Concertation «refondons l école» 3. Vers une politique ambitieuse du numérique Synthèse des débats et des propositions Contexte L académie de Strasbourg bénéficie d un réseau d infrastructures solide sur lequel ont pu s appuyer de grands projets tels que celui de l espace numérique de travail. Depuis 2004, elle a développé cet ENT qui s est généralisé à l ensemble des établissements publics du second degré en 2010. Ces infrastructures ont pu être mises en place grâce à une collaboration entre le rectorat et les collectivités locales (conseils généraux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, conseil régional d Alsace). A la fois matérielles (équipement, réseaux) et humaines (pilotage, administration, assistance, maintenance), elles forment le socle indispensable à la pérennité des usages du numérique et leurs permettent de se développer en même temps que les pratiques pédagogiques l exigent. Au niveau du premier degré, des disparités existent entre les communes, à la fois en termes d équipements, mais aussi en termes de politique d investissement dans les domaines pédagogique et numérique des écoles. En effet, les communes ne se sentent pas nécessairement investies de l aspect pédagogique et sont parfois réticentes à investir dans des équipements et des infrastructures qui ont un coût important et dans un domaine qui soulève parfois des craintes car méconnu. Se pose la question de l échelle à laquelle la politique du numérique est abordée. Ne peut-on pas, à l image des marchés communs (équipement, câblage ) mis en place entre les conseils généraux et le conseil régional, utiliser l intercommunalité, pour réduire cette disparité et les inconvénients qu elle induit? L expérience dans le domaine des ENT des établissements du second degré de l académie de Strasbourg reste un modèle unique en France et doit pouvoir accompagner la politique numérique tant dans ses usages techniques que pédagogiques et de gestion. Pour l enseignement primaire se pose la question des moyens dont disposent les communes, même pour les plus grandes d entre elles. En effet, si les conseils généraux et régional disposent de services leur permettant d assurer le suivi et l assistance, c est loin d être le cas des communes qui ne peuvent bien souvent à leur échelle absorber la charge imposée par la gestion d un tel réseau. 1. Des infrastructures solides et indispensables Il est nécessaire de pérenniser l infrastructure humaine et matérielle qui permet le développement des usages des Tice dans l académie. Pour cela, il faut non seulement assurer la reconnaissance du travail accompli par chacune de ces personnes mais aussi assurer le renouvellement de ces dernières en cas de départ. Ces questions nécessitent de s interroger à l échelle académique mais aussi nationale sur la place des acteurs du numérique et sur les moyens mis à leur disposition pour assurer leurs missions. 1
Assurer la maintenance technique du parc dans les établissements et les écoles. Pour cela, le rôle des personnes ressources informatique (PRI) est primordial et celui des relais d aide informatique de proximité (RAIP) également. Leur reconnaissance passe par un statut et des moyens adaptés à leurs missions. Renforcer la place des usages pédagogiques au sein des établissements par l accompagnement des personnels. Les référents numériques (second degré) ainsi que les conseillers pédagogiques (premier degré) doivent être les porteurs d une réelle politique de maitrise des usages du numérique sur le plan pédagogique. Assurer une assistance de qualité professionnelle, telle que sait la fournir le rectorat, pour l ensemble des écoles et EPLE. 2. Vers un ENT académique intégrant les premier et second degrés La nécessité de mettre en réseau l ensemble des écoles, à l image de ce qui peut se faire dans le second degré, est d actualité. En effet, tant pour des besoins administratifs que pédagogiques, l existence d un ENT à l échelle académique devient de plus en plus pertinente. Pour des raisons évidentes de continuité et d homogénéité, un ENT du premier degré doit offrir un maximum de cohérence avec son homologue du second degré, tout en s adaptant aux spécificités de ses usagers en termes d environnement et de services proposés. Les usages du numérique dans les écoles primaires semblent très dépendants des choix et des moyens des communes. Ces choix d équipement gagneraient à être faits à l échelle de l intercommunalité, à l image des infrastructures sportives ou culturelles. L académie de Strasbourg dispose d une expérience unique en matière d installation et d usages de l ENT. La réflexion sur l ENT du 1 er degré doit pouvoir s en nourrir. Cette expérience montre avant tout qu un tel projet devra s appuyer sur une infrastructure forte et des moyens adaptés. A ce titre, le