Interview de Monsieur le Président - Dubaï 2014



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Transcription:

1 Interview de Monsieur le Président - Dubaï 2014 1. Quel est le bilan des projets de développement financés par la BOAD dans les pays d Afrique de l Ouest, à ce jour, et les investissements nécessaires pour le développement de l'afrique de l'ouest? Je voudrais d abord souligner que la BOAD est l institution sous régionale de financement du développement des huit Etats membres de l UEMOA. Créée le 14 novembre 1973, elle a pour mission de promouvoir le développement équilibré de ses Etats membres tout en contribuant à l'intégration économique de l'afrique de l'ouest. Au 30 juin 2014, le cumul des concours de la Banque aux huit pays de l UEMOA s élevait à 6.22 milliards USD, pour 714 projets. Environ 65% de ces concours ont bénéficié aux infrastructures. L institution a, au cours de ses 40 ans d existence, et dans la mesure de ses moyens, soutenu les progrès encourageants enregistrés par ses Etats membres, dans leurs efforts pour l amélioration des conditions de vie des populations. Cependant, il subsiste d importants défis que les Etats de l UEMOA s emploient à résoudre. Au nombre des défis qui interpellent la BOAD, à l aune de l ambition d émergence affichée par les pays, figurent principalement : la résorption du déficit infrastructurel dans les domaines des transports, de l énergie et des TIC, la sécurité alimentaire et nutritionnelle, l accès à l eau potable, la valorisation des produits agricoles et miniers, de même que la lutte contre les changements et variabilités climatiques. Les financements actuels restent nettement en deçà des besoins : la sous-région n investit que 4% de son PIB contre 14% pour la Chine, dans les infrastructures. Pour combler le fossé avec les autres pays en développement d Asie et d Amérique, les pays de l UEMOA devraient consacrer annuellement environ 15% de leur PIB, soit 12 milliards USD par an aux infrastructures. Pour les cinq prochaines années, la Banque entend, avec son plan stratégique 2015-2019, soutenir davantage les efforts de développement de ses Etats membres. Dans ce cadre, les axes prioritaires d intervention concerneront : l accélération de l intégration régionale par un financement soutenu des projets régionaux, notamment ceux du Programme Economique régionale II (2012-2016) et de l IRED ; le soutien à la croissance inclusive, à la sécurité alimentaire et au développement durable ; l accompagnement des entreprises et des Etats, le développement de l ingénierie du financement et des services.

2 2. Est-il prévu des plans pour le cofinancement entre la BOAD et les banques des Emirats Arabes Unis? Le cofinancement est une approche privilégiée par la BOAD dans ses interventions ; ceci, aussi bien en faveur du secteur privé que des Etats. Plusieurs partenaires interagissent déjà avec la Banque dans cette stratégie. Je pourrais citer, au nombre de ces partenaires, la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement (BAD), la Banque Islamique de Développement (BID), la Banque Arabe pour le Développement Economique de l Afrique (BADEA), l OFID (ex Fonds de l OPEP), etc. Des démarches sont activement en cours en vue d une synergie d action avec des banques des Emirats Arabes Unis pour des cofinancements de projets. 3. Quelles sont les opportunités d investissement en Afrique de l Ouest? La zone UEMOA est une région attractive avec de multiples opportunités. La croissance y est vigoureuse ; mieux encore, les estimations font entrevoir un rythme soutenu pour les prochaines années, avec plus de 7% à partir de 2014. Sa population, estimée à plus de 100 millions d habitants, constitue un vaste marché de consommateurs potentiels. La zone UEMOA constitue également un gisement de matières premières agricoles. A titre d illustration, la Côte d Ivoire est le premier producteur mondial de cacao ; la Côte d Ivoire et la Guinée-Bissau sont les premiers producteurs africains de noix de cajou ; l UEMOA est la première région cotonnière d Afrique. L Union dispose en outre d importants gisements miniers. Le Niger est le troisième producteur mondial d'uranium et le Mali occupe la même position en termes de production d or en Afrique. Par ailleurs, un fort potentiel pétrolier est également à l actif des économies de l UEMOA. En matière d énergie, la Zone jouit notamment d'un potentiel hydroélectrique de 5 860 mégawatts, auquel il faut ajouter le potentiel en énergie solaire. Enfin, l UEMOA dispose d une monnaie unique, d un cadre réglementaire commun (OHADA), d une banque centrale commune (la BCEAO), d un système bancaire harmonisé et stable, et d une bourse régionale de valeurs mobilières (la BRVM), avec des marchés financiers en croissance. 4. Pourquoi peut-on dire que l Afrique de l Ouest devrait être une destination pour les investissements? Comme je l ai évoqué plus haut, les raisons qui militent pour une attractivité de l Union sont nombreuses. Elles tiennent notamment à une croissance soutenue, à un développement démographique et une classe moyenne en plein essor, ainsi qu à un énorme potentiel en ressources naturelles. L UEMOA est la région économique la plus intégrée en Afrique avec des politiques économiques et des législations harmonisées, une monnaie et une banque centrale communes, une libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux.

