LEIOMYOSARCOME PRIMITIF DU DIAPHRAGME A propos d un cas.



Documents pareils
Apport de l IRM dans la

IRM du Cancer du Rectum

Recommandations régionales Prise en charge des carcinomes cutanés

Recommandations Prise en charge des patients adultes atteints d un mélanome cutané MO

Qu est-ce qu un sarcome?

Traitements néoadjuvants des cancers du rectum. Pr. G. Portier CHU Purpan - Toulouse

PLACE DE L IRM DANS LE BILAN D EXTENSION DU CANCER DU RECTUM. Professeur Paul LEGMANN Radiologie A - Cochin Paris

CORRELATION RADIO-ANATOMIQUE DANS LE CARCINOME HEPATOCELLULAIRE TRAITE PAR TRANSPLANTATION HEPATIQUE : IMPACT SUR LA RECIDIVE

Cancers de l hypopharynx

Essai Inter-groupe : FFCD UNICANCER FRENCH - GERCOR

Votre guide des définitions des maladies graves de l Assurance maladies graves express

Artéfact en queue de comète à l échographie hépatique: un signe de maladie des voies biliaires intra-hépatiques

Métastase unique d un NPC: Une question singulière? Jean Louis Pujol - Xavier Quantin Mohammad Chakra Fabrice Barlési

TUMEURS DU BAS APPAREIL URINAIRE

Cancer du sein in situ

Pierre OLIVIER - Médecine Nucléaire

Les différents types de cancers et leurs stades. Dr Richard V Oncologie MédicaleM RHMS Baudour et Erasme La Hulpe 1/12/07

Peut-on reconnaître une tumeur de bas-grade en imagerie conventionnelle? S. Foscolo, L. Taillandier, E. Schmitt, A.S. Rivierre, S. Bracard, CHU NANCY

Maladie de Hodgkin ou lymphome de Hodgkin

Intérêt de la TEP-FDG dans les cancers de l ovaire

Découvrez L INSTITUT UNIVERSITAIRE DU CANCER DE TOULOUSE

Radiologie Interven/onnelle sur les nodules pulmonaires. J. Palussière, X. Buy Département imagerie

Cancer du sein. Du CA15-3 à la tomographie à émission de positons.

Module digestif. II. Prévention du reflux gastro-œsophagien :

G U I D E P A T I E N T - A F F E C T I O N D E L O N G U E D U R É E. La prise en charge du cancer du foie

G U I D E - A F F E C T I O N D E L O N G U E D U R É E. La prise en charge de votre mélanome cutané

Patho Med Cours 5. Maladie Pulmonaires Obstructives BPCO Asthme

Apport de la TDM dans les cellulites cervico-faciales

Association lymphome malin-traitement par Interféron-α- sarcoïdose

OSSIFICATION DU LIGAMENT VERTEBRAL COMMUN POSTERIEUR ET DU LIGT JAUNE: MYELOPATHIE CERVICALE SUBAIGUE

Charte régionale des Réunions de Concertation Pluridisciplinaire de PACA, Corse et Monaco

INTERFERON Traitement adjuvant du mélanome à haut risque de récidive. Dr Ingrid KUPFER-BESSAGUET Dermatologue CH de quimper

Images en «franc» hypersignal T2 du pelvis féminin Atlas iconographique

Suivi post-professionnel après exposition à l amiante

F-FLUORODÉOXYGLUCOSE EN ONCOLOGIE Expérience en Ile de France

Moyens d étude de la peau

UE2 CANCEROLOGIE Place de la Médecine Nucléaire

Coordinateur scientifique: Prof. Univ. Dr. Emil PLEŞEA. Doctorant: Camelia MICU (DEMETRIAN)

Tumeurs cutanées épithéliales et mélaniques

Le point sur les techniques d embolisation des hépatocarcinomes

TUTORAT UE Anatomie Correction Séance n 6 Semaine du 11/03/2013

TRAITEMENT DES TUMEURS HEPATIQUES. Paul Legmann Radiologie A Pôle Imagerie

Le traitement conservateur des tumeurs malignes des membres a largement remplacé les amputations

