A défaut d un toit, une toile de tente 21 décembre 2005-21 décembre 2006 photo : Bruno Fert Dossier de presse Contacts presse Annabelle Quénet/Florence Priolet Tél. 01 44 92 14 31/32 www.medecinsdumonde.org
21 décembre 2005, Médecins du Monde décide de distribuer des tentes aux SDF dans Paris : >Par devoir de protection >Pour rendre visibles celles et ceux que l on ne veut plus voir >Pour sortir des solutions d urgence qui n en sont pas 400 tentes, le bilan L association a distribué en un an, près de 400 tentes (distribution et remplacement) essentiellement aux personnes sans-abri refusant de se rendre dans des centres d hébergement d urgence, non adaptés à leurs besoins (durée de séjour, intimité, sécurité, hygiène, sexe, couples ). Balises de détresse, suscitant passions, critiques et soutiens, les tentes ont permis : > De protéger un grand nombre de personnes du froid, de la pluie et du vent. Abri temporaire, les tentes dont les SDF se sont «emparés», n ont fait que souligner ce besoin d intimité, inhérent au respect de la personne. > De susciter - enfin - de vrais questionnements de la part des citoyens et des pouvoirs publics autour des personnes à la rue : qui sont-elles? Combien sont-elles? Quelles sont les solutions et les propositions pour un hébergement adapté et durable? Pourquoi les dispositifs actuels ne répondent pas ou plus à aux besoins? > D obtenir la création de places «de stabilisation», encore en nombre insuffisant et difficiles d accès. Celles-ci permettent un hébergement durable et adapté à la situation des personnes, en attendant l accès à un logement durable. 400 tentes, et après? La situation se tend à Paris mais aussi en province Au-delà des multiples annonces des pouvoirs publics depuis un an, Médecins du Monde constate un durcissement de la situation pour les SDF : rejetés aux portes de la capitale, les personnes à la rue ont été sommées de «décamper». Aujourd hui, MdM ne compte plus que 150 tentes dans le centre de Paris. Jour à jour, ce nombre varie en raison du démantèlement de certaines tentes. De même, à Marseille, à Strasbourg, à Toulouse et dans les 12 autres villes où MdM mène des missions auprès des SDF, les solutions demeurent inadaptées, quand la situation ne se durcit pas. Les solutions proposées actuellement par le gouvernement ne concernent que Paris. Faudra t-il que les 15 autres équipes de MdM travaillant auprès des SDF distribuent aussi des tentes? Le 21 décembre, la mission SDF de Marseille organise donc une journée de sensibilisation sur la problématique des personnes sans-abri. Médecins du Monde ne cessera pas de distribuer des tentes aux personnes à la rue qui lui en feront la demande. L association continuera de suivre ces personnes, évaluations médicale et sociale ont toujours accompagné et accompagneront la distribution de tentes. 1
L association demande : > Un suivi des créations de places «de stabilisation» : nombre effectif, quantité et calendrier de création, profil de leurs occupants, accompagnement social proposé. > L organisation d une Table Ronde réunissant Etat, mairies, associations et travailleurs sociaux pour une mise à plat commune du système d hébergement d urgence dont les tentes ont montré les limites > Le respect des personnes à la rue, afin qu elles ne soient pas rejetées et forcées de disparaître «hors de vue», loin des centres villes. > La création du droit au logement opposable, seul garant d un accès au logement pour tous Un an après, Médecins du Monde lance la pétition «D UNE TOILE DE TENTE A UN TOIT» pour que chaque citoyen manifeste son soutien à l action menée par l association auprès des SDF et pour que des solutions durables leur soient proposées. http://www.medecinsdumonde.org 2
I. Rappel de l opération de décembre 2005 : A DEFAUT D'UN TOIT, UNE TOILE DE TENTE Depuis 1993, Médecins du Monde intervient auprès des SDF, en hiver comme en été, et demande, chaque année, des logements dignes et adaptés pour les personnes qui vivent et dorment dans la rue. Douze ans plus tard, nos équipes ne pouvaient plus continuer à proposer aux personnes sans-abri un hébergement tout en sachant que le lendemain elles se retrouveraient à nouveau dans la rue en attendant le soir. Trop souvent, les hébergements ne sont effectivement offerts que pour une durée très limitée dans le temps. Les équipes de MdM refusaient de continuer à cautionner les impasses des systèmes d hébergement d urgence. Pour se faire entendre, Médecins du Monde a lancé le 21 décembre 2005 l opération «A défaut d un toit, une toile de tente». La mission SDF de Paris a distribué 425 tentes aux sans-abri, pour que, faute d un toit, elles aient au moins un abri. Au-delà de cet abri, ces tentes sont des balises de détresse incontournables destinées à donner de la visibilité aux sans domicile et à leurs conditions de vie. Elles ne sont qu une solution de secours temporaire qui vise à alerter et à faire réagir les pouvoirs publics sur la nécessité de traiter différemment le problème de l hébergement. Depuis le début de cette mobilisation, l association réclame une autre approche : sortir des solutions d urgence, rythmées par des impératifs climatiques et médiatiques, pour mettre en place des solutions d hébergement adaptées et un accès au logement. l interdiction de remettre à la rue sans leur accord les personnes à qui un hébergement a été proposé ou qui souhaitent rester à l abri la création de logements et d hébergements durables en nombre suffisants et adaptés aux différents profils des personnes à la rue 3
II. UN AN DE MOBILISATION 21 décembre : l équipe de la mission SDF de Médecins du Monde se rend dans les différents arrondissements de Paris pour distribuer des tentes aux sans abris et faire entendre les revendications de l association. Le même jour, Mme Vautrin, Ministre déléguée de la Cohésion Sociale et de la Parité juge publiquement l initiative «contre productive», déclarant que la distribution de tentes «pérenniserait les personnes dans la rue». 22 décembre : envoi de nos revendications à tous les sénateurs et députés 80 réponses favorables sur notre action issues de toutes les tendances politiques ont été reçues. Les députés ont posé questions écrites et orales au gouvernement pour demander des mesures concrètes en faveur des sans-abri. Lors de l'audition du 18 octobre à l Assemblée Nationale, il nous a été annoncé que le dispositif pour les sans-abri ne serait, dans l'avenir, plus rythmé par des impératifs climatiques. 29 décembre : Mme Vautrin admet dans le Figaro qu il faut «peut être revoir les conditions d'hébergement, les ouvrir plus tard, les adapter aux femmes qui ont des enfants ou à ceux qui souffrent de problèmes de dépendance». La diversité des publics rencontrés dans la rue est reconnue. Médecins du Monde demande que cette déclaration se concrétise. 