rectorat et notamment la Mission Tice en collaboration avec la DSI, contribuera à la coordination de la veille pédagogique et technique des outils qui évoluent chaque année. Elle sera force de proposition pour les collectivités dans leurs choix d équipement en s appuyant sur les expérimentations qu elle suit et accompagne dans le cadre de ses prérogatives, en lien avec les corps d inspection. Les collectivités ont conscience qu une aide sera nécessaire pour les plus petites communes afin de supporter le coût d une telle solution. Cette solution sera choisie sur des critères techniques, pédagogiques et fonctionnels dans la recherche d une homogénéité à l échelle académique. De plus, elle doit permettre le partage des ressources qui seront déposées sur l ENT, permettant ainsi un travail collaboratif à une échelle plus large que celle de l école. Cette homogénéité sera d autant plus forte que les grandes communes adhéreront à cette solution. A ce titre, la prise de décisions à l échelle de l intercommunalité devrait faciliter la mise en place des projets d équipement. La réflexion à conduire avec les communes et les communautés de communes devrait porter sur un dispositif adapté au 1 er degré et cohérent avec l ENT du 2 nd degré, intégrant : - une solution matérielle en équipement (ordinateurs mise en réseau connexion à l internet), - une solution de raccordement au réseau haut / très haut débit (ADSL minimum, fibre si possible), - une solution logicielle d ENT adaptée aux attentes du premier degré, - une logistique permettant d assurer les missions d assistance matérielle, d assistance logicielle, de sécurisation des usages et un accompagnement des personnes au travers de formations adaptées. 2
Une entrée possible en matière de liaison 1 er /2 nd degrés pourrait être l Ecole du socle avec un suivi du livret de compétence du palier 1 au palier 3. Seule une ambition nationale peut porter un tel projet, compte tenu des moyens qu il nécessite. 3. Des ressources numériques de qualité et partagées L usage des outils numériques nécessite de disposer d une large offre de ressources. Elles constituent une source de plus en plus importante d informations et de données mises à la disposition du professeur. Ce dernier doit être le garant de la qualité, de la scénarisation et de l usage de ces ressources. Les enseignants, professionnels de la pédagogie, sont bien souvent à la source de la production des ressources utilisées par leurs collègues. Face à la mutation des pratiques numériques des enseignants, mutation parfois plus rapide que celle des productions des éditeurs, le besoin en ressources nouvelles et adaptées aux pratiques se fait de plus en plus pressant. En réponse à cette situation, l ENT est un espace privilégié de mise en commun des ressources crées par les enseignants eux-mêmes. L expérimentation d une plateforme collaborative dans l ENT de l académie de Strasbourg apporte aux enseignants à la fois la dimension pédagogique de cet outil ainsi que le moyen de mutualiser les productions. Il est donc nécessaire de mettre à disposition des concepteurs de ces ressources les moyens techniques et matériels pour faciliter et encourager ces pratiques de mutualisation. L ENT doit assurer les fonctions suivantes : - le stockage des ressources (sécurisation des productions, archivage), - l organisation des ressources selon une norme reconnue et permettant une recherche efficace et accessible par tous les utilisateurs, - le «moissonnage» et un partage des ressources rendus possibles par l outil intégré à l ENT. L organisation des ressources doit également leur permettre d être exportées et partagées sur les autres plateformes collaboratives qui ont adopté cette norme. Il faut : - prendre en compte cette dimension dans l élaboration du cahier des charges des futurs ENT, - conforter le rôle du CRDP dans ce processus, - reconnaître et encourager le rôle et l expertise des enseignants dans le paysage de la création et de la diffusion de ressources numériques. 4. Vers des usages du numérique au service de la pédagogie L utilisation des ressources numériques en classe est très dépendante des outils dont disposent les utilisateurs, mais aussi de l approche et de la culture du numérique, très diverse en fonction des personnes. Les collectivités, mais aussi les communes ainsi que l Etat ont déjà doté les écoles, collèges et lycées de matériels (ordinateurs, vidéoprojecteurs, TNI ) qui ont permis l évolution de certaines pratiques pédagogiques. 3