3 En outre, l UEMOA constitue un vaste marché de près de 100 millions de consommateurs donnant également accès à un marché plus vaste de près de 300 millions de consommateurs au sein de la CEDEAO. Enfin, il faut noter que tous les Etats membres de l UEMOA affichent de bonnes dispositions pour des partenariats public-privés dans les secteurs à fort potentiel de rentabilité économique et sociale. 5. Quels sont les principaux besoins et secteurs d investissement? Les pays membres de l UEMOA sont dans une dynamique de croissance soutenue et les besoins d investissement sont partout importants. En effet, après avoir réalisé un bon qualitatif en matière d assainissement du cadre macroéconomique et de l environnement juridique et judiciaire, les économies de l Union ont besoin de capitaux étrangers pour maintenir des niveaux élevés de croissance. Nous pouvons mettre un accent particulier sur les secteurs ci-après, qui ont un fort potentiel de croissance et de rentabilité : L agrobusiness : la population de la zone UEMOA avoisinera les 235 millions d habitants en 2050. La production agricole devrait alors augmenter conséquemment pour répondre aux besoins alimentaires découlant du croît démographique. Cela exige, pour les années à venir, de réaliser d importants investissements dans le secteur. Les nombreuses disponibilités en terres arables non encore exploitées dans nos pays constituent à cet égard un atout de taille. A cet égard, la mécanisation agricole, la production et la commercialisation d intrants, d équipements de transformation et de conservation constituent de réelles opportunités d investissement. Les mines : les réserves en ressources minières encore inexploitées en raison de l insuffisance de savoir-faire technique et de capacité financière constituent aussi des opportunités d investissements. De nouveaux gisements de métaux précieux, de pétrole et de minerais continuent d être découverts régulièrement, ce qui accroit de jour en jour le potentiel minier de la sous-région. Les infrastructures : la sous-région accuse encore un déficit infrastructurel important. 85% du réseau régional de routes classées sont à revêtir (soit127.670 km), plus de 1 960 km du réseau ferroviaire sont à réhabiliter et les liaisons inter-états en transport aérien restent insuffisants. Par ailleurs, 90% du potentiel hydro-électrique reste à développer alors que la sous-région est loin de l autosuffisance énergétique. Les télécommunications : la situation se caractérise par un faible taux de pénétration, des services limités et des équipements à moderniser. Pour rapprocher la télé densité de la moyenne mondiale qui est de 76%, les besoins annuels d'investissement sont estimés à 0,8 milliard USD. Ces quelques exemples, montrent bien qu il y a de nombreuses opportunités d'affaires dans des domaines divers et variés. Nous avons mis en évidence plusieurs projets prioritaires relevant de ces secteurs dans le Programme Economique Régional que nous avons partagé pendant ces quelques jours que nous avons passés à Dubaï.

4 6. Quels les progrès en matière d intégration régionale par le commerce et l investissement? L intégration commerciale dans l UEMOA permet aux investisseurs de réaliser des économies d échelle puisqu ils ont ainsi accès à un marché unifié et plus vaste. Elle a permis d améliorer le niveau des échanges intra-communautaires, qui sont passés de moins de 9% en 1980 à environ 20% aujourd hui. Ces échanges sont essentiellement constitués de produits énergétiques et agricoles. Ce niveau d échanges intra-communautaires est, dans la réalité, plus important si l on considère le commerce informel, lequel demeure prépondérant dans les économies de la sous-région, surtout pour les produits agricoles et la petite industrie. Il pourrait être encore significativement relevé si certaines entraves sont résolues. Il s agit notamment de : l absence ou la défectuosité des infrastructures ; la faiblesse des capacités productives internes ; les obstacles non tarifaires relativement élevés entre pays en dépit des engagements de libéralisation interne ; le nombre limité de produits et de services à échanger entre pays ; le manque de systèmes d information fiables sur les opportunités et les marchés régionaux. 7. Quel est le rôle des PPP dans le développement des infrastructures? Le Partenariat Public-Public constitue un nouveau mode de financements des infrastructures en Afrique. Les Etats membres de l UEMOA y accordent un réel intérêt vu qu il présente des avantages aussi bien pour les Etats que pour les usagers, notamment en termes de maitrise de l endettement public, d amélioration de la qualité du service public, de promotion de l investissement et de partage du risque entre l Etat et le privé. La BOAD accompagne déjà des projets d investissement en PPP, notamment dans le domaine des transports (Pont Henri Konan Bédié d Abidjan en Côte d Ivoire, Autoroute à péage Dakar- Diass et Nouvel Aéroport International Blaise Diagne au Sénégal) et de l énergie (Centrale hydroélectrique de Manantali au Mali, centrales d AZITO et CIPREL en Côte d Ivoire). Aussi, en exécution des instructions de la Conférence des Chefs d Etat et de Gouvernement de l Union, la Banque a-t-elle mis en place, en son sein, une Unité de Développement des Projets en Partenariats Public-Privé (UDPPP). Cette Unité, créée pour servir comme un organisme Expert, a vocation à donner des avis éclairés visant une meilleure prise en compte de l intérêt public. Ainsi, la Banque compte jouer le rôle de Chef de file pour le développement des PPP et l émergence d une expertise régionale dans ce domaine. Les perspectives d intervention de la BOAD en matière de promotion et de financement de projets en PPP, dans les pays de l Union, concerneront ainsi, entre autres : le renforcement de capacités des agents des Etats (par l assistance technique, les conseils techniques, juridiques et financiers), l amélioration du cadre réglementaire et institutionnel d utilisation des PPP en collaboration avec les institutions et organe de l UEMOA, le financement à proprement dit de

