FICHE CONSEIL n 32 DÉLAIS DE PAIEMENT & RECOUVREMENT DE CRÉANCES Les paiements comptants à la livraison ne sont guère pratiqués en France entre professionnels. Au contraire, le businessto-business est assorti de délais de paiement qui représentent un coût significatif. Á ceux-ci s'ajoutent bien souvent des impayés qui perturbent gravement la gestion. Le dirigeant d'une petite entreprise qui n'a pas toujours le temps ou les moyens de gérer le risque clients, hésite trop souvent à mettre en œuvre les moyens légaux existants. D'une part parce que bien souvent il les ignore. D'autre part, parce que ces moyens légaux ignorent le rapport de force permanent client/fournisseur de la relation de sous-traitance, qui est trop rarement en faveur du sous-traitant. Et la Loi NRE n'y a pratiquement rien changé Souhaitant une meilleure définition des relations entre les PME, l'état et les grands groupes, le Premier Ministre à chargé Thierry BRETON de conduire une démarche visant à l'amélioration des délais et des conditions de paiement dans la sous-traitance industrielle. Le Ministre des Finances et François LOOS, Ministre de l'industrie a donc créé un groupe de travail dont la mission est d'imaginer les moyens de réduire les délais de paiement, plus longs en France que dans les autres pays, qui pénalisent la compétitivité Jean-François EVELLIN Président du SNESE fiche conseil n 32 mars 2006 1
ÉVOLUTION DES DÉLAIS DE PAIEMENT DEPUIS LA LOI NRE La Loi NRE (n 2001-420 du 15 mai 2001) à instauré le paiement à 30 jours et l'obligation pour le créancier de facturer les pénalités dès le premier jour de retard. Selon une enquête de l'afdcc l'association Française des Credit Managers et Conseils (300 réponses), si 35% des entreprises ont vu les délais de paiement de leurs clients privés baisser depuis 1 an, 18% les ont vu augmenter... Lorsqu'elles réclament les pénalités (30% le font de temps en temps et 23% systématiquement), elles disent les encaisser toujours (15%) ou parfois (29%). Cette loi NRE, complétée par la circulaire Dutreil (16 mai 2003) a bien prévu de sanctionner les clients récalcitrants et nous sommes tous impatients de connaître les sanctions infligées par les tribunaux qui doivent se prononcer sur les premiers procès-verbaux dressés par la DGCCRF Direction Générale de la Concurrence de la Consommation et de la répression des Fraudes) à l'encontre des clients indélicats qui auraient payé tardivement et "oublié" d'y ajouter spontanément les pénalités de retard. En effet, des amendes et redressements dissuasifs sont seuls à même de faire changer les comportements (cf. radars et excès de vitesse). Mais trop souvent encore, les services fiscaux et la DGCCRF, qui devraient être des chasseurs invétérés des clients peu scrupuleux jamais à cours d'idées pour retarder leurs paiements, préfèrent mettre la pression sur les créanciers, n'hésitant à les pénaliser en cas de non recouvrement des fameux intérêts de retards. Exemple l'action lancée depuis le début de l'année par la DGCCRF. UN CONTROLE METHODIQUE La DGCCRF a donné pour mission à ses directions régionales, voire départementales d'effectuer des contrôles sur les mentions relatives aux modalités de paiement. Car bien sûr, si les clients payent mal, c'est parce que les factures sont imprécises Voici le mode opératoire des agents de l Administration. Ce sont des contrôles sur pièces : - les conditions générales de vente de l entreprise sont demandées (sur les 3 années antérieures) - des factures clients doivent y être jointes sur les mêmes périodes. Un premier contrôle de cohérence permet de s assurer de l application des conditions générales de vente à tous les clients (attention aux pratiques discriminatoires) et permet aussi de vérifier que les mentions obligatoires figurent bien sur les factures (par exemple la date de paiement, le taux de pénalité de retard, l escompte pour paiement avant l échéance cf. FICHE CONSEIL SNESE N 21) Le contrôleur s intéresse ensuite à la qualité des paiements fournisseurs de l entreprise (respect des délais de paiement des fournisseurs et paiement des pénalités en cas de retard de paiement) fiche conseil n 32 mars 2006 2
