ECONOMIE GENERALE G. Carminatti-Marchand SEANCE III ENTREPRISE ET INTERNATIONALISATION On constate trois grandes phases depuis la fin de la 2 ème guerre mondiale: 1945-fin 50: Deux blocs économiques et politiques se constituent et se consolident Création d un système monétaire international de changes fixes à l intérieur du «bloc ouest» Les premières décolonisations ont lieu Emergence du Tiers Monde 60-fin 70: Tensions entre les deux blocs et à l'intérieur du bloc dit soviétique Croissance importante dans les années 60. Les années 70 sont marquées par une crise multiforme frappant inégalement les pays et l éclatement du système de Bretton Woods Depuis 80: Accélération du mouvement de mondialisation avec la création de zones commerciales et monétaires comme l UEM en Europe. Situations contrastées, évolutions divergentes Fragilités, faillites économiques, crises financières spécifiques avec des répercussions mondiales 1. Les différentes politiques de change Il existe deux grands systèmes de change : les changes fixes et les changes flottants. 1.1. Les changes fixes Le système de change fixe par excellence est le système de Bretton Woods. Le système mis en place en Europe à la fin des années 1970 peut être qualifié de système de changes fixes mais ajustables. Le principe est le suivant: les taux de change sont fondés sur des taux pivots définis en fonction de l'écu, unité de compte européenne qui représente la moyenne pondérée des monnaies participantes. Une grille de taux bilatéraux est calculée à partir des taux pivots exprimés en écus et les fluctuations des monnaies entre elles ne peuvent pas excéder un marge de 2.25 % (à l'exception de la lire italienne qui se voit accorder une marge de 6 %) de part et d'autre de ces taux bilatéraux. En dix ans, le SME permet de réduire de façon substantielle la variabilité des taux de change: la souplesse du système, alliée à une volonté politique de faire Economie Générale, Géraldine Carminatti-Marchand 1
converger les économies permet d'atteindre une stabilité durable des monnaies. L inconvénient du SME était qu il n était pas doté de banque centrale dont le rôle est, dans un système de changes fixes, de défendre le cours de la monnaie en intervenant sur le marché de changes. C est pour cette raison que les politiques européens ont souhaité créer un véritable système monétaire avec une monnaie unique et donc une Banque Centrale Européenne. 1.2. Le système de changes flottants Il existe deux situations : Flottement pur: fixation du cours de la monnaie selon la loi de l offre et de la demande sur le marché des changes. Pas d intervention de la banque centrale qui laisse sa monnaie fluctuer. Flottement impur: le cours est déterminé par le marché avec une intervention possible de la banque centrale si cette dernière trouve que la monnaie est surévaluée ou sous-évaluée. Dans le cas d une intervention, l action de la banque centrale est identique à celle prévalent dans une situation de changes fixes. Pour soutenir la monnaie nationale (en cas de monnaie sousévaluée) la banque centrale la rachète contre des devises. Cette opération lui est coûteuse car elle doit vendre une partie de ses réserves en devises. A la fin de l intervention, les réserves en devises se sont amoindries alors que celles en monnaie nationale ont augmenté. En rendant la monnaie nationale rare (par le rachat de cette dernière), la banque centrale en augmente le prix (donc le cours vis à vis des autres monnaies). Si la monnaie est surévaluée, la banque centrale agit dans le sens inverse, elle vend la monnaie nationale et achète des devises étrangères. De cette façon, elle diminue ses réserves en monnaie nationale et augmente celles en devises. En vendant de la monnaie nationale sur le marché, elle en diminue le prix (donc le cours) car cette monnaie devient abondante. La plupart des régimes de changes flexibles sont des régimes impurs ce qui permet aux autorités monétaires de contrôler la valeur de leur monnaie et donc le solde de leur balance des paiements. En effet, une monnaie surévaluée implique un coût plus élevé pour les exportations (les biens exportés valent plus chers à l étranger à cause du cours de la monnaie nationale) et un coût plus faible pour les importations. Cette situation est favorable pour la balance des paiements (via la balances des transactions courantes) si le solde commercial du pays est positif (exportations (X) > importations (M)) et si le pays possède une position dominante dans le commerce. Si cela n est pas le cas, les partenaires commerciaux peuvent substituer les biens importés de ce pays par d autres biens identiques provenant d autres pays. Aujourd hui seuls les Etats Unis peuvent se permettre d avoir une monnaie surévaluée. En effet, ils peuvent avoir une balance des transactions courantes négative sans en subir de trop Economie Générale, Géraldine Carminatti-Marchand 2