26 janvier : une délégation de Médecins du Monde est reçue à Matignon pour demander qu une table ronde réunissant pouvoirs publics et associations soit organisée en vue de la remise à plat du dispositif d urgence. Le Premier Ministre déclare partager les constats de MdM et renvoie l association vers la ministre déléguée à la cohésion sociale. Il exprime le souhait que ce problème soit abordé lors de la prochaine réunion du Conseil National de Lutte contre les Exclusions. 31 mars : alors que le dispositif hivernal d hébergement d urgence prend fin (et se traduit par une diminution des places d hébergement), l association annonce qu elle continue la mobilisation. A cette date, 280 tentes ont déjà été distribuées aux sans-abri de la capitale. 12 mai : le Comité interministériel de lutte contre l'exclusion (CILE) engage un montant de 50 millions d'euros pour : - sortir de la logique du plan hiver, - pérenniser des places d'hébergement à l'année, - poursuivre l'humanisation des conditions d'accueil et - renforcer les équipes de veille sociale afin de mieux repérer les personnes à la rue. Médecins du Monde estime que ces mesures vont dans le sens des propositions de l association mais qu elles ne restent qu un premier pas. L association annonce le maintien de sa mobilisation et renouvelle sa demande d une table ronde réunissant pouvoirs publics et associations. 19 juillet : La polémique autour des tentes s amplifie. Des riverains se plaignent, d autres soutiennent l action de l association. Deux associations sont mandatées par la Mairie de Paris pour inciter les personnes vivant sous une tente à les quitter. Malgré les contacts rapprochés avec la mairie, la préfecture, le ministère, auprès desquels Médecins du Monde n a cessé d expliquer sa démarche, l association n est pas prévenue de cette initiative. 4
24 juillet : La polémique perdure. 4 tentes sont brûlées le 22 juillet, une enquête au parquet est ouverte. D autres «disparaissent», leurs occupants étant incités à se déplacer dans des lieux moins visibles. Médecins du Monde organise une conférence de presse pour alerter l opinion et renouveler son appel en faveur de solutions d hébergement durables et adaptées, seules conditions d un retrait des tentes. 9 août : Agnès de Fleurieu, médiatrice nommée par le gouvernement et le Dr Chambaud de l IGAS remettent leur rapport. Celui-ci souligne que «le phénomène des tentes met en lumière un accroissement du nombre de personnes sans abri à Paris, un déficit de données permettant d en apprécier l hétérogénéité, la saturation des dispositifs d hébergement d urgence». La ministre Mme Vautrin annonce des moyens supplémentaires : d'ici la fin de l'hiver 2006-2007, un millier de places d'hébergement d'urgence de nuit devraient être transformées en hébergement de «stabilisation», avec des centres ouverts 24H/24, sans limitation de durée et un accompagnement social adapté. L Etat promet de dégager 7 millions d euros pour les sans abri de la région parisienne. 2 novembre : le ministère de l emploi, de la Cohésion sociale et du logement présente son Plan Hiver qui reprend les mesures annoncées en août. «Ce n'est pas simplement une mise à l'abri du froid, c'est tout un accompagnement social qui se fait en lien avec toutes les associations», souligne la ministre déléguée, Mme Vautrin. Dans un communiqué, l association se félicite que le gouvernement reconnaisse l'urgence d ouvrir des structures d'hébergements stables. Enfin, est reconnue la nécessité d une approche, non plus seulement quantitative mais qualitative, prenant en compte la diversité des besoins des personnes, au-delà d une logique cantonnée aux hébergements d urgence. novembre 2006 : environ 150 tentes sont toujours présentes dans les rues de Paris. Une grande partie des occupants ont été chassés vers des lieux moins visibles, aux portes de Paris ou sous les ponts. Alors que le 2 novembre, la ministre déléguée à la cohésion sociale déclarait sur France Info que «les hébergements de stabilisation sont un succès». Seules 150 places de stabilisation semblent aujourd hui mises à disposition des sans abri. 23 novembre : Une trentaine de tentes sont démantelées place de la République. Au nom du devoir de protection, MdM demande l arrêt immédiat des démantèlements des tentes sans solution d hébergement adaptée et sans suivi vers un accès au logement. décembre 2006 : l association poursuit sa mission de surveillance médicale et d accompagnement social des sans abri et procède à un nouveau recensement du nombre de tentes. Les tentes disparaissent et les pouvoirs publics nient donner des directives dans ce sens. L association continue à distribuer des tentes à la demande des sans abri ou des riverains signalant des personnes en situation de détresse dans la rue. A Marseille également, MdM se mobilise et alerte sur l absence des solutions durables et adaptées pour les personnes à la rue. 5
III. Sans-abri en 2006 : Données et témoignages a. De qui, de quoi parle-t-on? > Des situations très diverses On compte aujourd hui en France environ 100 000 personnes sans abri et plus de 3 millions de personnes sont mal-logées 1. Derrière les données statistiques, les personnes à la rue regroupent des parcours et des profils variés : - Les «personnes sans abri» : fortement désocialisés, exclus de la société, les «sans abri» vivent généralement seuls dans la rue depuis plusieurs mois ou plusieurs années. Une succession d échecs répétés les a conduits dans la rue. Ce parcours est lié pour beaucoup à des difficultés insurmontables de socialisation dont l origine remonte souvent à l enfance 2. - Les «jeunes errants» : à la différence des précédents, les «jeunes errants» vivent fréquemment en petits groupes, se définissant autour de traits culturels partagés. Ils ont une forte mobilité géographique et restent généralement peu de temps dans une même ville. - Les «demandeurs d asile à la rue» : il s agit d immigrants en demande d asile. Ils sont arrivés récemment en France et se retrouvent contraints à dormir dehors faute d une capacité d accueil suffisante des structures d hébergement qui leur sont normalement destinées. La vie dans la rue est une conséquence conjoncturelle de l absence de droit au travail (qui rend impossible de louer un logement, même en cas de travail non déclaré) associée à l absence de prise en charge sociale spécifique. - Les «travailleurs sans toit» constituent une autre réalité de la rue. Selon une étude de l INSEE publiée en 2004, trois sans domicile sur dix ont un emploi, en général précaire, et quatre personnes à la rue sur dix sont inscrites à l'anpe. Les parcours de vie des personnes sans domicile fixe sont très divers mais ils sont confrontés à des difficultés similaires. Les travailleurs pauvres, qui n ont pas suffisamment de ressources pour payer les loyers actuels et se maintenir dans un logement décent, partagent aujourd hui la rue aux côtés des autres exclus du logement. La vie dans la rue n est que très rarement un «choix de vie» mais la conséquence de difficultés sociales et d absence de solutions de logements durables adaptés aux besoins des personnes. > SDF, les données de Médecins du Monde En 2005 3, 18% des patients reçus dans les 21 centres d accueil, de soins et d orientation de Médecins du Monde vivent à la rue et 43% des patients déclarent vivre dans un logement précaire (hébergement chez des amis ou de la famille, squat aménagé, caravanes ). Au total, ce sont donc 61 % des patients qui sont en grande difficulté de logement. Plus de 7 personnes sans-abri sur 10 sont des hommes et près du quart est de nationalité française. 