ÉLEMENTS DE PSYCHOPATHOLOGIE LES MECANISMES DE DEFENSE

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Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. ÉLEMENTS DE PSYCHOPATHOLOGIE LES MECANISMES DE DEFENSE Olivier Grondin Maître de Conférences Laboratoire de psychologie clinique et psychopathologie, JE 2358 Département de Psychologie Université Victor Segalen Bordeaux2 1

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. Introduction A différents moments de la rencontre avec une personne, la pratique clinique (qu il s agisse d un bilan psychologique ou bien une prise en charge psychothérapeutique) conduit souvent à évaluer les «ressources» à disposition du sujet pour faire face à différents types de contraintes qu elles soient externes (e.g. stress) ou internes (e.g. conflits). L évaluation clinique de ces ressources peut prendre plusieurs formes en fonction des méthodes utilisées. Ainsi, lors d un bilan psychologique différents outils (questionnaires, tests, tests projectifs) permettront d apprécier les ressources que sera susceptible de mobiliser une personne face à ces contraintes externes ou internes. Des échelles ou encore des entretiens structurés permettront d apprécier les modalités du fonctionnement défensif lors de séances psychothérapeutiques. Ces ressources sont généralement décrites en terme de processus mentaux qui sous-tendent l ajustement à des contraintes négatives ou qui entraînent des changements importants dans la vie d une personne (un évènement de vie peut générer du stress parce qu il est en soit négatif mais aussi quand il revêt une importance particulière pour une personne). L ajustement optimal ne consiste pas seulement à passer une épreuve avec succès mais il peut être décrit selon deux axes particuliers. Le premier concerne la capacité à surmonter ou non une épreuve contraignante (réussite ou échec face à à l issue d une expérience). Le deuxième correspond à la capacité de se protéger lors d une épreuve contraignante (les mécanismes de défense agissent comme une protection pour la stabilité de l activité psychique). Ces processus mentaux sont généralement décrits comme des mécanismes de défense ou des stratégies de coping. L opposition de ces deux termes a longtemps reposé sur la dichotomie processus conscients (coping) versus processus inconscients (mécanismes de défense). A l heure actuelle les données de la littérature dans ce domaine ne soutiennent pas cette dichotomie et les mécanismes de défense aussi bien que les stratégies de coping pourraient être plus ou moins inconscients. Nous le verrons plus loin, la distinction coping défense doit tenir compte de qualités plus fines de ces deux types de processus, notamment du niveau adaptatif et de la capacité d émergence à la conscience. Les mécanismes de défense (et nous pouvons y rajouter les stratégies de coping) servent de support à ces deux modes d adaptation. L adaptation réussie peut dès lors être vue comme la possibilité de faire face avec succès à un évènement ou une expérience particulière. Mais une adaptation réussie peut aussi être vue comme la possibilité de sortir d une situation périlleuse en minimisant les conséquences négatives pour le fonctionnement psychique. Dès l origine, Freud décrit les mécanismes de défense comme le support d une fonction essentielle au psychisme : la fonction défensive qui concerne tous les individus. En effet, toute personne doit pouvoir s ajuster efficacement aux situations nouvelles, ou aux sources de tensions externes et internes. La pratique clinique montre que nous utilisons tous des mécanismes de défense de niveau adaptatif très variés. Certains individus utilisant préférentiellement des mécanismes de mauvaise qualité, comme le passage à l acte ou la somatisation ou encore l évitement. D autres utilisant en général des mécanismes de défense de meilleure qualité comme l humour et l anticipation (non anxieuse). Un même individu selon les moments de son histoire et les évènements auxquels il est confronté alors qu il fonctionne sur un mode relativement adapté et souple utilisera des mécanismes de défense de mauvaises qualité (par exemple la prévalence importante du passage à l acte à une période comme l adolescence chez des individus présentant un fonctionnement de bonne qualité). Ces exemples montrent encore que l utilisation d un mécanisme de défense prend un sens particulier dans l histoire d une personne et dans le contexte actuel auquel il est confronté. Ainsi des défenses de mauvaises qualité peuvent être extrêmement protectrices dans des situations à forts potentiels traumatiques (retrait dans la rêverie chez des personnes détenues dans de camps, projection massive chez des soldats en temps de guerre ). La notion de qualité des mécanismes de défense reposera donc sur deux aspects : son efficacité en terme de réussite ou d échec dans une situation donnée et aussi sa capacité à minimiser les conséquences négatives sur le fonctionnement psychique en maintenant stable l activité psychique d une personne. Dans la pratique clinique, la simple description des mécanismes de défense et de la fonction défensive aura bien moins d utilité en soi car l aspect descriptif ne sera pas l intérêt unique de l évaluation clinique. L étude de la fonction défensive et des mécanismes de défense aura toujours pour objectif de nous renseigner sur le fonctionnement du sujet en des termes plus dynamiques. Les questions intéressantes seront alors de savoir quels sont les types de situations ou de contraintes (internes ou externes) qui peuvent mettre en difficulté l équilibre du fonctionnement psychique d une personne? Qu elle est la qualité relative des mécanismes de défense employée par la personne? Est-ce que la personne présente d éventuelles vulnérabilités du fait d un registre défensif rigide ou restreint? Est-ce que l activité défensive est organisée selon les meilleures modalités étant donné le contexte dans lequel le sujet évolue, ses projets ou encore les contraintes qui pèsent sur lui? Est-ce que des conflits internes viennent fragiliser l activité psychique en favorisant l emploi de mécanismes de défense de mauvaise qualité? D emblée il convient de se demander contre quoi une personne peut bien se défendre? Il s agit 2

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. alors de préciser l objet de la défense. Une autre étape consistera à se demander pourquoi la personne met en place des conduites défensives qui parfois ne sont pas de qualité optimale (du point de vue de la réalité environnementale ou bien des intérêts propres de la personne)? Ce sera alors la question du sens de la conduite défensive. Deux intérêts cliniques parmi d autres sont à souligner : 1) Identifier des situations qui révèleront des difficultés de fonctionnement à travers des mécanismes de défense de mauvaise qualité, 2) Comprendre l ancrage de ces mécanismes de mauvaise qualité dans l organisation globale de la personnalité pour éventuellement les modifier ou travailler un changement (aspect psychothérapeutique). Les mécanismes de défense ont depuis longtemps fait l objet de développements théoriques et il est intéressant de noter qu ils ont maintenant intégrés le champ des recherches empiriques. Nous disposons donc aujourd hui d éléments de discussion au sujet de leurs définitions, de leurs pertinences ainsi que de la validité des méthodes d évaluation qui se sont développés. Cette tendance a notamment permis de discuter de la pertinence des mesures des mécanismes de défense par les tests et notamment les tests projectifs mais aussi de poser la question de l articulation possible entre mécanismes de défense et coping. Avant de développer plus en détail les données actuelles des recherches sur les mécanismes de défense, nous aborderons les notions théoriques qui permettent de cerner le contexte dans lequel cette notion s est développée. Deux systèmes de classification des défenses seront abordés : l échelle de fonctionnement défensif du DSM-IV et les Échelles d évaluation des mécanismes de défense. Ces deux systèmes de classifications permettront de développer les mécanismes de défense les plus fréquemment décrits et étudiés et aussi d en proposer des définitions opérationnelles précises. Nous développerons de façon spécifique les défenses matures du niveau adaptatif élevé. La dernière partie fera une synthèse de certaines questions actuelles de recherche sur les mécanismes de défense et tentera d en cerner les limites conceptuelles. I. Mécanismes de défense dans le contexte métapsychologique. Les mécanismes de défense prennent source dans la métapsychologie freudienne et ils ont été théorisés comme «le support» d une fonction psychique primordiale : la fonction défensive. Cette notion de défense a été vulgarisé et il est fréquent de dire qu une personne «est sur la défensive» ou encore d employer le mot défensif pour qualifier une personne qui est sur la réserve ou bien qui fait preuve de résistance. S agit-il réellement du produit de l activité défensive? Pour avancer dans ce questionnement il convient de cerner tous les enjeux de l activité défensive pour le fonctionnement psychologique d un individu. La fonction défensive prend source dans les développements théoriques de Freud concernant la métapsychologie. Cet ensemble théorique repose sur de nombreuses hypothèses qui, pour un(e) psychologue clinicien(ne), sont heuristiques pour décrire, comprendre et intervenir auprès de personnes en difficultés. Certaines de ces hypothèses sont passées en revue dans les paragraphes suivants. Quatre points de vue fondamentaux : Le point de vue topique fait l hypothèse d une différenciation de l appareil psychique en un certain nombre de systèmes doués de caractéristiques spécifiques et organisés selon un ordre. Cette idée permet d envisager une image de l appareil psychique constitué de lieux que l on peut figurer spatialement. Le point de vue économique repose sur l hypothèse selon laquelle les processus psychiques consistent en la circulation et la répartition d une énergie quantifiable (énergie pulsionnelle), c'est-àdire susceptible d augmentation, de diminution, d équivalences. Le point de vue dynamique consiste à faire l hypothèse que certains phénomènes psychiques peuvent être la résultante de conflits et d une composition de forces exerçant une certaine poussée, celle-ci étant en dernier ressort d origine pulsionnelle. Un quatrième point de vue, parfois oublié consiste à se faire l hypothèse du développement de la personnalité comme une succession de stades au cours desquels l appareil psychique se différencie et gagne en maturité. C est le point de vue développemental. D après ces points de vue et de façon résumée, nous passons tous par différents stades avec le même ordre de succession pour tous les individus, ces différents stades de développement nous permettent de développer un appareil psychique organisé en différentes zones ou lieux. Selon leurs caractéristiques propres, ces lieux vont être la source de certaines quantités d énergie psychique qui peuvent être investies en parallèle ou au contraire venir s opposer et créer des conflits. Les mécanismes de défense : de la première à la deuxième topique Dans la première topique que nous pouvons décrire comme la première configuration des espaces psychiques, ces mécanismes de défenses sont localisées dans une instance spécifique : l inconscient. Or, Freud s aperçoit que les mécanismes de défense n ont pas pour fonction unique d empêcher pulsions et affects de s échapper de l inconscient, ils ont aussi une visée adaptative. La fonction des mécanismes de défenses est aussi de maintenir l intégrité du fonctionnement 3

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. psychique et de plus, ces mécanismes peuvent accéder à la conscience sans intervention thérapeutique particulière. Afin de nuancer sa description du fonctionnement psychique Freud décidera de ne plus décrire les espaces psychiques d après le continuum inconscient --- conscient, et il proposera une deuxième topique (1920) qui met en avant des buts spécifiques à chaque instance, chacune de ces instances ayant une part d inconscient et de conscience plus ou moins variable mais surtout des fonctions générales mieux définies. La deuxième topique articulera alors trois instances le ça, le moi et le surmoi. Dans cette deuxième topique les fonctions défensives sont attribuées au moi, en particulier à la partie inconsciente du fonctionnement du moi. Description du moi selon les points de vue topique, économique et dynamique. Laplanche et Pontalis définissent le Moi selon les trois points de vue fondamentaux (1). Dans une perspective topique, le moi est dépendant des exigences du surmoi et des revendications du ça. C est un médiateur garant de l intégrité de la personne. Dans une perspective dynamique, le moi représente le pôle défensif de la personnalité typique des conflits névrotiques dans lesquels il met en place une série de mécanismes de défense en réponse à la perception d une angoisse. D un point de vue économique, le moi apparaît comme un facteur de liaison des processus psychiques. Son rôle est de permettre l investissement des quantités d énergie qui circulent. L activité de liaison des processus psychiques permet en particulier d assurer l association entre des quantités d affects et des représentations. En l occurrence, un moi qui met en avant sa fonction défensive révèle des difficultés d investissement de l énergie psychique. Les mécanismes de défense s ils sont trop rigides ou peu élaborées vont être mis en jeu de façon systématique dans des situations qui deviendront symptomatiques d une fragilité de l appareil psychique. Défense et mécanismes de défense. L approche métapsychologique précise non seulement le contexte dans lequel opère les mécanismes de défense mais apporte une nuance intéressante en distinguant la fonction défensive de son support : les mécanismes de défense. La défense est la fonction qui viserait à réduire, voire supprimer toute variation susceptible de mettre en danger l intégrité et la stabilité de l individu bio-psychologique. Ce terme renvoyant à l aspect physiologique des pulsions, mais aussi de l angoisse qui a une forte valence corporelle. Les objets de la fonction défensive sont variés. Ils peuvent représentés les excitations internes (pulsions) ou encore de façon plus spécifique les représentations mentales auxquelles elles sont liées. La défense porte aussi sur les situations déplaisantes qui sont à la source des excitations. Enfin la défense peut porter sur les affects déplaisants qui sont les motifs ou les signaux de la défense. Les mécanismes de défense sont les opérations par lesquelles la défense se réalise. Ces opérations vont largement dépendre, du fonctionnement global de la personnalité c'est-àdire selon l étape du développement qui imprègne le plus le fonctionnement de l individu. Les mécanismes de défense varient en fonction du type de pathologie présentée par la personne mais aussi selon le niveau d élaboration du conflit défensif. Comme les mécanismes de défense vont être supportés par le moi, ils seront tributaires de la maturité du fonctionnement du moi. Un moi peu intégré et peu stable mettra en jeu des défenses peu élaborées qui seront aussi très peu efficaces face aux sources de tensions. Nous verrons qu il existe un grand nombre de mécanismes de défense et nous pourrions presque dire qu ils sont en nombre quasi infini car tout processus qui vise à protéger l intégrité de l individu face aux sources de tensions peut être qualifié de mécanismes de défense. Pour Ionescu et coll. (2), les mécanismes de défense sont des processus psychiques inconscients qui visent à réduire ou à annuler les effets désagréables des dangers réels ou imaginaires, en remaniant les réalités internes et/ou externes et dont les manifestations comportements, idées ou affects peuvent être inconscientes ou conscientes. Les auteurs mettent l accent sur l origine inconsciente des mécanismes de défense dont les dérivés conscients pourront être évalués cliniquement. De son côté, le DSM-IV (3) envisage les mécanismes de défense sont des processus automatiques qui protègent l individu de l anxiété ou de la prise de conscience des dangers ou des facteurs de stress internes et externes. Les mécanismes de défense y sont présentés comme des processus mentaux involontaires. La distinction entre la fonction défensive et son support les mécanismes de défense revêt une importance particulière dans la pratique clinique. Nous essaierons toujours de repérer les mécanismes de défense et les objets sur lesquels ils portent. Il sera également très intéressant d apprécier l intensité de la fonction défensive de façon globale. Savoir que la personne met en jeu tel ou tel mécanisme de défense face à telle source de tension est une chose, mais il faudra apprécier si globalement cette personne aura tendance à fonctionner de façon très défensive face à un grand nombre de situations, et de façon très fréquente. Plus les sources de tensions seront nombreuses, plus fréquemment la personne sera en position défensive, plus nous ferons l hypothèse d un mode de fonctionnement, soit très éprouvé (un individu 4

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. fatigué, stressé ou traumatisé) soit très précaire (niveau d intégration du moi faible, peu de capacité d autonomisation, mauvais contact avec la réalité). En observant l évolution des mécanismes de défense dans les fonctionnements névrotiques, on peut voire que les motifs de la défense varient de l enfance à l âge adulte, les mécanismes et les objets eux, peuvent rester identiques dans les cas les moins favorables ou bien évoluer de façon plus ou moins adaptées. Les motivations de la défense contre les pulsions sont avant tout la peur du surmoi. Dans les fonctionnements névrotiques, le surmoi exige de façon impérative et inadaptée le renoncement sexuel et la réduction de l agressivité. C est sous cette pression que l individu qui présente un fonctionnement névrotique met en jeu des mécanismes de défense. Un autre motif de défense est la peur réelle chez le jeune enfant. Alors que l adulte combat les pulsions sexuelles et l agressivité afin d éviter tout conflit avec son surmoi, le petit enfant se comporte de la même façon face à ses exigences pulsionnelles pour ne pas aller contre les interdictions formelles de ses parents. A un autre moment de la vie la peur de la puissance des pulsions est un motif majeur, en particulier à la puberté et encore pendant l adolescence où l augmentation des pulsions instinctuelles menacent l ordre établi auparavant. Ainsi à l adolescence on a coutume de dire que les fantasmes se confondent avec la réalité car on observe une réelle crainte plus ou moins consciente associée aux poussées pulsionnelles. Par exemple, certains adolescents peuvent être aux prises avec des pulsions destructrices à l égard des personnes qui sont susceptibles de l avoir trahi. Il a maintenant toute possibilité de passer à l acte : un corps suffisamment développé, de la force, un désir d autonomie et une capacité de jugement naissante. Selon la qualité de son registre défensive, il passera à l acte (défense de mauvaise qualité), ou s inhibera ou encore traduira ceci par un malaise plus physique. Une conception proche : le coping Le coping tire son origine dans l étude des mécanismes de défense, c est un nouveau mode pour décrire le comportement, et en particulier la cognition qui est sous-jacente aux moyens utilisés pour faire face à une situation. Une traduction satisfaisante pourrait être «stratégies d ajustement» Bruchon-Schweitzer (4). Actuellement les différences entre mécanismes de défense et coping sont toujours débattues. On a coutume de les opposer en fonction de leur caractère inconscient ou conscient, en fonction du niveau d action. Les mécanismes de défense étant historiquement réservés aux conflits intrapsychiques dans un modèle d étude qui était à l époque la névrose. Un autre point de différence concerne le niveau adaptatif du coping et des mécanismes de défense. Une adaptation réussie pour les mécanismes de défense étant observée par la diminution des tensions internes et par la préservation de l intégrité individuelle. Alors que dans la logique des processus de coping nous pouvons résumer une adaptation réussie comme un bon ajustement à la réalité concrète ou encore dans la bonne gestion d une situation stressante. Néanmoins les avancées aussi bien sur les mécanismes de défense que les stratégies de coping mettent en avant des zones de chevauchements importantes. Ainsi, dans une thérapie, on est parfois amené à aborder l ajustement à des exigences concrètes externes à l individu ou encore à des sentiments plus ou moins conscients. En tant que clinicien, on parlera de mécanismes de défense alors qu il peut s agir de stratégies de coping. Ce sont deux niveaux de description de la réalité qu il faut apprendre à repérer l un par rapport à l autre. Ils sont assez similaire sur deux plans : leurs cibles peuvent être les mêmes (l objet de ces deux mécanismes peut être le même) et ils visent tous les deux à l adaptation de la personne. Même si ces deux mécanismes visent à une adaptation de la personne face à différentes situations, la réussite d un mécanisme de coping ne se situe pas au même niveau que celui d un mécanisme de défense. Mécanismes de défense pathologiques Les mécanismes de défense peuvent être jugées pathologiques selon deux modes distincts. Tout d abord, un mécanisme de défense peut être en lui-même pathologique quand il signe une mauvaise adaptation de la personne vis-à-vis des sources de contraintes internes (e.g. conflits par exemple) ou externes (e.g. caractère stressant d un évènement de vie). Un mécanisme de défense pathologique par nature remplit tout de même une fonction adaptative par rapport aux sources de contraintes mais l utilisation du mécanisme de défense sera en elle-même une source de conflits ou de stress supplémentaires. L utilisation massive et systématique d un mécanisme de défense comme la projection délirante est en soi un processus pathologique car il marque une rupture franche de la personne avec la réalité. Ce mécanisme peut être décrit comme l attribution à un objet externe des attitudes, pensées et comportements irrationnels présents chez une personne. Ce mécanisme vient bien protéger une personne de sources d angoisses (internes) extrêmement déstructurantes tout en renforçant la rupture de contact de la personne avec la réalité avec aussi des conséquences négatives concrètes dommageables (e.g. repli sur soi, dépression, comportements auto et hétéro-agressifs, violence ) D un autre côté un mécanisme de défense peut se révéler pathologique par l utilisation qu en fait la personne. Il peut s agir d un mécanisme de défense d un niveau adaptatif satisfaisant à l origine qui peut conduire par une utilisation systématique à 5

