Physiopathologie de la douleur

Documents pareils
Fonction de conduction de la moelle épinière. Dr F. TOUMI

1ST2S Biophysiopathologie : Motricité et système nerveux La physiologie neuro-musculaire :

Le sens du goût. Une infinité de saveurs.

La migraine. Foramen ovale perméable. Infarctus cérébral (surtout chez la femme)

A healthy decision LA DOULEUR

CEPHALEES POST-BRECHE DURALE. Post Dural Puncture Headache (PDPH)

La Neurostimulation Transcutanée

Contact SCD Nancy 1 : theses.sante@scd.uhp-nancy.fr

Douleur. et maladies neuromusculaires REPÈRES JANVIER 2012 SAVOIR ET COMPRENDRE

HERNIE DISCALE LOMBAIRE

Les soins des douleurs chroniques dans les TMS Les échecs thérapeutiques

Semaine de la sécurité des patients: novembre 2012

TRAITEMENT DES MAUX DE TÊTE PAR EMDR INTÉGRÉ

HERNIE DISCALE LOMBAIRE

Les mécanismes de la récupération neurologique. PPradat-Diehl DU de Rehabilitation neuropsychologique 2007

o Anxiété o Dépression o Trouble de stress post-traumatique (TSPT) o Autre

FACE A LA DOULEUR QUI PERSISTE

Allégez la charge! Dossier d enseignement: Soulever et porter des charges Exercices de consolidation niveau 2

C EST QUOI LE STRESS?

Le système nerveux entérique ou deuxième cerveau - LE VENTRE -

les DOULEURS INEXPLIQUÉES

Neurologiques gq Centrales EMPR LE NORMANDY GRANVILLE

La migraine : quelle prise de tête!

AMINES BIOGENIQUES. Dopamine/Noradrénaline/Adrénaline (CATECHOLAMINES) Sérotonine/Histamine/Dopamine

Besoin de dormir et de se reposer

Démystifier l évaluation de la fonction neurologique dans la pratique infirmière

Leucémies de l enfant et de l adolescent

Traumatisme crânien ou traumatisme cranio-cérébral Trouble de santé neurologique Aide-mémoire

Comment accompagner et soulager une personne en souffrance? L intérêt de la psychomotricité dans la prise en charge de la

NEUROPATHIES PERIPHERIQUES MIGRAINE ET ALGIES NEUROPATHIES PERIPHERIQUES

DOULEURS NEUROPATHIQUES. André Muller

LE JEU EXCESSIF. Dr Christine Davidson M.Philippe Maso. Décembre 2011

Fonctionnement neural et troubles cognitifs chez le patient bipolaire: preuve ou surinterprétation

Sémiologie : neurologie

Le logiciel EduAnatomist.

Douleur et gestion de la douleur. Renseignez-vous sur les services de soutien et de soins sur

Chapitre 9 TONUS ET MOTRICITE

L abus médicamenteux Critères IHS : 1. La prise médicamenteuse est régulière et dure depuis plus de 3 mois

Comment Ne Plus Souffrir. Du Mal Au Dos


Pseudotumor cerebri. Anatomie Le cerveau et la moelle épinière baignent dans un liquide clair, appelé le liquide céphalo-rachidien (LCR).

Doit on et peut on utiliser un placebo dans la prise en charge de la douleur?

Migraine et Abus de Médicaments

La prise en charge de votre maladie de Parkinson

LES CEPHALEES Un vrai casse tête? Hôpital Erasme Université Libre de Bruxelles

Médicaments contre la douleur Ce que vous devez savoir au sujet des analgésiques opiacés

Amputations partielles traumatiques de la main. Colette Gable - Ergothérapeute CDS - IRR Nancy

Société d étude et de traitement de la douleur. Ministère de la Santé et de la Protection sociale

LE RACHIS : UNE ENTITE COMPLEXE IMPORTANTE A PRESERVER

FONCTION DU POUCE. Pr Gilbert VERSIER Service de chirurgie orthopédique HIA Begin ST-MANDE

MIEUX COMPRENDRE CE QU EST UN ACCIDENT VASCULAIRE CÉRÉBRAL AVC

Solva Thérapie traitement de la douleur, de la mobilité réduite et de la distorsion posturale

Céphalées de tension. Hélène Massiou Hôpital Lariboisière, Paris

testez-vous! Préparez vos partiels en toute sénérité!

