Microfinance plus: comment lier la microfinance à d autres services pour toucher les plus pauvres?



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Transcription:

Microfinance plus: comment lier la microfinance à d autres services pour toucher les plus pauvres? MCA2 // Microfinance Modérateur Christophe Villa Professeur, Chaire microfinance, Audencia Intervenants Yannick Bézy Responsable, secteur développement économique, Inter Aide Rustam Sengupta Fondateur, Boond Aude de Montesquiou Analyste microfinance, CGAP Résumé analytique La microfinance peut être liée à d autres entreprises à but social afin de décupler leur impact. La Fondation CGAP-Ford nous présente le «modèle de progression» 1 qui vise à contribuer à la réduction de la pauvreté par l autonomisation des personnes pauvres pour apporter des changements dans leur vie. Celui-ci a pour but de comprendre comment les filets de sécurité, la qualité de vie et la microfinance peuvent être organisée pour créer des voies de sortie de l extrême pauvreté en utilisant une méthodologie développée par BRAC 2 au Bangladesh. Inter Aide nous présente un programme de micro-assurance santé mis en place en Inde en 2003 qui vise à l amélioration des qualités de vie au niveau de la santé et de l hygiène en réduisant les coûts des soins de santé. Boond nous présente sa mission qui est de résoudre certains des gros défis mondiaux comme l accès à l électricité, l accès à l eau potable et la lutte antiparasitaire qui affectent les zones reculées du monde. Cette entreprise sociale a une approche orientée vers une entreprise durable tournée vers l innovation. 1 «graduation program» 2 http://www.brac.net/ Improving practices Improving impact Improving investment Convergences 2015 1.

Synthèse Aude de Montesquiou travaille au CGAP 1 pour le «modèle de progression» de la fondation CGAP - Ford. Depuis 2006, le CGAP et la Fondation Ford ont adapté l expérience de BRAC à d autres contextes. Neuf programmes de progression pilotes sont en cours en Éthiopie, en Haïti, au Honduras, en Inde, au Pakistan, au Pérou et au Yémen, et s inscrivent dans les contextes institutionnels, économiques et culturels les plus divers. Les programmes pilotes ont été mis en œuvre au moyen de partenariats formés avec des prestataires de services financiers, des Organisations Non Gouvernementales (ONG) et des programmes publics de protection sociale. Plusieurs de ces programmes pilotes mesurent l effet de l intervention sur la vie des participants à l aide d évaluations d impact randomisées rigoureuses et/ou d études qualitatives. L approche adoptée par le modèle de progression est holistique et intensive, et elle exige un degré important d efforts concertés. La réussite repose essentiellement sur la bonne programmation dans le temps des services de développement, et sur un suivi minutieux et des interactions régulières entre le personnel du programme et les ménages participants. La sélection des participants est cruciale car elle doit garantir que seuls les ménages les plus pauvres sont admis dans le programme. Une première identification peut être effectuée à l aide d une classification des ménages par niveau de richesse effectuée de manière participative au sein de la communauté et par le biais d enquêtes simples auprès des foyers. En outre, il s est avéré nécessaire de prévoir des visites par des cadres du programme afin d éviter la participation de ménages mieux lotis. Par ailleurs, étant donné que le modèle est fondé sur le renforcement des activités économiques, il ne peut recruter que des personnes qui sont capables, physiquement ou mentalement, de gérer une petite entreprise. Une fois que les participants ont été sélectionnés pour le programme, ils reçoivent dans un premier temps un soutien à la consommation sous la forme d une petite somme d argent ou de biens en nature. Ce soutien leur donne la possibilité de «respirer», en stabilisant leur consommation. Il peut être offert dans le cadre d un programme de protection sociale déjà en place. Le fait de discuter du montant et de la durée du soutien avec les participants établit la confiance et les aide à faire des projets pour la période qui suivra l arrêt du soutien. Une fois que la consommation alimentaire des participants a atteint un équilibre, ils sont encouragés à épargner, en général dans un compte individuel ouvert auprès d une institution de microfinance (IMF). Non seulement cette approche permet d accumuler un patrimoine, mais l épargne régulière inculque une discipline financière et familiarise les participants potentiels avec l IMF. La plupart des sites pilotes ont ressenti le besoin de former les participants à la gestion de trésorerie et à la gestion financière. Les participants reçoivent en outre une formation qui doit les aider à s occuper de leurs actifs et à gérer une activité génératrice de revenus. Même rudimentaire, une telle formation est essentielle pour la réussite des petites entreprises. Cette 1 Toute la partie concernant le «modèle de progression» du CGAP est tirée du document suivant: «Créer des mécanismes de sortie de la pauvreté pour les plus démunis : premières leçons sur les modèles associant filet de sécurité et développement d activités», note du CGAP rédigé par Mayada El-Zoghbi et Aude de Montesquiou, avec la contribution de Syed Hashemi, décembre 2009. formation comprend également des informations sur les sources d assistance et les services disponibles (services vétérinaires par exemple). Quelques mois après le début du programme, chaque participant bénéficie d un transfert d actif subventionné, ce qui lui permet de démarrer une activité économique. Pour identifier des options de subsistance pérennes dans des filières capables d absorber de nouveaux venus sur le marché, il faut commencer par analyser minutieusement les services d appui et les infrastructures de marché. Une fois que plusieurs options ont été identifiées, le participant fait son choix dans une gamme d actifs, en fonction de ses préférences et de son expérience. Si l on veut réduire les risques, les ménages doivent entreprendre plusieurs activités ; il convient d associer des actifs à court terme à des actifs à long terme. Si l actif choisi est du bétail, ce dernier doit être autant que possible résistant aux maladies et facile à soigner. La partie cruciale du modèle est celle du suivi régulier et de l encadrement des participants par un personnel dédié. En général, les personnes indigentes manquent de confiance en elles-mêmes et ne possèdent aucun capital social. La formation renforce les compétences et la confiance, mais elle ne suffit pas à stimuler la confiance en soi. Les visites hebdomadaires du personnel du programme dans les ménages participants ont un but de suivi mais leur objectif principal est bien plus de «coacher» les participants tout au long des 18 à 24 mois du programme. Pendant ces réunions, le personnel aide les participants à planifier leur activité professionnelle et à gérer leur argent, tout en offrant soutien social et services de soins et de prévention sanitaire. Dans plusieurs cas, il s est révélé essentiel d associer au programme un prestataire de soins de santé, qu il s agisse d une structure publique ou d options offertes par des organisations non gouvernementales. Le soutien et la solidarité fournis par le biais de réunions de groupe et par la participation à des groupes d entraide contribuent également à renforcer la confiance. Plusieurs programmes pilotes ont créé des «comités d assistance villageoise» : ils comprennent habituellement des personnalités locales, telles que des membres du clergé, des enseignants ou des anciens du village. Ces comités soutiennent les participants pendant le programme et peuvent poursuivre leur appui après la fin du programme. Les neuf programmes pilotes étudiés par le CGAP et la Fondation Ford en sont à des stades différents : quatre d entre eux ont achevé le cycle de progression tandis que les cinq autres sont en cours de mise en oeuvre. Dans le cas de Fonkoze (Haïti), 143 participants sur 150 ont atteint l objectif de progression. La majorité des participants qui n ont pas achevé le cycle vivait dans une zone bénéficiant d interventions humanitaires postérieures à un cyclone, et Fonkoze a décidé de ne pas étendre ses opérations dans cette région. À Bandhan (Bengale occidental), la proportion de participants atteignant les objectifs du programme s élève à 97 %, et l organisation a déjà commencé à s étendre dans des zones urbaines aussi bien que rurales. À Trickle Up, toujours dans le Bengale occidental, en dépit des obstacles majeurs rencontrés par les participants au début du projet, dont la grippe aviaire 2. Convergences 2015 Améliorer les pratiques Améliorer l impact Améliorer les investissements