Que faut-il retenir de cela? 1/ Il semble que l Administration revienne à la charge pour faire appliquer la loi du 15 mai 2001 (dite NRE : Nouvelles Régulations Economiques), incluse depuis dans le Code de commerce, en changeant néanmoins de stratégie. Sa première offensive avait visé les fournisseurs en brandissant la menace fiscale de réincorporation dans le bénéfice imposable des pénalités de retard non encaissées, au motif qu elles sont dues de plein droit. Rappelons que ce danger a été finalement repoussé sine die par la loi de finances rectificative pour 2005... A contrario, la démarche actuelle s exercerait à l encontre des clients qui ne paieraient pas ponctuellement leurs factures et... "oublieraient" de s auto-infliger spontanément les pénalités de retard... 2/ Quatre ans après la loi du 15 mai 2001, la DGCCRF oriente délibérément ses contrôles sur la présence des diverses mentions obligatoires en matière de conditions de paiement. Outre le réajustement du contenu des CGV (et des contrats...) et des factures avec les exigences légales, les entreprises doivent profiter de l opération pour mettre en cohérence le choix des taux avec leurs objectifs en matière de BFR et les taux du marché. Quelques conseils et remarques à ce propos L escompte pour paiement anticipé (facultatif mais son absence doit être explicite) ne doit être proposé qu avec prudence car il est lourd à gérer (saisie des règlements), incompatible avec les moyens de paiement automatiques, sans effet sur le ratio client s il ne fait pas payer 1 mois plus tôt et générateur de la part des clients indélicats d abus d autant plus difficiles à réprimer qu ils émanent de clients anciens. De plus, la cohérence avec les taux à court terme actuels ne le rend guère attractif. Les pénalités de retard vont revêtir une importance d autant plus grande que les clients seront incités à les payer (cf. décisions de justice attendues). Si le taux légal est plus simple à utiliser comme référence que le taux de la BCE (ce dernier variant au gré de la politique monétaire), le minimum obligatoire d 1,5 fois le taux légal, exprime que le fournisseur n a pas l intention de les réclamer. A l inverse, pour jouer leur rôle dissuasif, ces pénalités devraient donc excéder le taux d usure (12,35% l an au 4ème trimestre 2005) et donc être égales à 6 fois au moins le taux légal... L'IMPACT DES IMPAYÉS SUR L'ENTREPRISE Les clients sont la raison d exister des entreprises et ils constituent la majeure partie de leur richesse. Mais ces mêmes clients peuvent parfois devenir les acteurs conduisant les entreprises à leur perte lorsqu'ils se transforment en mauvais payeurs. fiche conseil n 32 mars 2006 3
Les impayés constituent en effet l une des principales causes de défaillance des entreprises. Aucune catégorie n est épargnée mais les plus vulnérables sont les petites et les jeunes entreprises. De même, les entreprises qui ont en portefeuille un client générant plus de 50% de leur chiffre d affaires sont étroitement liées à la santé financière de ce client. Ainsi, certains fournisseurs ou sous-traitants de Moulinex et autres groupes en difficulté peuvent être précipités au dépôt de bilan. Pour toutes ces entreprises, une facture impayée aura un impact immédiat sur leur trésorerie. Dans le meilleur des cas, une facture impayée perturbe la gestion de l entreprise. Pour compenser les pertes correspondantes, l entreprise devra générer un chiffre d affaires supplémentaire. A titre indicatif, le tableau ci-dessous présente le chiffre d affaires à réaliser en fonction du taux de marge bénéficiaire pour compenser un impayé. Taux de marge bénéficiaire Impayé de 1 000 euros Impayé de 5 000 euros Impayé de 10 000 euros 1 % 100 000 500 000 1 000 000 5 % 20 000 100 000 200. 00 10 % 10 000 50 000 100 000 A la perte de chiffre d affaires générée par un impayé, s ajoutent les frais divers de recouvrement, le temps consacré à la procédure. Une démarche préventive s impose donc pour réduire les risques d impayés. Et il est quelquefois préférable de bouder un client potentiel plutôt que de se lancer dans une opération qui conduira l entreprise dans de pénibles démarches de recouvrement. Afin de réduire les risques d impayés, des méthodes rigoureuses sont à mettre en place dans tout le process client, depuis l approche du prospect, en passant par le traitement de la commande jusqu au recouvrement de la facture L'ÉVALUATION DU RISQUE D'IMPAYÉS Si l'entreprise a pour vocation de développer sa clientèle et de conquérir de nouveaux clients, elle a aussi le devoir de s'assurer de la solvabilité de ses clients et prospects. C'est en effet prendre un risque de s'engager dans une nouvelle relation commerciale sans connaître son futur client ou d'évaluer l'avenir de