philosophes et les juristes du 18 e siècle. Mais il y avait également l idéal d une société militariste. Au 18 e siècle, cette règle de base n était pas un état naturel, mais une obligation éternelle ; non pas un droit de base mais des formes d accommodation qui progressaient sans limite ; non une volonté générale mais un entraînement automatique. La réalisation de cette utopie semble être tout à fait possible, davantage que ce que l homme le croyait auparavant. Ainsi, nous arrivons au problème de la conscience de soi confrontée au problème de la réalité : comment éviter la réalisation de l utopie? La réalisation de l utopie est possible. La vie avance vers l utopie. Il est néanmoins possible qu une nouvelle ère arrive, une ère où les intellectuels et la classe sociale supérieure éviteront l utopie en recherchant une voie pour retourner vers une société non-utopiste, mais très libre. Il suffit de lire les romans anti-utopistes, tels que Le Meilleur des mondes écrit par Huxley et 1984 de George Orwell, pour analyser le monde d aujourd hui. On peut y trouver l utopie des Lumières qui mène au totalitarisme, selon Foucault. Un autre roman de George Orwell, La ferme des animaux, qui ironise aux dépens du stalinisme, est un roman qui peut aider à comprendre la société coréenne du Nord puisqu elle a établi son système à travers le stalinisme. 214

215 Conclusion 215

216 Beaucoup de temps s est écoulé depuis le début de l écriture de cette thèse durant lequel la Corée du Nord a subi de nombreux changements. KIM Jong-Il est mort. Néanmoins, en Corée du Nord, une cérémonie de commémoration à l occasion de l anniversaire de l ancien dirigeant est toujours prévue le 16 février. Ainsi, le culte de la personnalité des dirigeants paraît inchangé. Au contraire, il semblerait qu il soit renforcé dans le but de conforter le statut de KIM Jong-Eun. Récemment, de nombreuses exécutions de déserteurs ont eu lieu dans les zones frontalières. L élaboration de l idéologie du Juché, qu elle ait débutée en 1930 comme l affirme la Corée du Nord ou en 1950 selon la Corée du Sud, en se constituant comme le principe de gouvernement du pays, a menée la Corée du Nord vers un régime totalitaire. Les notions de Foucault permettent amplement d analyser la société nord coréenne. Comme le formule Alain Brossat, la culture au même titre que le sanitaire font partie d une biopolitique qui a été globalisée. Aussi, en Corée du Nord, la culture a-t-elle été utilisée comme un moyen de gérer efficacement le peuple. D ailleurs, c est probablement le pays où la politique culturelle est la plus stratégique (politique) et la plus puissante. L idéologie du Juché et la politique culturelle vont toujours de paire. J ai pu m en rendre compte personnellement à l occasion d un voyage organisé à Kaesong il y a quelques années. Toutes les visites des monuments sans exception commençaient par un hommage au dirigeant et un enseignement de KIM Il-Sung. L art littéraire nord coréen est considéré comme un produit essentiellement social et politique ; par conséquent, l originalité en littérature n est pas reconnue. Dans le cas de la Corée du Nord, la culture a servi à justifier la stratégie de développement du pays, elle a joué un rôle important dès la période de construction du pays en tant qu appareil permettant à la fois de mobiliser et d intégrer le peuple dans le système. De ce fait, comme la stratégie culturelle occupe une place importante dans la stratégie nationale, l objectif auquel aspire le pays s y reflète et on peut donc dire que la culture a évolué en fonction des changements de la stratégie de développement du pays. Dès lors, la classification de l histoire du cinéma nord coréen telle que nous la ferions pour l histoire du cinéma d un pays capitaliste occidental, à savoir la catégoriser selon les particularités des films, la méthode d expression ou les théories du réalisateur, semble 216

217 difficile, on classera donc le cinéma nord coréen plutôt selon des critères se rapportant aux changements de stratégie nationale. Autrement dit, la politique culturelle, plus précisément la politique littéraire et même la politique dans tout autre domaine, matérialise l objectif présenté dans les discours et les instructions du dirigeant et de son successeur. La deuxième partie de cette thèse se divise en quatre chapitres et montre que l art et la culture en Corée du Nord est un moyen de maintenir le gouvernement en place. Avant d analyser la Corée du Nord selon la notion de biopolitique de Foucault, une étude rapide sous l angle de la discipline et du système légal a semblé nécessaire. Le processus de disciplinarisation du travail, de l éducation ou de l hygiène montre pourquoi la Corée du Nord est considérée comme une société totalitaire d une part et aussi comment sa biopolitique tend à devenir une thanatopolitique. D autre part, l analyse de la Corée du Nord en fonction de la notion de dispositifs de sécurité selon Foucault a permis de déceler le biopouvoir dans la politique d urbanisme, de médecine préventive, ou encore de contrôle de la population. Toutefois, comme nous l avons noté précédemment, un véritable dispositif de sécurité est un mécanisme en place dans un lieu qui englobe l homo oeconomicus et la société civile. C est pourquoi il est difficile de considérer que la Corée du Nord relève d un véritable dispositif de sécurité. Cependant, certains chercheurs considèrent que c est une erreur de penser qu il n y a pas de mouvement de résistance parce que les organisations civiles n existent pas en Corée du Nord. Ces mêmes chercheurs pensent que même en Corée du Nord, une forme de critique ou une campagne de résistance contre le système, l élite et l organisation conforme au système semblent exister dans la vie quotidienne de la couche sociale la plus privilégiée du pouvoir nord coréen. Dans le socialisme d un régime totalitaire, la formation d une organisation libérale spontanée n est pas possible. Mais en cas d échec du système, les perspectives des organisations conformes au système peuvent être modifiées. 217

218 Par exemple, en Chine, en fonction des besoins de l Etat et du Parti, des organismes et des organisations ont été créés, mais ces organismes et organisations ont commencé à être utilisés graduellement en se fondant sur l opposition d une élite et cela a plutôt favorisé les activités d opposition aux objectifs de départ. 253 Beaucoup d éléments étatiques appelés sociétés civiles par les analystes des évolutions des sociétés socialistes sont en réalité dépendants d un système dans lequel les organismes gouvernementaux changent. Dans une société socialiste, il existe un vaste réseau de liaisons entre des organisations qui ressemblent notamment aux associations spontanées de la société civile dans les démocraties libérales. A l intérieur d un système socialiste, ce type d organisations est mis en place pour satisfaire les aspirations gouvernementales du pouvoir politique socialiste et est essentiel au système national socialiste. Ainsi, les relations personnelles au sein des organisations sont-elles strictement interdites. Cependant, la socialisation civile des organismes nationaux a réduit la capacité de contrôle des organisations sociales par les hautes sphères du pouvoir politique socialiste et les membres de la société ont transformé les organisations gouvernementales mobilisatrices en un outil de manifestation idéologique et se sont exprimés par des actes de résistance au Parti et à l Etat. La socialisation des organismes nationaux est directement un aspect du parasitisme institutionnel. Ce parasitisme institutionnel permet de surmonter les problèmes relatifs au schéma dichotomique de la grande socialisation civile de l Etat. Les chercheurs spécialistes du socialisme doivent souvent souligner l habileté de la population d une société socialiste à contourner un système qui les contrôle dans leur vie quotidienne. En particulier, les personnes qui ont un esprit de résistance font mine extérieurement de travailler pour l Etat, mais en réalité ils rongent l organisation nationale de l intérieur afin de rendre ce dernier impuissant. Si l on ne comprend pas cette interpénétration de l Etat et de la société, on ne peut expliquer pourquoi de nombreux pouvoirs politiques socialistes, qui semblaient bien structurés, stables et omnipotents, se sont écroulés aussi inopinément et 253 CHO Jung A, La vie quotidienne du peuple nord coréen, Centre de recherche de la réconciliation, Séoul, 2008, p

219 pacifiquement. 254 Le temps nous dira si le gouvernement de KIM Jong-Eun à la tête du pouvoir après la mort de KIM Jong-Il s est effondré ou pas. Pour l instant le nouveau gouvernement nord coréen se trouve dans une phase d observation, la situation évoluera en fonction des liens qui vont se créer avec les pays avoisinants et les Etats-Unis, des rapports qui vont évidemment dépendre des propres intérêts de ces pays. Pourtant, si l on se réfère au problème des droits de l Homme généré par l existence des camps de concentration, la famine, ou le problème nucléaire, la Corée du Nord est nettement un pays qui pratique une thanatopolitique envers son peuple. Jusqu à présent, Washington n a pas pris très au sérieux les menaces nord-coréennes d une attaque nucléaire contre les Etats-Unis. D ailleurs, le gouvernement américain s est préoccupé plutôt de l augmentation du budget pour la restructuration de la défense antimissile (MD) sur la côte Ouest, que d éventuelles frappes de missiles nord-coréens vers le territoire américain. D une certaine manière, les récentes menaces nord-coréennes ont donné aux Etats- Unis la légitimité de débloquer les fonds pour le renforcement des défenses antimissiles et de faire face à une Chine de plus en plus puissante sur la scène internationale. Mais les nouvelles menaces d attaques contre Séoul et Washington en avril (le dernier lancement des missiles et le 3 eme essai nucléaire effectués par Pyonyang) avivent les tensions entre les deux Corées susceptibles de dégénérer en guerre de la Corée du Nord contre la Corée du Sud et les USA. Les raisons qui poussent le régime nord-coréen à agir de manière à consolider sa cohésion nationale pour cause de suspension de l exercice militaire sud-coréano-américain et à (dé)montrer ses capacités nucléaires ne sont pas sans rapport avec les quatre premières puissances asiatiques à la conquête du leadership autour de la péninsule coréenne. Il est à noter que toutes ces actions menées par les autorités nord-coréennes au détriment de la vie de 254 Ibid., p

220 la population incarnent une forme de thanatopolitique. Il est difficile de rester ignorant de la situation que vit cette population en quelque sorte prise en otage par l Etat auquel elle appartient. Dans un contexte de vives tensions, il faudrait privilégier les tentatives d apaisement et la voie du dialogue afin d éviter le pire de la crise. Si l on regarde une nouvelle fois l analyse du pastorat de Foucault, on peut voir la face déformée de l art de gouverner en Corée du Nord et la découverte de l aspect totalitaire d un pays considéré comme la dernière forteresse du socialisme laisse un goût amer. En dernier lieu, après avoir examiné les technologies de Soi de Foucault, puis relevé les différences entre le Juché et le Soi selon Foucault dans l idéologie du Juché en Corée du Nord une question reste en suspend : quelle image nous vient-il quand on évoque la Corée? Panmunjom, la division et les guerres, les dictatures, le cinéma, le Korean barbecue, la vague coréenne ou hallyu, les Jeux Olympiques, la Coupe du monde de football, internet, Samsung, KIM Il-Sung et la famine... Alors quelle représentation se fait-on de la Corée? Une représentation, cela n est ni vrai et faux, ni ou bien vrai ou bien faux : cela n a pas de rapport immédiat avec une vérité. Il s agit d une autre catégorie. Celle du on dit, de la rumeur, du discours sans sujet. Dans son livre la Corée dans ses fables, Patrick Maurus voit la victimisation, le miracle, le nationalisme, le darwinisme social comme des représentations identitaires de la Corée ou des fables. De même que Patrick Maurus l a mentionné dans son livre, le nationalisme coréen est aussi une fable. Le socialisme nord coréen est aussi une fable. Si l on suit la théorie de Foucault, c est un discours produit par le pouvoir et la connaissance. Le tombeau de Dangun en est un exemple représentatif. Pourtant, la question que tous les Coréens ont dû entendre le plus souvent est «que pensez-vous de la réunification?», cette réflexion se retrouve également dans cette thèse. 220

