TABLE RONDE 4 DU 21 AVRIL MEDIA PRESSE EDITION ET COMMUNICATION Thème : la presse spécialisée en art Président : Richard Lagrange Rapporteur : Françoise Ducros Présents : Sandra Cattini Jean-Marc Bourgeois Maison des Artistes Henri Jobbé Duval François Blanc Communic art Véronique Leprette Communication Mobilier national Jean-Christophe Castelain Le journal des arts et l œil Marie-Ange Gonzales attachée de presse à la mission communication Nicolas Laugero Lasserre Collectionneur et Artistik Rezo Alice Morgaine Hermès Isabelle Vierget-Rias Association conseillers arts plastiques DRAC Patrice Joly Revue 02-04 Florence-Guionneau-Joie Fondation François Schneider Sylvie Perrin Cité de la Céramique Sèvres Guy Boyer Directeur de la rédaction de Connaissance des Arts Alain Lombard Marc Vaudey CNAP Catherine Viergete DGCA Françoise Ducros - DGCA L objectif de cette table ronde qui a réuni une partie du groupe de travail a porté sur la presse spécialisée et sur l approche de son dynamisme comme de sa présence dans le champ de l art contemporain et celui de la presse ainsi que sur son risque de dépérissement. Elle devait permettre de diagnostiquer les questions émergeantes à son propos en vue des orientations qui pourraient être prises à l égard de questions spécifiques concernant son développement. 1. Le dynamisme de la presse spécialisée est-il une apparence? Le développement de la presse spécialisée est un fait tangible de ces dernières années qui s est caractérisé par le développement des titres de manière
symptomatique. Ce développement a pris de telle proportion qu il est possible de considérer que les titres sont devenus trop nombreux. En tous cas, ils le sont davantage si l on compare la situation française à la situation anglo-saxonne ou allemande. Il est considéré que la multiplication des titres dans les kiosques est un signe encourageant car ils signalent un pluralisme venant répondre à des regards différents tandis que cet élargissement de la presse coïncide avec une spécificité française Mais elle révèle un revers, soit un morcellement du lectorat faisant que l on arrive au paradoxe selon lequel «la presse va mal bien que les titres vont bien». De ce fait, le dynamisme est singulièrement nuancé par des réflexions en provenance de la presse diffusée par les kiosques ainsi que par la presse gratuite. 1.1. Le visiteur et le lectorat : un différentiel Le lectorat de la presse spécialisée en art fait l objet d une remarque récurrente. La multiplication de la presse a actuellement, pour conséquence, un morcellement du lectorat. Dans le contexte d une offre très abondante, il apparaît que le lectorat n augmente pas, alors que les visiteurs sont eux en augmentation. Le hiatus entre l augmentation des regards sur l art et le faible achat de la presse est visible. Les achats sont insuffisants et l augmentation des visiteurs ne se traduit pas en terme de vente. Il apparaît de ce fait que le différentiel entre le visiteur et le lecteur est un véritable problème, dont la nature est à analyser. Il renvoie, dans le débat, à deux idées principales : la critique ne le concernerait pas au sens où elle ne s adresserait pas suffisamment au lecteur ; la critique ne parviendrait pas à l atteindre dans la mesure où les moyens de la presse écrite seraient en train d être dépassés par le développement technologique. 1.1.1. la publicité La publicité a chuté considérablement avec la crise, soit 30% en 2009, mais avec une récupération de la part des annonces (pour un des grands titres des revues) sans que ce soit, semble-t-il le cas pour les autres titres. La presse gratuite est plus gravement menacée car plus instable en raison des annonceurs dont la disparition peut menacer les titres. Il apparaît, d une manière ou d une autre, que la scène critique est forgée en raison des budgets publicitaires. Il est regretté, de ce fait, la diminution des budgets publicitaires du Ministère qui permettent, en fait, de rétablir certains équilibres et d assurer une indépendance. 2
1.1.2. L étayage économique Pour les grandes revues, la multiplication des titres hors-série (40 à 48 par an), avec des pré-achats, est une solution de même que la production de produits dérivés, sous la forme de livres, par exemple. La presse gratuite a inventé son schéma économique. Il repose sur la création d un club avec adhésion (20 euros par an), ce qui permet de proposer aux lecteurs des avantages dans le cadre de partenariats, sous la forme d échanges en nature, un système qui recycle la formule du troc, sans échange d argent, mais qui constitue un système de soutien relativement efficace (60 000 euros de chiffre d affaires par an). Certaines revues spécialisées dans les régions reçoivent des subventions régionales. Une autre forme d étayage est apparue. Elle concerne le rapprochement entre un titre de la presse spécialisée et un grand titre. Mais il est souligné que les gros groupes spécialisés contrôlent les dépenses ce qui implique une limitation des activités des journalistes ou une diminution de la commande de photographies. Il est évoqué également la collaboration avec les marques et les risques qu elle entraîne d une baisse du niveau rédactionnel en dépit de l exemple de la Suisse. 2. Le dynamisme de la presse est-il menacé par des décalages? Le dynamisme de la presse spécialisé, son abondance accrue pourrait révéler qu elle masque une série de décalages qui relèvent principalement de la mutation technologique en cours et de l évolution de l art contemporain. 2.1. Trois constats 2.1. 1. L offre gratuite Internet Le diagnostic du décalage entre le visiteur et le lecteur a fait l objet d une double observation. L offre de la presse spécialisée est-elle en accord avec son attente? Le visiteur n est-il pas en attente d émotions? Cherche-t-il un apprentissage de ses émotions? Internet pourrait être l une des causes principales de ce décalage et cela d autant plus que le jeune public s est tourné naturellement vers Internet. Toutes les institutions proposent des sites. Des revues ont aussi créé des sites avec l aide de 3