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. une mauvaise régulation des tensions et des situations problématiques. Ainsi en cas de tensions extrêmes, au niveau relationnel par exemple, certaines personnes rapportent qu elles parviennent à s apaiser et à éviter d être débordées par leur angoisse en prenant le temps de réfléchir à ce qui s est passé, en analysant les choses en profondeur et en tentant de bien comprendre le conflit qui s est présenté. Elles se sont centrées sur une activité intellectuelle qui leur permettra éventuellement de mieux appréhender les prochains conflits ou les situations similaires. Ces personnes disent parfois bien qu elles parviennent ensuite à avoir une bien meilleure appréhension des situations conflictuelles car elles ont pu dégager une sorte de modèle de compréhension. Ce type de description de mécanisme de défense se rapprocherait de l intellectualisation (toutefois un diagnostic différentiel serait à faire avec la rationalisation). Ce mécanisme de défense a un fort pouvoir adaptatif car il permet à la personne de répondre aux situations de stress ou aux conflits grâce à l usage de la pensée abstraite. Ce type de fonctionnement a comme principal intérêt d éviter de «se charger» des émotions dérangeantes liées à une situation. Une personne qui tend à utiliser ce type de mécanisme de défense disposera en général d un registre défensif suffisamment large pour par la suite gérée ces sentiments dérangeants après avoir passé le moment difficile ou quand elle jugera ces sentiments plus accessibles. Si nous observons une utilisation systématique de l intellectualisation (ou de la rationalisation) qui entraîne un évitement systématique de tous sentiments négatifs, alors, ce type d utilisation de l intellectualisation pourra être jugée néfaste pour le fonctionnement de la personne. L individu dans cette situation se retrouve à éviter en permanence les effets émotionnels d une situation et pas de façon temporaire et souple. Ce type de fonctionnement, notamment à l adolescence et à repérer attentivement, car il est illusoire de penser qu une personne qui cherche à s intégrer, socialement, dans une activité professionnelle ou dans un cercle d amis, pourra faire l économie de la gestion des sentiments dérangeants liés à une situation. Un tel type de fonctionnement peut révéler aussi un fonctionnement défensif rigide qui protège la personne de dysfonctionnements plus profonds et importants. On peut dire ici que la personne fait l économie de la confrontation aux sentiments négatifs pour éviter de se mettre en situation précaire sur le plan psychique. Peut-être n a-t-elle pas les «moyens» pour intégrer ces sentiments? Une telle question est cruciale à la période adolescente où justement, les assises personnelles se mettent en place pour pourvoir se projeter dans l avenir de façon suffisamment rassurante. La question d un dénombrement des mécanismes de défense Il n y a aujourd hui pas de consensus sur le nombre exact de mécanismes de défense. Selon les auteurs et les classifications qu ils emploient ce nombre peut varier comme le montre le tableau 1 en annexe du document. La question d un nombre exact de mécanismes de défense ne semble pas être un point central de la recherche actuellement. Il convient de rappeler que si sur le plan théorique nous pouvons identifier une même fonction défensive chez tous les individus, les supports de cette activité défensive peuvent être très variables. Et à un niveau pratique, on peut dire que tous les processus psychiques et comportementaux peuvent être des supports de cette activité défensive. De ce fait des tentatives de créer une liste exhaustive de mécanismes de défense serait vaine. L intérêt des classifications est moins de constituer des listes exhaustives de comportements que de procurer un tableau organisé de processus défensifs qui sont très bien définis, avec une fonction clairement identifiée pour chacun d eux. Ces classifications sont donc très intéressantes du point de vue des différents niveaux de défense qu elles proposent. En termes de niveaux (ex : matures vs immatures, matures vs. par l agir ) elles représentent des outils indispensables sur le plan clinique pour resituer les capacités adaptatives de la personne dans un référentiel psychodynamique. Les classifications actuelles comme l échelle de fonctionnement défensif du DSM-IV propose donc de resituer cette perspective psychodynamique dans l établissement des diagnostics grâce à l utilisation d un tel type de classification des défenses. 6

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. II. Les classifications des mécanismes de défense. Depuis les simples recensements des mécanismes de défense jusqu aux classifications sophistiquées, il existe un grand nombre de systèmes de classifications qui servent actuellement de référence à la pratique clinique. Nous développerons deux d entre elles : le modèle hiérarchique à 7 niveaux de Perry (5) (1995) et l échelle de fonctionnement défensif du DSM-IV (3). Ces deux échelles sont très proches l une de l autre car le modèle hiérarchique à 7 niveaux a servi de base à la constitution de l échelle du DSM- IV. De ce fait, ces deux systèmes comprennent 7 niveaux de défense qui regroupent des niveaux de défenses adaptatifs ou matures et des niveaux inadaptatifs ou immatures. La différence principale vient du fait que l échelle du DSM-IV a regroupé 2 niveaux et a rajouté un niveau de défense psychotique. L intérêt principal de ces outils (qui doivent néanmoins être amélioré) réside dans la constitution d échelle pour chaque défense. Ces échelles proposent une définition opérationnelle claire et consensuelle proposé et accepté par différents cliniciens et théoriciens de toutes approches théoriques. De plus, ces échelles donnent la possibilité d effectuer un repérage qualitatif mais aussi quantitatif de l utilisation de défense à travers différents types d entretiens cliniques. Et enfin, ces outils permettent d apprécier le niveau défensif global de la personne ce qui nous donne une première idée de la qualité de la fonction défensive chez le sujet examiné. Les échelles d évaluations des mécanismes de défense sont des outils proposés et validés pour la mesure de cette activité défensive, nous le détaillerons plus loin ainsi que les différentes définitions pour chacune des défenses. Le Modèle hiérarchique à 7 niveaux défensifs (Perry, 1995) Il regroupe 7 niveaux de défense, les défenses névrotiques ont été distinguées mais les défenses psychotiques sont pour l instant absentes (les auteurs prévoient de les intégrer dans une prochaine version de leur modèle). Nous passons ici en revue ces 7 niveaux qui regroupent 27 défenses qui sont détaillées dans le tableau en annexe du document. Défenses matures. Elles comprennent les mécanismes tels que la capacité de recours à autrui, l altruisme, l anticipation, l humour, l affirmation de soi ou assertivité, l introspection, la sublimation et la répression. Défenses obsessionnelles. Ce niveau de défense inclut l isolation, l intellectualisation et l annulation rétroactive. 7 Autres défenses névrotiques. Ce niveau regroupe les autres défenses de type névrotique telles que le refoulement, la dissociation, la formation réactionnelle et le déplacement. Défenses narcissiques. Ce niveau de défense inclut les mécanismes de distorsions mineures des représentations de soi et d objet avec : l omnipotence, l idéalisation, et la dépréciation. Défenses par le désaveu. Ici sont répertoriées les mécanismes tels que le déni névrotique, la projection, la rationalisation, la fantasmatisation (rêverie) autistique. Défenses borderlines. Ce niveau regroupe le clivage de l objet ou de soi et l identification projective. Défenses par l agir. Ce dernier niveau de défense est le plus archaïque du système et regroupe tous les mécanismes centrés sur l agir : passage à l acte, agression passive, hypocondrie (présence d une plainte associant une demande d aide et son rejet). L échelle de fonctionnement défensif du DSM-IV (1994) Cette échelle a été Inspirée des travaux de Perry (cf. classification précédente) et a intégré certaines variations telles que l intégration des mécanismes de défense du fonctionnement psychotique (niveau de dysrégulation défensive) et le regroupement des défenses obsessionnelles et autres défenses névrotiques Son intérêt réside dans la prise en compte du niveau psychodynamique dans la démarche diagnostique car cet outil a été intégré au système de classification multiaxiale du DSM-IV, les auteurs ont également fait la proposition d établir un axe supplémentaire (5 ème ) pour le fonctionnement défensif. Nous détaillons ici un des niveaux les plus fréquemment utilisé par tous les sujets : le niveau mature ou adaptatif élevé en précisant les fonctions pour chacune de ses défense ainsi que des éléments de diagnostics différentiels. 1. Le niveau adaptatif élevé: Les défenses de ce niveau assurent une adaptation optimale aux facteurs de stress et aux conflits internes ou externes. Les défenses habituellement impliquées autorisent la perception consciente des sentiments, des idées et de leurs conséquences. Y sont décrits l'anticipation, l'affiliation, l'affirmation de soi, l'altruisme, l'auto-

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. observation, l'humour, la sublimation, la répression (suppression). Ce niveau inclut aussi des mécanismes de défense qui se rapprochent des processus de coping les plus fonctionnels. Pour Vaillant, ce niveau regroupe également de véritables mécanismes de défenses distincts des modes de coping fonctionnels (Vaillant, 2000). Pour l auteur, ces mécanismes sont involontaires, ils subissent une activation hors du contrôle du sujet. De plus, les mécanismes de défense sont décrits comme ayant une qualité supérieure aux processus de coping volontaires. Ce sont des mécanismes qui permettent de réguler la perception de réalités internes et externes face auxquelles nous sommes ( et resterons) impuissants. Humour Définition: L humour est une réaction aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en faisant ressortir les aspects amusants ou ironiques du conflit ou des facteurs de stress. Il permet de de relâcher la tension provoquée par le conflit de manière à ce que tout le monde puisse en profiter. Comprend souvent une part d auto-critique ou de vérité Fonction : L humour permet l expression symbolique d une part des affects et des souhaits liés au conflit ou au facteur de stress. Il permet également le soulagement temporaire de la frustration et l expression de l origine du conflit. Diagnostic différentiel : Versus Dépréciation. Versus Agression passive. Versus Blagues. Sublimation Définition: La sublimation est une réponse aux conflits et aux stress «en canalisant des sentiments ou des impulsions potentiellement inadaptés vers des comportements socialement acceptables» (e.g. sport de contact ). Initialement, la sublimation était considérée comme une «dérivation des pulsions sexuelles (liaison) vers des buts non sexuels socialement valorisés: expression artistique, création intellectuelle. Actuellement, le concept a subi une extension aux pulsions agressives (destruction). Fonction : La sublimation permet l expression de souhaits, pulsions ou affects que le sujet inhibe volontairement à cause de leurs répercussions sociales potentiellement négative. Une fonction supplémentaire est de canaliser les pulsions vers une expression socialement acceptable. Les buts et objets initiaux des pulsions sont modifiés par la mise en place d une conduite de créativité. Cette créativité peut susciter la reconnaissance sociale. Diagnostic Différentiel : Versus Déplacement. Versus Altruisme. Anticipation Définition : L anticipation est une réponse aux conflits émotionnels au aux facteurs de stress internes ou externes par un éprouvé anticipé des réactions émotionnelles ou des conséquences d un éventuel évènement futur. Il s agit d une anticipation de réponses et solutions alternatives réalistes. L anticipation comprend une double composante: C est un mécanisme de défense: anticipation émotionnelle (éprouvé non volontaire) Mais aussi une stratégie de coping: anticipation cognitive (prévision des difficultés de façon délibérée). Fonction : L anticipation permet une atténuation des effets des conflits ou facteurs de stress futurs en «répétant» un évènement futur et en planifiant des réponses futures. L anticipation suppose la capacité de supporter l angoisse liée à la capacité d imaginer comment une situation future pourrait être source de stress et de conflit. Diagnostic différentiel : Versus Rêverie Autistique. Versus anticipation anxieuse. Répression Définition: La répression est une réponse aux conflits (int. / ext.) et aux stress en évitant de penser à des problèmes, des désirs, sentiments ou expériences pénibles. Les éléments gênants sont écartés de la conscience et restent accessibles. Ce n est pas une stratégie cognitive consciente elle correspondrait plutôt à un «oubli automatique (Vaillant, 2000). Pour Freud il existe une possible évolution de la répression vers le refoulement. 8

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. Fonction : La fonction de la répression est de maintenir hors de la conscience l idée et l affect associés à un conflit ou un facteur de stress. L usage de la répression permet de s investir dans une autre tâche après l expérience d un évènement contraignant. Elle permet une prise en charge différée des sentiments stressants qui sont reconnus. Diagnostic différentiel : Versus Refoulement. Altruisme Définition : L altruisme est une réponse aux conflits et aux stresseurs par le dévouement aux besoins des autres (il est différent du sacrifice de soi). Le sujet reçoit en retour de la reconnaissance soit directement de la part d autrui soit par procuration. Pour Vaillant (2000) il s agirait de «donner aux autres ce que nous aimerions recevoir». Fonction : L altruisme permet de satisfaire les besoins d attachement et de relations sociales tout en répondant aux conflits affectifs en aidant autrui. L altruisme résulte la plupart du temps d une détresse passée liée à des situations stressantes face auxquelles le sujet s est senti impuissant. L altruisme permet de canaliser les affects répréhensibles (colère, agressivité, impuissance ) Diagnostic différentiel : Versus Projection et passage à l acte. Versus Formation réactionnelle. Versus Sublimation. Versus Capacité de recours à autrui. Auto-observation Définition : L auto-observation est une réponse aux conflits et aux stress par une réflexion sur ses propres pensées, sentiments, motivation Le sujet est capable de se voir comme autrui le perçoit dans ses relations interpersonnelles (cette capacité est déficitaire dans l alexithymie). Il s agit d une activité volontaire équivalent à une stratégie de coping. Fonction : L auto-observation assure une adaptation optimale par la prise en compte des exigences externes (stratégie consciente). C est une étape préliminaire à tout changement psychique (Dans le travail psychothérapeutique, il s agira de développer les capacités d observation du moi). L auto-observation permet d utiliser des évènements à fin d affiner son propre mode de fonctionnement Diagnostic différentiel Versus Rêverie autistique: Versus Rationalisation: Versus Dépréciation: Omnipotence et déni hypomaniaque: Affirmation de soi Définition : Il s agit d une réponse aux conflits et stress par l expression franche de ses sentiments ou pensées avec une intention non contraignante et non manipulatrice. L affirmation de soi nécessite une capacité de tolérer l expression des problèmes personnels à autrui, elle nécessite la capacité de décharger les tensions par la parole et une capacité d observer un certain respect d autrui. Fonction : La fonction principale de l affirmation de soi est d apporter un soulagement des conflits par l expression directe sans forcément attendre de solutions de la part d autrui. De cette expression résulte une atténuation de l angoisse associée aux sentiments non exprimés. Un autre bénéfice de ce mécanisme est la diminution voir la disparition du sentiment de honte ou de culpabilité lié à l impuissance face à un évènement. Diagnostic différentiel : Versus Agression passive. Versus Passage à l acte. Niveau adaptatif élevé et facteurs associés L étude de Vaillant (6) fait référence en ce qui concerne la compréhension des mécanismes de défense de niveau élevé. Cette étude longitudinale a permis de mieux cerner les variables associées ou non avec l utilisation de ce niveau défensif, le plus adaptatif. Cette recherche a montré à l aide de plusieurs échantillons qu il n y avait pas de lien entre le niveau adaptatif élevé et le niveau d éducation, le niveau intellectuel et la classe sociale des parents. De plus, les résultats ont montré que les mécanismes de défenses adaptatifs n agissent pas sur les sources objectives de conflits mais qu ils transforment la perception qu ont les sujets de ces sources de conflit. Les mécanismes de défense du niveau adaptatif élevé jouent un rôle important dans la santé et la maladie mentale. Alors 9

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. que la survenue de la dépression majeure est en générale fortement liée avec l augmentation du nombre d évènements de vie, pour un même niveau de stress sur la vie, les individus qui utilisent des défenses de niveau adaptatif élevé présente moins de dépression majeure que ceux qui utilisent des défenses d un niveau inférieur. De même l utilisation de défenses du niveau adaptatif élevé protège les individus qui ont vécu des situations hautement stressantes (guerre notamment), ils auront tendance à présenter un syndrome de stress post-traumatique moins intense que ceux qui utilisent des défenses de moins bonnes qualités. 2. Niveau des inhibitions mentales et des formations de compromis Tout comme le niveau adaptatif élevé, il est constitué de mécanismes de défenses adaptatifs mais d un niveau (théorique) moindre. Il s agit du niveau de défense névrotique constitué de mécanismes qui maintiennent hors de la conscience les idées, craintes, sentiments, des désirs ou des craintes potentiellement menaçants. Ces mécanismes sont employés très souvent par des sujets non-malades, notamment aux moments très difficiles de la vie. Il est constitué des mécanismes de défense suivants : Refoulement / Déplacement / Formation Réactionnelle / Annulation / Isolation / Dissociation / Intellectualisation 3. Distorsion mineure de l image de soi, du corps ou des autres Il représente un niveau de défense immature qui altère l épreuve de la réalité. Il s agit d un niveau défensif caractéristique des personnalités limites et narcissiques. Ce mode de fonctionnement est très sollicité à l adolescence car il permet la régulation de l estime et de l image de soi. Il peut être présent chez l adulte non-malade mais en cas de sur représentation il s agira en général d un indice de trouble de la personnalité. Les mécanismes de ce niveau peuvent être utilisés à un niveau collectif, citons par exemple le cas des dynamiques de groupe dans lesquelles, un ensemble de personnes recourt à l omnipotence en dévalorisant d autres individus, le bénéfice étant pour eux de s assurer une cohésion maximale en déformant ou en exagérant certains traits d une autre communauté. L histoire et l actualité regorgent de ce genre d exemples notamment) Il est constitué des mécanismes de défenses suivants : Dépréciation / Idéalisation / Omnipotence 4. Niveau de désaveu C est le second niveau de défense immature et d inadaptation. L utilisation de ce niveau de défense a pour fonction d empêcher la prise de conscience de sources de tensions externes autant que des sentiments, idées, affects désagréables ou inacceptables. Ce mode de défense est prédominant dans les fonctionnements où l atteinte narcissique prédomine mais aussi à un niveau faible chez les sujets non-malades avec une faible estime de soi. Il peut également faire l objet d une utilisation collective car il permet le renforcement mutuel dans un groupe qui ne souhaite pas prendre conscience de ses propres difficultés et fragilités. Ce niveau de défense comprend : Déni / Projection / Rationalisation 5. Niveau de distorsion majeure de l image Il s agit aussi d un niveau de défense immature et d inadaptation. L utilisation de ce niveau de défense traduit une grande instabilité de l image de soi et des autres. L individu ne peut s appuyer sur une représentation de soi/autrui contenante: son identité est sans cesse menacer par les sources de tensions internes ou externes. Son utilisation chez des sujets non-malades traduit sans doute une expérience de tensions extrêmes mais la présence de tels mécanismes est la plupart du temps le signe de dysfonctionnements graves de la personnalité. Les mécanismes qui constituent ce niveau de défense sont les suivants : Clivage / Identification projective / Rêverie autistique 6. Niveau de l agir Ce niveau qui correspond globalement à celui de la classification de Perry est ici l avant dernier niveau de défensif. Il regroupe les défenses par l action ou le retrait, l utilisation préférentielle de ce niveau traduit une grande faiblesse des fonctions du moi, la tendance à l évitement des ressentis et de la mentalisation, on observe aussi un défaut du contrôle des impulsions. Ce registre défensif caractérise essentiellement les problématiques psychopathiques, certaines problématiques psychosomatiques qui privilégient une réponse par le corps. Les défenses de ce registre sont aussi très employées par les adolescents de façon assez fréquente mais passagère. Ce niveau de défense est constitué des mécanismes suivants : Passage à l acte / Retrait apathique / Plainte accompagnée d une demande d aide et de son rejet / Agression passive 10

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. 7. Niveau de dysrégulation défensive Ce niveau défensif signe une inadaptation extrême des sujets qui le privilégient, la rupture de la réalité est franchement marqué dans leur fonctionnement. Il s agit ici des mécanismes de défenses caractéristiques du fonctionnement des psychoses aiguës et chroniques en rupture franche avec la réalité objective. Ce registre défensif peut aussi représenté les derniers remparts visant à préserver un fonctionnement limite d une décompensation plus grave et générale. Dans ce cas, ils préservent les dernières frontières du moi avec une réalité très peu structurée. Ce niveau de défense conserve des propriétés adaptatives ( à un certain degré) dans des conditions de stress extrêmes ( e.g. guerre, camps de concentration ). Dans ce dernier cas, il s agira obligatoirement d un mode de fonctionnement passager et contextualisé. Les mécanismes de ce niveau défensif sont les suivants : Projection délirante / Déni psychotique / Distorsion psychotique 11

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. III. Outils pour l'évaluation des mécanismes de défense La possibilité d évaluer l activité défensive à travers la prise en compte des mécanismes de défense repose sur deux postulats généraux : - Premièrement que la mesure de l activité défensive repose sur l hypothèse selon laquelle les résultats auxquels aboutissent les mécanismes de défense sont manifestes et facilement accessibles à l observation (7). - Deuxièmement, l évaluation des mécanismes de défense nécessite généralement la prise en compte d informations provenant de plusieurs sources : questionnaires, évaluation clinique, données biographiques, observations comportementales (8). Pour Chabrol et Callahan, la construction d outil permettant l évaluation de l activité défensive est un domaine en plein essor. Cet engouement est une réponse au manque de données dans la littérature scientifique. Malgré la nette insuffisance d études évaluant la validité et la fidélité des instruments, un certain nombre d entredeux montrent une certaine robustesse et soulignent la pertinence de bons nombres de conceptions théoriques (9). Il y a donc une nécessité de poursuivre les développements théoriques et la recherche clinique sur les mécanismes de défense (notamment pour les tests projectifs). En annexe figure un tableau non exhaustif qui répertorie les grands types d outils utilisés pour évaluer les mécanismes de défense dans différentes situations pratiques. IV. Études empiriques sur les mécanismes de défense Malgré certaines lacunes sur le plan conceptuel et méthodologique, les mécanismes de défenses ne sont plus une simple description à forte valeur théorique. Actuellement de nombreuses recherches ( quasi-exclusivement nord-américaines) tendent à prouver leur pertinence en regard de différents facteurs liés à la santé et à la maladie mentale. En plus des descriptions théoriques précédentes, la recherche nous apporte maintenant un certain nombre de précisions quant à la nécessité de considérer ces notions dans le cadre de la prise en charge de malades notamment. Nous savons par exemple que l utilisation des mécanismes de défense suit une logique développementale car il a été montré des variations dépendantes de l âge des sujets. L usage des défenses immatures diminue en fonction de l âge chez des sujets non-malades âgés de 12 à 75 ans (10). De plus, les scores de défenses névrotiques et immatures décroissent après une deuxième évaluation (5 ans après) alors que les scores de défenses matures ne varient pas (11). Il a également été montré une différence d utilisation des mécanismes de défense en fonction des sexes. Les hommes obtiennent des scores de dissociation, d isolation, de dévalorisation et d agression passive plus élevés que les femmes. Alors que ces dernières, femmes présentent des scores d altruisme et de somatisation plus élevé (12). Les recherches soulignent un effet différentiel de l âge chez les femmes et les hommes. Les jeunes femmes ont des scores de défenses névrotiques plus élevés que leurs homologues masculins dans la grande adolescence et au jeune âge adulte (11). De plus, les adolescents utilisent plus les défenses matures que les enfants et parmi eux, les filles ont des scores de défenses matures supérieurs (13). Même si nous disposons de très peu de données sur les mécanismes de défense dans un cadre interculturel, certaines études se sont intéressées à l utilisation des mécanismes de défense grâce à une approche contextuelle. La validité des définitions des mécanismes de défense a été montrée dans une population asiatique (14). De plus, les études montrent un effet contextuel sur l utilisation des défenses chez l adolescente. Des caractéristiques positives de l environnement familial (e.g. cohésion et stabilité familiales) sont associées à l utilisation de défenses matures. Des caractéristiques négatives (e.g. conflits) sont associées à l utilisation de défenses immatures (15). Dans cette perspective contextuelle, le lien entre les mécanismes de défense et les évènements de vie a été testé. Il a été montré que des évènements négatifs familiaux sont corrélés positivement aux défenses immatures chez l adolescente (16). Comme nous l avons vu auparavant, l utilisation de défenses matures réduit le risque de développer un trouble dépressif majeur à la suite de l exposition à de multiples évènements de vie (6). L utilisation de défenses matures réduit le risque de développer un état de stress posttraumatique suite à l exposition aux traumatismes de guerre (6). Sur le plan de la maladie mentale, l utilisation des mécanismes de défenses a été étudiée en rapport avec les troubles psychiatriques. La majorité des études confirment que les niveaux de défenses permettent distinguer des sujets présentant des troubles psychiatriques de sujets contrôles (non-malades). Ainsi, les sujets présentant un trouble anxieux ou dépressif ont un score de défenses immatures supérieurs aux sujets contrôles (17). De plus, des personnes adultes présentant un trouble de dépersonnalisation ont montré un score de défenses immatures supérieur à celui des sujets contrôles (18). Chez l adolescente présentant des troubles du comportement alimentaire et une dépression, le niveau de défense mature et corrélé au niveau de dépression (DSQ et, Inventaire de Dépression de Beck (BDI)) (19). De façon générale, les études ne 12

