Conceptions naturopathiques de la pathologie Fascicule n o 331 La pathologie est la science qui a pour objet d étudier les maladies, notamment leurs causes, leurs symptômes et leurs effets. Elle se penche donc sur les manifestations des maladies. Lorsqu on étudie la définition des maladies, leurs symptômes et le pronostic, ces éléments devraient être les mêmes pour tous. Quelle que soit la forme de médecine dans laquelle on est engagé, la pathologie ne devrait pas varier. Seul le traitement des maladies peut varier. En réalité, le sens qu on prête à certaines maladies peut donner lieu à diverses interprétations. La façon de voir les choses en médecine conventionnelle n est pas nécessairement la même qu en naturopathie. Ce sont ces conceptions particulières de la naturopathie que nous allons étudier ici. Ceci n empêchera pas nos étudiants de faire l étude de la pathologie officielle. Un examen est d ailleurs prévu à ce sujet. L étudiant devra néanmoins tenir compte des notions contenues dans ce cours. Principes de base de la santé Dans notre cours sur les Principes de base de la santé (101), nous avons exposé notre conception de la santé et de la maladie. Cette conception est très différente de la conception médicale de la santé et de la maladie. Par conséquent, en matière de pathologie, il est normal que nos conceptions divergent de celles de la médecine conventionnelle. Pour le naturopathe, les microbes n ont pas exactement la même importance qu en médecine conventionnelle. Pour nous, les microbes constituent des sources d intoxication, au même titre que l ensemble des autres substances toxiques. Certes, certains microbes peuvent constituer de graves sources d intoxication, mais pour un organisme sain, il est généralement possible d y faire face victorieusement. L organisme dispose de puissants moyens pour contrer cette situation. 1
Il est clair qu il existe déjà sur ce plan des microbes une conception très différente entre la médecine et la naturopathie. Sur d autres plans, les différences de conception peuvent être plus grandes encore. La question des maladies inflammatoires Dans nos principes de base, nous avons présenté l inflammation comme étant un mécanisme de protection déclenché par l organisme. Ce mécanisme a pour but de protéger les tissus de l organisme contre des agents irritants. Ces agents, comme leur noms l indiquent, irritent les tissus. Pour se protéger de cette irritation, l organisme tente de diluer les agents irritants en retenant notamment plus de liquide autour du tissu irrité. C est ce que fait précisément l inflammation. Si l inflammation est effectivement un mécanisme de protection, pourquoi faudrait-il qu elle soit médicalement combattue? En médecine conventionnelle, l inflammation est considérée comme une maladie. Elle prend plusieurs formes, dépendamment de l organe ou du tissu touché. Toutes les maladies qui se terminent en «ite» sont des maladies inflammatoires. La gastrite est une inflammation de la muqueuse de l estomac. L arthrite est une inflammation d une articulation. L otite est une inflammation de l oreille interne. On pourrait ainsi continuer à décrire de nombreuses autres maladies inflammatoires. Pour contrer ces situations qu on identifie à des maladies, il existe d ailleurs des médicaments qu on appelle des anti-inflammatoires. Ce sont des médicaments très largement utilisés. Ils visent à stopper l inflammation. Pourquoi faudrait-il stopper l inflammation s il s agit d un mécanisme de protection, produit par l organisme pour neutraliser des agents irritants? Ne serait-il pas plus normal de tenter d éliminer ces agents irritants et laisser l inflammation jouer le rôle qui lui est dévolu? Existe-t-il des inflammations à ce point graves qu elles nécessitent le recours aux anti-inflammatoires? Il est difficile de le dire puisque qu on ne combat jamais ce type d inflammations autrement qu en recourant aux antiinflammatoires. Cependant, une chose est certaine : recourir à ces 2