fortes retombées négatives car leur monnaie étant monnaie internationale une partie de leur emprunt est payée par les non résidents détenant des dollars. Une monnaie sous-évaluée rend les exportations moins coûteuses que les importations. Dans un premier temps, on constate une hausse du volume des exportations qui sont devenues plus compétitives par rapport aux autres pays commerciaux, donc un effet positif sur la balance commerciale. Il y a effet positif sur la balance des paiements si le solde commercial n est pas trop négatif avant la dévaluation. Dans le cas contraire, une baisse de la valeur de la monnaie nationale ne parvient pas à compenser la dépendance envers l extérieur et la dévaluation ne permet pas une amélioration significative de la balance des paiements. Si la monnaie continue de se dévaluer, la valeur des importations devient supérieure à celle des exportations même si le volume de ces dernières est plus important que celui des importations. Le pays doit s endetter pour obtenir des devises lui permettant de payer ses importations. Cette politique de dévaluation compétitive a souvent été (et est encore) pratiquée par les pays émergents pour s accaparer des parts de marché dans les pays développés. Elle a donné des résultats positifs pour certains pays de l Asie du Sud Est et des résultats négatifs pour la plupart des pays d Amérique du Sud et d Afrique. Le résultat de ces politiques de dévaluation compétitive dépend de l accompagnement monétaire qui est fait à l intérieur du pays (c est à dire la mise en place de politiques macroéconomiques visant à assurer un développement économique et social à l intérieur du pays). 2. Les théories de l échange L entreprise est contrainte par son environnement économique. Il est certain que le type de régime de change du pays influence la politique étrangère de l entreprise. Si cette dernière n a pas à tenir compte des variations de la valeur de la monnaie nationale, elle peut se consacrer à l analyse de sa fonction de coût afin d améliorer sa compétitivité face à ses concurrents étrangers. Si la monnaie du pays est très fluctuante, l entreprise en question peut ne plus être compétitive sur les marchés étrangers et/ou nationaux sans que cette situation soit directement liée à sa politique de production. Cette argument a souvent été employé par les partisans de la monnaie unique en soulignant les avantages positifs de la création de l UEM. L entreprise peut mettre en place une stratégie de conquête de marchés extérieurs si elles possède des avantages à cela. Economie Générale, Géraldine Carminatti-Marchand 3
2.1. La théorie des avantages absolus Cette théorie a été développée par Adam Smith. Il considère que la principale source de richesse d un pays réside dans la division du travail qui améliore l efficacité productive du travail. Dans le domaine des échanges internationaux, Smith énonce la loi des avantages absolus : Chaque pays se spécialise dans la production pour laquelle les coûts de fabrication sont les plus faibles en valeur absolue par rapport aux coûts de production des autres pays. Chaque pays a intérêt à renoncer à la production des biens pour lesquels ses coûts de fabrication sont plus élevés en valeur absolue par rapport aux coûts de production des autres pays. C est le principe de la SPECIALISATION-RENONCIATION créateur de la division internationale du travail. Quantité d hommes dans pays A pour produire 1 unité de bien Quantité d hommes dans pays B pour produire 1 unité de bien Total des unités produites en biens X et Y par les deux pays Mise en évidence des avantages absolus Bien X Bien Y Total Hommes 100 300 400 400 200 600 2X 2Y 4 unités de bien pour 1000 hommes Le pays A dispose d un avantage absolu dans la fabrication du bien X (le coût de production unitaire est égal à 100 hommes contre 400 pour le pays B). Il est désavantagé dans la production du bien Y dont le coût (300 hommes) est supérieur au pays B (200 hommes). Le pays A doit donc se spécialiser dans la production du bien A et renoncer à la production du bien B. Avec 400 hommes le pays A produit 4X et le pays B, avec 600 hommes produit 3Y. La richesse totale (production avec 1000 hommes) était de 4 unités de biens X et Y avant la spécialisation, elle est de 7 unités après spécialisation. La division internationale du travail a améliorer la productivité du travail, cette dernière passe de 4/1000 à 7/1000. 2.2. La théorie des avantages relatifs Avec la théorie de Smith, un pays ne possédant pas d avantages absolus pour au moins un bien ne peut pas participer à l échange international. Pour résoudre ce problème Ricardo (1772-1823), économiste Classique, élabore la théorie de l avantage relatif. Un pays peut participer à l échange international même s il ne possède pas d avantage absolus. Il doit produire les biens pour lesquels le coût de production est relativement plus faible comparé à Economie Générale, Géraldine Carminatti-Marchand 4