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. mettent pas en avant une différence stricte d utilisation des mécanismes de défense considérés isolément et les pathologies psychiatriques. Une seule étude montre un lien entre le groupe des défenses matures et la sévérité du trouble psychiatrique (20). Grâce à la cotation qualitative des échelles d évaluation des mécanismes de défense, Perry et coll. ont montré que les quatre derniers niveaux de défense les plus pauvres sont associés à une symptomatologie plus élevées et un fonctionnement social plus pauvre chez des adultes présentant des troubles de la personnalité et de l humeur (5, 21, 22). Perry et Cooper (23) ont montré que les sujets présentant une pathologie limite (borderline) montre une utilisation préférentielle des défenses du registre des distorsions majeures de l image (clivage, identification projective) et de l agir ( passage à l acte, hypocondrie, agression passive). De plus, le diagnostic de personnalité antisociale est significativement corrélé avec l utilisation de défense du niveau de distorsion mineure de l image (omnipotence, idéalisation, dépréciation) et du désaveu (déni, projection, rationalisation). Concernant les troubles de l humeur, la présence d un trouble bipolaire de type II ( ) est significativement associé à l utilisation de défense du registre obsessionnel (isolation, intellectualisation, annulation rétroactive). Les auteurs montrent également que la dépression chronique ou la dysthymie partagent certaines défenses de niveaux immatures avec les troubles de la personnalité comme le passage à l acte, l agression passive, la dépréciation et la projection. L utilisation de la cotation quantitative a par ailleurs montré une plus grande sensibilité pour détecter des associations entres les 7 niveaux de défense et différents diagnostics psychiatriques (24). Dans la lignée des résultats de Perry, des recherches se sont intéressées aux profils défensifs dans différentes pathologies (surtout troubles névrotiques et troubles de l humeur). Ces recherches ont notamment tenté de prouver une association entre un type de dysfonctionnement précis (et pas uniquement un syndrome psychiatrique) et l utilisation d un type de mécanisme de défense. Ainsi, la projection est fortement associée aux idées délirantes (12). D un autre côté, la dysthymie associée au déni et refoulement (25). Les sujets présentant une dépression majeure ont des scores de répression, d humour et d anticipation significativement plus bas que les non-déprimés. Le style de défenses a également été étudié en rapport avec les traits de personnalité et les symptômes psychiatriques, adolescents scolarisés (26). Il ressort que la personnalité (névrosisme, psychoticisme, extraversion) et les défenses prédisent de façons indépendantes les syndromes psychopathologiques internalisées (dépression, anxiété ) ou externalisées (troubles des conduites, hyperactivité, violence ). Ce résultat semble montré qu il n existe pas une chaîne logique entre un type de fonctionnement de la personnalité et un niveau défensif qui mènerait à une symptomatologie psychiatrique spécifique. Traits de personnalité et défense peuvent conduire de façon indépendante au déclenchement de troubles psychiatriques. De façon prospective, une étude souligne que les troubles psychiatriques au jeune âge adulte corrèlent positivement avec le style de défense immature à l adolescence et négativement avec le style mature (11). Il semblerait là encore que l utilisation de défenses du registre mature semble favoriser le maintien d une bonne santé mentale en évitant l apparition de dysfonctionnements psychiques trop lourds. En résumé, une revue de certaines recherches actuelles montre que la grande majorité des études utilisent des questionnaires (Defensive Style Questionnaire, DSQ notamment). De plus, les études montrent qu il est difficile d établir un lien entre un mécanisme de défense et une pathologie donnée. Il est préférable d examiner le style défensif en termes de niveaux de défenses (e.g. DSM-IV, Perry ). Il semble également préférable de s intéresser au lien entre le profil des défenses et des symptômes, des évènements de vie ou des contextes (e.g. familial). 13

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. V. Les échelles d évaluation des mécanismes de défense (DMRS, Defense Mechanisms Rating Scales) (27) Cet outil d évaluation des mécanismes de défense est constitué de 27 définitions opérationnelles qui permettent de décrire et d identifier des processus défensifs lors d échanges verbaux avec une personne. Le caractère opérationnel de ces définitions offre aussi la possibilité de distinguer très finement les mécanismes de défense et d en faire un diagnostic différentiel notamment. Les échelles permettent deux types d évaluation, l une qualitative et l autre quantitative. Ces deux types d évaluations porteront sur des entretiens retranscrits intégralement à partir de supports audio ou vidéo. L évaluation qualitative à pour but de conclure à l absence d utilisation, l utilisation probable ou l utilisation certaine d un des 27 mécanismes de défense par le sujet d après les éléments de son discours. L évaluation quantitative s appuiera sur l étude détaillée des entretiens intégraux (verbatim), elle permet de comptabiliser la fréquence de mise en œuvre de chacun des mécanismes de défense. Sur la base de ces deux types de cotation (l une ou l autre des deux méthodes) il sera possible d établir un profil défensif d après la proportion des mécanismes de défense présent dans chacune des 7 catégories de la classification hiérarchique de Perry. Un score défensif global (SDG, Overall Defensive Score ODS) peut aussi être calculé. Ce score correspond à la moyenne pondérée de l utilisation de chacune des 7 catégories de défenses échelonnées de 1 : niveau défensif de l agir à 7 : niveau de défense mature. Ces cotations seront reportées sur une grille prévue à cet effet. Cette grille a été prise en compte dans l élaboration de l échelle de fonctionnement défensif du DSM-IV qui lui a rajouté trois mécanismes de défense du registre psychotique. De nombreuses études ont utilisées cette grille et les définitions opérationnelles de Perry avec des résultats relativement satisfaisants. Quelques données sur l outil Une double cotation de 20% des protocoles de recherche utilisant le DMRS sera toujours nécessaire afin de s assurer d une bonne fidélité des cotations employées. Ces cotations sont jugées correctes si elles dépassent une concordance de 0, 75 pour les 7 catégories défensives. La fidélité pour chacune des défenses est généralement moindre. Une séance de psychothérapie psychanalytique permet en général de recueillir 20 à 60 mécanismes de défense avec le DMRS. Ce nombre varie en fonction du type de patient (e.g. style de personnalité), mais aussi du processus psychothérapeutique en cours, de l activité du psychothérapeute, du niveau régressif de la relation 14 et de la dynamique transféro-contretransférentielles. L utilisation du DMRS dans les recherches a permis de souligner plusieurs points importants : - L étude des mécanismes de défense grâce aux échelles d évaluation des mécanismes de défense est possible. - Sur la base des définitions des échelles il est possible de repérer la présence ou l absence de 27 mécanismes de défense. - Un profil de fonctionnement défensif peut être établi. - Un niveau de fonctionnement défensif peut être calculé. - De façon général, une proposition du discours d un sujet donne lieu à l identification d un seul mécanisme de défense (dans certains cas des processus proches peuvent donner lieu à une double cotation). - L évaluation des défenses selon ce type de définitions a montré un lien fort avec les troubles psychiatriques, les troubles de la personnalité, le stress et la santé mentale. - Le profil défensif obtenu est généralement lié au type de fonctionnement de la personnalité du patient mais aussi de certains facteurs contextuels comme les évènements de vie vécus par la personne. Objectif du DMRS : «L objectif de ces échelles est de pouvoir évaluer de manière fidèle la probabilité de l utilisation par un sujet donné, des divers mécanismes de défense définis [dans son manuel]». Les cotateurs baseront leur évaluation sur le contenu d entretiens d orientation psychodynamique, des retranscriptions intégrales de ces entretiens seront tirées de support vidéo ou audio. Les échelles : Chacune des échelles représentent un concept définissant chacun un mécanisme de défense. Dans un soucis de maximiser la fiabilité de chacune des échelles, les définitions s accompagnent de cotations (scores correspondant à chacune des modalités : «absence d utilisation», «utilisation probable», «utilisation certaine») qui s appuient sur des exemples précis et/ou des règles définies. L utilisation de chaque échelle nécessite de se référer continuellement tout au long du processus de cotation à l idée sous-jacente à chaque définition des mécanismes de défense. Evaluation qualitative : Cette première méthode repose sur l évaluation de la présence plus ou moins certaine d un mécanisme de défense. Ici la fréquence d apparition ne sera pas prise en compte mais plutôt

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. la certitude que le sujet utilise bien un procédé défensif clairement identifié parmi toutes les échelles proposées. Dans un cadre de formation à cet outil, il conviendra de toujours travailler à partir de la retranscription intégrale d un entretien (la cotation directe pendant l entretien est à proscrire en général). La première étape consistera à annoter la retranscription de commentaires sur la présence d une activité défensive éventuellement observée chez le sujet (premier repérage de la fonction défensive). Le cotateur devra constituer un résumé des évènements défensifs qu il aura repéré chez le sujet. Cette étape est importante pour pouvoir garder présent à l esprit les «faits significatifs» de l entretien, d autant plus s il s agit d entretiens sur support vidéo ou audio. Dans le cas d entretiens retranscrits intégralement cette étape consiste à réunir les commentaires pour tous les extraits ayant donné lieu au repérage d une activité défensive. La seconde étape consistera à lire chacune des échelles une par une et à noter pour l échelle la probabilité selon laquelle le sujet a utilisé le mécanisme de défense en question. Les notes à utiliser sont les suivantes : 0 : utilisation peu probable / Absence 1 : Utilisation probable 2 : Utilisation certaine Pour chaque échelle des critères de notation permettent de coter de façon précise ces probabilités d utilisation des défenses (Tableau 7). Ces notes seront reportées dans le document prévu à cet effet dont un exemple figure, à titre indicatif, à la fin de ce document. Quelques précautions à prendre pour l évaluation qualitative : Pour chaque échelle une note de 2 ne peut être attribuée que si une preuve tangible de l utilisation de la défense au cours des deux dernières années est rapportée. Les structures psychodynamiques ne sont pas fixées définitivement et un sujet ne pourra être évalué actuellement au bénéfice d une utilisation d un mécanisme de défense dans un passé trop lointain. Si un exemple tangible d utilisation d une défense est repéré avant les deux ans qui précédent l entretien, il ne pourra être donné une note de 2 mais cet exemple servira d argumentation pour étayer la cotation de données ambiguës se rapportant aux deux dernières années. L exemple passé peut venir resituer les données présentes, sans toutefois les remplacer. Il conviendra pour une évaluation plus aisée de solliciter le sujet pour qu il donne des exemples. Plus le sujet donnera des exemples, plus ces exemples seront récents et donc utilisables pour la cotation. Pour une évaluation chez un sujet présentant des troubles épisodiques (Troubles bipolaires, schizophrénie ), on attribuera une importance moindre aux données probables ou certaines notées pendant un des épisodes morbides par rapport à celles qui seront évaluées entre les épisodes symptomatiques. L examinateur sera encouragé au cours de l entretien à repérer les points de contradiction chez le sujet et à proposer au sujet de clarifier ces contradictions. Les auteurs et la pratique montrent que plus le sujet aura à clarifier ces points de contradiction et plus le type de mécanisme de défense tendra à être manifeste. Evaluation quantitative : Dans la mesure du possible, il conviendra mieux de procéder à une évaluation quantitative des mécanismes de défense. La fréquence d utilisation n étant pas prise en compte dans la méthode qualitative, il sera plus difficile de mettre en évidence des changements d un entretien à l autre ou bien sur le décours d une psychothérapie avec ce type de cotation. Ainsi, même si une personne persiste dans l emploi d un mécanisme de défense de mauvaise qualité, c est parfois la réduction de sa fréquence d utilisation plus que sa disparition totale qui sera l indice d une amélioration du fonctionnement. A l inverse c est la diminution de l utilisation de mécanismes de défenses de niveaux mature qui sera l indice d une détérioration du fonctionnement chez une personne. Pour pouvoir évaluer de façon fine ces variations, la cotation quantitative sera préférable. L évaluation quantitative se fera toujours à partir de la retranscription intégrale de l entretien. L examinateur relit d abord l entretien en écoutant l enregistrement audio ou vidéo. L évaluateur annote d un trait dans la marge l utilisation d un mécanisme de défense en commençant le trait au début de l utilisation et en l arrêtant à la fin de l utilisation d un mécanisme de défense. Si la défense est utilisée pendant tout un dialogue, le trait sera tracé en marge du début à la fin du dialogue. Par exemple si le sujet fait preuve de colère détournée à l égard de l examinateur pendant tout un dialogue l utilisation d agression passive notamment sera signifiée pendant toute la durée du dialogue. Si le sujet relate à la suite un épisode dans lequel il montre une utilisation d agression passive à l égard d une autre personne, l utilisation de ce mécanisme de défense sera encore une fois notée en marge. Notes sur la cotation multi évaluateurs : Si la cotation se fait en équipe, chaque évaluateur établit d abord individuellement ses cotation puis les confronte aux autres du groupe. Si un évaluateur établit une cotation que les autres n ont pas, il devra justifier sa cotation et confronté son opinion à celle des autres. La stratégie sousjacente à une cotation en équipe est de réduire au maximum l utilisation d une moyenne (qui reste très relative) pour réduire la variabilité intercotateur et maximiser la variabilité intra-sujet. La philosophie d une telle stratégie est de réduire les 15

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. variations dues aux évaluateurs pour augmenter le nombre de mécanismes de défense présents chez un sujet. Dans cet optique, il sera toujours préférable de privilégier en situation de multi-cotateurs, une cotation consensuelle et un esprit de coopération entre les évaluateurs. Repérage de la défense dans la transcription intégrale Le repérage de l utilisation d une défense dans le texte intégral peut être rendu difficile dans les premiers moments de l entretien car l examinateur n est pas entièrement familiarisé avec le sujet qu il rencontre. Pour ces raisons notamment il conviendra d inclure une réelle phase de prise d informations (anamnèse) sur le sujet de façon à se familiariser avec sa façon de parler, de dire les choses et de raconter les éléments importants ou prosaïques de son expérience personnelle. L identification des défenses dans les premières minutes de l entretien étant en général difficile, il sera possible de procéder à une lecture continue jusqu à un passage où la présence d une défense ne fait pas de doute. Il est conseillée d effectuer une première lecture de repérage qui mettra en évidence les procédés défensifs les plus évidents. Des lectures supplémentaires affineront l évaluation jusqu à ce que l examinateur puisse justifier la cotation de tous les mécanismes de défense présents dans l entretien. Un mécanisme de défense est présent à chaque fois que survient dans le texte un moment «anormal» au sens d un écart par rapport à l habituel dans le discours du sujet. Il s agit d un moment de rupture qui change la suite de l entretien. Perry propose de repérer les changements présentés dans le tableau 3 à la fin du document. Quand l examinateur repère un changement dans le discours du sujet il déterminera s il s agit d une rupture défensive (support de la fonction défensive) et si tel est le cas il annotera en marge le début et la fin de la défense. Établissement d une liste de défenses différentielles et choix de la meilleure défense Après avoir repérer l activité défensive dans le discours, l examinateur devra identifier la fonction des mécanismes de défense qui se manifestent dans la partie du texte repérée (par un trait continu en marge de la transcription). Les défenses peuvent avoir plusieurs fonctions comme le montre le tableau 4 en fin de document. A ce stade, quand une fonction défensive peut être attribuée et précisée dans le texte, il conviendra de sélectionner les mécanismes de défense d après leurs définitions (Tableau 5) et leurs fonctions (Tableau 6). Pour chacun des mécanismes de défense, les DMRS propose une liste de mécanismes de défense ayant une fonction proche afin de faciliter l établissement d une liste différentielle de mécanismes de défense. Parmi cette liste, l examinateur effectuera une analyse très fine des définitions et fonctions de chacune des défenses afin de sélectionner celle qui qualifiera le mieux le passage repéré. Particularité de la cotation des défenses : Si en général, un passage défensif donne lieu à l identification d un mécanisme de défense au sein d une liste différentielle, certains cas particuliers peuvent se présenter. Défenses superposées : parfois, la défense identifiée ne couvre pas l ensemble des caractéristiques du passage repéré. Dans ce cas, le sujet peut avoir combiné l utilisation de deux mécanismes de défense. Ce cas est extrêmement rare mais il est important de garder à l esprit que si le choix définitif ne permet pas d expliquer la totalité de la fonction défensive repérée, il est possible d envisager l ajout d un autre mécanisme de défense. Défenses cotées dans une autre défense : comme nous l avons envisagé pour le repérage d une activité défensive qui durerait tout le temps d un dialogue, le cas du repérage d une activité défensive sur une longue période d entretien pose le problème des défenses superposées. Une deuxième défense peut parfois être repérée dans de longs extraits correspondants à une autre défense. Perry souligne que cette deuxième défense apparaît en général de façon très brève (parfois non repérée) pour mettre de côté une menace ou une déception. Matériel peu explicite : quand l examinateur ne dispose pas de suffisamment de matériel discriminant pour identifier clairement une défense alors que la présence d une activité défensive ne fait pas de doute, il pourra hésiter entre plusieurs mécanismes de défenses. Dans le cas où il ne peut pas faire un choix définitif au sein de sa liste différentielle, l examinateur ne retiendra aucune défense. Si une activité défensive est bien présente à ce moment de l entretien, on pourra faire l hypothèse que la défense se manifestera de façon plus explicite à un autre moment de l entretien. Aspect chronologique : la question du temps dans la cotation des défenses peut poser problème. Au cours d un entretien, le sujet peut évoquer des évènements relatifs à son passé. Même s il est possible d identifier clairement un mécanisme de défense à ce moment, on ne pourra pas dire si cette défense est toujours utilisée actuellement. De plus, on ne pourra pas savoir si la défense relevée a effectivement été utilisée à l époque et que le sujet ne fait que la rapportée ou s il s agit d une ré-interprétation du passé sous l effet d un mécanisme de défense plus actuel. Pour éviter tous problèmes méthodologiques liés aux effets rétroactifs dans l entretien, il conviendra de garder une homogénéité dans la cotation. Seuls les éléments rapportés par le sujet concernant les deux dernières années seront considérés comme actuels. Ces 16