ses clients. Face à une concurrence toujours plus vive, les commerciaux peuvent être tentés d'allonger les délais de paiement plutôt que d'accorder des remises qui viendraient réduire leur commission sur le chiffre d'affaires généré. L'entreprise joue alors le rôle de banquier envers ses clients à qui elle accorde en permanence des " prêts à court terme ". L'entreprise doit par conséquent se comporter comme un banquier : elle doit apprendre à connaître ses clients et prospects afin d'évaluer au mieux les risques et déterminer les encours qui peuvent leur être accordés. Les renseignements à rechercher sont dépendants de la relation commerciale établie. Une enquête plus approfondie sera nécessaire si l'investissement commercial (et éventuellement matériel) est conséquent et si le contrat à signer est fiche conseil n 32 mars 2006 4
durable. Les renseignements obtenus permettront de déterminer si l'action vaut le coup d'être engagée. Les informations de base à connaître concernent l'identité juridique, l'activité, la taille de l'entreprise. Des connaissances sur la solvabilité du (futur) client s'avèrent donc essentielles. L'évolution du chiffre d'affaires, les soldes de gestion et de nombreux ratios financiers et économiques issus des comptes annuels sont des données riches sur la santé financière d'une entreprise. Ces informations juridiques et financières sont accessibles par différentes sources : - le Registre du Commerce et des Sociétés qui est alimenté par les entreprises elles-mêmes dans l'obligation légale de déclarer les éléments relatifs à la vie de l'entreprise (modifications statutaires, comptes annuels). Le RCS est tenu par le Greffe du Tribunal de Commerce (ou par défaut Grande Instance) de chaque département. - le SIRENE (Système Informatique du Répertoire des Entreprises et des Etablissements) contient des informations sur les entreprises, artisans, agriculteurs, professions libérales, associations, administrations et collectivités locales. Il recense pour chaque établissement des éléments de localisation, des informations juridiques et quelques données financières. Le SIRENE est tenu par l'insee (www.sirene.tm.fr rubrique Télécharger les avis de situation SIRENE). - les sociétés de renseignement constituent des bases de données sur les entreprises en collectant des informations figurant sur les répertoires publics. A partir de ces données, ces sociétés calculent une cote de solvabilité des entreprises selon des systèmes de scoring du type CONAN & HOLDER. Ces informations sont accessibles par internet (par exemple www.societe.com). En cas de doute sur la solvabilité d'un client, les recherches pourront être approfondies par la consultation des registres publics d'inscription des sûretés (nantissements, privilèges, ) L'inscription d'une entreprise dans l'un de ces registres indique qu'elle a déjà eu des difficultés financières. Ces registres sont tenus par le Greffe du Tribunal de Commerce. 10 CONSEILS A CEUX QUI VEULENT ETRE PAYES LE MIEUX POSSIBLE Pour être payé tout court 1- Identifiez précisément votre client : SIREN et dénomination sociale (cf. précédent, alinéas 1 et 2). 2- Vérifiez que votre client aura les moyens de vous payer en faisant faire une enquête de solvabilité. Ces renseignements peuvent être obtenus auprès de l'entreprise. Des serveurs internet fournissent également des informations permettant d'évaluer cette solvabilité (cf. précédent, alinéa 3). 3- Effectuez la prestation en respectant, en nature et en délai, les termes du contrat, conformément au devis, à l'offre de prix, à la commande. fiche conseil n 32 mars 2006 5
4- Assurez-vous, pour le cas où votre client n aurait pas l intention de vous payer, que vous pourrez prouver le bien-fondé de votre créance : - bon de commande daté, signé avec l'indication claire du nom du signataire (qui doit avoir légalement le pouvoir d'engager l'entreprise) et le cachet commercial ; - la preuve de l exécution de la prestation : bon de livraison avec accusé de réception, daté, signé avec l'indication claire du nom du signataire et votre cachet commercial ; - la facture correspondant à la prestation commandée et effectuée, qui doit respecter toutes les obligations légales, notamment : - la dénomination sociale (et pas seulement l enseigne commerciale) ; - une date de paiement ou la mention «comptant à réception de facture» qui correspond à 10 jours nets (NB : le délai de paiement ne doit pas être inférieur à celui