1 L état du mal-logement en France, rapport annuel 2006, Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés. 2 Patrick Declerck, «les naufragés ; avec les clochards de Paris», Plon, 2001 3 Rapport 2005 de l Observatoire de l accès aux soins de la Mission France de Médecins du Monde, août 2006 6
Les patients à la rue sont en moyenne plus jeunes que ceux disposant d un logement, mais ceci n est vrai que pour les patients étrangers. Chez les patients de nationalité française au contraire, la relation s inverse (moyenne d âge de 35 ans). Si les 30-44 ans restent les plus touchés, aucune classe d âge n est épargnée : près de 9% des patients sans domicile sont mineurs et près de 10% des plus de 60 ans vivent à la rue. Trop souvent, absence de logement et solitude vont de pair : 70 % des personnes à la rue vivent seules, soit deux fois plus souvent que les autres patients. Cependant, parmi les personnes à la rue, on compte près de 10 % de personnes vivant à la rue avec un ou plusieurs enfants ; il s agit pour la plupart d étrangers présents depuis peu sur le sol français (moins de 6 mois pour 80 % d entre eux). Enfin, 86 % des personnes à la rue sont sans emploi et la quasi-totalité est sans ressources. 94% des français sans domicile sont sans emploi, alors que les étrangers sans logement ont eux plus souvent recours au travail non déclaré (12,3 %). > Vivre dans la rue ruine la santé mentale et physique L espérance de vie de ceux qui vivent et dorment dans la rue est aujourd hui de 43 ans comme le rapporte le collectif pour les Morts de la rue. Les analyses conduites depuis plusieurs années par l Observatoire de l accès aux soins de la mission France de Médecins du Monde montrent la prédominance ou l aggravation de certains problèmes de santé liés à la vie à la rue, à la précarité, au stress, à une mauvaise alimentation et aux retards d accès aux soins. Ainsi, les personnes à la rue présentent plus fréquemment que les autres patients : - des traumatismes très fréquents La fréquence des consultations pour traumatismes chez les personnes sans logement est près de deux fois plus élevée que pour les autres patients (4 % vs 2 %). Ce phénomène est lié au mode de vie et aux risques de la rue. - des troubles psychiatriques (17.5% vs 9%) Les pathologies psychiatriques représentent le diagnostic le plus souvent posé, et ceci beaucoup plus fréquemment que parmi l ensemble des autres patients. La préexistence de troubles psychiatriques est un facteur de risque pour se retrouver à la rue mais l exclusion entraîne aussi de fortes souffrances psychiques et renforce les troubles mentaux préexistants. Ce sont des pathologies qui demandent un suivi spécialisé et continu. - des infections ORL et respiratoires (12,8% vs 11.6%) - des pathologies dermatologiques (12,8% vs 10%) - une couverture vaccinale systématiquement plus faible - un état bucco dentaire désastreux - des signes évocateurs de souffrance psychique : Ils sont signalés dans près de 31% des consultations concernant des personnes sans domicile, contre 22% pour les patients bénéficiant d un logement fixe ou précaire. - La fréquence de l usage abusif de substances psycho actives licites ou illicites pour ces patients est 2 à 3 fois plus élevée que pour le reste des consultants. Ainsi, l usage abusif d alcool est également plus fréquemment observé parmi les sans domicile (19,5% vs 8,2%). 7
> Des difficultés d accès aux droits et aux soins Seuls 27% des sans domicile devant théoriquement bénéficier d une couverture maladie ont effectivement des droits ouverts. L absence de domiciliation constitue logiquement le principal frein à l ouverture des droits. En effet, déposer une demande de couverture maladie (CMU ou AME) suppose de fournir un justificatif de domicile. 57,5 % des patients sans domicile ayant besoin d une domiciliation pour bénéficier d une couverture maladie n en possèdent pas lorsqu ils se présentent à Médecins du Monde, et tout particulièrement les étrangers (60.3 % contre 47 % des français sans logement). Ils ne peuvent donc pas déposer de demande de couverture maladie. Les autres obstacles à l accès aux soins les plus fréquemment cités par les personnes sans logement sont les difficultés financières et la méconnaissance des droits et des structures de prise en charge. Au delà des problèmes de santé, d absence de couverture maladie, la vie dans la rue est un obstacle majeur à l observance des traitements : Comment soigner des plaies quand on dort dans la rue? Comment refaire son pansement quand on est hébergé sur un trottoir? Comment suivre un régime strict quand on est diabétique nourrit au gré des distributions alimentaires? Comment prendre des médicaments aux heures de repas quand il n y a pas de repas réguliers? b. Données recueillies par la mission SDF de Paris auprès des personnes vivant sous les tentes 4 Lors de chaque distribution de tente, les équipes de la mission SDF de Paris ont établi une fiche de suivi, mentionnant le lieu de distribution, le profil et l état de santé de la personne recevant une tente. Cette enquête terrain a permis de recueillir des données auprès de 231 personnes rencontrées lors des «maraudes». > 65 % des personnes vivant sous les tentes ont entre 30 et 50 ans. 7% ont entre 18 à 25 ans et 20% de 31 à 40 ans ont plus de 51 ans. (37%) de 41 à 50 ans (28%) de 51 à 60 ans (15%) de 26 à 30 ans de 18 à 25 ans (8%) (7%) plus de 60 ans (5%) 4 Données issues du rapport de la mission SDF Paris décembre 2006 8
