Dettes et Fonds Propres, banques et marchés ; des financements complémentaires

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Transcription:

Dettes et Fonds Propres, banques et marchés ; des financements complémentaires SEPL Lyon, 6 octobre 2014 Banque de France Pierre du Peloux directeur régional 1

Peut on répondre à ces quelques questions? - Les entreprises françaises sont-elles trop endettées? - Les entreprises françaises sont-elles suffisamment capitalisées? - Les contraintes bancaires vont-elles se traduire par une restriction dans la distribution des crédits? - Y a-t-il une alternative au crédit bancaire? - Quelles entreprises ont accès au marché de capitaux et sous quelles conditions? 2

Rappel : les différentes tailles d entreprises Nb : exclusion des TPE (micro entreprise) dans les analyses ci-après sauf si CA>750k. 3

Une sensible dégradation des performances des entreprises depuis 2008 Sur longue période 2008 marque un net décrochage des taux de marge. En 2012, accélération de cette détérioration sous l effet de la hausse des charges salariales et des impôts à la production et atteinte du niveau le plus bas depuis le milieu des années 80 4 Taux de marge = excédent brut d exploitation sur valeur ajoutée

Les écarts entre les entreprises les plus performantes et les moins performantes se creusent Depuis 2009, 10% des PME ont des marges négatives alors que les 10% les plus rentables ont conservé des marges supérieures à 30%. distribution par taille des taux de marge Source: Banque de France, données Fiben 5

Cette détérioration des performances se traduit par une baisse de l autofinancement (- 4pts en 2ans) 2012 ensemble : 14,2% GE : 15,1% ETI : 14,7% PME : 12% Taux d épargne = autofinancement sur revenu global 6

A noter : la réduction du crédit interentreprises constitue une source de financement interne importante Délais règlement clients = 44 j de CA, fournisseurs = 56 j d achats Créances clients = 535Mds, dettes fournisseurs = 500Mds encours crédits bancaires à court terme = 120Mds Si respect 60 jours = +15Mds pour PME, +6Mds pour ETI, - 8Mds pour GE, -13Mds secteur public et étranger Année Ensemble PME ETI Grandes entreprises Délais Clients 2000 54,5 54,1 69,3 55,3 2012 43,7 43,5 51,3 46,7 Délais Fournisseurs 2000 67,1 66,9 74,5 76,5 2012 51,7 51,5 59,5 60,4 Solde Commercial 2000 10,1 9,8 19,7 7 2012 10,8 10,7 12,5 8 Délais clients et solde commercial exprimés en jours de CA, délais fournisseurs en jours d achats 7

Cependant les efforts d investissement des entreprises se maintiennent Fortes disparités : le taux d investissement des ETI (24,6%) même s il est en diminution reste très supérieur à celui des PME (17,9%). Pour la moitié des PME le taux d investissement n excède pas 4% 8 Taux d investissement = investissement (yc crédit-bail) sur valeur ajoutée

L investissement a été facilité par la baisse du coût du crédit Ratio charges financières sur endettement financier 9

Après avoir fortement augmenté l endettement financier s est stabilisé en 2012 Baisse de l autofinancement et maintient des investissements expliquent la hausse de l endettement mais celle-ci s est stoppée en 2012. Source : Banque de France, données Fiben (base 100 = 2000) Dette financière des entreprises (en volume) 10

Même si l endettement des entreprises a augmenté leur solvabilité ne s est pas détériorée Les entreprises françaises ne sont pas «surendettées». Les PME notamment ont préservé leur capacité à s endetter Ratio endettement financier sur capitaux propres 11

La solidité financière des entreprises n a pas été affectée par la crise de 2008-2009 ; le niveau des fonds propres reste élevé, particulièrement pour les PME Poids des fonds propres dans le total du bilan Source : Banque de France, données Fiben 12

Mais les disparités de solidité financière, particulièrement pour les PME, se sont accentuées L écart entre les PME les plus solvables et celles qui le sont le moins s accentue. 7% des PME fin 2012 ont des fonds propres négatifs ; les pertes cumulées ont absorbé l intégralité des capitaux propres. Source : Banque de France, données Fiben 13 Distribution par taille du poids des fonds propres

2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 Les fonds propres continuent de se renforcer mais a un rythme qui ralentit (+2,9% en 2012 contre +4,8% en 2010) 14% 14% 12% 10% 8% 9% 6% 4% 4% 2% 0% -2% -1% -4% -6% -6% PME ETI GE Ensemble Capital Primes d'émission Réserves non disponibles Report à nouveau et autres réserves Résultat Divers (Subventions d'investissement, Provisions réglementées et Ecarts de réévaluation) Taux de variation des capitaux propres Évolution des capitaux propres et de leurs composants 14

La structure de l endettement financier diffère fortement selon la taille des entreprises L endettement bancaire diminue avec la taille, l endettement obligataire augmente avec la taille 15