qui figure dans les CGV ou, à défaut, 30 jours nets) ; - le taux des pénalités de retard (supplétif = taux de la Banque Centrale Européenne + 7 ; recommandé = taux légal x 5) (cf FICHE CONSEIL SNESE n 21) Pour être payé à la bonne date 5- assurez-vous que vos Conditions Générales de Vente (nous vous recommandons d'utiliser les CGV que le SNESE a déposé auprès du Greffe du Tribunal de Commerce de Paris Bureau des Expertises et des Usages Professionnels voir FICHES CONSEIL SNESE N 5 & 15 ) : - sont connues de votre client au plus tard au moment où il reconnaît l exécution de la prestation (cf. point 4 alinéa 2) ; - qu elles figurent dans un document séparé (daté, signé + cachet commercial) ou qu un avertissement au recto du bon d exécution signale la présence des CGV au verso ; - qu elles ne sont pas contredites par la commande du client. 6- Établissez une facture respectant les obligations légales (cf. point 4 alinéa 2), 7- Si le montant est très élevé, assurez-vous que le client a bien reçu votre facture et que vous serez bien payé (+ moyen de paiement) à la date prévue. fiche conseil n 32 mars 2006 6
Pour réduire le retard de paiement (si le client n a pas payé à l échéance) 8- Relancez votre client (en gardant un ton très commercial) dès le lendemain de l échéance en indiquant clairement sur la lettre la mention "nous souhaitons attirer votre attention sur la réglementation en matière de pénalités de retard (Loi NRE n 2001-420 art.53 du 15 mai 2001) qui nous contraint à facturer les intérêts de retard à compter du premier jour de dépassement d'échéance" et, si possible, par téléphone (plus efficace que la lettre de rappel). 9- Relancez sans relâche, à une cadence rapide et en faisant monter graduellement la pression jusqu au paiement ou au transfert au contentieux, signalé par une mise en demeure. Pour obtenir la compensation des coûts induits par le retard de paiement 10- Incluez dans vos CGV le mode de calcul des pénalités de retard (supplétif = taux de la Banque Centrale Européenne + 7 ; recommandé = taux légal x 5), ainsi qu une clause pénale (en % de la créance et éventuellement un minimum forfaitaire) afin de couvrir vos frais de recouvrement. Questions/Réponses sur l application des pénalités de retard Les aspects de la loi NRE du 15 Mai 2001 portant sur les délais de paiement ont été introduits dans le Code de Commerce sous les articles L440-1, L441-6 et L442-6. Doit-on comptabiliser les pénalités dues? Selon la loi, les pénalités sont dues de plein droit. La loi de finances rectificative pour 2002 autorisait néanmoins leur rattachement à l exercice du paiement et ce jusqu au 31/12/2004, mais cette disposition a été pérennisée par le projet de loi de finances rectificative pour 2005. En pratique, cela revient à vous dispenser de les comptabiliser tant qu elles ne sont pas payées. Doit-on réclamer les pénalités de retard aux clients? La loi ne l impose pas. C est cependant une démarche salutaire pour inciter les clients à respecter les délais de paiement contractuels ou, tout au moins, pour compenser le coût bancaire que vous avez supporté en contrepartie du retard de paiement. Il faut noter qu un peu plus de la moitié (53%) des entreprises réclament des pénalités de retard et que 87% de celles-ci les encaissent en tout ou partie, alors qu elles n étaient que 44% il y a un an (enquêtes de l AFDCC sur les pratiques en matière de délais de paiement en Décembre 2003 et Septembre 2004).,Pour réclamer efficacement ces pénalités, bien que ce ne soit pas obligatoire, il est recommander de les facturer, afin qu elles apparaissent au débit des comptes clients. Ces factures sont exonérées de TVA (doc. Adm. 3B 1111 15 à 26). fiche conseil n 32 mars 2006 7
Questions/Réponses sur l application des pénalités de retard Comment calculer ces pénalités? L assiette de calcul est constituée de montants payés tardivement (à compter du «jour suivant la date règlement figurant sur la facture»), donc TTC (Assemblée Nationale 30/06/03 page 5178 n 15648). Si aucun taux ne figure au contrat ni dans vos conditions générales de vente, le taux de droit commun qui s applique est «le taux d intérêt appliqué par la Banque Centrale Européenne à son opération de refinancement la plus récente majoré de 7 points de pourcentage». Cette référence est assez malcommode car ses variations dépendent de la politique monétaire de l eurolande. Ce taux «Main refinancing operations» est publié sur le site