> 30% vivent dans la rue depuis moins d un an et 30% depuis plus de 10 ans. Temps vécu dans la rue : plus de 10 ans 30% moins de 1 an 30% entre 5 ans et 10 ans 21% entre 1 et 5 ans 19% > 48% des personnes rencontrées n avaient pas de droit ouvert à la couverture maladie. > Etat de santé La fiche de suivi permet de suivre l état de santé des personnes rencontrées, et notamment le regard que les personnes elles-mêmes portent sur leur propre santé. Deux questions leur étaient posées : - Avez-vous un problème de santé en ce moment? La moitié des personnes rencontrées a déclaré avoir un problème de santé. Les questions laissées ouvertes 5 ont mis en évidence (avec un taux de réponse de 62%) : - problème d alcool : 21% - problèmes respiratoires, pneumo et asthme : 16% - problèmes dentaires : 12% - dépression : 11% - ORL : 3% - Dermato : 12% - HCV : 5% - HIV : 15% - Toxicomanie : 5% - Si oui, prenez-vous actuellement un traitement pour ce problème de santé? Parmi les personnes ayant déclaré avoir un problème de santé, 37% affirment avoir un traitement, et 63% ont déclaré ne pas se soigner. > Refus des centres d hébergement d urgence : Le jour de l attribution de la tente, les équipes de MdM ont recensé le nombre de personnes ayant appelé le 115 les jours précédents : 10% avaient fait cette démarche : seuls 7% avaient eu une réponse positive, les autres n ont pas réussi à joindre le 115 ou se sont vu opposer un refus par manque de place, impossibilité d être hébergé en couple, impossibilité d accueillir un animal ou encore à cause des horaires de libération du lit. 5 Ce sont des déclarations personnelles et non des diagnostics posés par les médecins 9
84% des personnes rencontrées ont déclaré ne pas avoir recours au 115. La grande majorité estime que le service est trop difficile à joindre, que les horaires ne leur suffisent pas le matin, que la durée de séjour est trop courte. La plupart des personnes qui disaient avoir tenté le 115 auparavant explique que des questions de sécurité, de violence, d hygiène, de refus des animaux et de promiscuité dans les hébergements les retiennent à présent. Parallèlement, 94 % des personnes affirment qu elles quitteraient la rue si on leur proposait une solution décente et durable. Beaucoup souhaitent «posséder un endroit vraiment à soi» ou «avoir un vrai avenir, ce qui n est pas possible quand on dort dans la rue». La majorité invoque ce désir de sortir de la rue car «pas de logement, pas de boulot», ou parce qu «on n a pas de travail sans adresse fixe». Certains sans abri ont aussi évoqué leur envie «de se poser», «d avoir des enfants, ce qui n est pas possible dans la rue». Moins de 6 % ont indiqué ne jamais souhaiter quitter la rue, certains avouant ne pas être capable d imaginer vivre sous un toit («je crois que c est ma vie, dehors»), d autres affirmant avoir établi un réseau amical avec les commerçants environnants Moins d 1% d entre elles étaient inscrites sur les listes de demande de logement social. Le fait de posséder une tente semble être accueilli positivement par les personnes sans-abri : «c est moins anonyme», «je ne suis plus un animal», «c est un abri, c est isolant, je suis protégé du froid», «je peux me changer tranquille», «j ai plus d intimité», «c est pas une vie de dormir dehors, sur du béton», «ça permet d attendre demain tranquillement» Beaucoup ont remercié les bénévoles : «vous palliez le manque de l Etat», «les tentes, c est super» > Le démantèlement des tentes L établissement d une fiche de suivi et sa mise à jour lors des maraudes a permis d évaluer le nombre de tentes disparues et/ou déplacées tout au long de notre mobilisation (qu elle soit une volonté des occupants ou forcée par les pouvoirs publics). Trois bilans étape ont été réalisés pour cette évaluation : en mars 2006, pour évaluer l évolution du nombre de tentes sur l hiver ; en juin 2006, pour évaluer la situation sur le printemps et permettre d avoir des données précises pour démarrer la période estivale, et en décembre 2006, pour évaluer l action sur l automne et donner une photographie précise de la situation un an après le début de l action. - En mars 2006, peu de tentes avaient disparu puisque 19% des tentes suivies avaient disparu ou avaient été déplacées. - Au début de l été (bilan juin 2006), les équipes MDM avaient distribué 293 tentes. 102 avaient été déplacées et/ou avaient disparues (soit 35% des tentes distribuées). - Au début de l hiver 2006, sur les 130 tentes suivies par les équipes (61 de plus avaient disparu sur l été), 49 ont été soit déplacées, soit enlevées (soit environ 40% de tentes disparues). Le suivi sur ces tentes (et le suivi médico-social de leurs occupants) est alors de fait interrompu. 10
c. Témoignages, récits et parcours Les témoignages recueillis sur les différentes missions de MdM révèlent que les sans-abri rencontrent d énormes difficultés pour joindre le 115. Et lorsqu ils parviennent à trouver une place au sein d un hébergement d urgence, ils préfèrent au final retourner à la rue pour éviter des conditions d hébergement qu ils jugent intolérables. A Toulouse : Un peu par hasard, l équipe a rencontré Monsieur B, 46 ans, à la gare. C est son visage tuméfié avec du sang séché qui a attiré leur attention. Ils sont donc allés à sa rencontre en lui proposant de le nettoyer. Un grand sourire les a accueillis. Monsieur B était tombé la veille, pendant une crise d épilepsie. Un jour plus tôt, il avait passé la nuit en garde à vue et avait été relâché mais la chambre d hôtel qu il occupait avait été attribuée à une famille en difficulté. Lorsque Bruno est revenu dans l établissement, ses bagages étaient devant la porte. J ai cherché un hôtel mais tout est complet ici. J ai appelé le 115 toute la journée. On me demandait de rappeler à 17h puis à 20h puis à 21h30! J en ai marre, y a pas de places dans les foyers. Ça sert à rien de faire le 115. Y a jamais de place, qu est ce que je vais faire? Je ne veux pas dormir dehors. Je voudrais m en sortir. Minuit. L équipe appelle à son tour le 115. Pas de places. Ils demandent un duvet. Pas de duvet. Monsieur B commence à paniquer. Il est alcoolique et veut se saoûler en prenant son traitement pour les crises d épilepsie. Comme ça, je me foutrais à la Garonne. Il est à bout. Il souffre aussi d une hépatite. Il a arrêté l usage de drogue. Je voudrais m en sortir mais faut qu on me donne un coup de main. Je suis comme tout le monde... Il est 00h45. La gare va bientôt fermer. Bruno est suicidaire. L équipe appelle le samu. Coûte que coûte, Monsieur B ne dormira pas dehors. Une ambulance arrive. L équipe du Samu est réticente... L infirmière de Médecins du Monde insiste. Bruno dormira ce soir au chaud. Et demain? A Toulouse : Sébastien, 29 ans, rencontré en septembre 2006 «Je suis à la rue depuis 3 mois mais je suis sous tutelle. J'ai dormi dans un foyer hier soir. Je suis reparti dans la nuit à 3h30 du matin. Ça puait là-dedans, y'avait de la merde dans les douches. On a voulu me voler mon jean et mes chaussures. Moi, je suis propre, vous voyez. Je vais à la