l Etat mais ces derniers ne sont pas porteurs d économie. Des revues existent également en ligne. 2.2. La réactivité de la presse Une autre lecture est apportée. Elle consiste à considérer que face à la sacralisation de l art contemporain, face sans doute à une recherche émotionnelle, les articles paraissent décalés et ne semblent pas porter l engagement d autres secteurs, comme celui du cinéma où la critique est vive. Le terme de «presse tiédasse» est avancé. La dimension informative de la presse spécialisée s explique par son mode de parution mensuelle générant des articles d anticipation et écrits à partir des dossiers de presse. Elle n a pas, de ce fait, les outils en main pour effectuer un travail critique et elle peut apparaître, de ce fait consensuelle. Une presse travaillant selon un calendrier plus court a la possibilité d être plus critique. 2.3. Le primat de l information Quant à la connivence de la presse, qui pourrait signifier que le travail du critique n existe pas, il a pour corollaire un changement de statut du discours sur l art au profit d une augmentation considérable de l information. Elle est produite par la multiplication des sites et des réseaux, ce qui finit par poser une crise de crédibilité. Par exemple, les journalistes reçoivent 200 informations par jour en moyenne qu ils doivent trier. 2.2.3. Des orientations 2.3. La mutation technologique L idée la plus forte de cette analyse contient la proposition d une solution. Si les sites ne sont pas porteurs d un retour économique, il apparaît que l avenir se trouve dans les tablettes numériques. Ces dernières, par l intégration de vidéos et de bandes son, peuvent enrichir les contenus. Elles peuvent également apporter des solutions diversifiées au niveau des abonnements et des services. Elles peuvent aussi être réactives à l information. Mais les Revues n ont pas les capitaux suffisants pour investir. 2.4. La traduction en anglais La réunion précédente avait déjà insisté sur la nécessaire traduction anglo-saxonne. Cette proposition est réitérée, car elle apparaît comme le véhicule de la création, mais aussi comme un élément économique qui pourrait être porteur. Le problème d une écriture directe en anglais (sauf exception) ne paraît pas envisageable, 4
compte tenu de la spécificité de l écriture dans le domaine artistique. La traduction en anglais est aussi une nécessité afin de transmettre les idées des historiens de l art et critiques français. Elle doit amener un produit séparé de celui publié en langue originale. Cette demande d ouverture internationale est transversale et concerne également la presse gratuite qui cherche des réseaux de diffusion dans les foires. 2.5. La «marque» Il a été souligné un point intéressant : celui de la nécessité de trouver une particularité, un positionnement. Ce qui est évoqué, c est l impact d un titre sur l évolution de la société. C est dans ce sens qu il convient sans doute de lire la proposition d une meilleure concertation entre presse générale et presse spécialisée. 3. Des propositions pour l avenir La table ronde a fait rapidement émerger plusieurs questions centrales dont certaines sollicitent une intervention de la puissance publique. Il a été souligné que l organisation d une telle discussion avec le Ministère, portant sur les questions de logistique, était un phénomène nouveau et fortement apprécié par les interlocuteurs. Il a été remarqué que les instances de discussions à mettre en place, de manière collective et partagée, devaient permettre de trouver des outils de concertation démocratique afin de développer la vie artistique. Des journalistes et des critiques d art font partie de commissions mais il s agit, dans ce cadre, de réfléchir sur des stratégies communes, dans le cadre de la gestion de dispositifs ou des nouvelles orientations qui pourraient être prises. 3.1. La recherche d un nouveau paradigme La recherche d une adaptation aux mutations technologiques est apparue très clairement au cours de cette table ronde. C est dans les propositions émises qu il est possible de trouver des perspectives aux analyses précédentes. 3.1. 1. L aide à la traduction Abordée dans la table ronde précédente, cette demande est réitérée. 3.1.2. L aide aux tablettes numériques Il s agit de la proposition centrale de cette table ronde. Elle a été suggérée par plusieurs personnalités. D ici cinq ans, appuyée par le succès notamment de l ipad, la presse devra se confronter à un nouveau paradigme économique et, à cet égard, les tablettes 5
numériques paraissent validées à l échelle de la presse nationale (à vocation internationale). 3.2. Le soutien aux régions et à la critique d art 3.2.1. Les régions Face à la multiplication des évènements en région, il a été proposé l organisation de tables rondes périodiques en régions regroupant la presse nationale et régionale et traitant de tous les sujets artistiques de la région, avec des forums pour le public. Cette proposition, si elle est appréciée, pose la question de sa légitimation tant à l égard de l Etat que de la Région. 3.2.2. La critique d art Sans que ce sujet ait été développé, il apparaît une autre piste de travail. Elle reprend les remarques de la séance précédente. S y ajoute également une observation concernant la protection juridique des revues. Cependant, elle concerne surtout la fragilité de l activité des journalistes spécialistes en art et le développement de l activité des pigistes, voire une forme de bénévolat. Cette remarque est transversale à la presse en kiosque et à la presse gratuite. Perspectives de travail et outils de concertation Il est proposé que des groupes de travail soient mis en place à l avenir sur des questions spécifiques mises en place. Face à la proposition concernant l évolution technologique en faveur des tablettes numériques, c est avec la collaboration de la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC), dont l absence a été excusée, que la mutation pourra être accompagnée. 6