Conduite à tenir devant une 1 ere crise chez un patient hospitalisé Pr Vincent Navarro

Documents pareils
7- Les Antiépileptiques

Peut-on reconnaître une tumeur de bas-grade en imagerie conventionnelle? S. Foscolo, L. Taillandier, E. Schmitt, A.S. Rivierre, S. Bracard, CHU NANCY

CONVULSIONS DE L ENFANT Item 190 JP. CARRIERE

Le traitement du paludisme d importation de l enfant est une urgence

La prise en charge de votre épilepsie

DISTRIBUTION DU TRAITEMENT MEDICAMENTEUX PAR VOIE ORALE PAR L INFIRMIERE : RISQUE DE NON PRISE DU TRAITEMENT MEDICAMENTEUX PAR LE PATIENT

Céphalées vues aux Urgences. Dominique VALADE Centre d Urgence des Céphalées Hôpital Lariboisière PARIS

L hôpital de jour ( HDJ ) en Hôpital général Intérêt d une structure polyvalente? Dr O.Ille Centre hospitalier Mantes la Jolie, Yvelines

Calendrier des formations INTER en 2011

Céphalées. 1- Mise au point sur la migraine 2- Quand s inquiéter face à une céphalée. APP du DENAISIS

PRISE EN CHARGE DES PRE ECLAMPSIES. Jérôme KOUTSOULIS. IADE DAR CHU Kremlin-Bicêtre. 94 Gérard CORSIA. PH DAR CHU Pitié-Salpétrière.

Leucémies de l enfant et de l adolescent


UTILISATION DES C.C.P DANS LES HEMORRAGIES SOUS AVK ET SOUS NACO : RECOMMANDATIONS DE L HAS COPACAMU 2014

PRINTEMPS MEDICAL DE BOURGOGNE ASSOCIATIONS ANTIAGREGANTS ET ANTICOAGULANTS : INDICATIONS ET CONTRE INDICATIONS

Carte de soins et d urgence

Télé-expertise et surveillance médicale à domicile au service de la médecine générale :

La migraine. Foramen ovale perméable. Infarctus cérébral (surtout chez la femme)

Réflexions sur les possibilités de réponse aux demandes des chirurgiens orthopédistes avant arthroplastie

Observation. Merci à l équipe de pharmaciens FormUtip iatro pour ce cas

Bienvenue aux Soins Intensifs Pédiatriques

URGENCES MEDICO- CHIRURGICALES. Dr Aline SANTIN S.A.U. Henri Mondor

Item 182 : Accidents des anticoagulants

Actualité sur la prise en charge de l arrêt cardiaque

Accidents des anticoagulants

Hémorragies cérébrales et nouveaux anticoagulants

I - CLASSIFICATION DU DIABETE SUCRE

admission aux urgences

Fibrillation atriale chez le sujet âgé

Les céphalées aux urgences. G Demarquay Hôpital Croix-Rousse Service Neurologie

EXEMPLE DE METHODOLOGIE POUR L ELABORATION D UN PROTOCOLE DOULEUR Marie AUBRY Infirmière référente douleur Hôpital TENON AP-HP Paris XX e SOMMAIRE

neurogénétique Structures sensibles du crâne 11/02/10 Classification internationale des céphalées:2004

Plan. Introduction. Les Nouveaux Anticoagulants Oraux et le sujet âgé. Audit de prescription au Centre Hospitalier Geriatrique du Mont d Or

Prise en charge de l embolie pulmonaire

Livret des nouveaux anticoagulants oraux. Ce qu il faut savoir pour bien gérer leur utilisation

Classifier le handicap épileptique avec ou sans autres déficiences associées. Réponses médico-sociales.

prise en charge paramédicale dans une unité de soins

TITRE : «Information et consentement du patient en réadaptation cardiovasculaire»

QU EST-CE QUE LA PROPHYLAXIE?