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. éléments seront cotés ensemble dans le même profil défensif. D un autre côté, si des défenses peuvent être cotées dans le passé (entretien d anamnèse, souvenirs, retours sur des épisodes passés ), il faudra en tenir compte car ce sont des éléments cliniques importants. La précaution consistera à les cotés séparément des plus récentes ce qui donnera lieu à un profil «passé». La question de savoir si le sujet perçoit son passé à travers ses défenses actuelles ou si le sujet ne fait que livrer des défenses telles qu elles étaient à l époque demeurera toujours difficile à clarifier. Cette clarification sera d autant plus facile à faire que les éléments passés actuels seront séparés sur deux feuilles de cotation distinctes. Hiérarchie des défenses, score défensif global (SDG, Overall Defensive Functioning score) Après la notation par l une ou l autre des cotations il sera possible d établir une note globale pour qualifier le niveau de recours aux mécanismes de défense (Score Défensif Global) Principes : Comme nous l avons vu, chaque mécanisme de défense est répertorié au sein d un niveau défensif et la classification concernée dénombre 7 niveaux défensifs du plus mature (niveau 7) au plus immature (niveau 1). Ces 7 niveaux de défenses sont pondérés de façon hiérarchique comme indiquée ci-après : 7. Mature Affiliation, altruisme, anticipation, humour, affirmation de soi, introspection, sublimation, répression 6. Obsessionnel Isolation, intellectualisation, annulation rétroactive 5. Névrotique Refoulement, dissociation, formation réactionnelle, déplacement 4. Narcissique Omnipotence, idéalisation, dépréciation 3. Désaveu Déni névrotique, projection, rationalisation 2. Borderline Clivage de la représentation de soi et de l objet, identification projective 1. Action Passage à l acte, agressivité passive, hypocondrie additionnées pour donner un score brut par niveau (Total du niveau). Chaque total par niveau est ensuite multiplié par sa pondération respective (pondération du niveau). A partir de ces notes on obtient deux nombres : 1) la somme des totaux pondérés 2) la somme des pondérations Note : si un niveau n est pas utilisé par le sujet il n apparaît pas dans les calculs. Le Score Global Défensif s obtient en divisant le nombre 1) par le nombre 2). Le chiffre obtenu se situera obligatoirement entre 1 : niveau défensif bas et 7 : niveau défensif élevé. Si la cotation quantitative a été utilisée, deux autres niveaux d organisation défensive peuvent être décrits à l aide de deux calculs supplémentaires 1. Le score défensif individuel C est le nombre d occurrence d une défense divisé par le nombre d occurrences de toutes les défenses. Ce chiffre est très intéressant car il donne un pourcentage pour chaque défense par entretien (score défensif proportionnel). Ce chiffre permet d ajouter des comparaisons pour un même sujet dans différents cadres d entretiens. 2. Le profil défensif Il est calculé à partir de la somme des occurrences des mécanismes de défense pour un niveau donné. Cette somme est ensuite rapportée sur le total des occurrences de mécanismes de défense pour donner un pourcentage de profil défensif (e.g. «le profil défensif du sujet est constitué de 60% d utilisation du niveau défensif mature, 30% du niveau de l agir») Ces deux scores supplémentaires ne sont applicables que pour la cotation quantitative et donnent lieu à des appréciations plus fines tant au niveau interprétatif que statistique en autorisant des comparaisons entre des sujets différents mais aussi pour un même sujet dans des contextes d entretiens différents (type d entretiens, thèmes abordé ). Comme nous pouvons le voir, la pondération est d autant plus élevée que le niveau défensif est mature. Si la méthode qualitative a été choisie, chaque mécanisme de défense se verra attribuée une des trois notes possibles (0, 1, 2). La méthode quantitative quant à elle donne lieu à des notes allant de 0 à un maximum non défini. A l intérieur de chacun des niveaux défensifs, ces notes sont 17

Les mécanismes de défense O. GRONDIN, MCU Psychologie clinique, Département de Psychologie, Université Victor Segalen Bordeaux2. Bibliographie 1. Laplanche J, Pontalis JB. Vocabulaire de la Psychanalyse. Paris: PUF; 1997. 2. (*)Ionescu S, Jacquet MM, Lhote C. Les mécanismes de défenses: théorie et clinique. Paris: Nathan Université; 1997. 3. American Psychological Association. Diagnostic and statistical manual of mental disorders. 4ème éd. Washington; 1994. 4. Bruchon-Schweitzer M. Vulnérabilité et résistance aux maladies: Le rôle des facteurs psychosociaux. In: Bruchon-Schweitzer M, Quintard B, editors. Personnalité et Maladies. Paris: Dunod; 2001. 5. Perry JC, Kardos ME. A review of the defense mechanism rating scales. In: Conte HR, Plutchik R, editors. Ego defenses Theory and measurement. New York: J. Wiley and Sons; 1995. 6. (*)Vaillant GE. Adaptive mental mechanisms. Their role in a positive psychology. American Psychologist. 2000;55:89-98. 7. Freud A. Le normal et le pathologique chez l'enfant. Paris: Gallimard; 1968. 8. Davidson K, MacGregor MW. A critical appraisal of self-report defense mechanism measures. Journal of Personality. 1998;66:965-92. 9. (*)Chabrol H, Callahan S. Mécanismes de défense et coping. Paris: Dunod; 2004. 10. Andrews G, Singh M, Bond M. The defense style questionnaire. Journal of Nervous and Mental Disease. 1993;181:246-56. 11. Tullio-Henriksson A, Poikolainen K, Aalto-setala T, Lonnqvist J. Psychological defense styles in late adolescence and young adulthood: A follow-up study. Journal of American Academy of Child and Adolescent Psychiatry. 1997;36:1148-53. 12. Holi MM, Sammallahti PR, Aalberg V. Defense styles explain psychiatric symptoms: An empirical study. Journal of Nervous and Mental Disease. 1999;187:654-60. 13. Laor N, Wolmer L, Cicchetti DV. The comprehensive assessment of defense style: Measuring defense mechanisms in children and adolescents. Journal of Nervous and Mental Disease. 2001;189:360-8. 14. Tori CD, Bilmes M. Multiculturalism and psychoanalytic psychology: The validation of a defense mechanisms measure in an asian population. Psychoanalytic Psychology. 2002;19:701-21. 15. Thienemann M, Shaw RJ, Steiner H. Defense style and family environment. Child Psychiatry and Human Development. 1998;28:189-98. 16. Araujo K, Ryst E, Steiner H. Adolescent defense style and life stressors. Child Psychiatry and Human Development. 1999;30:19-28. 17. Spinhoven P, Kooiman CG. Defense style in depressed and anxious psychiatric outpatients: An explorative study. Journal of Nervous and Mental Disease. 1997;185:87-94. 18. Simeon D, Guralnik O, Knutelska M, Schmeidler J. Personality factors associated with dissociation: Temperament, defenses, and cognitive schemata. American Journal of Psychiatry. 2002;159:489-91. 19. Smith C, Thienemann M, Steiner H. Defense style adaptation in adolescents with depression and eating disorders. Acta Paedopsychiatrica. 1992;55:185-6. 20. Sammallahti PR, Aalberg V, Pentinsaari JP. Does defense style vary with severity of mental disorder? An empirical assessment. Acta Psychiatrica Scandinavica. 1994;90:290-4. 21. Perry JC. Defense mechanisms in impulsive versus obsessive-compulsive disorders. In: Oldham J, Skodol AE, editors. Impulsive versus obsessive-compulsive disorders. Washington, DC: American Psychiatric Press; 1996. 22. Perry JC, Perry JC, Cooper SH. An empirical study of defense mechanisms: I. Clinical interview and life vignette ratings. Archives of General Psychiatry. 1989;16:444-52. 18

23. Perry JC, Cooper SH. A preliminary report on defenses and conflicts associated with borderline personality disorder. Journal of the American Psychoanalytic Association. 1986;34:865-95. 24. Ianni F, Perry JC, Banon L. Defense mechanisms and axis I and II disorders. Symposium on Dynamic Research in Personality Disorders, American Psychiatric Association Annual Meeting. New York City; 1996. 25. Bloch AL, Bloch AL, Shear MK, Markowitz JC, Leon AC. An empirical study of defense mechanisms in dysthymia. American Journal of Psychiatry. 1993;150:1194-8. 26. Muris P, Winands D, Horslenberg R. Defense style, personality traits, and psychopathological symptoms in nonclinical adolescents. Journal of Nervous and Mental Disease. 2003;191:771-80. 27. (*) Perry JC. Echelles d'évaluation des mécanismes de défense. Paris: Masson; 2004. (*) Lectures particulièrement recommandées

Tableau 1. Tableau des principaux mécanismes de défense dans différents types de classements Mécanismes de défense IONESCU A.FREUD DSM IV PERRY 1. Affiliation + + + 2. Affirmation de soi + + + 3. Agression passive + + + 4. Altruisme + + + 5. Annulation rétroactive + + + + 6. Anticipation + + + 7. Ascétisme de l'adolescent + 8. Clivage des représentations de soi + + + 9. Clivage des représentations d'objet + + + 10. Contre-investissement + Il. (Dé)négation + 12. Déni + 13. Déplacement + 14. Dépréciation + 15. Dissociation + 16. Formation réactionnelle + + + + 17. Humour + + + 18. Hypocondrie + 19. Idéalisation 20. Identification + 21. Identification à l'agresseur + 22. Identification projective + + + 23. Intellectualisation + + + 24. Introjection + + 25. Introspection + 26. Isolation + + + 27. Omnipotence + 28. Passage à l'acte (activisme) + + + 29. Projection + + + + 30. Rationalisation + + + 31. Refoulement + + + + 32. Régression + + 33. Renversement dans le contraire + + 34. Répression (mise à l'écart) + + + 35. Retournement contre soi + + + 36. Retrait apathique + 37. Rêverie autistique + + + 38. Sublimation + + + +

Tableau 2. Principaux types d'outils utilisés pour une évaluation clinique des mécanismes de défense Entretiens Échelles basées sur des définitions opérationnelles et consensuelles des mécanismes de défense Permet l identification des MDD utilisés par un sujet dans tous types d entretien Importance de la formation personnelle à la méthode. --------------------------------------------------------------------------- Échelle de fonctionnement défensif du DSM-IV (DSM-IV, 1994); Échelles d Évaluation des Mécanismes de défense (Perry, 1995); Expanded Structured Interview (Hall et al, 1998) Tests A l heure actuelle pas de traduction/validation en langue française Basées sur des histoires présentant des situations conflictuelles: DMI Phrases à compléter :DMP --------------------------------------------------------------------------- Defense Mechanisms Inventory (Ihilevich, Gleser, 1991) Defense Mechanism Profile (Johnson, 1982) Questionnaires Évaluent les dérivés conscients des MDD (Questions directes) Très utilisés dans la recherche Bonne qualité psychométrique ------------------------------------------------------------------------------------------- Le plus utilisé : DSQ Life Style Index (Plutchik et al., 1979); Inventory of Personality Organisation (Kernberg, Clarkin, 1994); Defense Style Questionnaire (Bond et al., 1983), Comprehensive Assesment of Defense Style (Laor et al., 2001) Tests projectifs Objet de l évaluation: Défenses habituelles ou défenses en situation régressive? Études menées par les auteurs montrent une validité insatisfaisante ------------------------------------------------------------------------------------------- Lerner Defense Scale (Lerner et al., 1987) Rorschach Defense Scale (Cooper et al., 1988) TAT: Defense Mechanism Manual (Cramer, 1991)

Tableau 3. Éléments en faveur de l apparition d une défense dans l entretien d après Perry (1995) Apparition / présence d un affect inattendu Changement soudain dans le ton de la voix Manifestation d un affect différent de celui qui pourrait être associé au récit Absence d un affect alors qu il est attendu Manifestation d un affect sans être en mesure d en parler directement ou en détail Changements majeurs dans le discours du sujet Expression d une idée qui s avère peu plausible Contradiction entre deux ou plusieurs idées Commentaire inattendu à l endroit de l interviewer ou du thérapeute Comportement verbal soudain, bruyant, imprévu Changements inattendus dans les thèmes abordés par le sujet Discours visant à éviter un thème Évocation d un thème particulier de façon excessivement émotive Réaction offusquée alors qu il y a peu de raison de l être Description non réaliste de soi ou des autres, déformée ou caricaturale Discours confus, explications visant à camoufler ou déformer la réalité Tableau 4. Fonctions principales des mécanismes de défense Transformer/ modifier un désir anxiogène ou conflictuel de façon à le rendre plus facilement supportable Aider les autres de façon à s aider soi-même à supporter un conflit ou un facteur anxiogène Faire en sorte qu un désir est satisfait de façon aussi directe que possible, et ce malgré certains conflits ou facteurs anxiogènes Remettre à un moment plus opportun la satisfaction d un désir ou l expression d un conflit Éviter d affronter un conflit pour se consacrer à des conflits moins importants Se défendre contre des sentiments de culpabilité suite à certains propos Se défendre contre des sentiments de culpabilité portant sur un affect ou une représentation Minimiser ses sentiments à l endroit d un objet tout en étant capable d en discuter Exprimer quelque chose sans être conscient que cela nous appartient Augmenter l estime de soi sans faire d effort concret Éviter et mettre de côté des menaces ou déceptions Nier un problème Se mentir au sujet de quelque chose qui risque autrement d entraîner des sentiments de honte ou de culpabilité Conserver un intérêt pour un désir (chez autrui) que l on nie chez soi, inciter autrui à se comporter de façon malintentionnée afin de justifier notre colère à son égard Se défaire d une pulsion ou d un sentiment de façon soudaine et en mettant de côté toute inhibition Faire obstacle à autrui tout en se montrant coopérant Punir autrui tout en demandant de l aide et de la compréhension

Tableau 5. Définitions et diagnostics différentiels des 27 mécanismes de défense des Echelles d'évaluation des mécanismes de défense (Perry, 1995). NOM DEFINITIONS Diagnostic PASSAGE A L'ACTE AGRESSION PASSIVE (RETOURNEMENT CONTRE SOI) Le sujet gère ses conflits affectifs, ou ses facteurs de stress internes ou externes, en agissant sans réfléchir et sans considé ration pour les conséquences négatives de ses actes. Le passage à l'acte comprend l'expression de sentiments, souhaits ou pulsions par un comportement incontrôlé et avec un dédain apparent pour les conséquences sociales ou personnelles. Cela se produit en général en réaction à des événements interpersonnels avec des personnes qui comptent dans la vie du sujet, telles que parents, relations d'autorité, amis ou partenaires sentimentaux. Cette définition est plus large que le concept initial de passage à l'acte provoqué par des sentiments liés au phénomène de transfert ou des souhaits au cours d'une psychothérapie. Elle comprend une fo rme de comportement se produisant tout autant dans ou hors de la relation de transfert. Le terme n'est pas synonyme de «mauvais comportement», ni d'aucun symptôme proprement dit, même si le passage à l'acte implique souvent un comportement autodestructeur ou socialement perturbateur. Ce que l'on appelle comportements de passage à l'acte, comme la confrontation physique, ou l'utilisation compulsive de drogue, doit révéler un degré de relation avec les affects ou pul sions que l'individu ne peut pas tolérer, pour pouvoir servir de preuve du passage à l'acte défensif. L'individu réagit à des conflits affectifs, ou bien à des causes de stress internes ou externes en exprima nt indirectement et sans conviction une agressivité envers les autres. Une façade de conciliation apparente masque une résistance cachée aux autres. L'agression passive se caractérise par la décharge de sentiments hostiles ou vindicatifs d'une manière indirecte, voilée, sans assurance, à l'encontre d'autrui. L'agression passive se développe souvent en réaction à des exigences fortes d'action indépendante ou de performance de la part du sujet ou lorsqu'on a déçu les désirs du sujet ou son senti ment d'avoir droit à une prise en charge, que le sujet ait exprimé ce souhait ou pas. Le terme englobe la notion de «retournement contre soi -même». différentiel Dissociation; Identification projective Hypocondrie, Comportement autodestructeur ou dangereux, Déplacement HYPOCONDRIE CLIVAGE L'hypocondrie implique l'utilisation répétitive d'une plainte ou d'une série de plaintes par lesquelles le sujet demande ostensiblement de l'aide. Toutefois, des sentiments cachés d'hostilité ou de ressenti ment envers les autres sont exprimés simultanément par le rejet des suggestions ou conseils des autres, ou de tout ce qu'ils peuvent lui offrir. Les plaintes peuvent être des préoccupations somatiques ou des problèmes existentiels. Chaque type de plainte est suivi par une réac - tion de rejet de toute aide. L'individu répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en se considérant lui/elle -même et autrui comme tout bon ou tout mauvais, ne parvenant pas à intégrer ses propres qualités et défauts ni ceux d'autrui dans des images cohérentes ; le même sujet est souvent idéalisé et déprécié alternativement. En clivant les images d'autrui (images objectales), le sujet démontre que ses points de vue, attentes et sentiments au sujet d'autrui sont contradictoires et qu'il est incapable de concilier ces différences pour former des images réalistes et cohérentes des autres. Les images objectales sont divisées en deux pôles opposés, de sorte que le sujet ne peut percevoir qu'un seul aspect émotionne l de l'objet à la fois. Les objets sont perçus en noir ou en blanc. À un instant donné, un objet ne sera perçu qu'avec des traits de caractère positifs t els que aimant, puissant, digne, protecteur et bienveillant, sans attributs ayant une charge émotionnelle contraire. À un autre moment, l'objet sera perçu comme mauvais, détestable, en colère, destructeur, rejetant ou indigne, et le sujet est incapable d'y voir la moindre qualité. Dans les conversations, le sujet parle en général de certains individus en t ermes entièrement positifs et d'autres en termes entièrement négatifs (comme si l'univers était partagé en deux camps, le bon et le mauvais). Le déclic qui fait passer la perception d'un objet de bonne à mauvaise est imprévisible. Le clivage se manifeste d e deux manières. Le sujet Agression passive, Dissociation, Annulation, Dépréciation Identification, Dépréciation, Annulation

IDENTIFICATION PROJECTIVE DENI NEVROTIQUE (MINEUR) PROJECTION RATIONALISATION peut commencer par décrire un objet entièrement d'une façon pour ensuite décrire ce même objet en termes opposés. En second lieu, chaque objet est simplement rassemblé avec d'autres en deux tas, bon ou mauvais, positif ou négatif. Quand le sujet a recours au clivage des images objectales, il ne peut rien intégrer qui ne corresponde à son vécu immédiat et ses sentiments p our un objet donné. Tous les qualificatifs de la même couleur affective sont appuyés, et les points de vue, attentes ou sentiments contradictoires pour l'objet sont exclus du conscient émotionnel, mais pas nécessairement du conscient cognitif. Le clivage de sa propre image se produit parallèlement à celui de l'image des autres, dans la mesure où l'apprentissage de s deux clivages s'est fait par réaction à l'imprévisibilité de ceux qui ont compté précocement pour le sujet. Dans le clivage de sa propre image, le sujet démontre qu'il a des points de vue, des attentes et des sentiments contradictoires sur lui-même, qu'il est incapable de concilier en un ensemble cohérent. Les images du soi sont divisées en des positions opposées : à un moment donné, la prise de conscience du sujet se limite aux aspects du soi qui sont de la même couleur affective. À un moment donné, le sujet est persuadé qu'il est lui-même aimant, puissant, digne, correct et plein de bons sentiments, et à un autre moment il sera persuadé du contraire, qu'il est mauvais, détestable, coléreux, destructeur, faible, impuissant, indigne ou toujours en tort, et n'éprouve que de mauvais sentiments sur lui-même. Le sujet est incapable de se percevoir comme un mélange plus réaliste d'attributs à la fois positifs et négatifs. De plus, le passage d'une perception exclusive du soi, à un pôle, jusqu'à une tona lité affective opposée, est imprévisible. Dans l'identification projective, le sujet éprouve un affect ou une pulsion qu'il trouve inacceptable et qu'il attribue à que lqu'un d'autre, comme si cette personne en était réellement à l'origine. Toutefois, à la différence de la projection simple, il ne désavoue pas totalement ce qui est projeté mais reste conscient de ses affects ou pulsions, qu'il attribue à tort à autrui comme des r éactions justifiées. A partir de là, le sujet finira par admettre son affect ou sa pulsion, mais comme une réaction aux mêmes sentiments et pulsions chez autrui. Il oublie le fait que c'est lui-même qui est à l'origine des intentions projetées. Ce mécanisme de défense est plus clairement décelable au cours d'échanges prolongés pendant lesquels le sujet commence par protéger ses sentiments mais vit ensuite ses sentiments initiaux comme des réactions à autrui. Paradoxalement, il n'est pas rare qu'il induise véritableme nt chez autrui les sentiments qu'il a cru y déceler. Il est alors difficile d'établir la chronologie exacte du «qui a fait quoi à qui». Ce processus est plus étendu que la projection simple, qui comprend le déni suivi de l'attribution externe d'une pulsion. L'identification projective implique l'attribution d'une image de sorte que tout l'objet est vu sous un jour déformant et que le sujet y réagit d'une manière également faussée. Le sujet répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en refusant de reconnaître certains aspects de la réalité de son expérience, pourtant évidentes pour autrui. Le sujet dénie activement qu'un sentiment, une réact ion comportementale ou une intention (passée ou présente) est ou n'est pas présent, même si sa présence est considérée comme plus que probable par l'observateur. Le sujet méconnaît les contenus idéiques et affectifs de ce qui est nié. (Cela exclut le déni psychotique, dans lequel le sujet refuse de reconnaître un objet physique ou un événement réel dans son vécu présent.) Le sujet répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en attribuant à tort à autrui ses propres sentiments, pulsions ou pensées inacceptables. Le sujet désavoue ses propres sentiments, ses intentions et son vécu en les attribuant aux autres, généralement à ceux par lesquels il se sent menacé et avec lesquels il ressent le plus d'affinités. Le sujet répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en dissimulant les motivations réelles de ses propres pensées, actes ou sentiments derrière des explications rassurantes ou complaisantes, mais erronées. Projection, Passage à l'acte Refoulement, Dissociation, Formation réactionnelle Dépréciation, Identification projective, Rationalisation Mensonge, Intellectualisation, Projection