ses partenaires commerciaux. Il exporte la part de la production non consommée par les résidants et l échange contre des biens qu il a laissé produire à l étranger, car ses coûts de production étaient relativement plus élevés. Pour illustrer cette théorie prenons l exemple de deux pays, le Portugal et l Angleterre et de deux biens, le vin et le drap. Quantité d hommes au Portugal pour produire 1 unité de bien Quantité d hommes en Angleterre pour produire 1 unité de bien Total des unités produites en vin et drap par les deux pays Vin Drap Total Hommes 80 90 170 120 100 220 2 unités de vin 2 unités de drap 4 unités de bien pour 390 hommes En se basant sur ce tableau, l Angleterre ne dispose d aucun avantage absolu dans la production de ces deux biens. En suivant la théorie de Smith, ce pays doit importer ces biens du Portugal. Pour Ricardo l Angleterre peut se spécialiser dans la production du bien pour lequel le coût relatif est le plus faible. Tableau des coûts relatifs Du vin en drap Du drap en vin Portugal 80/90 = 0,88 90/80 = 1,12 Angleterre 120/100 = 1,20 100/120 = 0,83 Avec une unité de vin, le Portugal peut obtenir 0,88 unité de drap sur le marché national et 1,2 unité sur le marché étranger. Le pays a donc intérêt à se spécialiser dans la production de vin et l échanger contre du drap avec l Angleterre. Avec une unité de drap, l Angleterre peut obtenir 0,83 unité de vin sur son marché et 1,12 unité à l étranger. Le pays a donc intérêt à se spécialiser dans la production de drap et l échanger contre du vin avec le Portugal. Avec 220 hommes, l Angleterre produit 2,2 unités de drap (220/100) soit une augmentation de 10% par rapport à la situation globale d autarcie (une unité pour l Angleterre et une pour le Portugal). De même, avec 170 hommes, le Portugal produit 2,125 unités de vin (170/80), soit une hausse de 6,25% par rapport à la situation sans échange international. Avant la spécialisation de chaque pays, la situation globale était de 4 unités, après la spécialisation elle est de 4,325 unités soit une augmentation de 8,125%. Economie Générale, Géraldine Carminatti-Marchand 5
Pour Ricardo, l échange, et donc la spécialisation, est possible dès qu il existe une différence dans les coûts relatifs de production, cette différence provient d une différence de productivité du travail. Cela permet à chaque pays de participer à l échange international. L ouverture du commerce augmente la richesse internationale. 2.3. La théorie de la dotation factorielle Herckscher et Ohlin approfondissent la théorie de Ricardo en expliquant la provenance des avantages comparatifs. Les avantages comparatifs proviennent de différences dans la répartition des facteurs de production entre les pays : c est ce qu on appelle la dotation factorielle. Chaque pays est incité à produire et à échanger les biens pour lesquels la production a demandé plus de facteur de production abondant. Le pays importe des biens pour lesquels la production nationale aurait demandé plus de facteur rare. En effet lorsqu un facteur de production est abondant, cette abondance en diminue le prix. Incorporer ce facteur dans un processus de production permet d en diminuer le coût de production. Si ce dernier est faible, le pays peut présenter un avantage comparatif à l échange. Cependant, Spolter et Samuelson soulignent que plus un produit intensif en facteur abondant est échangé, plus le prix de ce facteur a tendance à augmenter, car l abondance du facteur de production diminue avec l intensité de son utilisation. Le théorème de Spolter-Samuelson indique que l échange tend à égaliser les prix des facteurs de production. En cherchant à prouver le théorème d Herckscher-Ohlin, Léontieff découvre un paradoxe : les Etats-Unis, après la seconde guerre mondiale exportaient plus de produits intensifs en travail que de biens intensifs en capital, alors que ce dernier était le facteur de production abondant. L explication de ce paradoxe se trouve dans le niveau d éducation et de formation des travailleurs américains, ce qui fait dire à Léontieff qu un travailleur américain «vaut» trois travailleurs étrangers. Cette explication permet de comprendre pourquoi les pays industrialisés continuent d exporter des biens intensifs en travail «qualifiés» vers les pays en développement dotés abondamment de facteur travail «non qualifié». 2.4. Les nouvelles théories de l échange international En suivant les théories des avantages comparatifs et des dotations factorielles, on pouvait s attendre à un commerce mondial de produits différents entre pays différents. Or le commerce international s est surtout développé entre pays économiquement semblables et sous la forme de produits échangés similaires. C est ce qu on appelle le commerce intrabranche ou intra-industrie. Pour comprendre pourquoi deux pays industriels commercent entre Economie Générale, Géraldine Carminatti-Marchand 6