221 Aussi, si l on s en tient à l œuvre de Hobsbawm, la péninsule coréenne est homogène sur le plan ethnique ou linguistique, et de ce fait, c est une région qui a su conserver une tradition et une longue histoire. Elle reste un cas pratiquement unique dans le monde. 221

222 Références bibliographiques 222

223 Ouvrages - AGAMBEN Giorgio, Homo sacer. Le pouvoir souverain et la vie nue, trad. M. Raiola, Paris, éd. Seuil, 1998, c Association d études sur la Corée du Nord éd., Les medias et les arts en Corée du Nord [Bukhanui bangsong eolnongwa yesul], Séoul, éd. Kyongin Munhwa, Séoul, ARENDT Hannah, Le système totalitaire. Les Origines du totalitarisme, trad. Hélène Frappat, Jean-Loup Bourget, Robert Davreu et Patrick Levy, Paris, Seuil, coll. «Points Essais», BALL Stephen J., Foucault and Education : Disciplines and Knowledge, trad. coréenne, LEE Woo-Jin, Séoul, éd. Cheonggye, BROSSAT Alain, L épreuve du désastre, le XXe siècle et les camps, Paris, Albin. Michel, coll. «Bibliothèque Albin Michel des idées», BLANCHOT, Michel Foucault tel que je l imagine,fatamorgana, CHALAMOV Varlan, Récits de la Kolyma, Paris, Verdir, Choe Wan-Gyu, La formation des villes nord-coréennes et leur développement [Bukhan dosiui hyeongseonggwa baljeon], Séoul, éd. Hanul, CHUN Hyun-Soo éd., Le journal de Stykov [Stykov ilgi], Gwacheon, éd. Institut National de l Histoire Coréenne, CUMINGS Bruce, Histoire Moderne de la Corée [Hanguk Hyeondaesa] (titre anglais : Koorea s Place in the Sun. A Moderne History), trad. coréenne KIM Dong-No et d autres traducteurs, Kyeong-Gi, éd.changbi, Dekens Olivier, Qu est-ce que les lumieres?, Breal,Roseney,

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230 Journal of Korean Political and Diplomatic History [Hangukjeongchioegyosanonchong] Vol. 34, N 2, PARK Young-Ja, «La biopolitique de la Corée du Nord», in Recherches sur la Corée du Nord contemporaine, vol. 7, n 3, PARK Yong-Ja, «Le travail marginal et le marché du travail nord-coréens après la mise en œuvre du système du marché global en 2003 [2003 Jonghapsijangje Ihu Bukhanui Jubyeonnodonggwa Nodongsijang], in Revue coréenne de science politique coréenne, Vol. 43, n 3, éd. Association coréenne de science politique, Sites Internet - «Tout est culture ou presque» Entretien avec Alain Brossat, libertaire free.fr/qbrossat87.html - Le Monde, 5 mai 2010, Philippe Pons - Le Monde, 8 octobre 2011, Philippe Pons - Le Monde, 29 Octobre 2011, Philippe Pons -Blog.chosun.com/blog!og.view.screen?blogld=27432& -Blog.daum.net/9hyewan/

231 UNIVERSITE PARIS8-VINCENNES-SAINT-DENIS PRATIQUES ET THEORIES DU SENS Doctorat Philosophie KIM JEONG-A BIOPOLITIQUE ET THANATOPOLITIQUE EN COREE DU NORD (ANNEXE) Thèse dirigée par Alain BROSSAT Soutenue le 17/05/2014 Jury : M. Jean François Bert,maître d enseignement et de recherche à l université de Lausanne, HDR M. Pierandrea Amato, professeur de philosophie, Université de Messine (Italie) M.Muhamedin Kullashi,maître de conférences HDR, au département de philosophie Paris8 M.Alain Brossat (directeur de la recherche), professeur émerite au département de philosophie de Paris 8 1

232 Enquête Foucault tentait de rétablir de façon plus générale les rapports existant entre les réflexions théoriques menées sous les termes du structuralisme et les comportements politiques. Peu de temps après, il refusait d être appelé un structuraliste et, il considérait même comme un défi que l on le classe sous cette étiquette. Lors d un entretien, Foucault a cependant dit : «Je ne suis au mieux qu un coursier (enfant qui sert le prêtre à la messe) du structuralisme. Le structuralisme est en prise sur les rapports entre les théories et les réalités qui déterminent notre culture, notre monde et notre contemporanéité.» Moi aussi, je suis liée à des rapports qui existent entre le monde où je vis, sa culture et ses habitants. Et, ma thèse est le fruit de cette même contexture. L enquête a été menée auprès des amis qui m entourent et qui entretiennent des relations avec moi. Elle a été procédée entre août et septembre 2012 par l intermédiaire du courrier électronique. Trente amis ont été questionnés. Ils sont tous coréens, âgées de tente à cinquante ans et vivant en Corée et en France. Parmi eux, seize ont répondu au questionnaire et retourné leurs réponses. Certains m ont envoyé leurs réponses tardivement et, celles-ci n ont pas été traités en compte dans cette étude. Le questionnaire comporte dix questions. Les réponses des enquêtés ont été quasi littéralement traduites du coréen en français. Dans les cas de non réponse des enquêtés, j ai marqué en ***. La partie de cette enquête citée dans le contenu de la thèse consiste à l oppinion d un des enquêtés, le journaliste KWON Hyeok-Cheol, sur Bruce Cumings. 2

233 1. Que pensez-vous des propos de Bruce Cumings qui considère que la guerre de Corée ne débute pas le 25 juin 1950 mais résulte de la situation contemporaine mondiale à la libération en 1945 et de l infiltration du système capitaliste dans l Asie du Sud-est durant la colonisation japonaise voire même depuis le 19 eme siècle? 2. Que pensez-vous de la situation des réfugiés qui ont fui la Corée du Nord? 3. Que pensez-vous de la réunification des deux Corées? Si la réunification se faisait, quels seraient les points positifs et quelles en seraient les principales difficultés? D après vous, quelles institutions devrait-on créer lorsque les allées et venues entre les deux Corées seront possibles? 4. La Corée du Nord a continué de développer l arme nucléaire en dépensant des sommes énormes alors que sa population souffrait de famine. Pour le gouvernement de Kim Jong-Il, l arme nucléaire est la seule arme dont il peut se servir pour sauvegarder son régime, et qui reste simultanément une assurance pour pouvoir socialiser toute la péninsule. Le gouvernement nord-coréen pratique une politique de la mort (thanatopolitique) en engageant la vie de son peuple. Quel est votre avis sur ce point de vue? 5. Beaucoup de personnes pensent que l idéologie du Juche s appuie sur un communisme intransigeant comme le stalinisme, une doctrine patriarcale enseignée par le confucianisme, et l autonomie. Cependant pour Brian Myers, professeur à l université Dongseo à Busan, le système politique nord-coréen est un national-socialisme fondé sur la race et la lignée de sang. Que pensez-vous des propos de Brian Myers? 6. D après Foucault, c est au XVIII ème siècle qu apparait la notion d hygiène publique et que cela devient un moyen politique de gestion de la société qui s est élargie, en incluant un contrôle et une intervention médicaux. Lors du 4 ème congrès du Parti du Travail en septembre 1961, le gouvernement nordcoréen décida de mettre en place un système de zone d administration médicale. Le 3

234 système de zone d administration médicale est un moyen de gestion de la société en déterminant un nombre de patients à soigner par médecin. D un point de vue foucaldien, ce système est une institutionnalisation de l hygiène publique pour la maitrise des corps de la population entière. Quelle est votre opinion à ce sujet? 7. Le musée des arts appliqués de Vienne a organisé du 19 mai au 5 septembre 2010, une exposition rassemblant des œuvres nord-coréennes, notamment des portraits de Kim Il-Sung et Kim Jong-Il et des affiches de propagande. Devant les critiques et le scepticisme sur un tel événement, Peter Noever, le directeur artistique, a déclaré que cette exposition allait permettre d élever le débat et d améliorer la compréhension des deux cotés. Bien que l Art ne puisse changer en rien la politique, il reste un moyen de comprendre les choses différemment, ainsi les spectateurs peuvent avoir une opinion nouvelle ou autre à travers les œuvres. Que pensez-vous de ces propos? 8. Pour Foucault, les connaissances et les pratiques des sciences humaines ont joué un rôle central dans la normalisation des principes et des institutions de la société moderne. Une de ces connaissances et pratiques est l éducation. Durant la construction du système socialiste nord-coréen, le gouvernement s est efforcé d insister sur l importance de l éducation et de la valoriser. Ainsi à travers l éducation, les Coréens du Nord sont non seulement nourris d humanité socialiste, mais leur attitude révèle une adhésion active au régime socialiste. L ensemble de l éducation nord-coréenne ne cesse d enseigner les notions socialistes et l idéologie du Juché aux élèves et au peuple, tout en leur inculquant la fidélité aux dirigeants et en leur transmettant la solidarité envers le système nordcoréen. De ce point de vue, pouvons-nous dire que le régime nord-coréen se maintient en partie grâce à son système éducatif? 9. Après la libération, la Corée du Nord a établi massivement des lois pour la construction d un régime socialiste. Par rapport aux lois et institutions mobilisées pour le changement du régime nord-coréen de 1945 jusqu en 1948, il y a eu plus de cas a posteriori où la législation a été négligée voire ignorée. Au contraire, les décisions du Parti ou les directives de Kim Il-Sung faisaient autorité. Dans ce cas, pouvons-nous parler de totalitarisme à propos de la Corée du Nord? Quelle est votre opinion? 10. Que pensez-vous de l exécution d un fidèle chrétien accusé d avoir distribué des bibles en Corée du Nord? 4

235 윤애 SEOK Yun-Ae, Employée d agence de voyages (Femme quarantenaire) 1. Je pense que tous les évènements sont influencés par l histoire et l époque où ils se passent. Donc, l éclatement de la Guerre de Corée a dû, lui aussi, subir les influences de l époque. Mais je ne sais pas si les influences extérieures ont eu une répercussion générale. 2. Je pense que les réfugiés nord-coréens sont nés au cours de la révolte contre le socialisme, allant vers la démocratisation. C est donc un résultat tout à fait naturel qui va de soi avec les tendances générales de notre temps. 3. Les plus grands problèmes sont d ordre politique et économique, je pense. Il me semble que surmonter les difficultés économiques et résoudre les conflits entre le Nord et le Sud constituent des questions fondamentales auxquelles on doit trouver des réponses. Et il faut aussi mettre en place, avant la réunification, un système législatif lié à d éventuels conflits, comme par exemple la propriété foncière. Par ailleurs, je pense que la réunification nous permettra d utiliser de plus importantes ressources naturelles et humaines et que cela représente un grand avantage *** *** 5