Lymphome non hodgkinien

Sujets présentés par le Professeur Olivier CUSSENOT

LA TUBERCULOSE Docteur ALAIN BERAUD

Case report. Hernie de Spiegel: a propos d un cas. Open Access

De la chirurgie du nodule aux ganglions

Ordonnance du DFI sur les prestations dans l assurance obligatoire des soins en cas de maladie

Prise en charge des dysplasies et carcinomes in situ de la surface oculaire au CHT de Nouvelle-Calédonie

Accidents des anticoagulants

Compte rendu d hospitalisation hépatite C. À partir de la IIème année MG, IIIème années MD et Pharmacie

Développement d'une nouvelle interface utilisateur multi-modalité en scanner interventionnel

GUIDE PATIENT - AFFECTION DE LONGUE DURÉE. La prise en charge du cancer du rein

Quel apport de l imagerie dans les traitements anti-angiogéniques?

Actualités s cancérologiques : pneumologie

Histoire d une masse pancréatique

Leucémies de l enfant et de l adolescent

TRAUMATISME CRANIEN DE L ENFANT : conduite à tenir?

Compte-rendu d examen anatomo-pathologique - hépatite chronique

LISTE DES ACTES ET PRESTATIONS - AFFECTION DE LONGUE DURÉE HÉPATITE CHRONIQUE B

Quels sont les facteurs qui font augmenter les risques de cancer du rein?

Cancers du larynx : diagnostic, principes de traitement (145a) Professeur Emile REYT Novembre 2003 (Mise à jour Mars 2005)

Chapitre 1 Evaluation des caractéristiques d un test diagnostique. José LABARERE

ANEMIE ET THROMBOPENIE CHEZ LES PATIENTS ATTEINTS D UN CANCER

Le reflux gastro-oesophagien (280) Professeur Jacques FOURNET Avril 2003

Peut-on ne pas reprendre des marges «insuffisantes» en cas de Carcinome canalaire infiltrant

IRM hépatique: ce que le manipulateur doit savoir

schémas du by-pass gastrique pour obésité morbide

Les grands syndromes. Endoscopie trachéo-bronchique. Professeur D. ANTHOINE CHU de NANCY

Cancer de l'œsophage. Comprendre le diagnostic. Le cancer : une lutte à finir

TVP fémorale. Systématisation. La TVP : écho-doppler JP Laroche Unité de Médecine Vasculaire CHU Montpellier. Thrombus mobile

Le cliché thoracique

LIGNES DIRECTRICES CLINIQUES TOUT AU LONG DU CONTINUUM DE SOINS : Objectif de ce chapitre. 6.1 Introduction 86

LES DOULEURS LOMBAIRES D R D U F A U R E T - L O M B A R D C A R I N E S E R V I C E R H U M A T O L O G I E, C H U L I M O G E S

Cas clinique 2. Florence JOLY, Caen François IBORRA, Montpellier

Collection Soins infirmiers

L ATROPHIE DU SPHINCTER ANAL EXTERNE en ENDOSONOGRAPHIE TRIDIMENSIONNELLE. Vincent de PARADES PARIS

Pathologies tumorales thoraciques : intérêt de l IRM de perfusion et de diffusion avant biopsie

INFORMATION & PRÉVENTION. Le cancer de la vessie

1 of 5 02/11/ :03

Référentiel régional Prise en charge des cancers du rein Version 1 Mars 2013

DOSSIER DE PRÉSENTATION

Les soins infirmiers en oncologie : une carrière faite pour vous! Nom de la Présentatrice et section de l'acio

La nouvelle classification TNM en pratique

Apport de l IRM dans le bilan préthérapeutique du cancer du rectum

Cancer de l œsophage. Comprendre le diagnostic

Marchés des groupes à affinités

Les sciences de l ingénieur appliquées à la prise en charge du

Ischémie myocardique silencieuse (IMS) et Diabète.

Médecine Nucléaire : PET-scan et imagerie hybride

Épidémiologie des maladies interstitielles diffuses

B06 - CAT devant une ischémie aiguë des membres inférieurs

«Les lombalgies chroniques communes à la consultation de rhumatologie du CHU de Fès»

Innovations thérapeutiques en transplantation

Item 182 : Accidents des anticoagulants

Qu est-ce que le cancer du sein?

Que représentent les Spondyloarthrites Axiales Non Radiographiques? Pascal Claudepierre CHU Mondor - Créteil

Résultat du traitement de la varicocèle chez l'adolescent par l'association coils-sclérosants.