douche tous les jours. Je me parfume, je mets du gel dans mes cheveux». A Paris : Monsieur M, 56 ans, est sans domicile depuis décembre 2005. Après la perte de son emploi suite à un licenciement et des problèmes familiaux, il doit quitter son domicile, sa femme et ses deux enfants. Il décide d abord d aller dans un centre d hébergement, mais le quitte rapidement à cause des multiples problèmes qu il dit y constater avec les autres occupants : alcoolisme, drogue, violence, vol. Il vit également très mal «le fait de n y être qu un numéro». Monsieur M ne veut pas aller dans des foyers car il refuse d être regroupé avec 200 personnes (il explique qu à la Boulangerie, 250 personnes dorment dans une même salle). Comme son ancien domicile se trouvait dans le XXème arrondissement, il a déposé une demande de logement dans cette mairie. Suivi régulièrement par l ANPE, il se payait jusqu à récemment des nuits d hôtels avec son compte Epargne logement ou son compte courant. C est une fois ses économies dépensées qu il a tenté de vivre dans les foyers puis qu il a fini par leur préférer la rue. A Paris : Monsieur S, 48 ans, est sans domicile depuis la fin 2004. Suite à de multiples problèmes familiaux, il perd le logement qu il partageait avec son père, qui est parti en maison de retraite. Il vit actuellement sous une tente MDM qu il a reçue en février 06. Il essayait régulièrement le 115, mais ne parvenait jamais à obtenir la ligne, ou il n était plus possible de lui attribuer une place. Après la première nuit qu il a pu y passé, il a décidé de ne jamais y retourner : trop de monde, sentiment d insécurité, trop de bruit et difficulté à trouver le sommeil par peur qu on ne lui vole ses affaires. 11
La distribution des tentes à Paris a permis à de nombreux sans-abri d avoir un «chez-soi» et de ressentir un peu de «sécurité» et de «tranquillité» A Paris : Monsieur M, 56 ans, a obtenu une tente MDM depuis août 2006. Selon lui, la tente lui a apporté «une petite liberté», une assurance de sécurité. Il a «son chez-lui», se sent moins exposé et a moins peur des maladies et des agressions. A côté de lui, plusieurs hommes ont regroupé leur tente pour «être plus en sécurité». A Paris : Monsieur C, 53 ans, dort dans la rue depuis un an et demi. Il a quitté la Normandie, où il vivait depuis toujours, après son divorce. Il est alors venu à Paris «pour refaire sa vie». Il n a jamais trouvé d emploi et perçoit le RMI. Il dort sous une tente depuis février 2006. Il explique ne pas souhaiter aller dans les centres d hébergement car il préfère «rester au calme». A Paris : Monsieur J vit sous une tente, à côté de la garde d Austerlitz «Je suis dans la rue depuis le 1 er mai, à cause d'une femme, et à gare d'austerlitz, sous la tente de Médecins du Monde, depuis le 29 juillet. Avant, j'ai passé 4 semaines sur la péniche du cœur et 4 autres semaines sur la péniche du Fleuron, tenue par l'ordre de Malte. Sur les péniches, on est relativement bien accueillis. Au Fleuron, ils acceptent les chiens et il y a de l'ordre et de la discipline. Ce n'est pas comme dans les centres comme la Boulangerie où ils mettent 250 personnes dans un même dortoir. Ensuite, je me suis acheté une tente mais je préfère celle de Médecins du Monde, car elle est plus petite et donc plus chaude. Avec deux bougies à l'intérieur, le soir, il fait chaud. Une rumeur court, comme quoi la police va venir nous expulser. Normalement le préfet doit nous le notifier par écrit, mais bien sûr ici, ils ne vont pas nous prévenir. Que font-ils de l'article de la Constitution qui dit que l'etat s'engage à donner un travail et un foyer à tous ses citoyens?» Parmi les sans-abri, on compte de plus en plus de travailleurs précaires, obligés de dormir à la rue pour des raisons économiques. A Toulouse : Mounir, 25 ans, octobre 2006 "Moi je ne suis pas un SDF, enfin pas vraiment. J'ai été licencié et j'ai passé mon concours de gendarme cet été. Je l'ai réussi. Je dois être incorporé en février 2006. Alors j'ai cherché un appartement mais rien. Quand t'es chômeur... Alors en attendant, j'ai décidé de dormir dans ma voiture sur ce parking. Je ne suis pas le seul. Là-bas, y'a un couple qui dort aussi dans une voiture. Ils viennent de Tarbes car ils ont trouvé un boulot tous les deux mais toujours pas de logement. Ici, on est nombreux à travailler et à ne pas avoir d'appartement". Si certains sans-abri réussissent à accéder à certains soins, ils ne peuvent pas bénéficier d un suivi médical régulier. A Marseille : Monsieur F, un patient de 52 ans, présentant une grave altération de l état général, avec une intoxication alcoolo-tabagique chronique, est amené par les pompiers au service des Urgences pour une pathologie pulmonaire. Un diagnostic d infection bronchopulmonaire est posé. Le patient est déclaré sortant au bout de 2 jours, alors qu il a des droits potentiels à la CMU, avec une lettre adressée à la mission mobile de Médecins du Monde demandant d assumer le suivi médical et de fournir le traitement antibiotique. Aucun contact téléphonique n a été pris par le médecin hospitalier pour s assurer de la possibilité même de ce suivi. A Marseille : Monsieur L, 51 ans, a une suspicion de tuberculose. L équipe l accompagne aux urgences. Une hospitalisation se révèle nécessaire. Il reste longtemps à l hôpital général qui organise son passage en maison de convalescence. De là, il rejoint le domicile de sa sœur où il est hébergé quelques temps. Il retourne pourtant à la rue, car il n arrive pas à aller retirer son Allocation Adulte Handicapé. 12
IV. La rue n est pas un logement! > Sur le terrain - Un certain nombre de personnes à la rue ont effectivement bénéficié, grâce aux tentes, d une protection contre les intempéries protégeant leur vie et leur santé. - Les personnes vivant sous les tentes ont retrouvé une forme d intimité et amélioré sensiblement leur sommeil - La création des liens sociaux : l aide des riverains (vivres, vêtements, et surtout dialogue) a été immédiate et efficace. Certains ont parfois eux-mêmes remplacé les tentes abîmées. Ces liens sociaux se manifestent également entre sans-abri via les petits groupements de tentes, les tables communes, la surveillance des tentes vides par les bénéficiaires d autres tentes > Le «déficit de données» enfin reconnu Cette mobilisation a contribué également à ce que l opinion publique et les pouvoirs publics prennent conscience de l ampleur du problème d hébergement des sans-abri, de l impasse des solutions d urgence mais aussi de la méconnaissance du nombre et de la diversité des profils des personnes à la rue. Suite au rapport de Mme de Fleurieu et du Docteur Chambaud reconnaissant que "le phénomène des tentes met en lumière un accroissement du nombre de personnes