REVERIE AUTISTIQUE L'individu gère ses conflits intérieurs ou extérieurs par un excès de fantasmes se substituant aux relations humaines, à des actes plus efficaces ou à la solution des problèmes. La rêverie se substitue à la prise en compte ou à la solution de problèmes comme moyen d'exprimer ou de satisfaire ses sentiments ou ses envies. L'individu peut être conscient de la nature substitutive de la rêverie, mais c'est néanmoins la seule manière dont il dispose pour exprimer son besoin de relations gratifiantes. DEPRECIATION L'individu gère ses conflits affectifs ou ses facteurs de stress internes ou externes en attribuant à autrui ou à lui-même des défauts exagérés. IDEALISATION Le sujet répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en s'attribuant - ou en attribuant à autrui - des qualités exagérées. OMNIPOTENCE REFOULEMENT DISSOCIATION C'est un mécanisme de défense par lequel le sujet répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en se montrant ou en se comportant de manière supérieure aux autres comme s'il possédait des capacités ou des pouvoirs supérieurs à ceux des autres. Le sujet répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en se trouvant incapable de se rappel er ou d'être cognitivement conscient de souhaits, sentiments, pensées ou expériences désagréables ou dérangeantes. Le sujet répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes par une altération temporaire des fonctions d'intégration de la conscience, de la mémoire et de sa propre identité. Dans la dissociation, un affect ou une pulsion dont le sujet n'est pas conscient se produit dans sa vie hors de sa conscience. La représentation ainsi que l'affect ou la pulsion associée restent hors du conscient mais s'expriment par une altération de la conscience. Alors que le sujet peut avoir l'impr ession que quelque chose d'inhabituel se passe dans de tels moments, il n'a pas conscience que ses propres affects ou pulsions sont en train de s'exprimer. La dissociation peut entraîner une altération fonctionnelle ou un comportement inhabituel. Passage à l'acte, Omnipotence, Anticipation Projection, Clivage Clivage Formation réactionnelle, Clivage Déni, Dissociation Mensonge, Déplacement Formation réactionnelle Isolation Refoulement FORMATION REACTIONNELLE DEPLACEMENT ISOLATION INTELLECTUALISATION ANNULATION Le sujet répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en substituant à un comportement, à des pensées ou à des sentiments personnels inacceptables d'autres qui leur sont diamétralement opposés. Le sujet répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en généralisant ou en déplaçant un sentiment ou une réponse d'un objet vers un autre, habituellement moins menaçant. La personne qui a recours au déplacement peut être ou non consciente que l'affect ou la pulsion exprimée envers l'objet déplacé était destiné à quelqu'un d'autre. Le sujet répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes et externes en étant incapable d'éprouver simultanément les éléments cognitifs et affectifs d'une expérience en raison d'un refoulement de ses affects. Dans le mécanisme de défense de l'isolation, le sujet perd la notion des sentiments associés à une idée donnée (par exemple : un événement traumatisant) tout en restant conscient des éléments cognitifs (détails descriptifs). Seul l'affect est perdu ou écarté alors que la représentation reste consciente. Il s'agit de l'inverse du refoulement, où l'affect est préservé mais la représentation est é cartée et non reconnue. Parfois, l'affect peut être momentanément détaché de la représentation associée. Il est par la suite ressenti sans association à l'expérience et l'idée originales. Il y a plutôt un intervalle neutre d'intervention entre la connaissance de l a représentation et le vécu des affects associés. Le sujet répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes par un usage excessif de la pensée abstraite, pour éviter de ressentir des sentiments dérangeants. Le sujet répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en adoptant un comportement destiné à corriger symboliquement ou nier des pensées, des sentiments ou des actions antérieures. Annulation Dissociation, Agression passive Projection Intellectualisation Isolation, Rationalisation, Projection Clivage, Formation réactionnelle

CAPACITE DE RECOURS A AUTRUI ALTRUISME ANTICIPATION AUTO-AFFIRMATION OU AFFIRMATION DE SOI HUMOUR INTROSPECTION SUBLIMATION REPRESSION L'individu répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en se tournant vers les autres pour rechercher de l'aide ou un soutien. Il peut s'exprimer, confier ses problèmes et se sentir moins seul ou moins isolé dans son problème ou son conflit. Cela peut aussi aboutir à recevoir des conseils ou une aide concrète. L'aptitude à se confier condui t à une augmentation de la capacité de l'individu à faire face, l'autre apportant une reconnaissance affective et un soutien. La capacité de recours à autrui n'implique pas de confier à l'autre la résolution de ses problèmes, pas plus qu'elle n'implique de forcer quelqu'un à aider ou de paraître désarmé pour susciter l'aide d'autrui. Cette capacité de recours ne se manifeste pas par l'appartenance à un groupe social (église, associations, alcooliques anonymes) ou par le fait de consulter. Elle se manifeste plutôt et elle se révèle par les échanges que le sujet établit au sein du groupe social en rapport avec ses problèmes ou conflits ou par le fait de se confier aux autres. L'individu répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en s 'attachant à répondre aux besoins des autres, en partie comme moyen de satisfaire ses propres besoins. En faisant preuve d'altruisme, le sujet reçoit u ne gratification partielle, soit sous forme de bénéfice secondaire, soit directement de par la réponse d' autrui. Le sujet a généralement conscience, dans une certaine mesure, que ses propres besoins ou sentiments sous-tendent ses actes altruistes. Il peut exister également une récompense directe ou une raison d'intérêt personnel cachée derrière les actes altruistes. Pour noter la présence de l'altruisme, il est nécessaire de trouver une relation directe, fonctionnelle démontrable entre les sentiments du sujet et la réponse altruiste. Le sujet atténue les conflits affectifs ou les facteurs de stress non seulement en envisageant des alternatives réalistes et en anticipant les conséquences émotionnelles de problèmes à venir, mais en vivant réellement cette détresse par un processus de représentation des idées stressantes et des affects. Cette «répétition» permet au sujet d'élaborer une réponse plus adaptée au conflit anticipé ou au facteur de stress. L individu réagit aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress en exprimant directement ses pensées et sentiments de manière à atteindre ses objectifs. L auto-affirmation n est ni coercitive, ni indirecte, ni manipulatrice. Le but ou le rôle d un comportement d auto-affirmation est généralement claire pour toutes les parties intéressées. Le sujet réagit aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en faisant ressortir les aspects amusants ou ironiques du conflit ou des facteurs de stress. L'humour tend à relâcher la tension provoquée par le conflit d'une manière qui permet à tout le monde d'en bénéficier, au lieu de n'y impliquer qu'une seule personne comme c'est le cas des commentaires moqueurs ou cinglants. Il y a d'autre part souvent une part d'autocritique ou de vérité dans l'humour. Le sujet réagit aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en s'interrogeant sur ses propres pensées, sentiments, motivations ou comportements. Il est capable de se voir lui-même comme il est vu par autrui dans ses relations interpersonnelles et se trouve donc mieux à même de comprendre les réactions d'autrui à son égard. Ce mécanisme de défense n'est pas équivalent à faire simplement des observations sur soi ou parler de soi. L'individu réagit aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en canalisant plutôt qu'en inhibant des sentiments ou pulsions potentiellement déplacés en un comportement socialement acceptable. On ne notera la présence de ce mécanisme de défense que si une relation très forte peut être démontrée entre les sentiments et le schéma de réponse. Les exemples les plus classiques de l'utilisation de la sublimation sont le sport et les compétitions destinés à canaliser les pulsions de colère, ou la création artistique qui exprime les sentiments conflictuels. Le sujet réagit aux conflits affectifs ou aux facteurs de stress internes ou externes en évitant délibérément de penser aux problèmes, souhaits. sentiments ou expériences gênants, et ce, temporairement. Il peut par exemple chasser de son esprit certaines choses Hypocondrie, Altruisme Projection et Passage à l'acte, Formation réactionnelle, Sublimation, Capacité de recours à autrui Rêverie autistique, Annulation Agression passive Passage à l acte Déplacement Dépréciation, Agression passive, Blagues Rêverie autistique, Rationalisation, Omnipotence Déni hypomaniaque Déplacement Altruisme Refoulement

jusqu'au moment choisi pour les régler : c'est un report, pas de l'atermoiement. La répression peut également revenir à ne pas penser quelque chose à un moment donné pour ne pas être empêché de s'engager dans une activité plus importante (par exemple : ne pas s'étendre sur les problèmes annexes pour traiter un problème pressant particulier). Le sujet a rapidement accès au matériel maintenu à l'écart de son attention consciente. Puisqu'il n'a pas été oublié.

Tableau 6. Fonctions et diagnostics différentiels des 27 mécanismes de défense des Echelles d'évaluation des mécanismes de défense (Perry, 1995). NOM FONCTIONS Diagnostic PASSAGE A L'ACTE AGRESSION PASSIVE (RETOURNEMENT CONTRE SOI) HYPOCONDRIE Le passage à l'acte permet au sujet d'évacuer ou d'exprimer des sentiments ou pulsions au lieu de les supporter et réfléchir sur les événements pénibles qui les stimulent. Les éléments suivants y sont présents. Tout d'abord, le sujet ressent des sentiments ou envies qu'il ne peut exprimer, par inhibition. Le vécu de la pulsion initiale entraîne très vite une tension nerveuse et une anxiété accrues. En deuxième lieu, le sujet «court-circuite» la prise de conscience et suspend toute tentative d'attente, de réflexion ou de planification d'une stratégie propres à gérer l'impulsion à agir ou le sentiment. Il s'exprime immédiatement par un comportement sans tenir compte des conséquences. À la suite du passage à l'acte, la réflexion peut revenir et en général le sujet se sent coupable et s'attend à une forme de punition, sauf si un autre mécanisme de défense entre enjeu, comme le déni ou la rationalisation («J'en étais désolé, mais je devais en passer par là. C'est de sa faute, on m'a provoqué»). Le passage à l'acte est un mode de défense inadapté car il n'atténue pas le conflit intérieur et souvent il fait peser sur le sujet des conséquences extérieures négatives graves. La personne qui utilise l'agression passive s'attend à être punie, frustrée ou éconduite si elle exprime des besoins ou des sentiments directement envers quelqu'un en position de pouvoir ou d'autorité sur elle. Le sujet se sent impuissant et plein de ressentiment. Cette attente est plus particulièrement prononcée dans les relations hiérarchiques. Le ressentiment s'exprime par une prise de position passive : le sujet a droit précisément aux choses qu'il ne revendique pas ouvertement, ou prétend à une exonération particulière. Il tire aussi un certain plaisir du malaise que son comportement d'agression passive provoque chez les autres. L'expression passive de la colère par des attitudes de procrastination systématique et injustifiée et des oublis devient vite un moyen d'exprimer les sentiments suivants : - la conviction que le sujet a le droit de rester passif en attendant que ses besoins soient satisfaits ; - le besoin d'apparaître bien intentionné, évitant ainsi les représailles contre l'expression directe d'affects, besoins et ressentiment ; - le besoin d'exprimer le ressentiment éprouvé envers ceux qui formulent des exigences, par une attitude non conciliante cachée qui énerve les autres, et obtenir une certaine satisfaction ou vengeance, même si cela implique de se faire souffrir soimême. Dans les cas extrêmes, le ressentiment n'est pas simplement exprimé de façon indirecte à l'encontre de l'autre, mais en fait il est retourné contre le soi, en une manière d'atteindre l'autre. L'hypocondrie est un mécanisme de défense contre la colère ressentie par le sujet à chaque fois qu'il ou elle ressent le besoin d'une dépendance affective envers les autres. La colère vient de la conviction, ou plus souvent de l'expérience antérieure que personne ne pourra vraiment satisfaire les besoins qu'il ressent. Le sujet exprime sa colère comme un reproche indirect en refusant l'aide comme «insuffisante», tout en continuant à en réclamer toujours plus. Au lieu de faire fuir l'autre par une expression de colère, l'utilisation de l'hypocondrie le lie au sujet par la demande masquée d'aide. L'expression par le sujet de sa vulnérabilité/impuissance face au problème du moment traduit en fait un sentiment d'impuissance à obtenir de l'aide, le réconfort et l'attention désirés, tout en évacuant de la rancœur par la déception anticipée que l'on ne lui apportera pas l'aide suffisante. différentiel Dissociation; Identification projective Hypocondrie, Comportement autodestructeur ou dangereux, Déplacement Agression passive, Dissociation, Annulation, Dépréciation

CLIVAGE IDENTIFICATION PROJECTIVE DENI NEVROTIQUE (MINEUR) PROJECTION RATIONALISATION Le clivage des images objectales et des images du Soi est un mécanisme de défense utilisé par le sujet en réponse à son angoisse de ternir la bonne image qu'il a des gens en laissant leurs mauvais côtés venir supplanter les bons. Le clivage des images objectales limite l'angoisse que le sujet ressentirait en essayant de discerner comment les autres pourraient réagir à son vécu ou à l'expression de ses besoins, sentiments, etc. En voyant les autres comme tout bons ou tout mauvais, il élimine la tâche anxiogène qui consiste à discerner comment les autres vont se comporter envers lui, une tâche qu'il considère comme impossible. Le sujet classera plutôt les gens en bons ou mauvais sur la base d'indices initiaux subtils (par exemple :«Il a froncé des sourcils quand j'ai pris la parole, donc il me hait») ou sur celle de sentiments internes (par exemple :«Je me sens si mal que je sais que tu dois me haïr, alors pourquoi devrais-je m'ouvrir à toi?»). Mais ce mécanisme de défense est inadapté, car le sujet agit de façon aussi imprévisible et irrationnelle envers autrui qu'il a luimême été traité ; il renonce aux compensations qu'il pourrait obtenir en étant plus souple dans ses interactions avec autrui. En utilisant ce mécanisme de défense, le sujet se crée de nouveaux amis et de nouveaux ennemis, mais pas de la manière réaliste qui prendrait en compte les caractéristiques propres à autrui. L'identification projective est le mécanisme de défense des personnes traumatisées qui se sentent irrationnellement responsables de leur traumatisme. Ce mécanisme de défense est mis en jeu lorsque des événements interpersonnels à valeur d'indice réveillent des souvenirs de situations ou d'échanges traumatisants et leurs suites. L'individu perçoit l'autre comme une menace et en retire une impression d'impuissance. Le sujet répond à cette menace imaginaire (ou partiellement vraie) en attaquant et en croyant que ses propres actes sont justifiés, bien qu'ayant lui-même provoqué l'autre. Le sentiment de culpabilité résultant de ses intentions agressives envers autrui ressort et est géré par une identification à l'autre, renforcée par la croyance que la menace/attaque sur le soi est méritée. Paradoxalement, le sujet induit souvent chez les autres le sentiment de culpabilité et d'impuissance qu'il ressent, ce qui peut faire reculer les autres. Le déni névrotique empêche le sujet qui l'utilise et ses interlocuteurs de reconnaître des sentiments, souhaits, intentions ou actions dont il pourrait être tenu pour responsable. Ce déni évite d'admettre ou de prendre conscience d'un fait mental (idée et sentiment) dont le sujet pense qu'il peut lui valoir des suites désagréables (honte, peine ou tout autre affect douloureux). La preuve en est établie quand il outrepasse son propre déni et ressent de la honte ou un autre affect à ce qu'il apprend sur luimême, s'excusant souvent auprès de l'interrogateur, etc. La projection non hallucinatoire permet au sujet de gérer des émotions et des motivations qui le rendent trop vulnérable (à la honte et à l'humiliation en particulier) pour qu'il accepte de les éprouver lui-même. À la place, il se préoccupe de ces mêmes émotions et motivations chez autrui. L'usage de la projection par conséquent l'oblige à se préoccuper continuellement de ceux en qui il a projeté ses sentiments intimes, et c'est un moyen de minimiser sa propre conscience de leur existence. La rationalisation consiste à substituer une raison plausible à un acte donné, une impulsion de la part du sujet, alors qu'une motivation plus égoïste ou plus difficile à admettre est évidente à l'observateur externe. Tandis que la motivation sous-jacente dissimulée peut être égoïste, elle peut aussi impliquer des sentiments d'amour ou d'attention qui peuvent gêner le sujet. On pense que le sujet est inconscient ou à peine conscient de sa vraie motivation sous-jacente ; il ou elle ne voit que la raison substituée, socialement plus acceptable, de l'acte. Les raisons invoquées par le sujet n'ont en général rien à voir avec une gratification personnelle, et déguisent ainsi sa véritable impulsion ou motivation, bien qu'un affect quelconque puisse être quand même perceptible. Identification, Dépréciation, Annulation Projection, Passage à l'acte Refoulement, Dissociation, Formation réactionnelle Dépréciation, Identification projective, Rationalisation Mensonge, Intellectualisation, Projection

REVERIE AUTISTIQUE DEPRECIATION IDEALISATION OMNIPOTENCE REFOULEMENT DISSOCIATION FORMATION REACTIONNELLE La rêverie permet au sujet d'obtenir une certaine gratification temporaire et secondaire en imaginant une solution à un vrai problème ou conflit. Il se sent bien pendant sa rêverie et évite ainsi un sentiment d'impuissance. En fait, pendant la rêverie c'est la conviction opposée (par exemple, l'omnipotence) qui est présente, à savoir que le sujet peut tout faire. La rêverie est un mécanisme inadapté lorsqu'elle se substitue à la prise en compte de la réalité, au lieu de composer avec elle. Parfois, pour satisfaire les besoins et résoudre les conflits, il peut y avoir une substitution globale du monde réel par la rêverie. Cela n'altère pas la capacité de perception et d'évaluation de la réalité extérieure. La dépréciation fait référence à l'utilisation d'affirmations grossières, sarcastiques ou négatives sur les autres ou sur soi-même, dans le but de stimuler son amour propre. La dévalorisation repousse la conscience des désirs ou la déception que ces souhaits ne soient pas satisfaits. Les commentaires négatifs sur les autres cachent généralement un sentiment de vulnérabilité, de honte ou de non-valeur que le sujet ressent par rapport à l'expression de ses propres désirs et de la satisfaction de ses propres besoins. Dans l'idéalisation, le sujet évoque des relations réelles ou prétendues avec les autres (y compris avec les institutions, les systèmes de croyance, etc.) quand ils sont puissants, importants, etc. Il s'agit d'une source de gratification et de protection contre les sentiments d'impuissance, d'insignifiance, de nullité, etc. Ce mécanisme de défense produit une sorte d'alchimie de valeurs. Le sujet voit certains autres trop bons et exagérément puissants et bien qu'il soit à même de reconnaître les aspects factuels des défauts ou travers de la personne idéalisée, il écarte le caractère significatif de ces derniers et préservant ainsi une image parfaite de la personne ou de l'objet. Ce mécanisme de défense protège le sujet contre la perte d'estime de soi inévitable lorsque des facteurs de stress provoquent des sentiments de déception, d'impuissance, de nullité, etc. L'omnipotence minimise subjectivement ces expériences, bien que cellesci puissent rester objectivement évidentes pour autrui. L'estime de soi est ainsi artificiellement poussée, au prix d'une déformation positive des représentations de soi. Ceci se produit en réponse à une expérience qui suscite des sentiments contraires. Le refoulement protège le sujet contre la prise de conscience de ce qu'il est en train de vivre ou a vécu dans le passé. Le sujet vit un affect, une pulsion ou un désir particulier, alors que la conscience réelle de ce que c'est, ou du concept qui y est associé, reste absente. Tandis que les éléments émotifs sont clairement présents et ressentis, les composants cognitifs restent hors du conscient. Quand le refoulement est utilisé, le sujet ressent des sentiments et des pulsions qu'il ne reconnaît pas, tout en ne reconnaissant pas non plus la situation ou la personne qui a pu les évoquer. Ignorant pourquoi ses pulsions et sentiments sont en jeu, le sujet les exprime sans les modifier ou les change en utilisant un mécanisme de défense supplémentaire. Par exemple, l'envie refoulée de frapper quelqu'un peut être transformée encore plus par un déplacement et se traduire par une crise de nerfs du sujet à propos d'un ennui sans gravité. Le matériel dissocié est en général vécu comme trop menaçant, trop conflictuel ou trop anxiogène pour être admis dans le conscient et reconnu par le sujet. Des exemples courants de matériel menaçant comprennent le souvenir d'un traumatisme et la peur de la mort qui l'accompagne, les sentiments d'impuissance, ou une pulsion soudaine de tuer un proche. La dissociation permet l'expression de l'affect ou de la pulsion en altérant la conscience, permettant à l'individu de se sentir moins coupable ou moins menacé. Dans la formation réactionnelle, un affect ou une pulsion originale est jugée inacceptable par le sujet et une substitution inconsciente s'effectue. Des sentiments, des pulsions et des comportements d'une couleur affective opposée sont substitués aux originaux. L'observateur ne décèle pas l'altération en soi, mais seulement son résultat. En supplantant les sentiments originaux inacceptables par leur contraire, le sujet évite les sentiments de culpabilité. Qui plus est, la substitution peut Passage à l'acte, Omnipotence, Anticipation Projection, Clivage Clivage Formation réactionnelle, Clivage Déni, Dissociation Mensonge, Déplacement Formation réactionnelle Isolation Refoulement Annulation