5 projets en PPP dans les secteurs des infrastructures, de l énergie et de l agriculture. La Banque jouera, par ailleurs, un rôle d'arrangeur pour la syndication de financements bancaires et celui de garant à travers notamment un fonds de garantie. 8. Quels sont les défis et opportunités des Etats membres de la BOAD dans un futur proche? Les défis auxquels les Etats membres de l UEMOA font face en matière de développement économique et social sont principalement la sécurité alimentaire et nutritionnelle, le développement des infrastructures de transport, d énergie et de télécommunication, la valorisation des ressources naturelles locales et le développement du capital humain. L emploi des jeunes, l urbanisation, le renforcement de l accès à l eau potable et à l assainissement, de même que la lutte contre les changements et la variabilité climatiques constituent également des défis importants. L Afrique de l Ouest, particulièrement la zone UEMOA présente aujourd hui de véritables opportunités d investissement. Les investisseurs en quête de débouchés se tournent de plus en plus vers cette région, attirés par une croissance soutenue, un développement démographique, une classe moyenne en plein essor et un énorme potentiel en ressources naturelles. 9. Quelle est la stratégie de la BOAD pour drainer des investissements dans les Etats membres de l UEMOA? Face à l ampleur des besoins d investissement et à l insuffisance des ressources de financement, la Banque s emploiera à développer des partenariats stratégiques pour drainer davantage de ressources de financement ou d assistance technique vers la zone UEMOA. Comme évoqué plus haut, il s agira de promouvoir davantage les cofinancements de projets en vue d améliorer significativement l effet de levier de ses concours. Par ailleurs, la Banque travaille à faire participer de grands groupes bancaires ou fonds d investissement aux arrangements de financement au profit de projets d envergure de la zone UEMOA. De même, nous avons décidé d améliorer la visibilité de notre action de communication sur tous les continents où il y a de potentiels investisseurs intéressés par l Afrique et notre zone. Notre présence ici à Dubaï entre dans le cadre de cette nouvelle approche que nous entendons repiquer ailleurs.

6 10. Que peut faire l industrie bancaire pour encourager les investissements dans les Etats membres de la BOAD? Au regard de l importance des besoins d investissement de la région, les ressources internes ne peuvent satisfaire les attentes en matière de financement sans l appui de partenaires extérieures, notamment à travers le système bancaire international. La contribution attendue du secteur bancaire des Émirats Arabes Unis aux efforts de financements des pays de l UEMOA pourrait principalement emprunter les canaux ci-après : (i) le cofinancement de projets d investissement et d opérations ; (ii) l octroi de lignes de refinancement et de prises de participations ; (iii) l arrangement de financement ; (iv) la promotion des PPP ; (v) la mise en place de garanties en faveur des investisseurs potentiels ; (v) l acquisition de titres sur le marché régional des capitaux de l UEMOA. En outre, l établissement de partenariats stratégiques avec des institutions financières locales permettrait de promouvoir la mise en place de véhicules innovants de financement, notamment en matière de finance islamique. 11. Veuillez nous parler davantage des dépenses publiques ainsi que des investissements étrangers dans les infrastructures dans la sous-région Dans l UEMOA, les dépenses en capital ont été financées en moyenne à 59% par des ressources internes, au cours de la période 2005-2013, contre 49% pour les financements externes, en particulier l Aide Publique au Développement (APD). Bien qu'une bonne part des financements d'infrastructures provienne de l'extérieur, il faut faire remarquer que des efforts de mobilisation de recettes fiscales sont consentis au plan interne pour accroître le financement des infrastructures à partir de ressources propres. Par ailleurs, les investissements directs dont bénéficie l Union restent encore faible (environ 2 à 3% du PIB de la zone). Avec les perspectives de croissance favorables et le regain d intérêt des investisseurs pour la zone, cette part est appelée à augmenter, notamment au profit du financement d infrastructures dans la région.