sans-abri à Paris, un déficit des données permettant d'en apprécier l'hétérogénéité, la saturation des dispositifs d'hébergement d'urgence s'accompagne de l'inadaptation de certaines des formules proposées en partie des caractéristiques mal connues des populations exclues (âge, handicap, maladies mentales...)» Mme Vautrin a chargé l'observatoire national de la pauvreté et de l exclusion sociale de "recenser les précaires et de préciser leur profil» (23 novembre). Est en partie reconnue l importance d une approche qualitative et non plus seulement quantitative du problème de l hébergement des personnes à la rue et la nécessité de mieux connaître cette population afin d adapter des réponses qui n en sont plus. Si l on ne connaît pas les publics actuellement à la rue, comment adapter les solutions à leurs besoins (en matière médicale, sociale, psychiatrique )? > Quelle «stabilisation»? La distribution de tentes a provoqué la création du concept de «places de stabilisation» ainsi que le renfort des moyens financiers dévolus à la précarité (50 millions d euros sur 3 ans). Le nombre de places de ce type est insuffisant. En effet, seules ont été créées : - 48 places (hommes, couples et femmes seules) à Maison Blanche, gérées par Le Coeur des Haltes - 55 places hommes de plus de 50 ans à Perray Vaucluse, gérées par Emmaüs Paris -50 places, à côté du centre d hébergement d urgence de la Boulangerie, dans le 18 ème arrondissement de Paris, gérées par la SONACOTRA Le nombre de places prévues au niveau national n est pas connu (1 100 places annoncées en Ile de France), ni le calendrier de création, pas plus que le dispositif d accompagnement prévu. Et d ailleurs, comment adapter ou proposer des solutions nouvelles, si on reconnaît ne pas disposer de données fiables sur les personnes et leurs besoins? 13
> Au-delà de Paris, des difficultés nationales Les données recueillies par les missions SDF de MdM dans différentes villes de province montrent que la situation à Paris ne doit pas masquer les difficultés nationales : - A Marseille, la mission SDF constate également l inadéquation des réponses proposées par les dispositifs classiques, notamment sanitaires et sociaux. En effet, aucun service social institutionnel, d accueil ou même d information destiné aux personnes sansabri n existe. Le travail d accueil des personnes sans-abri est donc effectué par des associations de moins en moins nombreuses. De même, l accès aux soins est très peu développé puisqu il n existe pas de consultation de médecine générale gratuite et accessible à tous au sein des hôpitaux marseillais. Sept ans après la Loi de lutte contre les Exclusions, l Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille n a toujours pas mis en place les Permanences d Accès aux Soins de Santé médico-sociales (PASS) permettant un accès effectif ay plateau technique de l hôpital, conformément au dispositif prévu. L accès aux soins spécialisés est tout aussi problématique : il n existe pas de consultation dentaire gratuite pour les personnes sans droits effectifs, ni de consultation psychiatrique. Pourtant, nos équipes constatent que de plus en plus de personnes présentant de graves troubles psychiatriques vivent dans l errance, à la rue. Les pathologies rencontrées et recensées par l équipe de rue de Marseille sont essentiellement la dépendance alcoolique (82%), des cas de dépression caractérisée (45%), de schizophrénie (29%) et de retard mental léger (6%), ce qui correspond à une très nette surreprésentation de la pathologie mentale par rapport à la population générale. Les sans-abri refusent de se rendre dans des centres d hébergement d urgence, souvent inadaptées et indignes. A la Madrague, principal centre d hébergement d urgence qui compte 350 places d hébergement d urgence, on rapporte de nombreux cas de violences, de viols et de promiscuité (5 à 6 personnes par chambre) - A Strasbourg, faute de structures permettant un hébergement adapté et durable, plus de la moitié des personnes rencontrées par l équipe SDF refusent les places d'hébergement d urgence. Elles l expliquent aux équipes : "pour une nuit, il faut transporter toutes les affaires, au risque de perdre sa place dans la rue". Monsieur J.C., par exemple, reste sur son banc "sinon je perds ma place et pour me retrouver dehors à 7 h du matin.". Monsieur C. préfère «rester dehors que d'être au chaud une nuit et le lendemain c'est de nouveau la rue, le froid, la galère " Plusieurs sont atteints de pathologies graves, nécessitant souvent une hospitalisation mais sans solution de suivi à la sortie par manque, là aussi, de structures adaptées telles que lits Halte soins/santé ou de convalescence. - A Toulouse, se posent les mêmes problématiques d inadaptation des structures d hébergement et d accès au logement A Paris, la situation se durcit : il ne reste aujourd hui qu environ 150 tentes, menacées de démantèlement. Une grande partie des occupants ont encore été récemment chassés dans des lieux moins visibles, aux portes de Paris ou sous les ponts C est donc bien sur l ensemble du territoire que la question se pose de l accès au logement et de la relégation d une grande part de la population. 14
C est pourquoi, Médecins du Monde demande : Des réponses au niveau national : les équipes de MdM travaillant auprès des SDF sur le territoire français témoignent quotidiennement du manque de places d hébergement et de l inadaptation de celles-ci. Faut-il que les 16 missions SDF de Médecins du Monde partout en France se mettent à distribuer massivement des tentes pour que le problème soit réellement traité au niveau national? Un suivi des nouvelles places de stabilisation et une information claire et précise auprès des personnes vivant dans la rue, des travailleurs sociaux, et des structures travaillant avec le public SDF afin qu elles sachent comment et où s adresser pour accéder à ces nouveaux dispositifs d hébergement. L organisation d une table ronde réunissant l ensemble des acteurs associatifs, des travailleurs sociaux et de l'etat afin de remettre à plat le système d'hébergement dans sa globalité, élaborer des propositions conjointes et proposer des solutions pragmatiques et efficaces. Le respect des personnes à la rue afin qu elles qui ne soient pas rejetées et forcées de disparaître «hors de vue», loin des centres villes. La création d un droit au logement opposable seul garant d un accès au logement pour tous EN 2007 Dans le cadre de sa mission de surveillance médicale et d accompagnement social, MdM continuera à distribuer des tentes, en fonction de ses capacités opérationnelles et à la demande des sans abris ou des riverains, qui signalent des personnes en situation de détresse dans la rue, faute d hébergement durable et d accès effectif au logement. Médecins du Monde restera vigilant, présent sur le terrain et veillera à ce que les annonces gouvernementales soient suivies d effets. L association s oppose au démantèlement des tentes au leur déplacement «hors de vue», sans que des solutions durables et dignes pour les personnes abritées soient trouvées. Médecins du Monde demande à la Mairie de Paris et au Ministère de l emploi, de la cohésion sociale et du logement de se prononcer sur ces faits. C est pourquoi, Médecins du Monde lance la pétition «D une toile de tente à un toit» pour que chaque citoyen manifeste son soutien auprès des SDF et pour que des solutions durables d habitat leur soient proposées. 15