GHUPC Projet de transformation du site Hôtel Dieu. Pr S CHAUSSADE, Dr I. FERRAND

Transcription:

LEIOMYOSARCOME PRIMITIF DU DIAPHRAGME A propos d un cas. N. Cherif Idrissi El Ganouni1, M. Ouali Idrissi1, O. Essadki1, A. Ousehal1 H. Raïs3, B. Belabidia3, R. Sali2, H. Elidrissi2, 1-Service de radiologie, 2-service de chirurgie générale, 3-service d anatomo-pathologie CHU Mohamed VI, Marrakech, Maroc.

INTRODUCTION Le leïomyosarcome diaphragmatique est une tumeur exceptionnelle. Moins de 10 cas ont été rapportés dans la littérature. Le diagnostic initial est souvent difficile vu que la clinique et l imagerie sont peu spécifiques. Le principal problème de cette tumeur est de la différencier des tumeurs sus et sous phréniques au contact du diaphragme. Le diagnostic de sa nature exacte est confirmé par l histologie et son pronostic est sombre.

OBSERVATION Jeune homme de 18 ans, sans antécédent pathologique particulier, consultant pour une masse abdominale apparue il y a 20 jours, sans douleur ni hémorragie digestive. L examen clinique a révélé une volumineuse masse du flanc gauche, étendue à l ombilic et mobile avec la respiration. Le tout évoluant dans un contexte de conservation de l état général.

L échographie abdominale a montré une masse kystique, multicloisonnée au niveau de la région épigastrique mesurant environ 16 cm de diamètre. L ASP numérique (Fig1) a montré une opacité de l hypochondre gauche responsable d une empreinte sur l estomac et refoulant les anses digestives associée à une surélévation de la coupole diaphragmatique gauche. La TDM thoraco-abdominale (Fig2,3,4) a objectivé un volumineux processus tumoral sus mésocolique gauche refoulant l estomac à droite et arrivant au contact du foie gauche, largement nécrosé et prenant faiblement le contraste, associé à un discret épanchement pleural gauche.

Fig 1: ASP numérique: opacité de l hypochondre gauche refoulant l estomac et les anses digestives associée à une surélévation de la coupole diaphragmatique homolatérale.

Fig 2: Coupe axiale de 10mm d épaisseur avant contraste: volumineux processus tumoral sus mésocolique gauche largement nécrosé associé à un épanchement pleural gauche minime. Fig 3 et 4: Après contraste : rehaussement de la composante charnue de la tumeur qui refoule l estomac à droite.

Devant cet aspect, le diagnostic de tumeur mésenchymateuse à point de départ gastrique fût soulevé. La fibroscopie digestive haute a éliminé un processus tumoral endogastrique. Sur le plan biologique, le taux des LDH était très élevé. Une résection chirurgicale était indiquée. L exploration a retrouvé une tumeur du dôme diaphragmatique gauche, indépendante du foie et de l estomac sans adénopathie ni atteinte péritonéale. La résection a emporté la tumeur en totalité avec une marge circonférentielle de 2 cm de la coupole diaphragmatique gauche.

Après mise en place d un drain thoracique, les suites étaient simples. L examen macroscopique de la pièce montrait une tumeur kystique multiloculaire largement nécrosée et hémorragique, composée de nodules blanchâtres fasciculés. L étude microscopique a révélé une prolifération mésenchymateuse maligne à cellules fusiformes. A l immunohistochimie, ce processus exprimait fortement l anticorps anti-muscle lisse et l anticorps anti-vimentine. La Desmine n était pas exprimée éliminant ainsi un rhabdomyosarcome. L examen anatomopathologique a conclu à un leïomyosarcome diaphragmatique.

Le scanner abdominal de contrôle réalisé 4 mois après l intervention chirurgicale a objectivé une importante récidive locorégionale de la tumeur rehaussée de façon hétérogène avec des zones de nécrose centrale et de multiples nodules péritonéaux témoignant d une carcinose évoluée (Fig5,6,7). L intervention chirurgicale a retrouvé une sarcomatose péritonéale avec envahissement du méso colon transverse et des gros troncs vasculaires rendant toute résection impossible. Le patient est décédé 18 mois après le diagnostic initial.