DEPLACEMENT ISOLATION INTELLECTUALISATION ANNULATION CAPACITE DE RECOURS A AUTRUI alimenter un souhait de se sentir moralement supérieur. Il est raisonnable de supposer qu'il y a formation réactionnelle quand un sujet réagit à un événement par une émotion à l'opposé des sentiments normalement évoqués chez les autres. Le plus clair exemple en est quand attention et préoccupation remplacent la colère ou la crainte vis-à-vis de ceux qui agissent contre le sujet. Ou bien quand la rudesse et le dénigrement remplacent le soin et l'intérêt jugés, eux, inacceptables. Le déplacement permet d'exprimer un affect, une pulsion envers une personne ou un autre objet semblable à celui qui a initialement suscité l'affect ou la pulsion. L'affect et/ou la pulsion sont exprimés pleinement et reconnus mais sont faussement redirigés vers une cible moins conflictuelle. Le déplacement autorise plus d'expression de l'affect et de gratification, même si l'objet de la pulsion est différent des autres mécanismes de défense névrotiques. Les individus qui se sentent menacés ou angoissés par leur vécu émotionnel peuvent toujours faire face confortablement aux idées et aux événements apparentés tandis que leurs affects associés sont maintenus hors du conscient. Les affects isolés sont très souvent accompagnés d'angoisse, de honte ou de culpabilité qui émergeraient s'ils étaient directement ressentis. Le prix à payer pour éviter l'angoisse, la honte ou la culpabilité associée est que le sujet se prive de sentiments qui lui donneraient des informations importantes sur lui-même et qui pourraient faciliter certains choix. L'intellectualisation est un mécanisme de défense contre les affects ou pulsions dont la représentation reste consciente et s'exprime par une généralisation, détachant ou distançant ainsi le sujet de l'affect ou de la pulsion. La qualité émotionnelle est perdue, ainsi que le caractère impérieux de la pulsion. Les éléments cognitifs restent conscients, mais en termes impersonnels ou sous forme de, généralisations. Le sujet se réfère souvent à son vécu en termes très généraux ou à la seconde ou troisième personne. Il n'est pas nécessaire d'être intelligent pour faire appel à l'intellectualisation. Il ne s'agit que d'une stratégie cognitive destinée à minimiser l'importance ressentie des problèmes rencontrés au cours d'une vie affective. Comme tous les autres mécanismes de défense, on peut parfois l'observer en cas de retard mental ou chez les victimes de syndromes cérébraux organiques. Dans ce mécanisme de défense, le sujet exprime un affect, une pulsion ou commet une action qui reflète des sentiments de culpabilité ou de l'angoisse. Puis il minimise sa détresse en exprimant un affect, une pulsion ou une action contraires. L'acte réparateur exempte le sujet de la souffrance du conflit. Dans la conversation, ses déclarations sont immédiatement suivies de précisions dont la signification est à l'opposé de l'affirmation initiale. Pour l'observateur, cette association d'une déclaration et de son contraire rend difficile l'identification du sentiment ou de l'intention première du sujet. De mauvaises actions peuvent être suivies de réparations à l'égard de l'objet de l'action. Le sujet semble obligé d'effacer ou d'annuler son action première. La capacité de recours à autrui allie le besoin d'attachement affectif du sujet avec son souhait de faire efficacement face aux conflits ou aux facteurs de stress internes ou externes. Cette capacité à faire face est augmentée par la recherche du soutien d'autrui, tandis que les besoins d'attachement sentimentaux se trouvent satisfaits par la même occasion. Les autres peuvent renforcer le répertoire de compétences du sujet par leur aide, leurs conseils, les propositions de modèles, la planification, leur capacité de discernement, des jeux de rôles, des entraînements, etc. Cela s'accompagne généralement d'une diminution de la tension subjective, résultant de l'extériorisation de ses sentiments et du partage de ses conflits intérieurs. Dissociation, Agression passive Projection Intellectualisation Isolation, Rationalisation, Projection Clivage, Formation réactionnelle Hypocondrie, Altruisme

ALTRUISME ANTICIPATION AUTO-AFFIRMATION OU AFFIRMATION DE SOI HUMOUR INTROSPECTION L'altruisme satisfait les besoins d'attachement et de relations sociales tout en répondant aux conflits affectifs en aidant autrui. Dans bien des cas, le conflit tourne autour d'une détresse liée à des exemples passés de situations stressantes, dans lesquelles le sujet n'a pas trouvé toute l'aide nécessaire. L'altruisme canalise des affects, comme la colère, ou des expériences vécues, comme l'impuissance, vers des réactions socialement utiles qui renforcent aussi le sentiment de pouvoir maîtriser le passé. L'anticipation permet au sujet d'atténuer les effets de conflits ou facteurs de stress futurs. Cela suppose d'être capable de tolérer l'angoisse liée à la capacité d'imaginer comment une situation future pourrait être source de stress. En effectuant cette «répétition affective» («comment vais-je réagir si ça arrive?») et en planifiant les réponses futures, le sujet diminue l'impact des facteurs de stress. L'anticipation augmente aussi la probabilité de résultats positifs et de réponses affectives plus gratifiantes. L auto affirmation traite les conflits émotionnels par l expression directe de ses propres sentiments ou souhaits, soulageant ainsi l angoisse ou la détresse présentes à chaque fois que des forces contraires internes ou externes empêchent l expression. L auto affirmation ne doit pas son efficacité en tant que mécanisme de défense ou réponse d adaptation au fait que le sujet obtienne satisfaction de la réalité. Son utilité est plus affective, car elle lui permet de fonctionner : - sans l angoisse ou la tension qui accompagnent généralement tous les sentiments ou souhaits non exprimés, - et sans qu il y ait un sentiment de honte ou de culpabilité de ne pas se défendre dans des situations de conflit affectif. Les conséquences affectives sont pires quand l auto affirmation est bloquée par des interdits intérieurs, plus que par les facteurs externes seulement, par exemple une personne à l autorité despotique. L'humour permet d'exprimer une part des affects et des souhaits liés au conflit ou au facteur de stress. À chaque fois que le conflit ou facteur de stress bloque l'expression complète des affects ou la satisfaction des souhaits, l'humour permet d'en exprimer symboliquement une partie, ainsi que l'origine du conflit. La fr u stration émanant du conflit est temporairement soulagée d'une manière qui fait rire ou sourire à la fois le sujet et autrui. Cela est particulièrement évident dans les interactions propres à notre condition humaine, où certains facteurs de stress sont inévitables. Ce mécanisme de défense permet au sujet de s'adapter au mieux aux exigences de la réalité extérieure, en se fondant sur une vue plus précise de ses propres affects, désirs, pulsions et comportements. Alors que l'introspection ne change pas à proprement parler la personne, elle annonce ou précède la recherche d'une meilleure adaptation des états intérieurs à la réalité extérieure. Ce mécanisme de défense permet à l'individu de progresser et de mieux s'adapter à mesure qu'il affronte les facteurs de stress. Projection et Passage à l'acte, Formation réactionnelle, Sublimation, Capacité de recours à autrui Rêverie autistique, Annulation Agression passive Passage à l acte Déplacement Dépréciation, Agression passive, Blagues Rêverie autistique, Rationalisation, Omnipotence Déni hypomaniaque

Tableau 7 : REGLES DE NOTATION DES ECHELLES D EVALUATION DES MECANISMES DE DEFENSE (27)

1. PASSAGE A L ACTE 0: Aucun exemple de passage à l'acte mis en évidence pendant l'entretien ou décrit hors de l'entretien. 1: Utilisation probable du passage à l'acte : a. Le sujet décrit un ou deux exemples limités de comportements comme une hyperphagie boulimique ou accès de «binge eating», des frasques sexuelles, une utilisation de drogue, une conduite imprudente, le fait de «chercher les ennuis», etc., qui ne lui ressemblent pas et se produisent alors qu'il rencontre des problèmes interpersonnels isolés. b. Le sujet décrit certains des comportements ci-dessus, auxquels il a recours pour «noyer» certaines déceptions ou autres affects pénibles. c. Le sujet rapporte certains de ces comportements mais si on lui demande pourquoi ils se produisent, il n'en sait rien et dit qu'ils se produisent uniquement lorsqu'il se sent mal à l'aise, tendu ou irritable. d. Le sujet se met en colère une fois au cours de l'entretien. e. Le sujet réagit au désaccord ou à une déception interpersonnelle par un comportement impulsif qui peut être lourd de conséquences (par exemple : manquer des séances de psychothérapie après s'être mis en colère envers le thérapeute), mais le lien émotif entre l'événement et le comportement peut être ambigu. 2 : L'utilisation du passage à l'acte est apparente d'après la narration par le sujet lui-même ou évidente au cours de l'entretien. Il faut la preuve que de tels épisodes se produisent quand le sujet n'est sous l'effet d'aucun sédatif ou d'alcool. a. Le sujet décrit plusieurs épisodes de comportements incontrôlés, ou d'«accès de colère» se produisant quand le sujet est déçu, en colère ou rejeté par quelqu'un. b. Les épisodes de passage à l'acte ont produit un certain nombre de conséquences qui nuisent à l'adaptation sociale, professionnelle ou à la santé du sujet (par exemple : hospitalisations répétées, pertes d'emploi répétées, sérieuses difficultés relationnelles). c. Le sujet a des antécédents d'au moins deux comportements autodestructeurs impulsifs (overdose, fait de se taillader les poignets, conduite imprudente) immédiatement consécutifs à des déceptions interpersonnelles, etc. d. Le sujet affiche une grande détresse de ne pouvoir se contrôler au cours de ces épisodes de passage à l'acte, jugeant qu'il n'a que très peu de maîtrise de ses pulsions (par exemple :«J'ai horreur du sexe. Mais je me mets toujours dans des situations telles que je ne peux pas me contrôler à chaque fois, et toujours avec ces raclures...»). e. Le sujet menace et a des gestes menaçants (par exemple : lancer un cendrier à la tête de l'interlocuteur au cours de l'entretien), ou bien se fâche au moins deux fois au cours de l'entretien. f. Le sujet réagit à une déception ou un désaccord interpersonnel par un comportement impulsif aux conséquences néfastes pour ses relations (par exemple : à la suite d'une altercation avec son thérapeute au cours d'une séance, le patient démissionne ou quitte la ville sur une impulsion). L'exemple ne devra laisser aucune ambiguïté.

2. AGRESSION PASSIVE 0: Aucun signe d'agression passive. 1: Utilisation probable d'agression passive : a. Le sujet décrit au moins deux occasions où il a été en retard, a dépassé les échéances ou a présenté une attitude "procrastinée". b. Le sujet décrit une occasion où il n'a pas demandé l'aide nécessaire aux autres ; il préfère se plaindre ensuite de la défaillance des autres pour lui apporter l'aide nécessaire. c. Le sujet apparaît aimable et ouvert, amical même, mais semble éviter toute coopération ; dès qu'on lui demande de participer, il refuse de faire sa part ou de rendre service. d. Le sujet décrit au moins deux exemples de choix faits par lui, qui lui garantissent les suites les moins souhaitables pour lui-même. Cela peut être particulièrement sensible quand le sujet est pe - tendance à jouer le rôle de martyr ; - le sujet n'élève pas le ton quand ses intérêts sont en jeu ; - le sujet réagit aux demandes ou exigences des autres en faisant le clown ou par des attitudes loufoques ou auto dévalorisantes. 2 : Utilisation évidente de l'agression passive. Les exemples abondent et peuvent même devenir exaspérants. Le sujet est dans ce cas perçu comme ayant un compte à régler, un contentieux perso a. Le sujet fait la preuve d'une forte tendance à reporter les choses, ou d'un refus obstiné de faire ce qu'on attend de lui ; la règle est d'attendre la dernière minute pour faire les choses. b. Le sujet énerve les autres de façon active en ne s'exprimant pas et en ne demandant pas d'aide, les matériaux ou les moyens nécessaires pour accomplir quelque chose, sauf quand c'est trop tar c. Le sujet retourne sa colère contre lui-même, mais pour s'en prendre à quelqu'un à qui il en veut. Dans ces cas là, ses actions sont contraires à ses intérêts propres et peuvent même être autodes - il ou elle se martyrise inutilement; - il ou elle met en scène innocemment un échec majeur pour montrer à quel point il s'en veut de sa défaillance; - il ou elle est insouciant(e) au point de provoquer des conséquences autodestructr prendre son insuline, ou ses hypotenseurs, son lithium, etc., ce qui entraîne des conséquences délétères.

3. HYPOCONDRIE 0 : Aucun exemple d hypocondrie. 1: Hypocondrie probable. Présence d'au moins un des critères suivants : a. Le sujet mentionne la même plainte ou problème plusieurs fois en demandant ce qu'il faudrait faire. b. Quand d'autres proposent des conseils ou remarques à propos d'un problème spécifique posé par le sujet, celui-ci a tendance à répondre «Oui, mais...», autrement dit, il semble chercher une raison de rejeter le conseil comme inutile. c. Le sujet parait inconsolable sur certain(s) problème(s) qui par ailleurs ne semblent ni insurmontables ni insupportables. La raison de l'inconsolabilité du sujet n'est pas évidente. d. Le sujet exprime l'envie de tout laisser tomber sans avoir clairement décrit ce qui lui parait si pesant. 2 : Hypocondrie établie. Des exemples sont évidents et auraient tendance à irriter le cotateur ou l'observateur. Au moins un des critères suivants est présent : a. Le sujet est un «grand malade», et se lance dans une litanie de plaintes physiques, sautant d'un symptôme à l'autre, ignorant les tentatives faites pour approfondir une plainte spécifique, pour la traiter efficacement ou pour la comprendre, tout en continuant à se plaindre du manque d'aide. b. Le sujet, spontanément, se plaint de la manière dont autrui (médecins, thérapeutes, parents, etc.) ne se soucient pas vraiment de lui, voire aggravent les choses, alors que tout, dans ses propres propos, prouve le contraire. c. Le sujet expose un dilemme apparemment insoluble, un grave problème existentiel (par exemple : menace de perte d'emploi, santé, couple) et rejette systématiquement toutes les suggestions d'autrui, à un point tel que toute approche d'une solution est impossible. d. Le sujet décrit des problèmes où ses propres souffrances sont intenses, durables et sans soulagement possible. La raison pour laquelle le sujet se sent si inconsolable n'est pas évidente.

4. CLIVAGE 0: Aucun exemple de clivage d'images du soi ou objectales ne ressort de l'entretien ou de l'autoévaluation du sujet. 1 : Usage probable du clivage des représentations de soi ou d'objet : a. À une ou deux reprises au cours de l'entretien, le sujet décrit un objet d'une manière soit positive soit négative, puis plus tard décrit le même objet de la manière opposée. b. Une ou deux fois au cours de l'entretien, le sujet se décrit lui-même ou autrui comme tout bon ou tout mauvais, mais il a du mal à décrire le bon et le mauvais ensemble : le sujet ignore l'un ou l'autre. e. Une fois ou deux au cours de l'entretien, le sujet parle de lui-même en paraissant y croire réellement, puis, plus tard au cours de l'entretien il contredit ses paroles, paraissant convaincu du contraire. d. Le sujet se déclare alarmé par certains comportements contradictoires envers autrui (agissant d'une manière, puis d'une autre) et ne sachant pas pourquoi il se comporte avec tant d'incohérence. Il ou elle peut formuler quelques commentaires interrogatifs comme :«,le ne sais pas pourquoi je fais ça». 2 : Usage évident du clivage d'images du soi ou d'images objectales : a. Le sujet parle de lui-même ou d'autrui comme tout bon ou tout mauvais, sans aucune nuance ni aucun réalisme. b. À plusieurs reprises, le sujet contredit ses propres affirmations antérieures sur les qualités et les défauts de quelqu'un ou quelque chose, sans gêne apparente quant aux incohérences et sans apparemment en reconnaître les contradictions. c. Quand l'interlocuteur fait ressortir les contradictions des affirmations du sujet à propos de quelqu'un, celui-ci nie la significativité de la contradiction, maintient l'une ou l'autre de ses opinions, et résiste à l'interlocuteur. d. Le sujet est incapable de tirer des conclusions évidentes du comportement d'autrui. En général, cela correspond à une appréciation très médiocre de la manière dont les autres vont le traiter dans différentes situations. Par exemple : «Je n'ai pas compris s'il essayait de me faire peur en me mettant le couteau sous la gorge. J'étais perplexe». e. Il est évident que le sujet a pris les caractéristiques d'une figure du passé et en a attribué les qualités à un personnage qu'il idéalise dans le présent et les défauts à un personnage qu'il déprécie. f. À plusieurs reprises au cours de l'entretien, le sujet parle de lui/ elle-même en tout bon ou tout mauvais, bien que le renversement en son contraire puisse se produire à mesure que l'entretien progresse (par exemple :«Je me fiche de ce que l'on pourra dire, je ne vaux absolument rien», suivi plus tard par :«Je sais que je suis le meilleur du bureau»). g. Le sujet nie la profondeur ou l'importance de ses actions passées (par exemple : actes significatifs, preuves de productivité, etc.), comme si elles ne comptaient pas, en contradiction avec l'image qu'il se fait actuellement de lui-même. Le sujet résiste à la tentative de l'observateur de lui faire voir les deux faces de sa personnalité.

5. IDENTIFICATION PROJECTIVE 0: Aucun exemple indiquant la présence d'identification projective. 1: L'usage probable de l'identification projective est évident au cours de l'entretien a. À une ou deux reprises, le sujet suggère que l'interlocuteur et les autres sont en colère ou vindicatifs à son égard : plus tard, le sujet déclare ressentir la même chose envers lui-même, et se sentir une mauvaise personne. b. Une ou deux fois, le sujet admet craindre les réactions de l'interlocuteur (ou d'autrui), «si seulement ils savaient ce qu'il voulait dire!»: plus tard, il révèle ce qu'il voulait dire sur le point en question, avec une certaine colère et du ressentiment. Il peut également y avoir des preuves de l'existence d'un sentiment de culpabilité. c. Comme le thème qui se présente concerne un sentiment particulier, un souhait ou un désir, le sujet se rétracte légèrement, s'exprime difficilement et devient de plus en plus silencieux. Après quoi, il décrit sa croyance selon laquelle l'interlocuteur (ou les autres) lui en voudrai(en)t d'exprimer cela, alors qu'en fait il se met un peu en colère et finit par parler sur le thème. d. Le sujet décrit une interaction dans laquelle on ne sait pas clairement qui a fait quoi à qui et qui a ressenti quoi. Le sujet a authentiquement du mal à distinguer entre ses sentiments propres et ceux de l'autre personne, et il n'est pas simplement en train d'utiliser cette difficulté de distinction pour essayer de justifier rationnellement son comportement. 2: Usage évident de l'identification projective : a. Le sujet reproche à l'investigateur d'éprouver des sentiments négatifs comme de la colère à son égard, en raison de ses propres colères ou auto-reproches. Quoiqu'il dise, l'interlocuteur ne peut parvenir à remettre le sujet en ligne. Plus les choses s'embrouillent, plus la colère du sujet augmente (par exemple : «Je sais que vous pensez que je suis stupide, votre question était puérile... Bien sûr que je suis en colère!...»). L'attitude querelleuse du sujet peut se diluer en affirmations reflétant des sentiments de culpabilité par rapport à sa propre colère, qui a embrouillé les choses (par exemple :«Mais c'est tout moi, je suppose, tout est de ma faute, pas vrai?» dit-il ironiquement). b. Le sujet semble très contrarié et vexé quand il proteste contre le mauvais comportement des autres à son égard, mais l'observateur a du mal à comprendre pourquoi, dans la mesure où le comportement reproché semble sans importance, insignifiant, ou tout simplement mal interprété par le sujet. Si l'interlocuteur en fait la remarque, le sujet se fâche, se met en colère et accuse. c. Le sujet relate ses accès de rage, pendant lesquels tout ce que l'objet de cette rage (une personne) peut faire alimente encore plus sa colère. Cela est paradoxalement vrai, même si l'autre personne essaie de se rattraper, s'excuse et tente d'apaiser les sentiments heurtés du sujet. Le sujet pourra se considérer comme une mauvaise personne pour s'être laissé emporter, qu'il se sente justifié ou pas. d. Le sujet décrit une relation interpersonnelle dans laquelle il attribue ses propres sentiments à quelqu'un d'autre, persuadé que l'autre ressent la même chose que lui, puis il agit en conséquence. Exemple : «J'étais dépendant d'elle, puis elle de moi, et je m'en occupais, de sorte que nous nous traitions l'un l'autre comme des enfants».

6. DENI 0: Aucun exemple de déni. 1: Usage du déni probable : a. Le sujet décrit une situation dans laquelle des sentiments de colère, tristesse ou crainte pourraient exister, mais il nie leur présence. b. Le sujet nie certains sentiments ou intentions que l'observateur croit présents, mais pas trop souvent et sans grande conviction ; il n'agit pas de façon défensive en formulant son déni. c. Deux fois ou plus au cours de l'entretien, le sujet prétend avoir fait quelque chose, alors que tout prouve le contraire. 2 : Usage évident du déni. Le sujet évite activement les questions sur les faits niés, adoptant parfois une attitude défensive extrême quant à ces faits : a. À plusieurs reprises, le sujet nie des questions ou suggestions à propos de certains sentiments, réactions affectives ou intentions, au point qu'il apparaît évident qu'il ne peut pas avoir raison : par exemple, une personne décrit subir des insultes mais nie toute réaction b. Le sujet est difficile à interviewer car il répond systématiquement «non» aux questions de l'interrogateur, dont certaines au moins appellent des réponses plus élaborées. c. Le sujet répond aux questions ou aux affirmations de l'interrogateur par un déni accompagné de colère, parfois suivi par des tentatives véhémentes d'éviter le sujet. Cela peut se produire une ou deux fois, et perturbe en général tout le déroulement de l'entretien (par exemple : «Vous avez dû en être triste!» Sujet :«Triste? Pas du tout, ça n'a même rien à voir! Je ne comprends pas ce qui vous fait penser cela!»).