eux (par exemple, la France a comme principal partenaire commercial l Espagne et l Allemagne) il faut se pencher sur trois variables économiques : les économies d échelle, le progrès technique et le rôle de la demande. 2.4.1. Les économies d échelle Ricardo et Herckscher-Ohlin supposent que la production est à rendements constants. Or on constate que les entreprises ont une production à rendement croissants ce qui fait naître des économies d échelle. Ceci explique pourquoi deux pays économiquement semblables peuvent, du seul fait de la présence d économies d échelle, se spécialiser dans certaines production et faire des échanges. Les économies d échelles permettent à ces pays de bénéficier d avantages comparatifs. Certains économistes expliquent l échange de produits manufacturés semblables (commerce intra-branche) des années 70 entre les pays développés par la présence de ces économies d échelle. 2.4.2. Le progrès technique Le théorème d Herckscher-Ohlin retient l hypothèse de technique identique dans chaque pays commerçant. C est sans compter sur l innovation et les progrès techniques. Si un pays crée un nouveau produit, il possède aussitôt non seulement un avantage comparatif, mais un avantage absolu qui lui permet d exporter et même d être en position de monopole sur ce produit pour un certain temps. Il se crée alors un commerce d écart technologique. Cet avantage se maintient tant que les autres pays ne s engagent pas dans la production du même bien. La situation du pays innovant peut être comparée à celle d une entreprise créant un nouveau produit. La vie de ce dernier suit la thèse du cycle de vie de Vernon. Dans un premier temps, la création du produit n engendre pas de commerce international, c est la phase de l émergence. Cette phase correspond au lancement du produit par une entreprise innovante située généralement dans un pays industrialisé. Le bien est vendu sur le marché national. Dans la phase de croissance du produit, l avance technologique de l entreprise diminue, elle se fait concurrencer par d autres firmes nationales qui produisent le même bien. Afin de conserver son avance, l entreprise vend son produit sur le marché international : il y a exportation. Dans la phase de maturité du produit, l entreprise innovante se fait de plus en plus concurrencer. Les autres entreprises cherchent aussi à vendre sur les marchés étrangers. Pour conserver son avance technologique, l entreprise innovante délocalise sa production vers des régions à faible coût du travail. Economie Générale, Géraldine Carminatti-Marchand 7
Lors de la dernière phase de vie du produit, le déclin, les pays accueillant la production de la firme innovante se mettent à produire eux-mêmes le bien (phénomène d imitation). Comme généralement la délocalisation à lieu dans les pays en développement, les coûts de production sont moindres. Ces derniers possèdent un avantage comparatif par rapport à la firme innovante mais aussi aux autres entreprises du pays d origine. C est la fin des exportations de ce bien et le début des importations pour le pays développé. Pour conserver leur position dominante dans le commerce mondial, les pays développés sont obligés d innover sans cesse. 2.4.3. Le rôle de la demande Un produit est fabriqué et offert sur un marché si il est demandé. Le rôle de la demande dans l explication du commerce international apparaît avec Linder. Pour cet économiste suédois les conditions de la production ne sont pas indépendantes de celles de la demande. Dans la phase d émergence du produit, s il n existe pas de demande sur le marché national, le firme ne peut pas continuer à produire. De même, lorsque l entreprise décide d exporter, il doit exister une demande sur le marché étranger. D ailleurs on constate que plus les pays sont semblables économiquement, plus ils commercent entre eux : «les exportables des uns sont les importables des autres». En effet, durant la phase de croissance du produit, celui-ci se banalise sur le marché domestique, car il devient plus abondant grâce à l arrivée de nouveaux producteurs nationaux. Afin de se démarquer et d accaparer des parts de marché plus importantes, les entreprises concurrentes de la firme initiale différencient le produit (cf. séance 2). Cette différenciation provoque une demande d importation du même bien. Il apparaît alors un commerce intrabranche entre les pays semblables portant sur des biens similaires faisant l objet dune «demande de différence». Contrôle continu Commenter les diapositives. Economie Générale, Géraldine Carminatti-Marchand 8