http://www.ecb.int/home/html/index.en.html. Il est à ce jour égal à 2%, ce qui met le taux supplétif à 2+7 = 9%. La référence la plus pratique est le taux légal (NB : c est lui qui est utilisé pour le calcul des intérêts moratoires dus par un client public). Ce taux est fixé chaque 1 er trimestre et est valable pour toute l année. Pour le connaître : http://www.netpme.fr/tableauxbord/tableaux-bord_table.htm?table=18. En 2005, il était égal à 2,05% (2,11% actuellement). Le taux minimal admis par la loi («une fois et demie le taux d intérêt légal») est nettement insuffisant car il se situe à un niveau (2,05x1,5=3,07%) très audessous du taux effectif moyen de découvert bancaire au 4 ème trimestre 2005 (9,26%). La bonne mesure serait d appliquer 4 ou 5 fois le taux légal (soit 8,20% ou 10,25%), de façon à être dissuasif vis-à-vis des taux bancaires. Il est à noter que la limite de l usure (12,35% au 4 ème trimestre 2005) ne s applique pas car il ne s agit pas d intérêts conventionnels mais de pénalités. fiche conseil n 32 mars 2006 8
Questions/Réponses sur l application des pénalités de retard Quelle est la différence entre un avis d'impayé et un certificat de non paiement? Il y a très souvent confusion entre le papillon, souvent de couleur rose, dénommé «avis d impayé» apposé par le banquier lors du retour d un chèque impayé et le «certificat de non-paiement». La différence est pourtant d importance. L avis d impayé n est qu une simple information précisant le motif de l impayé et si le débiteur pouvait émettre un tel règlement. Le certificat de non paiement est délivré à la demande du créancier au terme d un délai de 30 jours à compter de la première présentation du chèque, si ce dernier n a pas été régularisé lors de sa seconde présentation ou si une provision n a pas été constituée dans ce même délai (L. n 98-657 du 29 Juillet 1998, art. 137). Ce certificat peut alors être transmis à l huissier de justice du lieu de domicile du débiteur pour signification. Sans régularisation sous 15 jours, cette signification devient TITRE EXECUTOIRE et permet, sans avoir à prendre de jugement, de saisir les biens dudit débiteur. La procédure est donc simple et peu coûteuse mais, dans la pratique, se heurte souvent au manque d actifs du débiteur alors saisi. L'AFFACTURAGE Lors de la négociation des conditions de paiement, le moyen de paiement est souvent «oublié» et traité comme un détail sans importance. Au contraire, celui-ci doit mériter toute votre attention pour être mis au service de votre entreprise. Il existe une solution pour prévenir le risque de défaillance et se garantir contre les impayés : l'affacturage. L'affacturage est un contrat par lequel un établissement de crédit spécialisé, appelé factor, achète les créances détenues par une entreprise sur ses clients. Les créances sont ainsi transférées au factor par subrogation et l'entreprise se trouve totalement déchargée de l'encaissement des sommes dues. En outre, l'entreprise dispose d'une quasi suppression des délais de paiement car, grâce à l'affacturage, l'entreprise est payée par le factor dans les 48 heures après cession de ses créances. Ce financement très court terme permet à l'entreprise d'optimiser sa trésorerie. Ces sociétés de factoring peuvent prendre en charge la totalité de la gestion du poste client d'une entreprise. Cette dernière se trouve ainsi dégagée des diverses tâches telles que tenue des comptes, étude de solvabilité, détermination de l'encours clients, recouvrement des factures, fiche conseil n 32 mars 2006 9
En effet, le factor dispose d'outils performants lui permettant de surveiller la situation financière et la solvabilité des clients ou prospects et de déterminer l'encours de crédit garanti. Il dispose donc d'éléments fiables pour conseiller l'entreprise dans sa prise de décisions commerciales. Après la vente, le factor procède aux différentes démarches de recouvrement amiable ou contentieux. La séparation des fonctions de vente et de recouvrement, souvent assurées par la même personne dans une petite entreprise, rend les contacts commerciaux plus détendus. Depuis quelque temps, les factors proposent des contrats d'affacturage " à la carte " dans lesquels l'entreprise ne confie pas la totalité de son chiffre d'affaires. Ces offres constituent surtout des solutions aux besoins ponctuels de trésorerie sans vraiment répondre au souci de recouvrement de créances. La solvabilité des clients est en effet étudiée au cas par cas