et d autres maladies, des inondations et un puissant cyclone, 258 des 300 participants au programme pilote avaient atteint l objectif de progression en octobre 2009. Chacun d entre eux avait pu se doter d actifs à hauteur de 150 USD, constituer une épargne de plus de 20 USD et pouvait compter sur des sources de revenus diversifiées. Dans l État d Andhra Pradesh, le programme SKS prend en charge les participants par groupes successifs : 360 participants sur 426 avaient atteint leur objectif en octobre 2009. SKS prévoit qu après le départ du quatrième groupe, le taux de réussite (graduation) atteindra 97 %. Il reste à déterminer si le modèle de progression produit un effet à long terme sur la pauvreté ou si les participants retombent dans leur état initial après l arrêt du soutien. L étude d impact entreprise par le CGAP et la Fondation Ford va continuer à suivre participant aux programmes pilotes. Yannick Bézy a travaillé pour la mise en œuvre de programmes de développement à différentes échelles d implication (la microfinance sociale grâce aux formations, à l épargne, au développement de la famille, à des formations professionnelles et de placement, à la mutuelle santé, etc.). Ici il se concentre sur la micro-assurance. L origine de l activité provient de l idée que dans les zones urbaines, les problèmes d hospitalisation et de santé ont été les principales causes d échec des micro-entrepreneurs dans les programmes de microfinance. Cela représente entre 30 et 40% des cas où les gens sont retournés à un état de pauvreté. Tous les efforts consentis par la population ont ensuite été ruiné. La question était donc de créer une micro-assurance adaptée aux personnes pauvres. Yannick Bézy se concentre sur le cas de l Inde, où Inter Aide a mis en œuvre un programme de micro-assurance santé en 2003. Les problèmes de santé des habitants des bidonvilles sont liés à des problèmes d argent, de qualité de vie et au manque d information. 1. En l absence d un système de sécurité sociale, les individus ont besoin de financer leurs frais médicaux. Quand ils sont hospitalisés, le gouffre financier est dû aux dépenses médicales et à la perte du salaire journalier. Par conséquent, cela aggrave la pauvreté. 2. L accès aux services de santé de qualité est difficile. Les frais de médicaments et de médecins sont élevés. En Inde, de nombreux médecins ont des qualifications peu élevées et l accès aux médicaments est difficile. On constate notamment que 40% des médicaments sont contrefaits. Enfin, Il y a globalement un manque d éducation sur la santé. 3. Les individus frappés par la pauvreté ne sont pas informés des services vers lesquels ils peuvent se tourner pour répondre à leurs besoins (produits à prix abordable, orientation, gestion locale ) Par ailleurs, de manière connexe le manque d hygiène dans certaines zones du pays et les croyances superstitieuses sont des facteurs aggravants des problèmes de santé. Le programme lancé par Inter Aide est un programme de fonds de mutuelle santé. L objectif est de réduire le coût des services de santé. Ce fonds paye 80% des coûts d hospitalisation (jusqu à 15 000 roupies par an). L accès aux soins de qualité est donné à travers un réseau de 200 praticiens de la santé. Des campagnes de santé sont aussi effectuées dans les bidonvilles. Des conseils sont donnés pour un accès accru aux hôpitaux et autres services de santé. Le programme est géré par des gens de la communauté qui se réunissent tous les mois. Le produit proposé à la population est de 100 roupies par an et par membre. Il est obligatoire pour les personnes sollicitant des prêts. En 2010, il y avait 100 000 membres et 100 000 euros ont été remboursés. Les membres bénéficient également de services de soins de santé gratuits et se familiarisent avec les réseaux hospitaliers qui offrent des réductions sur les coûts de santé. En 2010, l ensemble des membres a pu économiser plus de 100 000 euros sur les dépenses de santé. Un modèle similaire est actuellement mis en œuvre à Madagascar. A son tour, Rustam Sengupta présente les activités de sa fondation. Boond Improving practices Improving impact Improving investment Convergences 2015 3.