Les anticoagulants. PM Garcia Sam Hamati. sofomec 2008

Don d organes et mort cérébrale. Drs JL Frances & F Hervé Praticiens hospitaliers en réanimation polyvalente Hôpital Laennec, Quimper

Migraine et céphalées de tension: diagnostic différentiel et enjeux thérapeutiques

MIEUX COMPRENDRE CE QU EST UN ACCIDENT VASCULAIRE CÉRÉBRAL AVC

Migraine et Abus de Médicaments

ORDONNANCE COLLECTIVE

Les nouveaux anticoagulants oraux sont arrivé! Faut il une surveillance biologique?

Une forte dynamique des prescriptions de ces nouveaux anti-coagulants oraux

Infirmieres libérales

La prise en charge de l AVC ischémique à l urgence

LISTE DES ACTES ET PRESTATIONS - AFFECTION DE LONGUE DURÉE HÉPATITE CHRONIQUE B

JEU VIDEO : UN NOUVEAU COMPAGNON par Colette KELLER-DIDIER

Comment la proposer et la réaliser?

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE AVIS DE LA COMMISSION. 10 octobre 2001

Création de procédures inter-services pour la gestion des essais de phase I à l Institut Gustave Roussy

Cas clinique n 1. Y-a-t-il plusieurs diagnostics possibles? Son HTA a t elle favorisé ce problème?

INSUFFISANCE CARDIAQUE «AU FIL DES ANNEES»

prise en charge médicale dans une unité de soins

Les nouveaux anticoagulants oraux, FA et AVC. Docteur Thalie TRAISSAC Hôpital Saint André CAPCV 15 février 2014

L agénésie isolée du corps calleux

Consignes de remplissage - Grille de recueil - Thème DAN2

PROGRESSEZ EN SPORT ET EN SANTÉ. Mieux vivre avec ma maladie chronique, Me soigner par l activité physique Programmes Santé

Cibles Nouveaux ACO AVK. Fondaparinux HBPM HNF. Xarelto. Eliquis Lixiana. Pradaxa PARENTERAL INDIRECT ORAL DIRECT. FT / VIIa.

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE. Avis. 23 mai 2007

ANNEXE IIIB NOTICE : INFORMATION DE L UTILISATEUR

Don de moelle osseuse. pour. la vie. Agence relevant du ministère de la santé. Agence relevant du ministère de la santé

Recommandation Pour La Pratique Clinique

ALTO : des outils d information sur les pathologies thromboemboliques veineuses ou artérielles et leur traitement

PLAC E DE L AN ALYS E TOXIC OLOG IQUE EN URGE NCE HOSP ITALI ERE

TRAUMATISME CRANIEN DE L ENFANT : conduite à tenir?

Simulation en aviation

LA RESPONSABILITÉ DU RADIOLOGUE Point de vue de l avocat

LA DOULEUR INDUITE C EST PAS SOIGNANT!

Complément à la circulaire DH/EO 2 n du 30 mai 2000 relative à l'hospitalisation à domicile

La prise en charge de votre artérite des membres inférieurs

Item 169 : Évaluation thérapeutique et niveau de preuve

HTA et grossesse. Dr M. Saidi-Oliver chef de clinique-assistant CHU de Nice

admission directe du patient en UNV ou en USINV

e-santé du transplanté rénal : la télémédecine au service du greffé

Intoxication par les barbituriques

Association lymphome malin-traitement par Interféron-α- sarcoïdose

La prise en charge de votre maladie, l accident vasculaire cérébral

Conseils pour réaliser un tableau de sortie

Questionnaire santé et soins médicaux pour les moins de 16 ans

Diplôme d Etat d infirmier Référentiel de compétences

G U I D E - A F F E C T I O N D E L O N G U E D U R É E. La prise en charge de votre mélanome cutané

GHUPC Projet de transformation du site Hôtel Dieu. Pr S CHAUSSADE, Dr I. FERRAND

NOTICE: INFORMATION DE L UTILISATEUR. Immukine 100 microgrammes/0,5 ml solution injectable (Interféron gamma-1b recombinant humain)