236 9. Je pense que la Corée du Nord où un seul individu possède tout le pouvoir n est pas un pays totalitaire, mais un pays dictatorial et impérialiste. 10. Je pense que la possibilité de réunification est très minime, du fait qu en Corée du Nord, tout (y compris la religion) est exclu, sauf l idolâtrie de la famille de Kim Il Song. 6

237 이정민 LEE Jeong-Min, Commissaire d exposition (Femme quarantenaire) 1. Je suis partiellement d accord avec l idée de Bruce Cumings. Je pense que la Guerre de Corée n a pas éclaté à cause de la situation chaotique de la Corée dans les années 40 et 50. Pour moi, cette guerre, une des tragédies de l histoire du monde, a été causée par plusieurs facteurs entremêlés ; le grand désordre de la Corée après l occupation japonaise et l indépendance, la politique internationale et le système économique des temps modernes, le conflit idéologique dualiste, etc. 2. Je n ai pas d idées spécifiques concernant les réfugiés nord-coréens. Je ne considère pas qu ils sont mes compatriotes, ni je ne ressens une quelconque compassion ou affection envers eux. Cependant, je pense qu il ne doit pas être facile pour eux, qui se sont enfuis de leur pays à cause de la pauvreté et du régime politique dictatorial, de vivre dans la société sud-coréenne en s adaptant à un système socio-économique complètement différent de celui de leur pays d origine. J espère tout simplement qu ils ne deviendront pas des éléments problématiques en Corée du Sud. 3. Je ne suis pas vraiment pour la réunification. Comme points positifs de la réunification, je pense qu il y aurait une baisse importante dans les dépenses militaires, que la relation de dépendance vis-à-vis des Etats-Unis changerait et que la Corée pourrait prendre une position plus autonome dans la politique internationale comme par exemple, vis-à-vis de la Chine et de la Russie, etc. Mais, je pense que, suite à la réunification, il pourrait y avoir un grand désarroi social, une importante difficulté économique, etc. que les Coréens devraient supporter durant plusieurs décennies, ce qui me rend plutôt sceptique vis à vis de la réunification des deux Corées et ses avantages, surtout si je pense à la Corée du Sud qui est enfin entrée dans un cadre politiquement, socialement et économiquement stable depuis les 7

238 années 1990 et Si l on veut favoriser les échanges entre le Nord et le Sud dans le but de réaliser la réunification, je pense qu il faudra remplir d abord quelques conditions indispensables : premièrement avoir un système de sécurité qui garantisse la protection des habitants des deux Corées, deuxièmement un traité de paix qui empêche l une et l autre de mener une attaque ou une invasion, troisièmement des médias qui montrent la réalité sociale des deux Corées telle qu elle est et offrent des informations pratiques, etc. 4. Je pense que la politique nord-coréenne et le maintien du régime dictatorial de Kim Ilsong, Kim Jongil, Kim Jeongeun, à travers le développement des armes nucléaires doivent être supprimés. Alors que les habitants nord-coréens sont complètement affamés et que les réfugiés nord-coréens mènent une vie très dangereuse dans différents pays voisins, la politique qui prend pour gage la vie du peuple doit être condamnée, quelle que soit sa raison ou sa logique ou encore sa valeur idéologique. De plus, à cause du développement des armes nucléaires de la Corée du Nord et de ses attaques constantes contre le Sud, les charges politiques, militaires et économiques (les relations diplomatiques avec les pays voisins, les dépenses militaires, les soutiens financiers aux réfugiés nord-coréens, etc.) que la Corée du Sud doit assurer sont extrêmement importantes. D ailleurs, je ne pense pas que les armes nucléaires et les menaces envers la Corée du Sud et les pays voisins permettent à la Corée du Nord de réaliser une réunification socialiste et à son avantage. 5. Je ne connais pas bien l idéologie Juche. 6. Je ne connais pas les idées de Foucault ou le système médical nord-coréen. Mais je pense que, dans la situation actuelle, sociale et économique, de la Corée du Nord, le système qui donne la charge à chaque médecin du soin de la santé d un certain nombre fixe d habitants est une 8

239 nécessité. Même si ce système peut servir de moyen de contrôle exercé sur le corps du peuple, il peut permettre aussi d assurer un minimum de soins pour les habitants. (Comme la Chine a assuré, durant plusieurs décennies, un minimum d aides publiques dans un grand pays composé de plusieurs dizaines d ethnies par le biais des systèmes socialiste et communiste.) 7. Je pense que l art reflète la vie des hommes et la société qu ils vivent, si bien qu il peut avoir une très grande influence sur l esprit des hommes et leur vie. L art est donc un puissant moyen culturel et aussi le résultat de la culture. Il peut même changer totalement les pensées des hommes. Pour ces raisons, je pense que la propagande politique par l usage des médias artistiques est très dangereuse, car elle peut déformer totalement la réalité et tromper les gens. 8. Je ne sais pas. 9. Je pense que la Corée du Nord a établi les constitutions, les lois et les systèmes, sans passer par un accord du peuple ou une décision des députés élus par le peuple. Donc, c est un pays totalitariste. 10. Je pense que cet évènement montre bien le risque d un acte missionnaire et son côté téméraire. Qu elle que soit la raison, le fait que la Corée du Nord a condamné le missionnaire à la peine de mort est problématique. Mais les actes anti-systémiques que les missionnaires mènent dans un autre pays ou une autre société au nom de Dieu et de leur foi religieuse sont également problématiques. Je pense qu il faut sérieusement réfléchir à toutes ces questions. 9

240 장윤혜 JANG Yun-Hye, Médecin interne (Femme quarantenaire) 1. Je ne sais pas. 2. Pour moi, les réfugiés nord-coréens sont des étrangers. Je ne pense pas que nous soyons un même peuple. 3. Je ne souhaite pas que la réunification des deux Corées se réalise. La réunification pourrait apporter un enrichissement des ressources. Mais je pense que la culture entre le Nord et le Sud et même leurs pratiques langagières sont tellement différentes. Je ne sais pas trop. 4. Je pense que c est une folie. 5. Je ne sais pas *** *** 10

241 하수정 HA SU-Jeong, Professeur de littérature anglaise (Femme quarantenaire) 1. Je suis d accord avec l idée de Bruce Cumings. 2. Je pense que les raisons pour lesquelles les réfugiés nord-coréens se sont enfuis de leur pays sont très variées. Lorsque le gouvernement sud-coréen les accepte sur le territoire, il me semble nécessaire d établir, d abord, une parfaite compréhension à propos de leurs réalités et de fournir, par la suite, des soutiens appropriés à leur intégration dans la société sud-coréenne. 3. Je pense que la réunification permettra de réduire le grand déséquilibre dans les ressources que possèdent les deux Corées et de favoriser les échanges entre le Nord et le Sud. Et cela aura pour effet un développement économique des deux côtés. Les difficultés : Vu les relations actuelles avec les Etats-Unis et celles avec le monde extérieur de la Corée du Sud, je pense que la réunification ne se réalisera pas facilement. Surtout, avant que le régime politique sud-coréen très conservateur ne change, la réunification ne me semble pas une affaire gagnée d avance. 4. Il se peut que le développement des armes nucléaires soit la seule arme pour la Corée du Nord, qui est un pays en situation de crise très grave. Mais, je ne pense pas que le problème de famine nord-coréen soit lié au seul problème des armes nucléaires. Il me semble que le gouvernement nord-coréen n a pas trouvé de remède approprié à son isolement total dans le monde. D ailleurs, quel gouvernement pourrait maintenir le pouvoir en prenant pour gage la vie de son peuple sans prendre le risque d une grande répulsion de la part des habitants. C est une question très difficile

242 Je pense que la Corée du Nord est une société très fermée et, c est pour cette raison qu elle ne peut s appuyer sur la race et la lignée. Je ne suis donc pas tout à fait d accord avec l idée du professeur Brian Myers. 6. Si le système médical nord-coréen peut fonctionner de façon équitable, cela peut être plus bénéfique que n importe quel autre système médical qui néglige bien des personnes défavorisées. La médecine publique du 18 ème siècle jouait un rôle très important pour améliorer rapidement la santé générale du peuple. Je pense alors que la médecine publique présente plus d avantages que d inconvénients. 7. C est une évidence. De plus, l art n est pas quelque chose d inutile qui ne peut rien changer. 8. Je suis partiellement d accord avec cette idée. Non seulement en Corée du Nord, mais aussi dans la plupart des sociétés, l éducation était un moyen permettant de renforcer l idéologie de la classe dirigeante. 9. Je pense qu en principe, la Corée du Nord est un pays totalitariste. 10. Je pense qu il s agit d un évènement qui se passe dans une société fermée. Même aujourd hui, on peut facilement voir ce type d évènements dans beaucoup de pays en Afrique et, il y a des siècles, le Japon (avant et après la réforme Maiji) et la Corée (de l époque de Chosun) ont connu également les mêmes problèmes. 12

243 홍규영 HONG Gyu-Yeong, Architecte d intérieur (Femme quarantenaire) 1. *** *** 2. Je pense que la plupart des réfugiés nord-coréens n ont pas d idées positives sur la Corée du Sud ou sur le capitalisme. Il me semble qu ils ont dû commettre des actes politiquement incorrects ou problématiques au Nord et qu ils ont été ainsi obligés de quitter leur pays et venir au Sud. 3. Si la réunification des deux Corées se réalise, je pense que la Corée pourra devenir un pays économiquement et militairement très puissant. Et cela va lui ouvrir une voie vers la Chine et la Russie, ce qui permettra à la Corée d évoluer en un pays beaucoup plus ouvert. Je ne pense pas qu il est nécessaire de mettre en place un système spécifique pour les échanges entre le Nord et le Sud. Cependant, il me semble indispensable d établir un règlement ou une loi pour assurer la sécurité des habitants des deux Corées, pour qu ils puissent mettre en oeuvre des échanges, sans craindre pour leur vie. 4. Je pense que le gouvernement nord-coréen mène une politique dictatoriale très égoïste, inhumaine et lâche. Mais je ressens parfois une grande joie, du fait que les autres pays ne peuvent considérer la Corée du Nord comme un petit pays insignifiant. C est peut-être à cause de mon complexe d être citoyen d un pays encore faible sur le plan international. 5. Je pense que les idées du professeur Brian Myers sont bien vues. La Corée du Nord ne fait 13

244 plus partie de la catégorie des pays purement communistes. 6. Je ne sais pas trop. Dans le système médical nord-coréen, cela signifie qu on ne peut aller voir librement un spécialiste en fonction de sa maladie, contrairement à la Corée du Sud. De ce point de vue, l idée de Foucault est assez convaincante. Mais ce système peut avoir aussi des côtés positifs, car il me semble possible de considérer que le pays tente de gérer la santé du peuple et de donner à ses habitants une possibilité égale de soin. 7. Je pense que l art doit pouvoir appréhender aussi la situation politique de l époque ou les messages politiques sans contraintes. Que va-t-on ressentir en voyant les oeuvres d art? Cela dépend entièrement des spectateurs. Je ne comprends donc pas de quoi les gens se soucient. L art ne peut changer une situation politique, mais il peut transmettre aux gens des messages puissants. Donc, je pense que cette exposition a une importante signification. 8. Je me demande si ce n est pas une forme de ravage des cerveaux par le biais de l éducation. Je pense que le régime nord-coréen se maintient finalement, grâce à l éducation, basée sur la répétition, le «bourrage de crâne», la répression, etc. 9. *** *** 10. La Corée du Nord est un pays où il n existe pas de liberté. Selon ce régime qui divinise Kim Ilsong et Kim Jongil, il est tout à fait normal qu un autre Dieu ne puisse exister. 14