Migraine : une maladie qui se soigne

La fibromyalgie Mieux l'évaluer pour mieux la traiter

Examen neurologique de l enfant

Céphalées. 1- Mise au point sur la migraine 2- Quand s inquiéter face à une céphalée. APP du DENAISIS

Reprise de la marche chez le blessé médullaire Etat actuel, nouvelles perspectives

Les différentes maladies du coeur

Déficit moteur et/ou sensitif des membres

L indépendance à chaque pas de la vie. Groupe. Votre meilleur allié. Visitez notre site :

Sport et traumatisme crânien

Dossier thématique de la. Fondation de l'avenir. Chirurgie du futur SOMMAIRE

Dons, prélèvements et greffes

LA LETTRE D INFORMATION

Bulletin. Le mot du président Quel avenir pour les interférons et le Copaxone?

En souvenir du P r Olivier Dizien, décédé le 1 er juillet 2007

CAPACITE DE GERIATRIE

Il est sept heures du matin. Votre réveil sonne, La volonté d agir est-elle libre? Clés comportementales

AGRES Hugues IADE RD LA ROCHE / YON

UNIVERSITÉ DE GENÈVE Antenne santé 4, rue De-Candolle Arrêter, c est possible!

Acupuncture, une approche non médicamenteuse?

Migraine et céphalées de tension: diagnostic différentiel et enjeux thérapeutiques

Conseils pour le traitement des douleurs persistantes

Le patient ouvre les yeux et regarde dans. Les yeux ouverts, mais l esprit absent. Médecine

Test d immunofluorescence (IF)

La douleur est une mauvaise habitude.

Table des matières. Remerciements...v. Préface... vii. Avant-propos... xi. Mode d utilisation du manuel et du DVD... xv

Articulations du coude et de l avant-bras

LE RESSENTI SUBJECTIF DU PATIENT «VESTIBULAIRE» VS L ETUDE DE LA REFLECTIVITE VESTIBULAIRE

Chirurgie articulaire secondaire Pr. Philippe PELISSIER

Don d organes et mort cérébrale. Drs JL Frances & F Hervé Praticiens hospitaliers en réanimation polyvalente Hôpital Laennec, Quimper

Douleurs des mains. Douleurs des mains les plus fréquentes: pertinence, causes, traitements. C.Zenklusen septembre 2013

AMAMI Anaïs 3 C LORDEL Maryne. Les dons de cellules & de tissus.

SOCIETE MEDICALE DES HOPITAUX DE PARIS Association reconnue d utilité publique - FMC n

neurogénétique Structures sensibles du crâne 11/02/10 Classification internationale des céphalées:2004

LES ACCIDENTS DUS A L ELECTRICITE. Comité pédagogique SAP SDIS 43

Aspects juridiques de la transplantation hépatique. Pr. Ass. F. Ait boughima Médecin Légiste CHU Ibn Sina, Rabat

DES : Médecine physique et de réadaptation DIU : Médecine de rééducation Module : MPR et Personnes âgées Garches: 1,2 et 3 avril 2009

PRISE EN CHARGE DES DOULEURS DU POST-PARTUM ET DES DOULEURS POST-CHIRURGICALES MARTINE CORNILLET-BERNARD

La fibromyalgie. La maladie. l Qu est-ce que la fibromyalgie? l Combien de personnes sont atteintes de la maladie? l Qui peut en être atteint?

MON DOS AU QUOTIDIEN COMPRENDRE, ÉVITER ET SOULAGER LE MAL DE DOS

LES DOULEURS LOMBAIRES D R D U F A U R E T - L O M B A R D C A R I N E S E R V I C E R H U M A T O L O G I E, C H U L I M O G E S

LA LOMBALGIE CHRONIQUE : Facteurs de risque, diagnostic, prise en charge thérapeutique

EXEMPLE DE METHODOLOGIE POUR L ELABORATION D UN PROTOCOLE DOULEUR Marie AUBRY Infirmière référente douleur Hôpital TENON AP-HP Paris XX e SOMMAIRE

7- Les Antiépileptiques

Travailleur ou simulateur

Service d Urologie - Hôpital de la Conception - APHM. 2. Service de Gynécologie Obstétrique - Hôpital de la Conception - APHM. 3

Transcription:

Physiopathologie de la douleur Dr Z. ARKOUN Service de réanimation médicale du Pr. M BENALI ABDELLAH CHU de Bab-El-Oued

PLAN I/- Introduction II/- Rappel anatomique III/- Physiopathologie 1/- De la périphérie à la moelle épinière a) Les récepteurs périphériques de la douleur b) Les voies afférentes périphériques 2/- De la moelle épinière au cerveau a) La corne post de la moelle épinière b) Les voies spinales ascendantes 3/- Au niveau du cerveau (projections corticales) a) Cortex somesthésique b) Cortex préfrontal c) Système limbique 4/- Contrôle des messages nociceptifs a) Au niveau spinal b) Au niveau supra-spinal III/- Quelques définitions sémiologiques

Définition : I/- Introduction La douleur : «expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, liée à une lésion tissulaire existante ou potentielle ou décrite en termes d une telle lésion» (international association for the study of pain (IASP)). Cette définition rappelle le caractère multidimensionnel de cette perception complexe. La douleur est donc une expérience subjective et comportementale en réponse à un stimulus nociceptif physique ou psychologique.

Elle peut avoir différentes composantes : a) Sensori-discriminative : liée à la capacité d analyser la nature, la localisation, la durée et l intensité de la stimulation douloureuse. b) Affectivo-émotionnelle : toute douleur s accompagne d un retentissement sur l affectivité et l émotion (angoisse, anxiété, dépression, peur). c) Cognitivo-comportementale : modification du comportement (fuite ), influences culturelles et sociologiques du patient.

- On distingue : Douleur Aiguë et Douleur Chronique. Douleur aiguë Douleur chronique Douleur symptôme Récente et transitoire Réversible sous TRT classique Signal d alarme à une agression de l organisme Utile et protectrice S associe à l anxiété Douleur maladie Durable : > 3 mois - Continue ou paroxystique Aggravation spontanée Lésions évolutives (cancer ) ou définitives (nerveuses ) Inutile et invalidante S associe à la dépression

- Mécanismes de la douleur : 3 types : 1. Excès de nociception : de la stimulation douloureuse (ex : Brûlure, plaie, migraine ) 2. Défaut d inhibition : douleur neuropathique par lésion nerveuse périphérique ou centrale. 3. Psychogène : souffrance morale liée à une psychopathologie ou à la gravité de la maladie.

II/ -Rappel anatomique Cortex S N C Encéphale Moelle épinière Hypothalamus Thalamus Fx spinoréticulaire Fx spinothalamique Ganglion spinal Racine postérieure Corne dorsale NERFS ( SNP) 12 paires.nerfs crâniens 31 paires Nerfs rachidiens

III/- Physiopathologie -1- De la périphérie à la moelle épinière : a) Les nocicepteurs : Récepteurs périphériques de la douleur. Peau, viscères, muscles, articulations et tendons. Tous les organes sont équipés de nocicepteurs à l exception du cerveau (seules les méninges en sont équipées). Ils sont constitués par des terminaisons nerveuses libres, capables d identifier une stimulation nociceptive et de coder le niveau d intensité du stimulus.

Nocicepteur leur stimulation(activation) se fait par action directe (lésion tissulaire) et indirecte (substances algogènes endogènes libérées par le tissu lésé).

Etape cutanée : médiateurs impliqués dans le nociception

b) Les voies afférentes périphériques : Transmission de la sensibilité de la périphérie vers la moelle épinière. 3 groupes de fibres nerveuses contenues dans un nerf sensitif d origine cutanée : Aβ, Aδ, C, mais seules les fibres Aδ et C sont spécifiques de la douleur. Les Aβ véhiculent la sensibilité tactile. Toutes ces fibres passent par le ganglion spinal sur la racine postérieure de la M.E, puis gagnent la corne dorsale spinale.