médicaments à la moindre petite inflammation n apparaît pas justifié. Les anti-inflammatoires risquent alors d engendrer plus de mal que de bien. Quoi qu il en soit, sur cette question des inflammations il existe une conception divergente entre la médecine conventionnelle et la naturopathie. Pour le naturopathe, toutes les maladies dont le nom se termine en «ite» et qui impliquent des inflammations, se corrigent plutôt par une bonne désintoxication. Il faut identifier le ou les agents irritants et les supprimer par l adoption d un mode de vie sain. Par exemple, nous savons que l agent irritant de la bronchite peut être la fumée du tabac. On peut éliminer cet agent irritant en cessant de fumer. Il s agit d ailleurs de l unique bonne façon de contrer cette inflammation résultant de l irritation des bronches. Quand bien même le fumeur se bourrait d anti-inflammatoires, comment pourrait-il corriger sa bronchite s il ne cesse pas de fumer? Cet exemple de la bronchite et de l agent irritant qui en est responsable se comprend relativement bien. Toutes les autres formes d inflammation répondent au même principe. Il n est pas toujours aussi facile de découvrir l agent irritant. Cependant, cet agent doit absolument exister pour que l organisme déclenche le mécanisme protecteur de l inflammation. La bonne solution consiste toujours à identifier cet agent irritant et à le supprimer. Comme on peut le voir, l approche naturopathique en matière de troubles inflammatoires est essentiellement causale, alors que l approche médicale est anti-symptomatique. Les approches hormonales Pour la naturopathie, les traitements hormonaux font généralement l objet d une utilisation beaucoup trop grande. Il n est pas normal de tenter de régulariser diverses glandes endocrines en prescrivant des hormones. Les glandes endocrines doivent être convenablement nourries. De là, elles peuvent ensuite produire normalement les hormones nécessaires au bon fonctionnement de l organisme. Telle est l approche naturopathique. Dans certains cas, l approche médicale semble carrément aberrante. Des personnes aux prises avec des troubles de la glande thyroïde peuvent se faire prescrire des médicaments dont le but est de détruire cette glande, pour 3
éventuellement se faire prescrire des hormones de synthèse pour le reste de leur vie! Ne serait-il pas plus logique de tenter de bien nourrir la glande thyroïde pour qu elle puisse éventuellement produire correctement les substances hormonales nécessaires au bon fonctionnement de l organisme? Évidemment, pour arriver à un tel résultat, il faut adopter de bonnes habitudes de vie. Les patients ne sont pas toujours prêts à s imposer de tels efforts et les praticiens ne sont pas nécessairement en mesure de guider adéquatement les patients dans cette voie. C est néanmoins ce que les naturopathes tentent de faire. Il faut préciser ici que certains troubles hormonaux peuvent nécessiter un recours aux hormones. Dans le diabète insulino-dépendant, il est certain que l insuline est requise. Le malade ne produit plus d insuline. Il est donc normal de lui en donner de l extérieur. Comme cette hormone ne s obtient que sous prescription médicale, le naturopathe n est pas en conflit avec le médecin dans ce domaine. Il laisse donc à ce dernier le soin de s occuper des diabétiques insulino-dépendants. Par contre, dans le cas des diabétiques qui ne sont pas insulino-dépendants, mais dont les cellules sont résistantes à l insuline (diabète de type II), le naturopathe, par une correction alimentaire, de l exercice physique et un contrôle strict du poids, peut proposer des mesures efficaces pour corriger ce problème. Une conception unique de la pathologie Dès l instant où nos approches thérapeutiques ne sont pas les mêmes que celles de la médecine officielle, il va de soi que notre conception de la maladie est différente de celle de cette médecine. En naturopathie, cette conception est totalement différente. Dans certaines médecines alternatives ou complémentaires, la conception de la pathologie est proche de celle de la médecine officielle. Seule la médication change. Par exemple, au lieu de proposer des médicaments de synthèse, le phytothérapeute propose des plantes et l homéopathe propose des médicaments homéopathiques. En naturopathie, l approche est totalement différente. Le naturopathe propose des modifications du mode de 4
vie. Il est conscient qu on peut échapper à la maladie par l adoption d un mode de vie sain et qu on peut retrouver celle-ci par le même moyen. Dans ces circonstances, il est évident que notre conception de la pathologie ne peut qu être unique et très particulière. 5