245 권혜주 KWON Hye-Ju, Doctorante en architecture (Femme trentenaire) 1. Je ne pense pas que la Guerre de Corée ait éclaté en raison d une seule cause : l infiltration du capitalisme des temps modernes. Mais c est plutôt lié à la confrontation entre le capitalisme et l idéologie communiste dans la péninsule coréenne. Lorsqu une guerre éclate, cela signifie qu il existe un conflit entre deux intérêts ou enjeux différents. Je pense donc que considérer l infiltration du capitalisme comme la seule cause de la Guerre de Corée n est pas du tout convaincant, à moins que la péninsule coréenne ne soit devenue volontairement communiste. Mais ce n était pas le cas. 2. Je pense que les réfugiés nord-coréens sont des personnes qui n ont pas réussi à s adapter à leur propre système social, qu ils aient raison ou non. Ils sont tout de même très courageux, du fait qu ils ont risqué leur vie pour s enfuir. Cependant, je ne pense pas qu ils soient venus au Sud parce qu ils préfèrent le système sud-coréen. 3. Je ne sais pas trop quels avantages la réunification pourrait apporter. Je suppose que cela pourrait être une occasion de rétablir l amour propre du peuple coréen et que la Corée du Nord, devenu un nouveau monde du développement économique, pourrait donner un certain dynamisme à l économie coréenne. Par ailleurs, les plus grandes difficultés posées par la réunification sont, à mes yeux, qu il faille un investissement et un financement importants à l égard des habitants nord-coréens. Cela pourrait créer chez les Sud-Coréens, surtout ceux de la classe défavorisée, un sentiment de dépouillement relatif et provoquer alors des conflits entre les deux Corées. De plus, je doute fort que les écarts culturels et les différences de système politique entre elles puissent se réduire facilement. Dans le cas d une réunification, je ne pense pas que la mise en place d un système spécifique s impose. Mais, je pense qu avant la réunification, il faut déjà établir une 15

246 loi ou un règlement qui empêcherait de changer illégalement de domicile. 4. Je suis absolument d accord. Le développement des armes nucléaires est une arme puissante qui permet à la Corée du Nord de maintenir son régime sur les plans international et diplomatique. 5. Je pense que le nationalisme extrême s apparente au nazisme. La Corée du Nord n est pas en train de mettre en avant des arguments du type eugénique, insistant sur la supériorité de la race coréenne. Si le professeur Myers souligne que la Corée du Nord est un pays fondé sur le nationalisme extrême, sa théorie devrait s appliquer également dans le cas de la Corée du Sud. Les Coréens se sont toujours battus, au cours de leur cinq mille ans d histoire, pour assurer la survie du peuple, et cela constituait une affaire prédominante. Les Sud-Coréens aussi, sont très sensibles à la question existentielle de leur pays, comme on a pu le constater, par exemple dans le mouvement national de collecte de l or, lorsque le Sud était sous contrôle du FMI. 6. Je pense que tous les systèmes nord-coréens sont établis dans le but de renforcer le contrôle sur le peuple. Il est donc évident que le système médical est un moyen d institutionnaliser le pouvoir de contrôle sur le corps des habitants par le biais des médecins. 7. Je pense qu il faut avant tout clairement expliquer dans quel sens ils souhaitent donner aux spectateurs l occasion de se faire une nouvelle idée des Nord-Coréens, en montrant les portraits ou posters servant la propagande. J espère qu il ne s agit pas d un acte de reconnaissance du régime nord-coréen. 8. Foucault insiste sur le fait que le savoir et la pratique des sciences humaines ont joué un rôle majeur pour faire accepter les principes et les systèmes de la société moderne comme 16

247 standards et normaux. Je pense que l éducation fait partie de ces savoirs et de leurs pratiques. Il me semble donc que tout régime se maintient par l éducation. Et celle-ci produit des effets certains, en particulier, lorsqu elle se pratique dans la peur et la terreur pour les hommes. 9. Les pays totalitaristes se maintiennent, la plupart du temps, grâce à un dictateur qui exerce un contrôle absolu et vigoureux. Dans le cas de la Corée du Nord, il me semble qu elle s est transformée en un royaume dictatorial pratiquant un système de succession par lignée, donc, c est déjà au delà d une adhésion à l idéologie totalitariste. 10. On sait bien que le régime communiste exerce une forte oppression sur la religion et qu il sanctionne de façon inhumaine et cruelle tout acte qui va à l encontre de son système. Ceci dit, le gouvernement nord-coréen s inquiète et se doute de la faiblesse de son système. Dans cette situation, si un missionnaire chrétien a distribué aux habitants nord-coréens des bibles, je pense qu il devait déjà s attendre à un possible martyre. 17

248 권혁철 KWON Hyeok-Cheol, Journaliste 1. Je suis partiellement d accord avec les idées de Bruce Cumings. Je pense qu il a contribué à l élargissement d une vision étroite sur la Guerre de Corée, tendant alors vers une idéologie anti-communiste qui considère celle-ci comme une tragédie de la guerre fratricide ou une invasion des Nord-Coréens en Corée du Sud. C est-à-dire, que Bruce Cumings a défini l éclatement de la Guerre de Corée comme le résultat d une combinaison de multiples facteurs et qu il a proposé un cadre d analyse intéressant et efficace la concernant. Mais de nombreux travaux scientifiques réalisés depuis les années 90 en Corée et à l étranger ont montré les limites des idées de Bruce Cumings sur la Guerre de Corée. 2. Quant aux motifs des réfugiés nord-coréens, il me semble possible de les distinguer en deux catégories : réfugiés politiques et économiques. Je pense que la plupart d entre eux sont des réfugiés économiques. Ces gens, en raison d une pénurie de vivres et d une crise économique, font en général un long séjour en Chine, afin de se procurer des provisions et de l argent, puis ils retournent dans leur pays. Cependant, les Sud-Coréens les considèrent en général comme des réfugiés politiques s opposant au régime politique nord-coréen et voulant à tout prix s installer au Sud. Je pense que cette vision déformée doit être corrigée. Les premières mesures qu il faut prendre concernant les réfugiés nord-coréens, ne sont pas de tenter de réaliser une démocratisation s opposant totalement au régime politique nord-coréen, ce qui n aurait d ailleurs pas de conséquences immédiates. Ce serait plutôt de trouver une 18

249 solution à la disette qu ils vivent tous les jours. Il faut également différencier des mesures suivant les cas des réfugiés nord-coréens - ceux qui souhaitent s installer au Sud et ceux qui séjournent en Chine ou dans un pays tiers. Par ailleurs, il faut envisager des soutiens financiers et sociaux à l égard des réfugiés nordcoréens qui souhaitent s installer au Sud. Il faut également discerner, telle qu elle est, la situation actuelle des réfugiés nord-coréens qui séjournent en Chine ou dans un pays tiers ainsi que leurs besoins réels, pour pouvoir venir à leur secours. 3. Je pense que si la réunification se réalise, la course aux armements entre le Nord et le Sud s arrêtera et que cela pourra donner un ressort important à l économie. L antagonisme entre le Nord et le Sud ressemblant à la guerre froide sera également résolu, si bien que les conflits sociaux seront calmés. Par ailleurs, le Nord et le Sud pourront former une communauté économique unie, ce qui permettra à la Corée Réunie de développer le marché intérieur et compenser la faiblesse de l économie sud-coréenne qui dépend principalement de l exportation. Les bases d un système pour favoriser les échanges économiques et socio-culturels entre le Nord et le Sud sont déjà établies depuis l époque des anciens présidents - Kim Daejung et Rho Mouhyun. Je pense donc qu il reste à mettre en pratique ce système. Du côté économique, l enjeu principal est de protéger les investisseurs et leurs profits. Du côté socio-culturel, il faut avant tout mettre en place un système de protection et de sécurité des gens et pratiquer une éducation permettant la compréhension réciproque entre les Nord-Coréens et les Sud-Coréens. 4. La tentation pour le développement des armes nucléaires en Corée du Nord est une réalité. Je pense que cette politique n est pas liée à la fierté du gouvernement nord-coréen pour la réalisation du socialisme, mais plutôt à la stratégie militaire qu il a mis en place dans une situation de crise économique grave. C est donc pour les Nord-Coréens un choix inévitable 19

250 dû aux contraintes matérielles de la réalité, et non pas un choix volontaire. Je pense alors que le désarmement nucléaire de la Corée du Nord devrait se faire en accompagnement des mesures prises comme remède aux problèmes de la réalité. Considérer l armement nucléaire nord-coréen comme une expression du conflit opposant le régime politique au peuple serait, à mon avis, une analyse trop idéologique qui ne tient pas compte de la réalité. 5. Je pense que les arguments du professeur Brian Myers sont trop orientés vers l Orientalisme. Il est vrai que l idéologie Juche a des tendances nationalistes. Cette idéologie n est pas basée sur la race et la lignée, mais elle est fondée sur l anti-américanisme construit au cours des évènements historiques passés, telles que l occupation japonaise, la guerre de Corée, etc. 6. La médecine nord-coréenne, née d une combinaison entre la médecine traditionnelle et la médecine occidentale, est en principe une médecine de prévention. Cette médecine faisant partie d une forme générale du système médical socialiste, il est difficile de la confronter aux idées de Foucault. Si l on suit les arguments de Foucault, on pourrait considérer que le renforcement du service médical public en Europe est également une sorte de contrôle exercé sur le corps du peuple. 7. Je suis d accord. Puisque l art nord-coréen est basé sur l idéologie Juche, il pourrait constituer un miroir permettant d entrevoir les caractéristiques du régime nord-coréen. Comme le monde occidental a eu des expériences d observation sur le socialisme à travers l Europe de l Est et l idolâtrie de l individu de l Ex Union-Soviétique, l appréhension de la 20

251 Corée du Nord par le biais des oeuvres d art me semble convaincante. 8. La Corée du Nord exerce un contrôle sur le peuple et une éducation, et ce à travers le slogan «harmonie générale», non seulement à l école mais également dans la société en général. Je pense que la Corée du Nord assure le maintien du régime à travers une obéissance volontaire par le moyen du contrôle, de la sanction et de l éducation. 9. Je pense qu après la Guerre de Corée et la lutte anti-doctrinale dans les années 50, la Corée du Nord, ayant perdu le dynamisme et la diversité, s est enfoncée dans le totalitarisme et la dictature. 10. Je pense qu en Corée du Nord, il faut garantir la liberté de choisir la religion et lever également la loi qui pénalise ou condamne les croyants à cause de leur foi. Mais il est aussi nécessaire de comprendre les vrais objectifs et/ou les motifs divers de nombreuses communautés sud-coréennes et étrangères qui mènent des actions de missionnariat en Corée du Nord. Je pense qu elles sont très différentes, certaines agissent par passion religieuse et d autres pour des raisons politiques visant à détruire le régime nordcoréen. Si l on tient compte de la situation actuelle de la Corée du Nord, la mission chrétienne peut être vue comme une tentative de renversement des régimes politique et social. Il faut donc une approche qui pourrait jouer une fonction d arbitre entre la liberté de choix d une religion et le renversement du régime. Comme on a pu le constater dans les cas de la Chine et du Vietnam, la question de la liberté du choix de religion peut se résoudre, étape par étape, au 21

