E02 E02 Évaluation et prévention de la maladie thromboembolique veineuse. I n t r o d u c t i o n L évaluation du risque thromboembolique veineux doit être systématique pour tout patient, hospitalisé ou à domicile, médical ou chirurgical. Elle doit aboutir à la décision de mettre en route, ou non, une prophylaxie de la maladie veineuse thromboembolique, en tenant compte aussi du risque hémorragique. Le clinicien doit alors répondre à plusieurs questions : quels moyens utiliser? pour quelle durée? Si les facteurs de risque veineux thromboemboliques transitoires (situation à laquelle est confronté le patient, cf T ) et permanents (propres au patient, cf T2) sont actuellement relativement bien identifiés, leur association pour classer le patient en fonction du degré de risque reste difficile, voire empirique. T Facteurs étiologiques de la maladie thromboembolique veineuse a Facteurs transitoires (situations à risque) Chirurgie : Orthopédie Arthroscopie du genou Abdominale lourde Neurochirurgie Traumatologie : Fractures, contusions, entorses Obstétrique: Immobilisation : Grossesse Accouchement Césarienne Postpartum Avortement Alitement Paralysie Immobilisation plâtrée Voyages
E02 2 T2 Facteurs étiologiques de la maladie thromboembolique veineuse b Facteurs permanents (liés au sujet) Age : risqué progressivement croissant Thrombophilies constitutionnelles : Déficits en antithrombine, protéine C et protéine S Mutation Leiden du facteur V Mutation 2020 du gène de la prothrombine Élévation facteur VIII coagulant Hyperhomocystéinémie Antécédent familial de MTE Thrombophilies acquises : Syndrome des antiphospholipides Syndrome néphrotique Antécédent personnel de MTE Cancers et leucémies, syndromes myéloprolifératifs, dysglobulinémies Maladies inflammatoires : Infections chroniques Entéropathies inflammatoires Behçet Lupus Buerger Médicaments : Œstroprogestatifs Syndrome d hyperstimulation ovarienne Traitement hormonal substitutif de la ménopause Nolvadex Chimiothérapies Maladies cardiovasculaires : Infarctus du myocarde Insuffisance cardiaque Cœur pulmonaire chronique Artériopathie décompensée Moignon d amputation Insuffisance veineuse chronique Compression veineuse: Syndrome de Cockett Syndrome du soléaire Obésité (IMC > 30)
E02 3 T3 Risque thromboembolique veineux chez les patients chirurgicaux sans prophylaxie Niveau de risque TVP distales TVP EP proximales cliniques EP fatales Faible risque Chirurgie mineure et patients < 40 ans sans autre FR Risque modéré Chirurgie mineure avec autre FR Chirurgie nonmajeure et patients de 4060 ans sans autre FR Chirurgie majeure et patients < 40 ans sans autre FR Risque élevé Chirurgie nonmajeure et patients de plus de 60 ans ou avec autre FR Risque très élevé Chirurgie majeure et patients > 40 ans avec antécédents de MTEV. Cancer ou thrombophilie biologique. Prothèse totale de hanche ou du genou. Fracture de hanche, traumatisme majeur, traumatisme médulaire 2% 0,4% 0,2% 0,002 % 0 à 20% 2 à 4% à 2% 0, à 0,4% 20 à 40 % 4 à 8% 2 à 4% 0,4 à % 40 à 80 % 0 à 20 % 4 à 0 % 0,2 à 5% T4 TVP observées dans les séries contrôles des études de prophylaxie chez des patients médicaux Patients hospitalisés pour TVP observées (phlébographie) Intervalle de confiance 95 % Infarctus du myocarde 24 % 8 à 30% Accident vasculaire cérébral constitué 55 % 49 à 60% Autres situations médicales aiguës 6 % 3 à 9 % 2. P r é v e n t i o n e n m é d e c i n e L étude MEDENOX en 999 a permis de préciser les situations à risque. L enoxaparine (Lovenox 40 mg une fois par jour), a obtenu l AMM pour prévenir la MTE dans l insuffisance cardiaque congestive, l insuffisance respiratoire aiguë et dans des
E02 4 pathologies aiguës infectieuses, rhumatismales ou inflammatoires digestives associées à un facteur de risque intrinsèque. Il s agissait d une population à risque modéré. Les facteurs intrinsèques pris en compte dans MEDENOX comprenaient l âge (> 75 ans), un cancer, un antécédent thromboembolique veineux, l obésité, les varices, un traitement hormonal (en dehors des traitements substitutifs de la ménopause), l insuffisance cardiaque ou respiratoire chronique. 3. P r é v e n t i o n e n m i l i e u c h i r u r g i c a l C est le milieu où les études sont les plus nombreuses et les recommandations les mieux codifiées en fonction du type d intervention (cf chap E04, T4 et T5). T5 Schéma d administration en chirurgie à risque thromboembolique modéré Posologie/24 h Clivarine 432 UI antixa Fragmine 2500 UI antixa Fraxiparine 2850 UI antixa Innohep 2500 UI antixa* * Lovenox si le patient est à risque 2000 élevé: UI antixa 3500 Délai entre injection préopératoire et chirurgie 2 à 4 h Nombre d injections/24 h T6 Schéma d administration en chirurgie à risque thromboembolique élevé Posologie/24 h Délai entre injection Nombre d injections/ h Clivarine 3 436 UI antixa Fragmine 5 000 UI antixa (demidose) ou Fraxiparine 38 UI antixa/kg puis 57 UI/kg à J4 Innohep 4 500 UI antixa Lovenox 4 000 UI antixa 4 h (demidose) ou
E02 5 4. M o y e n s p h y s i q u e s d e p r é v e n t i o n Les moyens physiques, non pharmacologiques, sont représentés par la compression pneumatique intermittente, les bas de contention dits "antithromboses", la mobilisation passive et active dès que possible (mobilisation et déambulation précoces) ainsi que la kinésithérapie respiratoire. Ils sont les seuls moyens utilisables en cas de risque hémorragique important. Alors que leur efficacité est largement démontrée, il est regrettable qu'ils ne soient pas plus souvent appliqués soit comme seul moyen prophylactique en cas de risque faible, soit en complément des antithrombotiques en cas de risque modéré ou fort. La contention élastique correctement utilisée est démontrée non seulement efficace mais également réductrice de coût. Il est aussi démontré que la réduction du risque thromboembolique est plus importante avec l'association contention et traitement antithrombotique qu'avec la seule prophylaxie antithrombotique. 5. Q u e s t i o n s n o n r é s o l u e s La durée de la prophylaxie: elle doit bien entendu couvrir la période d hospitalisation ou d immobilisation mais il est recommandé, tout au moins en postchirurgical lourd, de maintenir la prophylaxie six semaines. La question reste entière pour les patients médicaux. Les autres moyens : les AVK peuvent être utilisés dans la prévention au long cours (chambre implantable chez le cancéreux) voire en chirurgie orthopédique. L aspirine ne peut actuellement être préconisée.
E02 6 6. S u r v e i l l a n c e Tout traitement héparinique nécessite une surveillance des plaquettes au moins deux fois par semaine. Les recommandations récentes de l Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé n autorisent plus l utilisation des HBPM en traitement préventif dans l insuffisance rénale sévère (clairance de la créatinine < 30 ml/min calculée par la formule de Cockcroft) et mettent en garde sur le risque hémorragique inhérent à certaines situations (sujet âgé, insuffisant rénal, traitement prolongé audelà de 0 jours, nonrespect des modalités thérapeutiques conseillées).