L arrivée de nouveaux outils comme la tablette numérique ajoute encore aux possibilités d usages différents des ressources dans les établissements et les écoles. La «salle informatique» entièrement équipée en postes fixes, même si elle a été un passage obligé et utile dans les apprentissages des dernières années, est de plus en plus délaissée pour des configurations mieux adaptées à des usages plus fréquents mais moins exclusifs, les TICE étant omniprésentes dans les programmes scolaires. La place du numérique dans les pratiques pédagogiques est devenue centrale et incontournable. Des disparités existent cependant entre les acteurs, et ce à tous les niveaux : enseignants, élèves, parents, personnels d encadrement etc. Une culture numérique commune doit passer par l acquisition chez ces personnes d une pratique adaptée à leurs besoins et orientée vers la pédagogie. La plus-value des usages du numérique est maintenant démontrée, mais peu connue des acteurs de l éducation lorsqu il s agit de la décliner sur le terrain. Une formation est donc nécessaire. Réorganisation l espace classe est de plus en plus nécessaire et doit tenir compte de nombreux paramètres dont : - le nombre d élèves accueillis dans cet espace, - le type d activité qui y est prévu (certaines activités ne pouvant se mettre en place qu avec des groupes à effectif réduit), - les choix pédagogiques des professeurs A l image de l expérimentation de «Learning centre» du lycée Mathis de Schiltigheim, il est tout à fait possible de repenser d autres espaces que la salle de classe pour certains usages du numérique. Mettre en œuvre une politique éducative intégrant pleinement la dimension numérique qui passe par deux aspects fondamentaux : - une information concrète et publique au service de la pédagogie doit être proposée grâce au site académique (référencement, veille disciplinaire, ), - une formation de tous les acteurs, dès leur entrée dans le métier et tout au long de leur carrière. Pour cela, elle s appuiera sur les outils de formation ouverte et à distance (FOAD) telles que les plateformes «pairform@nce» et Moodle académiques, et sur un réseau de formateurs, conseillers pédagogiques, référents numériques, corps d inspection et Dafor Cette formation portera principalement sur deux niveaux selon les pratiques des personnes concernées ; une première approche permettant de lever les barrières techniques et les éventuelles appréhensions face à l outil et un approfondissement sur la place des Tice dans les usages en classe, comme levier dans l innovation pédagogique. 5. Conclusion Le numérique se doit de rester un outil permettant d accompagner l évolution des pratiques de l Ecole, notamment vers une meilleure prise en compte des spécificités de chaque élève dans les apprentissages. La personnalisation des parcours peut être facilitée par l usage d outils adaptés. La prise en compte de situations spécifiques (élèves absents, handicap, sportifs de haut niveau, mises en stage ) est également améliorée. De par ses usages et son implantation dans tous les domaines de l Ecole, le numérique ne peut être abordé de façon isolée. Les choix qui seront faits devront nécessairement prendre en compte tous les facteurs d évolution du monde éducatif, qu ils soient d ordre pédagogique, ou technique. 4
Liste des participants Pilotage : Marc Neiss, IA-IPR physique chimie CTICE Collectivités territoriales : Région Alsace : Philippe Houillère, directeur des systèmes d information Yves Le Fouler, directeur adjoint des lycées Conseil général du Haut-Rhin : Michel Rudloff, directeur des services de l action éducative Conseil général du Bas-Rhin : Francine Thomas, directrice des collèges et de l éducation Education nationale : Enseignants expérimentateurs : Frédéric Absalon, professeur documentaliste LPO Mathis Schiltigheim Laurent Dillinger, professeur de mathématiques, PRI et administrateur ENT au collège Pierre Claude, Sarre-Union Dominique Zahnd, professeur de SVT, administratrice ENT au lycée Lambert, Mulhouse, membre de la mission Tice Agathe Konieczka, professeur des Ecoles à l école Karine, Hautepierre Chefs d établissement : Sébastien Lorentz, proviseur adjoint au lycée Cassin, Strasbourg IA-IPR : Anne Strasser, IA-IPR d histoire-géographie, vice-doyenne du collège des IA-IPR : Odile Malavaux, IA-IPR d anglais IEN ET_EG : Eric Chazalette, IEN-ET STI IEN : Philippe Daney de Marcillac, IEN Haguenau sud, chargé de mission TICE 67 David Cailleaux, IEN Mulhouse 3, chargé de mission TICE 68 Fernand Vanobberghen, IEN Altkirch, chargé de mission TICE 68 Conseiller pédagogique : Stéphane Horand, conseiller pédagogique TICE dans le Bas-Rhin Direction des systèmes d information du rectorat : Pierre Nuss, adjoint au DSI Thérèse Sroka : responsable assistance informatique Délégation académique à la formation des personnels : Martine Knauer, IA-IPR histoire-géographie, déléguée académique à la formation des personnels. Parents d élèves : FCPE : Louis Helmlinger PEEP : Anne Dehestru APEL : Carine Courtois Organisations syndicales : SE-UNSA : Alain Florent FSU : José Pozuelo 5