Prof. Olivier CHAZOUILLERES

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Transcription:

Prof. Olivier CHAZOUILLERES Cholangite sclérosante Savoir évoquer une cholangite sclérosante Savoir évoquer le diagnostic Connaître les différents traitements et les modalités de surveillance

Conflits d intérêts Le Prof. Olivier CHAZOUILLERES n a pas déclaré de conflits d intérêts

Cholangites Sclérosantes Objectifs Savoir évoquer une cholangite sclérosante Savoir confirmer le diagnostic Connaître les différents traitements et modalités de surveillance

Cholangite(s) Sclérosante(s) Atteinte inflammatoire et fibrosante des voies biliaires En fonction du degré de caractérisation du mécanisme d atteinte biliaire : secondaire: obstruction biliaire prolongée, ischémie (transplantation hépatique, chimioembolisation) «primitive» (mais souvent avec maladie associée)

Cholangite Sclérosante Primitive (CSP) Maladie de cause inconnue (multifactorielle) Epidémiologie : Age variable (sujet jeune incluant enfant) Homme : 2/3 cas Association à maladie inflammatoire de l intestin: ~ 2/3 à 3/4 Prévalence : estimée entre 8 et 14/100.000 Maladie rare (environ 3 fois moins fréquente que CBP)

CSP - Modes de Présentation «Biliaire» : douleurs, fièvre, ictère, angiocholite Hépatopathie chronique : éventuellement parvenue au stade de cirrhose avec hypertension portale Asymptomatique : tests hépatiques anormaux (fortuit ou bilan MICI)

CSP - Diagnostic 4 grands signes Biologie: cholestase chronique Histologie: cholangite fibreuse et oblitérante Radiologie: anomalies des voies biliaires intra et/ou extra-hépatiques Association à une autre maladie (maladie inflammatoire du côlon +++) Diagnostic retenu si présence de 2 (dont histo ou radio) de ces 4 critères, en l absence d autre étiologie identifiable.

Biologie: Outils du Diagnostic de CSP Tests hépatiques usuels (PAL normales: 10%) Absence d auto-anticorps spécifiques Imagerie des voies biliaires: Bili-IRM +++ (attention à la sur-interprétation) (CPRE seulement si doute diagnostique ou à visée thérapeutique) Biopsie hépatique: Lésion typique très inconstante mais signes «biliaires» Pas indispensable au g lorsque signes radiologiques francs mais: intensité de la composante inflammatoire valeur pronostique (stade) Coloscopie: pancolite souvent peu active intérêt d une coloscopie avec biopsies systématiques

Mauvaise Corrélation Biologie-Radiologie Homme de 23 ans RCH ALAT: 53 UI/L (N< 41) γgt: 163 UI/L (N< 60) PAL: 162 UI/L (N< 130) Echographie normale Le diagnostic de CSP est à évoquer devant toute anomalie chronique des tests hépatiques d étiologie indéterminée.

Cholangites Sclérosantes Primitives Nombreuses formes cliniques CSP des «petits» canaux biliaires : cholangiographie normale, diagnostic différentiel : autres cholestases intrahépatiques (CBP, médicaments, sarcoïdose, ) Formes mixtes CSP-Hépatite Autoimmune («overlap syndrome») critères biologiques (ALT > 5 N), immunologiques (AML ), histologiques (hépatite d'interface marquée), effet bénéfique des corticoïdes «(Pancréato)-cholangite» autoimmune

Pancréato-cholangite sclérosante, cholangite sclérosante autoimmune, cholangite sclérosante associée à une pancréatite autoimmune Caractéristiques : Pathologie pancréatique (inconstante) Début brutal (ictère) MICI rare IgG4 (non absolument constant) Sensibilité aux corticoïdes +++ (Hepatology 2007)

Cholangite IgG4: Réponse aux Corticoïdes +++ Au Diagnostic Après 3 mois de Cort + Aza (Erkelens et al, Lancet 1999)

Conclusions Pratiques Maladie Polymorphe «les cholangites sclérosantes» Nécessité de : Décrire précisément le phénotype: maladie associée? composante autoimmune? Savoir évoquer une CSP devant des tableaux inhabituels: Cholestase et MICI avec cholangiographie normale : PBH Tableau d hépatite autoimmune et MICI : Bili-IRM Tableau de cholangiocarcinome et/ou association avec des anomalies pancréatiques : IgG4

Cholangite Sclérosante : Survie (sans TH) (Ponsioen et al, Gut 2002) n = 174 TH : 8% Facteurs pronostiques: âge, bilirubine, stade histo, splénomégalie