Le financement de l investissement et de la croissance des PME repose presque exclusivement sur le crédit bancaire. Par contre le financement bancaire dédié à l exploitation est relativement similaire selon la taille des entreprises. Part des dettes bancaires et des concours bancaires courants dans l endettement financier, selon la taille (en %) Dettes bancaires Concours bancaires courants 80 70 60 50 40 30 20 10 0 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 20 18 16 14 12 10 8 6 4 2 0 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 PME ETI PME ETI Grandes entreprises ENSEMBLE Grandes entreprises ENSEMBLE Note : Les concours bancaires comprennent les facilités de caisse, les découverts et autres crédits à moins d'un an contractés par une entreprise auprès d établissements bancaires. Champ : Entreprises non financières au sens de la LME. PME : petites et moyennes entreprises, ETI : entreprises de taille intermédiaire. Source : Banque de France, «Situation des entreprises», base FIBEN, décembre 2013. 16

Les financements désintermédiés : une opportunité de développement pour les entreprises En France et en Europe 75% à 70% du financement des entreprises provient du système bancaire, 30% sont des financements désintermédiés (marchés de capitaux). Aux Etats-Unis, la proportion est inverse La désintermédiation est nécessaire et encouragée pour les entreprises françaises : elle permet une meilleure efficacité de la politique monétaire en agissant plus rapidement sur l économie réelle elle correspond au souhait des pouvoirs publics de réorienter l épargne vers le financement des entreprises et à celui des investisseurs d obtenir de meilleurs rendements. elle facilite l adaptation du système bancaire aux nouvelles contraintes réglementaires. 17

Avantages et contraintes de l endettement désintermédié Diversification des sources de financement, moindre impact du cycle bancaire sur les financements Accès à des financements plus longs avec remboursement in fine Permet d anticiper des besoins de financement de croissance (innovation, implantation à l étranger..) Relation directe avec les investisseurs, meilleure compréhension de leurs exigences en terme de ratios de gestion, regard extérieur sur la stratégie Mais : maîtrise nécessaire de la profitabilité, transparence et communication financière accrue, montant minima élevé pour les plus petites PME 18

Le Développement récent du marché de l EURO PP (placement privé) Euro PP = emprunt obligataire (prêt possible) émis par ETI/PME et souscrit par un nombre limité d investisseurs européens Confidentialité des informations transmises Durée : 5 à 12 ans - montant : 10 à 100M - taux : 4 à 8% Pour des entreprises non cotées en Bourse, pas de notation financière exigée, généralement sans «covenant» a vocation à être détenu jusqu à maturité par les investisseurs : l entreprise connaît son investisseur, le financement n est pas nécessairement adossé à un projet défini, peu de contraintes pour l émetteur, cadre minimum pour l investisseur (charte de bonnes pratiques) Plus de 8Mds émis en 2 ans (75 opérations) ; Bonduelle, Plastic Omnium, Bel, Soufflet, 19

Autres initiatives de désintermédiation Fonds NOVO (nouvelles obligations) - Fonds commun de titrisation d obligations émises par des ETI et PME cotées en Bourse - Permet à des sociétés d Assurances (18) d investir pour 1Md dans des PME pour financer leur croissance (modification code assurances) - Obligations de 5 à 7 ans, 10M à 50M, remboursement in fine - 450 PME/ETI sont éligibles, niveau de risques similaire (sélection sur taille, flux financiers, endettement) Fonds MIKADO - Fonds commun de titrisation d obligations émises par des PME cotées sur Alternext. Obligations de 3 à 20M non notées (ex Lafuma) - Financement par des investisseurs ( 160M ) IBO (Initial Bond Offering), émission obligataire par offre public d Euronext spécifique aux PME (pas nécessairement cotées) Projets de titrisation des crédits bancaires par la BCE 20

Les fonds propres, pierre angulaire du financement des entreprises Les financements bancaires comme les financements par les marchés reposent sur un socle de fonds propres adapté aux projets de développement de l entreprise Anticiper le niveau de fonds propres nécessaire à la prochaine étape de développement est souvent utile Les banques ont une expertise du risque de crédit et une connaissance historique de leur clientèle PME ; leur remplacement partiel par de nouveaux prêteurs peut accroître les exigences de ces derniers en terme de FP Plus de fonds propres c est : Une rentabilité interne qui s accroît De nouveaux actionnaires qui rentrent au capital Une introduction en Bourse 21

Conclusion.. - Les entreprises françaises ne sont pas trop endettées mais elles ont une capacité de remboursement qui se détériore.. - Les entreprises françaises sont suffisamment capitalisées ; elles ont plutôt maintenu leur solidité financière pendant la crise mais celles qui veulent se développer auront besoin de plus de fonds propres. - Les contraintes bancaires rendent le crédit plus sélectif surtout lors d un redémarrage de l activité des entreprises - Les marchés de capitaux s ouvrent de plus en plus aux financements des PME/ETI mais dans un 1 er temps la sélection sera la règle 22