est le nom d une petite entreprise sociale en Inde qui cible les populations les plus frappées par la pauvreté. En hindi, ce nom signifie «goutte d eau». Près de 25% de la population (soit 300 millions de personnes) indienne, vit avec peu ou pas d électricité. D où vient donc la croissance économique de 9% par an<? Boond essaie de regarder les défis auxquels sont confrontés les villages: l électricité, l eau potable, le stockage de nourriture, l assainissement, l assurance maladie, la peste /la lutte contre les maladies etc. base quotidienne. Ces paiements s effectue au cours au de l année. L activité est subventionnée par les grandes entreprises, les IMF et les financements privés. C est un modèle de microfinance 2.0. Les solutions existent mais il faut pouvoir y accéder. Les centres de développement Boond proposent des produits simples à prix abordable grâce à un financement à faible coût et le service de soutien allant avec ces produits. Boond fournit les produits et la formation pour permettre aux microentrepreneurs de les vendre. Rapporteur officiel : Claire Alambik, BNPParibas Les kits de développement Boond sont également vendus. Ils comprennent une moustiquaire, une lampe et un panneau solaire. Dans les cas d extrême pauvreté, 30 roupies sont donnés sur une 4. Convergences 2015 Améliorer les pratiques Améliorer l impact Améliorer les investissements

Questions: Pourrions-nous avoir plus de détails sur la viabilité financière du programme du BRAC? Aude de Montesquiou: Le coût du programme du BRAC est de 150 dollars par participant. Pour le programme du CGAP, il est compris entre 200 et 1480 dollars pour 18 mois à 2 ans. Pour l avenir, ils espèrent atteindre des économies d échelle. Ce programme reste une solution coûteuse car il est intensif et est adapté pour seulement 10% de la population. Une analyse coût-bénéfice aura lieu en 2013. Comment est formé votre personnel? Rustam Sengupta: Ce sont les personnes qui ont une vision et un lien très fort avec l endroit qui sont engagés. Celles-ci sont formées sur place et apprennent aussi des compétences de base. Les micro-entrepreneurs doivent-ils emprunter? La fondation Boond donne le premier prêt. Ils commencent avec un investissement de 800 euros. Pendant trois mois, la société paie pour le loyer, ensuite le micro-entrepreneur parvient à récupérer les coûts. A partir de ce moment là et c est un partenariat 20-80%. Ils sont propriétaires, le gérant détient plus de part que les personnes qui travaillent pour lui. Les micro-entrepreneurs appuient la surveillance et fournissent des suivis. Les subventions viennent-elles des bailleurs de fonds? Boond est un modèle hybride : il est une fondation sans subventions officielles et son rôle en tant qu entreprise sociale est secondaire. Qu avez-vous appris de depuis que vous avez commencé? Yannick Bézy : L orientation, le suivi et la vérification sont très importants afin de donner une meilleure information à la population et améliorer l accès aux services de soins de santé. Rustam Sengupta: Les clients et les consommateurs sont différents. Les gens peuvent être pauvres, mais ils ne sont pas stupides. Ils ont besoin de produits à véritable valeur ajoutée. Improving practices Improving impact Improving investment Convergences 2015 5.