Aβ Aδ C 3 Groupes de fibres nerveuses dans un nerf d origine cutanée

Différents types de fibres cutanées Type de fibre Caractéristiques Diamètre Vitesse de conduction Fibres Aβ Grosses fibres Myélinisées (5<diamètre <12µm) (30<vitesse <70m/s) Conduction rapide Fibres Aδ Fibres fines Myélinisées Conduction plus lente (1<diamètre <5µm) (4<vitesse <30m/s) Fibres C Fibres fines Non myélinisées Conduction lente (0,3<diamètre<1,5µ m) (0,4<vitesse<2m/s)

Stimulation douloureuse Genèse D une information ou message nociceptif au niveau du nocicepteur Transmission Par des fibres spécifiques (voies afférentes Aδ et C du système nerveux sensoriel Intégration Dans le SNC (M E) + cerveau)

Conduction du message nociceptif

-2-de la moelle épinière au cerveau : a/- corne dorsale spinale : Après leur trajet dans les nerfs périphériques, les fibres afférentes rejoignent le SNC au niveau de la corne postérieure de la M.E. Le relais médullaire se fait alors avec 2 types de neurones : Les neurones nociceptifs spécifiques : (véhiculent les stimuli douloureux) Les neurones nociceptifs non spécifiques (neurones convergents) : stimuli douloureux et non douloureux

A ce niveau les principaux neuromédiateurs de la douleur libérés par les fibres Aδ et C dans l espace synaptique, sont : le glutamate et la substance P. Glutamate : A.A. excitateur puissant. Ses récepteurs sont de type NMDA «N méthyl D aspartate» ou non NMDA. Substance P : c est le neurotransmetteur principal de la douleur. C est un peptide de la classe des tachykinines. Son récepteur spécifique = (NK 1).

b/-les voies spinales ascendantes : Les neurones nociceptifs de la corne dorsale spinale décussent au niveau de la commissure grise ventrale et gagnent le cordon antérolatéral controlatéral de la M.E pour constituer le faisceau spinothalamique (substance blanche). Il emprunte 2 voies : Une voie médiane lente = fx spino-réticulothalamique. Une voie latérale rapide = fx spino-thalamique. Ces faisceaux ascendants conduisent des messages nociceptifs au niveau des différentes aires cérébrales impliquées dans la douleur.

-3- au niveau du cerveau : C est au niveau du cortex cérébral que l organisme prend conscience du caractère douloureux de l information et devient capable de discerner la localisation de la douleur. Les aires corticales de la douleur sont : le cortex somesthésique (pariétal) : Le cortex préfrontal : Reçoivent les axones des neurones thalamiques. Le cortex limbique : (orbito-frontal, cingulaire) : reçoit les neurones à partir de la formation réticulée.

- 4/- Contrôle des messages nociceptifs : Les voies nociceptives afférentes sont en permanence régulées par des systèmes, essentiellement inhibiteurs, au niveau de leurs divers relais centraux (spinaux, bulbaires et thalamiques) : a)- Au niveau spinal : 2 mécanismes de contrôle : 1-La théorie du «gate control» : théorie du contrôle de la porte : Les messages nociceptifs des fibres Aδ et C peuvent être bloqués à leur entrée dans la corne postérieure de la moelle épinière par une action inhibitrice des fibres de gros calibre A et Aβ véhiculant des messages tactiles non nociceptifs.

2-Le système opioïde : Au niveau de la corne dorsale de la moelle épinière, des récepteurs aux endorphines (opiacés) dont l activation entrainerait une inhibition de la corne dorsale. Les endorphines sont des peptides endogènes qui miment l action de la morphine et se fixent sur les récepteurs opiacés.

b)- Au niveau supraspinal: -1-Le contrôle supraspinal s exerce surtout au niveau du tronc cérébral, dont les neurones sont à l origine des voies descendantes inhibitrices qui se projettent sur la corne dorsale de la moelle épinière. -2-Leurs principaux neurotransmetteurs sont : la sérotonine et la norépinephrine dont l augmentation provoque la libération d opioïdes endogènes par les inter neurones inhibiteurs de la corne dorsale. -3-Ces opioïdes + récepteurs spécifiques inhibition de l influx douloureux.

III/ - Quelques définitions sémiologiques -Analgésie = soulagement de la douleur ou absence de douleur en réponse à une stimulation nociceptive. -Allodynie = douleur en réponse à des stimuli non douloureux. -Douleur référée ou projetée = douleur perçue à distance du siège de la lésion responsable. -Hyperalgie = réponse exagérée à une stimulation douloureuse (expl : brûlure). -Paresthésie = sensation anormale spontanée ou provoquée. -Hyperesthésie = diminution du seuil de sensibilité à une stimulation non douloureuse et augmentation des réponses pour cette stimulation. -Nociception = processus sensoriel à l origine du message nerveux qui provoque la douleur.