CSP et Cholangiocarcinome Risque cumulé (%) 15 10 5 0 Kornfeld et al, Scand J Gastroenterol 1997 Diagnostic très difficile Absence de facteur de risque bien identifié n = 125 0 2 4 6 8 10 Années après le diagnostic de CSP 1 an après diagnostic de CSP: - cancer hépatobiliaire: 1,5% /an (n = 604) (Bergquist et al, J Hepatol 2002) - cholangiocarcinome: 0,6% /an (n = 161) (Burak K et al, Am J Gastroenterol 2004)

CSP RCH et Néoplasie Colique (Broomé et al, Hepatology 1995)

«Patients with PSC represent a subgroup at higher risk of cancer and they should have annual coloscopy (Recommendation Grade: C)» Biopsies multiples et systématiques (+++)

Traitement Endoscopique «Efficacy of UDCA treatment and endoscopic dilatation of major duct stenoses in PSC» (Stiehl et al, J Hepatol, 1997) Mais : difficultés morbidité rôle à long terme de la sphinctérotomie? modification de l histoire naturelle? «Endoscopic management of PSC: less is better» (Al-Kawas, Am J Gastroenterol, 1999) dilatation au ballonnet (+/- prothèse biliaire temporaire) si sténose nettement prédominante au niveau du hile ou de la VBP.

CSP et Essais Thérapeutiques (Monothérapie, n 10) Immunosuppresseur Anti-fibrosant Autres Corticostéroïdes Pénicillamine* AUDC* Pénicillamine* Colchicine* Pentoxifylline Ciclosporine* Pirfenidone Etanercept FK506 Nicotine Methotrexate* Budesonide Mycophenolate * Essais randomisés

Traitement Médical : Acide Urso Absence de bénéfice démontré en terme de survie sans transplantation Mais : amélioration des tests hépatiques (bilirubine, albumine) très bonne tolérance diminution du risque de cancer du côlon? diminution du risque de cholangiocarcinome? AUDC : 25 mg/kg/j Cas particulier : composante autoimmune identifiée corticoïdes +/- azathioprine (+ AUDC)

CSP et Transplantation Hépatique Indications à la TH: Ictère persistant avec bilirubinémie > 100 μmol/l Épisodes d angiocholites récidivants mal contrôlés par les traitements antibiotiques Cirrhose décompensée (Child-Pugh B ou C) Non-indications à la TH: Cirrhose non compliquée Prurit Cas particulier du cholangiocarcinome: Patent: TH contre-indiquée (sauf protocole particulier) Suspicion de «petit» cholangiocarcinome ou dysplasie biliaire: indication débattue

Surveillance Propositions Tous les 6 mois : examen clinique, tests hépatiques simples (bilirubine, enzymes, électrophorèse des protides, NFS plaquettes, TP), marqueurs tumoraux (ACE, CA 19-9) ; Tous les ans : imagerie du foie et des voies biliaires (échographie «experte» ou mieux IRM hépatique et biliaire), coloscopie avec biopsies systématiques, élastométrie (?); Tous les 4 ans : ostéodensitométrie, dosage sérique des vitamines liposolubles. N.B. Si plaquettes < 150 000 : endoscopie digestive haute.

Questions Pratiques en cas d Evènements Arguments en faveur d un cholangiocarcinome? imagerie, marqueurs tumoraux, brossage, Pet scan, Sténose dominante ou une lithiase biliaire pouvant éventuellement bénéficier d un traitement mécanique? imagerie, Arguments en faveur d une hépatite autoimmune ou d une toxicité médicamenteuse (traitement de la MICI)? interrogatoire, biologie, ponction biopsie hépatique, Observance du traitement par AUDC? interrogatoire, chromatographie des acides biliaires.

La CSP la Plus Célèbre? (Karmody et al, Otol Neurotol 2005) Centre de Référence des Maladies Inflammatoires des Voies Biliaires Service d Hépatologie, Hôpital Saint-Antoine, Paris

Les Points forts 1. Les cholangites sclérosantes ont une présentation très polymorphe et il existe de nombreuses formes cliniques. 2. Le diagnostic repose sur la biologie, la bili-irm, l histologie hépatique et la coloscopie. 3. Le traitement médical repose sur l AUDC à doses «fortes» (25 mg/kg/j). La combinaison avec un traitement immuno-suppresseur est indiquée lorsqu une composante autoimmune est identifiée. 4. Une surveillance régulière (clinique et biologie / 6 mois, imagerie biliaire et coloscopie / 12 mois) est recommandée.