7. PROJECTION 0: Aucun exemple de projection. 1: Usage probable de la projection : a. Le sujet paraît trop préoccupé par les sentiments d'autrui, leurs mauvaises actions et intentions malveillantes à son égard ou envers les gens en général. Cela s'exprime par : - des sarcasmes sur les autres (taquineries) ; - des commentaires impliquant qu'il connaît les «vraies» motivations ou raisons des autres pour faire certaines choses ; - un air hautain pour montrer qu'il connaît tout au sujet de ceux qu'il soupçonne ou qui le préoccupent ; - une perception constante des autres comme en colère, forts, agressifs, manipulateurs. b. Le sujet mentionne qu'il ne fait confiance à personne et donne différentes raisons pour cela, qui ne convainquent pas l'observateur car elles sont vagues et sans pertinence, ou bien il a des comptes à régler et collectionne les injustices. c. Le sujet répond parfois aux questions par des questions «Pourquoi voulez-vous savoir cela?» ou bien paraît soupçonneux mais coopératif. d. Le sujet remarque un sentiment chez autrui quand le sentiment induit est celui qu'il ressent lui-même. Toutefois, il n'en parle pas ou semble ne pas le reconnaître en luimême. 2 : Usage de la projection évident. Ce sujet paraîtrait quelque peu < paranoïaque» à la plupart des gens. Au moins un des éléments suivants doit être présent : a. Déni véhément, ou extrême fugacité devant les questions directes sur ses propres sentiments, comportements, intentions, etc., suivi de près par les remarques du sujet sur des sentiments, actes, intentions, etc., semblables chez autrui. b. Le sujet donne plusieurs exemples ou projette le blâme sur l'extérieur pour ses propres problèmes. Quelqu'un d'autre est responsable de ce qui apparaît clairement comme ses insuffisances ou difficultés. Le sujet affiche une préoccupation certaine ou de la colère dans ses remarques au sujet des actions «blâmables» d'autrui. c. Le sujet évite de répondre directement (sauf pour nier) à l'observateur sur ses motivations, sur ce qu'il veut réellement dire, etc. II a un comportement véritablement soupçonneux sans raison. d. Le sujet affiche un préjugé contre un groupe minoritaire, condamnant des fautes qui sont clairement les siennes.

8. RATIONNALISATION 0: Aucune preuve de l'usage de la rationalisation trouvée au cours de l'entretien. 1: Usage probable de la rationalisation : a. À une ou deux reprises, le sujet paraît donner plus d'explications à ses actes qu'il ne semble nécessaire. Comme s'il cherchait à se couvrir pour se prémunir contre toute critique. b. À une ou deux reprises, confronté à quelque faute, mauvaise action ou échec éventuels, le sujet fuit la responsabilité de ses actes en faisant référence à des raisons extérieures plausibles. Mais les motivations personnelles sont exclues. c. À une ou deux reprises, le sujet se perd en explications sur les motifs à l'origine d'un acte donné, comme s'il cherchait à dissimuler une motivation personnelle plus ordinaire. telle que la cupidité, la rancune, la luxure ou toute autre motivation qu'il trouve inacceptable. 2: Usage certain de la rationalisation a. En au moins trois occasions, le sujet omet de faire référence à ses motivations personnelles en décrivant un de ses acte,,, ; il y substitue des raisons d'ordre général qui sont «pures» et loin de tout bénéfice ou compensation personnels. b. Une qualité de manipulateur, de roublardise apparaît clairement dans la description que fait le sujet de ses raisons pour agir, d'une manière générale. c. Les mauvaises actions, échecs ou fautes sont débattus sans angoisse apparente ni honte de la part du sujet. Il parle de raisons «impérieuses» qui, selon lui, l'ont forcé à faire ce qui est en cause, quoi que ce soit. Dans la plupart des cas, il y a évitement de ses propres fautes. d. En au moins trois occasions, le sujet désavoue toute responsabilité pour des pulsions ou des actes antisociaux, en référence aux fautes et provocations d'autrui (par exemple :«Ce ne sera pas de ma faute si je le cogne, s'il me traite de menteur une fois de plus!»).

9. REVERIE AUTISTIQUE 0: Aucun exemple de rêverie n'a été décrit. 1: Utilisation de la rêverie probable : a. Le sujet fait référence a des rêveries persistantes quand il (elle) est seul(e). b. Interrogé sur l'utilisation de son temps libre, le sujet déclare ne rien faire, rester assis, ne pensant à rien de précis, ou laissant son esprit se vider. c. Au cours de l'entretien, interrogé sur ses relations interpersonnelles ou sur des gens importants, le sujet décrit des événements mineurs qui paraissent revêtir une importance disproportionnée pour lui, par rapport a ce que l'on pourrait en attendre. d. Le sujet décrit une ou deux situations sociales dans lesquelles il s'est imaginé de manière persistante être quelqu'un ou quelque chose qu'il n'est pas. e. Le su,jet décrit une interaction déplaisante avec quelqu'un. Il rapporte de plus qu'il a revécu cette interaction en imaginant ce qu'il aurait aimé dire, faire, etc. En élaborant cette conclusion plus gratifiante mais imaginaire, rien ne prouve que le sujet peut l'utiliser pour agir différemment dans des interactions réelles. Elle apparaît plutôt comme une fin en soi. 2: L'utilisation de la rêverie est évidente, avec une part de substitution de l'activité de la vie réelle par la rêverie. a. Lorsque l'observateur tente de l'interroger sur ses activités de loisirs, le sujet traite de problèmes familiaux, sociaux ou professionnels, il dit qu'il rêve beaucoup tout éveillé. b. Le sujet se comporte comme s'il ne se sentait pas concerné par l'absence de relations interpersonnelles gratifiantes dans sa vie. Il ou elle défend des affirmations, telles que : «Les gens posent trop de problèmes... plus qu'ils n'en valent la peine. J'ai essayé mais j' a i renoncé»- et affirme qu'il a substitué la lecture, la télévision ou d'autres sources de distraction passive et secondairement gratifiantes, aux relations réelles, et le préfère ainsi. c. Le sujet décrit une vie active, importante, quelque peu organisée, comprenant même au besoin un scénario, un déroulement comme un feuilleton. Il y a peu ou pas d'activité réelle dans sa vie. Par exemple : «je passe des heures à rêver que je suis un dictateur éclairé qui règne sur le monde et a toutes les filles qu'il veut». d. Le sujet décrit une relation de grande importance et de forte intensité pour lui/elle, mais avec une personne dont l'observateur sait qu'elle ne connaît le sujet que de loin (par exemple : une fixation d'adolescent). e. Le sujet raconte une histoire en faisant part de projets apparemment irréalistes. Mais il apparaît très vite qu'il tire une compensation gratifiante de l'élaboration de tous les détails, tout en ignorant les contraintes et les efforts potentiellement encourus. Le sujet jouit de son fantasme, et préfère ne pas débattre des aspects réels.

10. DEPRECIATION 0: Aucun exemple de dépréciation d'autrui. 1: Usage probable de la dépréciation de soi ou d'autrui : a. Le sens de l'humour du sujet est quelque peu sarcastique, sec, ou bien le sujet fait preuve d'une répartie incisive. b. Quand le sujet parle de personnes ou d'institutions dont il dépend en quoi que ce soit, il réduit leur importance et essaie de les dévêtir de leur lustre de manière à nier le besoin qu'il a d'elles. c. Tendance à appeler les gens par des noms obscènes ou grossiers. d. Le sujet formule un ou deux commentaires gratuitement dépréciateurs sans qu'aucune insulte ait été essuyée et sans provocation apparente. e. Le sujet se déprécie à plusieurs reprises, par exemple en se qualifiant lui-même de stupide, sans référence précise à un exemple ou à une raison qui justifierait le commentaire négatif. Toutefois, il ne s'étend pas sur cette autocritique négative. f. Le sujet minimise ses succès ou ses réalisations, par exemple : «Je ne suis pas réellement un vrai écrivain, tout juste un journaliste». g. Le ton de voix du sujet exprime la grossièreté de manière intermittente. h. À une ou deux reprises, le sujet se compare à l'autre, ou bien formule plusieurs remarques spontanées le comparant à autrui. Il est implicite que la comparaison lui serait défavorable. 2 : Usage évident de la dépréciation : a. Trois ou plus affirmations sarcastiques sont formulées et/ou des réparties cinglantes sont émises. b. Le sujet déprécie fréquemment les motivations ou les bonnes actions d'autrui, de manière à neutraliser leur valeur. Il coupe court aux thèmes de discussion. c. Le sujet profère des obscénités à trois reprises au moins, pour déprécier autrui. d. Le sujet ne semble pas dire beaucoup de bien de quiconque et souligne d'emblée les aspects négatifs en ignorant les points positifs, comme si ces derniers n'existaient pas réellement. Pourtant, il ne s'étend pas sur les commentaires négatifs, car il s'en sert pour mettre à distance l'objet dont il peut ainsi ternir la valeur. e. Le sujet est très critique vis-à-vis de lui-même et d'autrui, sans justification bien claire. f. Le sujet est préoccupé par des défauts personnels réels ou imaginaires, bien qu'il puisse répondre aux tentatives de l'observateur de se voir sous un jour plus réaliste.

11. IDEALISATION 0: Aucun cas d'utilisation de l'idéalisation par le sujet n'est présent. l: Usage probable de l'idéalisation : a. À une ou deux reprises, le sujet semble tirer quelque gratification de la description d'exploits, de déclarations et de succès de quelqu'un avec lequel existe une relation (par exemple : ami, thérapeute). b. À une occasion, confronté à certains problèmes, le sujet s'associe à des personnages de pouvoir ou importants, en formulant des affirmations comme :«Il fait ce qu'il veut... Personne ne peut l'en empêcher». c. Devant des difficultés, le sujet explique comment une relation haut placée peut l'aider à s'en sortir (par exemple : «Je connais quelqu'un au cabinet du Ministre, qui peut m'aider»). d. Le sujet décrit au superlatif tous les gens qui sont importants pour lui. Quiconque compte un tant soit peu pour le sujet est forcément au-dessus de la moyenne (par exemple : «Mon médecin est un grand de la médecine... ma seconde épouse était éclatante de beauté!»). 2 : Usage certain de l'idéalisation : a. À au moins trois reprises, le sujet se réfère souvent, et en termes dithyrambiques, à un personnage important alors qu'il est évident que la relation prétendue n'existe pas ou est grossièrement exagérée. b. Devant les difficultés qu'il rencontre, le sujet nie les problèmes et s'associe fièrement à un personnage important qui peut tout arranger. Il est peu probable que le personnage important soit activement disposé à faire quoi que ce soit pour résoudre les problèmes actuels du sujet. c. Le sujet parle spontanément et sans arrêt d'une personnalité admirée de tous, et qu'il décrit comme étant un de ses amis intimes, alors qu'il n'a aucune relation réelle avec ce personnage. d. Le sujet nourrit des attentes totalement irréalistes de faveurs de la part d'une personne importante ou de pouvoir, et s'accroche obstinément à cette croyance si on la met en cause.

12. OMNIPOTENCE 0: Aucune preuve de déclarations d'omnipotence. 1: Usage probable de l'omnipotence : a. Le sujet l'ait deux ou trois affirmations laissant entendre qu'il ou elle a le pouvoir ou la capacité d'influencer les événements, ce que l'observateur trouve peu vraisemblable. b. Le sujet montre une certaine tendance à exagérer sa propre importance ou son pouvoir sur les événements qu'il décrit. c. Au cours de discussions sur ses problèmes ou dilemmes personnels, au moins à deux reprises, le sujet affiche une attitude du type «Je peux tout faire». d. En deux ou plusieurs occasions distinctes, le sujet se vante de relations ou de succès, apparemment pour appuyer la perception que les autres ont de lui/elle. e. Le sujet décrit l'usage de stupéfiants (par exemple : cocaïne) ou une activité (par exemple : jogging) auxquels il s'adonne de manière un peu compulsive comme un moyen de stimuler son estime de soi et renforcer artificiellement ses sentiments de réussite ou de maîtrise dans d'autres domaines de la vie. La relation doit être évidente, ne nécessitant pas beaucoup d'inférence. 2 : Usage certain de l'omnipotence : a. Bravades excessives dans la discussion de problèmes ou succès personnels, qui se voient de manière évidente et font apparaître le sujet comme un être immature et irréaliste. b. Le sujet se réfère au moins trois fois à son importance et sa capacité d'influencer les événements ou les gens importants ou célèbres. Cependant, il y a peu ou pas de preuves pour soutenir ses affirmations. c. Le sujet fait des déclarations délibérément fausses sur ses pouvoirs spéciaux et ses capacités (lesquelles peuvent être délirantes ou non). d. Le sujet est grandiloquent quand il décrit ses projets, ses succès et ses aptitudes personnelles, ou bien il se compare aux gens célèbres. e. Le sujet agit avec assurance et affiche une attitude de type «Je suis capable de résoudre n'importe quel problème» alors qu'il paraît évident qu'il n'est pas capable de résoudre son propre problème.

13. REFOULEMENT 0: Aucun exemple particulier de refoulement n'est évident dans l'entretien. 1: Usage probable du refoulement : a. Le sujet commet un ou deux lapsus linguae, affirmant quelque chose qu'il réfute ou qui est le contraire de ce qu'il prétend dire. Le sujet peut se reprendre et se corriger ou non, ou dire quelque chose comme «Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça» ou bien «Ma femme, pardon, ma mère, avait l'habitude de...». b. Le sujet oublie de quoi il parle au beau milieu de la conversation, une ou deux fois. c. Le sujet est incapable de définir une réaction émotionnelle évidente qu'il a ou a eue, tout en manifestant une certaine émotion au sujet de l'événement décrit. d. Quand on lui pose des questions comme «Qu'est-ce que ça vous a fait?», le sujet répond par l'équivalent de «Je n'en sais rien». e. Une fois, le sujet ne peut décrire ou exprimer une impulsion ou un affect particulier de sa vie, même aiguillonné par l'investigateur (par exemple : désirs sexuels, colère, etc.). f. Le sujet décrit une anxiété flottante mais n'a pas d'opinion précise sur ce qui le préoccupe. 2 : Usage certain du refoulement au cours de l'entretien : a. Le sujet oublie des détails significatifs d'événements traumatisants qui lui sont arrivés, et dont il devrait normalement se souvenir (ne pas inclure si un traumatisme crânien avec perte de connaissance a contribué à l'épisode traumatisant). b. Le sujet laisse les choses déplaisantes dans le vague : il ou elle a du mal à se rappeler les exemples précis, alors que certains devraient lui revenir spontanément. c. Le sujet oublie fréquemment ce dont il parle, en particulier sur les sujets à forte charge émotionnelle. Il peut répondre d'une manière inhabituellement brève à des interrogations sur ces sujets, ou bien répondre «Je n'en sais rien» de façon répétitive, alors qu'une réponse serait logique. d. Le sujet est toujours incapable de définir un type particulier d'émotion, de pulsion, etc. comme colère, désir sexuel, peur, etc. Il doit y avoir une incapacité frappante ou un manque de conscience sans déni particulier quand l'interlocuteur suggère ce que le sujet a pu vivre. e. Le sujet ne semble pas reconnaître ou exprimer de réactions émotionnelles. f. Le sujet se vexe ou se met en colère sans raison apparente au cours de l'entretien, mais sans savoir pourquoi (par exemple : «Je me demande pourquoi je m'énerve en ce moment» - le sujet a l'air de s'interroger et essuie des larmes : «il n'y a aucune raison de pleurer»). g. Le sujet commet deux ou trois lapsus linguae ; ou bien il en fait un dont l'importance psychodynamique est évidente, c'est-à-dire qui en général devrait le troubler, l'embarrasser ou le distraire momentanément de toute action.

14. DISSOCIATION 0: Aucune preuve de dissociation ne ressort de l'entretien. 1: L'usage probable de la dissociation ressort clairement de l'entretien : a. Le sujet se joint occasionnellement à d'autres qui expriment leurs impulsions ou émotions de manière désinhibée, ce qui se traduit souvent par un comportement illicite. Bien que cela ne ressemble pas au comportement habituel du sujet, celui-ci semble inconscient de cette fascination apparente pour les pulsions ainsi exprimées. b. Le sujet décrit un ou deux épisodes de comportement inhabituel exprimant des pulsions à l'état brut (par exemple :«J'ai jeté un verre d'eau à la figure de mon ami»). Le sujet réagit par des commentaires tels que «Je ne comprends tout simplement pas ce qui m'a poussé à faire ça, ce n'est pas moi du tout». Le comportement décrit ci-dessus est à distinguer du comportement généralement tapageur qui se produit quand le sujet est ivre. c. Le sujet exprime un affect ou une pulsion en développant un symptôme (comme une dépersonnalisation ou un mal de tête quand il est en colère) ou par l'apparition d'un comportement symptomatique (s'endormir devant un nouveau travail, ou s'engager dans une longue diatribe à la suite d'une provocation minime et sans s'en souvenir par la suite). 2 : Usage évident de la dissociation : a. Le sujet est somnambule : il décrit des états de fugue, d'amnésie (non pas des comas éthyliques), personnalité multiple, état de transe spontanée ou perte temporaire de fonctions sensorielles ou motrices qui expriment des pulsions ou des affects excitants ou conflictuels. b. Le sujet décrit une blessure récente, un traumatisme, un symptôme, etc., avec une indifférence totale, passant ainsi à l'observateur le message affectif que l'événement en question semble presque ne l'avoir pratiquement pas marqué de manière significative. Toutefois, le sujet ne nie pas l'existence de l'événement ou du symptôme. c. Le sujet s'associe avec d'autres qui font des choses spectaculaires et impulsives (y compris des activités illicites) tout en se comportant comme s'il ignorait lui-même de tels intérêts chez lui. Le sujet peut de plus afficher des preuves de sa fascination pour ce que les autres font en les imitant ou en copiant leurs manières et leur façon de s'habiller Par exemple : La «fille bien» qui s'habille comme la meilleure amie d'une prostituée. d. Le sujet note au moins trois occasions de se mettre en difficulté pour avoir dit ou fait quelque chose qu'il prétend n'avoir pas voulu dire ou faire. e. Au cours de l'entretien, le sujet développe un symptôme de trouble de la conscience («Je me sens tout d'un coup perdu, et incapable de penser») en réaction à l'évocation d'un sujet à forte charge émotionnelle.

15. FORMATION REACTIONNELLE 0: Aucun exemple de formation réactionnelle ne ressort de l'entretien. 1: Usage probable de formation réactionnelle : a. Une ou deux fois au cours de l'interview, le sujet décrit une réaction personnelle à une situation, à l'opposé de celle que l'on pourrait attendre (par exemple :«Je me suis réellement inquiété pour lui, après qu'il ait pu me faire subir une telle chose»). b. Une ou deux fois dans la discussion, le sujet minimise ses propres sentiments lorsqu'il y a désaccord avec l'interlocuteur sur sa façon d'interpréter ou de voir les choses. Le sujet paraît se soumettre à l'interlocuteur et revenir sur ses propres sentiments. c. Une ou deux des relations intimes du sujet semblent l'amener à donner plus qu'il ne reçoit, bien que le sujet ne reconnaisse pas cette réalité ou pense recevoir beaucoup en donnant beaucoup. d. Le sujet décrit avec beaucoup d'enthousiasme une activité ou un événement qui d'habitude l'effraie. L'enthousiasme est exagéré (contra-phobique) et il ne reconnaît pas les attitudes d'effroi qui se manifestent habituellement. e. Le sujet est très coopérant et agréable avec l'observateur, montrant peu d'hésitation, même face à des questions intimes ou anxiogènes pour lesquelles un degré d'hésitation, de gêne ou de résistance serait acceptable. 2: Usage évident de la formation réactionnelle : a. Le sujet ne se met jamais en colère, n'est que plus agréable et amical envers ceux qui devraient plutôt le frustrer, le mettre en colère ou l'énerver. b. Le sujet ne dit jamais de mal de personne, alors que l'on s'attendrait au moins à quelques réactions négatives. c. Le sujet paraît «coincé» sur certaines questions, par exemple l'auto-affirmation quand il est en colère ou énervé, car il est invariablement trop compréhensif, indulgent ou inquiet pour les autres. d. Le sujet s'interdit des choses qu'il désire réellement (par exemple : une relation d'amour ou d'amitié) en y substituant des sentiments d'aversion. Cela le maintient éloigné de quelques objets ou actes importants et désirés (par exemple :«Je hais les filles ; elles sont trop sentimentales»). Il doit ressortir de l'entretien que le sujet en fait désire ce qu'il rejette. e. Le sujet s'investit trop dans une relation sans gratification ou même pénible, voire répond à chaque demande ou insulte en s'engageant encore plus, en faisant encore plus d'efforts pour plaire, etc. f. Le sujet dit «oui» à presque tout ce que fait remarquer l'interrogateur, alors que l'on pourrait s'attendre à un désaccord ou une discussion.