Fig 5, 6 et 7: Scanner abdominal de contrôle après contraste: importante récidive tumorale locorégionale hétérogène avec multiples nodules péritonéaux.

DISCUSSION Épidémiologie : Le leïomyosarcome diaphragmatique primitif est une tumeur maligne exceptionnelle. Le premier cas a été décrit en 1935 par Kirschbaum. Actuellement huit cas seulement sont rapportés dans la littérature mondiale. La moyenne d âge est de 49 ans avec des extrêmes allant de 18 à 63 ans. L homme est plus touché avec un sexe ratio de 6. Facteurs de risque: certaines maladies pulmonaires telles que la tuberculose, l anthrasilicose et l asbestose.

Circonstances de découverte : Asymptomatique, la tumeur est découverte lors d une radiographie thoracique systématique Douleur thoracique (71%) Toux sèche avec dyspnée (29%) Gêne abdominale Examen clinique: souvent négatif au stade précoce de la maladie de même que le bilan biologique. Fonction respiratoire : Perturbée (capacité vitale et volume expiratoire à l effort diminuées)

Bilan radiologique : La radiographie thoracique standard montre une opacité basi-thoracique, dense, de contours polycycliques, indissociable de la coupole diaphragmatique, souvent associée à un épanchement pleural. Cette opacité n est visible que s il existe une extension endothoracique. Il peut y avoir une simple surélévation de la coupole. L échographie abdominale est peu spécifique. Elle permet cependant de rechercher une interruption du diaphragme en regard de la tumeur et de déterminer son caractère solide, kystique ou mixte.

La TDM thoraco-abdominale avec reconstructions sagittales et coronales aide à préciser l origine diaphragmatique de la tumeur et étudie sa vascularisation. Devant un volume tumoral important, le diagnostic différentiel se pose avec une tumeur d origine gastrique, hépatique ou pleurale. L IRM est plus performante, grâce à sa haute résolution et à son étude multiplanaire, elle précise le point de départ diaphragmatique de la tumeur et permet d en faire le bilan d extension. Malgré les possibilités d étude multiplanaire, le diagnostic topographique reste difficile en raison du volume de la lésion au moment du diagnostic et c est souvent l intervention chirurgicale qui permet de rattacher la tumeur au diaphragme.

L anatomopathologie : Confirme le diagnostic. Histologie: Tumeurs à cellules fusiformes, organisées en faisceaux à pléomorphysme nucléaire modéré à intense. Immuno-histochimie : ATC anti vimentine +++, ATC anti actine muscle lisse +++, ATC anti desmine +. Traitement : La résection chirurgicale en masse reste le traitement de choix. La radiothérapie et la chimiothérapie n ont pas de place dans la prise en charge des leïomyosarcomes diaphragmatiques. Elles sont utiles dans le traitement palliatif des stades avancés. Évolution : Les métastases se font par voie hématogène et sont essentiellement hépatiques et pulmonaires. Le taux de survie est de 8 à 12 mois en moyenne.

CONCLUSION Les leïomyosarcomes primitifs du diaphragme sont des tumeurs exceptionnelles de diagnostic souvent tardif. Le scanner multicoupe et surtout l IRM permettent de préciser le point de départ diaphragmatique de la tumeur bien que son aspect radiologique soit peu spécifique. Une chirurgie carcinologique en bloc reste le seul moyen thérapeutique pouvant donner une chance au patient.

BIBLIOGRAPHIE 1. Battista S, Bar F, Bucchi Mc, Rizzo L et al. Primary leiomyosarcoma of the diaphragm in a 23 year old male : a case report. Eur J inter med. 2000; 11 (5) : 283-285. 2. Blondeel Ph N, Christiaens Mr, Thomas J et al. Primary leiomyosarcoma of the diaphragm. Eur j surg oncol. 1995; 21: 429-431. 3. Cho Y, Hishiyama H, Nakamura Y, Katoh H. A case of leiomyosarcoma of the diaphragm. Ann thorac cardiovasc surg 2001; 7(5): 297-299. 4. Dionne GP, Beland Je, Nai-san Wang. Primary leiomyosarcoma of the diaphragm of asbestos worker. Arch pathol lab med 1976; 100 : 398.