252 cours des processus d ouverture et de réforme du pays. Je pense donc que cette question ne doit pas être envisagée seule, en dehors des multiples facteurs contextuels du pays concerné. 22

253 김현대 KIM Hyun-Dai, Journaliste (Homme cinquantenaire) 1. Il s agit d une vision autre sur la Guerre de Corée. Je pense que les travaux de Bruce Cumings ont contribué à briser les stéréotypes d avant et à donner une complexité au mode d interprétation des évènements historiques. 2. Les réfugiés nord-coréens sont nos compatriotes, il faut donc les intégrer avec tolérance. Je pense que l augmentation des réfugiés nord-coréens est un fait qui montre bien les limites du régime nord-coréen. Je pense également que ces gens peuvent servir d intermédiaire permettant d élargir la compréhension entre le Nord et le Sud. 3. La réunification est une phase indispensable pour surmonter la tragédie inhumaine et artificiellement provoquée dans l histoire de la Corée. Les deux plus grands points positifs de la réunification sont, à mon avis, d apporter une paix dans la péninsule coréenne et d assurer un développement économique d une plus grande envergure. Par ailleurs, de très grandes difficultés peuvent se poser : dissoudre les écarts économiques, culturels et politiques. 4. Je pense que, dans la situation actuelle d isolement total de la Corée du Nord, le développement des armes nucléaires est une puissante mesure politique que le gouvernement nord-coréen peut prendre. A propos de la politique du gouvernement nord-coréen qui prend comme gage la vie de ses habitants, je ne suis pas d accord. Comme il n existe pas de stratégie du développement général du pays, je ne pense pas que l abandon de cette politique permettra d améliorer la qualité de vie des habitants. Et je me demande si le gouvernement nord-coréen peut surmonter le conflit intérieur et 23

254 mobiliser toutes les ressources du pays pour la réforme afin de maintenir le régime politique et développer l économie, comme c est le cas en Chine et au Vietnam. 5. Je suis d accord sur le fait que la philosophie confucéenne patriarcale se reflète très fortement dans l idéologie Juche. Mais il me semble difficile de considérer que cette idéologie est un nationalisme extrême fondé sur la race et la lignée. 6. Je me demande si la Corée du Nord n aurait pas renforcé le système médical, au nom de la fierté, la seule chose qui leur reste. 7. Je pense que l art peut jouer un rôle très important pour changer le monde et comprendre le monde de l Autre en favorisant les échanges avec celui-ci. L art est donc le moyen le plus rapide, le plus simple et le moins coûteux qui peut provoquer un changement ou une compréhension. 8. Je pense qu en Corée du Nord, l éducation est un des plus puissants moyens qui permettent de maintenir le régime politique. Les enfants nord-coréens reçoivent, même avant leur scolarisation, une éducation favorisant l idolâtrie envers leur dirigeant. Je pense que c est à cause de l influence de cette éducation que les habitants nord-coréens versent des larmes en criant le nom de leur dirigeant Kim Jongil. 9. Je suis d accord. 10. C est un cas qui montre bien l isolement de la Corée du Nord et son état de fermeture. Je 24

255 pense que les dirigeants nord-coréens considèrent les actes des missionnaires chrétiens comme une menace grave directement liée au maintien de leur régime politique. Il faut donc beaucoup de temps et un grand changement interne, pour que la Corée du Nord ait une tolérance vis-à-vis de la mission chrétienne. 25

256 김상대 KIM Sang-Dai, Professeur de neurochirurgie (Homme quarantenaire) 1. Je suis d accord. 2. Je pense que les réfugiés nord-coréens sont nos compatriotes. Il faut donc les aider à devenir des membres constituants de la société sud-coréenne. 3. Je pense qu il faut d abord une discussion sur les charges et les dépenses liées à la réunification. Du fait que l on puisse prévoir un traitement social de la main d oeuvre, la réunification présente des points positifs. Mais si je pense aux dépenses nécessaires pour la réunification et à une nouvelle imposition liée à ces dépenses pour les habitants sud-coréens, cela peut être problématique. 4. Je pense que c est une nécessité pour maintenir le pouvoir chez les dirigeants nord-coréens. De toute façon, ce problème du développement des armes nucléaires devra être résolu par le biais de la discussion ou de la pression matérielle. 5. Je suis d accord. 6. C est un système médical qui s exerce actuellement dans de nombreux pays en Europe, comme par exemple l Angleterre. Mais je pense que ce système prive le peuple du droit de choisir une équipe médicale et les médecins peuvent avoir le sentiment d un dépouillement économique. 26

257 7. C est une réflexion logique de la part du directeur du musée qui a du respect envers la liberté de l art. 8. Je pense que cela peut fonctionner dans une société fermée. Mais, s il existe de nombreuses personnes qui ont déjà connu une société ouverte, il me semble difficile de maintenir le régime politique et le pouvoir par le biais de l éducation. 9. Je ne sais pas. 10. Du point de vue chrétien, c est un martyre. Mais, pour la Corée du Nord, c est un acte antisystémique qui risque de renverser son régime politique. 27

258 최수정 CHOE Su-Jeong, Professeur de droit (Femme quarantenaire) 1. Je ne pense pas que l infiltration capitaliste en Asie de l Est ait eu une grande influence sur la formation de la société coréenne à l époque de la Guerre de Corée. Ceci va de paire avec la vision que la modernisation du Japon n était pas le résultat d une infiltration capitaliste du système mondial des temps modernes. Comme la modernisation du Japon s était réalisée à cause des facteurs internes de l histoire japonaise, le cas de la société coréenne relève aussi de la même démarche. Il s agit de problèmes internes à la Corée et à son histoire. De ce fait, je ne suis pas d accord avec l idée de Bruce Cumings. 2. Les réfugiés nord-coréens sont des personnes très courageuses ayant tenté de dépasser les contraintes du système de leur pays. Je pense donc qu il faut leur fournir les soutiens nécessaires pour qu ils puissent s adapter et s intégrer dans la société sud-coréenne. 3. Du point de vue économique, je pense que la réunification a des points positifs, car la population sera augmentée, le territoire sera agrandi et les ressources disponibles seront plus diversifiées. Je pense qu il faut prévoir l établissement de systèmes d échange de monnaie et d imposition. 4. Je suis absolument d accord. 5. Je suis d accord

259 Je suis d accord. 7. Je ne suis pas d accord. Je n arrive pas à comprendre que les gens considèrent le portrait nord-coréen comme une oeuvre d art, alors que ce n est qu un moyen pour mener une propagande politique. Donc, à mon avis, ce type d art ne peut permettre une plus grande compréhension mutuelle. Au contraire, les gens seront trompés. 8. Je pense que l éducation et le contrôle social permettent de maintenir le régime politique. 9. Je pense qu il est possible de considérer la Corée du Nord comme un pays totalitariste. 10. Le christianisme est pour la Corée du Nord une idéologie qui s oppose radicalement à l idolâtrie de Kim Jongil. Il est donc évident que le gouvernement nord-coréen ait condamné à la peine de mort le missionnaire concerné. Dans l histoire du christianisme, tous les martyres découlaient de l oppression, car le christianisme était considéré comme étant une idéologie menaçant le régime politique. Donc, je pense que cet évènement n est qu un des nombreux évènements de l histoire du christianisme. 29

260 안수연 AN Su-Yeon, Traductrice spécialisée (Femme quarantenaire) 1. *** *** 2. Les réfugiés nord-coréens sont des personnes qui ont risqué leur vie pour venir au Sud. Je pense que la société sud-coréenne doit les accueillir à bras ouverts et les considérer comme étant membres de la société à part entière. 3. Je pense qu un jour, la réunification des deux Corées va se réaliser. Les côtés positifs de la réunification seraient que les Coréens du Nord et du Sud ayant partagé la même histoire et la même langue deviennent enfin à nouveau un peuple uni et qu ils jouissent tous ensemble de ressources naturelles et humaines plus riches. Par contre, il me semble que les écarts économiques et culturels entre les deux Corées ainsi que leur mode de vie développé trop longtemps différemment depuis la séparation peuvent constituer des obstacles à la réunification Je pense qu il faut établir une langue standard *** *** 7. Je suis d accord. Je pense que ce type d expositions permettra à beaucoup de gens d avoir accès à l art de la Corée du Nord, un pays complètement fermé et de comprendre les réalités de la société nord-coréenne à travers les oeuvres d art. 8. Oui, je pense que l éducation est un moyen très important qui permet de maintenir le régime 30

261 politique. 9. Oui, je pense que la Corée du Nord est un pays totalitariste, où le parti et le dictateur tiennent un pouvoir absolu. 10. *** *** 31

262 순규 LEE Soon-Gyu, Médecin interne (Femme quarantenaire) 1. Je suis partiellement d accord. 2. Si les réfugiés nord-coréens sont venus au Sud pour la liberté et la démocratie en fuyant le système dictatorial communiste de la Corée du Nord, je pense qu on doit les intégrer et vivre avec eux. 3. Je souhaite que la réunification se réalise mais, à condition que celle-ci soit entérinée par un accord général du peuple. Les points positifs de la réunification sont, à mon avis, le renforcement du pouvoir de la Corée et le développement des ressources humaines et naturelles. 4. La société nord-coréenne est une des rares sociétés qui restent totalement fermées sur cette planète. Je pense qu une politique doit être menée au profit de la majorité du peuple, et non pas pour le bien d un seul individu *** *** 32

263 7. Je suis d accord avec l idée que l on peut avoir une opinion différente à travers l art. Mais dans une société comme la Corée du Nord où l on pratique l idolâtrie absolue d un individu descendant d une lignée, la question ne se limite pas seulement à la possibilité d avoir une opinion différente *** *** 33

264 옥희 Kwon Ok-Hui, Médecin anesthésiste-réanimateur (Femme quarantenaire) 1. *** *** 2. Il y a de nombreux réfugiés nord-coréens installés à Daegu. Il me semble qu ils ont des difficultés à s adapter à la société sud-coréenne et à mener une vie normale. J ai appris un jour que deux frères issus de Corée du Nord travaillant dans le restaurant d un ami de mon époux se sont tués à coups de couteaux. C est sans doute qu à cause de leurs problèmes personnels de fond, mais aggravés aussi par la réalité de leur isolement au Sud. 3. Je pense que la réunification permettra de renforcer le pouvoir de la Corée sur le plan international, en étant un pays uni. Mais il me semble que les dépenses qu il faut prendre en charge pour la réunification sont très importantes. De plus, il faut attendre beaucoup de temps pour que les deux peuples, jusqu alors séparés, puissent vivre ensemble. 4. Je pense que le gouvernement nord-coréen est un des groupes politiques les plus dangereux qui existe aujourd hui

265 Même si le gouvernement nord-coréen met en avant le nationalisme, je pense que ce n est qu une cause dont il se sert pour préserver son pouvoir *** *** 35