ANNEXE 1 : TEXTE DE LA PETITION LANCEE PAR MDM EN DECEMBRE 2006 D UNE TOILE DE TENTE A UN TOIT Je soutiens Médecins du Monde pour que soient créées rapidement et en nombre suffisant, des places d hébergements durables et adaptés aux besoins réels des personnes à la rue. Des lieux où les hommes et les femmes sans abri puissent rester aussi longtemps que nécessaire avant d accéder ensuite à un logement, des lieux où elles retrouvent un espace d intimité avec la possibilité d être accueillis en couples ou accompagnées de leur animal. Je refuse que ces personnes soient renvoyées à la rue et à une précarité accrue, faute de la mise en place rapide de ces solutions. Je refuse que les personnes abritées sous les tentes en centre ville soient délogées et reléguées, dans le seul but de masquer le scandale des 100 000 personnes à la rue. Je soutiens donc la demande de Médecins du Monde pour un hébergement durable et un accès à un habitat stable pour les personnes sans abri. Je demande aux autorités administratives et politiques de s engager sur cette question et, avec tous les citoyens et Médecins du Monde, serai vigilant sur le respect des engagements pris. Cette pétition est lancée le 21 décembre, 1 er jour de l hiver, un an après le lancement de la campagne MdM pour un système d hébergement durable et d accès au logement, «A défaut d un toit, une toile de tente» 16
ANNEXE 2 : MEDECINS DU MONDE AUPRES DES PERSONNES A LA RUE L engagement de Médecins du Monde auprès des sans domicile s inscrit dans sa démarche d aller où les autres ne vont pas et de permettre l accès aux soins des personnes les plus marginalisées. Une pratique médicale de proximité Médecins du Monde fait un constat essentiel : pour accéder aux personnes à la rue il est nécessaire de créer des structures de proximité, c est-à-dire des antennes de soins fixes ou mobiles, des équipes de rue, où les usagers peuvent accéder sans exigence préalable, à un accueil, une écoute, à la prévention et aux soins adaptés à leur état, et ce, quelle que soit l étape de leur trajectoire de vie. L objectif de ces structures est «d aller vers», d entrer en contact avec les personnes les plus marginalisées, celles qui n ont ni les moyens, ni les papiers, ni l argent, ni la connaissance, ni la patience, ni la santé de se rendre dans les lieux de soins ordinaires, qui ne savent plus quoi demander, quoi attendre, comment faire, afin de leur proposer des prestations nécessaires, acceptables et adaptées. Les actions mobiles de proximité travaillant auprès des personnes à la rue se mobilisent depuis plus de 12 ans. Que ce soit pour leur apporter un soutien pendant l hiver, aller dans les foyers d hébergement pour les soigner, partir à leur rencontre dans la rue, leur offrir un espace de discussion afin de recueillir leur parole, soulager leurs maux, les accompagner dans l ouverture de leurs droits, les équipes font un travail de lien qui est essentiel entre notre société, qui souvent les ignore, et les institutions, vers qui les SDF sont amenés à retourner pour sortir de la spirale de la précarité. LES MISSIONS SDF DE MEDECINS DU MONDE ANGOULEME Le Bus Ecoute Santé d Angoulême effectue des missions d accueil, d écoute, de dialogue, de soutien psychologique, d information, de prévention et d accompagnement. Ce travail se fait à destination des personnes démunies, notamment auprès des étrangers en situation irrégulière, personnes à la rue, squatters. Un «travailleur de rue» sillonne la ville à la rencontre des personnes et les accompagne vers le bus, où les premiers soins et orientations leur sont proposés. BORDEAUX La mission mobile de Bordeaux se déplace à la rencontre des squatters depuis 1988. L équipe se compose d un médecin, d une infirmière, de deux logisticiens, d un juriste, d un bénévole et d un travailleur social. Outre les petits soins et l orientation vers l hôpital si nécessaire, l équipe distribue duvets, vêtements, divers produits d hygiène. Elle assure aussi un accompagnement pour l accès aux droits et au titre de séjour. Depuis 1992, quatre médecins et deux infirmières interviennent dans un centre d hébergement de nuit pour faire des consultations médicales auprès de personnes sans domicile occupant des lits médicalisés. En 2005, l équipe a réalisé près de 1 000 consultations. Une «halte de nuit» a été mise en place depuis 2 ans. Le premier bilan de cet accueil de nuit alternatif a prouvé son utilité, puisqu elle a notamment permis de recevoir tout type de public en situation de vulnérabilité. Entre le 6 décembre 2004 et le 15 avril 2005, 534 personnes différentes ont été accueillies, dont 492 personnes isolées et 21 couples. Dès sa réouverture au début de l hiver 2005, cette halte affichait complet, preuve s il en est de l utilité de ce type de structures adaptées et à taille humaine. 17
GRENOBLE L équipe médico-sociale fait des actions de prévention et d information auprès du public SDF fréquentant les lieux de distribution de repas. Elle intervient également plusieurs fois par semaine, tout au long de l année, dans le cadre de tournées dans la ville où elle rencontre 20 à 25 personnes à chaque sortie. LE HAVRE La mission organise des tournées dans la rue 2 fois par semaine en lien avec le collectif havrais Solidarité Pauvreté. En 2005, la mission a rencontré en moyenne 25 personnes par nuit. LYON Dans un centre d hébergement accueillant des lits de repos, Médecins du Monde assure les consultations médicales et les soins infirmiers. En 2005, les équipes du bus ont effectuées 121 permanences et enregistré 2 715 passages. Parmis les usagers, 83% sont des hommes. La mission intervient également dans un centre d accueil pour personnes SDF, tenu par l association «la Péniche Accueil». En 2004, plus de 800 consultations médicales et soins infirmiers ont été réalisés auprès de 857 personnes sont 46 femmes. Pour être au plus près des personnes vivant dans la rue, un Bus stationne deux fois par semaine en centre ville. En 2004, 70 permanences ont été effectuées et plus de 530 personnes ont été accueillies