SOMMAIRE COMMUNIQUÉ DE PRESSE. p. 3. p. 4 LE CESU. p. 5. Les outils. p. 6. Le centre de simulation. Quelques chiffres

Le diagnostic de Spondylarthrite Ankylosante? Pr Erick Legrand, Service de Rhumatologie, CHU Angers

Le problème de la première ou nouvelle. céphalée. Il faudra avant tout :

Document d information dans le cadre de l installation d un cyclotron. à Saint-Louis

ÉVALUATION DE LA PERSONNE ATTEINTE D HYPERTENSION ARTÉRIELLE

Questions / Réponses. Troubles du sommeil : stop à la prescription systématique de somnifères chez les personnes âgées

Notions de base Gestion du patient au bloc opératoire

1 La scintigraphie myocardique au Persantin ou Mibi Persantin

27 ème JOURNEE SPORT ET MEDECINE Dr Roukos ABI KHALIL Digne Les Bains 23 novembre 2013

Hémostase et Endocardite Surveillance des anticoagulants. Docteur Christine BOITEUX

Info. Ligue contre l Epilepsie. Epilepsie. Qu est-ce que c est une crise épileptique ou une épilepsie?

Aspects juridiques de la transplantation hépatique. Pr. Ass. F. Ait boughima Médecin Légiste CHU Ibn Sina, Rabat

Transcription:

Conduite à tenir devant une 1 ere crise chez un patient hospitalisé Pr Vincent Navarro Unité d épilepsie et ICM Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris, France

Contexte Patient admis dans un département pour un motif autre qu une épilepsie Survenue au cours de l hospitalisation d une crise d épilepsie Quelles attitudes thérapeutiques? Quels examens, quelle urgence?

1 ere question: le patient avait-il une épilepsie connue (ou méconnue)? Reprendre l interrogatoire (patient et proches) + reprendre le dossier médical Si une épilepsie est connue: 1. Identifier les facteurs favorisants de la crise: Les médicaments antiépileptiques Le patient a omis de signaler un traitement antiépileptique Attention aux antiépileptiques cachés (antidouleur: Lyrica R, BZD, etc) Le traitement n est pas disponible à l hôpital Erreur de transcription de la dose Contexte particulier lié à l hospitalisation: Le patient n a pas dormi Le patient a vomi ses traitements Introduction récente d un inducteur enzymatique

1 ere question: le patient avait-il une épilepsie connue (ou méconnue)? Si une épilepsie est connue: 2. Evaluer s il s agit d une crise habituelle ou non: Patient ayant une épilepsie pharmacorésistanteconnue: ne pas s inquiéter s il fait des crises partielles, avec la même fréquence qu avant son hospitalisation Compléter le bilan si crises différentes (généralisées, ou plus fréquentes) 3. Vérifier la cadre syndromique de cette épilepsie épilepsie généralisée idiopathique (pas de lésion cérébrale) versus épilepsie partielle (possible lésion sous-jacente)

2 e question : si l épilepsie n est pas connue, une lésion cérébrale est-elle connue? Patient hospitalisé pour une tumeur cérébrale, pour un AVC hémorragique, pour une neurosarcoidose, etc: Forte imputabilité de cette lésion Surtout si concordance radio-clinique: Tumeur occipitale et sémiologie visuelle au début de la crise Mais, se méfier d une modificationde la lésion (transformation hémorragique d une tumeur, majoration d un œdème, etc)

2 e question : si l épilepsie n est pas connue, une lésion cérébrale est-elle connue? Patient hospitalisé pour un autre motif (démence, SEP, séquelle de traumatisme, neuropathie périphérique, etc) Réaliser un bilan étiologique plus complet L imputabilité de la pathologie cérébrale connue doit rester un diagnostic d élimination: Épilepsie dans le cadre d une maladie d Alzheimer, après une nouvelle imagerie ayant écarté une lésion associée (hématome sous-dural, métastases cérébrales, etc)