266 심은미 doctorante en droit( femme trentenaire) 1. Je pense que l histoire moderne du monde est principalement fondée sur une dualité idéologique le communisme et le capitalisme et qu elle a évolué, à travers l autocritique et l autocorrection des deux systèmes communiste et capitaliste. Au cours de ce processus, la Seconde Guerre Mondiale, la Guerre entre la Chine et le Japon, la Guerre entre la Russie et le Japon, la Guerre de Corée, etc. ont éclaté. Donc, je ne pense pas que la Guerre entre les deux Corée soit causée par l infiltration du capitalisme, mais qu elle est plutôt le résultat d une opposition conflictuelle entre le système capitalise et le système communiste. 2. Je pense que les réfugiés nord-coréens ne s intègrent pas facilement dans la société sudcoréenne. D ailleurs, la plupart d entre eux, à l exception des réfugiés politiques, ont du mal à s adapter aux systèmes sociaux du Sud et mènent une vie d étranger marginale. 3. Je pense que la réunification permettra de réduire les dépenses militaires contre les attaques nord-coréennes. Mais, si la réunification se réalise, suite à une annexion de la Corée du Nord par la Corée du Sud, et non pas dans le maintien de son système, la charge des impôts sera très lourde pour les habitants sud-coréens *** *** 8. Non. Je pense que l idéologie Juche que le gouvernement nord-coréen inculque à ses habitants n est qu un moyen politique dictatorial ayant pour but de maintenir le régime politique fondé depuis Kim Ilsong et d assurer la succession au pouvoir pour la famille de Kim Ilsong. Cela n a donc rien à voir avec l éducation. 36

267 9. Du fait que le gouvernement nord-coréen exige du peuple une fidélité aveugle à la famille de Kim Ilsong et qu il opprime totalement la liberté individuelle au bénéfice de la société, je pense que la Corée du Nord est un pays totalitariste. 10. *** *** 37

268 Extraits Les extraits ci-dessous sont issus des journaux et des ouvrages français et angloaméricains qui ont été cités directement et indirectement dans le contenu de la thèse. Il s agit des articles et des livres auxquels je me suis référée et des ouvrages que j ai consultés dans le Centre de Documentation de la Corée du Nord, situé en Corée du Sud. Certains livres français n ont pas été traités ici, car la dernière phase de la rédaction de ma thèse a été menée en Corée. 38

269 N.Korean executed for distributing Bible: activists By Kwang-Tae KIM Seoul South Korea AP le 26/07/09 A Christian woman accused of distributing the Bible, a book banned in communist North Korea, was publicly executed last month for the crime, south Korean activists said Friday. The 33-year-old mother of three, Ri Hyun-Ok, also was accused of spying for South Korea and the United States, and of organizing dissidents, a rights group said in Seoul, citing documents obtained from the North. The Investigate Commission on Crime Against Humanity report included a copy of Ri s government issued photo ID and said her husband, children and parents were sent to a political prison the day after her June 16 execution. The claim could not be independently verified Friday, and there has been no mention by the North s official Korean Central News Agency of her case. But it would mark a harsh turn in the crackdown on religion in North Korea, a country where Christianity once flourished and where the capital, Pyonyang, was known as the Jerusalem of the East for the predominance of the Christian faith. According to its constitution, North Korea guarantees freedom of religion. But in reality, the regime severely restricts religious observance, with the cult of personality created by national founder Kim Il-Sung enjoyed by his son, current leader Kim Jong-Il, serving as a virtual sate religion. Those who violate religious restrictions are often accused of crimes such as spying or anti-government activities. The government has authorized four state churches: one Catholic, two Protestant and one Russian Orthodox. However, they cater to foreigners only, and ordinary North Koreans cannot attend the services. Still, more than 30,000 North Koreans are believed to practice Christianity in hiding- at great personal risk, defectors and activists say. 39

270 The U.S State Department said in a report last year that genuine religious freedom does not exist in North Korea. Cette partie n a pas été citée directement dans la these, mais elle a été prise en compte dans l enquête. 40

271 Le Grand Ancêtre de la Corée 8 octobre 2011 Philippe Pons Le Monde En dépit de leur hostilité réciproque, le Nord et le Sud ont au moins quelque chose en commun : la vénération de Tangun. La figure de Tangun, symbole d une autonomie ethnique et culturelle coréenne, apparaît régulièrement lors de crises nationales-comme les invasions mongoles du 13 e et 14 e siècles.mais ce fut au crépuscule de la dynastie Yi, marqué par la mainmise du Japon sur la péninsule sous forme d un protectorat puis d une colonisation, que la légende prit le tour d un mythe fondateur. Confrontés à une crise d identité provoquée par la volonté du colonisateur d éradiquer l identité locale, les Coréen trouvèrent dans la figure du Grand Ancêtre le ferment d un nationalisme prémoderne dans lequel la nation est pensée moins en moins qu Etat que comme entité ethnique. Et apparut une histiriographie à la Jule Michelet, épique, romantique, tragique : celle d un peuple à l identité enracinée dans une terre. A partir de cette époque, Tangun devint l objet d un véritable culte. Au lendemain de la libération de la Corée du joug japonais, la République de Corée fit de Tangun une figure tutélaire et institua un calendrier qui sera employé parallèlement au calendrier grégorien jusqu en La légende de Tangun est encore aujourd hui le point d orgue de l identité coréenne. Emporté par l entousiasme d une victoire coréenne lors la Coupe du monde de football en 2002, le président KIM Dae-jung avait déclaré : C est le plus beau jour de l histoire de la Corée depuis Tangun.. La Corée du Nord n est pas en reste. Après avoir relégué Tangun au rang des superstitions, elle l a rétabilité. Et, en 1993 aurait découvert son tombeau et ses ossements au pied du mont Taebaek,aux environs de Pyongyang. Une stupéfiante découverte qui laissa sceptiques archeologues et historiens au Sud. En tout cas, on construisit sur le site un gigantesque mausolée où ont lieu des rites de vénération. Ils témoignent de l importance du mythe fondateur dans le nationalisme- lui aussi ethnique- du régime nord-coréen, qui cherche ainsi à s inscrire dans une continuité historique remontant au temps héros. 41

272 En contrebas du sanctuaire où ont eu lieu les rites confucéens d hommage au Grand Ancêtre, une autre cérémonie à commencé, avec la participation des personnalités politiques de la majorité comme de l opposition. Elle est organisée par l Association de coopération pour la réunification pacifique et le respect de Tangun. La croyance en Tangun est la seule que nous partageons avec la Corée du Nord, dit Jeong woo-il, poète, l un des animateurs de l Association, une entité qui fédère divers mouvements à travers le pays. Lui-même s est rendu à plusieurs reprises au mausolée de Tangun au Nord. Cette partie a été citée à la page 42 de la thèse. 42

273 Etre romancier en Corée du Nord Le Monde le 16/09/2011 Philippe Pons Le régime tolère les fictions de Baek Nam-ryong. A condition que cet auteur na parle pas des camps de travail, mais de la vie ordinaire, sa critique est jugée constructive. Il existe en République populaire démocratique de Corée des romans qui ne sont pas forcément illisibles ou à la gloire des dirigeants. Des Amis, de Baek Nam-ryong premier roman nord-coréen traduit en français- en est un exemple. Extrait de Des Amis Le Juge avait vieilli en supportant le mariage et la vie de famille au nom de ma réalité, pas pour l idéal. Toujours à ses affaires, occupé à protéger et à réaliser l idéologie et la loi du parti... à s occuper de la serre installée dans un appartement ni grand ni petit au troisième étage... Il avait aidé sa femme partie pour Yousundok, leur enfant sur le dos, sans se plaindre. De L école matérnelle à la période militaire de son fils, il avait tenu le rôle de mère à la palce de sa femme... Mais... pourquoi était il maintenant mécontent et angoissé à propos de sa femme et de sa vie?... Où étaient-elles, les promesses et obigations des jours du mariage, quand son coeur se consumait d amour? 43

274 Vienne expose le pays du sourire implacable Le Monde le 22/06/2010 Joelle Stolz En Autriche, l exposition Des fleurs pour Kim il-sung, sur l art en Corée du Nord, provoaue une polémique. En avant propos, le directeur de la Galerie d art coréen de Pyongyang, Han Chang Gyu, affirme que cette exposition sans précedent a été organisée par des gens qui aiment la justice et la paix, tandis que la ministre autrichienne de la culture, Claudia Schmied,y voit une chance d approcher les gens d un pays éloigné de nous. Le temps est venu de juger sur pièce l art nord-coréen, renchérit le directeur du MAK, Peter Noever, car seule une approche dialectique peut aider à surmonter les barrières d une époque. Ce discours lénifiant était le prix à payer pour que Noever, dandy avant gardiste et chef d une institution publique prestigeuse, puisse démasquer la tolérance pseudo-liberale et triompher de la prétention des médias à être les porte-voix de la majorité morale comme il écrit dans le magazine profil, en réponse à une avalanche de critiques en Autriche... Ce n est pas seulement la confrontation de deux systèmes extrêmement différents, mais aussi de deux cultures, dit-elle, la mentalité asiatique, respectueuse de l autorité, étant ici décuplée par la ferveur pour des dirigeants divinisées. Le MAK a ainsi préféré retirer du dossier de presse la seule image digitalisée qui montrait l un des présidents à vie, les Nord Coréens s étant émus qu un journal puisse a reproduire en double page : il était impensable qu un pli coupe la figure du chef bien aimé. Cette partie a été citée indirectement à la page 113 de la thèse. 44

275 Il y a des artistes en Corée du Nord 29 octobre 2011 Le Monde Philippe Pons L arrestation, en août à Séoul, d un couple de trafiquants de peintures nord-coréennes a attiré l attention sur un sous-bois inattendu du marché de l art. Le couple, une Chinoise d origine coréenne et un Coréen du Nord vivant en Chine, a introduit en Corée du Sud 1300 tableaux, violant ainsi la loi sur les importations en provenance du Nord. Les deux tiers de ces oeuvres ont été vendues sur internet à des galeries. Elles auraient une valeur totale de dollarsun prix qui incite les rares experts à douter de l authenticité de ces pièces, dont certaines sont signées d artistes reconnus. Ces tableaux sont-ils des faux? le couple était il l agent de faussaires nord-coréens pour écouler des copies au Sud? La Corée du Nord a poussé l art de la propagande à un degré rarement atteint pendant plus à un demi-siècle. C est le pays des portraits de dirigeants à commencer par celui de son ommiprésent fondateur, Kim Il-sung.Le pays des images monumentales à la gloire d un paradis socialiste et des posters coup de poing- les images à battre tambour, disait-on au Vietnam-ornant les rues ou les murs des usines et des écoles. Bien que l art asservi à l idéologie domine la production, il exite aussi des expressions picturales déprises du réalisme socialiste-plus exactement juchéen, puisque l idéologie juche a supplanté, dans les années 1970, le marxisme-léninisme comme doctrine nationale. Le style traditionnel de peintures produites en RPDC allèche les marchands, qui parient sur un potentiel engouement pour cette peinture politiquement exotique, comme ce fut le cas pourcelles de l URSS stalinienne ou de la Chine maoiste. Mais ce marche concerne moins les peintures à thèmes révolutionnaires qu un style particulier, baptisé chosonhwa. Ses sujets sont davantage bucoliques et animaliers :il s agit d un style modernisé de la peinture traditionnelle à l encre. Proche de la calligraphie, cette peinture a acquis une tonalité propre en Corée... En raison de l absence de marché intérieur pour sa peinture, le régime cherche à exporter. A 45