par les 33 bénévoles de la mission. Les personnes rencontrées sont des familles migrantes à la rue, des usagers de drogues, des personnes sans domicile : leur point commun est la vie à la rue. MARSEILLE Depuis 2002, la mission va au devant du public SDF. L équipe médicale a rencontré en 2005 plus de 120 personnes dont une grande partie de marginaux, demandeurs d asile, personnes atteintes de pathologies psychiatriques. METZ L équipe MDM qui va dans les centres d hébergement de Metz met l accent sur les risques des maladies contagieuses. Des actions ponctuelles de prévention sont organisées, au cours desquelles les risques de transmission du Vih, hépatite B et C et tuberculose sont exposés. Un dépistage de ces maladies est ensuite proposé. Les 6 bénévoles soulignent aussi l importance du vaccin contre le tétanos. Au cours des 8 séances de prévention qui ont été organisées en 2004, l équipe a rencontré 184 personnes. NANCY L équipe composée de médecins et infirmières intervient dans différents lieux sur la ville, dont une boutique solidarité, l Armée du Salut, les Restos du cœur pour proposer des soins, vaccinations et faire de la prévention auprès du public SDF. L équipe intervient en particulier le dimanche. En 2004, plus de 400 consultations ont été réalisées. NANTES Depuis 2001, l équipe organise des consultations médicales et sociales auprès des personnes SDF fréquentant les Restos du Cœur. Des informations sur le système de soins, l accès à une couverture maladie et des orientations sont proposées aux personnes. L équipe intervient aussi lors de l hospitalisation de SDF pour aider à préparer leur sortie. NICE Depuis 1995, une ambulance Médecins du Monde se déplace et stationne plusieurs fois par semaine dans plusieurs lieux de la ville où d autres associations distribuent de l alimentation auprès des personnes à la rue. 25 médecins, infirmières, chauffeurs, psychologues, assistantes sociales et accompagnatrices ont assuré 1569 consultations médicales en 2005. Une consultation en psychiatrie, a été mise en place depuis 2001 à l accueil de nuit de Nice tous les mercredis soirs. Les trois psychiatres ont ainsi rencontré 94 patients. 18
PARIS A Paris, la mission SDF créée en novembre 1993 accueille des personnes sans abri ou en situation précaire. Celles-ci ont ainsi la possibilité de consulter médecins, infirmières, psychologues et une assistante sociale. Des informations sur le VIH/Sida et MST, la tuberculose, la grippe y sont diffusées. Un bus circule plusieurs soirs par semaine dans les rues de Paris à la rencontre des plus démunis. En 2004, la mission a enregistré plus de 4 800 passages lors de l accueil du soir au lieu fixe et plus de 1 600 au cours des maraudes qu elle effectue tout au long de l année. En décembre 2005, la mission a initié une distribution des tentes igloos pour les personnes refusant de se rendre dans les centres d hébergement. La mission Rave/squats de Paris intervient pour sa part auprès des personnes vivant dans les squats. Mise en place en 2004, la mission développe des actions d information et de mise à disposition de matériel de prévention tout en assurant le lien vers les relais nécessaires tant à MDM qu auprès d autres structures d accès au droit et aux soins. POITIERS A Poitiers, le travail de rue porte principalement sur l accompagnement psychologique. Les 7 bénévoles, dont un psychologue, un infirmier, un médecin et une étudiante en psychologie, abordent avec les patients leur souffrance psychique. La Caravane qui stationne en centre-ville quatre matinées par semaine a reçu cette année 1512 visites, représentant environ 260 personnes. L'équipe propose un "espace d'accueil du négatif". Elle essaye d'être "le lieu de recyclage du désavoué ou de l'impensable" pour constituer une passerelle entre ceux qui sont en marge et les diverses institutions ou associations ou tout simplement pour établir un contact avec eux. STRASBOURG A Strasbourg, des tournées sont organisées plusieurs fois par semaine. Une ambulance, en liaison avec le 115 qui signale les lieux et quartiers où les personnes se trouvent, va à la rencontre des personnes dormant dans la rue. Des vêtements chauds, des couvertures, des duvets, des denrées alimentaires et des boissons chaudes leur sont distribuées. Si la personne le désire, elle est accompagnée vers un foyer d hébergement. Des consultations sociales et médicales sont également proposées. Le nombre de personne rencontrées en 2005 est supérieur aux années précédentes avec 2 053 consultations (1775 en 2004). ST DENIS DE LA REUNION A la Réunion, l équipe travaille depuis 1996 en partenariat avec la «Boutique Solidarité» de la Fondation Abbé Pierre. Des médecins, accueillants et infirmiers assurent des consultations sociales et médicales. La mission organise régulièrement des séances d information sur les thèmes du Vih, des MST, de la tuberculose, de l alcool. TOULOUSE Depuis 1992, un travail de proximité est effectué auprès des populations en errance, en voie de marginalisation et de clochardisation. Conjointement avec le GAF (Groupe Amitié Fraternité, association d anciens SDF) l équipe constituée de 15 bénévoles a effectué quelques 1250 contacts. Les sorties débutent sur les lieux de distribution de repas des Restos du Cœur, avant de se rendre plus tard sur les lieux fréquentés la nuit par les personnes à la rue. L équipe constate une augmentation du nombre de demandeurs d asile (en provenance d Europe de l Est ou du Maghreb) souvent avec leur famille. Comme pour toutes les missions SDF, les pathologies les plus fréquemment rencontrées sont d ordre dermatologique, ostéo-articulaire, traumatologique et psychiatrique. En décembre 2005, un collectif inter associatif, dont fait partie MdM, a ouvert une «halte de nuit» pour accueillir les personnes SDF qui n ont pas trouvé de places d hébergement ou qui ne souhaitent pas y aller. Cette «halte de nuit» est un lieu où la personne peut se poser, se reposer. En rupture avec le modèle classique des centres d hébergement, la «halte de nuit» accueille 19
les personnes alcoolisées, les personnes ayant consommé des produits psychosactifs, les chiens VALENCIENNES L équipe de Valenciennes travaille en partenariat avec l'equipe mobile Rimbaud (l une des rares Permanences d Accès aux Soins de Santé hospitalière mobile en France). Leur mission consiste à rencontrer la population vivant dans la rue, dans les squats et les lieux isolés. Il s agit dans un deuxième temps d établir avec elles un lien de confiance, de leur apporter des solutions d hébergement et de les orienter vers des centres de soins. Par ailleurs, l équipe MDM effectue des consultations sociales et médicales dans les locaux de l accueil de jour de la Fondation Abbé Pierre. 20