et seules les créances sans risques sont retenues. Le coût de l'affacturage comprend deux éléments : - la commission d'affacturage constitue la rémunération des services de gestion et de recouvrement assurés par le factor. Elle est calculée selon un taux appliqué au chiffre d'affaires confié, avec néanmoins un minimum facturé. Ce taux varie (entre 0,50% et 2,50%) en fonction de la qualité de la clientèle, du chiffre d'affaires et le nombre de clients confiés. - la commission de financement (ou intérêts débiteurs) correspond au coût du financement anticipé calculé au prorata temporis. Les taux appliqués sont comparables à ceux pratiqués par les banques pour des crédits équivalents. EUROFACTOR/SNESE Depuis 2000, les adhérents du SNESE peuvent souscrire à un contrat d'affacturage spécifique, négocié avec EUROFACTOR. Baptisé EUROFACTOR/SNESE, ce produit est très souple et entièrement modulable. Il comprend le financement des créances (en totalité ou partiellement), l'assurance-crédit et la gestion du poste client (FICHE CONSEIL SNESE N 18) L'ASSURANCE-CRÉDIT Tout comme les particuliers qui assurent leur patrimoine, les entreprises assurent la plupart du temps leurs immobilisations et leurs stocks. Mais très peu d'entreprises assurent leurs créances clients qui constituent pourtant environ 30 % de l'actif du bilan. Face aux aléas de la conjoncture et la hausse des risques, plusieurs compagnies et courtiers d'assurances proposent aux entreprises un produit qui permet de les prémunir contre l'insolvabilité de leurs clients et de limiter les impayés : l'assurance-crédit. Le contrat d'assurance-crédit est un outil de gestion qui repose sur trois services : la prévention, le recouvrement, l'indemnisation. La prévention : pour les clients " dénommés ", dont l'encours est généralement supérieur à 5000 euros, l'assureur-crédit exerce une surveillance permanente et informe l'entreprise en cas de dégradation de leur solvabilité. Une garantie d'office existe pour les autres clients. Le recouvrement : en cas d'impayé, l'entreprise transmet le dossier contentieux constitué de l'ensemble des pièces justifiant la créance à la compagnie d'assurance qui intervient auprès du débiteur défaillant et se charge du recouvrement par voie fiche conseil n 32 mars 2006 10
amiable et judiciaire. L'entreprise est tenue informée des actions menées pour le recouvrement des créances confiées. Les frais de contentieux sont pris en charge partiellement ou totalement par la compagnie d'assurances. L'indemnisation : l'entreprise sera indemnisée en cas d'insolvabilité constatée ou procédure judiciaire du débiteur. Dans les autres cas, si le recouvrement n'a pu avoir lieu dans le délai de carence défini au contrat, la compagnie d'assurances procédera également à l'indemnisation de la créance. La compagnie d'assurance supporte l'essentiel de la perte subie (de 60 à 90 %). Le délai d'indemnisation se situe entre 1 et 5 mois environ. Selon les compagnies, le coût de l'assurance-crédit est déterminé de façon forfaitaire à l'année ou indexé au chiffre d'affaires mensuel selon un taux compris entre 0,1 % et 1,5 %. Ce taux est plus important pour le risque commercial à l'export et davantage encore pour le risque politique. S'ajoute à cette prime une participation forfaitaire pour les enquêtes et la surveillance des clients dénommés. Avec l'évolution des moyens de communication, quelques compagnies proposent désormais la souscription de contrats d'assurance-crédit par internet. Grâce à un système entièrement sécurisé, les entreprises peuvent alors contrôler la situation financière de leurs clients et suivre le recouvrement des créances impayées. En choisissant l'assurance crédit, l'entreprise dispose indirectement de plusieurs avantages. En effet, elle connaît mieux sa clientèle grâce aux fichiers constamment actualisés des assureurs. Elle bénéficie de l'expérience et de la crédibilité de la compagnie d'assurances pour recouvrer ses impayés. Enfin, elle dispose d'une sécurité de paiement qui lui évitera un impact parfois désastreux sur sa trésorerie. En outre, libérée du temps et des charges consacrés à l'enquête de solvabilité de ses clients et au recouvrement des créances, l'entreprise gagne un temps précieux pour développer son cœur de métier et réduit les charges de gestion interne liées au suivi de ses comptes clients (coût des renseignements commerciaux, des relances clients et du recouvrement). fiche conseil n 32 mars 2006 11