276 Pékin, plusieurs galeries se sont spécialisées dans les peintures nord-coréennes. Le centre de création Mansudae y a même ouvert sa propre galerie, fournissant des certificats d authenticité. Des sites Internet vendent aussi des peintures nord-coréennes. Les relations entre les deux Corées jouentleur rôle dans la fragilité du marché des chosonhwa. Entre1998 et 2008, dans le cadre de la politique de rapprochement, la Corée du Sud avait levé les rectrictions à l entrée de l art de la RPDC, ce qui avait ouvert de nouvelles perspectives au marché des chosonhwa. Les ateliers de création ont alors commencé à produire pour l exportation. Mais à partir de 2008, les relations diplomatiques se tendant, les frontières se sont refermées. Ce qui a favorisé un marché clandestin de pièces d origine douteuse... Cette partie n a pas été citée explicitement dans la thèse. 46

277 Des atrocités dans le camp de la liberté Le 25/07/03 Sinchon Corée du Nord C etait une occupation aux fins de libéraiton. Ainsi l avait compris le colonel Harrison, de l armée de terre américaine, en prenant le contrôle de la ville de Sinchon, à une certaine de kilomètres au sud de Pyongyang, le 17 octobre La guerre faisait rage depuis six mois. Les troupes nord-coréennes, encadrées par des militaires soviétiques, s étaient repliées dans l extrême nord de la péninsule.le colonel Harrison-l histoire locale n a pas retenu son prénom- était possédé d une mission, formulée sans ambages à ses troupes et à la population :Mes ordres ont force de loi, et quiconque les outre passera sera puni.détruisez tous lea bandits rouges afin de liberer la Corée du Nord des communistes. Il convient de tuer tous les fonctionnaires communistes, ainsi que leurs subalternes et domestiques, leurs sympathisants et leurs familles. La reproduction de l ordre exposée au musée des atrocités commises par les forces américaines pendant la guerre et le reste de la documentation et des preuves matérielles rassemblées là ne laissent aucun doute : ici, des soldats américains se sont conduits avec une sauvagerie qui leur vaudrait aujourd hui des poursuites en justice internationale pour crimes de guerre... Les chromos monstrueux de la propagande nord-coréenne en rajoutent naturellement, sans pour autant remettre en question les faits rapportés dans le musée. La guerre de Corée fut d une violence dont l histoire n a guère gardé la mémoire. Selo les autorités nord-coréennes, 5664 personnes furent tuées de la sorte à Sinchon, et u total de dans les districts avoisinants u quart de la population des environs... Dès 1953, une commission international de juristes principalement américains a enquêté, à Sinchon notamment, en vue de tenter de saisir les Nations unies du dossier. Le colonel Harrison, qui se faisait photographier en vainqueur sur le charniers de bandits rouges, n a jamais été poursuivi. Et l ONU n a plus jamais entendu parler de crimes de guerre comme par le camp de la liberté. 47

278 Cette partie a été citée indirectement à la page 193 de la thèse. 48

279 Un essai décapent sur les deux Corées Le 30/11/2010 Le Monde Philippe Pons La Corée. Quelle Corée? D un Côté, il y a le miracle d un pays émergent-émergé ; de l autre, un Etat voyou. Deux notions, aussi infra-conceptuelles l une que l autre : évoquer le miracle est l aveu que l on est en face de quelque chose qui échappe à l entendement ; quant à la voyouterie, elle a bien des faces et avnace parfois masquée de bons sentiments... L auteur montre, dans le cas des deux Corées, le lien structurant entre doctrine confucéenne et autorité-obéissance, l homogénéisation sociale et, dans le cas du Sud, les séquences rapprochées de la modernisation qui l ont fait basculer dans le postmoderne sans être passé par la modernité...les anciens schémas ne fonctionnent plus et la seule paresse justifie encore leur utilisation, conclut Patrick Maurus. Un constat valable pour le Nord comme le Sud qui appelle d autres approches, plaçant en ceur de celles ci le nationalisme ethnique. Loin de faire preuve d un ethnocentrisme condescendant à l égard des fables coréennes, l auteur s efforce de comprendre la complexité des représentations de lui-même par un peuple qu il admire- ne serait-ce que parce qu il choisit toujours le chemin le plus ardu quand bien même d autres pourraient s ouvrir. Cette partie n a pas été cité explicitement dans la thèse. 49

280 Corée du Nord témoignage d un survivant Le 19/04/2012 François Bougon A 14 ans, Shin Dong-hyuk avait déjà assité à plusieurs éxecution capitales, dont celles de sa mère et de son frère ainé. Il a mis longtemps à reconnaitre qu il les avait dénoncés, comme me lui avaient enseigné les gardiens et son maitre d école. Il finira par s enfuir de cet enfer, le seul à y être parvenu, et par rejoindre la Corée du Sud, après un passage par la chine. Ce témoignage exeptionnel, recueilli par le journaliste américain Blaine Harden, parait en français quelques jours après le centième anniversaire de la naissance de Kim Il-sung, le président éternel du pays... Dans cette prison, les gardes ont essayé, par la torture, d extorquer une confession de Shin et de son père.il voulaient tout savoir de la tentative d évasion de la mère et du frère ainé deshin. Après lui avoir arraché ses vêtements,les bourreaux lui ont attaché les poignets et les chevilles et l ont suspendu à un crochet avant d l abaisser au-dessus d un brasier. Shin s est évanoui quand sa peau a commencé à brûler... On interdit le rassemblement de plus de deux détenus, sauf à l occasion des mise à mort, où tout le monde doit être présent. Le camps de travail utilise less exécutions publiques et la peur qu elles engendrent comme outil pédagogique... Shin, né escalve, élevé derrière un clôture, n a appris à l école qu à lire et à compter. Comme son sang est perverti par les crimes présumés des frères de son père, aucune loi ne le protège. Pour lui, rien n est possible. La cariière que l Etat lui prescrite ne lui propose que des travaux forcés et une mort prématurée, causée par la maladie et la faim chroniques- le tout sans mise en accusation, sans procés, sans appel envisageable, et dans le plus grand secret... Les camps de travail nord-coréens ont déjà exité deux fois plus longtemps que le goulag soviétique, et environ douze fois plus longtemps que les camps de concentration nazis... Selon les services de renseignement sud-coréens, on dénombre six camps. Le puls grand mesure cinquante kilomètres de long sur quarante kilomètres de large, une superficie supérieure à la ville de Los Angeles. Cinq sont entourés de clôtures électrifiées pontuées de miradors. 50

281 Deux des camps, les numéros 15 et 18 recèlent des zones de rééducation où quelques détenus ont la chance de bénéficier des enseignements salutaires de Kim Jong-il et de Kim Il-sung. Si les prisonniers retiennent suffisament ces enseignements et convainquent les gardes de leur loyauté, ils peuvent être libérés, mais, toute leur vie, ils seront surveillés par les forces de sécurité de l Etat. Cette partie a été citée indirectement entre les pages 190 et 193 de la thèse. 51

282 Nation of the Sun King : North Korea, Ceci est extrait des pages 395 à 398 de l ouvrage de Bruce Cumings, Korea s place in the sun. Cette partie a été citée indirectement à la page 177 de la thèse. The Democratic People s Republic of Korea (DPRK) envolved into singular and puzzling nation that resists easy description. Because its leadership is secretive and unyielding to foreign attentions, many basic facts about the country are unknown. Onto this inkblot pundits are therefore able to project equally unyielding stereotypes (a Stalinist attempt at re-creating 1984,a renegade state, a socialist basket case, a Confucian/ communist monarchy, Joan Robinson s economic miracle, Che Guevara s idea of what Cuba should eventually look like). In the night of our ignorance, North Korea confirms all stereotypes. But closer familiarity confounds simple expectations.. They were ill prepared for the wide tree-lined boulevards of Pyongyang, swept squeakly clean and traversed by determined,, disciplined urban commuters held in close chek by traffic women in tight uniforms, pirouetting with military discipline and a smile, atop platforms at each intersection. They had not expected a population living in modern high-rising buildings, hustling out in the morning like Japan s salarymen to a waiting subway or electric bus. They were suddenly enamored of the polite waitresses who served ample portions of tasty Korean and Western food at hotels and restaurants. Smaller cities are less pleasing; many are unrelievedly ugly in their mimicry of Soviet proletarian architecture, the apartments all stamped from the same mold, sitting akilter along jolting, potholed road. But then, most of them have been built since the Korean war( ), when nearly every urban building of note was razed by American bombing. And always there is color, whether affixed self-consciously to store-fronts and apartment balconies or leaping out from the ever-present political billboard. In the late 1940s, as we have seen, the regime emerged within the bowels of Russian Red Army occupation and thus took its administrative and industrial structure from Soviet models. The DPRK was proclaimed on September 9, 1948, but much of it was in place within a year 52

283 after Japan s colonial rule ended in1945, and many of the themes visible then remain features of the regime today. Above all this is a postcolonial state, still fighting the Japanese The unique symbol/logo of the Korean Workers Party places a writing brush across the hammer and sickle, indicating an inclusive policy toward the educated and the expert :Kim rarely if ever denigrated them, in contrast to Maoist China, and explicitly authorized their wide-spread introduction into positions of authority-scholar-officials, communist-style. The Korean also established a vague category, samuwon, meaning clerks, small traders, bureaucrats, professors, and the like. This category served two purposes: for the regime it retained educated people and experts who might otherwise have fled south; for large numbers of Koreans it provided a category within which to hide bad class back-ground Over time a unique political system evolved within the Marxist-Leninist crucible and is fully in place today. It can best be compared to varieties of corporatism around the world or in the past, a kind of socialist corporatism. It is a tightly held, total politics, with enormous repressive capacity and many political victims although no one really knows how repressive it is, how many political prisoners there are, and the like, because of the exclusionism and secrecy of regime. (Some reports suggest as many as 100,000 people are held in prisons and reform-through-labor camps; if and when the regime falls, we will probably learn of larger numbers and various unimaginable atrocities, as with the other communist states) The ideology of Kim Il Sung resonated loudly with the history of corporatism. Kim s theories, just like Mihail Manoilescu s substituted the nation for proletarian class as the unit of historical conflict and argued that former colonies, dependencies, and peripheral socialist nations should unite horizontally in common cause. But Kim did not have to read European or Japanese theories to arrive at a native conception: long before his time, Korean Neo- Confucians saw the human body as an organism that required a proper physiological harmony, of course; still, it was just one organism, an integral part of a unitary world This organic political thought was embodied in Kim s endlessly trumpeted Juche idea, as Pyongyang renders it in English. Chuch e seems at first glance to be readily understandable. It means self reliance and independence in politics, economics, defense, and ideology; it 53