Au cas par cas Biologie: 3 e question : Quel bilan? Natrémie, glycémie Pas de dosage des MAE en urgence (à doser le lendemain matin, en résiduel) EEG: EEG au lit du patient, en urgence (8 électrodes) EEG au laboratoire avec davantage d électrodes (21 électrodes) (délai de 24-48h)

3 e question : Quel bilan? L EEG permet de confirmer le diagnostic syndromique De voir des crises infracliniques D apporter des éléments en faveur d une étiologie D identifier des arguments en faveur d un risque de récidives (abondances des anomalies intercritiques)

EEG Activités pseudo-périodiquestemporales Encéphalite herpétique

Imagerie 3 e question : Quel bilan? En urgence, si déficit neurologique persistant, trouble de vigilance: TDM cérébrale Différée : IRM cérébrale («protocole épilepsie») si épilepsie non connue PL: seulement si fièvre, en l absence de contre-indication

4 e question : Quel traitement? En urgence: Il n y a pas d intérêt à injecter une BZD (Rivotril R ) après une crise (majore les troubles de vigilance) Des BZD per os peuvent être prescrites si risque élevé de récidives (notamment en l absence de facteurs favorisants) : Attention à leur effet sédatif (risque de chutes, fausses routes): utiliser de faibles doses, par ex: Rivotril2mg ¼-¼ -½ Urbanyl5mg 1-1-1

4 e question : Quel traitement? Au long cours: Un traitement antiépileptique est indiqué après 2 crises spontanées, sans facteur déclenchant identifié Ou après une crise et un risque élevé de récidives Le traitement dépend du syndrome épileptique + du terrain du patient Forme IV (seulement si trouble de déglutition) Sinon forme orale

5 e question : Quandtransférer le Si état de mal épileptique: Définitions : patient en réa? EM généralisé ( crises généralisées > 5 min) Autres EM : crises > 30 min Si menace d état de mal: Définition : crises en série, avec retour à une vigilance normale entre les crises Si mauvaise tolérance : respiratoire, hémodynamique

5 e question : Quandtransférer le patient en réa? Si état de mal généralisé: Urgence! Perfusion IV de Rivotril(1 mg), Appel de la réa, car les autres traitements doivent être administrés sous surveillance : Prodilantin: risque de vasoplégie, trouble de conduction Gardenal: risque de détresse respiratoire En l absence de transfert possible en réanimation: Dihydanpar la sonde gastrique, avec dose de charge (200 à 400 mg)

5 e question : Quandtransférer le Si état de mal partiel: Perfusion IV de Rivotril(1 mg) Le transfert en réa n est pas obligatoire, ni urgent Si bonne tolérance patient en réa? Si possibilité de surveillance Essayer des médicaments antiépileptiques, en dose de charge Dihydanpar la sonde gastrique, avec dose de charge (200 à 400 mg) Tegretol par la sonde gastrique (600 mg) KeppraIV (2,5g) ou VimpatIV ( 200 à 400mg)

6 e question: comment s intègre cette crise dans la pathologie du patient? Crises et AVC: Des crises à la phase aigue d un AVC: non prédictives d une épilepsie au long cours; donc traitement de courte durée, à réévaluer - Des crises à distance d un AVC (après 2 semaines): prédictives de récidives Crises et tumeur cérébrale: Prédictives d une majoration du volume tumoral. Le meilleur traitement antiépileptique: Chimiothérapie et anti-oedémateux

Se méfier des diagnostics différentiels Toute perte de connaissance n est pas une crise: Syncope: vagale (lors d un geste invasif), par hypota (patient ayant de nombreux anti-hypertensieurs), par pathologie cardiaque Manifestations psychogènes, dans le cadre d un trouble psychiatrique associé Interprétation abusive d un EEG, évoquant des crises, alors qu il s agit d une encéphalopathie (hépatique, ou médicamenteuse)

Conclusion Prise en charge d une première crise lors d une hospitalisation : Bilan au cas par cas, en fonction de l histoire du patient, et du motif d hospitalisation Prise en charge thérapeutiquegraduelle, adaptée à la gravité des crises.