16. DEPLACEMENT 0: Aucune preuve de l'usage du déplacement. 1: Usage probable du déplacement : a. À un moment de l'entretien, le sujet commente des sentiments ou des actes envers un objet relativement insignifiant pour lui, les sentiments et les actes ressemblant étrangement à ceux que le sujet a montrés à d'autres moments de l'entretien envers quelqu'un de plus important à ses yeux. b. Le sujet révèle des sentiments de colère envers les mauvaises actions d'autrui, mais pas celles qui le touchent particulièrement (par exemple :«On devrait enfermer tous ces poivrots, ça les dessoulerait»). À d'autres moments de l'entretien, il devient clair que le sujet est sans doute en colère à propos de quelque mauvaise action commise à son encontre par une personne importante à ses yeux (par exemple : «Oui, mon mari a encore dépensé l'argent du loyer en buvant, cette semaine»). c. Le sujet paraît assez préoccupé, avec des sentiments positifs envers une personne ou un objet qui n'a que peu à voir avec le sujet mais qui a des points de ressemblance avec quelqu'un de bien connu et bien aimé par lui. Le sujet peut se sentir quelque peu troublé par la «cause» de l'importance de ces sentiments positifs. d. Quelqu'un se met en colère après le sujet qui, à son tour, se fâche après quelqu'un d'autre (par exemple : le patron crie après le sujet, lequel se querelle avec son conjoint par la suite). Exemple : «Ouais, mauvaise journée au boulot. J'ai engueulé ma femme pour n'importe quelle raison quand je suis rentré.» 2: Usage évident du déplacement : a. Le sujet «a un métro de retard» dans une réaction importante à quelqu'un parce que tout son affect est mal dirigé vers une autre personne ou un autre problème. Par exemple : après une violente et longue diatribe contre un collègue dont il pense qu'il n'est pas assez coopératif, malgré la preuve du contraire, le sujet passe sur le refus récent d'un parent d'accorder un prêt pourtant très nécessaire, disant :«Oui, dommage que Papa n'ait pas pu nous aider» sans aucune colère à propos de cette déception. b. Le sujet est préoccupé par le fait que de «petits» ennuis le contrarient autant. Il est généralement très pointilleux sur des choses relativement insignifiantes, ou bien a des phobies qui peuvent se comprendre dynamiquement. c. Le sujet formule au moins trois commentaires sur l'observateur, dans lesquels le sentiment ou le concept exprimé paraît déplacé car s'appliquant à quelqu'un dans la vie du sujet et décrit à un autre moment de l'entretien. (Ne pas inclure si le sujet utilise le clivage pour d'autres personnes que l'interrogateur.) d. À trois reprises au moins, en parlant d'un événement à forte charge affective, le sujet exprime plus de sentiments à propos de détails sans importance que sur le point crucial ou l'effet principal de l'événement.

17. ISOLATION 0: Aucune preuve d'isolation de l'affect. 1: Usage probable de l'isolation de l'affect : a. À une ou deux reprises, le sujet décrit une expérience personnelle significative mais sans aucune marque ou mention de sentiments, soit autour de l'événement original, soit rémanents. Pour fixer les idées, l'événement devrait être de magnitude moyenne ou supérieure, comme la mort d'un être cher, la non-atteinte d'un objectif important, un abandon, une déception d'intensité moyenne, etc. b. Parlant d'un traumatisme personnel, le sujet décrit l'événement dans le détail, mais omet de dire à quel point il a été affecté. L'expression du visage, le ton de la voix et autres indices indirects n'expriment pas beaucoup d'affect. c. Le sujet décrit une expérience que l'investigateur s'attendrait à trouver chargée d'affect, alors que le sujet n'exprime aucune émotion à ce propos. Plus tard au cours de l'entretien, l'affect se fait jour, même hors contexte et sans lien avec la discussion de l'événement décrit plus tôt (par exemple : après avoir parlé d'une déception professionnelle avec très peu de sentiments, le sujet déclarera plus tard :«Je me sens triste tout d'un coup. Je me demande bien pourquoi»). Le sentiment est sous-jacent. 2: Isolation de l'affect évidente : a. Le sujet se montre doué pour décrire en détail des événements de sa vie, mais médiocre dans la description de tout affect s'y rapportant. C'est comme s'il fonctionnait comme un tiers, un reporter omniscient qui décrit sa propre vie sans la moindre réaction personnelle. b. Les traumatismes personnels sont relatés sans aucune référence à des réactions émotionnelles personnelles. De plus, le sujet prétend même qu'il ne les a jamais vraiment ressenties (par exemple :«Après l'accident de voiture, je ne me suis même pas inquiété, je me suis repris et suis reparti travailler»). c. Le sujet décrit de nombreux événements malheureux sans montrer le moindre sentiment. Il peut décrire ses sentiments prédominants,mais il sont sans rapport avec les événements décrits au cours de l'entretien. Le lien entre la description d'événements et des émotions qui s'y rattachent n'est pas fait par le sujet (par exemple :«La vie me semble fastidieuse et déprimante, et je ne sais pas pourquoi»). d. Le sujet s'exprime comme s'il était complètement détaché émotionnellement de ce qu'il dit de lui-même ou de son vécu.

18. INTELLECTUALISATION 0: Aucune preuve d' intellectualisation au cours de l'entretien. 1: Utilisation probable de l'intellectualisation au cours de l'entretien : a. Le sujet répond à quelques questions - mais pas en majorité - spécifiques sur ses sentiments ou réactions personnelles en rapport avec des événements de sa vie par des affirmations impersonnelles : les déclarations de sentiments personnels sont évités ou éludés (par exemple : «Suis-je heureux? Oh, je ne crois pas que le bonheur existe vraiment»). b. À deux ou trois reprises, le sujet utilise la troisième personne pour répondre aux questions de l'interrogateur (par exemple : «Oh, ça ne rend pas vraiment heureux...» ou... «Je crois que la plupart des gens feraient de même dans ce cas»). c. Le sujet pose à l'interrogateur un certain nombre de questions qui relèvent plus de questions de type scolaire que d'un entretien. Par exemple. : «Pouvez-vous m'expliquer comment le Touranienne agit sur mon système nerveux?» ou «Croyez-vous que la plupart des gens sont angoissés aussi?» 2: Exemples évidents d'intellectualisation au cours de l'entretien : a. Le sujet n'est pas facile à interroger car il répond à la plupart des questions par des déclarations d'ordre général, évitant ainsi de répondre aux questions sur les sentiments et les réactions personnels. b. Dans de nombreux cas, les réponses du sujet prennent la forme de preuves mathématiques mettant à rude épreuve la patience de l'observateur. c. Le sujet est incapable de parler de ses propres sentiments sans recourir à la troisième personne. d. Le sujet est difficile à interroger car il pose de nombreuses questions «scientifiques» à l'observateur et semble préférer la discussion à l'entretien. e. La plupart des descriptions que fait le sujet de ses sentiments sont dévitalisées, car il les décrit de manière très générale (par exemple : «Ma tristesse était le produit inévitable des attentes extrêmes de mes parents et d'autres expériences parentales vécues pendant ma croissance»). f. Dans la plupart des cas où le sujet décrit une expérience vécue, il a recours à des abstractions, des généralisations ou à la troisième personne, au lieu de discuter directement de ses sentiments.

19. ANNULATION 0: Aucune preuve d'annulation dans les actes ou déclarations du sujet. I: Usage probable de l'annulation : a. Le sujet formule deux ou trois affirmations comme : «Parfois mon conjoint me rend fou (folle) ; non, ce n'est pas vrai, pas vraiment fou». Le sujet affirme quelque chose puis le contredit immédiatement b. Le sujet décrit une soi-disant mauvaise action personnelle. Rapidement suivie par la description d'une action réparatrice effectuée dans la foulée. Il n'est pas fait référence à une notion de culpabilité ou de responsabilité avant cette description de l'acte réparateur. c. À une ou deux reprises, le sujet ne laisse pas une longue déclaration sur ses sentiments rester sans qualification. Toutefois, ces qualifications tendent à ternir la pureté de ses sentiments plutôt que de les clarifier, rendant ainsi difficile la compréhension de ce qu'il ressent vraiment. 2: Usage certain de l'annulation : a. À trois reprises ou plus, le sujet fait de longues déclarations sur ses sentiments, pulsions, croyances et actes, mais se contredit immédiatement après. b. Le sujet précède trois ou plus des ses propres déclarations par «je me trompe sûrement, mais...» ou une affirmation semblable, comme pour annuler le poids de ce qu'il est sur le point de dire. Il désavoue ainsi ce qu'il entend formuler avant même de l'avoir dit! c. Si l'interrogateur essaie de clarifier une affirmation du sujet, celui-ci répond généralement :«oh, pas vraiment» ou «pas exactement» suivi par une qualification qui ne clarifie rien pour l'observateur. Le sujet parait plutôt embarrassé pour s'engager par une affirmation quelconque. d. À deux reprises au moins, le sujet décrit spontanément des actes réparateurs pour ses mauvaises actions telles qu'il les perçoit (par exemple :«Après avoir perdu aux courses, j'ai acheté des fleur, pour ma femme»). e. Le sujet raconte avoir accompli deux ou plusieurs actes de réparation à la suite d'un acte qui lui avait laissé un sentiment de culpabilité.

20. CAPACITE DE RECOURS A AUTRUI 0: Aucun exemple de capacité de recours à autrui en réponse à des conflits émotionnels. 1: Capacité de recours probable : a. Commentant sur deux ou plusieurs exemples de conflits affectifs ou de situations stressantes, le sujet raconte avoir cherché aide auprès d'autrui. Toutefois, il n'est pas certain que le sujet ait établi une relation de confiance qui aurait encouragé le partage affectif et amélioré le coping5, bien que ce soit probable. 2 : Capacité de recours à autrui certaine : a. Le sujet décrit deux ou plusieurs exemples de conflits émotionnels ou de situations stressantes dans lesquels le recours à autrui s'est révélé la meilleure ressource pour régler un problème. Il doit être clairement établi que le sujet a créé une relation permettant un partage affectif positif, en plus d'une plus grande capacité à faire face ou à recevoir une aide directe. Le sujet peut également montrer de la reconnaissance personnelle pour l'aide reçue. b. Le sujet décrit un conflit ou un facteur de stress externe dans lequel le recours à autrui a joué un rôle majeur dans la capacité à faire face. L'importance du conflit et celle du soutien affectif reçu doivent être convaincantes, quel que soit le succès du sujet à régler le problème. Le sujet doit être à même de décrire les vraies caractéristiques de l'aide reçue et des personnes ou du groupe social impliqués. La reconnaissance doit être évidente.

21. ALTRUISME 0: Aucun exemple d'altruisme en réponse aux conflits affectifs ou situations stressantes. 1: Utilisation probable de l'altruisme : a. Le sujet décrit deux ou plusieurs exemples où il a aidé autrui. Toutefois, la relation avec les conflits ou les expériences vécues lors desquels le sujet a eu besoin d'aide n'est pas évidente mais plausible. Il est clair que d'aider les autres lui donne un certain plaisir. b. Le sujet raconte comment il a pris une décision importante (choix de carrière, etc.), fondée sur son envie d'aider les autres et sur sa conviction apparente qu'autrui pourrait en bénéficier. Bien que la relation avec un conflit intérieur et des expériences passées ne soit pas parfaitement évidente, il est clair que le sujet tire quelque satisfaction de son choix. 2: Utilisation évidente de l'altruisme : a. Le sujet décrit un ou plusieurs exemples d'aide à autrui dans lesquels on peut discerner particulièrement que l'action d'aider était motivée par une signification personnelle liée à un conflit, une difficulté ou un vécu du sujet. Il est clair que le sujet retire un sentiment de gratification personnelle ou de maîtrise au-delà de toute récompense manifeste (par exemple : «Ça m'a fait du bien d'aider quelqu'un qui se trouvait dans la position que j'avais moi-même trouvée si difficile»). b. Le sujet raconte avoir pris au moins trois décisions de vie fondées sur son désir d'aider les autres. Aider autrui est clairement une facette importante de nombre de ses actions.

22. ANTICIPATION 0 : Aucun exemple d'anticipation. 1: Usage probable de l'anticipation : a. Le sujet décrit deux ou plusieurs vignettes significatives sur le plan émotionnel, lors desquelles il s'est préparé à une situation conflictuelle ou à un facteur de stress à venir. Cependant, il aurait apparemment pu s'y préparer encore mieux affectivement car il n était pas entièrement prêt à supporter émotionnellement les évènements actuels. 2 : Usage avéré de l anticipation : a. Le sujet décrit une vignette importante sur le plan affectif et d importance centrale dans sa vie, dans laquelle on peut discerner les traits suivants : il était au courant du caractère stressant de la situation à venir et a prouvé qu il en tenait compte par anticipation. Le sujet s est ainsi trouvé mieux préparé et mieux à même de surmonter le stress associé à cette situation. Par exemple : «Je savais que d annoncer à mes parents ma décision de quitter l école serait stressant, et donc avant de les affronter, j ai essayé d imaginer leurs réactions et la manière e mieux les encaisser.» b. Le sujet décrit deux ou plusieurs exemples de vignettes de vie affectivement chargées et remplissant les critères du paragraphe «a» ci-dessus, mais les exemples ne revêtent pas nécessairement une importance centrale dans sa vie. c. Le sujet décrit des évènements peu importants de sa vie, pour lesquels il dit avoir anticipé les conséquences, et s être préparé ainsi à leur survenue. Ainsi, l anticipation est en fait une caractéristique du sujet.

23. AUTO-AFFIRMATION / AFFIRMATION DE SOI 0: Aucun exemple d'auto-affirmation dans les situations de conflit affectif. 1 : Auto-affirmation probable : a. Le sujet décrit deux ou plusieurs tableaux douloureux significatifs, dans lesquels l'élément important était l'expression directe et non manipulatrice de ses souhaits ou de ses sentiments en rapport avec la situation. Cependant, il est difficile de déterminer si les situations évoquées correspondent à des conflits émotionnels significatifs ou à des facteurs de stress externes. b. Le sujet décrit de nombreux exemples où il a répondu aux con flits ou facteurs de stress externes par l'auto-affirmation, mais ces exemples n'ont qu'une signification mineure pour son bien-être affectif. c. Les exemples d'auto-affirmation donnés par le sujet s'accompagnent de sentiments de honte ou de culpabilité, faisant suggérer un conflit résiduel qui restreint le registre et la souplesse de l'auto-affirmation. 2. Utilisation évidente de l'auto-affirmation : a. Le sujet décrit deux ou plusieurs tableaux significatifs sur le plan affectif qui démontrent clairement un conflit affectif ou un stress externe important. La réaction autoaffirmative du sujet contribue pour beaucoup aux conséquences affectives des tableaux décrits. Même si les objectifs de l'auto-affirmation ne sont pas atteints, le sujet ne montre aucun signe de honte ou de culpabilité par son comportement. b. Le sujet décrit un seul tableau dont l'importance pour son bien -être affectif est évidente (conflit central ou facteur de stress externe de grande importance). Tous les traits d'auto-affirmation du paragraphe 2a ci-dessus sont présents.

24. HUMOUR 0: Aucune preuve de l'utilisation de l'humour comme mécanisme de défense. 1: Utilisation probable de l'humour comme mécanisme de défense a. Le sujet fait deux ou plusieurs remarques drôles pendant l'entretien, mais sans lieu évident avec le conflit affectif ou les aspects stressants de la situation, et sans obstruction de la conduite de l'entretien. b. Le sujet raconte une blague pendant l'entretien, bien que le rapport avec un conflit ou facteur de stress particulier ne soit pas évident. Par exemple, le sujet qui dit : «Ça me rappelle une histoire...». L'histoire drôle n'ajoute ni ne retire rien au déroulement de l'entretien. 2: Il est clair que le sujet utilise l'humour - comme mécanisme (le défense : a. Le sujet décrit un Conflit ou un événement émotionnellement significatif au cours duquel les remarques drôles ont influencé sa capacité à faire face. Le rapport entre le conflit ou les facteurs de stress et les plaisanteries est évident. Par exemple, faire preuve d'humour noir avant d'aller au combat ou de participer à un concours difficile, ou encore faire des commentaires humoristiques sur la possibilité (le mener une vie différente après avoir souffert une perte personnelle importante. b. À au moins deux moments stressants de l'entretien, le sujet détend l'atmosphère en faisant une remarque humoristique sur le thème du moment. Les commentaires ne dévient pas l'entretien (contrairement à l'agression passive) mais facilitent sa poursuite. c. Le sujet formule des commentaires humoristiques sur lui-même ou autrui tout au long de l'entretien, d'une manière qui le rend facile à interroger car la tension qui entoure l'évocation de sujets stressants est constamment diminuée. Les remarques ne bloquent pas le déroulement de l'entretien, et ne constituent pas non plus des dépréciations primaires.

25. INTROSPECTION 0 : Pas d'introspection. 1 : Introspection probable : a. Le sujet fait deux ou plusieurs remarques sur la façon dont ses actions pourraient être perçues par autrui. Toutefois, il ne fait pas trop d'efforts pour en comprendre les implications affectives. 2 : Introspection évidente : a. Le sujet fait deux ou plusieurs remarques introspectives dont il va spontanément essayer de comprendre la portée affective ou les implications interpersonnelles. Il n'a pas besoin d'être encouragé. b. Le sujet décrit un épisode affectivement important puis spontanément s'étend sur les implications de ses propres réactions et comportements. Il accepte l'idée d'élaborer une vision plus complète et plus exacte de lui-même et par là même encourage les questions de l'investigateur qui vont dans le même sens. c. À la suite d'un commentaire de l'interlocuteur au sujet d'un conflit affectif important chez le sujet, celui-ci devient plus enclin à décrire les aspects de lui-même les plus pertinents. L'introspection devient très naturelle et conduit à une meilleure compréhension de soi-même.

26. SUBLIMATION 0: Aucun exemple évident de sublimation. Noter que la sublimation ne sera pas cotée comme présente simplement parce quelqu'un est artiste ou sportif, à moins d'avoir la preuve d'un lien fort entre l'activité et le conflit affectif. 1: La sublimation est probable : a. Deux ou plusieurs exemples présents au cours des deux dernières années et qui semblent relever d'activités sublimatoires classiques, mais le lien entre pulsion et mécanisme de défense n'est pas évident, bien que probable. Par exemple, le sujet peut parler du plaisir de gagner dans une discipline sportive dont la pratique est intrinsèquement agréable mais il n'y a pas de lien évident avec une pulsion conflictuelle. 2 : La sublimation est évidente : a. À trois reprises ou plus au cours de l'entretien, le sujet fait librement des associations en parlant de conflits ou de situations stressantes, puis en décrivant des activités qui servent à extérioriser des sentiments ou des pulsions en rapport avec les thèmes initiaux. b. Il existe un ou plusieurs épisodes importants de conflit affectif, pour lesquels le sujet décrit une activité de création comme étant un moyen majeur d'adaptation au conflit. L'exemple doit être sans ambiguïté et la pulsion initiale ou l'affect doit être transformé en cette nouvelle activité, pas seulement déplacé vers une cible moins conflictuelle. Par exemple, un sujet décrit un échec cuisant lors d'une tentative d'atteindre un but, mais raconte comment il a ensuite passé beaucoup de temps à jouer au tennis et tiré une certaine satisfaction à battre ses partenaires habituels plus souvent. d. À mesure que le sujet décrit sa vie, il apparaît qu'il reste très peu de zones conflictuelles et très peu ou pas de zone d'inhibition. Il existe un certain nombre d'activités intéressantes et créatives. La sublimation apparaît comme on trait général du style avec lequel le sujet fait face aux situations difficiles.

27. REPRESSION 0 : Aucun exemple de répression pour répondre aux conflits affectifs. 1 : Utilisation probable de la répression a. Le sujet décrit deux ou plusieurs incidents l'ayant bouleversé mais où des facteurs extérieurs ont empêché la décharge émotionnelle sur le moment, bien que celle-ci se soit produite peu après. Les exemples ne doivent pas être insignifiants, mais il n'est pas nécessaire qu'ils aient une signification essentielle pour le sujet pour être retenus. b. Le sujet décrit deux ou plusieurs réactions personnelles à des événements stressants hors de son contrôle, par des déclarations comme «Que pouvais-je faire d'autre, je ne pouvais qu'accepter la mauvaise nouvelle et continuer», ou bien «bien sûr que j'étais bouleversé. mais je savais qu'en attendant ça s'arrangerait». c. Le sujet décrit un épisode ou il a «encaissé tous les coups dans une situation stressante. Il n'a rien dit ni fait qui puisse aggraver la situation, mais s'est plutôt rassuré. 2 : Répression évidente a. Le sujet décrit un épisode émotionnellement stressant, au cours duquel il a dû reporter la prise en compte des sentiments suscités pour s'occuper d'autre chose de prioritaire. La raison donnée semble cohérente. Plus tard, il est revenu sur le facteur de stress et a fait l'effort conscient de le traiter. Il est clair que le sujet ne cherchait pas seulement à éviter les sentiments, mais qu'il se préparait a les affronter à un meilleur moment. b. Le sujet décrit un épisode émotionnellement pesant au cours duquel il n'a pas été capable d'exprimer ses sentiments forts au moment où ils se sont manifestés. en raison d'une contrainte extérieure (par exemple : critiqué par son patron en public). Il a su tolérer le stress sur le moment, sachant qu'il exprimerait ses sentiments plus tard, quand le moment viendrait. c. Le sujet donne au moins trois exemples «d'encaissement des coups» lors d'un conflit Il ne se laisse pas dépasser mais reconnaît le stress quand il arrive. Il émerge de la crise relativement indemne.