284 first emerged in 1955 as Pyongyang drew away from Moscow, and then appeared fullblown in the mid-sixties as Kim sought a stance independent of both Moscow and Beijing. One can find uses of the term chuche e before 1955 in North and South, but no one would notice, were it not for its later prominence. But at that time Kim s rhetoric rang with synonymous language; a variety of terms translating roughly as self-reliance and independence structured Kim s ideology in the 1940s: chajusong(self-reliance), minjok tongnip( national or ethnic independence), charip kyongje(independent economy). All these terms were antonyms of sadaejuui, which means serving and relying upon foreign power, which had been the scourge of a people who naturally inclined toward things Korean. Added up, these ideas were the common denominators of what all the colonized peoples sought at mid-century: their basic dignity as human beings Few would have much guidance for how to get up every morning and perfectly realize chuch e. Its real meaning might best be translated as putting Korean things first, always: it suggests a type of nationalism,in other words. It is closer to Neo-confucianism than to Marxism. Let s pause here for a brief philosophical exercise: I hope the reader will stay with me, because our purpose is not merely to describe the behavior of North Koreans but to understand why they do the things they do- they are, after all, twenty two million fellow human beings inhabiting this same earth. If one of our congressmen says, as many did during the nuclear crisis with the DPRK, Those people think differently than we do, we ought to have an intelligent view or what it is they think, and why The Korean assumption is that mind is simultaneously heart, as we saw earlier. Daily Korean body language locates the thinking mechanism in the breast. Second, the principe of human action is not an if, then premise about an a priori human being, whose external circumstances motivate him to act in a certain way ( such as incentives that elicit rationally self-interested behavior): instead, the principle is an internal condition in the human being, premised on a state of mind. only if the chuch e idea is firmly in your mind, will you know how to get up in the morning and be a good citizen of our state. But what, then, is the internal condition?... Principle (li) is the virtue(te) endowed upon the mind (hsin) and is the cause by which material force (ch i) comes into being. 54

285 Ah! Profound principle That exists before heaven and earth Material force comes into being through the self So is mind also given. The mind combines principle and material force to become master of the body [Principle] is also received by the mind becomes virtue. If there were only mind and no self. There would be only the race for worldly gain. If there were only material force and no self, There would be only a body of flesh and blood Moving like squirming insects And reverting to bird and beast. This tells us that a human being is different from beasts because he has righteousness. If a human being has no righteousness, then his consciousness is no more than emotion, desire, and the selfishness of worldly gain [and] his activity is like a mass of squiring insects Principle is truly embodied on our minds. Central to the North Korean version of corporatism is this philosophy, and it is one way to understand the position of Kim Il Sung and his son, and what many observers call the personality cult surrounding them. My position is that North Korea is closer to a neo Confucian kingdom than to Stalin s Russia. With its absurdly inflated hero worship and its nauseating repetition, the North Korean political rhetoric seems to know no bounds; to a person accustomed to a liberal political system it is instinctively repellent. But it has been there from the beginning. 55

286 On some questions arising in our literature and art Talk with writers an artists June 30,1951 KIM Il-Sung Works T.6 p Cette partie a été citée à la page 40 de la thèse. Writers and artists should therefore present the lofty patriotism of our people concretely and profoundly through the thoughts, feelings and lives of real people, instead of filling their works with abstract and dry slogans. Only then will the patriotism represented in their works be concrete and true to life While taking over and developing our own literary and art heritage, we should study that which is excellent and progressive in the literature and art of the Soviet Union, China and other People s Democracies, thereby enriching our national culture still further. 56

287 The immediate tasks before health Talk to Health Workers, November 30, 1951 KIM Il-Sung Works T.6 p The basic task before you is to save the lives of the valiant officers and men of our People s Army and working people in the rear and take meticulous care of their health, thereby dependably protecting the manpower reserve that determines everything, so as to guarantee our final victory in the war along with the happiness and prosperity of generous to come. From this I feel that the following points are to be considered most important in the public health service. 57

288 For a further development of literature and art Concluding speech at a Meeting or the Political Committee of the Central Committee of the Workers Party of Korea August 10 KIM Il Sung Works T.9 p50-56 Cette partie a été citée à la page 60 de la thèse.. The literary artistic works based on the Fatherland Liberation War have a great effort in educating the popular masses along revolutionary lines. We should educate Party members and the people by creating large numbers of literary and artistic works such as novels, films, songs, dances,etc, using living materials on the heroic struggle of the People s Army and people during the war against the US imperialists, who boasted themselves to be the Strongest in the world, and their stooges. At the same time, the existing works based on the Fatherland Liberation War should be disseminated widely among the people. Now that a truce has been made, our people engaged in peaceful construction will be much impressed by literary and artistic works portraying their struggle waged during the severe war 58

289 Let us create literature and art Suitable to the Chollima age Talk with writers, composers and film workers November Kim Il Sung Works T.14 p Cette partie a été citée à la page 62 de la thèse.... People are right when they call our age a Chollima age, and they consider themselves infinitely blessed to be living and working in this great area.. Naturally, our literature and art should forcefully represent this great, creative life of our people who are pulsing ahead in the Chollima spirit. Our literature and art should depict the meaningful life heroic struggle of the people of the /chollima age and vividly express their hopes and desirs. Lately I have given serious thoughts about how to help our cinematic art portray the meaningful life and struggle of the new men of our times, of the heroes who have come from the working people and of the Chollima riders. If we produce even one good film of this kind, it will greatly encourage our working people and become a powerful weapon to educate thousands upon thousands of people to become new men 59

290 The great North Korean famine Andrew Natsios,p2-3 Cette partie a été citée à la page 180 de la thèse. Having worked as a relief manager in most of the famines of the 1990s, and having seen them up close, I know what they are about. Nothing can prepare the Western mind for the scenes associate with famines; few Westerners can fully comprehend the absolute terror the very word engenders in countries that have been ravaged by them. It is fashionable today, in an effort to minimize or dismiss great events, to engage in intellectual deconstruction when dealing with any sacred subject. One school of famine deconstruction argues that people die all the time, and in poor countries sometimes quite prematurely, even without famines. This argument, which is generally made by people who have never been through famines, trivializes them. Premature deaths are tragic anywhere but deaths from famine are a different matter. During famines, entire families are completely wiped out; whole villages and city neighborhoods are deserted because everyone has died or moved to escape certain death. Only genocide, perhaps, resembles famine in the panic and terror that its approach engenders, and in the pain and disfigurement it inflicts on its victims. Genocide, however, can be perpetrated relatively quickly; starving takes a very long and painful time. The Rwandan genocide was over in five months; the North Korean famine wreaked its havoc over four long and horrifying years. Les extraits ci-dessus sont issus d une série d ouvrages de KIM Il-Sung, édités en anglais, que conserve le Centre de Documentation de la Corée du Nord. 60

291 La politique culturelle nord-coréenne de cette époque se manifeste dans l extrait de Gens du Sud, Gens du Nord, Quand la Corée s est divisée, un récit autobiographique de LEE Ho Chul, l un des écrivains majeurs en Corée : «Pour cette première soirée de formation, nous avions commencé par leur présenter quelques chants militaires russes. Avant d être mobilisé, j avais appartenu à la chorale municipale des Groupes de Jeunes et j étais sûr de pouvoir faire moi-même ce genre de travail. Et ces hommes venus du Sud avaient adoré cette séance. Ou plutôt, ce sont surtout les lycéens qui avaient aimé cela. Un chant de marche raisonne sur le fleuve Don au cours tranquille. Le soldat kazakh part à la guerre, sa bien-aimée lui dit «au revoir!» Ah! Sa bien-aimée lui a dit «au revoir». L aurore éclaire les champs ; le fleuve Don brille. - Je te donne ce portefeuille. Je l ai brodé moi-même! Ah! Je te le donne en cadeau! Chantons! Demain de bonne heure, nous serons au front dans le brouillard! Chantons cette nuit! Accordons nos mélodies. Oh! Ces rues que j aime tant! J ai vu un bateau ce matin là-bas sur la mer, Oh! Ce mouchoir bleu, je le connais! La nuit est venue. 61

292 Le courageux guerrier ne ferme pas les yeux aux portes de la Sibérie. Le guerrier courageux ne ferme pas les yeux. - Quand je suis parti pour les chemins austères, De sa main, devant sa porte, la femme que j aime m a dit «au revoir!» Nous leur avions appris ces chants directement en russe. Ils étaient assez courts par rapport aux chansons militaires japonaises que nous connaissions bien aussi et qui sont sentimentales et vulgaires. Tout en chantant, nous en commentions les paroles, surtout les chœurs. Parmi ces hommes venus du Sud, les lycéens étaient très excités. Le chant a le pouvoir de réchauffer une atmosphère froide et inhabituelle. De plus, ces lycéens habitués aux chansons populaires lancinantes de la Corée du Sud sentaient également, et pour la première fois, réellement, qu ils avaient rejoint un monde nouveau. Je me rendis compte que les chansons, surtout les chants militaires, étaient vraiment le meilleur et le plus rapide moyen pour souder un groupe.» 1 militaire : A part sa fonction de propagande, l extrait suivant suggère un autre rôle du chant «Aucun d entre eux n aurait imaginé que j avais fait partie du Chœur de la Jeunesse non parce que j aimais chanter, mais parce que j en avais eu assez des réunions politiques où les gens hurlaient tous les jours les mêmes propos ennuyeux et figés. Cela avait été pour moi le seul moyen d échapper à ces réunions rébarbatives». 2 1 LEE Ho Chul, Gens du Nord, Gens du Sud, Quand la Corée s est divisée Séoul, éd. Mineum, 2002, p ou Marseille, éd. Autre temps, 2003, p Ibid. p

293 Dans Le visiteur du Sud, une bande dessinée d OH Yeong Jin, on retrouve aussi une scène similaire où les gens du Nord chantent pour leur divertissement collectif : «Chez ces ouvriers mobilisés sur un projet de reboisement, qui travaillent à la plantation de pins sur une ancienne piste d atterrissage, c est l heure du déjeuner. Les hommes et les femmes s installent chacun de leur côté. Après manger, les camarades ouvrières s installent en rond et chantent en frappant dans leurs mains, comme on faisait lors des sorties avec l école. On dirait que la culture du jeu collectif est très développée en Corée du Nord.» 3 La scène finale du Journal de Monsieur Oh en Corée du Nord consacrée au peintre public décrit un des avantages du statut du peintre : «- Peintre en Corée du Nord, c est un statut qui permet de voyager facilement, on dirait. Grâce à son métier, il avait voyagé dans les monts Kumgans, Baikdu, Myohyang [ ] - J étais très surpris que ce peintre Gonghoon, qui exerce dans un pays communiste, et dans le cadre de la peinture asiatique, aime l époque baroque, en particulier Rembrandt, qui est connu surtout pour ses peintures religieuses. [ ] - Au Sud, c est difficile de vivre uniquement de sa peinture, et ici? Ah bon? - J ai les moyens de vivre à Pyongyang, donc on peut dire que c est un bon métier Ah oui? [ ] - J envie les artistes communistes : avec le soutien du gouvernement, ils peuvent se concentrer sur leur travail artistique sans s inquiéter de l aspect économique.» 4 3 OH Yeong-Jin, Le visiteur du Sud. Le Journal de Monsieur Oh en Corée du Nord, Tome 2, Séoul, éd. Gilchakgi, 2002, p.32 ou Poitiers, éd. Flblb, 2009, p Ibid. p (éd. en français) ou p (éd. en coréen) 63

294 64

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